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Bac 2018

Épreuve de philosophie
Série S

Sujet 1 : La pluralité des cultures fait-elle obstacle à l’unité du genre humain ?

Problématisations possibles :

Un obstacle, c’est ce qui se met en travers de la route, ce qui vient entraver la réalisation de quelque chose.
L’unité du genre humain renvoie à l’idée que l’humanité serait une, formerait une totalité unifiée et
existerait comme telle. Autrement dit les hommes se reconnaîtraient les uns les autres comme semblables,
comme partageant sinon la même essence du moins la même condition, comme ayant une identité
commune. Nous serions tous homme par-delà nos différences. À cette unité s’oppose donc l’idée de
différence qui implique celle de pluralité. Si l’humanité est pensée comme une, c’est que nous avons
dépassé nos différences pour participer d’un commun. Le sujet en mettant en vis-à-vis « pluralité des
cultures » et « unité du genre humain » souligne clairement la tension entre LES cultures et ce qu’on
pourrait appeler UNE nature humaine. Cette tension est un fait : nous sommes confrontés à un fait
incontestable, celui de la pluralité des cultures, ici à prendre au sens sociologique du terme, celui de Tylor.
Une culture, c’est « un ensemble complexe qui englobe les connaissances, les croyances, les arts, la morale,
les lois, les coutumes, et toute autre capacité et habitude acquise par l'homme en tant que membre d'une
société ». Or ce qui pose problème c’est que c’est par ces acquisitions qu’un homme se fait, se définit, forge
son identité en se distinguant inévitablement de ce qui n’est pas de sa culture, de ce qu’il considère comme
étranger, comme autre. Et c’est donc ce qui est au cœur du problème : comment l’homme qui se définit par
UNE culture peut-il se sentir, se concevoir comme participant d’une même humanité d’autant qu’il se pose
en s’opposant aux autres, qu’il se définit par ce qui le différencie des autres ? Est-il possible que les
hommes dépassent les frontières de leur culture respective pour se reconnaître comme participant de la
même humanité ? Le sujet invite en même temps à s’interroger sur les éventuelles limites de ces
différences culturelles. Si les cultures sont différentes, le sont-elles au point d’interdire tout commun entre
les hommes, n’y a-t-il pas au sein des cultures du même, qui pourrait permettre aux hommes de se
reconnaître homme tout en se reconnaissant comme membre de telle ou telle culture ? Ou chaque culture
n’est-elle pas un exemple d’un développement culturel de l’homme qui lui permettrait d’être armé pour
dépasser les frontières des cultures ?

Un plan possible

I. La culture comme obstacle

Les hommes appartiennent à des cultures différentes. C’est un fait. L’appartenance à une culture commune
nous unit, participe à la construction de notre identité mais en même temps divise : on se pose en
s’opposant. Je suis moi car je ne suis pas toi. Il y a nous et les autres.
La culture peut alors amener à nier les autres hommes dans leur humanité en les considérant comme
« non-homme », comme sauvage ou barbare. C’est ce qu’on appelle l’ethnocentrisme et il se trouve dans
toute culture dans son rapport narcissique à elle-même.
Notre appartenance culturelle a donc tendance à ne pas faire accéder à l’idée d’une même humanité,
l’humanité s’arrêtant aux frontières de notre culture.

Mais une culture n’est qu’un visage de la culture de l’homme. Si l’homme appartient à telle ou telle culture,
c’est parce qu’il est essentiellement un être culturel, qui se fait par ce qu’il ajoute à la nature, par un
processus de civilisation. Cette civilisation permet domestiquer les pulsions au sein de la société mais elle
permet aussi de développer la raison. C’est pourquoi si la notion de genre humain est arrivée tardivement
dans l’histoire de l’humanité comme le soulignait Lévi-Strauss, elle a été rendue possible par ce
développement culturel au cœur de la pluralité des cultures.

II. La culture comme lieu d’un commun possible

Cette pluralité culturelle est une variation sur un même thème, pourrait-on dire et souligne ce que nous
avons de commun et qui permet de penser un genre humain et de se penser comme membre de ce genre
humain.
Cette pluralité contient du commun : il y a comme le disait Vico des « coutumes universelles » : culte des
morts, mariages et croyances religieuses qui soulignent que nous ne restons pas tels que la nature nous a
faits, que nous nions l’animal en nous pour nous en distinguer et nous affirmer comme homme, être
conscient qui existe en tant qu’individu et pas comme simple membre d’une espèce, qui se doit de
discipliner ses pulsions. Et cela partout sur le globe.
Si nous appartenons à des cultures différentes, cette diversité atteste aussi du fait qu’il n’y a pas d’homme
sans culture. Tout homme est un être culturel, un être prométhéen, un être parlant.

III. Il y a dans chaque culture ce qui permet de dépasser les frontières de sa culture

Au sein de chaque culture, l’homme peut développer sa raison qui lui permet d’accéder à l’universel, s’il ne
tombe pas dans le piège et l’impasse du relativisme culturel.
Au sein de chaque culture, il y a les productions culturelles de l’homme comme l’art. L’art comme le dit
Hannah Arendt permet de construire « un monde » humain et durable qui peut permettre d’accueillir
chaque nouveau-né et donc de se comporter avec davantage d’humanité. Ce monde commun pourrait
permettre de dépasser les frontières culturelles. Se cultiver en fréquentant ces productions culturelles,
c’est, disait-on jadis, « faire ses humanités » et donc développer son goût, prendre en considération les
autres dans ses jugements ( dimension universelle du jugement esthétique) et dépasser les frontières de sa
propre culture. La culture pourrait être ce qui permet de s’arracher à sa culture, à son identité culturelle
pour accéder à l’universel. La culture favorise alors la réflexion et la discussion critique, conditions pour voir
en l’autre un humain avec lequel je peux échanger.

Conclusion
Même si l’unité du genre humain est sans cesse menacée par les différences culturelles et la crispation sur
l’identité culturelle, la pluralité des cultures ne constitue donc pas en elle-même un obstacle à l’unité du
genre humain qui reste sans cesse à rappeler et à souligner.