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INP-HB/CNAM

EFCPC
Génie Civil et BTP : Cycle Ingénieur en Construction et Aménagement
CYC 65 et CYC 66

UE : MECANIQUE DES SOLS, FONDATIONS


et MURS DE SOUTENEMENTS (GGC 112)

1. Généralités
2. Contraintes dans un sol
3. L’eau dans le sol
4. Consolidation et tassements
5. Stabilité des pentes
6. Poussée et butée
7. Eléments de géotechnique routière
Fondations (superficielles et profondes)
Ouvrages de soutènement

Blanche PANGO-TANO
CHAPITRE 2 : CONTRAINTES DANS UN
SOL

Dans la plupart des ouvrages en terre ou des fondations de


génie civil, la rupture se produit suite à l’apparition de
contraintes de cisaillement excessives au sein du massif de
sol ;

1. Rappels de MMC

Définition d’un milieu continu…

1.1. Notion de contraintes : ce concept fondamental en


Mécanique peut être abordé de différentes façons.
Mathématiquement : On définit le vecteur contrainte en un
point M(x,y,z) d’un solide chargé  et suivant une facette de
  df
vecteur normal normal n par : T 
dS


df : résultante des forces extérieures en M
dS : aire de la surface élémentaire. On montre alors que
 
T  n avec

  xx  xy  xz 
 
    yx  yy  yz 
  zy  zz 
 zx

 est symétrique donc diagonalisable. Il existe donc un repère


où ce tenseur est diagonal. Dans ce repère principal toutes les
contraintes sont normales. Dans les sols, les directions
principales correspondent à la direction verticale et aux deux
directions horizontales.

Physiquement : la contrainte est la pression que l’on


ressentirait si l’on se couchait au point M suivant la facette ou
suivant la normale à la facette. La contrainte a la dimension
d’une pression (N/m2).
Représentation de Mohr : En décomposant T suivant la
normale et la tangente à la facette considérée on a :
 
T   .n   .t

Avec : vecteur tangent à la facette
t

: vecteur normal à la facette
n
on appelle :  : contrainte normale
 : contrainte tangentielle ou de cisaillement.

Cercles de Mohr :
Les équations de compatibilité exprimées en contraintes
montrent que le point
représentatif de l’extrémité du vecteur contrainte en un point
évolue sur un triangle curviligne. 1 , 2 et 3 sont les
contraintes principales.
Dans un espace bidimensionnel, cette aire se réduit à un cercle
appelé cercle de Mohr. (car 2 = 3).
Ce cercle a pour centre le point d’abscisses (1+ 3 )/2 et pour
rayon (1 -3 )/2 .
Le cercle est donc le lieu de tous les points représentatifs de
l’état des contraintes en un point du solide suivant plusieurs
plans.

Théorie de l’angle double : lorsque le plan d’une facette


passant par une direction principale tourne dans le plan
physique d’un angle  autour de cette direction, le point
représentatif du vecteur contrainte sur le cercle de Mohr
tourne de –2 . On peut donc en déduire que les points
représentatifs des vecteurs suivant les directions principales
sont diamétralement opposés. Sur le cercle de Mohr.

Cheminement de contraintes : il illustre l’histoire du


chargement du sol. Il s’agit d’une autre représentation de
l’état de contraintes dans un sol. Le cercle de Mohr est
totalement décrit par les valeurs de 1 et 3 correspondant
dans le sol à V et H . On peut donc représenter l’évolution
des contraintes au cours d’un essai ou dans le sol par le
cheminement d’un point dans un système d’axes défini par :
p = (1+ 3 )/2 et q = (1 -3 )/2

1.2. Détermination des contraintes


a) Par la théorie du pôle : Connaissant l’inclinaison d’un plan
dans le solide, comment trouver les valeurs des contraintes
normales et tangentielles qui y agissent ? Et inversement ? La
résolution analytique de ce problème est possible mais
fastidieuse. On lui préfère une résolution graphique basée sur
la notion de pôle. Définition : sur le cercle de Mohr, il existe un
point P et un seul appelé pôle, pour lequel toute droite passant
par P coupe le cercle de Mohr en un point dont les
coordonnées définissent l’état de contraintes sur un plan dont
l’inclinaison par rapport à l’horizontale est la même que la
droite.

 
b) Par les équations d’équilibre : on a : div  f  

On peut tenter de résoudre analytiquement. Mais cela est


fastidieux. Et le système est incomplet. Pour le résoudre
intégralement (connaître les ij en tout point) on a besoin des
conditions aux limites et des lois de comportement du
matériau sol.

1.3. Déformations et lois de comportement


L’existence des contraintes en un point d’un solide entraîne la
manifestation de déformations et inversement. Contraintes et
déformations sont liées mathématiquement par la loi de
comportement… On distingue trois lois de comportement de
base : l élasticité, la plasticité et la viscosité. Pour certains
matériaux on considère des lois mixtes… Dans certains milieux,
il se produit des phénomènes d’écrouissage et de fluage…

2. Spécificité des sols

2.1. Le sol peut-il être considéré comme un milieu


continu ?
Les limites de la Mécanique des Sols incitent à n’envisager la
géotechnique qu’avec la prise en compte de l’empirisme…

2.2. Convention de signes : En mécanique des sols on


adopte :
> 0 : c’est une compression
< 0 : c’est une traction

2.3. Principe de Terzaghi (1927)


Dans un sol saturé on a  = ’ + u
 est la contrainte totale (régnant sur le sol)
’ est la contrainte effective (régnant sur les grains)
u est la pression interstitielle (due à l’eau )
En cisaillement on a  = ’ car l’eau ne cisaille
pas…

2.4. Calcul des contraintes dans un sol : On détermine 'v


et on en déduit 'h grâce à la loi de comportement du sol ; En
effet l’expérience montre que dans les sols on a 'h = K0 'v ;
K0 est le coefficient de pression des terres au repos (ou encore
le coefficient de pression latérale). Il est déterminé au
laboratoire ou peut être estimé par des formules empiriques
(ex : formule de Jaky).
Il importe donc de calculer v selon les cas.
a) Sol indéfini à surface horizontale non chargée :
v est due au poids des couches sus-jacentes : v =  z (à
démontrer)
b) Sol à surface chargée par q : On adopte le principe de
superposition des contraintes ; On a alors : v =  z + q
q est déterminé par des abaques en fonction du type de
charge ou par la méthode de diffusion simplifiée des
contraintes.
c)Calcul des contraintes effectives : on applique le principe de
Terzaghi…

3. Comportement des sols à la rupture

3.1. Critère de rupture

Hypothèse de Mohr : Des essais menés jusqu’à la rupture sur


des éprouvettes de sol lui ont permis d’énoncer cette
hypothèse en trois termes :
1. r = f(r)
2. Il existe un plan de rupture.
3. A la rupture, tous les cercles sont tangentés par une
même enveloppe. Le point de tangence détermine
l’inclinaison du plan de rupture .
Critère de Coulomb : Ses travaux sur des ouvrages militaires et
sur le concept de résistance par frottement interne lui ont
permis d’énoncer vers 1776 le critère suivant (en contraintes) :
 = c +  tan 

C’est désormais le critère de rupture de Mohr-Coulomb.


Adapté aux sols, il est simple à utiliser et permet de
nombreuses applications au calcul de stabilité des pentes et
des fondations…
La droite de rupture appelée courbe intrinsèque du sol ou
droite de Coulomb fait apparaître dans le plan de Mohr trois
domaines selon la position du cercle :
(I) : matériau non rompu ;
(II) : matériau rompu ;
(D) : matériau à la limite de rupture.
Son équation dans le plan de Mohr est déterminée par la
connaissance de deux paramètres :
- la pente  appelée angle de frottement interne du
sol ;
- l’ordonnée à l’origine c appelée cohésion du sol.
3.2. Interprétation physique de c et 
a) Mouvement sur un plan incliné :
Soit un corps A posé sur un plan B mobile incliné de . Il existe
une valeur  de 
à partir de laquelle le corps A glisse sur B.
Donc : Si  <  état d’équilibre fixe
Si = état d’équilibre limite
Si > glissement de A sur B.
Si A et B sont constitués du même matériau alors,  est l’angle
de frottement interne du matériau.

b) Déversement d’un sol


Un sable déversé d’une certaine hauteur forme un tas dont la
pente  ne peut dépasser  .
En effet, si  atteint la valeur  alors toute quantité
supplémentaire de sable roule vers le bas.  est donc
(approximativement) l’angle maximal du tas de sable.

c) Cohésion : c
c est la capacité des grains du sol à être “ collés ” les uns
aux autres.
c est la résistance du sol au cisaillement en l’absence
d’effort normal.
c mesure donc l’influence des éléments fins (pâte
argileuse).

Vocabulaire : On distingue les matériaux


(purement) frottants ou encore non cohérents ou
pulvérulents ;
non frottants ou encore purement cohérents ;
frottants et cohérents.

La résistance au cisaillement d’un sol résulte donc du cumul


des effets de c et .

3.3. Essais (pour une description détaillée : voir TP)

L’essai triaxial : mis au point par Casagrande dans les années


1930 au MIT, c’est l’essai le plus utilisé aujourd’hui. Trois
essais menés jusqu’à la rupture fournissent trois cercles de
Mohr dont la tangente commune est la courbe intrinsèque du
matériau.
ESSAI TRIAXIAL

Les valeurs de c et  sont déterminées graphiquement ou par


calcul.

Essai de cisaillement rectiligne (à la boite de Casagrande)


L’échantillon à tester est soumis à :
une contrainte normale : = N/S et une contrainte de
cisaillement :  = F/S
Chacun des trois couples ( ,  ) de rupture correspond à un
point de la droite de Coulomb. On la trace et on en
déduit les valeurs de c et 

CISIALLEMENT RECTILIGNE

Remarque : mesuré à la boite <  mesuré au triaxial (influence des


déformations latérales)
Autres essais (sur sols fins) :
Essai de compression simple (en laboratoire)
Essai au scissomètre (in situ)
Pour plus de détails, consulter la bibliographie existante…
Remarques

4.1. Comportement des sables et des argiles :

Cas des sols grenus :


Le comportement des sables saturés est quasi identique à celui
des sables secs ; . Le comportement est identique à court et
long terme. Par contre, il convient de noter l’influence de la
compacité, mise en évidence grâce à des essais triaxiaux…. On
définit la densité critique ec pour laquelle :
- si e = ec alors il ne se produit pas de variation
volumique lors du cisaillement V/V = 0 (courbe 2)
- si e < ec (sol compact) alors il se produit
un phénomène de dilatance lors du cisaillement
(courbe 1)
- si e > ec (sol lâche) alors il se produit un
phénomène de contractance lors du cisaillement (courbe 3);

Dilatance et contractance des sables

Cela occasionne une augmentation des pressions interstitielles


et une diminution des contraintes effectives. Il se produit dans
ses sables lâches le phénomène de liquéfaction ; Il peut être
généré de façon statique ou dynamique et est fréquent dans les
sables fins et propres à grains arrondis et uniformes ;
Par ailleurs, on observe que l’angle de frottement des sables
est influencé par de nombreux facteurs tels que la compacité
mais aussi la forme et la rugosité des grains, la grosseur des
particules, la granulométrie, la présence d’eau, le degré de
surconsolidation, …
Enfin, dans un essai triaxial sur un sable, l’éprouvette de sol à
la rupture se déforme en barillet ou se brise le long d’un plan
de rupture incliné à /4 + /2.

Cas des sols fins : Eu égard à leur faible perméabilité, leur


comportement dépendra de la vitesse d’application des
contraintes à l’ensemble eau+grains et des possibilités de
drainage.
- pour étudier le comportement à court terme on effectue
un essai rapide non drainé (U) ; En contraintes totales  = c +
 tan  et ’ =  - u
Le comportement est celui des grains et de l’eau.
- pour étudier le comportement à long terme, on effectue
un essai lent drainé (D). En contraintes effectives  = c’ + ’.tg
’

On distingue aussi les essais consolidés ou non consolidés (C


ou U) : selon que le sol est remis ou non dans son état initial de
contraintes.

A quelles situations in situ et au laboratoire correspondent les


conditions Cd, CU et UU ?

Par ailleurs, on a remarqué que les argiles peuvent avoir aussi


des comportements similaires aux sables : une argile
surconsolidée s’apparenterait parfois a un sable dense alors
qu’une argile normalement consolidée s’apparenterait à un
sable lâche (contractance et dilatance).

Notion de sensibilité : On définit la sensibilité d’une argile par


le fait que son comportement à l’état intact soit différent de
celui à l’état remanié ; on peut le lier empiriquement à la limite
de liquidité du sol… la présence d’argiles sensibles dans les
sols a souvent été à l’origine de catastrophes…
Les facteurs pouvant affecter la cohésion non drainée des
argiles sont : la pression de consolidation, l’anisotropie, l’effet
de vitesse (fluage), …
4.2. Plasticité et état limite dans les sols

la plasticité est la théorie mathématique des déformations


irréversibles indépendantes du temps. Dans le cas d’un
matériau isotrope, le critère de plasticité est de la forme : f()
= 0 ; f est la fonction de charge. Et f() <0 correspond au
domine d’élasticité du matériau.
L’équilibre limite est l’état qui caractérise le passage de l’état
élastique à l’état plastique. Il existe plusieurs critères de
plasticité mis au point par divers auteurs : Tresca, Von Misès,
Coulomb… Le critère de Coulomb est celui qui semble le plus
convenir au comportement des sols. Cependant sa validité est
limitée par le fait que :
- le principe du travail maximal suppose que la
déformation s’effectue sans variation de volume.
Cette hypothèse ne peut être vérifiée pour les sols
qu’en laboratoire…
- le critère de Coulomb dans le plan de Mohr
correspond à deux droites qui tendent à s’incurver au
voisinage de l’origine. Autrement dit,  augmente
pour les petites contraintes…
Ainsi, les méthodes de calcul à la rupture appliquées aux sols
connaissent quelques limitations quant à la validité des
hypothèses mais demeurent une des voies d’approche dont
dispose le mécanicien des sols pour l’étude du comportement
réel des sols en place.

4.3. Calcul des u au cours d’un essai triaxial


Il importe de connaître ou de prédire les surpressions
interstitielles dans le sol ; L’excès de surpressions peut
entraîner la rupture du sol et/ou de l’ouvrage. Cela permet de
prévoir des aménagements ou des dispositions constructives.
Pour cela, on dispose de deux approches : celle de Skempton et
celle de Henkel.
Pour plus de détails, voir la bibliographie existante…

EXERCICES SUR LE CHAPITRE 2

Exercice 1 : Un échantillon sec de sable compact est soumis à un essai triaxial ; on suppose que l’angle de
frottement interne y est voisin de 36°.
a) Si la contrainte principale minimale est de 300 kPa, pour quelle valeur de la contrainte maximale
l’échantillon se rompra t- il ?
b) Résoudre ce problème en supposant que le sable possède une légère cohésion égale à 12 kPa.
Exercice 2 : Un sol est soumis à deux essais :
* un essai de rupture à l’appareil triaxial mené rapidement, sans possibilité de drainage. Les résultats
sont les suivants :
pression latérale (kN/m²) 100 170 240
Contrainte axiale (kN/m²) 236 312 374

* Un essai de rupture à la boite de cisaillement, lent, avec possibilité de drainage et de consolidation du


sol sous l’effet des contraintes appliquées. Les résultats sont les suivants :

Contrainte normale (kN/m²) 62 123 185


Contrainte de cisaillement (kN/m²) 73 99 128

1. Calculer l’angle de frottement et la cohésion du sol ainsi testé dans les deux cas.
2. De quel type de sol s’agit-il ?
3. Expliquer les différences de résultats.