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§254 - Nature du prédicat.

a) Participe présent (actif ou passif) ou participe passé composé :


Aussi espère-t-il bien, Dieu aidant , ne développer jamais sur la scène […] que des choses pleines de leçons et de conseils (Hugo,
L. Borgia, Préf.). — Les parts étant faites , on se mit à manger. — Ma mère ayant achevé sa lecture, la conversation s’engagea. — La nuit
étant venue , il fallut allumer les phares. — Les dossiers ayant été complétés , la décision fut prise. R1 — Le prédicat peut être plus
complexe, notamment être constitué d’un participe suivi d’un attribut ou accompagné de compléments : En 63, Cicéron étant consul , Catilina
brigue le consulat pour l’an 62 (Grand dict. enc. Lar., art. Catilina ). — Le sénat les ayant condamnés à mort , Cicéron fait sur-le-champ
exécuter la sentence (ib. ). — Les hommes, en ciré, le visage et les mains dégoulinant de pluie , s’immobiliseraient un moment (Simenon,
Chat, i ).

Lorsque l’auxiliaire est étant, ayant été , il se supprime souvent (cf. b) , ce qui rend l’expression plus légère.
b) Participe passé ou adjectif (éventuellement accompagnés d’un complément) attributs sans copule . R2
Hier soir, ces lignes écrites , je me suis mis à genoux (Bernanos, Journal d’un curé de camp., Pl., p. 1056). — Elle mangeait délicatement,
le petit doigt écarté (Simenon, Vérité sur Bébé Donge, p. 18). — Gil […] / Parvint, la lance haute et la visière basse , / Aux confins du pays
(Hugo, Lég., VI, ii , 1). — J’étais étendu dans mon lit, les yeux levés , l’oreille anxieuse , la narine rétive , le cœur battant ( Proust, Rech., t. I,
p. 8). — Les mains toujours liées , le chèche [= écharpe servant de coiffure] maintenant poussé en arrière, il regardait vers la fenêtre. […]
Les mains libres , il frotta l’un contre l’autre ses poignets gonflés (Camus, L’exil et le royaume, Pl., pp. 1611-1612). R3
Avec les adjectifs, on a souvent des expressions figées : les unes tout à fait (bouche bée [d’ailleurs originairement participe]), d’autres
avec variantes (nu-tête, tête nue, la tête nue ).
Notons particulièrement l’emploi de l’adjectif ordinal comme prédicat d’un pronom personnel . Ce tour est aujourd’hui vieilli. H
L’aimable et belle frégate […] nous coula […] , laissant quelques canots pêcher les prisonniers, desquels je fus, moi dixième , sur deux
cents hommes que nous étions au départ (Vigny, Serv. et gr. mil., III, 6). — M. le prince de Joinville était obligé de coucher, lui vingtième ,
dans une chambre commune, sur une table (Hugo, Choses vues, p. 32). — Je m’acheminai donc, moi troisième , [...] ; vers le rideau de
cyprès (Bourget, Voyageuses, p. 325). — Il joue le whist avec trois morts, lui quatrième (A. Suarès, Sur la vie, t. I, p. 100). — Monsieur le
curé, d’ailleurs, s’en régala, lui , troisième ( Pourrat, Gaspard des Montagnes, p. 186). — Il admit immédiatement, lui troisième , mon point de
vue (La Varende, Amour de M. de Bonneville, p. 129). — Il arriva lui troisième (Ac. 1935, art. lui ). [Ex. supprimé ensuite.] — Eux premiers ils
prennent le ciel de force (Péguy, Myst. des saints Innoc., p. 175). — On m’excusera d’avoir, moi premier à Liège, peut-être, pris fugitivement
la défense de ce Français (A. Soreil, dans la Vie wallonne, 1 er trimestre 1966, p. 65). A — La virgule, dans l’ex. de Pourrat, montre que le tour
n’est plus compris.

Le tour se rencontre aussi avec un nom comme sujet : Je suis tombé sur Aragon et sur Tzara avec qui, Monnerot quatrième , j’ai fondé la
revue Inquisitions (R. Caillois, dans Europe, janv. 1973, p. 84). — Ils se mirent en route, Gaspard neuvième (Pourrat, cit. Damourette- Pichon,
§ 2586).
c) Adverbe (ou locution adverbiale) ou syntagme prépositionnel. R4
L’ennemi dehors , on respira. — Il faut le saluer chapeau bas ( Proust, Rech., t. II, p. 876). — C’est le même homme, la barbe en moins
(Grand dict. enc. Lar.). — Elle ressemble à sa mère, l’intelligence en plus . — Il reste seul debout, Olivier près de lui (Vigny, Poèmes ant. et
mod., Cor, ii ). — L’âne riait si fort qu’il se roulait dans l’herbe, les quatre fers en l’air (Aymé, Contes du chat p., Mauvais jars). — Je bénirai
Yahvé en tout temps, / Sa louange sans cesse en ma bouche (Bible de Jérus., Ps., XXXIV, 1) . — Les ducs hors de cause , il reste dans la
noblesse trois catégories (La Varende, Nez-de-Cuir, III, 1). — On peut ranger ici des expressions « en écho » comme coup sur coup, morceau
par morceau, tête à tête (§ 966, j) , seul à seul (§ 557, b) , sens dessus dessous (§ 694, c) , etc. — Inoffensives si on leur [cf. § 288, c]
cause yeux dans les yeux (Ph. Claudel, Âmes grises, p. 181).

A
Berlioz , Mémoires, t. II, p. 195 ; Al. Dumas, Tr. mousq., li ; Barbey d’Aur., Chev. des Touches, V ; Bourget, c it. Damourette- Pichon, §
2582.

H
Le tour moi troisième était fort fréquent en anc. et moyen fr. : Et l’endemain quant jors apert / Monta ses oncles lui septime [= Et le
lendemain quand le jour se leva, son oncle monta lui septième] (Huon le Roi, Vair Palefroi, 506-7). — Une nef en un port trouva, / Sei [= soi]
dozime dedenz entra (Wace, Brut, 2561-62). — Et si y alai, moi disiesme de chevaliers (Joinville, § 112).

Le fait que le pronom personnel ne présentait pas la forme tonique ordinaire, il et je , montre que l’on a une proposition absolue et non
une simple redondance (§ 373, d) .
Le tour n’a pas disparu ensuite : l’Ac. 1718 cite sans commentaire Il arriva luy troisieme (art. troisieme ), ce qu’elle gardera jusqu’en 1878
en changeant l’orthographe, ainsi que le temps du verbe. Et en 1878, art. lui , elle introduit l’ex. Il arriva lui troisième, lui quatrième .

R1
Expressions régionales : En 1901, se fondera –Dieu voulant – à Lausanne, un Asile pour enfants infirmes et incurables (dans Encycl. illustrée
du pays de Vaud, t. V, p. 225) . — Temps permettant , il errait avec son rafiot en deça d’Ouessant (H. Queffélec, Enfants de la mer, p.

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294).

R2
Mais non un nom, sauf peut-être témoin (§ 251, d, 4°) .

R3
Contamination entre Une fois quitté Rancy (cf. § 255, a) et Robinson ayant quitté Rancy (cf. a ci- contre) , ce qui donne au participe passé
un objet direct contrairement aux principes : °Une fois Robinson quitté Rancy , j’ai bien cru qu’elle allait démarrer la vie ( Céline, Voy. au
bout de la nuit, F°, p. 437).

R4
Pour S. Hanon, le gérondif peut être le prédicat d’une propos. absolue : Nous faisons tous de la philosophie à notre façon, Pierre à la
Sorbonne, Paul en labourant (p. 76) . Nous considérons plutôt que l’on a ici une redondance par distribution : § 371, c.

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