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Géocarrefour

Numéro Vol. 81/2  (2006)
Public-privé : enjeu de la régulation des territoires locaux

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Lauren Andres
Temps de veille de la friche
urbaine et diversité des processus
d’appropriation : la Belle de Mai
(Marseille) et le Flon (Lausanne)
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Référence électronique
Lauren Andres, « Temps de veille de la friche urbaine et diversité des processus d’appropriation : la Belle de Mai
(Marseille) et le Flon (Lausanne) »,  Géocarrefour [En ligne], Vol. 81/2 | 2006, mis en ligne le 01 décembre 2009.
URL : http://geocarrefour.revues.org/index1905.html
DOI : en cours d'attribution

Éditeur : Association des amis de la Revue de Géographie de Lyon
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ÉOCARREFOUR VOL 81 2/2006 159

Lauren ANDRES
Temps de veille de la friche urbaine
CNRS UMR PACTE équipe
Territoires
Institut d’Urbanisme de
et diversité des processus
Grenoble
Université Pierre Mendes
France, Grenoble 2
d’appropriation : La Belle de Mai
Sciences Sociales
(Marseille) et le Flon (Lausanne)
RÉSUMÉ Cerner la mutation des friches urbaines nécessite DES FRICHES EN QUÊTE DE DEVENIR
Cet article analyse la de se pencher sur leur temps de veille. La phase
manière dont le temps de temporaire entre l’abandon d’une parcelle de L’apparition de la friche est à relier à un contexte
veille de la friche urbaine terrain et un projet de réutilisation (planifié) permet économique, social et urbain qui place cet espace
complexifie les rapports à divers acteurs, ponctuels, non communément disponible au cœur des préoccupations de deux
public-privé initiaux entre la présents dans les processus habituels de acteurs centraux : la collectivité locale et le
municipalité et le planification urbaine, d’en modifier les formes de propriétaire. Ces deux protagonistes adoptent des
propriétaire. La permissivité régulation. En effet, l’inadaptation de certains orientations initiales pour la friche et son éventuel
de la friche est propice à espaces à l’évolution de la société participe du temps de veille. En fonction des caractéristiques
l’émergence de processus renouvellement de la ville. Tout l’intérêt des friches conjoncturelles et structurelles de la localisation,
d’appropriation de la part réside dans le fait que ce ne sont en aucun cas des intéressante ou non, de la taille ainsi que de
d’individus ou espaces vierges. Elles se caractérisent par des l’affectation fonctionnelle, le site en friche est plus
d’associations, à vocation temporalités multiples selon trois phases ou moins rentable à la vente. À des conditions
culturelle ou non, qui successives. L’apparition de la friche, phénomène favorables ou non à la mutation s’ajoutent de
façonnent de nouvelles à relier à un contexte économique, social et urbain, nouvelles représentations de la friche : de cancer
formes de régulations place un terrain “disponible” au cœur des urbain, elle est devenue ressource foncière. Des
territoriales. Cette préoccupations de deux acteurs : la municipalité et projets précurseurs aux États-Unis avec les
dynamique est discutée à le propriétaire. S’en suit un temps de veille, phase premières opérations de reconquête des water-
travers deux études : la privilégiée pour l’intervention d’acteurs issus de la fronts, au milieu des années 1970 (Quincy Market
plateforme du Flon à société civile - artistes, acteurs culturels, petits à Boston, Harborplace Baltimore), illustrent le rôle
Lausanne et de la Friche de commerçants - dont l’influence est majeure dans attribué aux activités ludiques et commerciales et
la Belle de Mai à Marseille, la phase de mutation finale, soit celle du projet. non plus uniquement industrielles. La friche
qui montrent des similarités Cette dernière révèle les stratégies respectives des autorise l’émergence d’une dimension culturelle
malgré leurs différences. acteurs, de leurs échanges au cours du temps, afin attachée au projet de renouvellement urbain.
d’arriver à un consensus et de le concrétiser
MOTS CLÉS spatialement. L’analyse apportée dans cet article Marseille : des friches à la recherche d’alternatives
Friches urbaines, temps de est centrée sur la mutation de deux sites, la
non économiques
veille, Marseille, Lausanne plateforme du Flon à Lausanne et la friche de la
Belle de Mai à Marseille (entre 5 et 15 hectares). À partir des années 1970, Marseille est durement
ABSTRACT Elles permettent de rendre compte de l’évolution
touchée par la crise économique ; 700 hectares de
This paper analyses the way des stratégies de chacun des acteurs impliqués1.
friches portuaires et industrielles restent en attente
in which, when urban
de réutilisation, faute de marché immobilier
wastelands are left unused, A priori tout oppose ces deux villes ; l’une est en
porteur et de reconversion tertiaire. Néanmoins, la
the initial relationships crise depuis les années 1970, l’autre est plus
ville de Marseille, sous les municipalités de G.
between the owner and the prospère. Néanmoins, toutes deux abritent des Deferre (1953-1986) puis de R. Vigouroux (1986-
municipality become more espaces dont la mutation est devenue une
1995), n’adopte pas une stratégie de
complex. The opportunities référence voire un modèle. La friche de la Belle de
redynamisation économique. Elle met l’accent sur
offered by brownfield sites Mai constitue en effet “la référence” française en la culture, comme alternative au déclin
favour their appropriation by matière de friche culturelle et le Flon, quant à lui,
économique, social et démographique de la ville.
individuals or associations, est connu à l’échelle de la Suisse romande, voire
La démarche de l’adjoint au maire Christian
with or without cultural au delà, pour ses multiples rebondissements et sa Poitevin - alias le poète J. Blaine, l’illustre en 1989 :
goals. This process creates renommée nocturne. L’histoire des deux sites se
artiste et pratiquant des friches culturelles tel le
new forms of territorial caractérise par la présence d’associations
Melkweg à Amsterdam, il propose d’utiliser ces
regulation. Such change will dynamiques, durant la période de veille. De plus, espaces, de manière temporaire, afin d’y créer de
be discussed through two tous deux illustrent, de manière différenciée, du
nouveaux lieux d’expression artistique et
case-studies : the “Flon” in fait du système de démocratie directe présent en
culturelle. Après un premier essai tenté dans une
Lausanne and the “Belle de Suisse et non en France 2, la manière dont la ancienne minoterie à Magallon, l’association
Mai” in Marseilles, which population locale peut, ou ne peut pas, être partie
Système Friche Théâtre (SFT) s’installe, en 1992,
share similarities in spite of prenante de ces processus de mutation.
avec l’accord du propriétaire, la Seita, dans
their differences
l’ancienne usine de tabac dont l’activité a cessé en
Trois temps d’analyse s’imposent : comprendre 1990.
KEY WORDS
Brownfields, period prior to quels facteurs préfigurent un temps de veille plus
ou moins long ; saisir les possibilités et les D’une surface de 12 hectares, proche de la gare
redevelopment, Marseille,
stratégies de chacun des acteurs durant cette Saint-Charles, l’usine de la Seita est composée de
Lausanne.
phase permissive que constitue la veille de la trois îlots, dont l’un est alors dédié au spectacle
friche ; enfin, confronter ces formes de régulation vivant. Le site est intégré en 1996 dans le
dans la phase de projet, qui articule héritages de la périmètre des espaces portuaires et industriels
friche et enjeux d’une ville pensée comme dégradés, inclus dans le programme de
concurrentielle à l’heure de l’économie régénération urbaine Euroméditerranée. Cette
mondialisée. opération d’intérêt national vise à “1/ Contribuer
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au rayonnement international de la métropole procédure d’expulsion - par le propriétaire. Pour 1 - Les extraits de discours, au
marseillaise en créant les équipements les acteurs artistiques et culturels, l’investissement c ours d u texte, s ont iss us
nécessaires dans le domaine de la culture, de de ces lieux en déshérence est une réponse à d ’entretie ns me nés pa r
l’économie et de la formation (…) ; 2/ Créer des l’absence d’autres lieux disponibles. Les friches l’auteur entre mai 2005 et août
emplois (…) ; 3/ Contribuer de manière constituent des sources d’inspiration en rapport 2006. Une quarantaine d’ac-
significative à la politique du logement de la direct avec l’architecture du site. D’autre part, sous teurs par site étudié, politi-
Ville”3. La spécificité de cette opération est double. la forme de petites activités précaires, elles ques, techniciens, profession-
D’une part, c’est la première fois qu’un peuvent résulter d’une entente, temporaire, sur un nels de l’urbanisme, acteurs
établissement public est créé pour requalifier des bas loyer, entre le propriétaire et les locataires. informels, journalistes, habi-
tissus existants (ce type de montage n’avait été Face à cette permissivité, la population demeure le tants, représentants associa-
utilisé précédemment que pour les villes plus souvent en retrait. Les formes artistiques tifs, acteurs économiques, ont
nouvelles). D’autre part, le projet prend appui sur proposées ne correspondent pas forcément aux été interrogés par méthode
deux pôles existants : pour le volet économique et attentes d’une population souvent meurtrie par la réputationelle.
patrimonial, sur les docks réhabilités par la SARI fermeture d’un site d’activité. Seules des actions
dès 1992, et, pour la dimension culturelle, sur la incitatives entraînent la création de rapports entre 2 - En Suis se, le rec ours
friche de la Belle de Mai - première friche culturelle les usagers des friches et la population locale : à possible au référendum est
impulsée par l’acteur public. Zurich, la Rote Fabrik6 abrite non seulement des garant d’une participation et
artistes mais aussi des associations (ethniques, d’une mobilisation plus active
Lausanne : une espace en mutation disponible au protectrices de l’environnement, …) ; à Lyon, dans de la population locale, à la
centre de la ville la friche RVI, dans le 3 e arrondissement, une différence des processus de
association d’habitants du quartier, L'A. participation français.
À la différence de Marseille, Lausanne n’est pas Frich'idée7, s’est agrégée aux artistes ayant investi
une ville industrielle en crise. Le déclin de la le lieu en 2003. 3 - http://www. euromediter-
plateforme de stockage du Flon n’est, en aucune ranee.fr/
manière, lié à la cessation d’activité de son Ces processus de reconquête “par le bas”
propriétaire, une société de gestion immobilière4 (bottom-up) peuvent conduire à une revalorisation 4 - Nommé au départ Compa-
pour qui, d’ailleurs, la vente du terrain a toujours et ainsi faire partie d’une stratégie plus ou moins g nie du Ch emin de fe r
été exclue. Composé d’une série de bâtiments en contrôlée du propriétaire ou des acteurs publics. Lausanne-Ouchy et qui devien-
dur et de hangars, le site de 5,5 hectares, est sous- Celle-ci viserait à tirer profit à court terme dra ensuite le groupe LO
utilisé dès les années 1950 du fait de l’évolution de (gardiennage, maintien du patrimoine architec-
la ville et des modes de production : les tural) et à long terme de la permissivité du site 5 - Année s 195 0 : proje t
entreprises préfèrent des emplacements (valorisation foncière via le renouvellement de moderniste projet Amphion
périphériques, et l’avènement d’une production l’image du site). Le rôle des associations, et en (Wetter-Vouga-Levy). 1986 :
just in time réduit les impératifs de stockage. La particulier des artistes, n’est pas nouveau. Les projet “Gare du Flon”, modèle
mutation fonctionnelle du site n’est pas exemples précurseurs de Soho à New York, dans l ibéra l d e la C i t y à la
douloureuse, mais ce dernier constitue un réel les années 1960-1970, ou encore de Greenwich londonienne orienté autour des
enjeu pour le propriétaire comme pour la ville qui Village, dans les années 1980, reflètent ces tran spo rts et des surfac es
le perçoivent comme une ressource foncière processus de revalorisation et de mutation. La commerciales. 1993 : projet
compte tenu de son caractère central. Localisée en friche de la Belle de Mai comme le Flon illustrent Po nts-V illes d e Ts ch umi -
effet au cœur de Lausanne (à la sortie du métro, la ces formes de permissivité diversifiées dont Merlini, à l’image de l’Acte
Ficelle, reliant le lac au centre), cette plateforme se l’influence est primordiale lors de l’élaboration architectural, du Grand projet
situe 12 m au dessous du centre-ville (fig. 1). Elle d’un projet. pour Lausanne, dans une visée
devient alors rapidement un site à enjeux et fait concurrentielle.
d’ailleurs l’objet de multiples projets5 qui resteront La Belle de Mai : le rôle de l’association Système
sans suite jusqu’à la fin des années 1990. D’où un Friche Théâtre (SFT) 6 - http://www.rotefabrik.ch/
temps de veille, de quasiment cinquante ans, qui
va se révéler être le moteur de la mutation à venir. Le temps de veille de la friche de la Belle de Mai 7 - http://www.friche-rvi.org/
est court puisqu’il ne dure que 4 ans, de pages/frichid.html
LA DYNAMIQUE TEMPORELLE DE LA FRICHE : l’installation de l’association culturelle SFT en 1992
ENTRE PERMISSIVITÉ ET CRÉATIVITÉ à l’intégration au périmètre d’Euroméditerranée
en 1996. Néanmoins, cette phase préfigure les
Les friches sont caractérisées par un temps de enjeux et les portages fonciers qui vont suivre tout
veille marqué par une certaine permissivité en permettant d’asseoir la vocation culturelle du
sociale, culturelle et économique. Alors que les site. Dès 1992, l’installation dans l’usine de la Seita
acteurs publics locaux restent à l’écart, des acteurs fait l’objet d’une réflexion raisonnée et stratégique
issus de la société civile, s’emparent au contraire de la part de la SFT et, en particulier, de Fabrice
symboliquement et matériellement de ces lieux Lextrait, futur administrateur de la Friche de la
(Groth, Corijn, 2005). Pour M. Gravari Barbas (2004 Belle de Mai, forts du soutien de la Ville de
p. 281), leurs actions se caractérisent comme des Marseille, et très vite de la Direction régionale des
“initiatives émanant d’en bas”, d’où une affaires culturelles (DRAC). SFT négocie avec la
“opposition avec les grandes opérations Seita l’installation dans les lieux en mettant
d’urbanisme, publiques ou privées”. Elles peuvent l’accent sur l’atout de la culture pour améliorer
être ainsi de deux types : d’une part, sous la forme l’image de l’entreprise alors mal perçue - du fait
de squats, artistiques ou non, elles peuvent être des 700 personnes laissées au chômage - et pour
tolérées - v i a la signature d’une convention valoriser, à terme, son patrimoine foncier. Par
d’occupation précaire - ou refusées - par une ailleurs, elle contacte les syndicats afin de vérifier
Friches urbaines : La Belle de Mai (Marseille) et le Flon (Lausanne) VOL 81 2/2006 161

8 - En tre tien a vec Fab rice qu’une telle réutilisation ne pose pas des stratégiquement, cette occupation, en signant avec
Lextrait, Mai 2006 problèmes d’ordre éthique8. L’appropriation du SFT une convention d’occupation précaire, qui, à
lieu constitue “un potentiel de jeu et d’exploration court terme lui évite des coûts de gardiennage et,
9 - Il n’est pas déba ttu pa r incroyable” permettant “une conjonction entre le à long terme, se révèle pertinente puisque,
l’organe législatif lieu et la dynamique des projets de la ville” (F. progressivement, les acteurs publics se portent
Lextrait). La friche représente cet espace de liberté, acquéreurs de l’ensemble du site. La Ville de
propice à la création artistique, tant recherché par Marseille, quant à elle, réussit son pari en misant
les artistes (fig. 2). Naissent alors divers projets sur la culture comme facteur de revalorisation
artistiques et culturels, associant producteurs, spatiale, de modification de son image, à moindre
opérateurs et médiateurs. Dès 1993, par exemple, coût. C. Poitevin, ancien adjoint à la culture sous la
Armand Gatti a réuni pendant huit mois, quatre- municipalité de R. Vigouroux, s’enorgueillit du
vingts stagiaires pour offrir à la cité une épopée bilan de cette initiative : “Cette ville qui était
poétique : "Marseille Adam quoi ?". considérée comme celle de la French connexion
(la drogue, le trafic de cigarettes, la mafia…) est
La synergie entre ces acteurs, à l’initiative devenue la ville artistique par excellence. Cela a
d’associations culturelles, est une réussite : “La été une politique générale sur laquelle la Friche a
Friche », nouvelle appellation, acquiert une eu un rôle phénoménal”. Parallèlement à
renommée nationale et internationale, qui l’élaboration d’Euroméditerranée, la Ville et la
explique son intégration dans le périmètre DRAC réfléchissent à la création d’un pôle
Euroméditerranée en 1996. L’association assure sa patrimonial, sur une partie du site, pouvant
visibilité en contactant en 1995 l’architecte Jean regrouper les archives municipales, les réserves
Nouvel pour prendre la direction de la Friche afin des musées et un centre de restauration des
de formaliser “un projet culturel pour un projet œuvres d’art.
urbain” (1996). Ce pari réussit : l’implantation de
Jean Nouvel dans le réseau politique et culturel La stratégie des trois acteurs durant ce temps de
donne une nouvelle envergure à la Friche, et donc veille (Ville/SFT/Seita) a convergé. Seule la
à SFT, devenus acteurs centraux du secteur Belle population résidentielle est restée à l’écart de cette
de Mai dans le projet Euroméditerranée. dynamique. Il est vrai que les contraintes de
localisation ont participé de l’émergence de ces
L’attitude de la Ville de Marseille et de la Seita deux “mondes”, celui des artistes et celui d’un
représentent deux stratégies convergentes. La quartier modeste (encore ouvrier) empêchant une
Seita est consciente que la vente de son vraie synergie. L’usine de la Seita est en bordure
patrimoine foncier est rendue difficile par le du quartier de la Belle de Mai, un peu en hauteur,
contexte immobilier et économique ; elle accepte, bordée d’un côté par la voie ferrée, donc peu

Figure 1 : Le Flon, une
ancienne plateforme de
stockage, 12 m en dessous du
centre ville (cliché L. Andres
2006)
162 VOL 81 2/2006 Friches urbaines : La Belle de Mai (Marseille) et le Flon (Lausanne)

accessible. Le lien précédent entre l’usine et son locataires du site. La spécificité du temps de veille
quartier résidait dans les flux de travailleurs qui ne du Flon réside alors dans le fait qu’il frôle, pendant
pratiquent plus ce nouvel espace. Il y a, par plus de trente ans, le passage à une réinsertion
ailleurs, de nombreuses incompréhensions dans la planifiée : sa mutation est en effet bloquée par
mesure où cette nouvelle affectation “n’a pas l’échec successif de deux projets.
amené d’emplois pour les jeunes du quartier”. “En
plus, il y a des nuisances sonores”. À ces conflits En 1986, un projet, voté par le conseil communal
de voisinage des premières années, s’ajoute un puis soumis à la décision populaire, est en effet
contexte de paupérisation d’une population et rejeté. Certains médias comme Le Temps le
d’un quartier à l’écart des politiques de la ville ; le décrive ainsi : “Derrière sa couronne de nouveaux
quartier ne sera intégré au Grand projet de ville bâtiments, le quartier ne sortira guère de sa
qu’en 1999. somnolence. On y démolira, on y reconstruira
sans ambition précisée et selon les besoins du
Le Flon : l’APAHVF et les locataires du site en tant propriétaire. L’affectation restera la même :
que contre-pouvoir entrepôts, ateliers, bureaux. Et dès la nuit tombée,
les parcomètres de Vénus probablement”. (Vodoz,
À l’inverse de la Belle de Mai, le temps de veille du 1985). La mobilisation citoyenne est telle que
Flon est long. Son utilisation décline dès la fin des l’Association pour un aménagement harmonieux
années 1950 alors que le plan partiel d’affectation de la vallée du Flon (APAHVF) (1984) propose,
permettant son renouvellement n’est voté qu’en avant la votation, un contre-projet avec plus de
1999. Les positionnements antagonistes des logements, moins de démolitions, pas de centre
acteurs (municipalité et propriétaire), associés au commercial, une moindre valorisation de la
rôle déterminant de la population locale, circulation. De la même manière, le plan partiel
contribuent à cette lenteur. Pour le propriétaire et d’affection du projet “Ponts-Ville” des architectes
pour la ville, le Flon est un site à enjeux, foncier et Tschumi-Merlini, en 1993, ne passe pas l’entrée en
financier (par sa localisation centrale), urbanistique matière9 ; le propriétaire s’oppose à sa faible
et social car, sous utilisé, il se marginalise. Des rentabilité, les porteurs politiques s’essoufflent,
problèmes d’insécurité, de prostitution, de drogue hésitant quant aux difficultés de réalisation des
en découlent. Les lausannois n’osent plus y ponts, l’APAHVF à nouveau refuse les démo-
descendre. Or, le site, dédié au stockage des litions. Outre ces oppositions, l’échec du “Ponts-
marchandises, est classé en zone industrielle. Sans villes” est à relier à la renaissance du quartier par
l’élaboration d’un plan partiel d’affectation, aucune le bas. En effet au cours de cette longue phase
nouvelle construction ne peut être réalisée. La conflictuelle sont nées des occasions majeures
validation de ce plan nécessite un consensus entre pour des acteurs économiques (artisanat, friperies,
le LO et la municipalité, la population et les dancing…) et culturels (galeries et ateliers

Figure 2 : “L’îlot 3” de l’usine
de la Seita investi par
l’association Système Friche
Théâtre (L.A – 2006)
Friches urbaines : La Belle de Mai (Marseille) et le Flon (Lausanne) VOL 81 2/2006 163

10 - Ob jec ti f a ffich é pa r d’artistes), attirés par ce “quartier un peu atypique, Européenne et 12 pays méditerranéens dans le
l’opération d’intérêt national pas trop en ordre, pas trop comme il faut, pas cadre du processus de Barcelone” 1 0 . Les
Euroméditerranée suisse quelque part, où il régnait une anarchie, stratégies, pensées en termes d’attractivité,
certes contrôlée”. Cette mutation du lieu fonde le s’inscrivent dans la continuité des actions menées
11 - Il rend ainsi en 2001, le consensus sur l’avenir du site, même si elle est durant le temps de veille même si le système
rap port intitul é " Frich es, d’abord envisagée comme temporaire. Le d’acteurs s’en trouve complexifié. Aux acteurs
laboratoires, fabriques, squats, propriétaire peut rentabiliser a minima s o n précédemment identifiés, s’agrégent de nouveaux
projets pluridisciplinaires : une patrimoine foncier, en louant surfaces et places de interlocuteurs : collectivités territoriales (région,
nouvelle époque de l'action parkings. La ville se réjouit de cette département, canton, administration fédérale),
culturelle”. redynamisation et du changement d’image qui en acteurs économiques (promoteurs en particulier).
découle, passant d’un lieu évité à un lieu branché. La réinsertion de ces espaces met en jeu trois
Enfin, les médias locaux se passionnent très vite temporalités : le temps historique relatif à la
pour cette mutation à tel point que le terme de mémoire de l’activité passée, le temps de l’état de
“petit Soho” (Peclet, 1994) est attribué au lieu. friche, le temps présent et futur du projet.
S’appuyant alors sur la population et les médias
locaux, afin de revendiquer leur image et leur La Belle de Mai : un projet instrumentalisé par la
identité, les locataires du Flon s’unissent dans une ville et l’État
Association des intérêts de la vallée du Flon (AIVF),
produisent un journal de quartier - La gazette du Dès 1996, l’établissement public (Euroméditer-
Flon -et parient sur l’événementiel. En 1995, une ranée) et la municipalité de Marseille se partagent
“fête au Flon” est organisée pendant deux jours : le coût de l’achat de l’ancienne usine et la ville
la presse locale accompagne ces nouvelles reste maître d’ouvrage. Ce transfert foncier qui
initiatives et véhicule la référence au “Flon-Flon”. représente le “passage symbolique de la précarité
Les locataires deviennent à partir de là des à la pérennité” (résident de la Friche) se traduit par
interlocuteurs majeurs de la mutation du Flon et un découpage du site en trois pôles (fig. 3) :
donc de la recomposition planifiée à venir. patrimoine, média et spectacle vivant, organisés
autour d’un thème transversal, la culture.
LE DÉNOUEMENT DE LA TRAJECTOIRE DE
MUTATION DE LA FRICHE ET SES POSSIBLES Le pôle patrimoine rassemble la ville de Marseille
RETOMBÉES (archives et réserves de la ville) et l’État (CIRCP et
INA). Sa vocation principale est celle de la
Les configurations d’acteurs dans les processus de préservation de la mémoire et du patrimoine et,
régénération des friches diffèrent des autres ce, à double sens : par son activité et par la
projets urbains. En effet, les acteurs intègrent, reconnaissance de la valeur de l’architecture
partiellement ou intégralement, les paramètres industrielle. En tant qu’équipements structurants,
relatifs au temps de veille de ces espaces tout en les différentes entités rayonnent à l’échelle de la
s’insérant dans les enjeux actuels. Les friches ville et de la région.
constituent ainsi des atouts majeurs pour
répondre aux enjeux de concurrence entre les L’établissement public Euroméditerranée (EPAEM)
villes européennes : Lausanne, “capitale intervient dans le développement économique du
olympique et ville culturelle” et Marseille, pôle médias en association avec la communauté
“métropole de premier plan au sein de la zone de urbaine Marseille-Provence-Métropole, le conseil
prospérité partagée décidée par l'Union général des Bouches-du-Rhône, le conseil régional

Figure 3 : L’opération Belle de
Mai et ses trois pôles culturels
(d’après maquette
Euroméditerranée – exposition
10 ans de réalisations Janvier-
Juin 2006) LA 2006
Légende :
1-2-3 : Pôle patrimoine 1 ;
Archives municipales 2 ; INA
3 ; CICRP
4-5 : Pôle Médias (multimédia,
audiovisuel, ingénierie du
spectacle)
6 : « La Friche » , pôle
spectacle et culture vivante
7-8 : Maternité de la Belle de
Mai (hors périmètre) 9 :
Parking
164 VOL 81 2/2006 Friches urbaines : La Belle de Mai (Marseille) et le Flon (Lausanne)

Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’État et l’Union menées par SFT (partenariat avec les écoles par
européenne. À la différence des autres opérations exemple) ou par les archives municipales, les
de l’EPAEM, les promoteurs privés n’interviennent résidents du quartier considèrent que “toute
pas : seuls les acteurs privés étant les locataires de l’histoire de la Friche d’une certaine manière, a été
bureaux et des studios. Par cette action, un glissement, une coupure progressive avec le
Euroméditerranée mise sur la productivité quartier”. Cela n’est pas forcément faux. Le
économique du secteur culturel, en plein essor : réinvestissement de la Seita n’a pour l’instant eu
“Sur l’ensemble de la Belle de Mai, le but était de que peu d’impact sur le quartier de la Belle de Mai,
mettre en place un district des industries comme l’indique le comité d’intérêt de quartier
culturelles et de la communication, et, au delà, de (CIQ). Les habitants partagent peut-être une vision
faire de Marseille une métropole ayant un secteur moins négative de la friche mais ils soulignent le
d’activité à part entière sur la production, la fait que les trois pôles tournent le dos au quartier
diffusion de produits culturels”. (P. Stefanini, et qu’ils ne correspondent pas à leurs aspirations.
ancien directeur adjoint chargé de l’action À l’heure actuelle, il n’y a pas de processus de
économique). gentrification autour de l’ancienne usine d’autant
que les questions d’accessibilité, de réduction du
Quant au troisième pôle centré sur le spectacle trafic et d’amélioration de la qualité du bâti sont
vivant, les associations autour de SFT continuent à loin d’être résolues. Le pôle de la Belle de Mai
pratiquer une stratégie de visibilité et de lobby “reste une opération relativement déconnectée du
local et national avec J. Nouvel jusqu’en 2002, puis quartier d’implantation, et seul symbole du désir
le cinéaste R. Guédiguian. Cette démarche prend des autorités publiques d’amorcer un renouveau”
appui sur les réseaux culturels nationaux. En effet, (Bertoncello, 2005 p 66).
l’administrateur de la Friche, F. Lextrait, est chargé,
en 2000, par Michel Duffour, secrétaire d'État au Du “Flon-flon” au “Flon-product” : genèse d’une
Patrimoine et à la Décentralisation culturelle, d’une nouvelle centralité au profit de la Ville et du
mission d'observation des nouveaux espaces de propriétaire
création culturelle11. S’en suit, en 2002, à la Friche,
l’organisation du colloque international “Les Dans le cas du Flon, le projet voté en 1999 n’est
nouveaux territoires de l’art”. A présent, la ville pas pensé en îlots, comme à la Belle de Mai, selon
souhaite d’ailleurs concéder le terrain à SFT pour les intérêts de chacun des protagonistes. Il est
40 ans, dans le cadre d’une société coopérative construit en prise directe sur le temps de veille,
d’intérêt collectif (SCIC). afin de satisfaire consensuellement chacun des
acteurs concernés, en évitant ainsi les oppositions.
Au delà de la « couleur » culturelle du projet, les Le groupe LO se doit de satisfaire ses actionnaires
stratégies d’action et de développement des trois en élaborant un projet rentable même si les
pôles ne sont pas forcément convergentes. Les héritiers de Mercier, fondateur de la société,
“anciens de la Friche” considèrent que l’arrivée de s’inscrivent dans une perspective d’intérêt
la municipalité et de l’EPAEM sur le site “était un général : “On se sent emprunt à une certaine
deal nécessaire. Si ce deal n’avait pas existé, la responsabilité (…). On aimerait bien léguer à la
Friche ne serait pas là aujourd’hui. À un moment ville et à sa population quelque chose de réussi”
donné, il a fallu inviter de lourds partenaires” (…), l’objectif étant donc de “faire aboutir un
(résident de la friche). Aussi l’interaction entre les projet urbanistique, citoyen et qui en même temps
trois îlots est-elle faible : les associations culturelles permet de valoriser notre patrimoine”. La
et certains acteurs publics s’accordent à dire que municipalité, quant à elle, qui fait l’objet de
cette situation découle de l’absence d’un pouvoir moqueries dans les journaux locaux, souhaite voir
local dirigiste qui aurait, dès le départ, imposé une un projet urbain aboutir. Elle campe moins sur ses
synergie à l’ensemble des îlots. Selon un des positions initiales, abandonnant l’idée de voir des
anciens dirigeants d’Euroméditerranée, les logements au Flon. Les locataires, quant à eux,
représentations de ce qu’est la “culture” ne sont défendent leur Flon corps et âme, ayant acquis le
pas identiques pour tous les acteurs : “L’îlot soutien et la sympathie des médias et de la
spectacle vivant craint l’industrialisation de la population locale. Afin de mener le projet à terme,
culture tandis que le pôle média, abritant des le LO, en accord avec la ville, élabore alors une
acteurs privés aux mises de fond importantes, stratégie de communication poussée : réunions
souhaite travailler tranquille”. Le pôle culturel de la avec les acteurs, plaquette de communication
Belle de Mai constitue ainsi clairement une vitrine (groupe LO, 1998)… L’objectif affiché est clair :
supra-locale, efficace sur le papier, mais toute “trouver l’adhésion, la compréhension, des gens
relative dans la pratique. Le manque de dialogue du Flon” et donc obtenir “les sympathies qu’ont
et de concertation entre les acteurs des pôles mais ces gens, parmi la population de Lausanne,
aussi avec la population locale a nivelé les indispensables pour, d’une part, avoir
ambitions d’un véritable projet urbain. La faiblesse suffisamment d’influence sur les autorités, et,
des liens entre le pôle culturel et son quartier est d’autre part, convaincre, plus tard, les citadins de
notoire. Comme le reconnaît un des techniciens descendre au Flon.” (chargé de communication
d’Euromediterranée : “l’objectif était de faire LO). Dès lors, le plan proposé en 1999 “renonce à
rayonner Marseille en tant que métropole, la changer le visage du Flon. Il est respectueux des
question de l’échelle du quartier n’a pas été tracés et des volumes historiques de la vallée”
forcément instruite”. Aussi malgré des actions (Roulet, 1998). Ce plan s’accompagne d’une
Friches urbaines : La Belle de Mai (Marseille) et le Flon (Lausanne) VOL 81 2/2006 165

Figure 4 : le nouveau Flon,
entre nouveaux et anciens
bâtiments (L.A, 2006)

stratégie de développement, la Flon Vision, conversion de la friche d’avoir été manipulés, le
associant au développement économique, le LO doit gérer subtilement ces tensions. Une fois la
maintien de l’image alternative et branchée du site friche convertie, l’enjeu réside dans la régulation
(fig. 4). Les outils utilisés ne manquent pas pour des tensions liées à la “g e n t r i f i c a t i o n”. Les
opter en faveur d’une politique de marketing locataires du site disposent toutefois d’un moyen
territorial : site internet, événements ponctuels de pression sur le LO : ils peuvent faire, sous
(expositions, cirque, opéra, patinoire). Le projet est certaines conditions, opposition aux nouveaux
à présent bien amorcé et sa réalisation fait projets de construction, grâce à un recours devant
converger les intérêts du LO et ceux de la ville. Il un tribunal. Cela peut engendrer de gros retards
inclut de nouvelles constructions comme le siège dans les chantiers et le LO se doit de continuer à
de l’administration communale, de nouveaux négocier (arrangements de loyers, aménagement
bureaux et l’achèvement de la plateforme multi- des locaux…). L’acteur public est certainement le
modale avec la nouvelle ligne de métro. Les moins impliqué aujourd’hui : il récolte les
orientations du projet urbain tout comme ses bénéfices de la mutation du site qui constitue le
retombées économiques et médiatiques, satisfont point d’ancrage du redéveloppement futur de
la majorité des acteurs publics, des locataires, de l’ouest lausannois.
la population lausannoise et des acteurs
économiques. Le “produit” Flon est aujourd’hui Conclusion : Les richesses des friches
porteur : “Aujourd’hui, le Flon c’est un quartier A travers les cas de la Belle de Mai et du Flon, la
branché et la Fnac au milieu, c’est aussi une richesse de ces free zones (Groth, Corijn, 2005), de
entreprise plutôt branchée, donc pour nous c’est ces espaces à part, peut certainement être
parfait” (responsable du magasin). Le site attire de soulignée. Les friches sont propices à l’émergence
jour comme de nuit, une clientèle locale, régionale de pratiques alternatives et ont la capacité non
(Genève, Neuchâtel) et transfrontalière venant de seulement de produire des formes d’urbanité
Lyon ou de Saint-Étienne (Andres, 2006). différenciées mais aussi d’autoriser l’émergence
de groupements d’individus (artistes, petits
Contrepartie de cette évolution, le Flon tend à se commerçants,…). Ces acteurs réinterrogent les
gentrifier économiquement (l’offre de restaurants manières de reconstruire la ville en prenant
concerne surtout une clientèle aisée) et sa distance par rapport à une vision techniciste de
mutation ne coïncide pas avec les imaginaires de l’aménagement : créatifs, ils ont une autre
tous. Cette évolution à caractère plutôt libéral sensibilité aux lieux. Certes chaque friche est
interroge certaines associations qui y associent un unique, mais les processus d’appropriation qui en
regard nostalgique : “C’était un endroit découlent de la part d’acteurs généralement peu
anarchique. Aujourd’hui les gens aiment bien mais visibles sur la scène publique et politique, sont
c’est devenu un endroit un peu plus banal, plus identiques. Leur force revendicatrice visant à
normal, qui commence à devenir un endroit de pérenniser leur présence sur le site ainsi que leur
ville ordinaire” (APAVF). Cette appréciation prise d’appui sur les réseaux de communication
critique se retrouve aujourd’hui chez les pionniers (média locaux et nationaux) et de collaboration -
du Flon, même si la plupart, commerçants réseau Transeuropehalles pour les friches
notamment, tirent financièrement profit de cette culturelles par exemple- , se retrouvent un peu
évolution. Face à ce sentiment des acteurs de la partout.
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Cette permissivité est néanmoins temporaire, GROTH J., CORIJIN E., 2005, Reclaiming urbanity :
vouée à migrer vers d’autres lieux en mutation et à indeterminate spaces, informal actors and urban
être ré-exploitée. Au Flon et à la Belle de Mai, les agenda setting, Urban Studies, vol.42, n°3, p. 503-
associations ont été instrumentalisées par les 526.
pouvoirs politiques (notamment les pouvoirs
municipaux) et économiques (les propriétaires). La GROUPE LO, 1998, L’avenir du Flon, Lausanne,
dynamique amenée durant le temps de veille de la n.p.
friche est assimilable à un outil de “reterritoria-
lisation”, de “resociabilisation”, de “retemporali- LE GALES P., 2003, Le retour des villes
sation” (Raffestin 1997). Or, in fine, la revalorisa- européennes : sociétés urbaines, mondialisation,
tion foncière et symbolique, profite essentielle- gouvernement et gouvernance, Presses de
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dire aux acteurs publics et aux propriétaires.
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Adresse de l’auteur

Laboratoire PACTE Territoires
Institut d’urbanisme de
Grenoble
Université Pierre Mendes
France, Grenoble 2 Sciences
Sociales

E.mail : andres.lauren@free.fr