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§190 - Les sigles.

a) Les sigles sont des abréviations qui sont constituées d’initiales R1 , mais qui sont traitées comme des mots, soit qu’on donne aux lettres
leur nom R2 : une H. L. M. [aʄɛlɛm], — soit qu’on leur donne leur valeur habituelle : l’OTAN [ɔtɑ ̃]. R3
Les lettres sont ordinairement celles des mots français : H. L. M = Habitation à loyer modéré [˚modique au Canada], Otan = Organisation
du traité de l’Atlantique nord ; certaines, de mots anglais : cf. b, 4˚ .
Dans le second cas, on parle d’acronymes . Une espèce particulière d’acronymes consiste à garder non seulement l’initiale, mais une ou
deux autres lettres, de façon à obtenir une suite prononçable comme un mot ordinaire :
Un radar = angl. ra dio d etecting a nd r anging ; le Benelux (qu’on devrait écrire Bénélux : cf. § 87, b, 1° ) = Be lgique , Ne derland , Lux
embourg .
b) Caractéristiques.
1° Le sigle ne tient pas compte, ordinairement, des mots grammaticaux :
Le CÉRES [seRɛs] = Centre (d’)études, (de) recherches (et d’)éducation socialistes ; la T. V. A. = taxe (à la) valeur ajoutée. De même : H.
L. M. (voir a ), laser (voir 4˚) , etc. — Il y a des exceptions, souvent pour éviter un sigle trop court : la S. D. N. = Société des nations ; le R.
P. R. = Rassemblement pour (la) République. Voir radar dans a , fivète dans 2° , etc.
2° Les sigles servent notamment à désigner des sociétés, des partis, des organismes R4 , etc., parfois des pays, — dont la dénomination
complète serait trop longue :
U. R. S. S. = Union des républiques socialistes soviétiques ; OTAN = Organisation du traité de l’Atlantique nord.
Mais les sigles peuvent aussi équivaloir à des noms communs :
Un P.-D. G. = président-directeur général ; une H. L. M. = habitation à loyer modéré R5 ; le SIDA ou sida = syndrome immuno-déficitaire
acquis ; le Q. I. = quotient intellectuel ; la fivète [fivɛt] = fécondation in vitro et transfert d’embryon. — I. V. G. (= interruption volontaire de
grossesse) sert d’euphémisme à avortement . Autre euphémisme : w.-c. , voir 4° .
K. O. et vtol (cf. 4˚) , B. C. B. G. ( = bon chic bon genre ) ont le rôle d’adjectifs, mais invariables. — Les sigles désignant des partis ou des
syndicats sont parfois juxtaposés à d’autres noms comme équivalents d’épithètes, mais invariables : Exposés socialistes et M. R. P. Cf. 354, b.
— Laser et radar connaissent aussi cette juxtaposition, parfois avec un trait d’union, ce qui témoigne de la difficulté d’intégrer à la syntaxe
habituelle ce procédé non traditionnel. Cf. ib .
Sigles équivalant à des phrases : O. K. (cf. 4˚) — C. Q. F. D. = ce qu’il fallait démontrer, formule de conclusion après une démonstration
mathématique H , parfois par plaisanterie dans d’autres contextes : C’est des canailles. C. Q. F. D., et qui le sera, démontré (Verl., Corresp.,
cit. Trésor, art. démontrer), où une relative est coordonnée à la relative incluse dans le sigle.
3° D’ordinaire, les sigles sont constitués de plusieurs lettres, ont comme fondement plusieurs mots. — Mais on a parfois une seule lettre :
Il savait se tirer de tous les pas difficiles grâce au système D (Hermant, Xavier, p. 132) [de débrouiller ou débrouillard ] . — Monsieur K à
propos de Khrouchtchev.
4° Les sigles se sont répandus à l’imitation de l’anglais. Plusieurs sont d’ailleurs empruntés à cette langue ou formés sur des mots empruntés
à cette langue :
K.-O. = knock-out ; laser [lazEr] = light amplification by stimulated emission of radiations ; w.-c. = water-closet . — Le soutien des U. S.
A. [= United States of America ] était acquis à la France (Edgar Faure, Mémoires, t. I, p. 465). — L’UNESCO = United nations educational,
scientific and cultural organization . — La hi-fi [ifi] = high fidelity , haute fidélité.

L’épellation à l’anglaise explique des prononciations comme : Une jeep [dʒip] = G. P. = general purpose ; O. K. [ɔke] = sans doute oll
korrect , altération de all correct . — La C. B. [sibi] = citizen band , d’où le dérivé cibiste .
Acronymes : Un radar , voir a ci-dessus ; vtol = vertical take off and landing donne une suite graphique étrange en fr. L’organisme
économique qui groupait l’U. R. S. S. et ses alliés portait en Occident le nom de Comecon [kɔmekɔn] = Co uncil for m utual econ omic
assistance . R6
Les emprunts à d’autres langues sont rares : S. S. = allem. Schutzstaffel .
5° La réduction ordinaire (§ 188) et la siglaison sont parfois en concurrence : la télé ou la T. V. ; les water (s ) ou les w.-c.
R7
N.B. La prolifération des sigles dans la langue contemporaine et leur succession rapide dans certains domaines (notamment dans
l’administration française R8 ) ne sont pas sans poser des problèmes aux usagers. Comme la valeur de ces formations ne peut pas
être devinée, le déchiffrement de sigles inconnus du lecteur ou de l’auditeur est impossible. C’est peut-être payer cher l’avantage
de la brièveté. R9
Duhamel ironisait déjà à ce sujet en 1920 : Ce n’est pas seulement l’appui du P. D. M. que je vous apporte ; c’est encore celui du
J. D. J. et de la M. M. A. Je peux à peu près compter sur la Société des R. C. D. Q. ( Œuvre des athlètes, II, 11). — Il n’y a
d’ailleurs pas toujours une brièveté bien sensible ; par ex. quand on dit aujourd’hui à Bruxelles : Je vais au T. R. M. [= théâtre
royal de la Monnaie] , alors qu’on disait naguère : Je vais à la Monnaie . — De même, la Croix-Rouge est concurrencé aujourd’hui
par le C. I. C. R. (= Comité international de la Croix-Rouge) .

Les rédacteurs du Monde reçoivent cette sage directive : les sigles doivent être expliqués au moment où ils apparaissent
dans un article.

H
Pascal termine une démonstration mathématique (elle-même en latin, + car le français n’y vaut rien , dit-il plus haut) par Quod erat
demonstrandum (lettre à Fermat, dans Œuvre, Pl. 1941, p. 78) « ce qui était à démontrer ».

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R1
Les consonnes de P. C. V. [peseve] sont des initiales, non pas de mots, mais des syllabes de (à ) percevoir ; en outre, il y a eu
nominalisation : Refuser un P. C. V. , une communication téléphonique payée par le destinataire. — Autres cas : la T. V. (= télévision ) [voir
b, 5˚] , le P. V. C. (= polyvinyl chloride ), ce sont les initiales des éléments du mot composé. — D. D. T. remplace un mot de trente lettres !

R2
Le sigle w.-c. est prononcé en France [vese], alors qu’en Belgique, on dit surtout [dubləvese] ou [wese]. — E se prononce [ə] en France
ordinairement : Les P. M. E. [peɛmə] = les petites et moyennes entreprises ; souvent [e] en Belgique : [peɛme].

R3
Quoiqu’il s’agisse d’une désignation française (cf. b, 2°) [on dit NATO en anglais] , certains, le président Chirac notamment, prononcent [an]
pour la finale d’OTAN .

R4
Cas particulier : L’impact de la crise sur les « BRIC » est relatif (dans le Monde, 16 déc. 2011, p. 18). Le sigle désigne quatre pays (Brésil,
Russie, Inde, Chine) qui collaborent sans vraiment constituer une association.

R5
Sur le genre des sigles et, notamment, d’H. L. M., voir § 477, b.

R6
La Nouvelle revue internationale , publiée à Prague en fr., appelait cet organisme le C. A. E. M. = Conseil d’aide économique mutuelle.

R7
En Belgique, on préfère souvent le sigle [water(s) y est à peu près inusité] ; la réduction y est tenue pour un procédé plutôt populaire. T. V.
est aussi plus fréquent en Suisse romande (cf. Thibault) et au Québec (cf. Poirier).

R8
Ex. : igame , qui a eu une vie brève : § 191, b . Ce sigle, comme la réalité désignée, était propre à la France. Chaque pays a ainsi ses
propres sigles (même parfois pour des organismes similaires), ordinairement indéchiffrables pour les étrangers. Leur vitalité est parfois
éphémère : le S. M. I. G. = salaire minimum interprofessionnel garanti est devenu en 1968 le S. M. I. C., garanti s’étant changé en de
croissance , ce qui donne un vue plus optimiste de la réalité.

R9
Un autre défaut est la polysémie : dans le Quid 2005, P. I. B. = produit intérieur brut ou plantes issues de la biotechnologie ; etc.

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