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Figaro : journal non politique

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


. Figaro : journal non politique. 1856-08-07.

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II. DE VILLEMESSANT H. DE YILLEMESSANT

B. JOl'VIN et G. BOURDU B. JOUVIN et G- BOURDIN

ÉDACTEUHSEN CHEF. RÉDACTEURSEN CHEF.

PRIX D'ABONNEMENT PRIX D'ABONNEMENT

au.2828fr.1| Trois mois..


PARIS PARIS
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le porten m mitantle pijs.


Etranger. Étranger,
le portenm suiiantlt pap•

FIGARO FIGARO
FABAIT DEUX FOIS PAR SFMAIMB PARAIT DEUX FOIS PAR SEMAINE.
Le Jeudi et le Dimanche, Le Jeudi et le Dimanche,
104 RDMÉIOI PAR AN. 104 NUMÉROS PAR AI».

RÉDACTION ADMINISTRATION

55, rue Viyienne, au coindn boulevard £ BUREAUX


Au rez-de-chautsée. Rue Coq -Héron, n» 5

FIGARO
PARIS PARIS

On me dit qu'il s'est établi dans Ma-


drid un système de liberté sur la vente
des productions,qui s'étendmême à celles « Que je voudrais bien tenir un (te ces
dela presse; et que, pourvu que je ne puissants de quatre jours, si légers sur
parle en mps écrits ni de l'autorité, m du le mal qu'ils ordonnent, quand une bonne
culte, ni de la politique,ni de la morale, disgrâce a cuvé son orgueil 1 Je lui dirais
oi des gens en place, ni des corps en que les sottisesimpriméesn'ont d'impor-
crédit, ni de l'Opéra, ni des autres spec- tance qu'aux lieux où 1 on en gène le
tacles, ni de personne qui tienne à quel- cours que sans la liberté de blâmer, il
n'est point d'éloge flatteur, et qu'il n'y e
que chose, je puis tout imprimer libre- que les petits hommes qui redoutent les
ment, sous l'inspectionde deux ou trois petits écrits. »
œnsèurs. »
tenseurs. (Mariage de Figaro.)
(Mariagede Figaro.)?

Sans indication, sans cicerone, par pur instinct, le commis-voyageurs de troisième ordre, il est probable
touriste, qui voyage pour le seul plaisir de voir, a bien qu'on trouverait encore la vie au rabais.
vite découvert dans une ville le centre de l'activité et des Mais, il faut bien le dire, cette victuaille est des plus
PARISIEN#^ loisirs. Ce centre c'est, à Turin, la rue du Pô, qui abou- médiocres. Les Italiens sont absolument indifférents
i CHRONIQUE tit d'un côté à la place du Château, de l'autre au Pô lui- aux jouissances gastronomiques, et il n'est pas étonnant
même. C'est là que jusqu'à minuit on rencontre tout que Rossini, un Italien gourmand par exception, ait pris
ce qui vend, tout ce qui acnète, tout ce qui flâne, boit et le parti de renoncer à là musique pour faire la cuisine.
Il faut, dans ces pays, se contenter de ce qu'on vous
i ,< . .« .( '
•.•-.•> "•
mange. Les deux arcades latérales sont bordées de
boutiquestyraiment très élégantes; les cafés (les Italiens
écrivent invariablementcarrés) y sont dans la proportion
donne vous payeriez un beefteak mille francs que vous
ne l'obtiendriez pas: il y manqueraittoujours le bœuf,
REVUE DE LA SEMAINE de quatre boutiques sur dix. Je n'en ai vu autant nulle les pommes de terre cuites à point, et surtout le cuisi-
part, et chacun de ces établissements a une clientèle nier.
nombreuse et assidue.-Toute la journée, on y fume, on
y prend du café, des groseilles, des glaces il sem- La librairie française et italienne occupe une place im-
ble que, dans ces pays, on n'ait pas d'autre affaire.-Les portante dans le commerce et les étalages de Turin.
glaces, d'un volumedouble des nôtres, coûtent quarante On y rencontre la collectionLévy, la collection Hachette,
LA PROMUE!» ADE EN EUROPE centimes, le café vingt centimes. (On peut en ab- la collectionHetzel, de Bruxelles puis des traductions
sorber impunément, car il n'est pas précisément de la de nos auteurs avec des annonces, des commentaires et
force d'un Turc.) Dans ces cafés, on trouve souvent des sous-titres qui feraient crever de dépit l'agence de
Turin. Trop de beauté nuit. La vie de Turin.-Lescafés. (ce qui chez nous serait une irrévérence) le portrait à M. Panis. Je ne manquerai pas de rapporter en Fran-
Les coiffeurs.-Les restaurants.-Le problème de la l'huile du roi régnant et de son père Charles-Albert. ce un exemplaire de la Dame aux camélias, orné d'une
vie à bon marché. Indifférence des Italiens en matière
de cuisine. -Le mouvement intellectuel.-Un exemplaire gravure sur bois qui représente madame Doche à son
de la Dame aux Camélias.– Le sire de Franc-Boisy. Après les cafetiers, les coiffeurs sont les industriels lit de mort, bénissant les deux Dumas, père et fils. -Le
Les journaux italiens et les journaux français. Le Pô.
qui occupent le plus de surface métrique dans la ville de plus jeune desDumasest assez calme et prend des notes;
-Le bourg du Pô. Les théâtres de Turin. La Nor-
Turin. Il m'a paru que les Turinois passaient une no- mais son père, inconsolable, s'arrache tant de cheveux,
ma. Adieux à Turin. De Turin à Milan. L'entrée à
Milan. La paix et la guerre. Les leçons de l'histoire. table partie de leur existence à faire couper les che- que je doute qu'il lui en reste pour toutes les pièces de
–Le Milan vieux et moderne.-Le Dôme.– Le corso-fran- veux. Puis viennent les débitsse de cigares, qui sont
cssco. Les théâtres.– Une affiche à la gloire d'Alexandre son fils.
Dumas. aussi des débits de galanterie. Pour un sou on a un Comme répercussion du mouvement français à l'é-
Cavour, espèce de cigare noir, long et mince qu'on ap- tranger, j'ai oublié de vous dire qu'à Aix, j'avais entendu
pelait autrefois un Piémontais, et qui, je ne sais pour- exécuter sur une vielle l'atroce Franc-Boisy traduit en
Me voilà donc à Turin, me reposant, à l'hôtel Feder, quoi, a pris le nom du premier ministre de Sardaigne. savoyard.
de mes excursions dans les neiges. La vie pastorale et Pour trois sous on se procure un Havane, très supérieur D'autre part, cependant, on souffre à Turin, bien plus
alpestre a ses charmes, je ne le conteste pas; -mais on à ceux que nous payons vingt-cinq centimes. Aucune de que dans les autres villes d'Italie que j'ai visitées, d'une
m'accordera que la civilisation a ses douceurs. Du ces boutiques n'a de portes toutes sont fermées par un interruption de relations avec la France.- Les journaux
reste, on ne sent jamais mieux les jouissances de la vie rideau ou de mousseline blanche, ou d'étoffe rayée, ce français sont ici excessivement rares. Les Débats, la
organisée des villes que lorsqu'on a goûté, pendant qui est d'un aspect assez pittoresque. J'en dirai autant Presse et lajPafne.voilàtoutcequ'onrencontredansquel-
vingt-quatre heures, de la vie primitive. des longs rideaux qui enferment dans leurs plis les bal- ques cafés, où il est même assez difficile de se les pro-
Turin, on ne peut le nier, est une grande et belle ville. cons en saillie de chaque fenêtre. Vis-à-vis des bouti- curer, car, lorsqu'un Italien tient une de ces feuilles,.
Les artistes, les fantaisistes, les coloristes lui reprochent ques sont des étalages de fruits et de fleurs qui sont un il en a pour sa journée. -J'en suis donc réduit à lire
sa beauté régulière et alignée. Toute la ville est bâ- grand régal pour l'œil. ou à épeler les journaux italiens j'y apprends, à la
tie dans le système de la rue de la Paix Ce sont des Les restaurants sont en nombre assez limité. Quoi vérité, des choses assez neuves, à savoir, par exemple,
voies larges, bordées de chaque côté d'arcades et abou- qu'on puisse dire du renchérissement solidaire de la vie que le maréchal Pélissier est d'origine italienne, étant
tissant à des places immenses; mais les indigènes, dans la société européenne, Turin ne me paraît pas bien né à Livourne vers 1790. II s'appelait alors Pelissa, et
qui probablement se soucient peu du pittoresque, trou- gravement atteint par le fléau. Voici la carte de mon a pris le nom de Pélissier en entrant, en 1811, au service
vent quelque douceur à circuler, sous ces arcades,à l'a- déjeuner de ce matin dans le premier restaurant de la de la France.
bri du soleil. -Il
est certain, en effet, qu'on peut par- ville Je suis bien médiocrement renseigné sur les affaires
courir ainsi tout le centre de la ville sans souffrir aucu- Un beefteack, un macaroni, une tasse de café, d'Espagne mais je me rassure en lisant dans la Patrie
nement de la chaleur. un carafon de vin et du pain, total 29 sous. qu'il n'y a plus, dans ce pays, que trois combinaisons la
Je vous parle des Frères Provençaux de l'endroit. Si réaction absolutiste, la démocratie républicaine ou la mo-
(1) La reproduction de la Chronique parisienne est interdite à tout on voulait descendre du rang des dieux au niveau des narchie libérale! La Patrie appelle ceia une simplifi-
n'aurait
journal qui traite directementavec l'auteur.
pas a. t.
cation au premierabord, cela m'avait paru une com- que ce petit travail d'écureuil devenait monotone. Alors Bruxelles. C'est là, dans le parcours d'une centaine
plication. je poussai le cri des braves « En avant » de mètres, que s'épanouissent tout le luxe et tous les loi-
Je crois vous avoir suffisamment expliqué ce qu'on sirs de Milan. A dix pas de là, de quelque côte que
Pour nous autres Parisiens, qui n'attendonsrien d'une
trouve à Turin. Ce qu'on n'y trouve guère, c'est un civilisation supérieure à la nôtre, tout le charme du vous vous tourniez, vous rencontrez des petites places
établissementde bains. II m'a fallu déployer mille in- voyage est dans la nouveauté des objets. Le jour où la
aussi désertes et aussi mortes que cette bonne ville de
trigues pour en découvrir un. La noblesse probable- physionomied'une ville hc nous réserve plus une sur- Pise dont je parlais tout à l'heure, et qui semble elle-
ment se lave à domicile mais le reste? prise,, il feat partir. même ensevelie dans son Campo-Santo. II faut en
Il est vrai qu'il y a sur le Pô une école de natation exceptertoutefois la place de la Scala, sur laquelle rè-
C'est à Milan m'appelle mo» itinéraire. On va de
mais les eaux du Pô ne sont pas toujours appétissan- Turin à Novareque gnent deux ou trois cafés toujours pleins, même en
tes je n'ai jamais rien vu de pareil à ces eaux d'ua. en trois heures par une voie ferrée à ce temps-ci où la Scala est fermée, de dilettanti, de
Novare, on trouve une diligence, servie par les chevaux ténors, de barytons et de basses profondes. On n'en-
jaune qui incline au rouge on dirait que cette ri-
vière roule dans son lit le sang de toutes les armées im-
de poste» qui ne met pas moins de cinq heures à franchir tend là que des roulades et des exercices de vocalisation.
dizaine de lieues. Pour mon compte, je ne m'en
molées sur ses rives depuis l'antiquité j.tts^u'à nos une Donc, pour quiconque n'a ni le loisir ni la volonté de
plains pas» j'avais, pris place sur l'impériale avec le con-
jours. ducteur, et j'avoue que, pour quelques heures, j'étais fouiller les archives du vieux Milan, une reconnaissance
A l'extrémité du Pô on trouve une espèce de "bourg bien aise d'en, revenir a ce vieux mode de locomotion à vol d'oiseau dans le Milan moderne est bientôt faite.
qui conduit dans la banlieue de Turin. ïl y a là un qui nous met en familiarité plus intime que le chemin Qo va au Dôme on revient du Dôme et on retourne
boulevard planté d'arbres qui rappelle assez notre bou- de fec avec le au Dôme, toujours en suivant le Corso Irancesco. Hors
pays qu'on parcourt. On a bientôt at-
levard extérieur. Les guinguettes les danses en teint pont sur le Pô qui est lai limite des Etats sardes. de là il n'y a pas de salut. Je me rappelle d'avoir lu, il y
un
plein vent, les rafraîchissements, les pâtisseries d'occa- Il n'est pas d'ailleurs permis de l'ignorer, car outre a une quinzaine d'années, un feuilleton un peu plus que
sion et les diseurs de bonne aventure y attirent la popu- que vous apercevez déjà un poste autrichien,des écus- paradoxe où. un touriste, en guerre ouverte avec le go-
lation faubourienne et les soldats. J'y ai vu, un dimanche, sons portant l'aigle bicéphale vous avertissent; que vous thique, se vantait d'avoir passé huit jours il Milan sans
la foule aussi compacte qu'aux Champs-Elysées dans nos êtes sur les terres de S. M. I. et R. le ne puis, du l' avoir vu le Dôme. C'est tout simplement impossible
jours forains. reste, que lui en faire mon compliment. -Ces fameuses
I!
ou n'évite pas plus le Dôme a Milan que la mer à Naples.
Il y a à Turin huit théâtres le théâtre Royal le plaines de la Lombardien'usurpent pas leur réputation Ici le Dôme mène à tout, et tout mène au Dôme.
théâtre Carignan, le théâtre Gerbino, le théâtre Na- de fertilité. On dirait un vaste verge* 1l
Si vous me demandez ce que je pense du Dôme en
tional, le théâtre Lupi, le cirque Sales, le théâtre d'A-
Le théâtre Royal En entrant à Milan par la porte occidentale, la pre- lui-même, je vous renverrai tout simplement à un livre
quila et,le théâtre d'Angennes.
de Théophile Gautier, Italia, où vous trouverez, avec la
n'ouvre que pendant le carnaval; –Carignan et An- mière chose qui se présente à l'œil, c'est la place d'ar-
Sur un des flancs de celle-ci, s'é- couleur et le relief qui n'appartiennentqu'a cet écrivain,
gennes (ce dernier exploité par une troupe française) mes et la citadelle.
sont fermés présentement -Aquila est une espèce de lève l'arc de la
Paix, ce qui met assez en relief l'adage un commentaire savant de cette vaste dentelle de pierre.
H faut sentir ces œuvres-la comme les sent Gautier,
Lazari;-les autres jouent d'une manière inteciâU- Si uzs ~accm, pura M/Mm. -Cet arcdes triomphal, mo~l.vrn.e
il faut surtout avoir comme lui, a sa disposition, tout un
et si fameux, construit tout entier marbres tes plus
tente. vocabulaire architectonique pour en parler décemment.
avait été commencé en 1803. pour Napoléon;
Après un orage qui avait rafraîchi la température,je rares, Moi, j'ai vm le Dôme et ses cent huit clochetons, et je ne
il a été définitivement inauguré en 1818), ati. couronne-
me suis risqué au théâtre Gerbino. On jouait la Normm. ment de l'empereurFerdinand le.. L'histoire 0e se- lasse sais qu'en penser, ni surtout qu'en dire. Est-ce plus
Contre mon attente, la salle était comble. Je n'ose dire beau qwe bizarre ? est-ce plus hardi que heau? Je
pas de donner ses leçons, et je ne sais pourquoi; elle y
que le chef d'oeuvrede Bellini ait été exécuté aussi bien n'en profile. ne sais; ce que je comprends parfaitement, c'est que
que je l'ai entendu à Paris; mais j'ai toujours pris met tant de persistance, puisque personne c'est précieux, pareeque cela ne peut plus se refaire.
L'aspect de Milan est tout différent de celui de Tu-
un plaisir vif a entendre la musique italienne eh Italie. rin autant ici les
Elle est la dans son atmosphère et y conserve un accent rues sont calmes et rectilignes, autant J'ai calculé que, depuis deux jours que je suis à Milan,
là elles sont sinueuseset tourmentées. C'est qu'en ef- j'avais fait cent cinquante fois le parcours du Dôme au
original que perd tout ce qui est transplanté.-A Paris,
les siècles ont passé parr
c'est le public qui manque aux chanteurs italiens, je fet tous les peuples et tous laissant la café de l'Europe, et vice versd. Je crois que je con-
qui sub-
parle de ce public ardent et enthousiaste qui est en com- cette ville de Milan, chacun y Romains trace, nais suffisamment Milan, et, comme il y fait chaud (les
dont il ne reste
munication constante av.ee les exécutants. Aussi, siste, sans toutefois celle des Italiens disent cul do, je ne sais pourquoi), comme le lac
que les ruines de quelques thermes. Mais, au milieu
quoique les artistes fussent médiocres,peut-être, jamais rien de Côme m'attire,, je .suis très convaincu que la soleil
des constructions neuves, vous trouvez à Milan une couchant ne me surprendra pas demain dans la capitale
les langueurs élégiaques de Bellini ne m'avaient autant
touché je dois dire aussi qu'une femme dont j'ignore foule de ces
vieux palais, a portiques profonds, à co- du royaume Lombardo- Vénitien. Encore, si la Scala
lonnades intérieures, avec fresques naives qui datent était ouverte, j'aurais il vous rendre compte de cette
le nom, un de ces talents de second, ordre qui usent
depuis le neuvièmejusqu'au seizième siècle, et qui ont salle de spectacle, une des plus vastes, dit-on, de l'Eu-
leur âme sur les petites scènes italiennes, donnait aux
le Campo-Suntode Pise.
incantations de la drujdesseun sens orageux et des atti- pour type rope, mais qui doit, malgré tout, causer peu d'étonne-
tudes de pythonisse d'un style supérieur peut-être à ce- La plupart de ces édifices sont aujourd'hui consacrés, à, ment celui qui a vu Carlo-Felice, a Gênes. Mais la
lui de la Grisi. l'administration civile et militaire. La vie est ailleurs, Scala est fermée, et n'ouvre, comme le théâtre Royal à
Au bout de trois jours d'expérience, je demeurai con- dans une rue où dominent les constructions modernes, Turin, que pendant le temps du carnaval. II n'y a en
vaincu que la rue du Pô me conduirait toujours, soit à la qu'on appelle le Corso Francesco,.et qui lèguent depuis le ce moment-ci en activité il Milan, que deux théâtres
Piazza del Caslello, soit à la Piazza Vittorio-Emma- Dôme jusqu'à une galerie couverte dont la physionomie le théâtre Carcano, où j'irai ce soir entendre un opéra de
nuello je fis mou examen de conscience, et je reconnus extérieure rappelle beaucoup celle de Saint-Hubert, à Mercadente, Leonora (la Lénore de la ballade alleman-

se rafraîchir et d'où l'on sort souvent plus échauffé qu'en de cet arbuste étaient extrêmement vives et alertes, résolut
FEUILLETON DU FIGARO entrant.» de s'en servir pour réveiller ses moines, àqui il arrivait sou-
J'aurais pu dite aussi vent de dormir à matines. •
Le café est un endroit. où l'on va prendre du café. » Enfin, pour les amateurs de littérature étrangère, j'aurais
DO 7 AOUT 1856. «
Et je me reprocherai toute ma vie de ne pas t'avoir dit, risqué cet aphorisme
« Ce n'est pas Macbeth, c'est le café qui a assassiné, lé
car cette définition' m'autorisaità délinir à son tour la li-
queur sommeil. »


et qu'adoi'aàt Voltaire. u Mais il n'est plus temps, une définition perdue ne SB; ce-
« Qui. manquait,à V.irgïte
trouve pas; vous aurez donc la bonté de vous contenter de la
Pour ceux qui se piquent de science, j'eusse écrit première, que je répète pour mieux la graver dans votre es-
LE PILIER DE CAFÉ11 « Le café est le
fruit du caféyer, un arbuste de la famille prit et dans le mien.
des rubiacées. » Entre nous, j'aimeraismieux appartenir » Un café est un établissement public où l'on entre pour se
rafraîchir et d'où l'on sort presque toujours plus échauffé
a la famille des Montmorency qu'à celle des rubiacées. qu'en entrant.
'.- «.de Jussieu et de la pentandrie monogyuie de Linné,
1 etc., etc. »
Pour les lecteurs à tendances classiques, j'aurais insinué Un café est encore autre chose.
en donnant du creux à ma voix l'extérieur, c'est .une devanture de boutique presque
A
versé par la belle Hélène à Té- semblable aux devantures des autres boutiques; elle ne s'en
Et d'abord, qu'estree qu'un café y « Le népenthès d'Homère
lémaque dans un repas pour le réjouir, pouvait bien n'être distingue:guère que par des rideaux soigneusement,tirés,, et
Un manuel lexique de 1763 répond:
que du café, à moins que ce ne fùt. du chocolat de la. Compa- aussi par deux arbres \erls, généralement, des pins,
« C'est un lieu d'assemblée pour les oisifs. » qui obstruent fièrement l'entrée en été, la porte vitrée est.
Pas mal défini pour 17G3, mais depuis on a progressé; et gnie coloniale. »
de l'Académie, a écrit Aux enthousiastes de moka, aux frénétiques de bourbon, remplacée par des persiennes. Pourquoi ces arbres, pour-
M. N.-A. de Salvandy,
où les cafés sont ce qu'étaient j'aurais prouvé, et les autorités ne m'auraient pas fait dé- quoi ces persiennes, pourquoi ces rideaux? 2
« Au temps nous sommes, Les rideaux, c'est évidemment pourque de l'extérieur on
les abbayes au moyen âge et ce que furent les châteaux plus faut, j'en eusse plutôt inventé
tard. » « Que le café avait été
rév-élé à, Mahomet par un ange. » puisse le moins possible reconnaître ceux qui sont dans
En écrivant ces deux lignes, le spirituel académicien; A cette dame, qu'un mari bien plus, féroce que M. Gabriel l'intérieur. Les pejsiennes probablement aèrent la salle, tout
on est toujours spirituel quand on est académicien, pour de Vergy empêche de prendre du café au lait, l'aurais prêté en cachant les visiteurs; mais les arbres verts Trouvera,
le devenir, par exemple, ce n'est pas une condition rigou- cet argument irrésistible qui pourra leur signification.
mari refuse, ou refusait, A l'intérieur, le café est une salle décorée avec plus ou
reuse, M. de Sahandy exagérait un peu l'importance des « En Turquie, si un pour
cafés, ou tout au moins il diminuait singulièrement celle des moins d'inexactitude, de laisser prendre du café. à une moins de mauvais goût; il y a quelques ann.es, le atyla
abbayes et des châteaux; si nous osions risquer une défi- de ses, femmes, ce refus constitue, •– ou constituait, une l'ompéi y régpait eu niciltre à. présent, la mode est à la rer
nition après celle de l'honorable calomniateur du dix-hui- cause de divorce déterminée par la loi.» naissance ou au moyen âge; c'est un peu moins laid, mais ce.
tième siècle, nous dirions Pour ceux qui goûtent encore les plaisanteries sur les n'est pas encore beau, il s'en faut de trop. La glace étaméç
Un café est un établissement public, où l'on entre pour moines, je n'aurais eu garde d'oublier celle-ci, recueillie y foisonne, et le comptoir d acajou avec ses pyramides de
dans un numéro fossile du Constitutionnelantétéronien morceaux de sucre, ses bols et sa tirelire en Christofl»,
(I) Notre collaborateur G. B(iurdiii. est. sur le point de pu- « La
découverte du café, selon les mémoires,de. l'Acadé- agace d'une manière bien désagréable les natures artistt-
blier un petit volume intitulé Les Cafés de Paris, dont la mie des sciences, est due au, prieur d'un monastère situé ques et partant nerveuses; des tables de marbre Sainte-Anne,.
texte a paru. il y a dix-huL mois, dans le Journal pour rire. dans cette partie de l'Arabie où croit le caféyer. Ce prieur, des. divans en velours rouge faux, des. chaises, des tabou-
Nous en reproduisons quelques épisodes. ayant' remarqué que les chèvres qui broutaient les plantes rets et un calorifère en fonte ornée de cuivre, des hecs dei
de); puis l'Amfiteatro, dont voici l'affiche pour ce blication du livre de monsieur de Boisdhyver dans la Presse, pour les tapis-francs, mais non pour les colonnés de la
j'en détache une curieuse, polie, confidentielle et anonyme. Presse. Balzac n'eût jamais choisi un pareil sujet. Il eût eu au
soir Conçue très habilement, cette lettre débute .par quelques moins la pudeur et Vhonneur de n<e choisir qu'un sémina-
compliments, montre les cornes d'un esprit critique et con- riste encore en balance sur sa vocation, non engagé encore.
TEIIESA clut par une sorte de malédiction. La voici telle quelle Mais voyez la perfidie vous choisissez un jeune homme
Applauditissimo ed acclamato dramma in 5 atti, charmant, doué des meilleures qualités, un petit prêtre saint,
scritto dalla celebre penna et de ce petit prêtre saint vous faites un violateur de ses
vœux de chasteté. Si c'est là une tactique pour semer des
di « Monsieur, soupçons sur la moralité des prêtres, elle est infâme. mais
d'autant plus infâme, que votre petit saint, devenu un scélé-

seul.
ALESSANDRO DUMAS.
» Je iis la Presse,, et.j)«r conséquent votre feuilleton. La rat, sera toujours un petit saint; il ne sera pas découvert,
ACCOSTE VlLtKMOT. conséquence serait fausse, si vous n'apparteniez à l'école sé- pas trahi, ce qui permet de supposer que M. un tel et M. un
rieuse de Balzac, selon mon appréciation du moins, car tel, qui ont l'air de petits saints, sont peut-êtreaussi des misé-
il est fort possible que vous teniez personnellement à ne re- rables. Comme tout cela est immoral et quelle respon-,
lever que de vous sabililé prend sur lui un auteur spirituel comme vous, qui
3e vous exprimerai franchement toute ma pensée sur votre déchire ainsi des hommes comme lui, et des hommes qui
oeuvre. Le style n'en est pas remarquable; il est trop facile. ont plus besoin de leur réputation que lui!1
Sans doute, le travail de l'autour ne doit pas être senti du » D'ailleurs, ce caractère de Cyprien est faussement con-
lecteur, mais son trop de sans-façon non plus. Vos pein- duit 1» Il n'y a pas assez de luttes. >– Madame George
Un journal, qui s'imprime Cour des Miracles s'étant tures de mœurs sont lines, et très piquantes pour la plupart. Sand reconnaît la grâce; pourquoi ne la reconnaîtriez-vous
permis d'odieuses calomnies contre M. de Villemessant, Beaucoup sont vraies. Il y a des traits d'une justesse admi- pas ? La grâce aurait joué un rôle dramatiqueet très réel.
rable, même dans les caractères de prêtres, qui sont les ca- 20 Cyprien fait une retraite et revient presque immédiate-
a été assigné par notre rédacteur en chef devant le Tri- ractères principaux de votre œuvre jusqu'ici; mais je crois ment à sa passion. Comment donc a-t-il fait sa retraite '?1
bunal correctionnel, et là, nous espérons bien ètre avoir étudié ces caractères mieux que vous; j'observe par J'en ai fait au collège, étant jeune homme, qui me profitaient
goût, et ma curiosité philosophique m'a jeté même dans les mieux. Donc, encore une erreur, et elle est bien, croyez-
fixés sur l'état-civil d'un individu dont nous ne connais- discussions théologiques, canoniques et autres. De plus, j'ai moi. 3° Cyprien est pieux; il doit, chaque soir, faire son
sons jusqu'à présent que trois pseudonymes. des amis d'enfance et de collège que j'ai suivis longtemps, et examen de conscience. Comment ne s'aperçoit-il pas alors du
qui sont prêtres. Je puis donc vous affirmer que vous êtes danger qu'il court. 4» Cyprien va à confesse; est-ce qu'il
G. Bourdin. dans l'erreur sur beaucoup de points. cache ses fautes à son confesseur, ses lettres d'amour, ses
» A part ce qu'a de particulier le Bayeux de votre inven- rendez-vous? C'est donc un sacrilège longtemps peut-être
tion, car il est bien de votre invention, et ce n'est point avant d'être un violateur de ses vœux. Cela étonne dans
celui que les Normands connaissent, je dois vous repro- un jeune homme si bon. 5° Cyprien propose le premier les
cher d exagérer les défauts de vos prêtres au delà des néces- rendez-vous. Ce trait, comme étude du cœur humain, est
sités du roman. Je conçois,qu'on exagère un peu, pour ren- absolument faux. Un jeune homme pur jusque-là, comme
dre le dessin plus net; mais, lorsqu'il s'agit d'un ministre de votre Cyprien, timide elprélrr, ne proposerajamais un ren-
la religion de la majorité des Français, la décence exige une dez-vous. S'il a une passion, comme votre Cyprien, il dési-
ENCORE QUELQUES MOTS retenue que vous n'avez point gardée. rera peut-être les rendez-vous mais il ne les demandera pas
» Vous me répondrez que le caractère de votre évoque de directement. Il insmuera; mais il attendra qu'on lui pro-
Bayeux est tout, à son avantage, et de même celui de M. du pose (1). Je n'ai jamais connu de prêtres dans ce cas-là mais
Pouget. Mais cette réponse serait vraiment une plaisanterie. je connais le cœur humain, je suis habitaé à raisonnner sur le
A PROPOS La beauté de ces deux caractères de prêtres ne sert qu'à faire coeur humain. Je déduis ses impressions, comme les conclu-
ressortir plus vivement votre envie de dénigrer les prêtres sions des principes intellectuels, et je soutiens que votre Cy-
en général, puisque ces deux prêtres modèles sont tous deux prien, pour rester dans son caractère, n'a point dû proposer
DE M. DE BOISDHYVER ma vus de leurs confrères et de leurs supérieurs, que l'un de rendez-vous.
d'eux même est déjà, au point où nous en sommes, formelle- «.Vous avez raisonné cotnme s'il s'agissait d'un laïque. il
ment disgracié. y a des nuances, monsieur, qui changent les actes.
» Quant à la majorité des prêtres, selon vous, ils seraient, » Et maintenait quelques menus détails
On sait que M. Champfleuryvient de publier, dans le ou gourmands, ou diaboliquementambitieux,jaloux et haineux, » Soyez sûr, monsieur, que les séminaristes ne font point
journal la Presse, un feuilleton de longue haleine, inti- ou sots, ou ridicules à plaisir. On voit des chanoines Comman- une h- tire de méditation, le matin, en commun. -Une demi-
tulé M. de Boisdhyver. Cet ouvrage a valu à son au- deur dans le monde; on peut en voir même dans le clergé; heure, c'est bien assez. Ils s'agenouillent au commencement
mais ce sera toujours là un caractère parfaitement exception- et à la fin, et peuvent, dans le milieu de la méditation, rester
teur bon nombre d'attaques plus ou moins piquantes, nel. Les Aubarlin, à ce degré-là, sont complétement fantasti- debout ou a sis. Je mi>, suis informé exprès.
parmi lesquels Figaro lui-même ne s'est pas refusé le ques. Le curé qui prononce ce beau discours et qui excom- » Depuis quand l'archevêque de Paris est-il le supérieur
petit plaisir de faire sa partie. Si les critiques imprimées munie cette pauvre fille, n'est point un curé normand de notre de l'évêque de Bayeux, et peut-il le juger et lui prendre
ne sont pas toujours exemptes de mauvais goût, en re- siècle. Ce pourrait être un curé breton mais l'excommuni- M. du Pouget? P
vanche les critiques manuscrites, surtout quand elles cation est un obstacle. Un curé n'a pas le droit d'excommu- » Depuis quand le confesseur a-t il le droit de demander à
se présentent sous le bénéfice de l'incognito, sont gé- nier; il faut qu'il soit délégué spécialement ad hoc; faute ca- son pénitent le nom d'une personne coupable u'un crime? Le
néralement dénuées d'esprit, de tact et plus souvent pitale dans une élude réalite." droit non-seulement de demander, mais de demander de
encore d'orthographe.Il y a cependant des exceptions » Le curé qui travailleaujardin de l'évoque est encore une telle façon que le pénitent est obligé de répondre? Vos lec-
anomalie et une faute capitale. Un curé peut, chez soi, tra- teurs de la Presse croiront cela. Il y a tant d'ignorance re-
à la règle, et Von en trouve la preuve dans la lettre vailler à son jardin, et ce, en costume de jardinier. A une ligieuse par le monde, tant de gens que j'entends parler à
ci-dessous, que nous tenons de M. Champfleurylui- certaine époque, on aurait pu en citer trois ou quatre dans tort et à travers, critiquer la religion sans ta connaltre, lui
même, et dont l'auteur anonyme a jugé avec un peu certains diocèses qui se désoutanaient ainsi; c'était l'excep- prêter des torts pour les condamner, comme ce ministre pro-
de sévérité peut-ètre, mais à coup sûr avec infiniment tion, mais enfin urto exception réelle. Mais qu'un évoque, testant, encore très vivant, dont on m'a narré la plaisante
de délicatesseet de savoir-vivre les fautes et les erreurs non-seulement tolère ce!a, qu'il le sanctionne en appelant histoire. Il soutenait que les catholiques adorent la sainte
do romancier. C'est, du reste, de la part de M. Champ- chez lui, pour son jardin, le curé jardinier, cela est invrai- Vierge, et à preuve, il citait l'invocation catholique « Virgo
fleury un acte d'abnégaiion et de bon goût que de semblable, impossible, et surtout quand l'évêque est votre Dei para; Vierge égale! à Dieu. » C'était un latiniste dis-
livrer a la publicité un autographe fait pour rester M. ISni'dkyver. Si M. le curé avait étécité simplement comme tingué. Et vous, monsieur, vous auriez su, si vous aviez étu-
confidentiel et la réponse dont il a fait suivre la lettre entendu à l'ordonnance d'un jardin, M. Boisdhyver eût pu dié les questions que vous touchez dans votre roman, ce que
l'appeler pour présider à l'ordonnance de son jardin et com- je savais à douze ans, qu'un prêtre qui demande ainsi un
de son correspondant inconnu prouve que chez lui mander las hommes de peine; mais vous faites de ce pauvre nom au confessionnal, le nom d'un criminel, est excommu-
l'amour de l'art passe avant l'amour-proprede l'artiste. curé lui-même un homme de peine chez son évoque. Votre
A. (le B. évoque est bien ladre, et votre curé bien peu fier.
» Arrivons à ce malheureux Cyprien. Un jeune homme en
soutane peut-ilavoir un cœur sensible? Pourquoi non ? Peut- l
(1) Ces italiques significatifs, qui dévoilent l'anonyme fet
Du paquet de lettres dédaigneuses, amicales, insolentes, il succomber? Hélas 1 oui, à la rigueur. Mais est-ce fré- démontrent, sa position dans fa société, ne sont pas de moi.
bienveillantes, irritées et enthousiastes que m'a \alu la pu- quent dans notre clergé? Le dire serait une calomnie, bonne J'ai dû les respecter. (C.-Y.)

gaz, des ornements en carton-pierre, quelquefois des dorures, veut prendre du café, il se verse une demi-tasse, il va la por- » monnaie sur une somme qui no dépassait pas cinquanteou
une dame de comptoir, un patron, des garçons, des habitués, ter à ses lèvres; arrive le patron, en un clin d'œil le café » soixante francs. Enfin, un soir, j'ai trouvé dans le chapeau
des consommateurs, il y a ici une nuance et non pas un disparait dans le baquet; mais ce garçon a son idée aussitôt » d'un garçon de fourneau, dissimulé par une servietteà
pléonasme, et enfin des allumettes chimiques, voilà l'in- que le patron a quitté le laboratoire, il se reverse du café; » moi, huit cigares de cinq sous, trois œufs, deux citrons,
térieur de la salle d'entrée. si, conduit par sa mauvaise étoile, le patron revient trop tôt
» un morceau de viande et dix-huit morceaux de sucre. •
Les autres salles sont absolumentsemblables, quand elles pour que le garçon ait. pu satisfaire son envie, l'eau du ba- » Trouvez-vous cela convenable? »
n'ont pas le comptoir en moins et un ou plusieurs billards quet se corse d'une nouvelle demi-tasse; et ainsi de suite,
en plus. tant que le garçon n'en sera pas arrivé à ses fins. Ce sera J'aurais bien voulu, pour votre instruction et la mienne,
La dame de comptoir est tantôt la femme du maUre de donc deux, trois, quelquefois quatre demi-tasses perdues me fournir de renseignements sur les. patrons près de gap-
céans, tantôt une pauvre fille chargée de sourire aux chalands, pour le patron au lieu d'une. J'avais donc raison dedire que çons, mais je l'ai vainement tenté, ils n'ont jamais essayé de
de ranger des morceaux de sucre sur de petits plateaux mal prenait quelquefois à un cafetier d'exercer une surveil- mecomprendre;le fin mot est probablement que ces messieurs
désargentés et d'agiter une sonnette lorsqu'un client manifeste lance trop rigoureuse! nourrissant tous la pensée de s'établir un jour ou l'autre, ils
par un signe quelconque le désir de parler à un garçon, ne veulent pas gâter le métier en fournissant le moyen d'en
tout cela pour quelques pièces de cent sous par mois. Mais, Quant à l'œil, vous êtes trop Parisien pour ne pas savoir divulguer les roueries.
femme ou salariée de Yeiublh semait, il faut qu'elle soit ai- ce dont il s'agit; le monsieur qui a l'œil est le même que
t:
1:
mable toujours, et même presque provoquante pour tous celui qui f lit inscrire; -en bon français c'est l'homme qui Jadis, non, naguère, c'est plus poétique et aussi plus
ceux qui s'asseyent devant les tables sous prétexte de con- prend « crédit; et comme la plupart des gens qui vont ha- exact, il y avait café et estaminet; dans ce temps-là,
sommation, cela rend sa position fort difficile, et lui bituellement au café y font des dépenses de beaucoup au- hier presque,-on ne fumait pas dans un café, et les femmes
interdit de favoriser qui que ce soit; elle doit être la même dessus de leurs moyens, il arrive nécessairement que sur n'étaientpas admises dans un estaminet; mais cette distinc-
pour tous, car si elle avait l'apparence d'une faiblesse pour cinq débiteurs il en est quatre qui font faillite. De telle tion est devenue à peu près illusoire aujourd'hui l'on fume
quelqu'un, elle se trouveraitbientôt seule en présence du sorte qu'en fin de compte le limonadier, au lieu de gagner dans presque tous les cafés, et l'on ne chasse les femmes
favorisé, du mari ou du patron, des garçons et des cancans. deux cents, finit par perdre quarante pour cent. « Ah! d'aucun estaminet.
Quant au patron, c'était autrefois un garçon oui avait de » monsieur, me disait hier un limonadier près de qui je pre- Estaminet sinistre vocable, qu'est devenu le temps où je
l'ordre; aujourd'hui, c'est de deux choses l'une ou un » nais des renseignements, vous pouvez écrire, et ce ne sera. ne tournais qu'en rougissant le bouton d'une porte de café?
homme qui s'enrichit sans aucune peine, ou un malheu- » pas une fausse nouvelle,- qu'un limonadier, pour réaliser Ce n'est pas alors que j'eusse pu traiter savamment la
reux qui se ruine en se donnant beaucoup de mal. » une fortune, doiten avoir faitau moins deux; » le brave question des cafés! ce n'est pas alors que j'aurais pu formuler
homme avait des larmes dans la voix en me disant cela. les sages préceptes qui suivent, et qui ont été oubliés par
Ici, on m'arrête pour me dire Salomon au livre des proverbes
Comment peut-on se ruiner en gagnant deux cents Il ajoutait, et je donne ce renseignement sous sa responsa-
pour cent sur ses produits! bilité « Les garçons ne sont pas toujours d'une probité ri- 1° Si, après avoir savouré votre demi-tasse ou absorbé vo-
De deux façons, cher monsieur par le coulage et par » goureuse non-seulement ils nous trompent, ce qui va tre verre d'eau, il reste sur le plateau des morceaux de su-
Vœil. » de soi nous sommes leurs maîtres, mais ils se cre, osez les mettre dans votre poche; si vous ne le faites; `
volent quelquefois entre eux. Vous savez que tous les vous avez le plus grand tort.
Le coulage est le fait des garçons; il faut <fne< le patron pourboires doivent aller à la tirelire qui le soir est Écoutez plutôt cette histoire:
exerce une surveillance incessante sur chacun, sur le/b»r- » partagée entre eux eh bien il en est qui dans le trajet
nier ou garçon de fourneau comme sur le garçon de salle, » de la table où ils reçoivent au comptoir, sur lequel est dé- « Un auteur dramatique qui a fait jouer de fort jolis
sur Vo/ftcier
le
le
commesur garçon
cela,
debillard,
il est
sur le sommelier
ruiné immanquable-
» posée la tirelire, trouvent moyen d'escamoter la moitié de vaudevilles, et qui travaillé depuis longtemps un
ou-
comme sur veneur sans j> ce qu'on leur a donné. J'en ai vu un, moi, qui, en comptant vrage historique impatiemment attendu par tous ses amis
ment; et qu'il prenne garde, il est des cas où trop de surveil- v le soir devant ses camaradesetdevantladame de comptoir, la Vérité sur Hudson L<>we, AI. X. prenait depuis quatre
lance peut augmenter encore le coulage. Exemple un garçon » avait l'adresse d'escamoter sept ou huit francs da petite ans, et deux fois par jour, son cai'é dans un établissement
nié et suspendu ipso facto. Somme toute, votre œuvre est rue du laboureur, la naïveté du peuple, la sottise du petit DEUXIÈME SÉRIE. Genre LES CARREURS.
immorale et injuste, et votre valeur est trop sérieuse pour se bourgeois.
ravaler à des dénigrements si indignes. On me dira vous faites de votre romancier un avocat qui ESPÈCES Détourneurs et enquilleuses, allumeurs,
Un de vos lecteurs. •
plaide aujourd'hui contre la veuve, demain contre l'orphe- avale-tout-cru, broquilleurs, voleurs à la cire,
lin. A ceci je réponds l'écriture fixée se différencie de l'art voleurs au radin, au rendez-moi, aux sous
oratoire. Par sa nature stable, le livre demande plus de ré- blanchis, emprunteurs, faiseurs, briseurs et
Dans quel but cette lettre a-t-elle été envoyée? L'anonyme flexion que le discours la réflexion veut plus de croyance, Philibert, solliciteurs à la gourre, chineurs,
veut-il me ramener aux saines doctrines en me couvrant de car la croyance du lecteur est en raison de la croyance de etc., etc.
confusion et en m'invitant à faire un retour sur moi-même? l'auteur.
C'est ce que le public qui a lu mon livre pourra juger. Par ses incarnations si diverses, l'auteur est obligé d'étu- TROISIÈME SÉRIE. Genre LES CHARRIEURS.
L'anonyme a raison de me reprocher certaines fautes de dier en même temps le physique et le moral de ses héros;
détail j'en tiendrai compte aux prochaines réimpressions, s'il endosse divers habits, il connaît diverses consciences. ESPÈCES Voleurs à l'américaine,
voleurs au pot,
car la publication d'un livre en feuilletons n'est pour moi Mai^pu'on ne s'y trompe pas le romancier ne ressemble ramdstiqueurs, serinettes, etc., etc.
qu'une sorte d'épreuve typographique, que je revois avec pas aux présidents de cours d'assises dont le résumé « impar-
soin à chaque nouvelle édition; mais je ne puis admettre les tial et fidèle » tourne presque toujours contre l'accusé. Le QUATRIÈME SÉRIE. Genre LES fourlines.
récriminationsde l'anonyme, dont la lettre me rendra le ser- romancier ne juge pas, ne condamne pas, n'absout pas.
vice d'exposer une fois de plus ma profession de foi de ro- H expose des faits.
ESPÈCES

etc. .;î
Voleurs à la tire, et aux étalages, batteurs

etc.
de dig-dig, -échangeurs, ramasseurs de poc/iards,
mancier. Il peut être dans le même livre plus royaliste que le roi,
Tout romancier séHeux est un être impersonnel qui, par p'us révolutionnaire que Robespierre, plus jésuite qu'Ignace poivrières, etc.,
une sorte de métempsychose, passe de son vivant dans les de Loyola, plus athée que Naigeon, suivant la nature des CINQUIÈME SÉRIE.
corps de ses personnages. personnages qu'il mettra en scène, mais gardez-vous de l'ap-
Genre LES grecs.
Il serait dangereux de présumer de son tempérament, de peler romancier à tendances une œuvre nouvelle pourrait ESPÈCES. Les graisses, soulasses, vol au tapis,
les person- détruire la confiance de partis naïfs qui déjà croiraient s'être
ses vices ou de ses vertus, de son caractère, par flancheurs roubignoleurs, coquangeûrs
nages qu'il met en scène. attaché un homme remarquable.
etc.,
L'honnête Rich'irdson n'a-t-il pas créé Lovelace? Telle est ma poétique, à laquelle je n'ai jamais menti si
A l'heure qu'il est, je commence, après une dizaine de vo- mes instincts me poussaient à traiter de matières directement SIXIÈME SERIE.
lumes, à entrevoir les difficultés du roman qui de jour en philosophiques, scientifiques ou religieuses, la brochure est Genre LES ESCARPES.
jour s'augmenteront. là qui me permettrait d'exposer mes idées. ESPÈCES Cambrousiers, chau f
feurs ou ri f fodeurs,
Tout homme qui ne se sentira pas assez de courage pour Mais, quoique romancier impersonnel, je ne m'étais pas lettriers de Jérusalem, four-
devenir une sorte d'encyclopédiste, pour ne rien ignorer des dissimulé les difficultés qui s'attachent à toute œuvre cons- attaqueurs de nuit,
tendances scientifiques et morales de son époque, devra re- ciencieuse, longuement travaillée, Une belle parole du phi- gats, faux-monnayeurs, faussaires.
noncer à faire du roman. Joignez à ces études une atten- losophe américain Emerson m'a soutenu pendant deux ans

:'
tion profonde, une indifférence pour les actualités politi- Fais ce que tu as peur de faire.
ques; artistiques et religieuses, une oreille fine, un regard M. de Boisdhyver est un roman sans arrière-pensée la
profond, une intelligence native, un travail absorbant, une lettre anonyme m'a fourni l'occasion de me défendre et
volonté de fer dans un corps robuste ou maladif, peu im- contre les envieux, et contre les paresseux, et contre les
porte, et vous aurez un type de romancier auquel il est gens de mauvaise foi, et contre les cerveaux mal équilibrés.
donné à bien peu d'atteindre. Je remercie l'anonyme (à quelque classe de la société qu'ilil
Au-dessousde ces fortes intelligences se place le romancier appartienne):je regrette seulement qu'il ait gardél'anonyme. LA BANLIEUE DRAMATIQUE
personnel, qui n'a qu'à se regarder en dedans, pour, à un cer- Champfleury.
tain âge, retrouver au fond d'untiroir les bouquets séchés de
livre curieux,
sa jeunesse, et, grâce à la réalité, laisser un
quelquefois plus longuement vivace que les œuvres de cer-
veaux puissants. \y i
Adolphe, de BenjaminConstant, Manon Lescaut, sont des
œuvres dont les auteurs n'avaient pas conscience. Lalessédui-
sante Manon Lescaut, que je relis une fois tous ans, LE MONDE DES VOLEURS Les deux nouveaux directeurs courent grand risque de ne rien diriger
du tout.-Le privilége SEVESTEexpire.–ressuscite-Et commence
la seule vivante de tous les enfants créés par l'abbé Pré- à prendre du ventre. Le théâtre d'élèves. Pourquoiles ânes de
vost, me fait penser à ces grains de blé enfouis dans les Montmartre et de Montrouge n'aiment pas la comédie.- Montmartre
boites de momies, sous des pyramides effondrées. Ces énor- devient une ville littéraire. La trinité SEVESTEmarche sur les bri-
mes constructionssont ravagées par la main lente du temps, sées de mademoiselleVOLNAIS. Vers à S. A. R MADAMEla DAU-
qui laisse la vie à un simple grain de blé, encore vivace de- puine. Une Californie dramatique. Les acteurs et les appointe-
ments,de 1817 à 1824 LAFERIUÉHE, DELAISTnE, SAINl-FlRMIN,
puis les commencements de la civisation. Beauvallet,etc. Mutius-Scïîvola Boudin. Acteur bon mar-
Tout homme a un roman dans sa vie le sien. 11 n'a qu'àà ché. Peintre sur porcelaine, en Amérique.– Trop de noix d'acajou.,
le voir et il l'écrira. C'est ainsi que les Mémoires, rédigés L'abondance des matières nous force de renvoyer à Les docteurs noirs. Une mort originale. Comment on cassait.
souvent par des esprits peu littéraires, prennent un intérêt dimanche la publication du Monde des Voleurs, curieuse une jambe à P. SEVESTE. Encore une histoireles de singe. Jacques-
redingotes. Cela
Bertraml et Pataud-Raton. Jacques mange
certain, à la condition qu'ils soient sincères. et piquante série écrite par M. Albert Monnier, dont nos lui donne une indigestion. ">" >

Mais un seul roman, tout remarquablequ'il soit, courrait lecteurs ont été à même d'apprécier la verve et la con- -t
risque d'être inaperçu au milieu de la foule des publications science dans le Figaro. Voici le sommaire de la nou-
considérables de nos jours, et ne donnerait pas à son auteur velle étude de l'auteur des Collaborateurs et des Men- A peine les frères Seveste eurent-ils reçu de la munifi-
de quoi vivre un mois. diants cence paternelle cette importante part du gâteau directorial,
Pour ces motifs et par la volonté scientifique qui engendre que l'on s'aperçut, non sans terreur, que le privilége pri-
le roman impersonnel, je lui donne la préférence sur le livre PREMIÈRE SÉRIE. Genre LES CAMBRIOLEURS. mitif était parfaitement expiré.
dont le succès est dû à une sorte de hasard, à un ramonage v Son Excellence le ministre de l'intérieur, M. Lainé, dans
du cerveau, d'où tombent les souvenirs par flocons. espèces. Cambrioleurs à la /la~t, chevaliers grim- sa lettre du 10 juin 1817, et M. Anglès, dans son arrêté du
L'idéal, pour le romancier impersonnel, est d'être un pro- pants ou bonjouriers, locandiers. boucardiers à 22 août, dont nous vous avons donné les principaux articles,
tée souple, changeant, multiforme, tout à la fois victime et la vrille et au bouton, vanterniers, carroubleurs, n'avaient accordé le brevet en question que pour cinq an-
bourreau, juge et accusé, qui sait tour à tour prendre la
robe du prêtre, du magistrat, le sabre du militaire, la char-
etc., etc. v nées, lesquelles avaient passé avec la rapidité de la foudre.

(Voir Une tourte. Une mazette.


qui n'est loin ni du boulevard des Italiens ni de la rue Ri- Mettre sa cravate devant la dame de. comptoir.
chelieu, et chaque fois il laissait le sucre intact. Si nous mul- passer au comptoir. ) Un pigeon. Un monsieur qui s'obstine à trouver heu-
tiplions 365 par 8, et le résultat par 4, nous arrivons au chif- reux un gentleman qui n'est qu'adroiK^
fra formidable de 11,680 morceaux de sucre abandonnés par Un régal. Une demi-tasse, plus un petit verre. >
,•

lui au café Au bout de quatre ans, voilà M. X. qui, Faire.-Jouer.-Je vous fais mon verre d'eau contre
travaillé par des idées de choléra, demande un thé, en prend Un gloria. Un tiers de tasse, un petit verre et seule-
votre choppe.
une tasse, deux, trois tasses, tant de tasses que le sucre lui ment deux morceaux de sucre.
manque; il en demande deux morceaux, on les lui apporte, C'est assez causé. La galerie. Remplit dans les cafés à peu près le rôle du
et, lorsqu'il solde, on lui fait payer vingt centimesde supplé- Arrêtez les frais. chœur dans les tragédies grecques.
ç
ment
Une choppe.- Un grand verre de bière, dont la contenance Il n'y a donc plus que des cafés, je me trompe, il n'y a
2° Ne buvez jamais d'absinthe, car, si c'est de tous les légale devrait être un demi-litre, mais dont la capacité di- plus que des estaminets mais que de variétés dans l'espèce
minue de soir en soir, grâce à l'entente cordiale des verriers
genres de suicides le plus sûr, ce n'est pas toujours le plus en laissant de côté les cafés restaurantset les cafés tables
prompt. et des cafetiers. d'hôte!
N. B. Tl y a vingt-six ans que nous faisons la guerre en Une canette. Deux choppes.
Afrique, et l'absinthe y a fait périr plus de nos soldats que Et d'abord les cafés sans habitués, c'est-à-dire les cafés
où personne ne va et où tout le monde entre une fois dans
les Bédouins n'en ont tué. Un moth. –Deux canettes.
sa vie pour écrire une lettre, prendre un verre d'eau sucrée,
dérober un chapeau neuf aux fureurs d'une pluie d'orage,
30 Ne prenez jamais de paquets de tabac au garçon. Le Faire le tour du billard. Ne pas faire un seul carambo-
attendre l'heure d'un rendez-vous, les cafés en un mot qui ne
jour où le gouvernement ferait une enquête sérieuse, il s'a- lage dans une partie. vivent que de casuel.
percevrait que l'impôt sur le tabac lui rapporte moins qu'au
en vingt sec. Une partie que
garçon de café.
V Quand vous payez, si votre consommation monte à un
diiffre rond, ayez toujours soin d'ajouter à la pièce de cinq
francs que vous confiez au garçon, les sous qui représen-
jy g
En cent cinquante sec,
l'on convient de jouer seule et unique.
Celiy qui propose de jouer en sec, et qui crie
bien haut avant de commencer que, quoi qu'il arrive,
joue qu'une, se réserve in petto le droit de
il n'en
demander sa re-
Les cafés jardins, qui s'en vont tous les jours chassés par
les moellons. L'estaminetde l'Epicier et le Cheval-Blanc,tous
deux situés dans le faubourg Saint-Denis,appartiennentà cette
catégorie; leur origine se perd dans la nuit des petits verres.
tent le pourboire que votre générosité lui destine; sans cela, vanche dans le cas tout à fait improbable, pour lui, ou L'on prétend qu'ils s'ouvrirent à une époque où les queues
il vous apportera assez de cuivre pour redorer le dôme des il perdrait. à procédé et par suite les effets rétrofuges n'étaient pas en-
Invalides. > core inventés. C'est là, m'a-t-on dit,-aurait-on abusé de
Maquiller l'ivoire. Jouer au billard. ma bonne foi? que se sont réfugiés les derniers joueurs
Permettez-moi aussi de vous offrir la traduction de quel- de poule.
ques formules usitées dans ces endroits-là. Prendre la taille à la dame de pique. louer aux cartes. La poule laissez-moi verser une larme à sa mémoire, la
poule est partie avec les coucous. Les chemins de fer ont
Passer devant la glace. Payer la consommation d'un La marine. La première carte qui se trouve sur ce qui tué ceux-ci, les billards sans blouses ont été la mort de
autre après l'avoir perdue au jeu. reste d'un jeu de cartes après la donne.
celle-là.
A propos de café jardin, nous raconterons à nos petits-en-
Je le suis, vous l'êtes, il l'est. J'ai perdu, vous fants, qui ne le croiront pas, juste punition pour nous
Le mal est fait. Quand on a coupé, on émet cette for-
avez perdu, il a perdu. probité de d'avoir souvent hoché la tête aux récits de nos grands-pères,
mule, qui est un hommage indirect rendu à la
Passer au comptoir. (Voir passer devant la glace.) l'adversaire. -que vers 1838 il y avait à Paris un café Turc, où l'on prenait
Si bien que les deux nouveaux administrateurscoururent Ce fut une grande solennité, et Paris lui-même essaya d'y vers, la Dauphine refusàtd'honorerde sa présence ce temple
grand risque de voir finir leur règne avant même qu'il eût assister mais il y avait à peine assez de.places pour tes fa- citadin autant que champêtre qui avait l'avantage d'être éle- *
commencé. natiques montagnards, et Paris ne put voir la représentation vé au pied de ce mont antique, qui non-seulement était con-
On se mit en campagne; on fit mille et mille démarches, qu'à travers les carreaux des loges, ce qui le molesta gran- sacré au dieu Mars, mais qui portait, par dessus le marché,
toutes plus infructueusesles unes que les autres; mais, con- dement, comme bien on pense. dans ses flancs énormes, les éléments informes de nos mai-
sidérant qu'après tout, la gestion de Pierre Seveste avait été L'ouverture ne fut qu'un long triomphe, et tous les ce qui n'était pas à dédaigner, vu le prix des moel-

.<
som,
parfaitement convenable, considéranten outre que, pour me- ournaux parlèrent de ce grand événement. lons en ce temps-là.
ner à bien son entreprise, le dit Pierre Seveste avait accepté Après cette soirée, Paris perdit beaucoup de son prestige
des charges immenses, le ministre de l'intérieur consentit à
proroger de cinq ans le privilége qui venait de finir.
aux yeux des fiers Montmartrois.
• ,~>
-<

-
• • A compter seulement de la création dé ce monument d'o-
gréable structure, l'exploitation devint véritablement sé-
•• Une seule chose jetait quelquespetits bâtons dansleffoues rieuse et lucrative.
de leur félicité, et même de leur amour-propre c'était de On jouait là tous les soirs et les recettes étaient splendides,
La trinité Seveste, ivre de joie, s'occupa, sans perdre une voir que Son Altesse Royale madame la Dauphine, qui assis- relativement aux frais modiques de chaque soirée.
minute, d'agrandir d'une mauière sensible les opérations qui tait fréquemment aux représentations du théâtre de Saint- Ainsi, à Montmartre, la première quinzaine d'ouverture,
n'avaient jusqu'alors, et pour cause, marché que petit à Cloud, un affreux petit endroit, uniquement desservi par depuis le 29 novembre jusqu'au 7 décembre 1822, donne le
petit. des troupes d'amateurs, résultat suivant
La confiance publique, fortifiée par cinq années d'une exac-
ne songeait même pas à honorer
Recettes.
titude rigide, en facilita les moyens, et la salle du Théâtre-
d'Elèves, autorisée par décision du 21 mai 1822, fut
de sa présence un « théâtre d'ordre, » comme celui qu'ils
avaient le bonheur de posséder. jv Frais. 2,821 fr. 85 c.
669 55
ce qui met la moyenne des recettes à près de 200 fr. et celle
immédiatement construite sur le boulevard extérieur, entre des frais à 45. Et cette première quinzaine est loin d'être
la barrière des Martyrs et celle de Rochechouart, dans la
commune de Montmartre.
• • une des meilleures.
A Mont-Parnasse, les frais étaient un peu plus considéra-
Le triumvirat Seveste mit fin aux gémissements de ces am- bles et les ressources plus restreintes; malgré cela, les
• bitieux, en rédigeant immédiatement une pétition à Son Al-
re-
cettes de la première quinzaine montent à 2,098 fr. 95 c. et
tesse Royale. les frais à 1,284 fr. 20 c. seulement.
Ne croyez pas au moins que cette pétition fût en vile Quant aux autres théâtres Saint-Denis,Saint-Cloud,le Ra-
Cette construction, qui existe encore aujourd'hui, est bien prose, comme le commun des péti.tions. nelagh, les Thernes, Corbeil et quelques autres, où l'on ne
jouait que les dimanches et les jours de fête, leurs totaux
peu considérable. Eh bien! vous ne sauriez croire ce qu'elle Non pas! De même que mademoiselle Volnais, les Se-
étaient, à peu de chose près, dans les mêmes eaux que ceux
a dévoré de plâtre et de moellons. veste, Jules surtout, étaient assez intimement liés avec
La première note, seule, monta à 2,600 fr., estimable de- les vierges du Parnasse, et l'on rédigea hardiment une péti- de "Mont-Parnasse.
nier qui se trouve rarement dans le pas d'un cheval et pres- tion en vtrs, que l'on fit lire peu après, à ce même théâtre Ce qui prouve par A plus B, qu'en cet heureux temps, la
banlieue n'était ni plus ni moins, pour les Seveste, qu'une
que jamais dans celui d'un éléphant. de Saint-Cloud, dans une représentation au bénéficedes pau-
Quant aux bottes de foin qui ont été englouties dans les vres, à laquelle assistait madame la Dauphine. La Dau- petite Californie.
«lieuses banquettes de la salle, il me serait impossible de phine assistait presque toujours à ces représentations-là.
vous en donner le chiffre exact. C'est incalculable. Voici la poésie Seveste •
Mont-Parnasse en .a fait aussi, du reste, une indécente 1

consommation. 11 n'en était pas de même pour les jeunes artistes qui fou-
Sur les livres de caisse de ce temps-là, on ne voit que A. S. A. n. MADAME LA DACPHINE. laient les planches de ces petits théâtres.
Foin pour Mont-Parnasse; Leurs appointements étaient vraiment d'une exiguïté telle
Foin pour Montmartre. Au pied d'un mont antique au dieu Mars consacré,
Les ânes de ces deux'endroits ont dû être terriblement Qui porte dans ses flancs énormes que l'on cherche vainement par quel procédé fantastique
mortifiés de la création de ces deux théâtres. De nos maisons les éléments informes,
tous ces jeunes gens parvenaient à vivre un peu.
Il est vrai de dire que la plupart des noms que
Sous les murs de Paris, dans un lieu retiré, nous re-
trouvons dans les tableaux de troupes de 1817 à 1824, ne
S'élève un monument d'agréable structure,
*• • •
• )• ':• De toutes parts couronné de verdure.
C'est là, sans bruit et sans fracas,
sont pas d'une célébrité tout à fait européenne.
Ainsi, nous trouvons d'abord une collection complète de
demoiselles Azéma, Fœdora, Amanda, Elisa, Clara, Paméla,
Les Montmartrois. n'ayant rien de commun avec ces vo- Que Thalie et que Melpomène et autres noms en a qui ne gagnaient qu'une cinquantaine
races et entêtés mammifères, ce dont je les félicite, fu- De leurs élèves, sur la scène, de francs par mois, mais qui sont bien certainement,
rent tout bonnement septième ciel, en voyant surgir de- Viennent guider les premiers pas. au-
au jourd'hui, beaucoup moins connues que le loup blanc.
vant eux ce temple plus ou moins artistique. Là, toujours le public s'amuse sans scandale, Après cela, viennent mesdames Jacob, Laurence, Bureau,
Enfin, leur chère patrie, qui n'avait savouré jusqu'à ce Rit sans effort, applauditsans cabale. Ozouf, Florival, Arsène, Virginie, Jenny, Ninette, Lagar-
moment qu'une littérature équivoque débitée par les sal- .Dans ce séjour, encore bien peu digne de vous,
timbanques de la foire, sur d'odieux tréteaux, dans d'abomi-
nables baraques, allait donc avoir un vrai théâtre,
de vrais acteurs, jouant de vraies pièces.
avec
Si dans l'excès de votre bienveillance,
Nous pouvions obtenir votre auguste présence,
Que d'un pareil bonheur nos cœurs seraientjaloux.»
.j, dère, Flore, Clorinde, etc. Ces dames touchaient de trente
à quarante-cinq francs. Ce n'était pas exorbitant.

A dater de ce moment, Montmartre, jetant de côté sa Dans ce temple, à la fois, citadin et champêtre
vieille défroque de carrière à plâtre, passait d'emblée au De temps en temps daignez paraître. .,w
.grade de ville litérairel1 D'un souris protecteur encouragez nos jeux;
Et quand le monde entier vous aime et vous admire, Quant aux hommes, leurs appointements étaient, à
(
Qu'à notre tour nous puissions dire peu de
chose près, les mêmes que ceux de leurs petites cama-
«' En s'amusant, elle fait des heureux rades.
Le maximum était de soixante-dix francs par mois.
Laferrière, Saint-Firmin,Delaistre et mon père en étaient
L'ouverture du fameux théâtre eût lieu le 23 novembre I arrivés à ce splendide émargement.
1822. Etait-il possible qu'après avoir entendu de semblables Un nommé Frédéric Islef, un des plus. forts piliers de l'en-

des glaces et des sorbets au son de la musique de Meyerbeer, (Quatre temps.) Et demandez au cafetier, il vous dira,-et il n'est pas payé
à la vue d'un feu d'artifice et d'un brun à tous crins, le Enfants, n'y touchez pas pour le dire, que c'est toujours le client le plus véreux
maëstro Julien, qui déchirait une paire de gants paille entre Enfants, n'y touchez pas. qui est en même temps le plus malheureux. Or, dirait-il vo-
chaque partie du quadrille des Huguenot*. lontiers, s'il connaissait un peu ses classiques « C'est trop
Les cafés phénomènes, où l'on peut contempler à l'œil nu pour un client de n'avoir ni argent ni veine, il devrait
encore les cafés terrasses. On appelle terrasse en
Il y a des singes, des géants, des naines, des éléphants et des sou- choisir. »
termes du métier la partie du boulevard que l'adminis- ris blanches. Même observation que ci-dessus en ce qui con-
tration laisse envahir par les tables des cafetiers c'est cerne ce qu'on est censé y boire. N'oublions pas les cafés voitures: limonade à la glace, un
là que l'été on vient déguster la bière et les échaudés, et fu- sou le verre
mer son cigare en regardant passer la foule, qui, de son côté, Puis les cafés littéraires, tels que le café Tabourey, où
regarde avec le plus vif intérêt vider des canettes et brûler l'on a inventé M. Ponsard et cherché à tancer M. Ponroy, et le Ni les cafés fontaines: à la fraîche, qui veut boire ?
des panatellas. divan Lepelletier, où l'on déguste l'été de si délicieuses che-

Les cafés militaires. J'entends les cafés où viennent les


officiersde la garnison jouer leur demi-tasse au jacket et lire
nilles à l'eau-de-vie, et où l'hiver mugit un mistron centfois
plus fiévreux que le mistral auquel il a évidemment em-
prunté son nom.
Ni les cafés arabes, une invention toute nouvelle, et
qui fait la gloire du spéculateur, en attendant qu'elle fasse sa
le Moniteur de l'armée. Heureux le cafetier dont l'établisse-
fortune, ce que nous lui souhaitons de grand cœur. Cet
homme, aussi estimable qu'intelligent, a eu l'idée d'ouvrir
ment est situé près d'une caserne; jamais il n'aura à tendre Les cafés brasseries, inventés, suivant certains ceno-
dans les quartiers populeux de Paris d'immenses boutiques
l'index et l'auriculaire pour combattre le mauvais œil, car il philes moroses, pour abrutir complétement par la bière
n'est pas d'exemple qu'un compte non payé par celui qui l'a où l'ouvrier peut prendre une tasse de café moyennant deux
ceux qui ne sont qu'à moitié hébétés par le tabac.
ouvert ne soit pas remboursé par le corps d'officiers. sous la tasse; pour deux liards de plus, il a un verre d'eau-
Les cafés du quartier Latin, où les étudiants boivent en de-vie vieille; mais je lui conseille de s'en tenir au café, s'il
Les cafés de théâtre. Le public altéré par les gémisse- choppes, en bolsde punch, en petits verres, les trois quarts de est bon, et il peut l'être; quant à l'eau-de-vie à deux liards
le verre, je crois devoir dire sans l'avoir goûtée, au risque
ments de madame Laurent, par le riresatanique de M. Chilly, leur pension mensuelle; c'est là qu'il se culotte des turcs de
d'un procès en diffamation, que ce ne peut être que d'exé-
par la pantomime expressive de Frédérick, les calembours grandeur naturelle; c'est là que de temps en temps encore
crable vitriol.
d'Arnal, les pirouettes de la Cerrito ou les gazouillements de se jouentdes parties d'honneur,où se perdent des pipes gar-
mademoiselle Caroline Duprez, vient d'entr'acte en en- nies en argent et des couverts en vermeil c'est là que s'est
tr'acte y satisfaire sa soif, tout en distribuant la louange et refugiée la casquette à la Raphaël; c'est là enfin que règne Enfin, pour finir cette longue nomenclature, un mot sur le
te blâme. Règle générale, la consommation' y est plus chère le contre avec toutes ses conséquences. Ca fé des Pieds humides:
et.plus médiocre que partout ailleurs. Il s'y débite prin- Qu'est-ce que le contre? Ils sont cinquante consomma- Devant la fontaine des Innocents, vers deux heures du ma-
cipalement des bières en bouteilles tout à fait invraisembla- teurs dans un établissement ils dépensent chacun en tin, une planche posée sur deux tréteaux constitue en quel-
bles. moyenne trente sous par jour; eh bienl la soirée ne finira ques secondes une table destinée à recevoir un réchaud; sur
pas, dût-elle se prolonger jusqu'à six heures du matin, le ce réchaud se place une cafetière. Voici les habitués qui ac-
Les cafés concerts, dont la consommation est d'un choix cafetier dût-il, nouveau Josué, arrêter le gaz jusqu'à la con- courent, toutes les professionspossibles ou impossibles,vrai-
inférieur, s'il est possible, mais tout est possible, sommation des siècles, consommation que je ne voudrais semblables ou invraisemblables, sont ici en présence. Voici
à celle des cafés de théâtre. Vous rappelez-vous la revue pas être chargé de solder sur le grand livre de l'éternité le Coq, le réveilleur des poissardes, l'homme qui fait éclore
où le pauvre Sainville chantait si comiquement à propos non, la soirée ne cédera pas place a nuit, tant, que sur
la la des omelettes dans son sein, toutes les nuances du voyou, tou-
de la consommation-concert ces cinquante individus, un seul n'aura pas, à foree de mau- tes les variétés de l'habitant de la campagne, qui apporte ses
vaise veine ou de mal jouer, accaparé sur son compte la dé- choux ou ses carottes à la halle, tout cela vient chercher
Limonade à vingt sous, pense de tous les autres. une liqueur qui réchauffe, un talisman contre le sommeil.-
C'est de la ripopée. Voilà ce que c'est que le contre. Demandez demandez! faites-vous servir 1 un sou la tasse!
treprise Seveste, et qui a joué à la banlieue toutes sortes de C'est très gai, les matelots; mais c'est une bien vilaine chant, il s'installait le plus commodément possible sur le dos
premiers rôles pendant plusieurs années consécutives, était invention que les noix d'acajou pour les peintres sur porce- de Pataud, et ne se promenait qu'avec les pattes de ce der-
laine. nier.
parvenu, lui aussi, cette somme fabuleuse.
Parmi les hommes à 70 francs, l'on comptait encore Après ça, tout te monde ne meurt pas d'une noix d'acajou.
MM. Saint-Aubin, Achille et Théodore, qui est un Théodore C'est une satisfaction.
tout différent de ce Théodore qui s'appelait Prosper, et que
l'on nomme Bressant, dont nous vous parlions dans notre
Sa paresse était telle qu'il ne voulait même pas se donner
dernier numéro, et qui se déguisait en singe dans sa jeu- la peine de mâcher ses aliments. Et à chaque repas, comme
nesse pour rendre idiots tous les ours blancs qui lui tom- il dînait toujours en compagnie de son camarade Pataud, il »
baient sous la main. Pour en revenir à Pierre Seveste, nous dirons que, malgré attendait que celui-ci eût choisi les morceaux qui lui plai-
. ces appointements étrangement exigus qu'il administrait à saient.
- • ses pensionnaires, ce qui faisait dire à tout le monde qu'il Quand Pataud s'était bien livré à la mastication, et qu'il
n attaraait pas ses chiens avec des saucisses, il se livrait était sur le point d'engloutirsa nourriture, le singe étendait
de temps à autre envers son monde à des générosités vrai- nonchalamment le bras, le fourrait dans la gueule du gros
Dubourjal, Paul (Sylvestre), Cullier, Lacaze et autres, ga- ment extravagantes. chien, qui le laissait faire, retirait tout tranquillementla
gnaient soixante livres. Dix francs de moins! ça n'a l'air Les amateurs eux-mêmes, ces simples amateurs qu'il fai- nourriture préparée, et l'avalait, sans même s'excuser, à la
de rien. C'était énorme sait jouer, étaient tout surpris parfois de se trouver en butte barbe du gros chien qui n'osait pas dire un mot.
Gabriel Débonnaire n'en touchait que cinquante. Tou- à ses gracieusetés.
jours dix francs de moins. Ainsi, un jour, il fit cadeau de quinze francs à Frederick
Saint-Clair, un. des plus joyeux fantaisistes de cette qui jouait à Corbeil. Quinze francs, une fortune! **
époque, recevait l'étrange somme de trente-sept francs Quelquesjours avant, le 19 septembre 1819, il avait cédéaux
cinquante. amateurs, comme gratification, le bénéfice de la représenta- Un jour, mon père était allé casser une jambe importante
Notre ami Pastelot, dont le petit nom est Alexis, il est bon tion de cette même ville de Corbeil, et ce bénéfice représen- au maltre de ces intéressants animaux.
qu'on le sache, devait se contenterde vingtrcinq francs par tait une somme de 26 fr. 05 c. Rien que ça1 Il était magnifiquement habillé, et avait endossé, pour
mois, exactement comme son contemporain Jean Darme, Un autre jour, il offrait une ceinture de 3 fr. 50 à made- cette grave circonstance, une magnifique redingote presque
qui est un nom véritable, et nou pas un calembour, comme moiselle Esther (madame Uormeuil). pas vieille.
on pourrait le supposer. Plus tard, il ne craignait pas d'octroyer 10 fr. à la jeune Il entra dans la salle où le singe était en train de causer
Pour clore ce triste chapitre des tristes appointements do Ozouf, pour se faire arranger sa robe. avec Pataud.
ce te,mps-lâ, nous vous dirons que t'illustre Mutin-: Scœvola. Et ce magnifique peigne de 20 fr. donné à Fœdora, n'est- A peine le jeune quadrumane se trouve-t-il face à face
Boudin quel nom touchait en tout et pour tout la som- ce donc riena avec mon père, qu'il fait, eontre son habitude, quelques lé-
me vraiment mythologique de douze francs cinquante par Et ces 30 sous de bière qu'il dépensait au moins une fois gères gambades, et finit par s'élancer joyeusement après
mois!1 par semaine pour les amateurs altérés 1 cette fameuse redingote dont il se met à déchiqueter les pans.
Et cet admirable dîner offert à ces mêmes amateurs à la à bettes dents.
fin d'octobre 1820 Savez-vous bien que la carte monta à Mon père, d'un caractère doux, et professant pour les sin-
27 francs 1. et avec le vin, encore 1

ges en général et pour celui de son directeur en particulier
Le jour de ce festin, il fit emplette, à ce que me disent une affection véritable, empoigne sa canne et administre au
Infortuné Mutius Scurvola Boudin! Vous ne le connais- les livres de caisse, « d'un repas en carton, tout neuf, bon petit animal une de ces volées dont on ne guérit pas
sez pas! N'importe, permettez-moi de m'apitoyer sur son sort. dont quatre plats de dessert et un pâté à compartiments. » toujours, mais que l'on n'oublie jamais.
Infortuné Mutius Scœvola Boudin Voyant que le théâtre C'est peut-être avec ces accessoires qu'il avait traité ces
lui rapportait juste assez pour faire quelques dettes, pas. messieurs. Je l'ignore. v's

autant qu'il eût désiré en faire, hélas! il se rappela qu'il


était peintre sur porcelaine et alla se livrer à cet art d'agré- Jacques en guérit cependant, mais depuis cette avalanche
ment à l'île Bourbon. C'était encore assez loin de Mont-
de coups de canne, chaque fois que mon père entrait chez:
martre. Seveste, l'intelligent animal quittait au plus vite le dos de
Une fois là-bas, ce qu'il eut de plus pressé à faire, ce fut Ce qu'il y a de certain, c'est que jamais, au grand jamais,
d'avaler une noix d'acajou il eut grand tort. son chien et s'empressait d'aller faire quelques excursions
les artistes de Seveste n'avaient un touge liard dans leur sur les corniches environnantes.
Comme meuble, l'acajou a du bon comme nourriture, poche, et que leur éternelle occupation était d'essayer d'em- Une fois en sûreté, il se mettait à pousser des hurlements
c'est malsain en diable. prunter au père Seveste quelques pièces de cent sous qu'il1 épouvantables comme si on l'eût écorché vif, et, tout en
Si bien que l'ex-acleur de Seveste se mit à gonfler, mais à prétait quelquefois, mais qu'on ne lui rendait jamais. criant, 'il faisait à mon père ses plus laides grimaces, et lui
gonfler d'une façon épouvantable. En st} le de coulisses, on appelait cela, alors, « casser une tirait la langue en grinçant des dents.
Les nègres de l'endroit, qui connaissaient ce genre de ma- jambe au patron. » Et Seveste, qui ne savait pas que mon père eût si joliment
ladie, empoignèrent le Boudin en question, le mirent nu étrillé son favori, riait comme un fou, et faisait tous ses ef-
comme un ver et le roulèrent pendant plusieurs heures dans forts pour ramener son singe auprès de lui et le présenter à
la farine.
Le malade se mit à pousser d'odieux hurlements. Ça lui
»• son pensionnaire.
Léon Beauvallet.
procuraitune souffrance atroce d'abord, et, de plus, il se figu- Le patron en question était du reste, au dire de tous (La suite prochainement.)
rait que ces bons moricauds ne le roulaient ainsi dans la fa- ses anciens pensionnaires, un excellent homme, générale-
rine qu'avec l'intention de le faire frire. ment fort aimé.
Il se trompait, et il s'aperçut peu après qu'il dégonflait à Il était on ne peut plus obligeant pour ses semblables, et
vue d'oeil. 11 s'embarquaaussitôt. pétri d'attention pour les simples animaux.
Mais, pendantla traversée, la maudite noix d'acajou fit en- Ainsi, Pataud et Jacques étaient ses deux adorations. Ce SUR LA STATUE DU MARÉCHAL GÉRARD
core des siennes, et de nouveau il eut l'air d'un ballon vi- Pataud était un de ces bons gros chiens .forts comme des
Exposée aux Champs-Élysées.
vant. Turcs, mais botes comme des pots.
Cette fois, on eut beau faire, le malade ne dégonfla pas,- Jacques, lui, était un petit singe de la pire espèce, mé-
chant comme un diable, et adroit. adroit comme un singe, Me moquer du sculpteur? Je n'en ai nulle envie!
au contraire. Si bien que, de guerre las, il se laissa mou- Son héros est virant, et fait illusion;
rir. C'était le meilleur parti qu'il avait à prendre. -On lui pardieu.
mit un boulet aux pieds, et les matelots le lancèrent, en chan- Ajoutez à cela que ce Jacques était paresseux comme plu- Mais, à quel acte de sa vie,
tant, au fin fond de la mer. sieurs couleuvres. Ainsi, pour ne pas se fatiguer en mar- A-t-il donc fait allusion?P

De deux heures à cinq heures du matin on fait queue, et les vaudevillistes; et le café Frontin, où, suivant des amis que L'économie politique, la stratégie, la législation, l'homœo-
quoiqu'on ait payé avant de consommer, jamais client ne j'aime de tout mon cœur, se boit la meilleure bière de Ba- patie, la diplomatie, les finances, la mécanique, l'agricul-
regretta son argent. vière qui se boive à Paris; et le café Leblond, passagede l'O- j ture, les beaux-arts, la peinture à la cire, le drame, le gra-
péra, caravansérail toujours ouvert aux veilleurs attardés. vure sur bois, la comédie, le vaudeville, la pantomime, le.
J'ai oublié les cafés paniers. Vous avez trop monté la passage au pôle Nord, les débuts de Renard, le sac de
garde pour avoir oublié ces pauvres femmes qui transportent Et le café Véron qui compte parmi ses visiteurs habituels L. Boyer, les 6 infortunes de madame Stoltz, les plaidoiries
de mairie en mairie un panier renfermant de mauvais bouil- le faux Démétrius de la critique. Le géographe J. J. daigne savantes et bien senties de Me Lassagne, le départ de Made-
lon, du vin chaud fioid, du café rédigé avec de la chicorée et même de temps à autre y faire en personne sa partie leine Brohan, les jolies dents de madame Doche, le latin de
des cigares fabriqués avec des feuilles de chou rouge, ce qui de dominos. Ce Nestor du feuilleton s'assied toujours à la J. J., le concours d'Offenbach, le rébus de l'illustration, la
même table. -Elle est si admirablement placée que les tri- rentrée de madame Plessy, le dernier feuilleton de Jules de
au dire de Bertrand, dans liolert Macaire, « fait fumer les Prémaray, Polichinelle, le Dictionnaire de l'Académie, les
lapins.» Je ne sais, mais je doute qu'aucune de ces pauvres ples effets de menton de notre vieil ami sont visibles pour
créatures ait jamais fait fortune, et cependant elles savent les promeneurs du boulevard, du passage dos Panoramas et Entretiens de madame Sand, les chenets de M. de Lamar-
aussi bien qu'un gros négociant le dernier mot du commerce de la rue Vivienne. tine, les photographies de Nadar et son dernier livre Quand
actuel vendre le plus cher et le plus mauvais possible; le j'étuis étudiant. voilà ce qui se critique, s'affirme, se nie,
plus cher pour gagner beaucoup, et le plus mauvais pour Enfin le café de la Régence, où Diderot rencontrait le ne- se discute, se prouve ceci dans ce café, cela dans cet autre.
gagner davantage. veu de Rameau, et où fleurit encore aujourd'hui, mais sous
d'autres plafonds, le noble jeu des échecs. Le café de la Ne serait-ce pas aussi dans les cafés de Paris, qu'accoudés
Arrivons aux célébrités. Régence, où il n'y avait ni Anglais, ni Allemands, ni Rus- sur le marbre de leur table, assis sur le crin végétal de leurs
J'en passerai nécessairement et des meilleures, mais c'est ses, ni Chinois, quoique toutes ces nations y eussent des divans, s'usent, minute à minute, heure à heure, jour à jour,
toujours comme ça quand on en passe: lisez plutôt Hernani. représentants, on n'y rencontraiteton n'y rencontre encore soir à soir, année à année, aussi lentement que le fer sous la
que des joueurs d'échecs. rouille, mais aussi inévitablement, des hommes à qui il
A propos du café Procope, je dirai ce que vous savez aussi A ce propos, une anecdole un Allemand entre au café de ne manque qu'un vice à la place d'une manie pour devenir
bien que moi, à savoir que c'est le premier café ouvert en la Régence; il est sept heures, il aperçoit un de ses compa- quelque chose ou rester ce qu'ils étaient, des créatures in*-
France; il fut fondé à la foire Saint-Germain, »– si le livre où triotes travaillant aux échecs. Bonsoir, lui dit il. L'au- telligentes? Le vice, vous pouvez le choisir parmi les plus
je copie ne me trompe pas, « en 1689, par le Sicilien Pro- tre ne souffle mot. Trois heures se passent, notre amateur terribles quel qu'il soit, il leur laissera encore de l'énergie,
copio Cultelli. » d'échecs gagne la partie Echec et mat, dit-il; et se tour- et puis, ils ont la chance de s'en corriger; mais la manie
nant vers son ami Pas mal, et vous? répond-il. du café une fois infiltrée dans les veines, ils mourront, «• si
Indiquons pour mémoirele. café, Lemblin, qui sous la Res- par hasard, dirait Beaumarchais, on ne les écorche vifs, •
tauration fut le rendez-vous des débris de la garde impé- Ici un remords me serre le coeur et fige l'encre entre les ils mourront dans la peau d'un pilier de café.
riale et Tortoni, à qui du bien vilain monde sert tous les deux becs de ma plume de fer. Il a vingt-cinq ans. s'il est dans la première période dte
soirs d'écran; et le café Minerve, oublié par nous dans le Ai-je suffisammentexaminé mon sujet au point de vue phi- mal; il en a cinquante, il en a soixante, il peut en avoir
paragraphe consacré aux cafés littéraires; et le café de Foy, losophique et moral?. quatre-vingts, s'il est dans la dernière. On peut vivre très
pas celui où l'on soupe, au coin de la rue de la Chaussée- Je suis loin d'en être convaincu. vieux avec cette maladie*là; vivre! mais ne jonglonspas
d'Antin et du boulevard, celui du Palais-Royal, qui Que de choses à dire que je n'ai pas dites! avec les mots.
montre encore au plafond d'une de ses, salles une hirondelle Les cafés de Paris, mais n'est-ce pas sous leurs plafonds Il arrive le matin le premier; il frappe à la porte
peinte par Carl Vernet. Je ne l'ai pas vue, mais rien ne noircis par le gaz que s'agitent toutes les questions, grandes Jules ou Auguste (le nom du garçon)! c'est moi. Oa
«l'empêchera de vérifier le fait quand il sera imprimé. ou petites, sérieuses ou frivoles, littéraires ou politiques, ouvre lentement les lits de sangle sont encore dressés dans
scientifiques ou commerciales, religieuses ou sociales? le billard il respire avec délice l'odeur fétide produite par
Et le café Anglais, et le café du Grand Balcon,rendez-vous de
J'ai écrit religieuses, je ne le retire pas, et j'aurais envie les émanations de la pipe, du poêle, de l'eau-de-vieet du gaz.
des célébrités du billard; le café des Variétés, où pullulent souligner sociales. Il bourre Juliette, sa pipe, déchire les bandes des
aux eaux de Clichy; c'est un pèlerinage auquel les plus très insignifiant et très banal, comme ses autres confrères-
honnêtes gens sont exposés,et qui ne luiaurait fait, nous du lundi (Saint-Victor excepté)!
lui en sommes garant, aucun tort dans l'opinion. Leshabi- Donc, rien à signaler dans la revue des hommes du lundi,
tués du théâtre du Palais-Royal,quand ils applaudissent si ce n'est une réclame touchante de M. Edmond D. de Bié-
CORRESPONDAMCE ce brave et joyeux garçon, dans le Misanthrope et l'Au- ville, en faveur de l'édition des OEuvres complètes de feu
vergnat, le lioman chez la portière, le Sire de Franc- Bayard, son cher et précieux collaborateur, qui a emporté,
Bois!l, et dans vingt autres rôies de son amusant réper- dans la tombe, les deux tiers du talent dramatique de l'au-
toire, ne s'inquiètent guère, que nous sachions, de ses teur du Fils de Famille, M. de Biéville s'est empressé
rapports plus ou moins tendus avec les gardes du com- d'offrir l'autre tiers à M. Dumanoir le feuilletouniste
merce. Brasseur serait aux bains (le Clichy, que per- du Siècle nous apprend que, déjà, six volumes du répertoire
sonne, à coup sûr, ne lui en ferait un crime, si ce n'est de son illustre ami sont en vente, à ce qu'il parait, ou plutôt,
Nous recevons de M. Brasseur, artiste du théâtre du peui-ètre le médecin qui l'aurait mis à ce régime. Il n'y à ce qu'il ne parait pas; puis, il saisit, à propos, l'occasion
Palais-Royal, le communiquéqu'on va lire est pas tant mieux pour le public, pour son théâtre, et de la reprise de Mathilde, pour déclarer que feu son, illustre
surtout, tant mieux pour lui. ami était parfait, gracieux et magnifique envers ses collabo-
A. de». rateurs, auxquels il faisait gagner beaucoup d'argent; la
A M. le Rédacteur en dief du journal te Figaro. reconnaissance de M. Edmond D. de Biéville prouve au moins,
une belle âme; mais, la nullité de ses feuilletons fait vi-
vement regretter ceux de feu M. de Matharel, par le monde
Monsieur de Villemessant,
_w__ littéraire. C'est effrayant
Excusez-moi si j'ose implorer de vous l'insertion de cet ar-
ticle dans votre charmant journal; mais je vous sais trop
bon et trop juste pour ne pas faire droit à ce qui suit ÉCHOS DE PARIS
Une affreuse calomnie, d'odieux propos ence moment cir-
culent, sur mon compte, relativement à mon abseuce,, au
théâtre du Palais-Royal.
.'•/*>•> Un de nos abonnés d'Alençon nous envoie le renseignei-
ment suivant sur un honnvle criminel dont Maurice AJhoy aàt
parlé dans ses intéressantesétudes sur les bagnes, ce liu
J'aurai' l'honneur d'annoncer qu'ayant demandé et obtenu
vre curieux, dont nous avons publié en feuilleton le résumé,
de ma direction un congé à partir du 1" mai dernier au 1er dans les douze derniers numéros de Figaro. Voici l'his-
septembre prochain, j'ai cru être entièrementmattre d'uti- Il fait si chaud, depuis quelques semaines, q.ue te plupart toire de ce malheureux racontée en quelques lignes:
liser mon temps comme bon me semblerait (faisantabnéga- des feuilletonnistes du lundi, imitant les théâtres, font relâche Il y a une trentaine d'années environ, cet homme était.
tion de tout appointement). le plus souvent possible, pour cause de réparations. journalier dans la commune des Merlevauts(Orne);il<était.
En conséquence, j'ai eu le plaisir de rester à Paris, où j'ai lis en ont besoin. employé chez le curé, qui n'avait qu'à se louer de son zèle, do
été retenu, par des soirées et concerts, jusqu'au mois de sa probité et de son activité; un jour, pendant l'absettce
juillet, et si je ne suis point allé à Plombières avec tous mes de son malire, cédant à une mauvaise pensée, et poussé.'
camarades, sur la demande de mon directeur, c'est que je par le désir d'améliorer le sort de sa trop nombreuse famille,
devais en ce moment faire une petite tournée pour mon cet homme, s'armanl d'une hachelte à fendre le bois, fait
compte personnel (mon congé ayant été demandé dans ce MM. Jules de Prémaray et l'illustre J. J. (moins connu
sauter la serrure de la vieille armoire du curé, pours'empat-
but). sous le nom de Janin) n'ont pas écrit de feuilleton dramati- rer des économies de celui-ci. La porte cède. il voit
Mes combinaisons ayant été dérangées, je m'empressai de que, lundi dernier; donc, c'est parfait! rangées sur une des planches de l'armoire plusieurs piles de
me rendre à Plombières, où j'eus l'honneur, comme tous pièces de cinq francs.
mes camarades, de jouer devant Sa Majesté. 11 est seul; il peut tout emporter; mais l'émotion le
Quatre jours après, je partis pour d'autres villes d'eaux, gagne; la pensée de la gravité de l'action qu'il va commettre,
donner quelques concerts, et je revins, le 28 juillet, par Dans son feuilleton, et de son style le plus brillant, lui, honnête travailleur jusque-là, l'arrête. il regarde les»
Bourbonne-les-Bains. Le 29 du même mois, je partais de Pa- Paul de Saint-Victor a parlé beaux-arts, Inde, Grèce, piles d'argent, pleure sur lui-même, se fait horreur, et
ris pour Dieppe, où je suis engagé pour plusieurs représen- Chine, archileclii'e ctrusqw, etc., etc., à propos d'un livre s'enfuit rapidement sans toucher à l'argent de son maître;
tations. de M. de Mercey; il signale, avec une espérance de bon la tentation mauvaise était vaincue
Mon cher monsieur de Villemessant, soyez donc assez ai- augure, la renaissance de l'Artiste, recueil littéraire qui Le bruit de la tentative de vol se répand dans la commune;
mable pour vouloir bien informer les gens disposés à la ca- vient de passer des mains de M. Arsène Houssaye dans celles on arrête le malheureux; confesse tout au curé;
lomnie que j'ai toujours été et que je suis toujours parfaite- de MM. Xavier Aubryet et Edouard Houssaye. Edouard celui-ci fait les démarches les plus actives pour sauver le
ment libre! Commeje l'ai dit plus haut, j'aurai le plaisir de Houssaye, dit-il, est un spirituel dilettante, et Xavier Au-
rentrer au théâtre du Palais-Royal, où je viens de signer, il bryet, un esprit de fine souche, un style qui a le coupant et
journalier; il offrede l'employer à ses travaux comme par le
c'est en vain. Le pauvre homme est jugé, condamné
passé;
y a peu de temps, un nouvel engagement de six ans! Vétincellementà facettes d'une plume de cristal. 11 con- à douze ans de travaux forcés, marqué et dirigé sur le bagne.
C'est la première fois que j'implore une complaisance de sacre quatre lignes, et un quart de ligne, aux Vainqueurs de Après avoir fait son lumps, le pauvre forçat est revenu
ce bon Figaro, mais qu'il n'ignore pas, ce cher ami, que je LoUi (trois lignes de plus que le Figaro ), qu'il appelle une dans son village; on l'a accueilli avec sympathie; on l'a

homme..
suis un de ses plus acharnés lecteurs. mise en scène spirituelle des premières pages de la Char- employé successivement chez tous les habitants du village
Merci mille fois, cher monsieur, si, par votre insertion, treuse de l'arme, souvenir qui est terrible pour ce vaude-
qui avaient secouru sa famille si digne d'intérêt, et jamais
vous pouvez empêcher de ternir la réputationd'un honnête ville, applaudi, ajoute-t-il, autant qu'on peut applaudir en on n'a cu le plus petit reproche à lui faire.
été Le est vif. Puis,- vicsnenl six lignes et quatre
Agréez, je vous prie, l'assurance de ma profonde recon- lettres, sur la reprise de Mutlnldc, drame d'il y a vingt ans,
Il est mort il y a quelques années, ajoule notre correspon-
dant, aimé de tout. le village, et plus estimé que beaucoup'
Naissance, et croyez-moi votre tout dévoué un peu vieilli, un peu suranné, mais où, dit-il, mademoiselle de personnes n'ayant jamais failli légalement,! t
.<-• F. Brasseur. Fargueil joue le rôle de la femme jalouse avec une fougue,
une flamme et des nerfs qui ont élecirisé la salle assoupie
par les torpeurs de lu canicule; c'est tout.
Nous ne cacherons pas qu'à la lecture de cette mis-
sive, nous avons cru d'abord M. Brasseur entaché, ou du Il vient d'être découvert au musée du Mans une pièce WèS
moins soupçonné de quelque gros méfait. Mais, Dieu curieuse qui déroute les suppositions de tous les savants' de
merci, les renseignements que nous avons pris ont cal- Théophile Gautier, assoupi, lui aussi, sans doute, la localité.
mé nos appréhensions il résulte de notre enquête que comme la salle du Vaudeville, par les torpeurs de la cani- Cette pièce qui, -à en juger par son état parchemins,
l'artiste aurait été faussement accusé d'un petit voyage c ule, s'est montré dans ses quatre colonnes du Moniteur doit être fort ancienne, est une membrane cutanée, appli-

journaux, demande un verre d'absinthe, et essaie de lire les mot car il a bien gagné ici quinze bonnes mille livres de laboratoire pour les grogs américains, les limonades, vifls
nouvelles diverses. Arrive le maître de l'établissement, le- rente chauds, punchs, etc., etc.
quel, nous avons oublié de le dire, se désigne de qua- LE Limomadier. Laissez donc, il avait du bien de chez Dans tout homme, il y a un fond de poésie chacun le dé-
tre façons différentes lui pense à sa façon; sur les cafetiers, il s'en rencontre qui en
Les hommes logiques l'appellentcafetier; LE Pilier. Oui, oui, motus. Enfin, voilà le père Savou- trouve le placement en cassant du sucre. L'autre jour, je
Les gens secrètement envieux de sa prospérité apparente reux qui emporte les bougies et qui s'endort; nous étions rencontre rue Montmartre M. G.un limonadier qui a tenu
ou réelle le traitent de marchand d'eau chaude; tous habitués, et puis le garçon de fourneau était la pour fer- pendant vingt années, sur le boulevard Saint-Martin, un es-
Ceux qui font inscrire l'interpellent par son nom: «Mon- mer. Pas de bougies; impossible d'en avoir. Heureuse- taminet, qui a été pendant longtemps le rendez-vous de Fon-
sieur Tafia, c'est pour moi. madame va bien?. » ment il y avait une réparation au pavé je vais prendre un tan, Maillart, Porcher, Frédérick-Lemaître, et de beaucoup
Enfin, quand le cafetier parle de ses confrères, il les ap- lampion, et nous continuons la partie il y avait de quoi d'autres.
pelle des limonadiers. rire. Mais voilà ce mâtin de lampion, qui puait bien comme Eh bien! lui dis-je, vous voilà enfin retiré, et avec de
Cette dernière délicatesse de langage rappelle un peu la trente vrais rats morts, qui s'éteint. Alors nous avons pris la fortune encore, vous devez être content?
prétention des Savoyards à être des Savoisiens. des allumettes une à une, nous nous sommes relayés jusqu'à Il me regarda d'un air assombri par la mélancolie, et me
LE Limonadier. Tiens, vous v'là, vous ?'? cinq heures du matin, nous avons fait le piquet. En voilà dit
Lu Pilier. -Oui. vous avez les yeux rouges, ce matin. une bonne, hein l Pendant dix-neufans et cinq mois je ne me suisjamaîs
Lu Limonadier bâillant. Je crois bien, il était trois LE Limomadier. C'est avec ces farces-là qu'on fait fer- couché tard ou levé matin sans appeler de tous mes vœux
heures quand vous êtes parti 1 mer les établissements. l'heure de ma retraite. Elle a sonné depuis six mois, et je
Lh Pii.ieii.
»
Ma foi oui (Riant.) Avez-vous vu comme 1Pilier. Laissez donc. a%ez-vous déjà été fermé, sens que je suis frappé au cœur je nïiïâi pas loin, mon-
je lui ai tout flanqué sur les reins?. cinq bols de bis- vous sieur, oh! non, je le sens.
«hoff. s'cusez! pauvre petit c'est pas sa faute si les gre- Le Limonadier. II n'y a pas de presse. H me fit pitié.
nouilles n'ont pas de queue 1 Lu Pilier. Je vous fais mon absinthe en cinq points d'é- Allons donc, soyez dune homme.
Le Limonadier. Je vais vous dire, moi ça ne- me1 carté ?7 J'ai été trop longtemps cafetier pour ça. la limonade!,
va pas, ces passages de nuit-làquand je serai à l'a- Le Limonadier. J'ai pas le temps, je vais casser du voyez-vous, c'est la robe de Déjanire. il n'y a qu'unechose
qui prolonge encore mon existence, je vais de temps en
mende, est-ce vous qui la payerez P? sucre.
Lb.-Pu.ikb. –Allons donc, farceunîi. dis doue, quelle temps chez mon successeur casser du sucre.
tourte, le Pidoux 1 11 faudrait un compositeur du génie de Hossini pour pou- M. Tafia se met donc à casser du sucre. Le pilier, désap^-
LE Limonadier. C'est jeune, qu'est-ce que vous vou- voir noter la mélodie expressive sur laquelle le limonadier po;nté, retournea la lecture des feuilles publiques, et de-
lez?. mais c'est des bêtises de rester si tard je vous pré- exécute ces quatre mots..le casse du sucre. C'est en effet un
des actes les plus importants de sa vie commerciale, et, ne
mande un second verre d'absinthe, tempérée cette fois par dé
l'anisette.
viens que la première fois j'éteindrai les bougies.
LE Pilier. Eh bien nous jouerons à l'allumette J'ai vous y trompez pas, cette opération a bien ses difficultés. LE Viinn, sirotant son absinthe. Dites donc, pëfe Ta-
bien ri une fois combien y a-t-il de temps?. était-ce sous Etant donné un morceau de fer de forme demi-circulaire, fia, il paraît qu'on fait de la pude eaw-de-wa avec de la b'et-
Nicolas non. c'était sous le père Savoureux.il y abien trois boîtes cylindriques en sapin, un pain de sucre et une terave, à présent?
quatre ans. hachette, il s'agit de tailler dans un ou plusieurs pains de LK Limonadier. Ah pouah 1.
Lb Lihonadier. 11 y en a cinq,, alors; j;ai pris,, moi, en sucre de trente-cinq à quarante-cinq morceaux parfaite- Le Pilier. Les Débats le disent positî'vSmenP.
janvier 1851. ment équarris à la livre; les résultats obtenus sont rangés Lu Limonadier. Tout ça tfosts dès Oppositions-- Sourdes
LE Pilier. Figurez-vous, ce malin de père Savoureux. dans une des trois boites les mieux équarris et les plus gros au gouvernement.
vous savez que, quand il avait envie de casser une canne vontdans la boite aux glorias ceux qui viennent ensuite LE Pilier. Tiens, voilà le papetier qwest juté. va-t^if
(dormir), il n'y avait plus personne. passent dans celle aux demi-tasses ou aux verres d'eau en- faire sa tête1
Le Limonadier. Et qu'il avait raison t fin li-s s briquettes, les éclats, les déchets et la poussière sont. LE Limonadier. Vraiment!
Le Pilier. Dites donc qu'il était assez riche, voilà le insérés dans la troisième boîte, dans laquelle on puise au, Lk Pu.iEU. Ghuv oui, ctot-biei» lui. S'il a, la chance tfa-
quée sur une tranche de bois, avec cette inscriptionparfai- jadis à la Comédie-Française, quand il n'avait pas encore cours précisément parce que madame C. avait trop de bou-
tement lisible scrotum d'un capitoul de Toulouse. le talent qu'il a acquis, depuis. quets tous les soirs, et que son succès n'ayant pas répondu à
On se demande comment le scrotum d'un capitoul de Tou- ses désirs, il ne voulait pas de nouveau affronter un public
louse a pu ainsi s'égarer dans le Maine, à quelle époque idolâtre. »
remonterait le fait, et quelle main pieuse a recueilli, dans le
musée du Mans, cette relique, assurément fort respectable, Samedi dernier, les quatre théâtres du Vaudeville, du Pa-
si elle est authentique? lais-Royal, du Gymnase et des Variétés ont fait une recette
Des recherches ne devraient-ellespas être faites à Tou- totale de quatre cent trente-deux francs. Les cinquante
louse, pour s'assurer si tous les capitouls, aujourd'hui, sont francs de droits d'auteur étaient à partager entre une ving- .couplet SUR l'air de Bouton de rosé.
au grand complet dans leurs tombeaux, et s'il en est un, par taine de vaudevillistes.-Et tous les auteurs achètent des (attribué a une jeune sociétaire.)
hasard, auquel il manquerait son scrotum'! maisons de campagne! De quoi vivenf-ils donc?
Une semblable lacune ne peut que dépareiller la collec- Par son beau père
tion historique des capitouls de Toulouse; et je crois sa- Aux Français, il a débuté.
voir que le musée du Mans serait assez disposé à se défaire Maintenant, ô douleur amère
du susdit scrotum, en échange de quelque autre pièce plus Comme les acteurs entendentmieux les affaires, surtout les Des Français, il est rebuté.
intéressante pour les Manceaux et pour leur histoire locale. leurs, que les auteurs! Voyez plutôt Frédéric Lemaltre, La- Par son beau père (bis.)
ferrière et bien d'autres, sans en excepter Fechter, qui,
tous les soirs, dans sa loge à la Porte-Saint-Martin, touche
le dixième de la recette, -du Fil* de la nuit de Victor Sé-
Mademoiselle X. jeune personne de seize ans et d'une jour. Le succès de ce drame a, comme on sait, combattu et
vaincu l'influence d'une chaleur torride depuis la première, 'L'autre jour, un employé du ministère des financesarrive,
candeur ravissante, exprimait dernièrement,à sa mère,
devant un mien ami qui m'a raconté la chose, tout le la moyenne de chaque représentation est de 3,800 fr., ce à midi, à son bureau.
qui assure à M. Fechter un feu quotidien de 380 francs. Ah 1 vous voici, un tel! c'est heureux! Mais, pour-
plaisir qu'elle avait éprouvé en lisant un roman de Paul de
C'est fort joli, surtout quand on examine la façon dont il quoi ce retard?. dit le chef de bureau d'un air mécontent.
Kock, intitulé la Pucelle de Bellevitle, histoire qui l'avait
divertie beaucoup plus, disait-elle,que celle de la prise d'Or- joue son rôle. Fechter, qui s'est montré comédien de pre- Monsieur, j'étais hier à la course de la Marche, et.
léans, par Jeanne d'Arc. mier ordre dans beaucoup d'occasions, n'est plus ici qu'un Le chef sévèrement
acteur comme plusieurs, et même au-dessous de beaucoup, Monsieur, apprenez que les employés sont payés poiir
La mère, un peu étourdie de cette révélation inattendue
et il est probable que sans son; concours, le Fils de la nuit être à l'heure, et non pas à la course!
(elle expliquait justement, en ce moment, à mon ami, un
nouveau système d'éducation progressive, pour !es jeunes ne ferait pas un sou de moins.
personnes de bonne famille), commençait à regarder sévère-
ment sa fille, lorsque la jeune pensionnaire,dans l'espoir de
réparer le mal qu'avait pu causer sa franchise, ajouta, avec On lit dans le Moniteurdu 3 août
une naïveté adorable dans sa dignité On nous écrit d'un endroit célèbre par l'excellence de ses Par arrêté du ministre d'Etat du premier juillet, M. Char-
Du reste, tu me connais assez, maman, pour bien pen- eaux les Rouvenat de La Rounât a été nommé directeur de l'Odéon,
ser que j'ai su passer, dans ce livre, tout ce qui ne m pas « Un de nos célèbres chanteurs, X, est ici pour la santé en remplacement de, M. Alph. Royer, appelé à la direction
paru convenable1 de sa femme. Il a utilisé son petit séjour en donnant un con- de l'Opéra.
cert pour les inondés, ce qui est très bien, et un autre à son
bénéfice, et il a eu encore raison, car les salons regorgèrent
d'auditeurs. Sans doute madame X en fut très^ heureuse, car
i LA BOURSK elle organisa dans son hôtel une magnifiquesoiree où furent
Où est donc X Je ne l'ai pas encore aperçu aujonr conviés ses nombreux amis. Les habitants de l'hôtel furent

ï
On nous adresse la lettre suivante
d'hui; est-ce qu'il a pris la fuite? un peu piqués du sans-gêne de madame X, qui se posa en
11 ne viendra pas. Il a perdu. maltresse de maison. Les rafralchissementscirculèrent, la « Dans le compte-rendu du concours de piano au Conserva-
toire, vous avez cité M. Kalbrenner comme professeur de ma
Sur le Mobilier
p musique invita à la danse et tout se passa dans une joie si-
fille; permettez-moi de vous faire observer que, depuis'
Non. sa mère 1 non vraie, au moins bruyante. huit années, M. Lecoupey donne des leçons particulières a
-Ah alors je suis tranquille! nous le verrons demain 1 •Mais, comme toujours, le quart-d'heurede Rabelaissonna.
Il parait qu'il sonna si bien et si fort, que madame X. ef- ma fille, et que c'est à lui seul que revient le mérite du ta-
lent que possède ma fille aujourd'hui.
frayée, imposa chaque personne logée dans son hôtel d'une
» Veuillez bien agréer, etc.
somme de dix francs. Assez vexés d'avoir donné une soirée
y TOUJOURS À LA ttOUBSK sans avoir été consultés, ils ne s'exécutèrentpas aussi facile- » Marchand.
Quelle heure est-il T ment qu'on l'aurait cru, et beaucoup protestèrentcontre cet » Peintre-verrier. »
70 offert. impôt de dix francs: En somme, madame X a trôné toute
une soirée, invité ses amis, régalé ses connaissances, tout
cela pour le même prix que le plus obscur des commensaux
de son hôtel. pour 10 francs.
Le 68 est décidément un véritable succès pour les Bouffes.
-Ce n'est pas tout: une cantatrice, madame. quia chanté
Berton va quitter le Gymnase pour retourner en Russie; Samedi prochain, première représentation des Deux vieille*
pour les pauvres, pour les inondés, etc., et dont le nom fait Garde*, bouffonnerie musicale en un acte, paroles de M. de
c'est une grande perte pour le Gymnase c'en est une, recette, a donné son concours à X, et, quelques jours après, Villeneuve, musique de M. Delibes. La pièce est jouée par
aussi, pour la Comédie-Française, où l'appelait prochaine- a réclamé le sien pour son bénéfice, qui devait avoir lieu le MM. Petit, Léonce et Michel, l'ex-comique du Palais-Royal.
ment son talent si original et si distingué. 5 août; mais X n'a pu rendre ce qui lui avait été si gracieu-
Il avait été question, il y a quelques mois, de l'engagement On les dit étourdissants de verve et d'entrain. La pièce est
sement accordé, même jour et même heure, il a un con- des plus amusantes,et la musique très réussie.
de Berton pour notre premièrescène; pourquoi, hélas! cert à Tours pour les inondés:
cet excellent artiste a-t-il dû renoncer à cette espérance? Lundi prochain première représentation du Guetteur de..
» Le hasard et les journaux aidant, on apprend que le con- Nuit, opérette en un acte de L. Beauvallet et de Jallais; te
Nous ne voudrions, à aucun prix, nous immiscer indiscrète- cert des inondés n'a lieu à Tours que le 9!
ment dans de douloureux dissentiments de famille, dont nous » Tout se sait ici. II est heureux que ait donné son con- musique est le début de M. Blaguières.
respectons le mystère, tout en les déplorant; mais on cert avant d'avoir refusé son concours à madame C. qui est Legendre.
dit qu'un des principaux obstacles, d'aujourd'hui, à son ad- aimée, fêtée par le public,
mission S3i ait, jet-être, l'influence qui l'avait fait admettre Paris. Dubuisson et Ce. Imprimeriespécialeet en commun
» De méchantes langues assurent qu'il a
refusé son con- pour les journaux, rue Coq-Héron, 5

voir un mil clos, il n'y aura plu* moyen de faire un besigur LE PILIER. Je veux bien. (Il recommence.)As (vive- Le Pilier. Je crois bien, il y gagnerait encore trois
avec lui. ment) il est cassé (II. retire.) Deux. (Ramassant les deux francs seize sous. Jules, une absinthe avec du sirop de
Le Limonadier. C'est que ça y est! dés.) A moi six cinq gomme! (Au limonadier.)Père Tafia, j'ai 8 fr. 80 de bon
Il est neuf heures du matin; entre un habitué. Pidoux gagne la partie. `
TAFIA. Vous l'arrangez bien cette nuit cinq bols, ce
L'Habitué. Vite, vite, Jules, Jules, mon chocolat; je matin vingt-quatre verres d'absinthe!
suis en retard Où donc est le Moniteur? LE Pilier. Rien de fait la belle LE Pilier. On disait au régiment 11 faut que la peau
LE PILIER. Tiens c'est vous, chanceux de Pidoux ? Pidoux avec hésitation, après avoir regardé la pendule. change sept fois avant d'être un bon cavalier. il a encore de
Pidoux. Ah! je vous conseille de parler. Dix heures moins un quart je n'ai pas le temps. la marge avant de savoir défendre son argent, mais il a le
LE PILIER. Le punch ici ne coûte pas plus cher que l'eau LE Pilier. -Ah pardi, voilà-t-il pas, pour cinq minutes! moyen. (Bâillant.) Je m'embête. je ferais bien trente secs
de puits; vous en avez perdu. combien?. sept? Pidoux contrarié. Je sais bien, mais. à un fort.
Pidoux. Non, cinq, c'est bien assez! LE Pilier. Puisqu'HTaut que je m'en aille aussi, moi! 11 est bien entendu que, pendant la longue séance de jac-
LE PILIER. Je vous faix deux absinthes? Piooux. Allons, dépêchons-nous ket que nous avons indiquée, une foule d'individus sont ve-
Pidoux. Je suis pressé, non. LE PILIER. Alors nous en jouons quatre.
PiDorx. Oui, dépêchons-nous. nus prendre qui sa demi-tasse, qui son gloria, qui son régal,
LE PILIER. Moi aussi je suis pressé: faisons ça au jac-. et sont pour la plupart retournés vaquer à leurs occupations
ket? Le Pilier gagne la belle, il range les dames, et dit Votre respectives; il reste seulement pour tenir compagnie au Pi-
revanche? ' w lier de petits rentiers qui, ne sachant comment tuer leur
Le jacket est une variété du trictrac il a l'air fort insigni- temps, l'assassinent'aucafé, et les employésqui, n'étant pas
fiant de prime abord ce qui ne l'empêche pas d'être très Pidoux, ne regardantpas la pendule et se hâtant de met-
tre les dés dans son cornet. Sans vos deux double-six, en train de travailler ce jour-là, ont canné le bureau.
émouvant et de passionner fortement et longtemps ceux qui Voyons, j'en rends dix de trente à un malin.
s'y laissent entralner. vous l'étiez. v
LE PILIER.
Pidoux, au garfon qui lui verse une tasse, de chocolat.- LE PILIER. Laissez donc, j'étais tout casé à l'as Ce défi est relevé par Glaizet, un clerc amateur de vingt-
Donnez-nous la commode (on apporte un trictrac), rien A deux heures et demie, Pidoux perd dix-huit verres d'ab- deux ans, qui, depuis dix mois, fait abstraction de son
qu'une, monsieur Mercier. sinthe. étude deux ou trois fois par semaine, sous prétexte de fai-
LE Pilier. Pardi PiDOtx. Le coup de'fusil. quitte ou double! blesse de poitrine, mais en réalité pour cultiver a loisir un
Pidocx. C'est que j'ai un rendez-vous à dix heures rue LE Pilier. -Oh! non, je vous en fais six, c'est bien joli: coup de queue qui donne' les plus belles espérances. au li-
des Bourdonnais.-Tirons la main. monadier Tafia.
ça fera vingt-quatre ou douze.
LE Pilier. Mais il faut que je sois à dix heures et demie Pidoux. Tsiri (U secoue son cornet avec rage et fait Glaizet. Je veux bien.
aux Batignolles pour affaires. Cinq sauter son dé par dessus la table.) Le PILIER. Oh! mais je ne vous en ronds pas dix à
Pidoux. –Six! à moi. trois! quatre! etc. LE PILIER, après l'avoir ramassé. Trop de nerf! vous! oh! non, c'était bon dans le temps.
Le Pilier gagne la partie. Pidoux. Je suis sûr que c'était un six! As! GLAIZET, flatté, mais cachantson contentementsous des pa-
Pidoux. Voyons, ma revanche. en deux temps. As!1
Lk Pilier. As 1
LE PILIER. Deux c'est bien juste à moi. roles modestes. Nous vous pourriez m'en rendre
Pidoux perd encore. douze.
Pidoux. -Trois1 Le PILIER. Merci 1 vous faites des effets à tout casser.
LE Pilier. Trois 1 LE PILIER. Je vous fais la même? Glaizet. Allons! allons!
Pidodx. C'est un peu fort!
as! Pidoux. Non, non, non, j'en ai assez. LE PILIER. Va pour dix, mais c'est une bêtise! Jutes,
LE Pilieb. Si je tire un us, nous nous embrassons;
vous Le PILIER. Moi aussi. c'était pour vous obliger. les billes
savez, c'est la règle. Pidoux. Vous êtes trop bon (II paye.) Ce n'est pas pour Ils entrent dans la salle de billard.
Pidoux. Ah bien! j'aime mieux vous voir'tirer un six 1 la perte, mais je donnerais cent sous pour ne pas avoir
LE Pilier. Trois 1 manqué mon rendez-vous. (il s'en va en faisant taper la (ta suite au prochain numéro.)
Pidoux. Vousna\ez pas touché bande. c'est plombé. porte.) G. Bountin.