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1ére Journée Scientifique du Tourisme Durable en

partenariat avec l’ADERSE et l’AFEST


Nantes, le 16 Avril 2010 – Cap Vers
Vers un Tourisme Durable ou un Écotourisme

Tourisme durable : une approche systémique

Sandra Camus
Université d’Angers-GRANEM et Rouen Business School

Lubica Hikkerova
Université Matej Bel (Banska Bystrica, Slovaquie)

Jean-Michel Sahut
Groupe Sup de Co Amiens Picardie, CEREGE EA 1722-Université de Poitiers

Résumé

Nous recourons dans cet article à la systémique pour montrer comment le tourisme peut
réussir à intégrer les principes du développement durable dans un secteur qui, a priori, en est
relativement éloigné. L’analyse systémique a l’avantage de fournir un cadre théorique
permettant d’analyser le secteur touristique comme un système social complexe et
d’appréhender ainsi les enjeux spécifiques du tourisme durable et d’imager des solutions
prometteuses et viables sur le long terme. Elle montre par la même occasion qu’une initiative
touristique durable peut s’inscrire dans un cercle vertueux, sous l’effet de l’apprentissage et
des boucles de rétroaction.

1
Mots clés : tourisme, durable, enjeux, systémique, parties prenantes, apprentissage.

2
Introduction

Si le tourisme présente des enjeux économiques forts (richesse créée, emplois générés, et
devises collectées1) il constitue également la source de nombreux problèmes en termes de
développement durable. La problématique actuelle du tourisme revient à réussir à préserver
non seulement l’environnement mais également le patrimoine et la diversité culturelle. De
plus, le tourisme profite principalement aux économies développées. Par exemple, le
continent africain ne représentait que 4,4% des arrivées de touristes internationaux et 2,8%
des recettes en 20052.
Ces constatations devraient amener les Etats, les citoyens et les firmes à s’interroger sur la
légitimité du tourisme car même si la préservation du patrimoine et de la diversité culturelle
sont assurées, l’impact écologique demeure. Cet impact est généralement mesuré par deux
indicateurs ; les gaz à effet de serre (GES) et l’empreinte écologique3.
Les pouvoirs publics des états peuvent définir des modalités pour réduire les GES et
l’empreinte écologique mais cela nécessite qu’un accord global soit trouvé entre l’ensemble
des pays à travers le monde pour avoir un réel effet. La conférence de Copenhague sur les
changements climatiques, en décembre 2009, a montré les difficultés à définir un accord
global entre la plupart des pays pour restreindre les émissions de GES. Trois blocs principaux
se sont opposés compte tenu de leur richesse et passif dans ce domaine : les USA, la Chine
avec les pays émergents ou à forte croissance, et l’Europe.
Cette prise de conscience des risques liés au tourisme commence à émerger au sein des
entreprises. Certaines firmes intègrent, de nos jours, dans leur stratégie de développement, le
développement durable au travers de ses trois piliers : économique, social, et
environnemental.
Cette intégration ne modifie pas fondamentalement leurs finalités mais ajoute un certains
nombre de contraintes sur la manière de faire du profit (en respectant les générations futures)
et de le répartir (entre les salariés et les actionnaires).
L’adoption volontaire de contraintes supplémentaires, liées au développement durable et non
régies par la réglementation ou les normes d’un secteur d’activité, montre que l’entreprise
promeut certaines valeurs. Mais la question qui se pose alors est d’identifier s’il s’agit d’un
réel engagement de la firme ou d’une démarche « marketing » à destination des parties
prenantes ? En effet, l’entreprise peut se servir du développement durable pour séduire les
consommateurs (ex : commerce équitable) dans la mesure où ces derniers intègrent de plus en
plus ce critère dans leur prise de décision. Ce type de discours peut également être à
destination des salariés actuels et potentiels (ex : charte sur l’intégration des travailleurs
handicapés), des actionnaires (ex : le développement durable se traduit par la recherche d’une
performance à long terme et justifie ainsi des résultats à court terme inférieurs aux attentes des
investisseurs), des pouvoirs publics (ex : pour remporter des appels d’offre), etc.
Par exemple, nous pouvons citer plusieurs actions d’acteurs privés :
- Nouvelles Frontières agit en faveur des populations locales (constructions d’écoles) et de la
préservation des sites de plongées. Elle a noué un partenariat avec WWF et dispose d’une
charte des bonnes pratiques,

1
En 2001, l’activité touristique représentait 12% du PIB mondial, 200 millions d’emplois pour un secteur qui
connaît une croissance annelle de 4%.
2
http://www.rfi.fr/actufr/articles/073/article_41389.asp
3
http://fr.wikipedia.org/wiki/Empreinte_%C3%A9cologique
« L’empreinte écologique vise à traduire de manière facilement compréhensible l’impact d’activités humaines
sur les écosystèmes et la planète. Elle se mesure généralement en surface (hectares par individu, ou hectares
consommés par une ville ou un pays pour répondre à ses besoins, par exemple). Pus précisément, l' empreinte
écologique quantifie pour un individu ou une population la surface bioproductive nécessaire pour produire les
principales ressources consommées par cette population et pour absorber ses déchets ».

3
- Costa crociere (groupe américain Carnival) répond aux différentes normes suivantes : ISO
14001, OHSAS, ISO 18001, ISO 9001,
- Voyageurs du monde compense le coût environnemental des voyages en avion. Initiée en
2007 sur la base du volontariat, la taxe carbone a été ensuite intégrée automatiquement au prix
des billets en 2008 face au faible engouement de la clientèle. L’entreprise a ainsi collecté 70
000€ de taxe en 2008 qui servent à des projets de reforestation à Madagascar et au
Cambodge4.
Ces expériences montrent d’une part qu’il est possible d’associer à une activité touristique des
pratiques de développement durable, d’autre part la nécessité d’aborder la problématique du
développement durable de manière globale, c’est-à-dire en intégrant l’ensemble des parties
prenantes (entreprises, citoyens, clients, gouvernements, etc.) et leurs interactions pour avoir
un réel impact. Ceci d’autant plus que certains agents jouent un double rôle, comme les clients
qui sont à la fois touristes et citoyens.

Nous recourons dans cet article à la systémique pour montrer comment le tourisme peut
réussir à intégrer les principes du développement durable dans un secteur qui, a priori, en est
relativement éloigné. L’analyse systémique a l’avantage de fournir un cadre théorique
permettant d’analyser le secteur touristique comme un système social complexe et
d’appréhender ainsi les enjeux spécifiques du tourisme durable. En effet, le secteur touristique
s’apparente à une structure complexe, car il est composé de multiples éléments (entreprises,
offices du tourisme, collectivités locales, etc.) impliqués dans toutes sortes d’interactions
mutuelles, et en lien avec leur environnement. Malgré les difficultés d’identification
individuelle, ces éléments sont néanmoins descriptibles à un niveau plus global, celui du
secteur. Le recours à l’analyse systémique permet d’effectuer ce passage du local au global et
de mieux comprendre les processus d’organisation et d’interaction des éléments dans un
système complexe. Elle explique notamment pourquoi et comment les éléments dont la
composition est si variée arrivent à maintenir un degré élevé d’organisation à un niveau
global. L’objectif pratique poursuivi est d’aider les parties prenantes du secteur touristique à
mieux coordonner leurs actions et faire face aux défis de leur secteur d’activité en particulier
en matière de développement durable.
Dans une première partie, nous proposons de présenter les sources de capital du
développement durable, et par conséquent les difficultés pour réussir à concilier l’activité
touristique et les objectifs du développement durable. Toutefois, la première partie sera
également l’occasion de montrer l’intérêt social, environnemental, mais aussi stratégique
d’agir en faveur d’un tourisme durable. Dans une second partie, nous présentons les principes
de l’approche systémique, avant de montrer de quelle manière il est possible de favoriser
l’adéquation entre le développement durable et la structure du système touristique d’une part,
puis entre le développement durable et la fonction du système touristique d’autre part. Nos
analyses permettront de présenter de manière synthétique la façon dont les principes du
développement durable peuvent s’intégrer dans le système complexe que représente l’activité
touristique.

4
http://www.tourmag.com/Taxe-CO2-les-clients-de-Voyageurs-du-Monde-n-ont-plus-le-choix_a25535.html

4
I/ Le développement durable et le tourisme

De manière intuitive, il est aisé d’émettre des doutes sur le pouvoir de l’activité touristique à
intégrer l’ensemble des principes du développement durable : le tourisme durable relève plus
de l’oxymore (Babou et Caillot, 2007) que du pléonasme. Le tourisme intègre des
considérations stratégiques et marketing qui laissent souvent peu de place aux réflexions
portant sur la protection de l’environnement, et encore moins sur les préoccupations sociales
et environnementales à long terme. Néanmoins, la place du développement durable dans le
tourisme semble s’agrandir au regard d’une part, de la mobilisation politique et médiatique, et
d’autre part, d’une sensibilisation accrue des touristes eux-mêmes.

1.1/ Les sources de capital du développement durable


Le développement durable est une expression récente résultant des préoccupations des
générations actuelles pour les générations futures. La notion de temps est omniprésente.
Suivant le rapport Bruntland (du nom de Gro Harlem Bruntland, présidente norvégienne de la
commission de 1987 à l’origine du rapport « Notre Avenir à Tous »), il s’agit d’un
développement visant à répondre aux besoins du présent sans compromettre les possibilités
des générations futures à répondre à leurs propres besoins. Dans le cadre du développement
territorial, cela implique une prise en compte des effets de longue durée du recyclage des
espaces abandonnés et des rénovations des espaces dégradés.
D’une manière générale, la notion de développement durable repose sur l’établissement d’un
équilibre non temporaire entre les ressources naturelles et leur utilisation par l’être humain.
Trois plans sont concernés : économiques, environnementaux et sociaux. Le développement
durable intègre un ensemble de capitaux (l’air, l’eau, le bien-être, la culture, la nature,
l’argent, etc.) tous aussi importants les uns que les autres. L’objectif du développement
durable est de réussir à concilier, sur le long terme, l’accroissement économique, le respect de
l’environnement et le progrès social.

Schéma n°1 : Les trois sources de capital du développement durable

Social

Ecologie Economie

Sur le plan économique, le développement durable cherche à poursuivre le progrès, la


mondialisation réussie en favorisant la coopération entre les entreprises, les institutions et les
pouvoirs publics. Une économie efficace passe notamment par la suppression des modes de
production et de consommation non durables. Le principe du pollueur/payeur en est une
illustration.
Sur le plan écologique, l’objectif est de préserver l’environnement naturel en réduisant les
émissions de CO2, de gaz à effet de serre, la pollution de l’air et de l’eau, en recyclant, puis en
mettant tout en œuvre pour éviter la disparition des espèces animales et végétales, la
déforestation, la désertification et l’affaiblissement des ressources naturelles.

5
Sur le plan social, l’objectif du développement durable est de réussir à nourrir et abreuver en
eau potable et en travail, notamment les dix milliards d’individus susceptibles de peupler la
planète en 2050. Le développement durable vise à pallier les inégalités nord/sud en
s’attachant à une meilleure répartition des richesses et en luttant contre la pauvreté. Il repose
sur les principes de solidarité et d’équité pour les générations présentes et futures, en vu d’une
amélioration générale du bien-être de chaque individu en termes de santé, d’éducation et
d’épanouissement. Par ailleurs, l’objectif est de conserver les traditions et l’authenticité
locales tout en favorisant le développement des populations.

1.2/ Les difficultés pour concilier tourisme et développement durable


Si en quelques décennies, le niveau de vie moyen d’un individu a fortement augmenté, en
parallèle, les inégalités sociales et les déséquilibres environnementaux se sont renforcés. Le
développement économique a contribué aux perturbations de l’écosystème et à la destruction
d’un capital précieux pour les générations futures. Pour sa part, l’activité touristique engendre
une consommation d’énergie (dans les transports, l’hébergement et le divertissement) et une
consommation « de territoires géographiques » sources de pollution (de déchets, eaux usées,
pollution sonore et physique). Le tourisme n’est pas fondamentalement économe en
ressources naturelles. Le déplacement faisant partie intégrante de l’activité touristique, celle-
ci est donc par définition source d’émissions de gaz à effet de serre (kérosène, essence, fioul).
Les conséquences environnementales d’une activité touristique dépendent des objectifs de
cette dernière. Les parcs nationaux protégés ont des principes qui reposent par essence sur le
respect de la faune et la flore, puis sur l’équilibre entre l’activité économique du parc, le
plaisir des visiteurs, et le respect de l’espace naturel et sauvage. Par contre, les parcs
d’attraction cherchent avant tout à fournir du spectacle et des sensations aux touristes, au prix
d’un coût en énergie et ressources naturelles surpassant les limites écologiques. Las Vegas est
à ce sujet souvent cité pour sa consommation faramineuse en eau et en électricité. Alors que
1,6 milliards d’individus n’ont pas accès à l’eau potable, 1000 litres d’eau par personne et par
jour sont consommés à Las Vegas (les trois quarts des dépenses en eau étant dues aux jardins
et aux golfs)5. En électricité, alors que la dépense d’un américain est déjà de 10 kWh par an,
celle d’un résident à Las Vegas atteint le double6. Ces lieux de divertissement sont créés par
des investisseurs motivés par leur forte rentabilité (Callot, 2009) avant d’être sensibilisés au
développement durable.
Puis, si le niveau de « pollution » dépend des objectifs de l’activité touristique, il est
également tributaire de l’objectif visé par les touristes. Alors que des sites balnéaires
cherchent avant tout à faire profiter d’un paysage naturel et sauvage, sans impliquer de
« surconsommation » du lieu de villégiature (la plage de la réserve naturelle de Tartane en
Martinique, les plages des sites protégés de l’archipel guadeloupéen Marie-Galante), d’autres
stations balnéaires ont été construites comme objet de consommation (les Baléares, les
Canaries, l’île de Djerba).
Enfin, de nombreuses populations accueillantes vivent l’activité touristique comme une
agression. Par exemple, l’Ile de Ré recense une population en basse saison de l’ordre de
18000 habitants, alors qu’en haute saison, cette population peut être dix fois plus élevée. Cette
activité touristique a des répercussions économiques et sociales sur le long terme. Ainsi,
depuis les deux dernières décennies, le prix de l’immobilier a tellement monté que des
résidents au revenu modeste se sont même vu assujettir à l’ISF7 du fait de la flambée de la

5
http://www.consoglobe.com/ac-environnement-biodiversite_1990_vegas-royaume-gabegie-fait.html
6
http://green.thefuntimesguide.com/2007/04/las_vegas_energy_use.php
7
impôt de solidarité sur la fortune

6
valeur de leur patrimoine. Pour nombre d’entre eux, la solution a été de le vendre et de quitter
la presqu’île.

1.3/ Le développement durable comme variable stratégique du tourisme


Malgré la difficulté pour concilier tourisme et développement durable, le tourisme durable fait
partie des préoccupations et discours politiques. La question du développement durable dans
le tourisme a pris une ampleur internationale à partir de la conférence de Rio, en 1992, où près
de 200 Etats ont adopté l’Agenda 21. Celui-ci est un programme d’actions dont une partie
concerne spécifiquement l’industrie des voyages et du tourisme. Le pays d’accueil doit par
exemple bénéficier d’une garantie de développement économique harmonieux, d’une
contribution au bien-être des populations locales, et d’une préservation durable de la diversité
de la faune et la flore locales. A leur niveau, les collectivités locales investissent dans des
solutions touristiques écologiques. Ainsi les tramways, les transports en commun hybrides ou
électriques et les pistes cyclables se développent dans de nombreuses villes.
Par ailleurs, le développement durable fait l’objet d’une demande de plus en plus forte par les
touristes. Depuis peu, on constate une demande accrue pour le tourisme environnemental et
durable. Le discours et les actions écologiques font partie des attentes des consommateurs.
Les pays germaniques et de l’Europe du nord sont réputés comme les plus sensibles à la cause
écologique (Allemagne, Suisse, Autriche, Danemark et Suède par exemple) (Guillon, 2004).
Les citoyens de ces pays sont considérés comme les plus disposés à changer leurs pratiques
touristiques en vu d’une amélioration de la situation environnementale. Par contre, dans les
pays anglophones, si la demande écologique est présente, elle moins forte et manifeste. Mais
elle progresse. Les séjours en fermes-auberges, en gîtes, en roulottes, à vélo ou à pied
augmentent chaque année en France. Il en est de même pour le tourisme solidaire et éthique.
Partir visiter un pays émergent pour bâtir une école ou un puit d’eau, est une pratique
touristique de plus en plus courante. En alliant le voyage et l’action sociale cela permet aux
touristes de renforcer leurs liens avec les populations locales. L’approche citoyenne et
participative peut donc être la base d’un projet de tourisme durable répondant à des attentes.

Au regard des difficultés pour concilier tourisme et développement durable, mais également
des volontés politiques et citoyennes dans changer les modes de production et de
consommation, il est utile de trouver une forme d’organisation et de gouvernance propice à
l’intégration du développement durable dans le secteur touristique. L’analyse systémique
semble être une solution adaptée à la complexité du monde du tourisme.

II/ L’analyse systémique pour un tourisme durable

Les aspects structurels et fonctionnels de l’analyse systémique permettent d’envisager le


secteur touristique comme un ensemble complexe d’éléments internes et externes en
interaction, dans un souci d’atteinte de finalités pré définies. Pour que cette organisation
touristique fonctionne en adéquation avec une politique de développement durable, l’analyse
systémique montre la nécessité de réussir à concilier les préoccupations du développement
durable avec les particularités structurelles et fonctionnelles du système touristique.

7
2.1/ Définition d’un système complexe
L’approche systémique est issue de la conjonction de deux paradigmes ; le paradigme
cybernétique (c’est la contingence) et le paradigme structuraliste (l’intégration du
fonctionnement interne du système).
D’après de Rosnay (1975), « un système est un ensemble d’éléments en interaction
dynamique, organisés en fonction d’un but ». De plus, Morin (1986) précise qu’« un système
fonctionne et se transforme dans un environnement par rapport à ses finalités ».
Cette définition des systèmes a été peaufinée par la formalisation de la forme canonique du
système général de Le Moigne (1990).

Schéma n°2: Forme canonique du système général

Source : Le Moigne, J.L., 1990,


La modélisation des systèmes complexes, Paris : Dunod.

Sous son aspect structurel, un système se décompose en quatre parties (de Rosnay, 1975) :
* des éléments dénombrables et plus ou moins homogènes (c' est-à-dire assemblables en
catégories, familles, ou populations). Dans le cas d’un site en bord de mer, il s’agit
notamment des habitants de la ville, du personnel des entreprises opérant sur le site, de
collectivités locales, d’institutions (comme l’observatoire du littoral), d’associations, etc.,
* une limite qui définit la frontière entre la totalité des éléments et l’environnement. Cette
limite est assez floue dans le cas d’un système social comme le tourisme, mouvante et plus ou
moins perméable. En effet, lorsqu’on s’intéresse à un site touristique, la frontière devient
difficile à définir. Reprenons notre exemple du bord de mer, s’agit-il de la ville, de la région,
de l’état français (car le système comprend l’observatoire national du littoral), ou de l’Europe
(car le Parlement et le Conseil européens déterminent la stratégie de gestion intégrée des
zones côtières en Europe8) ?
* des réseaux de relation entre les éléments du système. Plus les interrelations de toutes sortes
sont élevées, plus le niveau d’organisation s’accroît ainsi que la complexité. Ces relations
reposent la plupart du temps sur des réseaux de communication physiques qui permettent
l’échange de matière, d’énergie ou d’information au travers de routes, canaux, fils électriques,
fils téléphoniques, fibres optiques, etc.,
* des réservoirs qui servent à stocker de l’énergie, des matériaux ou de l’information
(réservoirs de l’atmosphère, réserve de capital ou de savoirs, mémoires informatiques,
bibliothèque, réservoir d’essence, etc.).

8
http://europa.eu/legislation_summaries/environment/sustainable_development/g24229_fr.htm

8
Sous son aspect fonctionnel, un système se caractérise par quatre éléments :
* des flux de matériaux, d’énergie ou d’information qui utilisent les réseaux de relations. Les
flux de matériaux et d’énergie augmentent ou abaissent le niveau des réservoirs. Tandis que
les flux d’information servent de base aux décisions, lesquelles agissent sur les autres types de
flux pour ajuster le niveau des réservoirs,
* des centres de décision qui structurent les réseaux de relation, c’est-à-dire coordonnent les
flux et gèrent les stocks,
* des délais qui résultent des différentes vitesses de circulation des flux, des capacités de
stockage dans les réservoirs, ou des frottements entre les éléments d’un système. Ils sont une
caractéristique fondamentale du comportement des systèmes complexes en amplifiant ou
empêchant l’apparition de certains phénomènes,
* des boucles de rétroaction (ou feed-back) qui renseignent, dès l’entrée des flux, sur les
impacts à venir. Ainsi, les centres de décision peuvent connaître plus rapidement l’état général
du système et anticiper son évolution.

Cette définition, sous les angles structurels et fonctionnels, montre que le secteur touristique,
les sites touristique ou encore les entreprises touristiques correspondent à des systèmes
complexes ouverts (ayant d’intenses échanges avec leur environnement, notamment de
matière et d’information). Elle est très utile pour mieux appréhender la façon dont le secteur
touristique peut réussir à intégrer les principes du développement durable. Elle met
notamment en exergue l’importance de réussir à concilier d’une part, développement durable
et structure du système touristique, et d’autre part, développement durable et fonction du
système touristique.

2.2/ Adéquation entre développement durable et structure du système touristique


S’interroger sur l’adéquation entre les principes du développement durable et la structure du
système touristique revient à déterminer dans quelle mesure le développement durable peut
s’intégrer dans les éléments suivants du système touristique : sa frontière, ses éléments
dénombrables et inter reliés, puis son réservoir (d’énergie, de matériaux ou d’information).
Assimiler un site touristique à un système social complexe permet d’affirmer que le
développement d’un site ne résulte pas d’un simple processus de marché. En effet, l’évolution
d’un site découle d’accords entre différents acteurs, d’une subtile alchimie entre des enjeux
individuels et collectifs des parties prenantes. Par exemple, la compétitivité d’une station de
ski dépend des interactions entre les différents acteurs du système : les entreprises de la
vallée, les collectivités locales et les habitants de la vallée (eux-mêmes partagés entre ceux qui
bénéficient des retombées de la station car ils skient, y travaillent ou profitent des
infrastructures créées, et ceux importunés par le trafic supplémentaire qu’elle génère). Ces
acteurs poursuivent des objectifs individuels souvent contradictoires comme la maximisation
des profits pour les entreprises, la maximisation de leur utilité pour les habitants, la baisse du
chômage pour les collectivités locales. De plus, l’activité touristique a des impacts variables
selon les acteurs. En effet, l’accroissement des impôts locaux consécutif aux investissements
réalisés dans la station de ski et à ses aménagements sera probablement perçu différemment
entre un salarié de la station de ski, une entreprise s’enrichissant sur l’activité touristique, et
un résident retraité. Les réflexions en termes de développement durable doivent donc se faire
en interne mais aussi en coopération avec l’ensemble des acteurs du système. Par conséquent,
il est essentiel d’identifier ces acteurs. Ils peuvent être représentés par les agences
touristiques, les hébergeurs, les transporteurs, les restaurateurs, mais aussi les résidents, les

9
clients, les syndicats, les associations de consommateurs, les instances législatives et
politiques, les organismes certificateurs, les communautés locales, les entreprises.
A titre d’illustration, avant le passage à l’an 2000, le Groupe hôtelier Accor a développé une
démarche écologique en s’appuyant sur les instances patronales et les institutions publiques
nationales et internationales (Guillon, 2004). Le projet du Groupe a donc bénéficié de l’appui
de l’Association Internationale des Hôtels et Restaurants (qui regroupe 700000 hôtels et
restaurants dans 150 pays), du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, ainsi que
de l’International Hôtel Environment Initiative (regroupant des chaînes hôtelières et des
associations professionnelles nationales). De surcroît, le Groupe Accor s’est évertué à
répondre au plus près aux exigences des autorités juridiques internationales, en assurant une
légitimité de sa démarche grâce à sa participation à la création d’un écolabel applicable au
secteur hôtelier.

Au-delà de l’identification des éléments du système pouvant participer au développement


durable de l’activité touristique, et plus précisément des acteurs de ce système (éléments ayant
une personnalité physique ou morale), la compréhension du fonctionnement et de l’évolution
d’un système dépend étroitement de la nature des relations entre les acteurs.

2.3/ Adéquation entre développement durable et fonction du système touristique


S’interroger sur l’adéquation entre les principes du développement durable et la fonction du
système touristique revient à déterminer dans quelle mesure le développement durable peut
s’intégrer dans le fonctionnement des éléments suivants du système touristique : les flux des
stocks du réservoir (d’énergie, de matériaux ou d’information), les centres de décision qui
gèrent les flux et les stocks, l’organisation temporelle des flux et des décisions, et les boucles
de rétroaction.

* Les relations entre les acteurs du système touristique


Ici, nous allons explorer les relations entre les principaux acteurs d’un système touristique :
l’organisation à l’origine de l’activité touristique, les prestataires de services, les clients
potentiels, les organismes publics et associations de promotion du tourisme, les collectivités
locales et l’Etat. L’explicitation des relations suivantes permet ainsi de comprendre pourquoi
et comment des acteurs dont la composition est si variée arrivent à maintenir un degré élevé
d’organisation à un niveau global.

- L’organisation à l’origine de l’activité touristique


Dans une activité touristique à démarche durable, il est important de mobiliser l’ensemble des
acteurs, et donc toutes les ressources et les compétences de l’activité touristique. Le premier
acteur est l’organisation à l’origine de l’activité touristique. Il est donc fondamental de
maîtriser ses propres ressources et compétences. En interne, le développement durable doit
être intégré de manière transversale. Il touche toutes les fonctions de l’entreprise dans la
mesure où il concerne les différentes offres de l’entreprise, de leur production à leur
consommation. Au sein du Groupe Accor a été créée en 1994 la fonction Responsable
Environnement, et en 1995 la Direction Environnement, avec laquelle travaillent 50
correspondants internationaux (Guillon, 2004).

- Les prestataires de services


Les relations entre les prestataires de services sont cruciales car elles déterminent l’ensemble
des prestations offertes aux clients. Dans le cas d’un site touristique, le niveau de coopération
entre les différents prestataires va déterminer son attractivité. En effet, au-delà de la

10
concurrence entre les firmes, leur compétitivité repose sur celle du site touristique sur lequel
elles sont installées et de l’offre globale de services proposés afin de répondre aux attentes des
clients. Dans le cas d’une station de ski, les clients potentiels regardent outre l’accessibilité,
les types de logement et le domaine skiable, les services de restauration, de distraction,
d’accueil d’enfants (école de ski par exemple), d’activité sportive (par exemple patinoire et
piscine), etc.
Les prestataires de services dans le secteur touristique sont de nature et de taille très diverses.
Les tours opérateurs, les compagnies de transport (air, mer, route) ainsi que les chaînes
d’hôtels, de restaurants et de loisirs sont d’envergure mondiale (Thomas Cook, Air France,
Accor, Parc Disneyland). Mais, la plupart des prestataires sont des PME notamment pour le
transport local, l’hébergement, la restauration et la distraction des touristes. Ainsi, alors que
leur taille n’impose pas forcément un degré de coopération élevé avec les autres prestataires,
les grands groupes ont compris l’intérêt de collaborer même avec les prestataires les plus
petits. Si les grands groupes peuvent proposer un service global (hébergement, restauration,
distraction, sport, etc.), ils ont besoin des autres prestataires pour renforcer leur promotion,
satisfaire des besoins particuliers et assurer des dépannages.

- Les relations avec les clients actuels et potentiels


Quelle que soit leur taille, les entreprises touristiques cherchent à entretenir des relations
étroites avec leurs clients notamment pour des raisons stratégiques. La littérature montre
d’ailleurs que l’orientation client des firmes influence positivement leur rentabilité (Bitner,
1990 ; Goodale et al., 1997). L’orientation client des prestataires vise avant tout à la
satisfaction des clients tout en maintenant la rentabilité de la firme. Cette satisfaction repose
principalement sur la qualité de service perçue et les écarts éventuels par rapport à la qualité
attendue. Le niveau de satisfaction d’un client n’est pas si facile à évaluer car il dépend de la
qualité intrinsèque des prestations individuelles et globale délivrées9, mais également du lien
social créé lors de ses échanges avec les différents prestataires. En fait, les relations entre les
prestataires de services et les touristes orientent les représentations du tourisme et les
pratiques réciproques, notamment en termes de fidélisation. La création d’un lien social fort
peut créer un attachement particulier à un prestataire ou un site touristique, et fidéliser les
clients de manière plus efficace qu’un programme de fidélisation généreux (Boulaire, 2003 ;
Bodur et Grohmann, 2005).

- Les organismes publics et associations de promotion du tourisme


Dans le cas d’un site touristique, ces entités organisent la régulation verticale du système (de
la filière) en cherchant à assurer la promotion du site. Cela nécessite un minimum de
coordination entre les acteurs, et plus précisément entre les prestataires de services et les
collectivités locales d’une part, puis entre les prestataires de services eux-mêmes d’autre part.
Par exemple, de nombreux offices de tourisme proposent sur leur site web plusieurs types
d’hébergement pour le même site, comme sur un étalage de supermarché.

- Les collectivités locales


Les collectivités locales ont deux cibles privilégiées avec lesquelles elles entretiennent des
échanges fournis en fonction de leurs compétences territoriales : les citoyens et les firmes.
Comme les citoyens élisent les représentants de ces collectivités, les élus devraient donc
concentrer toute leur attention sur les besoins des citoyens. Mais comme l’atteinte de

9
La défaillance d’un acteur de la chaîne des prestations d’un voyage a souvent un impact sur la qualité perçue
des prestations individuelles même si elles n’ont aucun rapport entre elles. Par exemple, un retard d’avion ou une
perte de bagage peut avoir un effet négatif sur la satisfaction globale d’un voyageur, ainsi que sur celle liée à son
séjour dans un hôtel alors que ce dernier n’a aucune responsabilité dans la qualité du transport.

11
nombreux objectifs collectifs dépend du niveau de développement économique d’un territoire,
ils investissent également fortement dans leurs relations avec les firmes. Les collectivités
fournissent ainsi des subventions aux habitants pour l’accès aux infrastructures culturelles, de
divertissement et sportives d’une part, et des financements et aides aux firmes touristiques
dans le cadre de leur mission de développement local d’autre part. Elles assurent en outre une
régulation locale au sein de leur espace de compétence territoriale.

- L’Etat
Compte tenu de ses missions, l’Etat est investi dans deux types de relation. Premièrement
dans une relation avec les collectivités locales : il intervient pour soutenir les collectivités
locales dans leur action de développement économique, en particulier dans le financement de
projets renforçant l’attractivité d’un site (création de lieux d’attractivité, restauration de
monuments, aide à l’implantation d’entreprise, etc.) ou la construction d’infrastructures.
Deuxièmement, l’Etat est en relation avec l’ensemble des éléments du système : il met en
œuvre la politique d’aménagement du territoire et de préservation de l’environnement. Plus
globalement, il assure la régulation du système par l’application des lois, et l’élaboration de
propositions de lois, votées ensuite par le parlement et le sénat.

* L’apprentissage du tourisme durable et ses boucles de rétroaction


L’apprentissage et les boucles de rétroaction sont deux éléments cruciaux caractérisant les
systèmes complexes que nous allons expliciter dans le cadre du système touristique.

- L’apprentissage
Le développement durable est d’une telle complexité qu’il nécessite un apprentissage et donc
une transmission des savoirs. Les entreprises touristiques peuvent s’appuyer sur leurs erreurs
passées pour enseigner les bonnes démarches à suivre en termes de développement durable.
Elles peuvent également suivre les instructions émises par les instances officielles. Par
exemple, le Groupe Accor déclare non seulement appliquer les recommandations du Code
mondial d’éthique du tourisme adopté par l’Organisation Mondiale du Tourisme, mais aussi
contribuer à l’élaboration de la Charte éthique du tourisme en France (Guillon, 2004). Le
partage des savoirs est donc une pratique fondamentale à l’organisation systémique du
tourisme durable. La formation des participants à la démarche du développement durable est
alors essentielle. Elle doit intégrer les spécificités de chaque métier, secteur d’activité, culture
d’entreprise et tradition locale.
L’apprentissage passe par la diffusion de l’information. La communication marketing a ici
toute sa place, dans la mesure où elle réussit à être légitime aux yeux des touristes.
Communiquer et agir en faveur du tourisme durable permet d’une part de renforcer les liens
entre l’entreprise touristique et le client en attente d’actions environnementales, et d’autre part
d’améliorer son image auprès de sa clientèle et de ses employés. Pour s’assurer de
l’authenticité de ses propos, les experts en communication doivent vérifier que le support
média et le plan de communication sont persuasifs et non pas contre-productifs. La persuasion
médiatique est importante pour inciter les touristes à optimiser leur utilisation des transports et
leurs dépenses énergétiques, à renoncer à certaines destinations ou offres commerciales
malgré l’attractivité des prix et des prestations, à s’engager socialement, et à être observateur
vis-à-vis de leur environnement. A ce sujet, depuis 1998 la Charte Européenne du Tourisme
Durable vise notamment à sensibiliser les touristes à la protection de l’environnement.

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- Analyse des boucles de rétroaction.
Considérer l’activité touristique sous sa dimension systémique permet d’analyser les effets
rétroactifs. Prenons le cas d’un sous-système relatif au transport routier d’une station de ski
afin de montrer les rétroactions inhérentes à tout système complexe. On observe que pour
développer la station de ski, il est nécessaire d’améliorer l’accessibilité en voiture ou
transports publics (bus ou cars) ainsi que la qualité des infrastructures routières. En effet, plus
l’accessibilité est grande, plus le trafic et la densité de la population augmentent. Néanmoins,
l’amélioration de l’accessibilité et des infrastructures routières, au même titre que de bonnes
conditions météorologiques risquent d’intensifier le trafic, au point de réduire l’attrait pour la
station (baisse de la densité de la population de passage qui ne souhaite pas être bloquée dans
les bouchons) et d’user prématurément les infrastructures routières. D’où l’importance
d’analyser l’activité touristique de manière systémique et non linéaire.

Schéma n°3 : Exemple d’effets rétroactifs sur la densité de population d’une station de ski

Conditions météo
* Enneigement, ensoleillement

Station de ski Accessibilité Trafic


* Densité de la population * Temps de transport en voiture * Intensité
permanente et de passage ou en transport public

Infrastructures routières
* Qualité

Les boucles de rétroaction permettent également de contrôler, autrement dit d’évaluer


l’impact des pratiques touristiques et des actions durables sur le développement économique,
environnemental et social. Les mesures doivent se faire sur le court terme, le moyen terme et
le long terme. Ces mesures demandent souvent l’intervention des partenaires (des
fournisseurs, des clients, des acteurs locaux, etc.). Des indicateurs permettent de contrôler
l’efficacité des mesures exploitées en faveur du développement durable, par exemple le
niveau de CO2 émis et l’empreinte écologique. Même si les modes de calcul de ces
indicateurs sont parfois critiquables, leur évolution donne une tendance sur les impacts de
l’activité touristique. Au regard des résultats des contrôles réalisés sur l’activité, des mesures
préventives et/ou régulatrices doivent être prises.

Finalement, le tourisme durable est constitué de sous-systèmes liés entre eux, et donc
susceptibles d’agir ensemble dans un souci de préservation des générations présentes et
futures : le sous-système relatif aux transports (source de pollution physique et sonore, donc
de dégradation du capital écologique et social), le sous-système d’infrastructures présentes sur
le lieu de vie touristique (également source de dégradation du capital écologique et social), le
sous-système réunissant les acteurs de l’activité touristique (intégrant les membres du capital
social et du capital économique), puis le sous-système défini par le réservoir naturel (capital
écologique soumis aux agressions des autres sous-systèmes) (schéma n°4).

La présentation systémique du tourisme durable montre que les initiatives individuelles de


participation à un tourisme écologique et social, se doivent de s’inscrire rapidement dans un
système complexe mais synergique. Par exemple, l’association loi 1901 Tourism For
Development (TFD) a été créée par un armateur égyptien (Mustapha El Gendy) soucieux de

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développer l’éthique dans les pratiques touristiques. Lorsqu’un voyage est estampillé TFD,
cela signifie que l’hôtel d’accueil du séjour reverse 1 dollar par nuit à un projet de
développement local mené à proximité du site touristique. Mais cette initiative individuelle
n’a pu se développer sans la prise en considération du système complexe constitué des acteurs
du tourisme durable. Ainsi grâce à son partenariat avec la Fnac, TFD a pu éditer un catalogue
des prestations répondant à son engagement, grâce à ses liens avec des ONG (telles que Care
et Enda tiers monde), TDF fait profiter de son action à de nombreuses populations sous-
développées, et grâce à son réseau de voyagistes (Voyageurs du monde, Chemins de sable,
Fnac Voyages, etc.), TDF a augmenté considérablement le nombre de prestataires bénéficiant
de son label.

Schéma n°4 : Présentation systémique du tourisme durable

Infrastructures sur
Perspective temporelle Transports le site touristique
pour une finalité de Apprentissage, contrôle
tourisme durable et boucles de rétroaction
Hébergement
Moyens de transport
Centres culturels, de loisirs
Infrastructures Administrations
(routières, ferroviaires,
maritimes et aériennes)
Espaces commerciaux

Co-constructeurs de
l’activité touristique Réservoir naturel

Frontière poreuse
Air
Organisations
publiques et privées Eau Terre
Flore
Clients Résidents Faune
Montagnes
Etats, collectivités Plages
Forêts

Conclusion

Les enjeux économiques du tourisme font que de nombreux acteurs (les Etats, les firmes liées
à ce secteur, les clients actuels ou potentiels, les salariés de ce secteur, etc.) ont intérêt à en
limiter l’expansion. L’intégration des principes du développement durable au tourisme
nécessite de s’intéresser à l’ensemble des parties prenantes afin de définir « une autre forme
de tourisme », à savoir plus lente et douce (Callot, 2009).

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Nous avons montré que l’analyse systémique a l’avantage de mieux appréhender le système
social complexe qu’est le tourisme et d’imager des solutions, en matière de développement
durable, prometteuses et viables sur le long terme. Elle montre par la même occasion qu’une
initiative touristique durable peut s’inscrire dans un cercle vertueux, sous l’effet de
l’apprentissage et des boucles de rétroaction. Par exemple, une agence de voyages comme La
Route de Sens (créée en 1997), permet non seulement aux touristes d’effectuer des voyages
bénéfiques pour le développement durable (25% du montant du voyage est destiné aux
populations accueillantes), mais aussi, selon les souhaits des touristes, de réaliser pendant le
voyage des actions bénéfiques pour les populations locales (participations aux projets de
développement local, soutiens techniques, économiques et logistiques), de participer après le
voyage aux différents événements de l’association, et d’être bénévole pour communiquer dans
les écoles et autres établissements sur les comportements responsables des voyageurs.
Concilier le développement durable et le tourisme est donc possible, dans la mesure où les
acteurs économiques s’évertuent à prendre en compte la complexité du système dans lequel
l’activité est inscrite.

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Bibliographie

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