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l$arpanr Ï'EINBERG
DOCî]ÎÛB EIY DROIIT
aYoear. pnÈs r,gs îBrgrrNArrx cryTr-s DE pAlgsînvn

LA QUESTION DES Mrr{ORrrEs


A LA ÇOT{I.'NNMMCN DH LÂ PAIX
DE 1919-]-920 trT L'ACTTON JUIVE
NN T''AVHUR T}M LÂ PR'Û'I]HCTIOT{
INTHR}SATTONÂLH NHS MINORITES

errrr,rÉ pan r-E


comsnrrr r,orr.R, Ltrs DRorrs DEs mrNonrrÉs JIrrvES
(corvrrtÉ nns nÉr,Éça"uoNs JUrviEs)

PARTS
I,IBNAIRIE Â"RTIT!'R .BOTISSEAU'
R.OITSÊEAIr & C", Énrrpuns
L4. RrrE SOSFI.LOT ET RUn TOTTLLTEE, 1A (.\r')

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Naruelv Ï'EINBERG
DOC'TEIIB D]lr DBOII
avoc^T pnùs r.xg rmrDrrNAlrx crvrls DD PÂr.tltrrNl

LA QUr{STrOr{ DES MrNORrrÉS


A LA COI{FÉREI{CE DE LA PAD(
DE 1919-1920 ET L'ACTIOI{ JUIVE
NN FAVEUR DE LA PROTECTIOI{
II{TBRI{ATIOI{ALE DES MII{ORITÉS

runrirÉ PAB Lt
CONSEIT/ POIIR I,ES DROITS DAg MTNORINÉS JT'IVES
(courrÉ nns oÉr.Éoerrorqs Jrrrvns)

e .0, n rig
LIBB.â'INTE ARTEUB BOIISSEATI
nOUSgl0AU & C,,, ÉprrEuBs
14. lt:ttB SOûDrrI}T E[ RgD tEOItI.LrnBr 18 (V')

lg2g
Tout dtotlt de teptotductlon, lrcducllon ct odaptalbn exptesilmenrl técefiét
pour lout pags.

npriacrlc dârt Voltairc


-: O, Zclot Dircctcur r.
3{. rur Richcr. Prrir (9')
lmprimerie d'rârç Vciraire
-: O. Z*Fmk, Direciieqlr ;^
34" n,rru Rieh"n. F'nriq (g.i
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TABLA,.,bES mertÈnns
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Pager

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droits des minorittés dans l,es trai0és de paix de
{ tf9;19â0 lt
qH-fr.B*IrB&, rJ:
Fr-éoédents historiques 15

.OHAP*T.RE IT{.
I'a quq6,$ienl desr rsinçt*L,ép, dans lss proj,etg d.e p"aix ,(tes
, .aqqogiafions pa,c"itfisteË, . .,, . .,: . r a ....r..!:. , 22

oFAP[TA4IV,
I;e problème des.miqp.fités ,{ans le pfognamsre de paix
de la So.oial"déHro,oratiê

CHAPITRE V.
f,os droits des minorités dans les buts de gu,erre des pays
bel'llgérants 28

CHAPITNE VI.
L'action juive à la Conféren.ce de la P'aix et la consl,itu-
tion'idu < Comité lde! Délégations Juives auprès de
la Conférence de lâ Paix 32

CHAPITRE VII.
La proteotion 'des minorités dans ,les projets du paote de
la Société des Nations et ,la lutte du Japon pour
,1'égalité des raoes 45

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CHAPITBE VIII.
La
"- ou.estion des minorités devant lrs c tonseitl sqprême 1
o;i--Ë-îrOâilon:Ce ia < ,Commission des Noiuveaux ;
Eûats et dd'iîoËôtion des Minôii'tes
CHAPITRE IX.
uv
Le msmoranidu,m du ,q cormitré {es_Délégations Juives
î6ïitJ d* iË dintàrenoe-de ta-pair .. . . . . .. ' " 76

ChaPi'tie X'

"'on;,?lttEtllut'î.isfréHlfr'f 1#i"'il,1'Httànf,fi "iniif Ser


. TEAPITRE XT.
Le déver"Ë8,'ïf*lninKJJ'H,"1î013, n:::1'::. ::. ::. :l:::: r 06

Conelusion ....... r87

Axnexr A. Traité dit des minori;téq,_ sign_q -lre {S. juih l9l9'
à versailles, entre leqEtats-unis d'Amér_iquet l'-uJIIl-
l4re rrit[ànnique, la Franae, I'fta'lie' 19 Japon et la
....."".."'':""'" r&t
Pologne ..........
,droits des .mino-
--
AxNrxe B. Memorandum conoernant les
-ritéi, présenté pal le-- u Co'mité des Détlésations
iuivtis âuprès de [a Conrférenoe de la Paix >. te10 mai t48
iglg, à là Conférence de la Paix
Axnnxr C. Dis,oours prononoé'par te Président \Vilson, le
3l mai lgl0, Ë ta truitiômq séanoo- p}énitè're de la
Conféren,oe rie la Paix (texte an$lais) r6.l
l

AYANT-PROPOS

Il s'est écoulé près de dix années depuis le 28 juin {919,


jour auquel, en même temps que le traité de paix avec
I'Allemagne, fut signé à Versailles le premier traité en faveur
des minorités. Quoique le laps de tremps qui nous sépare de
cette date historique soit relativement assez long, le moment
n'est pas enoôre venu pour entreprendre une étude historique
complète de la question des minorités à la Conférenoe de la
Paix et de l'élaboration des traités dits des minorités.
Le problème des minorités avait occupé la Conférence
de la Paix, dès I'ouverture de ses travaux et, à ce moment, en
connexion avec la préparation du Pacte de la Société des
Nations. Par la suite, ce problème surgit &u cours des débats
du <r0onseil Suprêmer et, selon la décision de celui-ci, il
forma I'objet des travaux laborieux d'une commission
spéciale.
Le livre de David Hunter Miller The Drafting of the
Coaenant, paru il n'y a pas très longtemps, a levé le voile
couvrant les travaux de la Commission de la Société des
Nations, et, par là même, ont été livrés au public tous les
détails concernant le sort des articles relatifs sux minorités
dans les différents projets du Pacte de la Société des Nations.
Par oontre, un lourd mystère pèse, jusqu'à ce jour, sur les
délibérations qui eurent lieu au sein du Conseil Suprême,
ainsi que sur les travaux de la <Commission des Nouveaux
Etatsu, chargée de la préparation des stipulations des traités
des minorités. Les procès-verbaux de ces séances sont rigou-
reusement gardés dans les chancelleries et archives des divers
Ministères des Affaires Etrangères et personne ne saurait
prédire combien d'années s'écouleront encore avant qu'ils
voient le grand jour.
Mais, si I'on ne peut pas songer aujourd'hui à écrire une
=J::..-'

-8-
histoire tout à fait complète, peut-ôtre le moment est-il déjà
venu de faire une tentative sérieuse pour donner un tableau
général, aussi eomplet que possible- dans les circonstances
actuelles, du développement de la question des minorités à
la Conférence de la Paix. De nombreux ouvrages: monogre-
phies historiques, articles juridiques, conférences politiques,
mémoires personrtels, ete., éman*nf, pour la plupart, d'hom-
mes cl'Etat et de juristes qui prirent personnellement part à la
Conférence et savent fort bien'ce qui se passe autour d'elle.
contiennenit, éparpillés et.non svstématisés, une foule de pré-
eieux faits, de{,ails et inform*tions; il s'agit de les recuei}lir.
de }es contrôler, de }cs grtuper, de les rédiger et ils peuvenl
constituer une base stre pour un solide aperçu historique.
No,tne tâshe a étq dans une large mesure, facilitée par le
fait que, grâce à des personnalités pol.itiques qui avaient suivi
de fort près Iæ trav*ux de la Confépence, nous avon{s pu obte-
nir quelques informations précieuses sur les débats qui se dé-
roulèrent au sein du Conseil Supnême au sujet de la question
des rninorités, ainsi, que certains autr.es renseignements et dé:
tails très imp'ortants, Ces informations sont. absolumenl
dignes de foi et lenr véracité ne saureit être mise en doute.
C'est un devoir agiéabÏe que nous accomplissons en expri-
mant ici à ces peisonnalités toute rrotre gratitude pour I'in-
térêt et I'appui qu'elles ont bien voulu nous témoigner au
cours de notre traveil.
Conjointement avec la question des minorités à la Confé-
rence de la Paix, cet ouvrage traite aussi de I'action juive elr
faveur de la pr,otection internationale des minorités. Ces
deux questions sont-elles connexes? De distingués savants
l'on souvent, et à maintes oe,casions affirmé et la tâche qrre
nous nous sommes imposée eonsistait à vérifier à quel point
I'aetion des représentantg juifs avait réellement contribué
aux travaux de Ia Conférence et exercé une influence dans
ce sens.
Dans eetto partie de notre étude, égalernent, nous
sûmmes loin d'élever une prétentiorr quelconque à avoin
épuisé la matière et il n'est nullement dans notre intention
de donner une histoire de toutes les démarches et actionE
qui ont été entreprises par les Juifs, pendant et, avcnf Ia
Conférence, en faveur de la garantie internationale des
droits des minorités.
- 9-
La plus grande attention devait être accordée à I'action
du <Comité des Délégations Juives auprès de la Conférence
de la Paixr, I'organe juif central créé dès après I'armistiae
dans le but de ptaider à la Conférence la câuse des minorités
juives et qui se composa,it des représentants légitimes des
populationi juives de I'Europe du Centre, de I'Est et du
Sud, ainsi que de représentants élus de millions de Juifs
d'autres peys. En conséquence, parallèlement au développe-
ment de la question des minorités à la Conférence, le présent
ouvrage expose et éclaire aussi I'action du Comité; en même
temps, il examine le rôle que cette institution fut appelée à
jouer dans Ïélaboration des traités des minorités.
Même sur ce point, I'on ne se trouve pas encore dans
une situation très privilégiée. Jusqu'à ce jour, le Comité
n'a pu, pour différentes raisons, publier les documents et,
matériaux les plus importants relatifs à son action pendant
les années l9I9-L920, susceptibles, s&ns nul doute, de
contribuer, dans une large mesure, à élucider le rôle qu'il
a joué dans,ce domaine. Une fois de plus, nous nous sommes
vu obligé de reehercher et de glaner à toutes sortes de sources
les éléments qui permettent de dresser un tableau général
des travaux du Comité.
Cet ouvrage a été écrit sur I'initiative du <Conseil pour
Ies Droits des Minorités Juives (Comité des Délégations
Juives)r. C'est sous ce nom que le Comité continue, depuis
aott {927, son existence. Qu'il nous soit permis de remercier
lci publiquement le <Conseibr et, tout particulièrement, son
Président Exécutif, M. Léo Motzkin, d'avoir bien voulu nous
charger de cette mission et pour la confiance qu'ils nous ,ont
ainsi témoignée.
Nous remercions également M. le Dr J. Robinson, avo-
cat à Kaunas, dlavoir bien voulu revoir le manuscrit, avec
une bienveillante attention; de même, nous tenons à expri-
mer notre profonde reconnaissance à M. H. Sinder, avocat
à Paris, pour les soins dévoués qu'il a apportés à la mise au
point du texte français de I'ouvrage.
Nos remereiements vont enfin aux bibliothécaires de la
Société des Nations pour l'extrême amabïlité et I'empresse-
ment avec lesquels ils ont toujours accueilli toutes nos
rlcmandes.
Genève, mars {929.
CHAPITRE PREMIER

LES DROITS DES . MINORITES DANS ]JES


TRAITES DE PAD( DE 1919-1920
Les stipulations en faveur des minorités, incorporées
soit dans lôs traités de paix, soit dens des accords spéciaux
conclus p,endant les années {919-1920, doivent, sans-contre-
dit, êtne'considérées comme I'un des meilleurs et des plus
heureux résultats de la Confénence de la Paix, qui marqua
la fin de la gueme la plus cruelle et la plus senglante dont
l,e monde ait jamais eu à souffrir.
La 0onférùce de la Paix B, mi,s à la charge de toute
une série d'Etats, dans I'Euro,pg de I'Est et du Sud-Est'
I'obligation d'accorder à leurs minorités certains droits ei-
vils, [otitiques et culturels et elle a créé pour ces droits une
g**"titit iàternationale en les plaçant sou,s la protection
ipéciale de la Société des Nations.
Parmi les Etats qui durent se soumettre à de telles
obligations internationales, se tr_ouvaient, en premier lieu,
les États nouve&ux ou considérablemerit agrandis, tels que
la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavi'e, le Roumanie
et la Gîèce, et, en outre, une partie aussi des anciens ad-
versaires de l'funtente : I'Autriche, la Bulgarie, Ia Hongrie
et la Turquie.
Les drôits contenus dans les traités des minorités sont, en
général, divisés en 5 oetégories:
tlo Droits en faoeur de taus les habitants da FaU:e ga,ns
-
d;tstùnction d,e naissance, de nationaltté, de lnngage, de race
o?t, de religi,on
"
-12-
e) pleine et entière protection de leur vie et de leur
liberté;
exercice, tant public que privé, de toute foi,
b) libre
rcligion ou croyence.
â," Droit-ù Ia nationalité du FaUs, automatr'quement et
-
sd,ns a,ucune formalité :
a) par ]e fait d'avoir sur le territoire du pays son
domicile (ou son indigénat) à la date de la mise en vigueur
du Traité;
b) par le fai.t d'être né sur le teffitoire du pays et de
ne pouvoir
-3" se prévaloir d'une autre nationalité').
Drolts en fauetr,r de tous les ressortissants dnt pags
-
s&ns d:ts.tinction cle rûco, do tangue ou de religian
a) égalité devant la loi, c'est-à-dire égalité des droits
civils et politiques? notamment en ce gui concerne I'ad-
mission aux emplois publics, forrctions et honneurs, ou
I'oxercice des différentes professions et industries;
b) libre usage d'une langue quelconque toil dans
les relations privéos bu de commerce, soit on matièfe de
r"eligion, de presse ou de publioa-tions de touts naturo, loit
dani lei réunions publiques. Des facilités appropriees doi-
vent êtne aeoondéeÀ au*- ressOrtissants d'une langue. autre
que la langue majoritaire, pour I'usage de leur langue soit
opalement, soit par écrit devant les tnibun&ux. '
[o Droits en faaeur des ress'ortr'ssants d;u pays epwr-
-
tenant ù des minorités ethniqu,es, reh,gieases a'u'linguis'
tiques
&) droit, égat à celui de tous les autres citoyens, de
créer, diriger et contrôler à leurs fr'ais des institutions
oharitables, religieuses ou sociale$, des éooles 8t autres
établissements d'éducation ;
b) dans les villeq et di,stricts oir r,éside une propor-
tion considérahle de ressortissants d'une' lgngue autre que
ta langtie nrajoritairo, des facilités appropl'iées doivent être
a'eeondées pour QUe, dans les'éeoles primaires d'Etat, !'ins=
truction soit donnée dans leur propre langue aux enfants
de ees ressortissants.
Dans ces villes et distriots, on doit, rigalernent

(l) Les stipulations concernant la nationalité diffèrent, en général; dâns


les divers traités; tous renferment, cependant, ces deux princiPes.
*q
1:.

l8-
assuner û,ux minorités une pert équitablo danS le ,béné{ice
et, l"gffectation des sontmes tui porlrraient êfre ottrib,urâes
sun les Tonds puhlics,par le buttget, de I'Dùat, les ;brr@uts
,munioip&lr.x ou aut,res,' dans un ùut d'édusation, de roliglon
ou de charité.
$o jurid;tque de ces obligations
- a)Caractère
I'article i. des traités des minorités prévoit que
ces dispositions doivent être reconnues par ehaque peys
respectif comme lois fondamentales, a,vec lesquelles a,ucune
loi, aucun règlement ni aucune action officielle ne peuven[
être en contradiction ou en opposition;
b) aux termes du àérnier article des traités, les
stipulations affectant des personnes appartenant à des
minorités de race, de religion ou de langue constituent des
obiigations d'intérêt, international, placées sous la garantie
de la société des Nations et ne pouvant être modifiées sans
I'assentiment de ta majorité du conseil de ladite société.
Tout membre du conseil de la société des l{arious
a,ura, le droit de signaler à I'attention du conseil toute in-
fraction ou danger d'infraction à l'une quelconque de ces
obligations et le conseil pourra alors procéder de telle fagon
et donner telles instructions qui lui paraîtront appropriées
et efficaces dans la circonstance.
Err cas de divergence d'opinion sur des questions de
droit ou de fait, concernant ces stipulations, entre un
membre du conseil de la société des Nations et un gouver-
nement soumis à ces obligations, cette divergenèe sera.
selon les termes de I'article {4 du pacte de la Société des
Nations, considérée comme un diffénend ayant un earactère
international.
A la demande de I'un quelconque des membres du
conseil de la société des Nations, chÀque différend sero
déféré à la cour Permanente de Justice lnternationale. qui
statue en dernier ressort.
. 9æ stipulations se trouvent, presque rittéralement, dans
tous les traités ooncernant les minorités. euelques iraités
comportent cependent encore toute une série diautres dis-
positions, ainsi par exemple les articles spéciaux en faveur
lu ]u protection des Juifs dans les Traitéô avec la pologne,
la Roumanie et la Grèoe, sur lesquels nous nous arrêterons
plus en détail par la suite; la protection spéciale des musul-

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ma,ns dans les Traités avec le Yougoslovie etla Grèce I I'auto-
nomie territoriale des Ruthènes dans le Traité &vso lo
Tchéooslovaquie; des droits spéoiaux pour les Szeckler et
les Soxotts en Transylvanie danb b Traité svec le Roumanie,
etc.
C.HAPITRE V

LES DROITS DES MINORTTÉS


DANS LES BUTS DE GIIERRD DES PAYS
BELLTeÉneNrs
Les hommes d'Etat responsables de Ia direction d,e Ia
politique de tous les pa;æ belligérants ot, surtout, de I'En-
tente, proclamèrent plus d'une fois solennellement, pendant
les longues années de la gueme, dans leurs déclaretions,
notes, discours aux Parlements, etc, que I'un des principaux
buts de Ia guerre était la réalisation du principe dit <des
nationalités>.
Lord Grey, au banquet de la pr,esse étnangère, en octobre
Lgl6, Bethmann-Hollweg, dans son diseours au Reichstag,
en novembre 1916, Ia note coll,ective des Puissances alliées
et associées adressée en janvier L9LT au Président \ililson
tous reconna,issaient le principe des nationalités en tant -
que base de Ia paix futur,e et parlaient du <libre développe-
ment de toutes les nations, grandes .et petitesu, <<des droits et
cles libertés des petites netionsr, eb t).
Mais, en proclamant ces principes généraux, les hommes
d'Etat eurent, sâ,rr,s doute, en vue, tout d'abord le droit des II
peuples jusqu'alors opprimés à s'organiser en Etats indépen-
4
dants. Ils ne pensaient qu'à Ia solution territoriale du r

(l) Voir: Marc Vic,hniac, La Protection iles Droits des Minorités


dans les Traités înternotionaux ile 1919-1920, Paris, 1920, p. 23-24.
-29 -
problème national et, oertes, le sort des fractions de nations
qui auraient à vivre &u sein d'Etats étrangers, dans la
situation de minorités, les préoccupait encore fort peu à ce
mom,ent.
Parmi les différentes déclarations de cette époque, les
nombreux discours du Président, 'wilson ont eu ,rn* iropor-
tancq toute particulière. ces discours étaient alors, à un
certain moment, <l'expressi,on officielle d'une doctrine adop-
I
tée par toutes les puissa,nce,s belligérantesr 1).
Dans son discours de mai 19l,6, 'wilson est allé jusqu'à
déclarer que <chaque peuple a le droit de choisir la rorru*-
raineté sous laqu.elle est appelé à vivrer. Mais, par la suite,
il
il a sensiblement atténué ce principe. En janvier lgLT déjà,
après s'être déclaré partisan d'une upôlogne unifiéer, il
formulait de Ia façon suivante le minimuù de droits à
accorder à chaque nationalité: <<IJne sauvegaéde inviolable
de llexis[ence, du culte et du développement social et indus-
triel devrait, être garantie à tous lés peuples qui ont vécu
jusqu'ici sous la domination de gouvôrnôments attachés à
une foi et à des buts politiques elr. opposition B,vec les leurs
propres)).
Gertains auteurs veulent voir dans cette formule rcl'affir-
mation des droits des minorités religieuses et nationales, 2)

pensée vers le problème cles minorités, dani le sens et la


forme sous lesquels ce problème surgit ptus tard devant, Ia
conférence de la Paix. cette affirmation ne saurait être tenue
pour exacte. certes, la formule de 'wilson contient la re-
connaissance du principe d'autonomie. Mais, à ce moment,
v/_ils9n per ce postulat ne cherchait, sans uûrnn doute, de
solution que pour le problème des peuples auxquels ori ne
p'ensait pas encore ,appliquer le droil à disposer d'eux-
mêmes. ces peuples n'auraient pas ainsi ta chance d'obtenir
leur indépendalge politique et seraient obligés de se
oontenter de certains dr,oits autonomes, a,u sein dïun Etat d,e
Nationaktés qui leur serait commun a.vec d',autres p.opt.r.

,(l) Voir-les très intéressantes conclusions d'André Mandelstam, op.


p, 397 et suivantes. cit.,

(2) J. Fouques Duparc, op. cit., p. ll.


s0-
Du point de vue purement numérique, de tels peuples
constituent, eux aussi, en somme, des minorités; il est
cependant une distinction très délicate à établir entre le
problème qu'ils représentent et celui des minoril,és-fragments
cle peuples qui, détachées de leur peuple-unrïé (mère-Ttatric),
sont contraints de vivre dans le cadre d'un Etat national
étranger. Ce n'est pas, non plus, le fait d'un hasard si
'Wilson
emploie I'expression <peuplesr, of non (minoritésr,
ginsi qu'il ,le fait deux ans environ plus tard dans son second
projet du Pacte de la Société des Nations.
Il ne faut, pas, enfin, perdre de vue que ce rliscours fut
prononcé au début de 191.7, alors que les Etats-Unis d'Amé-
rique étaient encore neutres et que I'on ne pensait pes oncore
à la débôcle de I'Autriche-Hongrie et de la Turquie. Encore
une a,nnée après, Wilson so plaçait toujours sur le terrain
de la continuation de I'existence de oes deux grands trtats
de nationalités. Dans ces L4 points historiques du 8 janvier
{9{8, il ne demande pour }es peuples d'Autriche-Hongrie
({O-ème point) et pour les nationalr,tés de Turquie ({Z-ème
point) que le droit de adéveloppement autonomer (auto-
nonl,ous d,euelapment). De nouveau, il est question de
apeuples> et de <nationalités> et, pas un ,mot des i.4 points
ne mentionne les droits des <<minoritésr en général.
Ni les buls de guerre des pui'ssances de I'Entente, ni le
progremme du Président Wilson ne renfermaien[ donc
a,ucune disposition claire eI expliçite relative a.ux droits des
minorités. Certes, dans les principes généraux qui furent
proclamés, on peut trouver une base idéologique &ssez ferme
et stre pour ie système des droi[s des minorités, Qui, en
déIinitive, ne représente qu'une certaine forme d'application
du principe reconnu des nati.onalités. \Milson parlait de <<la
justice impartialer, c'e$t-à-dire de la justice (qui ne connaît
pes de faveurs et qui n'a d'autres règles que l'égalité des
droits des peuples intéressés> et eette justice exigeait s&ns
doute que, lorsqu'on prendrait place autour du tapis vert
pour décider du sort des peuples et des Etats, l'on prît en
oonsidération non seulement les intérêts des peuples qui
obtiendraient leur indépend&nce complète, mais aussi les
droits des fragments de peuples qui, détachés de leur mère-
patrie, devraient vivre sous une domination étrangère.
Mais,pour que lors des pourperlers de paix les Puissa,nces
1,

_31 _
alliées et associées tirassent, effectivement. des prineipes
py elles proclamés, les conclusions ei oorrséquettàrt
néoessaire's, il avait fallu que quelqu'un vînt devant la'Confé-
renoe de la Paix pour le revendiqler et I'exiger hautement.
or, ce fut_le grand mérite de la rèprésentatioi juive auprès
de le conférence de la P,aix que d'avoir accompti cette ta'crrà.
CHAPITRE II

PRÉCÉDENTS HISTORIQUES
nn àOciOant d'incorporer dans les traités de paix la
proteotion internationale oes minorités, la Conférence de la
Paix n'a, à proprement parler, rien créé de si nouveau gui
n'ait déjà,eu de profondes racines et d'importants précédents
dans le passé. En réalité, il s'agissait moins d'une innovation
que de I'application, sous une forme beaucoup plus étendue
et plus appropriée aux nouvelles circonstances, d'un prin-
cipe qui avait déjà deruière lui un Jong développement ot
toute une histoire.
Aussi, quand les différents Etats intéressés eurent sou-
levé de vigoureuses protestations contre les obligations qu'on
entendait leur imposer, les auteurs des traités leur reppe-
Ièrent tout simplement qu'au fond ils n'innovaient guère et
qu'ils poursuivaient une tradition Qui, développée durant
le XIX" siècle, est devenue une coutume bien établie, uno
norme du droit international européen.
Déjà dans les Traités de Vienne de 181.4-1.5, nous trou-
vons quelques dispositions eyent pour but de garantir la
liberté religieuse et l'égalité des droits. Par exemple, dans
I'eote final du 2I' j uitlet L8!,4 au suj et de la réunion de le
Belgique à Ia Hollande, ou dans le Protocole du 29 mars {.8r.5
relatif à la protection de la populatioq catholique dans le
territoire que le roi de Sardaigne oédait à la République de
Genève. En oe qui concerne la Pologne, le Congrès de
Vienne alla même jusqu'à lui r,econnaître des droits
nationaux, en disposant dans l'acte final du g juin l8l5 que
le Russie, la Prusse et I'Autriche devront créer pour leurs
suj.ets polonais des institutions qui leur (a,ssureront la
r16_
formes d'exis-
conservation de leur nationalité, d'après les
auxquels ils
;;;r politique que chacun des gou.'ernements'
leur accorder,'
--'- r
jïgera c-onvenable de
"Ip*ti.rrrr.rrt,
plus tardi ior-s de Ia reconnalssance de I'indépendance
de la Grèce, en I'année {.830, de I'autonomie des
Principaltés
de Moldaviô et de Valachie en {856, de t'indépendanct g:i*
Rorr*urrie, de la serbie et du Montenegro, en I'année {.878'
ui Ou la principauté bulgare auLonome, dans la même année,
tu concert âes Granà'es Puiss&nces exigea toujou-rs {tt
-nouve&ux Etats '),'qurls gtr les admettant au sein de la famille des
ùp6r- civilisés,principess'engagent à gouverner en accord
iurô certains londamentaux reconnus comme
formant la bsse de l;organisation politique et sociale du
monde. On considérait Jlors la liberté de croyance et de
conscience et l'égelité des droits civils et politiques comme
un minimum de"ces <principes généraux de justice et de
iit-rrtOr. En règle générate, côtte égahté s'étendait non seule-
ment aux culËs àhrétiens, mais encore à toutes les autres
religions sans distinction 0t, ,par .conséquent, aux Jutfs
éss.iement.
-"-- Cependant iI y eut aussi des excepti'ons'
l,otr clu iongfès de Vienne, les Juifs de Francfort-'sut-
Ie-Mein et d'auties villes allemandes envoyèrent des délé-
gatiorm cirargées de faire des démarches,-à cette occ-asion, en
faveur de l'émancipation des Juifs dans les Etats allemends;
mals ces délégations n'eurent pas de succès' Dans I'acte de
Vienne sur 1- <t0onstitution Fédérative de I'Allemaoqnerr,
l'égalité juive n'avait pas été garantie. Le seul article qui
fû[ admii consistait en ceci: - oII imposa à la Diète de la
confédération de I'Allemagne I'obligation de chercher les
molzens propres à assurer â tous les adeptes de la religion
j"ior U jouissance des droits oivils dans tous les Etats de la
"Confédération et I'on cléfendit à oeux de ce's Etats gui
avaient déjà accordé des droits à leurs ressortissants iuifs'
de les leur ,retirer.
Quaranûe ans environ après, nous voyons les .Jdi.fs

{l) En général, cet usage s?est établi uniquement- en 4e qui Occiden-concerne


lo iiv d Oî;il; "tu p"r-aé appliqué _uux Etutr de l'Europe
i"1",'î; ;ôi; iàrr- à"'iu "o"riiiittion
du royaulne. dftalie âu de l'E,tat
;ilâ;J. 'L; ;;t "ite a" :tt"ité:reiatif .à la réuniôn de la Belgique à !a HoJ-
,prévalu à la
lande en est la seule exception. Cette distinction a égalernent
dernière conférence de paix.
_L7 _
anglais eL français intervenir auprès de leurs gouvernements
en faveur de la pnotection des Juifs dans la Moldavie et
dan-s Ia Valachie, cette fois avec plus d'efficacité. Ire Proto-
cole de Constantinople, du 1L février i.856, garantit l'égalité
des droits a,ux membr,es ds toutes les religions, y compris
la religion juive. Mais peu de temps après, dans la Conven-
tion de Paris du l0 août 1858, I'obligation fut limitée aux
seules religions chrétiennes. Quant aux autres religions, il
fut stipulé seulement que la jouissa.noe de ces droits pourrait
leur être étendue par des dispositions législatives. Par contre,
I'obligation que la Turquie assuma de par I'acte connu sous
le nom d' <acte de Hatti-Houmayounr, du 18 février {.856, fut
formulée de tell,e sorte qu'elle protégeait non seulement les
chrétiens, mais aussi les ,Iuifs. Clest de la même manière que
le question fut réglée en {.878. Aussi bien }es tnaités avec les
Etats qui s'affranchirent de la domination turque que celui
conclu a.vec la Turquie elle-même ont garanti l'égalité des
droits aux ressortissants de toutes les religions et, partant,
eux populations juives également. Au Congrès de Berlin,
on s'est même tout spécialement occupé de la situation des
Juifs en Roumanie. Le représentant italien, comte Launay,
proposa que, <dans l,e but d'éviter tout malentendur, I'on
garantît expressément aux Juifs roumains, dans lrn article
spécial, le droit à I'acquisition de la nationalité roumaine.
La proposition n'a pas été adoptée, mais toute l'histoire
ultérieure de la question juive en Roumanie a, démontré
clairement combien elle était fondée et urgente. Par tous les
moyens, le gouvernement roumain chercha à se dérober et
à ne pas exécuter les obligations qui lui incombaient en
vertu de I'article 44 du Traité de Berlin. Il proclama les
Juifs étrangers, les oondamna à Ia triste situation d'<apa-
trides, (Staatenlose) et, par toute une série de persécutions
et de mesures nestrictives, il leur rendit le vie littéralement
intenable.
En I'année l.88{, la Thessalie fut réunie à la Grèce et
dans le Protocole du 24 mai {881 sont expressément garen-
tis les droits r'eligieux, civils et politiques des habitanbs de Ia
Thessalie, en particulier des musulmans.
Aux conférences de l9L2-L3 à Londres, à St-péters-
bourg et à Bucarest, fut liquidée la gueme entre les pays
balkaniques. Le gouvernement des litats-Unis d'Amérique
- 18-
aveit alors estimé devoir s'aclresser à la Conférence de
Bucarest et lui proposer d'insérer dans les traités des dispo-
*itio", spéeiales *n faveur des popu]ations des territoires
;;i ;h"rberaient de statub politique. Mais,..or le sait, cette
propositiàn ne fut pas_ prise en considération' C'est seule-
itr,it pour les Koutzo-vataqges gl9, lolT. d:^lq signature du
Tr,aité de Bucarest du Z8 lriittet (nO août) l9{3' fut reconnu
pur o" échange de notes entre Ie gouvernement roumain,
à part, ui l"s' gouvernements bulgare, grec et serbe,
à'artoe putt, une aùtonomie poy les - écoles of pou-r _ les
"nr
egikes. ilnad là, il ne s'agissait plus de la.liberté et de l'éga-
tiiO poor touûeé les minorités, ainsi que. I'avait demandé la
note des Etats-Unis, mais simplement d'une protection spé-
ciale pour une minorité déterminée'
Oattt les traités que la Turquie & conclus à la fin de
l'année 19i.3 et au Aefut de I'année LgLt*, à Constantinople
a,vec la Bulgarie, à Athènes &vec la Grèce et à Stamboul
nwt la Serb-ie, ont été incluses des dispositions concernant
la population musulmane dans ces peys..
' Ire 29 octobr,e l9{.3 et, pour la deuxième fois, quelques
j ours avant le déclenchement de la gueme mondiale, le 28
juilet Lgt t!, le gouvernement britannique communiquait,
entre autres, officiellement au <Conjoint Jewish Committeeu,
à Londres, que lors de la reconnaissa,nce des transferts
territoriaux zurvenus à la suite de la guerre balkanique, le
gouvernement britannique eur&it en vue la protectio." d9.1u
iiberte de religion et des autres libertés des min'orités
(reltgious and, other h,berttes of Minorities)..
It n'est pes sens intérêt de r,appeler ici, et encor'9 que
le cas n'appartienne plus, à proprement par:ler, au p&ssé, qge
dans le iraité de Bucarost de [9r.8 entre I'Allemagne et l'a
Roumanie vaincue, figuraient deux articles, I'un visant la
pnoteotion do la Hberté religieuse et l'égalité des droits, en
général, et I'autre conss,cré tout spécialement aux Juifs.
Ce'sont là, sommairement exposés, les précédents histo-
riques les plus importants, précédents généraux ou touchant
-les que nous déco'uvrons dans
pùticutièrement Juifs,
i'histoi*e politique 'du XIX et du début du XXU siècle ').

(l) Voir : H. W. V. Temperlev. A History of the Peace Conîerence


of Fârit. L""a"tr" tgZl,Vil. V, (ëh"pter II. th" Tr"aties îor the Prc'
-19-
Quelle que soi[ I'importance de ces précédentsn il existe,
cependent, une grande différence entre la façon dont Ia
question se posait aux conférence's du siècle passé et la
forme sous laquelle elle fut soulevée lors d,e la Conférence
de la Paix à Paris. Tandis qu'alors, it s'agissait presque
toujours uniquement de la liberté religieuse et oe i'égaiito
des droits, une pareille solution du problème en Lgl,g n'aurait
pu, en aucune manière, satisfaire ni les peuples minoritaires,
ni liopinion publique mondiale. Dans ra lutte pour leurs
droits, les minorités opprimées des différents pays avaient
mis en avant, déjà longtemps avant la guerre, dei revendi-
cations bien plus_ larges. Les travaux des associations paci-
{istes, au cours des longues années de la guerre, les roso-
lutions de I'Internationale socialiste à ce sujet, ainsi que les
desiderata et les væux des Etats vaincus :- toutes ces
manifestations se trouvaient sous I'influence directe de ces
revendications et tendaient à leur donner une expression
j.urlq et adéquate. c'est dans le même sens que tuf airigée
I'action du r<comité des Délégations Juives auprès de la
conférence de la Paixr. Le <<comité, défendit devant la
conférence le problème des minorités comme un problème
purement na[iônal, et non religieux, et revendiqua pour leÀ
minorités non seulement des droits civils et politiquôs, mais
aussi, en même temps, des droits culturers et natiànaux. si
la, Conférence n'est pas, elle non plus, allée jusqu'à re-
connaître, dans toute son étendue, I'autonomie nationale, il
llur reste pas moins qu'elle ne pouvait prus se contenter
d'accorder des droits individuels d'égalité et de liberté et
qu'elle s'est vu obligée d'assurer aux minorités dans les
domaines culturel et social un certain nombre de droiLs qui
par leur nature même sont des droits collectifs.
Il est encore entre les précédents que nous avons cités et
les derniers traités une différence aflectant, il est vrai, la
forme. plutôt que le fond, mais qui est de la plus harrte
importanee et signification politique et juridique.
tcction o! the Minorities), p. ll2-120; Jacques Fouques Duparc, La pro.
tection des lvlinorités de.roie, de lansue- et,'de religi;rr, p"rin-'lôzT)
.l suiv._; André Mandelstam. La Frotection des- ii-inoritér.' n"1-ueii'i.'ilj",
cours de-l'Acadérnie de Droit International.'ign. f;;; iï" r"'""ri".rilrl
P.ari.s' l!25, p. !69
9t suiv.; I=uci.n wolf, Noter'";li; oiiù^rri"'iii;"ry
of lhZJewish Qu_estion with
cial -Textes of T'reaty St;p,itâii""r'o;i';:iir;'ôiii_
Documents,- London, lglg.

J
-20 -
Les disposition's concern&nt les minorité's insérées dans
les traité, des années LgLg-L920 ont été placées, ainsi gou
nous I'avons dit dans le chapitre précédent, sous la probec-
tion et le contrôle de la Société des Nations, en tant qu'organe
,opron e d,e la famille organisée des peu_pl'e_s, 9l dt Ia Cour
permanente de Justioe Internationale de la Haye, en tant
que Tribunal SuPrême du monde.
' usous I'empire des anciens egements éorivait le
Président de la conférence,de la Paix, M. Georges clemen-
cuu,r, dans sa fameuse lettr'e d:u24. juin-{-919 au Président du
conseil de Ministres de Pologne, M. Paderewski, la
d'exécution pour des prescriptions de cet ordre
"garantie
uieposait sur les Grandes Puissances. L'expérience a montré
qud cela était, en pratique, inopérant"'u . .
Il est hors de'douté que cétte aexpérienoe inopéranterr
dont parle la lettre de M. Clemenceau, est une allusion au
triste ïas de la Roumanie. A la face du monde entier, la
Roumanie viole 'ses engagements internationaux et le
<c0oncert des Grandes Pliisances,, ne fit ri'en pour la
contraindre à faire honneur à sa signature et à exécuter
honnêtement et loyalement I'article 4& du Traité de Berlin'
Le seul gouuetrrement qui ait considéré de son devoir
de protester cintre le traitement, injuste des Juifs en Rouma-
nie, rut celui des Etats-unis d'Amérlque, encore q}lil n'ait
pur pa*ticipé au congrès_ cle tserlin, et qu'il ne fût donc
humanitaire de
ilas i,artie bu traité. Par leur intervention provoquer une
iOOZi t.* Etats-Unis d'Amérique espéraient
action énergique de la part des Etats qui, étant co-signataires
du Traité de Berlin, avaient à ta fois le droit et le devoir
d'agir. En effet, le gouverne,ment britannique adnessa, dals
le àours de la ioO*e année, à toutes les autres grandes
puissances la propo'sition de faire une démarche aollective
auprès de la Rôumanie; la Russie ,et I'Allemsgne ne s'y é!a,nt
pur *otttré disposées ,et comme on considérait qu'une telle
intervention ne pouvait être entreprise que collectivement,
la démarch'e n'eut jamais li'eu.
Le précédent rôumain, comme on le voit, n'était pas des
plus ,ettôourageents.'Ires représentants juifs à la Conférenc'e
de la Paix nd cessènent de le rappeler; ils demandaient que
I'on ne renouvelôt pluS l'es fautes commises et que I'on créôt
un système de garÂnties efficaoes. Ces revendications furent

. T
à1
-
prises considération et, lors de la discussion des stipula-
-en
tions des minorités, les auteurs des traités cherchèreàt et
trouvèrent les voies et moyens susceptibles d'améliorer et de
consolider la protection desdites stipulations. La constitution
de la société des Nations et de la cour Penmanente de
Justice Internationele devai'ent en fournir la possibilité.

I
CHAPITRE III
IJA QUESTION DES MINORITÉS DANS I,ES
PROJETS DE PAIX DES ASSOCTATIONS
PACII'TSTES
Au eours de la gueme, différentes &ssociations et or81-
nisations paoifïstes }urent fondées dans toute une série de
pays. Leur but était de préparer d-es projets pour_la paix.à
venir ,et de mobiliser t'opiniôn publique en faveur d'une -paix
juste et équitabtre. Il va he soi q_t'e les.qu'estig,"* se rattachant
à I'applicôtiott du principe dit des nationalités ou de l'<auto-
déhràination> et do ion corrolaire, le problème de la
protection des minorités, ooeupèrent, dès le premier jour,
une place très importante, sinon la plus importante, dans
Ies travaux de ces organismes paciflstes.
Parmi les assoeiàtions qui ont prêté à ces questions trne
attention spéciale, cell'es qui méritent d'être citées en pre-
mier lieu Àont I't,Union des Nationalités>, à Lausanne, et
l'<Organisation centrale pour la Paix durablel, à la Haye.
Lors des conférenees des nati,onalités de Lausanne,
pendant les années {9tb et 1.9L6, fut élaboré un pro_jet de
i.déclaration des droits des nationalitésrr, QUi, d&n's I'esprit
de ses auteurs, devait servir de complément organique à la
déelaration historique des Droits de I'Homme et du Citoyen
et qui contenait .également le principe de I'autonomie
nationale 1).

(l) A Ia troisième Conférence des \at1on-alités 39 juin 19.16, M. Zévr


AbeiÉn a, au nom du
-i;;:t;enJicutiot << Comité National Juif e_n Suisse_u,-fut-un discours
;; -Nationalités. r iuives er formulé les postulats des Juifs. Voir : Union
iit Offiie Central. Compte-réndu de k III" Conférenc,e ,iles
Naûonalités, réunie i-L"uuunn" 27-29 Jriin 1916, Lausanne, 1917, p. 145-152.

,l

:ll

iri
ri,
ili
]I;
ul_*
t
ï

l8-
Mais, en ce qui coneerne le problème des minorités, ce
sont les travaux de l'<rOrganisation Centrale pour Ia Paix
durable>, fondée en {.9{.5 sur I'initiative d'une associetion
paciliste hollandaise, qui furent les plus concluants. A tra
conférence oir fut eréée cette organisation, prirent part des
délégués des pays neutres, de même que des représentants
de quelques Etats belligérants. Le paragraphe 2 du aPro-
gramme-Minimum> adopté, prévoyait, pour les minorités,
llégolité civile, la liberté religieuse et le libre usage de la
langue.
Une commission spéeiale, sous ta présidence du pro-
fesseur norvégien Halvdan Koht, s'est occupée, pendant les
années suivantes, de l'élaboration, en tous ses détails, du
paragnaphe 2 du programme-minimum. A Ia séance de
Copenhague de cette organisation, ,en octobre LgL7,, a été
adopté le projet eonnu sous le nom de <<projet d'un traité
international relatif aux droits des minorités nationalesn.
Il est diffieile de se prononcer sur Ia question de savoir
si I'activité des associations pacifistes a, eu une influence
directe sur l'élaboration des traités des minorités. Ces
assoeiations ont, s&ns doute, contribué à créer dans le
monde une opinion publigue disposée en faveur du principe
de Ia pnoteotion des minorités, ainsi qu'une ambiance
favorable pour les travaux futuns de la conférence de la
Paix dans ee domaine. Une influence directe ne peut cepen-
dant être déeelée. C'est d,vec ,raison que Fouques Duparc
observe: r<leur idée n'aurait sans doute pas triomphé si des
intérêts et des passions ne I'avaient appelée à la vie rrr),
faisant ainsi a[usion à I'action juive à ia confér.ence de la
Paix.

(f ) J. Fouques-Duparc, op. cit., p. 149.


CHAPITRE VI

L'ACTION JUIVE A LA COI{T']DRENCE DE


LA pAIX Etr LA CONSTITIITION I)U "ColrfnÉ
DES DÉLÉGATIONS JUIYES AUPRÈS DE LA
CONF'ÉRENCA DE LA PAIX"
Le principe des nationalités ou du droit des peuples à
clisposer d'eui-mômes a été hautement et solennellement
-opprimés comme la base de
proclamé la paix à venir. Tous les peuples
qui eurent, à vivre et à souffrir sous une domination
étùngère, êaluèrent avec une allégresse_enthousiaste ce pos-
tulat,noyant
- en lui la réponse à leur douloureux problème
national et la possibilité de réaliser leur rêve d'affran-
chissement. Guidês par la volonté de réunir dans les frontières
de leurs Etats futurs tous leurs fils, les peuples commencèrent
aussitôt à se préparer à la lutte pour leurs aspirations terri-
toriales. Aucun d'eux ne voulait même admettre I'idée que ses
revendicati,ons territoriales maximales pussent ne pes être
intégnalement satisfaites et que nolens Dolens une
fr,acîion de ses ressorti'ssents dtt, peut-être, vivre aussi à
titre de minorité dans un Etat étranger ot, partant, ptt
avoir besoin dans cet Etat d'une garantie pour ses droits et
d'une protecti'on pour son existence.
un seul peuple constituait à cet égard une exception -
le peuple juif-. S'il avait formulé la revendicati'on concernant
Ia Palôstine sur la base du principe du droit de disposer de
soi-même reconnu à tous les peuples, il était cependant
clair qu'une pertie seulement du peuple juif pourrait_19al.is9r
la concentration territoriale et que le reste serait obligé de
continuer à vivre dispersé et di,sséminé dans différents peys.
33-
Il est donc naturel que, dans les milieux juifs, on ait
commencé, dès les premiers jours de la goerré ,), â penser
sérieusement à la néoessité de garan.tir les dnoité'orr^difré-
rentes collectivités juives. Il esl de même compréhensiblo
que plus tard pendant la conférence de la pôix les
représentants juifs duss,ent par la force même des choses
devenir les champions d'une solution équitable o" proniÀLu
des minorités en général.
L'implacable destinée avait voulu que les opérations de
- guerre
la se déroulassent précisément àarn des^ régiorr,
les Juifs vivaient en maises compactes. sur la tëte de"tla
malheure$9 population juive s'étaif abattue une a,v&lanche
de. calarnités, de marheurs et de souffr&nces. Aux
lourdes
misères de la gue*e s'ajoutèrent bientôt les tristes excès
de
Pologne'), Ies ho*ibles massa,cres e' ukraine ,t
ef ,ouissante vague du plus bestial et agressif antisémifisËe
""u-in*g,
déferla sur toute une série cle. pays. cJci se produisit
à un moment où la guerre ailait se terminer ef ou il ,u*bl*itffie
qu'avant peu tous les malheurs et misères pnendraient
fin.
Les populations juives envisageaient l'avenir
âoçrrur, oé;;rd-
rées et pleines de.graves. inqùietudes, et elles
s-entaient pius
que jamais combien il étaif urgent elles
irou* de s,assrirer,
internationalement, des condit-ions'norma,les d'existence.
Leurs regards se tournaient, arors, vers paris, vers
ù
oir devaient se réunir les arÉitoæ do monoe pour y jeter "iiù
,la
qigrlr angulaire de l'édifice de.Ia.paix, qu'iis àvaierît poo*i,
d'ériger sur des fondements de j usûcô tt doq"ité
et ;o,i;
principe de la reconnaissance deé dr,oits de-toùs
tes peopteq
même des plus petits et des plus faibles.
I-cs grands Etats de nationalités: la Russie,
I'Autriche-
Hongrie et la Turquie, étaient détruits et sur
leurs ruines
commencèrent à se former des Etaûs nouve&ux;
les Juifs

(l) Max Nondau^a-vail,déjà,. en août r9r5, publié son programme bie'


connu des revendica
ûtr' ;.il rî â?iîï jf|i: Jjji i: %#i#ï""tï iïl:,î'. "" ïoni rès ; ""ei;ï
@- Rappelo-ns qu'au cours de I'anné
année l9l9 deux commissions furent
ilr ;t *:n: B:ï:,{ -.r1'r:" ";;';;; "é"' ; i
jË ::H'il "i'"ri:i:i
jfi':'ït":ï'i:Ë::,"{i,liTt'*i.,Ëi:"":îi"li:r::iî:Ëi,Ë'îtï
:Ti'Tii::,
genthau,
"l
et l'autre par Ie
te G^rr-.--J]-r
Gouu"*.m."i u.^--:_--
u,i,i,"iài,i, i".i' l'..offii#::
i,i$,ii,,.b;;*i: I
-34-
de oonstitution de
prirent une part active.g.qlt le proceî?o* q91 corps
organisé*
ces Etats et, pu*to"t, s'étaient,Àussitôt tout d'abord à
juifs repré,sen;;tif;.-'i.r* tâche consistait
représenter les juives auprès des gouvernements
nouveaux en formation et à diriger.toutes les affaires
"ofiu.tiuités
été presque per-
I en mêmg.lt*pl, it avait
"olr-Ot
:ïi"!t i"térieures
rour décidé d';;;;t;; àes détégrier à Paris avec la mission
"too, les autres représentants
d,v défendre, de côncert avec
d; p*ptà luir, les droits et' inbérêts juifs'
Russi'e et en
Pologne et en Tchécoslovaquie' en
-iln
Ukraine,urrt*ansytvanie.etdanslaBukovine'enAutriche
etenHongrie,rrrfitftoanieetenLettonie'danstaCriméeet
-;oift,Blanche et 'en Turquie, partout,se
en Galicie, dans la nrr.*ie
tiennent O.* Ott assemblées nationales, des

assemblé.*
"Lg*J* d.* rongres de communautés, etc,
-ruornâications
"orr*tituuri.r, juives et
réclament des
il-f**rrtrrrt-îur
les droits des Juifs'
laranties pour
juives,.qui étaient elles-
Mais bien avant ces ,collectivités
intéressées à obtenir une
mêmes, pour ui"ri oi*e, vitalement
p-;t.;iidn internationaie pour leurs droits, les Juifs
d'autres
paysavaientaussicommencéàsepréparersérieusementà
dO"iOOs qu'i-ls étaient'
la Conférence de la Paix, fermemetttpolitique. en l& mettant
a:Jl, a"ns la nuru"r. leur influence juive'
toïte entière au service de Ia cause
aux Etats-
Déjà en l,année {.91,5-, avait pris consistance
unis d'Amériqîe lliaer a'on congrès
juif qui _
devait 91t*
sur àu, nurus démocrati{ues. et natiônales' A la tête
convoqué
de ce -orror**rt uô troooait le iri*r
à Ia. Cour Suprême .des
ie-gotgrès eut lieu à Phila-
Etats-Unis, iVl-iooi, Br*ttdeis.
eprès la- signe'ture
delphie ,r, uoio*nr {918, immédiatement
millions de Juifs, it revêtit le
de l,armistice. nepresentant 3
caractère d'une manifestation gr,andiose. de I'union et de la
$lrrt,..po.ur être envoyée
solidarité juivïs.-l,,u OefOgation"qu'i1 grâcg .a' :tt
à la Conférence de la Pùx, était prédestinée,
relations tooiJJ p"tiil1rrières avec ia Délégation américaine
président 'wilson lui-même, à jouer un rôle très
et avec te Juives
important oaïs-Iùctivité du comité des Délégations t"
*ptOt de la Corrfé,,ttot de la Paix' Longtemps lYl1tt:
l,année {916, avait eu lieu un congrès des
Juifs d'Afrique
du Sud et, ep LgL7, un congrès des Juifs du Canada'

r/\<--
35__

Tous les congrès et assembléos'), aussi bien ceux de


fEurope orientale et centrale que d'outre-mer, éiaient
dominés per un seul et même esprit;"eux tous mettaient en avant
les mêmes revendications, presque tous formulaient de la
même fagon le progra,mme juif : égatité complète des droits
civils et politiques dans les pays ou,les Juifs i'en bénéficient
pas encore; droits nationaux dans les peys où les Juifs
vivent en masses compactes, ainsi que dÀnr too, les autres
pery
9u les populations juives les réôlament, et reconaissan-
ce de la Palestine oomme le foyer national du peuple juif ,).
ces revendications étaient d'ailleurs dans i,
manifeste bien connu de I'organisation "o-prirus
Sioniste, publié le
25 octobre 1918 par le <Bureau de copenhague> én réponse
à une question de I'Ambassade britannique de coperrËague
concernant I'attitude du peuple juif envers la future soci"ete
des Nations.
l1e 12 janvier Lgi.g rieu à paris la première séanco
" <conseil suprêmer. eut
du La conférence de ta paix fut offi-
ciellement inaugurée et, de touûes les par[ies du monde des
délégués de tous les peupres se mirent à affluer à paris.
Aussitôt, de divers peys commencèrent également à arriver
des délégations juives.
Fin février 19{9, se tint àà Londres la conférence sio-
niste, au cours de. laquerle M M. L6o Motzkin propose, en
qualité de rapporteur de ra <,commission poùr ies droits
nationauxr, une série d'articles de programme. Grôce à
I'initiative de cette C,onférence ') et uusri rriiuut t le désir des
délégations juives qui se trouvaient déjà ,sur place,
se
constitua, le 25 mars LgLg, à paris, la r,eprésentation
unifiée sous le nom
;iri"À
de <comité des rietegations Juiv* a,rproÀ

, (l).30- environ, d'après le


(en yiddisch), publié
Recueil de-comptes-rendus et de matértaux
len pui le
pai È Comité
C..ite l.i
des D_élégations Juives sous le titre : La
l*L",,d"I J.uif s
^européens,
pour leurs droik ciltils et nationaux, (lg&.
1924), Paiis, lgL5, ouo" I.''--'
(2) _Le texte de îa îlupart des résolutions
se trouve dans Leon Chasa-
novltJqh und Leo Motzkin,'op. cit.
Voir.égalem"nr G-.*e' i;;j;"r, Das Geltende jïiàische Minderheîten-
N:!-r,-.!i,t-besonderer..Bï!9hiùhàri";-brk;;;;;,
u'îlï)v#'*:i;
.Voir
(Osteuropa-lnstitut in
(J)
(3) voir aussiT:' t.:* !l!:',i' r i:.
Ie chapjtre <i La constitution du comité des
r'
"u'ii R";;;il--iu"*îptis-rendus
l.
Juives >, dans Délégations
et de matériaux cité, pages
I-VIII.
-36-
de la Conférence de Ia P'aix> ')' Lg Comr!é le goPposait. de
et, en outre,
JàrJS"er des Juifs de I'Europe de I'Est et du Sud
âe r"epresentants-des Juifs'des Etats-Unis d'Amérique, .du
Cil-ô;, d'Italie, de Palestine, ultttl I'organisltio,n
.gou,.9t
Sio"irtr *o"Oibru, du <Comité Juif d'Amériquerr et de
.-L'premierp*e'io*tduComitéfutlejog-u-lu}ia'1}.
I'Ordro <B'nai B'rith>

Mack,
'après ,ôr, départ_
_- l,avocat Louis Marshall lui
;;;éh* àt pfor tard,'M. Nahum Sokolow. de M. Léo Motzkin
;;;it rempri, durant toute la du Comité' la Paix, les
conférence
fonctions de Secrétaire-Général
seules deux délégations juives n'avoient pas iugé
possible de se joindre à la représentation juive commune -
celles des organisations deJ Juifs anglais et français:
le
-iài"t Foreigî Committeeu et l'<Alliance Israélite Univer-
,à11.,,. Déjà 6u début de I'année {.91.9, .M. Nahum
Sokolow
alors &u nom de I'Organisation sioniste des
menait
- organisations en vue d'une -
action
pourperlers aveo lesdites
àoncàrÉe à la conférence.ce fut M. Louis Marshall qui
s'en
occupe tout particulièrement par la suite, mais sans résultat'
Les deux organisations citêes avaient déclaré qu'elles
n'etaient pu, d'urcord en ce qui -concernait la revendication
des droits nationeux que le Cômité avait décidé de
formuler
àt,-poo* cette raison de principe, ell'es ne,poltvutgÎt Jaire
c&use commune a"vec tui. l,a proposition du Comité, d9 lu
ju.i1e9 qui les
demander ces droits que pour les-colleotivités
réclameraient u*pt.ttement, n'ébranle pas- la résistance
de
;;r-;rgonisations. Restées en dehors du Comité, etles zui-
nirr"t,"e la Conférence de la Paix, leur propre -voie; elles
promirent, cependant, de ne. pes combattre devant les organes
àe la Coniérence la revendiôation de droits nationaux')'
'.
,-,!'à,orî,'iï*,iîi:î:Llâi:li:'14#,:Ë'"iË!"1ïu1îffi iii
N"ti"iiiï';rhié a"i' i" auuetin du comitê, iles Dêlésations
$àilelâ-a",
T"\^U*:l'"*!"i,*:':,tlli;"y;"1^t-r'J,;r'orAmericattlewishjon'
*o'i'tn"ti,ii;; ;";;;t"if i"^iiiiioi to Peace Conference and ol holL
ii,i'r " ô;;;;i'";i;;'iqi' f ",^l;:A t 4^{i"or^lu'i'h consress' .Pl'il"'
ài"iin"r;Idl;"itl,:::!]':,1:\:,ii:'ir.,f,î":;"#:pet:;k::I"i
tho'làir'"îlt;" niuin' piiiri on the Treaties'of Versailles, Scinf-Germain-
;.f;;; ilri"fu*ltiîi"';i ii; ài"i*udMinortty Treaties. Presented to thc
a17

Le 20 février l9l9 lâlliance IsraéIite Universelle présenta


à Ia conférence de Ia paix deux mémoires, I'un coneernant
la <situation légale des Israélites dans I'Europe orientaler,
en général, et I'autre concernant spécialement <la question
des Israélites de Roumanierr. Le lendemain, zt, féwier, Ie
rrJoint Foreign committee, soumit, lui aussi, à la conférence
deux memoranda eoneernant les mêmur q,rertions, ,&vec une
série d'annexes; entre autres, copies des deux memoranda
circonstanciés que Ie uOommittôe, avait adressés Ie L_er
oetobre 1916 et, Ie P déeembre {glg a,u gouvernement bri_
tanniqu_e, un aperçu sur I'histoire diplomaiique de ta question
j_uive (Notes on the Dipromatie Historg of the'leùûsh
Question) et aussi un reeueil de documeits eoncernant la
situation des Juifs en Roumanie.
L'aetivité des deux ,org&nisations susnommées se mani-
lesla pendant toute la durée de Ia conférence de Ia paix ').
0utre la présentation de leurs mémoires, .rrr,
entrepris une série de démarches, ,surtout auprès de """ir"t
leurs
Eouvernements respeetifs, et elles adressèrent aussi des
lettres additionnelles à Ia ,,commission des Nouveaux
Etats'
afin gue leurs revendieations fussent prises en oonsidération
par Ia Conférenee.
comme conséquenee des divergences d'opinions ei-
dessus
9aË mentionnées en ce qui e"oncerne ta'càneæptiàn
même de la question juive, Ie programme que défendhient
ges grganïsations était plus réstreint que eelui que le
comité des Délégation !ir."Juives auprès de Ia confé*.nàu de
la Paix avait mis en avant. Le représentant du <Joint
Foreign committeer, M. Lueien 'wolf, définit du ,rrt,
]gf-pême, dans sa tettre du 20 mai tglg, a,u premier
Ministre Britannique, Tvt. Ltoyd ceorge, res pr"p;-
sitions de ,son comité comme umodéré rrr"
ç*,oaerai'i). ôà,
propositions n'étaient eependant pas Ia jusie
et *aéq,r;i,
expression des væux et desiderata des larges m&sses j;iv;;

Po"t4 of Deputies of B_ritish l_ews and the Council ol


âipea#ii,i; i ;i!'r',,#"iïil';1',,1;"Ë il' 9; fltl;/"'*:ï
(l) Lres comptes-rend_us .l_étaillés de I'activité â" ..r-d.uîîrJo"i"tioo,
houvent dans Alliancg Is1aélite ù"îo;;"1Ë"îr-;;;rùn juîoe dosant ,o
Conférence ite Ia Fot', P;;î -t9'iî.""(/iint6; TriiiÏir" (Jnîoerselre. citéla
infra) er danr Rqport oi iti"lj"tuiàiià" of the leus of în""ijiiiriiË;#::
-38'*
plus loin' Voici
dont les revendications allaient bien
commentlesaspirationsde**u'sessonttraduitesdans
gouvernement français.
une publicationîificielle du c'est-à-dire de
aPeu e peu, tt* f"ifs d-e ces pays)l-
': -
lisons-nous- dans le
l,Europe Oe f'Ë!t;; ;;" r6tie"t
<Recueil de locuments Etratgu"' '
N 19: publié le 3{ Juillet
O:: Affaires Etrangères et
19{.9 par les Ministère' r'at'f,ait leur
de la Guerre, .,."t senti sà réveiller le sentiment de per
aindividualité-ethnique; ce* roveit a été
favorisé la
(propagande d;;t;;it*e ef,par le mouvement des nationa-
'Ë"tttt ; ptdipité'
<lités que ru Auj ourd'hui' la grande
droits du
(mejorité Oe cJs Juifs réôle;; ,ror, stolement lesnationaux
.

<citoyen, *uir-ro pi"', - et surtout'


des droits
âroits'politiques et protection
r,eolleetifs (ganantiô de leurs
<do leur orguni*ution et'de leur culture propres)" '): .
Le porte-parole et le ttftouuttl*"| légitime ,de "*ltu
parte le document
<grande *u;ofiià;^;;"pq;pre'juir, dgnt de la Paix
du gouv.rt.*ufi rrançait, 1"f à ia Conférence
la base de ses mandats,
le comlé des ;;i;d;;;r iiiu*. sur de Juifs ,) et,
il était fondé à parler u.' ,,o* deduL2l0millions
mai {919' il avait
dans son memorandum "o""o
la Conférence les
elairement et ,rltt.*urrt formuté devant ehapitre ultérieur'
revendicutiorr, î; p.;plt ;uii;1' Dans
un
nousnousarrêteronssurlateneurdumemorandumetsur

y;sx'Ïiiir!2,ffi t'b',ïfr'':iù::.iu':'f"ïff :'d'Rï:"îi"'i:


:':?:lÏ";l,ii:ry,r:i:"s:trÉ"i't"r':ïliliilif;,*161':"î"i1i.t;
oru"ni|uil;"J;rris;?.;:ï;i ;;p;é'c"t"'i là millions de Juifs'
< différent.,
la
" ",1.,t"Lïtâ*r3 ar comité- consislait uniquement à -veiller à assurer

i+ikil',,tt:ilkî,Ëïf;Ë','i:,îff
tion Sioniste et, Iei"iiliJ rqæ,lf
JËrîiîf,t{$'a$ï
Ëia-Confér"nce un bref memo-
randum d"o, -";;;;;iill iu t"'
l"qoi ii' d;ff;it'i;ï"i""onnuili"
-il;;pl:.I'if"""Lii aspirations et les
P"l"tiine >, de créer
revendicatioo, hirtoiiq;'.' et éeonomiques y
dans le pays a"r" juif possible,
oarantissaht ""o'iâifà{-oii*id""t,--uâ*i"irttatives
l'etubriri.*îïi"^_à'";--i;i;;'".ti;rlrï et rend-ant
-autonome'
:ilil:"ït",i*#àii*fr;;i, t" ;'é"til d'un Etat Le memoran'
pai"i";;é;id9r1 u" ià""tio"t, nl1. Nahum Sokolow et par
dum fut sigr,é
et M.
Louis Marshau.
res deux aniiens piaii"à',r"ù":'j"iilTi/:-M;"È
39-
Ie rôle qu'il a joué daps Ie travail préparatoire des traités
dits des minorités.
Encore que Ia fondation du comité des Délégations
Juives
lgprès de Ia corlférence de la paix fût, rai,
doute,-.I'événement Ie plus important dans Ia lutte ""r des
minorités juives pour leurs droi[s, il ne faut pu, ,.pu"aant
perdre de vue les diver,ses actions politiques qui avaient
déjà été entreprises, avant Ia confé*erce, àur* une série de
peys de I'Europe occidentale et aux Etats-unis o'nmerique,
afin d'appeler I'attention des gouvernements sur Ia précarite
des droits des Juifs et de s'assurer leur appui lors
de Ia
Conférence de Ia paix.
La Déclaration historique de Balfour, du z novembre
!917, contenait un ung*gu-ent de la part du gouv.rneroerrt
britannique en ce guf àoncerne la palestine seulement
et
n'avait pas pour but de toucher, sous une forme guelconque,
à Ia question des minolité,s juives dans les différents p;tr.
]t ::t vrai que, dans Ia déelaration, il avait été explicite'mJnt
indi,qué que par <l'étabrissement en parestine
rrnational pou'.Ie peuple juif....... rien ne
à'or, ty;-
sera fait qui puilse
r<porter préjudice....... aux droits et au
statut politiq"Ë ao"t
r,iouissent les Juifs dans tout autre pa,fs,
nement britannique, comme nous Ie savon, pu*
i oï, le gouver-
I'hisiorique
de la Déclaration, n'avait admis cette disfosition
dans le
texte défTnitif gue pour donner ainsi deË apaisements
à
certains milie,x,juifs assimilés I'Flurope oebidentale, qui
_de
appréhendaient beaueoup qu'à Ia suite àr la Déctaratibn
leurs droits ne fussent diminués.
Pour cette raison, il était naturel gue I'organisation
sioniste, voulant entreprendre quelque choïe afin
d'améliorer
la triste situation des iuifs en Rolmanie, - se ftt
adressée
spécialement à ee.sujet_eu gouvernement britannique;
àriu
avait d'ailleurs obtenu de lui au mois de mai-juin
eertaines promesses à cet égard
lgls,
).
question du ,,Joint'Foreign committeen du {g
!Juln. llllnr
lvtu, concernant I'attitude d_u gouvernement britannique
lllsurd
I(religious,deeiai,l
I'r,éma-nciqltion re[gïeuse, rioitr rf poiiffir,
and, pokti,eal emàncipation) des rïir, ,i*r,
Ies pays de I'Europe ,orientare, sir Graham
répondit, r; tô
(l) Report of the Delegation of the Jews of the Brîtish Empire, p.62,
-40-
juin L9{8, au nom du secrétaire d'Etat
pour les Affaires
Etrangères, que ale Gouvernement de Sa Majesté'- ainsi q"]l
^ae"raro publiquement, nourrit I,a plgr grande
;;;# déjb I'Europe de
<sympathie po", r;orirancipation des Juifs de
<l,Est et du Soà-nrt et est îrès désireux de faire
tout ce qui
juste et per-
aest en *o' porrooi* po,'* établir un règlement
<manent de la questiôn juive dans ces régions' ')
un mois prù, iard erroiton, 1e 2t+_juillet,1918, le Ministre
français des Àffui*., Etrangères, ry S',.Pichon' écrivait
dans le même u*p*it à I't<A"lliance Israétite
universelle>:
de la
ueue, fidèle aux iraditions généreuses qui sont celles-l.a
Ré-
<France, n'oubliant pas que, la pleryièl-e en Euro-pe'
uvolution français, * u.*rdé aui Juifs les droits du citoyen'
ale Gouvr*rutourt de la Républi'que souhaite l'émansiFalion
rtdes Juifs Oarr,I'nurope orientalb et qu'il 'est disposé
à faire
ce qui est en son pouvoir pour &mener un règlemen[
"io"t
*-À cle la question iuive- dans ces pays)) ')'
ujuste
' peu prèî a iu *O*e époque, I'e gbuvernement français
autres
chargeàit sànu0àmiffi d'Etuderrd'examiner aussi, entre
qorrtiorrs européennes, la <question iqt""t ,sur le territoire
par le
de la pologne iii.to*iqoe,, et te rappdrt fut préparé
*)'
professeur co.nnu E. Denis
En une autre,oeoasion, ie Ministre français des lLffqi,res
intérêt
Etrangères, tU. Fichon, ro,tiigtt" de nouveau le grand
que la"nra,nce portait à la question juive' .
Dans r* *ôporrse à un groupe-de_députés français au
,sujet de I'actioti at la Francé a tâ Conférence de la Paix t'en
faveur des Israélites comme des autres minorités>, M. liclgn
Iit ressortir que: <Le Gouvernement français a pris I'initia-
c<tive, dès le hOnot de la Conférence de la Paix, pour'assurer

(\ IbiA., p. 70,
ir\ Àili;r;"'e Is)aélite (Jnioerselle, p. 8-9'
tâj Ë."i1*i',"Ï;'a;îùti;i;"iri lu territoire de Ia Polocne Hîsto-
rioue. (Questions ît';;."& ô"-iiÈ itEtude. Tom" II)' Paris'
lgtg, ",i*peittËr.
' ' 'if i.- 223-245. ici les conclusions -auxquelles
;';J p.;:éir" pas sans_ intérêt..de donner
;;il;;"il"i.--ppltiUitité d'une garantie internationale
-ii"uiÈiî';'-i-"'';"ôi;
uUo.,iii'i;;ô;;t des
âîrii''"a"' ;'"irnent n3i 0."]o" se mêle de leurs
îîii"i;;, ;il;"il'l"J-"iil"oi'-i"t"ntiorrr,- les Alliés devront se garder
"[ nous donnent peut-être,le
; à;l;;i;-i"t.;;i;;-;il;it*.. con_seils. >
Nor sacrihces
à àLii-à. sulgérer quelques Qu'elles sont. timides ces conclu-
ri";;-; ;;bË "iË-àiÏitteJâu tu*t" uftérieur si clair de I'art. 12 du
traiié des minorités avec la Polognel
41
-
(un examen approfondi des questions juives par les pléni-
.notentiaires..... D1nq le progra,mme préparé p*, l.s délbgués
<français et soumis à la, conférencr "a nguré, dès le pr.Ëir*
rrjour, une Commission des Affaires juiies,) t)
' ces paroles de M. piehon se rapportaient probablement
au p_remier projet concernant la procédure de fa conférence
gyg le g'ouvernoment français avàit remis le zg novembre
I'9L8, à 'washington, au sous-seerétaire d'Etat amérieain
M. Robert Lansing et dans lequer il avait, entre autres, proposé
de créer aussi un eomité spècial, dit <.comité aes'Àraires
juivesr 2).
Dans le deuxièTu projet français, éraboré par M. André
Tardieu et soumis à Ia cônférence cte Ia paix au début de
janvier r9l?, il n'est pr,s question, .orn*, dans Ie projet
précédent, d'une commission spécialé pour les affaires
du problème des minôritér .n général. parmi ;ïivbs,
-*T
<,prineipes direct'urs, fïgure, en huitiè*J li.u,
les
ru J.,
peuples

disposer d'eux--mêmes, eombiné avec Ie"à*àii droit des
minoritésr, 0t, en troisième lieu, parmi les uproblèmes
territoriauxr, sont rapperés de nouvïau, comme un point
rlistinet, <les droits deÀ minorités ethniquâs et religieus.r, j1.
. Ainsi q_ue nous Ie ve*ons plus loin, Ia confér"ence de la
Pqix est, elle
-aussi, passée p-a" les roê*., phases de dé-
veloppement. Parti'e tout d'abôrd de Ia néeessité ar gur*"ii*
les droits des Juifs, eile aboutit ensuite à tra proteo"tion
de
toutes les minorités en général.
u.1e. imporQScg. toute particulière doit, bien
entendu,
être attribuée à I'aetivite pontique des J;iir
aux Etats-unis
rl'Amérique. Le mouvement en faveur du congrès juif
prédomina, pendant querques années,
qui
dans t'àpirîion Ë"nri,iu"
J,oiy.t de- ce pe-y-s et qùi avait pour mot d'ordre: <défense des
drotts des Juifs à la conférenee de Ia paixr, ile pouvait
passer inaperçu de Ia <Maison Blaneher. aI,es
Juifs améri,
eains-écrit Ie <Nouvel annuaire internationat americail;:
* ont beaueoup eontribué à faire inserïre à I'ordre au jo,r,
r<de Ia conféren-ee de Ia paix
les erauses concernant Ies droits

{D 4llianc,e IsraéIite_(Jnioerselle, p. 63. r

,..(2) R"y Stannand B"k;;:- ii;oiaïri, Wilson and World Settlement.


Wr!rcn from his uppublisheil and
p.62.
--'--- F"E personal material,
'vv"
London, 1923, vol, lll,
(3) André Tardieu, Ls paîx, parie, 1921, p.99,
- 42-
(des minorités. une détégation influente de Juifs américains,
<éminents, élus comme réprésentants du judaïsme américain
le Congrès juif d'Ambrique, tenu-en décembre {9[8, s'est
"pur
urendue à Èaris-et, avec les autres délégations d'autres payl,
ua présenté le *e-otundum concerna,nt les droits des Juifs
uà la Conférence de la Paix. L'influence des délégués améri-
(c&ins s'est vivement fait sentir grâce à I'attitude sympathi-
(que envers les revendications juiv:s du Pr.ésident'Wilson et
1). Et en fait en la personne
ud'autres délégués américaiTlsrr
du Président {Viltott, le peuple juif eut un dévoué et sincère
ami et les revendications ;uives concern&nt tant la Palestine
que les droits des minorités ont toujours trouvé auprès de
lLi,' au plus haut point, compréhension et sympathit:--.-'wilson'
Dans les archirres persbnnelles du Président
parmi ses divers papiers et documents'), setrouve également
ie texte de I'allocLtion qu'il a adressée le 28 novembre 1918,
soit 6 jours avant solt premier départ _pour I'Europe, à
\Mashington, &ux représôntants de I'Ordre t<B'nai B'rithrr.
Il eonçoIt, a-t-il dit, entre autres, que I'un des problèmes les
plus difficites serait d'assurer des garanties lppropriées pour
un juste traitement des populations juives dans les pays oîr
elleË nbnt pas été traÏtées a,vec justice et, malheureusement,
on pourraii Ie dire de plusieurs pays. Mais il ne tient
cependant pas à s'arrêter sur ces diffïcultés. Il désire plutôt
r'upp.rantir sur le but que tous ont à cæur, d9 s'applocher
le pius possible d'une juste solution de la question et il croit
qu; toùt homme qui s'occupe des questions mondiales
aetuelles comprendra clairement que si I'on aspire sincère-
ment à la paix, il faut sincèrement tendre à donner satis-
qu'il existe
faction à [ous, car nulle paix n'est possible tant'Wilson
des esprits inquiets. A la fin de son discours, sou-
lignait, que lui personnellement tâcherait que cette question
fût prise en considération. ,
'Wise, un des plus
Le 1.4 janvier l9{9, le Dr Stephen

Voir z The New International Year Bool7.


(f )
A' Compenilium of the World's progress for the
A'Co^p"nilium lhe year
year 1919. Editor Frank
Moore Colby. New-York, 1920, p. 367.
(2) The- Pub[ic papers of Woodrow Wikon Auùorized Edition. War
and'Peace. Presidential Messages. Addresses andrd public Papera (1917-19241
by '!ùVoodrow'lV'ilson. Edited by Ray Stannard Bakr
Baker and William E. Dodd.
Ncw-York and London, 1927, vol. I, p. 3M-307.
48-
actifs promoteurs du mouvement en faveur du Congrès juif
d'Amérique, qui se trouvait alors à Paris, communiquait
télégraphiquement à la délégation du Congrès qui allait
partir pour la Conférence de la Paix qu'il avait eu deux
entrevues &vec Wilson et que celui-ci préférait recevoir la
délégation à Washington lors de son prochain retour aux
Etats-Unis; il espérait alors être moins débordé de travail
qu'à Paris ,et pouvoir ainsi prêter une attention plus grande
à ses propositions.
LeZ ma,rs L9lg,le Président Wilson reçut à'Washington
la délégation, composée du Juge J. Mack et de MM. Louis
Marshall, Dr Stephen 'Wise et B. G. Richards. Les représen-
tants du Congrès Juif d'Amérique lui soumirent un memo-
randum circonstancié contenanl toutes les résolutions adop-
tées à Philadelphie, ainsi que les motifs et les arguments à
I'appui. 'Wilson se déclara complètement d'accord avec le
programme du Congrès et, autorisa la délégation à faire
connaître publiquement <<qu'elle avait trouvé le Président,
comme toujours, sympathisant a.vec le principe incontestable
du droit du peuple juif à un statut égal partoutr r).
Le {5 ma,rs, 'Wilson revint à Paris et, ,ainsi que nous Ie
verrons, il n'oublia pas se promesse; il fut le prdmier qui
souleva, quelques semaines plus tard, au <Conseil Suprême>
Ia question juive et, concurremment avec elle, le problème
des minorités en général. Nous verrons aussi que, longtemps
aup&ravônt, le Président'wilson ,avait tenté de garantir aux
minorités un certain nombre de dnoits dans le pacte de la
société des Nations; mais, en raison de la résistance d'autres
gouvernements, il ne put réaliser ses intentions et se vit obligé
de renoncer à ee proj,et.
Si dans les Etats alliés, ee sont les Juifs eux-mêmes qui
élaborèrent leurs programmes de paix, en Allema,gne, ce fut
Ie gouvernement qui prit I'initiative de coordonner I'activité
des divers milieux juifs en relation B,vec Ia conférence de
la Paix. Dans ce but, il créa, au début de {g{g, une commis-
sion spéciale à laquelle furent invités des neprésentants de
tous_les partis et divers groupements juifs d'Auemagne et
qui devait formuler le progremme des revendications juives.
Le 30 m&rs {.919, Ie Bureau du Ministère allemand des

(l) Proceedings, p. 25, 82,

,f
:i
jl
-44-
Affaires Etrangères, chargé des pourparlers de peix, exemina
les propositions de la commission sus-mentionnée qrri, dans
teurï fignes générales, étaient anologues &ux revendieations
formulé1s per les représentants juifs des autres- p&ys.
Nous avons vu que les gouvernements frençais et anglais
avaient déjà f,ait, un certain temps avant I'armistice et la
Conférence de la Paix, certaines promesses concernant
I'amélioration de la situation des Juifs dans les pays d'Europe
orientale. Or, à ce m'oment, il ne s'agissait toujours que de
l'émencipation religieuse, civile et politique, selon la vieille
formule du Traité de Berlin de 1878, et on était encore bien
loin de voir la question des minorités sous le jour oir le
Comité des Délégations Juives devait la poser per la suite
devant Ia Conférence de la Paix.
Fort de la confiance de 12 miltions de Juifs, le Comité
des Délégations Juives se présen[a devant la Conférence de
la Paix et exigea des maîtres du monde I'attribution
aux minorités juives, non seulement de la liberté et
de l'égalité neligieuses, mais aussi des droits natio-
naux culturels qui leur étaient néeessaires pour gne
existenee digne dà la qualité d'hommes et de peuple, einsi
que la rèeonnaissanee du même prineipe pour toutes les
autres minorités également.
CHAPITRE IV

LE PRoBr,Èun DEs MrNonrrÉs DANS rJE


PROGRAMME DE PAIX DE I,A SOCTAI,.
NÉTVTOCRATIE

Aussitôt la guerre déclenchée, l'<Internationalerr social-


démocrate commença à sloccuper nctivem'ent des différents
problèm,es sociaux et politiques à I'ordr,e du jour et qui
devaient, de tout'e évidence, recevoir 'leur solution à une
conférenee de paix. Parmi les problèmes Qui, dès I'abord,
appelèrent I'attention de l'<Internationalel, figurait aussi la
question si douloureuse et ,si complexe des nationalités.
Diverses réunions et conférences socialistes procla-
mèr,ent immédiatement le principe du droit de tous les
peupl,es à disposer d'eux-mêmes, en le ,considérant comme
I'une des principales bases de la paix future. Par contre,
I'idée des droits des rninorités et de la nécessité de aréer pour
oes droits une garantie internationale n'a pas attiré, au
début, dans ces milieux, toute I'attention voulue. Ce n'est
qu'au bout d'un certain temps qutell,e a été incluse officiel-
lement 'dans le progra,mme de paix de la social-démocratie.
Ce succè's fut dt, dans une large mesure, à I'activité éner-
gique et consciente des dirigeants de la <<Confédération
ouvrière socialiste juive Poale Sion>, 'Qui parvinrent à
éveiller I'intérêt de I'alnternationalen pour la question juive,
et, concurr'emment avec elle, pour llensemble du problème
rles minorités.
En novembre {.9t5, les r<Poale Sionr. présentèrent leur
-45 -
pr,emier memora,ndum au Burneau socialiste international 1).
Déjà à la Conférenee Soeialiste des pays neutres, de juillet-
août 19l.6, à la Haye, avait été adoptée une résolution en
faveur de I'autonomie des minorités nationales; d'après
I'interprétation expresse du rapporteur, M. P. S, Troelsta, Ia
minorité juive y était comprise.
Mais bien plus grande fut I'influence qulexerça le sscond
memorandu,m remis par le r<Poale Sionr, le 6 aott {.917, au
comité dit <Comité Holls"ndo-Seandin&ve)1, chargé de pré-
parer la oonfénence soeiali'ste neutre de Stoekholm. Le
memora,ndum eontenait les revendications des Juifs quant à
la Palestine et dans les pays de Ia Dispersion'). Ce memo-
randum revendiquait pour les minorités juives I'autonomie
nationale personnelle; en même temps, dans la seconde
partie de 'ses propositions générales, il sollicitait les mêmes
droits pour toutes les minorités. La social-démoeratie juive,
en défendant devant I'alnternationaler les intérêts des minori-
tés juives, n'4, ainsi demandé, pour eelles-ci, aucun privilège,
mais a revendiqué leur proteetion uniquement dans Ie cadre
d'un règlement général du problème des minorités'). Ainsi
qu'on Ie verra plus loin, I'activité du <Comité des Délégations

(f) Voir: Die luden im Krigge. Denkschrift des Jûdischen Sozia'


listischen ArbeiterverËandes Poale-Zion an das Internatioriale Sozialistische
Bureau, Den Haag, 1915,
@ La p_artie du_ rnemorandum concernant les Juifs a étê, publiée dans
I'ouvrage de Leon Chasano,witsch und Leo Motzkin. Die Judenfrase der
Gegenwart Dokumentensamrnlung, Stockholm, 1919, p. 14-19.
_ _ (3) M. Fouques Duparc, op. cit., p. 154, aboutit à la même conclusion.
Mais la citation sur laquelle il_ se baie est inexacte. Il cite à ce sujet !a
phrase suivante qui se ,trouve dans la partie du memorandum motivant les
rerendications .lgives : << Cette revendication vise principalement I'Autriche-
Hongrie- et Ia Russie, mais elle concerne aussi les tlrritoires qui seront érigés
gq,provincesautonomes ou en Etats nationaux : la Pologtrô, I'Ulraine,-la
Lithuanie >>. En réalité, si cette phrase est lue avec son coîtexte, il ne peut
y avoir aucun doute qu'elle concerne seulement les luifs et non toutes les
minorités. A Ia situation des minorité_s nationales eri général, est spéciale-
ment consacré, dan-s le- memollndum, Ie paragraphe 2 de Ia deuxièmà partie
des propositions intitulée : < Le droit d"s nati'onr à disposer d'"ll.r-mè*"u >.
Ce paragraphe revendique << Ia_gar_antie du droit de minoriié natio-
nale à la conservation et au développement de u" "huqu. physionomi" n"tio""t"
et lladministration autonorrne pour les'iuestions nationatres >.
-Ikte-Voir : Memorandum des délégués àe Ia Conîédération Ouorière Socîa-
luil:e lppl" Sîon au Comité Socicliste Hollando-Scandinaoe. Sto.Ètolm,
le 6 août 1917.

fi
^,fl
-96-
Juives auprès de la Conférence de Ia Paixn était, elle aussi.
pénétrée du même esprit.
Le memora,ndum sus-mentionné atteignit le résultat
souhaité. Le manifeste de la Conférence de Stockholm
réelamait, en parlant de Ia Pologne, < la garantie du déve-
loppement éeonomique et de I'autonomie des minorités juives
et autresr. A la Gonférenoe de,l'<<Internationalen à Berne, en
février {919, c'est-à-dine quelques 'sema,ines après I'ouver-
ture de la Conférence de la Paix, a été votée une résolution
clemandant que l'on assurôt oux minorités un certain
minimum de droits garantis par Ia Société des Na,tions.
Deux mois plus tard, la Conférenoe Internationale
Soeialisto e expressément neconnu, a Amsterdam, Ie caractère
international du problème juif. Proclamant pour les Juifs
Ie droit de dispos:er d'eux-rnêmes, elle demandait pour eux
l'égalité des dnoits eivils et politiques dans tous ies pays,
I'autonomie nationale dans les pa;rs où ils vivent en ma,sseÊ
compaetes, la création d'un foyer national en Palestine et,
I'admission du peuple juif au sein de ta Soeiété des Nations.
Ce fut, s&ns nul doute, le grand mérite des <Poale Sionl
d'avoir obtenu, grâce à leurs efforts, que l'<<Internationale
Socialiste)) comprît dans son progrâ,mme officiel de paix la
proteetion internationale des Juifs et des minorités en
général. Ce mérite paralt d'autant plus saillant quand on
réfléehit à I'important facteur que présent"ait llopinion
publique socialiste pendant les négoeiations de la paix.
L'on ne pouvait cependant pas s'attendne à ce qu'en
formulant ainsi certains postulats en faveur des minorités,
Ia Social-Démocratie ptt eons&crer à eette question une plus
grande attention, voir,e se charger d'une initiative quet-
conque dans ,ce sens. Il ne faut donc nullement être surpris
qu'à I'anivée de Wilson €n Europe, B,vec son premier
projet du Pacte de la Soeiété des Nations,les soeial-démocrates
aient employé tous leurs efforts alin de déterminer 'Wilson
à inelure dans son second projet amendé une stipulati,on spé-
ciale oonoerna,nt Ia protection internationale des tra-
vailleurs, $a,ns faire également auprès de lui a,ucune dé-
march,e en faveur du problème des minorités. Ainsi qunon I'e
sait, leur væu &) en effet, été satisfuit.
Et si, dans le second projet du Pacte de la Société des

I
I
L
Nations, '\ililson a également fait une nouvelle proposition
concernant la protection internationale des <minorités
ethniques ou nationalesr, qui ne fTgurait, pes dans son
premier projet, il convient d'en attribuer llorigine à I'in{Iuen-
ce d'un tout autre facteur,
juives. - notamment des organisations.
CHAPITRE VII

LA PROITECTION DES MTNORIT]ÛS DANS LDS


PRoJETS Drr pacrn DE La socrÉrÉ DES
Na rroNs PofrR
ii#"irHiË"KJ#oN
Ainsi que nous I'a,vons vu, les différentes déclarations
gouvernementales, comme aussi les discours du président
ïvilson, ne contenaient que des principes d'ordre général.
sur la base de ces principes, on pouvait, il est vrai, ériger
tout urn système de protection internationale des miiroritts,
mais il n'en reste pas moins qué cette protection n'& été
mentionnée ni envisagée expressément nulle part.
Il ne faut dgnc pas être surpris si, ni dani le projet du
pacte de la société des Nations du p0 mars lgl.g étabore par
la commission _g_ouvernementale britannique, sous la prêsi-
dence de sir'walter G. F. philtimore'), ni dans le prômier
projet-que wilson avait déjà établi en Amérique à tÀ nn ou
mois de décembr'e {.918, nous ne trouvons nùue tnace d,un
article consacré au problèm,e des minorités.

,(l) outre le.rapport prooisoire (!njn"1im ygport) du 20 mars l9lg, Lord


Phillimore
llrmore par l"
a présenté, p"i suite, je
la suite, Ie t3 jiuillet 1918, qouvernemenr bri-
1918. au gouvernement hri-
tanniq.ue, un second. rapport définitif (final'repotrt).Ii'"rt iritei.r;;;iî;;;Ë,
gÏgr d?* I'appendice-de i"pporù iux < te"*t, ,"tg*",-â"
fédération > (iecent r"à"mo ". o7- t"âï:oiiôt;_ li
"onsaèré enrre autres, r,atten-
r:o^:o.I
ttgn-.suq
tigo. la
Ia pro.po,sruon
goT ra proposition faite
pro_position rarte par H. N. Brailsdorf
pai FI. "tulit,
Biailsdorf li.,r.-Z
son livre
dans son i,;;;;"
A Leapue
o1
.Nations (191,7), à savoir-que -< chaqu,e adhérent à la So"iété d;; N;iiË;,
doit accepter de resnec-ler li
doit f a liberté
lihatrÉ .1,ln,,oll- àL-*i"oritg,
)^- *i-^..rr!- --rl^- -r
_r,especter
vor 3: Florence
v-oir f lorencc wilson
wrlson. fhe ""tqutdl.
ortgins oî
The ortpins of the League c;o;*i.
the.L"ggyu ""ti"r"Ë'].
i;;;;;";"
g-ooenant, Documentary
History of its drafting. London,- ii2g,'p.'l-14-l7g: 16rî.
I
I

-46-
Seul,lesecondprojetduPrésidentWilsondu{0janvier
les six nou-
,.gtg contient ,ro u*îirt"e oe cette nature. Parmi 'Wilson
vea,ux points lsupptementary agreements) que diverses per-
-r"ii;;ôuÉs et brrtôpe 1 sous I'influence deI'influence du
sonnes et de plusieurs facteurs, surtout
sous
projgt
prtiït' du général Smuts, -. eu premier- sixième était qu'il alait
iupi,àtto a'î.mffi"u, ru dernier piilt . It -
iô'"ru*e à la protôction des minorités et, ainsi conçu:
ala société des Nations demandera à tous les nouvea'ux
r<Etats, comme condition préalable à leur
reconnaiss&nce
(comme Etats indépenduttît ou autonomes, de s'en-gagg* à
<accorder à toutes tes minorités de race ou de
nationalité,dans
exactemult trei-
.,trt*:;uriaictiottt tttputtives, 191 pême1
orité de race ou de
<tement et sécurité qu'ifs urrotd.ttt à la maj
r< nationalité de leur PeuPle ))'
Presque tous }es auteurs qui 19. tott posé
la question de
savoir d'otr ortiu nàuvette disposition tiie son origine sont
arrivés e ta conAoriott qu'elle ï OtO incluse par \ililson dans
son pro;et sous I'influenoe directe des Juifs'
Lo professeur Georges Scelle écrit, dans t:t .3r!icle
sur al,élaboraiion du Pàcte, dans llouvrage de P' Munch,
<dans
q"l ruttr disposition trouve son origine anglo-saxons)) une prope-

Ë;;d; activô-*r"Or per Jut israélites ')'


philip Baker ,[iL tui Lussi, dans..son article <The making
of the covenant from thé British point of viewr,, QUg
<particulièrernent
Wltuorr, en rédigeent ce p-eregraphe, uI;1t
en vue ie traiteËent des ïuifs dans certains
pays, 2)'
'walter schticking et Hans wehberg
Los professeurs
expriment, 'eux aussi, la mQme -opinion 4L"t leur
commen-
Satzung
taire du pacte de le Sôciété des Nations intitulé
<<Die
en deux
des vôlkerbundesr, 0t ils soulignent expressément,
enOroits, qo, ùiiton rédigea' ce lut*gt"phe
t'sous la pression
de la Propegande juiverr ')

r*('),1,i:J'i?,ïll;;!'i!:'i:"!:xito^::'nâi:*l'î;f"*,,'".T;'H"îl!:

Ïff.tri';"#*.{'i;il;!;*i;;:Fi:#"':ii':i:;:
-41 -
Le prof. charles Dupuis'), le Dr Miroslas Gonsio-
rowski ) et d'autres sa,v&nts émettent Ie même avis.
L',opinion de Ray Stannard Baker, dans son livre
Woodrous Wilson and, World Settlement, composé sur la
base des archives personnelles et inédites de Wilson, & une
valeur toute particulière. Lui aussi écrit expressément que
<cet article a été indubitablement Ie résultat de la propagen-
cle juiver 3) 4).
Si nous examinons de plus près le texte même de I'article
proposé, nous constatons qu'il ne parle pas de minorités
retigieuses, mais de minorités <ethniques ou nationales>
çruitat or national minorities). Or, I'une des principales re-
vendications des Juifs à la Conférence de la Paix ne consis-
tait-elte pas précisément à être considérés et reconnus comme
une minorité nationale? C'est donc à juste raison que Ray
Stannard Baker fait observer que <<les Juifs avaient toujours
exposé leur cause sous le même angle que les Lithuaniens en
Pologne ou les Slovènes en ltalie)) u)-
Ôn sait que le Président \Milson lit circuler son second
projet (le premier à Paris) parmi ses oollaborateurs et le

(l) Charles Dupuis. Liberté des ooies ile communication. Relatiotts


Inteiationales, dans'le Recueil des Cours de I'Académie de Droit Int-erna-
tional 1924, îo*" II de la collection, Paris, 1924, p. 3992 { L9t {ispo'
sitions concernant la protection des minorités semblent dues à des initiativeg
israélites, en vue de sâuvegarder, dans le triomphe des nationalités et contre
les excèi possibles du nationalisme, les membres d'une nationalité qui se trou-
vait en minorité partout. >
Q Dr Miroslas Gonsiorowski, Société iles Nations et Problème ile la
Paix, Paris, 1927, vol. II,.p. 57.
(3) Rav Stannard Baker, op, cit., vol. I, p. n7.
(4) Des idées concernant la protection des minorités se trouvaient du
resti âussi dans I'opuscule du géné;al J. C. Smuts z The League of Nations.
A practical suggestion,
Il énumère certains principes qu'il considère comme <<vitaux > pour, garan-
tir la paix future du mônde. Parmi ces principes, il fait frgurer : < le prin-
cipe dis nationalités contenant les idées de liberté et égalité politiques; _le
principe d'autonomie qui est celui des ''4tionalités a_ppliqué à des peuples
n'étant pas encore aptes à mener une vie d'Etat complètement indépendante;
le principe de la décentralisation politique qui empêchera la nationalité Ia plus
forle d'anéantir I'autonomie plus faible... > Un peu plus loin, le général Smuts
dit encore d'une façon plus claire que la Société dès Nations devra veiller
à ce que < les petites minorités ethniques ne soient pas opprimées dans les
plus grandes autonomies ou organismes >. Voir : J. C. Smuts. The League of
Nalions. A practical suggeslion, London, 1918, p.26, 28, 29.
(5) R. S. Baker,' op cit., vol. I, p. 227.
-48_-
britannique' II regut
donlmuniqua également à la Délégation autres de M' Robert
entro
une série o'.nrlinuîr"r r-itigo"rl
Tasker Élitt' airy1 que du juris-
ii'
Lansing, oo getérui
consultedelaDélégationaméricaine,i\{.DavidHunter
regarding the
Mitler. Dans ses ut'oàments and -{8Suggestions
covenantn, rerii, a witto", l' jiiv.ier 1919' -y' nald
HunterMillerupp'o""aitI'articlesupplémentaireVlconcer-
et ne proposait
nant les minorités ethniques ou naiiônates cependant rré-
Il l"qgui!
aucune modification à son sujet' ulra-itement
remerqu* qi'g1 général est
cessaire de faire
impossible,et..-.quit.9'ti*possible,parexemple,d'admettre
que toutes les mi'norités de race
puissent obtenir le droit que
officiels>. Il
leur lango, ,Jî-;;pi;I1ée dans des documents I'article
ajoutait ogur.ÀL"i n"'rt y aurait lieu variant pour chaque
de complèter
par <des oispositionà plriî détaillées
cas selon rr* corroitions et càla,
non seulement pour ge qui
concerne ru. Etats,_mais aussi quant à quelques-
"à""e&ux ')'
uns des anciens, tels que la 'tsulgane>
Dans une seconde note (papôr) sur le,proiet {9'wilson,
i? Tême époque'..M' David Hunter
rédigée à peu ïil-; compren'eit des
Miller sou[gÀt q". <.le Traité de'Berlin
des minorités
dispositions plus,igoo""ses pour la protecti'on
du projet et que
que cellet ng"t*"iï" dernier p.aragraphe
péndant les années posté-
les mass&cres et cruautés commis
et àu.s d'autres parties de
rieures à {878;;" UfutOdoine
l'Empireturc,sontunepreuvedeleurefficacitéu')'
Surlabasedesdiversespropositionsetcritiquesqu'il
'Witro" remania alôrs' poul la seconde fois'
avait reçues'
le 20 janvier l9L9'
son projet et, ,oÀ*. résultai, fut éilbti,
à Paris ou le troisième en
un nouvu"o pro;rt - le deuxième concer-
gà"e-*f. L'u"ti4* supplémentaire ci-dessus analy'sé

David Hunter Miller, Ihe Drafting of the


(l) Cooenant, New'York'
Looà6n, 192E, vol. II, P' 9l'
Q) iUia.,,v9l' I, p.!!.:, t I a.. p r o tectl:lrlî,TiË i
S"1;1"'fr rl,"Ï' rffur men ti o nn e au s s
*::i:?:
un autre passage tre ses vuttttt'v"" s're vEoo-
"
"
les iemaniements de
"""",,J#,'*Ëiiïd":ë:ùT?ïï-:if"L:i;:*:i::":îi"î3:"r"*,'*:rui:
Ëi ililJ;iiLti"l" 3'du .projet wilsonie",:":::1t1* r*^-r*,ac ..',fnrrné-
;1";',"iï3,Tiiri.ir;f
'J:il'ïi iiÏiiiliiÏ iffiiôl;' î ;"iJ;;; ;l-F:::f-'*:Lï"^l*lî't'î
;'i' i,lt llilll -"ïi.::","ii:o:*:
"*'ii,iiT.1"';';;;F\'Ti9i:":i:'",:'-:"**i:
tiÏ'i:,ii'"':iiii;Ï'di"'ii;i:t'";il;;lf
îiii"r 5. I{. Mitt"i, àp. cir., vol. l, p' 53'
-49 _
nant r,es minorijés ethniques ou nationales
.eproduit dans re nouveaï pr,ojet; ifr"iseulement fut rittérarement
dans ce serls qu'un gsageÀenr spéciur complété
non seulement aux Etats nouveaux,
irrîitîirË iË#ir"ou
mais
Etats qui solliciteraient reur admission-Ë enoore <à, tous res
des Nations))..I1 nrest pas difli.lu sein de ra société
àu *Jbonnaitre dans cet
amendement de I'obserouiio" àe M. David
Hunter
Miller, notammr.T.t * ce qu'il ,r*is*iiï" la
'infruencô protectiorr des
minorités s'étendît non ..,irr*rrrt-aux
niut,
aussi à une partie des anciens. - -t! nouveaux, mais
Outre cet ,article VI, nous trouvons
troisième projet.un rroooui articre encore dans le
vrr, ,""sacré spécialement
à la tiberré et à.l'égalité reiigieus;.
rédigé: <rReconnaissint, dans Ë p.*ror;il" ô;; article est ainsi
rrreligieuses une source féconde.'0, et l,intorérance
<signataires du présent sont guu*;es, les puissances
d'acoord que Ia société des
<<i\iations demand-era
à tous res nouvea,ux irtut, et à
('qui solliciteront reur tous ceux
admissio" ourrr-ron sein la promesse
<qu'ils n'édicteront aucu*
toi interJisari oo entravant Ie
-rrrot*riront
<libre exercice
g: tl rerigion et qu'ils
r<distinction ni en dnoit, it a,ucune
raït a rùrï-o de ceux qui
_ri
<pratiquent u1e foi, religion..ou
croya,ncé quelconque dont
:l;iiiiliïJfi1i,ï,i,,"oÀrutibte *o,Ë il,"à.u er res principes
Ray stannard Baker estime que
I'inspiration de wilson tui-mome'et cet article est dû à
tradrtion américaine spécitque. r.Les"-ru'source dans Ia
de répéter qu'ils ne vouiaieni Juifs n,avaient cessé
pes etrà-.l"Jdérés comme
corps religieux; Ia clause un
concernant les minorités ethniques
satisfaisait reurs. pri'cipares
pourrait que cette crauie ait revendications; mais il se
c'mme un.moyen de soulever
ruggorila"ruioa.rtu, surtout
Etats_autrês qùe les Etaty'nouve&ux.
o*"iàiùr-iùstions dans des
w'son *ut tout d'abora r 1)
virait de base pour res travar*Eir;; troiJio-e projet ser_
au ra corriJirrrru de la paix.
Y"l:.trop.graïrd", otaieniïs divergences entre ses Dro_
positions et re noint de vue rritg"il;il;ïr,il
mé dans re nrôyet p;;pil
ï rlslg,s,éteit expri_
série de remanih;il:Ë-" qô_lâ;;i.r après il.,.
ii"a r[omrt--cJcil, pour qu,on
-lt) -.
ùer, op. cir, vol. r, p. 230.
50-
projet de Wilson comme base
des
consentît à admettre Ie
délibérations.Parmilesqo"ti*sa'usujetdesquellesles
divergeaient, figuraient
projets brihnffi .i.,J*=i*i" vI ù' vtt de Wilson'
aussi les <artrclei supplém.entïires" ,ou nationales, ainsi que
concern&nt tres"rïirroiiï6.
rtili;;;r
iu Jin.tté et I'égalité religieuses'

l";;i;t ;i Jiil-tirut e I'effet d'amiver à une


Entreles-deuxDélégationscommencèrentalorsdes
nésooiations ayan!::::*é des divergences
entente sur toutes les questions
d',opinion. Le Ël;;ù; dïs conv'ersa'tions officielles
1?{9'
iio"i.* Miller et(projet
Lord Robert
eurent tieu enii.'vr. David d'un cecil-
cecit. Le résuttft iot I'édlTi;*u*ent
"r
Miller>duZ1janvier.L,articleVllconcernantl.aliberté
I'article
Par contre,
religieus, y ,onrista san, *îàincation. fut réser-
vI retatit auxîrràrite, rth"i;;;* oo Hunter MiIIer Ie 27
nationales
vé. t< Les Angtais - Qcriv*ti'-O"tiO -t,îu#:îi:iffti:i:
janvier. lete,lî'i'e'iàt"i wilson'
moment te retrait de cet article
-
jusqu'à 9: qi:,'jt
iit#:ii
snéoiales e irrrîrr* dun, r*
iru'il* te*itoriaux puissent être
t)
eiaminées''
Le 3[ ;anïier eut lieu une
délibération entre le Président
Ie colonel House et
wilson, l,oro'ôË.ii, i, ge"o"ur-s-"tr,
entendu que Ie lendemain
M. David Horrt.r-hilJr. ri î"i
lesjuris,o',.'tt*desdeuxdétégation*;si'c.J.B.Hurst
t*"ooll1ïaient pour cher-
et M. David uorrr., rliiiler --r3
cherunesolutionauxquestions&usujetdesquellessub.
de--
sistaient encore des divèrgences urnn. Hurst et Miller était
-vt13s'
Le |reorie* tblg, r, t1*:"uiiïu
aohevé et un';;;;;;;'projet
prit naissance, celui connu sous

(!).Voir , ?. H. Mill:l-"f: ïhil* j: i; 3?iuu"*." britannique,fo,d


,"à"1" Ëîï ;*tïr;*il,'*'il*;ïi,
îi ",,uvuit"â"-ï1i'e un. amalgame
*:r:"'iîË:Ëiî:ijiii'il".1ritr,#Ëff iïîîd:HîLi::h?iîi:#î,F
-f f"'"";ïTi:flli:JÏl"t':1t"4,3,',iffffi f1".'":r"%**iàIi**;l
*itftLi""-t{l'*'.x;";},-1;:ï:"i:,:'i"t*,r"&;"6;'q""ï"'r""-
*
î o'' t p -d:'""1' "Jrti."oi; #"1"f :i;
gues d' ns"çr,.i"it i ;J Ë; e;"1ï
â"root un.tiuitemànt égal qui leur;i,-Ëi'jî:r3f,i" "î il"îri"n.' .iiJË
e

Ë:;;î "ilit, ésalement, ql:']


traités ter'torraux un moyg.n
Y:-t"Tu*t:';^d".
p-pt!-i- fujir" 1Ï;"Ï!ir.f"# ËË
règlement de ces que
i',i".tio"'
di."il;;.t- t"*hé" ainsi, par exemple' par
une action conjuguée des Etag
'+l?qtE
l,.i
,t
i
1i

51
-
le nom ds trprojct Hurst-Millerrl, I+'article VI concernant les
ninorités ethniques 0u nationales eu suj et duguel aucuno
déoision n'avait été prise précédemment lot's des négociations
&vec Lond Ceoil fut maintenant entièrement supprimé. Quant
à l',antiolo VII oencernqnt la libenté pqligieuse, le représentant
hritannique I'approuv& encore une fois. Il devint I'article {9
du projet et, après a,voir subi une légère moditcation, il disait:
<Les Hautes Parties Contractantes sont d'accord de ne faire
(aucung loi interdisant Ie libre exercioe des cultes ou y met-
<rtant entrave et do n'établir aucunq distinotion de droit et de
ufait à. l'égard deg perponnes qui pratiqueraient une religion
<spéoialo Qu une aroyqnae ne portant pas atteinte à I'ordre
<public ou B,ux principes publics de moralel.
'Wilson
n'était pas très satisfait des propositions <Hurst-
Millerr. et, le jour même oir il les avait reçues, il établit un
nouveau projet ie troisième ù Paris et le quatrième en
général qui fut publié Ie lendemain 3 février. Nous y re-
trouyons- les artioles VI et VII de son anoien proJet, sans
aucun amendement ni modificatTon, ce qui montre claire-
ment que Wilson ne qonsenteit pas à le suppression de I'ar-
ticle VI concerr-ra,nt les minorités e[hniques ou nationales,
opérée par MM. Hurst et Miller.
Or, ce projet revisé ne devait cependant pas, ainsi quo
'Wilson
le désirait n)r être reaonnu oomme la base des travaux
de Ia tommission spéciale que la séance plénière de la Oonfé-
rence de la Paix du 25 janvier LgLg avait entne temps ohargde
de la préparation du Paete de la Société des l{ations.
C'est Ie projet <Hurst-Millern Qui fut adopté comme
charpente des délibératioRs de cette Commission.

une commirsion pelmansnte de ce6 Etpts avec un pr6sident impartial, et qu'il


ert doqteux que I'intervention des grandes puissance$, par I'insertion d'une
dispqsition générale dans le Pa"te de la Société des Nations, conduise à
facilitel le travail de telrles eommissions régionales. C'est pourquoi il remblo
nréférddç de' rugprir.npr, quant à prérent, I'articlp VI juçqu'à se que I'in en
arrive à l'évidencq qu'il soit impossible de traiter ces questions de façon
'traités
adéquate dans les territo;iaux >.
En ce qui concerne I'article VII, auquel Lord , Robert Cecil, comme
nous l'avons vu, avait donné son consentement, Lord Percy croit qu'il serail
prdférablc' dç Iç suFprimer également : ç pour deo Etats nouveaux et indé.
pendants, c'est une matière de gouvernement intérieur qu'il est presque impos.
sib[q, psur la Société des Nations, de contrôler ou de r6aliser. > Voii : D.- H.
yolrl, p. !5; Yql. II, P. l29.l*.
(l) *:
Millct- -a[r.,
Ibid., vol. I, p. 75, 130.

iii
lrl
i tt
lii
.!rl ilr
,-Jl
-52-
queo lorsque la Commission de
Nous voyons de la sorte
la société des u,*tio"À, créée iuJ iu c'onférence de la Paix'
se mit au travail, le projet
ou ôacte de la société des Nations
qu,elles avait ,roû, Iôs yeux
ne ôotttenait qu'une disposition
ei- t'ega1i.té reliEieuses' Il est
spéciate oororrirîîri r* î6utta-
intéressant de ,upp.t., à ce
suiet qù, outts leJ projets offi-
de la Paix per les
ciels du pacre lililo"^nï-c;fé-.h"r
pouvernementsfrançaisetitatien,tepronlèmedesminorités
iliJ;ifù-é dans &ucun article ')'
DuSau{3f'évrier{.9{9'eur'entlieulesoremièresdéli-
bérations de f* Càm*ission
,iîo to"rs de ôes séances fut
-*rt de l'ariicle ci-dessus mentionné, dit
aussi.décidé l,
<,B.rticle religieuxtt. _21! rAiÀ ,^,r,,
GrâcoaulivredeM.D.HunterMiller,citédéjàpre-
of the
cédemment à plusieurs "tptittt' ,,'!: *lrafting
fois' les pro-
coaenant, oir ;"i^&;;;olt*t
p:Ï3, première
de la société des
cès-verb*o* oË, li""Ë.r de la-commission tous les détails des
Nations, nous connaissorr* Àuintenant ainsi que les
débats qui eurent lieu u" t";"i-À:^:,tl--îlicle'
-/'
motifs qui déterminèrent sa suppressrorr la sixième
pour la première fois, I'ariicle fut examiné à Wilson
,i" e féotier {-9t9. Après que
séance de la C;;;irsion I'article t9
âe presideni, de
eut donné lecture, en sa, q"Jfitu un autre
du projrt "no*ri-inin.rr, l,o"a
nrb.it cecil propose
Parties Contractantes' re-
texte ainsi ;;il "iuJ
Hautes
et I'intolérance religieuses
<connoissant dans ta persécutiàn
r.dessourcesfertileso.g"'*'',sontd'accord.p.o,urdéclarer
de s'intéresser &ux
(que la Sooié;;^à;* N-tià'ns * ir droit
(Gommotions politiques qul Jo-àorootent et dans le cas otl
-trouv.*u-
<le comité exôcutif qor Ia paix mondiale est me-
gouv.ernement d'un Etat à
anacée p*, f;*ùio' iiUnOrale ôu
<l,égard d, c,el; ;; cànressent
une foi, religion ou croya'nce
<suelconqo., îrr'cautes P;;ii;-
iontractantes autorisent le
ou à prendre lee mesures
;ô;ilé-Ë tJr-.ï;;;;ttétentations
questiontr
..qoi mettront fin à I'abus en '

M;;;;',î;;",,;;t*;:#;;*î;i^;;:;;
4ffi489.
-58-
Le Président'wilson fait ators remerquer que I'artiele lù
était_ motivé par le désir d',empêcher, dans favenir, toute
persécution et toute guerre religieuse. M. Hymans (Belgique)
craint qu'un abus puisse être fait du mot <intoléranée, et
que I'on puisse s'en autoriser pour faire appel à la soeiété
des Nati,ons et la faire juge de réclamations de partis poli-
tiques contre leurs gouvernements. M. orlanrlo (Italie)
oonstate qu'il faut être très prudent dans la rédaction d'un
tel article afin d'éviter qu'il ne se trouve en conflit avec Ia
constitution de certains Etats. M. Batalha Reis (portugat)
tui! observer que toutes les fois qu'une religion d'Ètat côsse
de l'être, ses adhérents se considèrent ipso fâclo comme per-
sécutés. M. Léon_Bourgeois (France) rappelle que les hypo-
thèses prévues dans I'article en discusiion étaient lrire*
qéjà par I'artigJr^ g (par la suite I'article l{), qui parle es
évènements intérieu.rs susceptibles de troubler'la paix. Après
une courte intervention de M. venizelos (Grèce), ii est dé;idé
de renvoyer I'article au comité de rédaction,
La séance suivante de Ia commission
eut lieu Ie lendemain, l0 février, avant midi. - laLeseptième
ôomité -de
rédaction avait, entre temps, préparé un nouveau texte de
l'article <religieulrr, t_ext_e qui- étàit, inspiré plutôt per la
dernière"pro_position de sir Robert cecil que pa* Ia fôrmule
du projet <Hurst-Mil]err : <Les Hautes pariies-contractantes,
(reconna,issant dans la persécution religieuse une
ca,use
<fréquente de gueme, s'engagent solennel'iement à la faire
<,disparaître de leurs territoirés, et autorisent le comité
exé-
ucutif, dans tous les cas oir celui-ci jugera que Ia paix
<mondiale se trouvera par Ià menacée- dàns on ptat
rrcorrque: à faire les représentations où à prendre les {uet-
<,nécessitées par les circonstancesr.
*.rïræ
Le nouveau texte du comité de rédaction ne fut pas très
bien accueilli &u ,sein de Ia commission et suscita ïne sé-
rieuse discussion. Le Président'wilson fTt alors une nouvelle
proposition. La traduction tittérale de I'article proposé, tel
qu'il figure dans le procès-verbal anglais de Ia ,éurrôe ,ri I*
suivante: r<Les Hautes parties con-tractantes conviennent
<de n'édicter aueune ]oi interdisant ou intervenant
aans le
r<libre exercice des_ cultes; elles décident de ne pes permettre
(gue la-pratique de croyances, religion ou
opirriônr, dont
t,l'exercice ne pourrait troubler I'ordre pubtic ou la
morale,
-54-
((viennemettreentraveàlavïe,àtalibertéouàlarecherche
;;;;;"heur de leur PeuPl.en', n'est pas tout à fait clair
et'
Comme on le voii, ce texte M' David
dans sa partîe *o*' dû; ssible, de supposor ![ue
n,'"tt, ft".il9sique'
Hunrer Miuer'iï;;iË;î"'
ii àtt imp o
de la langue
c&r ii-et"ii un maître
Wilson ait rédïgé ce texte, 'V/ilson est traduite
anelaise. L,idét de proposiiioï*ât
'a plus j#; p* le texte français tel qu'il
d,uîe façon beaucoup it*oçtit. de la séance: slre's
se trouv. o*rr*îJ;ïJt*r;rb;i décident qu'elles nt per-
<Hautes p*rtîes" ôà"i-erta1l,es d'une foi' re-
<.mettront pas que teuls titôuÀ 3dhér11ts
qui ne porte pes atteinte
t<ligion ou croya"ce quele:lg";'
**rrr* poiffiJs, soittt! Root cette raison
<à l,ordre ou et leur poursuite du
"o*
<inquiétés dans leur vie, r*"r"iiturie
par
"ottiî;position du président wilson fut soutenue
f'nrticle ne faisait
M. Léon Bourgeois, qu! nt' tt*"tqït-qot des
-cït"v*' a*ht le Déclarntion
aue conlir*rr-'1. principlP";;hÀ; fu êtro inquiété
ôroits de t,Hom;Ë';ilàï lt^peut lo dé-
de ses opinions dï ses croy&ncest)' Sur ce'
à raison 9u du Présï-
*Jopta la proposition
bat prit nn et'ia ôommissio"
dent-rvilsïJo"urume du !.t février,
séance de ta commissïon
r.^"11tre, du projet du
nn termina 1a discussiorr, urrJrlLiÀ*u
pacte et il fi îécidé de ,romm., un comité ce comité
comprenant
Larnaudr,î*iÀlos et vesnitch'
MM. Robert cecil, -b"r.
devait, sur tï des *Àainr*tions et amendements
proposés, pro.Ëa*'î tu 'eo"iio"-J"
p*:et' Le surlendemain'
le comité avait achevé .o*-tt""ail. Qùent à l''article ttfo-
ligieuxr, f. Jo*ite était u"riuO*A
i" Jotttfosion que' tenantil
compte des complication. i;
prJr.ttt"it cette question'
Mais' pour
serait préférablt at te supp'ri*'* "o*plètement' d'avis qu'une
le cas oir la îàmmi.sion i,r"ii
absolument
comité suggérait la rédaction
tetle clause dtt êË insérée,Je
suivante: ales ïIautes
p**ti$ Conhact*ti.t sont d'accord
dans le libre
(pour déelarer qu,&ucun. r"ir*-*ittteroiendra dont la
<exercice de toute religion ou opinion'
"oy*""' avec public et les
<pratique n,est pas inco*pliiilï.i respoctives, nul ne
''ordre
(mæurs, et que, dans f."r|l"*iâi"tion*

(l) Ibid., vol. I, P' 196'


.. I

-55 -
(ser& troublé dans sa vie, sa liberté ou se poursuite du bon-
tcheur ,en raison de son adhésion à une telle croyange' re-
aligion ou opinion>
Dans le nouveau projet du comité, I'article rcreligieuxp
est devenu le Zl-ème au iieu du t9-ème et' 'quant au fond,
il n'était qu'une amélioration de la proposition du Président
'Wilson du {0 février.
Le 13 février LgLg,l'après-midi, à la dixième séance de
la Commission, I'article vint de nouveau en discussion, en
deuxième et dernière lecture.
Au début de la séance, le colonel House fit connaître que
le Président'Wilson, ne pouvant prendre part à la réunion,
attachait une importancé toute particulière à I'insertion de
I'article concernant les liberté et égalité religieuses. M. Lar-
naude (Frarrce) déclara qu'il appréciait I'importance qg'il y
avait à proclamer I'inviolabilité de la conscience humaine et
des manifestations du culte. Mais après examen de la question
rlans le eomité de rédaction, il était d'accord avec Lord Ro-
bert Cecil que la rédaction de ces considérations était si
difficile qutil valait mieux supprimer I'article.. Les prégcc_u-
pations du prOsident'Wilson se référaient certainement à des
buyt de I'Europe orientale oir de tels incidents sérieux
s'éiaient réellement produits; en I'occurence, it s'agissait
cependant surtout de pays oir la liberté de culte et de
eohscience était garantie. Néanmoins, comme le Président
'Wilson insistait sur I'insertion de cet article, il n'était pas
désireux d'en demander I'abrogation.
M. Batalha Reis (Portugal) fit remarquer que se longue
résidence dans quelques pays de I'Europe orientale I'avait
convaincu que les luttes que I'on croit être des luttes re-
ligieuses sont presque toujours des luttes de ra,ce. Iæs Juifs
qùi en Russie et en Pologne s,e eonvertissent au christia-
nisme, ne cessent pas pour cela, eux et leurs descendants,
d'être haïs et persécutés.
Lord Robert Cecil, président de la séanoe, fït observer
'Wilson désirait spécialement l'in-
que, comme le Président
clusion de I'article dans le texte, et oomme la Commission
I'avait agréé en principe, il ne croyait pes qu'on ptt Ie
supprimer.
-Après
Lord Robert Cecil, c'est le délégué japonai's, M. le
baron Makino, qui prit la parole; il proposa d'adjoindre à
-56-
I'artiele un second alinéa concernant l'égalité des r&cest
considérant <que les questions de religion et de r&ce pour-
raient
- - être traitées simultanémentrr'
i," proposition du baron Makino introduisit dans les plus
débats ùtOriuoos une certaine obscurité et I'on ne savait
*" Sé"O"al si I'on discutait I'article <religieux)) ou la propo-
sition japonaise.
AprOs que Lord Robert cecil et M. Wett!1glon . Koo,
détégué chinois, eurent pris position à ce sujet, M. venizelos
pffir" forméilement à le commission de supp_rimer
àoniplètement cet article. Il motiva sa proposition pa1.le^ fait
q"r iu question était très délicate et se heurtait à des difficul-
tts insurmontables; que, d'autne part, la question de race et
de religion serait ceriainement réglée daSs I'avenir par.la
Société"des Nations. La majorité dès membres de la Commis-
sion se rallia à la manièrô de voir de M. Venizelos et la
M. David Hunter
froposition de celui-ci fut, en effet, adopté.e.
Miller rraconte') que seuls le Brésil, la Chine et la Roumanie
étaient f,avorabi*. A I'article; comme on peut cependant le
constater per le discours de M. Orlandg, t la séance du i {
avril LgLgi), I'on doit y ajouter I'Italie éga-lement'
Après ciue la décision fut adoptée, le colonel House
'Wilson et que si
déclarà qu'ii en ferait part &u Président
àelui-ci tt'y dottttait paô son consentement, on serait obligé
de convoqùer ,rttu tto,rvelle réunion. En tout cas, il réservait
le droit Ou prOsident'Wilson de soulever, de nouve&u, cette
question au sein de la Conférence.
comme nous le voyons, la résolution du {3 février
concernant la suppression de I'article aneligieuxD se trouvait
en connexion étrojte avec I'exposition devant la Conférence
du problème de l'égalité des races.
La Commission savait parfaitement que cette question
n'était susceptible de provoquer que des divergences d'o,pinion
sérieuses au sein de ia Conference et elle avait pensé qu'en
suppri,mant I'article <religieuxD, elle se-débarasserait ainsi du
*ôtitt coup de toutes di'séussions ultérieures du problème de 3).
l'égalité dés races. C'est I'opinion de David Hunter Miller

(D lbîd., vol. I, P. 269.


0\ ftia., vol. II, p. 390.
ê) nia., vol. I, p.269,
-57 -
C'est aussi I'avis du colonel l{ouse, ainsi qu'il ressort d'une
note qu'il porta, le jour même, sur son agenda '). Cela se
dégagô ausii d'une façon particulièrement évidente du di's-
courJ que M. Venizelos a tenu, plus tard, dans la séance du
/tl, février 1,9ii"9, dans laquelle ]a Délégation japonaise a
renouvelé sous une autre forme se proposition relative à
l'égalité des races. Lui Venizelos étaït responsable.de la
disparition de -
I'article du Paete - concernant la liberté
religieuse. Il avait pensé que si cet article était rejeté, les
difficultés relatives à la question de race seraient également
éliminées. Maintenant, la question réapparaissait sous un
autre jour. Si I'on acceptait I'amendement japonais et si
celui-ci était inséré dans le préambule, on devrait également
y inclure une clause concern&nt la liberté religieuse ').
Certes, il n'était pas trop difficile à la Commission de
saerifier cet article qui, du reste, est le 'seul qui fût supprimé
dans le projet <Hurst-Millertt. La plupart des membres de
la Commission s'étaient, d'ailleurs, dès le premier moment,
comportés assez froidement, ,sinon tout à fait négativement,
à I'égard de cette disposition. De plus, il convient de ne pas
oublier que le Président'Wilson n'a pas participé personnel-
lement à la séance du i.3 février. Or, en son absenee, il a été'
sa,ns nul doute, plus aisé à la Commission d'adopter sa dé-
cision. Il est vrai que le ,colonel House avait réservé le droit
du Président'Wilson de soulever de nouvea,u cette question,
mais, comme nous le savons,'Wilson a, encore, ce jour même,
donné son approbation à la décision prise. Il a, vrai-
semblablement, cru lui aussi que, par la suppr'ession de cet
article, on éviterait toute discussion concernant le problème
des races, qu'i'l considérait comme indésirable, voire nuisible.
La déciÈion du {.3 février est ainsi demeurée en vigueur
et le texte défïnitif du Pacte de la Société des Nations ne
contient donc aucune traee de I'article concernant les liber-
té ,et égalité religieuses.
Nous &vons déjà pu constater que, en corrélation très
étroite avec I'article <celigieuxr, fut soulevée et examinée à

House. Arranged as a narrative


ending of the War. June l9l8-
-58-
des races
ta conférence de la Paix la question de l'égalité -
impo*""t ,t épinùx de la politique mondiale.
prrrrr*e
- n ne senait ùr supôrflu de s'arrêter ici brièvement sur
la teneun de il ô"tp;ritiott du Japott tt^ sur ladelutte
menée
faveur I'adoption
;,; il Délégatili ad pui* de ce
1)
pays en
-- il
àe cette ProPosition
q,r*Ëtion fut soulevée p9"t.,11 première fois à
Ia
séance de la Càmmission de la Société des
Natiops du {3
japonais, le Makino' propo-
iàoriu* {9i"9'). Le délégué !a1on
comme
,a A'irrrOrer dans le picte ae ta Société des Nations,consaeré
addition à I'articte .he[gieuxl un second alinéa,
des nations
a f" q".stion i*r ru.rs, Itipulant gue_: <<l'égalité
;ttu"î un prinâp" ronaamental d-e la Société des Nations,
<<les Hautes Parties contractantes conviennent d'accorder,
r<nussitôt que possible, à t99s les étrangers' nationaux.des
<Etats memnJe;-d; Ë Société, un traitément-juste.et égal
<<à tous les points de vue, s&ns faire a,ucune
distinction en
<rdroit ou en f.il,; ruirott de leur râ,ce ou de leur nationalitér''
idéolo-
Dans o' grârrd discours pénétlq -d.r aréflexions justi-
à
giques et nemJc*ilq"ut,,, le bàron Makino cherchait
fier sa proporiiion.'1,.r ânimosités de r&ces et de religions

(l) Pour plus de détails, ainsi que pour le textg-exact de tous les dis-
ri. Miller,- qp. l!t.t'.rir' Ï- p' ls.3:-lQl 291.-210-2ll' 268'
"o')r,' "";î-bl
m\'_qoà-i 4-Sç-49e, 573-574, .70.2-704. . ,,

o"" ô.--Ér-ri"i niitt"ill i"it obr"*.t-,--on'était au courant de


"a.-tÎ,-'p.'1it--izi"-'7q7,is2.,
/2) Ainsi

il;ié,é "*Ï':f a;'itf;**,:':*,q:'Jl"ri"cr}i,Jf,li;*'i'iJ


nii{::ruÏJ3li"'fJ"-ll'je";gï,
il N;ii; baron Makino avait déclaré e-xpres-
'ar"ii- 1"
sémenr quTI se ,gr.ruàii f" à"' f*q" propositions d'amendsnent
lors de la deuxièm; i;;,r* H. Miller, àp- cit., vol. I, p. 210-
d;--p;iJ O. "-"gt"1n-es
"'l l).
2r
Hunter Miller raconte aussi que, le 9 février, étant en train de discuter
U iaponaise, I-ord Balfour 1apnr,1ha
itôsii."
"";'1"^:;i;;;i-H;;",
d'eux
'i'
et une dir",rrlio-r, gé"a;$ sur cette- matièr-e s'engag-ea entre le colonel
Ëfrii"-"r-L;J- È;ii;;t] L" premier montra à L"tC Balfourd'Indépendance, uD nêrnorân-
dum qui débutait ;;;l; ;À;ir;trait d" Ia Déclaratiln
iil',ii, I;;"#;;r-r"ntïèt eeuu*. Lord Balfourpas dit alors que c'était une
;;;";;iti"; d; XUII" siècle q,r'il ne considérait comrne,juste. ll ,esh'
ir"ii q"" si, dans un certain sens, il était exact -qu-e .tous les hommes d'une
éi;i.;l .tÈr eguuï, un homme de I'A-frique Centrale n'était
""ti"n'àet"iminéeà Ï1" iip*ait iglil ne- v.o'ait Pas
pas né égal
""'d*ipei'. en-t"i"t"HqF
|]il;J"Ë ;"litifi-p;iiqué9 matière dlimmieiation à-l'égard des Japo-
iouriuiviei. C'était un peuple qui allait en croissant etLord
tout
;;i;;;r;ir'ett"
'r"" -èi"it'ïiti#:'ii
t""ili"iil à"t"ii d." débouchés- où immigrer.
ii"ffàîi' ààà"i" "tr*- q"';[ ept"""ait"noit gne grande sympathie pour cette façon
d" ;;il. (D. H. Miller, op. èit., vol. I, p. 183.)
-€FêatrtrTE

-59-
ont toujours constitué une source féconde de troubles et de
guerres parmi les différents peuples à travers I'histoire et ont
ôonduit â des excès déplorables. Gomme la question des races
se trouve être une difficulté constante qui peut devenir aiguë
et dangereuse à tout moment dans I'avenir, il était désirable
que toùtes précautions soient prises dans le Pacte pour régler
ce suj et. If se rendait parfaitement compte des difficultés
s'oppôsant à la réalisation du principe contenu dans la
proposition, mais il ne croyait pas qu'elles fussent, insurmon-
iabies, si I'on attachait une importance suffisante &ux sé-
rieuses divergences de vues susceptibles de surgir entre les
peuples à oet égard. Ce qui pareissait impossible auparavant,
btaii maintenant sur le point d'être réalisé la eréation de
la Société des Nations en éteit un exemple -notable. L'amen-
dement avait été rédigé très prudemment et I'on ne songeait
pas à proposer ici une réalisation immédiate d'une égalité
idéale de traitement entre les peuples.
L'amendement énonçait simplement le principe d'égalité
et laissait aux chefs responsables des Etats membres de la
Société le soin de I'apptriquer. En un sens, cet amendement
pouvait être regardé comme une invitation s,ux gouverne-
ments et aux peuples à examiner de plus près et plus sé-
rieusement la question et à trouver un moyen acceptable
de sortir de I'impasse dans laquelle se trouvent jusqu'à
prés'ent les différents peuples. Si I'indépendance et I'intégrité
politique de I'un des membres de la Société des Nations
êtaient menacés par une guerre) une ou plusieurs nations,
convena,blement placées, devaient être préparées à prendre
les armes contre I'agresseur. Cela impliquait qu'un citoyen
d'une de ces nations devait être prêt au besoin à défendre
de sa propre personne les autres peuples et cela ne ser&
possible que si chacun sent qu'il est placé sur un pied d'éga-
iité avec 1e peuple qu'il entreprendra de défendre, au péril
de sa propre vie.
L amôndement japonais fut appuyé par le représentant
chinois, M. 'Wellington Koo, qui, en règle générale., so
comportait toujours, lors de la Conférence de ia Paix, avec
beaucoup de circonspection à l'égard de' toute proposition
émanant de la Délégation japonaise.
La question que la Délégation japonaise avait soumise
à la Commission était, sans nul doute, un sérieux problème

l,
i,
ji

ï
i
-60-
intéressant I'humanité et touchait au grand principe de l'éga-
Iité de tous les hommes. Mais c'était, en même temps, une
question pratique et, dans un certain sens, économique aussi'
Derrière elle se dissimulait le problème de I'immigration
des Japonais aux Etats-tlnis d'Amérique et aux Dominions
britanniques, question qui suscitait de tous temps dans ces
pays les plus grandes susceptibilités et inquiétudes.
Clest pourquoi le représentant britannique, Lord Robert
Cecil, s'empressa de faire remarquer que la proposition
,f aponaise soulevait, en ce qui concerne I'Empire britannique,

des problèmes extrêmement, 'eomplexes; qu'elle présentait un


caractère de controverse et QUe, malgré la noblesse de la
pensée qui inspirait le baron Makino, il serait plus stge, pour
Ie moment, de surseoir à I'examen de la question.
A Ia suite de cette intervention, la Commission de la
Soeiété des Nations pessa outre à Ia proposition japonaise.
Le lendemain, {.4 février {.919, eut lieu, comme on le
sait, la troisième séance plénière de la Conférence de Ia
Paix. Le Président'Wilson présenta Ie projet du Pacte de Ia
Société des Nations dans la forme sous laquelle il avait été
élaboré par la Commission. A cette séance, Ie baron Makino
jugea néeessaire d'observer qu'il se réservait Ie droit de faire
une certaine proposition lors d'une phase ultérieure de la
discussion de ce projet, proposition qu'il avait eu déjà le
privilège de soumettr,e à la Conférence et pour laquelle il
solliciterait la eonsidération bienveillante et attentive des
distingués délégués des nations représentées.
ProfÏtant de la présence du Président'Wilson aux Etats-
Unis, I'ambassadeur japonais à 'Washington lui remit, l,e I*
mars, c'est-à-dire un jour avant le second départ de 'Wilson
pour I'Europe, une note où iI Ie priait instamment, au nom
du gouvernement japonais, de soutenir Ia <<juste et équitable
propositionr du Japon 1).
Le 1,4. avril LgL9,,lors du nouvel exa,men par la tommis.
sion du projet du Pacte adopté à Ia séance plénière de Ia
Conférence du L4 février, le baron Makino souleva de nou-
vea,u ,la question, quoique cette fois sous une forme plus
atténuée. Il ne défendait plus se proposition précédente, se
bornant simplement à demander que le préambule du Pacte
-61
-
de la société des Nations, mentionne expressément a l'&c-
ceptation du prinoipe de llégalité des t âtio.rs et du juste
traitement de leurs nationaux )).
Dans un grand discours bien préparé et impressionnant,
le baron Makino développa, une - fois encore, et motiva
le
point de vue japonais; sôÀ amendement n'avaii pas po,rr rut
tle permettre une ingérenoe dans les affaires intérie,rru,
d'une
nation quelconque,_ il établissait seulement un p.irr"ipe oi-
recteur pour les relations interqationales futureË. cetË pro-
position ne satisfaisait pas entièrement res dési* d;s- J;p"-
nais, mais ,c'était une tentative de concilier les points
de
vue des différents peuples.
Lord Robert cecil prend premier la parore. Il se pro-
nonce contre la proposition. Ainsile.
que David Hunter Miller
Ie fait rema,rquer, Lord Robert cecil <sentait lui-même
su,il
accomplissait une tâche difficile et désagréable> ,). n u i*ç,,
des instructions de.son gouvernement de ne pas
adopter la
proposition japonaise ,), bien que personneîlement^il
soit
tout à fait d'accord a,vec I'idée de ra Délégation
Le gouvernemenL brita'nique congoit I'iàrporiance de la laporruiru.
question des races, mais la sôlution dô oe problème
ne saurait
être donnée. par la commission sans pàrfur atteinte
souveraineté d'Etats membres de ta soôieté des
à ra
Nations. De
deux choses l.'une: ou bien res points que ra oàles-iir"
japonaise propose au préamrute sont vag;îes et
inefficaces ou bi,en $'adjoindre
ils ont une signification pratique. fi*r,, ru
$glSiul cas, ils ouvrent la voie ù,rtre con[rôverse sérieuse et
à, I'ingérence dans les ,affaires intérieures
des Etats membres
de la société des Nations. Il est maints devoirs
combent aux Etats sans être ,expressément mentionnés
q'i--il-
&u
préambule. Ainsi,_pel exemple, fe droit incontestable
^u,r.u de la
liberté un riège pr;;;;"î" oo
_religieuse.. !q {"potr
conseil de l,a société aes uations et oe faiî le mettra sur un

(f ) D.H. Miller, op. cit., vol. I, p.461.


(2) Ainsi que Ie-frofgssegr
-H;-;Ër,'A.B.. Keith re raconre, le présidenr du
Conseil d'Austialie, M.-
;; di,pô;,il: .Ë*,," .
"on""-,'',
se trouvaient déià en Australie,
;,
r{l*i,ïî:lî fï" ;'i.,|fil*,jjdîiïî
mal pas pour ceux qur pourrarent encore
v- immigrer. L" I,apor ;àilil"r'îàuiu,
approuver une telle fornule. voir , _iogr d., iuiro* compréhensibres,
dans H. w. v. T.rp".l.s-oiiïit.,',;i: 4.'_Br_-K.il,, fi;^"Érilî;ii D';-;i;i;r,
Vi,'ï."iizli:h.
-82-
pied de parfaite égalité avec toutes les autres grandes
i,risun.es. Ceci était, il sera toujours possibleet
au Japon de
des nations
soulever la question de l'égatité des races
clevant le Conseil de la Société des l\ations lui-même.
c'est le second délégué japonais, le vicomte chinda, qui
répondit brièvement aui objections soulevées par Lord Ro-
bert Cecit. Il ne s'agissait pas dit-il de la question des
races ou de I'immigration; la- -
Délégation japonaise ne de-
rnandait rien d'autr-e que la rsconnaissance du principe..de
l'égalité des nations et d'un juste traitement de leurs natio-
,rui*. L'opinion publique japonaise toute entière soutenait
cette propôsition; il demandait à la Commission de Ia mettre
aux voix-. Si I'amendoment était rejoté, ce serait une indi-
cation pour le Japon que l'égalité des membres de la Société
des Nations n'étâit put reqonnue 0t, colnme résultat, Ia
nouvelle organisation deviendrait très impopulaire auprès
du peuple jàponeis. Le vicomte Chinda laissait même en-
tendre [ue,-dôns ce 0&s, il se pourrait que le Japon ne devÎnL
pas membre de la So'ciété des Nations.
^ La proposition japonaise fut soutenue_ per I'Italie
(M. OrlonOo), ta France (MM. Bourgeois _et Larnaude), la
àrèce (M. yenizelos), tra Tchéooslovaquie (M. Kramar) et la
Chine (M. Koo). "wilson, il estimait
Qtrant au point de vue du Président
que, bien que légatité de toutes les nations filt I'un des prin-
ripés fonclâmentâux de la Société des Nations, iI 9t$t peul-
ètre néanmoins plus opportun de ne pes introduire cette
disposition dansle préombule du Pacte. Nul ne niait ce prin-
cipô, la difficulté ne qonsistait pes dans - I'adoption d'une
clé-cision au sein de la Qommission, mais dans la disoussion
qui serait certainement provoquée en séance plénière.
ia Sooiété des Nations reconnaissait non seulement l'égalité
de tous les Etats, mais son Paote aontenait aussi des dispo-
sitions pour la défendre en cas de danger.
,tpiès les paroles de 'Wilson, le baron Makino déclara
qu'il ne désirait pes poursuivre une disoussion stérile. Il
demandait, en conséquenee, de'passer aux votes. Mise aux
voix, la proposition japonaise obtint 'l'4, voix sur 17.
Pour la pioposition voûèrent le Japon' la Franoe et I'Italie
(chacun ae ôes peys 2 voix), le Brésil, le Chine, la Grèee, la
Yougoslavie et la 'i'chécoslovaquig. Ausun vote négatif n'eut
-63-
lieu, de sorte que le président wilson et Ie colonel House,
ainsi _que Lord Robert cecil et les représentants du portu-
gal, de la P_ologne et de la Roumanie ne votèrent pas.
Qucnt à M. Hymans et au général smuts, ils étaient absents.
Le vote acquis, re président \Milson dérlara, que ra
position japonaise devait être considérée .oà-. fro- ïo'
adoptée. sur lrobservation de M. Larnaude qu'à proprement
parler la grandg maj orité de la commission jot*ii pràrrorrcoe
pggl Ia proposition, wilson répliqua qu'en I'espècà, I'unani-
mité était, nécessaire; que, dani ôerhins cas, les clélégués
français avai'ent, qrf vrai, formuré des résérves, maii
il
avaient toujours décraré qu;ils n'insisteraient pes',sur làurs
ils
objections I qu'il
.qlqt égaiement vrai qu'en ce qui concerne
le siège de la société oes Nations, une dicision u.i,uit otâ prir.
non à I'unanimité, mais à la maj'orité des voix, mais
on était obligé de prendre une résolution quelcorrquÀ,
iio*
se posait aurrement mainrenanr,'iu'pnopo_
t*ai,
Jli:j?^TTT]y"rencontrant une opposition manifestr. br orc
lrqon,,Japonaise
telle décision ne pouvait êtrc aooir'toe qu'à I'unanimité.
Lord Robert, cecil sourigna de ,rooo.a,, qu'il serai[
que le Pacte restât *,rét_sur cette question de
"*iey_" droit;
le silence éviterait beaucoup de aiscussitns. Le président
wilson déclara définitivement que I'amendement
n'avait pas été ,adopté. Il crôturu lur débats pu, rlr'i*oi., ;opànui,
suivantes: <Je ne crois. pes_ que quiconque soiî porté
d i;t;r-
préter. gn_iour le résultÀt de la oliscussior,
à* ce soir comme
un-rejet de notre part du principe de l'égalité des
nations)).
Le baron Makino p*iu alors que le procès-îerbar
de re séance
mentionnôt'expressément le nombrô des voix
exprimé., po.r*
s8 prop'osition et il déclara qu'il soulèverait dô
,roouuui,, t*
question à la première occasion
Le 28 avril L-g{g, Iors de cinquième séance plénière
-Ia
de la conférence de la paix, re baron ùar.inà exprima _ une
fois de plus dans un 10ng aisco,,rtq, Ë;ï;, profond regret
d: Jl Délégatign- japonaiselue ra c,onfêrence
n'ait. pas adopté son amendément et décrara
de ra paix
sorenneilement
les représentants du peupte japonui,
,que cesseraient de
lutter q9r* te qrilcipe jusie el t u*àin àe ",
l;égarité des races.
Telle est |histoire ra_proposition du Jipon en rauuo*
de l'égalité des races. *En obpif o, ia i"ti,
consciente qu'eile men&, ra Détégatio"';*fonaise
énergique et
;; ;it-p;,

'l

j
-64-
de succ'ès'-Nous, â'vons d'ejà,' vu
ses efforts couronués
que la tentativË àu président wilson de garantir dans
droits des minorités
le pacte de la soriJiÀ des N,ations les et égalité religieuses'
ethniques et ,rutià"ui.r et les liberté insurmontables. II avait
se heurta, elle ;;-;; ; ;;s.difficuttés
et VII tant qu'il le put'
tléfendu tes articles'additionnels VI
mais à la fin iI dut Y renoncer' qu'aucun
I\ous avons fait remerquer pl-tt ..hautébabtis per *u* les
projets du paotl âu fu Sociéù Aes Nations
n'a touché la question des
puissances aUiàes et associées
minorités.Parcontre,ieprojetofficiel.dugouvern'P9''t
conférence de la Paix,
allemand, remis l" mai lgt"g à la
g
contenait
minorités' Le
un article spécial concernant lesaprotection
chapibre VII d; p-"jtt-lait oonsacré
à.1? des
rédigé: ttll sera assuré
minoritésr et tluiti.î. 54 était ainsi la Société . des
((a,ux minoritÀ- dur$ Ies Etals mor"nbres oe
en
<I{ations on. Jot*àmie nationale, lluL particulièrement
I'a,rt, les sciences
ace qui ,orr*rlrîiu tnttgoe,.l'école, fOgtiJe,
u""ord"sp'éciat ae'ciOJr'a de la réalisation
de
aet la presse. t" de quelle
((ce principe, iù;;i ut"oto disp.oser*. lotul*ment
r,façon tres rninoritO, pour.ro-nt fiire valoir leurs droits devant
<<les organes de la Société des
Nationsl ')'
Ër;Li* o" pacte de la société des Nations
Quant minorités ne fut
"""
éLablis pa, t.s'f-irîà*res, la protectio" g:r
l1!9ciété des Nations'
pas mentionnee'd*"' les nprinôiptt
de
hollandaise')
élaborés par ta-commission d'experts.officielle sur ulre
pes ptus que dans l'<avant-pro;et de convention par les trois
éIaboré
t_rrganisation ;uùàiq". internatiônale,,
le1 gouvernements cle
comités ,to*À,C reipectivement pa1.
Danemark,deNorvègeetdesuède')'Parcontre''!Stltsse minorités. Déià
prêta o^. gourde attËnûon au. problème,des
Département politique
en été i.gi.g, rr-ào**itter juridi{ue_du
pror. Max HuËer Qt la suite membre et, pen-
suisse, 1e
Cour Permanente
dant les anr,.é*r lgân-Lg27, Prêsident de tra
frrl.r"ationale âe ta Haye), dans son repport sur
de Justic.

(l) Herbert Kraus und Gustav Riiliger' LI rhunden zum F riedensoertrag,


B"'ii'i. 1920, Band l, P. 216. en Donk'
Q\ Der VôIhetbund, herausgegeben von Dr. de Jong van Beek
Bern,'1919, P.3'43 et peuples,
""'ill"Lo' F^i* suiv'
d^ Berne' l"u année, le 25 mars 1919, P' 500
et suiv.
65-
les <Problèmes relatifs à la société des Nations)), préparé
comme base de discussion pour la commission Consultative
Suisse, s'arrêta en détail sur les conflits de nationalités. Il
défend le principe d'une large <autonomie nationale, qui
r<offre une solution pratiquement réalisable et, même la seule
<solution possible de la question de savoir comment, à des
<peuples ou fragments de peuples trop éparpillés ou trop
(peu nombreux pour être aptes à former des Etats indépen-
<<dants, on peut assurer une indépendance suffisante pour
<<leur permettre de maintenir leur existence culturelle
(propre. De même que la guerre confessionnelle du xvll-ème
<siècle a pris fin par une paix assurant aux diverses
<<confessions un traitement égal et une tolérance, il est vrai
<cestreinte, de même la guerre de nationalités actuelle, devrait
<aboutir à la reconaissance d'un principe analogue de
<tolérance pour les minorités linguistiques et ethniques. Il
(ser,a,, à vrai dire, dif{icile de régler cei questions
pu* un
<traité de paix, ca,r elles varient de payJ a, pays. Mais il
rcparaît possible de leur donner, dans le traité de- paix! une
<solution de principe_ et d'y fixer un délai approprié pour
ala règlementation de détail réservée aux - tegistafions
r<nationales> ').
Dans l'aavant-pJojet du Pacte Fédéral>, préparé par la
commission consultati.v-e en janvier d.gtg, ie trôuvaid sous
la lettre B, une déclaration sôlennelle à faire par
Etat, à savoir que <l'égatité civile et potitique, là fiberté
"Luq,r,
de
conscience et le libre usa,ge des langues naiionales, doivent,
être garantis à tousl
Le texte même du Pacte Fédérar, ainsi que le statut
constitutionnel de la Ligue des Naiions, comprenant 6b
artiples, qgi y.était annexé, ne contenaient cependant
aucune disposition concernant les minorités. DÀns son
rapport à I'Assemblée Fédérale du {{. février Lg,l.g,le conseil
.l'expliquait par Ie fait que <la systématisation des
Fédéral
droits ciuils et poti,tiques par la Ligue dôs Nations pa,rait
très difficile en raison de |extrême-diversité des conditions
nationalesr. Le conseil F''édéral exprimait aussi le crainte

(l) Voir: Message du Conseil Fédéral à l'Assemblée Fédérale coflcer-


nant Ia .qu,e-stion àe 1'accession ilà io- S;il"- à Ia Société des Natiotæ (du
4 août l9l9), Berne, 1919, p. itS:1t6.-----
-66-
profondément sur le droit
que (des stipul'ations réagil1nt si
à des obstacles presque
nublio interne,Iô"rruierrî te heurtôr différer jusqu'à un
ffi#;;ililil, qui risqueraienr de 1)
de la LigueD '
;t;;incertain ti- réalisàtion son Message à
Et six mois environ plus iard, d--ans
{9{9; conc-erna'nt la question
l,Assemblée Fédlrale du & aott
des Nations' le Conseil
de l,accession J;l; S"isse à ta'societe
touché la qrrestion des rnino-
Fédérat Suisseï t""àtu ut u f'ois
Nations'Ïl disait à oe sujet:
rités dans f, pa,itu àïiu Sociéte des I'absence de dispo-
<une autre lacune du pacte résulte de en particu-
politiques,
<sitions p*otegearri t., droits civils et
<lier ceux O*rt"i.in"JtJr iinguistiqy.*
et confessionnelles'
<L'oppression d;;;t minorit?s a été'
au cours des cent
<dernièresannées'unedesprincipalescause'deguerre..Une
sur des caraotères
<déIimitation ffi'Eî;;;5gË;* strictement toujours justi{iée
<ethniques, n'étant- pu* po,ttùiu'
ni même
<et opportorrul tî-àtltggtf. de conilits
de ce q9Ï" t*:,t*:t"
suit pas une potitique vraiment
r,toujours, si chaque- Etat ne signale enzuitè
Le message
alibérale à l'ô;;Jàes minorités> ' on voit la
que <plus orr-î*"*ine la n":*:f-.:}:Ï".
<difficultéqu,ilyeàtrouver,pourexprimerleprincipedont
<tla justerr, ,rtri pu, ,o"turtàË- une
formule concrète adaptée
rrà toutes les situations et qui soit politiquement applicable>'
que I'absence d'une
Encore q,r* ft-C;teil Fédèral trouve
paciÀ de la SociOte des Nations est
telle disposition dans te
cette lacune comme re-
à.pri""ùlfe, il n'àn désigne pas moins
grettable ').

$ Ibiil., P.247, 271-272'


Q) ftia., p. 25.
CHAPITRE VIII

LA QUESTTON DES^ MIIYORITÉS DEYANT


LE supRDME. nr ie cnÉeTIoN
DE"coNSErL
La ,,couMrssroN nnJ Nout.naux
Érars ET DE pRoT.mcrrox DEs MrNo_
RrrÉs.,
que nous |avons vu, r'article additionner
fi,nsi
nant les minorités nationares- et^ ethniques vI concer-
dans les projets du Pacte de la
qui se trouvait
sociéffiïes Nations,
par le Président 'wilson les {.0 élaborés
et eo janui* lglg, n,avait pas
obtenu, lors des pourparlers
entre MM. u"-rï-uî'îùirirr,
LHTii#i"*:' " 0""i" .t ne fut po' uà-i" ou" i*îr"iri
II va de soi,que ra question ne pouvait
rée comme réglé-e pu* pas être considé-
ïnà teile ,ioririor,.
oublier que les représentants.britanniques ne feut pas
mé la suppression ae cet articr" qui 'avaient récla_
ce problème devrait recevoir
r"rriâ**Int toujours sue
s& soruîion dans les traiiés
temitoriaux a,vec les diveru ntutr.
La conférence de ro paix s'était
ardue et de Ia rourdr r.rporrr.dritJî*irîIrier de Ia tôche
chargée
fEurope. Elre ne pouvaif aborder Ia carte de
t *ouï sa,ns se rendre
ses",enorts--pou, créer des
compte que' quers que fussent
titats purement nation&ux,
serait impossibre de trouoL* -des"ï ,errrî-it
rrià pes et qu,il
-poritiques
rrorrliorrï coïn_
cidant toujours avec ]es rimites
,trr"ààrq,phiques. Bon gré
mal gré, d'importantes ir*tion, " oinérents peupres
oe
devraient continuer à vivr,
n&ux, dan,s la situation de
,o dehors aeJr,r* Etets natio_
minoritér. Ces minorités, iI fallait
les protéger, il railait làu"
*rrro* certoins droits, et cera,
-68-
de justice et d'équite'
non seulement pour des motifs éIevés
raisoni d'utitité et d'op-
mais encore simplement pour des des. guerres à I'avenir,
portunite poriti'qriÀJo-rrtuit-on ôoitur
d'ou-poumaient surgir
il faltait tout à"unora tarir tu-*ontt. II fallaih
,le nouvelles compli'cations Ët- Ott perturbations'
heureuses et satisf'aites'
veiller a ce qué-Ëminorités fussent à ce qu'elles eccep-
même dans r,* .ua'"s d'Etats étrangers,
tassent leur situation et qu'ell.es
ne nourrissent PeS, en
àu.ft.ttt, le rêve de l'irrédentisme'
Donc,riend'étonqantsicefurentnrécisémentles
commissionsterritorialesdelaConférencequise'tr.er1rtè-11t
spéciale pour
les premières ;ï";é"tttitt d'ol: f::l,t^1lt:n
pouvai'ent copenclant pas
les minorités. ces commissions ne
tt99. à' ce sujet aucun
s'oocuper de ttitt q"estiofr n'ayant trouvé
mandat du conseil suprc*e rt te probtème s'étant
ainsicomplètementen.dehorsdeleurcompétencel).
Onpouv*it,Avraidire,s'attendreàceguelaConférence
de la Paix, *"ï'tii*^I. il;iÀ;;ïiq; g'utipi"er commengôt
la protection
des Nations,
des minorités du Pacte de la SoôietO
aussitôtecr,erctrerd,autresvoiespoulréaliserceprincipe.
de deux mois et demi
Mais, en fait, nous voyons {uo, pfot
s,écoulèrent avant que ia quôstion
ne revînt de nouve&u sur
le taPis. ,. _ -
^,,{ - r^^
<Simêmelesrevendicationsdesautrespeuplesll.-
de Ia conférence de la Paixrr
lisons-nous ou"t I'aHistoire en considé-
de Temperleyl tt pootuient ne pas. être prises
principalement,
< ration perce qo, Ër* peuples appartenaient
< à des Etats Jnrremis et qu'à ôô *oment il n'y avait pas
<beaucoupdevoixpourepplyerdesrevendi.cationsd'Alle.
même des peu-
a mands, ot rvruly*i, oo aï nïtgales' .9t si
< ples prrrqrt, liào"""s, tels q* tuL Blanc-Russiens
et les
ttn
< Ruthèrrrr, poo.rÀitttt être négligés, il existait
cependant
< peuple qui avait des amis" ai'dents, fidèles et influents'
<LesJuifsdel,Europeoccidentaleetdel'Amériquen'ont
envers les souf-
< jamai, ,r*rà de tém'oigner leur sympathie
en Russie et
r< francer ."6"rÀ.t p"t"f.."rs coteiigibnnaires
<.danslesautrespeysorrentaux;depuisnombred'années Etats-
< tes de Grande-Bretagne gt .d9:
urrori*îi;;:;ires
<Unisétaientencorr,espondanceaveclesministèresdes
I.
(l) H. W. V. Temperlen op' ci!', vol' V' P' 123, nolc
69-
< Affair,es Etrangères et les chancelleries d'Europe, cher-
a chant à provoquer un état de choses meilleur. Il éteit
< dono inévitable qu'à cette grande assemblée des nations
a c€s associations fussent aussi repnésentées , t).
Nous &vons vu que les populations juives de tous les
peys furent, en effet représentées à Paris et que leurs
délégués se réunirent ,en une organisation centrale. C'est à
juste raison que Ray Stannard Baker e pu écrir,e que t<les
Juifs ont maintenu une représentation puissante et ont
exeroé une activité adroite et féconde )) ').
Ainsi que Manley O. Hudson le raconte, dans son article
a La Protection des minorités >, la Délégation américaine à
la Conférence dè la Paix avaiJ, déjà longtemps avant le
{.er mai, c'est-à-dire avant le jour oir le Conseil Suprême
s',est occupé pour la première fois du problème minoritaire,
préparé un projet relatif à certaines di,spositions qui
devaient êtne proposées pour le traité avec I'A'llemagne et
qui concernaient les minorités en Pologne. ( Grâce,
< Hudson, - écrità
à I'initiative d'un C,omité juif américain,
- se trouvaient le Juge Julian \il. Mack et
< la tête duquel
(( M. Louis Marshall, la question de la protection des Juifs
< avait intéressé le Colonel House > ').
Le a Co'mité des Délégations Juives auprès de la Confé-
rence de la Paix r s'est constitué officiellement le 25 m&rs
1919. A partir de cette date, commence une activité potitique
intensive et la brève observation de Hudson se rapporte
précisément à cette activité. Que Hu,dson appelle ,le Comité
a juif américain )), cela s'explique simplement par le fait
que MM. Mactrr et Marshall les deux premiers prési-
dents du Comité des Délégations - Juives étaient tes délé-
gués du < Congrès Juif d'Amérique r. -
Entre temps, des semaines s'écoulèrent. La Conférence
de Ia Paix était complètement absorbée dans la préparation
du traité &vec l'Allemagne. EIIe était déjà sur Ie point, de
terminer ses travaux et il n'avait guère été question encore
du problème des minorités.

(l) Ibià., p. 122.


Q) _B"v- Stannard -Baker,_op cit., vol. ll, p. 24.
(3) Mqnley o. Hudson, <.La protection d"' minorités>, dans ce ouî se
passa ftellement à Parîs en 1918-1919, Paris, 1923, p. l'69,
,"", t::t* veiller moment t'out per-
Les représentans .* ce.à ee que les maîtres
ticulièrement, ;;;i;r ia garde et la
du monde n'oofiir"t pJt leurs promesses concernant
protectiondesJuifsetqu'ils.lesremplissent.
Le {0 aorii Lgrg, lôs délégués du congrès iqif d'Amé-
du
rique, qui étaient *r, *ê*e tenips les rnembies dirigeants
comité des Délég"tiot r Juives, rendirent visite &u sous-
Secrétaire d'Etat"américain M. Robert Lansing,
à M' Henry
lil/hite et au générat Bliss et, quelques jours après, oussi au
colonel Edward M. House'
Quelque.rr*ui'respassèrentetle{-ermai{9i'9'la
intervalle' portée de nouveau
qo.riion fït ennn,-eplèt^"t l9"S Paix' Cette fois' elle
à l,ordre au jour h;1" Conférùce de la
futsoulevéenonpasdansunecommissionquelconqueouen
séance preniore,';*i, précisément a,u
sein du conseil
,1. nt-àetui qui I'avsit mise en a,va,nt n'était autre
ilù;d-p-éÉident 'Wilson en personne. Il se souvenait fort
il; l; la. question
bien de ses teniatives précédïntes pour .rfptel
dans le pacte ae ta societo des Nations,
et il n'avait pas. non
représentants du
plus oublié *or, *nttutien ultérieur avec les
boîgtet juif à Washingtgl- et il tint parole'
par la f,agott--Aont"'Wilson avaif soulevé cette question
il
&u Conseil Sùprême, or voit, du rest'e,,qu',av.1nt-tout'
avait en vue, ;;;d*ent, la protection des Juifs' Le débat
q"iï'i"rtitua A ruttr occasiôn,air Conseil est des plus instruc-
tifs et très car'actéristlque ')'
'Wilson .pp;ii; t'atteniion de ses collègues sur le fait

(|)L,onsaitqueleConseil.pgnrême(Conseil.desChefsd'Etatetde 25 mars
Gouvernement) se liioir"i,"ifi'dr"Ë;Jï" \-0 *"'Ut"s et' depuis le>)'
ou,-pl"' exactement' â" q"utte. (< The bis Four
étant
1919, de cinq part qu'aù réunions où
donné que le ,"prerliii';ï'"i'ù;; i" it"""i, se

Ëî;i*ïedq"iJ;;îàÏt"""r,'""i;i'Ë;;'â;"JÔii."1.,1'51a:,iïf
:ffi;ï ëonl;i iËi;; n/L o'l""do' eût aË-1
-quitté
Paris i;,i'i:
*embres (MM' Wilson' Cle-
J';;;";;ii t-e'à"i"À.*
Conseil Suprême
menceau et Ltoyd c.îiô:"ù;i; à-;î;jJ.n"v s1.'""rd Baker, op. cit.,

à\''Co-*" nous I'avons déjà dans ii*Ëf


ïï:li,ïit'\i6,izi'Ëi'n.')ï:ûJi*É,"l:f
' -" I avaru-ll?-litij
::l-":l
.s.ouligné'.
1:;i"i;;J;;ù;.ai(' "n"titiques avant suivi"1,ni31',â{ri
de très près
a t'l",i"uiYlit;"'à: qle ]tott^ âvotts ^obtenu les rensei-
les travaux de la ë;ià;"J;'àî'ï""it4x
r;,"ff 1':.":ff :ï:Ë:i::iïîïir"':Ëtr$'::"'"'s,:,J'i::;'i*g:i'l;
o" peut faire I'obiet du
été touchéc. L'uothlîi""Tiéîtof*i;;;i;tf"fitht
moindre doutç,
7l-
que les persécutions contre les Juifs ont toujours été un
élément propre à troubler la paix du monde et {ug, pour
cette ra,isonril convient maintenent de garantir spécialement
les droits des Juifs en Pologne et en Roumanie. Il faudrait,
en outre, insérer une disposition de cette nature dans
Ies traités avec dlautres Etats aussi. Sur la rem&rque de
M. Lloyd George que les Polonais se plaignent de ce que les
Juifs étaieht, pendant la gueme, partisans et de la Russie,
et de I'Autriche, et de I'Allemagne, mais non de la Pologne,
Wilson rép,ond que ce n'est qu'une conséquence des persé-
cutions et qu'aux Etats-Unis d'Amérique les Juifs sont de
bons citoyens.
M. Lloyd George s'empresse de déclarer qu''en Angleterre
également les Juifs sont des citoyens fidèles et M. Clemen-
càau eroit, Iui aussi, nécessaire de faire la même déclaration
au sujet des Juifs français.
Le Président 'Wilson souligne alors enoore une fois la
nécessité de faire inelure dans le traité &vec I'Allemagne des
dispositions pour la protection des Juifs en Pologne. Il rap-
pelle en même temps qu'un grand nombre d'Allemands seront
appelés à vivre en Pologne. Après un bref échange de vues,
il est décidé de nommer une eommission qui aura à s'occu-
per spéci'alement de la question des minorités.
Il est intéressant de signaler qu'à peu près à la même
époque, la Section éeonomique de la Délégation britannique
avait attiré I'attention de la Conférence sur le fait que I'on
avait jusque là complètement négtigé la question des obli-
gations qu'on devait mettre à la charge des Etats nouvea,ux
en ce qui coneerne les conventions internationales, telles que
Postes et Télégraphes, Propriété industrielle, Droit, d'auteur,
etc, ainsi qu'au sujet de la liberté du travail et, en général,
du traitement équitable du commerce étranger. La Seetion
fït ressortir QUe, tant que la paix a,vec les peys ennemis
n'était pes encore signée et que les Etats nouveaux n'étaient
pes encore déIinitivement reconnus, il était possible de leur
imposer de pareilles obligations, tan'dis {tre, plus tard, ce
serait très difficile, sinon impossible. i

Lo proposition de la Seotion fut prise en considération


et la nouvelle eommission, qu'on appelle habituellement la
a Commission des nouve&ux Etats et de protection des Mino-
-72-
rités )) ') fut chargée de s'oceuper également de ce pro-
blème 'z).
A i'origine, la Commission se composait seulement de
r,eprésentan-ts dela France: MM. Berthelot et Kammerer; de
la Grande-Bretagne: MM. Headlam-Morley et carr, et {.t
Etats-Unis d'Amérique; MM. David Hunter Miller et Manley
O. Hudson. Ensuiteis'y joignirent M. de Martino et le colo-
nel Castoldi, tâpoOsentants de I'Italie, et M. -Adatci,
"om*'e drl, Japon. Plus tard, le représentant
comme tept'ésetttant
américain fut M. Allen V/. Dulles et, à part lui, prenait
également part aux travaux le professeur A. G. Coolidge qui
vénait alori précisément de rentrer d'une mission en Europe
orientale. Le Président de la Commission fut M. Berthel'ot et
le Secrétaire M. Carr.
Dans la lettre déjà citée, du 8 juillet LgLg, adressée-à-un
groupe de députés français, le ministre français des Affaires
Étr,angOres dhlors, M. S. Pichon, résurna dans les termes sui-
vants-ia tâche de la Commission: elle était <chargée par le
(( Conseil des Chefs de Gouvernement de fixer les statuts des
r< minorités et ,de viser spécialement les garanties justifiées
< par la situation cruelle d'inégalité et d'oppression dans
u iaquelle les minorités juives ont été trop longtemps main-
< tenutes dans I'Europe orientaleD t).
Dans I'histoire de Temperley de la Conférence de la Paix,
it est indiqué expressément, à deux reprises, qu'au début la
mission ds la Commission ne consistait en général qu'à éla-
borer <deux ou trois clauses garantissant certains droits
aux Juifsr c). c

Du reste, le 6 juin l9L9 encore, le Président du conseil


des Ministres de Roumanie écrivait, dans une lettre au Pré-
sident'Wilson, que d'après ce qu'il avait oompris de I'entre-
tien qu'il avait eu avec lui, et les allusions de M. Clemenceau

(l) Le nom officiel de cette Commission était: << Commission des Nou-
o*u*'Etats >>. La plupart des auteurs la dénomme-nt cependanti < Commis-
sion des Nouveaux- Eiats et de protection
- des Minorités >> et nous suivons
leur exemple. Voir, entre autres, Manley O. Hudson, article cité dans Ce
qui se pasia rê,ellement à Paris en l9l8-t919, p.- 170.-
' (2)' Nous ne nous arrêterons pas,- dans- les développements q-ui vont
rde la Commission, car ils sont étrangers
suivie, sur cette partie des travaux
au problème traité dans lelprésent ouvrage.
(3) Alliance IsraéIite Unioerselle, p. 63.
(4) H. W. V. Temperley, op. cit.,vol. V, p. 124,133.
SG

F'd

Ie lui avaient confirmé,


ula cause déterminante de ces stipu-
lations (concernant les minorités) réside dans la question
juiver 1).
En abor,dant son travail, la a0ommission des Nouvea,ux
Etats et de protection des Minorités)) conçut, dès le premier
moment, d'une façon large, les tâches qui lui incombaient.
Aussi, Iors du travail préparatoire pour le traité avec la
Pologne, qui fut le premier, avait été aussitôt mis sur pied
un traité-comprenant douze articles, en faveur de toùtes les
minorités appelées à vivre sur le temitoire de I'Etat polonais.
La Conférence de la Paix ne tarda pes à prendre la
résolution (suivant en cela Ia proposition de la Commission),
de ne pas se limiter uniquement B,ux Etats nouvellement
créés, tels que la Pologne et la Tchécoslovaquie, mais de
garantir également les droits des minorités dans les Etats
considérablement agrandis, ,comme la Yougosl'avie, ld Rou-
manie et Ia Grèce. Déjà au commencement de mai, c'est-à-
dire quelgues jours à peine après Ia création de la Commis-
sion, Ie C'onseil Suprême adoptait une résolution dans ce sens.
De mai à septembre {9{9, la Commission tint 64 séances
et il faut reconnaître que jusqu'à ce jour, on ne sait pes
grand'chose de ce qui s'y passa. C'est donc à juste raison
qu'e quelques historiographes de la C,onférence de Ia Paix
font observer QUe, sur les travaux de cette Commission
précisément, on possède bien moins d'informations que sur
ceux des autres commissions.
La première tâche de Ia Commission consistait à prépa-
rer les dispositions concernant les minorités quant à la
Pologne, dispositions qui devaient être insérées dans le
traité avec I'Allemagne. On sava,it fort bien que, tant que
la paix n'était pas encore signée a,vec I'Allemagne et que
I'indépendance polonaise ntétait pas encoie définitivement
et formellement reconnue, il subsistait une possibilité
d'imposer à la Pologne certaines obligations concernant le
traitement de ,ses minorités et que, si on laissait passer ce
moment, il serait ensuite bien plus difficile, peut-être même
tout à fait impossible de le faire. La Commission dut, pour

(l ) Le texte complet de Ia lettre avec ses annexes a été publié dans le


Bulletin ilu Comité des DéIégatîons Juioe.s cuprès de Ia Contérence de la
Paix, no I l, du 19 février 1920, p,'12.
74-
cette raison, précipiter ses travaux. Mais dès qu'elle se mit
à I'æuvre ei Ànordla ltexamen de la question en tous ses
Oeiaits, il fut aussitôt manifeste pour ell'e que quelques
jours
seulement ne lui suffiraient pes pour venir à bout d'un
problème aussi ardu, complexe et sérieux. Il ne faut pes
àubtier que la décision concernant la création de la Com-
missÏon'avait été adoptée le t-er mai {gtg et que déjà- le
7 mai on devait remeitre à I'Allemagne le proiet du traité'
Pour laisser à la commission plus de temps, on dut
recourir à un subterfuge et le Conseil Suprême consentit à
ce que la question fût tegtee d'une autre façon. Il décida de
se cbntentér de faire fîgurer dans le traité a,vec I'Allemagne
un article général aux termes duquel Ia Pologne-donnerait
d'avance soh assentiment à un traité spécial avec les princi-
pales puissanees alliées et associées ; ce traité devrait conte-
ttir teJ dispositions que ces puissa,nces jugeraient nécessaires
((pour ptoiéger en Éologne les intérêts des habitants gui
uaiffarônt d; la majorité de la population par la r&qe, le
<langue et la religionrr.
Ôette elause devint par la suite I'art. 93 du Traité de
Versailles et elle se trouve également dans le projet remis, le
7 mai {9{9, à ta Délégation allemande de Paix. Cet article
peut produire I'impression qu'on aurait décidé d'exiger de
ia poiogne une sorte de earte blanche; en fait, cependant,
on était bien loin de ,cela. La seule chose qu'on ait voulue,
c'était uniquement de gegner du temps pour la Commission.
On savait qu'on serait, dans tous les cas, obligé d'en terminer
avec le traité jusqu'au jour de Ia signature du Traité de
Paix avec I'Allemagne, afin que, lors de la signature de I'art.
*93, Ia Pologne pût simultanément signer aussi le traité dit
des minorités.
Mais, p&r contre, il était elair que quelques semaines
'encore posseraient d'ici là et que Ia Commission pourrait
ainsi, dans I'intervalle, prép&rer sens hâte et minutieusement
les dispositions ooncern&nt les minorités.
Si nous examinons de plus près le texte de I'art.
93 élaboré par Ia Commi,ssion, il n'est pas difficile d'y
déceler I'influence des justes revendications juives. Dans
cet article, on ne parle pes de citoSzens, mais d'< ha-
bitants r. Et, par là, les auteurs avaient, sans nul doute,
oherché à éviter absolument toute possibilité de re-
75-
nouvellement du ca,s qui s'était produit avec le Rouma-
nie, laquelle avait tout simplement déclaré les Juifs <étran-
gersn, bien qu'ils vécussent dans ce peys depuis des siêcles
et ne possédassent aucune autre citoyenneté.
Que cela ne soit pas simplement une hypothèse, les
débats gui se déroulèrent ou Conseil Suprême, lors de
I'approbation du texfe de I'art. 93, le prouveàt bien. L'un des
membres du conseil avait jugé néeessaire de soulever la
question de savoir si I'expression r<habitantsr n'était, pas
trop générale. Mais il avait suffi que I'un des experts de la
commission qui prenait part à la séance, reppelôt I'exemple
roumain pour que la discussion filt immédiatement close et
que tous acceptassent la formule proposée.
Libérée, grâce à cet article 93, clu souci de préparer
absolument en quelques jours les dispositions concern&nt les
minorités 'en Pologne, la commission avait maintenant plus
de temps devant elle et allait pouvoir aborder eette tâche si
ardue après une étude plus approfondie et après beaucoup
plus mrire réflexion. I:0 traité des minorités avec la pologne
devait être signé en premier lieu. son élaboration se pro-
longea jusqu'au 28 juin 19L9, et, durant cette période, non
seulement la commission, mais encone, à plusieurs reprises,
le conseil suprême, s'étaient occupés de cette question. Nous
r-ogs y aruêtenons plus longuement dans un des chapitres ul-
térieurs.
CHAPITRE IX

LE MEMORANDUM DII ,,COMr1IÉ DES DÉ-


r,ÉeeuoNs JUTYES euPnÈs DD La coN-
nÉnnxcn DE La Parx"
Définitivement constitué {in mars LgLg, le Comité des
Délégations Juives eut pour première tâche d'établir le
progremme et de formuler les revendications qu'il allait
faine valoir et défendre devant la Conférence de la Paix.
Il 'est vrai que I'esprit des résolutions adoptées par les
populations juives des divers pays et les directives générales
qu'elles donnèrent à leurs délégués à P,aris furent partout
les mêmes. Néanmoins, l'élaboration du memorandum de-
manda au Comité pas mal de temps. C'est une Commission
spéciale, sous la présidence de M. Léo Motzkin, qui en avait
été chargée, et Ie memorandum fut discuté et rédigé par elle
en collaboration &vec la t<Commission Juridiquerr, créée
clans son sein et à la tête de laquelle se trouvait M. Louis
Marshall. En quelques semaines, ces deux Commissions ne
tinrent pas moins de 3i. séances.
<Le Comité des Délégations Juives et ses commissions
-= lisons-nous dans le compte-rendu des membres améri-
cains du Comité sur leur participation aux travaux de celui-
ci tenaient des séances nuit et jour, en particulier la
-
<Commission spéciale créée dans le but de formuler les pro-
<positions... Chaque mot et chaque phrase contenus dans ces
apropositions furent soumis' à une discussion minutieuseul).
I-ie i.-er mai {9i.9 fut, comme nous I'avons vu, créée per
le Conseil Suprême la <Commission des nouveaux Etats et de
(l) Proceedings, p. 84.

l
J
---------.-1
,1

77-
protection des Minoritésl. A ce moment, déjà, le Comité avait
âennitivemenb établi, en sa majeure partie, son progra,mme'
de telle sorte qu'il pouvait engager immédiatement, sur la
base de ses revendications et postulats, des conv'ersa,tions
a,vec les membres de la tommission.
C'est à la date du {0 mai l9{9 que fut enregistrée offi-
ciellement au Secrétariat de la Conférence de la Paix la
réception du memorandum du <.Comité des Délégations Jui-
ves àuprès de la Conférence de la Paixrr. Ce document, quel-
que parcimonieux que nous soyons en épithètes, mérite s&ns
aucun doute d'être considéré comme un document de la
plus haute signification politique et de la plus grande
importance en ce qui concerne le sort de toutes les minorités
en Europe 1).
u[,e Comité des Délégations Juives auprès de la Confé-
rence de la Paix lisons-nous dans le préambule du
memorandum agissant au nom des diverses organisations
<soussignées et - qui plaident pour neuf millions de Juifs, a
<<l'honneur de vous soumettre les propositions suivantes, dont
<l'objet est la protection des diverses minorités nationales,
<celigieuses, ethniques ou linguistiques de Bulgarie, Egtho-
<nie, Finlande, Grèce, Lithuanie, Pologne, Roumanie, Russie,
aTchécoslovaquie, Ukraine, Yougoslavie et autres peys de
<l'Est ou du Centre de I'Europe, et vous prie de vouloir bien
<les incorporer dans les divers traités de paix qui font l'objet
<de vos délibérations...l
Le texte in efienso du memora,ndum étant publié à la
fin de cette étude, nous nous bornerons à en rnésumer ici briè-
vement le'contenu.
Les revendications énoncées dans le memorandum sont
divisées en deux parties. Dans les articles de la première

(l) n est surprenant que, d-gns le recueil du professeur Herbert Kraus,


Das Recht des Minderheiten. Materialien zur Einfiihrung in das Vertândnis
des modernen Minoritâtenproblems, Berlin, 1927, ne figure pas le rlerlorâr-
dum du Comité des Délégations Juives. L'auteur se borne à indiquer, dans
une courte note, que le memorandum est publié dans le livre du Dr Franz
Bordihn, Das positioe Recht der nationalen Minderheif. Eine Sammlung der
wichtigsten Gesetze und Entwiirfe. Berlin, 1921, p. 85-91.
Par contre, M. Kraus a inséré, dans son recueil; la <Déclaration BaI-
four>; or, oette Déclaraqion conc€rne, co./lrtrl€ nous I'avons déjà signalé plus
haut, << I'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple
juif > et ne vise pas les droits des minorités juives. Ce document ne cadre
donc pas très bien avec un recueil relatif au problème des minorités.
78-
partie, est exactement précisé le contenu des droits qu'il
ôonvient <d'assurer a,ux populations des Etats récemment
créés ou agrandis en Europer>.
Les obligations que les Etats doivent prendne envers les
minorités sont les suivantes:
Reconnaître certaines catégories de personnes citoyens
de plein droit; Ieur accorder l'égalité des droits civils, reli-
gieux, nationaux et politiques I protection de la vie, de la
liberté et de la propriété pour tous les habitants, ainsi que
I'octroi d'une complèûe liberté neligieuse; abolition de toutes
les restrictions existantes; reconnaissance à chaque personne
du droit de pouvoir faire librement usage de la langue ou
des langues 'de la minorité nationale dans le commerce, les
relations privées, les réunions publiques, dans la presse,
devant les tribuna,ux, dans les écoles et dans d'autres institu-
tions I concéder aux écoles des minorités dont le progr&mme
est conforme à celui des écoles publiques générales, les
mêmes droits qu'à ces dernières; reconnaître les minorités
nationales comme constituant des organismes distincts et
autonomes et leur donner le droit de fonder, administrer et
contrôler des écoles et autres institutions religieuses, éduca-
tives, charitables et sociaies; permettre à toule persânne de
se retirer librement de la minorité à laquelle elle appartient;
allouer à chaque mirrorité nationale, pour ses institutions
religieuses, éducatives, charitables ou sociales, une part,
proportionnelle des budgets d'Etat, de département, de
commun,e ou autr,es, alimentés par les fonds publics, ladite
part déterminée respectivement dans chaque région par le
rapport du nombre des ressortissants de la minorité.au chiffre
global de la population; reconnaître aux minorités Ie droit
de frapper leurs membres d'impôts obligatoires; reconnaître
aux minorités nationales une représentation proportionnelle
dans l'es difTérents corps électifs de I'Etat, du département
et de Ia commune ou â,utres, le nombne des représ'entants de
la minorité étant détermiué respectivement, dans chaque
circonscription, par le rapport numérique de la minorité à
I'ensemble de Ia population; garantir a,ux personnes qui
ont pour jour de repos un ' jour autre que le dimanche,
qu'elles ne pourront être astreintes à accomplir, ce jour là et
leurs autres jours de fête, un travail que leur loi religieuse
considère comme un péché et qu'elles ne seront, d'autre part,
-79 -
non plus, empêchées de vaquer à leurs affaires le dimanche
oo uot*.é ;ontt de fêtes religieuses; reconnaltre les Juifs
comme une minorité nationsle.
Toutes ces obligations doivent être considérées comme
partie intégrante d; la constitution des peys respectifs;
ôn,.r ne sauraient être restreintes ou mises en échec per
aucune loi, disposition ou action officielle, et ne pourront
être amend'ées sans I'agrément de la Société des Nations.
La deuxième partie du memor&ndum est bien plus
courte. Elle contient seulement cette stipulation que tous les
Etats qui signeront le traité ou figureront les obligations
*usroetttionnées, ainsi que toute minorité 'lésée par la vio-
lation et Ia non-exécution de I'une de oes stipulationsl seront
fondés à soumettre leurs réclamations à la Société des
Nations ou à tout autre tribunal 'qui pourra être institué
par
- cette Société.
Outre les articles ci-dessus résumés, le memor&ndum
contient aussi un <Exposé des motifsrr détaillé' mettant en
lumière le fond .et la valeur du problème des minorités et
donnant en même temps une justilication précise des reven-
dications formulées.
Il ne peut exister &ucun doute sur la question de savoir
si le memorâ,ndum du Comité des Délégations Juives e été
appelé à jouer un rôle dans les travaux de la <Commissiott
des nouvea,ux Etats et de protection des Minoritésn, et s'il a
eu une influence directe sur le texte des traités des minorités.
Le Comité ne pouvait certainemelt pas considérer sB, tôche
comme terminée par la présentation du memora,ndum au
secrétariat de la Conférence de la Paix. Devant ses membres
se pose alors une tâche bien plus ardue, notamment de per-
suader, par des entretiens verbaux et des 'entrevues, les
personnelités dirigeantes 'de la Conférence, ainsi que les
membres de la Commission, que le progromme proposé était
véritablement juste et opportun et que s& réalisation était
susceptible de créer les conditions nécessaires pour une vie
commune paisible ,entre minorités et majorités.
Voici comment le premier Président du Comité, le Juge
'W.
Julian Mack, caractérise cette activité:
<<Les membres du tomité, et en particulier les délégués
<américains, étaient journellement, du matin &u soir, en
<conférence a,vec les représentants de la Commission améri-
--ï {
.il ',ï

{
:i
T

I
1
ti

-80- {
(ca,ine et ceux des autres puissances européennes diri-
<<geantes, s'efforçant de les persuader que tous les groupes
<minoritaires, les Juifs y compris, méritent les droits tels
<qu'ils ont été éventuellement formulés dans le memor&n-
<.dumr t).
< La rédaction des traités dans le rep-
port du <Joint Foreign Committee>- lisons-nous
est, en effet, rede-
-
vable de beaucoup à la grande expérience de M. Louis
Marshall en tant qu'avocat constitutionnebr ').
Or, M. Louis Marshall fut le Président de la <Commission
Juridiquer, créée au sein de la <Commission du Memora,n-
dumr, vice-présitlent du Comité, puis, après le dépari de
M. Julian Mack, son président. Il n'est donc pas difficile de
deviner que le memora,ndum de I'institution qu'il représen-
tait ne pouvait qu'être la base de toutes ses négociations,
conversâ,tions, etc.
Dans son article sur la <Protection des Minoritésr,
Laust Moltesen aruive à la juste conclusion gue le projet
du Comité <offrait une base utilisable p,our les délibérations
de la Commission au suj,et d'un traité de protection des
minorités,, '). '

M. Wa,lter Szagunn, dans son article aVom Rechte der


nationalen aboutit à la même conclusion a).
- FouquesMinderheitrr,
Duparc croit, per contre, que lorsqu'on aborde
cette question, <l'on entre ici dans le domaine de I'hy-
pothèser u).
Certes, nous ne sa,vons, jusqu'à ce jour, que fort peu
de choses sur ce qui s'est passé au sein de cette Commission
de Ia Conférence. D'autre part, le Comité n'a pes encore
trouvé possible de publier la partie de ses archives se
rattachant, à son action pendant cette époque, ce qui nous
aurait peut-être fourni des indices importants sur ce point.
Mais, même s&ns posséder pour le moment tous les détails
désirables, on peut dire avec une oertaine a,ssur&nce que le
memorandum du Comité a bien joué un rôIe lors de l'élabo-
-------------
(l) Proceedings, p. 28.
Q) [Teport_of _the Delegationof the Jews of the British Empire, p. 24.
(3) Laust Moltesen, La Société des Nations et la Protection' iles 'Mino-
rilés, dans Ie recueil de P. Munch, op. cit., tome II, p.301.
._ !4\Voir- z,Archio liir Politih uiil Geschichte. i.'(6.) Jahr. Mihz 1923.
Heft 2, p. 124.
(5) Jacques Fouques Duparc, op. cit., p. ll7,
-81 -
nation des dispositions des traités de paix relatives a,ux
droits des minorités.
Pour s'en convaincre, il suffit simplement de compa,rer
I'article 9 du memorandum du comité avec I'article 7 des
dispositions relatives nux minorités dans le projet de traité
avec I'Autriche du 2 juin LgLg. Nous compB,rons le texte
frangais du projet avec le texte angtrais du memorandum et
non avec son texte français, ,celui-ci étant une traduction
peu heureuse de l'anglais. Par ailleurs, nous n'a,vons pu
nous procur,er le texte anglais du projet de traité a.vec
fAutriche, celui-ci n'ayant pas .encore été rendu public. La
commission ayant eu sous les yeux les deux textes du memo-
randum du comité, n'avait probablement pas voulu admettre
la traduction française trop libre et avait pris soin que,
dans les d'eux langues, le texte se repprochât littéralement
le plus possibl'e.

Art, 9 du nxenxor&ndum Art.7 du projet de traité


du L0 mai, LgLg du 2 juin LgLg
The state of.. agrees that thre L'Autriohe s'engage à incor-
fore,going obligations are he- porerrles obligationJpréoé,den-
roby embodied irr. her funda- tes dans ses lois fondamenta-
mental law as a bill of rights, les ico,mme une dé,olaration de
with whi,ch no law, reguilaLion, droits contre laquelle auoune
or qffici'al aption shall conllict roi ni règlerrnent, ni auoune ao-
or interfere anrd as against tion offircielle ne p-ourr,ont, en-
which no law, regulation, or trer en oonflit ni intervenir, et
official arction shall have vali- sur tlaquel,le au,cune loi, ni re-
dity or efifie,ct. No.ne of the fo- glrement, ni ausune action offi_
regoing ,provisions shall be ci,olle ne pourront prévaloirl).
amendabile without the oonsent
qf the League of Natiions.
' Deux textes ne s&ura,ient, être plus semblables et cela
put se produire uniquement en raison du fait que les auteurs
du texte ultérieur du projet avaient sous les yeux, lors de
son élaboration, le texte antérieur du memora,ndum.
Qu'il n'ait pu en être ,autrement, une comparaison du

.(l) .Bericht îiber. ilie Tiitigheit ileutlch-iisteneichischen Frtedensdele-


^ilq
l*::^nf,i;Îamr;!";ri.Qte-â;EaË;;;:-c;;iii;t;"i;'N;ilî-
f,r-TrT:lî.l:-:-"- -.

-88 -
texte définitif du traité 'avec Ie memorandum
du comité'
trouvons, pour
le démontre amplement. Non seulement nous
coffespondant
presque chaque'artiole du traité, ûr.p.ostulat
dans le memo*uùo-, mais souvent- il est
fait usage dans
Ies deux docuÀenh dôs mêmes termes. Bien {ue,^ quant au
-,aucotte
il"d; il n'existe différence entre le textre frangais et
i, ï*tr anglais, cependant, en ce qui conoerne la se reppro-
rédaction'
iàs textes ingtair Oo traité et du memorandum
frangais'
chent souvent îil I'un de I'autre que les textes
les deux textes
Pour cette ,alsôn, nous préfénons comperer .cet
anglais, tes texier t*ottçàit étant puUlies à la fin de
ouvrege:
Le memorandru'm d;tt' comite
Le d,es Minorité| A,aec d,es Délégations Juiaes auprès
-n Tra;tté
iotogne auZe iutn i.9i.9 de la Conlérence de ln Pat's
' d"u !.0 mar' L9{9.

Artiiole [. Artiole 9.

Poland undertakes that lhe The Stabo o,f... agrees that


stiprulations containe,d in ar- the foregoing obligations are
tioles Z -to 8 oi tttit Chapter hereby e'nabodied in her fun-
shall be reoognised as funtda- damental law 'as a bill of
mental laws, and that no law, rights, with whioh no law' re-
regulationor.of{ioialaotiongulation'-'oroffioialaotion
shall conflict or inter,fere with Ànutt oonfliot or int'erfere
and
thesle stipula[ions, nor shall aS against whioh no law, re-
any law, regulation or offioial gulation' or' official aotion
aotion,prevai,I other them. shall have valildity or e'ffeot"'
Àrtiole 2. Artiole 2.
Poland undertakes to assure The State of... assumes the
full and oomPlete Proteotion of obiiigati'on to protoot the life'
lilfe and li,bertY to all inhabi- Iiberty... of its inhabitants
(Les mots < ailhout ilistinction as
tants of Poland with'out dis- to' birth, tace, nationdity, Ianguag,e
tinotion of birth, nationalitY' or relieion ), ss trouoent dans ta
language, raoe or re'ligion. oremièie partie ile cet article.)
Al'I inhabitants orf Poland ând assures to the'm freedom
shall bo entitl'ed to the free of religion and of the outward
or exeroige thereof.
-ofwhether Publio
exer,oise,
religion
private, anY creed,
or belie,f, wbose Praotioes are
not inoonsistent wirth Publio
order or public morals.
-83-
Arti,ole 3r- al. 1.. Artiole L, al. lr. b).
P,oland adunit,s and declares Without
requirement of
to be Poli;sh nationals ipso qualifying any
or other procee_
facto and witho,ut the requi- .dings, tÀe State of...admits and
of any for,mality Ger_ deolares to be... oitizens :
forfrs,frt
man, Austrian, Hungarian or
Russian nationals habitually b) All persons who were
resi,dent at the date oÉ the habitants ,orf suoh territory in_
on
coming into foroe of the pre_ August ls| lgtL.
sent Treaty in territory whioh
(Dans le premier projet ile traité
irs ot may be rrecognisod as gue- nous connaissons, du 2l mai
forming p-art of poland, brut 1919, figurait, au lieu de l'article 3,
subject to any provisions in *Iir:!g. I actuel, une disposition, aft;.
bhe Treaties of pea,ce with Ger- 2.(1") qui, d'après sc teneur,'était
près de la Moposilion du Co-
many ot Austria respectively plus mité et selon laquelie Ia nationalité
relati,ng to persons who be_ polonaise daait êlre. rcconnue de
came resident in suoh territory plein dtoit et <scns aucune orocé-
after a sp,eoified date. d,ure spéciale .. l) A touks i*ii"-
nes _qui ftsidaient habituelleinqt à
lg date_ du lq août l9l4 dans les
limites de la Pologne.- qi-eîaài
"t de l,Alle-
d, cette date rcssottissanls
-ag4e, l'Autriche-Hongûe ou io
Russie> ). 1)

Artiole 3, al. Z. Artiole l, al. Z.

Nevertheless, the persons Any person belonging to


referned to above who are clasges... b) may however
over eighteen years of age will witthin two years after the oo_
be entitled under the ô,ondi_ ming into force of this treaty
tions contained in the saiid opt his former citizenship.
Treaties to opt for any other
nationality whioh m&y be opren
to them. Option by a husbànd
wirll oover his wiife and opti.on
by parents will oolrer inri"
ohildren under eighteen years
of age.

,"rftL7"!:ir:"#-,Polonaise
à Ia conférence de ta pgtu, fctes concer
#rrn|:i:{tÉh;:y::,i#:::t;,in"rna:*"eiizt:"it

J
84-
Artiole 3, al. 3.
Persons who have exencis€'d
the above right to oP-t must,
exoep,t where it is otherwise
provi'ded in the Treaty of Peaoe
with Ger,many, transfer withiin
the suroceeding twelve months
thelr plaoe of residenoe to the
State foq which theY have
o'pted. They witll be e,ntitled to
retain their immovab'le Pro-
p.enty in PolishterritorY, TheY
may oarry "with them their
movaibile property od every
. description. No export duties
may be imqposed u,pon them in
oonnection with the removal of
su'oh property.

Artiole 4, al. L. Artiole L) al. l, a)

Poland ad.mits and dreol'ares \Mithout lany requinernent


[o be Polish nationals i,Pso of qualifying or other Procee-
faoto and without ths ls,quil- dings, the State of... admits
rement of any formalitY 'Per- and dedlares to be... oitizens :
sons otf Ger,man, Austrian' a) All Persons born in the
Hu,ngarian or Russian natio- terriltory retcognised t'o be... itn
nality who were born in th'e this TreatY, who have not
sald territory of parents ha"bi- heretofore been naturalized in
tuaily resi'dent there, even if at sorlrlo other 'countrY, and who
the datie of the co,ming into were resident or do,miailed in
fonoe of the present TreatY suoh territorY at any time
they ane no! t'heûrselves habit- sinoe August lst t909, or who
ually tesident, there. have maintaine.d their, rela-
tion to suoh territory within
sruoh period bY PassPort issu-
ed by the present or the for-
mer sovereigniltY.
(Datæ ce cas cussr!' Ic îormule ilu
Co^ité se rapuîochait bien plus ile
l'article 2 Q6\ du Proiet ile fiailé
déià mentioàné àu 2l mai l9l9 el
seion lequel la natîonalité -pototuise
ilanil êire rcconnue ile p[ek ilrait
el sans procéilure qéciah :
:.:::!.--f . :-:1.::-liÊr]æ::-*

.&
'i.

-86-
<A loulæ persormr qui sæaËenl
nées à l'intériwr ilesilites limitcs, à
I'exceplion ile celles qui usaient ob-
tenu la naturalisatîon ilau un paùs
éhonger autre que l'Ahffiàg;e,
l'Autqiche-Hongrte, h Russier). 1)

Art,icl'e 4, al.2. Artiole l, al. 2.


Neverthel'oss, within two Any person 'belonging to
years after the 'ooming irnto olass'es a)... may however
force of the present Treaty, within two years after the
these persons may plake a ooming: 'into foroe of this
deolarafion before the oomiple- treaty qpt his former oiltizen-
tent Po,lish authorities in the ship.
oountry in whioh they are resi-
lent, stâtirig that they abandon
Polish nationality, anld they
will then oease to be oonside-
red as Polish nationals. In this
oo,nnre'otion a deolaration by a
hrusba,ild will oover hils wife,
an'd a deolaration by parents
will'oover their ohitrdren under
eirghteen years of age.

Artiole 6. i

Poland undertakes to put ntr


hindra,nce in the way of the
rexer,oise of the right whioh,,the
persons,conoerned have, under
the Treati,es conclulde'd or to be
oonolulded
'by the Alli'ed
Assooiated Powers
and
with Ger-
ur-âByr Austria, Hungary or
Russia, to oh.oose whether or
not th'ey will aoquire Porlish
natilonality.

Artiole 6. l, al. l, c).


Artircle
All persons born in Polish v/ithout any requirement
territory who are not born na- df qualifying or other pro-
tiicrnals of another state shall c,eedings, the state of... ad-

(l) Ibtd., p. 16.


-86 -
ipso faroto b,eooime Polish na- 'mit,s and ideclares to be... oitil-
tionals. zens :

o) All persons hereafter


born in... and subject to tbe
jurisdiction thereof.

Artisle 7, al. L. Arti'cle 2..


All Polish nationals shal'l be . .!. all citizens of... shall en-
equal before the law and shall joy equal oivil... and Polittioal
enjoy the sarme oivil and Poli- rights without distinotion as
ti,cal rights without distinction to... raoe, ... language or reli-
as to raoe, language or neli- gion....
giton.

Artiole 7, al. 2. Artiol,e 3.

Dififerences of religion, oreed None of the doregoing


or confession shall not Preju- rights shall be abridged, nor
dioe any Polish national in shall any disorimination, di-
rnatters relating to the enjoY- sabitlity or restriction what-
ment of oivil or politioal rights, soever be irmposed by law or
as for instance admission to otherwis,e upon any Person on
publio employmrents, functions ârcoourrtof raoe, nationalitY
and honours, or the exer'cise o'f or religion, nor shall he be
p"rofessïons and industries. deniod the equal Protection
of the law...
Article 7, al. 3. Artiole 4.

No restriction shall be im- The right of any person to


poserd on the tfree use bY anY use the languages of any na-
Polish national of any lan- tional rninority of... in busi-
guage in private interoourse, ness, private inûeroourse, at
in oCImrm€rce, in religion, in public meetings and in the
the press or itr publication of press... sha'l,l not be limited...
any kind, or at publi'o meet-
ings. : --r.-

Article 7, al. &. Article 4.

Notwithstanding any estab- The right of any person to


lishment by the PolTsh Go- use the langugges of any na-
vernment of an otffioial lan- tional minority of... be,fore the
guage, adoquate facilities shall various t,ribrunals either orally
-87 -
be given to Polish nationals of or in writing shaU not be
non-Porlish speeoh for the us'e limited...
of their language, either orallY
or in writing, before the
oourts.

Article 8. Arti,ole 5, al. l.


Polish nationals wTio belong The State of... recog:nizes
[o ra'cial, religious or lihguistic the several national minorl-
minoriti'es shall enjoy the silrlrg ties in its population as... hav-
treatment and s'e,curity in law ing equally the right to estab-
and in fact as the other Polirsh lish, manage and contro,l
nationals. fn parti,cular theY their schorols and their reli-
shal{ have an equal right to gious, educational, charitable
establish, ,,rnanage and control and social institutions.
at their own gxpense charita- Article 4.
ble, religious and social insfi-
tutions, schools and other edu- ... nor shall any such natio-
cational establishtrnents, with nal minority be restri'cted in
the right to use their own the use of such languages in
langruage and to exeroise their its schools and other institu-
relig:ion freely therein. tions...

Artiole I, al. l. Article 4.

Polanld will provide in the ... Sohools whioh employ the


publio e,duoational syste,m in language of any national rni-
towns and distriots in whi'oh nority shall if their course of
a consilderable proportion of study complies with the gene-
Polish nationa,ls of other than ral eduoational requirem,ents
Polish spe'ech are residents er\ioy equal rigths with all
ad,equate facilities for ensur- other sohools o,f the same
ing that in the primary schools grade...
the ,instruction shall be given
to the ohildren of such Polish
national through the medium
of their own language. This
provision shall not prevent the
Polilsh Governmrent from ma-
king the teaching of the Polish
lang:uage obligatory in the said
sohoo'ls.
l,
i{
I
i.'
t'
I
I

-88-
Article 9, aL.2. Artitole 6.

In towns an'd distriots where The State of... agrees that


there is a'oonsiderrable propor' to the extent that the establi-
tïon of Polish nat'ionals b'e'long- shm'ent, and the maintenanoe
ing to raoia'l, r'eùigious or of schools or religious, or
odru-
tinguistic minorities, tQese oational, oharitable so,cilal
minorities shall b'e assureid an institutions may be 'Provi'de'd
equitable share in the enjoY- for by anY State, deParta,rnen-
rnent and aPPlircation of the -tal, munioiPal or other bud-
sums whioh maY be Provided get, to be Paid for out of Pub-
out of publio funds runder the Iio rfund.s, eaoh nation.al nri-
State, rnunioiPal or other burd- nority shall be alloted a Pro-
get, for eidutoational, religirous portion oÉ su,oh funtds based
or charitable PunPo'ses. up.on the ratito be'tween its
numbers in the resPeotive
aneas and the entire PoPula-
tion therein...

Articlre 9, al. 3.
The provisilond of this Ar-
tiole shall aP,PlY to Polish oiti-
zens of German sPee'oh onlY in
that part of Polanrd whi'ch was
German territorY on August l,
19'1.4.

Article 10. Art,icle 5, al. t.


Educatio,nal Committees aP- Tho,State of... recogni'zes the
pointerd lo'oally bY the Jewish several nat,ional minorities in
com'munities of Poland will, its population as constituting
subject to the general oon- distinrct, a'utonomous,organi-
trol of the State, Provide for zations...
the distribution of the Pro-
portional share of Public Voir aussi I'arlicle 6
funlds allo'c,ated to Jewish du memorandum déià cîté Plus haul
schools in ac'condanoe with
Article 9, arrd for the organi-
s'ation and management of
il
these schools. The Provisions
of Artiole I ,concerning the
;l use of languages in schools
ri
!1"
ï
shall apply to these sohools.
il
ll:

ii
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II
ilI
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li
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l{i
rt$

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ilr

t
H
89-
Artiole tt. Artitcle 8.
Jews shall not be comprel- Those who observe any
led to perforrn any act whi,oh other day than Sunday as
oonstitutes a violation orf their Sabb,ath shall nôt be re-
theiir Sabbath, rlor shaùl they quined to perform any aots on
be placed un'der any disabili- their Sabbath or holy days
ty by reason of their refusal whioh by the tenets of their
to attend roourts of law or to faith are reganded as a dese-
perfonrr any legal business oration...
on theilSabbath. Thirs pro-
vision, however, shall not
exempt Jews from suoh ob-
ligations as shall be imposed
ujpon all other Polish ,oitizens
for the neoessary punposes o'f,
military servi,oor national de-
fenoe or the presiervation of
p.ublio order.
Poland declares her inten-
tion to nefrain from oFdering
or p.ermittinrg eleotions, wh,e-
ther generaù or loeal, to be
held on a Saturday, nor will
negistration tfor electoral or
other purposes be compellerd
to be performed on a Satur-
day.
Article 12, al. l. Chapter t,.
Poland agrees that t,he sti- The State of... rundertakes
pulations in the foregoing the ,fol,lowing o,bligations to
Artioles, so far as they affsot each Of t,he other Alli,e'd and
persons belonging: to raoial, Associated Powers, aild reco-
religious or linguistio mino- gnizes thern to be obligations
rities, consttitute obligations of international ooncern of
of iinternational ooncern and whioh the League of Nations
shal,l be pl'aoed unter the has jurirsdiction.
guarantee o,f the League of
Nations. They shall not be Artiote 9, '
modifierd without the assrent
of a majority of the Council Norre of the foregoing
of the League off Nations. The provisions shall be am,e,ndable
United States, the tsritish without the consent of the
Empire, France, It,aly and Ja- League of Nations-

il
I

1l
_90_
pan hereby agree not to with-
holtd their assent froim any
modification in thes,e Artioles
whioh is i[r due for'm assented
to by a majority of the Coun-
oil of the League of Nalions.

Article t2, al. 2 el, 3. Chapter II.


Poland â,grreos that any Any of the signatories of
Member of the Council of the the treaty of whioh this ohaP-
League of Nations shall have ter shall constitute a part and
the right to bring to the at- any rninority that rnay be af-
tention of.'orthe Counoil any feote,d by 'a failure to observe
infraction, any danger of or to eflfeotuate any of the
infraotion, of any of these provisions rof this ohapter
ob,ligatilons, and that the shall be entitled to submit
Council may thereupon tak,l thei:r 'complaint for adju.dica-
such action and give. suoh di- tiion to the Loague of Nations
reotion as it rnay deem proper
and effe'otive in the oilrsum-
stanoes.
P,oland furttrer agrees that or to su,oh tribunal as it may
any dif,fererlce of opinion as establish and upon suoh con-
to qu,e,stions olf law or f.aot clition as it shall prescribe.
arising out of these Artioles
between the Polish Govern-
ment and any one of th,e
Princilpal Altied and Associa-
tgd Powers or any other Pow-
er, a Member of the Council
of the League of Nations,
shall be hel'd to be a dispute
of an international oharacter
un,d,er Article 1,4 of the Co-
venant of the League 9f Na-
tions. The Polish Govern-
ment rhereby consents that
any such dispute shall, if the
other party thereto demands,
be referr,ed to the Perma.nenù
Court of fnternational Jus-
t,ioe. The de,cision orf the Per-
manent Court shall be final
91
-
and shall have the sa,me force
ar{d effect as an award under
Artiole t3 of the Covenant.

En aflirmant que le memorandum aveit eu une inftuen-


@e importante ,sur ,l'élaboration des dispositions nelatives
aux minorités, nous n'entendons, naturellement, en a,ucune
l"Cgtt dire par là que la commission ,adopta, mot à mot,
toutes ]es FroRositions qu'il eontenait. sans doute quelques
propositions furent modifiées ,et d'autr,es ne furent -pas. en
général, prises en considération. Nous s&vons fort bien'que
les auteurs des traités de paix n'avaient pas consenti au
terme rcminorités nationales>; qu'ils n'avàient pas voulu
s'engager jusqu'au point de reconnaître e*press-ément les
minorités en tant qu' <<organismes distincts el autonomes ));
qu'ils n'avaient, pas tenu eompte ,de la revendication con-
cernant Ia repnésentation proportionnelle, etc.
Au demeurant, te fait que certains postulats du memo-
randum ne se trouvent pas dans te texte définitif des traités
des minorités, n'est nullàment une pr,euve de ce que Ia com-
mission ne les agryit jamais adoptés dans un de jes premiers
projets lors de I'élaboration des cÏits traités. C'est ainsi que
-trouvons, pa,r exemple, dans le projet de traité ,ùr-
nous
mentionné 'du 2 juin lgl,g avec I'Autribhe, à I'art. b, la clis-
position aux termes de laquelle 1es minoriiés devaient avoir
le droit <de fïxer et de pereevoir des taxes spécial,es imposées
à leurs membres eonformément à I'assiette ôt à Ia répa*titi*
des impôts publics 1). or, ce principe si trouve
9n vigueur,
expressémen t stipulé dans l1art. 6 du memoiarr rlum drr
comité des Délégations Juives auprès de la conférence de Ia
Paix. Après que Ia commission I'ett ,au commencement
adopté, elle Ie rejeta par Ia suite.
.ïl lufaut-pas non plus perdre de vue gue Ie premier
projet de traité dont nous avôns en général cônnaissânce est
celui du 2l mai {glg. La commissioir fut cependant créée Ie
i.er mai. si nous ,eonnaissions toutes les mét*-orprroru,
par lesquelles les projets sont passés au sein de Ia commis-
sion avanr Ie 21, mai, peut-être y aurions-nous déeouvert

.(l) .Be!ch1 iiber. àic ! iitîghÛt il-er, deutsch-iisterreûchischen Frîeilensàele-


gation inSt. Germain-en-Layi,'Band l, p. 316,
Ë
l

M_
d'autres postulats stipulés dans le memorandum et qui ne se
trouvent pas dans Ie texte définitif du traité des minorités.
Tous 'les auteurs qui sont amenés à mentionner le
memora,ndum du Comité des Délégati,ons Juives soulignent
&vec une reconnaissance toute particulière le fait que la
représentation juive à la Conférence de la Paix avait réclamé
des droits non pour les Juifs seuls, mais pour toutes les
minorités. C'est dans ce sens que sont formulés les dix
articles du memorandum. C'est dans Ie même esprit que
conclut I'exposé des motifs en ,disant notamment : rcsi
<à une époque oir le monde se reconstitue sur une base de
<rjustice et de liberté, les minorités nationales devaient seules
<être privées de ces biens, Ieur sort désespéré reculenait les
<,bornes du tragiQue >.
<icet'te tendance à considérer leur question du point de
vue d'un libéralisme universel est asse) ,courante -chez les
Juifs; générosité ou habileté suprême?,
Fouques Duparc 1). - écrit à ce sujet
<Pour des raisons de tactiquer):
général Ernst Ludwig, dans une oonférence - a décraré Ie. consul
à Budapest, sur
I'élaboration des traités des minorités, < ,les juiré ao-
roulèrent devant Ia Conférence non seulement - leur question
particulière, mais aussi, en même temps, le problème général
des minorités> ,).
cette suspioion à l'égard de la sincérité et de ]a loyauté
juive est tout à fait déplacée. Nulle <habileté, ni i<des *aiso.ts
de tactique, quelles qu'elles fussent, ne dictèrent I'attitude
des neprésentants juifs à Ia confénence de la paix. Les
Juifs ne voulurent pa,s revendiquer des privilèges particuliers
pour eux, mais ils défendirent un principe qu'ils considé-
raient comme juste et qui devait, pour ôette raison, être
'appliqué
aussi au même titre aux autres minorités.
ce nrest que dans une atmosphère de progrès et de
démocratie et dans un monde de pâix et de jristiàe que peut
9u peuple juif une ,existence tranquilie et
être assurée'aussi
paisible. Le comité des Délégations Juives s'était simplement
montré fidèle aux meilleures traditions séculaires du;ùdaisme
et aux intérêts des minorités juives en portant râ propre
r
93

lutte sur le terrain d'une lutte pour toutes les minorités


opprimées et persécutées.
Notons d'ailleurs que le <Joinf Foreign Committee> et
l' <Alliance Isnaélite Universeller avaient, eux aussi, réclamé
dans leuns memoranda à la Conférence de la Paix I'appli-
cation des droits par eux formulés à <toutes les minorités
religieuses et ethniques dans les Etats de I'Est'de l,Europe
et de I'Asie occidentaleu r)
Il ,est vrai que le jour même ou le Comité remit à la
conférence de la Paix son memorandum détaillé, dans le-
quel il développait le programme devant être appliqué à
toutes les minorités, il présenta, simultanément, un second
memorandum ou il formulait brièvement une revendication
spéciale concernant les Juifs. Elle consistait notamment en
ceci, que les Etats s'engagent à dédommager les victimes de
tous les pogrom,es antijuifs ,commis depuis le {er août Lgl,r!
jusqu'à la signature des traités, comme aussi les victimes
des pogromes qui pourraient encor,e éventuellement se pro-
duire dans I'avenir.
_ . c'est I'unique revendication que le comité des Délégations
Juives ait formulée en faveur des Juifs seuls. or, I'on ne sau-
rait envier les représentarrts d'un peuple qui sont forcés de
réclamer, 'dans un traité international, prôtection et geran-
ti'es contre des pogromes déjà perpétrés et même évdntuel-
lement contre des calastrophes futures d'un genre aussi
odieux.
La conférence de la Paix ne prêta pas à ce postulat
I'attention qu'il méritait et ne I'incorpora point darrs les
traités des minorités. Cles[ très regrettable, I'histoire du

(l) voir: R"port of t!" D.elegation of,.the lgntt o1 the British Empire,
p. 77 et suiv.; Alliance IsraéIite UnhsertàIle, p. ll .i'ru,u.
-léesDes
par
revendications 9péciales ne_ concernant que les Juifs furent formu-
Dar ces
ces, organisations dan-e .lp.
orcanisatiirr". dans letlrec additionnefes Ji.+i-^r^- ;i";i,
des ljttres ""ti;i;^--^tt-" distinctes, ^:-^:
)ar ex€mpl€,-
p3r
par dags_ la lettre du << Jornt
exemple,. dans_ ôo*;ift* > à-i;;
Foreign Committee
Joint F'oreign C";;i;-
à la << Commis-
sion
sron des Minorités.> (commissiol of Minorities)
Minorités,> (Co-mmissiol ;ui jgtg,-;;;;;-
a" 14 mai
Minoiiti".r) du 1919, concer-
nant Iq $hratron
n-ant ra sihration des, Jurts en Pologne, où furent tout spécialement
des_'Juifs rpe"iuL.""i-to"-
tou-
chées.les qu.estions re]ativq aq r?pqùement a"r terreiér l;ia;;-;-i;;"""r-
juifs, au boycot-
tage économiq.ue, au.droit des Juifs de travaill"r u-aii"n"É;; ;;;"-'réri"
Vroir : Repott of the Delegation oî the Jews of-tiu Eii-
ffitirir::i:ti

)
-gr4-
peuple juif depuis 1,919 -1920 jusqu'à ae jour relatant enco,re
malheureusement toujours des pogromes et des excès
commis dans différents peys sur les paisibles et inoffensives
populations juives, et ce aux yeux de tout le monde civilisé.
CHAPITRE X

L'opposrrroN DES Érers rxnÉnnssÉs nn


La HurrrÈrvrn sÉaNcn pr,ÉxrÈnn DE La
corvrÉnnNcn DE La parx DU 81 Mar 1919
Comme, nous I'avons déjà dit, la Commission créée le
i.er maiLgLg par le Conseil Suprême n'avait, ,au début, regu
de celui-ci la charge d'étudier I'application de la proteotiorr
des minorités qu'en ce qui concerne les trltats nouvellement
créés.
Outre ,la Pologne, il existait encore un Etat B,u sujet
duquel il ne pouvait y avoir aucun doute que cette décisiôn
s'appliquât également, c'était la Tchécoslovaquie. Il n'est
donc pas surprenant gtro, déjà dans le projet de Traité de
versailles du 7 mai LgLg, nous trouvions I'article 86 dont le
oontenu est absolument identique à celui de I'art. gB concer-
naRt la Pologne. Aux termes de oet article, la I'chécoslova-
quie devait donner son agrément à I'insertion dans un traité
avec les principales Puissances alliées et associées des dispo-
sitions.que_ ces. Puissances jugeraient nécessaires pou* la
protection des intérêts des ha.bitants qui di1Tèrent de la ma-
jorité d9 la population par la race, h làngue ou la religion.
Par Ia suite, les pouvoirs de la commission avaiént été
élargis et il fut décidé d'appliquer la protection des mino-
rités non seulement aux Etats nouveaux, mais aussi à ceux
territorialement occrus, tels que la Roumanie, la yougoslavie
gt l" Grèce, et,_ en outre, aussi à I'Autriche, la Honlgrie, la
Bulgarie et le Turquie.
. or, la décision du conseil suprême d'imposer des obli-
gations internationales concernanl te traitement des mino-

:)
I
-96-
rités à une partie seulement des Etats nouvellement
créés ou agrandis alors que les autres Etats seraient
complètemént exempts de tout engegement de cette nature,
,r'uuàit pas manqué he'provoquer, dès le premier moment, un
grand àécontettit*tttt et une forte opposition B,u sein des
Étut* intér'essés. Ceux-ci virent dans cette tentative une
flagrante violation du principe de l'égalité, une greve atteinte
à léur souveraineté, un attentat intolérable contre leur unité
et une merque imméritée de méfiance à l'égard de leurs
bonnes intentions. Ils ne cessèrent de demander en quoi
d'autres Etats, possédant également des minorités, étaient
supérieurs à eux-mêmes, pourquoi la Conférence de 'Ia
Paix ne se souciait pas du sort des Allemands en Alsace-
Lorr,aine, &u Trentin, au Slesvig, à Eupen et Malmédy, en
1).
quoi la fioumanie et la Serbie étaient inférieur'es à I'Italie
dorrrme preuve de sa bonne volonté, la Pologle a]lé.qga, du
reste, qu;ett ce qui concerne l,a protec_tion des Juifs, par
u*r*pit, elle avÀit ,adopté déià event I'armistice, le traité
uélaboré. per les sionistes juifs et les Polonais de la finance
et du commercol 2)
Le mécontentement des .Etats intéressés se manifesta,
&vec une évidence particulière, à la huitième séance plénière
de la Conférence de la Paix du 3{ mai 4.9i.9. A I'ordre du
jour de cette séance, était insorit le projet du traité à
ôonclure avec I'Autriche contenant, entre &utnes' des articles
formulés dans le même sens que les articles 86 et 93 du
Traité de Versailles et qui devaient obtenir I'agrément de la
Roumanie, de la Yougoslavie, etc., pour ce qui touche - la
protection internationale de leurs minorités. A cette occasion
ie développe, à ta séance, un débat très animé {ui, per

(l) Bien qu'aucune obligation internationale n'ait été imposée à l''Italie


conàeinant le iraitement de L minorité allemande qu'elle englobait, la Con-
férence de la Paix a, dans sa note officielle du 2 septembre 1919, jugé néces'
tuit. d" communiqu.t à l" Délégation autrichienle de paix que < ainsi-qu'il
< résulte des déciarations très néttes faites par le Président du Conseil des
< Ministres d'Italie au Parlement de Rome, le Gouvernement italien se pro-
<< pose d'adopter une politique largement libérale envers _ses nouveaux s-ujets
.. à" ,""" allimande, pour èe qui concerne leur langue, leur culture et leurs
<< intérêts économiquei >>. Voir- : Bericht iiber diè Tiitiskeit der deutsch-
ôsteneichischen Ffiàdensilelegation in St, Germain-en-Loye, Band II, p, 323.
(2) Laust Moltesen, La-SociéIé iles Nations et Ia Protection des Mino-
riaés, âans P. Munçh, op. cit., tome II, p. 300.
97-
moment, fut même assez vif. Au cours de la discussion
prirent la paroie les représentants de la Roumanie, de la
Pologne, de la 'lchécoslovaquie, .de la Yougoslavie e[ de la
Grèce et, en outre, M. Clernenceâ,u e[ le Président 'Wilson.
C'est le Président du Conseil roumain, M. Bratiano, qui
se monl,ra le plus intransigeant et le plus âpre de tous. u
exposa ses vues dans un grend discours.
Le 27 mai, déjà, il avait communiqué à la Commission
des nouveaux Etats et de protection des Minorités que la
Roumanie était prête à accepter les obligations que tous les
Itrtats faisant partie de la Société des l\a[ions adme[traient,
c'est-à-dire les obligations qui seraient imposées à tous les
Etats, mais pas d'autres. La Roumanie acccrdait à ses mino-
rités religieuses et ethniques les libertés politiques et reli-
gieuses les plus larges. S'inspirant de ces principes, les
délégués roumains avaient voté cn raveur de la garantie cles
droits des minorités dans le pacte de la Société des l.{ations.
Mais la Roumanie ne saurait admettrer 0r a,ucune façon,
une restriction de sa souveraineté; les fondateurs de la
société des Nations devraient se garder de vioier le
principe de l'égalité de tous les Etats. une intervention
étrangère ne pourrait que compromettre l'æuvre de frater-
nisation au sein du pays. on créerait une catégorie de ci-
toyens qui senaient portés à chercher des protections en de-
hors des frontières de leur Etat. L'histoire prouve qu'envisa-
gée $e cette façon la protection des minoritéi a plus bontribué
à ébranler les Etats qu'à les consolider. La Roumanie ne
saurait admettre un tr,aitement spécial qui ne s'appliquât pas
à tous les autres Etats souver,ains. nue accorderait eilr-
même à ses minorités tous les droits et, pour cette raison,
il proposait, le texte suivant .d'un articte' à insérer dans le
traité, auquel la Roumanie donnait son agrément: <La
aRoumanie accorde à toutes les minorités dJ langue, ra,ce
<<et 'religion, qui habitent à I'intérieur de ses nouvelles'fron-
<tières, des droits égaux à ceux appartenant aux autres
r<citoyens roumains.l
c'est M. clemenceau, président de la conférence, qui
répondit. au premier discours de M. Bratiano. Il souligna
qu'en raison du passé historique de certains peuples, il éiait
tout de même important de créer certaines gâratrtiej qui lui
paraissaient nécessaires. L'histoire de ohaqùe peuple ,r'était
Er-
f

-98-
pes, à l'égard des minorités, tout à fait la même. M. Bratiano
ôt tes représentants des autres Etats pouvaient être certains
qu'il ne s',agissait d'humilier personne, ni d'empiéter sur des
droits souvenains, de quelque nation que ce soit. Ils ne
devaient pas oublier non plus que le droit de contrôle n'est
pas confié a Oes gouvernements étrangers, mais à la Société
utt$.i'i|3'orurr.
réplisue de M. Bratiano, M. cl'emence&u
retorqua qu'il ne croyait pas qu'il fût humiliant pour -la
Roumanie do recevoir les conseils amic&ux donnés par des
Etats qui s'appellent les Etats-Unis d'Amérique, la Grande-
Bretagne, I'Italie et la France; qu'il pouvait être bien assuré
qu'auôun de ces Etats ne voulait exercer un pouvoir indû
en Rournanie.
La réponse de M. Clemenceau ne semble pes avoir
convaincu M. Bratiano. Dans un second et long discours, il
revint sur ses premiers erguments. Il se référa tout d'abord,
encore une fois, au principe de l'égatité. Il ne s'agissait pas
ici de conseils amicaux que le gouvernement roumain sqrait
toujours disposé à accepter, mais de conseils qu'on veut
inscrire dans des traités sous la forme d'engagements inter-
nati'onaux. La Russie était intervenue dans la politique de la
- la en fut son démembrement.
Turquie dans un but élevé protection des chrétiens
mais le résultat, pour la Turquie, -
Nous voulons, nous aussi continuait M. Br,atiano
établir un monde nouveau, qui prenne la place de I'ancien.
L'Etat doit trouver dans ses citoyens des fils et des soutiens
véritables. Le faif qu'une partie des citoyens sa,ura. que ses
droits sont garantis par la protection d'un Etat étranger,
rendra fragiles les fondations mêmes de I'Etat en question.
Le Président .du Conseil polonais, M. Paderewski, se
montra bien plus modéré que M. Bratiano. Son discour,s fut
extrêmement bref et il ne toucha à aucune des questions de
principe sur lesquelles M. Bratiano s'était si longuement
,eppesanti. En général, les paroles de M. Paderewski pro-
duisent I'impression qu'il ne désirait pes renouveler des
erguments et des considérations qu'il avait déià formulés
plus d'une fois dans 'd'autres circonstanoes; iI préférait se
borner à cette occasion à une brève déclaration.
Le Pologne, dit-il, accorderait à toutes les minorités de
r&ce, de langue et de culte, toutes les libertés qui leur avaient

k
s9-
déjà été accordées par les grandes nations et Etats ocoiden-
taux. Elle serait prête à élargir ces droits dans le même sens
que Ia société des Nations le jugerait utile pour tous les
Etats qui la constitueraient. - il- était oonvainco quë 0€s
garanties, une fois inscrites dans les lois fondamentales de Ia
Pologne par la Diète constituante, seraient en conformité
absolue a,vec I'esprit si noble et si élevé qui guidait le grand
labeur de la conférence de Ia paix. c,esî toùt ce qu'it"avait
à dire.
Après le r.eprésentant polonais, c'est M. Kramar, repré-
sentant de la Tchécoslovaquie, gui obtint la parole. ionfrai_
rement à M. Bratiano et à M. paderewski, il ôéclara, au nom
de la République Tchécoslovaque,,accepter le texte dô I'article
proposé. Il désirerait seulemgn! y voir supprimer quelques
mots, de sorte que dans |article il ne soit pas queËtion oe
dispositigns- uui pourront être jugées nécessair.u pâ* les prin-
cipales Puissances alliées et Àssociées, mais ^ d'rr' fraité
conclu d'un commun accord a,vec la Tchécoslovaquie.
Quant
au texte du traité des minorités, la T,chécoslova[uie alrait
à proposer quetques B,mendements et modifieations.
Au nom de I'Etat serbe-croate-slovène, M. Trumbic
déclara s'associer aux conclusions de M. Kramar; il de-
m&nda, en outre, {uê ra protection fût limitée aux territoires
ggl appartenaient_ arryalavant à I'Autriche-Hongrier-;t ;,
fût pas étendue à serbie, celle-ei étant, un Etai mâef*-
lu
dant et ayant des droits acquis.
La note d'apaisement qu'apportèrent à la discussion les
deux derniers orateurs contribua à oalmer I'atmosphère un
peu orageuse. Le président wilson prit alors Ia parole
et;
.dans un long_ et sérieux discours, il ô"posa son polrrt
de vue
dans Ia question et défendit la décision du consàl soprême.
En raison de I'importance et de I'intérêt partiàuliers
qui s'attachent à ce discours, nous le ,eproduisons ici
tn-ertenso t).

. (1) !e texle reprodu-it ici représente Ia traduction oftcielle française,


publiée dans z Minisière.le1 etuiii a-t1à"sèr;,Vi-;f"é;""iïiiià
-! pii,'fri,'i-
tième séance Plénière.-(sténogrâpt'i.1, ii-iâi-igïg',"i.\i-ti.- - -'r' "E'.
cornme la traducrion rr'eJt ôur'tout a-i"it';h:: nous-'doruions
égale,
jï,$',î"îr,,J
frir*:?Ë:î#:ii"i;,ffirl3"riïi;çXËt*
_100_
c Je regretterais beaucourp dit le Présildent 'Wilsofl,
que cette réunion se séparât en- laissanù dans I'esprit -
de quel.
ques-uns I'imp.ression permanenfe que nous avons entendtr
erprimer ,ici I'idé'e que iles Grandes Puissanoes désirent impo-
sex entièrement leur règne à des Puissances moins considé-
rables, par un sentiment d'autorité et d'orgueil. Je désire atti-
rer I'attention sur un aspeot du règlerment auqu,el nous ùra-
vaillons ense,mble. Nous voulons assurer la paix du monde el
faire disparaitre tous les éléments de trouble et d,e danger à
I'avenir. Une des conditions essentisllss rde cela est une dis-
tribution équitab,Ie des territoires suitvant, les affinités et, les
volontés des popr.llations. tela fait, les Puissanoes allitées eL
associées garantiront le maintien des conditions aussi iustes
que possible auxquelles nous serons arrivés. 'Ce sont elles
qu,i en prendront I'engagem,ent et le ifardeau, o'est foncément,
sur elles qu'en reposera principaùement la responsabilité'
comme ce sont elles qui ont fait, par la foroe des ohoS,gs, I'ef -
fort le plus oonsidérable pendant la guerre, et iI ne faut pas
gublier que c'est leur force qui ,est la garantie tnale de la
paix pu,blique. I)ans ,ces ,conditiorns, est-il injuste qu'en t,enant,
le langage, non de dictateurs, rtnais 'de oonseillers ,et d'a'mis,
elles vous disent : nous ne pouvons pas garantir vos fron-
tières, si nous ne croyons pas q,u'e,l,les satisfOnt à oertains
prinoipes de ,droit ,et qu'etles ne laisseront pas de oauses de
troubles et de querel,les. Le même raisonnement s'applique aux
minoriités. C'est dans le même souoi que le statut d'es mino-
rités a éLé mentionné. Si vous voulez que les prinoipales Puis-
sances alliées et assooiées garantissent I'existenoe mêm,e des
Etats, est-il injuste qulelles aient satisfaction sur les oondi-
tions qu'elles jugent indirspensables pour éviter les oauses
futures dp la guerre ? Nous demandons à nos amis de Serbie
et de Roumanie de oroire que nous ne voulons pas enoore
oe soir porter atteinte à des souverainetés anciennes et recon -
nues ; mais, aux territOires que reoouvraient ces anoienne.t
souverainetés, le présent Traité de paix ajoutera beauooup.
I Il est inrpossible, par exemprle, de traiûer, d'un rcôté, le royaume
serbe, (oroate et sl.ovène gomme une unit,é en oonséquenoe des
événements dont nous avons été témoins et, d'autre part, de
oonserver comrne un Etat à parL Sous certains rapp.orts le
royaume ser'{be. Si oes Etats son[ fermement établis grâoe rpu
traité que nous faisons ensemble, ceux qui en $arantiront en
dernière analyse I'exéoution ont le droit de vei,ller à oe QUsr
les oonditions auxquelles oes Etats seront définitivement éta-
blis soirent de nature à assurer la paix publique. Notre désir
l Bn @gla n'egt pas d'intervenir d'une manièfe qui gêne en quoi
I

h
101 --
que ce soit ces Etats, mais de les aiider et d'ai,der la oausq.
commune. Nous espérons que vous n'hésiterez pas à accepter
notre point d,e vue, paroe que nous ne voyons pas d'aùtre
moyen de ré,gler cette question.
comment le gouvernement des Etats-unis, s'il croyait que
le règlernent intervenu contient des éléments instables et dan-
€rereux, pourrai't-il se présenter devant le congrès, devant le
peuple américain, et p.rétendre qu'il a aidé à assurer la paix
du mon'de? si le mon'de se trouve de nouvêau trouh,lé, sT les
conditions que nous regardons tous comme fondainentales sont
remises en question, la garantie qui vous est donnée veut dire
que les Etats-unis ;feront passer de ee côté de I'oeéan leur
armée et leur flotte. Est-ir sur,prenant Que, .dans oes condi-
tions, ils désitrent faire ,en sorte que le règlement des divers
problèmes leur paraisse entièrennent satislaisant?
_ Je'dirai en particulier à M. Bratiano que nous n'avons pas
le moindre désir d'empiéter sur ra souveraineté de son pâys,
que nous ne voulons rien faire qui puisse luil déplaire.
La Roumanie sortira de cet,te guerrè grande, puiàsantg, avee
des accroissements de territoire dr.rs à ll'effort commun' et à
la vigueur de nos armes.
Nous avons alors le droit d'insister sur oertaines condi-
tions qui, à notre avïs, rendront oe suecès déflnirtif.
Je prie mon ami M. Bnatiano, mon arni M. Kramar, mon
atmi M. Trurmbi,c, de croire eue, si nous n'avons mentignné,
dans I'arti,cle dont, il a été question tout à I'heure que lres
Grandes Puissanees, ce n'esû rpas que eelles-ei veuillent i,mpo_
ser leurs condittions, mais simrplement paree qu'elles désirent
s'assurer qu'el,les peuvent garantir de toutes les fornces dont
ellss rpeuvent dïsposer I'ensernble des avantag:es que ce Traité
vous donne, comme à nous.
rl s'agit de travailler en commun, et eette eollaboration ne
peut être fondée que sur un aecord. r-,aisser la solution de
ces questions à des nég:ociations ultérieures, comrme 'on en a
parlé, cela vourdrait dire Quo, Iorsque eette conférenoe aura
terminé ses travaux, des g.roupes séparés déeideralent entre
eux ce qui doit en réaùité faire partie de la base ,générale de
la PaTx du monde. Cela parait i,mpossible.
;'tsstpèrCI que nous arriverons c'est n.otne but à une
coopération eordiale et volontaire- sur Ia seule base-pOssible.
cette base, il faut bien I'expri,mer ainsi : c'est du cô[é où se
trouve la foroe que sera assuré le maintien de Ia paix ; c'est
du eôté de Ia foree que rdsidera ra garantie su'prême de oette
paix.
Il ne faut pas se m6prendre sur le sens que nous attri-
- 102-
buons aux mots : < la force >. Les Etats-Unis n'ont ;amais eU
augun dessein agre,ssif, et vous connaissez Ie motif de leur
intervention dans les affaires de I'ancien monde'
Nous poursuivons un but commun ; t'out ce que no'us dési-
rons, ,c'eÀt de vous a$der à atteindre ce but, de ooncert, avec
nous ; nOuS ne VoulOns que ROUS Assg'cier avec vous' afin de
vous servir, et nous ne voulons rien 'fairre qui soit contraine à
vos intérêts véritables.
'wilson ne mit pes_ fin &ux
Le disoours du Président
débats. G;est de nouveeu M. Brationo, Qui crut devoir ré-
pondre eux observations du Président'Wilson. Il déclara
maintenir son premier point de vue et persister dans. son
opposition. Il désir'ait attirer l'amicale attention du Président
Witrott sur le crainte que certaines applications de prin-
cipes, faites dans les meilleur'es intentions, n'aboutissent
prOcisément à des résultats'contraires au but que I'on pogr-
suivait, il ne pouvsit pas concevoir pourquoi, _dans d9t
conditions identiques, des peys ,comme la Roumanie
et comme la Serbie devnaient être traités autrement que
I'Italie. Les hommes se trouyanû aotuellement à Ia tête des
gouvernements des Grandes Puiss&nces sont imbus de ces
Iaéutr élevés, mais il peut fort bien arriver que des évolutions
politiques amènent ces mômes Etats à être représentés par
d'autrès hommes, ou bien que de nouvea,ux intérêts sur-
gissent qui les engagent à des actions conçues non pes en
iue de ces gr,attdà principes, mais en faveur de certains
intérêts spéciaux. Si les propo$itions roumaines n'étaient
pas
-p*r,admises, il est certain que la Roumanie ne conserverait
dans ,son intégrité, I'indépendance dont etle iouissait
par le passé, pour le règlement des questions d'ordre
intérieur
C'est M. Venizelos, Président du Conseil greo, qui de-
manda ensuite la parole pour la première fois. Il parla sur
un ton posé et en envisageant la possibilité d'aboutir à une
solution pratique. A son avis, il serait bon que les mernbres
du Conseil Suprême se réunissent aveo les représentants des
Etats intéressés dans qne séance commune pour délibérer
sur la question et, quand on serait autour d'une table, on
amivenait certainement à trouver un moyen susceptible, tout
en donnant satisfaction aux grandes Puissances, d'apaison
les inquiétudes tégitimes des puissano€s à intérêts limités.
_103_
Les débats étant, terminés, M. Clemenceau leva la
séance en déclarant que toutes les propositions seraient pri-
ses en considération.
Nous nous sommes arrêté longuement sur la séance
du 31 mai, oar, autant que nous le sachions, jusqu'à présent
elle n'a encore été décrite nulle part, ovec outant de détails.
Or, ces détails sônt, à n'en pas douter, d'une grande impor-
tance pour l'histoire du problème .des minorités à la Confé-
rence de la Paix et de l'élaboration des traités de paix.
Il pourrait paraître étrange que dans cette séance &ucun
des orateurs ne se soit élevé contre l,e fait, que les principales
Puissances alliées et associées entendaient imposer des obli-
gations relatives à la protection des minorités, précisément
&ux Etats et aux peuples qui furent pendant la grande
guerre leurs fïdèles soutiens et alliés et non à leurs ex-enne-
mis. Une telle doléance ett été cependant tout à fait, impos-
sible. En effet, longtemps avant le 3l mai, Ie Conseil Suprême
avait décidé, comme nous I'avons déjà fait remarquer en
passant, d'imposer des obligations internationales à I'Autri-
ehe, à la Bulgarie, à l,a Hongrie et à la Turquie et il avait
confié à la Commission le soin dtétablir les dispositions
utiles. Toute la discussion du 31. mai ne s'était-elle pas ins-
taurée précisément en connexion a,vec le projet du traité avec
I'Autriohe, qui contenait déjà à ce moment des clauses con-
cernant les minorités? La Pologne pouv'ait, à vrai dire, soule-
ver à cette séance Ia question de savoir pourquoi I'Allemegne
restait libre de toute obligation, ainsi qu'elle devait le faire
plus tard au sein du Conseil Suprême, comme aussi dans ses
lettres des i.6 et 26 juin 1919.
It[ous avons cependant déjà vu que le discours de
M. Paderewski avait, en général, revêtu le caractère tl'une
déclar.ation ne présentant â,ucuns motifs, observations ou
arguments particuliers.
Afin de prouver que la décision concernant I'Autriche,
la Bulgarie, Ia Hongrie et la Turquie ne se trouvait en a,ucune
contradiction avec le point de vue de principe de la Confé-
renoe, selon lequel la protection ne' devait être appliquée
qu'aux Etats nouveâ,ux et agrandis, quelques historiens
entendent faire ressortir que l'Autriche et la Hongrie pou-
vaient, à proprement parler, être considérées comme des
Etats nouvea,ux, et, quant à la Butgarie et à Ia Tunquie, elles
-104--
étaient déjà liées sur ce point par des traités internation&ux
antérieurs; la Conférence ne pouvait donc, à plus forte
raison, les affranchir de tout contrôle, mais elle devait plu-
tôt faire adapter leurs engagements antérieurs a.u nouveau
système, plus perfectionné ').
il esf intéiessant de noter que ces Etats n'opposèrent à
ce moment au.cune résistance à admettre des obligations
relatives à Ia protection des minorités. Cela se comprend
assez. La réalisation de cette protection devait, en effet, servir
en fin de compte, et en premier lieu, à protéger et sauve-
garder les parties de leurs populations qui en seraient dé-
tachées et se vemaient obligées de vivre sous une souveraineté
étrangère.
Ctest ainsi que la Délégation autrichienne de paix déclara
expressément à lo Conférence, dans sa réponse du {0 juillet
l9{9 ,concern&nt le projet du traité de paix, à elle soumis,
que les dispositions contenues d&ns la section V (Protection
des Minorités) rtsont absolument conformes aux idées ayant
<<servi de base à la constitution de Ia Répubtique Autrichien-
<ne-'allemande. Il n'y a donc aucune objection à sottlever
rrcontre l'établissement des garanties internationeles à créer
<<en faveur desdits principesr 2)
Dans sa note du 2& oetobre L9l'9, Ia Délégation bulgare
de paix répondit à la Conférence de la Paix dans les mêmes
termes 3).
(l ) En parlant de la possibilité gue la Conférence de Ia Paix avait de
réaliser Ia protection des minorités, non pas seulement pour une partie des
Etats, mais-pour tous, l'auteur du chapitre sur < Les Traités pour Ia pro-
tection des minorités >>, dans I Hislory of the Peace Conference of Paris,
de H. W. V. Temperley, vol. V, p. 142, s'exprime ainri : < Tout hommr
<< ayant une idée quelconque de I'opinion publique en cette matière ne saurait
<< admettre qulune telle proposition eût pu avoir une chance quelconque d'être
<< acceptée ou qu'il eût été sage d'insister là-dessus. Ce principe, une fois
<< adopté, eût pu être interprété de telle façon que les nègres des Etats de
<< I'Amérique du Sud se fussent trouvés placés sous Ia protection de la
<< Société des Nations, on eût pu en faire application aux Basques en Espa-
( Bne, aux Gallois et aux lrlandais.
< Il n'appartenait pas à Ia Conférence de Ia Paix d'examiner I'ordre
<< général dans Ie monde entier. Elle avait assez à faire en ne s'occupant que
<< des problèmes pratiques particuliers placés inévitablement devant ellè comme
< une conséguence de la guerre et de Ia responsbailité qu'elle ne pouvait
<< éluder. > I lll l'rtiF{{
@ Beficht iiber ilie Tiitigheit der ileusch-ôsterreichischen Friedensdele-
gotion in St.-Germain-en-Lage, Band l, p. 342.
_ _(3)-V"it H.-W.Vrlemperley, op, cil,, voj. IV (Chapter VII, Bl The
Bulgarîan Treaty), p. 413.
105
-
Et neuf mois environ plus tar.d, le Z0 février lg20, Ia
Délégation hongroise de paix écrivait .dans }e même sens:
<Nous répétons que la délégation de la Hongrie constate
(avec satisfaction que ces dispositions sont absolument
<<dans I'esprit de nos traditions historiques et de notre
<législation; elles ne contiennent rien de nouveau et la
<Délégation de Hongrie y adhère sans hésiterr 1).
A Ia Conférence de la paix de Lglg-lgz}, fut aussi
reconnue I'indépendance et la souveraineté de la Finlande.
cette rec,onnaissance ne fut cependant soumise à aucune
condition concernant les minorités. on essaie de I'expli-
quer pat tq fait que le territoire de I'Etat finrandais avait
appartenu auperavant à Ia Russie et que le conseil suprême
était alors d'avis que toutes les questions concernant cet
Etat pourraient recevoir leur solution au moment, seulement
oir la Russie serait, elle aussi, représentée.
Pour terminer, nous désirons enoore rappeler que la
conférence de la Paix n'imposa aucune obligÀtion touchant
ies 4inorités à I'Etn[ a,rabe nouvellement créZ, Ie Itredjaz.La
raison en est fort simple: ce pays possède une popùlation
complètement homogène.

(l). rres Négociations de Ia Paix Hongroise, Compte,Rendu sur lcs tra-


ylïï dg l.a.-példgalioir de Paix de Hongrie-à Neuitlv-sl-S., à;l;;i;r';-;;;,
Ministère Honsroii des Affaire' Etiuniai*l B,'ù;,
iSri [#tïr,îii.
CHAPITRE XI

rrm nÉvnl,oppDMENT ur,tÉnrnrIn DE La


QUESTION ET LA SIGNATTIRE DES TRAT-
rÉs DES MrNoRrrÉs
La première tâche de la <<Commission des nouve&ux Etats
et de protection des Minorités> consistait à préparer Ie projet
du traité des minorités que la Pologne devait signer le jour
rnême de la signature de la paix a,vec llAllemagne.
Le2l. mai {.9{.9, le projet de la Commission était déjà prêt
6'sst le premier pr,ojet dont nous ayons, en gênérat,
-connaissancel)-et le lendemain, 22 mal, il fut officiellement
remis à Ia Délégation polonaise et porté en même temps di-
nectement à Ia connaissance du gouvernement polonais, par
I'entremise du ministre français à varsovie. Le président de
la Commission des Nouveaux Etats, M. Berthelot, soulignait
expressément, dans la lettre d'envoi, adressée à M. Pade-
rewski le 22 mai, que le projet avait déjà reçu I'ap-
probation du <Conseil des Chefs d'Etat et de Gouvernement>.
Il faisait en outre ,connaître à la Délégation polonaise que
ledit conseil avait invité la Commission des Nouv_eaux Etats
à conférer avec la Délégation polonaise sur la question des
droits des minorités et à étudier les observations de cette
dernière que la Commission espérait obtenir d'urgence per
écrit, ').
Concurremment avec le proj,et du traité avec la Pologne,
la Commission éteit occupée aussi par ltélaboration des dis-

Q YqtI l DéIégatîon Polonaise à Ia Conféra7ce ile Ia Paix; p. 13-18.


Q) Ibid., p.9.
\t
I

-107-
positions nécessaires à inséner dans les traités avec les autres
peys.
- De même que toutes les autres commissions de la Confé-
rence, la a0ommission des nouvea,ux Etats et de protection
des Minorités> exerçait son activité d'après les dir'ectives
générales qu'elle avait reçues du Conseil Suprême. N'étaient
Àoumises à l'étude et à la décision du Conseil que des ques-
tions d'une importance toute parti'culière au sujet desquelles
I'accord n'avait pu se faire au sein de la Commission.
C'est ainsi que le Conseil Suprême trancha, dans s&
séance du {7 mai {9{.9, la question de savoir dans quelle
mesure il était opportun de concéder aux minorités mêmes
Ie droit,d'adresser directement des plaintes à la Société des
Nations ou à la Cour Permanente à créer par elle. Les parti-
sans de cette solution (les représentants des Etats-Unis
d'Amérique et de I'Italie) la justifiaient en disant qu'il serait
peut-être plus agréable à la Pologne que les Allemands qui
devraient vivre sur son temitoire eussent la possibilité de
s'adresser eux-mêmes aux institutions eppropriées, sa,ns
éprouver ainsi le besoin de recourir a,ux bons 'offices du
gouvernement allemand. A la suite d'une délibération
minutieuse, le Conseil Suprême jugea néanmoins plus conve-
nable de ne pes accorder ee droit aux membres cles groupes
minoritaires à l'égard de leurs propres gouvernements.
Au cours des séances du Conseil Suprême, fut, également
soulevée Ia question de savoir si le droit d'appeler I'attention i

du Conseil de la Soeiété des Nations sur des infractions ou ,

dangers d'infractions aux traités des minorités, devait ôtre


accordé d tous les membres de la Société des Nations, ou l

uniquement et exclusivement aux membres de son Conseil.


Certains membres du Conseil Suprême considéraient que si I

I'on ne limitait pas ce droit B,ux Grandes Puissances seu- I

lement, Ies Etats liés par les traités jugeraient, peut-être, la


procédure moins froissante pour eux et, partant, plus accep- I

table. Il fut décidé de consulter ces Etats ,eux-mêmes. Leur


I

réponse ayant été négative, Ie Conseil Suprême adopta, à son


tour, la décision de n'accorder ce droi{ qu'aux membres du I

Conseil de Ia Société des Nations.


Il est caractéristique que même lors de I'examen de ces
questions d'ordre purement formel au sujet du système des
garanties et de la procédure, les membres du Conseil Suprê-

-l
-108-
me aveient toujours en vu,e le problème juif et se deman-
daient constamment si la solution adoptée serait aussi
favorable aux Juifs. C'est ainsi qu'au cours de la séance
du {7 mai, lorsqu'on examina s'il convenait ou non de
donner aux minorités le droit de s'adresser directement à la
Société des Nations, M. Lloyd George fit expressémen[ res-
sortir qu'il était persuadé que les Juifs pourraient toujours
trouver un Etat prêt à se charger de leurs doléances. C'était
aussi I'opinion du Président 'Wilson').
Le Conseil Suprême s'est aussi occupé, à maintes re-
prises, des deux articles spécialement consacrés dans le
traité avec la Pologne à la protecti,on des Juifs, mais nous y
reviendrons dans le chapitre suivant.
L'opposition des Etats intéressés, pas plus que la séance
orageuse du 3{ mai, n'ébranlèrent en rien le point de vue
du Conseil Suprê,me qui maintint sa, précédente décision.
Il alla même jusqu'à prendre aussitôt après un engagement
formel à l'égard de l'Allemegne quant à I'introduction de la
protection des minorités.
Dans sa réponse du 29 mai L9l9 &ux conditions de paix
du 7 mai, après avoir déjà auparavant, dans son projet
officiel du pacte de la société des Nations, énoncé le postulat
de la protection internationale des minorités, ]a Délégation
allemande de Paix affirmait que <tl'Allemagne est en général
<partisan de la protection d.. minorités nationalesl cette
<<protection pourrait être réglée de la façon Ia plus appropriée
<dans Ie eadre de la Société des Nations. Cependant, I'Alle-
(magne se voit, d'ores et déjà, obligée de demander, dans
ale traité de paix, certaines garanties pour celles des mino-
arités allemandes qui, par suite de transfert de territoires,
<seraient mises sous une souver,aineté étrangère. Ces mino-

-..-(l) -Airpi -q_ue_$a51 Slannard B_akeg, op. cir., vol. I, p. 227, Ie dit,
I'idée de I'article ll du Pacte de la Société des Nations, dont- Wilson
avait coutume de parler _gomm! de son article favori >, et qui donne Ie
<<
droit à chaque nation d'appeler I'attention, à titre amical, sur toute cir-
constance qui menace de troubler Ia paix internationale ou la bonne entente
entre nations, serait née chez 'TVilson
en connexion avec I'article concernant
<< Ie: minorités ethniques et'nationales > qu'il avait proposé dans son second
projet du .Pacte.- Ray Stannard Baker ajàute_ : < Cetie stipulation donnera
< la possibilité _à I'Etat lithuanien ou yôugoslave de ro,r*.itre à Ia Société
<< des Nations des questions concernant Ie traitement de leurs frères de race
<< en Pologne-ou en Italie et aux Etats-tjnis, de soumettre des guestiogs
( çoncemant Ie traitement -des Juifr n'importe où, ?
-109-
(rités doivent ,obtenir la possibilité de dévetopper leur indi-
<vidualité allemande, surtout per la concession du droit
<<d'entretenir et de fréquenter des écoles et des églises alle-
<mandes, ainsi que de faire paraître des journaux allemands.
<<Il serait désirable que I'on créât, en outre, une autonomie
<rculturelle sur la base du cadastre national; l'Allemagne,
<de son côté ajoutait la note est décidée à traiter, sur
- les minorités étrapgères
(son territoire, - selon les mômes
aprincipesr').
Dans la même note, un peu plus loin, au chapitre <les
garanties dans les régions qui seront transférées à I'Estr,
I'Allemagne demande tout particulièrement la protection de
la minorité allemande en Pologne. Pour prouver à quel point
ure telle protection est"réellement nécessair,e, elle invoque
<<les massacres de la population juive)),-commis en Polo$ne
depuis le 1L novembre {.91.8, et r<les meurtres en m&sses de
<Pinsk...> 2).
A la note allemande du 2g mai LgLg,la conférence de
la Paix oppose I'ultimatum du {.6 juin lglg oir les pûissances
alliées et associées faisaient aussi réponse aux considé-
rations allemandes relatives à la protection des minorités.
ces Puissanoes <tsont prêtes à accorder des garanties a,ux
<<droits des minorités allemandes ,en matière d;éducation, de
<religion et de culture, dans les territoires transférés de
<l'Empire allemand aux nouveaux Etats créés par les Trai-
<tés. ces garanties seront placées sous la protôction de la
t<société des Nations. Les Puissances alliées et associées
(prennent acte de la déclarati,on des Délégués allemands que
al'Allemagne,est décidée à traiter sur son teruitoire les mino-
<rités
.étrgngrèes conformément aux mêmes principes))').
Ainsi donc, le 16 juin {glg, la conférence ae ta paix
avait, s&ns ambiguité, assuré officiellement à I'Allemagne
que le principe de la protection des minorités placée sooJ Ia
garantie de la société des Nations serait réalisé. or, ces
engagements du conseil suprême ne doivent, être considérés
que comme la manifestation de s& décision définitive et

(l) Herbert Kraus und Gustave Rôdiger, op.cit., Band l, p, 451,


(2) Ibid., p. 471
Q) Ibii[., p. 584.
_110_
irrévocable de ne pas renoncer aux clauses relatives à le
garantie des droits des minorités.
Le jour même ou ,cette &ssurance fut donnée, la Confé-
rence de la Paix reçut les observations de la Délégation
polonaise conoernant te projet de traité du P{. mai {g{g.
Ilans un long memorandum du 16 juin LgLg ') la pologne
faisait connaître sa positjon dans le problème des minorltés
et nous y retrouvons la plupart des erguments et considé-
rations qui avaient été déjà exprimés lors de la séanoe du B{.
mai. Ce qui frappe dans la lettre polonaise, c'est qu'une moi-
tié à peu près en est consacrée à la question juive.
La note polonaise débute par la déclaration que I'article
93, qu'on désire introduire dans le traité avec I'Allemagne,
signifie une ingérence dans les, affaires intérieures de la
Pologne. La nation polonaise n'a pas oublié que Ie démem-
brement de la P,ologne fut la conséquence de l'ingérence des
Puissances étrangères dans les affaires des minorités confes-
sionnelles en Pologne, et ce souvenir douloureux lui fait
craindre plus que tout I'ingérence extérieure dans les affaires
intérieures de I'Etat.
Cette crainte a été, récemment ,encore, confirmée par le
vote unanime de la Diète polonaise, qui s'est déclarée oontre
toute ingérence étrangère et & chargé le gouvernement
polonais de préparer, dans le plus bref délai, des proje[s de
lois coqcernant les droits des minorités. La, polognè d,ônnera
les pleins droits de citoyen à tous ses sujets, niais elle exi-
gere en retour que tous les citoyens développent en eux-
mêmes la conscience de leur devoir envers I'Etat. or, ce but
ne pourrait être atteint si les droits octroyés aux minorités
étaient irnposés à I'Etat polonais et si ces minorités, se sen-
tant sous une pr'otection extérieure, étaient ainsi encounagées
à porter devant une autorité étrangère leurs plaintes contre
I'Etat auquel,elles appartiennent.
Tout en reconnaissant à tous les cito;zens, s&ns distinc-
tion d'origine, de confession et de langage, l'égalite des droits
qui découle des principes de liberté, ainsi que la nécessité
de garantir ces principes per la"constitution polonaise, Ies

(tlP.*t la pJblication officielle : DéIégation Polonaise à Ia Conférence


. la
de Paix, p.-22-30, ce memorandum ûguie sous la date du 16 iuillet. Il
ne peut cependa_nt y avoir aucun doute que cela est dû à une f"rit" dG-
pression et que la date exacte est le 16 jtin et non juillet
_111_
représentants 'de la Pologne croient devoir faire les réserves
les plus catégoriques contre toutes clauses du traité qui
porteraient atteinte à la souveraineté de I'Etat polonais, en
rmposent à I'a Pologne des obligations unilatérales concer-
nant I'essence et la forme de la constitution polonaise. qui
ne saura,ient, être modifiées sans le consentement du Consèil
de la Société des Nations. L'Etat polonais, souveraiq en
principe, se trouverait ainsi sous le contrôle permanent des
Puissances. En pratique, la volonté d'un seul membre du
conseil poumait entraver le développement de la c,onsti-
tution polonaise.
Les dispositions constitutionnelles stipulant les droits
des minorités, de même que la constitution-tout entière, pos-
sèderont en Pologne, comme dans les autres Etats, des garan-
ties d'inviolabilité.
L'article 14 du proj et de iraité concernant r'approbation
du Conseil de la société des lr{ations pour les moaifications
constitutionnelles, de même que la clause L, d'après laquelle
les dispositions du traité qui devraient faire partie de la
Constitution tombaient sous la juridiction de la Société des
Nations, doivent donc être rayés comme p.ortant atteinte à Ia
souvenaineté de la Pologne.
Au moment ou tous tes projets de constitution déposés
à }a Diète, toutes les déclarations votées par elle et toutôs les
lois particulières prennent comme point de départ t'égalité
complète de tous les citoyens, oîr les motions législÀtives
concerna.nt les minorités nationales habitant un temitoire en
masses compactes garantissent à ces minorités une large
outonomie, le projet de traité met en doute la valeur dés
idées directrices dont s'inspire I'Etat polonais. L'article l,
parle du <désir qu'a la Pologne de conformer ses institutions
1ux principes de liberté et de justice>, comme si la pologne
éteit un Etat sels,passé ni traditions constitutionnnelles,
s-'éveille aujourd'hui seulement aux principes de justice-et
lui
de liberté. La Pologne exprime I'ardent désir que lès princi-
pes de liberté soient universellement appliqués pour les
minorités. Elle s'engage à mettre en pratiquè les prescriptions
ooncern&nt leurs droits que la Société des Nations reconnaitra
comme obligaûoires pour tous ses membres.
Le note polonaise s'attaque ensuite à r'articre g, alin éa P
du projet ooncernant la partioipation de I'Etat et des muni-
-tl?-
cipatités aux dépenses des minorités pour l'éducation et les
institutions religieuses et charitables. Dans cet article, la
Pologne voit un privilège pour les minorités, celles-ci ayant
en même temps le droit de profiter des institutions scolaires el,
charitables destinées à I'ensemble de la population et entre-
tenues sur les fonds généraux de I'Etat, des communes, ou
eutres.
La Délégation polonaise combat encore I'insertion dans
le traité de dispositions spéciales concernant la nationalité.
Elle les considère comme tout à fait superflues, la question
eyent déjà été résolue pour ce qui conoerne Ia Prusse, dans
le traité a.vec I'Allemagne; et, quant aux autres te.rritoires,
elle devrait être réglée dans les tr,aités avec I'Autriche et avec
la Russie.
La Pologne eppelle aussi I'attention sur le fait que les
articles I et {0 du projet (identiques aux articles correspon-
dants du traité en vigueur) ne sont pas, selon leur essence,
des principes fondamentaux, mais simplement des détails
d'administration et de gouvernement qui ne peuvent entrer
dans les lois fondamentales d'une Constitution.
Nous n'&vons ciié ici que la partie générale de la note
p'olonaise. Quant aux pessages consacrés spécialement à la
question juive, nous en parlerons dans le chapitre suivant.
En terminant, la Délégation polonaise touche aussi la
question de la situaliort des Allemands en Pologne. La Déléga-
tion poloqaise aime à croire qtte les prescriptions du projet
de traité ne visent pas la population alle,mande en Poiogne.
Après la conclusion de la paix, iI restera dans l'Empire
allemand une forle proportion de population polonaise. Le
traité de paix n'impose cepetrdant pas aux Allemands I'obli-
gation d'accorder l'égalité des droits aux Polonais; il ne ga-
rantit aux Polonais ni les droits de leur Iangue devant Ies
tribunaux, ni la faculté drentretenir des écoles polonaises à
I'aide des fonds de I'Etat et des communes; on ne peut donc
appuyer sur le principe de réciprocité le traitement des
minorités polonaises en Allemagne et oelui des minorités
allemandes en Pologne. Il serait dès lors injuste que le tr,aité
des principales Puissances &vec la Pologne assurôt aux
Allemands en Pologne, outre l'égalité des droits, le privilège
d'employer I'allemand devant les tribunaux et d'entretenir
_11$_
sur les fonds publics des écoles de langue allemande et de
jouir d'autres droits analogues.
Ce sont là les objections essentielles de la Délégation
polonaise au projet de traité du 2[ mai LgL9. Tout en se
prononçant, en principe, contre la teneur du traité, elle ju-
geait cependant nécessaire de f,aire quelques propositions
concrètes ooncernant des modifications qu'elle aurait voulu
y voir introduire.
Le memorandum de la Délégation polonaise fut mi-
nutieusement étudié par la Conférence, et certaines modifi-
cations furent apportées &u projet, sur la base de ses obser-
vations. Par contre, la Conférence ne prit pas en considération
les arguments de la Pologne contre la protection des mino-
rités en général. La seule chose que le Conseil Suprême ait
jugé convenable de faire, c'est de justifier en principe sa
décision dans une lettre circonstanciée spéciale et de préciser
quelles étaient les véritables intentions de la Conférence à
cet égard, de même que de circonscrire les limites des droits
qu'on se proposait de protéger. Aussitôt rédigée la lettre fut,
le 2& juin L919, transmise par le Président de la Conférence
de la Paix, M. Clemenceau, au Président du Conseil polonais,
M. Paderewski, en tant que déclaration authentique et expli-
cative du texte définitif du projet de traité I'acpompagnant.
Cette lettre formulant les prinaipes idéologiques du nouveau
système et contenant en même temps un 'aperçu sur les
précédents historiques, ainsi qu'une courte analyse des stipu-
lations, appartient, sans nul doute, aux documents les plus
importants et les plus intéressants que nous possédions au
suj,et du pr,oblème des minorités à la Conférence de la Paix.
C'est pourquoi nous la reproduisons ici intégralement 1).

(l) Le _texte de la lettre cité dans la plupart des ouvrages n'est pas
le texte authentique. Cela s'explique, vraisemblablement, par le fait que- Ie
texte en circulation a été extrait du numéro du journal français Le Temps
du 2 juillet 1919. Or, ce journal a, en réalité, publié un texte antérieur qui
se distingue du texte authentique par toute une iérie de remaniements rédac-
tionnels. Nous reproduisons ici la lettre dtaprès la publication officielle du
gouvenrement polonais. Voir : DéIégation Polonaîie à la Conférence ile
Ia Paix, p. 45-53.
-114-
CONFÉRENCE DE LA PAIX
Le Président.

Son Exoerllenoe M. PADEREV/SKI,


présirdent,du ûonseil des Ministres de la Pologne.
Monsieur le Président,
Au nom du Conseill Suprême des prinoipales Puissanoes
alliées et assooiées, j'ait I'honneur de vous oorl'muniquer ol-
joint, dans sa for'me définitive, le texte du Traité que, oonfor-
mément à I'artiole 93 du Traité de Paix aveo I'Allemagne, la
Pologne doit être invitée à signer à I'occasion de la confir-
mation de s,a reoonnailssanoe et de sa prise de possession des
territoires oo'mpris ,dans I'ancien Empire allemand, Qui lui son[
aooordés par ledit Traité. Les prinoipales dispositions de oe
dooument oorrnmuniquées à la Délégatilon polonaise à Paris ,en
mai dernier, ont été subséquemment remises au Gouverne -
ment polonais à Varsovie par ll'internrédiaire du Ministre de
France dans cette ville. Dep'uis oe mo,ment, le Conseil a erl
I'o,ooasion de mettre à profit les suggesfions que vous avez
bien voulu lui soumettre dans votre memorandum du {6 juih.
A la suite d'une étude approfondie de oes suggestions, quel-
ques modifications d'une grande importance ont été intro'duites
,dans le ûexte du Traité. Le Conseil 'estime, par les nro,difiioations
en qtiestion, avoir réussi à oouvrir oo,mme il oonvient les
points prinroipaux sur lesque'ls vous aviez attiré son attention
dans votre memorandum dans la mesure or} ils visaient spéci-
fiquement oertaines dis,positions du texte oommuniqué.
En vou,s re'mettant o,fficiollement le texte des déoisions
finales des prinoiBales Puissanoes alliées et associéeg à oe
sujet, je désire vous exposer d'une manière p.lus préoise les
considérationq qui ont guidé jusqu'ioi oes Puiss,anoes dans le
règle,rnent de oos problèmos.
l. En premier lieu, ie relève que oe Traité n'inaugure
pas une- prooédure nouvelle. Depuis longtmps, irl est d'usage,
dlaprès ,le droit publio européen, QUo lorsqu'un nouvel Eta[
est, oréé ou lorsqtr'un anoien Etat s'inconpore des territoires
imip.ortants, la reconnaissanoe formelle de la situation nou-
velle par les grandes Puissances oomporte, en même tennps,
la demande p,ar oes Etats au Gouvernement ainsi reoonnu, de
s'engager à pratiquer oertains principes de gouverne',ment
déteriminés, et aela sous la ,f,onme id'un aooord revêtant un
car&ctère international. CeS principes, {Ei ne manquent pas
de pr:éoédents normbreux, ont, regu une sanotion erplioite par
T
1
i
i

_115_
le Congrès de Berlin, au moment, de la reconnaissanoe de la
souveraineté et de I'indép.endanoe de la Serbie, du Monténégro
et de la Roumanie. Je orois devoir rappeler à oet égard les
formules employées à cette oooasion par les plénipotentiaires
britanniques, français, italiens et allemands, lesquelles firgu-
rent dans le procès-verbal de séance du 28 juin 1878 :
< Lord Salisbury reconnalt I'inrdépendance de la Serbie, mais
pense qu'il serait opportun de stipuler, dans la Principauté,
le grand p.rincipe de la liberté religieuse. )>

<< M. Waddington croirt qu'il est important de saisir oette


ocoasion solennelle pour faire affirmer les prinoipes .de la
liberté r,elilgieruse par les représentants de I'Europe. Son Excel-
lence ajouta que la Serbie, qui deman'de à entrer dans la
farnille européenne sur le même pied que les autres Etats.
doit, au rp.réalable, r,econnaître iles principes qui sont la basre de
I'organisation sorciale dans tous les Etats de I'Europ.e et les
aocepter comme une conditiron néoessaire de la faveur qu'ellc
so'l,lioite.
< Le prince Bismark, s'assooiant à la proposition française,
déclare que I'assentiment de I'Allermagne est, toujours acquis à
toute motion favorable à la liberté religieuse. )>

<< Le comte de Launay rdit qu'au nom de I'Italie, il s'erm-


presse d'adhérer au principe ,de liberté relitgieuse qui forme
une des bases essentieùles des institutions de son pays et qu'il
s'associe aux déolarations faites à ce sujet par I'Allemagne,
la France et la Grande-Bretagne. >
<< Le comte Andrassy s'exprime dans le même sens et les
Plénipotent,iaires ottomans n'élèvent auoune objeotion. >
< Le prince de Bismark, ap.rès avoiir résumé les ré,sultats du
vote, déclare que le Congrès admet I'indépendanoe de la Serbie,
mais sous la condition que la liberté rerligie,use sera reconnue
dans la Prinoipauté. son Altesse sérénissirne ajoute que la
Co'mmission de Rédaction, en formulant cette déoisiron, devra
oonstater la oonnexit,é établie par le congrès entr,e la proo'la-
mation de I'irnrdépenidance dre la Serbie et la r,eoonnaigsan,oe de
la liberté religieuse.
2. Les principales Puissances atrliées et assooiées estit-
-
ment qu'elles failliraient à la responsabilité qui leur inaormbe
si, à cette osoasion, elles se dép,artissaient de oe qui est devenu
une tradition étabrlite. Je me permets aussi de rappg,ler à votre
oonsidération le fait que o'est aux saorifloes et aux e{iforts des
Puissanoes au norm desquelles je m'adresse à vous, que la
Porlogne doit la réoupération de son indépendance. ce sont elles
qui ont déoidé de rétablir la sogver,aineté de la pologne sur
-,116 -
les territoires en question et d'inoonporer dans Ia nation polo-
nailse les ha,bitants de oes territoires.. C'est de la foroe que
doivent proourer à la Sooiété des Nations les moyens d'aotion
de ces Puissanoes que ddpendra en grande partie la Pologne,
pour être assurée en toute séc'urité de la possession desdits
lerritoires ; aussi les Puissanoes Se considèrent-elles ooimme
liées par une o,bùirgation à laquelle elies ne peuYent échaPPer'
d'assurer, au moyen de rgaranties Sous Ia forme la plus per-
manente et la plus solennellle à Ia pop'ulation de la Pologne'1
Ies droits essentiels de proteotion qui lui sont néoessaires'
guels que soient les ohangements ultérieurs de Ia constitution
.ie I'Etat polonais.
,C'es[ en conforunité aveo oette obligatiron que I'article 93
a été inséré dans le Traité de Paix aveo I'Allenragne. Cet artilole
ne vise que la Pologne. Toutefois' une olause semblable oon-
saora les mêmes prinoipes en oe qui oonoerne Ia Tohéco-Slo-
vaquie et d'autres artioles sfurrilaires ont été ou seront insérés
Oans les Traités ,de Paix aveo I'Autriohe, la Hongrie et Ia Bul-
garie po,ur sanotionner les mêmes obligatirons des autres Etats
appelés à reoevoir des territoires importants.
L'examen de Oes faits démontre que la dernande aidressée
à la Pologne, au moment otr elle est appelée à reoevoir sous
la forrne la plus soùennelle la reoonnaissanoe à l'a fois de sa
reroonstitu,tlon, de sa sOuveraineté et de Son indérpe'ndan0'e' et
otr elle se voit attribueq en mêrne temps de grands t,erritoires,
n'est nulleurent de -uature à oréer un donrte quant à I'inten-
tion du Gouvernement polonais et, de la nation polonaise de
rss,pecter les principes généraux de la iustioe et de la liberté.
Auoun doute ne saurait davantage p-eser sur les intentions
des principales Puilssances alliées et assooiées.
3. Sans fdoute, le Traité sournis à I'a signa[ure de la
Pologpre- dlf,fère dans sa fonne des conventions antérieures
traitant des questions sirmilaires. Ce changement de forme
est une oonséquenoe néoessaire et oonstitue une partie essen-
tielte du nouveau systèune des reùations internationales inau-
guré maintenant par l'étahlisseunent 'de la Ligue des Nations.
Sous I'empire des aûoiens errerments, la garantie d'exé-
oution pour des presoriptions de cet ondre reposait sur les
granrdes Puissances. Llexpérience a montré que cela était en
pratique ino,pérant e.t qu'on pouvairt rerprooher au système de
oonférer aux grandes PuiSsances, s.oit indivi'duellement, soit
en grory.e, un 'droit d'intervention dans la constitut,ion inté-
rieur,e des Etats en guestion,
'intervention gui poitvairt se pro-
duire en rrue de fins purement poùitique's. Dans le nouveau
système, Ia $arantie appartient à la Ligue des Nations. Les
-117-
clauses ooncernant oette garantie ont été soig:neusement rédi-
gées, afin de tbien démontrer que ùa Pologne ne risque en
auicun oas d'êtne miise sous ,la tutelle des Puissanoes signa-
taires du présent Traité.
Vous ne manquerez certainerment pas de remarquer aussi
qu'une garantie a été insérée dans le Traité, pâr laquelle les
eontestatio'ns s'élevant au sujet des garanties en question
devront être portées devant le Trib'unal de la Ligue des
Nations. Par là, les différends qui surgir,ont échapperont au
domaine politique et passeront à la eompétence d'une Cour de
Justice : ainsi sera facirlit,ée une décision imtpartiale, tandits
qu'en même ternps tout dang:er d'intervention politique des
Puissam,ces dans les arffaires intérieures .de la Pologne sera
évité; : I i il. 'i:;.ïfl{S}
4. Les dispositions partirouilières auxquelles la Pologne
et les -autres Etats seront ihvités à aidhérer, diffèrent dans une
eertaine mesure de celles qui ont été imposées aux Nouveaux
Etats par Ia ,déeisi,on du Congrès de 'Berlin. En effet, les obli-
gations imposées aux Etat,s Nouveaux sollieitant leur reeon-
naissance, ont de tout temps varié avec les circonstanoes par-
t,iculières. Le Royaume des Provinees Unies, ren IBLA, avait
trJt cont'racter des engagerrnents rfonmels coneernant les pro-
vihces bellges qu"i étaient, à ce mo'ment, annexées au Royaume.
cela eonstituait une im,porta,nte restriction dans I'exbrcice illi-
mité de la souveraineté de la Holllande. r,ors d,e l'établissement
de son Royaume, la Grè'ee dut, a,cceipter une forme de g:ouver-
nement partieurlière : il dut être à la fois monarchique et
eonstitutionne,l i e'uand la Thessalie fut annexée à la Grèce,
iil fut stipuxé que Ia vie, la propriété, ra reli,gion et les cou-
tu,mes des habitants des localités eédées à ta Grèoe et qui
passaient sous I'ad'ministration hellénique, seraient scrupu-
leusement res,pectées; ces habitants ;devaient jouir des mêmes
droits civi;ls et politiques que les sujets greos d'origine. Des
stilpulations très précises furent insérées pour assurer la sau-
vegande de's inférêts de la popu,,lation musulrrnâro de ce ter-
ritoire.
Les Puissa'nces ont, aujourd'hui, à envisager une situation
toute nouvelle et ,llexpérience a montré que de nouveiles dis-
positions étaient néeessaires. Les territoires qui sont aetuel-
lernent transférés à ra Pologne ou à d'a'utres Etats, renfer-
mont ihévitab;lernent de nombreuses popu,lations parlant des
langues ap'partenant à des races ,rlifférentes de cellà du peuple
auquel el'les vont être in.corporées. Mais de long:ues ,rrnoe,
de vive hostilité ont amené ces dilrférentes races à des divi-
sions des plus graves. Nous espérons que ces populations se
_118_
réconcirlieront plus faci,lement aveo leur nouvelle situation si
elùes se savent, dès le déhut, ass'urées de la proteotion et des
garanties né,cessairres contre tout danger de traite'ments
injustes ou d'orppression. On peut mêrme espérer que la seule
connaissance tdg I'existenrce de ces garanties aidera matériel-
lement à une réoonoiliatiori que tous désirent i êt, en même
tenrips, le ifait que ces garanties sont stipulées permet d'es-
pérer qu'iù ne sera p'âs nécessaire de les renforcer.
5. En o9 qui concerne les olauses triartioulières du pré-
-
sent Trai[é, les c,laus'es 2 et 5 sont destinées à assurer que
tous les résidents in'digènes des territoires actuellle'ment trans-
férés sous la souveraineté polonaise jouiront de tous les pri-
vilèges des oitoyens. L'arti,ole 6 garantit à tous les habitants
les droits élémentaires qui sont ,assuré's dans tout Etat oivi-
litsé. Les articles 7 et 8, mis en hanmo,nie aveo le précédent,
empêchent toute injusti,ce à l'égard des citoyens polonais qui,
par leur religion, le,ur langage et leur ra,oe, diffèrent de la
m,ajorit,é de la population poilonaise. D'ailleurs, les Puissanoes
savent que, l,oiTr d'élever des obje,otions oontne la substance de
ces articles, le Gouvernement polonais a déjà, de son plein
Bté, dêclaré sa ferrne intention de baser ses institutions sur
les prinoip0s essentite,ls énonoés ic,i.
Les arti'oles suivants diffèrent des précédents en ce qu'ils
visent des privillèges réservérs à certains groupes do mino-
rités. En arrêtant la rérdaotion finale de ces derniers artioles,
les Puissanoes ont, tenu conlp_te des suggestions de votre
msmorandum du 16 juin : aussi ces arti,cles ont-ils subi que,l-
ques mordifications. Le -texte actuel rfait apparaitre claire,me,nt
que les privirlèges spéoiaux de I'article 9 ne sont prétendus
aux oitoyens po,lonais de langue al,lemande que dans les par-
ties de la Pologne transférées de I'Allermagne à la Pologne
par le Traité de Paix aveo I'A,llemagne. Les Allemands des
autres parties de la Poùorgne ne pourront pas se baser sur
cet artiole pour en revendiquer les privilèrges. rls dépendrônt
dono uniquement de la générosité d,u gouvernement poto-
nais et leur oas sera, en effet, le mê.rne que celui rdes citoyens
allemanrds ide langue po'lonaise en Allema,gne.
6. Les clauses l0 et l,l, traitent express,é,,ment l,e pro-
blème -des oiitoyens juifs de la Pologne. Les informations par-
venues à la oonnais,sance des principales Puissa,n,ces alliées et
assooiées, en 0e qui concerne les relations entre les Juifs et
les autres citoyens po[onais, ont amené ces dernières à la con-
clusion qu'en raison du développement historique de la ques-
tion iuive et'des passions susoitéres à cet égand, une proteo-
ti'on spé;oiale est néoe'ssaire pour les Juifs. Les olauses pro-
, -119-
posées ont été lilmitées au nrinimum indispensable, à savoir :
le maintien'des écoiles juives et la protection des Juifs dans le
lihre exercice des prescriptions religieuses du Sabbat. Ces
clauses ne doivent créer aucun obstacle à I'unité politique
de la Pologne ; elles ne oo'nstituent nu'llement une reoonnais-
sance des Juirfs en tant que comtmunauté politique autonome
ou séparé,e à I'intérieur de I'Etat polonais. Les dispositions en
matière d'éducation ne contiennent rien qui dépasse oe qui
est prescrit en cette matière dans les Etats les plus mo'dernes.
Il n'y a rien d'incompatible avec la souveraineté de I'Etat dans
le fait de reconnaitre et d'aooonder proûection à des écoles
oir ,doivent être élevés des enfants sous I'infiuenoe relilgieuse
à laquelle ils sont aoooutumés chez eux. On s'est empressé
de prendre larrgeunent to'utes précautions contre tout usage
d'une l,angu€ non p.olonaise da'ns des buts favorables à I'es-
prit de séparation, c'est ,pour cela qu'il est stipulé expressé-
ment que les dispositions du Traité n'empêtchent pas I'Etat
polonais de rendre obligatoire I'instruction en langue polo-
naise dans toutes écoles ou établissements d'éducation...
7.- (Passage r,s, ls,f,ilf aux clauses éconorni-
ques oontenues dans le chap'itre fI du
projet de Traité.)
Je rne prermets, en terminant, d'elprimer de Ia part des
Puissances alliées et associées, la satisrfaction très profonde
qu'el,les éprouvent du rétablissement de la Pologne en tant
qu'Etat indépendant. Elles ardressent condialement leur salut
f,e bienvenue à la Nation polonaise au mo,ment de sa renfrée
dans la famille des Nations.
Elles rappeillent les grands services que I'anoien Royaume
de Pologne a rendus à I'Europe, t,ant dans les affaires publi-
gues que par sa contribution au progrès de 'la civilisation,
@uvre oommune de toutes les nations oultivées. Elles comp-
t,ent que la voix de la Pologne viendra témoigner de la sag:esse
de leurs délilbérations communes p'our la ,câuse de la paix
et de I'harmonie générale, et que toute influenoe de I'Etat
recréé sera dirigée ultérieurement vers la liberté et la jus-
tioe, aussi bien à I'intérieur qu'à rl'extérieur. Par là, la Polo-
g:ne aidera à l'æuvre dre la ré'conicilitation entre les Nations, qui
est la tâohe comtmune de I'h'urmanirté.
Le Traité par leque;l la Pologne déclare rformellement
. devant le monde sa détenrnination de maintenir les prinoipes
de justiee, de liberté et de tolérance quî ont été les principes
directeurs de I'ancien régi,me de la Potlogne et par lequel e,lle
regoit en même termps, sous la forme la plus expli,eite et Ia
p,lus sollennelle, la confirmation rde son retour dans la famill,e
_120_
rtes Nations indépendantes, sera signé par la Pologne et par
les prinoipales Puissanoes a,lli,ées et associées au moment
même de la signature du Traité de P,aix avec I'Allemag'ne.
Veuil,lez agréer, Monsieur le Président, les assurallces do
ma très haute considération.
Signé : CLEMENCEAU.
Paris, le 24 juin {919.

La lettre de M. Clemenceau mentionne' à plusieurs re-


prises, que, sous I'influence du memora,ndum polonais du 16
juin, la Confér,ence de la Paix aveit eccepté de rem&nier
sur quelques points le projet du tnaité. Il ne ser& done pas
$&ns intérêt de 'signaler ici, sommeirement, les plus impor-
tants de ces remeniements.
Le necueil de documents ,officiels du gouvernement polo-
na,is, cité déjà plus haut, concernant le traité des minorités,
pub.lie, outre le premier proiet du 21. mai {9{9 et le dernier
du 24 juin annexé'à la lettre de M. Clemenceau, encore un
troisième projet').n est regrettable que se date ne soit pas
indiquée. Mbis, dlaprès son contenu,'l'on peut estimer facile-
ment que ce troisième pnojet date d'une époque se pleçant
entre les 16 eI24 juin i.9{9.
Si I'on compare le premier projet du 25, mai a,vec le
texte définitif du traité, on peut noter les importantes modi-
fÏcations suivantes:
Le premier alinéa de I'art. 9 concernant les facilités qui
doivent être accondées aux minorités pour que l'enseignement
soit donné aux enfants dans leur propre langue, a été re-
manié dans ce sens qu'il doit être apptiqué, non pas à I'en-
seignement en général à tous les degrés, mais uniquement
aux écoles primaires.
Un troisièm'e alinéa a été adjoint à I'article 9 concer-
nant les dnoits des minorités quant a,ux affaires scolaires,
aux termes duquel les dispositions des deux premiers alinéas
ne seront applicables aux ressortissants polonais de langue
allemande que dans les parties de la Pologne qui étaient
territoire allemand au i.er aott L9lth. De la sorte, ont été ex-
clus du bénéfice de ces dispositions les Allemands, per

(l) Voir z Délégation Polonaîse à Ia Conférence de k Paix, p.33-40.


-121-
exemple, de la Pologne du Congrès. Certains auteurs vou-
draient, expliquer cela, de même qu'on I'admet aussi pourle
cas de la Finlande, par le fait que la Conférence de Ia Paix
estimait alors qu'elle n'était pas autorisée à prendre une
décision concernâ,nt les territoires qui appartenaient eupe-
ravant à la Russie. Comme on peut cependant slen rendre
compte d'après I'historique de cet alinéa, cette hypothèse
n''est pas tout à fait'exacte. Le Conseil Supême avait proba-
blement voulu tout simplerhent faire une concession à la
Pologne pour lui montrer qu'il avait pris en considération
son argument concernant I'absence de réciprocité de la part
de I'Allemegne.
Une autre modifieation consistait en ce qu'au lieu de
I'articlê tout à fait général relatif à Ia garantie des dispo-
sitions ,concernant les dr,oits des minorités par la Société des
Nations (art. {4 du projet du 2{. mai), la procédure a été
exactement exposée dans I'art. 12 du traité. Du reste, eet
article a été ,aussi remanié dans cesens que, pour la modi-
fieation des dispositions du traité, l',assentiment de la majo-
rité du Conseil de la Soeiété des Nations suffit et qu'une
décision unanime n'est plus néoessaire, ainsi que le prévoyait
le premier projet
De même, des modifications furent aus'si introduites dans
les deux artioles du traité concernant spécialement les Juifs,
et sur lesquels nous nous arrêterons dans le chapitre suivant.
Dans Ia lettre à M. Padenewski, les principales Puissances
"

alliées et associées soulignaient expressément que les (dé-


cisions> qu'elles lui,communiquaient étaient afinales> et que
le texte du projet annexé lui était présenté égalemet <dans
sa forme définitive>. C'étaient là des paroles nettes &ux-
quell,es la Pologne devait donner une réponse non moins
claire.
En fait, deux jours après, Ie 26 juin, M. Paderewski
faisait connaître a,u Conseil Suprême que Ia Pol'ogne était
prête à signer la convention'). n basait cette déeision sur Ie
fait que les modifications projetées dans le memorandum
polonais du 16 juin avaient été, en grande partie, prises en
considération; que le principe de la pleine souveraineté de
I'Etat polonais était solennellement reconnu et procla,mé

(l) Ibid., p. 57.


,ttz
-
dans le traité et que Ia nouvelle organisation des relations
internationales prévoyait, en général, de la part de la société
des Nations, une lngérence da,ns les affaires extérieures et
intérieures de tous les Etats souverains, ainsi qu'une juri-
diction permanente pour toutes questions ayant,rr, ruruôÊru
international.
cependant, la lettre contient aussi deux réserves.
Tout d'abord, Ia Pologne demande, au nom de la justice,
gr'il soit stipulé que la nombreuse population polonaise des-
tinée à rester sous Ia domination âttemandË jouisse des
mêmes droits et privilèges en ce qui ,concerne lâ langue et
la.culture qug ceux accordés au* Allemands devenis, en
raison du traité,_d9s citoyens de la République de pologne.
Ensuite, Ia Pologne soilicite Ia moaincation du texie de
I'art. 9 en proposent Ia rédaction suivante pour le deuxième
alinéa: <Dans Ies villes et districts oir résidï une proportion
<considérable de ressortissants polonais de confemiori juive,
<<il sera assuré à cette minorité une part équitable
daïs la
<répartition des sommes qui poumaiônt être prélevées sur
<<'les.fonds_
nub_Licg, munieipaux ou autres, dans ùn but d'édu-
<<oation, de religion ou de charité. ces sommes seront
em-
aployées à l'établissement, sous le contrôle polonais, d,écoles
<<primaires dans lesquelres les besoins d; culte israélite
<seront dûment respectés et 'oir Ia langue populaire juive
<(yiddisch) sera considérée comme lan{ue huxiliairer.
La seconde demande est quelque peù ét"ange en ce sens
que c'est I'articfe l0 du projèt qùi traitait spéiialement des
écoles. juiyel,
{or9 que ltarticle b devait r'appliqoer à touies
Ies minorités. peut-être Ia porogne entenaait-enô par Ià
Jire
indirectement qu'elle était d'accord sur Ie deuxième alinéa
de I'article 9 sous. Ia f,orme par elle proposée en ce qui
concer-
ne les Juifs, mais gu'elle n'était pas -cisposé,e à i'appliqo.*
quant aux autres minorités.
Le lendemain, zz juin, M. paderewski ,confirme aussi
oralement, dans la séance du conseil suprême, grr'il *rt
prêt gsignerle traité. Ir. juge cependant ufite de' sbulever,
une fois de pI r-f , Ia question concernant l'Alremagne. s,r, ïa
base du principe généralement admis de Ia réàprocito, lt
demande. que I'on impose à I'Allemagne également des
en-
gagements envers ses minorités. LeJmemlres du c,onseil
suprême lui répondirent qu'au fond ses observations étaient
ï

-123-
peut-être justes, mais qu'il était cependant impossible d'obli-
ger, quant à présent, I'Allemagne à signer un traité de cette
nature. Il est intéressant de noter qu'au cours des débats, on
avait essayé de calmer M. Paderewski en lui disant que plus
tard, lorsque I'Allemagne solliciterait son entrée au sein de
la Société des Nations, il subsisterait toujours une possibi-
Iité de I'entretenir de cette question. Il fut également souligné
que plus le traitement de la minorité allemande par la Po-
Iogne serait favorable, et plus celle-ci serait fondée à s'atten-
dre à ce gue I'Allemagne réservât un bon traitement aux
Polonais. M. LtoSzd George fit observer à cette occasion qu'une
attitude équitable à l'égard des minorités était dans les
intérêts de Ia Pologne même, et Ie Président'Wilson ajouta
que ce n'est que de cette façon qu'elle pourrait faire des
Allemands <des citoyens satisfaits et fidèlesn.
Le 28 juin {.9{,9, Ie j,our même otr fut signé le Tr,aité de
Versailles, la Pologne appose s& signature sa,ns auoune
condition ni réserve sur le traité des minorités.
Ainsi prirent fin les négociations ardues et compliquées
qui avaient duré cinq semaines et dont I'issue, comme te fait
rem&rguer Hudson 1), n'était pas tout à ,fait certaine jus-
qu'au dernier moment.
Le premier traité des minorités signé, il était clair que
tous les autres Etats auxquels la Conférence avait décidé
d'imposer des obligations internationales, ne pourr,aient que
.suivre I'exemple polonais. C'est ce qui s''est produit, effec-
tivement, à I'exception, toutefois, de la Yougoslavie, et sur-
tout de la Roumanie.
Ces deux Etats ne voulurent, en aucune façon, se plier
à la volonté du Conseil Suprême et les négociations avec eux
exigèrent des mois entiers et souvent revêtirent un earactère
très sérieux. Ces deux Etats proposèrent comme solution
tnansactionnelle que les dispositions concernant la protection
des minorités ne s'oppliquassent qu'aux tenitoires qui leur
seraient conférés par la Conférence de la Paix et non au
reste de leurs pays. Mais le Conseil Suprême s'en tenait
fermement à sa décision et ne voulait consentir à aucun
compromis. L,,'on arriva bientôt à ce point que, après que les

(l) Mldry,O Hudsolr, article cité dans Ce qui se pdssd réellement à


Paris en l9t8-t919, p. 172-173.
-121-
principales Puissa,nces alliées et assoeiées eurent, le {.0 sep-
tembre lgL9, signé le traité avec I'Autriche, la Roumanie et
Ia Yougoslavie se refusèrent à y apposer leur signature, ca,r
ceci aurait signifié qu'elles donnaient aussi leur agrément
aux traités des minorités.
C'est plus tard seulement, après s'être persuadé que
toute continuation de résistance n'amènerait &ucun résultat
tangible, QUe I'Etat Serbe-C,roate-Slovène donna enfin, par
une déclaration du 5 décembre Lglg, son assentiment &u
traité.
Bien plus difficiles et comptiqués furent les pourparlers
&vec la Roumaniel). Il ne faut pas perdre de vue qu'en au-
tomne l9lg,Ies relations entre la Roumanie et la Conférence
de la Paix étaient, en général, très tendues, et même sur Ie
point d'être complètement suspendues.
Le Président du Conseil roumain, Bratiano, demeurait à
Bucarest et ne répondait à aucune des questions et demandes
parvenant de Paris. A tel point que le Conseil Suprême avait
jugé utile dlenvoyer en Roumanie un délégué spécial, le
nouvea.u Ministre britannique à Prague, Sir George Clerk.
Bien qu,e la mission de celui-ci ne consistât principalement
qu'à traiter avec le gouvernement roumain les questions en
relation avec I'occupation de Budapest, Sir Clerk, en arrivant
à Bucarest, dut consacrer une grande partie de ses négo-
ciations préoisément à la question du traité des minorités.
Si grande était I'importance que prenait, à ce moment cette
question au centre de Ia vie politique roumaine et de Poppo-
sition à Ia Conférence de la Paix, et tant 'elle préoccupait
tous les esprits de ce pays ! Bratiano, qui avait alors précisé-
ment donné sa démission, cherchait à ,créer dans le pays
un vigoureux counant dlopinion publique contre le traité.
Il incitait les masses du peuple et les organisait presque
pour une <résistance nationale>, espérant rnaintenir &u
moyen de cette propagende sa popularité sur Ie point de
sombrer.

(l) Voir à ce sujet'H. W. V. Temperley, op. cit., vol. IV (chapter


IV, part. lI : Rumania and the Redemption of the Rumanians), p. 731 et
-:,uivantes. Comparer aussi avec z Bull.etin du Comité des DéIé,gations Juilses
cuprès ile la Conférence ile Ia I
Poix,, n" 5, 29 aoït 1919, p. à2 (u Lu
Roumanie et la Question des Minorités >).

:i

ti:

.L
'fr
.llt,

,fl
-t25 -
Au début d'octobre i.919, sir clerk rentra à Paris 0t,
dans son rapport au Conseil Suprême, il lui rendit compte
aussi de la résistance vigoureuse qui se manifestait en
Roumanie con[re le traité des minorités. Les négociations
a,vec la Roumanie furent encore poursuivies pendant quel-
ma,is s&ns aucun résultat.
- Asemaines,
ques
bout de patience, le Conseil Suprême envoya enfin à
la Roumanie, Ie 2& novembre L9L9, un ultimatum par lequel
il lui impartissait un délai de 8 jours pour remplir loutes
les demandes de la Conférence et la menaçait, en ca,s de non
exécution, de rompre avec elle toutes relations. Ce délai s'é-
coula sans qu'aucune réponse satisfaisante ftt parvenue de
la part de la Roumanie. Le 3 décembre, le Conseil Suprême
mi[ de nouve&u ce peys en demeure et lui accorda enctxe 6
jours, c'est-à-dire jusqu'au 8 décembre {9{9.
- Acculée, la Roumanie ne put plus user d'aucun subter-
fuge. Force lui fut de s'incliner et le 9 décembre, le représen-
tant, roumain à Paris, le général Coanda, signait le traité sur
les instructions du nouvèau Président du Conseil roumain,
le Dr Yaïda-Voevod.
A ta fin de I'année L9L9, des dispositions concernant les
des traités spéciaux
minorités étaient déjà signées
- dans par 6 peys: le 28
ou dans les traités de paix généraux
juin 19i.9 à Versailles, le traité avec la Pologne (entré en
vigueur le {0 janvier 1920) ; le {0 septembre LgL9, à St-
Germain-en-Laye, les traités avec I'Autriche et la Tchécoslo-
vaquie (entrés en vigueur le L6 juillet {.920) ; le 27 novembre
19i.9 à Neuitly-s-Seine a,vec la Bulgarie (entré en vigueur le
9 août {920) ; le 5 décembre 1919, la Yougoslavie donna son
agrément au tr,aité du {0 septembre i.919 de St-Germain-en-
Laye (entré en vigueur le {6 juillet {920) et Ie 9 décembre i.919
fut conctu à Paris le traité des minor{.tés &vec la Roumanie
qui entra en vigueur le 4 septembre 1920.
Au cours de I'année {920, ont été conclus des traités avec
la Hongrie, la Bulgarie, la Turquie et I'Arménie. Le traité
B,vec la Hongrie a été signé à Trianon Ie I* juin L920 (entré
en vigueur le 26 juin LgzL); le traité a,vec la Grèce à Sèvres le
{0 aott L920 (entré en vigueur le 30 août L924); Ie traité
signé à Sèvres le {0 eoût Lg20 &vec la Turquie n'a pas été,
comme on le sait, ratifié par celle-ci et a, été, per la suite,
remplacé par le traité de Lausanne du 24 juillet L923 (entré
_t26 _
en vigueur le 6 août L924). Par contre, le traité signé le {.0
août L920 à Sèvres â,vec I'Arménie nlest jamais entré en
vigueur par suite de la fin si tragique de l'Etat, arménien.
C'est le premier traité des minorités a,vec Ia Pologne qui a
servi de modèle pour l'éIabonation de tous les traités des
minorités. Il ne rentre pas dans le oadne de la présente étude
de faire un examen de doctrine et une analyse juridique des
différents traités ni de comparer leurs textes" On peut dire,
en règie générale, QUe les dispositions de tous les traités des
minorités sont, à peu de choses près, identiques. Coe,i ne fut
pas I'effet d'un hasard, mais le résultat d'une politique cons-
ciente que la Conférence de la Paix avait adoptée sur ce point.
L'échange de lettres à ce sujet â,vec les Délégations autrichien-
ne et hongroise de paix, montre avec clarté le point de vue
du Conseil Suprême en cette matière.
Le projet du traité des minorités avec I'Autriche du 2
juin l.9Lg subit, après avoir été remis à la Délégation autri-
chienne, des modifications de llond afin d'en faire concorder
la teneur a,vec le traité conclu avec la Pologne. Le Conseil
Suprême communiquait offici,ell'ement à I'Autriche, dans sB,
note du 2 septembre i.919: <Il semble que cette Délégation
<<ait également le désir que les devoirs imposés à I'Etat
aautrichien soient, autant que possible, les mêmes que ceux
<don[ se chargent d',autres Etats qui faisaient partie de I'an-
<<cien Empire austro-hongrois. Les Puissances alliées et
<associées ont donc modifié ces articles en vue de les faire
<<accorder a,vec les clauses insérées dans le Traité &vec la
<Pologner').
Plus tard, quand la Délégation hongroise de Paix de-
manda au Conseil Suprême d'adjoindre aux droits contenus
dans le projet qui lui fut soumis certaines autres dispositions,
la Conférenoe de la Paix lui faisait, le 6 mai L920,la réponse
suivante: <Quant aux articles nouveaux dont ta Délégation
<hongroise demande I'insertion pour assurer plus oomplète-
amert la protection des minorités hongroises dans les terri-
<<toires voisins, les Puiss&nces regrettent, qu'il leur soit tota-
<lement impossible de les prendre en considération. Les
rcègles à imp-oser pour la protection des minorités dans tous

(l) Bericht iiber die Tiitigheit der ileutsch-ôsterreichischen Friedensde-


legation rn St. Germaïn-en.Lsye, Band ll, p. 325,
-w-
<rles Etats ayant subi de grands rema,niements territoriaux
<dans I'Europe orientale') ont fait I'objet de discussions et
<d'études très prolongées. Celles qui sont proposées par la
<Hongrie entraîneraient, si elles étaient adoptées, des com-
<<plioations insurmontablesr,).
Nous voyons, de cette façon, que le Conseil Suprême
considérait comme abs,olument souhaitable que les dispo-
sitions concerna,nt les minorités fussent, autant que possible,
les mêmes dans tous les traités. Cependant, ce désir n'allait
pas jusqu'à lui faire fermer les yeux devant la réalité et
I'empêcher de compter avec les intérêts spécifiques et les
conditions de vie particulières de certaines minorités, à
l'égard desquelles le texte général ne pouvait servir de pro-
tection suffisante et qui revendiquaient une règlemention
spéciale. Le Conseil Suprême et la Commission des nouve&ux
Etats et de protection des Minorités prêtèrent à ces ca,s per-
-ticuliers toute leur attention et des remaniements et amen-
dements nécessaires furent introduits dans les traités cor-
resp,ondants. La Conférence de la Paix procéda ainsi, en ce
qui concerne la protection des musulmans en Yougoslavic
et en Grèce, I'autonomie des Ruthènes en Tchécoslovaquie,
des Szeckler et Saxons'en Transylvanie, etc. Des stipulations
spéciales furent insérées dans quelques traités des minorités
en faveur des Juifs également, et nous allons en parler dans
le chapitre suivant.

(l) L'original porte : < dans I'Europe occidentale >. Il est de toute
qu'il _s'agit là d'une faute d'impression.
évidence_
Q) Lçt Négociatîons de la Paix hàngroise. Compte-Rqrdtr sur les tra-
vaux de^la Délégation de Paix de Hongrie à Narilly-s.-S. de janvier- à
nars 1920, tome II, p. 555.
CHAPITRE XII

LES DISPOSITIONS SPÉCIALES EN N'AYEUR


DES TTUTX'S DANS LES TRAITÉS DES MINO-
nrnÉs
Quand on a, présent à I'esprit la manière dont le problè-
me des minorités fut soulevé à la Oonférence de la Paix,
I'on ne peut guère s'étonner que, sur ces douze artigles, le
traité des minorités &vec la Pologne, élaboré en premier lieu,
et qui devait servir de modèle pour tous les autres traités,
en contienne deux spécialement consacrés à la question
juive. Il ne pouvait certes y avoir aucun doute sur la
question de savoir si les Juifs devaient jouir de tous les
droits garantis par le traité d toutes les minorités. Mais les
auteurs du trai[é ne crurent cependant pas pouvoir s'en
contenter et ils jugèrent utile d'assurer en outre etpressé-
ment le dnoit des communautés juives à une part équitable
des fonds publics attribués à I'enseignement, ainsi que de
garantir aux Juifs la possibilité d'observer le sabbat.
Ces deux dispositions liguraient déjà dans le premier
projet de traité du 2l mai i.9i.9, de sorte que la Délégation
polonaise put, dans sa lettre du 16 juin, préciser sa position
à l'égard des deux articles les énonçant').
La Pologne convenait qu'au cours des derniers temps les.
rapports entre la population juive et la population chrétienne
en Pologne slétaient fortement tendus. Elle rappelait que
depuis plusieurs siècles, les Juifs avaient trouvé asile auprès
de le nation polonaise, ainsi que des f,acilités pour organiser

(l) Délésation Polonaise à k Coûéretrce ile k Pdr, p. 18, ?Â, 28, 29.
--129_
leur vie religieuse. vers la fin du xvIII" siècle, la pologne
avait émancipé les Juifs cantonnés dans leurs ghettos et
même après la perte de son indépendance, elle s'était efforcée
cle leur conférer Ia plénitude des droits civiques. Les relations
polono-juives dur,ant tout le xIX" siècle furent empreintes
de bienveillance. Le désaccord actuel provenait de lbttitude
prise par les Juifs. La délégation polonaise dont, il
convient de ne pas I'oublier, M. Roman Dmowski, I'aclversaire
irréductible de l'égalité des droits des Juifs, fut I'une des
personnalités dirigeantes __ n'hésitait pas à, mettre en doute
la loyauté des Juifs envers I'Etat polonais en voie de créa-
tion paroe qu'ils auraient envisagé la cause polonaise comme
perdue.
La reconstitution de I'Etat polonais, {u0 res Juifs de-
vaient admettre comme un fait accompli, permettrait à la
nation polonaise de revenir à ses anciens piincipes dans la
question juive. Les relations entre Juifs et polonâis s,établi-
raient d'elles-mêmes en peu de temps d'une façon normale
et à la satisfaction des deux partis; tandis que la protection
accordée à la population juive en Pologne, én traniférant la
question sur le teruain international, pouruait seulement
créer des difficultés.
La Pologne combattait ensuite les droits qu'on désirait
accorder aux Juifs, faisant ressortir que les Juifs eux-mêmes
n'étaient pas d'accord sur ce point, les uns ne demandant
que J'égalité complète des droits, les autres une orgenisation
confessionnelle à part, dotée par I'Etat d'attributlons poli-
tiques, nationales, sociales, économiques, culturell.s ut li.r-
guistiques, qui transformeraient les Juifs en une nation
autonome. La Délégation pol,onaise rappelait également les
dissentiments entre leg partisans de lnhébreu et -du yiddisch.
La Pologne faisait valoir, en outre, que I'état de tran-
sition .9u.ry lequel se trouvait alors la- question juive ne
pe_rmettait guère de fixer, dans des form-es législaiives, les
r<droits nationaux et linguistiques des Juifsr sL pologne.
.
Elle se référait aussi à ceux d'entre les Juifs qui, bien qu'a"tta-
chés à leur religion, se regarclent comme étant de nationalité
polonaise, parmi lesquels les dispositions proposées provo-
queraient un profond mécontentement et donf eiles ïttire-
raient les protestations.
L'opposition de la Délégation polonaise se manifestait
-130-
evec une vigueur perticulière en ce qui concerne I'art. l0 du
projet de trâitO retatif au droit des communautés juives de
ôréôr un ou plusieurs comités scolaires et d'organis-er et de
diriger des écoles juives. Ce privilège ne manquerait pas. de
so,riéo.t affirmait la Pologne de la part des autres
- confessionnelles, des exi8ences analogues. It
organisations
pouvait ,conduire à l'établissement d'écoles réservées aux
êlèuæ d'une confession particulière, ce qui oontribuerait à
accentuer en Pologne les divergences religieuses. Cet, article
disait la Délégation polonaise était inadmissible, car il
-amènerait le fractionnement de -I'organisation politique en
organisations confessionnelles de droit pu-bl1c, privilégiées
soùr le rapport administr'atif, suivant I'esprit du Moyen Ag_e.
La pô[ogne ne se montrait guère plus satisfaite de
I'article concernant le repos du sabbat. Tout en convenant
que les Juifs avaient le droit de célébrer leur sabbat, la Délé-
$ation polonaise soulignait que ce droit pouvait devenir une
Jon*ce de ,conflits entre les Juifs et la population polonaise,
car la clause d'après laquelle <les Juifs ne seront pas astreints
<<à accomplir dei actes quelconques constituant une violation
<<de leur sabbatr, pouvait les autoriser à refuser les services
publics dans les emplois civils (fonctions de I'Etat, des
ôhemins de fer ou des communes) ou dans I'armée.
En refusant de donner a,u nouvel Etat polonais le temps
d'expérimenter dans la question juive les méthodes d'égalité
civique dont I'efficacité a été reconnue per les Etats-Unis, la
Grande-Bretagne, la France et I'Italie, et en distinguant la
population juive de son milieu à I'aide de privilèges spéciaux,
i*s C*andes Puiss&nces poursuivait la Délégation polonai-
se créaient une -
nouvelle question juive et assumaient
-
ainsi devant I'humanité une lourde respon'Sabilité 'pour le
cas oîr leur méthode, au lieu de continuer à résoudre pacifi-
quement la question, la poussereit dans des voies inconnues.
La Délégation polonaise ajoutait qu'on pouvait aussi ad-
mettre que les grandes Puissances se créaient par là de
fâcheusès surprises et elle essayait même de les intimider
en leur rappelÀnt que, se basant sur le précédent ainsi établi,
les Juifs, hbués d'une mobilité facile, ùclameraient ailleurs
également les privitèges nationaux dont ils jouiraient en
Pologne.
Comme on le voit, la Délégation polonaise, dans s&
_131 _
réponse 'du i.6 juin l9lg, avait consacré une attention sou-
tenue aux deux articles concernant spécialement les Juifs.
Elle cher,chait par tous arguments et objections possibles, et
souvent même contraires à la vérité, à persuader le Conseil
suprême que ces deux,articles étaient complètement inutiles
et même nuisibles et que le seul moyen dé résoudre conve-
nablement la question juive en pologne était de slen remettre
au gouvernemeni polonais lui-même. Les représentants juifs
à la conférence de la Paix durent, à ce moment, se ienir
constamment sur la brèche. Leur iacrre consistait à éclairer
les personnalités dirigeantes de ra conférence sur la situation
véritable de la grande collectivité juive de pologne, à leur
exposer leb besoins et misères de celte populationiainsi qu'à
prouver la nécessité absolue d'une garantie internationale
pour ses droits. Dans sa lettre à M. paderewski, M. clemen-
ceau se réfère d'ailleurs expressément aux uinformations
(parvenues à la ,connaissance des principales puissances
r<allié'es et associées en ce qui concernle les retations
entre les
<Juifs et les autres citoyens polonaisr.
rns objections de la Délégation polonaise n'obtinrent
pas le résultat visé. Elles ne furent pÀs. prises en considé_
ration, et les deux articles furent mâintenus dans le texte
définitif dq !rai!é a,vec quelques modifications, dont il sera
pallé plus loin. Le conseil suprême jugea seulement conve-
nable de consacrer un_paragrôprre spoclat
le lettre 'du 24 juin, adressée à-M. pbderewski et
[e sixième) dans
{ans le. chapitre précéd.*.qt, aux articles concernant"eproo,riie
lôs Juifs,
de justifier lgur nécessité absolue et d'indiquer dans quei
r
sens ces clauses devaient être comprises et interprétées.
L'article 4.0 du traité concernant I'enseignement dit:
<Des comités sc_olaires désignés sur place par leË
communa,u_
trtés_juives de Pologne, assureront, sour jr rotrtrôle gonerer
<de {'Etat, la répartiti,on de Ia part proportionnelle
des fonds
<publics assignée aux écoles juives-en àonformité de
I'article
---
<9, ainsi que I'organisation ei la direction de ces
ecotÀs.
- aI..,es dispositions de l'article g concernant I'emploi des
r<langues dans les écoles seront applicables auxdites
écolesr.
. A première lecture, l',on pourràit être tenté de croir.-t,ru
cet article n'est gu'gns répét1ti,on littérale de I'article o, q"i
le précède. En fait, il contient quelques modifications i;pâ;-
tantes qui prouvent avec évidence à quel point Ia conférôr.,

l,t

ii
lr
rl
il
ll
li
i;
-t32 -
de la Paix avait sincèrement cherché à assurer jouissance
aux Juifs,
u"u" ru plus oe procision et de garantie possible,la
de leurs droits.
Tout d'abord, il convient de faire remarquer- que dans
gouver-
I'article 9, alinéa â, it est question de I'obligation du
nement d,accorder a.ux minorités
(une part équitablel des

ro"o* publics. Dans I'article {0, ce - texle très élastique est


-rÀpr*ré par tt*pression tout à fait claire et excluant' tout
arbiiraire: ula part proporti'onnellerr ' qui
Dans t,ai,ià.'g, ù est question_de. fgnds_publics,
pat le budget de I'Etat, les bud-
<pourraient être attribués...
gàtr municipaux ou autresri; par contre, I'article 10 n'em-
<la part
ploie plus une forme hypothéfique, *.nip absolue:
i,propàttionnelle... assignée aux écoles juivesrr'
'- -b'uprès l'article 9tu traité, des fond! Pubtics.attribués
doivent
dans ,rn not diéducation, de religion ou de charité,
être assurés aux uminoriiés> ; I'aiticle {0 prévoit, par. contre,
juives par
ù;; ;r fonds doivent désignés sur place per-les-comm,u-
être répartis entre les écoles
d.* <comités scolaires
nautés juivesl. La pluparl des théori'ciens du droit
des

minorités considèrent qoï, bi.tt que I'article 9 mentionne les


<minoritésD comme tetttes, it n'en découle nullement leur
reconnaissance en tant qn. personnalité
juridique et que'
pr*liq".ment, les sommes ne iont pas transmises aux mino-
,iter ôn tant qu'entités juridiques,_mais_ à des personnes ou
institutiorr* ttt faisant partie '). Cela a d'onné lieu à des cri-
iiqo.r sévères du texte de I'article 9, et c'est à la lumière de
prin-
eeà critiques qu'on peut ssifir toute la sig-nification
de
cipe que por*au I'article t0 du traité. Il reconnaît expli-
juives
citemônt fa ptttonnalité juridique d9s communautés
et les chargô de créer les- organes de I'autonomie scolaire
j uive.
Dans les premiers pr,ojets du tr,aité, il était du reste
question, non de ucomités scolaires désignés sur place per
les communautés juives ,en Pologne))r mais de
(un ou plo-
sieurs comités scoiaires)) '). SouJl,a pression de I'opposition
pofo"*ite, telle'qu'elle s'était exprimée' en outre, dans les

(l) Voir : .A,ndré Mandelstam, op. cit', p' 435-436' Comparer aussi :

I""àÉr Fouques Duparc, op- cit., p. 253 et suivantes'


'*iij- Ditiiitio" PàIonaise Ia Coiîérence ile la Paix, p' t8.
-'ht
I
i

tl

-133-
lettres déjà rappelées, le Conseil Suprême consentit à rema-
nier le texte pi.ôcédent en limitant lÀ disposition unique_ment
à r<des comités scolaires désignés sur placel et en excluant
ainsi la possibilité de créer aussi un comité scolaire central.
Il est encore une distinction frappante à faire dès qu'on
compere attentivement les textes des articles 9 et i-0 du tr'aité
avec la Pologne.
Aux terùes de I'article 9, alinéa 3, ltobligation contenue
dans cet article ne serait applicable, nous I'avons vu' &ux
ress,ortissants polonais de langue allemande gue dans les
parties de ta Pôlogne qui, au i.er aott Lql't*, étaient territoire
àilemand. Par conlre, farticle L0 n'énonce, en ce qui concer-
ne les Juifs, &ucune limitation à I'une quelconque de1-Parties
du territoire polonais. Ifor L. Evans y voit I'indice que
les Puissances se souciaient vraisemblablement plus de I'a-
venir de la langue des Juifs que de celui de I'allemand dans
I'ancienne Pologne congressiste 1).
La deuxièrne disposition en faveur'des Juifs, dans le trai-
té des minorités avec la Pologne figure à I'article 4.{ concer-
nant I'observance du sabbat. Cet articte stipule: <Les Juifs ne
<seront pas astreints à accomplir des actes quelconques
<constitùant une violation de leur sabbat, et ne devront être
<frappés d'aucune incapacité s'ils refusent de se rendre
uaevïnt les tribuna.ux ôu d'accomplir des ectes légaux le
<jour du sabbat. Toutefois, cette disposition ne dispensera
upas les Juifs des obligations imposées à tous les ressortis-
usants polonais en vue des nécessités du service militaire, de
<.la défônse nationale ou du maintien de I'ordre publie>.
<<La Pologne déclare son intention de s'abstenir de
<prescrire ou d'autoriser des élections, soit générales, soit
uioeales, qui auraient lieu un samedi; aucune inscription
<électoralé ou autre ne devra obligatoirement se faire un
<samedi>.
L'introduetion de cette disposition dans le traité avait,
elle aussi, nous I'avons dit suscité une résistance éner-
- -
gique de Ia part de Ia Délégation polonaise. La question a dt
ôtrb soumise à la décision du Conseil Suprême. On a I'im-
pression, .en considérant les délibérations du Conseil sur

(t) Ifor L. Evans. The Protection of the Mînorities. Brilish Year Book
of iniernational Lsp, 1923-1924. London, 1923, p. 108-l()9.
-134-
cette question, qu'â,u début les membres du Conseil n'avaient
peut-être pas ,complètement saisi en quoi, à proprement
parler, consistait I'importance pour les masses juives de cet
article, et quel rôle jouait le sabbat dans la vie juive. C'est
'Wilson avait demandé,
ainsi, par exemple, que le Président
au cours de la discussion, pour quelle raison les Juifs ne
désiraient pas que des élections eussent lieu le samedi, alors
que dans des peys chrétiens celles-ci se déroulent précisé-
ment le dimanche. Après avoir reçu de ses experts les infor-
mations et précisions nécessaires au sujet de cette question,
le Conseil Suprême établit définitivement le texte de cet arti-
cle, tel que nous le connaisson's maintenant.
Celui-ci ne se distingue du texte antérieur du 24- mai
que par le fait qu'au premier alinéa furent ajoutés les mots
suivants: aT,outefois ,cette disposition ne dispensera pas les
<Juifs des obligations imposées à tous les ressortissants
<polonais en vue des nécessités du service militaire, de la
adéfense nationale ou du maintien de I'ordre publior.
Pour éviter toute interprétation restrictive de I'article
Ll, les représentants juifs avaient demandé à la Conférence
d'assurer expressément aux Juifs dans cet article le droit
de travailler le dimanchel). Or, dès après la signature du
traité, il est apperu que la Conférence avait, commis une
grande erreur en ne prêtant pas à cette revendication I'atten-
'tion voulue. Le gouvernement polonais décida aussitôt d'in-
troduire le repos dominical obligatoire. Il viola ainsi la
Iiberté de croyance et de conscience de ses trois millions de
citoyens juifs, placés ainsi devant la grave alternative
d'enfreindre la sainteté du sabbat ou de ne travailler que 5
jours per semaine.
Tels sont le contenu et I'historique des deux articles
insérés dans le premier traité des minorités spécialement en
faveur des Juifs.
On pouvait, semble-t-il, s'attendre à ce que ces dispo-
sitions fussent aussi incorpor,ées dans les traités conclus avec

(l ) Cette revendication figure à I'article I du mem orandum du << Comité


des Délégations Juives auprès de la Conférence de Ia Paix >>. Le < Joint
Fore_ign Committee > est, lui aussi, tout particulièrement intervenu à ce sujet.
l-e 20 mai 1919, il a adressé, sur cette question, une lettre spéciale et détail-
lée, ,au Président du Conseil Britaunique, M. Lloyd George. Voir : Rqort
ol the Delegatîon of the tews of the Britîsh Empire, p. 82-83,
-135-
les autres peys, du moins avec ceux oir vivent de grandes
mâ,sses juives, comme,per exemple, la Roumanie, la Hon-
grie,
- etc.
En fait, nous constatons que la Conférence de la Peix
s'en tenait de moins en moins à sa, position de principe,
qu'elle penchait de plus en plus vers toutes s0rtes de conces-
si,ons et de compromis pourvu que les pays consentissent à
signer les traités.
L'art. 4.0 concernant I'enseignement ne se trouve dans
aucun autre traité. C'est avec raison que quelques journaux
français et anglais avaient écrit, le jour otr la Roumanie
signa le traité des minorités, que la Conférence de la Paix
avait sacrifié I'es dispositions spéciales en faveur des Juifs
pour facititer I'aoceptation du traité par la Roumanie').
Il est utile de rappeler qu'une disposition analogue à
I'article {0 du traité avec la Pologne avait figuré dans I'article
{48 du traité de Sèvres. Cet article prévoyait que <les fonds
((en question seront versés aux représentants quali{iés des
((communautés intéresséesr. Les Juifs ayant été depuis
toujours considérés, en Ttrr'quie, comme un <<mi,letn (na-
tion), cet article se fût appliqué à eux également s'il était
entré en vigueur. Mais il fut supprimé et, d'après le nouveau
texte de I'article 40 du traité de Lausanne, <<Ies fonds ser,ont
<<versés aux représentants qualifiés des établissements et
<<institution's intéressésr. Ainsi, on ne parle plus de représen-
tants de communautés ni même d'organes locaux, comme
dans I'article 4.0 du traité a,vec la Pologne, mais simplement
de représentants d'établissements et d'institutions.
Les dispositions concernâ,nt le sabbat ne se retrouvent,
avoc de légères modifications, que dans le traité des minorités
avec Ia Grèce et, sous une forme quelque peu différente, dans
le traité de Lausanne également. Le texte de I'article 4.0 du
traité a,vec la Grèce diffère de l'article {.i. du traité avec Ia
Pologne sur deux points: d'abord cet article ne s'applique que
<<dans les villes et districts oîr réside une proportion considé-
<rable de ressortissants grecs de religion juiveD et, ensuite,
il ne contient pas I'interdiction de prescrire des élections le
samedi.

(t) Voir : Bulletin du Comité àes DéIégations tuîoes auprès de Ia Con-


férencede la Paix, n" I I du 19 février 1920, p. ll.
t"

-136-
Aux termes de I'article l*3 du traité de Lausanne' <les
<<ressortissants turcs, appartenant aux minorités non-musul-
t<rIlB,IIes, ne seront pal âstreints à accomplir un acte quel-
ncotqué constituanl une violation de leur foi ou de leurs
.,pratiques religieuses, ni frappés d'aucune incapacité s'ils
nrefusônt de comparaltre devant les tribunaux ou d'accom-
<plir
' nquelque actelégal le jour de leur repos hebdomadaire...ir
-clair
est que ôes stipu,lations où il s'agit de minorités
non-musulm,anel s'appliquent aux Juifs également. Elles
diffèrent du texte du lraité grec en.ce qu'elles sont appli-
cables sur tout le territoire du peys et non seulement dans
certeins districts, et du texte des traités grec et polonais en
ee qu'elles ne contiennent pas I'interdiction concernant la
fïxatiôn d'élections le jour du sabbatl).
Le traité des minorités avec la Roumanie contient aussi
un article spécial relatif aux Juifs. La nécessité de I'intro-
duction de ôet article était dictée par toute I'histoire de la
qu,estion juive dans ce peys. Le Conseil Suprême, si disposé
qu'it ftt aux plus grandes concession's, ne- put_ et _ne voulu[
y renonoer. C'est I'article 7 du traité qui dit: <La Roumanie
i,s'engage à reoonnaître comme ressortissants"roumains, cle
<pleii d'roit et sans &ucune formalité, les Juifs.'habitant totts
uies territoires de Ia Roumanie et ne pouvant se prévaloir
<d'&ucune autre nationalitétr .
Cet article devait enfin résoudre la questi'on st doulou-
reus,e de la nationalité des Juifs en Roumanie, question qui
attendait sa solution depuis quarante et une longues années.

(l) Il est intéressant de noter que, d'après I'article 150 du traité de


Sèviei, cette stipulation ne devait s'appliquei que_ dans- les villes et districts
où l"r'minorités'forment une proportion ionsidérable de la population; èet
article stipulait, en outre, expressément qu'il s'tagissait de << ressortissants ottg'
mans de religion chrétienne ou iuive >,
OONOLUSION

Au cours de cet ouvrage, nous nous sommes efforcé de


nous tenir, suivant le plan que nous nous étions imposé, dans
le cadre d'une étude historique. Pour cette raison, nous nous
sommes écarté de toute analyse de doctrine des traités des
minorités, ainsi que de tout examen critique de leurs diverses
stipulations.
<<Rien n'entre au monde en état de perfection, ni I'hom-
me, ni les institutions qu'il crée. Evolution souvent lente et
pénible, c'est Ia loi de I'univers>. Ces paroles prononcées par
le premier Président de la Cour Permanente de Justice Inter-
nationale de la Haye, M. B. C. J. Loder, dans son discours
d',ouverture de cette juridiction suprême, s'appliquent cer-
tainement aussi aux traités des minorités, tels qu'ils sont
nés des délibérations de la Gonférence de la Paix de {.9[9-{920.
Sans être exempts, à I'instar de toute æuvre humaine,
de défauts et d'imperfections, ces traités marquent cependant,
sur le <<lent et pénible> chemin du progrès humain et du
développement du Droit International, une étape importante.
Certes, la question de la pr,otection de la personnalité
humaine préoccupait depuis longtemps la communauté
internationale et elle provoquait, de temps en temps, ce qu'on
appelait les <interventions d'humanité>. Toutefois, ces inter-
ventions en faveur des peuples opprimés n'étaient toujours
que des cas isolés, des exceptions à la règle, et elles étaient
basées, non sur une norme du droit positif, mais sur des
principes tout à fait généraux et abstraits du <droit natu-
rebr, ou du <droit intuitif r r oornme certains proposent de
I'appeler,
_138_
Il est également vrai que dans maints traités surtout
de la deuxième moitié du siècle passé qui ont- réglé des
-
modifications territoriales ou proclamé I'indépendance de
nouveaux Etats, furent insérées des dispositions spéciales
ooncerna,nt la liberté religieuse et l'égalité civile et politique.
Mais, dans tous ces c&s, il s'agissait presque toujours uni-
quement de la protection de minorités religieuses; on se
contentait 'd'une formule tout à fait générale, énonçant le
principe de l'égalité des droits et, ce qui est essentiel, les
engagements pris n'étaient appuyés d'aucune sanction, si
I'on ne veut toutefois considérer comme une sanction la très
problématique possibilité d'une intervention collective contre
un Etat récalcitrant, de la part de tous les co-signataires d'un
traité.
Un tout autre aspect, caractérise les traités des minorités
des années {.9{9-1920. En même temps que les minorités
religieuses, ils mentionnent et reconnaissent, et précisément
avant toutes autres, les <minorités ,de langue et de ra,cen, ce qui
n'est, en réalité, qu'une expression timide pour le terme
elair et net de r<minorités nationalesr. Le contenu des droits
accondés aux minorités a été formulé, non dans un bref arti-
cle de principe, mais il a été, nettement et en détail, précisé
dans une série de stipulations. Elllast not least, ces droits ont
été placés sous la garantie de la Sociéle des Nations et cle la
cour Permanente 'de Justice Internationale. La constitution
de Ia Société des Nations, qui a mis fin à l'état anarchique
de Ia communauté internationale, a rendu possible de char-
ger de la protection de ces droits, non des Etats individuels
,ou un groupe quelconque d'Etats, mais les organes suprêmes
de I'humanité orgarrisée.
Certes, Ia Société des Nations n'a pas encore rempli tous
les espoirs qu'on a fondés sur elle dans ce domaine, mais,
moins que toute autre chose, avons-nous I'intention de parler
ici de I'application des traités des minorités pendant les neuf
années écoulées et de leur réalisation. Ce que nous entendons
dire, c'est que, dans le processus d'évolution du Dnoit Inter-
national, processus en bours et qui conduit encore gue
Ientement et souvent avea des zigzags
- à la reconnaissance
$e Ia suprématie du Droit International sur le Dr,oit Etatique,
les traités des minorités de 191,9-t920 occupent I'une des
plecee les plus importantes. Ils rompent, d'une manière bien
.139-
plus catégorique que toute autre Institution moderne du
Droit des Gens, avec le concept traditionnel de la souveraineté
absolue et incontrôlable, et ils restreignent sensiblement le
domaine des affaires réservées à la compétence exclusive de
I'Etat. Le principe de Ia protection de I'individu et de certai-
nes catégories de citoyens contre leur propre Etat a tnouvé
dans I'institution de la protection des minorités une consé-
cration claire et évidente.
Il est vrai que, tout en accordant aux min,orités la pro-
tection de I'ordre de droit suprême qui existe sur terre
celui du Droit International -
les traités n'ont pas trouvé
-
possible de les reconnaître comme des sujets immédiats des
droits qui leur furent garantis; les minorités peuvent en bé-
néficier uniquemenl par I'entremrse tl'un Etat, membre du
conseil de la société des l\ations. Les traités portent cepen-
dant en eux le germe de leur développement -et, aoec l'évo-
lution générale des nouvelles notioni -sur la nature et la
mission du Droit International, on en arrivera à reconnaître,
tôt ou tard, aux minorités les droits qu'elles n'ont pu obtenir
au cours des années lg{g-{920.
Le douloureux problème des min,orités est à I'orclre du
jour du monde et I'opinion pubrique de tous les pays lui
prête une attention soutenue. considérable est lô
qu'ont acquis, quant à la proteetion internationale des -o*ite
mino-
rités, les grandes associations pacifistes, telles que l'<union
Internationale des Associations pour la société des Nationsr,
l'<union Interparlementaire,,, e[c., les importantes organisa-
tions seientifiques, telles que r'<Institut de Droit Inte"rnatio-
nabr, l'<International Law Associationr, etc. 0t, enfin, Ie
<congrès des groupes nationaux orgenisés des Etats Euro-
p.éensr>, Qui, au cours des dernières années, se réunissent pé-
riodiquement à Genève. par leurs travaux approfondis et sé-
rieux,. ces organisations traeent, ra voie aux réformes qui
.
con,duiront au renforcement et à I'amélioration de la protôc-
tion des minorités dans Ie cadre des traités en vigueur; elles
élaborent,. gr
.Têp. temps, Ies principes idéoligiques qui
amèneront Ie développement et le-perfectionnement ùtteriru,
et graduel de ce s}'stème.
De par les traités des minorités, la conférence de la p,aix
a accordé à I'humanité une'nouvelle charte de tolérance et
de respect de la tiberté morale et spirituelle de toute personne
_140_
humaine et de toute individualité nationale. Le présent essai
visait à donner un exposé des conditions dans lesquelles
cette < Déclaration des Droits des Minorités , s été élaborée,
linsi qr1'à indi,quer et à analyser la part et I'importance des
divers facteurs qui ont contribué à cette æuvre de haute
justice.
ANNEXE A.

TRI\rrÉ Drr DES }rrNoRrTÉs, srcNÉ Lrc 2a JUrN 1919


À vERSAnJr,rrs, EI{TRE LEs Érers-unrrs pneltÉnt-
QII:E, LTEMPIRE BRI'IANIYIQIIE, LA FRANCE, LrITAtrrn,
. DE JAPON ]UT ],4 PO]LOG]YE t1)
(entré en vigueur,le {0 janvier L920)

LES Étets-UNIS D'AMÉRIquE, L'EMeIRE BRITAN-


NIQUE, LA FRANCE, L'ITALIE et LE JAPON,
Prinoipales Puissances alliées et ass'ociées
d'une part;
ET I"A POLOGNE,
d'autr,e part;
considénant que les Puiss&nces altiées et associées ont,
par,le succès de leurs B.rmes, rendu à la Nation polonaise
I'indépendance dont elle avait été injustement privée;
considérant que par la proclamation du B0 mars L}LT,
le Gouvernement russe a consenti au rétablissement d'un Etat
polonais indépendant;
Que I'Etat polonais, exerçant actuellement, en fait, la
souveraineté sur les parties de I'ancien Empire russe habitées
en-majorité par des Polonais, a déjà été reconnu par les
Principales Puissances alliées ,et ,associées commi Etat
souver,ain et indépendant;
considérant qu'en vertu du Traité de paix conclu avec
l'Allemagne par les Puissances aliées et associées, Traité
dont la Pologne est signataire, certains territoires de I'ancien

(J) Çite_d'après Protection des minoritQs le.Iangue, de race et ile religion


par Ia Société des Nations. Recueil des stipulatiottr- cot t"nu.r d*,-sr"igË
lo lii;t
in-struments internationaux actuellement tigu".rr. p.utig p"t t" J",
Nations, Genève, août 1927. "n

i
142
-
Empine allemand seront incorporés dans le territoire de la
Pologne;
Qu'aux termes dudit Traité de paix, les limites de Ia
Pologne qui n'y sont pes encore fixéôs, doivent être ultérieu-
rement déterminées par les Principales Puissances alliées et
assoeiées I
Les Etats-Unis d'Amérique, I'Empire britannique, la
France, I'Italie et le Japon, d'une part, eonfirmant leur re-
connaissa,nce de I'Etat polonais, constitué dans lesdites
limites, ,comme membre de la famille des Nations, souverain
et indépendant, et soucieux d'assurer ltexécution de I'article
93 dudit Tnaité de paix a,vec I'Allemagne;
La Pologne, d'autre part, désirant conformer ses insti-
tutions Eux principes de liberté et de justice, et en donner
une stre garantie à tous les habitants des territoires sur
lesquels elle a assumé la souveraineté;
A cet effet, les HAUTES PARTIES CONTRACTANTES,
représentées comme il suit:
(Suiaent les noms des plénipotentiai,res)
ont, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs reconnus
-
en bonne et due forme, convenu des stipulations suivantes:

CHAPITRE i.er.

Article premter
_ La Pologne slengage à ce que les stipulations contenues
dans les articles 2 à 8 du présent chapitre soient reconnues
comme lois fondamentales, à ce qu'aucune loi, aucun règle-
ment ni aucune action officielle ne soient en contradiction
ou en opposition B,vec ces stipulations et à ce qu'aucune loi,
aucun règlement, ni aucune action offici,elle ne prévalent
contre elles.
Article P.

Le Gouvernement polonais s'engage à accorder à tous


les habitants pleine et entière protection de leur vie et de
leur liberté sans distinction de naissance, de nationalité, de
langage, de race ou de religion.
-143-
Tous les habitants de la Pologne auront droit au libre
exercice, tant public que privé, de toute foi, religion ou
croyance dont la pratique ne sera, pas incompatible a.vec
I'ordre public et les bonnes rnæurs.

Article 3.

La Pologne reconnaît comme ressortissants polonais, de


plein droit et sans a,ucune formalité, les ressortissants al]e.
mands, autrichiens, hongrois ou russes domiciliés, à Ia date
de la mise en vigueur du présent rraité sur le territoire qui
est ou sera reconnu comme faisant partie de la pologne,
mais sous réserve de toute disposition des Traités de paix
avec I'Allemagne ou I'Autriche, respectivement, relativement
aux persorrnes domiciliées sur ce temitoire postérieurement
à une date déterminée.
Toutefois, les personnes ci-dessus visées, ôgées de plus
de dix-huit ans, auront la faculté, dans les conditions b*é-
vues par lesdits Tnaités, d'opter pour toute autre nationalité
qui leur serait ouverte. L'option du mari entraînera celle de
la femme et ltoption des parents entraînera celle de leurs
en,fants âgés de moins de dix-huit ans.
- Les personnes ayant, exercé le droit d'option ci-dessus
devront, dans ,les douze mois qui suivront et à moins de
dispositions contraires du Traité de paix avec I'Allemagtre,
transporter leur domicile dans I'Etat en faveur duquel àttes
auront opté. Elles seront libres de conserver les biens immo-
biliers qu'elles possèdent sur le territoire polonais. Elles
pourront ,emporter leurs biens meubles de toute nature. Il
ne leur sera, imposé de ce chef aucun droit de sortie.

Article &.

La Pologne reconnaît oomme ressortissants polonais,


de plein droit et sans &ucune formalité, les persônnes de
nationalité allemande, autrichienne, hongroise ou russe qui
sont nées sur ledit territoire de parents y étant domici[ês,
e_ncore qu'à la date de la mise en vigueur du présent, Traité
elles n'y soient pas elles-mêmes domicitiées.
Toutefois, dans les deux ans qui suivront ra mise en
vigueur du présent rraité, ,ces personnes pourront déclarer
_L44_
devant les autorités polonaises compétentes dans le pays de
leur résidence, qu'elles renoncent à la nationalité polonaise
et elles cesseront alors d'être considérées comme ressor-
tissants polonais. A cet égard, la déclaration du mari ser&
réputée valoir pour la femme et celle des parents sera réputée
valoir pour les enfants âgés de moins de dix-huit, ans.

Article 5.
La Pologne s'engage à n',apporter B,ucune entrave à
I'exercice du droit d'option, prévu par les Traités conclus ou
à conclure par les Puissa,nces alliées et, associées avec I'Alle-
magne, I'Autriche, la Hongrie ou la Russie, et permettant
aux intéressés d'acquérir ou non la nationalité potonaise.

Artic,le 6.
La nationalité polonaise sera, acquise de plein droit, par
le seul fait de la naissance sur le territoire polonais, à toute
personne ne, pouvant se prévaloir d'une autre nationalité.

Articte 7.
Tous les ressortissants polonais seront égaux devant
la loi et jouiront des mêmes droits civils et politiques sans
distinction de ra,ce, de laugage ou de religion.
La différence de religion, de croyance ou de confession
ne devra nuire à aucun ressortissant polonais en ce qu;
concerne Ia jouissance des droits civils et politiques, ûo-
tamment pour I'admission aux emplois publics, fonctions et
honneurs ou I'exercice des différentes professions et in-
dustries.
Il ne sera édicté aucune restriction contre le tibre usage
par tout ressortissaqt polonais d'une langue quelconque soit
dans les relations privées ou de commerce, soit en matière
de religion, de presse, ou de publications de toute nature
soit dans les réunions publiques.
Nonobstant l'établissement par le Gouvernement polo-
-facilités
nais d'une lanlue officielle, des eppropriées sôront
données a,ux ressortissants polonais de langue autre que le
polonais, pour I'usage de leur langue, soit oralement, soit
par ,écrit devant les tribunaux.
---145__

Article 8.
Les ressortissants polonais, appartenant à des minorités
ethniques, de religion ou de langue, j ouiront du même
traitement et des mêmes garanties en'droit et en fait que
les autres ressortissants polonais. Ils auront notamment un
dnoit égal à créer, diriger et contrôler à leurs frais des
institutions charitables, religieuses ou so,ciales, des écoles
et autres établissements d'éducation, avec le droit d'y faire
librement usage de leur propre langue et d'y exercer libre-
ment leur religion.

Article g.

En matière d'enseignement public, le Gouvernement


polonais accordera dans les villes et districts oîr réside une
proportion considérable de ressortissants polonais de langue
autre que Ia langue polonaise, des taôititos upproprié.s
pour assurer que dans les écoles primaires, l'instruction sera
donnée, dans leur propre langue, aux enfants de ces ressor-
tissants polonais. cette stipulation n'empêchera pes le
Gouvernement polonais de rendre obligatoire I'enseignement
de la langue polonaise dans ,lesdites écoles.
Dans les villes et districts, oir réside une proportion
considérable de ressortissants polonais appartenant I des
minorités ethniques, de religion ou de langue, ces minorités
se verront assurer une part équitable dans le bénéfice et
I'affectation des sommes qui pourraient être attribuées sur
les fonds publics par le budget de I'Etat, res budgets muni-
cipaux ou autres, dans un but d'éducation, de religion ou de
charité.
Les dispositions du présent article ne seront applicables
aux ressortissants polonais de langue allemande que dans
les parties de la Pologne qui étai,ent territoire allemand au
1"er août l9L&.

Article 10.
Des comités scolaires désignés sur place per res commu-
nqut-és juives de Pologne, assureront, sous te contrôte géné-
de la part proportionnellJ des
ral de I'Etat, la répartition
fon'ds publics assignée aux écoles juives en conformité de
_146_
I'article 9, ainsi que I'organisation et la direction de ces
écoles.
Les dispositios de I'article I concernant I'emploi des
langues dans les écoles seront applicables auxdites écoles.

Article 4.1.

Les Juifs ne seront pas astreints à accomplir des actes


quelconque's constituant, une violation de leur Sabbat, et ne
,devront être'frappés d'aircune incapacité s'ils refusent de se
rendre devant les tribunaux ou d'accomplir des actes légaux
le jour du Sabbat. Toutefois, cette disposition ne dispensera
pas les Juifs des obligations imposées à tous les ressortissants
polonais en vue des nécessités du service militaire, de la
défense nationale ou du maintien de I'ordre public.
La Pologne déclare son intention de slabstenir de pres-
crire ou d''autoriser ,des éIections, soit, génér,ales, soit, locales,
qui auraient lieu un s&medil aucune inscription électorale
ou autre ne devra,obligatoirement se faire un samedi.'

Article L2.

La Potogne agrée que, dans la mesure où les stipulations


.des articles précédents affectent des personnes appartenant
à des minorités de r,ace, de religion ou de langue, ces stipu-
lations constituent des obligations d'intérêt international et
seront placées sous la garantie de la Société des Nations.
E,lles ne pourront être modifïées s&ns I'assentiment de lo
majorité du Conseil de la Société des Nations. Les Etats-Unis
d'Amérique, I'Empire britannique, la France, I'Italie et le
Japon s'engagent à ne pas refuser leur assentiment à toute
modification desdits articles, qui serait consentie en due
forme par une majorité du Conseil de la Société des Nations.
La Pologne agrée que tout Membre du Conseil de la
Société des Nations aura le droit de signaler à l',attention
du Conseil t,oute infraction ou danger d'infraction à I'une
quelconque de ces obligations, et que Ie Consei,l pouma pro-
céder de telle fagon et donner telles instructions qui paral-
tront eppropriées et efflcsces dans la circonstance.
La Pologne agrée en outre qu'en ca$ 'de divergenae
d',opinion, sur des questions de droit ou de fait concernant

.t I

,, l
t47
-
ces articles, entre le Gouvernement polonais et I'une quel-
conque des Principales Puissances alliées et associées ou
toute autre Puissance, Membre du Conseil de la Société des
Nations, cette divergence sera, considérée comme un diffé-
rend ayant un caractère international selon les termes de
I'article L4 du Pacte de la Sooiété des Nations. Le G,ouverne-
ment polonais agrée que tout différend de ce genre sera, si
I'autre partie le demande, déféré à la Cour permanente de
Justice. La décision de la Cour permenente sera sens appel
et aura la même force et valeur qu'une décision rendue en
vertu de I'article 13 du Pacte.
LE PRÉSENT TRAITÉ, dont les textes français et an-
glais feront foi, ser,a ratifié. Il entrer& en vigueur en même
temps que le Traité de Paix avec I'Allernagne.
Le dépôt de ratification sera effectué à paris.
Les Puissances dont le Gouvernement a son siège hors
d'Europe auront Ia faculté de se borner à, fair,e connaître a,u
Gouvernement de la République française, par leur représen-
tant diplomatique à Paris, que leur ratification a été donnée
et, dans ce ca,s, elles devront en tr,ansmettre I'instrument
aussitôt que faire se pourr&.
un procès-verbal de dépôt de ratification sera dressé.
Le Gouvernement français remettra à toutes les puissan-
siglatair,es une copie conforme du procès-verbal de
c_gs
dépôt de ratification.
EN FoI DE QUOI les plénipotentiaires susnommés ont
signé Ie présent Traité.
Fait à versailles, le vingt-huit juin mil neuf cent dix-
neuf, en un 'seul exernplaire qui rèstera déposé dans les
archives du Gouvernement'de la Répubtiquô française et
dont les expéditions authentiques serônt t.mises à àhacune
des Puissa,noes signataires du Traité.
ANNEXE B.

MEMORAITDIIM CONCERNANT trES DROITS DEg MTNO.


RrrÉs, pRÉsENTÉ pan DE ,rcourrÉ nns nÉnrôa.o.-
TroNs JurIrns euenÈs DE La coxrÉnnNcn DE tra
pArx", LE 1<l MAr LgL% a La coNnÉnrcrycn DE LA
PATX
[Terte anglais t)l

To their Ercellencies
The President and the Members
Of the Peace Conference

I'he Comi,té d,es Détégations Juiaes auprès d,e la Confé-


rence de Ia Pair representing and actûng on behalf of the
seueral organi,zations whose nam,es a,re subscribed hereto,
and who speak for nine milkon Jews respectfuuy submi,t to
aour honourable body,the following clauses intend;ed, for the
protection of the seaeral national, religious, racial and,
linguistic minorities of Bulgana, Esthonia, Finland,, Greece,
Lit huania, P o lan d, R umania, Ru s s ia rc z e c ho - s lo a akia, u kr ai-
ni'a, lugo-slaoia and other East and, central Europea,n land,s,
and earnesûIg praa lor their incorporation i,n the seae,ral trea-
ties that shall be the outcome of 'your deliberations, the right
being reserued to propose such mod,ifications as may be
required to meet special conrir,tions eri,sting in oartous ol the
faregoing land,s ..
'

1).
. Nous dgngg3s Ie texte anglais avant le français, celui-ci étant une
traduction de celui-ra.
i
I

.t
i
i
I

_149_
I. The state of..... undertakes the following obligations
to each of the other Altied and Associated -powers, and
recognizes them to be ,obligations of international concern
of which the League of Nations has jurisdiction :
l. 'without eny requirement of qualifying or other
proceeditrgs, the state of..... admits and declares to be.....
citizens :
a) All persons born in the territory reoognised to be.....
in this Treaty, who have not heretofore been naturalized in
some other country, and who \il/ere resident, or domiciled in
such temitory at any time since August Ist {g0g, or who
have meintained their relation to sucli territory within such
period by passport issued by the present or the former sove-
reignty ;
b) AII persons who were inhabitants of such territory
on August Ist Lgl,& ;
c) AII persons hereafter born in..... and subject to the
jurisdiction thereof.
Ary person bel,onging to crasses a) or b) mey however
within two years after the coming into force of this treaty
opt his former citizenship.
2. The state of..... egrees that all citizens of..... shalt
en1!y equal civil religious national and political rights,
without di,stinction as to birth, i"ace, nationality, languufr" o*
religion ; assumes the obligation to protect tËé rire] fiËerty
and property of its inhabitants and assures to them freedom
of religion and of the outward exercice thereof.
3. None of the foregoing rights shall be abridged, nor
shall any discrimination, disability or restriction whâhoever
be imposed by law or otherwise upon any person on account
of race, nationality or rerigion, nor shall he be denied the
equal protection of the law. All'existing laws, decrees and
ordinances in contravention herewith *te *rpealed.
4. The right of any person to use the rangueges of any
national minority of..... in business, private ùteicourse,
at
public meetings and in the press as weil as before the various
tribunals either orally or in writing shall not be limited .
_150_
nor shell any such national minority be restricted in the use
of such languages in its sehools and other institutions, nor
shall the validity of any transaotion or document be affected
by the use of ,any language whatever. schools which
employ the language of any national minority shell if their
,o,t**u, of study complies with the general educotional requi-
rements enjoy equal rights with all other schools of the same
grade. All existing languege restrictions a,re repealed.
5. The State of..... reeognizes the several national mino-
rities in its population &s eonstituting distinct, autonomous
organizations, and as such having equally the right to
estatrtistr, ma,nage and oontrol their schools and their reli-
gious, educational, charitable and social institutions.
Any person mey declare his withdrawal from such a
national minorit'y.
within the meaning of the articles of this chapter, the
Jewish population of.,..... shall constitute a national minority
with alt the rights therein speeified.
6. The State of..... egrees that to the extent that tho
establishment and the maintenance of sehools or religious,
educational, charitable or social institutions mey be provided
for by any state, departmental, munieipal or other budget,
to be paid for out of publie funds, each national minority
shall be all.oted a proportion of such funds based upon the
ratio between its numbers in the respeetive. a,re&s and the
entire population therein. Moreover, the authorities of each
nationàl minority shall be empowered to impose obligatory
contributions upon the members 'of such minority.
7. The State of..... agrees that each national mïnorit,v
shall have the right to elect sueh proportion of the entire
number of representatives in all State, departmental, muni-
cipal and other public eleetive bodies based upon the ratio
of its numbers in the respeetive electoral areas to the entire
population therein. They are to be chosen by independent
electoral oolleges or by such other equivalent methods &s
shall assure to sueh minorities like national proportional
representation,
-151-
8. Those who observe any other day than Sunday as their
Sabbath shall not be required to perform eny acts on their
Sabbath or holy da5's which by the tenets of their f,aith are
regarded a,s a, desecration, nor shall they be prohibited from
pursuing their secular affairs on Sundey or other holy days.
9. The State of..... egrees that the foregoing obligations
are hereby embodied in her fundamental law &s & bill of
rights, rvith which no law, regulation, or official action shall
conflict or interfere and as against which no law, regulati,on,
or official action shall have validity or effect. None of the
foregoing provisions shall be amendable without the consent
of the League of Nations.
II. Any of thb signatories of the treaty of which this
chapter shall oonstitute a part and any minority that rnay
be affected by a failure to observe or to effectuate any of
the provisions of this chapter shall be entitled to submit
their complaint for adjudication to the League of Nations
or to such tribunal as it may establish and up,on such con-
dition as it shall prescribe.
\ryith the expression of our high esteem and with full
confTdence in yôur exalted spirit- of jusfiô we have the
honor to subscribe ourselves.
Respectfully

Au nom du Comité des Délégations Juiaes auprès de la


la Pair, oomposé des Représentants des Pays
Conf érence de
et Organisations suivants :

AMÉRIQUE, ÉTATS-UNIs : conSrès Jui,f d:amérique.


AMERIQUE, CANADA z Congrès luif du Canada.
GALICIIE ORIENTALE : Conseil National Juif .
ITALIE : Comôté des Communautés, Fédération Sï,oniste,
F édération Rabbinique.
PALESTINE : Assemblée Constituante Juiae.
POLOGNE : Consei,l National Juif .
ROUMANIE : Pubkcations officieUes de Ia Féd,ératî,on Sio-
-7ff2-
niste, (Jnion d,es Israéktes indigènes et [Jnion poale,-
Si.oniste.
RUSSIE : Conseil National Juif .
TCHÉCO-SLOVAeUIE: Conseit Nationat Jui,f .
UKRAINE : /ssembtée Nationale Juirse.
ORGANISATIONS : American Jewi,sh committee Bnaù-
Brith ; Organi,sation Sî,oni,ste.
I
MANDATS PAR EORIT : Grèce (satonique), Transylaanie
et Bukoaine.

Présidence du Comi,té ..

Présidenf .. Julian 'W. MACK ;

Vi,ce-Présidents :
Louis MARSHALL ;
Léon REICH ;
Israël ROSOFF ;
Nahum SOKOLO\M ;
Menahem USSISCHKIN ;

Membie d,e la Prési,d,ence .'Harry CUTLER :

Secrétaire-Général : Léo MOTZKIN.

Paris, Ie l0 mai l9{g.

MEMOBANDITM OT' REASONS TOR PROPOSALS

The eccompenying proposars aim to secure to the


people of the newly created or enlarged states of Europe,
with adequate constitutional guaranties and the ,"rr"tùr,
to be afforded by the l.,eague of Nations, the following
rights :
l. Their civil, religious and political liberty as indivi_
duals I
----E'-'E
r: I

_158_
2. Their right of orgenizetion and development, &s
national minorities ;
3. The attainment of equality of status for individuals
and for national minorities.
4,. To socure the first of these groups of rights, it is
essential that the Treaty itself shall confer cltizenship
defined as set forth in clause {. of the proposals, otherwise
as happened in 1878, Iarge masses who are jusily entiiled
thereto will be deprived of it.
The history of the treatment of the Jews in Rumania
illustrates this.
For forty vears, Rumania has deriberately ignorecl the
rights which the Treaty of Berlin sought to -bestow upon
them and during that period she has persistenfly
to their burdens. Not to exceed {.000 out of her pb0.000"aO.O
Jews have thus far received naturalization and this only
by special legislative acts, the only method of naturali-
zation permitted, although it was intended by the powers
that all Jews should become citizens en bloc. A recent
Iaw which claimed to have accorded citizenship to them is
a sham. It also requires individual naturalization coupled
with conditions impossible of performa,nce and its operation
is limited to a period of three months.
The rights enumerated in c,lauses p and B constitute
the minima of those which a,re essential to the enjoyment
of freedom by the inhabitants of the lands under ôonsi-
deration
Especially important is clause 4 which relates to
Ianguage rights in states composed of heterogeneous
peoples who have passionately clung to their own tongues
for centuries and who, if deprived of the right to employ
them, would be thereby subjected to grave hardships and
disabilities.
2. Clauses 5, 6 and 7 contain guaranties essential to
national minority rights. These various 'lands which are
not ]ike those of 'Western Europe composed of homoge-
neous populations, always have been and if conflict
warfare is to be avoided in them - continue {,oand
must be
-
_154_
practically federations of nationalities which together form
the State.
The alternative to the grant of national minority r.ights
to these constituent nationalities is their domination ny the
maj ority nationalities. This would inevitably result not
only in the crushing out of the minority but in continuous
warfare which is apt once more to involve all Europe and
America in internecine conflict.
'Without these minority rrights,
Jews, Ukrainians,
Lithuanians and others within the neu/ polish, Rumanian
and other States would incur the danger of the annihiiation
of their ancient civilization, the destruction of their schools
and the suppression of their languages. In a word they
would be compelled to submit to complete absorption.
The cultural rights specified in clause b require for
their preserv&tion that the several minorities affected may,
as provided by clause 6, share proportionally in the public
funds devoted to the purposes therein specified. otherwise
the minority groups would be compelled to contribute
through taxation to the support of schools and the other
cultural institutions of the majority and at the same time
would he constrained by the urge of national self-preser-
vation to support with their ov/n funds their oï/n schools
and cultural institutions.
But Clauses 5 and 6 alone would not assurc full
socurity and prol,ection for the individual and national
rights set forth which, in these circumstances are deperrdent
on the exercise of the political right of national minorit;'
representation, as provided by Clause 7. By that guaranty
only cen the other rights sought to be conferred be
defended and vindicated peaceably, Iawfully and effec-
tively. Genuine patriotic citizenship will be furthered by
such B, mea,sure and that mutual distrust which inevitably
breeds urar would be averted.
Article B touches a subject which both from the stand-
point of religious liberty and economie equality is of a,
primary importanee. It relates to what is known os the
Sabbath guestion a,nd applies to those who regard a day
-ijF
'il.-
'l

_155_
other than Sunday as their day of rest. The Jews, for
example, constitute approximately fourteen per cent cl' the
population of Poland. They observe Saturday. 'Were they
precluded from pursuing their secular affairs on Sunday
they would be deprived -of one sixth of their economic
power. That would place them at a cruel disadvantage in
the struggle for existence. That they shall not be compelled
to desecrate the day which they and their ancestors heve
treasured as holy for centuries, is a principle equally in
conformity with every consideration of justioe.
The establishment of the League of Nations affords
international sanction for the rights thus conferrerl. A
tribunal will be thereby assured for the enforcement of the
obtigations which are to be automatioally assumed by the
sevelal new and enlarged States.
On. behalf of the nine million Jews of the lands which
are now to be reconstituted politically, we ask that this
Charter of Liberty be granted to them in common with
all other inhabitants and that complete emancipation and
the opportunity for their full development be guaranteod
to them. For centuries they have been bereft of thu most
elementary human rights and subjected to intolereble
oppression and hateful discrirnination. Ifl et this time
when the world is being reconstituted on the basis of justioe
and liberty, national minorities alone were to be deprived
of these blessings, the hopelessness of their fate would
transcend the limits of tragedy.
TEXTE F'BANçArS DU MEMORTTNDUM

A leurs Ercellences
Monsi,eur Ie Prési,dent et Messieurs les DéIégués
de Ia Conlérence de la Par,r
Le Comité des Délégati,ons Juiaes auprès de la Confé-
rence de Ia Pair, agî,ssant afl.t, nom des d:tuerses orga,ni,sations
soussignées et qui plandent pour neuf mi,Ilions de Jui,fs, a
I'honneur de Dous soumettre les propositions suiaantes dont
I'objet est Ia protection des diaerses minori,tés nationales,
religieuses, ethni,ques ou ltngui,sti,ques de Bulgari,e, Esthonie,
Finlande, Grèce, Lithuanie, Pologne, Roumante, Russie,
Tchéco-Slouaquie, Ukraine, Yougo-Slaaie et autres pays de
I'Est ou du Centre de I'Europe, et uous pri,e de aoulorl bten
les incorporer dans les d:taers traités de patr qui, font I'objet
de aos dékbérations, le droit étant réseraé de proposer telles
modâficati,ons qui, pourrar,ent deueni,r nécessmrei en rai,son
des conditions spéci,ales eri,stant dans plusieurs des paAs
ci-dessus dési"gnés.

I.
- La prend envers les puissances alliées
associées les obligations suivantes euxquelles elle reconnaît
et

le canactère d'obligations internationales relevant de Ia


juridiction de la Société des Nations.
1.. La reconna,ît et déclare être citoyens...... de plein
droit et sans B,ucune procédure probatoire ou autre:
a) Toutes les personnes qui, nées sur le tenitoire
reconnu par ce traité à 1a....., n'ont pas été jusqu'à présent
naturalisées dans un autre peys, qui ont resiae- ou ônt été
domiciliées à une époque quelconque sur ce terriûoire depuis
le Ler août ,.909, ou qui ont gardé des attaches a,vec ce terri-
'.T-1

-157-
toire depuis cette date au moyen d'un pesseport délivré par
I'Etat précédent ou par 1a.........;
b) Toute personne ayant habité ce territoire, Ie Ler
Aott L91,4;
c) Toutes les personnes qui naîtront dorénavent en
et ressortiront à sa juridiction.
.
Toute personne rentrant dans les catégories e) et b)
peut, daqs un délai de deux ans à compter ae la mise en
vigueur du présent traité, opter pour son ancienne allégeance.
2. La .........:-déclare que tous ses citoyens jouiront de
tflo.its c.ivils, religieux, nâtionaux et potitiquer éguo*, sans
distinction de naissanbe, de ra,ce, de ïafionalité,î, râ"!",
ou de. Le.tigion et s'engage à protéger la vie, la iiberté et" la
propriété de tous ses habitants et à leur B,ssurer la liberté
en_ tout ce qui touche ra rerigion et I'exercice
extérieur du
culte.
3. Aucun des droits ci-dessus énumérés ne pourra être
amoindri; aucune exclusion, incapacité ou restriction ne
sauraient être imposées par ta toi o,, o. quelque autre maniè-
re pour des raisorrs race, de nationaliié oo o, religion, ni
-de
la protection égale des lois être déniée à qui,que ce so-it. T'ous
lois, décrets et ord'onnances contraires sànt par là abrogés.
4. Le droit de toute personne de se servir de la ou des
langues d'une minorité nationale de .......... dans le commerce,
Ies relati,ons privées, les réunions pubtiques
et Ia presse,
ainsi que devant les différents tribunà,r*, *it orate-eiqïàit
par écrit, ne.pourra être restreint; u,rc,rtrb minorité
nationate
ne pourna être empêchée de se servir de sa langue
dans ses
écoles et autnes inÀtitutions, ni la validité d'un
acte ou d,un
document être q.reÉtion en raison de ra rangue àur*
ri:r.enLei
Iaquelle il est rédigé. écoles qui se servent de rî rangue
d'une minorité nationale, à conoition que ]eur progr;*ï,
soif conforme au programme généraremànt
adopt'é, ;î"irr*t
des mêmes droits que tes autrei écores
de même degré. Toutes
Ies restrictions exiltantes concernant I'emploi
aJs dù;;,
sont abrogées.
5. La r.c,o'râ,ît res différentes minorités nationa,-
Ie.s.de sa population comme constituant
autant dlorganismes
distincts et autonomes et a1,ant comme
trrs àrs o*oit, eà*"
-158-
à fonder, administrer et contrôler leurs écoles et autres
institutions religieuses, éducatives, charitables et sociales.
Toute personne peut par une déclaration expresse se
retirer de la minorité à laquelle elle appartient.
Aux termes des articles de ce chapitre, la population
juive de .......... constitue une minorité nationale jouissant de
tous les droits qui y sont spécifiés.
6. La....... accepte que, dans la mesure ou l'établissement
et le fonctionnement des écoles et autres institutions reli-
gieuses, éducatives, charitables ou sociales sont à la charge
d'un budget d'Etat, de département, de commune ou autre,
alimenté par les fonds publics, il soit alloué à chaque mino-
rité nationale une pert proportionnelle de ces fonds déter-
minée respectivement dans chaque région par le rapport du
chiffre de la minorité au chiffre global de la population. En
outre, les ,organes de chaque minorité nationale ont le droit
d'imposer &ux membres de cette minorité des impôts obli-
gatoires.
7. La ....... reconnaît à chaque minorité nationale le
droit de contribuer dans une certaine proportion à la for-
mation des différents corps électifs de I'Etat, du département,
de la commune ou autres, cette proportion étant déterminée
respectivement dans chaque circonscription par le rapport
numérique de Ia minorité à I'ensemble de la population. Ces
représentants seront élus par des collèges électoraux indé-
pendants ou par toute autre méthode équivalente qui B,ssu-
rena, à ces minorités la même représentation nationale pro-
portionnelle.
8. Les personnes qui ont pour jour de repos un jour
autre que le dimanche ne pourront être astreintes à accom-
plir en ce jour et à leurs autres jours de fête un travail que
leur loi religieuse considère comme un péché; elles ne serônt
pas non plus empêchées de vaquer à leurs affaires le diman-
che ou autres jour,s saints.
9. La ..... reconnaît que les obligations ci-dessus définies
font partie intégrante de la loi constitutionnelle en tant que
déclaration des,droits dont I'exercice ne saurait être restreint
ou tenu en échec par aucune l,oi, disposition ou action offi-
cielle, vu qu'en ce qui touche les dites obligations, les lois,
règlements ou ,actions officielles demeurent sans validité et
159
-
de nul effet. Aucune des précédentes dispositions ne peut être
amendée sans I'agrément de la Ligue dôs Nations.
II. Tout. signatairc dq présent traité, dont, ee chapitre
-
fait partie, ainsi que toute minorité lésée par la violation ou
la non-exécution d'une des dispositions dï présent chapitre
sont fondés à s-oumettre, dans'les formes qui ieront presc*itrr,
leurs réclamations à Ia Ligue des Nations ou à 6ut autre
tribunal_ qui pou*a êtne institué par cette Ligue.
veuillez agréer, Monsieur te prosiaent ét Messieurs les
Délégués, I'expression de notre confiance dans vos sentiments
de justice et I'assura,nce de notre très haute considération.

Au nom du comr,té d;ei Détégations Juiaes auprès d,e la


conf érence de la Pa.r,r, composé des Représentants des pays
et Organisations suivants :

+lfÉIlQ_U_!, jrArS-UNrS z consrès Juif d:amérique.


4ry9$9_UE_C4NADA: Consrès Juif d,u Canada.
GALICIE ORIENTALE : cànseil Nàtl,onat Juif.
ITALIE : comité d,es communautés, Féd,éiation si,oniste,
F édération Rabbini,que.
PALESTINE : assembtée constituante Juiae.
POLOGNE ; Consei,t Nationat Jui,f.
ROUMANIE : publicati,ons officidltes d,e Ia Fédération
sio_
niste, union des Israéti.tes ind,igènes et u;i;" iîùr-
Sioni,ste.
RUSSIE : Conseil Nationat fu\.
TCHÉCOSLOVAQUIE : Conseil' Nationat Juil.
UKRAINE : Assemblée Nationale Jui,ae.
ORGANISATIONS : Ameri,can Jewi,sh commr,ttee; Bnai,-
Brith ; Organisation Si,oniste.
MANDATS PAR ÉcRIT : Grèce (satoni,que), Transylaanie
et
Bukoai,ne.

Présidence du Comité :
Présidenl .. Julian 'W. MACK:

Vice-Prési,dents
Louis MARSHALL;
Léon REICH;
-160_
Israël ROSOFF;
Nahum SOKOLO\M;
Menahem USSISCHKIN;

Membre de la Présidence : Harry CUTLER;

S ecréta;tre-Générat ; Léo MOTZKIN.


Paris, le {.0 mai {919.

EXPOSÉ DES MOTIFS


Les propositions précédentes, par des garanties consti-
tutionnelles adéquates et la sanction éventuelle de la Ligue
des Nations, tendent à ,assurer aui populations des Etats
récemment créés ou egrendis en Europe, les droits suivants:
l. Liberté aivile, religieuse et politique pour les indi-
vidus; .
2. Dnoit dlorganisation et de développement pour les
minorités nationales;
3. Egalité de statut pour les individus of pour les mino-
rités nationales.
{. il est essentiel, pour assurer les droits du premier
groupe, que le traité même confère les droits de citoyen, tels
qu'ils sont définis au paragr,aphe L; sans quoi, comme cela
s'est passé après 4.878, de gr,andes masses ayant un juste
titre à ces droits en seront privées.
L'histoire de la condition des Juifs de Roumanie est, à
cet égard, un exemple typique. Pendant 40 ans, la Roumanie
a ignoré délibérément les droits que le tr,aité de Berlin avait
voulu leur assurer, et pendant cette période, elle n'& cessé
d'aggraver leur oppression. Mille Juifs B,u plus, parmi les
250.000 Juifs de Roumaie, se sont vus accorder la natura-
lisation, et cela par des actes législatifs spéciaux, seul mode
de naturalisation autorisé, encore que les puissances eussent
décidé que tous les Juifs deviendnaient citoyens en bloc. Une
loi récente qui prétend leur avoir accordé les droits de citoyen
est une imposture. Cette loi exige aussi la naturalisation
_161_
individuelle en y joignant des conditions impossibles à réati-
ser, et elle n'est opérante {Jue pour une période de trois mois.
Les droits énumérés dans les paregrephes 2 et B consti-
tuent le minimum de ceux qui sont esseÀtiels pour que les
habitants de ces pays jouissent, sa,ns molestation, d; leur
liberté.
Le paragraphe 4 relatif au droit des langues dans les
peys où vivent des peuples hétérogènes est d'une importance
particulière, vu que ces peuples sont demeurés paisionné-
ment attachés à leur langue propre, de sorte que leur dénier
Ie droit de s'en servir ne serait rien de m,oins qùe leur imposer
une gra,ve privation et les frapper d'une incapacité légale.
2. L9s paragraphes 5, 6 et Z indiquent les garanties
essentielles des droits des minorités nationales. Les différents
pay.s_ en question qui n'ont pas comme les peys de l,Europe
occidentale une population homogène, onf toulours été
et devront toujours être, si l'on y veut éviter un état -de
conflits et de guerres des fédérations de nationalités
constituées en Etat.
Quo les droits de minorité nationale ne soient pas assurés
à ces nationalités formant un même Etat, il ne réste d'autre
alternativ_e qqe de les soumettre à Ia domination du groupe
national le plus important. Le résultat inévitabte nJserÂit
pas seulement l'écrasement de la minorité, mais un continuel
état de guerre qui poumait entr,aîner une fois de plus toute
l'Europe, et l'Amérique même, dans un conflit meurtrier.
sans ces droits de minorité, les Juifs, les ukrainiens, les
Lithuaniens et autres peuples, courraient le danger, à i'in-
térieur des nouveaux Etats polonais, noumain, eic., de voir
abolir leur ancienne civilisation, de voir détruire leurs écoles,
et supprimer leur langue. En un mot, ils ser,aient obligés de
se résigner à une absorption totale.
Les droits relatifs à l'éducation et à la religion spécifiés
{pnr le paragraphe 5 exigent pour reur sauvegarde que les
diverses minorités intéressées puissent, ainsi quiil a été prévu
eu_paragraphe 6, ,avoir une pert proportionneile des ionds
publics affectés &ux buts spécifiés dàns ledit paragraphe.
s'il n''sn était pas ainsi, les groupes en minorité seraient
mis par l'impôt dans I'obligation de contribuer à I'entretien
des écoles ,et autres institutions d'enseignement de la majo-
rité, cependa.nt que, d'autre part, le souci de la conservation
-L62-
nationale leur imposerait de pourvoir &vec leurs fonds privés
à I'entretien de leurs écoles et institutions d'enseignement.
Mais les paragraphes 5 et 6 seuls ne sa,ur&ient garantir
sécurité et protection aux droits tant individuels que natio-
na,ux spécifiés d'autre part, vu que ces droits dépendent en
pareilles circonsta,nces de I'exercice par les minorités de leurs
droits à une représentation nationale, ainsi que le prévoit le
paregrephe 7. Ce nlest qu'en vertu de cette garantie que les
âutres droits revendiqués pourront être défendus et conservés
effectivement per des moyens pacifiques et légaux. Cette
mesure développer& un véritable sentiment patriotique chez
le citoyen et écartera cette défiance réciproque qui amène
inévitablement la guerr'e.
L'article 8 est relatif à un sujet d'une importance capitale
au double point de vue de la liberté religieuse et de l'égalité
économique. Il a trait à ce qu'on a coutume de nommer la
question du Sabbat, et il intéresse ceux qui observent comme
jour de repos un jour autre que le Dimanche. Les Juifs, par
éxemple, forment approximativement quatorze pour cent de
la population de Pologne. Ils observent le Samedi. Les em-
pêcher de vaquer à leurs affaires le dimanche serait les priver
d'un sixième de leur puissance économique, d'otr, pour eux'
une greve infériorité dans la lutte pour I'existence. Que les
Juifs ne soient pas contraints de profaner le jour qu'eux et
leurs ancêtres ont respecté, des siècles durant, comme un
jour sacré, est, au surplus, un principe en accord B,vec toute
considér,ation de justice.
L'institution de la Ligue des Nations a,ssuren& une s&nc-
tion internationale aux droits ainsi conférés. Ainsi il y aura
un tribunal capable d'imposer aux Etats nouvellement créés
ou egrendis le respect des obligations qu'ils auront autome-
tiquement contractées.
Nous demandons en faveur des neuf millions de Juifs
des pays qui doivent être maintenant reconstitués politique-
ment, que cette Charte de Liberté leur soit garantie, ainsi qu'à
tous les autres habitants de ces PaYs, et qu'une complète
émancipation et la pos,sibilité d'un entier déve,loppement leur
soient essurées. Pendant des sièeles, ils ont été privés des
droits humains les plus élémentaires, soumis à une oppres-
sion intolérable et à un régime d'exception odieux. Si à une

i
I

I
-163-
époque oir le monde se reconstitue sur une base de justice et
de liberté, les minorités nationales devaient seules être privées
de ces biens, leur sort désespéré reculerait les bornes du
tragique.
A
ERRAT