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Bac 2019

Épreuve de philosophie
Série S

Sujet 3 : Commentaire de texte : Freud

Thème, thèse et problème :


Dans ce texte, Freud interroge les arguments des « ennemis » de la science qui sont, selon lui, nombreux,
déclarés ou cachés. Ils reprochent à la science certes d’avoir détruit la foi en des « vérités », en un dogme
(ici la « foi religieuse ») mais surtout de n’avoir rien construit de solide en contrepartie laissant finalement
les hommes sinon dans le même obscurantisme auquel certains associaient la foi du moins dans
« l’obscurité » et « l’incertitude ». Et l’argument principal de ses ennemis de la science est le
renouvellement des théories scientifiques qu’ils associent à une « démolition » qui ne permet donc
d’établir rien d’ « assuré » et d’ « immuable.
En somme, la science aurait détruit la religion et la foi en une vérité possible pour laisser les hommes dans
le doute et l’ignorance. Freud soutient que cette critique de la science est « injuste » et « en partie fausse »
et qu’au contraire ce renouvellement est un progrès, un perfectionnement de l’approximation de la vérité
que permet la science. Le problème est donc de savoir si le renouvellement des théories scientifiques peut
faire douter de la valeur de la connaissance scientifique et de la possibilité de la science d’accéder à une
vérité. Peut-on faire confiance à la connaissance scientifique et en sa capacité à approcher la vérité ?

Mouvement du texte et idées principales

Le texte s’ouvre lignes 1 à 4 sur l’opposition classique entre science et foi, la science y est donc présentée
comme celle qui a détruit la foi religieuse. On pouvait s’étonner de cela car si la science a remis en question
le discours religieux concernant certaines explications de la nature, elle a exclu de son domaine la question
des fins premières et dernières, le champs de la morale et la question de l’existence de Dieu, pour se
contenter de l’observation des phénomènes observables et de l’établissement de leurs relations
invariables. Mais il est vrai qu’avec la science qui a été souvent en opposition avec les institutions
religieuses, on est passé de l’état théologique à l’état positif comme le dit Auguste Comte avec de nouvelles
exigences et de nouveaux fondements de la connaissance.
On peut d’autant plus s’en étonner sachant que Freud associe la foi religieuse à une illusion, voire une
névrose. Mais on comprend que le principal reproche fait à la science n’est pas là, on lui reproche surtout
de ne pas avoir beaucoup appris aux hommes ( ligne 3/4).
À partir de la ligne 4 (« Mais… »), Freud va critiquer cette accusation en deux temps d’abord par un
argument temporel puis par un argument concernant le développement même de la connaissance
scientifique.

Lignes 4 à 10, il considère que cette critique de la science ne prend pas en compte le temps. Il invite à
prendre pour exemple les géologues qui sont sur une échelle en milliers d’années. La science a vraiment
explosé au XVIIe siècle alors que les religions sont apparues il y a des milliers d’années. La science est donc
très récente.
On ne peut lui reprocher de n’avoir pas encore mis à jour toutes les lois de la nature. L’idée même de lois
de la nature est apparue avec Galilée. La science progresse par correction, il lui faut du temps pour
progresser vers la vérité.

Lignes 10 à la fin, il revient sur le développement de la connaissance scientifique lui-même. Certes la


science progresse par révolution, en corrigeant ses erreurs. Le texte Freud date des années trente et elles
sont le théâtre de la révolution quantique à laquelle les scientifiques eux-mêmes résistaient, Einstein en
tête présupposant que « Dieu ne joue pas aux dés ».
Mais comme l’explique aussi Popper avec sa théorie du falsificationnsime, la science en falsifiant les
théories corrige les erreurs et offre des approximations de plus en plus précises permettant de rendre
compte de manière de plus en plus précise du réel et de ses lois.
Chaque correction permet d’affiner la théorie mais un corps théorique demeure, le cœur du tissu qui vient
se frotter à chaque fois au réel selon la métaphore de Quine. La physique quantique au plan microscopique
ne remet pas en question la physique de Newton concernant le plan macroscopique.

Ce texte pouvait cependant donner lieu à une interrogation sur le statut de la vérité en science. Les
théories scientifiques correspondent-elles vraiment au réel ? Idée d’une objectivité forte de la science et
d’une théorie reflet de la réalité. Ou ne sont-elles qu’une bonne description de la réalité ?
Point de vue d’Einstein avec sa métaphore de la montre fermée qui condamne le scientifique à s’efforcer
de décrire de mieux en mieux ce qui lui apparaît de la réalité. On pouvait aussi faire référence à la notion de
vérité pragmatique chez James ou de vérité technique chez Russell. On pouvait aussi s’interroger sur la
nature des révolutions scientifiques, peut-être sont-elles plus radicales que ce que soutient ici Freud ?
Les analyses de Kuhn sur la notion de paradigme pouvaient être ici éclairantes et un bon élément critique.

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