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La fiabilité

des équipements
industriels
JEAN BUFFERNE[1]

Les contraintes financières mais aussi de sûreté de fonctionnement obligent – budgéter les grosses révisions ou
concepteurs et responsables maintenance à améliorer la fiabilité des équipements. le renouvellement du matériel.
Pour assurer efficacement leur
Un responsable maintenance doit assurer la disponibilité des équipements au
fonction, les responsables mainte-
coût optimal. Il est nécessaire qu’il détermine la meilleure politique de prévention nance doivent posséder certaines
et de gestion des pièces de rechange. Il s’appuiera sur un retour d’expérience notions de fiabilité.
pour évaluer la fiabilité des équipements, tendre vers une prévention primaire
● La définition de la fiabilité utilisée
(supprimer la cause première des défaillances), et diminuer ainsi les exigences
montre bien que son domaine englobe
de maintenance. Ce que les Japonais traduisent par la « prévention les probabilités, donc les statistiques
de la maintenance » ou le « sans-maintenance ». et les mathématiques. La fiabilité
peut faire l’objet de développements
mathématiques « généreux » et en
a fiabilité d’un composant exprime  m
  ots-clés   maintenance + coût de défaillance + même temps d’hypothèses très sim-
la probabilité qu’il fonctionne machine, coût des stocks de pièces de rechange) plificatrices. Dans mon livre Fiabili-
correctement (sans défaillance) maintenance, durant toute sa durée d’exploita- ser les équipements industriels (voir
pendant un temps déterminé dans production tion ? Quel est le risque d’incident en encadré), j’ai voulu, à partir de
des conditions (que l’on appellera ou d’accident encouru en utilisant quelques notions théoriques simples,
conditions de base) fixées de manière cet appareil ? fournir aux différents acteurs de
précise. Ce qui signifie que l’on doit l’entreprise (conception, ingénierie,
définir sans ambiguïté : ● Dans l’industrie, la fonction main- BE, méthodes, qualité, production,
– ce qu’est un fonctionnement tenance existe parce que, les compo- maintenance) les éléments de base
correct ; sants d’un équipement présentant une sur lesquels s’appuient les études
– la variable temps adoptée, c’est-à- certaine probabilité de défaillance, de fiabilité.
dire l’unité d’usage la plus signifi- il est nécessaire de prévenir celle-ci
cative (heure, kilomètre, nombre de ou de réparer si l’on n’a pas su éviter Il faut aussi avoir conscience qu’un
cycles…). la panne. Bien entendu, la fonction phénomène de fiabilité ne peut se
Cette définition de la fiabilité maintenance est aussi nécessaire réduire à l’application de lois statisti-
entraîne trois commentaires : parce que les exploitants « cassent » ques. Une étude de fiabilité nécessite
le matériel. obligatoirement une expertise physique
● L’expert maintenance, l’acheteur ou Maintenir c’est : des organes ou composants étudiés et
l’utilisateur d’un équipement sont tri- – dépanner parfois ; peut-être même de ceux qui leur sont
butaires de la fiabilité de celui-ci. Quel – programmer, réaliser, améliorer liés. Apprendre la fiabilité, c’est déjà
programme de maintenance adopter les actions de prévention ; comprendre le besoin de qualité du
pour maintenir la disponibilité de cet – définir les paramètres de gestion retour d’expérience et savoir organi-
équipement ? Quelle sera la durée de des pièces de rechange ; ser la collecte des informations.
vie du bien que j’achète ? Quel sera – exploiter les résultats de marche On doit aussi garder à l’esprit
ses coûts de maintenance (coût de des équipements pour améliorer la que les statistiques ne s’appliquent
politique de maintenance et diminuer qu’à des phénomènes aléatoires,
[1] Ingénieur conseil (BFN Conseils). ses coûts ; donc dus au hasard. Or un compo-
[2] Les chiffres en gris entre crochets renvoient – tendre vers le « sans-mainte- sant ou un équipement (on fera le
à la bibliographie. nance » ; distinguo entre ces deux notions)
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font partie d’un système qui, sui- ● Causes spéciales ou sporadiques
vant la théorie des variations telle ou assignables (secousses)
qu’elle a été élaborée par Walter Elles sont soudaines, peu fréquentes,
A. Shewhart, puis Joseh M. Juran issues d’événements passagers peu
et W. Edwards Deming, est soumis nombreux et identifiables : erreurs
à un grand nombre de contraintes de manipulation, mauvais montage
dont les causes appartiennent à deux ou réglages, pièces défectueuses, 1   La durée de la mission pour le calcul de la fiabilité
familles différentes : dégradations forcées au sens de la
TPM [1][2] . tème » (W. E. Deming, Hors de la crise,
● Causes communes ou aléatoires trad. J.-M. Gogue, Economica).
Dues au hasard, fréquentes, d’effet On dit qu’un système est dans un Prenons l’exemple d’un roulement
individuel faible, elles ont des origines état stable ou sous contrôle statisti- à billes. Dressons un inventaire non
nombreuses et variées, indépendan- que lorsqu’on a supprimé dans celui-ci exhaustif des causes possibles de
tes les unes des autres et très diffi- toutes les causes spéciales. dégradations :
cilement identifiables, telles que le On ne peut faire de prévisions ● Phénomène naturel de vieillissement
spectre des contraintes subies par rationnelles relatives à la fiabilité (fatigue et usure)
un composant. Selon Émile Borel, un d’un équipement (performances, coûts ● Mauvais montage (mode opératoire,
phénomène aléatoire est un phéno- de maintenance, programme de pré- mais aussi dégradation des tolérances,
mène résultant de la présence simul- vention, consommation de pièces de des états de surface après différents
tanée de trois conditions : un grand rechange) que s’il est dans un état remplacements)
nombre de causes, indépendantes les stable ; comme le rappelle J. M. Juran, ● Mauvaise lubrification
unes des autres, aucune d’entre elles « ce n’est qu’après avoir établi un état ● Présence sporadique de contraintes
n’étant prépondérante. de contrôle statistique que l’on peut trop sévères : vitesse, charge axiale,
s’engager vers l’amélioration d’un sys- charge radiale (les constructeurs de

Pour aller plus loin 


Fiabiliser les équipements industriels
L a per formance économique
d’une entreprise est dépendante
de la fiabilité de son matériel. La
opérations de prévention, détermination
des stocks de pièces de rechange, qualité
du retour d’expérience, essentielle à
L’auteur
Ingénieur EEIM, diplômé de l’ICG,
instructeur TPM certifié par le Japan
compréhension de la fiabilité et de l’amélioration des investissements. Institute of Plant Maintenance, il
ses bases mathématiques est donc Ingénierie, bureau d’études et méthodes accompagne les entreprises dans
indispensable aux responsables maintenance trouveront dans cet leur démarche TPM et l’organisation
maintenance pour mieux organiser ouvrage, de façon accessible, les de leur fonction maintenance. Il a une
en interne leur fonction ou mieux outils mathématiques pour définir les expérience de maintenance mais aussi
définir et négocier leurs contrats conditions optimales d’exploitation de direction industrielle et de contrôle
d’externalisation. Les concepteurs des équipements (production et de gestion. Son ouvrage a été réalisé à
d’équipements doivent intégrer la maintenance). Sans oublier les services partir des cours de maintenance-fiabilité
fiabilité dans leurs projets. après-vente (SAV) des constructeurs, qu’il assure à l’ISTP (Institut Supérieur
Ce guide propose les bases d’une qui ont l’obligation de fournir à leurs des Techniques Productiques) de
politique raisonnée de conception et clients leurs préconisations en matière Saint-Étienne.
de maintenance : choix des composants, de maintenance, de prévention et de Auteur : Jean Bufferne
type de maintenance, périodicité des pièces de rechange. Éditeur : Éditions d’organisation

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roulements à billes définissent une ● Fausse manœuvre sur l’équipement la GMAO (Gestion de Maintenance
valeur L10, durée de vie en millions de sur lequel il est installé Assistée par Ordinateur), le tech-
tours pour une fiabilité de 90 %, qui ● Conditions ambiantes (température, nicien qui analysera l’historique du
tient compte du type du roulement, de vibrations, phénomènes électroma- roulement pour construire un plan de
la charge qu’il supporte, de sa vitesse gnétiques, etc.) prévention ou définir les paramètres
et de son mode de lubrification) Seule la première de ces causes de gestion de stock sera en droit de
● Impuretés dans le roulement doit être prise en compte dans une penser que l’on a confondu cet outil
● Dégradation d’un organe en rela- étude de fiabilité. Si la cause première informatique avec une « Gestion de
tion avec lui (blocage, désalignement, de défaillance n’a pas été enregistrée Miracle Assistée par Ordinateur ».
casse, etc.) dans l’historique de l’équipement de Une meilleure connaissance théorique
de la fiabilité devrait éviter aux responsa-
Les paramètres principaux de la fiabilité bles maintenance quelques erreurs :
● Croire qu’on ne peut pas estimer
la fiabilité d’un équipement de pro-
S oit un échantillon de NO composants. On relève
durant l’essai le nombre N S(t) de survivants à
l’instant t en supposant qu’à t = 0 tous les composants
● Le MTBF :
t
M(t ) = − ∫0 R(t ) . dt
duction.
● Confondre le MTBF (Mean Time
sont bons. L’étude statistique doit être développée en ● La densité de défaillance : Between Failure), temps moyen de
quatre étapes : 1 dN f dR fonction entre pannes (paramètre
f (t ) = . =
N0 dt dt d’une loi de fiabilité), et la moyenne
Étape 1 arithmétique des durées de bon fonc-
dNf étant le nombre de défaillances durant l’intervalle
Le choix de l’estimateur et le calcul de son tionnement calculée à partir d’un
de temps dt, f(t) est la probabilité de défaillance dans
estimation (sa valeur)
En fiabilité, on adoptera trois estimateurs principaux :
l’intervalle [t, (t + dt)]. historique sur lequel on a enregistré
● L’estimateur de la fiabilité au temps t : les durées de fonctionnement entre
Remarque : Les abréviations R(t) pour la fiabilité et F(t)
Ns (t ) pannes (indicateur préconisé en ges-
estim. R(t ) = pour la probabilité de défaillance (certains ont créé
No le néologisme défiabilité) viennent de l’anglais reliability tion de maintenance). Rappelons que
et failure. le MTBF au sens de la fiabilité est la
● L’estimateur du taux d’avarie à l’instant t :
moyenne arithmétique des différentes
Ns (t −1) − Ns (t )
estim. λ = Étape 4 valeurs de la variable pondérées par
Ns (t −1) Le test d’hypothèse nulle leur probabilité d’occurrence (espé-
Il permet d’affirmer au risque α de se tromper qu’il
existe une différence significative entre les valeurs de
rance mathématique).
● L’estimateur du temps moyen de bon fonctionnement ● Penser qu’ils seront tranquilles
l’échantillon et celles obtenues par application de la loi
qui est la somme des temps de bon fonctionnement de distribution. Sinon on dira qu’il n’y a pas de raison de durant un temps d’utilisation égale
de chaque composant divisée par la grandeur de rejeter cette loi de distribution.
l’échantillon :
au MTBF (pour des composants élec-
t
∑0 t . Ns (t −1) − Ns (t ) troniques, la fiabilité pour une durée
La loi de Weibull
estim. T (t ) =
moy No Le mathématicien suédois Waloddi Weibull a défini en d’utilisation égale au MTBF n’est que
1937 que la formule précédente de la fiabilité pouvait de 36,8 %, alors qu’elle est de 50 %
Notons que les valeurs de ces trois estimateurs (estimations) s’exprimer par : pour un phénomène d’usure).
sont fonction du temps. β
t −γ ● Vouloir faire des prévisions (de
R(t ) = exp − périodicité de maintenance préven-
Étape 2 η
tive, budgétaires, de consommation de
La qualité de l’évaluation Un tracé dit de Weibull réalisé à partir des couples pièces de rechange) pour des phéno-
En statistique – même si on l’oublie très souvent, en (% de défaillances cumulées / temps) sur le papier spécial
particulier dans les sondages –, on ne peut pas avancer d’Allan Plait permet de déterminer les trois paramètres mènes qui ne sont pas sous contrôle
un chiffre, mais seulement un intervalle de confiance pour (β, λ, η) de la loi de Weibull : statistique.
le niveau de risque d’erreur que l’on s’est fixé.
● γ : paramètre d’origine des temps
Il prend en compte le fait que les composants étudiés La loi de Weibull et les
Étape 3 sont neufs ou ont été déjà utilisés avant l’essai, avec ou phénomènes de dégradation
La loi de distribution sans remplacement. Nous allons nous intéresser princi-
C’est la loi mathématique suivant laquelle une estimation Lorsqu’on n’a utilisé que des composants neufs, γ = 0.
La formule de Weibull est dite à deux paramètres.
palement au paramètre de forme β
serait distribuée si les observations étaient répétées un
(voir « Les paramètres principaux
grand nombre de fois. Pour nos estimateurs, les lois de
● β : paramètre de forme de la fiabilité » ci-contre), car il est à
distribution retenues sont : Il définit le type de phénomène de dégradation en
● La fiabilité (pour laquelle la loi de Weibull viendra à cause.
la source de beaucoup de confusions
notre secours) : en fiabilité.
R(t ) = exp  − ∫0t λ (t ) . dt  ● η : paramètre d’échelle La fiabilité peut s’exprimer par
  Les valeurs de η et de β permettent de calculer le MTBF.
Notons que cette valeur obtenue est indépendante du
l’équation de Weibull :
● Le taux d’avarie : β
temps ; elle correspond à la somme de zéro à l’infini des
1 dR
temps de fonctionnement des composants étudiés. t -γ
λ (t ) = . R(t ) = exp −
R(t ) dt
η
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Le paramètre de forme β varie de ●β = 2 : corrosion ou fatigue Durant cette période, l’échelle de
0 à 4 et présente des valeurs parti- ●β = 3,45 : usure. Pour cette valeur temps débute au temps t = 0 et non
culières. L’équation de Weibull est de β, la loi représentative du phéno- à – ∞.
applicable pour toutes les valeurs mène est la loi normale. À partir de La moyenne n’est pas à zéro,
de β, et, notamment, elle peut se β = 3, on assimile la loi à une loi nor- mais à une valeur égale au MTBF
substituer aux cas particuliers des male 2 , la loi de Weibull étant tou- ou, dans ce cas, au temps moyen
lois normales, log-normales et expo- jours applicable. d’usure M.
nentielles (quelle chance de ne pas
avoir à se poser trop de questions !).

aβ < 1a
Le composant est dans sa période
infantile ou de défauts de jeunesse.
Certains composants d’un lot sont
moins robustes que les autres (mau-
vaise fabrication, mauvais stockage,
mauvais montage) ; leur défaillance
se manifeste pour des contraintes
plus faibles. Leur élimination et leur
remplacement permettent de retrou-
ver le taux d’avarie normal des com-
posants.

aβ = 1a
La période est dite de vie utile ou de
panne fortuite. Les composants sui-
vent une loi exponentielle :
R(t) = exp – (t / η)
Pour cette loi exponentielle, on
démontre que :
● Le MTBF est égal à η et égal à 1 / λ. 2   Les probabilités de défaillance a priori et conditionnelle
Donc, durant cette période, le taux
d’avarie est constant. Par contre, pour
un MTBF annoncé de 10 000 heures,
on n’a que 36,8 % de chances d’arri-
ver à cette durée :
R(t = MTBF) = exp – 1 = 0,368
● La fiabilité est indépendante de
l’âge du composant. Elle ne dépend
que de la durée de la mission. Ce qui
signifie, suivant le schéma 1 , qu’un
composant ayant déjà fonctionné cor-
rectement durant le temps T présente
pour une mission de durée t une pro-
babilité de bon fonctionnement égale
à R(t) et non R(T + t).
Le temps pris en compte durant la
période de vie utile est la durée de
la mission en cours et non l’âge du
composant 1 .

a1 < β < 4a
Les phénomènes en cause sont dus au
vieillissement : 3   Pièces remplacées au fur et à mesure de leurs défaillances

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De plus, la probabilité de pannes Le cas de pièces remplacées variant de zéro à l’infini. Il y a donc
est fonction de l’âge du composant, ce au fur et à mesure addition de ces trois lois.
qui signifie qu’en fiabilité on ne peut de leurs défaillances Bien entendu, suivant les compo-
pas prendre en compte la symétrie de Pour des composants soumis à un phé- sants, ces périodes peuvent exister ou
la courbe de Gauss comme on le fait nomène de vieillissement (taux d’avarie non. De plus, β peut prendre toutes les
généralement en qualité. fonction de l’âge) et remplacés au fur valeurs intermédiaires entre 0 et 4.
On utilisera, comme sur la figure 2 , et à mesure de leur défaillance (c’est Si l’on additionne ces trois périodes
les notions suivantes : le cas dans l’industrie), le taux appa- possibles, on obtient la courbe de la
rent de remplacement ou d’avarie de figure 5 , qui n’a plus grand-chose
● La probabilité de défaillance ces composants est constant. à voir avec une baignoire. Mais un
a priori Le remplacement progressif des aspect intéressant de cette image
Elle ne tient pas compte de l’âge du composants rajeunit la population et est de montrer que, pour un compo-
composant. Dans ce cas, la probabi- ainsi le taux de panne diminue dans sant donné :
lité de défaillance durant les périodes le temps puis se stabilise 3 . Ces com- – la sélection de composants de
(– 3 σ ; – 2 σ) et (+ 2 σ ; + 3 σ) sont posants présentent un taux de panne bonne qualité permet d’éliminer la
les mêmes et égales à 2,14 %. sensiblement constant et égal à : période infantile ;
λ = 1 / MTBF – le remplacement des compo-
● La probabilité de défaillance condi- sants à l’instant TU, avant que le taux
tionnelle La courbe en baignoire, d’avarie dû au vieillissement devienne
Elle s’exprime par : image d’Épinal de la fiabilité supérieur au taux d’avarie de la vie
F(t2 ; t1) = [F(t2) – F(t1)] / R(t1) On a l’habitude de schématiser ces utile, permet d’obtenir un taux d’ava-
différentes périodes par la courbe en rie minimal. D’où le nom de période
L’exploitant d’un équipement soumis baignoire représentant l’évolution du de vie utile.
à des phénomènes de vieillissement taux d’avarie en fonction du temps. Sur Ces conditions ne peuvent être appli-
sera surtout intéressé par la fiabilité celle de la figure 4 , les trois périodes quées que si l’on connaît la loi de fiabilité
conditionnelle, qu’il devra aussi prendre sont considérées comme indépendan- relative au phénomène de vieillissement
en compte pour la définition des pério- tes les unes des autres. subit par le composant.
dicités de maintenance conditionnelle [2] Or nous avons vu que chacune Remarquons que dans le cas où la
et des paramètres de gestion des stocks d’entre elles est la représentation de période correspondant à β = 1 n’existe
de pièces de rechange. la loi de Weibull pour une variable t pas, cette notion de vie utile corres-
pond à une utilisation durant la période
de vieillissement entre le temps 0 et
un temps t – (n ⋅ σ) (σ étant l’écart
type de la loi de vieillissement, n le
nombre d’écarts types choisi pour
que le taux d’avarie soit inférieur au
seuil que l’on s’est fixé ; en général
on adopte 3 ou 4 η).

La fiabilité d’un composant


ou d’un équipement
On a examiné cette image de la durée
de vie d’un composant, mais qu’en
est-il pour un équipement ?
Un équipement est constitué d’un
grand nombre de composants (20 000
pour une F1, 40 000 pour une BMW
série 3) ; tous suivent la loi de Wei-
bull, mais, de l’un à l’autre :
– les paramètres β, η, γ sont dif-
férents ;
– les variables temps sont diffé-
rentes (âge ou durée de la mission,
nombre d’heures de fonctionnement,
de sollicitations ou de kilomètres par-
4   L΄image d΄Épinal du taux d΄avarie courus).
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Sachant que ces différents com-
posants sont en série ou en parallèle
(redondance), la fiabilité d’un équi-
pement sera la résultante d’autant
de lois de fiabilité qu’il y a de com-
posants (20 000 pour la F1, 40 000
pour la BMW). Il est donc indispen-
sable d’adopter des hypothèses sim-
plificatrices.
Pour déterminer le MTBF prévision-
nel d’un équipement et surtout son taux
d’avarie, on construira des diagrammes
de fiabilité ou schémas-blocs, la fia-
bilité de chaque branche étant calcu-
lée par multiplication des fiabilités ou
des probabilités de défaillance. Pour
effectuer ces calculs, on suppose que
tous les composants suivent une loi
de fiabilité exponentielle pour laquelle
l’unité de temps est la même.
Cette hypothèse est acceptable dans
deux configurations extrêmes :
re
●1 configuration
On empêche l’apparition du phéno-
mène d’usure par remplacement sys-
tématique des composants avant la
fin de leur vie utile, c’est-à-dire à 5   Le taux d΄avarie d΄un composant
MU – 3 à 4 σ. Cela est possible pour
des matériels : défaillances se manifeste de manière En conclusion
– de durée de vie longue pour les- identique dans le cas d’un équipe- Nous avons passé en revue les points
quels on recherche une grande fiabilité ment constitué par un ensemble principaux que l’on doit garder à l’esprit
en fonctionnement et pour lesquels on de composants présentant des lois lorsqu’on étudie la fiabilité afin d’évi-
adopte une politique de maintenance de fiabilité différentes. Si on se ter que les mathématiques n’éloignent
préventive ; limite à l’étude globale de l’équi- des réalités du terrain.
– à mission unique, dont le temps pement, son taux d’avarie apparent Dans mon livre, Fiabiliser les équipe-
d’utilisation est si court que la proba- sera constant. ments industriels, j’ai essayé de conci-
bilité de panne d’usure est très faible, Pour se placer dans une de ces lier connaissance un peu théorique et
même s’il existe un grand nombre de configurations, il est indispensable expérience pour que chacun – concep-
composants en série. de connaître la loi de fiabilité relative teur, exploitant, mainteneur – aborde
au vieillissement de chaque compo- les problèmes de manière plus efficace
de
●2 configuration sant, afin de : et s’assure que le processus, base du
On laisse au contraire les composants – déterminer la périodicité de retour d’expérience qu’il va étudier, soit
s’user et on ne les remplace qu’au fur et la maintenance préventive (à quel bien sous contrôle statistique.
à mesure des pannes. Ce cas concerne moment le taux d’avarie dû au vieillis- On ne peut faire des prévisions qu’en
seulement des matériels réparables ou sement deviendra supérieur à celui de étudiant un système stable, et elles
remplaçables à longue durée de vie et la vie utile) ; ne pourront s’appliquer que dans des
dont les temps d’indisponibilité sont – vérifier dans le cas d’une mission conditions semblables à celles qui ont
compatibles avec les exigences d’exploi- unique que la fiabilité combinée est été prises comme référence. n
tation. Dans ce cas, les taux d’avarie encore acceptable.
obtenus sont très supérieurs à ceux En l’absence de bases de données de
de la première configuration. constructeurs fiables, cette connais- Bibliographie
sance ne pourra être obtenue que par BUFFERNE (Jean) :
Notons que le phénomène de sta- une exploitation correcte des histori- [1] Le Guide de la TPM, Éditions d’organisation,
2006
bilisation du taux d’avarie présenté ques relevés ou la réalisation d’essais [2] « Optimiser la maintenance préventive  »,
dans le cas du remplacement d’un d’endurance en évitant tous les pièges Maintenance & entreprises, no 599, sept. 2007,
disponible sur www.jean-bufferne.com
composant au fur et à mesure de ses que je viens d’évoquer.
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