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PORTRAIT

Noureddine Cherradi, directe


(just retraited…)

« Il faut un le
pour f
les choses à R
La personne dont je fais le portrait rire, mais toujours un peu mystérieux,
dans ce numéro est quelqu’un, due sa ou plutôt malicieux… Rien de grave,
modestie naturelle en souffrir, d’excep- rassurez-vous, c’est son bon naturel.
tionnel (et je ne crois pas avoir em- La première fois que j’ai entendu son
ployé ce terme une fois dans tous mes nom, c’est par la bouche de M. Catalaa
« portraits », c’est dire). Il fait partie, (voir le dossier dans ce numéro), qui
évidemment des gens qui « font » des était chef de la « Mission Roissy » et
choses, mais il a un quelque chose en qui, toujours bien informé, et pour
plus, de permanent, de rémanent… cause, m’avait confié que Cherradi se-
Depuis que je le connais : dès que je le rait le Directeur du futur « GIP » de
vois ou que je l’entends, c’est un vrai Roissy.
plaisir. Non, plaisir n’est pas le bon Je suis donc allé le voir, dans ce qui
mot, enfin pas exactement. Cherradi, était encore ses bureaux, à la Plaine
puisque vous savez d’après le titre que Saint-Denis, du fameux « GIP Stade de
c’est de lui dont je vais parler (j’ai dé- France » qu’il avait brillamment dirigé.
cidé de l’appeler ici par son patro- C’était au premier semestre 98 et je lui
nyme, parce que, malgré nos relations ai fait part de mon projet de lance-
déjà anciennes, je l’ai toujours vou- ment de Bénéfice.net. D’emblée, il m’a
voyé et appelé « Monsieur Cherradi ». bien écouté et m’a dit « ça tombe bien
Il ne m’en voudra pas d’oublier le car je veux, dans le cadre du futur GIP
N. Cherradi au Hilton, pendant l’un de nos entretiens
« Monsieur » par commodité rédac- de Roissy, refaire ce que j’ai fait en
tionnelle mais aussi parce que, d’après matière d’information sur les marchés
moi, c’est une marque supplémentaire et les emplois ». Et de me montrer fiè-
de respect), Cherradi donc, dégage une rement ses « Tableaux de bord » tri-
sorte de charisme, ou des ondes posi- mestriels qui étaient des magazines
tives, inexplicables… Son physique informant sur l’évolution du Stade :
d’ailleurs fait penser au bon génie de emplois et marchés et qui avaient per-
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la lampe d’Aladin… Toujours le sou- mis, je le saurai après, de réussir l’in-
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cteur du GIP Emploi de Roissy tâche : améliorer la situation de


l’emploi et surtout de la formation
professionnelle, initiale et conti-
nue, de façon à ce que le dévelop-
pement prévisible de la plate-forme
aéroportuaire et de ses environs
profitent aussi à ceux qui vivent à

leader politique
côté. Question diffusion de l’infor-
mation économique, de façon à ce
que les PME locales puissent bé-
néficier au mieux des chantiers à
venir, Cherradi, et c’est un ses
crève-cœurs, n’arrivera pas à faire

r faire avancer ce qu’il avait réussi à Saint-Denis.


Là-bas, le GIP avait réussi à créer
une cellule rassemblant tous les
donneurs d’ordre du chantier du
Grand Stade. Ce qui avait permis

Roissy »
« de connaître tous les projets à
venir et les besoins s’y rapportant
à l’avance » avait expliqué Cher-
radi dans BN 1 : « sans ce travail
d’anticipation, l’information ne
sort des bureaux d’études qu’au
moment des appels d’offres et il
est alors trop tard pour les petites
entreprises qui n’ont plus le temps
de s’adapter ». Et ça a marché,
avec l’aide de l’APESSADE, une as-
tégration économique et sociale sance, savent les faire. Y’avait sociation créée par les entreprises
de ce grand chantier dans cette « tout le monde » : plusieurs Question de Saint-Denis pour l’occasion. Car
région de la «Plaine » un peu si- « collèges » dont l’Etat himself, Cherradi faisait preuve d’un bon
nistrée à l’époque. certaines collectivités locales (pas de bon sens…
sens évident (mais pas pour tout
toutes et notamment pas Roissy- sans électricité… le monde) : « si elles ont l’infor-
C’est ainsi que j’avais demandé par en-France), les organisations pa- mation suffisamment à l’avance,
la suite à Christian de la Guéron- tronales, les syndicats de salariés, les PME du secteur peuvent éven-
nière (voir dossier) de l’intervie- les chambres de commerce et de tuellement faire les investisse-
wer dans le premier Bénéfice.net, métier, les « entreprises », etc. C’est à partir de 2000 que je com-
ments complémentaires qui leur
ce qui fut fait, et sa relecture est Tout ça sur trois départements ! mence à le fréquenter, disons ré-
permettront de répondre aux de-
instructive, 9 années plus tard. Et, au dernier moment l’Education gulièrement. Comme il s’intéresse
mandes, de se former à des tech-
nationale. Plus une présidence passionnément au territoire, Bé-
niques spécifiques ou encore de se
Le fameux « GIP Emploi » (on va « tournante » annuelle pour néfice.net lui plaît. Contrairement
regrouper ». Ceci ajouté à l’action
l’appeler « GIP ») de Roissy fut chaque collège ! Je passe les dé- à d’autres, il ne s’inquiète pas du
du GIP envers les donneurs d’ordre
créé cette année-là. C’était une tails mais j’observais ça de loin. La succès du journal et n’en prend
pour qu’ils réduisent la taille des
des « compensations » donnée en mise en place a duré et je me suis pas ombrage. Je décèle petit à
lots de façon à les rendre accessi-
« échange » de l’acceptation des un peu moqué de ça soit dans BN, petit son côté diplômate, mais
bles aux PME (la SNCF, qui avait
nouvelles pistes de CDG par la soit dans le premier RoissyMail aussi malicieux : s’il me donne des
prévu 15 lots à Saint-Denis, les a
informations, il sait ne pas livrer
gauche arrivée au pouvoir par ac- (papier) paru en juin 2000. finalement découpés en 100 !). A
des « secrets » : c’est qu’il doit
cident en 97, qui avait fait cam- Nous y reviendrons, mais Cherradi, cause, et c’est moi qui le dis, de
ménager une assemblée du GIP
pagne contre ces nouvelles pistes, qui vient de faire valoir ses droits la mauvaise volonté des grands
grosse de 80 organisations, aux
mais qui les a acceptées une fois à la retraite, n’aura pas pu faire donneurs d’ordre (devinez qui), ce
intérêts parfois divergents. Il ex-
le pouvoir venu. Les électeurs exactement ce qu’il fait avec suc- bon sens ne sera jamais partagé à
cellera jusqu’à la fin dans cet exer-
l’ont oublié… cès à Saint-Denis. Il n’en a pas Roissy. Et la seule association qui
cice délicat. Mais je m’aperçois
moins eu une action courageuse, tout de suite qu’il n’a pas les aurait pu organiser le lobbying
Question organisation, le GIP était efficace et exemplaire, avec des moyens matériels et humains pour qu’avait déployé l’APESSADE,
un modèle d’usine à gaz comme moyens que je qualifierai sans Roissy Entreprise, organisait pen- 81
remplir entièrement sa lourde
seuls les Français, à ma connais- risque d’être contredit, indigents. dant ce temps force choucroute- BN
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parties, beaujolais nouveau et vi- lui-même mettait en page, sou-


sites annuelles de vendanges ! vent le dimanche d’ailleurs, ses
différents rapports, par souci
Question emploi et formation, les d’économie ! Question « staff »,
résultats furent meilleurs. Après la le GIP n’a jamais eu d’autre
réorganisation de l’ANPE interve- moyens pour se payer d’autres
nue en 98 (la productivité de collaborateurs que des… emplois
l’Agence était lamentable, comme jeunes, ce qui m’a toujours effaré.
nous l’avons démontré dans un ar- D’un autre côté, l’organisation
ticle retentissant dans BN 4), administrative, véritablement
Cherradi a réussi à promouvoir ubuesque, du GIP faisait s’arra-
l’installation de CFA Thalès à Bon- cher les cheveux à Cherradi,
neuil-en-France, du centre de obligé de courir après l’argent,
conduite ECF à Dammartin, du puisque celui-ci ne pouvait être
grand centre AFPA à Gonesse. Mais versé qu’une fois les choses
aussi il fut l’interlocuteur de nom- faites. Mais pour les faire, il fal-
breuses structures privées de for- lait de l’argent… Il ne s’en est ja-
mation comme Europrestige, pour mais plaint, étant un homme
ne citer qu’elle. Celles-ci trouvè- loyal et discret, sauf à la fin
rent auprès du GIP aide et conseils 2006, où, excédé, il me fit
pour se développer. quelques confidences…
Une de ses grandes réussites fut Mais Cherradi, coincé entre la
aussi l’organisation du Salon de mauvaise volonté des donneurs
l’emploi aéronautique, « Aérosalon », d’ordres et une latitude forcé-
au Bourget, qui connut un succès ment limitée en matière d’emploi
grandissant à travers ses 4 édi- et de formation, poussa l’action
tions. Prometteur, ce salon avait du GIP vers une orientation terri-
vocation à devenir un grand salon toriale. C’était le sens également
national, voire international sur de son action à Saint-Denis,
les métiers, les emplois et la for- comme il l’a rappelé dans son in-
mation liés à l’aéronautique. Mais terview déjà citée (BN 1) : « la s’attendait pas. Sur les transports liste chargée du dossier. Et aussi
la faiblesse de moyens alloués au compétence du GIP va beaucoup d’abord, mais aussi sur la prépa- les « conférences territoriales »
GIP fut telle que le dernier salon, plus loin (que la dynamique du ration du contrat Etat-Région qui qui réunirent aussi beaucoup de
prévu en 2005 ne se tint pas. Stade de France) : elle englobe prévoira, grâce à lui, un « volet monde, parmi lesquels de nom-
l’ensemble du territoire de la territorial » pour Roissy. Au point breux maires, qui se parlaient
Plaine-Saint-Denis, soit 800 hec- que le maire de Saint-Mard, à pour la première fois… Moi aussi,
tares – principalement de friches l’époque vice président du comme Boullonnois, je m’interro-
industrielles- qu’il faut réaména- Conseil général de Seine-et- geais au début sur cet apparent
Cherradi fait avancer ger ». Et Cherradi me confiera Marne, Roger Boullonnois, s’en « détournement ». Mais j’ai été
le schmilblik plus tard que le GIP « grand Stade » était ému dans le Bénéfice.net de plus en plus convaincu de
fut à l’origine des divers rappro- n°7 (avril 2000) : « Je m’inter- l’utilité de ces débats « territo-
chements entre collectivités lo- roge sur les compétences du GIP. riaux » dans ce pôle de Roissy qui
Petit à petit, je commençais à ad- cales qui s’ignoraient jusque là. Je suis surpris. Cela prend le che- manque cruellement d’unité et de
mirer la passion avec laquelle C’est devenu aujourd’hui le succès min d’une nouvelle structure concertation dans sa « gouver-
Cherradi se consacrait à sa tâche. que l’on sait avec Plaine Com- entre les départements, les ré- nance ». J’avais écrit, dans le BN
Passion qui tenait parfois de la mune, la grande Communauté gions et l’Etat. (…) Ce n’est pas qui a suivi la prestation du séna-
vocation sacerdotale. Il nous fai- d’Agglomération… bon ». Qu’à cela ne tienne, Cher- teur Legrand : « il n’était pas
sait travailler parfois (c’est nous radi continue. Les « Ptits Déj » du aussi illégitime que ça que le
qui avons mis en page son maga- Le Directeur du GIP, profitant GIP se succèdent sur différents GIP… ». Aujourd’hui, alors que le
zine l’Aérien), qui n’a jamais rem- probablement d’une certaine au- thèmes, comme les plus récents GIP est moribond, c’est l’associa-
placé les fameux « Tableaux de tonomie que lui conférait la va- sur la « Communauté aéropor- tion « Pays de Roissy-CDG », pilo-
Bord » de Saint-Denis, et pour riété et les divisions de son tuaire » où Cherradi avait fait tée par Air France, qui tente,
cause), mais là aussi, le manque Assemblé générale, a fait comme venir le sénateur Legrand, à la avec moins de succès et moins de
de moyens se faisait sentir. Cher- la nature : il a eu horreur du surprise générale (la réunion légitimité, de reprendre ces dé-
radi, dans la production de ses vide. Et, peu à peu, le GIP s’est avait été un grand succès), ou bats. Mais une chose est sûre : si
82 différents documents, « tuait le occupé de thèmes territoriaux encore sur le futur SDRIF, en pré- Cherradi avait été écouté et
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métier », comme je lui disais : transversaux, auxquels on ne sence de la vice présidente socia- épaulé (pendant tout ce temps,
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part, grève de Royal Air Maroc ! qu’on veut nous imposer. Mais on
Je refuse un remplacement dans se comprend sur tout… C’est là
les Caraïbes, refus qui me coûtera que je pense à faire cet article,
cher avec cette ex (en fait j’étais mais je n’ose pas lui demander. Je
content car elle me gonflait…). ne prends donc pas de notes,
Mais l’idée de retourner au Maroc mais son parcours est passion-
me plaisait toujours, et j’y serais nant. Un soir, un grand moment,
bien allé pendant que Cherradi y on continue nos discussions dans
était : il a sa maison familiale à le meilleur, et le plus beau resto
Casablanca. OK, me dit-il. Anec- de la ville, autour d’une déli-
dote, fin 2004, je décide de lire, cieuse pastilla, tagines, bro-
enfin, le bouquin d’histoire du chettes… Il m’explique le Maroc,
Maroc quand je suis à l’hosto, je commence à comprendre, la
après mon opération. A ce mo- lecture de la presse aidant aussi.
ment là, qui est ce que je vois ar- Passionnant ce Maroc, passion-
river dans ma chambre, pendant nants et accueillants ces Maro-
que je lis ? Cherradi, avec une cains. Le dernier jour on fait une
bouteille de Champagne… Joie. excursion Casa-Rabat en passant
Et « mektoub », je me dis, je dois par la côte. Et, à Rabat, il me
aller au Maroc, c’est un signe. montre, avec nostalgie, depuis les
Plusieurs tentatives infruc- Oudayas (foto), Salé, la ville d’en
tueuses because emploi du face où il a vécu.
temps, et je finis par me décider Puis on est allé saluer son père,
ce mois d’août 2006, au dernier qui habite en plein cœur de
moment. Mais plus de place dans Rabat. Un beau vieillard, son
les avions. Merci à Air France père, en qui je reconnais, malgré
pour le coup de main… Cherradi, la maladie qui le ronge, la même
averti tardivement, me rejoint le étincelle vive dans ses yeux que
Lors d’un « p’tit déj » du GIP, à propos du futur SDRIF même jour, mais lui n’a pas eu la celle de son fils. A l’heure où
même chance que moi : il a dû j’écris ces lignes, (5 mars, 10h),
ADP et son « Département Coo- anniversaire. Nous avons été très prendre un avion jusqu’à Marra- je viens d’apprendre qu’il a été
pération chose », faisait de l’es- honoré de sa présence. J’ai tou- kech, puis le train jusqu’à Casa. enterré hier. Emotion.
broufe, était incapable jours apprécié nos discussions, On se retrouve sur la belle Marina
d’organiser les «Carrefours des également tenues lors de de Casa. Puis on va chez lui, pas
Achats » et mettait même les bâ- quelques repas privés, notam- loin, dans la ville. Belle maison Directeur commercial
tons dans les roues du GIP, en qui ment à Paris, le soir, dans de bons spacieuse, décorée à la maro-
il voyait un concurrent), la gou- restaurants libanais dont nous caine. J’aurai passé trois jours à
de « Berliet »
vernance du pôle n’en serait pas apprécions la cuisine tous les la fois à visiter la ville et à discu- au Maroc
au point zéro où elle en est et les deux. Tout y passait : Roissy, VPP ter avec lui. Dans le jardin, je le
PME /TPE locales auraient pu et Bénéfice.net, la politique, tant bombarde de questions sur lui,
mieux profiter des retombées nationale qu’internationale… Et son passé, comment il est arrivé Mais c’est juré, de retour à Roissy,
économiques du secteur. le Maroc ! Je ne connaissais qua- au GIP de Saint-Denis, sa fa- je demanderai à Cherradi s’il ac-
siment pas ce pays, sinon par la mille… On a le temps, il répond cepte que je parle de lui dans le
mauvaise image que j’avais de tranquillement à tout, y compris prochain BN. Et il accepte. On
A « Casa » ! Hassan 2, « notre ami le roi ». sur des sujets sur lesquels on s’est donc revu, d’autant plus
Cherradi étant, au-delà de sa n’est pas d’accord, comme Israël. tranquillement qu’il est désor-
double nationalité marocaine et On parle aussi religion, il est mu- mais en retraite. Et j’ai pris des
Pendant ces années s’était de fait française, véritablement bicultu- sulman, pratique l’aumône (j’en notes ce coup-ci.
installée, petit à petit, entre rel, quelle aubaine pour moi de témoigne), ne fait pas ses 5 Son parcours est passionnant et
Cherradi et moi une amitié, basée mieux connaître ce pays si prières quotidiennes, mais ne mériterait un livre entier… Vous
sur des relations professionnelles, proche ! En 2004, je décide d’y mange pas de porc et observe, saurez qu’il est né le 5 Avril 1946
qui a grandi depuis. Une année, aller faire un tour avec une de j’en témoigne aussi, le jeûne du à Souk-el-Arba (« le marché du
alors que ma fille Lorraine, qui mes ex, une semaine dans un Ramadan. Moi ex-croyant, ex-ca- mercredi »), entre Tanger et
habitait alors avec sa mère au « Club » comme j’aime pas trop, tholique, agnostique, sinon Rabat. Son père était instituteur
Maroc, à Rabat, précisément, mais histoire de se reposer. athée. Lui, supposé de gauche, (il a fini Proviseur du Lycée de
était en vacances à Paris, je l’ai J’achète un ouvrage d’histoire sur moi, supposé… je ne sais pas où, Marrakech) et il était muté tous 83
invité chez moi pour fêter son le Maroc. Patatras, la veille du dé- en tout cas pas dans ces camps les trois ans. Le petit Nourredine BN
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a pu ainsi connaître quasiment et des premiers ennuis de santé vrier 94, sa Directrice régionale,
toutes les régions du Maroc. Il arrivent. Sa femme étant à Marie Lauriat n’y va pas par qua-
passe son bac à Rabat, passe Rennes où elle débutait un troi- tre chemins : « j’ai rien à vous Le GIP de Roissy : un
maths sup, maths spé à Nantes et sième cycle, Cherradi pèse le pour proposer ». Or, le lendemain, elle bilan et un message
est reçu au concours de l’ENSI et le contre et décide de lever le a rendez-vous avec le préfet de
(« Centrale » Nantes) d’où il sor- pied. Il démissionne après une Seine-Saint-Denis, J.P Duport,
tira ingénieur. C’est là qu’il bonne transaction et la satisfac- qui lui demande de l’aide pour le Mais nous voici arrivés fin 95,
connaîtra Zahra, qui deviendra sa tion d’un bon travail accompli. chantier du Grand Stade. Elle début 96. Le préfet Duport s’in-
femme en 1968. Il fait quelques Fin 84 le voilà à Rennes. Faut re- pense : « j’ai personne » et, pen- téresse à Roissy, où débute la
jobs à la sortie de l’ENSI comme trouver un travail. Il a des oppor- sant subitement à Cherradi, dit construction des deux nouvelles
assistant en biophysique à la fac tunités chez les camions MAN, ou au préfet : « j’ai quelqu’un » ! En pistes, qui font problème politi-
de médecine de Nantes, ou cher- chez NISSAN. Mais l’AFPA Picardie rentrant elle dit à Cherradi : allez quement. Il crée avec M. Catalaa,
cheur en acoustique. Il rentre au recherche un expert dans le redé- voir le préfet… Voici mon Cher- de la mission Roissy, les trois pré-
Maroc en 72 où il s’installe avec ploiement industriel, dans le radi intégré dans des réunions de fets concernés, Emmanuel Duret,
son épouse et où ils auront leur cadre du FNE. Ca lui cause... En- Plaine Renaissance, de la ville de DG d’ADP à l’époque, un petit
premier enfant (ils ont eu trois tretien avec le Directeur régional, Saint-Denis (avec Didier Paillard, comité chargé de réfléchir sur
fils en tout). C’est à ce moment basé à Amiens qui lui pose la aujourd’hui maire de Saint-Denis, « comment faire bénéficier des
qu’il trouve un boulot qui va question : «voulez-vous vous dé- le communiste, Francis Dubrac, le retombées économiques du déve-
marquer sa carrière. A l’époque, placer » ? Cherradi se marre en patron…). Tout le monde veut se loppement de CDG ». Catalaa
c’était la SCOA, la grande maison douce, lui qui s’était promis de positionner, ça part dans tous les avance le nom de Cherradi… De
de commerce colonial française « se calmer ». Le boulot consiste, sens. Cherradi observe, attentif… 96 à 98 l’idée d’un nouveau GIP,
qui commercialisait au Maroc les dans une Picardie en pleine dés- Une autre réunion, dans le bu- « Roissy », celui-là, avance.
célèbres camions Berliet. Mais industrialisation, à aider les en- reau du préfet, plus organisée, Comme Duport devient directeur
SCOA commençait à « vieillir » et treprises à se développer. Il fera moins brouillonne… « Du coup, de cabinet de Chevènement au
Berliet souhaitait s’en débarras- ça de 84 à 88. Un boulot intéres- j’ai eu envie de causer », me ra- ministère de l’intérieur, c’est le
ser. A ce moment, Cherradi sant, qui consiste à distribuer des conte Cherradi, je dis : ça va pas, préfet du Val d’Oise Lacroix qui
cherche un travail, fait jouer ses aides diverses : il est forcément il faut une structure de l’Etat pour reprend les choses en main. Au
réseaux. Un de ses amis au minis- bien reçu partout… La Picardie coordonner tout ça… ». Le préfet début, les réflexions se portent
tère des Transports lui propose c’est bien, mais… Mais un poste dit alors à Perrot, qui était Direc- sur les seuls travaux à venir sur
un poste dans le ministère, mais se libère en Ile-de-France. Cher- teur de la coordination des ser- CDG. Mais bien vite on passe au
lui raconte aussi l’histoire de Ber- radi postule. Et le voilà chargé du vices de l’Etat : « vous notez… ». caractère permanent de l’activité
liet-SCOA. Les contacts avec Ber- « développement interne ». Il D’autres réunions ont lieu. Duport aéroportuaire et des secteurs
liet sont pris. Et le voilà s’agit « autant que faire se peut » demande à Cherradi : « la coordi- connexes. Associé aux réflexions,
embauché, à 3000 F par mois. Il y d’améliorer l’outil de production nation, vous la voyez au niveau Cherradi insiste, pour l’emploi,
a tout à faire pour développer un de l’AFPA, autrement dit l’offre de des maîtres d’œuvre ou des maî- sur les transports et l’accessibilité
nouveau réseau de vente sur le formation. Là, il se heurte aux tres d’ouvrage ? ». « Des seconds », de la plate-forme. Premier accroc
pays. Il sera le directeur commer- « résistances » de l’AFPA à tout répond sans hésiter celui qui va avec le général Fleury, président
cial de Berliet pour le Maroc, où il point de vue… Il occupe ce poste devenir Directeur du futur GIP et d’ADP et ancien du cabinet de
faut se battre contre Volvo, pré- de 88 à 93, mais… allez, je le dis, réussir comme on le sait. Mitterrand qui fait savoir : « mais
sent dans le pays depuis 1958. il en a marre, ça ronronne… Du L’histoire du GIP Grand Stade, qui qu’est-ce qu’ils viennent faire là-
Cherradi finira par créer un ré- coup il prend une année sabba- se termina fin 98 reste à écrire. Il dedans » ? Cherradi pousse le
seau de 35 concessionnaires, in- tique. Cet hyper actif ne peut ce- fut, nous l’avons écrit sans les bouchon et veut faire comme
venter le concept de « base pendant rester en place. Un de détails, à l’origine d’une inter- pour Saint-Denis : tableau de
technique Berliet », mettra en ses copains veut monter un ré- communalité réussie et au- bord, coordination, information
place un centre de formation seau pour les camions MAN au jourd’hui, « Plaine Commune » a avec les maîtres d’ouvrage. C’est
(déjà) pour le SAV et les chauf- Maroc, avec usine de montage à une réputation qui dépasse, (il niet de la part d’ADP, qui se com-
feurs. Ces bons résultats lui va- la clé… Le voilà parti pour l’aider suffit de les voir au MIPIM) et de porte, une fois de plus, comme
lent de passer Directeur au sein de la SEFMAR. loin , celle de Roissy. Faut dire un Etat dans l’Etat…
industriel et « export », toujours qu’ils ont des députés, qu’on soit
pour Berliet Maroc (avec un bon de leur bord ou pas, comme Le GIP se fera donc, mais réduits
salaire de 35 000 F). C’est ainsi Braouzec (PCF) qui se remuent… aux acquêts… Et pour savoir la
Le grand GIP Cherradi y a été pour quelque
que, de 79 à 84, il sillonnera suite, retournez au début du
l’Afrique noire : Soudan, Maurita- du Grand Stade chose… texte…
nie, etc. Pour vendre des camions
mais tout en gérant une équipe Un peu frustré (notamment par
84 globale de 220 personnes au Il revient à l’AFPA. Eh, eh ! Qui va l’attitude du Val d’Oise, qui a re-
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Maroc. C’est du boulot, stressant, à la chasse perd sa place… En fé- fusé de reconduire sa subvention
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de 23 000 euros au GIP en 2005, rite au moins autant, sinon plus ! des fleurs de sa belle villa à Casa…
alors que ce département a béné- Il faut vraiment un leader poli- C’est mon avis, ce type-là devrait GIP :
ficié, grâce à ce même GIP, de tique (quelque soit son apparte- faire de la politique… Groupement d’Intérêt Pu-
l’installation de l’AFPA à Gonesse nance) qui fasse avancer les blic (voir ça sur www.wi-
et du CFA Thalès à Bonneuil), choses à Roissy ! » Je suis bien content de l’avoir kipedia.com)
Cherradi nous déclare, en forme connu et j’ai plus que l’impres-
de bilan : « j’aurais aimé pouvoir En retraite, Cherradi m’assure qu’il sion qu’on n’est pas près de se
faire la même chose qu’à Saint- continue à s’intéresser au secteur. quitter…
AFPA :
Organisme public de for-
Denis, car Roissy c’est 3, 4 fois Il a su, récemment, subir et vain-
mation professionnelle,
plus important et c’est dans la cre quelques problèmes (sérieux) Merci pour tout, Noureddine !
une sorte de « mammouth »
durée… A Saint-Denis, il y a eu de santé. Mais il a une pêche d’en-
(voir www.afpa.fr).
une volonté politique. Roissy mé- fer et je ne le vois pas s’occuper Eric Veillon

• Senlis, parc d’affaires Euro-Senlis (30 hect.)


• Epiais les louvres : zone d’activité (7 hect.)
• Moussy le neuf – 26 hectares en cours de réalisation
• Vémars (40 hect.) dans un parc paysager :
en partenariat avec la mairie de Vémars, GSE, Véolia
IMC Promotion
Daniel COMPIEGNE
32, rue du Haut de Villevert - 60 300 Senlis
Tél. : 03 44 53 10 26 - Portable : 06 12 30 43 34

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