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S É Q U E N C E
Le personnage
de roman
Le personnage par ses intentions, ses motivations
fait progresser l’action. Le lecteur peut se reconnaître en lui,
éprouver à son égard compassion, sympathie ou antipathie.

« Moi aussi, j’serai célèbre un jour !


Être célèbre, avoir sa photo partout,
passer à des shows tard le soir.
Laurie Bloom, elle avait été célèbre.
Un jour elle m’a montré son book…
Outrageous ! Il était tout abîmé,
il en manquait quand même !
Elle avait des robes, aussi, j’sais pas
combien, des pompes, pas possible,
c’était trop ! Elle aimait pas
le patin okay, mais elle était sympa
avec moi… Real nice… »
BELINDA WOOD a dix-huit ans. Elle écoute The Police et Michael Jackson.
Elle ne pense qu’au patin à roulettes.

« Moi, je l’ai pas beaucoup connue


cette nana. Elle vivait avec ce mec…
Paul Stack, le leadsinger de Desert
Hero ». C’était pas mal comme
groupe,
pour l’époque, un peu mollasson
quand même, hein, pas assez
de cuivres dans les arrangements ! »

ARTURO VALENZUELA a vingt-six ans, trois sœurs, quatre frères (dont un en


pénitencier), une fiancée qui s’appelle Leticia Eugenia Lozano, pas mal de
disques de Ray Baretto et de Rubèn Blades. Il a surtout une Ford Coupé
1949 low-rider surbaissée entièrement customisée et baptisée « Tequila
Sunrise », dont il est très fier depuis qu’elle a eu sa photo dans Classic &
Custom. Il travaille au Tropicana Motel depuis six ans.

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Dans le soir tiède, la Pontiac


« Grand Prix » jaune d’or roule
lentement vers l’océan. KKGO,
au maxi, fait rugir un vieux
thème des sixties. Deux types
se laissent aller sans but dans
la grande ville. La vraie biogra-
phie de Laurie Bloom ne sera
sans doute jamais publiée.

BILAL-CHRISTIN, Los Angeles,


L’étoile oubliée de Laurie Bloom,
1990. Ed. Autrement Albums.

1 Comment se nomment les personnages Pourquoi Arturo Valenzuela parle-t-il surtout


?
°
du récit ? Dans quel pays vivent-ils ? de musique quand il évoque Laurie Bloom ?

2 Belinda Wood dresse un portrait psy-

°
4 La découverte du portrait du person-

°
chologique du personnage principal. Quels
sont les goûts de Laurie Bloom ? nage principal progresse grâce aux témoi-
gnages. Par déduction, on peut imaginer son
3 Le portrait d’un personnage se construit milieu professionnel. Quelle activité Laurie

°
à travers ses relations avec d’autres. Bloom exerçait-elle ?

SÉQUENCE 3 ■ le personnage de roman ● 49


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MÉTHODES ET TECHNIQUES

Quelles sont les caractéristiques


du personnage de roman ?
Le personnage de roman a une origine sociale, une famille, une acti-
vité, un physique, un caractère, des amis… comme une personne
réelle. Sa personnalité se construit au long de l’intrigue, son destin
évolue au fil des événements imaginés par le romancier.

1 L’identité et le nom du personnage

°
L’écrivain donne au personnage un nom, un prénom, un surnom, un âge, une
nationalité, un lieu de résidence, une activité professionnelle. Ces indications
permettent au lecteur de situer le personnage dans un milieu. Parfois le nom
comporte même des indices à interpréter.
r Le personnage de FANTOMAS l fantôme l insaisissable.
l as l intelligence l réussite

2 Le portrait physique et psychologique

°
Un personnage peut être décrit par son aspect extérieur, les traits de son
visage, ses vêtements, sa voix, son allure, son teint… C’est le portrait physique.
Il est aussi décrit par ses traits de caractère, ses qualités, ses défauts, ses
goûts, son comportement, c’est le portrait moral ou psychologique.
r « Mademoiselle Mori mesurait au moins un mètre quatre-
vingt, taille que peu d’hommes japonais atteignent. Elle était svelte
et gracieuse à ravir ». (AMÉLIE NOTHOMB).

3 La construction du portrait

°
La caractérisation directe. La description du personnage est faite d’emblée par
le narrateur ou un autre personnage qui font un portrait (en plusieurs lignes).
r « Son visage était maigre et sa voix aiguë. À vingt-cinq ans, on
lui en aurait donné cinquante. » (GUSTAVE FLAUBERT)
La caractérisation indirecte. Les indices qui servent à décrire le personnage
sont fournis de manière indirecte à travers ses gestes, son comportement, ses
paroles, ce qu’on dit de lui. Il revient au lecteur de les interpréter.
r « C’est un type, il est un peu timbré. Noémie l’avait toujours
entendu dire de Jean Peloueyre. » (FRANÇOIS MAURIAC)

4 La fonction du portrait

° Faire vrai

Représenter
une catégorie sociale

Symboliser des valeurs


Des indices, des détails donnent l’impression que le per-
sonnage est une personne réelle, vivante.
Le décor, les objets qui entourent le personnage révèlent
toutes les caractéristiques d’un milieu social.
Le personnage, à travers ses actions, ses paroles, ses rela-
tions avec les autres personnages, illustre, par exemple, le
ou des idées
désir de justice, la volonté de réussir, la solidarité…

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Étudier l’identité
et le nom du personnage

Exercice 1
L’auteur choisit soigneusement le nom de ses per-
sonnages, car ce nom suggérera parfois des indica-
tions au lecteur sur le physique, le caractère, le
métier, la région ou l’origine sociale.
Exemple : Boniface Bon i Face

bonté Visage
sympathie figure
personnage qui semble sympathique,
souriant

De la même façon, analysez le nom du personnage,


présent dans l’extrait suivant.
1 Rabot piqua une tête vers la portière, lancé en
avant par une poussée de sa femme, une gaillarde
haute et carrée dont le ventre était vaste et rond
comme une futaille, les mains larges comme des
5 battoirs. Et Rabot fila dans la voiture à la façon

d’un rat qui rentre dans son trou.


GUY DE MAUPASSANT, La Bête à Maît’Belhomme, 1883.


Exercice 2 LOUIS FERDINAND CÉLINE, JACQUES TARDI, Voyage au bout
de la nuit, Éd. Futuropolis, Gallimard, 1992.
Lisez le passage ci-dessous. Il présente un person-
nage. Qu’apprend-on sur son identité ?
1 Il avançait en donnant des coups de pieds
dans la neige épaisse. Un homme dégoûté. Il s’ap-
pelait Svevo Bandini et habitait à trois blocs de là.
Exercice 4 Écriture
En prenant comme modèle le texte de l’exer-
Il avait froid, ses chaussures étaient trouées. Ce cice 3, imaginez les dix premières lignes d’un
5 matin-là, il avait bouché les trous avec des bouts roman. Ce début évoque
de carton déchirés dans une boîte de macaronis. la rencontre entre ces
JOHN FANTE, Bandini, 1983. Éd. Bourgois, deux personnages. Votre
traduction Brice Matthieussent. texte doit indiquer leur
nom, le lieu de la ren-
contre, suggérer une acti-
vité, le lien entre les
★ personnages.
Exercice 3
1. Lisez les premières lignes du roman de Louis SWEN RICHARD BERGH,
Ferdinand Céline : Voyage au bout de la nuit. Nordic Summer evening, 1899.
Indiquez le nom, la profession, l’âge approximatif du
personnage et le lieu de la rencontre.
2. Observez dans la colonne de droite, l’illustration Exercice 5 INTERNET
de ce passage. Quelles autres informations
Lorsqu’il invente un personnage, l’écrivain s’at-
découvre-t-on dans ce dessin ?
tache à lui donner un nom authentique, une
1 Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais adresse réelle, un métier vraisemblable. Imaginez
rien dit. Rien. C’est Arthur Ganate qui m’a fait que l’un de vos héros réside à Rome, qu’il soit
parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, commerçant. Recherchez sur l’annuaire électro-
un camarade. On se rencontre donc place Clichy. nique une adresse possible et attribuez-lui une
identité complète comme le ferait un écrivain.

@
LOUIS-FERDINAND CÉLINE, Voyage au bout de la nuit, 1932.
Éd. Gallimard.

SÉQUENCE 3 ■ le personnage de roman ● 51


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MÉTHODES ET TECHNIQUES

Analyser le portrait ★★
Exercice 8
physique et psychologique 1. Lisez cet extrait de l’auteur américain Chester
★ Himes. Qui sont les personnages ? Comment sont-
ils ? Que font-ils ?
Exercice 6
2. Quelles informations peut-on tirer à propos de la
1. Au début de son roman Le Père Goriot, Balzac fait psychologie de chaque personnage : lequel domine
de son héros un premier portrait. Reproduisez le l’autre ? Quels indices le montrent ?
tableau ci-dessous et complétez-le avec des élé-
ments tirés du texte. 1 Hank comptait l’argent empilé devant lui. Le
gros paquet. Cent cinquante billets tout neufs de
Nom et prénom
dix dollars. Il dévisagea Jackson d’un œil jaune et
Âge froid.
Ville d’origine 5 – Tu m’en donnes quinze piles, c’est bien
Statut social d’accord ?
Situation financière C’était un individu de petite taille, soigné de
Situation familiale sa personne, brun de peau, le teint brouillé, le
cheveu rare et aplati. Très « homme d’affaires ».
10 – Exact, répondit Jackson. Quinze cents dollars.
2. Pourquoi peut-on dire que Balzac propose ici un
portrait social ?
Très « homme d’affaires », lui aussi.
Jackson était un petit personnage gros et noir,
1 L’une de ces deux chambres appartenait à un aux gencives violettes et aux dents d’un blanc
jeune homme venu des environs d’Angoulême à nacré, faites pour le rire. Mais Jackson ne riait
Paris pour faire son droit, et dont la nouvelle 15 pas. Le moment était trop solennel pour s’aban-
famille se soumettait aux plus dures privations donner à la bonne humeur.
5 afin de lui envoyer douze cents francs par an.
CHESTER HIMES, La Reine des pommes, 1958, Éd. Gallimard,
Eugène de Rastignac, ainsi se nommait-il, était de traduction : Minnie Danzas.
ces jeunes gens façonnés au travail par le malheur,
qui comprennent dès le jeune âge les espérances
que leurs parents placent en eux, et qui se prépa-
10 rent une belle destinée en calculant déjà la portée

de leurs études, et les adaptant par avance au


mouvement futur de la société, pour être les pre-
miers à la pressurer.
HONORÉ DE BALZAC, Le Père Goriot, 1835.

★★
Exercice 7
1. Lisez l’extrait suivant. Qu’apporte-t-il de plus au
portrait cité dans l’exercice 6 ?
2. Relevez et classez tous les indices qui constituent
le portrait physique du personnage. Peinture d’ÉTIENNE BOUCHAUD, 1937.
1 Eugène de Rastignac avait un visage tout
méridional, le teint blanc, des cheveux noirs, des
yeux bleus : sa tournure, ses manières, sa pose
habituelle dénotaient le fils d’une famille noble Étudier la construction
5 où l’éducation première n’avait comporté que des
du portrait
traditions de bon goût. S’il était ménager de ses
habits, si les jours ordinaires il achevait d’user les ★★
vêtements de l’an passé, néanmoins il pouvait Exercice 9
sortir quelquefois mis comme l’est un jeune 1. Lisez l’extrait tiré du roman Anna Karenine, de
10 homme élégant. Ordinairement il portait une
l’écrivain russe Léon Tolstoï. Dans le portrait du
vieille redingote, un mauvais gilet, la méchante comte Vronski, quels détails sont fournis par le pro-
cravate noire, flétrie, mal nouée de l’étudiant, un cédé de la caractérisation directe ?
pantalon à l’avenant et des bottes ressemelées. 2. Quels détails sont fournis en caractérisation
HONORÉ DE BALZAC, Le Père Goriot, 1835. indirecte ?

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Étudier la fonction
du portrait
★★★
Exercice 11
1. Relevez et classez les indices physiques caracté-
risant le personnage décrit dans l’extrait ci-dessous.
2. Quelle est la fonction principale de ce portrait :
faire vrai, illustrer un milieu social ou évoquer des
valeurs ? Justifiez votre réponse.
1 Brun, de taille moyenne et bien proportion- 1 Le Dr Simon, les mains dans les poches, le
née, un beau visage aux traits étonnamment front appuyé au mur de verre de sa chambre,
calmes, tout dans sa personne, depuis ses cheveux regarde Paris, sur lequel le jour se lève. C’est un
noirs coupés très courts et son menton rasé de homme de trente-deux ans, grand, mince, brun.
5 frais jusqu’à son ample tunique neuve, décelait 5 Il est vêtu d’un gros pull à col roulé, couleur pain

une élégante simplicité. brûlé, un peu déformé, usé aux coudes, et d’un
– Vronski ! cria quelqu’un comme celui-ci sortait. pantalon de velours noir. Sur la moquette, ses
– Qu’y a-t-il ? pieds sont nus. Son visage est mangé par les
– Tu devrais te faire couper les cheveux ! boucles d’une courte barbe brune, la barbe de
10 Une calvitie précoce affligeait Vronski. Il sourit 10 quelqu’un qui l’a laissée pousser par nécessité. À

de la plaisanterie, et avançant sa casquette sur son cause des lunettes qu’il a portées pendant l’été
front pour cacher l’endroit fatal, il sortit. polaire, le creux de ses yeux apparaît clair et fra-
LÉON TOLSTOÏ, Anna Karenine, 1877. gile, vulnérable comme la peau cicatrisée d’une
blessure. Son front est large, un peu caché par les
★★ 15 premières boucles des cheveux courts, un peu
Exercice 10 Écriture bombé au-dessus des yeux, traversé par une pro-
1. Dans La Princesse de Clèves, l’auteur fait un fonde ride de soleil. Ses paupières sont gonflées,
portrait élogieux du duc de Nemours sans préci- le blanc de ses yeux est strié de rouge. Il ne peut
sion sur son physique. Relevez les termes positifs plus dormir, il ne peut plus pleurer, il ne peut pas
utilisés dans le portrait. 20 oublier, c’est impossible…
2. Intégrez dans le texte, aux emplacements indi- RENÉ BARJAVEL, La Nuit des temps, 1968.
qués, plusieurs phrases qui apportent des détails Éd. Presses de la Cité.
sur la physionomie et les vêtements du duc.
1 Ce prince était un chef-d’œuvre de la
nature ▲ ; ce qu’il avait de moins admirable,
c’était d’être l’homme du monde le mieux fait Exercice 12 Écriture
et le plus beau ▲. Ce qui le mettait au-dessus 1. Travaillant pour un roman, l’écrivain Émile Zola
5 des autres était une valeur incomparable et un a répertorié dans ses Carnets d’enquêtes des
agrément dans son esprit, dans son image et notes relevées lors d’une visite dans un pays de
mines. À travers ces notes, quelles seront les
dans ses actions que l’on n’a jamais vu qu’à lui
fonctions des portraits dans le roman ?
seul ▲.
2. Transformez ces notes en portraits que l’on
MADAME DE LA FAYETTE, La Princesse de Clèves, 1678.
pourrait insérer dans le roman.
1 Vêtement des hommes : habillé : pantalon et
chapeau plat gilet noir, redingote mal taillée. Chapeau haut.
chemise plissée Des gens endimanchés. Cravates très voyantes.
et échancrée Pour les tournées du dimanche, veston noir, ou
pourpoint 5 plutôt veston de flanelle à carrés noirs et violets,
tête nue ou casquette.
casaque
Vêtement des femmes : habillée : jupe neutre,
haut de caraco noir, bonnet noir à fleurs. Les filles ont des
chausse robes à taille, bleue, violette. Elles vont en taille.
genouillère
10 L’hiver, châle ou fichu. Bonnet noir, et le plus sou-
vent tête nue.
chaussure en Notes pour la préparation du roman Germinal, 1885.
pied d’ours

SÉQUENCE 3 ■ le personnage de roman ● 53


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LECTURE MÉTHODIQUE

L’entrée du personnage
La première apparition du héros est l’occasion pour le lecteur de faire
sa connaissance. Le portrait indique alors ses caractéristiques phy-
siques et morales. C’est donc un passage important dans le récit.

Augustin, le Grand Meaulnes, entre un jour dans la vie de François


Seurel, fils d’un instituteur de campagne. La scène se passe en
Sologne à la fin du XIXe siècle. Millie Seurel, la mère de François,
reçoit la visite de Madame Meaulnes venue placer son fils en pension.

Alain-Fournier
1 M a mère n’écoutait plus. Elle fit même signe à la dame de se taire ;
et déposant avec précaution son « nid1 » sur la table, elle se leva silen-
(1886-1914) cieusement comme pour aller surprendre quelqu’un…
C’est en 1913 qu’Henri Alban Au-dessus de nous, en effet, dans un réduit où s’entassaient les
Fournier qui se fait appeler Alain-
Fournier publie Le Grand Meaulnes.
5 pièces d’artifice noircies du dernier Quatorze Juillet, un pas inconnu,
Ce premier roman est son seul assuré, allait et venait, ébranlant le plafond, traversait les immenses gre-
roman. En effet, mobilisé un an plus niers ténébreux du premier étage, et se perdait enfin vers les chambres
tard, en 1914, comme lieutenant, le
jeune romancier meurt au combat d’adjoints abandonnées où l’on mettait sécher le tilleul et mûrir les
dans les champs de bataille de la pommes.
Meuse. Il a alors vingt-huit ans. Il
avait eu juste le temps de passer une
10 « Déjà, tout à l’heure, j’avais entendu ce bruit dans les chambres du
enfance tranquille en Sologne avec bas, dit Millie à mi-voix, et je croyais que c’était toi, François, qui étais
des parents instituteurs, puis de pré- rentré… »
parer le concours d’entrée à l’École
normale. Ses premiers écrits sont des Personne ne répondit. Nous étions debout tous les trois, le cœur
essais, des poèmes qui traduisent les battant, lorsque la porte des greniers qui donnait sur l’escalier de la cui-
doutes d’un homme jeune, disparu
avant d’avoir pu choisir son destin. À
15 sine s’ouvrit ; quelqu’un descendit les marches, traversa la cuisine, et se
ce titre, Le Grand Meaulnes est un présenta dans l’entrée obscure de la salle à manger.
roman d’initiation émouvant qui « C’est toi, Augustin ? » dit la dame.
raconte à la fois une histoire
d’enfance et une histoire d’amour C’était un grand garçon de dix-sept ans environ. Je ne vis d’abord de
inaccompli. lui, dans la nuit tombante, que son chapeau de feutre paysan coiffé en
20 arrière et sa blouse noire sanglée2 d’une ceinture comme en portent les
écoliers. Je pus distinguer aussi qu’il souriait…
Il m’aperçut et, avant que personne eût pu lui demander aucune
les mots du texte explication :
1 Que signifie le mot « réduit » (l. 4) ? « Viens-tu dans la cour ? » dit-il.
2 Sur quel mot l’adjectif « anguleuse » 25 J’hésitai une seconde. Puis, comme Millie ne me retenait pas, je pris
est-il formé (l. 28) ? Trouvez d’autres ma casquette et j’allai vers lui. Nous sortîmes par la porte de la cuisine
mots de la même famille.
3 Proposez un antonyme (mot de sens et nous allâmes au préau, que l’obscurité envahissait déjà. À la lueur de
contraire) pour « anguleuse ». la fin du jour, je regardais, en marchant, sa face anguleuse au nez droit,
4 Donnez un adverbe synonyme de « for- à la lèvre duvetée.
mellement » (l. 42) et de « vivement »
(l. 44). 30 « Tiens, dit-il, j’ai trouvé ça dans ton grenier. Tu n’y avais donc
jamais regardé ? »
54 ● le roman et la nouvelle
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Il tenait à la main une petite roue en bois noircie ; un cordon de


fusées déchiquetées courait tout autour ; ç’avait dû être le soleil ou la Repères
lune au feu d’artifice du Quatorze Juillet. MÉTHODES ET TECHNIQUES
35 « Il y en a deux qui ne sont pas parties : nous allons toujours les allu- L’apparition
mer », dit-il d’un ton tranquille et de l’air de quelqu’un qui espère bien du personnage
trouver mieux par la suite. ● L’arrivée du personnage s’im-

Il jeta son chapeau par terre et je vis qu’il avait les cheveux complè- pose comme une scène capitale.
Elle permet d’en faire le portrait.
tement ras comme un paysan. Il me montra les deux fusées avec leurs
● L’entrée du personnage est jus-
40 bouts de mèche en papier que la flamme avait coupés, noircis, puis tifiée par la situation. Par
abandonnés. Il planta dans le sable le moyeu3 de la roue, tira de sa exemple, on demande au person-
poche – à mon grand étonnement, car cela nous était formellement nage de s’approcher. Il est convo-
qué ou attendu…
interdit – une boîte d’allumettes. Se baissant avec précaution, il mit le
● L’entrée du personnage oblige
feu à la mèche. Puis, me prenant par la main, il m’entraîna vivement en les autres à se positionner : cer-
45 arrière. tains seront ses alliés, d’autres
Un instant après, ma mère qui sortait sur le pas de la porte, avec la seront opposants. Elle provoque
mère de Meaulnes, après avoir débattu et fixé le prix de la pension, vit chez tous un choc affectif.
● L’apparition du personnage est
jaillir sous le préau, avec un bruit de soufflet, deux gerbes d’étoiles
souvent mise en valeur par divers
rouges et blanches ; et elle put m’apercevoir, l’espace d’une seconde, procédés :
50 dressé dans la lueur magique, tenant par la main le grand gars nouveau – le cadrage : il doit passer par un
venu et ne bronchant pas… endroit précis, il est à la fenêtre,
Cette fois encore, elle n’osa rien dire. à la porte… ;
ALAIN-FOURNIER, Le Grand Meaulnes, 1913. – l’effet d’attente : on ne le voit
Librairie Arthème-Fayard, 1986. pas immédiatement, il fait
sombre, on le voit une première
fois très rapidement…
1. « nid » : désigne le chapeau de Madame Seurel. Posé sur la table, il ressemble à un nid.
2. sanglé : serré.
3. moyeu : partie centrale d’une roue où se loge l’essieu.

L’apparition du personnage étonnant ? Qu’est-ce que cela révèle sur sa


1. Qui sont les trois personnages présents personnalité ?
avant l’entrée d’Augustin Meaulnes ? 9. Quel détail physique permet d’établir un
2. Qui est le narrateur ? lien avec ce trait de caractère ?
3. Comment la présence d’Augustin est-elle
perceptible avant même qu’on puisse le voir ? Les relations
avec les autres personnages
4. Quel effet cela produit-il sur les autres per-
sonnages ? 10. L’arrivée de Meaulnes va transformer la
5. Lisez l’encadré ci-dessus sur l’apparition du vie du narrateur. Quels pouvoirs Meaulnes
personnage. Quelles caractéristiques peuvent semble-t-il détenir ?
s’appliquer au texte d’Alain-Fournier ? 11. Comment comprenez-vous les trois der-
nières lignes du texte ?
Le portrait physique 12. Qu’apporte à cette scène de première ren-
contre l’épisode du feu d’artifice ?
6. La description de Meaulnes est progres-
sive. Elle se fait petit à petit. Pour quelle rai-
son ?
7. Faites la liste de tous les détails décou- Écriture
verts par le regard du narrateur. 13. Récrivez le passage de la ligne 17 à la
ligne 26 en changeant de narrateur. C’est
Le portrait psychologique Augustin Meaulnes qui raconte la scène et qui
8. Meaulnes est le premier à engager la voit, pour la première fois, François Seurel.
conversation avec François. Pourquoi est-ce

SÉQUENCE 3 ■ le personnage de roman ● 55


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LECTURE MÉTHODIQUE

L’évolution du personnage
Dans un roman, le personnage s’affronte aux événements, si bien qu’il
est en constante modification. De conquête amoureuse en promotion
professionnelle, il se transforme et se révèle à chaque étape de son
évolution.

La chronologie d’une ascension


Après avoir vécu une période difficile, le héros, Georges Duroy, s’envole vers la
fortune. Voici le schéma de son parcours d’une durée de deux ans et demi.

la fille Walter
Suzann épouse

Walter de Mme
F/mois
le jour jour

70 000 F =

0F
ine

eur
un sou as

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500 00
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il vit au

10 000

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3 F 40

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La situation du personnage au début du roman

1 Q uand la caissière lui eut rendu la monnaie de sa pièce de cent sous,


Georges Duroy sortit du restaurant.
Comme il portait beau1, par nature et par pose d’ancien sous-offi-
cier, il cambra2 sa taille, frisa sa moustache d’un geste militaire et fami-
5 lier, et jeta sur les dîneurs attardés un regard rapide et circulaire, un de
les mots du texte ces regards de joli garçon, qui s’étendent comme des coups d’épervier.
1 Trouvez cinq mots de la même famille Les femmes avaient levé la tête vers lui, trois petites ouvrières, une
que « circulaire», (l. 5).
2 Quels mots utiliserait-on aujourd’hui
maîtresse de musique entre deux âges, mal peignée, négligée, coiffée
pour « collations » et « bocks » (l. 19) ? d’un chapeau toujours poussiéreux et vêtue d’une robe toujours de tra-
3 Quelle est l’étymologie (l’origine) du 10 vers, et deux bourgeoises avec leurs maris, habituées de cette gargote3 à
mot « campagnard » (l. 34) ?
prix fixe.
Lorsqu’il fut sur le trottoir, il demeura un instant immobile, se
demandant ce qu’il allait faire. On était au 28 juin, et il lui restait juste
en poche trois francs quarante pour finir le mois. Cela représentait
15 deux dîners sans déjeuners, ou deux déjeuners sans dîners, au choix. Il
réfléchit que les repas du matin étant de vingt-deux sous, au lieu de
trente que coûtaient ceux du soir, il lui resterait, en se contentant des
déjeuners, un franc vingt centimes de boni, ce qui représentait encore
deux collations au pain et au saucisson, plus deux bocks sur le boule-
20 vard. C’était là sa grande dépense et son grand plaisir des nuits ; et il se
mit à descendre la rue.
56 ● le roman et la nouvelle
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La situation du personnage à la fin du roman


L’évêque déclamait : « Vous êtes parmi les heureux de la terre, parmi
les plus riches et les plus respectés. Vous, monsieur, que votre talent Repères
élève au-dessus des autres, vous qui écrivez, qui enseignez, qui LITTÉRATURE
25 conseillez, qui dirigez le peuple, vous avez une belle mission à remplir, Les personnages des
un bel exemple à donner… » romans réalistes
Du Roy l’écoutait, ivre d’orgueil. Un prélat4 de l’Église romaine lui ● Pour que le lecteur considère

parlait ainsi, à lui. Et il sentait derrière son dos une foule, une foule un personnage comme réel, les
auteurs des romans réalistes du
illustre5 venue pour lui. Il lui semblait qu’une force le poussait, le sou- e
XIX siècle – Balzac, Stendhal,
30 levait. Il devenait un des maîtres de la terre, lui, lui, le fils des deux Flaubert, Maupassant, ou Zola –
pauvres paysans de Canteleu. lui attribuent des caractéristiques.
Il les vit tout à coup dans leur humble cabaret, au sommet de la ● Un nom : le nom suscite une

côte, au-dessus de la grande vallée de Rouen, son père et sa mère, don- impression de réalité. Exemple :
Albert Duroy dans Bel-Ami.
nant à boire aux campagnards du pays. Il leur avait envoyé cinq mille
● Un passé : l’action du person-
35 francs. (…) nage s’explique par son histoire.
L’encens répandait une odeur fine de benjoin6, et sur l’autel le sacrifice ● Un langage : la langue carac-
divin s’accomplissait ; l’Homme-Dieu, à l’appel de son prêtre, descendait térise le milieu du personnage.
sur la terre pour consacrer le triomphe du baron Georges Du Roy. Par exemple, dans Boitelle de
Maupassant, les personnages ont
GUY DE MAUPASSANT, Bel-Ami, 1885.
l’accent du paysan normand.
● Une longévité : le même per-
sonnage présent dans plusieurs
1. Il portait beau : il avait belle allure. romans semble doté d’une vraie
2. cambra : redressa. vie. Eugène de Rastignac, après
3. gargote : petit restaurant. Le Père Goriot de Balzac revient
4. prélat : haut dignitaire. dans La Peau de chagrin.
5. illustre : formée de célébrités.
6. benjoin : parfum qui rappelle la résine.

Le physique du personnage 7. À travers quel milieu professionnel le héros


1. Maupassant a doté son personnage de qua- évolue-t-il ? Quel poste occupe-t-il au début ?
lités physiques. Quelles sont ces qualités ? Quel est son poste à la fin ?
2. Quel effet le physique de Duroy produit-il 8. À la fin du roman, quelles personnes fré-
sur les femmes ? Relevez plusieurs passages quente le héros ? À quel milieu social appar-
qui le montrent. tiennent-elles ?

Le caractère du personnage L’évolution de la fortune


du personnage
3. Au début du roman, quel comportement
Duroy a-t-il quand il marche dans la rue ? 9. Relevez les indices concernant la fortune
de Duroy au début puis à la fin du roman. Que
4. Que révèle ce comportement sur l’attitude constatez-vous ?
générale du personnage face à la vie, aux
gens ? Est-il sympathique ? 10. Expliquez les modifications qu’a opérées
le personnage sur son nom.
5. À la fin du roman, quels sentiments
éprouve-t-il lors de son mariage avec la fille de
madame Walter ?
Écriture
L’évolution du statut du personnage Imaginez une ascension sociale identique à
6. Lisez le schéma « La chronologie d’une celle de Georges Duroy mais qui se déroulerait
ascension ». Pourquoi peut-on dire que le aujourd’hui. Mettez au point la chronologie de
roman Bel-Ami est l’histoire d’une ascension cette ascension.
sociale fulgurante ?

SÉQUENCE 3 ■ le personnage de roman ● 57


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LECTURE MÉTHODIQUE

Les paroles du personnage


Dans un roman, les personnages agissent, rêvent et pensent. Ils sont aussi
dotés de parole, ce qui les rend encore plus humains. Ce qu’ils disent
mais aussi leur façon de parler apportent des informations au lecteur.

Madame Monde, personnage du roman de Simenon, descend d’un


taxi et entre dans le commissariat rue de la Rochefoucault à Paris.

1 I l était cinq heures de l’après-midi, à peine un peu plus – une


légère flexion de la grande aiguille vers la droite – quand, le 16 janvier,
Mme Monde fit irruption1, en même temps qu’un courant d’air glacé,
dans la salle commune du commissariat de police.
5 Sans bousculer personne, la femme s’était portée au premier rang,
vêtue de noir, le visage poudré, très blanc, le nez un peu violacé sous la
Georges Simenon poudre. Sans voir qui que ce soit, elle fouillait dans son sac à main de
1903-1989 ses doigts gantés de noir, secs comme de l’ébène2, précis comme un bec
Georges Simenon a 43 ans lorsqu’il d’oiseau de proie, et tout le monde attendait, tout le monde la regar-
publie La Fuite de Monsieur Monde
et déjà une longue carrière d’écrivain
10 dait, elle tendait par-dessus la balustrade une carte de visite.
derrière lui. En effet, dès l’âge de – Voulez-vous, je vous prie, m’annoncer au commissaire ?
quinze ans, il est journaliste de faits On eut tout le temps de la détailler et pourtant chacun ne garda
divers à La Gazette de Liège, sa ville
natale. En 1922, il part pour Paris et qu’une impression d’ensemble.
ne s’arrête pas d’écrire : quatre cents – Une sorte de veuve, dit l’employé au commissaire de police qui,
textes en quelques années sous dix-
sept pseudonymes. Il choisit ensuite
15 dans son bureau plein de fumée de cigares, bavardait en voisin avec le
l’intrigue policière et invente Jules secrétaire général du Théâtre de Paris.
Maigret, commissaire, la cinquan- – Dans un instant.
taine, la lèvre pensive et l’œil aux
aguets. Ce héros apparaît dans Et l’autre vint répéter, avant de se rasseoir et de saisir des pièces
84 enquêtes. Simenon a aussi publié d’identité qu’on lui tendait :
de nombreux romans psychologiques.
20 – Dans un instant.
Elle resta debout. Sans doute ses deux pieds finement chaussés, aux
talons démesurément hauts, étaient-ils posés sur le plancher sale ; on
n’en avait pas moins l’impression qu’elle était perchée sur une patte,
comme un héron. Elle ne regardait personne.
25 Une porte s’ouvrit. Le commissaire parut.
– Madame ?…
Il referma la porte derrière elle, désigna une chaise recouverte de
drap vert, fit lentement le tour de son bureau empire, la carte de visite
les mots du texte à la main, et s’assit.
1 Sur quel verbe le nom commun 30 – Madame Monde ? articula-t-il, interrogateur.
« flexion » est-il formé (l. 2) ?
2 Formez deux noms communs en ajou-
– Madame Monde, oui. J’habite le 27 bis, rue Ballu.
tant un préfixe différent au mot Et elle fixa avec hostilité3 le cigare mal éteint que le commissaire
« flexion ». Que signifie chaque mot ? avait écrasé dans le cendrier.
3 Trouvez un synonyme du nom « convic-
tion » (l. 48). – Si vous voulez me dire en quoi je puis vous être utile ?
4 Que signifie « Il acquiesça » (l. 48) ? 35 – Je suis venue vous signaler que mon mari a disparu.
– Très bien… Pardon…
58 ● le roman et la nouvelle
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Il attira un bloc-notes vers sa main, saisit un porte-mine en argent.


– Votre mari, dites-vous ?… Repères
– Mon mari a disparu depuis trois jours. ÉTUDE DE LA LANGUE
40 – Depuis trois jours… Il aurait donc disparu le 13 janvier… La construction
– C’est le 13, en effet, que je l’ai vu pour la dernière fois. (…) du dialogue
– Excusez-moi si je ne connais pas M. Monde, mais voilà quelques ● Le résumé de parole. Le

mois seulement que j’ai été nommé dans le quartier. résumé de parole permet d’accé-
lérer le récit, de ne pas répéter
Il attendait, prêt à prendre des notes. des faits que le lecteur connaît
45 – Mon mari est Norbert Monde. Vous avez sans doute entendu parler déjà. Exemple : « J’entendais tout
de la maison Monde, commission et exportation, dont les bureaux et ce qui se disait. » (Sacha Guitry)
les dépôts sont situés rue Montorgueil ? ● Les paroles commentées. Les

Il acquiesça, plutôt par politesse que par conviction4. paroles sont souvent accompa-
gnées d’indications sur la voix, les
– Mon mari est né dans cet hôtel particulier de la rue Ballu qu’il a gestes, les mimiques, les regards,
50 toujours habité et que nous habitons encore. l’état psychologique. Les indica-
Il s’inclina une fois de plus. tions permettent de caractériser
le personnage. Par exemple,
– Il était âgé de quarante-huit ans… J’y pense tout à coup : il avait « articula-t-il » indique que le per-
ses quarante-huit ans le jour même où il a disparu… sonnage parle avec soin.
– Le 13 janvier… Et vous n’avez pas la moindre idée… ● Les résumés de pensées. Il y a
55 Sans doute la raideur de la visiteuse et son air pincé signifiaient-ils ce que les personnages disent et
qu’elle n’avait aucune idée. les réflexions qu’ils se font. Par
cette technique du monologue
– Je suppose que vous désirez que nous entreprenions des intérieur, le lecteur a accès aux
recherches ? pensées des personnages et du
GEORGES SIMENON, La Fuite de Monsieur Monde, 1946. narrateur.
Éd. de la Jeune Parque.

1. fit irruption : entra brutalement.


2. ébène : bois très foncé.
3. avec hostilité : en ennemi.
4. par conviction : en y croyant.

Les paroles décrivent Les paroles font vrai


1. Les paroles échangées fournissent des 6. Elles rendent la scène authentique. En par-
détails sur l’aspect physique des person- lant, quel niveau de langue Madame Monde
nages. Quelle expression l’employé utilise-t-il emploie-t-elle ? Justifiez votre réponse.
pour décrire Madame Monde ? 7. En quoi son niveau de langue correspond-il
à son portrait et à son comportement ?
Les paroles informent 8. Lisez l’encadré ci-dessus. Relevez deux
2. Les paroles servent à communiquer des passages de commentaires accompagnant les
informations. Madame Monde précise son paroles du commissaire.
identité, son adresse. Relevez-les. À quel
milieu social appartient-elle ?
3. Dans un passage dialogué, le commissaire
explique pourquoi il ne connaît pas Monsieur
Monde. Quel est ce passage ? Écriture
Avec les informations fournies par les dia-
Les paroles font agir et réagir logues et les descriptions, rédigez le portrait
4. Les paroles déclenchent des réactions. de Madame Monde que pourrait faire Maigret
Qu’est venue annoncer Madame Monde ? après cette rencontre : « Elle avait un
5. En quoi cette révélation va-t-elle déclencher visage… ».
une action ?

SÉQUENCE 3 ■ le personnage de roman ● 59


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Groupement de textes

L’enquêteur,
héros de roman policier
Un meurtre à élucider, de vrais gangsters, des marginaux, un
détective qui n’a rien d’un héros, qui fume trop ou qui boit
trop, des décors modernes à la périphérie des villes : le roman
policier offre une évasion assurée au lecteur.

Texte A Georges SIMENON

1 Le commissaire Maigret, de la Police judiciaire,


avait l’habitude de voir des gens pénétrer en coup
de vent dans sa vie, s’imposer à lui pendant des
jours, des semaines ou des mois, puis sombrer à
5 nouveau dans la foule anonyme.
Le bruit des boggies1 scandait2 ses
réflexions, les mêmes au début de chaque
enquête. Est-ce que celle-ci serait passionnante,
banale, écœurante ou tragique ?
10 Maigret regardait Joris3, et un vague sourire
errait sur ses lèvres. Drôle d’homme ! Car pendant
cinq jours, quai des Orfèvres, on l’avait appelé
« l’Homme », faute de pouvoir lui donner un nom.
Un personnage qu’on avait ramassé sur les Grands
15 Boulevards4, à cause de ses allées et venues affolées au milieu des
autobus et des autos. On le questionne en français. Pas de
réponse. On essaie sept ou huit langues. Rien. Et le langage des
sourds-muets n’a pas plus d’effet sur lui.
GEORGES SIMENON, Le Port des brumes, 1963,
Georges Simenon Ltd, Chorion (IP) Ltd. Texte B Jean-Patrick MANCHETTE
1. boggies : roues du train.
2. scandait : rythmait. Coup de sonnette.
3. Joris : nom du personnage ramené dans le train par Maigret. 1 Je me suis redressé. J’étais assis, hagard,
4. Grands Boulevards : boulevards très animés de Paris où se trouvent
sur le canapé bleu. J’ai couru en titubant1
de nombreux magasins.
dans le bureau, j’ai ouvert un tiroir et j’ai mis
mon verre vide dedans. J’ai regardé ma
5 montre. 9 heures du soir. Je suis allé ouvrir.
Dans le couloir se tenait une silhouette
jeune. Elle a avancé d’un demi-pas dans l’anti-
Repères L I T T É R A T U R E chambre et la lumière de la pièce l’a éclairée.
Le « privé », personnage de roman C’était un type. Il ne devait pas avoir beau-
10 coup plus de vingt ans. Ses cheveux étaient
Le détective est issu du roman noir américain. Comme Philip Marlowe créé,
en 1939, par le romancier américain Raymond Chandler, Nestor Burma, ima-
longs et crépus. Son visage était innocent,
giné par le romancier français Léo Malet en 1943, enquête, solitaire et désa- c’est du moins l’impression qu’il m’a fait ; il
busé. Le privé est un héros blasé. Il évolue parfois en marge de la légalité. Il faut dire que la sévère biture2 que je tenais me
mène ses recherches dans des milieux où s’activent des individus sans scru- rendait débonnaire3. Il portait un pantalon à
pules et des policiers corrompus. Il porte un regard sans illusion sur la 15 pont4, bleu à rayures blanches, et une saha-
société et vit difficilement de son travail. rienne de daim vert. Il avait des lunettes.

60 ● le roman et la nouvelle
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– Excusez-moi de vous déranger, a-t-il Texte C Sébastien JAPRISOT


dit. Vous êtes monsieur Tarpon ?
– Lui-même.
20 – J’ai beaucoup hésité avant de monter. 1 Il avait des scrupules1 et se nommait Toussaint Nardi. Il avait
C’est pour ça. C’est pour ça que je me per- aussi une femme, trois enfants, une certaine adresse au tir au pis-
mets à une heure pareille… tolet, un culte pour Napoléon, un F4 avec eau chaude et vide-
Il s’est interrompu. Il s’emmêlait les pin- ordures à la caserne, des économies aux chèques postaux, une
25 ceaux. Je tenais toujours la porte d’une main. 5 patience sans limites pour apprendre dans les livres ce qu’on
Plus exactement, je me tenais à la porte. Pour n’avait pas eu le temps de lui enseigner à l’école et l’espoir de finir
ne pas vaciller5. pépère et officier de police dans une petite ville au soleil.
– Puis-je entrer ? a-t-il fait après un ins- Il avait la réputation de quelqu’un qu’il ne faut pas gratter où
tant de réflexion. ça ne le démange pas, mais brave type autant qu’un flic peut
30 – C’est pour quoi ? 10 l’être. Il n’avait jamais eu l’occasion, en quinze ans de service, de
Il a eu l’air désarçonné6. montrer son adresse sur autre chose que des cibles d’entraîne-
– Vous êtes bien détective privé, non ? ment ou des pipes de foire, il s’en félicitait. Il n’avait jamais non
Tout de suite, l’appellation romanesque. plus levé la main sur personne, ni en civil ni en uniforme, si l’on
J’ai haussé les épaules. Je me suis effacé. Il exceptait quelques raclées à son fils aîné qui à treize ans se coiffait
35 est entré. Je ne lui ai pas dit que c’était comme les Beatles, taillait les cours de mathématiques et devien-
fini, que je n’enquêtais plus, que ça drait voyou si on n’y mettait bon ordre. Enfin, son seul souci,
n’avait même jamais commencé. J’étais avec celui d’éviter les histoires, était d’entretenir convenable-
content de voir quelqu’un. ment sa moto.
JEAN-PATRICK MANCHETTE, SÉBASTIEN JAPRISOT, La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil,
Morgue pleine, 1973. 1966, Éd. Denoël.
Éd. Gallimard.
1. des scrupules : des principes et de la moralité.
1. en titubant : en marchant
de travers.
2. sévère biture : état d’ivresse.
3. débonnaire : accommodant.
4. à pont : de marin.
5. vaciller : tomber.
6. désarçonné : étonné,
décontenancé.

Harry Dickson,
La Bande de l’Araignée,
Éd. Art & BD.Sprl. 6. Lisez l’encadré concernant le person-
nage du « privé ». Dans quel texte, A, B, ou
Les lieux C, le personnage est-il détective privé ?
1. Dans le texte A, la scène se déroule dans Quelles sont ses caractéristiques ?
le train. Où se passe la scène racontée dans
le texte B ? Justifiez votre réponse par un Le regard de l’enquêteur
indice tiré du texte. 7. Chaque enquêteur est confronté à une
2. Dans le roman policier, le décor est décrit situation problématique qu’il va essayer de
de manière réaliste, c’est-à-dire avec de nom- résoudre. Par quoi Maigret est-il intrigué ?
breux détails précis qui font vrai. Justifiez 8. Bien qu’il soit sous l’emprise de l’alcool,
cette affirmation pour les textes B et C. Tarpon fait preuve du sens de l’observation.
Quels détails remarque-t-il chez son visiteur ?
Le statut de l’enquêteur
3. Chaque enquêteur a sa propre identité.
Indiquez le nom de chacun d’eux. Écriture
4. Les trois hommes n’ont pas la même place Attribuez les caractéristiques du détective privé
dans la société. Quelle fonction occupe cha- à Maigret et transformez le personnage du
cun d’eux ? texte A. Vous pouvez opérer des suppressions,
5. Comparez Maigret et Tarpon. Peut-on dire ajouter des éléments, utiliser la première per-
qu’ils sont tous deux des hommes d’expé- sonne, comme dans le texte B.
rience ? Pourquoi ?

SÉQUENCE 3 ■ le personnage de roman ● 61


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ÉTUDE DE LA LANGUE

Les paroles rapportées


Pour rapporter les paroles de quelqu’un, on peut utiliser deux tech-
niques d’écriture : soit les redire telles qu’elles ont été prononcées on
dit qu’elles sont au discours direct, soit les reformuler il s’agit alors
d’un discours indirect.

Observer
1. Dans l’extrait de L’Assommoir d’Émile Zola, quels verbes signalent qu’il s’agit
de paroles rapportées ?
2. Quels passages citent les paroles prononcées sans aucune modification ?
3. Quels signes de ponctuation encadrent ces paroles rapportées ?

1 Vers onze heures et demie, un jour de beau soleil, Gervaise et Coupeau, l’ouvrier
zingueur, mangeaient ensemble une prune, à l’Assommoir du père Colombe. Coupeau,
qui fumait une cigarette sur le trottoir, l’avait forcée à entrer comme elle traversait la
rue, revenant de porter du linge ; et son grand panier carré de blanchisseuse était par
5 terre, près d’elle, derrière la petite table de zinc…
« Oh ! c’est vilain de boire ! » dit-elle à demi-voix. Et elle raconta qu’autrefois, avec
sa mère, elle buvait de l’anisette, à Plassans. Mais elle avait failli en mourir un jour, et ça
l’avait dégoûtée.
ÉMILE ZOLA, L’Assommoir, 1877.

Retenir
Comment rapporter des paroles au discours direct ?
Le discours direct rapporte avec exactitude les paroles telles qu’elles ont été
prononcées, sans les modifier. Il est parfois introduit par un verbe de parole
comme dire, demander, annoncer. Le texte est à la première personne (je), au
présent, au passé composé ou au futur. Il se distingue, le plus souvent, par des
guillemets ou des tirets.
Le discours direct traduit un souci d’authenticité et de fidélité aux paroles pro-
noncées en respectant le niveau de langue. Il révèle le caractère, l’éducation,
le milieu social de celui qui parle.
r « Oh ! c’est vilain de boire ! » dit-elle à demi-voix.

Comment rapporter des paroles au discours indirect ?


Au discours indirect, les paroles de quelqu’un sont rapportées par une autre
personne. Ces paroles sont souvent introduites par un verbe de parole suivi de
que (Il a affirmé que…).
Les pronoms de la première personne du discours direct disparaissent au pro-
fit des pronoms de la troisième personne : il, elle.
Le discours indirect modifie les propos d’autrui : les paroles maladroites, les
niveaux de langue sont effacés. Les paroles rapportées sont parfois interpré-
tées (il se plaignait sans raison de ce que…) ou résumées.
r « Et elle raconta qu’autrefois, avec sa mère,
elle buvait de l’anisette, à Plassans. »
62 ● le roman et la nouvelle
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Exercice 1 Exercice 3 Écriture
1. Quel extrait est au discours direct ? Lequel est au Inventez le dialogue de ces deux personnages pen-
discours indirect ? dant leur partie de cartes. Votre texte doit conte-
2. Repérez toutes les différences entre les deux nir du discours direct et du discours indirect.
versions.

Extrait A
1 « J’ai commencé à m’intéresser à
la photographie avec Anny. Elle
quittait rarement son Leica. Cela
m’a servi d’apprentissage et m’a
5 donné le goût du cadrage. J’ai réalisé

quatre films et trois documentaires,


mais, pour moi, la photo reste un art
à part entière. Aujourd’hui je voyage
beaucoup. Les paysages me servent
10 de toile de fond, mais j’aime saisir

un regard, une attitude. »

Extrait B
1 Le comédien Bernard Giraudeau
nous a confié que c’était à travers
Anny Duperey qu’il s’était intéressé
à la photo, parce qu’elle ne quittait
5 que rarement son Leica et que cela
lui avait servi d’apprentissage, et lui JACK VETTRIANO, « The Duellists » 1997.
avait donné le goût du cadrage. Il a ajouté qu’il
avait réalisé quatre films et trois documentaires,
mais que, malgré cela, la photo restait pour lui un
10 art à part entière. Il a précisé qu’il voyageait beau-
coup, que les paysages lui servaient de toile de
Exercice 4 Écriture
fond, mais qu’il aimait surtout saisir un regard, 1. Modifiez le récit ci-dessous en mettant au dis-
une attitude. cours direct les deux passages qui sont au dis-
cours indirect.
2. Récrivez le texte en ajoutant aux endroits indi-
qués (∆) quelques échanges de paroles au dis-
★★ cours direct entre le narrateur et sa femme.
Exercice 2
1 J’avais travaillé un an pour me payer cette
Que révèle le discours direct sur le caractère, l’édu- voiture. Une année entière à monter et des-
cation, le milieu social des personnages ? cendre des caisses. Je me rappelle, je l’ai achetée
le 1er juillet. Elle était vieille, mais le vendeur
1 – Ça fait bien, mais si tu te tenais un peu plus 5 m’affirmait qu’elle nous enterrerait tous. Quand

droit… je suis sorti du garage, j’étais l’homme le plus


– Attends deux secondes, j’suis pas un robot, heureux de tout le pays. Je suis allé chercher ma
c’est pas naturel, y faut qu’on soit à l’aise quand femme à son travail ∆ et on est partis faire un
5 on marche, à l’aise, mec, et tout. tour ∆. Au bout d’un ou deux kilomètres, je sais
– Mais quand tu marches droit, tu te fais 10 pas ce qui s’est passé, mais de la fumée, puis des

respecter. flammes sont sorties du capot. On a bien essayé


– Ouais, et pourquoi tu me prends la tête d’arrêter d’autres automobilistes pour leur
avec ça ? J’suis bien, moi, j’suis cool, tranquille, demander un extincteur, mais personne n’en
10 j’marche bien, les meufs me regardent, c’est pas avait. Alors on s’est plantés devant nos écono-
toi qui vas m’apprendre, j’marche toujours 15 mies et on les a regardées flamber. ∆

comme ça. JEAN-PAUL DUBOIS, Parfois je ris tout seul, 1992.


LÉONARD ANTHONY et RACHID NEKKAZ, Éd. Robert Laffont.
On vous écris d’à côté, 1997, Éd. Fixot.

SÉQUENCE 3 ■ le personnage de roman ● 63


03_ NN179047 22/03/02 6:00 Page 64

,,
Atelier
Atelier dd écriture
écriture
Créer un personnage de roman réaliste
Votre objectif :
il s’agit de raconter l’apparition de deux personnages.
Vos deux héros doivent être les plus vraisemblables possibles.

Démarche
Étape 1 : Étudier le texte à transformer
Votre texte aura les mêmes caractéristiques que celui de John Steinbeck (document 1).
Relevez, dans l’extrait, et classez les différences entre les deux personnages.
Personnage 1 Personnage 2
Taille
Allure
Visage

Les deux personnages ont aussi des ressemblances. Sur quoi portent-elles ?
Comment leur description est-elle introduite ?
Étape 2 : Donner une identité aux personnages
Choisissez deux personnages qui s’opposent fortement dans les portraits (document 2).
Notez et imaginez, sous forme de tableau, toutes leurs différences physiques.
Étape 3 : Caractériser les personnages
Sélectionnez, dans la liste des traits de caractère (document 3), des adjectifs qui s’oppo-
sent afin de construire des personnages psychologiquement différents.
Étape 4 : Rédiger la description
À la manière de John Steinbeck, rédigez un texte présentant un couple de personnages qui
n’ont ni le même physique, ni le même caractère. Votre texte se situe au début du roman,
il s’agit de la première apparition des deux héros.

Document 1
Le texte à transformer
1 Ils avaient descendu le sentier à la file indienne, et, même en terrain découvert, ils
restaient l’un derrière l’autre.
Ils étaient vêtus tous les deux de pantalons et de vestes en serge de coton bleue à
boutons de cuivre. Tous deux étaient coiffés de chapeaux noirs informes, et tous deux
5 portaient sur l’épaule un rouleau serré de couvertures. L’homme qui marchait en tête
était petit et vif, brun de visage, avec des yeux inquiets et perçants, des traits marqués.
Tout en lui était défini : des mains petites et fortes, des bras minces, un nez fin et
osseux. Il était suivi par son contraire, un homme énorme, à visage informe, avec de
grands yeux pâles et de larges épaules tombantes. Il marchait lourdement, en traînant
10 un peu les pieds comme un ours traîne les pattes. Ses bras, sans osciller, pendaient bal-
lants à ses côtés.
JOHN STEINBECK, Des souris et des hommes, 1978, Éd. Gallimard.

64 ● le roman et la nouvelle
03_ NN179047 19/03/02 17:25 Page 65

Document 2
Personnages de Hugo Pratt.
TRISTAN FARIAS
BATAM PASOS VIOLA

AVOCAT KERSTER

BANSHEE
ANTONIO O’DANANN
SORRENTINO
JEREMIAH STEINER

SEMAS
BARON HASSO O’HOGAIN
VON MANTEUFFEL
SOLEDAD
LOKÄARTH

MORGANA DIAS CAYENNE


DO SANTOS BANTAM PANDORA GROOVESNORE

VENEXIANA STEVENSON

an S.A. Vocabulaire
Casterm
du portrait
Les cheveux. Courts. Longs. Raides.
Ondulés. Bouclés. Crépus. Soyeux.
Document 3 Blonds. Bruns. Auburn. Chatains.
Cendrés. Roux.
Les traits de caractère
Les yeux. Perçants. Vifs. Brillants.
Sombres. Froids. En amande.
Grands.
flexible enthousiaste impatient violent pensif Le nez. Droit. Grec. Busqué. Aquilin.
têtu affable autoritaire pratique sociable Pointu. Retroussé. En trompette.
La bouche. Large. Étroite. Pincée.
gai ouvert organisé coopérant aigri Rieuse. Expressive. Sensuelle.
sûr de soi agressif timide prudent stable L’allure, le corps. Élancé. Souple.
réceptif enjoué raisonneur pessimiste conformiste Grand. Frêle. Mince. Svelte. Obèse.
Trapu. Ramassé. Bien proportionné.
créatif suspicieux dynamique impulsif soumis Élégant.
négatif calme sérieux chaleureux réservé Le caractère. Doux. Docile. Aimable.
Sociable. Ombrageux. Agressif.
persuasif énergique docile drôle opiniâtre Emporté. Volontaire. Déterminé.
aimable gentil vif féminin vigoureux Tenace. Faible. Violent. Timide.
Discret. Réservé. Malicieux. Rusé.
dominateur optimiste hostile masculin déterminé Orgueilleux.

SÉQUENCE 3 ■ le personnage de roman ● 65


03_ NN179047 19/03/02 14:25 Page 66

PRÉPARATION AU BEP
Répondre à une question
sur la construction d’un texte
Lorsqu’une question porte sur la construction d’un texte, la réponse doit
expliquer de quelle manière le texte est organisé, son plan, et sa
progression. Elle doit s’appuyer sur des exemples tirés du texte.

Méthode
1. Repérer les références, le genre et le type de texte
Les références : le nom de l’auteur, le titre de l’ouvrage, la date de publica-
tion constituent des indications précieuses.
Le genre : le texte peut être tiré d’un roman, d’une pièce de théâtre, d’un
recueil de poèmes, c’est ce que l’on appelle le genre d’un texte.
Le type de texte : le texte peut être narratif, descriptif, explicatif, argumenta-
tif, c’est ce que l’on appelle le type de texte.
2. Relever les indices de construction

Texte de roman Poème Texte de théâtre Texte d’idées


La chronologie du récit : La structure du poème : Les personnages et les La disposition du texte :
recherchez les repères précisez le nombre de didascalies : classez les précisez le nombre de
de temps et d’espace. strophes, de vers, les types informations qu’elles livrent paragraphes. Relevez les
La narration et la de vers, de rimes. (gestes ; mouvements ; termes d’articulation
description : observez la Les thèmes : recherchez les sentiments…) logique (voir page 276).
description des personnages champs lexicaux pour voir (voir page 118). L’évolution des arguments :
ou des lieux. s’il y a continuité de thèmes L’évolution du dialogue : voir voir si les idées
Le récit et les dialogues : ou opposition entre les s’il s’agit d’un affrontement, s’enchaînent par addition
observez le passage du récit thèmes. d’un accord, d’un apport ou par opposition.
et les paroles des d’informations
personnages. (voir page 148).

3. Organiser sa réponse sous forme de paragraphe


D’abord au début de sa réponse, rappeler les références du texte, préciser
éventuellement le genre et le type du texte.
Ensuite, expliquer la manière dont le texte est construit en choisissant les
indices qui conviennent (termes d’articulation, mise en page du texte…).
Donner le contenu de chaque partie.
Justifier sa réponse en citant les passages du texte qui illustrent l’explication.
On peut indiquer les numéros de lignes ou de vers.

Situation d’examen
Question d’examen
Comment s’organise le portrait de Meaulnes, le héros du
roman d’Alain-Fournier (page 54) ?
Réponse
Dans le roman d’Alain-Fournier, le portrait de Meaulnes se 1. Présentez le texte.
construit en trois temps. Dans une première étape, le narrateur Répondez à la question.
entend Meaulnes avant de voir « un grand garçon de dix-sept ans »
(l. 18). Dans une seconde étape il procède à une description générale 2. Expliquez votre réponse.
des vêtements, un « chapeau, une blouse noire » (l. 20). Dans une
troisième étape il s’attache au visage « nez droit » (l. 28) et aux che- 3. Illustrez en citant
veux « complètement ras » (l. 38). le texte.

66 ● le roman et la nouvelle
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★ ★★★
Exercice 1 Exercice 4 Écriture
Le texte proposé à l’examen peut appartenir au
Un sujet de BEP comportait la question de lecture
roman, au théâtre ou à la poésie. Analysez les ques-
suivante : Comment s’organise l’article de
tions suivantes. Pour chacune d’elles, précisez à
presse ? À quel passage de l’article correspondent
quel genre appartient le texte proposé à l’examen.
les photographies ?
A. Relevez les éléments constitutifs du décor ainsi
Lisez la réponse du candidat. Formulez cinq cri-
que les accessoires présents dans cette première
tiques et récrivez ensuite le paragraphe de
scène.
réponse comme il convient.
B. Au début du texte, le narrateur partage avec son
père un moment privilégié qu’un incident vient inter- Le texte
rompre. De quel incident s’agit-il ? 1 « Les lycéens ? Ils s’habillent tous
pareils ! » Jugement définitif. La dame est com-
C. Relevez une métaphore et une comparaison
dans la seconde strophe. merçante dans la rue Saint-Rome à Toulouse,
où se trouve une succession de boutiques fré-
★★ 5 quentées par les jeunes.
Exercice 2 « Tous pareils : des jeans, des sweat-shirts,
Le texte proposé à l’examen appartient à un type des blousons. Et tenez : dès que je propose un
précis : narratif, descriptif, explicatif, argumentatif. À dessin original, sur un tee-shirt, il me reste sur
partir des indices contenus dans les questions, pré- les bras ! Ils veulent tous les mêmes motifs. »
cisez quel type de texte est proposé à l’examen. Il est vrai qu’à la sortie des lycées on
10
A. Quels problèmes de société le journaliste retrouve, un peu partout, les mêmes sil-
expose-t-il dans son article ? houettes. À présent, les vêtements qui indi-
B. Pour convaincre, Maupassant utilise un certain quaient auparavant une appartenance sociale,
nombre de figures de style. Identifiez-en deux et idéologique ou musicale peuvent être portés
illustrez-les. 15 avec la même indifférence que les paréos tahi-
C. Quelles sont les caractéristiques de cette cité tiens ou les jupes « gitanes ». Il n’est plus ques-
évoquée par J.-M.G. Le Clézio ? Quelle atmosphère tion d’être catalogué par les vêtements.
y règne-t-il ?
D’après BRIGITTE DYAN, Le Monde de l’éducation.
D. Quel titre pouvez-vous proposer pour résumer la
situation initiale ?

★★
Exercice 3
Identifiez le type de texte de chaque extrait. Justifiez
vos réponses.

Extrait A
1 Deux mètres devant moi, le spectacle de son
visage était captivant. Ses paupières baissées sur
ses chiffres l’empêchaient de voir que je l’étudiais.
Elle avait le plus beau nez du monde, le nez japo-
5 nais, ce nez inimitable, aux narines délicates et

reconnaissables entre mille.


AMÉLIE NOTHOMB, Stupeur et tremblements, 1999,
Éd. Albin Michel.

Extrait B
1 Enfin, la chasse commença.
J’étais fou de joie. Le sang battait à mes
tempes. Comme toujours, je vivais la chasse La réponse à critiquer
intensément. Tout à coup, alors qu’ils montaient La photo illustre le texte qui comporte trois
5 les pentes de Troussequine, les sangliers rompi-
paragraphes. Ça va de la ligne 1 à la ligne 7
rent1 et, en trombe, revinrent. Chacun pour soi, quand elle dit « tous pareils : des jeans, des
ils rabattirent brutalement sur nous. sweat-shirts, des blousons ». Dans le texte,
HENRI VINCENOT, Du Sang, de la vanité et de la mort, 1967, elle fait parler une commerçante pour dire que
Éd. Hachette. les élèves se ressemblent tous. Après elle parle
1. rompirent : se séparèrent.
des différents styles.

SÉQUENCE 3 ■ le personnage de roman ● 67


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SUJET de BEP
Le texte
1 Nous étions à l’Étude, quand le Proviseur entra suivi d’un nouveau habillé en bour-
geois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se
réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.
Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître
5 d’études :
– Monsieur Roger, lui dit-il à mi-voix, voici un élève que je vous recommande, il
entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les
grands, où l’appelle son âge.
Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau
10 était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille
qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre
de village1, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoi qu’il ne fût pas large des épaules,
son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures2 et laissait
voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en
15 bas bleus, sortaient d’un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de
souliers forts3, mal cirés, garnis de clous.
On commença la récitation des leçons. Il les écouta de toutes ses oreilles, attentif
comme au sermon, n’osant même croiser les cuisses, ni s’appuyer sur le coude, et, à
deux heures, quand la cloche sonna, le maître d’études fut obligé de l’avertir, pour qu’il
20 se mît avec nous dans les rangs.
Nous avions l’habitude, en entrant en classe, de jeter nos casquettes par terre afin
d’avoir ensuite nos mains plus libres ; il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer sous le
banc, de façon à frapper contre la muraille en faisant beaucoup de poussière ; c’était là
le genre4.
25 Mais, soit qu’il n’eût pas remarqué cette manœuvre ou qu’il n’eût osé s’y soumettre,
la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux. C’était
une de ces coiffures d’ordre composite5, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil,
du chapska6, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de
ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme
7 8
30 le visage d’un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines , elle commençait par trois bou-
dins circulaires ; puis, s’alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours
et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone
cartonné, couvert d’une broderie en soutache9 compliquée, et d’où pendait, au bout
d’un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d’or, en matière de10 gland. Elle
35 était neuve ; la visière brillait.
– Levez-vous, dit le professeur.
Il se leva ; sa casquette tomba. Toute la classe se mit à rire.
Il se baissa pour la reprendre. Un voisin la fit tomber d’un seul coup de coude, il la
ramassa encore une fois.
GUSTAVE FLAUBERT, Madame Bovary, 1857.

1. chantre de village : chanteur d’église.


2. entournures : emmanchures.
3. forts : épais, lourds.
4. le genre : l’habitude.
5. d’ordre composite : formé d’éléments très divers.
6. chapska : basque polonais militaire.
7. ovoïde : ovale.
8. renflée de baleines : galbée grâce à des tiges flexibles.
9. en soutache : galon tressé.
10. en matière de : en forme de.

68 ● le roman et la nouvelle
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Vêtements d’uniformes pour lycées, collèges


L’image et pensions. Pardessus et pèlerines de soldats,
casquettes et vareuses militaires.
Catalogue des Grands Magasins du Louvre, 1899.

Compétences de lecture (10 points)


1. Le texte extrait de Madame Bovary est la première page du roman de Flaubert.
Le nouveau s’appelle Charles Bovary. Il sera plus tard l’époux malheureux
d’Emma. Il apparaît, dès cette première scène, comme un personnage décalé.
Reproduisez et remplissez le tableau ci-dessous avec des extraits du texte illus-
trant les trois affirmations (3 points).
Charles est différent Charles est différent Charles est différent
des autres des autres des autres
socialement physiquement psychologiquement

2. Quel est le narrateur dans ce passage ? (1 point)


3. Lignes 9 à 16. Le portrait du personnage suit un ordre. Lequel ? Justifiez
votre réponse en citant au moins quatre détails. (3 points)
4. Le texte et l’image. Comparez la description, par Flaubert, de la casquette
de Charles à celles de la gravure ci-dessus. Pour quelles raisons la casquette
fait-elle rire la classe lorsqu’elle tombe ? (3 points)

Compétences d’écriture (10 points)


Transformez le texte en changeant de narrateur : la scène est vue du point de
vue du nouveau à qui vous vous identifiez.
Votre texte comportera une trentaine de lignes. Vous devez faire apparaître ce que
le nouveau voit, ce qu’il ressent, ce qu’il pense. Vous pouvez commencer par :
« Ils étaient à l’Étude quand le Proviseur me fit entrer avec le garçon qui portait
un grand pupitre, sans doute pour moi. J’étais le nouveau. Ma mère m’avait
habillé en bourgeois. On aurait dit qu’on venait de les réveiller… »

SÉQUENCE 3 ■ le personnage de roman ● 69


03_ NN179047 19/03/02 14:26 Page 70

Histoire du roman
Le genre romanesque s’inspire de la réalité et, tout à la fois, explore les
possibilités de l’imaginaire. Balzac, Zola, Voltaire dans ses nouvelles,
Simenon, Modiano dans leurs romans, témoignent de leur époque, cha-
cun avec son originalité. La personnalité des héros, la construction du
récit permettent aux romanciers de mettre en place des univers à la fois
familiers et fascinants.

Le Moyen Âge et les origines du roman


Au Moyen Âge, le terme « roman » désigne
un texte écrit en lingua romania, c’est-à-dire
la langue parlée issue du latin populaire.
Le roman apparaît alors comme un genre
« inférieur », opposé aux genres nobles qui
utilisent encore la lingua latina, le latin
classique. Les premiers romans sont ainsi
des chansons de Geste, qui racontent
d’une façon légendaire l’histoire de
personnages historiques, comme l’Empereur
Charlemagne. Puis apparaissent les romans
de chevalerie, évoquant les aventures
des chevaliers et les exploits accomplis
pour défendre leur idéal.
Illustration du Moyen-Âge, pour le Roman de la rose,
qui est l’un des tous premiers textes romanesques.

Rabelais raconte, au XVIe siècle


à la manière des romans
de chevalerie, les aventures et
les exploits du géant
Gargantua.

Du XVIe au XVIIIe siècle,


la diversité des genres
romanesques
Très vite, le roman s’impose
comme un genre populaire :
il représente une réalité
familière qui s’oppose
aux univers de la poésie et
du théâtre. Le roman historique, le roman comique,
le roman d’aventures (ou picaresque), le roman
autobiographique et le conte philosophique racontent
l’apprentissage d’un héros à la découverte du monde. Zadig, personnage imaginé
De Rabelais, au XVIe siècle, à Voltaire, au XVIIIe, par Voltaire, illustre à travers
ses aventures les conséquences
le roman diversifie les rythmes et les registres du récit de la sottise, de l’intolérance
en s’adaptant à chacune des époques qu’il traverse. et du fanatisme.

70 ● le roman et la nouvelle
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Au XIXe siècle, le roman réaliste


Le roman devient à partir du XIXe siècle le genre
littéraire le plus lu. Les ouvrages de Victor Hugo
connaissent alors un énorme succès.
C’est que le roman répond aux préoccupations
de ses lecteurs et raconte son époque.
Indifférent aux règles, toujours en mutation,
sensible aux problèmes politiques et sociaux,
le roman veut être au plus près
de la réalité, dans la représentation
du monde et des hommes.
Tout au long du XIXe siècle, Balzac,
Stendhal, Flaubert, Maupassant et
Zola poursuivent cette ambition
réaliste. Leurs romans rendent
compte des bouleversements
historiques et sociaux provoqués
par la Révolution industrielle.

Avec Zola, Hugo, Flaubert, Balzac, le roman montre


la société dans tous les milieux sociaux.

Le roman au XXe siècle


Du XXe siècle à nos jours, le roman s’affirme comme
le moyen d’interroger le rapport de l’homme avec le monde :
les romanciers explorent la mémoire, s’engagent dans
l’Histoire, et recherchent un langage nouveau, propre à refléter
les préoccupations de leurs contemporains. Parallèlement,
le roman conserve son statut de genre populaire :
le roman d’amour, la fresque historique, le récit d’aventures
– policières avec Didier Daeninckx, historique avec
jean Christophe Rufin, Alexandre Dumas, avec Les Trois
mousquetaires et Le Comte de Monte
ou fantastiques avec Julio Cristo crée les plus célèbres romans
Cortàzar – connaissent d’aventure.
un succès toujours plus
grand. C’est ainsi
que le roman est souvent
adapté pour le cinéma,
dont il constitue
la principale source Comprendre l’essentiel
d’inspiration. 1. Quelle est l’origine du mot « roman » ?
2. Relevez le nom donné aux différents
genres romanesques.
Joseph Kessel, au XXe siècle, 3. Quelle est l’ambition du roman réaliste ?
transforme ses reportages et ses
voyages en romans. 4. Quels genres romanesques connaissent
du succès aujourd’hui ? Pourquoi ?

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