Vous êtes sur la page 1sur 281

1

2
WILLIAM BECKFORD.

VATHEK

Anglais/Françaie –Rnglish/French
A. Blitte. Septembre 2017

3
4
WILLIAM BECKFORD (1760-1844) avait hérité
d'immenses richesses. Esthete, enthousiaste,
amateur de sensations étranges et, avant tout,
un enfant gâté, il était déshonoré et conduit
à l'exil social avant d'avoir atteint l'âge de
vingt-six ans. Personne n'a pu entrer dans le
monde dans des circonstances plus suspectes.
Grand fils d'un planteur jamaïcain prospère,
fils d'un maire plutocrate, il a été éduqué en
harmonie par le jeune Mozart lui-même, dans
l'architecture, par Alexander Sozens. En tant
que "fils le plus riche d'Angleterre", il a
bientôt ébloui les contemporains. Mais sa
nature de Bedford courait toujours à
l'extrême; Comme son héros, Vathek, il
ressentait une soif de savoir avec aussi un
appétit pour les plaisirs illicites; et quand
il eut dix-neuf ans, il fut violemment
amoureux d'un beau garçon efféminé nommé
William Courtenay. En 1781, il a tenu une
célèbre fête de Noël à Fonthill, sa maison de
campagne du Wiltshire, où, derrière de petites
portes, au milieu de scènes de splendeur
fantastique, il a amusé à la fois sa maîtresse
et son favori de garçon; et, en 1784, bien
qu'un an plus tôt, sa famille l'avait épousé
et il s'était montré un mari gentil, sa passion
pour Courtenay, découverte par un accident
domestique malchanceux, entraîna sa ruine
sociale.
Sa collection de croquis de voyage, Dreams,
Walking, Thoughts and Incidents, avait été
produite en 1783. En 1786, sa femme décéda aux
couches de leur deuxième fille; il avait
maintenant passé douze annéess à voyager en
Europe; et pendant cette période, il avait
rassemblé du matériel pour le brillant livre
de voyage, Recueils d'une expédition aux

5
monastères d'Alcobaça et Bathala, qu'il a
finalement publié en 1835. À l'époque, en
1782, peu de temps après le parti Fonthill, il
a écrit son arabe histoire, l'histoire du
calife Vathek. Langologue compétent, il
employait la langue française; mais en 1786,
l'histoire a été traduite en anglais et
publiée, sans son congé, par un ecclésiastique
littéraire, le révérend Samuel Henley, à qui
il l'avait confié. À son retour au pays,
Beckford conçut le plan de reconstruction de
l'ancien foyer de son père, et commença
l’érection de la structure gothique qui fut
bientôt célébrée comme l'abbaye de Fonthill.
Ici, tout était conçu sur la même échelle
prodigieuse. D'une grande tour centrale (qui
s'est effondrée en ruines) a rayonné de vastes
galeries; La galerie de saint Michel, par
exemple, avait plus d'une centaine de pieds de
long. Et là, il installa une magnifique
collection d'art qui comprenait non seulement
des meubles français et des poteries
Renaissance et des bronzes, mais aussi les
plus grands chefs-d'œuvre de la peinture
italienne du XVe siècle.
À l'image de Strawberry Hill de Walpole,
l'abbaye de Fonthill était un édifice
visionnaire. Beckford, cependant, plaidant sur
la pauvreté, son revenu annuel de 155 000 £,
mais l'abbaye, lui dit-il, lui avait coûté
plus d'un quart de million. En 1882, abandonna
son dôme de plaisir, il en vendit le contenu
et déménagea dans une maison beaucoup plus
modeste à Bath.
Il mourut en 1844, seul, désenchanté et
acariâtre. C'était une vie malheureue; mais au
moins deux des livres qu'il a laissés derrière
lui ont valu une place parmi les écrivains

6
William Thomas Beckford, alias William Becker Junior
écrivain, critique d’art et homme politique est né le 1er
octobre 1760 dans le manoir de son père William Beckford
senior à Londres. Sa mère, Maria Hamilton, 1725-1798, était
la fille de l’honorable George Hamilton, 1695-1775.
William Thomas Beckford a été Membre du Parliament de
Wells de 1784 à 1790, et de Hindode 1790 à 1793 et de 1806
à 1820. Il est mort le 2 mai 1844 à son domicile de Lansdown
Crescent à Bath, laissant à ses deux filles un capital
amoindri. Il est connu comme étant l’auteur de Vathek, 1786
et des édifices remarquables, mais maintenant détruits
Fonthill Abbey et Lansdown Tour (Bath) et il l’est aussi
spécialement pour sa colection d’œuvres d’art et ses albums
de scrap, montrant le genre d'identité que Beckford se
construisait pour lui-même, étant d’une part un être d’un
rang supérieur et un pèlerin et d’autrepart en particulier un
membre d'une minorité sexuelle opprimée.
L’arrière-grand-père de William Thomas, était le colonel
Peter Beckford senior, 1643-1710, qui a été lieutenant
gouverneur et commandant de la Jamaïque depuis le règne
de Charles II (1660-1685) jusqu’à celui de la reine Anne
(1702-1714.)
Le grand-père de William Thomas, Peter Beckford junior,
1673-1735, était le fils de Peter Beckford senior et de sa
seconde femme Anne Ballard, il fut considéré è sa mort
comme le plus riche planteur de Jamaïque et le propriétaire
de terres et d'esclaves le plus prospère d'Europe.
Le père de William Thomas Beckford est nommé William
Beckford senior, 1709-1770, et est souvent surnommé
Alderman pour le différencier de son fils). Il est né en
Jamaïque mais avait avait été envoyé en 1723 à Londres pour
y poursuivre ses études scolaires à Westminster et fera
carrière politique à Londres; il sera deux fois maire de

7
Londres et représentera la ville au Parlement de 1747 à sa
mort. Alderman, homme cultivé et de goût, excellent juge en
musique et painture acheta l’état de Fonthill au Wilshire et y
avait dépensé de grandes sommes en construction.
Alderman, le père de Beckford et deux fois Lord Mayor
de Londres, était l'homme le plus riche d'Angleterre,
avec de nombreuses exploitations dans l'industrie du
textile, les biens immobiliers, les obligations d'État et
les plantations de sucre.
Alderman décédé, laissait un héritage d’un million de livres
l’équivalent de 125 millions de livres en 2015), du domaine
de Fonthill en Worshire (comprenant le manoir palladien
Fonthill Splendens) et plusieurs plantations de canne à sucre
en Jamaïque.avec leurs esclaves noirs africains. Cette
fortune permit à son fils d’avoir une instruction brillante. et
de s’adonner à son intérêt pour l’art, l’architecture et
l’écriture. Sa mère qui avait un fort mépris pour les écoles
publiques Thomas demeura quatre ans à la maison sous ses
soins et ceux des meilleurs éducateurs privés. Ainsi
Wolfgang Amadeus Mozart l’instruisit brièvement et il le fut
dans l'architecture par Sir William Sanders, dans le dessin et
la peinture par Alexander Sozens, en botanique. Les progrès
de William en études furent rapides et grands notament en
grec, en latin, en arabe et en perse et tôt il s’intéressa à la
lecture. Avant l’âge de 17 ans sa formation était déjà
brillante : il avait largement été instruit en français, en latin,
en grec, en italien, en espagnol, en portugais, en philosophie,
en droit, en littérature et en physique; mais son père, mort
quand William avait seulement dix ans, l’avait laissé sans
ambition politique et avec le goût d'un millionnaire pour le
plaisir. L’hédonisme, doctrine enseignant que la morale
consiste en la recherche du plaisir, allait peser lourdementsur
sa destinée.

8
En 1776, il commença à voyager sur le continent avec son
tuteur, par de courts intervalles jusqu’en 1781.
En 1777 à 17 ans. Il séjourne à Genève chez ses cousins
Hamilton. Il écrit « La Vision ».
En 1778, il est de retout à Fonthill, il écrit « Suite de contes
arabes » et Histoire du Prince Ahmrd ».
En 1779, à 19 ans, il tomba amoureux de. William
Courtenay, plus tard 3e vicomte et 9e comte de Devon, alors
âgé de dix ans et considéré comme l'un des plus beaux
garçons d'Angleterre. Beckford et Courtenay se virent
souvent à Fonthill ou au château de Powderham à Devon,
dans la maison de Courtenay, pendant près de six ans de
paix. Avant que le scandale arrive. En même temps William
Beckford avait unr relation avec la femme de son cousin
Peter Bedford, née Louisa Pitt.
En 1780, à 20 ans, il part pour son premier grand tour. Il
rencontre sa cousine Emily Lyon dite Emma Hamilton. Il
publie anonymement « Vies authentiques de peintres
imaginaires ». et « Votage d’un’un rêveur éveillé »
William Beckford, 20-21 ans, en publiant Memoirs of
Extraordinary Painters (1780), ouvrage satirique : montrait
qu’il était déjè bon juge des œuvres d’art dont il avait eu tôt
connaissance par les collections faites et les artistes invités
par son père à Fonthill.
En 1781 Rentré en Angleterre en passant par Paris en 1781,
il était majeur et le seul propriétaire des splendeurs de
Fonthill érigées par son père, l’habitation construite pour
240 000 livres coûtait chaque année 100 000 livres, mais il
disposait d’un million en cash.
En novembre 1781, suite à une célèbre fête de Noël à
Fonthill, il composé en Français Vathek publié en français
en 1782.
Le séjour en Angleterre fut court : Beckford partit en 1782,

9
part pour son second grand tour pour un voyage en Italie
accompagné de Cozens, du médecin Errhert et du musicien
Burton. Il passe par Paris et écrit Vathek en français et y
ajoute des épisosdes et publia bientôt le livre sur ses voyages
intitulé : Dreams, Waking Thoughts and Incidents (1783).
À 23 ans, le 5 May 1783, il épousa Lady Margaret Gordon,
1762-1786, une fille du 4e comte d’Aboyne. Leur lune de
miel les amène en Suisse, en Savoie, à Paris. Il publie
« Voyage d’un rêveur éveillé », puis le retire.
En 1984, à 24 ans, retour à Fondhill, et en juin scandalede :
En 1784, un visiteur de Powderham prétendit avoir entendu
des « sons étranges » dans la chambre de Courtenay, avec
Beckford apparemment au lit avec le garçon. Bientôt, les
journaux ont commencè à faire circuler des rumeurs
concernant le beau « kitty » et son « cavalier de campagne ».
La plupart des hommes auraient fui immédiatement vers le
continent, mais pendant près d'un an, Beckford brava la
tempête en restant solé à Fonthill. Même si le roi George IIIi
souhaitait personnellement que Beckford puisse être pendu,
aucune accusation criminelle ne fut portée, mais Beckford et
Courtenay furent été forcés de se séparer.
Cependant Beckford du se résigner à l’exil hors de la société
britannique, lorsque ses lettres à William Courtenay plus
tard 9e comte du Devon furent interceptées psr l’oncle de
l’enfant qui publia l’affaire dans les journauz : et il semble
que Beckford étasit bisexuel : il aurait tenu simultanément
une relation avec la femme de son cousin Peter Beckford née
Louisa Pitt (c.1755-1791). Enfin, il était dit que Beckford
ayant découvert une lettre écrite par Courtenay à un autre
amoureux l’aurait molesté. Beckford, bisexuel, aurait eu
plusieurs aventures avec des hommes et de jeunes mignons
Bien que Beckford ne fut pas puni pour agression sexuelle,
ni pour fornication ou violence, il dut choisir de sur le

10
continent en compagnie de son épouse qui décéda à l'âge de
24 ans, lo lors des couches de leur deuxième fille le 26 mai
1786.
En 1785, Beckford finalement part pour la Suisse ; il
demeurera à l’étranger pour les dix années, suivantes, vécut
principalement au Portugal, y demeurant notamment à
Cintra. Suivi d'un entourage magnifique pendant ses
voyages, il fut confondu avec l'empereur d'Autriche et
accusé en conséquence. Courtenay, devenu Lord 9e comte de
Devon, se terra à Powderham, hérité à la mort de son père.
En 1786, fut republiée à Lausanne en français son œuvre la
plus célèbre, Vathek un roman gothique et, la même année
paraît en Angleterre la traduction anglaise de Samuel
Henley.
En 1786, naissance de sa seconde fille le 26 mai Susan et
mort de sa femme lirs des couches. En Suisse, il apprend
qu’il peut retourner en Angleterre; retour à Fonthill. Il publie
Vathek en français à Lausanne.Retour à FontHill
En 1787, à 27 ans, voyage en Espagne, au Portugal et à
nouveau en Espagne. Il rencontre Gregorio Franchu qui
deviendra son secrétaire, et rencontre le marquis de Marialva
et sa famille.
En 1788, à 28 ans, il habite l’Hôtel d’Orsay à Paris.
En 1789 il vit à Paris les débuts de la révolution et en octobre
retourne à Fonthill.
En 1790 à 30 ans, il revient à Paris
En 1791, il habite Paris. Mort de Louisa Bedford. Il traduit
« Populair Tales of the Germans » de JCA Musaeus
En 1793, à 33 ans, il part s’installer au Portugal
En 1795, à 35 ans, il part à Naples en fin d’année
En 1796, à 36 ans, il revuent à Fonthill et commence la
construction de l’Abbaye. Il publie sous des pseudonymes
« Modern Novel Writing or the Elegant Enthusiast »

11
En 1798, à 38 ans, il repart au Portugsal. Mort de sa mère.
En 1800 à 40 ans, la 1re Tour de l’Abbaye s’effondre. Il reçoit
Nalson à Fonthill
En 1801, il habite à Paris l’hôtel. Kinsky jusqu’en 1804
En 1806, visite à Paris.
En 1807, il fait démolir Splendes
En 1810 sa fillr Susan épouse le 10ème duc d’Hamilton
En 1811, naissance du 1er des 5 enfants de Susan
En 1812 à 52 ans, construction du transept Est de Fonthill
En 1813 à 53 ans La tour est finie.
En 1814, à 54 ans. Visite à Paris
En 1818, à 58 ansMort de sa fille Margaret
En 1819, Visite à Paris
En 1822 è 62 ans, vente de Fonthill é J. Falquhar.
À son retour au pays, Beckford conçut le plan de
reconstruction de l'ancien foyer de son père, et surnommé
« le fou de Fonthill » entreprit la réalisation de certains des
rêves de Vathek; il commença l’érection d’une maison de la
taille d’une cathédrale et de structure gothique qui fut bientôt
célébrée comme l'abbaye de Fonthill. Il se protégea derrière
un mur de huit milles de long, douze pieds de haut surmonté
de pointes de fer, entourant son domaine. Il eut pour
partager la pornographie un nain en tant que portier un abbé
français en tant que conseiller spirituel (et aussi un confident
tolérant à propos de problèmes de garçons), un médecin
d'Italie et un harem de garçons. Tout était conçu à très grande
échellee. Une grande tour centrale qui s’effondra en 1799
arrivée à 90 mètres de 300 pieds, soit 90 mètres de hauteur
(qui s'est encore effondrée à ses 90 mètres en 1825 et pour la
sixième fois, ses fondations étant inappropriées) d’où
rayonnasit de vastes galeries; La galerie de saint Michel, par
exemple, avait plus d'une centaine de pieds de long. Une
magnifique collection d'art s’y trouvait comprenant non

12
seulement des meubles français, des faïances Renaissance et
des bronzes, mais aussi les plus grands chefs-d'œuvre de la
peinture italienne du XVe siècle.
À l'image de Strawberry Hill de Walpole, l'abbaye de
Fonthill était un édifice visionnaire. Beckford, cependant,
plaidant sur la pauvreté, son revenu annuel de 155 000 £,
mais l'abbaye, lui dit-il, lui avait coûté plus d'un quart de
million. En 1807, il en vendit le contenu. Beckford vécut à
Fonthill Abbey jusqu’en 1822 lorsqu’il perdit en procès deus
de ses plantations de canne à sucre de JamaïqueIl fut forcé
de vendre Fonthill et son contenu pour £330,000 (equivalent
to £27,120,000 in 2015) au marchand d’armes John
Farquhar.
En 1822, il manquait de fonds et de dettes. Il a mis Fonthill
Abbey à la vente, pour lequel 72 000 exemplaires du
catalogue illustré de Christie ont été vendus en Guinée par
personne; la vue pré-vente remplissait toutes les fermes du
quartier avec des visiteurs de Londres. [13] Fonthill, avec
une partie de sa collection, a été vendu avant la vente pour £
330,000 à John Farquhar, qui avait fait fortune en vendant
de la poudre à canon en Inde [14].
En 1798, à 38 ans, il repart au Portugsal. Mort de sa mère.
En 1800 à 40 ans, la 1re Tour de l’Abbaye s’effondre. Il reçoit
Nalson à Fonthill
En 1801, à 41 ans, il habite à Paris l’hôtel. Kinsky jusqu’en
1804
En 1806, à 46 ans, visite à Paris.
En 1807, à 47 ans, il fait démolir Splendes
En 1810, à 50 ans, sa fille Susan épouse le 10ème duc
d’Hamilton
En 1811, à 51 ans, naissance du 1er des 5 enfants de Susan
En 1812 à 52 ans, construction du transept Est de Fonthill
En 1813 à 53 ans La tour est finie.

13
En 1814, à 54 ans. Visite à Paris
En 1818, à 58 ans Mort de sa fille Margaret
En 1819, à 59 ansVisite à Paris
En 1822 à 62 ans, vente de Fonthill é J. Falquhar
En 1823, Farquhar a vendu à la fois l'art et l'ameublement
dans la "vente Fonthill" de 1823, à laquelle Beckford et son
gendre, le duc de Hamilton étaient de gros acheteurs, en
achetant souvent des articles à moindre coût que le premier
prix que Beckford avait payé, le marché était quelque peu
déprimé.
En 1823, à 63 ans, Beckford se retire à Bath à Lansdown
Crescent.
Le 21 décembre 1825, la Tour de Fonthill construite de 1796
à 1813, s’effondre. James Wyatt, un des plus populaires
architecte de la fin du 18ème siècle aurait plus passé de
temps à courir le cotillion et s’enivrer que conduire les
travaux et la hate obsessive de Beckford à ériger le building
aussi vite que possible et à une hauteur inhabituelle et la
méthode pronée par Wyatt auraient conduit finalement à
l’effondrement de la tour en 1825, endommageant de plus
l’aile oues du batiment. Beckford avait déjà vendu l’édifice
en 1822. Le reste de l’abbaye fut détruit en. 1845. Il ne reste
qu’un petit fragment de deux étages de l’aile nord avec une
tour de 4 étages. Les fragments furent utilisés dans la
construction d’immeubles à Tisbury, localité voisine.
En 1827, fin de la construction de la tour de Bath par
l’architecte Goodrige Construit entre 1826 et 1827,
‘’Beckford's Tower’’ est un bâtiment extraordinaire qui
abritait autrefois l'une des plus grandes collections de livres,
de meubles et d'art en Angleterre géorgienne. Il est
aujourd'hui le seul exemple survivant des réalisations
architecturales de William Beckford. Il abrite maintenant
une collection de musées présentant des meubles fabriqués à

14
l'origine pour la tour et des peintures, des estampes et des
objets illustrant la vie de Beckford en tant qu'écrivain,
collectionneur et mécène des arts.
1828, mort de Gregorio Franchi
1834, naissance du premier des 7 petits enfants. Publication
« Taly… ». Révidion de « Dreams… »
En 1835, publication d’un livre de voyage intitulé Letters
from Italy with Sketches of Spain and Portugal (1835)
En 1836, publication de « Liber Veritats » devenu « Book of
Foly »
1836, 4 mai, décès à 84 ans à Bath.
En 1882, ce qui restait de la collection, tel qu'il avait été
maintenu et ajouté à la Tour Lansdown, qui représentait
pratiquement une deuxième collection, fut hérité par les ducs
de Hamilton, et une grande partie fut dispersée dans la
grande "vente de Hamilton Palace" une des ventes majeures
du siècle.
La tour Lansdown, 47 mètres de haut, est aujourd'hui le seul
exemple survivant des réalisations architecturales de
William Beckford Après avoir vendu l'abbaye de Fonthill en
1822, Beckford a déménagé à Bath où il a continué à se
préoccuper de la construction de la tour, du jardinage
paysager, et de la collecte et de la création d'intérieurs
magiques. Pendant les 22 dernières années de sa vie, il a
poursuivi ces intérêts avec sa passion et son impétuosité
habituelles, assisté par l'architecte du jeune Bath, Henry
Edmund Goodridge. Beckford a acheté le terrain derrière sa
maison dans Lansdown Crescent pour créer un parcours d’un
mile à travers une série de jardins et des aménagements
paysagers au sommet de Lansdown Hill, où il a construit une
tour néo-classique de 120 pieds de hauteur, couronnée d'une
lanterne octogonale décoré de colonnes en or doré.
Les deux pièces principales à la base de la Tour, les

15
Chambres d'érable et de cramoisi, possédaient de riches
tapis, des rideaux luxueux et des plafonds à caisserie ornés
de chêne et enrichis en scarabée, cramoisi, violet et or.
L'escalier en colimaçon avec ses 154 marches menant au
Belvédère était tapissé et au centre de l'escalier se trouvait
un vase colossal de granit brillant.
Quand Beckford est mort en 1844, la tour et les jardins furent
vendus à un particulier de Bath. La fille de Beckford, la
duchesse de Hamilton, fut été horrifiée de découvrir que la
retraite de son père était utilisée comme brasserie et l'a
rapidement racheté, en la transmettant au recteur de la
paroisse de Walcot à Bath. La Tour devint une chapelle
funéraire et le jardin de la Tour un cimetière. La Tour a été
vendue en 1971 à la fin à Leslie et Elizabeth Hilliard qui, en
1977, ont créé la Beckford Tower Trust dont l'objet est de
maintenir pour le public les bâtiments, les caractéristiques et
les objets d'intérêt historique et architectural liés à la vie de
William Beckford. Depuis 1993, la Tour appartient à la Bath
Preservation Trust. Elle abrite maintenant un musée
présentant une collection de meubles fabriqués à l'origine
pour la tour et des peintures, des estampes et des objets
illustrant la vie de Beckford en tant qu'écrivain.
Lors de sa mort au respectable âge de 84 ans, Beckford avait
à son crédit construit la plus haute résidence domestique au
monde, rassemblé un harem virtuel de garçons, avait sa
propre milice pour protéger son domaine Fonthill de 6 000
acres, écrit le premier roman oriental d'horreur gothique dans
la littérature anglaise et était reconnu comme le pratiquant le
plus scandaleux de l'hédonisme.
Sa renommée repose autant sur ses extravagances de
constructeur et de collectionneur que sur ses travaux
littéraires. Elles l’avaient amené à dissiper sa fortune qui lui
apportait le revenu colossal de 100 000 livres (de l’époque)

16
par an. À sa mort, le capital residuel était de 80 000 livres.
Vathek est donc un récit inspiré de circonstances
biographiques, dans lequel il est facile de reconnaître, sous
les traits du calife Vathek, Beckford lui-même. Ce calife,
neveu de Haroun al-Rachid, qui fait construire une tour de
onze mille marches pour défier le ciel, c'est Beckford le
révolté, celui qui, accusé de sodomie et de sorcellerie, crimes
abominables dans l'Angleterre de l'époque, échappera de peu
à la hache du bourreau mais sera banni de sa patrie. Ce prince
sensuel et voluptueux qui édifie un palais pour chacun de ses
cinq sens, c'est Beckford traînant derrière lui, dans son exil,
tout un faste de musiciens, d'équipages et de cuisiniers. Ce
calife qui se « voue au mal », mais qui retombe sans cesse
dans le respect de la religion de ses pères, est le miroir des
faiblesses et des hésitations de Beckford, qui s'est pourtant,
lui aussi, voué à ce qu'il convient d'appeler le mal.
[Beckford a trouvé la consolation dans son exil en écrivant
des épisodes supplémentaires pour son autobiographie à
peine voilée, The History of the Caliph Vathek, publiée en
1786. Beckford se dépeignait dans ses couleurs les plus
méchantes comme le vilain Vathek, le calife qui est assis
avec des plaisirs sensuels et construit une tour afin qu'il
puisse pénétrer les secrets interdits du ciel lui-même. Le
prince Gulchenrouz est inspiré de Courtenay, « la créature la
plus délicate et la plus charmante du monde » qui,
occasionnellement, met les robes de la princesse Nouronihar
(inspirée de la tante Lady Loughborough de Courtenay). La
princesse Carathis, basée sur la mère de Beckford, est une
sorcière qui mélange toujours la poudre de momies
égyptiennes avec les verrues des grenouilles, et coule dans
le palais en sortant des sorts malins, comme il l'a fait dans la
vie réelle. Vathek devient insensément jaloux et meurt à la
fois Nouronihar et Gulchenrouz, mais Gulchenrouz monte

17
directement au ciel et vit dans une enfance perpétuelle
entourée d'un beau groupe de garçons. Vathek sacrifie
cinquante charmants garçons qui « sont dénudé et présenté à
l'admiration des spectateurs la souplesse et la grâce de leurs
membres délicats ... À intervalles, ils se sont empressés
d'être mutés pour être capturés à nouveau et mutuellement
des mille caresses. Ils sont jetés sur une falaise une par une,
mais sont sauvés par un génie magique et pris pour rejoindre
Gulchenrouz dans ses sports joyeux. Vathek finit finalement
en enfer, « errant dans une éternité d'angoisse » pour son
aventure dans le sadomasochisme du dix-huitième siècle.
Le style délibérément décadent du roman - une construction
élaborée de sensibilité raffinée, d'érotisme, de moralisme, de
satire, d'ironie, de fantaisie et d'horreur gothique - a
directement influencé les romans de Ronald Firbank et Joris-
Karl Huysmans (en particulier contre le grain) et la poésie
de Mallarmé et Swinburne.
L'humour sardonique de Beckford a été beaucoup plus
difficile à imiter. Sa plus grande influence a été sur la
littérature française, car elle était à l'origine écrite en français
puis traduite en anglais avec la collaboration de son agent
Samuel Henley. Sa curieuse histoire littéraire ressemble à
celle de Salomé d'Oscar Wilde, que Wilde a également écrit
en français, puis traduit en anglais par Lord Douglas.

18
19
Lettre de Gregori Franchi
William,
Tu m'appelais Menino, Menino le damoiseau. J'avais
17 ans lorsque nous nous sommes rencontrés, tu en
avais 27. C'était en 1787 au Portugal.
Tu venais m'écouter jouer à la Patriarcale de Lisbonne
et tu disais de moi "Gregorio Felipe Franchi est le
premier joueur de clavecin d'Europe." Mon maître
Policarpe insista pour que "tes clavecins mettent mieux
en valeur mes talents". Je vins jouer chez toi. Haynd.
Combien de fois ai-je exécuté ton adagio favori !
Tu chantais pour moi; si haut, que je craignais que tu
perdes ta voix; j'aimais tant t'écouter chanter. Souvent,
je t'accompagnais au clavecin. Ton chant et ma
musique s'envolaient. Union, plénitude, harmonie de
deux âmes...
Mais tu étais un voyageur solitaire et tu partis à Madrid.
Trop longue séparation d'une année. En 1788, je te
rejoignis pour devenir ton claveciniste. Tu avais besoin
écrivais-tu "d'un jeune animal, débordant de santé,
capable de (te) stimuler, de courir sous les citronniers
pour (t') en rapporter des branches fleuries, de ranger
(tes) gravures, de transposer (tes) arias, de noter les
idées musicales qui dans les moments d'inspiration se
pressaient dans ta tête..."
Je te suivis dans "ton échappée à travers l'Europe"; je
fus l'ami qui te redonna "assez d'ardeur" pour affronter
les moments difficiles de l'existence et "assez de

20
légèreté pour te redonner le goût de la vie."
Nous nous installâmes à Paris pour quelques temps au
69, rue de Varenne dans l'Hôtel d'Orsay. Je t'assistais
dans ta quête de livres rares, d'objets et de meubles
précieux.
La rébellion grondait. La prison de la Bastille fut prise
et la tête du Gouverneur promenée au bout d'une
pique. Horreur ! Paris mis à feu et à sang !
Un soir, tu partis pour "une mystérieuse visite" à
Villeneuve-Saint-Georges en compagnie de
l'architecte Ledoux. Tu en revins troublé par ta
rencontre avec un personnage extraordinaire et par la
vision "dans l'émoi d'une eau bouillonnante de figures
confuses et (du) supplice d'un roi de France..."
Ton retour en Angleterre n'était toujours pas souhaité
alors nous repartîmes en Suisse. C'est là que tu appris
que tu pouvais regagner Londres. Dans ton esprit
prenait forme le désir de faire construire près de
Splendens, la maison de ton père, une abbaye pour
t'enfermer avec tes songes. Abbaye qui serait ton
refuge après tant d'années d'errance et d'exil. Tu
rencontras l'architecte Wyatt afin de discuter avec lui
de ton projet.
Nous retournâmes à Paris au milieu de la fièvre
révolutionnaire. Je m'occupais de notre installation
dans un Hôtel de la rue Saint-Dominique. "Au moment
où la monarchie se trouvait ébranlée sur ses bases, tu
regardais ce monde s'écrouler." Tu étais un homme à
la mode, tu recevais autant les députés de l'Assemblée
que des abbés passionnés d'Orient. Tu allais a

21
théâtre où tu étais applaudi comme le citoyen
Beckford "ami de la Révolution et du peuple".
"S'il y avait le peuple des rues pour manifester au
grand jour contre la monarchie, il existait un autre
peuple non moins actif qui dans l'ombre oeuvrait
secrètement..." Tu fus invité par le Duc d'Orléans "dans
une de ces sociétés qui s'ouvraient aux esprits libres
et qui s'organisaient pour répandre les idées
nouvelles." Tu fus étonné d'y rencontrer "mêlés
certains de ceux qui symbolisaient la Révolution en
marche et certains noms de la Noblesse de France."
Enfin, tu revins en Angleterre pour réaliser "ton seul
désir, ta seule passion, ta seule vision : l'abbaye.... Une
véritable abbaye gothique, aussi folle que (tes) contes
et que (ta) vie, une bâtisse colossale assez vaste pour
contenir (tes) chimères et cacher les trésors que (tu)
avais rapportés de (tes) voyages." Fonthill Abbey. Tu
voulais aussi une tour de 300 pieds de haut.
Ta mère s'éteignit ; [22 juillet 1798] nous repartîmes au
Portugal calmer ton chagrin.
J'en revins marié et décoré des insignes de Chevalier
de l'Ordre du Christ. J'étais le Chevalier Franchi
comme tu aimais à m'appeler.
A notre retour, "ta tour était achevée et se dressait en
plein ciel... lorsqu'elle s'écroula de tout son haut à la
première bourrasque de printemps... On se remit au
travail, Wyatt (l'architecte)... consentit à revoir ses
plans et à vérifier les assises, et (ta) tour de nouveau
commença à s'élever au fil des semaines." Alors tu fis
détruire Splendens et nous avons élu domicile "sous

22
les voûtes de l'énorme édifice encore à peine
habitable."
"Désert, grande vie rayonnante et libre où (tu pouvais)
rejoindre l'infini sans effort, bonheur de (te) dissoudre
en souriant dans cette solitude" qui te ressemblait.
Tu contemplais l'âme de ce labyrinthe : Saint Antoine
de Padoue; tu te promenais dans le vaste hall tendu de
soie cramoisie, dans la galerie du roi Edouard où les
tableaux de tes ancêtres étaient accrochés, dans la
galerie Saint-Michel dont les hautes fenêtres qui
donnaient sur le parc étaient ornées de superbes
vitraux; tu aimais ta bibliothèque, 6000 volumes :
manuscrits persans, ouvrages mystérieux légués par
Cozens, littérature sacrée, hagiographies, parchemins
du cabinet de Louis XVI, textes initiatiques, traités
d'alchimie, volumes de géographie...
Quand je m'absentais au loin "messager de tes
affaires", notre correspondance était abondante.
L'italien était notre langue. "Mots qui s'alignaient et se
croisaient, se répondaient..."
Vers 1820, ta fortune se réduisit considérablement et
la baisse brutale de tes revenus de Jamaïque te
contraignit à "des mesures déchirantes". J'attendais
que tu prennes "la décision fatidique" et tu te résolus à
te séparer de cette abbaye qui t'avait tant coûté et qui
était un peu toi-même. "A l'ombre de (ta) tour
reposaient et (ta) mère et Lady Margaret parmi les
arbres et les biches, et (tu) étais plus attaché à ces bois
qu'à aucun être au monde."
Tu t'enfuis à Bath, je "réglai tous les détails et (j')

23
affrontai seul (la) meute avide." L'abbaye fut vendue à
un milliardaire. Tu me remercias "de mon zèle amical
et de l'aimable compétence" avec laquelle j'avais dirigé
"le grand théâtre de Fonthill". Je séjournais plus
souvent dans ma maison de Londres. Nous nous
écrivions moins. Perclus de goutte et de rhumatismes,
je t'adresse cette dernière lettre. Je m'éteins
doucement, William. Pour ne pas t'alarmer, je t'écrivais
que je n’allais pas si mal, que j’allais te rejoindre au
printemps. "Gia riede primavera, tornero, caro amico."
Je m'éteins et tu n'es pas venu.
1828 - Gregorio Felipe Franchi
Les passages entre guillemets sont extraits de
l'ouvrage "Je, William Beckford" de Bernard Sichère
(Denoël, 1984)

Les Baladins de la Tradition


Voir aussiMy Dear Boy: Gay Love Letters through the Centuries (1998),
Edited by Rictor Norton (copyright)

24
25
VATHEK, ninth Caliph of the race of the
bassides, was the son of Motassem, and the
grandson of Haroun Al Raschid. From an early
accession to the throne, and the talents he
possessed to adorn it, his subjects were
induced to expect that his reign would be long
and happy. His figure was pleasing and
majestic; but when he was angry, one of his
eyes became so terrible that no person could
bear to behold it; and the wretch upon whom it
was fixed instantly fell backward, and
sometimes expired.
For fear, however, of depopulating his
dominions, and making his palace desolate, he
but rarely gave way to his anger.
VATHEK, neuvième Calife1 de la race des Abbassides, était
fils de Motassem, et petit-fils d'Haroun Al-Rachid. Il monta
sur le trône à la fleur de son âge. Les grandes qualités qu'il
possédait déjà faisaient espérer à ses peuples que son règne
serait long et heureux. Sa figure était agréable et
majestueuse; mais quand il était en colère, un de ses yeux
devenait si terrible qu'on n'en pourvoit soutenir le regard : le
malheureux sur lequel il le fixoit tombait à la renverse, et
quelquefois même expirait à l'instant. Aussi, dans la crainte
de dépeupler ses États et de faire un désert de son palais ce
prince ne se mettoit en colère que très rarement.
Being much addicted to women, and the
pleasures of the table, he sought by his
affability to procure agreeable companions;
and he succeeded the better, as his generosity
was unbounded and his indulgences
unrestrained; for he was by no means
scrupulous: for he did not think, with the
Caliph Omar Ben Abdalaziz, that it was
necessary to make a hell of this world to enjoy
Paradise in the next.

26
Il était fort adonné aux femmes et aux plaisirs de la table.
Sa générosité était sans bornes, et ses débauches sans
retenue. Il ne croyait pas comme Omar Ben Abdalaziz2, qu'il
fallût se faire un enfer de ce monde, pour avoir le paradis
dans l'autre.
He surpassed in magnificence all his
predecessors. The palace of Alkoremmi, which
his father, Motassem, had erected on the hill
of Pied Horses, and which commanded the whole
city of Samarah, was in his idea far too
scanty: he added, therefore, five wings, or
rather other palaces, which he destined for
the particular gratification of each of the
senses.
Il surpassa en magnificence tous ses prédécesseurs. Le
palais d'Alkorremi bâti par son père Motassem sur la colline
des chevaux pie, et qui commandite toute la ville de
Samarah3 ne lui parut pas assez vaste. 1l y ajouta cinq ailes,
ou plutôt cinq autres palais, et il destina chacun d'eux à la
satisfaction d'un des sens.
In the first of these were tables continually
covered with the most exquisite dainties,
which were supplied both by night and by day
according to their constant consumption;
whilst the most delicious wines, and the
choicest cordials, flowed forth from a hundred
fountains, that were never exhausted. This
palace was called The Eternal, or Unsatiating
Banquet.
Dans le premier de ces palais, les tables étaient toujours
couvertes des mets les plus exquis. On les renouvelait nuit et
jour, à mesure qu'ils se refroidissaient. Les vins les plus
délicats et les meilleures liqueurs coulaient à grands flots de
cent fontaines qui ne tarissaient jamais. Ce palais s'appelait
le Festin éternel ou L’insatiable.

27
The second was styled The Temple of Melody, or
The Nectar of the Soul. It was inhabited by
the most skilful musicians and admired poets
of the
time, who not only displayed their talents
within, but dispersing in bands without,
caused every surrounding scene to reverberate
their songs, which were continually varied in
the most delightful succession.
On nommait le second palais le Temple de la Mélodie, ou
le Nectar de L’Âme. Il était habité par les premiers musiciens
et poètes de ce temps, qui, après avoir exercé leurs talents
dans ce lieu, se dispersaient par bandes et faisaient retentir
tous les lieux d'alentour de leurs chants.
The palace named The Delight of the Eyes, or
the Support of Memory, was one entire
enchantment. Rarities collected from every
corner of the earth were there found in such
profusion as to dazzle and confound, but for
the order in which they were arranged. One
gallery exhibited the pictures of the
celebrated Mani; and statues that seemed to be
alive. Here a well-managed perspective
attracted the sight; there, the magic of
optics agreeably deceived it; whilst the
naturalist, on his part, exhibited in their
several classes the various gifts that Heaven
had bestowed on our globe. In a word, Vathek
omitted nothing in this palace that might
gratify the curiosity of those who resorted to
it, although he was not able to satisfy his
own; for of all men, he was the most curious.
Le palais, nommé les Délices des yeux, ou le Support de la
mémoire était un enchantement continuel. Des raretés
rassemblées de toutes les parties du monde s'y trouvaient
en profusion et dans le plus bel ordre. On y voyait une

28
galerie de tableaux du célèbre Mani4, et des statues qui
paraissaient animées. Là, une perspective bien aménagée
charmait la vue ; ici, la magie de l'optique la trompait
agréablement ; autre part, on trouvait tous les trésors de la
nature. En un mot, Vathek, le plus curieux des hommes,
n'avait rien omis dans ce palais de ce qui pouvait contenter
la curiosité de ceux qui le visitaient.
The Palace of Perfumes, which was termed
likewise, The Incentive toPleasure, consisted
of various halls, where the different perfumes
whichthe earth produces were kept perpetually
burning in censers of gold. Flambeaus and
aromatic lamps were here lighted in open day;
but the too powerful effects of this agreeable
delirium might be alleviated by descending
into an immense garden, where an assemblage of
every fragrant flower diffused through the air
the purest odours.
Le palais des Parfums, qu'on appelait aussi l'Aiguillon de
la Volupté, était divisé en plusieurs salles. Des flambeaux et
des lampes aromatiques y étaient allumés, même en plein
jour. Pour dissiper l'agréable ivresse que donnait ce lieu, on
descendait dans un vaste jardin, où l'assemblage de toutes les
fleurs faisait respirer un air suave et restaurant.
The fifth palace, denominated The Retreat of
Myrth, or The Dangerous,” was frequented by
troops of young females, beautiful as the
Houris, and not less seducing, who never
failed to receive with caresses all whom
theCaliph allowed to approach them; for he was
by no means disposed to be jealous, as his own
women were secluded within the palace he
inhabited himself.
Dans le cinquième palais, nommé le Réduit de la Joie, ou le
Dangereux, se trouvaient plusieurs troupes de jeunes filles.

29
Elles étaient belles et prévenantes comme les Houris, et
jamais elles ne se lassaient de bien recevoir ceux que le
Calife voulait admettre en leur compagnie.
Notwithstanding the sensuality in which
Vathek indulged, he experienced no abatement
in the love of his people, who thought that a
sovereign immersed in pleasure was not less
tolerable to his subjects than one that
employed himself in creating them foes. But
the unquiet and impetuous disposition of the
Caliph would not allow him to rest there: he
had studied so much for his amusement in the
life-time of his father as to acquire a great
deal of knowledge, though not a sufficiency to
satisfy himself; for he wished to know
everything; even sciences that did not exist.
He was fond of engaging in disputes with the
learned, but liked them not to push their
opposition with warmth. He stopped the mouths
of those with presents, whose mouths could be
stopped; whilst others, whom his liberality
was unable to subdue, he sent to prison to
cool their blood; a remedy that often
succeeded.
Malgré les voluptés dans lesquelles Vathek se plongeait, ce
prince n'en était pas moins aimé de ses peuples. On croyait
qu'un Souverain qui se livre au plaisir est pour le moins aussi
propre à gouverner que celui qui s'en déclare l'ennemi. Mais
son caractère ardent et inquiet ne lui permit pas d'en rester
là. Du vivant de son père, il avait tant étudié pour se
désennuyer, qu'il savait beaucoup; il voulut enfin tout savoir,
même les sciences qui n'existent pas. Il aimait à disputer
avec les savants; mais il ne fallait pas qu'ils poussassent trop
loin la contradiction. Aux uns il fermait la bouche par des
présents ; ceux dont l'opiniâtreté résistait à sa libéralité
étaient envoyés en prison pour calmer leur sang: remède qui

30
souvent réussissait.
Vathek discovered also a predilection for
theological controversy; but it was not with
the orthodox that he usually held. By this
means he induced the zealots to oppose him,
and then persecuted them in return; for he
resolved, at any rate, to have reason on his
side.
Vathek voulut aussi se mêler des querelles théologiques, et
ce ne fut pas pour le parti généralement regardé comme
orthodoxe qu'il se déclara. Il mit par-là tous les dévots contre
lui: alors il les persécuta; car à quelque prix que ce fût, il
voulait toujours avoir raison.
The great prophet Mahomet, whose vicars the
Caliphs are, beheld with indignation from his
abode in the seventh heaven the irreligious
conduct of such a vicegerent.
Le grand Prophète Mahomet, dont les Califes sont les
Vicaires, était indigné dans le septième Ciel de la conduite
irréligieuse d'un de ses successeurs.
“Let us leave him to himself, said he to the
Genii, who are always ready to receive his
commands: “let us see to what lengths his
folly and impiety will carry him; if he run
into excess we shall know how to chastise him.
Assist him, therefore, to complete the tower
which, in imitation of Nimrod, he hath begun;
not; like that great warrior, to escape being
drowned, but from the insolent curiosity of
penetrating the secrets of heaven: ̶ he will
not divine the fate that awaits him.”
"Laissons-le faire, disait-il aux génies qui sont toujours
prêts à recevoir ses ordres : voyons où iront sa folie et son
impiété; s'il en fait trop, nous saurons bien le châtier. Aidez-
le à bâtir cette tour qu'à l'imitation de Nembrod, il a

31
commencé d'élever; non comme ce grand guerrier pour se
sauver d'un nouveau déluge, mais par l'insolente curiosité de
pénétrer dans les secrets du Ciel. Il a beau faire, il ne
devinera jamais le sort qui l'attend."
The Genii obeyed; and when the workmen had
raised their structure a cubit in the day
time, two cubits more were added in the night.
The expedition with which the fabric arose was
not a little flattering to the vanity of
Vathek. He fancied that even insensible matter
showed forwardness to subserve his designs;
not considering that the successes of the
foolish and wicked form the first rod of their
chastisement.
Les Génies obéirent; et quand les ouvriers élevaient durant
le jour la tour d'une coudée, ils y en ajoutaient deux pendant
la nuit. La rapidité avec laquelle cet édifice fut construit
flatta la vanité de Vathek. Il pensait que même la matière
insensible se prêtait à ses desseins. Ce prince ne considérait
pas, malgré toute sa science, que les succès de l'insensé et du
méchant sont les premières verges dont ils sont frappés.
His pride arrived at its height when, having
ascended, for the first time, the eleven
thousand stairs of his tower, he cast his eyes
below and beheld men not larger than pismires;
mountains than shells; and cities than bee-
hives. The idea which such an elevation
inspired of his owngrandeur completely
bewildered him; he was almost ready to adore
himself; till lifting his eyes upwards, he saw
the stars as high above him as they appeared
when he stood on the surface of the earth. He
consoled himself, however, for this transient
and unwelcome perception of his littleness
with the thought of being great in the eyes of
the others, and flattered himself that the

32
light of his mind would extend beyond the
reach of his sight, and transfer to the stars
the decrees of his destiny.
Son orgueil parvint au comble lorsqu'ayant monté, pour la
première fois, les quinze cents degrés de sa tour, il regarda
en bas. Les hommes lui paraissaient des fourmis, les collines
des taupinières, et Samarah une ruche d'abeilles.
L'idée que cette élévation lui donna de sa propre grandeur
acheva de lui tourner la tête. Il allait s'adorer lui-même,
lorsqu'en levant les yeux il s'aperçut que les astres étaient
aussi éloignés de lui que lorsqu'il était au niveau de la terre.
Il se consola cependant du sentiment involontaire de sa
petitesse, par l'idée de paraître grand aux yeux des autres. Il
se flatta que les lumières de son esprit surpasseraient la
portée de ses yeux, et qu'il ferait rendre compte aux étoiles
des arrêts de sa destinée.
With this view the inquisitive prince passed
most of his nights on the summit of his tower,
till he became an adept in the mysteries of
astrology, and imagined that the planets had
disclosed to him the most marvellous
adventures, which were to be accomplished by
an extraordinary personage, from a country
altogether unknown. Prompted by motives of
curiosity, he had always been courteous to
strangers; but from this instant he redoubled
his attention, and ordered it to be announced
by sound of trumpet, through all the streets
of Samarah, that no one of his subjects, on
peril of his displeasure, should either lodge
or detain a traveller, but forthwith bring him
to the palace
Pour cet effet, il passait la plupart des nuits sur le sommet de
sa tour, et se croyant initié dans les mystères astrologiques,
il s'imagina que les planètes lui annonçaient de

33
merveilleuses aventures. Un homme extraordinaire devait
venir d'un pays dont on n'avait jamais entendu parler, et en
être le héraut. Alors, il redoubla d'attention pour les
étrangers, et fit publier à son de trompe dans les rues de
Samarah, qu'aucun de ses sujets n'eût à retenir ni à loger les
voyageurs ; il voulait qu'on les amenât tous dans son palais.
Not long after this proclamation, there
arrived in his metropolis, a man so hideous
that the very guards who arrested him were
forced to shut their eyes as they led him
along. The Caliph himself appeared startled
at so horrible a visage; but joy succeeded to
this emotion of terror when the stranger
displayed to his view such rarities as he had
never before seen, and of which he had no
conception.
Quelque temps après cette proclamation parut un homme
dont la figure était si effroyable, que les gardes qui s'en
emparèrent furent obligés de fermer les yeux en le
conduisant au palais. Quelque temps après cette
proclamation, parut un homme dont la figure était si
effroyable, que les gardes qui s'en emparèrent furent obligés
de fermer les yeux en le conduisant au palais.
Le calife lui−même parut étonné à son horrible aspect ; mais
la joie succéda bientôt à cet effroi involontaire. L’inconnu
étala devant le prince des raretés telles qu’il n’en avait jamais
vu, et dont il n’avait pas même conçu la possibilité.
In reality, nothing was ever so extraordinary
as the merchandise this stranger produced.
Most of his curiosities, which were not less
admirable for their workmanship than their
splendour, had besides, their several virtues
described on a parchment fastened to each.
There were slippers which, by spontaneous,
springs enabled the feet to walk; knives that
cut without the motion of a hand; sabres which

34
dealt the blow at the person they were wished
to strike; and the whole enriched with gems
that were hitherto unknown
Rien, en effet, n'était plus extraordinaire que les
marchandises de l'étranger. La plupart de ses bijoux étaient
aussi bien travaillés que magnifiques. Ils avaient outre cela
une vertu particulière, décrite sur un rouleau de parchemin
attaché à chaque pièce. Des pantoufles par leurs
mouvements spontanés épargnaient la fatigue de marcher ;
des couteaux coupaient sans le mouvement de la main ; et
des sabres portaient le coup d'eux-mêmes au moindre geste.
Le calife voulut les avoir toutes. Parmi ces curiosités
inconcevables les sabres surtout, dont les lames jetaient un
feu éblouissant, fixèrent son 'attention et il se promit de
déchiffrer à loisir des caractères inconnus qu'on y avait
gravés.
The sabres especially, the blades of which
emitted a dazzling radiance, fixed more than
all the Caliph’s attention, who promised
himself to decipher at his leisure the uncouth
characters engraven on their sides. Without,
therefore, demanding their price, he ordered
all the coined gold to be brought from his
treasury, and commanded the merchant to take
what he pleased. The stranger complied with
modesty and silence.
Sans demander au marchand quel en était le prix, il fit
apporter devant lui tout l'or monnayé du trésor, et lui dit de
prendre ce qu'il voudrait. Celui-ci prit peu de chose, et en
gardant un profond silence.
Vathek, imagining that the merchant’s
taciturnity was occasioned by the awe which
his presence inspired, encouraged him to
advance, and asked him, with an air of
condescension, “Who he was? whence he came?

35
and where he obtained such beautiful
commodities?”
Vathek ne douta point que le silence de l'inconnu ne fût
causé par le respect que lui inspirait sa présence. Il le fit
avancer avec bonté, et lui demanda d'un air affable qui il
était, d'où il venait, et où il avait acquis de si belles choses ?
The man, or rather monster, instead of making
a reply, thrice rubbed his forehead, which, as
well as his body, was blacker than ebony; four
times clapped his paunch, the projection of
which was enormous; opened wide his huge eyes,
which glowed like firebrands; began to laugh
with a hideous noise, and discovered his long
amber coloured teeth bestreaked with green.
L'homme, ou plutôt le monstre, au lieu de répondre à ces
questions, frotta trois fois son front plus noir que l'ébène,
frappa quatre fois sur son ventre dont la circonférence était
énorme, ouvrit de gros yeux qui paraissaient deux charbons
ardents, et se mit à rire avec un bruit affreux en montrant de
larges dents couleur d'ambre rayé de vert.
The Caliph, though a little startled, renewed
his enquiries, but without being able to
procure a reply. At which, beginning to be
ruffled, he
exclaimed, “knowest thou, varlet, who I am?
and at whom thou art aiming thy gibes?” Then
addressing his guards, “have ye heard him
speak? is he dumb?”
Le Calife, un peu ému, répéta sa demande ; mais il ne reçut
pas d'autre réponse. Alors, ce prince commença à
s'impatienter, et s'écria : "sais-tu bien, malheureux, qui je
suis, et de qui tu te joues ? Et s'adressant à ses gardes, il leur
demanda s'ils l'avaient entendu parler?"
“He hath spoken, they replied, though but
little.”
Ils répondirent qu'il avait parlé, mais que ce qu'il avait dit

36
n'était pas grand'chose.
“Let him speak then again, said Vathek, and
tell me who he is, fromwhence he came, and
where he procured these singular curiosities,
or I swear, by the ass of Balaam, that I will
make him rue his pertinacity.”
"Qu'il parle donc encore, reprit Vathek, qu'il parle comme il
pourra, et qu'il me dise qui il est, d'où il vient, et d'où il a
apporté les étranges curiosités qu'il m'a offertes? Je jure par
l'âne de Balaam que s'il se tait davantage, je le ferai se
repentir de son obstination."
This menace was accompanied by the Caliph with
one of his angry and perilous glances, which
the stranger sustained without the slightest
emotion, although his eyes were fixed on the
terrible eye of the prince.
En disant ces mots, le Calife ne put s'empêcher de lancer sur
l’individu un de ses regards dangereux: celui-ci n'en perdit
même pas seulement contenance ; l'œil terrible et meurtrier
ne fit aucun effet sur lui.
No words can describe the amazement of the
courtiers, when they beheld this rude merchant
withstand the encounter unshocked. They all
fell prostrate with their faces on the ground,
to avoid the risk of their lives, and
continued in the same abject posture till the
Caliph exclaimed in a furious tone:
On ne saurait exprimer l'étonnement des courtisans, quand
ils s'aperçurent que l'incivil marchand soutenait une telle
épreuve. Ils s'étaient tous jetés la face contre terre, et y
seraient restés, si le Calife ne leur eût dit d'un ton furieux :
“Up, cowards! seize the miscreant! see that he
be committed to prison, and guarded by the
best of my soldiers! Let him, however, retain
the money I gave him; it is not my intent to
take from him his property, I only want him to

37
speak.”
"Levez-vous, poltrons, et saisissez ce misérable ! qu'il soit
traîné en prison et gardé à vue par mes meilleurs soldats !
Il peut emporter avec lui l'argent que je viens de lui donner
; qu'il le garde, mais qu'il parle."
No sooner had he uttered these words than the
stranger was surrounded, pinioned and bound
with strong fetters, and hurried away to the
prison of the greattower, which was
encompassed by seven empalements of iron bars,
and armed with spikes in every direction,
longer and sharper than spits.
À ces mots, on tomba de tous côtés sur l'étranger ; on le
garrotta de fortes chaînes, et on le conduisit dans la prison
de la grande tour. Sept enceintes de barreaux de fer, garnis
de pointes aussi longues et aussi acérées que des broches,
l'environnaient de tous côtés.
The Caliph, nevertheless, remained in the most
violent agitation. He sat down indeed to eat,
but of the three hundred covers that were
daily placed before him, could taste of no
more than thirty-two.
Le Calife demeura cependant dans la plus violente agitation
; il ne parlait pas ; â peine voulut-il se mettre à table, et ne
mangea que de trente-deux plats sur les trois cents qu'on
lui servait tous les jours.
A diet to which he had been so little
accustomed, was sufficient of itself to
prevent him from sleeping, what then must be
its effect when joined to the anxiety that
prayed upon his spirits? At the first glimpse
of dawn he hastened to the prison, again to
importune this intractable stranger; but the
rage of Vathek exceeded all bounds on finding
the prison empty, the gates burst asunder, and

38
his guards lying lifeless around him. In the
paroxysm of his passion he fell furiously on
the poorcarcases, and kicked them till evening
without intermission. His courtiers and
vizirs exerted their efforts to soothe his
extravagance, but finding every expedient
ineffectual, they all united in one
vociferation:
Cette diète, à laquelle il n'était pas accoutumé, l'aurait
seule empêché de dormir. Quel effet ne dut-elle pas avoir,
étant jointe à l'inquiétude qui le tourmentait ! Aussi, dés
qu'il fut jour, il courut à la prison pour faire de nouveaux
efforts auprès de l'opiniâtre inconnu. Mais sa rage ne
saurait se décrire quand il vit qu'il n'y était plus, que les
grilles de fer étaient brisées, et les gardes sans vie. Le plus
étrange délire s'empara de lui. Il se mit à donner de grands
coups de pied aux cadavres qui l’entouraient, et continua
tout le jour à les frapper de la même manière. Ses
courtisans et ses vizirs firent tout ce qu'ils purent pour le
calmer ; mais voyant qu'ils n'en pouvaient venir à bout, ils
s'écrièrent tous ensemble :
“The Caliph is gone mad! the Caliph is out of
his senses!” This outcry, which was soon
resounded through the streets of Samarah, at
length reached the ears of Carathis, his
mother: she flew in the utmost consternation
to try her ascendency on the mind of her son.
Her tears and caresses called off his
attention; and he was prevailed upon by her
entreaties to be brought back to the palace.
"Le Calife est devenu fou ! le Calife est devenu fou !" Ce cri
fut bientôt répété dans toutes les rues de Samarah. Il
parvint enfin aux oreilles de la princesse Carathis, mère de
Vathek. Elle accourut, tout alarmée, pour essayer le pouvoir

39
qu'elle avait sur l'esprit de son fils. Ses pleurs et ses
embrassements réussirent à le calmer; et cédant bientôt à
ses instances, il se laissa ramener dans son palais.
Carathis, apprehensive of leaving Vathek to
himself, caused him to be put to bed; and
seating herself by him, endeavoured by her
conversation to heal and compose him. Nor
could any one have attempted it with better
success; for the Caliph not only loved her as
a mother but respected her as a person of
superior genius. It was she who had induced
him, being a Greek herself, to adopt all the
sciences and systems of her country, which
good Mussulmans hold in such thorough
abhorrence.
Carathis n'eut garde d'abandonner son fils à lui-même.
Après qu'elle l'eut fait mettre au lit, elle s'assit auprès de lui,
et tâcha par ses discours de le consoler et de le tranquilliser.
Personne ne pouvait mieux y parvenir. Vathek l'aimait et la
respectait, non seulement comme une mère, mais encore
comme une femme douée d'un génie supérieur. Elle était
Grecque, et lui avait fait adopter tous les systèmes et les
sciences de ce peuple, en horreur parmi les bons
musulmans.
Judicial astrology was one of those systems in
which Carathis was a perfect adept. She
began, therefore, with reminding her son of
the promise which the stars had made him; and
intimated an intention of consulting them
again.
L'astrologie judiciaire était une de ces sciences, et Carathis
la possédait parfaitement. Son premier soin fut donc de
faire ressouvenir son fils de ce que les étoiles lui avaient
promis, et elle proposa de les consulter encore.
“Alas! sighed the Caliph, as soon at he could

40
speak, what a fool have I been! not for the
kicks bestowed on my guards, who so tamely
submitted to death, but for never considering
that this extraordinary man was the same the
planets had foretold; whom, instead of ill-
treating, I should have conciliated by all the
arts of persuasion.”
"Hélas ! lui dit le Calife, dès qu'il put parler, je suis un
insensé, non d'avoir donné quarante mille coups de pied à
mes gardes, qui se sont sottement laissé mourir ; mais parce
que je n'ai pas réfléchi que cet homme extraordinaire était
celui que les planètes m'avaient annoncé. Au lieu de le
maltraiter, j'aurais dû essayer de le gagner par la douceur
et les caresses."
“The past, said Carathis, cannot be recalled;
but it behoves us to think of the future:
perhaps you may again see the object you so
much regret: it is possible the inscriptions
on the sabres will afford information. Eat,
therefore, and take thy repose, my dear son.
We will consider, to-morrow, in what manner to
act.”
"Le passé ne peut se rappeler, répondit Carathis; il faut
songer à l'avenir. Peut-être verrez-vous encore celui que
vous regrettez ; peut-être ces écritures qui sont sur les
lames des sabres, vous en apprendront des nouvelles.
Mangez et dormez, mon cher fils ; nous verrons demain ce
qu'il y faudra faire."
Vathek yielded to her counsel as well as he
could, and arose in the morning with a mind
more at ease. The sabres he commanded to be
instantly brought; and poring upon them
through a green glass, that their glittering
might not dazzle, he set himself in earnest to
decipher the inscriptions; but his reiterated

41
attempts were all of them nugatory: in vain
did he beat his head and bite his nails; not
a letter of the whole was he able to ascertain.
So unlucky a disappointment would have undone
him again, had not Carathis, by good fortune,
entered the apartment.
Vathek suivit ce sage conseil, du mieux qu'il put. Le
lendemain, il se leva dans une meilleure situation d'esprit,
et se fit aussitôt apporter les sabres merveilleux. Afin de
n'être pas ébloui par leur éclat, il les regarda au travers d'un
verre coloré, et s'efforça d'en déchiffrer les caractères ;
mais ce fut en vain : il eut beau se frapper le front, il ne
connut pas une seule lettre. Ce contretemps l'aurait fait
retomber dans ses premières fureurs, si Carathis n'était
entrée à propos.
“Have patience, son! said she. You certainly
are possessed of every important science, but
the knowledge of languages is a trifle, at
best; and the accomplishment of none but a
pedant. Issue forth a proclamation that you
will confer such rewards as become your
greatness upon any one that shall interpret
what you do not understand, and what it is
beneath you to learn. You will soon find your
curiosity gratified.”
"Prenez patience, mon fils, lui dit-elle; vous possèdez
assurément toutes les sciences. Connaître les langues est une
bagatelle du ressort des pédants. Promettez des récompenses
dignes de vous à ceux qui expliqueront ces mots barbares
que vous n'entendez pas, et qu'il est au-dessous de vous
d'entendre ; bientôt vous serez satisfait."
“That may be, said the Caliph; but in the mean
time I shall be horribly disgusted by a crowd
of smatterers, who will come to the trial as
much for the pleasure of retailing their

42
jargon as from the hope of gaining the reward.
To avoid this evil, it will be proper to add
that I will put every candidate to death who
shall fail to give satisfaction; for, thank
heaven, I have skill enough to distinguish
between one that translates and one that
invents.”
"Cela peut être, dit le Calife ; mais en attendant je serai
excédé par une foule de demi-savants, qui feront cet essai
autant pour avoir le plaisir de bavarder, que pour obtenir la
récompense." Après un moment de réflexion, il ajouta ; "je
veux éviter cet inconvénient. Je ferai mourir tous ceux qui
ne me satisferont pas ; car, grâce au Ciel, j'ai assez de
jugement pour voir si l'on traduit, ou si l'on invente. "
"Of that I have no doubt, replied Carathis,
“but to put the ignorant to death is somewhat
severe, and may be productive of dangerous
effects. Content yourself with commanding
their beards to be burnt: beards, in astate,
are not quite so essential as men.”
"Oh ! pour cela, je n'en doute pas, répondit Carathis. Mais
faire mourir les ignorants est une punition un peu sévère, et
qui peut avoir de dangereuses conséquences. Contentez-
vous de leur faire brûler la barbe; les barbes ne sont pas aussi
nécessaires dans un état que les hommes."
The Caliph submitted to the reasons of his
mother, and sending for Morakanabad, his prime
vizir, said:
“Let the common criers proclaim, not only in
Samarah, but throughout every city in my
empire, that whosoever will repair hither, and
decipher certain characters which appear to be
inexplicable, shall experience the liberality
for which I am renowned; but that all who fail
upon trial shall have their beards burnt off
to the last hair. Let them add also, that I

43
will bestow fifty beautiful slaves, and as
many jars of apricots from the isle of
Kirmith, upon any man that shall bring me
intelligence of the stranger.”
"Morakanabad, fais annoncer par un crieur public, dans
Samarah, et dans toutes les villes de mon empire, que celui
qui déchiffrera des caractères qui paraissent indéchiffrables,
aura des preuves de cette libéralité connue de tout le monde
; mais u'au défaut de succès, on lui brûlera la barbe jusqu'au
moindre poil."
Le Calife se rendit encore aux raisons de sa mère, et fit
appeler son premier Vizir et dit:
"Qu'on publie aussi que je donnerai cinquante belles
esclaves, et cinquante caisses d'abricots de l'île de Kirmith,
à qui m'apprendra des nouvelles de cet homme étrange que
je veux revoir."
The subjects of the Caliph, like their
sovereign, being great admirers of women, and
apricots from Kirmith, felt their mouths water
at these promises, but were totally unable to
gratify their hankering, for no one knew which
way the stranger had gone.
Les sujets du Calife, à l'exemple de leur maître, aimaient
beaucoup les femmes et les caisses d'abricots de l'île de
Kirmith. Ces promesses leur firent venir l'eau à la bouche,
mais ils n'en tâtèrent pas ; car personne ne savait ce
qu'était devenu l'étranger.
As to the Caliph’s other requisition the
result was different: the learned, the half-
learned, and those who were neither, but
fancied themselves equal to both, came boldly
to hazard their beards, and allshamefully lost
them.
Il n'en fut pas de même de la première demande du Calife.
Les savants, les demi-savants, et tous ceux qui n'étaient ni

44
l'un ni l'autre, mais qui croyaient être tout, vinrent
courageusement hasarder leurs barbes, et tous la perdirent.
The exaction of these forfeitures, which found
sufficient employment for the Eunuchs, gave
them such a smell of singed hair as greatly to
disgust the ladies of the seraglio, and make
it necessary that this new occupation of their
guardians should be transferred into other
hands.
Les eunuques ne faisaient autre chose que de brûler des
barbes ; ce qui leur donnait une odeur de roussi, dont les
femmes du sérail se trouvèrent si incommodées, qu'il fallut
donner cet emploi a d'autres.
At length, however, an old man presented
himself, whose beard was a cubit and a half
longer than any that had appeared before him.
The officers of the palace whispered to each
other, as they ushered him in: “What a pity
such a beard should be burnt!”
Enfin, un jour il se présenta un vieillard dont la barbe
surpassait d'une coudée et demie toutes celles qu'on avait
vues. Les officiers du palais, en l'introduisant, se disaient l'un
à l'autre: "quel dommage ! quel grand dommage de brûler
une aussi belle barbe !"
Even the Caliph, when he saw it, concurred
with them in opinion; but his¨concern was
entirely needless. This venerable personage
read the characters with facility, and
explained them verbatim, as follows: " We were
made where every thing is well made: we are
the least of the wonders of a place where all
is wonderfull, and deserving the sight of the
first potentate on earth."
Le Calife pensait de même ; mais il n'en eut pas le chagrin.
Le vieillard lut sans peine les caractères, et les expliqua mot

45
à mot de la manière suivante : "Nous avons été faits là où
l'on fait tout bien ; nous sommes la moindre des merveilles
d'une région où tout est merveilleux et digne du plus grand
Prince de la terre."
“You translate admirably! cried Vathek. I
know to what these marvellous characters
allude. Let him receive as many robes of
honour, and thousands of sequins of gold, as
he hath spoken words. I am in some measure
relieved from the perplexity that embarrassed
me!”
"Oh ! tu as parfaitement bien traduit, s'écria Vathek ; je
connais celui que ces caractères veulent désigner. Qu'on
donne à ce vieillard autant de robes d'honneur et autant de
mille sequins qu'il a prononcé de mots: il a nettoyé mon cœur
d'une partie du surmé qui l'envelopait."
Vathek invited the old man to dine, and even
to remain some days in the palace. Unluckily
for him, he accepted the offer; for the Caliph
having ordered him next morning to be called,
said:
"Read again to me what you have read already;
I cannot hear too often the promise that is
made me, the completion of which I languish to
obtain."
Après ces paroles, Vathek l'invita à dîner, et même à passer
quelques jours dans son palais. Le lendemain le Calife le fit
appeler, et lui dit :
"Relis-moi ce que tu m'as lu ; je ne saurais trop entendre
ces paroles qui semblent me promettre le bien après lequel
je soupire."
The old man forthwith put on his green
spectacles; but they instantly dropped from
his nose, on perceiving that the characters he
had read the day preceding, had given place

46
to others of different import.
Aussitôt le vieillard mit ses lunettes vertes. Mais elles lui
tombèrent du nez, lorsqu'il aperçut que les caractères de la
veille avaient fait place à d'autres.
“What ails you? asked the Caliph; and why
these symptoms of wonder?”
"Qu'as-tu? lui demanda le Calife ; que signifient ces marques
d’étonnement?"
“Sovereign of the world, replied the old man,
these sabres hold another language to-day,
from that they yesterday held."
—"Souverain du monde, les caractères de ces sabres ne sont
plus les mêmes."
“How say you? returned Vathek. But it matters
not! tell me, if you can, what they mean."
— "Que me dis-tu ? reprit Vathek ; mais n'importe ; si tu
peux, explique-m'en la signification."
“It is this, my lord, rejoined the old man:
Woe to the rash mortal who seeks to know that
of which he should remain ignorant and to
undertake that which surpasseth his power!”
"La voici, Seigneur, dit le vieillard: Malheur au téméraire qui
veut savoir ce qu'il devrait ignorer, et entreprendre ce qui
surpasse son pouvoir."
“And woe to thee! cried the Caliph, in a burst
of indignation: to-day¨thou art void of
understanding: begone from my presence, they
shall burn but the half of thy beard, because
thou wert yesterday fortunate in guessing. My
gifts I never resume.”
"Malheur à toi-même! s'écria le Calife, tout à fait hors de lui
Sors de ma présence ! On ne te brûlera que la moitié de la
barbe, parce qu'hier tu devinas bien; quant à mes présents, je
ne reprends jamais ce que j'ai donné."

47
The old man, wise enough to perceive he had
luckily escaped, considering the folly of
disclosing so disgusting a truth, immediately
withdrew, and appeared not again.
Le vieillard, assez sage pour penser qu'il était quitte â bon
marché de la sottise qu'il avait faite en disant à son Maître
une vérité désagréable, se retira aussitôt, et ne reparut plus.
But it was not long before Vathek discovered
abundant reason to regret his precipitation;
for though he could not decipher the
characters himself, yet, by constantly poring
upon them, he plainly perceived that they
every day changed; and, unfortunately, no
other candidate offered to explain them. This
perplexing occupation inflamed his blood,
dazzled hissight, and brought on a giddiness
and debility that he could not support. He
failed not, however, though in so reduced a
condition, to be often carried to his tower,
as he flattered himself that he might there
read in the stars, which he went to consult,
something more congruous to his wishes. But
in this his hopes were deluded; for his eyes,
dimmed by the vapours of his head, began to
subserve his curiosity so ill, that he beheld
nothing but a thick dun cloud, which he took
for the most direful of omens.
Vathek ne tarda point à se repentir de son impétuosité.
Comme il ne cessoit d'examiner ces caractères, il s'aperçut
bien qu'ils changeaient tous les jours; et personne ne se
présentait pour les expliquer. Cette inquiète occupation
enflamma son sang, lui causa des vertiges, des
éblouissements, et une si grande faiblesse qu'à peine il
pouvait se soutenir: dans cet état, il ne laissait pas de se faire
porter à la tour, espérant lire quelque chose d'agréable dans
les astres ; mais son espoir fut trompé. Ses yeux, offusqués

48
par les vapeurs de sa tête, le servaient mal : il ne voyait plus
qu'un nuage noir et épais ; augure qui lui semblait des plus
funestes.
Agitated with so much anxiety, Vathek entirely
lost all firmness; a fever seized him and his
appetite failed. Instead of being one of the
greatest eaters, he became as distinguished
for drinking. So insatiable was the thirst
which tormented him, that his mouth, like a
funnel, was always open to receive the various
liquors that might be poured into it and
especially cold water, which calmed him more
than every other.
Harassé de tant de soucis, le Calife perdit entièrement
courage ; il prit la fièvre, l’appétit lui manqua et au lieu d’être
toujours le plus grand mangeur de la terre, il en devint le plus
grand buveur. Une soif surnaturelle le consuma ; et sa
bouche, ouverte comme un entonnoir, recevait jour et nuit
des torrents de liquides.
This unhappy prince being thus incapacitated
for the enjoyment of any pleasure, commanded
the palaces of the five senses to be shut up;
forebore to appear in public, either to
display his magnificence or administer
justice; and retired to the inmost apartment
of his harem. As he had ever been an indulgent
husband, his wives, overwhelmed with grief at
his deplorable situation, incessantly offered
their prayers for his health, and
unremittingly supplied him with water.
Alors ce malheureux prince ne pouvant goûter aucun plaisir,
fit fermer les palais des cinq sens, cessa de paraître en public,
d'y étaler sa magnificence, de rendre justice à ses peuples, et
se retira dans l'intérieur du sérail. 1l avait toujours été bon
mari ; ses femmes se désolèrent de son état, ne se lassèrent

49
point de faire des voeux pour sa santé, et de lui donner à
boire.
In the mean time, the Princess Carathis, whose
affliction no words can describe, instead of
restraining herself to sobbing and tears, was
closeted daily with the Vizir Morakanabad, to
find out some cure or mitigation of the
Caliph’s disease. Under the persuasion that
it was caused by enchantment, they turned over
together leaf by leaf, all the books of magic
that might point out a remedy; and caused the
horrible stranger, whom they accused as the
enchanter, to be everywhere sought forwith the
strictest diligence.
Cependant, la princesse Carathis était dans la plus vive
douleur. Elle se renfermait tous les jours avec le vizir
Morakanabad, pour chercher les moyens de guérir, ou du
moins de soulager le malade. Persuadés qu'il y avait de
l'enchantement, ils feuilletaient ensemble tous les livres de
magie, et faisaient chercher partout l'horrible étranger
qu'ils accusaient d'être l'auteur du charme.
At the distance of a few miles from Samarah
stood a high mountain, whose sides were
swarded with wild thyme and basil, and its
summit overspread with so delightful a plain
that it might be taken for the Paradise
destined for the faithful. Upon it grew a
hundred thickets of eglantine and other
fragrant shrubs; a hundred arbours of roses,
jessamine, and honeysuckle; as many clumps of
orange trees, cedar, and citron; whose
branches, interwoven with the palm, the pome
granate, and the vine, presented every luxury
that could regale the eye or the taste. The
ground was strewed with violets, harebells,
and pansies; in the midst of which sprung

50
forth tufts of jonquils, hyacinths, and
carnations, with every other perfume that
impregnates the air. Four fountains, not less
clear than deep, and so abundant as to slake
the thirst of ten armies, seemed purposely
placed here to make the scene more resemble
the garden of Eden, which was watered by the
four sacred rivers. Here the nightingale sang
the birth of the rose, her well-beloved, and
at the same time lamented its short-lived
beauty; whilst the turtle deplored the loss of
more substantial pleasures and the wakeful
lark hailed the rising light that reanimates
the whole creation. Here, more than anywhere,
the mingled melodies of birds expressed the
various passions they inspired; as if the
exquisite fruits, which they pecked at
pleasure, had given them a double energy.
À quelques milles de Samarah, était une haute montagne
couverte de thym et de serpolet; une plaine délicieuse en
couronnait le sommet; on l'aurait prise pour le paradis
destiné aux fidèles musulmans. Cent bosquets d'arbustes
odoriférants, et autant de bocages où l'oranger le cédrat et le
citronnier s'entrelaçant avec le palmier et la vigne et le
grenadier offraient de quoi satisfaire également le goût et
l'odorat. La terre y était jonchée de violettes; des touffes de
giroflées embaumaient l'air de leurs doux parfums. Quatre
sources claires, et si abondantes qu'elles auraient pu
désaltérer dix armées, ne semblaient couler eu ce lieu que
pour mieux imiter le jardin d'Éden arrosé des fleuves sacrés.
Sur leurs bords verdoyants, le rossignol chantait la naissance
de la rose, sa bien-aimée, et se plaignait du peu de durée de
ses charmes ; la tourterelle déplorait la perte de plaisirs plus
réels, tandis que l'alouette saluait par ses chants la lumière
qui ranime la nature. Là, plus qu'en aucun lieu du monde, le

51
gazouillement des oiseaux exprimait leurs diverses passions
; les fruits délicieux qu'ils béquetaient à plaisir semblaient
leur donner une double énergie.
To this mountain Vathek was sometimes brought,
for the sake of breathing a purer air; and
especially, to drink at will of the four
fountains, which were reputed in the highest
degree salubrious, and sacred tohimself. His
attendants were his mother, his wives, and
some eunuchs, who assiduously employed
themselves in filling capacious bowls of rock
crystal, and emulously presenting them to him.
But it frequently happened that his avidity
exceeded their zeal; insomuch that he would
prostrate himself upon the ground to lap up
the water, of which he could never have
enough.
On portait quelquefois Vathek sur cette montagne, afin qu'il
pût y respirer un air pur, et boire à son gré des quatre sources.
Sa mère, ses femmes et quelques eunuques étaient les seules
personnes qui l'accompagnaient. Chacun s'empressait à
remplir de grandes coupes cristal de roche, et les lui
présentait à l'envi ; mais leur zèle ne répondait pas à son
avidité ; souvent il se couchait par terre, pour laper l'eau.
One day when this unhappy prince had been long
lying in so debasing a posture, a voice,
hoarse but strong, thus addressed him:
“Why assumest thou the function of a dog, oh
Caliph, so proud of thy dignity and power?”
Un jour que le déplorable prince était resté longtemps dans
une posture aussi vile, une voix rauque, mais forte, se fit
entendre, et l'apostropha ainsi :
"Pourquoi fais-tu l'exercice d'un chien, ô Calife si fier de ta
dignité et de ta puissance ?"
At this apostrophe, he raised up his head and

52
beheld the stranger that had caused him so
much affliction. Inflamed with anger at the
sight, he exclaimed:
“Accursed Giaour! what comest thou hither to
do? is it not enough to have transformed a
prince, remarkable for his agility, into one
of those leather barrels which the Bedouin
Arabs carry on their camels when they traverse
the deserts? Perceivest thou not, that I may
perish by drinking to excess, no less than by
a total abstinence?”
À ces mots, Vathek lève la tête, et voit l'étranger, cause de
tant de peines. À cette vue il se trouble, la colère enflamme
son cœur ; il s'écrie :
"Et toi, maudit Giaour23 ! que viens-tu faire ici ? N'es-tu pas
content d'avoir rendu un prince agile et dispos, semblable à
une outre? Ne vois-tu pas que je meurs autant pour avoir trop
bu, que du besoin de boire ? "
“Drink then this draught, said the stranger,
as he presented to him a phial of a red and
yellow mixture; and to satiate the thirst of
thy soul as well as of thy body, know that I
am an Indian, but from a region of India which
is wholly unknown.”
"Bois donc encore ce trait, lui dit l'étranger, en lui présentant
un flacon rempli d'une liqueur rougeâtre; et sache pour tarir
la oif de ton âme, après celle du corps, que je suis Indien,
mais d’une région de l'Inde qui n'est connue de personne. "
The Caliph, delighted to see his desires
accomplished in part, and flattering himself
with the hope of obtaining their entire
fulfilment, without a moment’s hesitation
swallowed the potion, and instantaneously
found his health restored, his thirst
appeased, and his limbs as agile as ever.
Ces mots furent un trait de lumière pour le Calife. C'était

53
l'accomplissement d'une partie de ses désirs; et se flattant
qu'ils allaient être tous satisfaits, il prit la liqueur magique et
la but sans hésiter. À l'instant il se trouva rétabli, sa soif fut
étanchée, et son corps devint plus agile que jamais.
In the transports of his joy, Vathek leaped
upon the neck of the frightful Indian, and
kissed his horrid mouth and hollow cheeks, as
though they had been the coral lips, and the
lilies and roses of his most beautiful wives;
whilst they, less terrified than jealous at
the sight, dropped their veils to hide the
blush of mortification that suffused their
foreheads
Sa joie fut alors extrême ; il saute au col de l'effroyable
indien, et baise sa vilaine bouche béante et baveuse avec
autant d'ardeur qu'il aurait pu baiser les lèvres de corail de
ses plus belles femmes qui, Moins terrifiées par cette vision
qu’envieuses, avaient abaissé leurs voiles pour cacher le
blush de mortification qui venait d’imprégner leur front.
Nor would the scene have closed here, had not
Carathis, with all the art of insinuation, a
little repressed the raptures of her son.
Having prevailed upon him to return to
Samarah, she caused a herald to precede him,
whom she commanded to proclaim as loudly as
possible:
“The wonderful stranger hath appeared again;
he hath healed the Caliph; he hath spoken! he
hath spoken!”
Ces transports n'auraient pas fini, si l'éloquence de Carathis
n'eût ramené le calme. Elle engagea son fils à retourner à
Samarah, et il s'y fit précéder par un héraut qui criait de
toutes ses forces : le merveilleux étranger a reparu, il a guéri
le Calife, il a parlé, il a parlé ! Aussitôt, tous les habitants de
cette grande ville sortirent de leurs maisons. Grands et petits

54
couraient en foule pour voir passer Vathek et l'Indien. Ils ne
se lassaient point de répéter : il a guéri notre Souverain, il a
parlé, il a parlé!
Nor were these words forgotten in the public
festivals, which were celebrated the same
evening to testify the general joy, for the
poets applied them as a chorus to all the songs
they composed.
Ces mots devinrent ceux du jour, et ne furent point oubliés
dans les fêtes publiques qu'on donna le soir même en signe
de réjouissance ; les poètes en firent le refrain de toutes les
chansons qu'ils composèrent sur ce beau sujet.
The Caliph, in the mean while caused the
palaces of the senses to be again set open,
and as he found himself prompted to visit that
of taste, in preference to the rest,
immediately ordered a splendid entertainment,
to which his great officers and favourite
courtiers were all invited. The Indian, who
was placed near the prince, seemed to think
that as a proper acknowledgment of so
distinguished a privilege, he could neither
eat, drink, nor talk too much. The various
dainties were no sooner served up than they
vanished, to the great mortification of
Vathek, who piqued himself on being the
greatest eater alive, and at this time in
particular had an excellent appetite.
Alors, le Calife fit rouvrir les palais des sens ; et comme il
était plus pressé de visiter celui du goût qu'aucun autre, il
ordonna qu'on y servît un splendide festin, auquel ses favoris
et tous les grands officiers furent admis. L'Indien, placé à
côté du Calife, feignit de croire que pour mériter autant
d'honneur, il ne pouvait trop manger, trop boire, ni trop
parler. Les mets disparaissaient de la table aussitôt qu'ils

55
étaient servis.
The rest of the company looked round at each
other in amazement, but the Indian without
appearing to observe it, quaffed large bumpers
to the health of each of them: sung in a style
altogether extravagant; related stories at
which he laughed immoderately; and poured
forth extemporaneous verses which would not
have been thought bad, but for the strange
grimaces with which they were uttered. In a
word, his loquacity was equal to that of a
hundred astrologers; he ate as much as a
hundred porters, and caroused in proportion.
Tout le monde le regardait avec étonnement : mais l'Indien,
sans faire semblant de s'en apercevoir, buvait des rasades à
la santé de chacun, chantait à tue-tête, contait des histoires
dont il riait lui-même à gorge déployée et faisait des
impromptus qu'on aurait applaudis, s'il ne les eût pas
déclamés avec des grimaces affreuses : durant tout le repas,
il ne cessa de bavarder autant que vingt astrologues, de
manger plus que cent porte-faix, et de boire à proportion.
The Caliph, notwithstanding the table had been
thirty times covered, found himself incommoded
by the voraciousness of his guest, who was now
considerably declined in the prince’s esteem.
Vathek, however, being unwilling to betray the
chagrin he could hardly disguise, said in a
whisper to Bababalouk, the chief of his
eunuchs:
Malgré qu'on eût couvert la table trente-deux fois, le Calife
avait souffert de la voracité de son voisin. Sa présence lui
devenait insupportable, et il pouvait à peine cacher son
humeur et son inquiétude; enfin il trouva le moyen de dire à
l'oreille du chef de ses eunuques :
"You see how enormous his performances in

56
every way are; what would be the consequence
should he get at my wives? Go! redouble your
vigilance, and be sure look well to my
Circassians, who would be more to his taste
than all of the rest.”
" tu vois, Bababalouk, comme cet homme fait tout en grand.
Que serait−ce s’il pouvait arriver jusqu' à mes femmes ! Va,
redouble de vigilance, et surtout prends garde à mes
Circassiennes qui l’accommoderaient plus que toutes les
autres."
The bird of the morning had thrice renewed his
song, when the hour of the divan sounded.
Vathek, in gratitude to his subjects, having
promised to attend, immediately arose from
table and repaired thither leaning upon his
vizir, who could scarcely support him, so
disordered was the poor prince by the wine he
had drank, and still more by the extravagant
vagaries of his boisterous guest.
L'oiseau du matin avait trois fois renouvelé son chant,
lorsque l'heure du Divan sonna. Vathek avait promis qu’il y
présiderait en personne. Il se lève de table, et s'appuie sur le
bras de son vizir; plus étourdi du tapage de son bruyant
convive que du vin qu'il avait bu, ce pauvre prince pouvait à
peine se soutenir.
The vizirs, the officers of the crown, and of
the law, arranged themselves in a semi-circle
about their sovereign, and preserved a
respectful silence, whilst the Indian, who
looked as cool as if come from a fast, sat
down without ceremony on a step of the throne,
laughing in his sleeve at the indignation with
which his temerity had filled the spectators.
Les vizirs, les officiers de la Couronne, les gens de loi se
rangèrent autour de leur souverain en demi-cercle, et dans u

57
respectueux silence ; tandis que l'Indien, avec autant de
sang-froid que s'il avait été à jeun, se plaça sans façon sur
une des marches du trône, et riait sous cape de l'indignation
que sa hardiesse causait à tous les spectateurs.
The Caliph, however, whose ideas were confused
and his head embarrassed, went on
administering justice at hap-hazard, till at
length the prime vizir perceiving his
situation, hit upon a sudden expedient to
interrupt the audience, and rescue the honour
of his master, to whom he said in a whisper:
Cependant le Calife, dont la tête était embarrassée, rendait
justice à tort et à travers. Son premier vizir s'en aperçut, et
s'avisa tout à coup d'un expédient pour interrompre
l'audience et sauver l'honneur de son maître. Il lui dit tout
bas:
“My lord, the princess Carathis, who hath
passed the night in consulting the planets,
informs you that they portend you evil; and
the danger is urgent. Beware, lest this
stranger whom you have so lavishly recompensed
for his magical gewgaws, should make some
attempt on your life: his liquor, which at
first had the appearance of effecting your
cure, may be no more than a poison of a sudden
operation. Slight not this surmise; ask him,
at least, of what it was compounded; whence he
procured it; and mention the sabres, which you
seem to have forgotten.”
" Seigneur, la princesse Carathis a passé la nuit à consulter
les planètes ; elle vous fait dire que vous êtes menacé d'un
danger pressant. Prenez garde que cet étranger, dont vous
payez quelques bijoux magiques par tant d'égards, veuille
attenter à votre vie. Sa liqueur a paru vous guérir; ce n'est
peut-être qu'un poison dont l'effet sera soudain. Ne rejetez

58
59
pas ce soupçon ; demandez-lui du moins comme elle est
composée, où il l'a prise, et faites mention des sabres que
vous semblez avoir oubliés."
Vathek, to whom the insolent airs of the
stranger became every moment less supportable,
intimated to his vizir by a wink of
acquiescence, that he would adopt his advice,
and at once turning towards the Indian, said:
“Get up and declare in full divan of what
drugs the liquor was compounded you enjoined
me to take, for it is suspected to be poison;
add also the explanation I have so earnestly
desired concerning the sabres you sold me, and
thus show your gratitude for the favours
heaped on you.”
Excédé des insolences de l'Indien, Vathek répondit à son
vizir par un signe de tête, et s'adressant à ce monstre :
"Lève-toi, lui dit-il, et déclare en plein Divan de quelles
drogues est composé la liqueur que tu m'as fait prendre ;
débrouille surtout l'énigme des sabres que tu m'as vendus :
et reconnais ainsi les bontés dont je t'ai comblé."
Having pronounced these words in as moderate
a tone as a Caliph well could, he waited in
silent expectation for an answer; but the
Indian, still keeping his seat, began to renew
his loud shouts of laughter, and exhibit the
same horrid grimaces he had shown them before,
without vouchsafing a word in reply. Vathek,
no longer able to brook such insolence,
immediately kicked him from the steps,
instantly descending repeated his blow, and
persisted with such assiduity, as incited all
who were present to follow his example. Every
foot was aimed at the Indian, and no sooner
had any one given him a kick than he felt
himself constrained to reiterate the stroke.

60
61
Le Calife se tut après ces paroles qu'il prononça d'un ton
aussi modéré qu'il lui fut possible. Mais l'Indien, sans
répondre ni quitter sa place, renouvella ses éclats de rire et
ses horribles grimaces. Alors Vathek ne put se contenir; d'un
coup de pied il le jetta de l'estrade, le suivit, et le frappa avec
une rapidité qui excita tout le Divan à l'imiter. Tous les pieds
furent en l'air ; on ne lui donna pas un seul coup qu’on ne se
senti forcé de redoubler.
The stranger afforded them no small
entertainment; for being both short and plump,
he collected himself into a ball and rolled
round on all sides at the blows of his
assailants, who pressed after him wherever he
turned, with an eagerness beyond conception,
whilst their numbers were every moment
increasing. The ball, indeed, in passing from
one apartment toanother, drew every person
after it that came in its way, insomuch that
the whole palace was thrown into confusion,
and resounded with a tremendous clamour. The
women of the harem, amazed at the uproar, flew
to their blinds to discover the cause, but no
sooner did they catch a glimpse of the ball
than feeling themselves unable to refrain,
they broke
from the clutches of their eunuchs, who to
stop their flight pinched them till they bled,
but in vain; whilst themselves, though
trembling with terror at the escape of their
charge, were as incapable of resisting the
attraction.
L'attitude de l’Indien leur renforçait le jeu. Comme il était
court et gros, il s’était ramassé en boule, et roulait sous les
coups de ses assaillants, qui le suivaient partout avec un
acharnement inouï. Roulant ainsi d'appartement en

62
appartement, de chambre en chambre, la boule attirait
après elle tous ceux qu'elle rencontrait. Le palais en
confusion retentissait du plus épouvantable bruit. Les
sultanes effrayées regardèrent à travers leurs portières; et
dès que la boule parut, elles ne purent se contenir. En vain
pour les arrêter, les eunuques les pinçaient jusqu'au sang ;
elles s'échappèrent de leurs mains : et ces fidèles gardiens,
presque morts de frayeur, ne pouvaient eux-mêmes
s'empêcher de suivre à la piste la boule fatale.
The Indian, after having traversed the halls,
galleries, chambers, kitchens, gardens, and
stables of the palace, at last took his course
through the courts, whilst the Caliph,
pursuing him closer than the rest, bestowed as
many kicks as he possibly could, yet not
without receiving now and then one, which his
competitors, in their eagerness, designed for
the ball.
Après avoir ainsi parcouru les salles, les chambres, les
cuisines, les jardins et les écuries du palais, l'Indien prit
enfin le chemin des cours. Le Calife, plus acharné que les
autres, le suivait de près, et lui lançait autant de coups de
pied qu'il pouvait : son zèle fut cause qu'il reçut lui-même
quelques ruades adressées à la boule.
Carathis, Morakanabad, and two or three old
vizirs whose wisdom had hitherto withstood the
attraction, wishing to prevent Vathek from
exposing himself in the presence of his
subjects, fell down in his way to impede the
pursuit, but he, regardless of their
obstruction, leaped over their heads, and went
on as before. They then ordered the muezzins
to call the people to prayers, both for the
sake of getting them out of the way, and of
endeavouring by their petitions to avert the

63
calamity; but neither of these expedients was
a whit more successful. The sight of this
fatal ball was alone sufficient to draw after
it every beholder. The muezzins themselves,
though they saw it but at a distance, hastened
down from their minarets and mixed with the
crowd, which continued toincrease in so
surprising a manner, that scarce an inhabitant
was left in Samarah, except the aged, the sick
confined to their beds, and infants at the
breast, whose nurses could run more nimbly
without them. Even Carathis, Morakanabad, and
the rest, were all become of the party.
Carathis, Morakanabad, et deux ou trois autres vizirs dont
la sagesse avait jusqu'alors résisté à l'attraction générale,
voulant empêcher le Calife de se donner en spectacle, se
jetèrent à ses genoux pour l'arrêter; mais il sauta par dessus
leurs têtes, et continua sa course. Alors, ils ordonnèrent aux
Muézins d'appeler le peuple à la prière, tant pour l'ôter du
chemin, que pour l'engager à détourner par ses vœux une
telle calamité ; tout fut inutile. Il suffisait de voir cette
infernale boule pour être attiré après elle. Les Muézins eux-
mêmes, quoiqu'ils ne la vissent que de loin, descendirent de
leurs minarets, et se joignirent à la foule. Elle augmenta au
point, que bientôt il ne resta dans les maisons de Samarah
que des paralytiques, des culs-de-jatte, des mourants, et des
enfants à la mamelle dont les nourrices s'étaient débarrassées
pour courir plus vite: Même Carathis, Morakanabad et les
autres s'étaient enfin mis de la partie.
The shrill screams of the females who had
broken from their apartments, and were unable
to extricate themselves from the pressure of
the crowd, together with those of the eunuchs
jostling after them, terrified lest their
charge should escape from their sight,

64
increased by the execrations of husbands
urging forward and menacing both, kicks given
and received, stumblings and overthrows at
every step, in a word, the confusion that
universally prevailed, rendered Samarah like
a city taken by storm, and devoted to absolute
plunder
Les cris des femmes échappées de leurs sérails ; ceux des
eunuques s'efforçant de ne pas les perdre de vue ; les
jurements des maris, qui, tout en courant, se menaçaient les
uns les autres; les coups de pied donnés et rendus ; les
culbutes à chaque pas, tout enfin rendait Samarah semblable
à une ville prise d'assaut et livrée au pillage.
At last the cursed Indian, who still preserved
his rotundity of figure, after passing through
all the streets and public places, and leaving
them empty, rolled onwards to the plain of
Catoul, and traversed the valley at the foot
of the mountain of the four fountains.
Enfin, le maudit Indien, sous cette forme de boule, après
avoir parcouru les rues, les places publiques, laissa la ville
déserte, prit la route de la plaine de Catoul, et enfila une
vallée au pied de la montagne des quatre sources.
As a continual fall of water had excavated an
immense gulph in the valley, whose opposite
side was closed in by a steep acclivity, the
Caliph and his attendants were apprehensive
lest the ball should bound into the chasm, and
to prevent it, redoubled their efforts, but in
vain. The Indian persevered in his onward
direction, and as had been apprehended,
glancing from the precipice with the rapidity
of lightning, was lost in the gulph below.
L'un des côtés de cette vallée était bordé d'une haute colline
; de l'autre était un gouffre épouvantable formé par la chute

65
des eaux. Le Calife et la multitude qui le suivaient
craignirent que la boule n'allât s'y jeter et redoublèrent
d'efforts pour l'atteindre, mais ce fut en vain; elle roula dans
le gouffre, et disparut comme un éclair.
Vathek would have followed the perfidious
Giaour, had not an invisible agency arrested
his progress. The multitude that pressed
after him were at once checked in the same
manner, and a calm instantaneously ensued.
They all gazed at each other with an air of
astonishment; and notwithstanding that the
loss of veils and turbans, together with torn
habits, and dust blended with sweat, presented
a most laughable spectacle, there was not one
smile to be seen; on the contrary, all with
looks of confusion and sadness returned in
silence to Samarah, and retired to their
inmost apartments, without ever reflecting
that they had been impelled by an invisible
power into the extravagance for which they
reproached themselves: for it is but just,
that men who so often arrogate to their own
merit the good of which they are but
instruments, should attribute to themselves
the absurdities which they could not prevent.
Vathek se serait sans doute précipité après le perfide Giaour,
s'il n'avait été retenu comme par une main invisible. La foule
s'arrêta aussi; tout devint calme. On se regardait d'un air
étonné; et malgré le ridicule de cette scène, personne ne rit.
Chacun, les yeux baissés, l'air confus et taciturne, reprit le
chemin de Samarah, et se cacha dans sa maison, sans penser
qu'une force irrésistible pouvait seule porter à l'extravagance
qu'on se reprochait; car il est juste que les hom mes qui se
glorifient du bien dont ils ne sont que les instruments,
s'attribuent aussi les sottises qu'ils n'ont pu éviter.
The Caliph was the only person that refused to

66
leave the valley. He commanded his tents to
be pitched there, and stationed himself on the
very edge of the precipice, in spite of the
representations of Carathis and Morakanabad,
who pointed out the hazard of its brink giving
way, and the vicinity to the magician that had
so severely tormented him. Vathek derided all
their remonstrances; and having ordered a
thousand flambeaus to be lighted, and directed
his attendants to proceed in lighting more,
lay down on the slippery margin, and
attempted, by the help of this artificial
splendour, to look through that gloom which
all the fires of the empyrean had been
insufficient to pervade. One while he fancied
to himself voices arising from the depth of
the gulph, at another he seemed to distinguish
the accents of the Indian, but all was no more
than the hollow murmur of waters, and the din
of the cataracts that rushed from
steep to steep, down the sides of the
mountain.
Le Calife seul ne voulut pas quitter la vallée. Il ordonna
qu'on y dressât ses tentes; et, malgré les représentations de
Carathis et de Morakanabad, il prit son poste aux bords du
gouffre. On avait beau lui représenter qu'en cet endroit le
terrain pouvait s'ébouler, et que d'ailleurs, il était trop près
du magicien; leurs remontrances furent inutiles. Après avoir
fait allumer mille flambeaux, et commandé qu'on ne cessât
d'en allumer, il s'étendit sur les bords fangeux du précipice,
et tâcha, à la faveur de ces clartés artificielles, de voir au
travers des ténèbres, que tous les feux de l'empirée n'auraient
pu pénétrer. Tantôt il croyait entendre des voix qui partaient
du fond de l'abîme, tantôt il s'imaginait y démêler les accents
de l'Indien; mais ce n'était que le mugissement des eaux, et
le bruit des cataractes qui tombaient à gros bouillons des

67
montagnes.
Having passed the night in this cruel
perturbation, the Caliph at day-break retired
to his tent, where, without taking the least
sustenance, he continued to doze till the dusk
of evening began to come on; he then resumed
his vigils as before, and persevered in
observing them for many nights together. At
length, fatigued with so successless an
employment, he sought relief from change. To
this end he sometimes paced with hasty strides
across the plain; and as he wildly gazed at
the stars, reproached them with having
deceived him; but lo! on a sudden the clear
blue sky appeared streaked over with streams
of blood, which reached from the valley even
to the city of Samarah. As this awful
phenomenon seemed to touch his tower, Vathek
at first thought ofrepairing thither to view
it more distinctly, but feeling himself unable
to advance, and being overcome with
apprehension, he muffled up his face in his
robe.
Vathek passa la nuit dans cette violente situation. Dès que le
jour commença à poindre, il se retira dans sa tente, et là, sans
avoir rien mangé, il s'endormit, et ne se réveilla que lorsque
l'obscurité vint couvrir l'hémisphère. Alors, il reprit le poste
de la veille, et ne le quitta pas de plusieurs nuits. On le voyait
marcher à grands pas et regarder les étoiles d'un air furieux,
comme s'il leur reprochait de l'avoir trompé. Tout à coup,
depuis la vallée jusqu'au-delà de Samarah, l'azur du Ciel
s'entre mêla de longues rayes de sang: cet horrible
phénomène semblait toucher à la grande tour. Le Calife
voulut y monter; mais ses forces l'abandonnèrent ; et, transi
de frayeur, il se couvrit la tête du pan de sa robe.
Terrifying as these prodigies were, this

68
impression upon him was no more than
momentary, and served only to stimulate
his love of the marvellous. Instead,
therefore, of returning to his palace, he
persisted in the resolution of abiding
where the Indian vanished from his view.
One night, however, while he was walking
as usual on the plain, the moon and the
stars at once were eclipsed, and a total
darkness ensued. The earth trembled
beneath him, and a voice came forth, the
voice of the Giaour, who in accents more
sonorous than thunder, thus addressed
him:
“Would’st thou devote thyself to me? adore
then the terrestrial influences, and abjure
Mahomet? On these conditions, I will bring
thee to the palace of subterranean fire: there
shalt thou behold, in immense depositories,
the treasures which the stars have promised
thee, and which will be conferred by those
intelligences whom thou shalt thus render
propitious. It was from thence I brought my
sabres; and it is there that Soliman Ben Daoud
reposes, surrounded by the talismans that
control the world.”
Tous ces prodiges effrayants ne faisaient qu'exciter sa
curiosité. Ainsi, au lieu de rentrer en lui-même, il persista
dans le dessein de rester où l'Indien avait disparu. Une nuit
qu'il faisait sa promenade solitaire dans la plaine, la lune et
les étoiles s'éclipsèrent subitement ; d'épaisses ténèbres
succédèrent à la lumière, et il entendit sortir de la terre qui
tremblait, la voix du Giaour, criant avec un bruit plus fort
que le tonnerre :
"Veux-tu te donner à moi, adorer les influences terrestres, et

69
renoncer à Mahomet ? A ces conditions, je t'ouvrirai le palais
du feu souterrain. Là, sous des voûtes immenses, tu verras
les trésors que les étoiles t'ont promis ; c'est de là que j'ai tiré
mes sabres; c'est là où Suleïman, fils de Daoud, repose,
environné des talismans qui subjuguent le monde."
The astonished Caliph trembled as he answered,
yet in a style that showed him to be no novice
in preternatural adventures:
“Where art thou? Be present to my eyes;
dissipate the gloom that perplexes me, and of
which I deem thee the cause. After the many
flambeaus, I have burnt to discover thee, thou
mayest at least grant a glimpse of thy
horrible visage."
Le Calife étonné répondit en frémissant, mais pourtant du
ton d'un homme qui se faisait aux aventures surnaturelles :
"où es-tu ? parais à mes yeux ! dissipe ces ténèbres dont je
suis las! Après avoir brûlé tant de flambeaux pour te
découvrir, c'est bien le moins que tu me montres ton
effroyable visage."
“Abjure then Mahomet, replied the Indian, and
promise me full proofs of thy sincerity;
otherwise thou shalt never behold me again.”
"Abjure donc Mahomet, reprit l'Indien; donne-moi des
preuves de ta sincérité, ou jamais tu ne me verras."
The unhappy Caliph, instigated by insatiable
curiosity, lavished his promises in the utmost
profusion. The sky immediately brightened;
and by the light of the planets, which seemed
almost to blaze, Vathek beheld the earth open,
and at the extremity of a vast black chasm a
portal of ebony, before which stood the
Indian, still blacker, holding in his hand a
golden key, that caused the lock to resound.
Le malheureux Calife promit tout. Aussitôt le Ciel s'éclaircit,

70
et à la lueur des planètes qui semblaient enflammées, Vathek
vit la terre entr'ouverte. Au fond paraissait un portail d'ébène.
L'Indien étendu devant, tenait en sa main une clef d'or, et la
faisait résonner contre la serrure.
“How, cried Vathek, can I descend to thee,
without the certainty of breaking my neck?
Come take me, and instantly open the portal.”
"Ah! s'écria Vathek, comment puis-je descendre jusqu'à toi?
Viens me prendre, et ouvre ta porte au plus vite."
“Not so fast, replied the Indian, impatient
Caliph! Know that I am parched with thirst,
and cannot open this door till my thirst be
thoroughly appeased. I require the blood of
fifty of the most beautiful sons of thy vizirs
and great men, or neither can my thirst nor
thy curiosity be satisfied. Return to Samarah;
procure for me this necessary libation; come
back hither; throw it thyself into this chasm;
and then shalt thou see!”
"Tout beau, répondit l'Indien: sache que j'ai une grande soif,
et que je ne puis ouvrir qu'elle ne soit étanchée. Il me faut le
sang de cinquante enfants : prends-les parmi ceux de tes
vizirs, et des grands de ta Cour. Autrement, ni ma soif ni ta
curiosité ne seront satisfaites. Retourne donc à Samarah;
apporte-moi ce que je désire; jette-le toi-même dans ce
gouffre ; et puis tu verras."
Having thus spoken, the Indian turned his back
on the Caliph, who, incited by the suggestion
of demons, resolved on the direful sacrifice.
He now pretended to have regained his
tranquillity, and set out for Samarah amidst
the acclamations of a people who still loved
him, and forbore not to rejoice when they
believed him to have recovered his reason. So
successfully did he conceal the emotion of his

71
heart, that even Carathis and Morakanabad were
equally deceived with the rest. Nothing was
heard of but festivals and rejoicings. The
ball, which notongue had hitherto ventured to
mention, was again brought on the tapis. A
general laugh went around; though many, still
smarting under the hands of the surgeon, from
the hurts received in that memorable
adventure, had no great reason for mirth.
Après ces paroles, l'Indien tourna le dos; ët le Calife, inspiré
par les démons, se résolut au sacrifice affreux. Il fit donc
semblant d'avoir repris sa tranquillité, et s'achemina vers
Samarah aux acclamations d'un peuple qui l'aimait encore.
Il dissimula si bien le trouble involontaire de son âme, que
Carathis et Morakanabad y furent trompés comme les
autres. On ne parla plus que de fêtes et de réjouissances.
On mit même sur le tapis l'histoire de la boule, dont
personne n'avait encore osé ouvrir la bouche: partout on en
riait; cependant, tout le monde n'avait pas sujet d'en rire.
Plusieurs étaient encore entre les mains des chirurgiens à la
suite des blessures reçues dans cette mémorable aventure.
The prevalence of this gay humour was not a
little grateful to Vathek, as perceiving how
much it conduced to his project. He put on
the appearance of affability to every one; but
especially to his vizirs, and the grandees of
his court, whom he failed not to regale with
a sumptuous banquet, during which he
insensibly inclined the conversation to the
children of his guests. Having asked, with a
good-natured air, who of them were blessed
with the handsomest boys, every father at once
asserted the pretensions of his own; and the
contest imperceptibly grew so warm, that
nothing could have with-holden them from

72
coming to blows but their profound reverence
for the person of the Caliph. Under the
pretence, therefore, of reconciling the
disputants, Vathek took upon him to decide;
and with this view commanded the boys to be
brought.
Vathek était très aise qu'on le prît sur ce ton, parce qu'il
voyait que cela le conduirait à ses abominables fins. Il avait
un air affable avec tout le monde, surtout avec ses vizirs et
les grands de sa Cour. Le lendemain, il les invita à un repas
somptueux. Peu à peu il fit tomber la conversation sur leurs
enfants, et demanda d'un air de bienveillance qui d'entre
eux avait les plus jolis garçons? Aussitôt, chaque père
s'empresse à mettre les siens au-dessus de ceux des autres.
La dispute s'échauffa; on en serait venu aux mains sans la
présence du Calife qui feignit de vouloir en juger par lui-
même et dans ce but commanda qu’on lui amène les
garçons.
It was not long before a troop of these poor
children made their appearance, all equipped
by their fond mothers with such ornaments as
might give the greatest relief to their
beauty, or most advantageously display the
graces of their age. But whilst this
brilliant assemblage attracted the eyes and
hearts of every one besides, the Caliph
scrutinized each in his turn with a malignant
avidity that passed for attention, and
selected from their number the fifty whom he
judged the Giaour would prefer.
Bientôt on vit arriver une bande de ces pauvres enfants. La
tendresse maternelle les avait ornés de tout ce qui pouvait
rehausser leur beauté. Mais tandis que cette brillante
jeunesse attirait tous les yeux et les cœurs, Vathek l'examina
avec une perfide avidité, et en choisit cinquante pour les

73
sacrifier au Giaour.
With an equal show of kindness as before, he
proposed to celebrate a festival on the plain,
for the entertainment of his young favourites,
who he said ought to rejoice still more than
all at the restoration of his health, on
account ofthe favours he intended for them.
Alors, avec un air de bonhomie il proposa de donner à ses
petits favoris une fête dans la plaine. Ils devaient, disait-il,
se réjouir encore plus que tous les autres du retour de sa
santé.
The Caliph’s proposal was received with the
greatest delight, and soon published through
Samarah. Litters, camels, and horses were
prepared. Women and children, old men and
young—every one placed himself in the station
he chose. The cavalcade set forward, attended
by all the confectioners in the city and its
precincts. The populace, following on foot,
composed an amazing crowd, and occasioned no
little noise. All was joy; nor did any one
call to mind what most of them had suffered
when they first travelled the road they were
now passing so gaily.
La bonté du Calife en chante. Elle est bientôt connue de tout
Samarah. On prépare des litières, des chameaux, des
chevaux ; femmes, enfants, vieillards, jeunes gens chacun se
place selon son goût. Le cortège se met en marche, suivi de
tous les confiseurs de la ville et des faubourgs ; le peuple suit
à pied en foule ; tout le monde est dans la joie, et pas un ne
se ressouvient de ce qu'il en a coûté à plusieurs, la dernière
fois qu'on avait pris ce chemin.
The evening was serene, the air refreshing,
the sky clear, and the flowers exhaled their
fragrance. The beams of the declining sun,

74
whosemild splendour reposed on the summit of
the mountain, shed a glow of ruddy light over
its green declivity, and the white flocks
sporting upon it. No sounds were audible,
save the murmurs of the four fountains, and
the reeds and voices of shepherds, calling to
each other from different eminences.
La soirée était belle, l'air frais, le ciel serein ; les fleurs
exhalaient leurs parfums. La nature en repos semblait se
réjouir aux rayons du soleil couchant. Leur douce lumière
dorait la cime de la montagne aux quatre sources ; elle en
embellissait la descente et colorait les troupeaux
bondissants. On n'entendait que le murmure des fontaines, le
son des chalumeaux, et la voix des bergers qui s'appelaient
sur les collines.
The lovely innocents, proceeding to the
destined sacrifice, added not a little to the
hilarity of the scene. They approached the
plain full of sportiveness; some coursing
butterflies, others culling flowers, or
picking up the shining little pebbles that
attracted their notice. At intervals, they
nimbly started from each other, for the sake
of being caught again, and mutually imparting
a thousand caresses.
Les pauvres enfants qui allaient être immolés rendaient la
scène encore plus interessante. Pleins d’innocence et de
sécurité, ils s'avançaient vers la plaine en ne cessant de
folâtrer ; l'un courait après des papillons, l'autre cueillait des
fleurs ou ramassait de petites pierres luisantes ; plusieurs
s'éloignaient d'un pas léger pour avoir le plaisir de se
rejoindre et de se donner mille baisers.
The dreadful chasm, at whose bottom the portal
of ebony was placed, began to appear at a
distance. It looked like a black streak that
divided the plain. Morakanabad and his

75
companions took it for some work which the
Caliph had ordered. Unhappy men! little did
they surmise for what it was destined.
Déjà on découvrait de loin l'horrible gouffre au fond duquel
était le portail d'ébène. Semblable à une raie noire, il coupait
la plaine par le milieu. Morakanabad et ses confrères le
prirent pour un de ces bizarres ouvrages que le Calife se
plaisait à faire ; les malheureux ! ils ne savaient pas à quoi il
était destiné.
Vathek, not liking that they should examine it
too nearly, stopped the procession, and
ordered a spacious circle to be formed on this
side, at some distance from the accursed
chasm. The body-guard of eunuchs was
detached, to measure out the lists intended
for the games, and prepare ringles for the
lines to keep off the crowd. The fifty
competitors were soon stripped, and presented
to the admiration of the spectators the
suppleness and grace of their delicate limbs.
Their eyes sparkled with a joy which those of
their fond parents reflected. Every one
offered wishes for the little candidate
nearest his heart, and doubted not of his
being victorious. A breathless suspense
awaited the contest of these amiable and
innocent victims.
Vathek, qui ne voulait point qu'on examinât de trop près le
lieu fatal, arrête la marche et fait tracer un grand cercle. La
garde des eunuques se détache pour mesurer la lice destinée
aux courses de pied, et pour préparer les anneaux que
doivent enfiler les flèches. Les cinquante jeunes garçons se
déshabillent à la hâte ; on admire la souplesse et les agréables
contours de leurs membres délicats. Leurs yeux pétillent
d'une joie qui se répète dans ceux de leurs parents. Chacun
fait des vœux pour celui des petits combattants qui l'intéresse

76
le plus : tout le monde est attentif aux jeux de ces êtres
aimables et innocents.
The Caliph, availing himself of the first
moment to retire from the crowd, advanced
towards the chasm, and there heard, yet not
without shuddering, the voice of the Indian;
who, gnashing his teeth, eagerly demanded:
“Where are they? Where are they? perceivest
thou not how my mouth waters?”
Le Calife saisit ce moment pour s'éloigner de la foule. Il
s'avance sur le bord du gouffre, et entend, non sans frémir,
l'Indien qui disait en grinçant des dents : "où sont-ils?"
“Relentless Giaour! answered Vathek, with
emotion, can nothing content thee but the
massacre of these lovely victims? Ah! wert
thou to behold their beauty, it must certainly
move thy compassion.”
"Impitoyable Giaour! répondit Vathek tout troublé, n'y a-t-
il pas moyen de te contenter sans le sacrifice que tu exiges ?
Ah ! si tu voyais la beauté de ces enfans, leurs graces, leur
naïveté, tu en serais attendri."
“Perdition on thy compassion, babbler! cried
the Indian. Give them me! instantly give
them, or my portal shall be closed against
thee for ever!”
"La peste de ton attendrissement, bavard que tu es ! s'écria
l'Indien ; donne, donne les vîte, ou ma porte te sera fermée à
jamais."
“Not so loudly,” replied the Caliph,
blushing.
" Ne crie donc pas si haut," repartit le Calife en rougissant.
I understand thee,” returned the Giaour, with
the grin of an ogre: “thou wantest to summon
up more presence of mind. I will for a moment
forbear.”

77
"Oh ! pour cela, j'y consens, reprit le Giaour, avec un sourire
d'ogre ; tu ne manques pas de présence d'esprit : j'aurai
patience encore un moment."
During this exquisite dialogue, the games went
forward with all alacrity, and at length
concluded, just as the twilight began to
overcast the mountains. Vathek, who was still
standing on the edge of the chasm, called out
with all his might:
“Let my fifty little favourites approach me,
separately; and let them come in the order of
their success. To the first I will give my
diamondbracelet; to the second my collar of
emeralds; to the third my aigret of rubies; to
the fourth my girdle of topazes; and to the
rest, each a part of my dress, even down to my
slippers."
Pendant cet affreux dialogue, les jeux étaient dans toute leur
vivacité. Ils finirent eufin, lorsque le crépuscule gagna les
montagnes. Alors, le Calife se tenant debout sur le bord de
l'ouverture, cria de toutes ses forces :
"Que mes cinquante petits favoris s'approchent de moi, et
qu'ils viennent selon l’ordre du succès qu'ils ont eu daus
leurs jeux ! Au premier des vainqueurs je donnerai mon
bracelet de diamants, au second mon collier d'émeraudes, au
troisième ma ceinture de topaze, et à chacun des autres
quelque pièce de mon habillement, jusqu'à mes pantoufles."
This declaration was received with reiterated
acclamations; and all extolled the liberality
of a prince who would thus strip himself for
he amusement of his subjects and the
encouragement of the rising generation.
A ces paroles, les acclamations redoublèrent ; on portait
aux nues la bonté d'un Prince qui se mettait tout nu pour
amuser ses sujets, et encourager la jeunesse.

78
The Caliph in the mean while undressed himself
by degrees; and raising his arm as high as he
was able, made each of the prizes glitter in
the air; but, whilst he delivered it with one
hand to the child, who sprang forward to
receive it, he with the other pushed the poor
innocent into
the gulph, where the Giaour, with a sullen
muttering, incessantly repeated “More! more!”
Cependant la Calife se déshabillant peu-à-peu, et élevant le
bras aussi haut qu'il pouvait, faisait briller chacun des prix ;
mais tandis que d'une main il le donnait à l'enfant qui se
hâtait de le recevoir, de l'autre il le poussait dans le gouffre,
où le Giaour toujours grommelant, répétait sans cesse :
"encore ! encore !"
This dreadful device was executed with so much
dexterity, that the boywho was approaching him
remained unconscious of the fate of his
forerunner; and as to the spectators, the
shades of evening, together with their
distance, precluded them from perceiving any
object distinctly. Vathek, having in this
manner thrown in the last of the fifty, and
expecting that the Giaour on receiving him
would have presented the key, already fancied
himself as great as Soliman, and consequently
above being amenable for what he had done;
when, to his
utter amazement, the chasm closed, and the
ground became as entire as the rest of the
plain.
Cet horrible manège était si rapide que l'enfant qui
accourait ne pouvait se douter du sort de ceux qui l'avaient
précédé ; et quant aux spectateurs, l'obscurité et la distance
les empêchaient de voir. Enfin, Vathek ayant ainsi précipité
la cinquantième victime, crut que le Giaour viendrait le

79
prendre et lui présenter la clef d'or. Déjà il s'imaginait être
aussi grand que Suleïman, et n'avoir aucun compte à
rendre, lorsque la crevasse se ferma â sa grande surprise, et
qu'il sentit sous ses pas la terre ferme comme à l'ordinaire.
No language could express his rage and
despair. He execrated the perfidyof the
Indian; loaded him with the most infamous
invectives; and stamped with his foot as
resolving to be heard. He persisted in this
demeanour till his strength failed him, and
then fell on the earth like one void of sense.
His vizirs and grandees, who were nearer than
the rest, supposedhim at first to be sitting
on the grass at play with their
amiable children; but at length, prompted by
doubt, they advanced towards the spot, and
found the Caliph alone, who wildly demanded
what they wanted.
Sa rage et son désespoir ne peuvent s'exprimer. Il
maudissait la perfidie de l'Indien ; il l'appellait des noms les
plus infâmes, et frappait du pied comme pour en être
entendu. Il se démena ainsi jusqu'à ce qu'étant épuisé, il
tomba par terre comme s'il avait perdu le sentiment. Ses
vizirs et les grands de la cour plus près de lui que les autres,
crurent d'abord qu'il s'était assis sur l'herbe pour jouer avec
les enfants ; mais une sorte d'inquiétude les ayant saisis, ils
avancèrent et virent le Calife tout seul, qui leur dit d'un air
égaré :" Que voulez-vous?"
“Our children! our children!” cried they.
" Nos enfants ! nos enfants !" s'écrièrent-ils.
“It is assuredly pleasant,” said he, “to make
me accountable for accidents. Your children,
while at play, fell from the precipice that
was here; and I should have experienced their

80
fate had I not been saved by a sudden start
back.
"Vous êtes bien plaisants de vouloir me rendre responsable
des accidents de la vie, leur répondit-il. Vos enfants sont
tombés en jouant dans le précipice qui était ici, et j'y serais
tombé moi-même, si je n’avais fait un saut en arrière."
At these words, the fathers of the fifty boys
cried out aloud: the mothers repeated their
exclamations an octave higher; whilst the
rest, without knowing the cause, soon drowned
the voices of both, with still louder
lamentations of their own.
À ces mots, les pères des cinquante enfants poussent des
cris perçants, que les mères répétèrent d’une octave plus
haut; tandis que tous les autres, sans savoir pourquoi l'on
criait, enchérissaient sur eux par des hurlements.
“Our Caliph,” said they, and the report soon
circulated, “Our Caliph has played us this
trick, to gratify his accursed Giaour. Let us
punish him for his perfidy! let us avenge
ourselves! let us avenge the blood of the
innocent! let us throw this cruel Prince into
the gulph that is near, and let his name be
mentioned no more!”
Bientôt, on se dit de tous côtés : c'est un tour que le Calife
nous a joué pour plaire à son maudit Giaour ; punissons-le
de sa perfidie ! vengeons-nous ! vengeons le sang innocent
! Jetons ce cruel Prince dans la cataracte, et que sa
mémoire
même soit anéantie!
At this rumour, and these menaces, Carathis,
full of consternation, hastened to
Morakanabad, and said:
“Vizir, you have lost two beautiful boys, and
must necessarily be the most afflicted of

81
fathers; but you are virtuous; save your
master!”
Carathis, effrayée par cette rumeur, s'approcha de
Morakanabad et lui dit :
"Visir, vous avez perdu deux jolis enfants, vous devez être
le plus désolé des pères; mais vous êtes vertueux, sauvez
votre maître."
“I will brave every hazard, replied the Vizir,
to rescue him from his present danger; but
afterwards will abandon him to his fate.
Bababalouk, continued he, put yourself at the
head of your Eunuchs, disperse the mob, and if
possible bring back this unhappy Prince to his
palace.
"Oui, Madame, répondit le vizir ; je vais essayer au péril de
ma vie de le tirer du danger où il est ; ensuite, je
l'abandonnerai à son funeste destin. Bababalouk,
poursuivit-il, mettez-vous à la tête de vos eunuques;
écartons la foule ; ramenez, s'il se peut, ce malheureux
Prince dans son palais."
Bababalouk and his fraternity, felicitating
each other in a low voice on their disability
of ever being fathers, obeyed the mandate of
the Vizir; who, seconding their exertions to
the utmost of his power, at length
accomplished his generous enterprise, and
retired, as he resolved, to lament at his
leisure.
Bababalouk et ses compagnons, se félicitèrent, pour la
première fois et tout bas, de ce qu'on les avait privés des
honneurs et des soucis de la paternité. Ils obéirent au vizir,
et celui-ci les secondant de son mieux, vint enfin à bout de
sa généreuse entreprise. Alors, il se retira pour pleurer à
son aise.

82
No sooner had the Caliph re-entered his
palace, than Carathis commandedthe doors to be
fastened; but perceiving the tumult to be
still violent,and hearing the imprecations
which resounded from all quarters, she saidto
her son: “Whether the populace be right or
wrong, it behoves you to provide for your
safety: let us retire to your own apartment,
and from thence, through the subterranean
passage known only to ourselves, into your
tower; there, with the assistance of the mutes
who never leave it, we may be able to make
some resi tance. Bababalouk, supposing us to
be still in the palace, will guard its avenues
for his own sake; and we shall soon find,
without the counsels of that blubberer
Morakanabad, what expedient may be the best to
adopt.”
Dès que le Calife fut rentré, Carathis fit fermer les portes du
palais. Mais voyant que l'émeute augmentait, et que de tous
côtés on vomissait des imprécations, elle dit à son fils :
"Que vous ayez tort ou raison, n'importe; il faut sauver votre
vie. Retirons-nous dans vos appartements ; de là, nous
passerons dans le souterrain qui n'est connu que de vous et
de moi, et gagnerons la tour, où, avec le secours des muets
qui n'en sont jamais sortis, nous tiendrons de reste.
Bababalouk nous croira encore dans le palais, et en défendra
l'entrée pour son propre intérêt; alors, sans nous embarrasser
des conseils de ce pleureur de Morakanabad, nous verrons
ce qu'il y aura de mieux à faire."
Vathek, without making the least reply,
acquiesced in his mother’s proposal, and
repeated as he went:
“Nefarious Giaour! where art thou? hast thou
not yet devoured those poor children? where re
thy sabres? thy golden key? thy talismans?”

83
Vathek ne répondit pas un seul mot à tout ce que sa mère lui
disait, et se laissa conduire comme elle voulut ; mais tout en
marchant, il répétait:
"où es-tu, horrible Giaour? N'as-tu pas encore croqué ces
enfants ? Où sont tes sabres, ta clef d'or, tes talismans?"
Carathis, who guessed from these
interrogations a part of the truth, had no
difficulty to apprehend in getting at the
whole, as soon as he should be a little
composed in his tower. This Princess was so
far from beinginfluenced by scruples that she
was as wicked as woman could be, which is not
saying a little, for the sex pique themselves
on their superiority in every competition. The
recital of the Caliph therefore occasioned
neither terror nor surprise to his mother; she
felt no emotion but from the promises of the
Giaour; and said to her son:
Ces paroles firent deviner à Carathis une partie de la vérité.
Quand son fils se fut un peu tranquillisé dans la tour, elle
n'eut pas de peine à la tirer tout entière. Bien loin d'avoir des
scrupules, elle était aussi méchante qu'une femme peut l'être,
et ce n'est pas peu dire; car ce sexe se pique de surpasser en
tout celui qui lui dispute la supériorité. Le récit du Calife ne
causa donc à Carathis ni surprise ni horreur; elle fut
seulement frappée des promesses du Giaour, et dit à son fils:
“This Giaour, it must be confessed, is
somewhat sanguinary in his taste, but the
terrestrial powers are always terrible:
nevertheless, what the one has promised and
the others can confer, will prove a sufficient
indemnification. No crimes should be thought
too dear for such a reward. Forbear then to
revile the Indian: you have not fulfilled the
conditions to which his services are annexed.
For instance, is not a sacrifice to the

84
85
subterranean Genii required? and should we not
be prepared to offer it as soon as the tumult
is subsided? This charge I will take on
myself, and have no doubt of succeeding by
means of your treasures; which, as there are
now so many others in store, may without fear
be exhausted.”
"Il faut avouer que ce Giaour est un peu sanguinaire ;
cependant, les puissances terrestres doivent être encore plus
terribles ; mais les promesses de l'un et les dons des autres
valent bien la peine de faire quelques petits efforts ; nul
crime ne doit coûter quand de tels trésors en sont la
récompense. Cessez donc de vous plaindre de l'Indien ; il me
semble que vous n'avez pas rempli toutes les conditions qu'il
met à ses services. Je ne doute point qu'il ne faille faire un
sacrifice aux génies souterrains, et c'est à cela qu'il nous
faudra penser lorsque l'émeute sera apaisée; je vais rétablir
le calme, et je ne craindrai pas d'épuiser vos trésors; puisque
nous en aurons bien d'autres.
Accordingly, the Princess, who possessed the
most consummate skill in the art of
persuasion, went immediately back through the
subterranean passage, and presenting herself
to the populace from a window of the palace,
began to harangue them with all the address of
which she was mistress, whilst Bababalouk
showered money from both hands amongst the
crowd, who by these united means were soon
appeased. Every person retired to his home,
and Carathis returned to the tower.
Cette princesse qui possédait merveilleusement l'art de
persuader, repassa par le souterrain, et s'étant rendue au
palais, se montra au peuple par la fenêtre. Elle le harangua,
tandis que Bababalouk jetait de l'or à pleines mains. Ces
deux moyens réussirent; l'émeute fut apaisée : chacun

86
retourna chez soi, et Carathis reprit le chemin de la tour.
Prayer at break of day was announced, when
Carathis and Vathek ascended the steps which
led to the summit of the tower, where they
remained for some time, though the weather was
lowering and wet. This impending gloom
corresponded with their malignant
dispositions; but when the sun began to break
through the clouds, they ordered a pavilion to
be raised as a screen from the intrusion of
his beams. The Caliph, overcome with fatigue,
sought refreshment from repose, at the same
time hoping that significant dreams might
attend on his slumbers; whilst the
indefatigable Carathis, followed by a party of
her mutes, descended to prepare whatever she
judged proper for the oblation of
theapproaching night.
On annonçait la prière du point du jour, lorsque Carathis et
Vathek montèrent les innombrables degrés qui conduisent au
sommet, et quoique la matinée fût triste et pluvieuse, ils y
restèrent quelque temps. Cette sombre lueur plaisait à leurs
cœurs méchants. Quand ils virent que le soleil allait percer
les nuages, ils firent tendre un pavillon pour se mettre à l'abri
de ses rayons. Le Calife, harassé de fatigue, ne songea
d'abord qu'à se reposer, et dans l'espérance d'avoir des
visions significatives, il se livra au sommeil. De son côté,
l'active Carathis, suivie d’une partie de ses muets, descendit
pour préparer le sacrifice qui devait se faire la nuit suivante.
By secret stairs, known only to herself and
her son, she first repaired to the mysterious
recesses in which were deposited the mummies
that had been brought from the catacombs of
the ancient Pharaohs. Of these she ordered
several to be taken. From thence she resorted
to a gallery, where, under the guard of fifty

87
female negroes, mute, and blind of the right
eye, were preserved the oil of the most
venomous serpents, rhinoceros’ horns, and
woods of a subtle and penetrating odour,
procured from the interior of the Indies,
together with a thousand other horrible
rarieties. This collection had been formed
for a purpose like thepresent, by Carathis
herself, from a presentiment that she might
one day enjoy some intercourse with the
infernal powers, to whom she had ever been
passionately attached, and to whose taste she
was no stranger.
Par de petits degrés pratiqués dans l'épaisseur du mur, et qui
n'étaient connus que d'elle et de son fils, elle descendit
d'abord dans des puits mystérieux qui contenaient les
momies des anciens Pharaons, arrachées de leurs tombeaux
; elle en fit prendre un bon nombre. De là, elle se rendit à une
galerie où, sous la garde de cinquante négresses muettes et
borgnes de l'œil droit, on conservait l'huile des serpents les
plus venimeux, des cornes de rhinocéros, et des bois d'une
odeur suffocante, coupés par des magiciens dans l'intérieur
des Indes; sans parler de mille autres raretés horribles.
Carathis elle-même avait fait cette collection, dans
l'espérance d'avoir, un jour ou l'autre, quelque commerce
avec les puissances infernales qu'elle aimait passionnément,
et dont elle connaissait le goût.
To familiarize herself the better with the
horrors in view, the Princess remained in the
company of her negresses, who squinted in the
most amiable manner from the only eye they
had, and leered with exquisite delight at the
skulls and skeletons which Carathis had drawn
forth from her cabinets, whose key she
entrusted to no one; all of the negresses
making the most frightful contortions, and

88
uttering such shrill chatterings, that stunned
their Princess, who, suffocated by the potency
of the exhalations, was forced to quit the
gallery,after stripping it of a part of its
treasures.
Pour s'accoutumer aux horreurs qu'elle méditait, elle resta
quelque temps avec ses négresses qui louchaient d'une
manière séduisante du seul œil qu'elles avaient, et lorgnaient,
avec délices, les têtes de mort et les squelettes. À mesure
qu'on les tirait des armoires, les négresses faisaient des
contorsions épouvantables et, étourdissaient la princesse par
leur glapissements excessifs. Enfin, Carathis étouffée par la
mauvaise odeur fut forcée de quitter la galerie, après l'avoir
dépouillée d une partie de ses trésors
Whilst she was thus occupied, the Caliph, who
instead of the visions he expected, had
acquired in these insubstantial regions a
voracious appetite, was greatly provoked at
the negresses: for, having totally forgotten
their deafness, he had impatiently asked them
for food; and seeing them regardless of his
demand, he began to cuff, pinch, and push
them, till Carathis arrived to terminate a
scene so indecent, to the
great content of these miserable creatures,
who having been brought up by her, understood
all her signs, and communicated in the same
way their thoughts in return.
Cependant le Calife n'avait pas eu les visions qu'il attendait
; mais il avait gagné dans ces régions exhaussées un appétit
dévorant. Il avait demandé à manger aux muets, et ayant
totalement oublié qu'ils étaient sourds, il les battait, les
mordait et les pinçait de ce qu'ils ne bougeaient pas.
Heureusement pour ces misérables créatures, Carathis vint
mettre le holà a une scène si indécente.
“Son! what means all this? said she, panting

89
for breath. I thought I heard as I came up,
the shrieks of a thousand bats, torn from
their crannies in the recesses of a cavern,
and it was the outcry only of these poor mutes,
whom you were so unmercifully abusing. In
truth, you but ill deserve the admirable
provision I have brought you.”
"Qu'est-ce donc, mon fils? dit-elle essoufflée; j'ai cru
entendre les cris de mille chauves-souris qu'on déniche d'un
antre, et ce ne sont que ceux de ces pauvres muets que vous
maltraitez : en vérité, vous ne méritez pas l'excellente
provision que je vous apporte."
“Give it me instantly! exclaimed the Caliph: I
am perishing for hunger!”
" Donnez, donnez ! s'écria le Calife ; je meurs de faim."
“As to that, answered she, you must have an
excellent stomach if it can digest what I have
been preparing.”
"Ma foi, vous auriez un bon estomac, dit-elle, si vous
pouviez digérer tout ce que j'ai ici."
“Be quick, replied the Caliph. But oh,
heavens! what horrors! What do you intend?”
"Dépêchez-vous, réagit le Calife. Mais, ô ciel! quelles
horreurs! que voulez-vous faire ? je suis prêt à vomir."
“Come, come, returned Carathis, be not so
squeamish, but help me to arrange every thing
properly, and you shall see that what you
reject with such symptoms of disgust will soon
complete your felicity. Let us get ready the
pile for the sacrifice of to-night, and think
not of eating till that is performed. Know
you not that all solemn rites are preceded by
a rigorous abstinence?”
"Allons, allons, répliqua Carathis, ne soyez pas si délicat,
aidez-moi à mettre tout ceci en ordre ; vous verrez que les
mêmes objets que vous rebutez vous rendront heureux.

90
Préparons le bûcher pour le sacrifice de cette nuit, et ne
songez point à manger qu'il ne soit dressé. Ne savez-vous
pas que tous les rites solennels doivent être précédés d'un
jeûne rigoureux ?"
The Caliph, not daring to object, abandoned
himself to grief, and the wind that ravaged
his entrails, whilst his mother went forward
with the requisite operations. Phials of
serpents’oil, mummies, and bones, were soon
set in order on the balustrade of the tower.
The pile began to rise; and in three hours was
as many cubits high. At length, darkness
approached, and Carathis having stripped
herself to her inmost garment, clapped her
hands in an impulse of ecstasy, and struck
light with all her force. The mutes followed
her example: but Vathek, extenuated with
hunger and impatience, was unable to support
himself, and fell down in a swoon. The sparks
had already kindled the dry wood; the venomous
oil burst into a thousand blue flames; the
mummies, dissolving, emitted a thick dun
vapour; and the rhinoceros’ horns beginning to
consume; all together diffused such a stench,
that the Caliph, recovering, started
from his trance and gazed wildly on the scene
in full blaze around him. The oil gushed forth
in a plentitude of streams; and the negresses,
who supplied it without intermission, united
their cries to those of the Princess. At last
the fire became so violent, and the flames
reflected from the polished marble so
dazzling, that the Caliph, unable to withstand
the heat and the blaze, effected his escape,
and clambered up the imperial standard.
Le Calife, n'osant rien répliquer, s'abandonna à la douleur et
aux vents qui commençaient à désoler ses entrailles, tandis

91
que sa mère allait toujours son train. On eut bientôt arrangé
sur les balustrades de la tour les fioles d'huile de serpents, les
momies et les ossements. Le bûcher s'élevait, et en trois
heures il eut vingt, coudées de haut.
Enfin les ténèbres arrivèrent et Carathis, toute joyeuse, se
dépouilla de ses vêtements : elle battait des mains et
brandissait un flambeau de graisse humaine; les muets
l'imitaient; mais Vathek exténué de faim ne put y tenir plus
longtemps, et tomba évanoui. Déjà les gouttes brûlantes des
flambeaux allumaient le bois magique, l'huile empoisonnée
jetait mille feux bleuâtres, les momies se consumaient et
lançaient des tourbillons d'une fumée noire et opaque ; enfin
les flammes gagnant les cornes de rhinocéros, il se répandit
une odeur si infecte que le Calife revint à lui en sursaut, et
parcourut d'un œil égaré la scène flamboyante. L'huile
enflammée découlait à grands flots, et les négresses, qui ne
cessaient d'en apporter, joignaient leurs hurlements aux cris
de Carathis. Les flammes devinrent si violentes, et le poli de
l'acier les réfléchissait avec tant de vivacité, que le Calife ne
pouvant plus en supporter l'ardeur ni l'éclat se réfugia sous
l'étendard impérial.
In the mean time, the inhabitants of Samarah,
scared at the light which shone over the city,
arose in haste, ascended their roofs, beheld
the tower on fire, and hurried half-naked to
the square. Their love to their sovereign
immediately awoke; and apprehending him in
danger of perishing in his tower, their whole
thoughts were occupied with the means of his
safety. Morakanabad flew from his retirement,
wiped away his tears, and cried out for water
like the rest. Bababalouk, whose olfactory
nerves were more familiarized to magical
odours, readily conjecturing that Carathis was
engaged in her favourite amusements,

92
strenuously exhortedthem not to be alarmed.
Him, however, they treated as an old poltroon;
and forbore not to style him a rascally
traitor. The camels and dromedaries were
advancing with water, but no one knew by which
way toenter the tower. Whilst the populace
was obstinate in forcing the doors, a violent
east wind drove such a volume of flame against
them, as atfirst forced them off; but
afterwards, rekindled their zeal. At the same
time, the stench of the horns and mummies
increasing, most of the crowd fell backward in
a state of suffocation. Those that kept
theirfeet mutually wondered at the cause of
the smell, and admonished each other to
retire. Morakanabad, sicker than the rest,
remained in a piteous condition. Holding his
nose with one hand, he persisted in his
efforts with the other to burst open the
doors, and obtain admission. A hundred and
forty of the strongest and most resolute at
length accomplished their purpose. Having
gained the staircase by their violent
exertions, they attained a great height in a
quarter of an hour.
Frappés de la lumière qui éclairait toute la ville, les habitants
de Samarah se levèrent à la hâte, montèrent sur leurs toits,
virent la tour en feu, et descendirent à moitié nus sur la place.
Leur amour pour leur Souverain se réveilla encore dans ce
moment, et croyant qu'il allait être brûlé dans sa tour, ils ne
songèrent plus qu'à le sauver. Morakanabad sortit de sa
retraite en essuyant ses larmes ; il criait au feu, comme les
autres. Bababalouk, dont le nez était plus accoutumé aux
odeurs magiques, se doutait que Carathis travaillait a ses
opérations, et conseillait a tous de rester tranquilles. On le
traita de vieux poltron et de traître insigne; on fit avancer les

93
chameaux et les dromadaires chargés d'eau; mais comment
entrer dans la tour ? Pendant qu'on s'obstinait à en forcer les
portes, un vent furieux s'éleva du nord-est, et répandit au loin
la flamme. D'abord, le peuple recula, ensuite il re doubla de
zèle. Les odeurs infernales des cornes et des momies se
répandant de tous côtês, empestèrent l'air, et plusieurs
personnes, presque suffoquées, tombèrent à la renverse.
Ceux qui étaient restés debout disaient à leurs voisins ;
éloignez-vous, vous empoisonnez. Morakanabad, plus
malade que les autres, faisait pitié ; partout on se bouchait le
nez : mais rien n'arrêta ceux qui enfonçaient les portes. Cent
quarante des plus robustes et des plus déterminés en vinrent
à bout. Ils gagnèrent l'escalier, et firent bien du chemin dans
un quart d'heure.
Carathis, alarmed at the signs of her mutes,
advanced to the staircase, went down a few
steps, and heard several voices calling out
from below: “You shall in a moment have
water!”
Carathis, que les signes de ses muets et de ses négresses
alarmaient, s'avance sur l'escalier, en descend quelques
marches, et entend plusieurs voix qui crient : voici de l'eau !
Being rather alert, considering her age, she
presently regained the top of the tower, and
bade her son suspend the sacrifice for some
minutes, adding:
“We shall soon be enabled to render it more
grateful. Certain dolts of your subjects,
imagining, no doubt, that we were on fire,
have been rash enough to break through those
doors, which had hitherto remained inviolate,
for the sake of bringing up water. They are
very kind, you must allow, so soon to forget
the wrongs you have done them: but that is of
little moment. Let us offer them to the

94
Giaour. Let them come up: our mutes, who
neither want strength nor experience, will
soon despatch them, exhausted as they are with
fatigue.”
Comme elle n'était pas mal leste pour son âge, elle regagna
vite la plateforme, et dit à son fils :
"un moment ; suspendez le sacrifice ; nous allons avoir de
quoi le rendre encore plus beau. Certains s'imaginant
bêtement sans doute, que le feu est à la tour ont eu la témérité
d'en briser les portes, jusqu'à présent inviolables, et ils
viennent avec de l'eau. Il faut avouer qu'ils sont bien bons
d'avoir oublié tous vos torts; mais n'importe. Laissons-les
monter, nous les sacrifierons au Giaour ; nos muets ne
manquent ni de force ni d'expérience : ils auront bientôt
dépêché des gens fatigués.''
“Be it so, answered the Caliph, provided we
finish, and I dine.”
''Soit, répondit le Calife, pourvu qu'on finisse et que je dîne."
In fact, these good people, out of breath from
ascending eleven thousand stairs in such
haste, and chagrined at having spilt, by the
way, the water they had taken, were no sooner
arrived at the top than the blaze of the flames
and the fumes of the mummies at once
overpowered their senses. It was a pity! for
they beheld not the agreeable smile with which
the mutes and the negresses adjusted the cord
to their necks: these amiable personages
rejoiced, however, no less at the scene.
Never before had the ceremony of strangling
been performed with so much facility. They
all fell without the least resistance or
struggle; so that Vathek, in the space of a
few moments, found himself surrounded by the
dead bodies ofhis most faithful subjects, all
of which were thrown on the top of the pile.

95
Ces malheureux ne tardèrent pas â paraître. Essoufflés
d'avoir monté si vite les quinze cents degrés, au désespoir
que leurs seaux étaient presque vides, ils ne furent pas plutôt
arrivés que l'éclat des flammes et l'odeur des momies
offusquèrent tous leurs sens à la fois : c'était dommage, car
ils ne voyaient pas le sourire agréable avec lequel les muets
et les négresses leur passaient la corde au col ; mais tout
n'était pas perdu, car ces aimables personnes ne se
réjouissaient pas moins d'une telle scène. Jamais on
n'étrangla avec plus de facilité ; chacun tombait sans
résistance et expirait sans pousser un cri ; de sorte que
Vathek se trouva bientôt environné des corps de ses plus
fidèles sujets, qu'on jeta sur le bûcher.
Carathis, whose presence of mind never forsook
her, perceiving that she had carcases
sufficient to complete her oblation, commanded
the chains to be stretched across the
staircase, and the iron doors barricaded, that
no more might come up.
Carathis qui pensait à tout crut en avoir assez ; elle fit tendre
les chaînes et fermer les portes d'acier qui se trouvaient sur
le passage.
No sooner were these orders obeyed, than the
tower shook; the dead bodies vanished in the
flames; which at once changed from a swarthy
crimson to a bright rose colour. An ambient
vapour emitted the most exquisitefragrance;
the marble columns rang with harmonious
sounds, and the liquefied horns diffused a
delicious perfume. Carathis, in transports,
anticipated the success of her enterprise;
whilst the mutes and negresses, to whom these
sweets had given the cholic, retired to their
cells grumbling
On avait à peine exécuté ces ordres que la tour trembla; les

96
cadavres disparurent, et les flammes de sombre cramoisi
qu'elles étaient, devinrent d'une belle couleur de rose. Une
vapeur suave se fit délicieusement sentir ; les colonnes de
marbre jetèrent des sons harmonieux, et les cornes liquéfiées
exhalèrent un parfum ravissant. Carathis, en extase, jouissait
d'avance du succès de ses conjurations; tandis que les muets
et les négresses, à qui les bonnes odeurs donnaient la colique,
se retirèrent dans leurs tanières en grommelant.
Scarcely were they gone, when, instead of the
pile, horns, mummies, and ashes, the Caliph
both saw and felt, with a degree of pleasure
which he could not express, a table, covered
with the most magnificent repast: flaggons of
wine, and vases of exquisite sherbet, floating
on snow. He availed himself, without scruple,
of such an entertainment; and had already laid
hands on a lamb stuffed with pistachios,
whilst Carathis was privately drawing from a
fillagreen urn, a parchment that seemed to
beendless; and which had escaped the notice of
her son. Totally occupied, in gratifying an
importunate appetite, he left her to peruse
it, without interruption; which having
finished, she said to him, in an authoritative
tone,
“Put an end to your gluttony, and hear the
splendid promises with which you are
favoured!” She then read, as follows:
“Vathek, my well-beloved, thou hast surpassed
my hopes: my nostrils havebeen regaled by the
savour of thy mummies, thy horns; and, still
more, by the lives devoted on the pile. At
the full of the moon, cause the bands of thy
musicians, and thy tymbals, to be heard;
depart from thy palace surrounded by all the
pageants of majesty; thy most faithful slaves,
thy best beloved wives; thy most magnificent

97
litters; thy richest loaden camels; and set
forward on thy way to Istakar. There await I
thy coming. That is the region of wonders.
There shalt thou receive the diadem of Gian
Ben Gian, the talismans of Soliman, and the
treasures of the preadimite Sultans: there
shalt thou be solaced with all kinds of
delight. But, beware how thou enterest any
dwelling on thy route, or thou shalt feel the
effects of my anger.”
Dès qu'ils furent partis, la scène changea. Le bûcher, les
cornes et les momies firent place à une table magnifiquement
servie. On y voyait au milieu d'une foule de mets exquis des
flacons de vin, et des vases de Fagfouri5 où un sorbet
excellent reposait sur la neige. Le Calife fondit sur tout cela
comme un vautour, et dévorait un agneau aux pistaches ;
mais Carathis, occupée d'autres soins, tirait d'une urne de
filigrane inaperçue par son fils un parchemin roulé dont on
ne voyait pas la fin, et elle lui dit d’un ton imposant :
"Finissez donc, glouton, et écoutez les promesses
magnifiques qui vous sont faites" ; alors elle lut tout haut ce
qui suit :
"Vathek, mon bien-aimé, tu as surpassé mes espérances ;
mes narines ont savouré le fumet de tes momies, de tes
excellentes cornes, et surtout de ce sang musulman que tu as
répandu sur le bûcher. Lorsque la lune sera dans son plein,
sors de ton palais, environné de toutes les marques de ta
puissance ; que les chœurs de tes musiciens te précèdent au
son des clairons et au bruit des timbales. Fais-toi suivre de
l'élite de tes esclaves, de tes femmes les plus chéries, de mille
chameaux somptueusement chargés, et prends la route
d'Istakhar6. C'est-là que je t'attends ; lâ, ceint du diadème de
Gian Ben Gian7, et nageant daus toutes sortes de délices, les
talismans des Suleïman, les trésors des Sultans préadamites8

98
te seront livrés ; mais malheur à toi si dans ta route tu
acceptes quelque asyle."
The Caliph, who, notwithstanding his habitual
luxury, had never before dined with so much
satisfaction, gave full scope to the joy of
these golden tidings, and betook himself to
drinking anew. Carathis, whose antipathy to
wine was by no means insuperable, failed not
to supply a reason for every bumper, which
they ironically quaffed to the health of
Mahomet. This infernal liquor completed their
impious temerity, and prompted them to utter
a profusion of blasphemies. They gave a loose
to their wit, at the expense of the ass of
Balaam, the dog of the seven sleepers, and the
other animals admitted into the paradise of
Mahomet. In this sprightly humour, they
descended the eleven thousand stairs,
diverting themselves as they went at the
anxious faces they saw on the square, through
the oilets of the tower, and at length arrived
at theroyal apartments by the subterranean
passage. Bababalouk was parading to and fro,
and issuing his mandates with great pomp to
the eunuchs, who were snuffing the lights and
painting the eyes of the Circassians. No
sooner did he catch sight of the Caliph and
his mother than he exclaimed,
“Hah! you have then, I perceive, escaped from
the flames; I was not, however, altogether out
of doubt.”
Le Calife, nonobstant son luxe ordinaire n’avait jamais si
bien dîné. Il se laissa aller à la joie que lui inspiraient de si
bonnes nouvelles, et but de nouveau. Carathis ne haïssait
pas le vin, et faisait raison a toutes les rasades qu'il portait
par ironie à la santé de Mahomet. Cette perfide liqueur

99
acheva de les remplir d'une confiance impie. Ils
blasphémaient; l'âne de Balaam, le chien des sept Dormans,
et les autres animaux qui sont dans le paradis du saint
Prophète devinrent le sujet de leurs scandaleuses
plaisanteries. En ce bel état, ils descendirent gaîment les
quinze cents degrés, se moquant des mines inquiètes qu'ils
voyaient sur la place, à travers les lucarnes de la tour,
gagnèrent le souterrain, et arrivèrent dans les appartements
royaux. Bababalouk s'y promenait d'un air tranquille en
donnant ses ordres aux eunuques qui mouchaient les bougies
et peignaient les beaux yeux des Circassiennes. Il n'eut pas
plutôt aperçu le Calife qu'il dit :
"Ah! je vois bien que vous n'êtes pas brûlés ; je m'en
doutais."
“Of what moment is it to us what you thought
or think? cried Carathis, go, speed, tell
Morakanabad that we immediately want him; and
take care how you stop by the way to make your
insipid reflections.”
" Que nous importe ce que tu penses, s'écria Carathis ! Va,
cours dire à Morakanabad que nous voulons lui parler, et
surtout ne t'arrête pas pour faire tes insipides réflexions."
Morakanabad delayed not to obey the summons,
and was received by Vathek and his mother with
great solemnity. They told him with an air of
composure and commiseration that the fire at
the top of the tower was extinguished, but
that it had cost the lives of the brave people
who sought to assist them.
Le grand vizir arriva sans délai : Vathek et sa mère le
reçurent avec beaucoup de gravité, lui dirent d'un ton plaintif
que le feu du sommet de la tour était éteint, mais que par
malheur il en avait coûté la vie aux braves gens qui étaient
venus à leur secours.

100
“Still more misfortunes! cried Morakanabad
with a sigh. Ah, commander of the faithful,
our holy prophet is certainly irritated
against us! It behoves you to appease him.”
"Encore des malheurs! s'écria Morakanabad en gémissant ;
ah ! Commandeur des Fidèles; notre saint Prophète est sans
doute irrité contre nous ; c'est à vous à l'apaiser."
“We will appease him hereafter, replied the
Caliph, with a smile that augured nothing of
good. You will have leisure sufficient for
your supplications during my absence; for this
country is the bane of my health. I am
disgusted with the mountain of the Four
Fountains, and am resolved to go and drink of
the stream of Rocnabad. I long to refresh
myself in the delightful valleys which it
waters. Do you, with the advice of my mother,
govern my dominions; and take care to supply
whatever her experiments may demand; for you
well know that our tower abounds in materials
for the advancement of science.”
" Nous l'apaiserons de reste, répondit le Calife, avec un
sourire qui n'annonçait rien de bon. Vous aurez assez de
loisirs pour vaquer à vos prières ; ce pays m'abîme la santé,
je veux changer d'air ; la montagne aux quatre sources
m'ennuie, il faut que je boive du ruisseau de Rocnabad9, et
me rafraîchisse dans les beaux vallons qu'il arrose. En mon
absence, vous gouvernerez mes états d'après les conseils de
ma mère, et aurez soin de lui fournir tout ce qu'elle désirera
pour ses expériences ; car vous savez bien que notre tour
est remplie de choses précieuses pour les sciences."
The tower but ill suited Morakanabad’s taste.
Immense treasures had been lavished upon it,
and nothing had he ever seen carried thither
but female negroes, mutes, and abominable

101
drugs. Nor did he know well what to think of
Carathis, who, like a chameleon, could assume
all possible colours. Her cursed eloquence had
often driven the poor Mussulman to his last
shifts. He considered, however, that if she
possessed but few good qualities, her son had
still fewer, and that the alternative, on the
whole, would be in her favour. Consoled,
therefore, with this reflection, he went in
good spirits to soothe the populace, and make
the proper arrangements for his master’s
journey.
La tour n'était guère du goût de Morakanabad ; sa
construction avait épuisé des trésors prodigieux, et il n'y
avait vu porter que des négresses, des muets et de vilaines
drogues. Il ne savait non plus que penser de Carathis, qui
prenait toutes les couleurs comme le caméléon. Sa maudite
éloquence avait souvent mis le pauvre Musulman aux abois;
mais si elle ne valait pas grand-chose, son fils était encore
pire, et il se réjouissait d'en être délivré. Il alla donc calmer
le peuple, et préparer tout pour le voyage de son maître.
Vathek, to conciliate the spirits of the
subterranean palace, resolved that his
expedition should be uncommonly splendid.
With this view, he confiscated on all sides
the property of his subjects, whilst his
worthy mother stripped the seraglios she
visited of the gems they contained. She
collected all the sempstresses and
embroiderers of Samarah, and other cities, to
the distance of sixty leagues, to prepare
pavilions, palanquins, sofas, canopies, and
litters, for the train of the monarch. There
was not left in Masulipatan a single piece of
chintz; and so much muslin had been bought up
to dress out Bababalouk and the other black

102
eunuchs, that there remained not an ell in the
whole Irak of Babylon.
Vathek, dans l'espoir de plaire davantage aux esprits du
palais souterrain, voulait que son voyage fût d'une
magnificence inouïe. Pour cet effet il confisqua à droite et à
gauche les biens de ses sujets, pendant que sa digne mère
visitait les harems, et les dépouillait de leurs pierreries.
Toutes les couturières, toutes les brodeuses de Samarah et
des autres grandes villes à cinquante lieues à la ronde,
travaillaient sans relâche aux palanquins, et aux litières qui
devaient embellir le train du Monarque. On enleva toutes les
belles toiles de Masulipatan, et on employa tant de
mousseline pour enjoliver Bababalouk et les autres eunuques
noirs, qu'il n'en restait pas une aune dans tout l'Iraque
Babylonien.
During these preparations, Carathis, who never
lost sight of her great object, which was to
obtain favour with the powers of darkness,
made select parties of the fairest and most
delicate ladies of the city; but in the midst
of their gaiety she contrived to introduce
serpents amongst them, and to break pots of
scorpions under the table. They all bit to a
wonder, and Carathis would have left them to
bite, were it not that to fill up the time,
she now and then amused herself in curing
their wounds with an excellent anodyne of her
own invention; for this good princess abhorred
being indolent.
Pendant que ces préparatifs se faisaient, Carathis donnait de
petits soupers pour se rendre agréable aux puissances
ténébreuses. Les dames les plus fameuses par leur beauté y
étaient invitées. Elle recherchait surtout les plus blanches et
les plus délicates. Rien n'était aussi élégant que ces soupers
; mais lorsque la gaîté devenait générale, ses eunuques

103
faisaient couler sous la table des vipères, et ils y vidaient des
pots remplis de scorpions10.
On pense bien que tout cela mordait à merveille. Carathis
faisait semblant de ne pas s’en apercevoir et personne n'osait
bouger. Lorsqu'elle voyait que les convives allaient expirer,
elle s'amusait à panser quelques plaies avec une excellente
thériaque de sa composition ; car cette bonne Princesse avait
en horreur l'oisiveté.
Vathek, who was not altogether so active as
his mother, devoted his time to the sole
gratification of his senses, in the palaces
which were severally dedicated to them. He
disgusted himself no more with the divan or
the mosque. One half other of Samarah
lamented the progress of corruption.
Vathek n'était pas aussi laborieux que sa mère. Il passait son
temps à tirer parti des sens dans les palais qui leur étaient
dédiés. On ne le voyait plus ni au Divan, ni à la Mosquée ;
et pendant qu'une moitié de Samarah suivait son exemple,
l'autre gémissait des progrès de la corruption.
In the midst of these transactions, the
embassy returned which had been sent in pious
times to Mecca. It consisted of the most
reverend moullahs, who had fulfilled their
commission, and brought back one of those
precious besoms which are used to sweep the
sacred Cahaba; a present truly worthy of the
greatest potentate on earth!
Sur ces entrefaites revint l'ambassade qu'on avait envoyée à
la Mecque, dans des temps plus pieux. Elle était composée
des plus révérends Moullahs11. Leur mission était
parfaitement remplie, et ils apportaient un de ces précieux
balais qui avaient nettoyé le sacré Cahaba : c'était un présent
vraiment digne du plus grand prince de la terre.
The Caliph happened at this instant to be

104
engaged in an apartment by no means adapted to
the reception of embassies, though adorned
with a certain magnificence, not only to
render it agreable, but also because he
resorted to it frequently, and staid a
considerable time together. Whilst occupied in
this retreat, he heard the voice of Bababalouk
calling out from between the door and the
tapestry that hung before it:
“Here are the excellent Mahomet Ebn Edris al
Shafei, and the seraphic Al Mouhadethin, who
have brought the besom from Mecca, and with
tears of joy entreat they may present it to
your majesty in person.”
Le Calife se trouvait dans ce moment retenu en un lieu peu
convenable pour recevoir des ambassadeurs. Il entendit la
voix de Bababalouk qui criait derrière les portières :
"Voici l'excellent Edris Al Shafei et le séraphique
Mouhateddin, qui apportent le balai de la Mecque, et qui
avec des larmes de joie désirent ardemment le présenter à
votre Majesté."
“Let them bring the besom hither, it may be of
use, said Vathek, who was still employed, not
having quite racked off his wine."
"Qu'on apporte ici ce balai; il peut y être de quelque utilité."
dit Vathek qui était encore employé n’ayant pas assez épuisé
son vin.
“How!” answered Bababalouk, half aloud and
amazed.
"Comment? répondit Bababalouk, hors de lui."
“Obey, replied the Caliph, for it is my
sovereign will; go instantly; vanish! for here
will I receive the good folk who have thus
filled thee with joy.”
"Obéis ! reprit le Calife, car c'est ma volonté suprême; c'est
ici, et nulle autre part, que je veux recevoir ces bonnes gens

105
qui te mettent en extase."
The eunuch departed muttering, and bade the
venerable train attend him. A sacred rapture
was diffused amongst these reverend old men.
Thoughfatigued with the length of their
expedition, they followed Bababaloukwith an
alertness almost miraculous, and felt
themselves highly flattered as they swept
along the stately porticos, that the Caliph
would not receive them like ambassadors in
ordinary, in his hall of audience. Soon
reaching the interior of the harem (where,
through blinds of persian they perceived large
soft eyes, dark and blue, that went and came
like lightning) penetrated with respect and
wonder, and full of their celestial mission,
they advanced in procession towards the small
corridors that appeared to terminate in
nothing, but nevertheless led to the cell
where the Caliph expected their coming.
L'eunuque s'en alla en murmurant, et dit au vénérable
cortège de le suivre. Une sainte joie se répandit parmi ces
respectables vieillards, et quoique fatigués de leur long
voyage, ils suivirent Bababalouk12 avec une agilité qui tenait
du miracle. Ils enfilèrent les augustes portiques, et trouvaient
bien flatteur que le Calife ne les reçût pas, comme des gens
ordinaires, dans la salle d'audience. Bientôt ils parvinrent
dans l'intérieur du sérail, où à travers de riches portières de
soie, ils crurent apercevoir de beaux grands yeux bleus et
noirs qui allaient et venaient comme des éclairs. Pénétrés de
respect et d'étonnement, et pleins de leur mission céleste, ils
s'avançaient en procession vers de petits corridors qui
semblaient n'aboutir à rien, et les conduisaient à cette petite
cellule, où le Calife les attendait.
“What! is the commander of the faithful sick?”
said Ebn Edris al Shafei, in low voice to his

106
companion.
" Le Commandeur des Fidèles serait-il malade, disait tout
bas Edris Al Shafei à son compagnon ?"
“I rather think he is in his oratory,”
answered Al Mouhadethin.
"Il est, sans doute, à son oratoire", répondit Al Mouhateddin.
Vathek, who heard the dialogue, cried out:
“What imports it you how I am employed?
approach without delay.”
Vathek, qui entendait ce dialogue, leur cria : que vous
importe où je suis ? avancez toujours.
They advanced, and Bababalouk almost sunk with
confusion, whilst the Caliph, without showing
himself, put forth his hand from behind the
tapestry that hung before the door, and
demanded of them the besom.
Ils s’avancèrent et Babahalouk fut rempli de confusion alors
que Vathek sortait la main à travers la portière, et demandait
le sacré balai.
Having prostrated themselves as well as the
corridor would permit, and even in a tolerable
semi-circle, the venerable Al Shafei, drawing
forth the besom from the embroidered and
perfumed scarfs in which it had been
enveloped, and secured from the profane gaze
of vulgar eyes, arose from his associates and
advanced with an air of the most awful
solemnity towards the supposed oratory; but
with what astonishment! with what horror was
he seized!
Chacun se prosterna avec respect, aussi bien que le corridor
le permit, et même dans un assez beau demi-cercle. Le
respectable Edris Al Shafei tira le balai des linges brochés et
parfumés qui en défendaient la vue aux yeux du vulgaire, se
détacha de ses confrères, et s'avança pompeusement vers le
prétendu oratoire. De quelle surprise, de quelle horreur ne

107
fut-il pas saisi !
Vathek, bursting out into a villainous laugh,
snatched the besom from his trembling hand,
and fixing upon it some cobwebs that hung
suspended from the ceiling, gravely brushed
away till not a single one remained.
Vathek, avec un rire moqueur, lui ôta le balai qu'il tenait
d'une main tremblante, et fixant quelques toiles d'araignée
suspendues au plancher azuré, il les balaya et n'en laissa pas
une seule.
The old men, overpowered with amazement, were
unable to lift their beards from the ground;
for as Vathek had carelessly left the tapestry
between them half drawn, they were witnesses
to the whole transaction. Their tears gushed
forth on the marble. Al Mouhadethin swooned
through mortification and fatigue, whilst the
Caliph, throwing himself backwardon his seat,
shouted and clapped his hands without mercy.
At last, addressing himself to Bababalouk:
“My dear black,” said he, “go, regale these
pious poor souls with my good wine from
Shiraz; and as they can boast of having seen
more of my palace than any one besides, let
them also visit my office courts, and lead
them out by the back steps that go to my
stables.” Having said this, he threw the
besom in their face, and went to enjoy the
laugh with Carathis.
Les vieillards pétrifiés n'osaient lever leur barbe de dessus
ent tout ; car Vathek avait négligemment tiré le rideau qui
les séparait de lui. Leurs larmes mouillaient le marbre. Al
Mouhateddiu s'évanouit de dépit et de fatigue, pendant que
le Calife, se laissant aller à la renverse, riait et battait des
mains sans miséricorde.
"Mon cher noiraud, dit-il enfin a Bababalouk, vas régaler ces

108
bonnes gens de mon vin de Shiraz13.Puisqu'ils peuvent se
vanter de mieux connaître mon palais que personne, on ne
sauroit leur faire trop d'honneur. En disant ces mots, il leur
jetta le balai au nez, et s'en alla rire avec Carathis.
Bababalouk did all in his power to console the
ambassadors; butthe two most infirm expired on
the spot: the rest was carried to their beds,
from whence, being heart-broken with sorrow
and shame, they never arose.
Bababalouk fit son possible pour consoler les vieillards,
mais deux des plus faibles en moururent sur le champ ; les
autres, ne voulant plus voir la lumière, se firent porter dans
leurs lits, d'où ils ne sortirent jamais.
The succeeding night, Vathek, attended by his
mother, ascended the tower to see if
everything were ready for his journey, for he
had great faith in the influence of the stars.
The planets ppeared in their most favourable
aspects. The
Caliph, to enjoy so flattering a sight, supped
gaily on the roof, and fancied that he heard,
during his repast, loud shouts of laughter
resound through the sky, in a manner that
inspired the fullest assurance.
La nuit suivante, Vathek et sa mère montèrent au haut de la
tour pour consulter les astres sur le voyage. Les
constellations étant dans un aspect des plus favorables ; le
Calife voulut jouir d'un spectacle aussi flatteur. Il soupa
gaîment sur la plateforme, encore noircie de l'affreux
sacrifice. Pendant le repas on entendit de grands éclats de
rire qui retentissaient dans l'atmosphère, et il en tira le plus
favorable augure.
All was in motion at the palace; lights were
kept burning through the whole of the night;
the sound of implements, and of artisans
finishing their work; the voices of women and

109
their guardians who sung at theirembroidery;
all conspired to interrupt the stillness of
nature, and infinitely delight the heart of
Vathek, who imagined himself going intriumph
to sit upon the throne of Soliman.
Tout était en mouvement dans le palais. Les lumières ne
s'éteignaient pas de toute la nuit ; le bruit des enclumes et
des marteaux, la voix des femmes et de leurs gardiens qui
chantaient en brodant ; tout cela interrompait le silence de la
nature et plaisait infiniment à Vathek, qui croyait déjà
monter en triomphe sur le trône de Suleïman.
The people were not less satisfied than
himself; all assisted to accelerate the moment
which should rescue them from the wayward
caprices of so extravagant a master.
Le peuple n’était pas moins content que lui. Chacun mettait
la main a l'oeuvre, pour hâter le moment qui devait le
délivrer de la tyrannie d'un maître si bizzarre.
The day preceding the departure of this
infatuated prince was employed by Carathis in
repeating to him the decrees of the mysterious
parchment, which she had thoroughly gotten by
heart; and in recommending him not to enter
the habitation of any one by the way; “for
well thou knowest, added she, how liquorish
thy taste is after good dishes and young
damsels; let me therefore enjoin thee to be
content with thy old cooks,who are the best in
the world; and not to forget that in thy
ambulatory seraglio there are three dozen
pretty faces, which Bababalouk hath not yet
unveiled. I, myself, have a great desire to
watch over thy conduct, and visit the
subterranean palace, which no doubt contains
whatever can interest persons like us. There
is nothing so pleasing as retiring tocaverns;
my taste for dead bodies and everything like

110
mummy is decided; and I am confident thou wilt
see the most exquisite of their kind. Forget
me not then, but the moment thou art in
possession of the talismans which are to open
to thee the mineral kingdoms, and the centre
of the earth itself, fail not to dispatch some
trusty genius to take meand my cabinet, for
the oil of the serpents I have pinched to death
will be a pretty present to the Giaour, who
cannot but be charmed with such dainties.”
Le jour qui précéda le départ de ce prince insensé, Carathis
crut devoir lui renouveller ses conseils. Elle ne cessait de
répéter les décrets du parchemin mystérieux qu'elle avait
appris par cœur, et recommandent surtout de n'entrer chez
qui que ce fût pendant le voyage. Je sais bien, lui disait-elle,
que tu es friand de bons plats et de minois agréables ; mais
contente-toi de tes anciens cuisiniers, qui sont les meilleurs
toi que dans ton sérail ambulant, il y a pour les moins trois
douzaines de jolis visages auxquels Bababalouk n'a pas
encore levé le voile. Si ma présence n'était pas nécessaire ici,
je veillerais moi-même â ta conduite. J'aurais grande envie
de voir ce palais souterrain, rempli d'objets intéressants pour
les gens de notre espèce ; il n'est rien que j'aime autant que
les cavernes ; mon goût pour les cadavres et les momies est
décidé, et je gage que tu trouveras la quintessence de ce
genre. Ne m'oublie donc pas, et dès le moment que tu seras
en possession des talismans qui doivent te donner le
royaume des métaux parfaits, et t'ouvrir le centre de la terre,
ne manque pas d'envoyer ici quelque génie de confiance
pour me prendre avec mon cabinet. L'huile de ces serpents
que j'ai pincés jusqu'à la mort, sera un fort joli présent pour
notre Giaour, qui doit aimer ces sortes de friandises.
Scarcely had Carathis ended this edifying
discourse, when the sun, setting behind the
mountain of the Four Fountains, gave place to

111
the rising moon. This planet being that
evening at full, appeared of unusualbeauty and
magnitude in the eyes of the women, the
eunuchs, and the pages, who were all impatient
to set forward. The city re-echoed with shouts
of joy and flourishing of trumpets. Nothing
was visible but plumes nodding on pavilions,
and aigrets shining in the mild lustre of the
moon. The spacious square resembled an immense
parterre, variegated with the most stately
tulips of the east.
Lorsque Carathis eut fini ce beau discours, le soleil se
coucha derrière la montagne aux quatre sources, et fit place
a la lune. Cet astre, alors dans son plein, paraissait d'une
beauté et d'une circonférence extraordinaire aux yeux des
femmes, des eunuques et des pages qui brûlaient de voyager.
La ville retentissait de cris de joie et de fanfares. On ne
voyait que plumes flottantes sur tous les pavillons, et
qu'aigrettes brillant à la douce clarté de la lune. La grande
place ne ressemblait pas mal à un parterre émaillé des plus
belles tulipes de l'Orient.
Arrayed in the robes which were only worn at
the most distinguished ceremonials, and
supported by his vizir and Bababalouk, the
Caliph descended the grand staircase of the
tower in the sight of all his people. He could
not forbear pausing at intervals to admire the
superb appearance which everywhere courted his
view, whilst the whole multitude, even to the
camels with their sumptuous burdens, knelt
down before him. For some time, a general
stillness prevailed, which nothing happened to
disturb, but the shrill screams of some
eunuchs in the rear. These vigilant guards
having remarked certain cages of the ladies
swagging somewhat awry, and discovered that a
few adventurous gallants had contrived to get

112
in, soon dislodged the enraptured culprits,
and consigned them with good commendations, to
the surgeons of the serial. The majesty of so
magnificent a spectacle was not, however,
violated by incidents like these. Vathek,
meanwhile, saluted the moon with an idolatrous
air, that neither pleased Morakanabad nor the
doctors of the law, any more than the vizirs
and grandees of his court, who were all
assembled to enjoy the last view of their
sovereign.
Le Calife en habits de cérémonie, s'appuyant sur son vizir et
sur Bababalouk, descendit la grande rampe de la tour. La
multitude entière était prosternée, et les chameaux
magnifiquement chargés s'agenouillaient devant lui. Ce
spectacle était superbe, et le Calife lui-même s'arrêta pour
l'admirer. Tout était dans un silence respectueux : il fut
pourtant un peu troublé par les cris des eunuques de l'arrière-
garde. Ces vigilants serviteurs avaient remarqué que
quelques cages à dame pencbaient trop d'un côté : certains
gaillards s'y étaient adroitement glissés ; mais on les en
dénicha bien vite, avec de bonnes recommandations aux
chirurgiens du sérail. D'aussi petits évènemens
n'interrompirent pas la majesté de cette auguste scène.
Vathek salua la lune d'un air d'intelligence ; et les docteurs
de la loi furent scandalisés de cette idolâtrie, ainsi que les
vizirs et les grands rassemblés pour jouir des derniers
regards de leur Souverain.
At length, the clarions and trumpets from the
top of the tower announced the prelude of
departure. Though the instruments were in
unison with each other, yet a singular
dissonance was blended with their sounds. This
proceeded from Carathis, who was singing her
direful orisons to the Giaour, whilst the
negresses and mutes supplied thorough bass

113
without articulating a word. The good
Mussulmans fancied that they heard thesullen
hum of those nocturnal insects which presage
evil, and importuned Vathek to beware how he
ventured his sacred person.
Enfin, les clairons et les trompettes donnèrent, du sommet de
la tour, le signal du départ. Quoique parfaitement d'accord,
on crut pourtant y remarquer quelque dissonnance; c'était
Carathis qui chantait des hymnes au Giaour, et dont les
négresses et les muets faisaient la basse continue. Les bons
Musulmans croyant entendre le bourdonnement de ces
insectes nocturnes qui sont de mauvais présage, supplièrent
Vathek d'avoir soin de sa personne sacrée.
On a given signal the great standard of the
Califat was displayed; twenty thousand lances
shone around it; and the Caliph, treading
royally on thecloth of gold which had been
spread for his feet, ascended his litter
amidst the general awe that possessed his
subjects.
On arbore le grand étendard du Califat ; vingt mille lances
brillent â la suite ; et le Calife, foulant majestueusement aux
pieds les tissus d'or étendus sur son passage, monte en litière
aux acclamations de ses sujets.
The expedition commenced with the utmost
order, and so entire a silence, that even the
locusts were heard from the thickets on the
plain of Catoul. Gaiety and good humour
prevailing, six good leagues were past before
the dawn; and the morning star was still
glittering in the firmament when the whole of
this numerous train had halted on the banks of
the Tigris, where they encamped to repose for
the rest of the day.
Alors, la marche s'ouvrit dans le plus bel ordre, et avec un si
grand silence, qu'on enteudait chanter les cigales dans les

114
buissons de la plaine de Catoul. On fit six bonnes lieues
avant l'aurore, et l'étoile du matin étincelait encore dans le
firmament, quand ce nombreux cortège arriva au bord d u
Tygre, où l'on dressa les tentes pour se reposer le reste de la
journée.
The three days that followed were spent in the
same manner, but on the fourth the heavens
looked angry, lightnings broke forth in
frequentflashes, re-echoing peals of thunder
succeeded, and the trembling Circassians clung
with all their might to their ugly guardians.
The Caliph himself was greatly inclined to
take shelter in the large town of Gulchissar,
the governor of which came forth to meet him,
and tendered every kind of refreshment the
place could supply. But having examined his
tablets, he suffered the rain to soak him
almost to the bone, notwithstanding the
importunity of his first favourites. Though
he began to regret the palace of the senses,
yet he lost not sight of his enterprise, and
his sanguine expectations confirmed his
resolution. His geographers were ordered to
attend him, but the weather proved so
terrible, that these poor people exhibited a
lamentable appearance; and as no long journeys
had been undertaken since the time of Haroun
al Raschid, their maps of the different
countries were in a still worse plight than
themselves. Every one was ignorant which way
to turn; for Vathek, though well versed in the
course of the heavens, no longer knew his
situation on earth. He thundered even louder
than the elements, and muttered forth certain
hints of the bowstring which were not very
soothing to literary ears. Disgusted at the
toilsome weariness of the way, he determined

115
to cross over the craggy heights, and follow
the guidance of a peasant, who undertook to
bring him, in four days, to Rocnabad.
Remonstrances were all to no purpose, his
resolution was fixed, and an invasion
commenced on the province of the goats, who
sped away in large troops before them. It was
curious to view on these half-calcined rocks
camels richly caparisoned, and pavilions of
gold and silk waving on their summits, which
till then had never been covered, but
withsapless thistles and fern.
Trois jours s'écoulèrent de la même manière. Au quatrième,
le ciel en courroux éclata de mille feux : la foudre faisait un
fracas épouvantable, et les Circassiennes tremblantes
embrassaient leurs vilains gardiens. Le Calife commençait â
regretter les palais des sens ; il avait grande envie de se
réfugier dans le gros bourg de Ghulchissar, dont le
Gouverneur était venu lui offrir des rafraîchissemens. Mais
ayant regardé ses tablettes, il se laissa intrépidement
mouiller jusqu'aux os, malgré les instances de ses favorites.
Son entreprise lui tenait trop à cœur, et ses grandes
espérances soutenaient son courage. Bientôt le cortège
s'égara ; on fit venir les géographes pour savoir où l'on était;
mais leurs cartes trempées étaient dans un état aussi piteux
que leurs personnes ; d'ailleurs, on n'avait point fait de long
voyage depuis Haroun Al-Rachid : on ne savait donc plus de
quel côté se diriger. Vathek, qui avait de grandes
connaissances de lasituation des corps célestes, ne savait où
il en était sur la terre. Il grondait plus fort encore que le
tonnerre, et lâchait quelquefois le mot de potence, qui ne
flattait pas bien agréablement les oreilles litéraires. Enfin, ne
voulant plus suivre que ses idées, il ordonna de traverser des
rochers escarpés, et de prendre un chemin qu'il croyait devoir
le conduire en quatre jours a Rocnabad : on eut beau faire

116
des remontrances, son parti était pris et une invasion a
commencé sur la province des chèvres, qui devant de telles
grandes troupes fuirent loin devant. Il était curieux de voir
sur ces rochers à moitié calcinés des chameaux richement
caprissés, et des pavillons d'or et de soie qui agitaient leurs
sommets, qui jusqu'alors n'avaient jamais été couverts, mais
avec des chardons sautés et des fougères.
The females and eunuchs uttered shrill
wailings at the sight of the precipices below
them, and the dreary prospects that opened in
the vast gorges of the mountains. Before they
could reach the ascent of the steepest rock
night overtook them, and a boisterous tempest
arose, which having rent the awnings of the
palanquins and cages, exposed to the raw gusts
the poor ladies within, who had never before
felt so piercing a cold. The dark clouds that
overcast the face of the sky deepened the
horrors of this disastrous night, insomuch
that nothing could be heard distinctly but the
mewling of pages, and lamentations of
sultanas.
Les femmes et les eunuques, qui n'avaient jamais rien vu de
pareil, frémissaient à l'aspect des gorges des montagnes, et
faisaient des cris pitoyables en voyant les horribles
précipices qui bordaient le sentier rapide où l'on était. La nuit
tomba avant que le cortège eût atteint le sommet du plus haut
rocher. Alors, un vent impétueux mit en pièces les rideaux
des palanquins et des cages, et laissa les pauvres dames
exposées à toutes les fureurs de l'orage. L'obscurité du ciel
augmentait la terreur de cette nuit désastreuse ; aussi n'était-
ce que miaulement des pages et pleurs des demoiselles.
To increase the general misfortune, the
frightful uproar of wild beasts resounded at
a distance, and there were soon perceived in
the forest theywere skirting the glaring of

117
eyes which could belong only to devils
ortigers. The pioneers, who as well as they
could, had marked out a track, and a part of
the advanced guard were devoured before they
had been in the least apprised of their
danger. The confusion that prevailed was
extreme. Wolves, tigers, and other
carnivorous animals, invited by the howling of
their companions, flocked together from every
quarter. Thecrushing of bones was heard on
all sides, and a fearful rush of wings over
head, for now vultures also began to be of the
party.
Pour surcroit de malheur, ou entendit des rugissements
effroyables, et bientôt on aperçut dans l'épaisseur des forêts
des yeux flamboyants, qui ne pouvaient être que ceux de
diables ou de tigres. Les pionniers qui préparaient le chemin
du mieux qu'ils pouvaient, et une partie de l'avant-garde,
furent dévorés avant que de pouvoir se reconnaître. La
confusion était extrême ; les loups, les tigres et les autres
animaux carnassiers, invités par leurs compagnons,
accouraient de toutes parts. On entendait partout croquer des
os, et dans l'air, un épouvantable battement d'ailes ; car les
vautours commençaient à se mettre de la partie.
The terror at length reached the main body of
the troops which surrounded the monarch and
his harem, at the distance of two leagues from
the scene. Vathek (voluptuously reposed in his
capacious litter upon cushions of silk, with
two little pages beside him, of complexions
more fair than the enamel of Franguistan, who
were occupied in keeping off flies) was
soundly asleep, and contemplating in his
dreams the treasures of Soliman. The shrieks,
however, of his wives awoke him with a start,
and instead of the Giaour with his key of gold,

118
he beheld Bababalouk full of consternation.
L'effroi parvint enfin au grand corps de troupes qui entourait
le Monarque et son sérail, et qui était à deux lieues de
distance. Vathek, choyé par ses eunuques, ne s’était encore
apperçu de rien ; il était mollement couché sur des coussins
de soie dans son ample litière ; et pendant que deux petits
pages, plus blancs que l'émail de Franguistan, lui chassaient
les mouches, il dormait d'un profond sommeil, et voyait
briller les trésors de Suleïman dans ses rêves. Les clameurs
de ses femmes le réveillèrent en sursaut, et au lieu du Giaour
avec sa clef d'or, il vit Bababalouk tout transi et consterné.
“Sire, exclaimed this good servant of the most
potent of monarchs, misfortune has arrived at
its height; wild beasts, who entertain no more
reverence for your sacred person than for that
of a dead ass, have beset your camels and their
drivers: thirty of the richest laden are
already become their prey, as well as all your
confectioners, your cooks, and purveyors, and
unless our holy prophet should protect us, we
shall have all eaten our last meal.”
Sire, s'écria ce fidèle serviteur du plus puissant des
Monarques, le malheur est à son comble ; les bêtes féroces,
qui ne vous respecteraient pas plus qu'un âne mort, sont
tombées sur vos chameaux. Trente des plus richement
chargés ont été dévorés avec leurs conducteurs ; vos
boulangers, vos cuisiniers, et ceux qui portaient vos
provisions de bouche ont éprouvé le même sort, et si notre
saint Prophète ne nous protège pas, nous ne mangerons plus
de notre vie.
At the mention of eating, the Caliph lost all
patience. He began to bellow, and even beat
himself, for there was no seeing in the dark.
The rumour every instant increased, and
Bababalouk finding no good could be done with

119
his master stopped both his ears against the
hurly-burly of the harem, and called out
aloud:
A ce mot de manger, le Calife perdit toute contenance ; il
hurla et se donna de grands coups. Bababalouk voyant que
son maître avait tout-à-fait perdu la tête, se boucha les
oreilles pour s’éviter au moins le tintamarre du sérail. Et
comme les ténèbres augmentaient, et que la rumeur devenait
toujours plus grande, il prit un parti héroïque.
“Come, ladies and brothers! all hands to work!
strike light in a moment! never shall it be
said that the commander of the faithful served
to regale these infidel brutes.”
Allons, mesdames et mes confrères, cria-t-il de toutes ses
forces, mettons la main à l’oeuvre, battons le briquet au plus
vîte ! Il ne sera pas dit que le Commandeur des vrais
Croyants serve de pâture à des animaux infidèles.
Though there wanted not in this bevy of
beauties a sufficient number of capricious and
wayward, yet, on the present occasion they
were all compliance. Fires were visible in a
twinkling in all their cages. Ten thousand
torches were lighted at once. The Caliph
himself seized a large one of wax; every
person followed his example; and by kindling
ropes ends dipped in oil and fastened on
poles, an amazing blaze was spread. The rocks
were covered with the splendour of sunshine.
The trails of sparks wafted by the wind,
communicated to the dry fern, of which there
was plenty. Serpents were observed to crawl
forth from their retreats with amazement and
hissings, whilst the horses snorted, stamped
the ground, tossed their noses in the air, and
plunged about without mercy.
Quoiqu'il n'y eût pas mal de capricieuses et de revêches

120
parmi ces belles, toutes furent soumises dans cette occasion.
En un clin-d'oeil, on vit paroître des feux dans toutes les
cages. Dix mille flambeaux furent allumés sur le champ, tout
le monde s'arme de gros cierges, et le Calife lui-même en fait
autant. Des étoupes trempées dans l'huile et allumées au bout
de longues perches, jettaient tant d'éclat que les rochers
paraissaient éclairés comme en plein jour. L'air était rempli
de tourbillons d'étincelles, et le vent les chassant partout, le
feu prit à la fougère et aux broussailles. Dans peu, l'incendie
fit des progrès rapides ; on vit ramper de toutes parts des
serpents au désespoir et qui abandonnaient leur demeure
avec des sifflements effroyables. Les chevaux, le nez au
vent, hennissaient, battaient du pied, et ruaient sans quartier.
One of the forests of cedar that bordered
their way took fire, and the branches that
overhung the path extending their flames to
the muslins and chintzes which covered the
cages of the ladies, obliged them to jump out
at the peril of their necks. Vathek, who
vented on the occasion a thousand blasphemies,
was himself compelled to touch with his sacred
feet the naked earth.
Une des forêts de cèdre qu'on côloyait alors s'embrasa, et les
branches qui pendaient sur le chemin communiquèrent les
flammes aux fines mousselines et aux belles toiles qui
couvraient les cages des dames, et elles furent obligées d'en
sortir, au hasard de se rompre le col, Vathek, vomissant mille
blasphèmes, fut forcé tout comme les autres, de mettre ses
pieds sacrés à terre.
Never had such an incident happened before.
Full of mortification, shame and despondence,
and not knowing how to walk, the ladies fell
into the dirt.
Jamais rien de pareil n'était arrivé : les dames qui ne savaient
pas se tirer d'affaire, tombaient dans la fange, pleines de

121
dépit, de honte et de rage.
“Must I go on foot,” said one.
"Moi, marcher! disait l’une;
“Must I wet my feet,” cried another.
"moi, mouiller mes pieds !" disait l'autre ;
“Must I soil my dress,” asked a third.
"moi salir mes robes !" s'écriait une troisième :
“Execrable Bababalouk, exclaimed all; Outcast
of hell! what hadst thou to do with torches?
Better were it to be eaten by tigers than to
fall into our present condition; we are for
ever undone. Not a porter is there in the
army, nor a currier of camels but hath seen
some part of our bodies, and what is worse,
our very faces!”
"Exécrable Bababalouk ! disaient-elles toutes à la fois,
ordure d'enfer ! Qu'avais-tu besoin de flambeaux? Plutôt que
les tigres nous eussent dévorées, que d'être vues dans l'état
où sommes ! Nous voilà perdues pour jamais. Il n'y aura pas
de porte-faix dans l'armée, ni de décrotteur de chameaux qui
ne puisse se vanter d'avoir vu une partie de notre corps, et,
qui pis est, nos visages."
On saying this, the most bashful amongst them
hid their foreheads on the ground, whilst such
as had more boldness flew at Bababalouk, but
he, well apprised of their humour, and not
wanting in shrewdness, betook himself to his
heels along with his comrades, all dropping
their torches and striking their tymbals.
En disant ces mots, les plus modestes se jettèrent la face
dans les ornières. Celles qui avaient un peu plus de courage
en voulurent à Bababalouk ; mais lui, qui les connaissait et
qui était fin, s'enfuit à toutes jambes avec ses confrères, en
secouant leurs torches et battant des tymbales.
It was not less light than in the brightest of
the dog-days, and the weather was hot in

122
proportion; but how degrading was the
spectacle, to behold the Caliph bespattered
like an ordinary mortal! As the exercise of
his faculties seemed to be suspended, one of
his Ethiopian wives (for he delighted in
variety) clasped him in her arms, threw him
upon her shoulder like a sack of dates, and
finding that the fire was hemming them in, set
off with no small expedition, considering the
weight of her burden. The other ladies who
had just learned the use of their feetfollowed
her; their guards galloped after; and the
camel drivers broughtup the rear as fast as
their charge would permit.
L'incendie répandit une lumière aussi vive que le soleil au
plus beau jour de la canicule, et il faisait chaud à proportion.
Oh comble d'horreur! On voyait le Califeembourbé comme
un simple mortel ! Ses sens commencèrent à s'engourdir; il
ne pouvait plus avancer. Une de ses femmes éthiopiennes
(car il en avait une grande variété) eut pitié de lui, le prit à
brasse-corps, le chargea sur ses épaules, et voyant que le feu
gagnait de tous côtés, elle partit comme un trait, malgré le
poids de son fardeau. Les autres dames, auxquelles le danger
avait rendu l'usage de leurs jambes, la suivirent de toutes
leurs forces; les gardes se mirent à galoper après, et les
palefreniers faisaient courir les chameaux en se culbutant les
uns sur les autres.
They soon reached the spot where the wild
beasts had commenced the carnage, and which
they had too much spirit to leave,
notwithstanding theapproaching tumult, and
the luxurious supper they had made.
Bababalouk nevertheless seized on a few of the
plumpest, which were unable to budge from the
place, and began to flay them with admirable

123
adroitness. The cavalcade being got so far
from the conflagration as that the heat felt
rather grateful than violent, it was
immediately resolved on to halt. The tattered
chintzes were picked up; the scraps left by
the wolves and tigers interred; and vengeance
was taken on some dozens of vultures that were
too much glutted to rise on the wing. The
camels which had been left unmolested to make
sal-ammoniac being numbered, and the ladies
once more inclosed in their cages, the
imperial tent was pitched on the levellest
ground they could find.
On arriva enfin au lieu où les bêtes féroces avaient
commencé le carnage; mais elles avaient trop d’esprit pour
ne s'être pas retirées au bruit d'un si horrible vacarme, ayant,
du reste, soupé à merveille. Bababalouk se saisit pourtant de
deux ou trois des plus grasses, et qui s'étaint tant remplies
qu'elles ne pouvaient plus bouger. Il se mit à les êcorcher
proprement ; ét comme on était déjà assez éloigné de
l'embrasement pour que la chaleur n'enfût que médiocre et
agréable, on se détermina à s'arrêter dans l'endroit où l’on
était. On ramassa les lambeaux des toiles peintes ; on enterra
les débris du repas des loups et des tigres ; on se vengea sur
quelques douzaines de vautours qui en avaieut leur saoul ; et
après avoir fait le dénombrement des chameaux qui
préparaient tranquillement du sel ammoniac, on encagea tant
bien que mal les dames, et on dressa la tente impériale sur le
terrain le moins raboteux.
Vathek, reposing upon a matress of down, and
tolerably recovered from the jolting of the
Ethiopian, who, to his feelings seemed the
roughest trotting jade he had hitherto
mounted, called out for something to eat; but
alas! those delicate cakes which had been
baked in silver ovens for his royal mouth,

124
those rich manchets, amber comfits, flaggons
of Schiraz wine, porcelain vases of snow, and
grapes from the banks of the Tigris, were all
irremediably lost; and nothing had Bababalouk
to present in their stead, but a roasted wolf,
vultures à la daube, aromatic herbs of the
most acrid poignancy, rotten truffles, boiled
thistles, and such other wild plants as must
ulcerate the throat and parch up the
tongue.Nor was he better provided in the
article of drink, for he could procure nothing
to accompany these irritating viands but a few
phials of abominable brandy, which had been
secreted by the scullions in their slippers.
Vathek s'etendit sur ses matelas de duvet, et commençait à
se refaire des secousses de l'Éthiopienne ; c'était une rude
monture! Le repos ramena son appétit accoutumé ; il
demanda à manger ; mais, hélas ! ces pains délicats qu'on
cuisait dans des fours d'argent14 pour sa bouche royale, ces
gâteaux friands, ces confitures ambrées, ces flacons de vin
de Shiraz, ces porcelaines remplies de neige, ces excellents
raisins qui croissent sur les bords du Tygre; tout avoit
disparu!
Bababalouk n'avait à offrir qu'un gros loup rôti, des vautours
à la daube, des herbes fanées, des champignons vénéneux,
des chardons et des racines de mandragore qui ulcéraient la
gorge et mettaient la langue en pièces. Pour toutes liqueurs,
il ne possédait que quelques fioles de méchante eau-de-vie,
que les marmitons avaient cachées dans leurs babouches.
Vathek made wry faces at so savage a repast,
and Bababalouk answered them with shrugs and
contortions. The Caliph however ate with
tolerable appetite, and fell into a nap that
lasted six hours. The splendour ofthe sun,
reflected from the white cliffs of the
mountains in spite of the curtains that

125
inclosed him, at length disturbed his repose.
He awoke terrified, and stung to the quick by
those wormwood-coloured flies which emit from
their wings a suffocating stench. The
miserable monarch was perplexed how to act,
though his wits were not idle in seeking
expedients, whilst Bababalouk lay snoring
amidst a swarm of those insects, that busily
thronged to pay court to his nose. The little
pages, famished with hunger, had dropped their
fans on the ground, and exerted their dying
voices in bitter reproaches on the Caliph, who
now for the first time heard the language of
truth.
On conçoit qu'un repas aussi détestable dut mettre Vathek au
désespoir; il se bouchait le nez et mâchait avec des grimaces
affreuses. Cependant, il ne mangea pas mal, et s'endormit
pour mieux digérer. Pendant ce temps tous les nuages
avaient disparu de dessus l'horison. Le soleil était ardent, et
ses rayons, réfléchis par les rochers, rôtissaient le Calife,
malgré les rideaux qui l'enveloppaient. Un essaim de
moucherons fétides et couleur d'absinthe, le piquaient
jusqu'au sang. N'en pouvant plus, il se réveille en sursaut, et
hors de lui ; il ne savait que devenir, et se débattait de toutes
ses forces, tandis que Bababalouk continuent de ronfler,
couvert de ces vilains insectes qui lui courtisaient le nez. Les
petits pages avaient jetté leurs éventails par terre. Ils étaient
à moitié morts, et employèrent leurs voix expirantes à faire
des reproches amers au Calife, qui, pour la première fois de
sa vie, entendit la vérité.
Thus stimulated, he renewed his imprecations
against the Giaour, and bestowed upon Mahomet
some soothing expressions.
Alors, il renouvella ses imprécations contre le Giaour, et
commença même à dire quelques douceurs à Mahomet.

126
“Where am I? cried he; “What are these
dreadful rocks; these valleys of darkness?
Are we arrived at the horrible Kaf? Is the
Simurgh coming to pluck out my eyes as a
punishment for undertaking this impious
enterprise?”
Où suis-je ? s'écriait-il : quels sont ces affreux rochers ! ces
vallées de ténèbres! sommes-nous arrivés à
l'épouvantable Caf! la Simorgue15 va-t-elle venir me crever
les yeux pour venger mon expédition impie !
Having said this, he bellowed like a calf, and
turned himself towards an outlet in the side
of his pavilion. But alas! what objects
occurred to his view! on one side a plain of
black sand that appeared to be unbounded, and
on the other perpendicular crags bristled over
with those abominable thistles which had so
severely lacerated his tongue. He fancied,
however, that he perceived amongst the
brambles and briars somegigantic flowers, but
was mistaken, for these were only the dangling
palampores and variegated tatters of his gay
retinue. As there were several clefts in the
rock from whence water seemed to have flowed,
Vathek applied his ear with the hope of
catching the sound of some latent runnel, but
could only distinguish the low murmurs of his
people, whowere repining at their journey, and
complaining for the want of water.
En parlant ainsi, il mit la tête à une ouverture du pavillon ;
mais hélas ! quels objets se présentèrent à sa vue! D'un côté,
une plaine de sable noir dont on ne voyait point l'extrémité ;
de l'autre, des rochers perpendiculaires tout couverts de ces
abominables chardons qui lui faisaient encore cuire la
langue. Il crut pourtant découvrir parmi les ronces et les
épines, quelques fleurs gigantesques ; il se trompait: ce

127
n'était que des morceaux de toiles peintes, et des lambeaux
de son magnifique cortège. Comme il y avait plusieurs
crevasses dans le roc, Vathek prêta l'oreille, dans l'espoir d'y
entendre le bruit de quelque torrent ; mais il n'entendit que
le sourd murmure de gens, qui, en maudissant leur voyage,
demandaient de l'eau.
“To what purpose,” asked they, “have we been
brought hither? Hath our Caliph another tower
to build? or have the relentless Afrits
whomCarathis so much loves, fixed in this
place their abode?”
Il y en avait même qui criaient auprès de lui: pourquoi avons-
nous été conduits ici? Notre Calife a-t-il quelqu'autre tour
à bâtir? Ou est-ce que les Afrites16 impitoyables que
Carathis aime tant, font ici leur demeure ?
At the name of Carathis, Vathek recollected
the tablets he had received from his mother,
who assured him they were fraught with
preternatural qualities, and advised him to
consult them as emergencies might require.
Whilst he was engaged in turning them over, he
heard a shout of joy, and a loud clapping of
hands. The curtains of his pavilion were soon
drawn back, and he beheld Bababalouk, followed
by a troop of his favourites sonducting two
dwarfs, each a cubit high, who brought between
them a large basket of melons, oranges, and
pomegranites. They were singing in the
sweetest tones the words that follow:
“We dwell on the top of these rocks, in a cabin
of rushes and canes; the eagles envy us our
nest; a small spring supplies us with abdest,
and we daily repeat prayers which the prophet
approves. We love you, O commander of the
faithful! our master, the good emir Fakreddin,
loves you also; he reveres in your person the
vicegerent of Mahomet. Little as we are, in us

128
he confides; he knows our hearts to be good,
as our bodies are contemptible, and hath
placed us here to aid those who are bewildered
on these dreary mountains. Last night, whilst
we were occupied within our cell in reading
the holy koran, a sudden hurricane blew out
our lights and rocked our habitation. For two
whole hours, a palpable darknessprevailed: but
we heard sounds at a distance which we
conjectured to proceed from the bells of a
cafila, passing over the rocks. Our earswere
soon filled with deplorable shrieks, frightful
roarings, and thesound of tymbals. Chilled
with terror, we concluded that the Deggial
with his exterminating angels had sent forth
their plagues on theearth. In the midst of
these melancholy reflections, we perceived
flames of the deepest red glow in the horizon,
and found ourselves in a few moments covered
with flakes of fire. Amazed at so strange an
appearance, we took up the volume dictated by
the blessed intelligence, and kneeling by the
light of the fire that surrounded us, we
recited the verse which says: ‘Put no trust in
any thing but the mercy of heaven; there is no
help save in the holy prophet; the mountain of
Kaf itself may tremble; it is the power of
Alla only that cannot be moved.’ After having
pronounced these words, we felt consolation,
and our minds were hushed into a sacred
repose. Silence ensued, and our ears clearly
distinguished a voice in the air, saying:
‘Servants of my faithful servant, go down to
the happy valley of Fakreddin; tell him that
an illustrious opportunity now offers to
satiate the thirst of his hospitable heart.
The commander of true believers is this day
bewildered amongst these mountains, and stands

129
in need of thy aid. We obeyed with joy the
angelic mission, and ourmaster, filled with
pious zeal, hath culled with his own hands
these melons, oranges, and pomegranites. He is
following us with a hundred dromedaries laden
with the purest waters of his fountains, and
is coming to kiss the fringe of your
consecrated robe, and implore you to enter his
humble habitation, which, placed amidst these
barren wilds, resembles an emerald set in
lead.”
A ce nom de Carathis, Vathek se ressouvint de certaines
tablettes qu'elle lui avait donnés, en lui conseillant d'y
avoir recours dans les cas désespérés. Pendant qu'il les
feuilletait, il entendit un cri de joie et des battemens de
mains; les rideaux du pavillon s'ouvrirent, et il vit
Bababalouk suivi d'une troupe de ses favorites. Ils lui
amenaient deux nains d'une coudée de haut, portant une
grande corbeille remplie de melons, d'oranges et de
grenades, et qui chantaient d'une voix argentine les paroles
suivantes:
"Nous habitons sur la cîme de ces rochers, une cabane tissue
de cannes et de joncs ; les aigles nous envient notre séjour;
une petite source nous y fournit de quoi faire l'Abdeste, et
jamais un jour ne se passe sans que nous récitions les prières
prescrites par notre saint Prophète. Nous vous chérissons, ô
Commandeur des Fidèles ! Notre maître, le bon Emir
Fakreddin vous chérit aussi; il révère en vous le Vicaire de
Mahomet. Tout petits que nous sommes, il a de la confiance
en nous; il sait que nos cœurs sont aussi bons que nos corps
paraissent méprisables ; et il nous a placés ici pour secourir
ceux qui s'égarent dans ces tristes montagnes. Nous étions,
la nuit dernière, occupés dans notre petite cellule de la
lecture du saint Koran, lorsque les vents impétueux ont éteint
tout à coup nos lumières, et fait trembler notre habitation.

130
Deux heures se sont écoulées dans les plus profondes
ténèbres; alors, nous entendîmes au loin des sons que nous
avons pris pour ceux des clochettes d'un Cafila qui traversait
les rocs. Bientôt des cris, des rugissemens et le son des
tymbales ont frappé nos oreilles. Glacés d'effroi, nous avons
pensé que le Deggial avec ses anges exterminateurs, venait
répandre ses fléaux sur la terre. Au milieu de ces réflexions,
des flammes, couleur de sang, se sont élevées sur l'horison,
et quelques momens après, nous fûmes tout couverts
d'étincelles. Hors de nous-mêmes par ce spectacle
effrayant, nous nous sommes agenouillés, nous avons
ouvert le livre dicté par les bienheureuses intelligences,
et à la clarté des feux qui nous entouraient, nous avons lu le
verset qui dit: On ne doit mettre sa confiance qu'en la
miséricorde du Ciel; il n’y a de ressource que dans le saint
Prophète; la montagne de Caf elle-même peut trembler, la
puissance d'Allah est seule inébranlable. Après avoir
prononcé ces paroles, un calme céleste s'est emparé de nos
âmes ; il s'est fait un profond silence, et nos oreilles ont
distinctement ouï dans l'air une voix qui disait : Serviteurs
de mon Serviteur fidèle, mettez vos sandales, et descendez
dans l'heureuse vallée qu'habite Fakreddin; dites-lui qu'une
occasion illustre se présente pour satisfaire la soif de son
cœur hospitalier: c'est le Commandeur des vrais Croyants
qui erre lui-même dans ces montagnes; il faut le secourir.
Joyeusement, nous avons obéi à l'angélique mission ; et
notre maître plein d'un zèle pieux, a cueilli de ses propres
mains ces melons, ces oranges, ces grenades ; il nous suit
avec cent dromadaires chargés des eaux les plus limpides de
ses fontaines ; il vient baiser la frange de votre robe sacrée,
et vous supplier d'entrer dans son humble demeure, qui est
enchâssée dans ces déserts arides comme une émeraude dans
le plomb."

131
The dwarfs having ended their address,
remained still standing, and withhands crossed
upon their bosoms, preserved a respectful
silence.
Les nains, après avoir ainsi parlé, restèrent debout les mains
croisées sur l'estomac, et dans un profond silence.
Vathek, in the midst of this curious harangue
seized the basket, and long before it was
finished, the fruits had dissolved in his
mouth. As he continued to eat, his piety
increased, and in the same breath which
recited his prayers, he called for the Koran
and sugar.
Pendant cette belle harangue, Vathek s'était saisi de la
corbeille, et long-temps avant qu'elle fût finie les fruits
s'étaient fondus dans sa bouche. À mesure qu'il les mangeait,
il devenait pieux, récitait ses prières, et demandait en même
temps l’alcoran et du sucre.
Such was the state of his mind when the
tablets, which were thrown by at the approach
of the dwarfs, again attracted his eye. He
took them up, but was ready to drop on the
ground when he beheld, in large redcharacters,
these words inscribed by Carathis, which were
indeed enough
to make him tremble.
“Beware of thy old doctors, and their puny
messengers of but one cubit high; distrust
their pious frauds; and instead of eating
their melons, impale on a spit the bearers of
them. Shouldst thou be such a fool as to visit
them, the portal of the subterranean palace
will be shut in thy face, and with such force
as shall shake thee asunder; thy body shall be
spit upon, and bats will engender in thy
belly.”
Il était dans ces dispositions, quand les tablettes, qu'il avait

132
posées à l'apparition des nains, lui donnèrent dans la vue ; il
les reprit : mais il pensa tomber de son haut, en y voyant en
grands caractères rouges, tracés par la main de Carathis, ces
paroles qui étaient d'un à-propos à faire trembler :
" Garde-toi bien des vieux docteurs et de leurs petits
messagers qui n’ont qu'une coudée; méfie-toi de leurs
supercheries pieuses ; au lieu de manger leurs melons, il faut
les mettre eux-mêmes à la broche. Si tu es assez faible pour
entrer chez eux, la porte du palais souterrain se fermera, et
son mouvement te mettra en lambeaux. On crachera sur ton
corps, et les chauves-souris feront leur nid de ton ventre."
“To what tends this ominous rhapsody? cries
the Caliph; and must I then perish in these
deserts with thirst, whilst I may refresh
myself in the valley of melons and cucumbers?
Accursed be the Giaour with his portal of
ebony! he hath made me dance attendance too
long already. Besides who shall prescribe laws
to me? I, forsooth, must not enter any one’s
habitation! Be it so, but what one can I enter
that is not my own.”
"Que signifie ce galimathias épouvantable? s'écria le Calife
: faut-il que j'expire de soif dans ces déserts de sable, pendant
que je puis me rafraîchir dans l'heureuse vallée des melons
et des concombres ? Que maudit soit le Giaour avec son
portail d'ébène ! Il m'a fait assez morfondre ; d'ailleurs, qui
me donnera des lois ? Je ne dois entrer chez personne, dit-on
; eh ! puis-je entrer dans quelque lieu qui ne m'appartienne
?"
Bababalouk, who lost not a syllable of this
soliloquy, applauded it with all his heart;
and the ladies, for the first time, agreed
with him in opinion.
Bababalouk, qui ne perdait pas une parole de ce soliloque, y
applaudissait de tout son cœur, et toutes les dames furent de

133
son avis; ce qui jusqu'alors n'était pas arrivé
The dwarfs were entertained, caressed, and
seated with great ceremony on little cushions
of satin. The symmetry of their persons was
the subject of criticism; not an inch of them
was suffered to pass unexamined. Nick-nacks
and dainties were offered in profusion, but
all were declined with respectful gravity.
They clambered up the sides of the Caliph’s
seat, and placing themselves each on one of
his shoulders, began to whisper prayers in his
ears. Their tongues quivered like theleaves
of a poplar, and the patience of Vathek was
almost exhausted, whenthe acclamations of the
troops announced the approach of Fakreddin,
who was come with a hundred old grey-beards,
and as many korans and dromedaries. They
instantly set about their ablutions, and began
torepeat the Bismillah. Vathek, to get rid of
these officious monitors, followed their
example, for his hands were burning.
On féta les nains, on les caressa, on les mit bien proprement
sur de petits carreaux de satin, on admira la symétrie de leurs
petits corps, on voulait tout voir, on leur présenta des
breloques et du bonbon mais ils refusèrent tout avec
une gravité admirable. Ils grimpèrent sur l'estrade du Calife,
et se plaçant sur ses épaules, ils lui bourdonnèrent des prières
dans les deux oreilles. Leurs petites langues allaient comme
les feuilles du tremble, et la patience de Vathek touchait à sa
fin, quand les acclamations des troupes annoncèrent l'arrivée
de Fakreddin, avec cent barbons, autant de Korans, et autant
de dromadaires. On se mit vîte aux ablutions et à réciter le
Bismillah17. Vathek se débarrassa de ses importuns
moniteurs, et en fit de même ; car il avait les mains brûlantes.
The good Emir, who was punctiliously
religious, and likewise a great dealer in

134
compliments, made an harangue five times more
prolix and insipid than his harbingers had
already delivered. The Caliph, unable any
longer to refrain, exclaimed:
“For the love of Mahomet, my dear Fakreddin,
have done! let us proceed to your valley, and
enjoy the fruits that heaven hath vouchsafed
you.”
The hint of proceeding put all into motion.
The venerable attendants of the emir set
forward somewhat slowly, but Vathek having
ordered his little pages, in private, to goad
on the dromedaries, loud fits of laughter
broke forth from the cages, for the unwieldy
curvetting of these poor beasts, and the
ridiculous distress of their superannuated
riders afforded the ladies no small
entertainment.
Le bon Émir, qui était religieux à toute outrance, et grand
complimenteur, fit une harangue cinq fois plus longue, et
cinq fois moins intéressante, que celle de ses petits
précurseurs. Le Calife n'y pouvant plus tenir, s'écria:
“Pour l'amour de Mahomet ! finissons, mon cher Fakreddin,
et allons dans votre verte vallée, manger les beaux fruits dont
le ciel vous a fait présent."
Sur ce mot d'allons, on se mit en marche ; les vieillards
allaient un peu lentement; mais Vathek, sous-main,
avaitordonné aux petits pages d'éperonner les dromadaires.
Les cabrioles que ces animaux faisaient, et l'embarras de
leurs cavaliers octogénaires, étaient si plaisants, qu'on
n’entendait qu'éclats de rire dans toutes les cages.
They descended, however, unhurt into the
valley, by the large steps which the emir had
cut in the rock; and already the murmuring of
streams and the rustling of leaves began to
catch their attention. The cavalcade soon

135
entered a path, which was skirted by flowering
shrubs, and extended to a vast wood of palm-
trees whose branches overspread a building of
hewn stone. This edifice was crowned with
nine domes, and adorned with as many portals
of bronze, on which was engraven the following
inscription:
“This is the asylum of pilgrims, the refuge of
travellers, and the depository of secrets for
all parts of the world.”
On descendit pourtant heureusement dans la vallée par de
grand escaliers que l'Émir avait fait pratiquer dans le roc ; et
déjà on commençait à entendre le murmure des ruisseaux et
le frémissement des feuilles. Le cortège enfila bientôt un
sentier bordé d'arbustes fleuris, qui aboutissait à un grand
bois de palmiers, dont les branches ombrageaient un vaste
bâtiment de pierre de taille. Cet édifice était couronné de
neuf dômes, et orné d'autant de portails de bronze, sur
lesquels les mots :
"C'est ici l’asile des pèlerins, le refuge des voyageurs, et le
dépôt des secrets de tous les pays du monde."
Nine pages beautiful as the day, and clothed
in robes of Egyptian linen, very long and very
modest, were standing at each door. They
received thewhole retinue with an easy and
inviting air. Four of the most amiable placed
the Caliph on a magnificent taktrevan; four
others, somewhat less graceful, took charge of
Bababalouk, who capered for joy at the
snuglittle cabin that fell to his share; the
pages that remained, waited on the rest of the
train.
Neuf pages, beaux comme le jour, et décemment vêtus de
longues robes de lin d'Égypte, se tenaient à chaque porte. Ils
reçurent la procession d'un air ouvert et caressant. Quatre des
plus aimables placèrent le Calife sur un techtravan18

136
magnifique ; quatre autres un peu moins gracieux se
chargèrent de Bababalouk, qui tressaillait de joie en voyant
l'heureux gîte qu'il devait avoir: le reste du train fut soigné
par les autres pages.
When every thing masculine was gone out of
sight, the gate of a large inclosure on the
right turned on its harmonious hinges, and a
young female of a slender form came forth.
Her light brown hair floated in the hazy
breeze of the twilight. A troop of young
maidens, like the Pleiades, attended her on
tip-toe. They hastened to the pavilions that
contained the sultanas; and the young lady
gracefully bending said to them:
“Charming princesses, every thing is ready; we
have prepared beds for your repose, and
strewed your apartments with jasamine; no
insects will keep off slumber from visiting
your eyelids; we ill dispel them with a
thousand plumes. Come then, amiable ladies!
refresh your delicate feet and your ivory
limbs in baths of rose water, and by the light
of perfumed lamps your servants will amuse you
with tales.”
Quand tout ce qui était mâle eut disparu, la porte d'une
grande enceinte qu'on voyait à droite, tourna sur ses gonds
harmonieux, et il en sortit une jeune personne d'une taille
légère, et dont la chevelure d'un blond cendré flottait au gré
des zéphirs du crépuscule. Une troupe de jeunes filles,
semblables aux Pléiades, la suivait sur la pointe des pieds.
Elles accoururent toutes aux pavillons où étaient les sultanes,
et la jeune dame s'inclinant avec grace leur dit :
"Mes charmantes princesses, on vous attend ; nous avons
dressé les lits de repos, et jonché vos appartements de jasmin
: nul insecte n'écartera le sommeil de vos paupières, nous les
chasserons avec un million de plumes. Venez donc, aimables

137
dames, rafraîchir vos pieds délicats, et vos membres d'ivoire
dans des bains d'eau de rose ; et, à la douce lueur des lampes
parfumées, vos servantes vous feront des contes".
The sultanas accepted with pleasure these
obliging offers, and followed the young lady
to the emir’s harem, where we must for a moment
leave them and return to the Caliph.
Les sultanes acceptèrent avec grand plaisir ces offres
obligeantes, et suivirent la jeune dame dans le harem de
l'Emir ; mais il faut les quitter un moment pour retourner au
Calife.
Vathek found himself beneath a vast dome
illuminated by a thousand lamps of rock
crystal, as many vases of the same material
filled with excellent sherbet sparkled on a
large table, where a profusion of viands were
spread. Amongst others were sweetbreads stewed
in milk of almonds, saffron soups, and lamb à
la crême, of all of which the Caliph was
amazingly fond. He took of each as much as he
was able; testified his sense of the emir’s
friendship by the gaiety of his heart; and
made the dwarfs dance against their will; for
these little devotees durst not refuse the
commander of the faithful. At last he spread
himself on the sofa and slept sounder than he
had ever before.
Ce prince avait été conduit sous un grand dôme, éclairé de
mille lampes de crystal de roche. Autant de vases de la même
matière, remplis d'un sorbet délicieux, étincelaient sur une
grande table où se trouvait une profusion de mets délicats. Il
y avait entre autres du riz au lait d'amandes, des potages au
safran, et de l'agneau à la créme, que le Calife aimait
beaucoup. Il en mangea avec excès, témoigna bien de
l'amitié à l'Émir dans la gaîtê de son cœur, et fit danser les
nainsmalgré eux ; car ces petits dévots n'osaient désobéir au

138
Commandeur des Fidèles. Enfin, il s'étendit sur le sopha, et
dormit plus tranquillement qu'il n'avait fait de sa vie.
Beneath this dome a general silence prevailed,
for there was nothing to disturb it but the
jaws of Bababalouk, who had untrussed himself
to eat with greater advantage, being anxious
to make amends for his fast in the mountains.
As his spirits were too high to admit of his
sleeping, and not loving to be idle, he
proposed with himself to visit the harem, and
repair to his charge of the ladies, to examine
if they had been properly lubricated with the
balm of Mecca, if their eye-brows and tresses
were in order, and in a word, to perform all
the little offices they might need. He sought
for a long time together, but without being
able to find out the door. He durst not speak
aloud for fear of disturbing the Caliph, and
not a soul was stirring in the precincts of
the palace. He almost despaired of effecting
his purpose, when a low whispering just
reached his ear: it came from the dwarfs, who
were returned to their old occupation, and for
the nine hundred and ninety-ninth time in
their lives were reading over the koran. They
very politely invited Bababalouk to beof their
party, but his head was full of other
concerns. The dwarfs, though scandalized at
his dissolute morals, directed him to the
apartments he wanted to find. His way thither
lay through a hundred dark corridors, along
which he groped as he went, and at last began
to catch, from the extremity of a passage, the
charming gossiping of women, which
not a little delighted his heart.
Il régnait sous ce dôme un silence paisible que rien
n'interrompait que le bruit des mâchoires de Bababalouk, qui

139
se refaisait du triste jeûne auquel il avoait été forcé dans les
montagnes. Comme il était de trop bonne humeur pour
dormir, et qu'il n'aimait pas à être désoeuvré, il voulait aller
tout de suite au harem pour soigner ses dames, voir si elles
s'étaient frottées à propos de baume de la Mecque, si leurs
sourcils et leurs chevelures étaient en ordre ; en un mot, pour
leur rendre tous les menus services dont elles avaient besoin.
Il chercha longptemps, mais sans succés, la porte qui
conduisait au harem. De peur d'éveiller le Calife, il n'osait
crier, et personne ne bougeait dans le palais. Il commençait
à désespérer de venir à bout de son dessein, lorsqu'il entendit
un petit chuchotement ; c'étaient les nains qui étaient
retournés à leur ancienne occupation, et qui, pour la neuf
cent quatre vingt neuvième fois de leur vie, relisaient le
Koran. Ils invitèrent très poliment Bababalouk à les entendre
; mais il avait bien d'autres choses à faire. Les nains,
quoiqu'un peu scandalisés, lui indiquèrent le chemin des
appartements qu'il cherchait. Il fallait, pour y arriver, passer
par cent corridors fort obscurs. Il les enfila en tâtonnant, et à
la fin au bout d'une longue allée, il commença à entendre
l'agréable caquet des femmes, et son cœur en fut tout réjoui.
"Ah, ah! what not yet asleep? cried he, and
taking long strides as he spoke, did you not
suspect me of abjuring my charge? I stayed
but to finish what my master had left.”
"Ah! ah! vous n'êtes pas encore endormies, s'écria-t-il, en
faisant de grandes enjambées ; ne croyez pas que j'aie
abdiqué ma charge."
Two of the black eunuchs on hearing a voice so
loud detached a party in haste, sabre in hand,
to discover the cause, but presently was
repeated on all sides:
Deux eunuques noirs, entendant parler si haut, se détachèrent
des autres à la hâte, le sabre à la main; mais bientôt on répéta

140
de tous côtés :
“’Tis only Bababalouk, no one but Bababalouk!”
"ce n'est que Bababalouk, ce n'est que Bababalouk"
This circumspect guardian having gone up to a
thin veil of carnation colour silk that hung
before the doorway, distinguished by means of
asoftened splendour that shone through it, an
oval bath of dark porphyry surrounded by
curtains festooned in large folds. Through the
apertures between them, as they were not drawn
close, groups of young slaves were visible,
amongst whom Bababalouk perceived his pupils
indulgingly expanding their arms, as if to
embrace the perfumed water, and refresh
themselves after their fatigues. The looks of
tender languor, their confidential whispers,
and the enchanting smiles with which they were
imparted, the exquisite fragrance of the
roses, all combined to inspire a
voluptuousness which even Bababalouk himself
was scarce able towithstand.
En effet, ce vigilant gardien s'avança vers une portière de
soie incarnat, à travers de laquelle luisait une clarté agréable,
qui lui fit distinguer un grand bain de porphyre foncé, et
d'une forme ovale. D'amples rideaux tombant en grands
replis, entouraient ce bain; ils étient à demi-ouverts, et
laissaient entrevoir des groupes de jeunes esclaves, parmi
lesquelles Bababalouk reconnut ses anciennes pupilles
étendant mollement les bras, comme pour embrasser l'eau
parfumée, et se refaire de leurs: fatigues. Les regards
langoureux, les mots à l'oreille, les sourires enchanteurs qui
accompagnaient les petites confidences, la douce odeur des
roses, tout inspirait une volupté contre laquelle Bababalouk
lui-même avait de la peine à se défendre.

141
He summoned up, however, his usual solemnity,
and in the peremptory tone of authority
commanded the ladies instantly to leave the
bath. Whilst he was issuing these mandates,
the young Nouronihar, daughter of the emir,
who was sprightly as an antelope, and full of
wanton gaiety, beckoned one of her slaves to
let down the great swing, which was suspended
to the ceiling by cords of silk, and whilst
this was doing winked to hercompanions in the
bath, who chagrined to be forced from so
soothing a state of indolence, began to twist
it round Bababalouk, and teaze him with a
thousand vagaries.
Il garda pourtant uu grand sérieux, et commanda d'un ton
magistral de faire sortir ees belles de l'eau, et de les peigner
d'importance. Tandis qu'il donnait cesordres, la jeune
Nouronihar, fille de l'Émir, gentille comme une gazelle, et
pleine d'espiéglerie, fit signe à une de ses esclaves de
descendre tout doucement la grande escarpolette qui était
attachée au plancher avec des cordons de soie. Pendant qu'on
faisait cette manoeuvre, elle parla des doigts aux femmes qui
étaient dans le bain, et qui bien fâchées d'être obligées de
sortir de ce séjour de mollesse, emmêlèrent leurs cheveux
pour donner de l'occupation à Bababalouk, et lui faisaient
mille autres niches.
When Nouronihar perceived that he was
exhausted with fatigue, she accosted him with
an arch air of respectful concern, and said:
"My lord, it is not by any means decent that
the chief eunuch of the Caliph our sovereign
should thus continue standing, deign but to
recline your graceful person upon this sofa,
which will burst with vexation if it have not
the honour to receive you."
Quand Nouronihar le vit prêt à perdre patience, elle

142
s'approcha de lui avec un respect affecté, et lui dit :
" Seigneur, il n'est pas décent que le chef des eunuques du
Calife, notre Souverain, se tienne ainsi debout ; daignez
reposer votre gentille personne sur ce sopha, qui se rompra
de dépit s'il n'a pas l'honneur de vous recevoir."
Caught by these flattering accents, Bababalouk
gallantly replied:
Charmé de ces accens flatteurs, Bababalouk répondit
galamment:
“Delight of the apple of my eye! I accept the
invitation of thy honied lips, and to say
truth, my senses are dazzled with the radiance
that beams from thy charms.”
"Délices de mes prunelles, j'accepte la proposition qui
découle de vos lèvres sucrées; et à dire vrai, mes sens sont
affaiblis par l'admiration que m'a causé la splendeur
rayonnante de vos charmes."
“Repose, then, at your ease, replied the
beauty, and placed him on the pretended sofa,
which, quicker than lightning, gave way all at
once. The rest of the women having aptly
conceived her design, sprang naked from the
bath and plied the swing with such unmerciful
jerks, that it swept through the whole compass
of a very lofty dome, and took from the poor
victim all power of respiration. Sometimes his
feet rased the surface of the water, and at
others the skylight almost flattened his nose.
In vain did he pierce the air with the cries
of a voice that resembled the ringing of a
cracked basin, for their peals of laughter
were still more predominant.
"Reposez-vous donc", reprit la belle, en le plaçant sur le
prétendu sopha. Tout-à-coup, la maçhine partit comme un
éclair. Toutes les femmes voyant alors de quoi il s'agissait,
sortirent nues du bain, et se mirent follement à donner le

143
branle a l'escarpolette. Dans peu elle parcourut tout l'espace
d'un dôme fort élevé, et faisait perdre la respiration à
l'infortuné Bababalouk. Quelquefois il rasait l'eau, et
quelquefois il allait donner du nez contre les vitres; en vain,
il remplissait l'air de ses cris avec une voix qui ressemblait
au son d'un pot cassé, les éclats de rire n’en étaioent que plus
prédominants.
Nouronihar in the inebriety of youthful
spirits being used only to eunuchs of ordinary
harems, and having never seen any thing so
royal and disgusting, was far more diverted
than all of the rest. She began to parody
some Persian verses, and sung with an accent
most demurelypiquant:
“O gentle white dove as thou soar’st through
the air, Vouchsafe one kind glance on the mate
of thy love: Melodious Philomel I am thy rose;
Warble some couplet to ravish my heart!”
Nouronihar, ivre de jeunesse et de gaieté, était bien
accoutumée aux eunuques des harems ordinaires ; mais elle
n'en avait jamais vu d'aussi dégoûtant ni d'aussi royal : aussi
se divertissait-elle plus que toutes les autres. Enfin, elle se
mit à parodier des vers Persans, et chanta :
:" Douce et blanche colombe qui voles dans les airs, donne
quelque oeillade à ta fidèle compagne. Gazouillant
rossignol, je suis ta rose ; chante-moi donc quelques couplets
agréables."
The sultanas and their slaves stimulated by
these pleasantries persevered at the swing
with such unremitted assiduity, that at length
the cord which had secured it snapped suddenly
asunder, and Bababalouk fell floundering like
a turtle to the bottom of the bath. This
accident occasioned a universal shout. Twelve
little doors till now unobserved flew open at
once, and the ladies in an instant made their

144
escape, after throwing all the towels on his
head, and putting out the lights thatremained.
Les sultanes et les esclaves, animées par ces plaisanteries,
firent tant jouer l'escarpolette que la corde cassa, et que le
pauvre Bababalouk tomba comme une tortue au milieu du
bain. Il se fit un cri général ; douze petites portes qu'on
n'apercevait pas s'ouvrirent, et l'on s'échappa bien vîte après
lui avoir jetté tous les linges sur la tête, et avoir éteint les
lumières.
The deplorable animal, in water to the chin,
overwhelmed with darkness, and unable to
extricate himself from the warp that
embarrassed him, was still doomed to hear for
his further consolation, the fresh bursts of
merriment his disaster occasioned. He bustled
but in vain to get from the bath, for the
margin was become so slippery with the oil
spilt in breaking the lamps, that at every
effort he slid back with a plunge, which
resounded aloud through the hollow of the
dome. These cursed pealsof laughter at every
relapse were redoubled, and he, who thought
the place infested rather by devils than
women, resolved to cease groping, and abide in
the bath, where he amused himself with
soliloquies interspersed with imprecations,
of which his malicious neighbours, reclining
on down, suffered not an accent to escape. In
this delectableplight the morning surprised
him. The Caliph, wondering at his absence,
had caused him to be everywhere sought for. At
last he was drawn forthalmost smothered from
the whisp of linen, and wet even to the marrow.
Limping, and chattering his teeth, he appeared
before his master, who inquired what was the
matter, and how he came soused in so strange
a pickle.

145
Le déplorable animal dans l'eau jusqu'au col et dans
l'obscurité, ne pouvait se débarrasser du fatras qu'on lui avait
jetté, et entendait, à sa graude douleur, des éclats de rire de
tous côtés. C'était en vain qu'il se débattait pour sortir du bain
; le bord tout imbibé de l'huile qui avait coulé des lampes
cassées, le faisait glisser et retomber avec un bruit sourd qui
résonnait dans le dôme. À chaque chute, les maudits éclats
de rire redoublaient. Croyant ce lieu habité par des démons
plutôt que par des femmes, il prit le parti de ne plus tâtonner,
et de rester tristement dans le bain. Son humeur s'exhala en
soliloques remplis d'imprécations, dont ses malicieuses
voisines, nonchalamment couchées ensemble, ne perdaient
pas un mot. Le matin le surprit dans ce bel état ; on le tira
enfin de dessous le monceau de linge à demi étouffe, et
trempé jusqu'aux os. Le Calife l'avait fait chercher partout,
et il se présenta devant son maître en boitant et en claquant
des dents. Vathek s'écria en le voyant dans cet état : Qu'as-
tu donc ? Qui est-ce qui t'a mis à la marinade ?
“And why did you enter this cursed lodge?”
answered Bababalouk, gruffly. Ought a monarch
like you to visit with his harem the abode of
a grey bearded emir who knows nothing of life?
And with what gracious damsels does the place
too abound! Fancy to yourself how they have
soaked me like a burnt crust, and made me dance
like a jack-pudding the live-long night
through on their damnable swing. What an
excellent lesson for your sultanas to follow,
into whom I have instilled such reserve and
decorum!”
"Et vous-même, qui vous a fait entrer dans ce maudit gîte,
demanda Bababalouk à son tour? Est-ce qu'un Monarque, tel
que vous, doit venir se fourer avec son harem, chez un
barbon d'Émir qui ne sait pas vivre ? Les gracieuses
demoiselles qu'il tient ici ! Imaginez-vous qu'elles m'ont

146
trempé comme une croûte de pain, et m'ont fait danser toute
la nuit sur leur maudite escarpolette comme un
saltimbanque. Voilà un bel exemple pour vos sultanes, à qui
j'avais inspiré tant de bienséance!"
Vathek, comprehending not a syllable of all
this invective, obliged him to relate minutely
the transaction; but instead of sympathising
with the miserable sufferer, he laughed
immoderately at the device of the swing, and
the figure of Bababalouk mounting upon it.
The stung eunuch could scarcely preserve the
semblance of respect.
Vathek, ne comprenant rien à ce discours, se fit expliquer
toute l'histoire. Mais au lieu de plaindre le pauvre hère, il se
mit à rire de toute sa force, de la figure qu'il devait faire sur
l'escarpolette. Bababalouk en fut outré, et peu s'en fallût qu'il
ne perdît tout respect.
“Aye, laugh my lord! laugh, said he, ut I wish
this Nouronihar would play some trick on you;
she is too wicked to spare even majesty
itself.”
"Riez, riez, Seigneur, disait-il ; je voudrais que cette
Nouronihar vous jouât aussi quelque tour ; elle est assez
méchante pour ne pas vous épargner vous-même."
These words made for the present but a slight
impression on the Caliph, but they not long
after recurred to his mind.
Ces mots ne firent pas d'abord une grande impression sur le
Calife ; mais il s'en ressouvint dans la suite.
This conversation was cut short by Fakreddin,
who came to request that Vathek would join in
the prayers and ablutions to be solemnized on
a spacious meadow, watered by innumerable
streams. The Caliph found the waters
refreshing, but the prayers abominably
irksome. He diverted himself however with the

147
multitude of Calenders, Santons, and Dervises
who were continually coming and going, but
especially with the Brahmins, Faquirs, and
other enthusiasts, who had travelled from the
heart of India, and halted on their way with
the emir. These latter had each of them some
mummery peculiar to himself. One dragged a
huge chain where ever he went, another an
ourang-outang, whilst a third was furnished
with scourges, and all performed to a charm.
Some clambered up trees, holding one foot in
the air; others poised themselves over a fire,
and without mercy fillipped their noses.
There were some amongst them that cherished
vermin, which were not ungrateful in requiting
their caresses. These rambling fanatics
revolted the hearts of the Dervises, the
Calenders, and Santons; however, the vehemence
of their aversion soon subsided under the hope
that the presence of the Caliph would cure
their folly, and convert them to the Mussulman
faith. But alas! how great was their
disappointment! for Vathek, instead of
preaching to them, treated them as buffoons;
bade them present his compliments to Visnow
and Ixhora, and discovered a predilection for
a squat old man from the Isle of Serendib, who
was more ridiculous than any of the rest.
Au milieu de cette conversation arriva Fakreddin, pour
inviter Vatkek à des prières solemnelles, et aux ablutions qui
se faisaient dans une vaste prairie, arrosée par une infinité de
ruisseaux. Le Calife trouva l'eau fraîche, mais les prières
ennuyeuses à la mort. Il se divertissait pourtant de la
multitude de calenders, de santons et de derviches, qui
allaient et venaient dans là prairie. Les bramanes, les faquirs
et autres cagots venus des grandes Indes, et qui en voyageant
s'étaient arrêtés chez l'Emir, l'amusaient surtout beaucoup.

148
Ils avaient tous quelque momerie favorite : les uns traînaient
une grande chaîne ; les autres un ourang-outang; d'autres
étaient armés de disciplines; tous réussissaient à merveille
dans leurs différents exercices. On en voyait des qui
grimpaient sur les arbres, tenaient un pied en l'air, se
balançaient sur un petit feu, et se donnaient des nazardes
sans pitié. Il y en avait aussi qui chérissaient la vermine, et
celle-ci ne répondait pas mal à leurs caresses. Ces cagots
ambulants soulevaient le cœur des derviches, des calenders
et des santons. On les avait rassemblés, dans l'espoir que la
présence du Calife les guérirait de leur folie, et les
convertirait a la foi musulmane : mais hélas! on se trompa
beaucoup. Au lieu de les prêcher, Vathek les traita comme
des bouffons, leur dit de faire ses compliments à Visnou et à
Ixhora, et se prit de fantaisie pour un gros vieillard de l'isle
de Serendib, qui était le plus ridicule de tous.
“Come, said he, for the love of your gods,
bestow a few slaps on your chops to amuse me.”
"Ah çà, lui dit-il, pour l'amour de tes Dieux, fais quelque
gambade qui m'amuse."
The old fellow, offended at such an adress
began loudly to weep; but, as he betrayed a
villanous drivelling in shedding tears, the
caliph turned his back and listened to
Bababalouik, who whispered, whilst he held the
umbrella over him:
"Your majesty should be cautious of this old
assembly; wich hath been collected, I know not
for what. Is it necessary to exhibit such
spectacles to a mighty potentate, which
interludes of talipoins more mangy than dogs?
Were I you, I would command a fire to be
kindled, et at once rid the estates of the
emir of hid harem and all his menagerie."
Le vieillard offensé se mit à pleurer ; et comme il était un

149
vilain pleureur, Vathek lui tourna le dos. Bababalouk, qui
suivait le Calife avec un parasol, lui dit alors:
"que votre Majesté prenne garde à cette canaille. Quelle
diablesse d'idée de la rassembler ici ! Faut-il qu'un grand
Monarque soit régalé d'un tel spectacle, avec des intermèdes
de talapoins plus galeux que des chiens ? Si j'étais vous,
j'ordonnerais un grand feu, et je purgerais la terre de l'Émir,
de son harem et de toute sa ménagerie."
"Tush, dolt, answered Vathek, and know that
all that infinitely charms me"
"Tais-toi, répondit Vathek. Tout ceci m'amuse infiniment, et
je ne quitterai pas la prairie que je n'aie visité chaque ruche
de ces pieux mendiants.
Wherever the Caliph directed his course,
objects of pity were sure to swarm round him:
the blind, the purblind, smarts without noses,
damsels without ears, each to extol the
munificence of Fakreddin, who, as well as his
attendant grey-beards, dealt about gratis
plasters and cataplasms to all that applied.
At noon, a superb corps of cripples made its
appearance; and soon after advanced by
platoons on the plain the completest
association of invalids that had ever been
embodied till then. The blind went groping
with the blind; the lame limped on together;
and the maimed made gestures to each other
with the only arm that remained. The sides of
a considerable waterfall were crowded by the
deaf, amongst whom were some from Pegû, with
ears uncommonly handsome and large, but were
still less able to hear than the rest. Nor
were there wantingothers in abundance with
hump backs, wenny necks, and even horns of an
exquisite polish.
A mesure que le Calife allait en avant, on lui présentait toutes

150
sortes de mendiants pitoyables ; des aveugles, des demi-
aveugles, des messieurs sans nez, des dames sans oreilles, et
le tout pour relever la grande charité de Fakreddin qui, avec
ses barbons, distribuait à la ronde les cataplasmes et les
emplâtres. A midi, il se fit une superbe entrée d'estropiés, et
bientôt on vit dans la plaine les plus jolies sociétés
d'infirmes. Les aveugles, en tâtonnant, allaient avec les
aveugles ; les boiteux clochaient ensemble, et les manchots
gesticulaient du seul bras qui leur restait. Aux bords d'une
grande chute d'eau se trouvaient les sourds ; ceux de Pégu
avaient les oreilles les plus belles et les plus larges, et
jouissaient de l'agrément d'entendre encore moins que les
autres. Ce lieu était aussi le rendez-vous des superfluités en
tout genre, comme des goîtres, des bosses, et même des
cornes, dont plusieurs avaient un poli admirable.
The emir, to aggrandize the solemnity of the
festival in honour of his illustrious
visitant, ordered the turf to be spread on all
sides with skins and table cloths, upon which
were served up for the good mussulmans pilaus
of every hue, with other orthodox dishes, and
by the express order of Vathek, who was
shamefully tolerant, small plates of
abominations for regaling the rest. This
prince on seeing so many mouths put in motion
began to think it time for employing his own.
In spite, therefore, of every remonstrance
from the chief of his eunuchs, he resolved to
have a dinner dressed on the spot. The
complaisant emir immediately gave ordersfor a
table to be placed in the shade of the willows.
The first service consisted of fish, which
they drew from a river flowing over sands
ofgold, at the foot of a lofty hill: these
were broiled as fast as taken, and served up
with a sauce of vinegar and small herbs that

151
152
grew on Mount Sinai; for everything with the
emir was excellent and pious.
L’Émir voulut rendre la fête solemnelle, et faire tous les
honneurs possibles à son illustre convive ; en conséquence,
il fit étendre sur le gazon une multitude de peaux et de
nappes. On servit des pilaus de toutes les couleurs, et autres
mets orthodoxes pour les bons musulmans. Vathek, qui était
honteusement tolérant, avait eu le soin d'ordonner des petits
plats d'abomination19 qui scandalisaient les fidèles.
Bientôt, toute la sainte assemblée se mit à manger de son
mieux. Le Calife eut envie d'en faire autant; et malgré toutes
les remontrances du chef des eunuques, il voulut dîner sur le
lieu même. Aussitôt l'Émir fit dresser une table à l'ombre des
saules. Au premier service on donna du poisson tiré d'une
rivière qui coulait sur un sable doré au pied d'une colline fort
haute. On rôtissait ce poisson à mesure qu'on le prenait, et
on l'assaisonnait ensuite avec des fines herbes du mont Sina;
car chez l'Émir tout était aussi pieux qu'excellent.
The dessert was not quite set on when the sound
of lutes from the hill was repeated by the
echoes of the neighbouring mountains. The
Caliph with an emotion of pleasure nd
surprise, had no sooner raised up his head
than a handful of jasamine dropped on his
face. An abundance of tittering succeeded
this frolic, and instantly appeared through
the bushes the elegant forms of several young
females, skipping and bounding like roes. The
fragrance diffused from their hair struck the
sense of Vathek, who in an ecstasy, suspending
his repast, said to Bababalouk:
“Are the Peries come down from their spheres?
Note her in particular whose form is so
perfect, venturously running on the brink of
the precipice, and turning back her head as
regardless of nothing but the graceful flow of

153
her robe. With what captivating impatience
doth she contend with the bushes for her veil?
Could it be she who threw thejasamine at me?”
On était aux entremets du festin, quand tout à coup un son
mélodieux de luths que répétaient les échos, se fit entendre
sur la colline. Le Calife, saisi d'étonnement et de plaisir, leva
la tête, et il lui tomba sur le visage un bouquet de jasmin.
Mille éclats de rire succédèrent à cette petite niche, et à
travers les buissons on aperçut les formes élégantes de
plusieurs jeunes filles qui sautillaient comme des chevreuils.
L'odeur de leurs chevelures parfumées parvint jusqu'à
Vathek ; il suspendit son repas, et comme enchanté il dit à
Bababalouk :
"les Périses20 sont-elles descendues de leurs sphères ? Vois-
tu celle dont la taille est si déliée, qui court avec tant
d'intrépidité sur les bords des précipices, et qui en tournant
la tête, semble ne faire attention qu'aux gracieux replis de sa
robe ? Avec quelle jolie petite impatience elle dispute son
voile aux buissons! Serait-ce elle qui m'a jeté les jasmins?
“Aye, she it was; and you too would she throw
from the top of the rock, answered Bababalouk,
for that is my good friend Nouronihar, who so
kindly lent me her swing. My dear lord and
master, added he, twisting a twig that hung by
the rind from a willow, “let me correct her
for her want of respect: the emir will have no
reason to complain, since (bating what I owe
to his piety) he is much to be censured for
keeping a troop of girls on the mountains,
whose sharp air gives their blood too brisk a
circulation.”
"Oh! c'est bien elle, répondit Bababalouk, et elle serait fille
à vous jeter vous-même du rocher en bas ; je la reconnais :
c'est ma bonne amie ouronihar, qui m'a si poliment prêté son
escarpolette. Allons, mon cher seigneur et maître, continua-

154
t-il, en rompant une branche de saule, permettez-moi de
l'aller fustiger pour vous avoir manqué de respect. L'Émir ne
saurait s'en plaindre; car, sauf ce que je dois à sa piété, il a
grand tort de tenir uu troupeau de demoiselles sur les
montagnes ; l'air vif donne trop d'activité aux pensées."
“Peace, blasphemer!” said the Caliph: “speak
not thus of her who over her mountains leads
my heart a willing captive. Contrive, rather,
that my eyes may be fixed upon hers—that I may
respire her sweet breath, as she bounds
panting along these delightful wilds!”
"Paix, blasphémateur, dit le Calife ; ne parle pas ainsi de
celle qui entraîne mon cœur sur ces montagnes. Fais plutôt
que mes yeux se fixent sur les siens, et que je puisse respirer
sa douce haleine. Avec quelle grace et quelle légéreté elle
court palpitant dans ces lieux champêtres!"
On saying these words, Vathek extended his
arms towards the hill, and directing his eyes
with an anxiety unknown to him before,
endeavoured to keep within view the object
that enthralled his soul; but her course was
as difficult to follow as the flight of one of
those beautiful blue butterflies of Cachmere,
which are at once so volatile and rare.
En disant ces mots, Vathek étendit ses bras vers la colline, et
levant les yeux avec une agitation qu'il n'avait jamais sentie,
il cherchait à ne pas perdre de vue celle qui l'avait déjà
captivé. Mais sa course était aussi difficile à suivre que le
vol d'un de ces beaux papillons azurés 'de Cachemire, si
rares et si sémillants.
The Caliph, not satisfied with seeing, wished
also to hear Nouronihar, and eagerly turned to
catch the sound of her voice. At last he
distinguished her whispering to one of her
companions behind the thicket from whence she
had thrown the jasamine:

155
“A Caliph, it must be owned, is a fine thing
to see, but my little Gulchenrouz is much more
amiable; one lock of his hair is of more value
to me than the richest embroidery of the
Indies. I had rather that his teeth should
mischievously press my finger, than the
richest ring of the imperial treasure. Where
have you left him, Sutlememe? and why is he
now not here?”
Vathek, non content de voir Nouronihar, voulait aussi
l'entendre, et prêtait avidement l'oreille pour distinguer ses
accents. Enfin il entendit qu'elle disait à une de ses
compagnes, en chuchotant derrière le petit buisson d'où elle
avait jetté le bouquet :
"il faut avouer qu'un Calife est une belle chose à voir : mais
mon petit Gulchenrouz est bien plus aimable ; une tresse de
sa douce chevelure vaut mieux que toute la riche broderie
des Indes ; j'aime mieux que ses dents me serrent
malicieusement le doigt que la plus belle bague du trésor
impérial. Où l'as-tu laissé, Sutlememe? Pourquoi n'est-il pas
ici?"
The agitated Caliph still wished to hear more,
but she immediately retired with all her
attendants. The fond monarch pursued her with
his eyes till she was gone out of sight, and
then continued like a bewildered and benighted
traveller, from whom the clouds had obscured
the constellation that guided his way. The
curtain of night seemed dropped before him—
everything appeared discoloured. The falling
waters filled his soul with dejection, and his
tears trickled down the jasamines he had
caught from Nouronihar, and placed in his
inflamed bosom. He snatched up a shining
pebble to remind him of the scene where he
felt the first tumults of love. Two hours were

156
elapsed, and evening drew on before he could
resolve to depart from the place. He often,
but in vain, attempted to go: a soft languor
enervated the powers of his mind. Extending
himself on the brink of the stream, he turned
his eyes towards the blue summits of the
mountain, and exclaimed:
“What concealest thou behind thee? what is
passing in thy solitudes? Whither is she gone?
O heaven! perhaps she is now wandering in the
grottoes with her happy Gulchenrouz!”
Le Calife inquiet aurait bien voulu en entendre davantage;
mais elle s'éloigna avec toutes ses esclaves. L'amoureux
Monarque la suivit des yeux jusqu'à ce qu'il l'eût perdue de
vue, et demeura tel qu'un voyageur égaré pendant la nuit, à
qui les nuages dérobent la constellation qui le dirige. Un
rideau de ténèbres semblait s'être abaissé devant lui ; tout
lui paraissait décoloré, tout avait pour lui changé de face. Le
bruit du ruisseau portait la mélancolie dans son âme, et ses
larmes tombaient sur les jasmins qu'il avait recueillis dans
son sein brûlant. Il ramassa même quelques cailloux pour
se ressouvenir de l'endroit où il avait senti les premiers élans
d'une passion, qui jusqu'alors lui avait été inconnue. Mille
fois il avait tâché de s'en éloigner, mais c'était en vain. Une
douce langueur absorbait son âme. Etendu au bord du
ruisseau, il ne cessat de tourner ses regards vers la cime
bleuâtre de la montagne.
"Que me caches-tu, rocher impitoyable ! s'écriait-il: qu'est-
elle devenue? Qu'est-ce qui se passe dans tes solitudes ? Ciel
! peut-être en ce moment elle erre dans tes grottes avec son
heureux Gulchenrouz !"
In the mean time, the damps began to descend,
and the emir, solicitous for the health of the
Caliph, ordered the imperial litter to be
brought. Vathek, absorbed in his reveries, was

157
imperceptibly removed and conveyed back to the
saloon that received him the evening before.
Cependant le serein commençait à tomber. L'Émir, inquiet
pour la santé du Calife, fit avaucer la litière impériale ;
Vathek s'y laissa porter sans s'en apercevoir, et fut ramené
dans le superbe sallon où il avait été reçu la veille.
But let us leave the Caliph immersed in his
new passion, and attend Nouronihar beyond the
rocks, where she had again joined her beloved
Gulchenrouz.
This Gulchenrouz was the son of Ali Hassan,
brother to the emir, and the most delicate and
lovely creature in the world. Ali Hassan, who
had been absent ten years on a voyage to the
unknown seas, committed at his departure this
child, the only survivor of many, to the care
and protection of his brother. Gulchenrouz
could write in various characters with
precision, and paint upon vellum the most
elegant arabesques that fancy could devise.
His sweet voice accompanied the lute in the
most enchanting manner; and when he sung the
loves of Megnoun and Leileh, or some
unfortunate lovers of ancient days, tears
insensibly overflowed the cheeks of his
auditors. The verses he composed (for like
Megnoun, he too was a poet) inspired that
unresisting languor so frequently fatal to the
female heart. The women all doated upon him,
and though he had passed his thirteenth year,
they still detained him in the harem. His
dancing was light as the gossamer waved by the
zephyrs of spring; but his arms which twined
so gracefully with those of the young girls in
the dance, could neither dart the lance in the
chase, nor curb the steeds that pastured his
uncle’s domains. The bow, however, he drew

158
with a certain aim, and would have excelled
his competitors in the race, could he have
broken the ties that bound him to Nouronihar.
Mais laissons le Calife livré à sa nouvelle passion, et suivons
sur les rochers Nouronihar, qui avait enfin rejoint son cher
petit Gulchenrouz. Ce Gulchenrouz était le seul enfant d'Ali
Hassan, frère de l'Émir, et la créature de l'univers la plus
délicate, la plus amiable. Depuis dix ans son père était parti
pour voyager sur des mers inconnues, et l'avait confié aux
soins de Fakreddin. Gulchenrouz savait écrire en différents
caractères avec une précision merveilleuse, et peignait sur le
vélin les plus jolies arabesques du monde. Sa voix était
douce, et il l'accordait avec le luth de la manière la plus
attendrissante. Quand il chantait les amours de Meignoun et
de Leilah21, ou de quelqu'autres amants infortunés de ces
siècles antiques, les larmes baignaient les yeux de ses
auditeurs.
Ses vers (car comme Meignoun il était poète) inspiraient une
langueur et une mollesse bien dangereuses pour les femmes.
Toutes l’aimaient à la folie ; et quoiqu'il eût treize ans, on
n'avait pas encore pu l'arracher du harem. Sa danse était
légère comme ce duvet que font voltiger dans l'air les zéphirs
du printems. Mais ses bras qui s'entrelaçaient si
gracieusement avec ceux des jeunes filles, lorsqu'il dansait,
ne pouvaient pas lancer les dards à la chasse, ni dompter les
chevaux fougueux que son oncle nourrissait dans ses
pâturages. Il tirait pourtant de l'arc d'une main sûre, et il
aurait devancé tous les jeunes gens à la course, si on avait
osé rompre les liens de soie qui l'attachaient à Nouronihar.
The two brothers had mutually engaged their
children to each other; and Nouronihar loved
her cousin more than her eyes. Both had the
same tastes and amusements; the same long
languishing looks; the same tresses; the same

159
fair complexions; and when Gulchenrouz
appeared in the dress of his cousin, he seemed
to be more feminine than even herself. If at
any time he left the harem to visit Fakreddin,
it was with all the bashfulness of a fawn that
consciously ventures from the lair of its dam;
he was however
wanton enough to mock the solemn old grey-
beards to whom he was subject, though sure to
be rated without mercy in return. Whenever
this happened, he would plunge into the
recesses of the harem, and sobbing take refuge
in the arms of Nouronihar, who loved even his
faults beyond the virtues of others.
Les deux frères avaient mutuellement engagé leurs enfans
l'un à l'autre, et Nouronihar aimait son cousin encore plus
que ses propres yeux, tout beaux qu'ils étaient. Ils avaient
tous deux les mêmes goûts et les mêmes occupations, les
mêmes regards longs et languissants, la même chevelure, la
même blancheur; et quand Gulchenrouz se parait des robes
de sa cousine, il semblait être plus femme qu'elle. Si par
hasard il sortait uu moment du harem pour aller chez
Fakreddin, c'était avec la timidité du faon qui s'est séparé de
la biche. Avec tout cela il avait assez d'espiéglerie pour se
moquer des barbons solemnels; aussi le tançaient-ils
quelquefois sans pitié. Alors, il se plongeait avec transport
dans l'intérieur du harem, tirait toutes les portières sur lui, et
se réfugiait en sanglotant dans les bras de Nouronihar. Elle
aimait ses fautes plus qu'on n'a jamais aimé les vertus.
It fell out this evening that after leaving
the Caliph in the meadow, she ran with
Gulchenrouz over the green sward of the
mountain that sheltered the vale, where
Fakreddin had chosen to reside. The sun was
dilated on the edge of the horizon; and the
young people, whose fancies were lively and

160
inventive, imagined they beheld in the
gorgeous clouds of the west the domes of
Shadukiam and Ambreabad, where the Peries have
fixed their abode. Nouronihar, sitting on the
slope of the hill, supported on her knees the
perfumed head of Gulchenrouz. The air was
calm, and no sound stirred but the voices of
other young girls who were drawing cool water
from the streams below. The unexpected
arrival of the Caliph, and the splendour that
marked his appearance, had already filled with
emotion the ardent soul of Nouronihar. Her
vanity irresistibly prompted her to pique the
prince’s attention, and this she before took
good care to effect whilst he picked up the
jasamine she had thrown upon him. But when
Gulchenrouz asked after the flowers he had
culled for her bosom, Nouronihar was all in
confusion. She hastily kissed his forehead,
arose in a flutter, and walked with unequal
steps on the border of the precipice. Night
advanced, and the pure gold of the setting sun
had yielded to a sanguine red, the glow of
which, like the reflection of a burning
furnace, flushed Nouronihar’s animated
countenance. Gulchenrouz alarmed at the
agitation of his cousin, said to her with a
supplicating accent:
“Let us be gone; the sky looks portentious:
the tamarisks tremble more than common; and
the raw wind chills my very heart. Come, let
us be gone, ’tis a melancholy night"
Then taking hold of her hand, he drew it
towards the path he besought her to go.
Nouronihar unconsciously followed the
attraction, for a thousand strange
imaginations occupied her spirit. She passed
the large round of honeysuckles, her favourite

161
resort, without ever vouchsafing it a glance,
yet Gulchenrouz could not help snatching off
a few shoots in his way,
though he ran as if a wild beast were behind.
Nouronihar, après avoir laissé le Calife dans la prairie,
courut avec Gulchenrouz sur les montagnes tapissées de
gazon, qui protégeaient la vallée oû Fakreddin faisait sa
résidence. Le soleil quittait l'horison ; et ces jeunes gens,
dont l'imagination était vive et exaltée, crurent voir dans les
beaux nuages du couchant les dômes de Shaddukian et
d'Ambreabad22 où les Péris font leur demeure. Nouronihar
s'était assise sur le penchant de la colline, et tenait la tête
parfumée de Gulcherirouz sur ses genoux.
Mais l'arrivée imprévue du Calife, et l'éclat qui l'environnait
avaient déjà troublé son âtne ardente. Entraînée par sa vanité,
elle n'avait pu s'empêcher de se faire remarqer de ce prince.
Elle avait bien vu qu'il ramassait les jasmins qu'elle lui avait
jetés, et son amour-propre en était flatté. Aussi, fut-elle toute
troublée, lorsque Gulchenrouz s'avisa de lui demander ce
qu'était devenu le bouquet qu'il lui avait cueilli. Pour toute
réponse, elle le baisa au front, et s'étant levée à la hâte, elle
se promena à grands pas dans une agitation et une inquiétude
qu'on ne saurait décrire. Cependant la nuit avannçait, l’or pur
du soleil couchant avait fait place à un rouge sanguin ; des
couleurs comme celles d'une fournaise ardente, donnaient
sur les joues enflammées de Nouronihar. Le pauvre petit
Gulchenrouz s'en aperçut. Il tressaillait jusqu'au fond de son
âme de ce que son amiable cousine était si agitée.
Retirons-nous, lui dit-il d'une voix timide, il y a quelque
chose de funeste dans les cieux. Ces tamarins tremblent plus
qu'à l'ordinaire, et ce vent me glace le cœur.
"Allons, retirons-nous ; cette soirée est bien lugubre. "
En disant ces mots, il avait pris Nouronihar par la main, et
l'entraînait.de toutes ses forces. Celle-ci le suivait sans savoir

162
ce qu'elle faisait. Mille idées étranges roulaient dans son
esprit. Elle passa un grand rond de chevre-feuille qu'elle
aimait beaucoup, sans y faire aucune attention ; Gulchenrouz
seul, quoiqu'il courût comme si une bête sauvage eût été à
ses trousses, ne put s'empêcher d'en arracher quelques tiges.
The young females seeing him approach in such
haste, and according to custom expecting a
dance, instantly assembled in a circle and
took each other by the hand, but Gulchenrouz
coming up out of breath, fell down at once on
the grass. This accident struck with
consternation the whole of this frolicsome
party, whilst Nouronihar, half distracted, and
overcome both by the violence of her exercise
and the tumult of her thoughts, sunk feebly
down at his side, cherished his cold hands in
her bosom, and chafed his temples with a
fragrant unguent. At length he came to
himself, and wrapping up his head in the robe
of his cousin, entreated that she would not
return to the harem. He was afraid of being
snapped at by Shaban his tutor, a wrinkled old
eunuch of a surly disposition, for having
interrupted the stated walk of Nouronihar, he
dreaded lest the churl should take it amiss.
The whole of this sprightly group, sitting
round upon a mossy knole, began to entertain
themselves with various pastimes, whilst their
superintendents the eunuchs were gravely
conversing at a distance. The nurse of the
emir’s daughter observing her pupil sit
ruminating with her eyes on the ground,
endeavoured to amuse her with diverting tales,
to which Gulchenrouz, who had already
forgotten his inquietudes, listened with a
breathless attention. He laughed; heclapped
his hands; and passed a hundred little tricks

163
on the whole of the company, without omitting
the eunuchs, whom he provoked to run after
him, in spite of their age and decrepitude.
Les jeunes filles les voyant venir si vite, crurent que, selon
leur contume, ils voulaient danser. Aussi-tôt elles,
s'assemblèrent en cercle et se prirent par la main ; mais
Gulchenrouz, hors d'haleine, se laissa aller sur la mousse.
Alors, la consternation se répandit parmi cette troupe folâtre.
Nouronihar, presque hors d'elle-même, et aussi fatiguée du
tumulte de ses pensées, que de la course qu'elle venait de
faire, se jeta sur lui. Elle prit ses petites mains glacées, les
réchauffa dans son sein, et frotta ses tempes d'une pommade
odoriférante. Enfin, il retint à lui, et s'enveloppant la tête
dans la robe de Nouronihar, la supplia de ne pas retourner
encore au harem. Il craignait d'être grondé par Shaban, son
gouverneur, vieil eunuque ridé et qui n'était pas des plus
doux. Ce gardien rébarbatif aurait trouvé mauvais qu'il eût
dérangé la promenade accoutumée de Nouronihar. Toute la
bande s'assit donc en rond sur la pelouse, et on commença
mille jeux enfantins. Les eunuques se placèrent à quelque
distance, et s'entretinrent ensemble. Tout le monde était
joyeux, Nouronihar resta pensive et abattue. Sa nourrice s'en
aperçut, et se mit à faire des contes plaisans, auxquels
Gulchenrouz, qui avait déjà oublié toutes ses inquiétudes,
prenait grand plaisir. Il riait, il battait des mains, et faisait
cent petites niches a toute la compagnie, même aux
eunuques, qu'il voulait absolument faire courir après lui, en
dépit de leur âge et de leur décrépitude.
During these occurrences the moon arose, the
wind subsided, and the evening became so
serene and inviting that a resolution was
taken to sup on the spot. One of the eunuchs
ran to fetch melons, whilst others were
employed in showering down almonds from the

164
branches that overhung this amiable party.
Sutlememe, who excelled in dressing a salad,
having filled large bowls of porcelain with
eggs of small birds, curds turned with citron
juice, slices of cucumber, and the inmost
leaves of delicate herbs, handed it round from
one to another, and gave each their shares in
a large spoon of cocknos. Gulchenrouz nestling
as usual in the bosom of Nouronihar, pouted
out his vermillion little lips against the
offer of Sutlememe, and would take it only
from the hand of his cousin, on whose mouth he
hung like a bee inebriated with the
quintessence of flowers.
Sur ces entrefaites, la lune se leva ; la soireé était délicieuse,
et on se trouva si bien, qu'on résolut de souper au grand air.
Un des eunuques courut chercher des melons; les autres
firent pleuvoir des amandes fraîches en secouant les arbres
qui ombrageaient l'aimable bande. Sutlememe, qui excellait
à faire des salades, remplit des grandes jattes de porcelaine
d'herbes les plus délicates, d'oeufs de petits oiseaux, de lait
caillé, de jus de citron et de tranches de concombres, et en
servit à la ronde, avec une grande cuiller de Cocknos. Mais
Gulchenrouz, niché, à son ordinaire, dans le sein de
Nouronihar, fermait ses petites lèvres vermeilles lorsque
Sutlememe lui présentait quelque chose. Il ne voulait rien
recevoir que de la main de sa cousine, et s'attachait à sa
bouche comme une abeille qui s'enivre du suc des fleurs.
In the midst of this festive scene there
appeared a light on the top of the highest
mountain, which attracted the notice of every
eye. This light was not less bright than the
moon when at full, and might have been taken
for her had it not been that the moon was
already risen. The phenomenon occasioned a
general surprise, and no one could conjecture

165
the cause. It could not be a fire, for the
light was clear and bluish; nor had meteors
ever been seen of that magnitude or splendour.
This strange light faded for a moment, and
immediately renewed its brightness. It first
appeared motionless at the foot of the rock,
whence it darted in an instant to sparkle in
a thicket of palm trees, from thence it glided
along the torrent, and at last fixed in a glen
that was narrow and dark. The moment it had
taken its direction, Gulchenrouz, whose heart
always trembled at any thing sudden or rare,
drew Nouronihar by the robe, and anxiously
requested her to return to the harem. The
women wereimportunate in seconding the
entreaty, but the curiosity of the emir’s
daughter prevailed. She not only refused to go
back, but resolved at all hazards to pursue
the appearance. Whilst they were debating what
was best to be done, the light shot forth so
dazzling a blaze that they all fled away
shrieking. Nouronihar followed them a few
steps, but coming to the turn of a little bye
path stopped, and went back alone. As she ran
with an alertness peculiar to herself, it was
not long before she came to the place where
they had just been supping. The globe of fire
now appeared stationary in the glen, and
burned in majestic stillness. Nouronihar
compressing her hands upon her bosom,
hesitated for some moments to advance. The
solitude of her situation was new; the silence
of the night awful; and every object inspired
sensations which till then she never had felt.
The affright of Gulchenrouz recurred to her
mind; and she a thousand times turned to go
back, but this luminous appearance was always
before her. Urged on by an irresistible

166
impulse, she continued to approach it in
defiance of every obstacle that opposed her
progress.
Pendant l'allégresse, qui était générale, on vît une lumière
sur la cîme de la plus haute montagne. Cette lumière
répandait une clarté douce, et on l'aurait prise pour le lever
de la lune en son plein, si cetastre n'eût pas été sur l'horison.
Ce spectacle causa une émotion générale; on s'épuisoit en
conjectures. Ce ne pouvait pas être l'effet d'un embrasement,
car la lumière était claire et bleuâtre. Jamais on n'avait vu de
météore d'une teinte pareille, ni de cette grandeur. Un
moment, cette étrange clarté devenait pâle ; un instant après,
elle se ranimait. D'abord, on la crut fixée sur le pic du rocher
; tout à coup, elle le quitta et étincela dans un bois touffu de
palmiers ; de là, se portant le long des torrents, elle s'arrêta
enfin à l'entrée d'un vallon étroit et ténébreux. Gulchenrouz,
dont le cœur frissonnait à tout ce qui était imprévu et
extraordinaire, tremblait de peur. Il tirait Nouronihar par sa
robe, et la suppliait de retourner au harem. Les femmes en
firent de même, mais la curiosité de la fille de l'Émir était
trop forte, elle l'emporta. À tout hasard, elle voulut courir
après le phénomène. Pendant qu'on disputait ainsi, il partit
de la lumiére un trait de feu si éblouissant, que tout le monde
se sauva en jettant de grands cris. Nouronihar fit aussi
quelques pas en arrière; bientôt elle s'arrêta, et s'avança du
côté du phénomène. Le globe s'était fixé dans le vallon, et y
brûlait dans un majestueux silence. Nouronihar croisant
alors les mains sur sa poitrine, hésita quelques momens. La
peur de Gulchenrouz, la solitude profonde où elle se trouvait
pour la première fois de sa vie, le calme imposant dela nuit;
tout concourait à l'épouvanter. Plus de mille fois elle fut sur
le point de s'en retourner; mais le globe lumineux se
retrouvait toujours devant elle. Poussée par une impulsion
irrésistible, elle s'en approcha au travers des ronces et des

167
épines, et malgré tous les obstacles qui devaient
naturellement arrêter ses pas.
At length, she arrived at the opening of the
glen, but instead of coming up to the light,
she found herself surrounded by darkness,
except that at a considerable distance a faint
spark glimmered by fits. She stopped asecond
time: the sound of waterfalls mingling their
murmurs, the hollow rustlings amongst the palm
branches, and the funereal screams of the
birds from their rifted trunks, all conspired
to fill her with terror. She imagined every
moment that she trod on some venomous reptile.
All the stories of malignant Dives, and dismal
Goules thronged into her memory, but her
curiosity was notwithstanding more
predominant than her fears. She therefore
firmly entered a winding track that led
towards the spark, but being a stranger to the
path, she had not gone far till she began to
repent of her rashness.
Lorsqu'elle fut à l'entrée du vallon d'épaisses ténèbres
l'environnèrent tpout-à-voupcoup, et elle n'apperçut plus
qu'une faible étincelle, qui était fort éloignée. Le bruit des
chûtes d'eau, le froissement des branches de palmier, et les
cris funèbres et interrompus des oiseaux qui habitaient les
troncs d'arbres ; tout portait la terreur dans son âme. A
chaque instant, elle croyait fouler aux pieds quelque reptile
vénimeux. Les histoires qu'on lui avait contées des Dives
malins et des sombres Goules23, lui revinrent dans l'esprit.
Elle s'arrêta pour la seconde fois ; mais sa curiosité l'emporta
encore, et elle prit courageusement un sentier tortueux qui
conduisait vers l'étincelle. Jusqu'alors elle avait su où elle
était ; elle ne se fut pas plutôt engagée dans le sentier qu'elle
se perdit.
“Alas!” said she, that I were but in those

168
secure and illuminated apartments where my
evenings glided on with Gulchenrouz! Dear
child! How would thy heart flutter with terror
wert thou wandering in these wild solitudes
like me!”
"Hélas ! disait-elle, que ne suis-je encore dans ces
appartements sûrs, et si bien illuminés, où mes soirées
s'écoulaient avec Gulchenrouz! Cher enfant; comme tu
palpiterais si tu errais comme moi dans ces profondes
solitudes ! "
Thus speaking, she advanced, and coming to
steps hewn out in the rock ascended them
undismayed. The light, which was now gradually
enlarging, appeared above her on the summit of
the mountain. At length, she distinguished a
plaintive and melodious union of voices
proceeding from a sort of cavern, that
resembled the dirges which are sung over
tombs. A sound likewise like that which arises
from the filling of baths, at the same time
struck her ear. She continued ascending, and
discovered large wax torches in full blaze
planted here and there in the fissures of the
rock. This preparation filled her with fear,
whilst the subtle and potent odour which the
torches exhaled caused her to sink almost
lifeless at the entrance of the grot.
En parlant ainsi, elle avança toujours. Soudain, des degrés
pratiqués dans le roc, se présentèrent à ses yeux ; la lumière
augmentait et paraissait sur sa tête au plus haut de la
montagne. Elle monta audacieusement les degrés.
Lorsqu'elle fut parvenue à une certaine hauteur, la lumière
lui parut sortir d'une espèce d'antre; des sons plaintifs et
mélodieux s'y faisaient entendre : c'était comme des voix qui
formaient une sorte de chant, sembable aux hymnes qu'on
chante sur les tombeaux. Un bruit, comme celui qu'on fait en

169
remplissant des bains, frappa en même temps ses oreilles.
Elle découvrit de grands cierges flamboyans, plantés çà et là,
dans les crevasses du rocher. Cet appareil la glaça
d'épouvante : cependant elle continua de monter ; l'odeur
subtile et violente qu'exhalaient ces cierges la ranima, et elle
arriva à l'entrée de la grotte.
Casting her eyes within in this kind of
trance, she beheld a large cistern of gold
filled with a water, whose vapour distilled on
her face adew of the essence of roses. A soft
symphony resounded through the grot. On the
sides of the cistern she noticed appendages of
royalty; diadems and feathers of the heron,
all sparkling with carbuncles. Whilst her
attention was fixed on this display of
magnificence, the music ceased, and a voice
instantly demanded:
“For what monarch were these torches kindled,
this bath prepared, and these habiliments?
which belong not only to the sovereigns of the
earth, but even to the talismanic powers!”
To which a second voice answered:
“They are for the charming daughter of the
emir Fakreddin.”
“What, replied the first, for that trifler who
consumes her time with a giddy child, immersed
in softness, and who at best can make but an
enervated husband?”
“And can she, rejoined the other voice, be
amused with such empty trifles, whilst the
Caliph, the sovereign of the world, he who is
destined to enjoy the treasures of the
preadimite sultans, a prince six feet high,
and whose eyes pervade the inmost soul of a
female, is inflamed with the love of her? no,
she will be wise enough to answer thatpassion
alone that can aggrandize her glory. No doubt

170
she will, and despise the puppet of her fancy;
then all the riches this place contains, as
well as the carbuncle of Giamschid shall be
hers.”
“You judge right, returned the first voice,
and I haste to Istakar to prepare the palace
of subterranean fire for the reception of the
bridalpair.”
Dans cette espèce d'extase, elle jetta les yeux dans l'intérieur,
et vit une grande cuve d'or, remplie d'une eau dont la suave
vapeur distillait sur son visage une pluie d'essence de roses.
Une douce symphonie résonnait dans la caverne; sur les
bords de la cuve, se trouvaient des habillements royaux, des
diadèmes et des plumes de héron24, toutes étincelantes
d'escarboucles. Pendant qu'elle admirait cette magnificence,
la musique cessa, et une voix se fit entendre, disant :
"Pour quel Monarque a-t-on allumé ces cierges, préparé ce
bain et ces habillements qui ne conviennent qu'aux
Souverains, non seulement de la terre, mais même des
puissances talismaniques?"
— "C'est pour la charmante fille de l'Emir Fakreddin,
répondit une seconde voix."
—"Quoi ! repartit la première, pour cette folâtre qui
consume son temps avec un enfant volage, noyé dans la
mollesse, et qui ne sera jamais qu'un mari pitoyable !"
—"Que me dis-tu ! reprit l'autre voix ; pourrait-elle s'amuser
à de telles niaiseries, quand le Calife brûle d'amour pour elle,
le Souverain du monde, celui qui doit jouir des trésors des
Sultans préadamites, un Prince qui a six pieds de haut, et
dont l'oeil pénètre jusqu'à la moelle des jeunes filles? Non,
elle ne saurait rejetter une passion qui la comble de gloire, et
elle méprisera son joujou enfantin : alors, toutes les richesses
qui sont en ce lieu, ainsi que l'escarboucle de Giamchid26, lui
appartiendront."

171
—Je crois que tu as raison, dit la première voix, et je vais à
Istakhar, préparer le palais du feu souterrein pour recevoir
les deux époux.
The voices ceased, the torches were
extinguished, the most entire darkness
succeeded, and Nouronihar recovering with a
start, found herself reclined on a sofa in the
harem of her father. She clapped her hands,
and immediately came together Gulchenrouz and
her women, who, in despair at having lost her,
had despatched eunuchs to seek her in every
direction. Shaban appeared with the rest, and
began to reprimand her with an air of
consequence:
“Little impertinent, said he, whence got you
false keys? or are you beloved of some genius
that hath given you a picklock? I will try
the extent of your power; come, to your
chamber! through the two sky-lights, and
expect not the company of Gulchenrouz. Be
expeditious! I will shut you up in the double
tower."
Les voix cessèrent, les flambeaux s'éteignirent, l'obscurité la
plus épaisse succéda à la rayonnante clarté, et Nouronihar se
trouva étendue sur un sopha, dans le harem de son père. Elle
frappa des mains, et aussitôt accoururent Gulchenrouz et ses
femmes, qui se désespéraient de l'avoir perdue, et avaient
envoyé les eunuques pour la chercher partout. Shaban parut
aussi, et la gronda d'importance:
"Petite impertinente, disait-il, ou vous avez de fausses clefs,
ou vous êtes aimée de quelque Ginn, qui vous donne des
passe-partouts. Je vais voir quelle est votre puissance ; entrez
vîte dans la chambre aux deux lucarnes, et ne comptez pas
que Gulchenrouz vous y accompagne : allons, marchez,
Madame, je vais vous y enfermer à double tour."
At these menaces Nouronihar indignantly raised

172
173
her head, opened on Shaban her black eyes,
which since the important dialogue of the
enchanted grot were considerably enlarged, and
said:
“Go, speak thus to slaves! but learn to
reverence her who is born to give laws, and
subject all to her power.”
À ces menaces, Nouronihar leva sa tête altière, et ouvrit sur
Shaban ses yeux noirs, beaucoup agrandis depuis le dialogue
de la grotte merveilleuse ;
"va, lui dit-elle, parle ainsi à des esclaves ; mais respecte
celle qui est née pour donner des loix, et soumettre tout à son
empire."
She was proceeding in the same style, but was
interrupted by a sudden exclamation of,
“The Caliph! the Caliph!”
Elle allait continuer sur le même ton, quand on entendit crier
: "voici le Calife! voici le Caife!"
The curtains at once were thrown open, and the
slaves prostrate in double rows, whilst poor
little Gulchenrouz hid himself beneath the
elevation of a sofa. At first appeared a file
of black eunuchs trailing after them long
trains of muslin embroidered with gold, and
holding in their hands censers, which
dispensed as they passed the grateful perfume
of the wood of aloes. Next marched Bababalouk
with a solemn strut, and tossing his head as
not over pleased at the visit. Vathek came
close after superbly robed; his gait was
unembarrassed and noble, and his presence
would have engaged admiration, though he had
not been the sovereign of the world. He
approached Nouronihar with a throbbing heart,
and seemed enraptured at the full effulgence
of her radiant eyes, of which he had before
caught but a few glimpses; but she nstantly

174
depressed them, and her confusion augmented
her beauty.
Aussitôt toutes les portières furent tirées, les esclaves se
prosternèrent eu doubles rangs, et le pauvre petit
Gulchenrouz se cacha sous une estrade. D'abord, on vit
paraître une file d'eunuques noirs, traînant après eux de
longues robes de mousseline brochée d'or ; ils tenaient dans
leurs mains des cassolettes, qui répandaient un doux parfum
de bois d'aloës. Ensuite marchait gravement Bababalouk, qui
n'était pas trop content de la visite, et branlait la tête. Vathek,
habillé magnifiquement, le suivait de près. Sa démarche était
noble et aisée ; on aurait admiré sa bonne mine, quand même
il n'eût pas été le Souverain du monde. Il s'approcha de
Nouronihar, et lorsqu'il eut fixé ses yeux rayonnans, qu'il
avait seulement entrevus, il fut tout hors de lui. Nouronihar
s'en apperçut, et elle les baissa aussitôt ; mais son trouble
augmentait sa beauté, et enflammait davantage le cœur de
Vathek.
Bababalouk, who was a thorough adept in
coincidences of this nature, and knew that the
worst game should be played with the best
face, immediately made a signal for all to
retire, and no sooner did he perceive beneath
the sofa the little one’s feet, than he drew
him forth without ceremony, set him upon his
shoulders, and lavished on him as he went off
a thousand odious caresses. Gulchenrouz cried
out, and resisted till his cheeks became the
colour of the blossom of the pomegranite, and
the tears thatstarted into his eyes shot forth
a gleam of indignation. He cast a significant
glance at Nouronihar, which the Caliph
noticing, asked:
“Is that then your Gulchenrouz?”
Bababalouk, connaisseur en pareilles affaires, vit qu'à

175
mauvais jeu il fallait faire bonne mine, et fit signe à tout le
monde de se retirer. Il parcourut tous les coins de la salle
pour voir si personne ne s'y était caché, et il vit des pieds qui
sortaient du bas de l'estrade. Bababalouk les tira à lui sans
cérémonie, et voyant que c'étaient ceux de Gulchenrouz, il
le mit sur ses épaules, et l'emporta en lui faisant mille
odieuses caresses. Le petit criait et se débattait, ses joues
devinrent rouges comme la fleur de grenade, et ses yeux
humides étincelaient de dépit. Dans son désespoir, il jetta un
regard si significatif à Nouronihar, que le Calife s'en aperçut,
et dit :
Serait-ce là votre Gulchenrouz ? "
“Sovereign of the world, answered she, spare
my cousin, whose innocence and gentleness
deserve not your anger!”
"Souverain du monde, répondit-elle, épargnez mon cousin,
dont l'innocence et la douceur ne méritent pas votre colère."
“Take comfort, said Vathek with a smile, “he
is in good hands. Bababalouk is fond of
children, and never goes without sweet meats
and comfits.”
"Rassurez-vous, reprit Vathek, en souriant ; il est en bonnes
mains ; Bababalouk aime les enfants, et n'est jamais sans
dragées ni confitures."
The daughter of Fakreddin was abashed; and
suffered Gulchenrouz to be borne away without
adding a word. The tumult of her bosom
betrayed her confusion; and Vathek becoming
still more impassioned, gave a loose to his
frenzy, which had only not subdued the last
faint strugglings of reluctance, when the emir
suddenly bursting in, threw his face upon the
ground at the feet of the Caliph, and said:
“Commander of the faithful, abase not yourself
to the meanness of yourslave.”

176
La fille de Fakreddin, toute confondue, laissa emporter
Gulchenrouz, sans dire une parole. Cependant le mouvement
du sein de Nouronihar découvrait l'agitation de son cœur.
Vathek en était transporté, et se livrait à tout le délire de la
plus vive passion ; on ne lui opposait plus qu'une faible
résistance, lorsque l'Émir entrant subitement, se jeta aux
pieds du Calife, le front contre terre.
"Commandeur des Croyants, lui dit-il, ne vous abaissez pas
jusqu'à votre esclave."
“No, emir,” replied Vathek, “I raise her to an
equality with myself; I declare her my wife;
and the glory of your race shall extend from
one generation to another.”
"Non, Emir, repartit Vathek, je l'élève plutôt jusqu'à moi. Je
la déclare mon épouse, et la gloire de votre famille s'étendra
de génération en génération."
“Alas! my lord, said Fakreddin, as he plucked
off the honours of his beard, cut short the
days of your faithful servant rather than
force him to depart from his word.
Nouronihar, as her hands evince, is solemnly
promised to Gulchenrouz, the son of my bother,
Ali Hassan; they are united also in heart;
their faith is mutually plighted; and
affiances so sacred cannot be broken.”
"Hélas! Seigneur, répondit Fakreddin en s'arrachant
quelques poils de la barbe, abréges les jours de votre fidèle
serviteur, avant qu'il manque à sa parole. Nouronihar est
solennellement promise à Gulchenrouz, le fils de mon frère
Ali Hassan ; leurs cœurs sont unis; la foi est réciproquement
donnée : on ne saurait violer des engagements aussi sacrés."
“What, then, replied the Caliph bluntly, would
you surrender this divine beauty to a husband
more womanish than herself? And can you
imagine that I will suffer her charms to decay

177
178
in hands so inefficient and nerveless? No! she
is destined to live out her life within my
embraces: such is my will: retire, and disturb
not the night I devote to the homage of her
charms.”
"Quoi! répliqua brusquement le Calife, tu veux livrer cette
beauté divine à un mari encore plus femme qu'elle! Tu crois
que je laisserai flétrir ses charmes sous des mains si lâches
et si faibles! non, c'est dans mes bras qu'elle doit passer sa
vie; tel est mon plaisir ! Retire-toi, et ne trouble pas cette
nuit, que je consacre au culte de ses attraits."
The irritated emir drew forth his sabre,
presented it to Vathek, andstretching out his
neck, said in a firm tone of voice:
“Strike your unhappy host my lord! he has
lived long enough, since he hath seen the
prophet’s vicegerent violate the rights of
hospitality.”
L'Émir outré tira alors son sabre, le présenta à Vathek, et
tendant son col, il lui dit d'un ton ferme : "Seigneur, frappez
votre hôte infortuné ; il a trop vécu puis qu'il a le malheur de
voir que le Vicaire du Prophète viole les saintes loix de
l'hospitalité."
At his uttering these words, Nouronihar unable
to support any longer the conflict of her
passions, sunk down in a swoon. Vathek, both
terrified for her life, and furious at an
opposition to his will, bade Fakreddin assist
his daughter, and withdrew, darting his
terrible look at the unfortunate emir, who
suddenly fell backward bathed in a sweat, cold
as the damp of death.
Nouronihar, qui etait restée interdite pendant toute cette
scène, ne put soutenir davantage le combat des diverses
passions qui bouleversaient son âme. Elle tomba en
défaillance, et Vathek, aussi effrayé pour sa vie, que furieux

179
de trouver de la résistance, dit à Fakreddin : secourez votre
fille! et il se retira en lui lançant son terrible regard. —Le
malheureux Émir tomba sur le champ à la renverse, baigné
d'une sueur mortelle.
Gulchenrouz, who had escaped from the hands of
Bababalouk, and was that instant returned,
called out for help as loudly as he could, not
having strength to afford it himself. Pale and
panting, the poor child attempted to revive
Nouronihar by caresses, and it happened that
the thrilling warmth of his lips restored her
to life. Fakreddin beginning also to recover
from the look of the Caliph, with difficulty
tottered to a seat, and after warily casting
round his eye to see if this dangerous prince
were gone, sent for Shaban and Sutlememe, and
said to them apart:
“My friends, violent evils require as violent
remedies; the Caliph has brought desolation
and horror into my family, and how shall we
resist his power? Another of his looks will
send me to my grave. Fetch then that narcotic
powder which the Dervise brought me from
Aracan. A dose of it, the effect of which will
continue three days, must be administered to
each of these children. The Caliph will
believe them to be dead, for they will have
all the appearance of death. We shall go as
if to inter them in the cave of Meimoune, at
the entrance of the great desert of sand, and
near the cabin of my dwarfs. When all the
spectators shall be withdrawn, you, Shaban,
and four select eunuchs shall convey them to
the lake, where provision shall be ready to
support them a month; for, one day allotted to
the surprise this event will occasion, five to
the tears, a fortnight to reflection, and the

180
rest to prepare for renewing his progress,
will, according to my calculation, fill up the
whole time that Vathek will tarry, and I shall
then be freed from his intrusion.”
Gulchenrouz, de son coté, s'était échappé des mains de
Bababalouk, et revenait en ce moment, lorsqu'il vit
Fakreddin et sa fille, étendus par terre. Il cria au secours, tant
qu'il put. Ce pauvre enfant tâchait de ranimer Nouronihar par
ses caresses. Pâle et haletant, il ne cessait de baiser la bouche
de son amante. Enfin, la douce chaleur de ses lèvres la fit
revenir, et bientôt elle elle reprit tous ses sens. Lorsque
Fakraddin fut remis de de l'œillade du Calife, il se mit sur son
séant, et regardant autour de lui pour voir si ce dangereux
prince était sorti, il fit appeler Shaban et Sutlememe, et, les
tirant à part, il leur dit :
"Mes amis, aux grands maux, il faut des remèdes violents.
Le Calife porte l'horreur et la désolation dans ma famille ; je
ne saurais résister à sa puissance ; un autre de ses regards me
mettrait au tombeau. Qu'on me donne de cette poudre
assoupissante q'un Derviche m'apporta de l'Arracan ; j'en
ferai prendre à ces deux enfants une dose dont l'effet dure
trois jours. Le Calife les croira morts. Alors, feignant de les
enterrer, nous les porterons dans la caverne de la vénérable
Meimouné, à l'entrée du grand désert de sable, près de la
cabane de mes nains ; et quand tout le monde sera retiré,
vous, Shaban, avec quatre eunuques choisis, vous les
transporterez près du lac où vous aurez fait porter des
provisions pour un mois. Un jour pour la surprise, cinq pour
les pleurs, une quinzaine pour les réflexions, et le reste pour
se préparer à se remettre en marche; voilà, selon mon calcul,
tout le temps que Vathek prendra, et j'en serai quitte.
“Your plan,” said Sutlememe, “is a good one,
if it can but be effected. I have remarked
that Nouronihar is well able to support the

181
glances of the Caliph, and that he is far from
being sparing of them to her; be assured
therefore, notwithstanding her fondness for
Gulchenrouz, she will never remain quiet while
she knows him to be here, unless we can
persuade her that both herself and Gulchenrouz
are really dead, and that they were conveyed
to those rocks for a limited season to expiate
the little faults of which their love was the
cause. We will add that we killed ourselves
in despair, and that your dwarfs whom they
never yet saw will preach to them delectable
sermons. I will engage that every thing shall
succeed to the bent of your wishes.”
“Be it so,” said Fakreddin; I approve your
proposal; let us lose not a moment to give it
effect.”
"L'idée est bonne, dit Sutlememe ; il en faut tirer tout le
parti possible. Nouronihar me paroît avoir du goût pour le
Calife. Soyez sûr qu'aussi longtemps qu'elle le saura ici,
malgré tout son attachement pour Gulchenrouz, nous ne
pourrons pas la faire tenir dans ces montagnes. Persuadons-
lui qu'elle est réellement morte, ainsi que Gulchenrouz, et
que tous deux ont été transportés dans ces rochers, pour y
expier les petites fautes que l'amour leur a fait commettre.
Nous leur dirons que nous nous sommes tués de désespoir,
et vos petits nains, qu'ils n'ont jamais vus, leur paraîtront des
personnages extraordinaires. Les sermons qu'ils leur feront,
produiront un grand effet sur eux, et je gage que tout se
passera le mieux du monde"
J'approuve ton idée, dit Fakreddin ; mettons la main à
l'œuvre.".
They forth with hastened to seek for the
powder, which being mixed in a sherbet was
immediately drunk by Gulchenrouz and
Nouronihar. Within the space of an hour both

182
were seized with violent palpitations, and a
general numbness gradually ensued. Theyarose
from the floor, where they had remained ever
since the Caliph’s departure, and ascending to
the sofa, reclined themselves at full length
upon it, clasped in each other’s embraces.
Aussitôt, on alla chercher la poudre; on la mit du sorbet, et
Nouronihar et Gulchenrouz, sans se douter de rien, avalèrent
le mélange. Une heure après, ils sentirent des angoisses et
des palpitations de cœur. Un engourdissement universel
s'empara d'eux. Ils se levèrent, et montant l'estrade avec
peine, ils s'étendirent sur le sofa, enserrant leurs bras
“Cherish me, my dear Nouronihar,” said
Gulchenrouz; “put thy hand upon my heart, for
it feels as if it were frozen. Alas! thou art
as cold as myself! hath the Caliph murdered us
both with his terrible look?”
"Réchauffe-moi, ma chère Nouronihar, disait Gulchenrouz,
en la tenant étroitement embrassée ; mets ta main sur mon
cœur : il est de glace. Ah ! tu es aussi froide que moi. Le
Calife nous aurait-il tué tous les deux avec son terrible
regard?"
“I am dying, cried she in a faltering voice;
press me closer, I am ready to expire!"
"Je meurs, répartit Nouronihar d'une voix éteinte, serre-moi
; je suis prête à mourir."
"Let us die then together, answered the little
Gulchenrouz, whilst his breast laboured with
a convulsive sigh; let me at least breathe
forth my soul on thy lips!”
Alors nous allonsmourir ensemble, répondit le
petit Gulchenrouz, alors que sa poitrine
exhalait un soupir convulsif; "Laissez-moi au
moins expirer mon âme sur tes lèvres".
They spoke no more, and became as dead.
Le tendre Gulchenrouz poussa un profond soupir, leurs bras

183
tombèrent et ils n'en dirent pas davantage; tous les deux
restèrent comme morts.
Immediately the most piercing cries were heard
through the harem, whilst Shaban and Sutlememe
personated with great adroitness the parts of
persons in despair. The emir, who was
sufficiently mortified to be forced into such
untoward expedients, and had now for the first
time made a trial of his powder, was under no
necessity of counterfeiting grief. The slaves,
who had flocked together from all quarters,
stood motionless at the spectacle before them.
All lights were extinguished save two lamps,
which shed a wan glimmering over the faces of
these lovely flowers, that seemed to be faded
in the spring-time of life. Funeral vestments
were prepared; their bodies were washed with
rose water; their beautiful tresses were
braided and incensed; and they were wrapped in
symars whiter than alabaster.
Alors, de grands cris retentirent dans le harem. Shaban et
Sutlememe jouèrent les désespérés avec beaucoup d'adresse.
L'Émir, fâché d'en venir à ces extrémités, faisait pour la
première fois l'épreuve de la poudre, et n'avait pas besoin de
contrefaire l'affligé. On avait éteint les lumières, à
l'èxception de deux lampes qui jettaient une triste lueur sur
le visage de ces belles fleurs, qu'on croyait fanées dans le
printemps de leur vie; et les esclaves, qui s’étaient
rassemblés de toutes parts, restèrent immobiles au spectacle
qui s'offrait à leurs yeux. On apporta les vêtements funèbres;
on lava leurs corps avec de l'eau rose ; on les revêtit de
simarres plus blanches que l'albâtre; et leurs belles tresses,
nouées ensemble, furent parfumées des odeurs les plus
exquises.
At the moment that their attendants were
placing two wreaths of their favourite

184
jasamines on their brows, the Caliph, who had
just heard the tragical catastrophe, arrived.
He looked not less pale and haggard than the
goules that wander at night among graves.
Forgetful of himself and every one else, he
broke through the midst of the slaves, fell
prostrate at the foot of the sofa, beat his
bosom, called himself “atrocious murderer,”
and invoked upon his head a thousand
imprecations. With a trembling hand, he raised
the veil that covered the countenance of
Nouronihar, and uttering a loud shriek fell
lifeless on the floor. The chief of the
eunuchs dragged him off with horrible
grimaces, and repeated as he went:
On allait poser sur leurs têtes deux couronnes de jasmin, leur
fleur favorite, lorsque le Calife, qui venait d'apprendre cet
événement tragique, arriva. Il était aussi pâle et hagard, que
les Goules qui errent la nuit dans les sépulcres. Dans cette
circonstance, il s'oublia lui-même et le monde entier; il se
précipita au milieu des esclaves, se prosterna au pied de
l'estrade, et se frappant la poitrine, il se qualifiait d'atroce
meurtrier, et faisait mille imprécations contre lui-même.
Mais lorsque d'une main tremblante, il eut levé le voile qui
couvroit le visage blême de Nouronihar, il jetta un grand cri,
et tomba comme mort. Le chef des eunuques fit d'horribles
grimaces, et l'emporta sur le champ, en disant:
“Aye, I foresaw she would play you some
ungracious turn.”
" je l'avais bien prévu que Nouronihar lui jouerait quelque
mauvais tour."
No sooner was the Caliph gone than the emir
commanded biers to be brought, and forbade
that any one should enter the harem. Every
window was fastened; all instruments of music
were broken; and the Imams began to recite

185
their prayers. Towards the close of this
melancholy day Vathek sobbed in silence, for
they had been forced to compose with anodynes
his convulsions of rage and desperation.
Dès que le Calife fut éloigné, l'Émir commanda les cercueils,
et fit défendre l'entrée du harem. On ferma toutes les fenêtres
; on brisa tous les instruments de musique, et les Imans
commencèrent à réciter des prières. Les pleurs et les
lamentations redoublèrent dans la soirée qui suivit ce jour
lugubre. Quant à Vathek, il gémissait en silence. On avait été
obligé d'assoupir les convulsions de sa rage et de sa douleur,
en lui donnant des remèdes caïmants.
At the dawn of the succeeding morning the wide
folding doors of the palace were set open, and
the funeral procession moved forward for
themountain. The wailful cries of “La Ilah
illa Alla,” reached to the Caliph, who was
eager to cicatrize himself and attend the
ceremonial; nor
could he have been dissuaded, had not his
excessive weakness disabled him from walking.
At the few first steps, he fell on the ground,
and his people were obliged to lay him on a
bed, where he remained many days in such a
state of insensibility as excited compassion
in the emir himself.
À la pointe du jour suivant, on ouvrit les grands battans des
portes du palais, et le convoi se mit en marche pour se rendre
à la montagne. Les tristes cris de Leillah-Leilah25 parvinrent
jusqu'au Calife.
Il voulut à toute force se cicatriser et suivre la pompe
funèbre; jamais on n'aurait pu l'en dissuader, si sa grande
faiblesse lui eut permis de marcher: mais il tomba au premier
pas, et l'on fut obligé de le mettre au lit, où il resta plusieurs
jours dans un état d'insensibilité qui faisait pitié, même à

186
l'Émir.
When the procession was arrived at the grot of
Meimoune, Shaban and Sutlememe dismissed the
whole of the train excepting the four
confidential eunuchs who were appointed to
remain. After resting some moments near the
biers which had been left in the open air,
they caused them to be carried to the brink of
a small lake whose banks were overgrown with
a hoary moss. This was the great resort of
herons and storks, which preyed continually on
little blue fishes. The dwarfs, instructed by
the emir, soon repaired thither, and with the
help of the eunuchs began to construct cabins
of rushes and reeds, a work in which they had
admirable skill. A magazine also was contrived
for provisions,with a small oratory for
themselves, and a pyramid of wood neatly
piled,to furnish the necessary fuel, for the
air was bleak in the hollows of the mountains.
Quand la procession fut arrivée à la grotte de Meimouné,
Shaban et Sutiemémê congédièrent tout le monde. Les
quatre eunuques affidés restèrent avec eux ; et après s'être
reposés quelques moments auprès des cercueils, auxquels on
avait laissé de l'air, ils les firent porter sur les bords d'un petit
lac bordé d'une mousse grisâtre. Ce lieu était le rendez-vous
des hérons et des cigognes qui y pêchaient continuellement
des petits poissons bleus. Les naihs, instruits par l'Émir, ne
tardèrent pas à s'y rendre, et avec l'aide des eunuques, ils
construisirent des cabanes de cannes et de joncs; ouvrage
dans lequel ils réussissaient à merveille. Ils élevèrent aussi
un magasin pour les provisions, un petit oratoire pour eux-
mêmes, et une pyramide de bois. Elle était faite de bûches
arrangées avec beaucoup d'exactitude, et servait à l'entretien
du feu ; Car il faisait froid dans le creux de ces montagnes.

187
At evening two fires were kindled on the brink
of the lake, and the two lovely bodies taken
from their biers were carefully deposited upon
a bed of dried leaves within the same cabin.
The dwarfs began to recite the Koran with
their clear shrill voices, and Shaban and
Sutlememe stood atsome distance anxiously
waiting the effects of the powder. At length
Nouronihar and Gulchenrouz faintly stretched
out their arms, and gradually opening their
eyes began to survey with looks of increasing
amazement every object around them. They even
attempted to rise, but for want of strength
fell back again. Sutlememe on this
administered acordial which the emir had taken
care to provide.
Vers le soir, on alluma deux grands feux sur le bord du lac ;
on tira les deux jolis corps de leurs cercueils, et ils furent
posés doucement dans la même cabane, sur un lit de feuilles
sèches. Les deux nains se mirent à réciter le Koran d'une voix
claireet argentine. Shaban et Sutlemémé se tenaient debout,
à quelque distance, et attendaient avec beaucoup
d'inquiétude que la poudre eût fait son effet. Enfm,
Nouronihar et Gulchenrouz étendirent faiblement les bras, et
ouvrant les yeux ils regardèrent avec le plus grand
étonnement tout ce qui les entourait. Ils essayèrent même de
se lever; mais les forces leur manquant, ils retombèrent sur
leur lit de feuilles. Aussitôt, Sutlemémé leur fit avaler d'un
cordial dont l'Émir l'avait munie.
Gulchenrouz thoroughly aroused sneezed out
aloud, and raising himself with an effort that
expressed his surprise, left the cabin, and
inhaled the fres air with the greatest avidity
“Yes, said he, “I breathe again! again do I
exist! I hear sounds! I behold a firmament
spangled over with stars!”

188
Alors, Gulchenrouz se réveilla tout-à-fait, éternua bien fort,
et se leva avec un élan qui marquait toute sa surprise.
Lorsqu'il fut hors de la cabane, il huma l'air avec une extrême
avidité, et s'écria : je respire, j'entends des sons, je vois un
firmament semé d'étoiles ! j'existe encore.
Nouronihar catching these beloved accents
extricated herself from the leaves, and ran to
clasp Gulchenrouz to her bosom. The first
objects she remarked were their long symars,
their garlands of flowers, and their naked
feet: she hid her face in her hands to reflect.
The vision of the enchanted bath, the despair
of her father, and more vividly than both, the
majestic figure of Vathek recurred to her
memory. She recollected also, that herself and
Gulchenrouz had been sick and dying; but all
these images bewildered her mind. Not knowing
where she was, she turned her eyes on all
sides, as if to recognise the surrounding
scene. This singular lake, those flames
reflected from its glassy surface, the pale
hues of its banks, the romantic cabins, the
bull-rushes that sadly waved their drooping
heads, the storks whose melancholy cries
blended with the shrill voices of the dwarfs,
every thing conspired to persuade them that
the angel of death had opened the portal of
some other world.
À ces accents chéris, Nouronihar se débarrassa des feuilles,
et courut serrer Gulchenrouz dans ses bras. Les longues
simarres dont ils étaient revêtus, leurs couronnes de fleurs et
leurs pieds nus, furent les premières choses qui frappèrent
ses regards. Elle cacha son visage dans ses mains pour
réfléchir. La vision du bain enchanté, le désespoir de son
père et surtout la figure majestueuse de Vathek lui roulaient
dans l'esprit. Elle se ressouvenait d'avoir été malade et

189
mourante, aussi bien que Gulchenrouz ; mais toutes ces
imagss étaient confuses dans sa tête. Ce lac singulier, ces
flammes réfléchies dans les eaux paisibles, les pâles couleurs
de la terre, ces cabanes bizarres ; ces joncs qui se balançaient
tristement d'eux-mêmes, ces cigognes, dont le cri lugubre se
mêlait aux voix des nains ; tout la convainquit que l'ange de
la mort lui avait ouvert le portail de quelque nouvelle
existence.
Gulchenrouz on his part, lost in wonder, clung
to the neck of his cousin. He believed himself
in the region of phantoms, and was terrified
at the silence she preserved. At length
addressing her:
"Speak, said he; where are we? Do you not see
those soectres that aqre stirring the burning
coals? Are they Monker and Nadir, who are come
to throw us into them? Does the fatal bridge
cross this lake, whose solemn stillness,
perhaps, conceals from us an abyss, in which,
for whole ages, we shall be doomed
incessantly? To sink?"
Gulchenrouz, de son côté, dans des transes mortelles, s'était
collé contre sa cousine. Il se croyait aussi dans le pays des
fantômes, et s'effrayait du silence qu'elle gardait.
"Parle, lui dit-il enfin, Parle, lui dit-il enfin, où sommes-
nous? Vois-tu ces spectres qui remuent cette braise ardente
? Seraient-ce Monkir et Nekir27 qui vont nous y jetter? Le
pont fatal28 pont traverserait-il ce lac, dont la tranquillité
nous cache peut-être un abîme d'eau, où nous ne cesserons
de tomber pendant des siècles ?"
“No, my children, said Sutlememe going towards
them; “take comfort, theexterminating angel
who conducted our souls hither after yours,
hath assured us that the chastisement of your
indolent and voluptuous life shall be
restricted to a certain series of years, which

190
you must pass in this dreary abode, where the
sun is scarcely visible, and where the soil
yields neither fruits nor flowers. These,
continued she, pointing to the dwarfs, will
provide for our wants; for souls, so mundane
as ours retain too strong a tincture of their
earthly extraction. Instead of meats, your
food will be nothing but rice, and your bread
shall be moistened in the fogs that brood over
the surface of the lake.”
"Non, mes enfants, leur dit Sutlemémé en s'approchant
d'eux, rassurez-vous ; l'ange exterminateur qui a conduit nos
âmes après les vôtres, nous a assuré que le châtiment de votre
vie molle et voluptueuse sera borné à passer une longue suite
d'années dans ce lieu melancolique, où le soleil se montre à
peine, où la terre ne produit ni fruits ni fleurs. Voilà nos
gardiens, continua-t elle, en montrant les nains ; ils
pourvoiront à nos besoins : car des âmes aussi profanes que
les nôtres tiennent encore un peu à leur grossière existence.
Pour tous mets vous ne mangerez que du riz; et votre pain
sera trempé dans les brouillards qui couvrent sans cesse ce
lac."
At this desolating prospect, the poor children
burst into tears, andn prostrated themselves
before the dwarfs, who perfectly supported
their characters, and delivered an excellent
discourse of a customary lengthupon the sacred
camel, which after a thousand years was to
convey them tothe paradise of the faithful.
À cette triste perspective, les pauvres enfants fondirent en
pleurs. Ils se prosternèrent devant les nains, qui soutenant
parfaitement bien leur personnage, leur firent, selon la
coutume, un discours bien beau et bien long, sur le chameau
sacré qui devait, dans quelques milliers d'années, les porter
au paradis des fidèles.

191
The sermon being ended and ablutions
performed, they praised Alla and the prophet,
supped very indifferently, and retired to
their withered leaves. Nouronihar and her
little cousin consoled themselves on finding
that, though dead, they yet lay in one cabin.
Having slept well before, theremainder of the
night was spent in conversation on what had
befallen them; and both, from a dread of
apparitions, betook themselves for protection
to one another’s arms.
Le sermon fini, on fit des ablutions, on loua Allah et le
Prophète, on soupa bien maigrement, et on s'en retourna aux
feuilles sèches. Nouronihar et son petit cousin furent bien
aises de trouver que les morts couchaient dans la même
cabane. Comme ils avaient assez dormi, ils s'entretinrent le
reste de la nuit de ce qui s'était passé, et cela toujours en
s’embrassant de peur des esprits.
In the morning, which was lowering and rainy,
the dwarfs mounted high poles like minarets,
and called them to prayers. The whole
congregation, which consisted of Sutlememe,
Shaban, the four eunuchs, and some storks,
were already assembled. The two children came
forth from their cabinwith a slow and dejected
pace. As their minds were in a tender and
melancholy mood, their devotions were
performed with fervour. No sooner they were
finished than Gulchenrouz demanded of
Sutlememe and the rest, “how they happened to
die so opportunely for his cousin and
himself?”
“We killed ourselves, returned Sutlememe, in
despair at your death.”
On this, Nouronihar, who notwithstanding what
was past, had not yet forgotten her vision,
said:

192
“And the Caliph, is he also dead of his grief?
and will he likewise come hither?"
The dwarfs, who were prepared with an answer,
most demurely replied:
“Vathek is damned beyond all redemption! I
readily believe so, said Gulchenrouz; and am
glad from my heart tohear it, for I am
convinced it was his horrible look that sent
us hither,to listen to sermons and mess upon
rice.”
Le lendemain matin, qui fut bien sombre et pluvieux, les
nains montèrent sur de longues perches plantées en guise de
minarets, et appellèrent à la prière. Toute la congrégation
s'assembla ; Sutlemémé, Shaban, les quatre eunuques,
quelques cigognes qui s'ennuyaient de la pêche, et les deux
enfants Ceux-ci s'étaient traînés languissamment hors de leur
cabaneet comme leurs esprits étaient montés sur un ton
mélancolique et tendre, ils firent leurs dévotions avec
ferveur. Après cela, Gulchenrouz demanda à Sutlemémé et
aux autres, comment ils avaient fait de mourir si à propos
pour eux.
"Nous nous sommes tués de désespoir après votre mort,"
répondit Sutlemémé.
Nouronihar, qui malgré tout ce qui s'était passé, u'avait pas
oublié sa vision, s'écria :
"Et le Calife ! Serait-il mort de douleur ? Viendra-t-il ici ?"
Les nains avaient le mot, et répondirent gravement:
"Vathek est damné sans retour."
"Je le crois bien, s'écria Gulchenrouz, et j'en suis charmé ;
car je pense que c'est son horrible œillade qui nous a envoyés
ici manger du riz, et entendre des sermons.
One week passed away on the side of the lake
unmarked by any variety; Nouronihar ruminating
on the grandeur of which death had deprived
her,and Gulchenrouz applying to prayers and to

193
panniers along with the dwarfs, who infinitely
pleased him.
Whilst this scene of innocence was exhibiting
in the mountains, the Caliph presented himself
to the emir in a new light. The instant he
recovered the use of his senses, with a voice
that made Bababalouk quake, he thundered out:
“Perfidious Giaour! I renounce thee for ever!
it is thou who hast slain my beloved
Nouronihar! and I supplicate the pardon of
Mahomet, who would have preserved her to me
had I been more wise. Let water be brought to
perform my ablutions, and let the pious
Fakreddin be called to offer up his prayers
with mine, and reconcile me to him.
Afterwards we will go together and visit the
sepulchre of the unfortunate Nouronihar. I am
resolved to become a hermit, and consume the
residue of my days on this mountain, in hope
of expiating my crimes.
" And what do you intend to live upon there?
inquired Bababalouk."
"I hardly know, replied Vathek; but I will
tell you when I feel hungry, which, I believe
will not soon be the case.
Une semaine s'écoula à peu près de la même manière.
Nouronihar pensait aux grandeurs que son ennuyeuse mort
lui avait fait perdre; et Gulchenrouz faisait des prières et des
paniers de joncs avec les nains, qui lui plaisaient infiniment.
Pendant que cette scène d'innocence se passait au sein des
montagnes, le Calife en donnait une autre chez l'Émir. Il
n'eut pas plutôt repris l'usage de ses sens, qu'avec une voix
qui fit tressaillir Bababalouk, il s'écria:
‘’perfide Giaour ! c'est toi qui as tué ma chère Nouronihar ;
je renonce à toi, et demande pardon à Mahomet ; il me
l'aurait conservée si j'avais été plus sage. Allons, qu'on me

194
donne de l'eau pour faire mes ablutions, et que le bon
Fakreddin vienne ici, pour que je me réconcilie avec lui et
que nous fassions la prière. Après cela, nous irons ensemble
visiter le sépulcre de l'infortunée. Nouronihar. Je veux me
faire hermite, et passer mes jours sur cette montagne pour y
expier mes crimes."
"Et que mangerez-vous là, lui dit Bababalouk?"
"je n'en sais rien, repartit Vathek ; je te le dirai quand je me
sentirai affamé., ce qui, je crois, ne sera pas de si tôt le cas."
The arrival of Fakredin put a stop o this
conversation. As soon as Vathek saw him, he
threw his arms around his neck, bedewed his
face with a torent of tears, and uttered
things so affecting, so pious, that the emir,
crying for joy, congratulated himself, in his
heart, upon having performed so admirable and
unexpected conversion. As for the pilgrimage
to the mountain, Fakreddin had his reasons not
to oppose it; therefore, each ascending his
own litter, they started.
Notwithstanding the vigilance with with which
his attendants watched the caliph, they could
not prevent his harroeing his cheeks with a
few scratches, when on the place where he was
told Nouronihar had been buried; they were
even obliged to drag him away, by force of
hands, from the melancholy spot. However, he
swore, with a solemn oath, that he would
return thither every day. This resolution did
not exactly please the emir, yet he flattered
himself that the caliph might not proceed
farther, and would merely perform his
devotions in the cavern of meimouné. Besides,
the lake was no completely concealed within
the solitary bosom of those tremendous rocks,
that he sought it utterly impossible any one
could ever find it. This security of Fakreddin

195
was also considerably strengthened by the
conduct of Vathek, who performed his vow most
scrupulously, and returned daily from the hill
so devout, and so contrite, that all the
greybeards were in a state of ecstacy on
account of it.
L'arrivée de Fakreddin interrompit cette conversation. Dès
que Vathek le vit, il lui sauta au col, et le baigna de ses
larmes, en lui disant des choses si pieuses, que l'Émir en
pleurait de joie, et se félicitait tout bas de l'admirable
conversion qu'il venait d'opérer. On comprend qu'il n'osait
pas s'opposer au pélerinage de la montagne ; ils se mirent
donc chacun dans leur litière et partirent. Malgré l'attention
avec laquelle on veillait sur le Calife, on ne put empêcher
qu'il ne se fît quelques égratignures sur le lieu où l'on disait
que Nouronihar était enterrée. L'on eut grand'peine â l'en
arracher, et il jura solemnellement qu'il y reviendrait tous les
jours, ce qui ne plut pas trop à Fakreddin ; mais il se flattait
que le Calife ne se hasarderait pas plus avant, et qu'il se
contenterait de faire ses prières dans la caverne de
Meimouné ; d'ailleurs, le lac était si caché dans les rochers,
qu'il ne croyait pas possible de le trouver. Cette sécurité de
l'Émir était augmentée par la conduite de Vathek. Il tenait
bien exactement sa résolution, et revenait de la montagne si
dévot et si contrit, que tous les barbons en étaient en extase.
Nouronihar was not altogether so content, for
though she felt a fondness for Gulchenrouz,
who, to augment the attachment, had been left
at full liberty with her, yet she still
regarded him as but a bauble that bore no
competition with the carbuncle of Giamschid.
At times, she indulged doubts on the mode of
her being, and scarcely could believe that the
dead had all the wants and the whims of the
living. To gain satisfaction, however, on so

196
perplexing a topic, she arose one morning
whilst all were asleep, with a breathless
caution from the side of Gulchenrouz, and,
after having given him a soft kiss, began to
follow the windings of the lake till it
terminated with a rock whose top was
accessible though lofty. This she clambered up
with considerable toil, and, having reached
the summit, set forward in a run like a doe
that unwittingly follows her hunter. Though
she skipped along with the alertness of an
antelope, yet at intervals she was forced to
desist, and rest beneath the tamarisks to
recover her breath. Whilst she, thus reclined,
was occupied with her little reflections on
the apprehension that she had some knowledge
of the place, Vathek, who finding himself that
morning but ill at ease, had gone forth before
the dawn, presented himself on a sudden to her
view. Motionless with surprise, he durst not
approach the figure before him, trembling and
pale, but in a symar extended yet lovely to
behold. At length Nouronihar, with a mixture
of pleasure and affliction, raising her fine
eyes to him, said:
"My lord, are you come hither to eat rice and
hear sermons with me?"
"Beloved phantom! cried Vathek, dost thou
speak? hast thou the same graceful form? the
same radiant features? art thou palpable
likewise? and, eagerly embracing her, he
added, here are limbs and a bosom animated
with a gentle warmth! what can such a prodigy
mean?"
Nouronihar with indifference answered:
"You know, my lord, that I died on the night
yon honored me with your visit; my cousin
maintains it was from one of your glances, but

197
I cannot believe him, for to me they seem not
so dreadful. Gulchenrouz died with me, and we
were both brought into a region of desolation,
where we are fed with a wretched diet. If you
be dead also, and are come hither to join us,
I pity your lot, for you will be stunned with
the clang of the dwarfs and the storks.
Besides, it is mortifying in the extreme that
you as well as myself should have lost the
treasures of the subterranean palace."
Nouronihar, de son côté, n'était pas tout à-fait aussi contente.
Quoiqu'elle aimât Gulchenrouz, et qu'on la laissât libre avec
lui, afin d'augmenter sa tendresse, elle le regardait comme
un joujou qui n'empêchait pas que l'escarboucle de
Criamchid ne fût très désirable. Elle avait même quelquefois
des doutes sur son état, et ne pouvait pas comprendre que les
morts eussent tous les besoins et les fantasies des vivans. Un
matin, pour s'en éclaircir, elle se leva doucement d'auprès de
Gulchenrouz, pendant que tout dormait encore, et après lui
avoir donné un baiser, elle suivit le bord du lac, et vit qu'il se
dégorgeait sous un rocher dont la cime ne lui parut pas
inaccessible. Aussitôt elle y grimpa du mieux qu'elle put, et
voyant le ciel à découvert, elle se mit à courir comme une
biche qui fuit le chasseur. Quoiqu'elle sautât avec la légèreté
de l'antilope, elle fut pourtant obligée de s'asseoir sur
quelques tamarins pour reprendre haleine. Elle y faisait ses
petites réflexions, et croyait reconnaître les lieux, quand tout
à coup Vathek se présenta à sa vue. Ce prince inquiet et agité
avait devancé l'aurore. Lorsqu'il vit Nouronihar, il resta
immobile. Il n'osait approcher de cette figure tremblante et
pâle ; mais pourtant encore charmante à voir. Enfin,
Nouronihar, d'un air moitié content et moitié affligé, leva ses
beaux yeux sur lui, et lui dit : Seigneur, vous venez donc
manger du riz avec moi, et entendre des sermons ? Ombre

198
chérie, s'écria Vathek, vous parlez ! vous avez toujours la
même forme élégante, le même regard rayonnant! Seriez-
vous aussi palpable? En disant ces mots, il l'embrasse de
toute sa force, en répétant sans cesse ; mais voici de la chair,
elle est animée d'une douce chaleur ; que veut dire ce
prodige? Nouronihar répondit modestement ; vous savez,
Seigneur, que je mourus la nuit même où vous m'honorâtes
de votre visite. Mon cousin dit que ce fut d'une de vos
oeillades, mais je n'en crois rien, elles ne me parurent pas si
terribles. Gulchenrouz mourut avec moi, et nous fûmes tous
les deux transportés dans un pays bien triste, et où l'on fait
très maigre chère ; si vous êtes mort aussi, et que vous veniez
nous joindre, je vous plains, car vous serez étourdi par les
nains et les cigognes. D'ailleurs, il est fâcheux pour vous et
pour moi, d'avoir perdu les trésors du palais souterrein qui
nous étaient promis.
At the mention of the subterranean palace, the
Caliph suspended his caresses, which indeed
had proceeded pretty far, to seek from
Nouronihar an explanation of her meaning. She
then recapitulated her vision—what
immediately followed—and the history of her
pretended death, adding also a description of
the palace of expiation from whence she had
fled; and all in a manner that would have
extortedhis laughter, had not the thoughts of
Vathek been too deeply engaged No sooner,
however, had she ended, than he again clasped
her to his bosom, and said:
"Light of my eyes! the mystery is unravelled
; we both are alive! Your father is a cheat,
who for the sake of dividing hath deluded us
both; and the Giaour, whose design, as far as
I can discover, is that we shall proceed
together, seems scarce a whit better. It shall
be some time at least before he finds us in

199
this palace of fire. Your lovely little person
in my estimation is far more precious than all
the treasures of the pre-Adamite sultans, and
I wish to possess it at pleasure, and in open
day for many a noon, before I go to burrow
under ground like a mole.
" Forget this little trifler Gulchenrouz,
and"—
" Ah, my lord, interposed Nouronihar, let me
entreat that you do him no evil."
" No, no, replied Vathek, I have already
forbidden you forbear to alarm yourself for
him. He has been brought up too much on milk
and sugar to stimulate my jealousy. We will
leave him with the dwarfs, who, by the bye,
are my old acquaintances; their company will
suit him far better than yours. As to other
matters, I will return no more to your
father's. I want not to have my ears dinned by
him and his dotards with the violation of the
rights of hospitality; as if it were less an
honor for you to espouse the sovereign of the
world, than a girl dressed up like a boy."
À ce nom de palais souterrein, le Calife suspendit ses
caresses, qui avaient déjà été assez loin, pour se faire
expliquer ce que Nouronihar voulait dire. Alors elle lui
raconta sa vision, ce qui l'avait suivie, et l'histoire de sa
prétendue morte; elle lui dépeignit le lieu d'expiation d'où
elle s'était échappée, d’une manière qui l'aurait fait rire, s'il
n'avait pas été très sérieusement occupé. Elle n'eut pas plutôt
cessé de parler, que Vathek la reprenant dans ses bras, lui
dit; allons, lumière de mes yeux, tout est dévoilé. Nous
sommes tous deux pleins de vie : votre père est un fripon qui
nous a trompés pour nous séparer; et le Giaour, qui, à ce que
je comprends, veut nous faire voyager ensemble, ne vaut
guères mieux. Ce ne sera pas du moins de longptems, qu'il

200
nous tiendra dans son palais de feu. J'attache plus de valeur
à votre belle personne, qu'à tous les trésors des sultans
préadamites; et je veux la posséder à mon aise, et en plein
air pendant bien des lunes, avant que d'aller m'enfouir sous
terre. Oubliez ce petit sot de Gulchenrouz, et…
"Ah, Seigneur, ne lui faites point de mal, interrompit
Nouronihar"
"Non, non, reprit Vathek; je vous ai déjà dit de ne rien
craindre pour lui ; il est trop pétri de lait et de sucre pour que
j'en sois jaloux : nous le laisserons avec les nains (qui par
parenthèse sont mes anciennes connaissances) c'est une
compagnie qui lui convient mieux que la vôtre. Au reste, je
ne retournerai plus chez votre père ; je ne veux pas l'entendre
lui et ses barbons, me criailler aux oreilles que je viole les
loix de l'hospitalité, comme si ce n'était pas un plus grand
honneur pour vous d'épouser le Souverain du monde, qu'une
petite fille habillée en garçon.
Nouronihar could find nothing to oppose in a
discourse so eloquent. She only wished the
amorous monarch had discovered more ardor for
the carbuncle of Giamschid; but flattered
herself it would gradually increase, and
therefore yielded to his will with the most
bewitching submission. When the Caliph judged
it proper he called for Bababalouk, who was
asleep in the cave of Meimoune, and dreaming
that the phantom of Nouronihar, having mounted
him once more on her swing, had just given him
such a jerk that he one moment soared above
the mountains, and the next sunk into the
abyss.
Nouronihar n'eut garde de désapprouver un discours aussi
éloquent. Elle aurait seulement voulu que l'amoureux
Monarque eût marqué un peu plus d'ardeur pour
l'escarboucle de Giamchid; mais elle pensa que cela

201
viendrait en son temps, et demeura d'accord de tout, avec la
soumission la plus engageante. Quand de Calife le jugea à
propos, il appella Bababalouk qui dormait dans la caverne
de Meimouné, et rêvait que le fantôme de Nouronihar l'avait
remis sur l'escarpolette, et lui dounait un tel branle, que
tantôt il planait au-dessus des montagnes, et tantôt touchait
aux abîmes.
Starting from his sleep at the voice of his
master, he ran gasping for breath, and had
nearly fallen backward at the sight, as he
believed, of the spectre, by whom he had so
lately been liaunted in his dream.
" Ah, my lord, cried he, recoiling ten steps,
and covering his e3^es with both hands, doyou
then perform the office of a Ghoul? 'Tistrue
you have dug up the dead, yet hope not to make
her your prey; for after all she hath caused
me to suffer, she is even wicked enough to
prey upon you."
"Ah ! Seigneur, s’écria-t-il en reculant de dix pas, et mettant
sa main devant ses yeux : est-ce que vous déterrez les morts?
Faites-vous aussi le métier de Goule ? Mais n'espérez pas de
manger cette Nouronihar; après ce qu elle m'a fait souffrir,
elle sera assez méchante pour vous manger vous-même"
"Cease thy folly," said Vathek, and thou shalt
soon be convinced that it is Nouronihar
herself, alive and well, whom I clasp to my
breast. Go only, and pitch my tents in the
neighboring valley. There will I fix my abode
with this eautiful tulip, whose colors I soon
shall restore. There exert thy best endeavors
to procure whatever can augment tlie
enjoyments of life, till I shall disclose to
thee more of my will."
Cesse de faire l'imbécille, dit Vathek ; tu seras bientôt
convaincu que celle que je tiens dans mes bras, est

202
Nouronihar, bien fraîche et très vivante. Va faire dresser mes
tentes dans une vallée que j'ai remarquée ici près ; je veux y
fixer mon habitation avec cette belle tulipe dont je ranimerai
les couleurs. Fais eu sorte de nous pourvoir de tout ce qu'il
faut pour mener une vie voluptueuse jusqu'à nouvel ordre.
The news of so unlucky an event soon reached
the ears of the emir, who abandoned himself to
grief and despair, and bean, as did all his
old graybeards, to begrime his visage with
ashes. A total supineness ensued; travelers
were no longer entertained, no more plasters
were spread, and, instead of the charitable
activity that had distinguished this asylum,
the whole of its inhabitants exhibited only
faces of a half cubit long, and uttered groans
tliat accorded with tlieir forlorn situation.
Les nouvelles d'un incident aussi fâcheux parvinrent bientôt
aux oreilles de l'Émir. Au désespoir de ce que son stratagème
n'avait pas réussi, il s'abandonna à la douleur, et se barbouilla
duement le visage avec de la cendre ; ses fidèles barbons en
firent autant, et son palais tomba dans un affreux désordre.
Tout était négligé ; on ne recevait plus les voyageurs, on ne
faisait plus d'emplâtres; et à la place de l'activité charitable
qui régnait dans cet asile, ceux qui l'habitaient n'y montraient
plus que des visages d'une coudée de long ; ce n'était que
gémissemens et barbouillages.
Though Fakreddin bewailed his daughter as lost
to him forever, yet Gulchenrouz was not
forgotten. He despatched immediate
instruction to Sutlememe, Shaban, and the
dwarfs enjoining them not to undeceive the
child in respect to is state, but under some
pretense to convey him far from the lofty rock
at the extremity of the hike, to a place which
he should appoint, as safer from danger; for
he suspected that Vathek intended him evil.

203
Bien que Fakreddin, épleuré, avait considéré
sa fille comme étant perdue pour lui pour
toujours, il n’oublia pas pourtant
Gulchenrouz. Il expédia des instructions
immédiates à Sutlememe, Shaban et aux nains
qui leur imposient de ne pas détromper
l'enfant à l'égard de la situation, et de ne
le transporter sous quelque prétexte loin de
la haute roche à l'extrémité de la randonnée,
à un endroit qu'il nommera, plus sûr du
danger; car il soupçonnait que Vathek voulait
lui causer du mal.
Gulchenrouz in the meanwhile was filled with
amazement at not finding his cousin, nor were
the dwarfs at all less surprised; but
Sutlememe, who had more penetration,
immediately guessed what had arrived.
Gulchenrouz was amused with the delusive hope
of once more embracing Nouronihar in the
interior recesses of the mountains, where the
ground, strewed over with orange blossoms and
jasmines, offered beds much more inviting than
the withered leaves in their cabin, wliere
they might accompany with their voices the
sounds of their lutes, and chase butterflies
in concert.
Sutlememe was far gone in this sort of
description when one of the four eunuchs
beckoned her aside to apprise her of the
arrival of a messengerfrom their fraternity,
who had explained the secret of the flight of
Nouronihar, and brought the commands of the
emir. A council with Shaban and the dwarfs was
immediately held. Their baggage being stowed
in consequence of it, they embarked in a
shallop and quietly sailed with the little
one, who acquiesced in all their proposals.
Their voyage proceeded in the same manner,

204
till they came to the place where the lake
sinks beneath the hollow of the rock; but as
soon as the bark had entered it, and
Gulchenrouz found himself surrounded with
darkness, he was seized with a dreadful
consternation, and incessantly uttered the
most piercing outcries; for he now was
persuaded he should actually be damned for
having taken too many little freedoms in his
lifetime with his cousin.
Sutlemémé seule, plus fine qu'eux tous, soupçonna d'abord
ce qui était arrivé. On amusa Gulchenrouz avec la belle
espérance qu'il retrouverait Nouronihar dans quelque endroit
des montagnes, où la terre jonchée de fleurs d'orange et de
jasmin, ofïrirait des lits plus agréables que ceux des cabanes,
où l'on chanterait au son des luths, et où l'on irait à la chasse
des papillons. Sutlemémê était dans le fort de ses
descriptions quand un des quatre eunuques la tira à part, lui
éclaircit l'histoire de la fuite de Nouronihar, et lui remit les
ordres de l'Émir. Aussitôt elle tint conseil avec Shaban et les
nains ; on plia bagage ; on se mit dans une chaloupe, et on
vogua tranquillement. Gulchenrouz s'accommodait de tout ;
mais lorsqu'on arriva à l'endroit où le lac se perdat sous la
voûte du rocher, que la barque y fut entrée, et que
Gulchenrouz se vit dans une parfaite obscurité, il fut saisi
d'une peur horrible et jeta des cris perçants ; car il croyait
qu'on allait le damner entiérement, pour avoir trop fait le
vivant avec sa cousine. Pendant ce temps, le Calife, et celle
qui régnait sur son cœur, filaient des jours heureux.
But let us return to the Caliph, and her who
ruled over his heart. Bababalouk had pitched
the tents, and closed up the extremities of
the valley with magnificent screens of India
cloth, which were guarded by Ethiopian slaves
with their drawn sabres. To preserve the

205
verdure of this beautiful inclosure in its
natural freshness, the white eunuchs went
continually round it with their red water
vessels. The waving of fans was heard near the
imperial pavilion, where, by the voluptuous
light that glowed through the muslins, the
Caliph enjoyed at full view all the
attractions of Nouronihar. Inebriated with
delight, he was all ear to her charming voice,
which accompanied the lute; while she was not
less captivated with his descriptions of
Samarah and the tower full of wonders, but
especially with his relation of the adventure
of the hall, and the chasm of the Giaour with
its ebony portal.
Mais revenons au Calife et à celle qui régnait sur son Coeur.
Bababalouk avait fait dresser les tentes et fermer les deux
entrées de la vallée avec des paravents magnifiques, doublés
de toile des Indes, et gardés par des esclaves éthiopiens, le
sabre à la main. Pour maintenir le gazon de cette belle
enceinte dans une fraîcheur perpétuelle, des eunuques blancs
ne cessaient d'en faire le tour avec des arrosoirs de vermeil.
L'air, auprès du pavillon impérial, était sans eesse agité par
le mouvement des éventails; un jour tendre qui passait au
travers des mousselines éclairait ce lieu de volupté, et le
Calife y jouissait en plein des charmes de Nouronihar.
Enivré de délïces, il écoutait avec transport sa belle voix, et
les accords de son luth. De son côté, elle était ravie
d'entendre les descriptions qu'il lui faisait de Samarah, et de
sa tour remplie de merveilles. Elle se plaisait surtout à lui
faire répéter l’aventure de la boule, et celle de la crevasse où
le Giaour se tenait auprès du portail d’ébéne.
In this manner, they conversed fcr a day and
a night; they bathed together in a basin of
black marble, which admirably relieved the
fairness of Nouronihar. Bababalouk, whose good

206
graces this beauty had regained, spared no
attention that their repasts might be served
upwith the minutest exactness: some exquisite
rarity was ever placed before them; and he
sent even to Schiraz for that fragrant and
delicious wine which had been hoarded up in
bottles prior to the birth of Mahomet. He had
excavated little ovens in the rock to bake the
nice manchets which were prepared by the hands
of Nouronihar, from whence they had derived a
flavor so grateful to Vathek, that he regarded
the ragouts of his other wives as entirely
mawkish; whilst they would have died at the
emir's of chagrin at finding themselves so
neglected, if Fakreddin, notwithstandinghis
resentment, had not taken pity upon them.
Le jour s'écoulait dans ces entretiens, et la nuit ces amants se
baignaient ensemble dans un grand bassin de marbre noir,
qui relevait admirablement la blancheur de Nouronihar.
Bababalouk, avec qui cette belle était rentrée en grace,
prenait soin que leurs repas fussent servis avec la plus grande
délicatesse ; c'était toujours quelques mets nouveaux; et il fit
chercher à Schiraz un vin pétillant et délicieux, encavé avant
la naissance de Mahomet. On cuisait dans de petits fours
pratiqués dans le roc, des pains au lait que Nouronihar
pétrissait de ses mains délicates ; ce qui leur donnait une
saveur si fort au gré de Vathek, qu'il en oubliait tous les
ragoûts que ses autres femmes lui avaient faits ; aussi ces
pauvres délaissées se mouraient-elles de chagrin chez l'Émir.
The sultana Dilara, who till then had been the
favorite, took this dereliction of the Caliph
to heart with a vehemence natural to her
character: for during her continuance in favor
she had imbibed from Vathek many of his
extravagant fancies, and was fired with
impatience to behold the superb tombs of

207
Istakhar, and the paLice of forty columns;
besides, having been brouglit up amongst the
magi, she had fondly cherished the idea of the
Caliph's devoting himself to the worship of
fire: thus, his voluptuous and desultory life
with her rival was toher a double source of
affliction. The transient piety of Vathek had
occasioned her some serious alarms, but the
present was an evil of far greater magnitude.
She resolved thereforewithout hesitation to
write to Carathis, and acquaint her that all
things went ill; thatthey had eaten, slept,
and revelled at an old emir's, whose sancity
was very formidable, and that, after all the
prospect of possessing the treasures of the
pre-Adamitc sultans was no less remote than
before. This letter wasintrusted to the care
of two woodmen who were at work on one of the
great forests of the mountains, and being
acquainted with the shortest cuts, arrived in
ten days at Samarah.
La sultane Dilara, qui jusqu'alors avait été la favorite, prenait
cette négligence à cœur avec une énergie qui était dans son
caractère. Dans le cours de sa faveur, elle avait été imbue des
idées extravagantes de Vathek, et brûlait de voir les
tombeaux d'Istakhar, et le palais des quarante colonnes ;
élevée d'ailleurs parmi les mages, elle se réjouissait de voir
le Calife prêt à s'adonner au culte du feu : ainsi la vie
voluptueuse et fainéante qu'il menait avec sa rivale,
l'affligeait doublement. La piété passagère de Vathek, lui
avait donné de vives alarmes ; ceci était pis encore. Elle prit
donc le parti d'écrire à la princesse Carathis, pour lui
apprendre que tout alloit mal, qu'on avait manqué net aux
conditions du parchemin, qu'on avait mangé, couché et fait
vacarme chez un vieil Émir, dont la sainteté était fort
redoutable, et qu'enfin il n'y avait plus d'apparence qu'on eût

208
jamais les trésors des sultans préadamites. Cette lettre fut
confiée à deux bûcherons, qui coupaient du bois dans une
des grandes forêts de la montagne, et qui connaissant les
routes les plus courtes, arrivèrent en dix jours à Samarah.
The princess Carathis was engaged at chess
with Morakanabad, when the arrival of these
wood-fellers was announced. She, after some
weeks of Vathek's absence, had forsaken the
upper regions of her tower, because everything
appeared in confusion among the stars, whom
she consulted relative to the fate of her son.
In vain did she renew her fumigations, and
extend herself on the roof to obtain mystic
visions: nothing more could she see in her
dreams than pieces of brocade, nosegays of
flowers, and other unmeaning gewgaws. These
disappointments had thrown her into a state of
dejection which no drug in her power was
sufficient to remove. Her only resource was in
Morakanabad, who was a good man, and endowed
with a decent share of confidence, yet whilst
in her company he never thought himself on
roses.
La princesse Carathis jouait aux échecs avec Morakanabad,
quand les messagers arrivèrent. Depuis quelques semaines
elle avait abandonné les hautes régions de sa tour, parce que
tout lui semblait en confusion parmi les astres, lorsqu'elle les
consultait pour son fils. Elle avait beau répéter ses
fumigations, et s'étendre sur les toîts, dans l'espérance
d'avoir des visions mystiques ; elle ne rêvait que pièces de
brocard, bouquets et autres niaseries pareilles. Cela l’avait
jettée dans un abattement dont toutes les drogues qu'elle
composait ne pouvaient la tirer, et sa dernière ressource était
Morakanabad, bon homme, plein d'une honnête confiance,
mais qui, dans sa compagnie, ne se trouvait pas sur des roses.
No person knew aught of Vathek, and a thousand

209
ridiculous stories were propagated at his
expense. The eagerness of Carathis may be
easily guessed at receiving the letter, as
well as her rage at reading the dissolute
conduct of her son.
"Is it so? said she; either I will perish,
or Vathek shall enter the palace of fire. Let
me expire in the flames, provided he may reign
on the throne of Soliman!"
Having said this, and whirled herself round
in a magical manner, which struck Morakanabad
with such terror as caused him to recoil, she
ordered her great camel Alboufaki to be
brought, and the hideous Nerkes with the
unrelenting Cafour to attend.
"I require no other retinue, said she to
Morakanabad: I am going on affairs of
emergency: a truce therefore to parade! Take
you care of the people, fleece them well in my
absence, for we shall expend large sums, and
one knows not what may betide."
Ah ! ah ! dit-elle ; je périrai, ou il pénétrera dans le palais du
feu ; que je meure dans les flammes, et que Vathek règne sur
le trône de Suleïman ! En parlant ainsi, elle fit la pirouette
d'une manière sî magique et si effroyable, que Morakanabad
en recula de terreur; elle commanda de préparer son grand
chameau Alboufaki, et de faire venir la hideuse Nerkès et
l'impitoyable Cafour: je ne veux pas d'autre train, dit-elle au
vizir; je vais pour affaires pressantes, ainsi trêve de parade ;
vous aurez soin du peuple; plumez le bien dans mon absence
; car nous dépensons beaucoup, et on ne sait pas ce qui
arrivera.
The night was uncommonly dark, and a
pestilential blast ravaged the plain of Catoul
that would have deterred any other traveler,
however urgent the call; but Carathis enjoyed

210
211
most wliatever filled others with dread.
Nerkes concurred in opinion with her, and
Cafour had a particular predilection for a
pestilence. In the morning this accomplished
caravan, with he wood-fellers who directed
their route, halted on the edge of an
extensive marsh, from whence so noxious a
vapor arose as would have destroyed any animal
but Alboufaki, who naturally inhaled these
malignant fogs. The peasants entreated their
convoy "not to sleep in and as to my
attendants, their occupations are too many to
close the only eye they each have."
"To sleep, cried Carathis, what an excellent
thought! I never sleep but for visions; and as
to my attendants, their occupations are too
many to close the only eye they each have."
The poor peasants, who were not over-pleased
with their party remained open-mouthed with
surprise.
La nuit êtait très noire, et il soufflait de La nuit êtait très
noire, et il soufflait de la plaine de Catoul un vent malsain
qui aurair rebuté le voyageur le plus intrépide, mais Carathis
se plaisait beaucoup à tout ce qui était funeste : Nerkès en
pensait de même et Cafour avait un goût particulier pour les
pestilences. Au matin, cette gentille caravane guidée par les
deux bûcherons, s'arrêta sur les bords d'un grand marais d'où
s'exhalait une vapeur mortelle, qui aurait tué tout autre
animal qu'Alboufaki, qui naturellement pompait avec paisir
ces malignes odeurs. Les paysans supplièrent les dames de
ne pas dormir dans ce lieu. Dormir! s'écria Carathis ; la belle
idée ! Je ne dors jamais que pour avoir des visions; et, quant
à mes suivantes, elles ont trop d'occupations pour fermer le
seul oeil qui leur reste. Les pauvres gens qui commençaient
à ne pas trop se plaire dans cette compagnie, restèrent la
gueule béante.

212
Carathis alighted as well as her negresses,
and, severally stripping off their outer
garments, they all ran in their drawers to
cull from those spots where the sun shone
fiercest, the venomous plants that grew on the
marsh. This provision was made for the family
of the emir, and whoever might retard the
expedition to Istakhar. The woodmen were
overcome with fear when they beheld these
three horri- ble phantoms run, and, not much
relishing the company of Alboufaki, stood
aghast at the command of Carathis to set
forward, notwithstanding it was noon, and the
heat fierce enough to calcine even rocks. In
spite, however, of every remonstrance, they
were forced implicitly to submit.
Carathis mit pied à terre, aussi bien que les négresses qu'elle
avait en croupe ; et toutes s'étant mises en chemise et en
caleçons, elles coururent à l'ardeur du soleil pour cueillir des
herbes vénéneuses, dont il y avait à foison le long du
marécage. Cette provision était destinée pour la famille de
l'Emir, et pour tous ceux qui pouvaient apporter le moindre
empêchement au voyage d'Istakhar. Les bucherons
mouraient de peur, en voyant courir ces trois horribles
fantômes, et ne goûtaient pas trop la société d'Alboufaki. Ce
fut bien pire lorsque Carathis leur ordonna de se mettre en
route, quoiqu'il fût midi et qu'il fît une chaleur à calciner les
pierres ; malgré tout ce qu'ils purent dire, il fallut obéir.
Alboufaki, who delighted in solitude,
constantly snorted whenever he perceived
himself near a habitation, and Carathis, who
was apt to spoil him with indulgence, as
constantly turned him aside; so that the
peasants were precluded from procuring
subsistence; for the milch goats and ewes
Avhich Providence had sent towards the

213
district they traversed, to re- fresh
travelers with their milk, all fled at the
sight of the hideous animal and his strange
riders. As to Carathis, she needed no common
aliment; for her invention had previously
furnished her with an opiate to stay her
stomach, some of which she imparted to her
mutes.
Alboufaki qui aimait beaucoup la solitude, reniflait quand il
apercevait la moindre habitation, et Carathis le gâtant à sa
manière, se détournait tout de suite. Il arriva de là que les
paysans ne purent pas prendre la moindre nourriture sur la
route. Les chèvres et les brebis, que la Providence semblait
leur envoyer, et dont le lait aurait pu les refraîchir un peu,
s'enfuyaient à la vue de l'hideux animal et de son étrange
charge. Pour Carathis, slle n'avait nul besoin de ces aliments
communs, ayant inventé depuis longtemps une opiate qui lui
suffisait, et dont elle faisait part à ses chères muettes.
At the fall of night Alboufaki, making a
sudden stop, stamped with his foot, which to
Carathis, who understood his paces, was a
certain indication that she was near tlie
confines of some cemetery. The moon shed a
bright light on the spot, which served to
discover along wall with a large door in it
standing ajar, and so high that Alboufaki
might easily enter. The miserable guides, who
perceived their end approaching, humbly
implored Carathis, as she had now so good an
opportunity, to inter them, and immediately
gave up the ghost. Nerkes and Cafour, whose
wit was of a style peculiar to themselves,
were by no means parsimonious of it on the
folly of these poor people, nor could anything
have been found more suited to their taste
than the site of the burying ground, and the
sepulchres which its precincts contained.

214
There were at least two thousand of them on
the declivity of a hill; some in the form of
pyramids, others like columns, and in short,
the variety of their shapes was endless.
Carathis was too much immersed in her sublime
contemplations to stop at the view, charming
as it appeared in her eyes. Pondering the
advantages that might accrue from her present
situation, she could not forbear to exclaim
for herself:
"So beautiful a cemetery must be haunted by
Gouls, and they want not for intelligence!
having heedlessly suffered my guides to
expire, I will apply for directions to them,
and, as an inducement, will invite them to
regale on these fresh corpses."
After this short soliloquy, she beckoned to
Nerkes and Cafour and made signs with her
fingers, as much as to say:
"Go, knock against the sides of the tombs, and
strike up your delightful warblings, that are
so like to those of the guests whose company
I wish to obtain."
À la nuit tombante, Alboufaki s'arrêta tout court, et frappa
du pied. Carathis connaissait ses allures, et comprit qu'elle
devait être dans le voisinage d'un cimetière. En effet, la lune
jettait une pâle lueur qui lui fit bientôt entrevoir une longue
muraille, et une porte à demi ouverte et si élevée, qu'elle
pouvait y faire passer Alboufaki. Les misérables guides, qui
touchaient à l'extrémité de leurs jours, prièrent alors
humblement Carathis de les enterrer, puisqu'elle en avait la
commodité, et rendirent l'âme. Nerkès et Cafour
plaisantèrent à leur manière sur la sottise de ces gens,
trouvèrent l'aspect du cimetière fort à leur gré, et les
sépulcres bien réjouissants ; il y en avait au moins denx mille
sur la pente d'une colline. Carathis trop occupée de ses

215
grandes vues pour s'arrêter à ce spectacle, quelque charmant
qu'il fût à ses yeux, s'avisa de tirer parti de sa situation.
"Assurément, se dit-elle, un si beau cimetière est hanté par
les Goules ; cette espèce ne manque pas d'intelligence ;
comme j'ai laissé mourir mes bêtes de guides faute
d’attention, je demanderai mon chemin aux Goules, et pour
les amorcer, je les inviterai â se régaler de ces corps frais."
Après ce sage monologue, elle parla des doigts a Nerkès et à
Cafour, leur disant d'aller frapper aux tombeaux, et d'y faire
entendre leur joli ramage.
The negresses, full of joy at the behests of
their mistress, and promising themselves much
pleasure from the society of the Gouls, went
with an air of conquest, and began their
knockings at the tombs. As their strokes were
repeated, a hollow noise was heard in the
earth, the surface hove up into heaps, and the
Gouls on all sides protruded their noses to
inhale the effluvia which the carcasses of the
woodmen began to emit.
They assembled before a sarcophagus of white
marble, where Carathis was seated between the
bodies of her miserable guides. The princess
received her visitants with distin guished
politeness, and, when supper was ended,
proceeded with them to business. Having soon
learnt from them everything she wished to
discover, it was her intention to set forward
forthwith on her journey, but her negresses,
who were forming tender connections with the
Gouls, importuned her with all their fingers
to wait, at least till the dawn. Carathis,
however, being chastity in the abstract, and
an implacable enemy to love and repose, at
once rejected their prayer, mounted Alboufaki,
and commanded them to take their seats in a
moment. Four days and four nights she

216
continued her route, without turning to the
right hand or left; on the fifth she traversed
the mountains and half-burnt forest, and
arrived on the sixth before the beautiful
screens which concealed from all eyes the
voluptuous wanderings of her son.
Les négresses, toutes joyeuses de cet ordre, et qui se
promettaient beaucoup de plaisir dans la compagnie des
Goules, partirent avec un air de conquête, et se mirent à faire
toc, toc, contre les sépulcres. À mesure qu'elles frappaient,
on entendait un bruit sourd dans la terre, les sables se
remuaient, et les Goules attirés par la fraîcheur des nouveaux
cadavres, sortaient de toutes parts avec le nez en l'air. Tous
se rendirent devant un cercueil de marbre où Carathis était
assise entre les deux corps de ses malheureux conducteurs.
Cette princesse reçut son monde avec une politesse
distinguée, et après avoir soupé, on parla d'affaires. Elle
apprit bientôt ce qu'elle désirait savoir, et sans perdre de
temps voulut se remettre en marche: les négresses qui
avaient commencé des liaisons de cœur avec les Goules, la
supplièrent de tous leurs doigts d'attendre au moins jusqu'à
l'aurore ; mais Carathis, qui était la vertu même et ennemie
jurée des amours et de la mollesse, rejetta leur prière, et
montant sur Alboufaki, leur ordonna de s'y placer au plus
vîte. Pendant quatre jours et quatre nuits, elle continua son
voyage sans s'arrêter. Le cinquième, elle traversa des
montagnes et des forêts à demi brûlées, et arriva le sixième
devant les beaux paravents, qui dérobaient à tous les yeux
les voluptueux égarements de son fils.
It was daybreak, and the guards were snoring
on their posts in careless security, when the
rough trot of Alboufaki awoke them in
consternation. Imagining that a group of
spectres ascended from the abyss was
approaching, they all without ceremony took to

217
their heels. Vathek was at that instant with
Nouronihar in the bath, hearing tales and
laughing at Bababalouk, who related them; but
no sooner did the outcry of his guards reach
him, than he flounced from the water like a
carp, and as soon threw himself back at the
sight of Carathis, wlio, advancing with her
negresses upon Alboufaki, broke through the
muslin awnings and veils of the pavilion. At
this sudden apparition, Nouronihar (for she
was not at all times free from remorse)
fancied that the moment of celestial vengeance
was come, and clung about the Caliph in
amorous despondence.
C'était la pointe du jour: les gardes ronflaient à leurs postes
en pleine sécurité ; le grand trot d'Alboufaki les réveilla en
sursaut; ils crurent voir des spectres sortis du noir abîme, et
s'enfuirent sans autre cérémonie. Vathek était au bain avec
Nouronjhar ; il écoutait des contes et se moquait de
Bababalouk qui les faisait. Alarmé par les cris de ses gardes,
il sauta hors de l'eau ; mais il y rentra bien vîte lorsqu'il vit
paraître Carathis : elle avançait avec ses négresses et
toujours montée sur Alboufaki, et mettait en pièces les
mousselines et les fines portières du pavillon. A cette
apparition subite, Nouronihar, qui n'était pas toujours sans
remords, crut que le moment de la vengeance céleste était
arrivé, et se colla amoureusement contre le Calife.
Carathis, still seated on her camel, foamed
with indignation at the spectacle which
obtruded itself on her chaste view. She
thundered forth without check or mercy:
"Thou double-headed and four-legged monster!
what means all this winding and writhing? art
thou not ashamed to be seen grasping this
limber sapling, in preference to the sceptre
of the pre-Adamite sultans? Is it then for

218
this paltry doxy that thou hast violated the
conditions in the parchment of our Giaour? Is
it on her thou hast lavished thy precious
moments? Is this the fruit of the knowledge I
have taught thee? Is this the end of thy
journey? Tear thyself from the arms of this
little simpleton; drown her in the water
before me, and instantly follow my guidance."
Alors Caratbis, sans descendre de son chameau, et écumante
de rage au spectacle qui s'offrait à sa chaste vue, éclata sans
ménagement.
"Monstre à deux têtes et à quatre jambes, s'écria-telle, que
signifie tout ce bel entortillage ? N'as-tu pas honte
d'empoigner ce tendron au lieu des sceptres des sultans
préadamites? C'est donc pour cette gueuse que tu as
follement manqué aux conditions du Giaour? C'est avec elle
que tu consumes des momens précieux? Est-ce là le fruit que
tu retires des belles connaissances que je t'ai données ? Est-
ce ici le but de ton voyage ? Arracbe-toi des bras de cette
petite niaise ; noye-la dans l'eau, et suis-moi."
In the first ebullition of his fury, Vatliek
resolved to make a skeleton of Alboufaki, and
to stuff the skins of Carathis and her blacks
; but the ideas of the Giaour, the palace of
Istakhar, the sabres, and the talismans,
flashing before his imagination with the
simultaneousness of lightning, he became more
moderate, and said to his mother in a civil
but decisive tone : " Dread lady, you shall be
obeyed ; but I will not drown Nouronihar ; she
is sweeter to me than a Myrabolan comfit, and
is enamoured of carbuncles, especially that of
Giamschid, which hath also been promised to be
conferred upon her ; she therefore shall go
along with us, for I intend to repose with her
beneath the canopies of Soliman ; I can sleep

219
no more without her."
Dans son premier mouvement de fureur, Vathek avait eu
envie d'éventrer Alboufaki, et de le farcir des négresses, et
même de Carathis ; mais les idées du Giaour, du palais
d'Istakhar, des sabres et des talismans, frappèrent son esprit
avec la rapidité d'un éclair. Il dit donc à sa mère d'un ton
civil, quoique résolu ; redoutable dame, vous serez obéie;
mais je ne noyerai pas Nouronihar. Elle est plus douce que
le mirabolant confit ; elle aime beaucoup les escarboucles, et
surtout celui de Giamchid qu'on lui a promis ; elle viendra
avec nous, car je prétends qu'elle couche sur les canapés de
Suleïman ; je ne puis plus dormir sans elle.
"Be it so," replied Carathis alighting, and at
the same time committing Alboufaki to the
charge of her women.
À la bonne heure, répondit Carathis, en descendant
d'Alboufaki, qu'elle remit entre les mains des négresses.
Nouronihar, who had not yet quitted her hold,
began to take courage, and said with an accent
of fondness to the Caliph;
'' Dear sovereign of my soul! I will follow
thee, if it be thy will, beyond the Kaf, in
the land of the Afrits. I will not hesitate to
climb for thee the nest of the Simurgh, who,
this lady excepted, is the most awful of
created existences."
"We have here, then, subjoined Carathis, a
girl both of courage and science." Nouronihar
had certainly both; but, notwithstanding all
her firmness, she could not help casting back
a look of regret upon the graces of her little
Gulchenrouz, and the days of tenderness she
had participated with him."
She even dropped a few tears, which Carathis
observed, and inadvertently breathed out with
a sigh:

220
"Alas! my gentle cousin, what will become of
him?"
Vathek at this apostrophe knitted up his
brows, and Carathis inquired what it could
mean.
"She is preposterously sighing after a
stripling with languishing eyes and soft hair
who loves her," said the Caliph.
''Where is he? asked Carathis. I must be
acquainted with this pretty child; for, added
she, lowering her voice, I design be fore I
depart to regain the favor of the Giaour.
There is nothing so delicious in his
estimation as the heart of a delicate boy,
palpitating with the first tumults of love."
Vathek as he came from the bath commanded
Bababalouk to collect the women and other
movables of his harem, embody his troops, and
hold himself in readiness to march in three
days; whilst Carathis retired alone to a tent,
where the Giaour solaced her with en-
couraging visions; but at length waking, she
found at her feet Nerkes and Cafour, who in-
formed her by their signs, that, having led
Alboufaki to the borders of a lake, to browse
on some moss that looked tolerably venomous,
they had discovered certain blue fishes of the
same kind with those in the reservoir on the
top of the tower.
Nouronihar, qui n'avait pas lâché prise, se rassura un peu, et
dit tendrement au Calife ; cher souverain de mon cœur, je
vous suivrai, s'il le faut, jusqu'au-delà de Caf dans le pays
des Afrites ; je ne craindrai pas de grimper pour vous au nid
de la Simorgue, qui, après Madame, est l'être le plus
respectable qui ait été créé. Voilà, dit Carathis, une jeune
fille qui a du courage et des connaissances. Nouronihar en
avait assurément; mais malgré toute sa fermeté, elle ne

221
pouvait s'empêcher de penser quelquefois aux graces de son
petit Gulchenrouz, et aux journées de tendresse qu'elle avait
passées avec lui ; quelques larmes mouillèrent ses yeux et
n'échappèrent pas au Calife ; elle dit même tout haut et par
inadvertence : hélas ! mon doux cousin, que deviendrez-
vous?
À ces mots, Vathek fronça le sourcil, et Carathis s'écria; que
signifient ces grimaces, qu'a-t-elle dit? Le Calife répondit;
elle donne mal à propos un soupir à un petit garçon aux yeux
lan) goureux et aux douces tresses qui l’aimait. Où est-il ?
repartit Carathis, il faut que je fasse connaissance avec ce
joli enfant; car, poursuivit-elle tout bas, j'ai dessein avant de
partir, de me remettre en grace avec le Giaour ; il n'y aura
rien de plus appétissant pour lui que le cœur d'un enfant
délicat, qui s'abandonne aux premières impulsions de
l'amour. Vathek, en sortant du bain, donna ordre à
Bababalouk de rassembler ses troupes, ses femmes, et les
autres meubles de son sérail, et de tout préparer pour partir
dans trois jours. Quant à Carathis, elle se retira seule dans
une tente, où le Giaour l'amusa avec des visions
encourageantes. À son réveil, elle vit à ses pieds Narkès et
Cafour, qui, par leurs signes, lui appirent qu'ayant mené
Alboufaki aux bords d'un petit lac pour y brouter une mousse
grise passablement vénéneuse, elles avaient vu des poissons
bleuâtres, comme ceux du réservoir au haut de la tour de
Samarah.
"Ah, ah, said she, I will go thither to them.
These fish are past doubt of a species that by
a small operation I can render oracular. They
may tell me where this little Gulchenrouz is,
whom I am bent upon sacrificing."
Having thus spoken, she immediately set out
with her swarthy retinue. It being but seldom
that time is lost in the accomplishment of a

222
wicked enterprise, Carathis and her negresses
soon arrived at the lake, where, after burning
the magical drugs with which they were always
provided, they, stripping themselves naked,
waded to their chins, Nerkes and Cafour waving
torches around them, and Carathis pronouncing
her barbarous incantations. The fishes with
one accord thrust forth their heads from the
water, which was violently rippled by the
flutter of their fins, and at length, finding
themselves constrained by the potency of the
charm, they opened their piteous mouths, said:
" From gills to tail we are yours; what seek
ye to know? " " Fishes, answered she, I conjure
you, by your glittering scales, tell me where
now is Gulchenrouz? " " Beyond the rock,
replied the shoal in full chorus: will this
content you? for we do not delight in
expanding our mouths." " It will, returned the
princess: I am not to learn that you like not
long conversations; I will leave you therefore
to repose, though I had other questions to
propound." The instant she had spoken the
water be came smooth, and the fishes at once
disappeared.
"Ah! ah! dit-elle, je veux aller sur les lieux à l'instant même
; au moyen d'une petite opération, je pourrai rendre ces
poissons oraculaires; ils m'éclairciront beaucoup de choses,
et m'apprendront où est ce Gulchenrouz que je veux
absolument immoler. Aussi-tôt elle partit avec son noir
cortège.
Comme on va vîte dans les mauvaises entreprises, Carathis
et ses négresses ne tardèrent pas d'arriver au lac. Elles
brûlèrent des drogues magiques dont elles étaient toujours
munies, et s'étant déshabillées toutes nues, elles entrèrent
dans l'eau jusqu'au col. Narkès et Cafour secouèrent des

223
torches enflammées, tandis que Carathis prononçait des
mots barbares. Alors, tous les poissons mirent la tête hors de
l'eau, qu'ils agitaient fortement avec leurs nageoires; et
contraints par la puissance du charme, ils ouvrirent des
bouches pitoyables, et dirent tous à la fois : nous vous
sommes dévoués depuis la tête jusqu'à la queue; que voulez-
vous de nous? Poissons, dit Carathis, je vous conjure par vos
bril) lantes écailles de me dire où est le petit Gulchenrouz?
— De l'autre côté de ce rocher, Madame, répondirent tous
les poissons en choeur : êtes-vous contente ? Nous ne le
sommes pas du tout de tenir ainsi la bouche ouverte au grand
air. Oui, répartit la princesse, je vois bien que vous n'êtes pas
accoutumés à de longs discours, je vous laisserai en repos,
quoique j'aurais bien d'autres questions à vous faire. Sur cela,
l'eau devint calme, et les poissons disparurent.
Carathis, inflated with the venom of her
projects, strode hastily over the rock, and
found the amiable Gulchenrouz asleep in an
arbor, whilst the two dwarfs were watching at
his side, and ruminating their accustomed
prayers. These diminutive personages pos-
sessed the gift of divining whenever an enemy
to good Mussulmans approached; thus, they
anticipated the arrival of Carathis, who,
stopping short, said to herself: " How
placidly doth he recline his lovely little
head! how pale and languishing are his looks!
it is just the very child of my wishes! " The
dwarfs interrupted this delectable so- liloquy
by leaping instantly upon her, and scratching
her face with their utmost zeal. But Nerkes
and Cafour, betaking themselves to the succor
of their mistress, pinched the dwarfs so
severely in return, that they both gave up the
ghost, imploring Mahomet to inflict his sorest

224
vengeance upon this wicked woman and all her
household.
At the noise which this strange conflict
occasioned in the valley, Gulchenrouz awoke,
and, bewildered with terror, sprung
impetuously upon an old fig-tree that rose
against tlie acclivity of the rocks, from
thence gained their summits, and ran for two
hours without once looking back. At last
exhausted with fatigue, he fell as if dead
into the arms of a good old Genius, whose
fondness for the company of children had made
it his sole occupation to protect them, and
who, whilst performing his wonted rounds
through the air, happening on the cruel Giaour
at the instant of his growling in the horrible
chasm, rescued the fifty little victims which
the impiety of Vathek had devoted to his maw.
These the Genius brought up in nests still
higher than the clouds, and himself fixed his
abode in a nest more capacious than the rest,
from which he had expelled the possessors that
had built it.
Carathis, remplie du venin de ses projets, escalada tout de
suite le rocher, et vit sous une feuillée l'aimable Gulchenrouz
qui dormait, tandis que les deux nains veillaient auprès de
lui, et marmotaient leurs oraisons. Ces petits personnages
avaient le don de deviner quand quelque ennemi des bons
Musulmans approchait ; ils sentirent donc venir Carathis qui,
s'arrêtant tout court, se disait à elle-même : comme il penche
mollement sa petite tête ! comme il est langoureux et blême
! c'est précisément l'enfant qu'il me faut. Les nains
interrompirent ces belles réflexions en se jettant sur elle, et
en l'égratignant de toutes leurs forces. Narkès et Cafour
prirent aussi-tôt la défense de leur maîtresse, et pincèrent les
nains si fortement, qu'ils en rendirent l'âme, en priant

225
Mahomet de faire tomber sa vengeance sur cette méchante
femme, et sur toute sa famille. Au bruit que cet étrange
combat faisait dans le vallon, Gulchenrouz s'éveilla, fit un
furieux bond, grimpa sur un figuier, et, gagnant la cime du
rocher, courut sans prendre haleine; enfin, il tomba comme
mort entre les bras d'un bon vieux Génie qui chérissait les
enfants, et s'occupait entiérement à les protéger. Ce Génie,
faisant sa ronde dans les airs, avait fondu sur le cruel Giaour
lorsqu'il grommelait dans son horrible fente, et lui avait
enlevé les cinquante petits garçons que Vathek avait eu
l'impiété de lui sacrifier. Il éduquait ces intéressantes
créatures dans nids élevés au-dessus des nuages, et habitait
lui-même un nid plus grand que tous les autres, ensemble,
dont il avait chassé les rocs qui l'avaient construit.
These inviolable asylums were defended against
the Dives and the Afrits by waving streamers,
on which were inscribed, in characters of gold
that flashed like lightning, the names of
Allah and the prophet. It was there that
Gulchenrouz, who as yet remained undeceived
with respect to his pretended death, thought
himself in the mansions of eternal peace. He
admitted without fear the congratulations of
his little friends, who were all assembled in
the nest of the venerable Genius, and vied
with each other in kissing his serene forehead
and beautiful eyelids. This he found to be the
state congenial to his soul—remote from the
inquietudes of earth, the imperti- nence of
harems, the brutality of eunuchs, and the
lubricity of women. In this peaceable society
his days, months, and years glided on, nor was
he less happy than the rest of his companions,
for the Genius, instead of burdening his
pupils with perishable riches, and the vain
sciences of the world, conferred upon them the

226
boon of perpetual childhood.
Ces sûrs asiles étaient défendus contre les Dives et les
Afrites par des banderolles flottantes, sur lesquelles étaent
écrits en caractères d'or, brillants comme l'éclair, les noms
d'Allah et du Prophète. Alors Gulchenrouz, qui n'était pas
encore désabusé sur sa mort prétendue, se crut dans les
demeures d'une paix éternelle. Il s'abandonnait sans crainte
aux caresses de ses petits amis, qui tous se rassemblaient
dans le nid du vénérable Génie, et à l'envi l'un de l'autre,
baisaient le front uni, et les belles paupières de leur nouveau
camarade. C'est là qu’éloigné des tracasseries de la terre, de
l'impertinence des harems, de la brutalité des eunuques et de
l'inconstance des femmes, il trouva sa véritable place.
Heureux, ainsi que ses compagnons, les jours, les mois, les
années s'écoulèrent dans cette société paisible; car le Génie,
au lieu de combler ses pupiles de vaines connaissances, et de
périssables richesses les gratifiait du don d'une perpétuelle
enfance.
Carathis, unaccustomed to the loss of her
prey, vented a thousand execrations on her
negresses for not seizing the child, instead
of amusing themselves with pinching to death
the dwarfs, from which they could gain no
advantage. She returned into the valley
murmuring, and, finding that her son was not
risen from the arms of Nouronihar, discharged
her ill-humor upon both. The idea, however, of
departing next day for Istakhar, and
cultivating, through the good offices of the
Giaour, an intimacy with Eblis29 himself, at
length consoled her chagrin: but fate had
ordained it otherwise.
Carathis, peu accoutumée à voir échapper sa proie, se mit
dans une colère épouvantable contre les égresses, qu'elle
accusait de n'avoir pas saisi l'enfant tout de suite, et de s'être

227
amusées à pincer jusqu'à le mort de petits nains qui ne
signifiaient rien. Elle revint dans la vallée en murmurant ; et,
trouvant que son fils n'était pas encore levé d'auprès de sa
belle, elle passa sa mauvaise humeur sur lui et sur
Nouronihar. Toutefois elle se consola par l'idée de partir le
lendemain pour Istakhar, et de faire connaissance avec Eblis
même, au moyen des bons offices du Giaour ; mais le destin
en avait ordonné autrement.
In the evening, as Carathis Was conversing
with Dilara, who through her contrivance had
become of the party, and whose taste resembled
lier own, Bababalouk came to acquaint her
''that the sky towards Samarah looked of a
fiery red, and seemed to portend some alarming
disaster." Immediately recurring to her
astrolabes and instruments of magic, she took
the altitude of the planets, and discovered by
her calculations, to her great mortification,
that a formidable revolt had taken place at
Samarah, that Motavakel, availing himself of
the disgust which was inveterate against his
brother, had incited commotions amongst the
populace, made himself master of the palace,
and actually invested the great tower, to
which Morakanabad had retired with a handful
of the few that still remained faithful to
Vathek.
" What, she exclaimed, must I lose, then, my
tower, my mutes, my negresses, my mummies,
and, worse than all, the laboratory, in which
I have spent so many a night, without knowing,
at least, if my hair-brained son will complete
his adventure? No! I will not be the dupe!
Immediately will I speed to support
Morakanabad. By my formidable art the clouds
shall sleet hail-stones in the faces of the
assailants, and shafts of red-hot iron on

228
their 1 leads. I will spring mines of serpents
and torpedoes from beneath them, and we shall
soon see the stand they will make against such
an explosion!
Sur le soir, comme cette princesse s'entretenait avec Dilara
qu'elle avait fait venir et qui était fort de son goût,
Bababalouk vint lui dire que le ciel paraissait fort embrasé
du côté de Samarah, et semblait annoncer quelque chose de
funeste. Sur le champ, elle prit ses astrolabes et ses
instrumens magiques, mesura la hauteur des planètes, fit ses
calculs, et vit, à son grand déplaisir, qu'il y avait là une
révolte formidable ; que Motavekel profitant de l'horreur
qu'inspirait son frère, avait soulevé le peuple, s'était emparé
du palais, et faîsait le siége de la grande tour, où
Morakanabad s'était retiré avec un petit nombre de ceux qui
restaient encore fidèles.
"Quoi! s'écria-t-elle, je perdrais ma tour, mes muets, mes
négresses, mes momies, et surtout mon cabinet d'expériences
qui m'a coûté tant de veilles, et cela sans savoir si mon
étourdi de fils viendra à bout de son aventure. Non, je n'en
serai pas la dupe ; je pars dans l'instant pour secourir
Morakanabad par mon art redoutable, et faire pleuvoir sur
les conspirateurs, des clous et des ferrailles ardentes;
j'ouvrirai mes magasins de serpents et de torpèdes, qui sont
sous les grandes voûtes de la tour et que lafaim a rendus
enragés, et nous verrons si l'on tiendra contre de tels
assaillants.
Having thus spoken, Carathis hastened to her
son, who was tranquilly banqueting with
Nouronihar in his superb carnation-colored
tent. "Glutton that thou art," cried she,
"were it not for me, thou wouldst soon find
thyself the commander only of pies. Thy
faithful subjects have abjured the faith they
swore to thee. Motavakel thy brother now

229
reigns on the hill of pied horses; and, had I
not some slight resources in the tower, would
not be easily persuaded to abdicate. But that
time may not be lost, I shall only add four
words: strike tent to-night; set forward; and
beware how thou loiterest again by the way.
Though thou hast forfeited the conditions of
the parchment, I am not yet without hope; for
it cannot be denied that thou hast violated to
admiration the laws of hospitality by seducing
the daughter of the emir, after partaking of
his bread and his salt. Such a conduct cannot
but be delightful to the Giaour; and if on thy
march thou canst signalize thyself by an
additional crime, all will still go well, and
thou shalt enter the palace of Soliman in
triumph. Adieu! Alboufaki and my negresses are
waiting at the door."
En parlant ainsi, Carathis courut à son fils, qui banquetait
tranquillement avec Nouronihar dans son beau pavillon
incarnat. Goulu, que tu es, lui dit-elle ; sans ma vigilance, tu
ne serais bientôt que le Commandeur des tourtes ; tes
Croyants ont renié la foi qu'ils t'avaient jurée ; Motavekel,
ton frère, règne dans ce moment sur la colline des chevaux
pies ; et si je n'avais pas quelques petites ressources dans
notre tour, il ne lâcherait prise de sitôt. Mais afin de ne pas
perdre de temps, je ne te dirai que quatre mots ; plie tes
tentes, pars ce soir même, et ne t'arrête nulle part à
baliverner. Quoique tu aies manqué aux conditions du
parchemin, il me reste encore quelques espérances ; car, il
faut avouer que tu as fort joliment violé les loix de
l'hospitalité, en séduisant la fille de l'Émir, après avoir
mangé de son sel et de son pain. Ces sortes de manîères ne
peuvent que plaire au Giaour ; et si, dans la route, tu fais
encore quelque petit crime, tout ira bien, et tu entreras en

230
triomphe dans le palais de Suleïman. Adieu! Alboufaki et
mes négresses m'attendent à la porte.
The Caliph had nothing to offer in reply: he
wished his mother a prosperous journey, and
eat on till he had finished his supper. At
midnight the camp broke up, amidst the flour-
ishing of trumpets and other martial
instruments; but loud indeed must have been
the sound of the tymbals, to overpower the
blubbering of the emir and his long-beards,
who by an excessive profusion of tears had so
far exhausted the radical moisture, that their
eyes shriveled up in their sockets, and their
hairs dropped off by the roots. Nouronihar, to
whom such a symphony was painful, did not
grieve to get out of hearing. She accompanied
the Caliph in the imperial litter, where they
amused themselves with imagining the splendor
which was soon to surround them. The other
women, overcome with dejection, were dolefully
rocked in their cages, whilst Dilara consoled
herself with anticipating the joy of
celebrating the rites of fire on the stately
terraces of Istakhar.
Le Calife n'eut pas le mot à répondre; il souhaita un bon
voyage a sa mère, et finit son souper. À minuit, on décampa
au bruit des fanfares et des trompettes ; mais on avait beau
timbaler, on ne pouvait s'empêcher d'entendre les cris de
l'Émir et de ses barbons, qui à force de pleurer, étaient
devenus aveugles, et n'avaient pas un poil de reste.
Nouronihar, à qui cette musique faisait de la peine, fut fort
aise quand elle ne fut plus à portée de l'ouir. Elle était avec
le Calife dans la litière impériale, et ils s'amusaient à se
représenter toutes les magnificences dont ils devaient être
bientôt entourés. Les autres femmes se tenaient bien
tristement dans leurs cages, et Dilara prenait patience, en

231
pensant qu'elle allait célébrer les rites du feu sur les augustes
terrasses d'Istakhar.
In four days, they reached the spacious valley
of Rocnabad. The season of spring was in
all its vigor, and the grotesque branches of
the almond trees in full blossom fantastically
checkered the clear blue sky. The earth,
variegated with hyacinths and jonquils,
breathed forth a fragrance which diffused
through the soul a divine repose. Myriads of
bees, and scarce fewer of Santons, had there
taken up their abode. On the banks of the
stream hives and oratories were alternately
ranged, and their neatness and whiteness were
set off by the deep green of the cypresses
that spired up amongst them. These pious
personages amused themselves with cultivating
little gardens that abounded with flowers and
fruits, especially muskmelons of the best
flavor that Persia could boast. Sometimes,
dispersed over the meadow, they entertained
themselves with feeding peacocks whiter than
snow, and turtles more blue than the sapphire.
In this manner, they were occupied when the
harbingers ofthe imperial procession began to
proclaim:
"Inhabitants of Rocnabad, prostrate
yourselves on the brink of your pure waters,
and tender your thanksgivings to Heaven that
vouchsafeth to show you a ray of its glory;
for lo! the commander of the faithful draws
near."
Eu quatre jours, on se trouva dans la riante vallée de
Rocnabad. Le printemps y était dans toute sa vigueur; et les
branches grotesques des amandiers en fleurs, se découpaient
sur l'azur d'un ciel étincelant. La terre jonchée d'hyacinthes
et de jonquilles, exhalait une douce odeur; desmilliers

232
d'abeilles, et presque autant de Santons, y faisaient leur
demeure. On voyait alternativement rangés sur les bords du
ruisseau, des ruches et des oratoires, dont la propreté et la
blancheur étaient relevées par le verd brun des hauts cyprès.
Ces pieux solitaires s'amusaient à cultiver de petits jardins,
remplis de fruits, et surtout de melons musqués, les meilleurs
de la Perse. Quelquefois ou les voyait épars dans la prairie,
s'amusant à nourrir des paons plus blancs que laneige, et des
tourterelles azurées. Ils étaient ainsi occupés, quand les
avant-coureurs du cortège impérial crièrent à haute voix :
"Habitants de Rocnabad, prosternez-vous sur les bords de
vos sources limpides, et rendez graces au ciel qui vous
montre un rayon de sa gloire; car voici le Commandeur des
Croyants qui approche.
The poor Santons, filled with holy energy,
having bustled to light up wax torches in
their oratories, and expand the Koran on their
ebony desks, went forth to meet the Caliph
with baskets of honeycomb, dates, and melons.
But whilst they were advancing in solemn pro-
cession and with measured steps, the horses,
camels, and guards w^antoned over their tulips
and other flowers, and made a terrible havoc
amongst them. The Santons could not help
casting from one eye a look of pity on the
rav- ages committing around them, whilst the
other was fixed upon the Caliph and heaven.
Nouronihar, enraptured with the scenery of a
place which brought back to her remembrance
the pleasing solitudes where her infancy had
passed, entreated Vathek to stop; but he,
suspecting that each oratory might be deemed
by the Giaour a distinct habitation, commanded
his pioneers to level them all. The Santons
stood motionless with horror at the barbarous
mandate, and at last broke out into

233
lamentations, but these were uttered with so
ill a grace, that Vathek bade his eunuchs to
kick them from his presence. He then descended
from the litter with Nouronihar. They
sauntered together in the meadow, and amused
themselves with culling flowers, and passing
a thousand pleasantries on each other. But the
bees, who were stanch Mussulmans, thinking it
their duty to revenge the insult on their dear
masters the Santons, assembled so zealously to
do it with effect, that the Caliph and
Nouronihar were glad to find their tents
prepared to receive them.
Les pauvres Santons, remplis d'un saint empressement, se
hâtèrent d'allumer des cierges dans tous les oratoires,
déployèrent leurs Korans sur des lutrins d'ébène, et allèrent
au devant du Calife, avec de petits paniers remplis de figues,
de miel et de melous. Pendant qu'ils s'avançaient en
procession et à pas comptés, les chevaux, les chameaux et
les gardes, faisaient un horrible dégât parmi les tulipes, et les
autres fleurs de la vallée. Les Santons ne pouvaient
s'empêcher de jetter un œil de pitié sur ces ravages, tandis
que de l'autre, ils regardaient le Calife et le Ciel. Nouronihar,
enchantée de ces beaux lieux qui lui rappellaient les
aimables solitudes de son enfance, pria Vathek de s'arrêter ;
mais ce prince, pensant que tous ces petits) oratoires
pourraient passer dans l'esprit du Giaour pour une habitation,
ordonna à ses pionniers de les abattre. Les Santons restèrent
pétrifiés pendant qu'on exécutait cet ordre barbare ; ils
pleuraient à chaudes larmes, et Vathek les fit chasser à coups
de pieds par des eunuques. Alors, il descendit de sa litière
avec Nouronihar, et ils se promenèrent dans la prairie, tout
en cueillant des fleurs et en se disant des gaillardises; mais
les abeilles, qui étaient bonnes musulmanes, se crurent
obligées de venger la querelle de leurs chers maîtres les

234
Santons, et s'acharnèrent tellement à les piquer, qu'ils furent
trop heureux que leurs tentes se trouvassent prêtes pour les
recevoir.
Bababalouk, who, in capacity of purveyor, had
acquitted himself with applause, as to
peacocks and turtles, lost no time in
consigning some dozens to the spit, and as
many more to be fricasseed. Whilst they were
feasting, laughing, carousing, and
blaspheming at pleas- ure on the banquet so
liberally furnished, the MouUahs, the Sheiks,
the Cadis, and Imans of Schiraz (who seemed
not to have met the Santons) arrived, leading
by bridles of ribbon, inscribed from the
Koran, a train of asses which were loaded with
the choicest fruits the country could boast.
Having presented their offerings to the
Caliph, they petitioned him to honor their
city and mosques with his presence, "
Bababalouk, auquel l'embonpoint des paons et des
tourterelles n'avait pas échappé, en fit mettre ques douzaines
à la broche, et autant en fricassées. On mangeait, on riait, on
trinquait, on blasphémait à plaisir, quand tous les Moullahs,
tous les Scheiks, tous les Cadis, et tous les Imans de Schiraz,
qui n'avaient pas apparemment rencontré les Santons,
arrivèrent avec des ânes parés de guirlandes, de rubans et de
sonnettes d'argent, et chargés de tout ce qu'il y avait de
meilleur dans le pays. Ils présentèrent leurs offrandes au
Calife, en le suppliant d'honorer leur ville et leurs mosquées
de sa présence.
Fancy not, said Vathek, that you can detain
me. Your presents I condescend to accept, but
beg you will let me be quiet, for am not over
fond of resisting temptation. Retire then.
Yet, as it is not decent for personages so
reverend to return on foot, and as you have

235
not the appearance of expert riders, my
eunuchs shall tie you on your asses with the
precaution that your backs be not turned
towards me, for they understand etiquette."
In this deputation were some high-stomached
Sheiks, who, taking Vathek for a fool,
scrupled not to speak their opinion. These
Bababalouk girded with double cords; and
having well disciplined their asses with
nettles behind, they all started with a
preternatural alertness, plunging, kicking,
and running foul of each other in the most
ludicrous manner imaginable.
"Oh ! pour cela, dit Vathek, je m'en garderai bien ; j'accepte
vos présents, et vous prie de me laisser tranquille, car je
n'aime pas à résister à la tentation : mais comme il n'est pas
décent que des gens aussi respectables que vous s'en
retournent à pied, et que vous avez la mine d'être d'assez
mauvais cavaliers, mes eunuques auront la précaution de
vous lier sur vos ânes, et prendront surtout bien garde que
vous ne me tourniez pas le dos ; car ils savent l'étiquette."
Il y avait parmi eux de vigoureux Scheiks, qui, croyant que
Vathek était fou, en disaient tout haut leur opinion.
Bababalouk prit soin de les faire garrotter à doubles cordes;
et piquant tous les ânes avec des épines, ils partirent au grand
galop, tout en ruant et s'entrechoquant de la manière la plus
plaisante du monde.
Nouronihar and the Caliph mutually contended
who should most enjoy so degrading a sight.
They burst out in volleys of laughter to see
the old men and their asses fall into the
stream. The leg of one was fractured, the
shoulder of another dislocated, the teeth of
a third dashed out, and the rest suffered
still worse.
Nouronihar et son Calife, jouissaient à l'envi l'un de l'autre,

236
de cet indigne spectacle; ils faisaient de grands éclats de rire,
lorsque les vieillards tombaient avec leur monture dans le
ruisseau, et que les uns devenaient boiteux, d'autres
manchots, d'autres brèche-dents, ou pis encore.
Two days more, undisturbed by fresh embassies,
having been devoted to the pleasures of
Rocnabad, the expedition proceeded, leaving
Schiraz on the right, and verging towards a
large plain, from whence were discernible on
the edge of the horizon the dark summits of
the mountains of Istakhar.
On passa deux jours fort délicieusement à Rocnabad, sans y
être troublé par de nouvelles ambassades. Le troisième, on
se remit en marche ; on laissa Schiraz à la droite, et on gagna
une grande plaine d'où l'on découvroit, à l'extrémité de
l'horison, les noirs sommets des montagnes d'Istakhar.
At this prospect, the Caliph and Nouronihar
were unable to repress their transports. They
bounded from their litter to the ground, and
broke forth into such wild exclamations as
amazed all within hearing. Interrogating each
other, they shouted,
''Are we not approaching the radiant palace of
light, or gardens more delightful than those
of Sheddad?"
Infatuated mortals! they thus indulged
delusive conjecture, unable to fathom the
decrees of the Most High!
À cette vue, le Calife et Nouronihar ne pouvant contenir les
transports de leur âme, sautèrent de la litière en bas, et firent
des exclamations qui étonnèrent tous ceux qui étaient à
portée de les entendre. Allons-nous dans des palais
rayonnants de lumière, se demandaient-ils l'un l'autre, ou
bien dans des jardins plus délicieux que ceux de Sheddad?
— Les pauvres mortels ! c'est ainsi qu'ils se répandaient en
conjectures ; l'abîme des secrets du Tout-Puissant leur était

237
caché.
The good Genii, who had not totally relin-
quished the superintendence of Vathek,
repairing to Mahomet in the seventh heaven,
said:
"Merciful Prophet! stretch forth thy
propitious arms towards thy vicegerent, who U
ready to fall irretrievably into the snare
which his enemies, the Dives, have prepared to
destroy him. The Giaour is awaiting his
arrival in the abominable palace of fire,
where if he once set his foot his perdition
will be inevit- able."
Mahomet answered with an air of indignation:
"He hath too well deserved to be resigned to
himself; but I permit you to try if one effort
more will be effectual to divert him from
pursuing his ruin."
Cependant les bons Génies qui veillaient encore un peu sur
la conduite de Vathek, se rendirent dans le septième ciel
auprès de Mahomet, et lui dirent: miséricordieux Prophète,
tendez vos bras propices à votre Vicaire, ou il tombera, sans
ressource, dans les piéges que les Dives nos ennemis lui ont
dressés : le Giaour l'attend dans l'abominable palais du feu
souterrain; s'il y met le pied, il est perdu sans retour.
Mahomet répondit avec indignation; il n'a que trop mérité
d'être laissé à lui-même ; toutefois, je consens que vous
fassiez encore un effort pour le détourner de son entreprise.
One of these beneficent Genii, assuming
without delay the exterior of a shepherd, more
renowned for his piety than all the Dervises
and Santons of the region, took his station
near a flock of white sheep on the slope of a
hill, and began to pour forth from his flute
such airs of pathetic melody, as subdued the
very soul, and, awakening remorse, drove far

238
from it every frivolous fancy. At these
energetic sounds, the sun hid himself beneath
a gloomy cloud; and the waters of two little
lakes, that were naturally clearer than
crystal, became a color like blood. The whole
of this superb assembly was involuntarily
drawn towards the declivity of the hill. With
downcast eyes, they all stood abashed; each
upbraiding himself with the evil he had done.
The heart of Dilara palpitated; and the chief
of the eunuchs, with a sigh of contrition,
implored pardon of the women, whom for his own
satisfaction, he had so often tor- mented.
Soudain un bon Génie prit la figure d'un berger, plus
renommé pour sa piété, que tous les derviches et les santons
du pays ; il se plaça sur la pente d'une petite colline auprès
d'un troupeau de brebis blanches, et commença à jouer sur
un instrument inconnu, des airs dont la touchante mélodie
pénétrait l'âme, réveillait les remords, et chassait toute
pensée frivole. À des sons si énergiques, le soleil se couvrit
d'un sombre nuage, et les eaux d'un petit lac plus claires que
le cristal, devinrent rouges comme du sang. Tous ceux qui
composaient le pompeux cortège du Calife furent attirés,
comme malgré eux, du côté de la colline ; tous baissèrent les
yeux, et restèrent consternés ; chacun se reprochait le mal
qu'il avait fait: le cœur battait à Dilara ; et le chef des
eunuques, d'un air contrit, demandait pardon aux femmes de
ce qu'il les avait souvent tourmentées pour sa propre
satisfaction.
Vathek and Nouronihar turned pale in their
litter, and, regarding each other with haggard
looks, reproached themselves: the one with a
thousand of the blackest crimes, a thousand
projects of impious ambition; the other, with
the desolation of her family, and the
perdition of the amiable Gulchenrouz.

239
Nouronihar persuaded herself that she heard in
the fatal music the groans of her dying
father; and Vathek, the sobs of the fifty
children he had sacrificed to the Giaour.
Amidst these complicated pangs of anguish,
they perceived themselves impelled towards the
shepherd, whose countenance was so commanding,
that Vathek, for the first time, felt
overawed; whilst Nouronihar concealed her face
with her hands. The music paused, and the
Genius, addressing the Caliph, said:
"Deluded Prince! to whom Providence hath
confided the care of innumerable subjects, is
it thus that thou fulfillest by mission? Thy
crimes are already completed; and art thou now
hastening towards thy punishment? Thou
knowest, that beyond these mountains, Eblis
and his accursed Dives hold their infernal
empire; and seduced by a malignant phantom,
thou art proceeding to surrender thyself to
them! This moment is the last of grace allowed
thee! Abandon thy atrocious purpose. Return.
Give back Nouronihar to her father, who still
retains a few sparks of life. Destroy thy
tower, with all its abominations. Drive
Carathis from thy councils. Be just to thy
subjects. Respect the ministers of the
Prophet. Compensate for thy impieties by an
exemplary life; and, instead of squandering
thy days in voluptuous indulgence, lament thy
crimes on the sepulchres of thy ancestors,
thou beholdest the clouds that obscure the
sun; at the instant he recovers his splendor,
if thy heart be not changed, the time of mercy
assigned thee will be passed forever."
Vathek et Nouronihar pâlissaient dans leur litière, et se
regardant d'un oeil hagard; se reprochaient à eux mêmes,
l'un, mille crimes des plus noirs, mille projets d'une ambition

240
impie ; et l'autre, la désolation de sa famille, et la perte de
Gulchenrouz. Nouronihar croyait entendre dans cette fatale
musique, les cris de son père expirant, et Vathek, les sanglots
des mille crimes des plus noirs, mille projets d'une ambition
impie ; et l'autre, la désolation de sa famille, et la perte de
Gulchenrouz. Nouronihar croyait entendre dans cette fatale
musique, les cris de son père expirant, et Vathek, les sanglots
des cinquante enfants qu'il avait sacrifiés au Giaour. Dans
ces angoisses, ils étaient toujours entraînés vers le berger. Sa
physionomie avait quelque chose de si imposant, que pour la
première fois de sa vie, Vathek perdit contenance, tandis que
Nouronihar se cachait le visage avec les mains. La musique
cessa ; et le Génie adressant la parole au Calife, lui dit :
"Prince insensé, à qui la Providence a confié le soin des
peuples ! est-ce ainsi que tu réponds à ta mission ? Tu as mis
le comble à tes crimes ; te hâtes-tu à présent de courir à ton
châtiment ? Tu sais qu'au-delà de ces montagnes, Eblis et ses
Dives maudits tiennent leur funeste empire, et séduit par un
malin fantôme, tu vas te livrer à eux ! C'est ici le dernier
instant de grace qui t'est donné : abandonne ton atroce
dessein, retourne sur tes pas, rends Nouronihar à son père
qui a encore quelque reste de vie, détruis la tour avec toutes
ses abominations, chasse Carathis de tes conseils, sois juste
envers tes sujets, respecte les Ministres du Prophète, répare
tes impiétés par une vie exemplaire, et, au lien de passer tes
jours dans les voluptés, va pleurer tes crimes sur les
tombeaux de tes pieux ancêtres ! Vois-tu ces nuages qui te
cachent le soleil ? Au moment que cet astre reparaîtra, si ton
cœur n'est pas changé, le temps de la miséricorde sera passé
pour toi."
Vaishek, depressed with fear, was on the point
of prostrating himself at the feet of the
shepherd, whom he perceived to be of a nature
superior to man, but his pride prevailing, he

241
audaciously lifted his head, and glancing at
liim one of his terrible looks, said:
"Whoever thou art, withhold thy useless
admonitions. Thou wouldst either delude me, or
art thyself deceived. If what I have done be
so criminal as thou pretendest, there remains
not for me a moment of grace. I have traversed
a sea of blood, to acquire a power which will
make thy equals tremble: deem not that I shall
retire when in view of the port; or that I
will relinquish her who is dearer to me than
either my life or thy mercy. Let the sun
appear! Let him illumine my career! It matters
not where it may end."
On uttering these words, which made even the
Genius shudder, Vathek threw himself into the
arms of Nouronihar, and commanded that his
horses should be forced back to the road.
There was no difficulty in obeying these
orders, for the attraction had ceased, the sun
shone forth in all his glory, and the shepherd
vanished with a lamentable scream. The fatal
impression of the music of the Genius
remained, notwithstanding, in the hearts of
Vathek's attendants. They viewed each other
with looks of consternation. At the approach
of night, almost all of them escaped; and, of
this numerous assemblage, there only remained
the chief of the eunuchs some idolatrous
slaves, Dilara, and a few other A vomen, who,
like herself were votaries of the religion of
the Magi.
The Caliph, fired with the ambition of
prescribing laws to the Intelligences of
Darkness, was but little embarrassed at this
dereliction.
Vathek, saisi de crainte et chancelant, était sur le point de se
prosterner devant le berger qu'il sentit bien devoir être d'une

242
nature supérieure à l'homme ; mais son orgueil l'emporta, et
levant audacieusement la tête, il lui lança un de ses terribles
regards. Qui que tu sois, lui dit-il, cesse de me donner
d'inutiles avis. Ou tu veux me tromper, ou tu te trompes toi-
même : si ce que j'ai fait est aussi criminel que tu le prétends,
il ne sauroit y avoir pour moi un moment de grace : j'ai nagé
dans une mer de sang pour arriver à une puissance qui fera
trembler tes semblables ; ne te flatte donc pas que je recule
à la vue du port, ni que je quitte celle qui m'est plus chère
que la vie et que ta miséricorde. Que le soleil reparaisse, qu'il
éclaire ma carrière, que m'importe où elle finira ! En disant
ces mots, qui firent frémir le Génie lui-même, Vathek se
précipita dans les bras de Nouronihar, et commanda de
forcer les chevaux à reprendre la grande route. On n'eut pas
de peine à exécuter cet ordre ; l'attraction n'existait plus, le
soleilavait repris tout l'éclat de sa lumière, et le berger avait
disparu en jettant un cri lamentable. La fatale impression de
la musique du Génie, était cependant restée dans le cœur de
la plupart des gens de Vathek ; ils se regardaient les uns les
autres avec effroi. Dès la nuit même presque tous
s'échappèrent, et il ne resta de ce nombreux cortège que le
chef des eunuques, quelques esclaves idolâtres, Dilara, et un
petit nombre d'autres femmes, qui suivaient comme elle la
religion des Mages.
Le Calife, dévoré par l'ambition de donner des loix aux
breuses, s'embarrassa peu de cette désertion.
The impetuosity of his blood prevented him
from sleeping; nor did he encamp any more as
before. Nouronihar, whose impatience, if
possible, exceeded his own, importuned him to
hasten his march, and lavished on him a
thousand caresses, to beguile all reflection.
She fancied herself already more potent than
Balkis; and pictured to her imagination the

243
Genii falling prostrate at the foot of her
throne. In this manner, they advanced, by
moonlight, till they came within view of the
two towering rocks, that form a kind of portal
to the valley, at whose extremity rose the
vast ruins of Istakhar.Aloft on the mountain,
glimmered the fronts of various royal
mausoleums, the horror of which was deepened
by the shadows ofnight. They passed through
two villages, almost deserted; the only
inhabitants remaining being a few feeble old
men, who at the sight of horses and litters
fell upon their knees and cried out:
"O heaven! is it then by these phantoms that
we have been for six months tormented! Alas!
it was from the terror of these spectres, and
the noise beneath the mountains, that our
people have fled, and left us at the mercy of
maleficent spirits!"
The Caliph, to whom these complaints were but
unpromising auguries, drove over the bodies of
these wretched old men, and at length arrived
at the foot of the terrace of black marble.
There he descended from his litter, handing
down Nouronihar; both, with beating hearts,
stared wildly around them, and expected, with
an apprehensive shudder, the approach of the
Giaour. But nothing as yet announced his
appearance.
Le bouillonnement de son sang l'empêchant de dormir, il ne
campa plus comme à l'ordinaire. Nouronihar, dont
l'impatience surpassait, s'il se peut, la sienne, le pressait de
hâter sa marche, et pour l'étourdir, lui prodiguait mille
tendres caresses. Elle se croyait déjà plus puissante que
Balkis30, et s'imaginait voir les Génies prosternés devant
l'estrade de son trône. Ils s'avancèrent ainsi au clair de la lune
jusqu'à la vue de deux rochers élancés, qui formaient comme

244
un portail à l'entrée du vallon dont l'extrémité était terminée
par les vastes ruines d'Istakhar. Presqu'au sommet de la
montagne, on découvrait la façade de plusieurs sépulcres de
Rois, dont les ombres de la nuit augmentaieut l'horreur. On
passa par deux bourgades presque entiérement désertes. Il
n'y restait plus que deux ou trois faibles vieillards, qui, en
voyant les chevaux et les litières, se mirent à genoux, en
s'écriant :
"Ciel ! est-ce encore de ces fantômes qui nous tourmentent
depuis six mois ? Hélas ! nos gens effrayés de ces étranges
apparitions et du bruit qu'on entend sous les montagnes, nous
ont abandonnés à la merci des esprits malfaisants."
Ces plaintes semblaient de mauvais augure au Calife; il fit
passer ses chevaux sur les corps des pauvres vieillards, et
arriva enfin au pied de la grande terrasse de marbre noir. Là,
il descendit de sa litière avec Nouronihar. Le cœur palpitant
et portant des regards égarés sur tous les objets, ils
attendirent avec un tressaillement involontaire, l'arrivée du
Giaour ; mais rien ne l'annonçait encore.
A deathlike stillness reigned over the
mountain, and through the air. The moon
dilated, on a vast platform, the shades of the
lofty columns, which reached from the terrace
almost to the clouds. The gloomy watch-towers,
whose number could not be counted, were veiled
by no roof; and their capitals, of an
architecture unknown in the records of the
earth, served as an asylum for the birds of
darkness, which, alarmed at the approach of
such visitants, fled away croaking. The chief
of the eunuchs, trembling with fear, besought
Vathek that a fire might bekindled,
"No! replied he, there is no time left to think
of such trifles; abide where thou art, and
expect my commands."

245
Having thus spoken, he presented his hand to
Nouronihar, and, ascending the steps of a vast
staircase, reached the terrace, which was
flagged with squares of marble, and resembled
a smooth expanse of water, upon whose
surface'nota leaf ever dared to vegetate. On
the right rose the watch-towers, ranged before
the ruins of an immense palace, whose walls
were embossed with vigorous figures. In front
stood forth the colossal forms of four
creatures, composed of the leopard and the
griffin, and, though but of stone, inspired
emotions of terror. Near those were
distinguished by the splendor of the moon,
which streamed full on the place, characters
like those on the sabres of the Giaour, that
possessed the same virtue of changing every
moment. These, after vacillating for some
time, at last fixed in Arabic letters, and
prescribed to the Caliph the following words:
" Vathek! thou hast violated the conditions of
my parchment, and deservest to be sent back;
but in favor to thy companion, and as the meed
for what thou hast done to obtain itj Eblis
permitteth that the portal of his palace shall
be opened, and the subterranean fire will
receive thee into the number of its adorers."
Un silence funèbre régnait dans les airs et sur la montagne.
La lune réfléchissait sur la grande plate-forme l'ombre des
hautes colonnes qui s'élevaient de la ter tasse presque
jusqu'aux nues. Ces tristes phares, dont le nombre pouvait à
peine se compter, n'étaient couverts d'aucun toit; et leurs
chapiteaux, d'une architecture in connue dans les annales de
la terre, servaient de retraite aux oiseaux nocturnes, qui,
alarmés à l'approche de tant de monde, s'enfuirent en
croassant. Le chef des eunuques, transi de peur, supplia
Vathek de permettre qu'on allumât du feu, et qu'on prît

246
quelque nourriture. Non, non, répondit le Calife, il n'est plus
tems de penser à ces sortes de choses ; reste où tu es, et
attends mes ordres. En disant ces mots d'un ton ferme, il
présenta la main à ouronihar, et montant les degrés d'une
vaste rampe, parvint sur la terrasse qui était pavée de
carreaux de marbre, et semblable à un lac uni, où nulle herbe
ne peut croître. À la droite, étaient les phares rangés devant
les ruines d'un palais immense, dont les murs étaient
couverts de diverses figures ; en face, on voyait les statues
gi gantesques de quatre animaux qui tenaient du griffon et
du léopard, et qui inspiraient l'effroi ; non loin d'eux, on
distinguait à la clarté de la lune, qui donnait particuliérement
sur cet endroit, des caractères semblables à ceux qui étaient
sur les sabres du Giaour ; ils avaient la même vertu de
changer à chaque instant; enfin, ils se fixèrent en lettres
arabes, et le Calife y lut ces mots: Vathek, tu as manqué aux
conditions de mon parchemin ; tu mériterais d'être renvoyé;
mais en faveur de ta compagne et de tout ce que tu as fait
pour l'acquérir, Eblis permet qu'on t'ouvre la porte de son
palais, et que le feu souterrain te compte parmi ses
adorateurs.
He scarcely had read these words before the
mountain, against which the terrace was
reared, trembled; and the watch-towers were
ready to topple headlong upon them. The rock
yawned, and disclosed within it a staircase of
polished marble, that seemed to approach the
abyss. Upon each stair was planted two large
torches, like those Nouronihar had seen in her
vision, the camphorated vapor ascending from
which gathered into a cloud under the hollow
of the vault.
This appearance, instead of terrifying, gave
new courage to the daughter of Fakreddin.
Scarcely deigning to bid adieu to the moon and

247
the firmament, she abandoned without
hesitation the pure atmosphere, to plunge into
these infernal exhalations. The gait of those
impious personages was haughty and determined.
As they descended, by the effulgence of the
torches, they gazed on each other with mutual
admiration, and both appeared so resplendent,
that they already esteemed themselves
spiritual intelligences.
The only circumstance that perplexed them was
they’re not arriving at the bottom of the
stairs. On hastening their descent, with an
ardent impetuosity, they felt their steps
accelerated to sucha degree, that they seemed
not walking, but falling from a precipice.
Their progress, however, was at length impeded
by a vast portal of ebony, which the Caliph
without difficulty recognized. Here the Giaour
awaited them, with his key in his hand.
''Ye are welcome! said he to them, with a
ghastly smile, in spite of Mahomet, and all
his dependants. I will now admit you into that
palace, where you have so highly merited a
place."
À peine avait-il lu ces mots, que la montagne contre laquelle
la terrasse était adossée trembla, et que les phares semblèrent
s'écrouler sur leurs têtes. Le rocher s'entrouvrit, et laissa voir
dans son sein un escalier de marbre poli, qui paraissait devoir
toucher à l'abîme. Sur chaque degré étaient posés deux
grands cierges, semblables à ceux que Nouronihar avait vus
dans sa vision, et dont la vapeur camphrée s'élevait en
tourbillon sous la voûte. Ce spectacle, au lieu d'effrayer la
fille de Fakreddin, lui donna un nouveau courage ; elle ne
daigna pas seulement prendre congé de la lune et du
firmament, et sans hésiter, quitta l'air pur de l'atmosphère,
pour se plonger dans des exhalaisons infernales. La marche

248
de ces deux impies, était fière et décidée. En descendant à la
vive lumière de ces flambeaux, ils s'admiraient l'un l'autre,
et se trouvaient si resplendissants qu'ils se croyaient des
intelligences célestes. La seule chose qui leur donnait de
l'inquiétude, c'était que les degrés ne finissaient point.
Comme ils se hâtaient avec une ardente impatience, leurs pas
s'accélérèrent à un point qu'ils semblaient tomber
rapidement dans un précipice, plutôt que marcher; à lafin, ils
furent arrêtés par un grand portail d'ébène que le Calife n'eut
pas de peine à reconnaître; c'était là que le Giaou l’attendait
avec une clef d'or à la main.
"Soyez les bienvenus en dépit de Mahomet et de toute sa
sequelle, leur dit-il avec son affreux sourire; je vais vous
introduire dans ce palais, ou vous avez si bien acquis une
place."
Whilst he was uttering these words, he touched
the enamelled lock with his key, and the doors
at once expanded with a. noise still louder
than the thunder of mountains, and as suddenly
recoiled the moment they had entered.
The Caliph and Nouronihar beheld each other
with amazement, at finding themselves in a
place which, though roofed with a vaulted
ceiling, was so spacious and lofty, that at
first, they took it for an immeasurable plain.
But their eyes at length growing familiar to
the grandeur of the objects at hand, they
extended their view to those at a distance,
and discovered rows of columns and arcades,
which gradually diminished, till they
terminated in a point, radiant as the sun,
when he darts his last beams athwart the
ocean. The pavement, strewed over with gold
dust and saffron, exhaled so subtile an odor
as almost overpowered them. They, however,
went on, and observed an infinity of censers,

249
250
in which ambergris and the wood of aloes were
continually burning. Between these several
columns were placed tables, each spread with
a profusion of viands, and wines of every
species, sparkling in vases of crystal. A
throng of Genii, and other fantastic spirits,
of each sex, danced lasciviously in troops, at
the sound of music which issued from beneath.
In the midst of this immense hall, a vast
multitude was incessantly passing, who
severally kept their right hand on their
hearts, without once regarding anything around
them. They had all the livid paleness of
death. Them eyes, deep sank in their sockets,
resembled those phosphoric meteors, that
glimmer by night in places of interment. Some
stalked slowly on, absorbed in profound
reverie: some shrieking with agony, ran
furiously about, like tigers wounded with
poisoned arrows: wliilst others, grinding
their teeth in rage, foamed, along, more
frantic than the wildest maniac. They all
avoided each other, and though surrounded by
a multitude that no one could number^ each
wandered at random Unheedful of the rest, as
if alone on a desert which no foot had trodden;
En disant ces mots il toucha de sa clef la serrure émaillée, et
aussitôt les deux battants s'ouvrirent avec un bruit plus fort
que le tonnerre de la canicule, et se refermèrent avec le
même bruit dès le moment qu'ils furent entrés. Le Calife et
Nouronihar se regardèrent avec étonnement, en se voyant
dans un lieu qui, quoique voûté, était si spacieux et si élevé
qu'ils le prirent d'abord pour une plaine immense. Leurs yeux
s'accoutumant enfin à la grandeur des objets, ils découvrirent
des rangs de colonnes et des arcades qui allaient en
diminuant, et se terminaient en un point radieux comme le

251
soleil, lorsqu'il darde sur la mer ses derniers rayons. Le pavé,
semé de poudre d'or et de safran, exhalait une odeur si
subtile, qu'ils en furent comme étourdis. Ils avancèrent
cependant, et remarquèrent une infinité de cassolettes où
brûlaient de l'ambre gris et du bois d'aloès.
Entre les colonnes, étaient des tables couvertes d'une variété
innombrable de mets et de toutes sortes de vins qui
pétillaient dans des vases de cristal. Une foule de Ginns et
autres Esprits follets des deux sexes, dansaient lascivement
par bandes au son d'une musique, qui résonnait sous leurs
pas. Au milieu de cette salle immense, se promenait une
multitude d'hommes et de femmes, qui tous, tenant la main
droite sur le cœur, ne faisaient attention à nul objet, et
gardaient un profond silence. Ils étaient tous pâles comme
des cadavres, et leurs yeux enfoncés dans leurs têtes,
ressemblaient à ces phosphores qu'on aperçoit la nuit dans
les cimetières. Les uns étaient plongés dans une profonde
rêverie ; les autres écumaient de rage, et couraient de tous
côtés comme des tigres blessés d'un trait empoisonné ; tous
s'évitaient ; et quoiqu'au milieu d une foule, chacun errait au
hasard, comme s'il eût été seul.
Vathek and Nouronihar, frozen with terror at
a sight so baleful, demanded of the Giaour
what these appearances might mean, and
whythese ambulating spectres never withdrew
them hands from their hearts.
"Perplex not yourselves, replied he bluntly,
with so much at once, you will soon be
acquainted with all; let us haste- and present
you to Eblis."
They continued their way through the
multitude, but notwithstanding their
confidence at first, they were not
sufficiently composed to examine with
attention the various perspectives of halls,

252
and of galleries, that opened on the right
hand and left, which were all illuminated
by torches and braziers, whose flames rose in
pyramids, to the center of the vault. At
length, they came to a place where long
curtains, brocaded with crimson and gold, fell
from all parts in striking confusion. Here the
choirs and dances were heard no longer. The
light which glimmered came from afar.
After some time Vathek and Nouronihar
perceived a gleam brightening through the
drapery, and entered a vast tabernacle,
carpeted with the skins of leopards. An
infinity of elders, with streaming beards, and
Afrits, in complete armor, had prostrated
themselves, before the ascent of a lofty
eminence, on the top of which, upon a globe of
fire, sat the formidable Eblis. His person was
that of a young man, whose noble and regular
features seemed to have been tarnished by
malignant vapors. In his large eyes appeared
both pride and despair, his flowing hair
retained some resemblance to that of an angel
of light. In his hand, which thunder had
blasted, he swayed the iron scepter, that
causes the monster Ouranabad, the Afrits, and
all the powers of the abyss to tremble. At his
presence, the heart of the Caliph sunk within
him, and, for the first time, he fell
prostrate on his face.
À l'aspect de cette funeste compagnie, Vathek et Nouronihar
se sentirent glacés d'effroi. Ils demandèrent avec importunité
au Giaour, ce que tout cela signifiait, et pourquoi tous ces
spectres ambulants n'ôtaient jamais leur main droite de
dessus leur cœur ?
"Ne vous embarrassez pas de tant de choses à l'heure qu'il
est, leur répondit-il brusquement, vous saurez tout dans peu

253
; hâtons-nous de nous présenter devant Eblis."
Ils continuèrent donc à marcher à travers tout ce monde;
mais malgré leur première assurance, ils n'avaient pas le
courage de faire attention aux perspectives des salles et des
galeries, qui s'ouvraient à droite et à gauche : elles étaient
toutes éclairées par des torches ardentes, et par des brasiers
dont la flamme s'élevait en pyramide, jusqu'au centre de la
voûte. Ils arrivèrent enfinen un lieu, où de longs rideaux de
brocard cramoisi et or, tombaient de toutes parts dans une
confusion imposante. Là, on n'entendait plus les choeurs de
musique ni les danses ; la lumière qui y pénétrait, semblait
venir de loin. Vathek et Nouronihar se firent jour à travers
ces draperies, et entrèrent dans un vaste tabernacle tapissé de
peaux de léopards. Un nombre infini de vieillards à longue
barbe, d'Afrites en complette armure, étaient prosternés
devant les degrés d'une estrade, au haut de laquelle, sur un
globe de feu, paraissait assis le redoutable Eblis. Sa figure
était celle d'un jeune homme de vingt ans, dont les traits
nobles et réguliers, semblaient avoir été flétris par des
vapeurs malignes. Le désespoir et l'orgueil étaient peints
dans ses grands yeux, et sa chevelure ondoyante tenait
encore un peu de celle d'un ange de lumiére. Dans sa main
délicate, mais noircie par la foudre, il tenait le sceptre
d'airain, qui fait trembler le monstre Ouranabad31, les
Afrites, et toutes les puissances de l’abime. À cette vue, le
Calife perdit toute contenance, et se prosterna la face contre
terre.
Nouronihar, however, though greatly dismayed,
could not help admiring the person of Eblis,
for she expected to have seen some stupendous
giaut. Eblis, with a voice more mild than
might be imagined, but such as transfused
through the soul thedeepest melancholy, said:
"Creatures of clay, I receive you into mine

254
empire. Ye are numbered amongst my adorers.
Enjoy whatever this palace affords, —the
treasures of the pre-Adamite sultans, their
bickering sabres, and those talismans that
compel the Dives to open the subterranean
expanses of the mountain of Kaf, which
communicate with these. There, insatiable as
your curiosity may be, shall you find
sufficient to gratify it. You shall possess
the exclusive privilege of entering the
fortress of Aherman, and the halls of Argenk,
where are portrayed all creatures endowed with
intelligence, and the various animals that
inhabited the earth prior to the creation of
that contemptible being whom ye denominate the
Father of Mankind."
Vathek and Nouronihar feeling themselves
revived and encouraged by this harangue,
eagerly said to the Giaour:
"Bring us instantly to the place which
contains these precious talismans."
"Come, answered this wicked Dive, with his
malignant grin; come, and possess all that my
sovereign hath promised, and more."
Nouronihar, quoiqu'éperdue, ne pouvait s'empêcher
d'admirer la forme d'Eblis, car elle s'était attendue à voir
quelque géant effroyable. Eblis, d'une voix plus douce qu'on
aurait pu la supposer, mais qui portait la noire mélancolie
dans l'âme, leur dit :
"Créatures d'argile, je vous reçois dans mon empire; vous
êtes du nombre de mes adorateurs ; jouissez de tout ce que
ce palais offre à votre vue, des trésors des Sultans
préadamites, de leurs sabres foudroyants, et des talismans
qui forceront les Dives à vous ouvrir les souterrains de la
montagne de Caf, qui communiquent à ceux-ci. Là, vous
trouverez de quoi contenter votre curiosité insatiable. Il ne

255
tiendra qu'à vous de pénétrer dans la forteresse d'Aherman32,
et dans les salles d'Argenk33 où sont peintes toutes les
créatures raisonnables, et les animaux qui ont habité la terre,
avant la création de cet être) méprisable que vous appeliez le
père des hommes."
Vathek et Nouronihar se sentirent consolés et rassurés par
cette harangue. Ils dirent avec vivacité au Giaour :
"Conduisez-nous bien vîte au lieu où sont ces talismans
précieux."
" Venez, répondit ce méchant Dive, avec sa grimace perfide,
venez, vous posséderez tout ce que notre maître vous
promet, et bien davantage."
He then conducted them into a long aisle
adjoining the tabernacle, preceding them with
hasty steps, and followed by his disciples
with the utmost alacrity. They reached at
length a hall of great extent, and covered
with a lofty dome, around which appeared fifty
portals of bronze, secured with as many
fastenings of iron. A funereal gloom prevailed
over the whole scene. Here, upon two beds of
incorruptible cedar, lay recumbent the
fleshless forms of tlie pre-Adamite kings, who
had been monarchs of the whole earth. They
still possessed enough of life to be conscious
of their deplorable condition. Their eyes
retained a melancholy motion; they regarded
each other with looks of the deepest
dejection, each holding his right hand
motionless on his heart. At their feet were
inscribed the events of their several reigns,
their power, their pride, and their crimes.
Soliman Raad, Soliman Daki, and Soliman Di
Gian Ben Gian, who, after having chained up
the Dives in the dark caverns of Kaf, became
so presumptuous, as to doubt of the Supreme

256
Power, — all these maintained great state,
though not to be compared with the eminence of
Soliman Ben Daoud.
This king, so renowned for his wisdom, was on
the loftiest elevation, and placed immediately
under the dome. He appeared to possess more
animation than the rest, though, from time to
time, he labored with profound sighs, and,
like his companions, kept his right hand on
his heart; yet his countenance was more
composed, and he seemed to be listening to the
sullen roar of a vast cataract, visible in art
through the grated portals. This was the only
sound that intruded on the silence of these
doleful mansions. A range of brazen vases
surrounded the elevation.
Alors il leur fit enfiler une longue allée, qui commuuiquait
au tabernacle ; il marchait le premier à grands pas, et ses
malheureux disciples le suivaient avec joie. Ils arrivèrent à
une salle spacieuse, couverte d'un dôme fort élevé, et autour
de laquelle on voyait cinquante portes de bronze, fermées
avec des cadenats d'acier. Il régnait en ce lieu une obscurité
funèbre, et sur des lits d'un cèdre incorruptible, étaient
étendus les corps décharnés des fameux Rois préadamites,
jadis Monarques universels sur la terre. Ils avaient encore
assez de vie pour connaître) leur déplorable état; leurs yeux
conservaient un triste mouvement ; ils s'entreregardaient
languissamment les uns les autres, et tenaient tous la main
droite sur leur cœur. À leurs pieds on voyait des inscriptions
qui retraçaient les évènementsde leur règne, leur puissance,
leur orgueil et leurs crimes. Soliman Raad, Soliman Daki, et
Soliman dit Gian Ben Gian, qui, après avoir enchaîné les
Dives dans les ténébreuses cavernes de Caf, devinrent si
présomptueux, qu'ils doutèrent de la puissance suprême,
tenaient là un rang distingué; mais non pas comparable à

257
celui du prophète Suleïman Ben Daoud.
Ce Roi si renommé par sa sagesse, était sur la plus haute
estrade, et immédiate ment sous le dôme. Il paraissait avoir
plus de vie que les autres; et quoiqu'il poussât de temps en
temps de profonds soupirs, et tînt la main droite sur le cœur
comme ses compagnons, son visage était plus serein ; et il
semblait être attentif au bruit d'une cataracte d'eau noire,
qu'on entrevoyait à travers l'une des portes qui était grillée.
Nul autre bruit n'interrompait le silence de ces lieux
lugubres. Une rangée de vases d'airain, entourait l'estrade
"Remove the covers from these cabalistic
depositaries, said the Giaour to Vathek,
and avail thyself of the talismans, which will
break asunder all these gates of bronze, and
not only render thee master of the treasures
contained within them, but also of the spirits
by which they are guarded."
The Caliph, whom this ominous preliminary had
entirely disconcerted, approached the vases
with faltering footsteps, and was ready to
sink with terror, when he heard the groans of
Soliman. As he proceeded, a voice from the
livid lips of the prophet articulated these
words:
"In my lifetime, I filled a magnificent
throne, having on my right hand twelve
thousand seats of gold, where the patriarchs
and prophets heard my doctrines; on my left
thesages and doctors, upon as many thrones
ofsilver, Avere present at all my decisions.
Whilst I thus administered justice to
innumerable multitudes, the birds of the air
liberating over me, served as a canopy from
the rays of the sun. My people flourished, and
my palacerose to the clouds. I erected a
temple to the Most High, which was the wonder
of the universe; but I basely suffered myself

258
to be seduced by the love of women, and a
curiosity that could not be restrained by
sublunary things. I listened to the counsels
of Aherman, and the daughter of Pharaoh; and
adored fire, and the host of heaven. I forsook
the holy city, and commanded the Genii to rear
the stupendous palace of Istakhar, and the
terrace of the watch-towers, each of which was
consecrated to a star. There for a while I
enjoyed myself in the zenith of glory and
pleasures. Not only men, but supernatural
existences were subject also to my will. I
began to think, as these unhappy monarchs
around had already thought, that the vengeance
of heaven was asleep, when at once the thunder
burst my structures asunder, and precipitated
me hither; where, however, I do not remain
like the other inhabitants totally destitute
of hope, for an angel of light hath revealed,
that, in consideration of the piety of my
early youth, my woes shall come to an endwhen
this cataract shall forever cease to flow.
Till then I am in torments, ineffable
torments; an unrelenting fire preys on my
heart."
. "Ote les couvercles de ces dépôts cabalistiques, dit le
Giaour à Vathek ; prends les talismans qui briseront toutes
ces portes de bronze, et te rendront le maître des trésors
qu'elles enferment etdes Esprits qui en ont la garde. Le
Calife, que cet appareil sinistre avait entiérement déconcerté,
s'approcha des vases en chancelant, et pensa expirer de
terreur, quand il entendit les gémissements de Suleïman, que
dans son trouble il avait pris pour un cadavre. Alors, une
voix sortant de la bouche livide du prophète, articula ces
mots :
"Pendant ma vie, j'occupai un trône magnifique. À ma droite

259
étaient douze mille siéges d'or, où les patriarches et les
prophètes écoutaient ma doctrine ; à ma gauche, les sages et
les docteurs, sur autant de trônes d'argent, assistaient à mes
jugements. Tandis que je rendais ainsi justice à des
multitudes innombrables, les oiseaux voltigeant sans cesse
sur ma tête, me servaient de dais contre les ardeurs du soleil.
Mon peuple fleurissait ; mes palais s'élevaient jusqu'aux
nues : je bâtis un temple au Très-Haut, qui fut la merveille
de l'univers ; mais je me laissai lâchement entraîner par
l'amour des femmes, et par une curiosité qui ne se bornait
pas aux choses sublunaires. J'écoutai les conseils
d'Aherman, et de la fille de Pharaon ; j'adorai le feu et les
astres ; et quittant la ville sacrée, je commandai aux Génies
de construire les superbes palais d'Istakhar et la terrasse des
phares, dont chacun êtait dédié à une étoile. Là, pendant un
temps, je jouis en plein de la splendeur du trône et des
voluptés : non seulement les hommes, mais encore les
Génies m'étaient soumis. Je commençais à croire, ainsi que
l'ont fait ces malheureux Monarques qui m'entourent, que la
vengeance céleste était assoupie, lorsque la foudre brisa mes
édifices et me précipita dans ce lieu. Je n'y suis cependant
pas, comme tous ceux qui l'habitent, entiérement dépourvu
d'espérance. Un ange de lumiére m'a fait savoir, qu'en
considération de la piété de mes jeunes ans, mes tourments
finiront lorsque cette cataracte (je compte les goûtes) cessera
de couler: mais hélas! quand arrivera ce temps si désiré ? Je
souffre, un feu impitoyable le dévore mon cœur."
Having uttered this exclamation, Soliman
raised his hands towards heaven, in token of
supplication, and the Caliph discerned through
his bosom, which was transparent as crystal,
his heart enveloped in flames. At a sight
sofull of horror, Nouronihar fell back like
one petrified, into the arms of Vathek, who

260
cried out with a convulsive sob
"O Giaour! whither hast thou brought us! Allow
us to depart, and I will relinquish allthou
hast promised. Mahomet! remains there no more
mercy!"
"None! none! replied the malicious Dive.Know,
miserable prince, thou art now in the abode of
vengeance, and despair. Thy heart, also, will
be kindled, like those of the other votaries
of Eblis. A few days are allotted thee
previous to this fatal period; employ them as
thou wilt. Recline on these heaps of gold:
command the Infernal Potentates: range at thy
pleasure through these immense subterranean
domains. No barrier shall be shutagainst thee.
As for me, I have fulfilled my mission. I now
leave thee to thyself."
At these words, he vanished.
The Caliph and Nouronihar remained in the most
abject affliction. Their tears unable to flow,
scarcely could they support themselves. At
length, taking each other despondingly by tne
hand, they went faltering from this fatal
hall, indifferent which way they turned their
steps. Every portal opened at their approach.
The Dives fell prostrate before them. Every
reservoir of riches was disclosed to their
view, but they no longer felt the incentives
of curiosity, pride, or avarice. With like
apathy, they heard the chorus of Genii, and
saw the stately banquets prepared to regale
them. They went wandering on from chamber to
chamber, hall to hall, and gallery to gallery;
all without bounds or limit; all
distinguishable by the same lowering gloom;
all adorned with the same awful grandeur; all
traversed by persons in search of repose and
consolation, but who sought them in vain, for

261
every one carried within him a heart tormented
in flames. Shunned by these various sufferers,
who seemedby their looks to be upbraiding the
partners of heir guilt, they withdrew from
them, to wait in direful suspense, the moment
which should render them to each other the
like objects of terror.
En disant ces mots, Suleïman éleva ses deux mains vers le
ciel en signe de supplication, et le Calife vit que son sein était
d'un cristal transparent, au travers duquel on découvrait son
cœur brûlant dans les flammes. À cette terrible vue,
Nouronihar tomba comme pétrifiée dans les bras de Vathek :
"ô Giaour ! s'écria ce malheureux prince, dans quel lieu nous
as-tu conduits ? Laisse-nous en sortir ; je te tiens quitte de
toutes tes promesses. O Mahomet! n'y a-t-il plus de
miséricorde pour nous? Non, il n'y en a plus, répondit le
malfaisant Dive ; sache que c'est ici le séjour du désespoir et
de la vengeance; ton coeur sera embrasé comme celui de tous
les adorateurs d’Eblis ; peu de jours te sont donnés avant ce
terme fatal, employe-les comme tu voudras; couche sur des
monceaux d’or, commande aux puissances infernales;
parcours tous ces immenses souterrains à ton gré, aucune
porte ne te sera fermée; quant à moi j'ai rempli ma mission,
et je te laisse à toi-même."
En disant ces mots, il disparut. Le Calife et Nouronihar
restèrent dans un accablement mortel ; leurs larmes ne
pouvaient couler ; à peine pouvsaient-ils se soutenir; enfin,
ils se prirent tristement par la main, et sortirent en chancelant
de cette salle funeste, sans savoir où ils allaient. Toutes les
portes s'ouvraient à leur approche, les Dives se prosternaient
devant leurs pas, des magasins de richesses se déployaient à
leurs yeux; mais ils n'avaient plus ni curiosité, ni orgueil, ni
avarice. Avec la même indifférence, ils entendaient les
choeurs des Ginns, et voyaient les superbes repas qui étaient

262
étalés de toutes parts. Ils allaient errant de chambre en
chambre, de salle en salle, d'allée en allée, tous autant de
lieux sans bornes et sans limites, tous éclairés par une
sombre lueur, tous parés avec la même triste magnificence,
tous parcourus par des gens qui cherchaient le repos et le
soulagement; mais qui le cherchaient en vain, puisqu'ils
portaient partout un coeur tourmenté dans les flammes.
Évités de tous ces malheureux qui, par leurs regards,
semblaient se dire les uns aux autres, c'est toi qui m'as séduit,
c'est toi qui m'as corrompu, ils se tenaient à l'écart, et
attendaient dans une angoisse effroyable le moment qui
devait les rendre semblables à ces objets de terreur.
*' What," exclaimed Nouronihar, will the
time come, when I shall snatch my hand from
thine!"
" Ah! said Vathek, and shall my eyes ever cease
to drink from thine long draughts of
enjoyment! Shall the moments of our reciprocal
ecstasies be reflected on with horror! It was
not thou that broughtest me hither; the
principles by which Carathis perverted myyouth
have been the sole cause of my perdition! It
is but right she should have her share of its"
Having given vent to these painful
expressions, he called to an Afrit, who was
stirring up one of the braziers, and bade him
fetch the Princess Carathis from the palace of
Samarah.
After issuing these orders, the Caliph and
Nouronihar continued walking amidst the silent
crowd, till they heard voices at the end of
the gallery. Presuming them to proceed from
some unhappy beings, who like themselves were
awaiting their final doom, they followed the
sound, and found it to come from a small square
chamber, where they discovered sitting on

263
sofas, five young men of goodly figure, and a
lovely female, who were all holding a
melancholy conversation, by the glimmering of
a lonely lamp. Each had a gloomy and forlorn
air, and two of them were embracing each other
with great tenderness. On seeing the Caliph
and the daughter of Fakreddin enter they
arose, saluted, and gave them place. Then he
who had appeared the most considerable of the
group, addressed himself thus to Vathek:
"Strangers! who doubtless are in the same
state of suspense as ourselves, as you do not
yet bear your hand on your heart, if you are
come hither to pass the interval allotted
previous to the infliction of our common
punishment, condescend to relate the
adventures that have brought you to this fatal
place; and we in return will acquaint you with
ours; which deserve but too well to be heard.
We will trace back our crimes to their source,
though we are not permitted to repent. This is
the only employment suited to wretches like
us!"
Quoi ! disait Nouronihar, le temps viendra-t-il que je retirerai
ma main de la tienne? Ah! disait Vathek, mes yeux
cesseront-ils jamais de puiser à longs traits la volupté dans
les tiens? Les doux moments que nous avons passés
ensemble me seront-ils en horreur ? Non, ce n'est pas toi qui
m'as mené dans ce lieu détestable, ce sont les principes
impies par lesquels Carathis a perverti ma jeunesse, qui ont
causé ma perte et la tienne: ah! que du moins elle souffre
avec nous ! En disant ces douloureuses paroles, il appella un
Afrite qui attisait un brasier, et lui ordonna d'enlever la
princesse Carathis du palais de Samarah, et de la lui amener.
Après avoir donné cet ordre, le Calife et Nouronihar
continuèrent de marcher dans la foule silencieuse, jusqu'au

264
moment où ils entendirent parler au bout d'une galerie.
Présumant que c'étaient des malheureux qui, comme eux,
n'avaient pas encore reçu leur arrêt final, ils se dirigèrent
d'après le son des voix, et trouvèrent qu'elles partaient d'une
petite chambre quarrée, où sur des sofas étaient assis quatre
jeunes hommes de bonne mine et une belle femme, qui
s'entretenaient tristement à la lueur d'une) lampe. Ils avaient
tous l'air morne et abattu, et deux d'entre eux s'embrassaient
avec beaucoup d'attendrissement. En voyant entrer le Calife
et la fille de Fakreddin, ils se levèrent civilement, les
saluèrent et leur firent place. Ensuite, celui qui paraissait le
plus distingué de la compagnie, s'adressant au Calife, lui dit:
Étranger, qui sans doute êtes dans la même horrible attente
que nous, puisque vous ne portez pas encore la main droite
sur votre coeur ; si vous venez passer avec nous les affreux
moments qui doivent s'écouler jusqu'à notre commun
châtiment, daignez nous raconter les aventures qui vous on
conduit en ce lieu fatal, et nous vous apprendrons les nôtres,
qui ne mérîtent que trop d'être entendues. Se retracer ses
crimes, quoiqu'il ne soit plus temps de s'en repentir, est la
seule occupation qui convienne à des malheureux tels que
nous.
The Caliph and Nouronihar assented to the
proposal, and Vathek began, not without tears
and lamentations, a sincere recital of every
circumstance that had passed. When the
afflicting narrative was closed, the young man
entered on his own. Each person proceeded in
order, and when the fourth prince had reached
the midst of his adventures, a sudden noise
interrupted him, which caused the vault to
tremble, and to open.
Immediately a cloud descended, which gradually
dissipating, discovered Carathis, on the back
of an Afrit, who grievously complained of his

265
burden. She, instantly springing to theground,
advanced towards her son, and said:
"What dost thou here, in this little square
chamber? As the Dives are become subject to
thy beck, I expected to have found thee on the
throne of the pre-Adamite kings."
"Execrable woman! answered the Caliph; cursed
be the day thou gavest me birth! Go! follow
this Afrit; let him conduct thee to the hall
of the Prophet Soliman; there thou wilt learn
to what these palaces are destined, and how
much I ought to abhor the impious knowledge
thou hast taught me."
"The height of power to which thou art arrived
has certainly turned thy brain, answered
Carathis; but I ask no more than permission to
show my respect for the prophet. It is,
however, proper thou shouldst know, that, as
the Afrit has informed me neither of us shall
return to Samarah, I requested his permission
to arrange my affairs, and he politely
consented. Availing myself, therefore, of the
few moments allowed me, I set fire to the
tower, and consumed in it the mutes,
negresses, and serpents, which have rendered
me so much good service; nor should I have
been less kind to Morakanabad, had he not
prevented me, by deserting at last to thy
brother. As for Bababalouk, who had the folly
to return to Samarah, and all the good
brotherhood to provide husbands for thy wives,
I undoubtedly would have put them to the
torture, could I but have allowed them the
time. Being, however, in a hurry, I only hung
him, after having caught him in a snare with
thy wives; whilst them I buried alive by the
help of my negresses, who thus spent their
last moments, greatly to their satisfaction.

266
With respect to Dilara, who ever stood high in
my favor, she hath evinced the greatness of
her mind, by fixing herself near, in the
service of one of the Magi, and, I think, will
soon be our own."
Le Calife et Nouronihart consentirent à cette proposition, et
Vathek prenant la parole, leur fit, non sans gémir, un sin cère
récit de tout ce qui lui était arrivé. Lorsqu'il eut fini sa
pénible narration, le jeune homme qui lui avait parlé,
commença la sienne de la manière suivante. Histoire des
deux Princes amis, Alasi et Firouz, enfermés dans le palais
du feu souterrein. Histoire du Prince Barkiarokh enfermé
dans le palais du feu souterrain. Histoire du Prince Kalilah
et de la Princesse Zulkais, enfermés dans le palais du feu
souterrain. Le troisème Prince en était au milieude son récit,
quand il fut interrompu par un bruit qui fit trembler et
entrouvrir la voûte. Bientôt après, une vapeur se dissipant
peu à peu, laissa voir Carathis sur le dos de l'Afrite, qui se
plaignoit horriblement de son fardeau. Elle sauta à terre, et,
approchant de son fils, lui dit ;
"que fais-tu ici dans cette petite chambre? Voyant que les
Dives t’obéissent, je m'attendais à vous avoir trouvé sur le
trône des rois pré-Adamites.
"Femme exécrable, répondit le Calife, que maudit soit le jour
où tu m'as mis au monde ! Va, suis cet Afrite, qu'il te mène
dans la salle du prophète Suleïman; là, tu apprendras à quoi
est destiné ce palais qui t'a paru si désirable, et combien je
dois abhorrer les connaissances impies que tu m'as données!
La puissance où tu es parvenu, t'a-t-elle troublé la tête,
répliqua Carathis? Je ne demande pas mieux que de rendre
mes hommages àSuleïman le prophète. Il faut pourtant que
tu saches que l'Afrite m'ayant dit que ni toi ni moi ne
retournerions à Samarah, je l'ai prié de me laisser mettre
ordre à mes affaires, et qu'il a eu la politesse d'y consentir.

267
Je n'ai pas manqué de mettre à profit ces instants ; j'ai mis le
feu à notre tour où j'ai brûlé tout vifs les muets, les négresses,
les torpèdes et les serpens, qui pourtant m'avaient rendu
beaucoup de services, et j'en aurais fait autant au grand visir,
s'il ne m'avait pas abandonnée pour Motavekel. Quant à
Bababalouk, qui avait eu la sottise de retourner à Samarah,
et tout bonnement d'y trouver des maris pour tes femmes, je
l'aurais mis à la torture, si j'en avais eu le temps ; mais
comme j'étais pressée, je l'ai seulement fait prendre, après lui
avoir tendu un piége pour l'attirer auprès de moi, aussi bien
que les femmes; je les ai fait enterrer toutes vivantes par mes
négresses, qui ont ainsi employé leurs derniers moments à
leur grande satisfaction. Pour Pilara, qui m'a toujours plu,
elle a montré son esprit en se mettant ici-près au service d'un
Mage, et je pense qu'elle sera bientôt des nôtres.
Vathek, too much cast down to express the
indignation excited by such a discourse,
ordered the Afrit to remove Carathis from his
presence, and continued immersed in thought,
which his companions durst not disturb.
Carathis, however, eagerly entered the dome of
Soliman, and, without regarding in the least
the groans of the Prophet, undauntedly removed
the covers of the vases, and violently seized
on the talismans. Then, with a voice more loud
than had hitherto been heard in these
mansions, she compelled the Dives to disclose
to her the most secret treasures, the most
profound stores, which the Afrit himself had
not seen. She passed by rapid descents known
only to Eblis and his most favored Potentates,
and thus penetrated the very entrails of the
earth, where breathes the Sansar, or icy wind
of death. Nothing appalled her dauntless soul.
She perceived, however, in all the inmates who
bore their hands on their heart, a little

268
singularity not much to her taste. As she was
emerging from one of the abysses, Eblis stood
forth to her view, but, notwithstanding he
displayed the full effulgence of his infernal
majesty, she preserved her countenance
unaltered, and even paid her compliments with
considerable firmness. This superb monarch
thus answered:
"Princess, whose knowledge and whose crimes
have merited a c^onspicuous rank in my empire,
thou doest well to employ the leisure that
remains; for the flames and torments which are
ready to seize on thy heart will not fail to
provide thee with full employment."
He said this, and was lost in the curtains
ofhis tabernacle.
Vathek était trop consterné pour exprimer l'indignation que
lui causait un tel discours; il ordonna à l'Afrite d'éloigner
Carathis de sa présence, et resta dans une morne rêverie que
ses compagnons n'osèrent troubler. Cependant Carathis
pénétra brusque ment jusqu'au dôme de Suleïman, et sans
faire la moindre attention aux soupirs du Prophète, elle ôta
audacieusement les couvercles des vases, et s'empara des
talismans. Alors, élevant une voix telle qu'on n'en avait
jamais entendue dans ce funeste Empire, elle força les Dives
à lui montrer les trésors les plus cachés, les antres les plus
mysterieux, que l'Afrite lui-même n'avait jamais vus. Elle
passa par des descentes rapides qui n'étaient connues que
d'Eblis et des plus puissants de ses favoris, et pénétra au
moyen de ces talismans jusqu'aux entrailles de la terre d'où
souffle le Sansar, vent glacé de la mort: rien n'effrayait son
coeur indomptable. Elle trouvait cependant chez tout ce
monde qui portait la main droite sur le coeur, une petite
singularité qui ne lui plaisait pas. Comme elle sortait d'un
des abîmes, Eblis se présenta à ses regards. Mais malgré tout

269
l'imposant de sa majesté, elle ne perdit pas contenance, et lui
fit même son compliment avec beaucoup de pré sence
d'esprit : ce superbe Monarque lui répondit ; Princesse, dont
les connaissances et les crimes méritent un siége élevé dans
mon empire, vous faites bien d'employer le loisir qui vous
reste ; car les flammes et les tourments qui s'empareront
bientôt de votre coeur, vous donneront assez d'occupation.
En disant ces mots, il disparut dans les draperies de son
tabernacle.
Carathis paused for a moment with surprise
but, resolved to follow the advice of Eblis,
she assembled all the choirs of Genii, and all
the Dives, to pay her homage. Thus, marched
she in triumph through a vapor of perfumes,
amidst the acclamations of all the malignant
spirits; with most of whom she had formed a
previous acquaintance. She even attemptedto
dethrone one of the Solimans, for the purpose
of usurping his place, when a voice,
proceeding from the abyss of Death,
proclaimed: " All is accomplished!"
Carathis resta un peu interdite ; mais résolue d'aller jusqu'au
bout, et de suivre le conseil d'Eblis, elle rassembla tous les
choeurs des Ginns, et tous les Dives pour en recevoir les
hommages. Elle marchait ainsi en triomphe, à travers une
vapeur de parfums, et aux acclamations de tous les Esprits
malins dont la plupart étaient de sa connaissance. Elle allait
même détrôner un des Solimans pour prendre sa place,
quand une voix sortant de l'abîme de la mort, cria : "Tout est
accompli"
Instantaneously, the haughty forehead of the
intrepid princess became corrugated with
agony; she uttered a tremendous yell, and
fixed—no more to be withdrawn—her right liand
upon her heart, which was become a receptacle

270
of eternal fire.
In this delirium, forgetting all ambitious
projects, and her thirst for that knowledge
which should ever be hidden from mortals, she
overturned the offerings of the Genii, and
having execrated the hour she was begotten,
and the womb that had borne her, glanced off
in a whirl that rendered her invisible, and
continued to revolve without intermissson.
Aussitôt le front orgueilleux de l'intrépide Princesse se
couvrit des rides de l'agonie ; elle jetta un cri douloureux, et
son coeur devint un brasier ardent : elle y porta la main pour
ne l'en retirer jamais. Dans cet état de délire, oubliant ses
vues ambitieuses et sa soif des sciences qui doivent être
cachées aux mortels, elle renversa les offrandes que les
Ginns avaient déposées à ses pieds ; et maudissant l'heure de
sa naissance et le sein qui l'avait portée, elle se mit à courir
pour ne plus s'arrêter, ni goûter un moment de repos.
At almost the same instant, the same
voiceannounced to the Caliph, Nouronihar, the
five princes, and the princess, the awful and
irrevocable decree. Their hearts immediately
took fire, and they at once lost the most
precious of the gifts of heaven, hope. These
unhappy beings recoiled, with looks of the
most furious distraction. Vathek beheld in the
eyes of Nouronihar nothing but rage and
vengeance; nor could she discern aught in his
but aversion and despair. The two princes who
were friends, and till that moment had
preserved the attachment, shrunk back,
gnashing their teeth with mutual and
unchangeable hatred. Kalilah and his sister
made reciprocal gestures of imprecation;
whilst the two other princes testified their
horror for each other by the most ghastly
convulsions and screams that could not be

271
smothered. All severally plunged themselves
into the accursed multitude, there to wander
in an eternity of unabating anguish.
Such was, and such should be, the punishment
of unrestrained passions, and atrocious
actions. Such is, and such should be, the
chastisement of blind ambition, that would
transgress those bounds which the Creator hath
prescribed to human knowledge, and by aiming
at discoveries reserved for pure intelligence,
acquire that infatuated pride, which perceives
not the condition appointed in ma nis,
TO BE IGNORANT AND HUMBLE.
Thus, the Caliph Vathek who, for the sake of
empty pomp and forbidden power, hath sullied
himself with a thousand crimes, becamea prey
to grief without end, and remorse without
mitigation; whilst the humble and despised
Gulchenrouz passed whole ages in undisturbed
tranquillity, and the pure happiness of
childhood.
À peu près dans ce même temps, la même voix avait annoncé
au Calife, à Nouronihar, aux quatre Princes et à la Princesse,
le décret irrévocable. Leurs coeurs venaient de s'embraser ;
et ce fut alors qu'ils perdirent le plus précieux des dons du
ciel, l’espérance! Ces Malheureux s'étaient séparés en se
jettant des regards furieux. Vathek ne voyait plus dans ceux
de Nouronihar que rage et que vengeance; elle ne voyait plus
dans les siens qu'aversion et désespoir. Les deux Princes
amis, qui, jusqu'à ce moment, s'étaient tenus tendrement
embrassés, s'éloignèrent l'un de l'autre en frémissant. Kalilah
et sa soeur se firent mutuellement un geste d'imprécation.
Tous, par des contorsions effroyables et des cris étouffés,
témoignèrent l'horreur qu'ils avaient d'eux mêmes; tous se
plongèrent dans la foule maudite pour y errer dans une
éternité de peines. Tel fut, et tel doit être le châtiment des

272
passions effrénées, et des actions atroces ; telle sera la
punition de la curiosité aveugle, qui veut pénétrer au-delà
des bornes que le Créateur a mises aux connaissances
humaines; de l'ambition, qui, voulant acquérir des sciences
réservées à de plus pures intelligences, n'acquiert qu'un
orgueil insensé, et ne voit pas que l'état de l'homme est d'être
humble et ignorant. Ainsi le Calife Vathek, qui, pour
parvenir à une pompe vaine, et à une puissance défendue,
s'était noirci de mille crimes, se vit en proie à des remords,
et à une douleur sans fin et sans borne; ainsi l'humble, le
méprisé Gulchenrouz, passa des siècles dans la douce
tranquillité et le bonheur de l'enfance.

273
FIN.
NOTE 1. Calife1. —Chez les Mahometans, ce titre comprend à la fois
les caractères réunis de prophète, de prêtre et de roi ; on l'emploie
pour signifier le Vicaire de Dieu sur la terre. État de L’Empire
ottoman, par Habesci, pag. 9. D'Herbelot, page 985. Expirait à
Finstant. —L'auteur du Nighiaristan nous a conservé ce qui vient à
l'appui de ce récit ; et il n'y a aucune histoire de Vathek, dans
laquelle il ne soit fait mention de son oeil terrible.
NOTE 2. Omar Ben Abdalazit2. —Calife distingué de tous les autres
par sa tempérance, et son abnégation de lui-même ; au point que
l'on croit qu'il a été reçu dans le sein de Mahomet, en récompense
de son abstinence exemplaire dans un siècle de corruption.
D'Herbelot, p. 690.
NOTE 3. Samarah3. —Ville de PIraque Babylonien, que l'on
suppose avoir été située sur le lieu où Nembrod éleva sa tour.
Khondemir raconte dans la vie de Motassem, que ce prince quitta
Bagdad, pour terminer les disputes qui s'élevaient
continuellement entre les habitons de cette ville et ses esclaves
turcs et qu'il choisit une situation dans la plaine de Catoul, où il
bâtit Samarah. On assure qu'il avait dans les écuries de cette ville
cent trente mille chevaux pies, dont chacun transporta par son
ordre un sac de terre sur la place qu'il avait choisie : de cet amas
énorme, il se forma une élévation qui dominait sur toute l'étendue
de Samarah, et qui servit de base à son magnifique palais.
D'Herbelot, p. 752. 808. 985. Anecdotes Arabes, p. 413, Page 3.
NOTE 4 Mani. —Cet artiste vivait sous le règne de Schabur ou
Sapor, fils d'Ardschir Babegan; il était peintre et sculpteur de
profession, et il fut fondateur de la secte des manichéens.
D'Herbelot, p. 548.
NOTE 5 Note 5 de Fagfouri. —Les Orientaux donnent le nom de
Fagfouri à la porcelaine de la Chine, dont l'usage est ancien chez eux.
Ils appellent l'Empereur de la Chine, le Fagfour
Note 6. Istakhar. —Cette cité était, sous les Rois des trois premières
races, l'ancienne Persépolis, la capitale de la Perse. L'auteur du
Lebtarikh dit que Kischtab établît son séjour dans cette ville; qu'il y

274
érigea plusieurs temples consacrés a l'élément du feu ; et qu'il fit
creuser pour lui-même et ses successeurs, des sépulcres dans les
rochers de la montagne qui communiquoient a la cité. Les ruines qui
restent encore des colonnes et des figures mutilées par Alexandre et
par le temps, prouvent évidemment que ces anciens potentats
avoient choisi cet endroit pour leur sépulture. D'Herbelot, p. 327.
Note 7 Gian Ben Gian. —Par ce nom l'on distinguoit le Monarque de
cette espèce d'êtres appelles par les Arabes, Gian ou Ginn, qui signifie
Génie, et parles Tarikhs Thabari, Feez ou Fées. Gian Ben Gian éloit
fameux par ses expéditions guerrières et par ses édifices prodigieux;
suivant les écrivains Orientaux, les pyramides d'Egypte étaient au
nombre des monuments de sa puissance. D'Herbelot, p. 396. Bailly,
sur V Atlantide, p. 147-
Note 8 Sultans préadamites. —Ces Monarques, qui étaient au nombre
de soixante-douze, avoient chacun le gouvernement d'une espèce
distincte d'êtres raisonnables, antérieurs à l'existence d'Adam.
D'Herbelot, p. 820.
Note 9. Rocnabad. — Le ruisseau de ce nom coule près de la cité de
Schiraz. Ses eaux sont extraordinairement claires et limpides, et ses
bords couverts de la plus belle verdure
Note 10. Pots remplis de scorpions10. —C'était un goût de famille.
Motavekel, frère de Vathek, régalait ses convives de la même
manière, et s'amusait aussi quel quefois à les guérir avec une
thériaque admirable. D'Herbelot, p. 641
Note 11. Moullahs11. —Titre de ceux qui, chez les Mahotnétans,
étaient élevés1 dans la science des loix : de leur classe on tirait les
Juges des villes et des provinces
Note 12. Bababalouk12, hors de lui. — L'énormité de la profanation de
Vathek ne peut être sentie que par un Musulman orthodoxe, ou par
quelqu’un qui se ra pelle l'ablution et la prière indispensablement
requises en pareil cas. Disc. Prél. De Sale, p. 139.Alcoran, chap. iv. État
de l'Empire Ottoman, par Habesci, p. 93.
Note 13. Vin de Schiraz13. —Schiraz étoit fameuse dans l'Orient pour
les vins de différentes sortes qu'elle produisait, mais particulièrement
pour son vin rouge, qui Note 14 Des fours d’argent14. —Les fours

275
portatifs étaient une partie des meubles des voyageurs Orientaux. S.
Jerôme (Compl. 8. 10.) les a décrits en détail. Ceux des Califes étaient
de la même espèce, excepté qu'ils étaient d'argent au lieu de
cuivreétoit même plus estimé que le vin blanc de Kirmith.
Note 15 La Simorgue15. —C'est cet oiseau chimérique de l’Orient dont
on dit tant de merveilles. Il avait nonseulement le don de la raison,
mais encore la connaissance de toutes les langues ; d'où l'on peut
conclure que c'était un génie sous une forme empruntée. Cette
créature rapporte d'elle-même qu'elle avait vu douze fois commencer
et finir la grande révolution de sept mille ans, et que dans sa durée, le
monde avait été sept fois dépeuplé, et sept fois repeuplé d'habitants.
Elle est representée comme la grande amie de la race d'Adam et
l'ennemie la plus decidée des Dives. Tahamurath et Aherman
apprirent par ses prédictions tout ce qui devoit leur arriver, et ils
obtinrent qu'elle les seconderoit dans toutes leurs entreprises.
Tahamurath, armé du bouclier de Gian Ben Gian, fut porté dans l'air
par la Simorgue, au-dessus du noir désert jusqu'à la montagne de Caf
; le panache de son casque était de plumes tirées du sein de cet oiseau.
La Simorgue était invulnérable dans les combats, et les héros qu'elle
favorisait, ne manquaient jamais de réussir. Quoiqu'elle fût assez
puissante pour exterminer ses ennemis, cependant on supposait qu'il
lui etait interdit d'exercer ce fatal pouvoir. Pour prouver combien la
Providence est universelle dans le soin qu'elle prend des êtres creés,
Sadi pretend que la Simorgue, malgré sa masse immense, n'est pas
embarrassée de trouver sa nourriture sur la montagne de Caf.
Note 16. Afrites16. —C'était une espèce de Méduse ou Lamie, le plus
terrible et le plus cruel de tous les ordres des Dives.
Note 17. Le Bismillah17. — Ce mot qui est à la tête de tous les chapitres
de l'Alcoran, excepté le dix-neuvième, signifie " Au nom du Dieu très-
miséricordieux."
Note 18. Tecthravan. —Cette espèce de trône ambulant, quoique plus
commun à présent que dans le temps de Vathek, est encore réservé
aux personnes du premier rang.
NOTE 19. Des petits plats d’abomination. —Le Koran a établi diverses
distinctions, relativement a différentes sortes de nourritures; et

276
beaucoup de Mahometans sont assez scrupuleux pour ne pas toucher
à la viande de certains animaux, sur lesquels on a oublié de prononcer,
à l'instant de leur mort, le mot de Bismillah. Cérém, Relig. vol. ...
Note 20. Périses. —Le mot Péri, dans le langage Persan, signifie cette
belle race de créatures qui tient le milieu entre les anges et les
hommes. Les Arabes lui donnent le nom de Ginn ou Génie ; et nout,
d'après les Persans, peut-être, nous les appelions, Fées.
Note 21. Meignoun et Leilah. —Ces personnages sont considérés par
les Arabes comme les amans les plusbeaux et les plus fidèles. Leurs
amours ont été célébrées avec tous les charmes de la poésie dans les
differentes langues de l'Orient.
Note 22. Shaddukian et Ambreabad. —Deux villes des Péries dans la
région imaginaire du Ginnistan. La première signifie plaisir et désir,
l'autre la cité de l'ambre gris. Voyez Richardson, Dissert. p. 16Q
Note 23. Sombres Goules. —Goui ou Ghul en Arabe, signifie un objet
épouvantable qui ôte l'usage des sens. De-là dérive le nom de ces
espèces de monstres qui passent pour habiter les forêts, les cimetières
et les autres places désertes. On raconte que non seulement ils
déchirent les vivants, mais encore déterrent les morts pour les
dévorer. Richardson, dissert, p. 174 274. Voyez aussi l'histoire d'Amine
dans les Mille et Une Nuits.
Note 24. Plumes de héron toutes étincelantes aVescarboucles. Les
panaches de cette sorte font partie des attributs de la royauté
Orientale.
Note 25 Les cris de Leilah-IllLeilah25. —Ces exclamations qui signifient,
" 11 n'y a point d'autre Dieu que Dieu," étaient ordinairement
prononcées avec une violente émotion.
Note 26. L’escarboucle de Giamchid26. —Ce puissant Potentat était
le quatrième souverain de la Dynastie des Pischadians, et frère ou
neveu de Tahamurath. Sonvrai nom était Giam ou Gem et Shilo,
lequel, dans l'ancien langage Persan, signifie le soleil, allusion faiteà
la majesté de sa personne, ou à la splendeur de ses actions.
Note 27 Monkir et Nekir27. —Deux Anges noirs, dont la fonction est
d'examiner tous les objets concernant la foi. Quiconque ne leur rend
pas un compte satisfaisant est certain d'être assommé avec des

277
massues de fer rouge, et d'être tourmenté au-delà de toute
expression. Cérém. Relig.vol. W. p. 101, vol. Vil. p. 59. 68. 118
Note 28 Le pont fatal28. —Ce pont, nommé Al Siral en Arabe, est
supposé s'étendre sur le gouffre infernal. On le représente aussi mince
que le fil d'une toile d'araignée et aussi étroit que le tranchant de la
lame d'un sabre.
Note 29 Eblis29—D'Herbelot prétend que ce mot est une corruption du
grec diabolos. C'est une qualification conférée par les Arabes au
premier des Anges apostats. Il est représenté comme exilé dans les
régions infernales, pour avoir refusé a Adam l'hommage que dieu lui
même avoit ordonné de lui rendre.
Note 30. Balkis30. —Nom de la reine de Saba, venue du Midi pour
admirer la sagesse et la gloire de Salomon. Le Koran représente cette
reine, comme une adoratice du feu. Salomon a la réputation de l'avoir
nonseulement traitée avec magnificence, mais encore de l'avoir
honorée de son trône et de son lit.
Note 31 Ouranabad31. —Ce monstre est représenté sous la figure
d'une hydre ailée, très-féroce, et tient de la classe des Rakshes, qui
font leur nourriture ordinaire de serpens et de dragons; du Soham, qui
a la tête d'un cheval, avec quatre yeux, et le corps d'un dragon couleur
de feu; du Syl, espèce de basilic, avec une face humaine si effroyable,
qu'aucun mortel ne peut supporter son aspect; et ainsi des
autres. Voyez les titres respectifs dans le Dictionnaire Persan, Arabe
et Anglais de Richardson.
Note 32 La forteresse d’Aherman32.—Dans la mythologie Orientale,
Aherman est réputé le démon de la discorde. Les anciens romans de
la Perse abondent en descriptions de cette forteresse, dans laquelle
les démons subalternes s'assemblent pour reçevoir les loix de leurs
princes; et c'est de-là qu'ils partent pour aller exercer leur malice sur
toute la terre. D'Herbe* lot. p. 71.
Note 33 Les salles d'Argenk32. — Les salles de ce puissant Dive qui
régnait dans les montagnes de Caf, contenaient les statues des
soixante-douze Solimans, et les portraits des différentes creatures qui
leur étaient attachées. Aucune d'entr'elles n'avait rien qui ressemblât
à la figure humaine.

278
279
280
281