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Livre du professeur

Sous la direction de
Chantal Delannoy-Poilvé
Formatrice honoraire,
IUFM de l’académie de Créteil-Paris 12.

Sandrine Philippe
Inspectrice de l’Éducation nationale en Lettres, académie de Créteil.

Béatrice Bluzat
Professeur de lycée professionnel,
Lycée Montaleau, Sucy-en-Brie, académie de Créteil.
Chantal Delannoy-Poilvé
Formatrice honoraire,
IUFM de l’académie de Créteil-Paris 12.
Nadia Gilard
Professeur de lycée professionnel,
lycée Jean-Caillaud, Ruelle-sur-Touvre, académie de Poitiers.
Alix Giraud
Professeur de lycée professionnel,
lycée Paul-Poiret, académie de Paris.
Sandrine Philippe
Inspectrice de l’Éducation nationale en Lettres, académie de Créteil.

Avec la collaboration d’Anissa Belhadjin


Maître de conférences,
université de Cergy-Pontoise, IUFM de l'académie de Versailles.
© Editions Belin, 2013
PARCOURS
DE PERSONNAGES p. 4

Séquence 1 Que nous révèle le roman


de Suzanne Collins, Hunger Games,
sur notre époque ? 5
CAPACITÉS ET ATTITUDES
Rédiger le portrait d’un personnage 11
GRAMMAIRE Dénotation et connotation 11
LEXIQUE L’action 12

Séquence 2
Qu’est-ce qu’être romantique ? 13
CAPACITÉS ET ATTITUDES
Rédiger la quatrième de couverture
d’une pièce de théâtre contemporaine 20
GRAMMAIRE Expansions du nom 20
LEXIQUE Vrai, faux, réel 21
HISTOIRE DES ARTS Eugène Delacroix 23

Séquence 3 Dans Madame Baptiste,


que nous dit Maupassant
sur son temps ? 25
CAPACITÉS ET ATTITUDES
Écrire une nouvelle réaliste 30
GRAMMAIRE Les connecteurs spatiaux
et temporels. Les discours rapportés 31
LEXIQUE Portrait physique et moral 32
MÉTHODE Utiliser ses connaissances 33

Séquence 4 Lecture d’œuvre

À travers le personnage d’Octave Mouret,


quel regard sur son époque Émile Zola
propose-t-il ? 35

Le code de la propriété intellectuelle n’autorise que « les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non
destinées à une utilisation collective » [article L. 122-5] ; il autorise également les courtes citations effectuées dans un but d’exemple ou
© Editions Belin, 2013

d’illustration. En revanche « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants
droit ou ayants cause, est illicite » [article L. 122-4]. La loi 95-4 du 3 janvier 1994 a confié au C.F.C. (Centre français de l’exploitation du droit
de copie, 20, rue des Grands Augustins, 75 006 Paris), l’exclusivité de la gestion du droit de reprographie. Toute photocopie d’œuvres
protégées, exécutée sans son accord préalable, constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.
© Éditions Belin, 2013 ISBN 978-2-7011-7722-9

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DES GOÛTS ET DES COULEURS, LA CONTRUCTION
DISCUTONS-EN p. 46 DE L'INFORMATION p. 92

Séquence 5 Le rire, Séquence 9 Que nous dit la presse spor-


une valeur universelle ? 47 tive sur le monde ? 93

CAPACITÉS ET ATTITUDES CAPACITÉS ET ATTITUDES


Rédiger la critique de film de votre choix 54 Rédiger les questions d’une interview 99
GRAMMAIRE La modalisation GRAMMAIRE Phrases à la voix active
et les termes mélioratifs ou péjoratifs 54 ou passive, phrase impersonnelle 100
LEXIQUE Plaisant, ennuyeux. LEXIQUE La presse 101
Plaisanterie, humour 55
HISTOIRE DES ARTS Yue Minjun 57 HISTOIRE DES ARTS Publicité EDF 102

Séquence 6 Comment les œuvres Séquence 10 Comment


de la Renaissance nous parlent-elles la catastrophe de Fukushima a-t-elle
aujourd’hui ? 59 été traitée par les médias ? 105

CAPACITÉS ET ATTITUDES CAPACITÉS ET ATTITUDES Rédiger


Écrire un poème à contraintes 64 une lettre ouverte sur l’évolution du climat 112
GRAMMAIRE Exprimer l’analogie, GRAMMAIRE La cohérence textuelle,
la ressemblance 65 les mots de reprise 113
LEXIQUE Beau et laid 66
LEXIQUE Objectivité et subjectivité 114
HISTOIRE DES ARTS Georges de La Tour 66
HISTOIRE DES ARTS Riber Hansson 116

Séquence 7 En quoi la Modernité


Séquence 11 La presse doit-elle
présente-t-elle un homme nouveau ? 68
être libre pour faire son travail ? 117
CAPACITÉS ET ATTITUDES Lire un poème
pour transmettre des émotions 78 CAPACITÉS ET ATTITUDES
Rédiger un article sur la liberté de la presse 123
GRAMMAIRE Les substituts grammaticaux
et lexicaux 79 GRAMMAIRE Valeur des pronoms personnels,
des modes verbaux
LEXIQUE Utile, inutile. Sensibilité, et des temps de l’indicatif 124
perception 80
HISTOIRE DES ARTS Renzo Piano 81 LEXIQUE Les médias 125
HISTOIRE DES ARTS Benjamin Lowy 127

Séquence 8 Lecture d’œuvre Séquence 12 Lecture d’œuvre


Pourquoi continuer de jouer Comment le récit graphique
Le Tartuffe aujourd’hui ? 82 Des nouvelles d’Alain participe-t-il
à l’information ? 128
© Editions Belin, 2013

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PARCOURS DE PERSONNAGES
pages 12 à 75 du manuel

Séquence 1 Que nous révèle le roman Séquence 3 Dans Madame Baptiste,


de Suzanne Collins, Hunger Games, que nous dit Maupassant
sur notre époque ? 5 sur son temps ? 25
SÉANCE 1 Katniss : une adolescente SÉANCE 1 Comment l’intérêt du lecteur
ordinaire dans un monde hostile ? 6 est-il éveillé dans ce début de nouvelle ? 25

SÉANCE 2 La violence dans Hunger Games : SÉANCE 2 Dans cette nouvelle,


élément de l’intrigue ou choix commercial ? 7 toutes les valeurs se valent-elles ? 26
SÉANCE 3 Quel rôle la téléréalité
SÉANCE 3 Quel est l’enjeu de cette nouvelle ? 28
joue-t-elle dans Hunger Games ? 8

ÉVALUATION 29
ÉVALUATION 10
CAPACITÉS ET ATTITUDES
CAPACITÉS ET ATTITUDES Écrire une nouvelle réaliste 30
Rédiger le portrait d’un personnage 11
GRAMMAIRE Les connecteurs spatiaux
GRAMMAIRE Dénotation et connotation 11
et temporels. Les discours rapportés 31
LEXIQUE L’action 12
LEXIQUE Portrait physique et moral 32
MÉTHODE Utiliser ses connaissances 33

Séquence 2
Qu’est-ce qu’être romantique ? 13
Séquence 4 Lecture d’œuvre
SÉANCE 1 Qu’est-ce qu’être romantique
aujourd’hui ? 14
À travers le personnage d’Octave Mouret,
quel regard sur son époque Émile Zola
SÉANCE 2 Quelles sont les caractéristiques propose-t-il ? 35
du personnage romantique au XIXe siècle ? 15
SÉANCE 1 Que révèle le début du roman
SÉANCE 3 Comment le vampire reprend-il Au Bonheur des dames sur le personnage
les caractéristiques du personnage d’Octave Mouret ? 35
romantique ? 16
SÉANCE 2 En quoi le génie commercial
de Mouret révèle-t-il un personnage hors
ÉVALUATION 18 du commun ? 37
CAPACITÉS ET ATTITUDES
Rédiger la quatrième de couverture SÉANCE 3 Mouret est-il un héros de son
d’une pièce de théâtre contemporaine 20
époque ? 38

GRAMMAIRE Expansions du nom 20 SÉANCE 4 Le succès commercial suffit-il


à Mouret ? 40
LEXIQUE Vrai, faux, réel 21
HISTOIRE DES ARTS Eugène Delacroix, SÉANCE 5 Denise, un obstacle
La liberté guidant le peuple 23
sur le parcours de Mouret ? 42

ÉVALUATION 44
© Editions Belin, 2013

4
Séquence 1
Que nous révèle le roman de Suzanne Collins,
Hunger Games, sur notre époque ?
Pages 12 à 27 du manuel

Introduction au travail sur la séquence


Le roman de Suzanne Collins, Hunger Games, a connu, dès la parution du
tome 1 en 2008, un grand succès aux USA, puis dans de nombreux pays. En mai 2013
on estime qu’environ 30 millions d’exemplaires ont été vendus dans le monde. En
France, le premier tome de la trilogie a été tiré à 350 000 exemplaires en 2012 et ce
succès n’a pas été seulement dû aux lecteurs adolescents.
Cette séquence se propose d’étudier, dans le premier tome de la trilogie, le
portrait de Katniss, amazone moderne et attachante, dans la séance 1. La séance 2
présente un thème qui fit polémique lors de la parution du roman : la violence – non
seulement d’une société que le genre dystopique du livre pouvait laisser imaginer –
mais aussi, plus dérangeante, la violence d’adolescents qu’on oblige à tuer.
Cette violence a d’ailleurs été en grande partie gommée dans l’adaptation
filmique du tome 1. Elle est sortie en 2012 et fut autorisée à « tout public ». La séance 3
étudie le rôle de la téléréalité. L’évaluation permet de lire deux articles et de revenir
sur les thèmes étudiés dans la séquence.
La séquence repose sur le premier tome de la trilogie, les photogrammes sont
issus de l’adaptation filmique mais il n’est pas nécessaire, d’avoir lu le roman ou
vu le film.

Bibliographie
– On pourra proposer une lecture de la nouvelle Le Prix du danger de Robert Shec-
kley, paru en 1958 : Le Prix du danger et autres nouvelles, Robert Sheckley, J’ai Lu,
« Science-fiction », 1999.
– On peut avoir recours à la parodie écrite par le collectif The Harward Lampoon : The
Hamburger Games, Castelmore, 2012.
– Quelques dystopies :
• Le Meilleur des mondes, Aldous Huxley, 1932.
• 1984, George Orwell, 1949.
• Une Rose pour Morrison, Christiane Rochefort, 1966.

Filmographie
– Le Prix du danger, Yves Boisset et Jean Curtelin, 1983.
– Battle Royale, réalisé par Kinji Fukasaku, 2000.

Sites internet
On pourra consulter avec profit l’intégralité des deux articles proposés en
évaluation :
– Constance Jamet, « Hunger Games : La violence des enfants déstabilise », Figaro.
fr, (25/03/2012).
© Editions Belin, 2013

– Sophie Benamon, « Hunger Games, phénomène de société ou récupération mala-


droite ? », lexpress. fr, (22/03/2012).

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 5


SÉANCE 1 Katniss : une adolescente ordinaire
dans un monde hostile ? Pages 14-15 du manuel

LECTURE parlant de Gale qui lui ressemble « comme un


frère ». Ainsi, le lecteur peut aisément imaginer
Étude du 1er extrait
l’héroïne.
1 Katniss est la narratrice de l’histoire, nous
avons accès à ses pensées. Dans cet extrait elle Étude du 2e extrait
apparaît armée, résolue et plus courageuse que 3 Nous apprenons que le maire connaît Katniss
la plupart des autres habitants du district Douze : et qu’il l’apprécie : « Je suis la fille qui lui apporte
« la plupart n’ont pas le courage de s’aventurer à les fraises. Avec laquelle sa propre fille discute
l’extérieur rien qu’avec un couteau. » Lignes 3 et de temps en temps. » Lignes 2 et 3. Nous appre-
4. Elle braconne et se livre au marché noir à la nons aussi la mort du père de Katniss, cinq ans
Plaque. Elle est aussi devenue prudente : « on plus tôt : « Une médaille posthume pour son père
s’inquiète constamment à l’idée que quelqu’un volatilisé dans la mine. » Lignes 5 et 6. Katniss
nous entende » ligne 7, alors qu’elle ne l’était pas parle d’elle comme le maire pourrait le faire :
du tout il y a quelques années : « Quand j’étais l’aînée courageuse d’une famille en deuil, dont
plus petite, je terrorisais ma mère par mes propos elle est le pivot : « Celle qui, cinq ans plus tôt,
sur le district Douze » lignes 8 et 9. s’est tenue devant lui, entre sa mère et sa sœur,
Katniss vit dans un univers hostile, où règne la quand il lui a présenté, à elle, l’aînée de la famille,
famine : « Le district Douze : on y meurt de faim » la médaille du courage. » Lignes 3 à 5. Ce choix
ligne 5 ; le braconnage y est sévèrement puni. Sa narratif permet de mentionner l’épisode tragique
région est soumise au Capitole : « […] les gens qui que fut la mort du père de Katniss d’une façon
dirigent nos vies depuis le Capitole, la lointaine presque détachée et sans pathos, comme pour-
capitale de ce pays, Panem » lignes 9 et 10 et la rait le raconter un témoin qui ne serait pas direc-
terreur règne : « J’ai fini par comprendre que cela tement concerné.
ne nous attirerait que des ennuis. J’ai appris à
tenir ma langue, à montrer en permanence un 4 Katniss cache son émotion car elle anticipe
masque d’indifférence afin que personne ne la compétition et ne veut pas apparaître d’emblée,
puisse jamais deviner mes pensées. » Lignes 10 comme étant fragile : « Car lors de la rediff usion
à 13. Il semble normal, dans cet univers, qu’une des meilleurs moments de la Moisson, ce soir,
adolescente soit obligée de braconner pour sub- tout le monde remarquerait mes larmes, et je
sister. Les activités du district Douze sont liées serais désignée comme une proie facile » lignes 11
à la mine : « La plupart des familles qui travaillent à 13. C’est aussi par fierté qu’elle agit de la sorte :
à la mine se ressemblent » lignes 20 et 21. « Je ne donnerai cette satisfaction à personne. »
Lignes 13 et 14.
2 Gale apparaît comme le double de Katniss. Il
lui ressemble physiquement : « Je regarde Gale Étude du 3e extrait
sortir son couteau et découper des tranches. Il 5 Katniss se montre brillante lors de son éva-
pourrait être mon frère. Mêmes cheveux bruns et luation, mais les Juges sont plus attentifs au repas
raides, même teint olivâtre et mêmes yeux gris. » qui les attend. Furieuse, celle-ci expédie une
Lignes 18 à 20. Comme elle, il braconne pour sub- flèche dans la pomme placée dans la bouche du
sister. Katniss apprécie la présence de Gale : « la porcelet rôti, salue, puis sort : son impertinence
seule personne avec laquelle je peux être moi- envers les Juges est déclenchée par la colère
même » lignes 16 et 17. qu’elle ressent face à leur indifférence pour la
Avec l’arrivée de Gale, le lecteur peut imaginer qualité de son exercice.
une intrigue amoureuse entre la jeune fille et son
ami. Mais le portrait du jeune garçon sert aussi à Étude des photogrammes
© Editions Belin, 2013

imaginer plus facilement Katniss. Autrement, elle 6 S’il est vrai que Gale et Katniss se ressemblent
a peu de raison de se décrire, mais elle le fait en (photogramme page 14), on remarque que dans la

6
foule (photogramme page 15), Katniss dénote par 8 Katniss apparaît comme une héroïne attachante
sa beauté, la finesse de ses traits et son air altier, et singulière. Elle donne envie aux lecteurs de suivre
bien qu’elle soit brune au teint pâle comme les autres. ses aventures. En effet, on se rend rapidement
Malgré ses traits communs avec les autres jeunes compte qu’elle évolue dans un contexte de menace,
filles du district, son physique reste singulier. de répression et de surveillance. De ce fait, elle doit
faire preuve d’une maturité au-dessus de son âge.
ÉCRITURE ET ORAL En cela, elle se distingue des adolescents ordi-
naires, mais c’est par la force des événements.
7 On attend une reprise rédigée et synthétique
s’appuyant sur les idées des réponses aux ques-
tions 1 à 6. On attend que l’élève s’appuie sur des
éléments précis du portrait, page 57 du manuel.

SÉANCE 2 La violence dans Hunger Games :


élément de l’intrigue ou choix commercial ?
Pages 16-17 du manuel

LECTURE Étude du 2e extrait


Étude du 1er extrait 3 Durant les jeux, chaque mort est ponctuée par
un coup de canon : « Chaque coup correspond à
1 Katniss ne semble entrer dans les jeux que de un tribut tué. » Lignes 1 et 2. Le premier jour, les
façon progressive : elle est plus sensible à des
coups de canon sont tirés le soir : « on ne tire le
actions ponctuelles : « nous tirons », « Je tré-
canon qu’après l’arrêt total du bain de sang »
buche », « Le garçon s’écroule », « [elle] court dans
ligne 4. Le portrait des morts est projeté chaque
ma direction avec une demi-douzaine de couteaux
soir : « on projettera dans le ciel le portrait des
à la main » qu’à l’horreur qui se dégage de cette
morts » ligne 9. Les règles sont instaurées pour
scène et qu’elle ne semble pas encore percevoir.
scénariser les combats et dramatiser la situation
Katniss ne manifeste de sentiments que lorsqu’elle
afin d’en faire un spectacle apprécié.
est arrosée par le sang du garçon poignardé :
« dégoûtée, perplexe » ligne 4. C’est d’abord l’ins-
Étude du 3e extrait
tinct de survie qui la guide lorsqu’elle tente d’ar-
racher le sac à dos au garçon. Le voir mourir devant 4 Le lecteur connaît les liens d’amitié qui unissent
elle la choque et ses sentiments se bousculent, Katniss et Rue, la plus jeune concurrente. Même
pour n’éprouver plus que de la peur lorsqu’elle sans avoir lu le livre, il devine la fragilité de la
comprend qu’elle risque d’être la prochaine petite fille. La mort de Rue est pathétique parce
victime. que Katniss aurait presque pu intervenir : « je suis
tout près » ligne 2, mais elle n’est que le témoin
2 Katniss semble peiner à comprendre le sens impuissant de cette mort : « Elle a tout juste le
général de cette scène et ce qui la menace. L’in- temps de me tendre la main à travers les mailles
cise : « – celui du district Neuf, je crois – » (ligne 1), et de prononcer mon prénom » lignes 2 et 3. L’en-
les phrases brèves et rythmées telles que : « Elle fant est ligotée sans espoir de salut : « inextrica-
ne rate jamais. Et je suis sa prochaine cible », blement roulée dans un filet » ligne 3 et elle est
(ligne 9), les marques du dialogue de Katniss avec tuée brutalement : « l’épieu […] s’enfonce dans sa
elle-même : « Oui, c’est la fille du district Deux » chair » ligne 5, alors qu’elle ne représente plus
© Editions Belin, 2013

(lignes 6 et 7), ponctuent cette description frag- aucun danger. Ces indications permettent de per-
mentée par la peur et le stress (lignes 8 et 9). cevoir l’aspect poignant de cette mort injuste et

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 7


le lecteur peut comprendre l’éventuel désir de ven- « Seul le gagnant survivra ! » C’est d’autant plus
geance et surtout le réflexe de défense de Katniss, dérangeant que ce sont de jeunes candidats qui
car elle a compris que son adversaire n’hésite pas participent.
à tuer.
Le champ lexical qui délimite le temps et l’espace :
6 Ces éléments amènent le lecteur à se deman-
der pourquoi ce jeu est imposé, par qui et com-
« tout près », « Quand », « tout juste le temps »,
ment une société peut-elle mettre en place des
« avant » jalonne la mort de Rue et insiste sur
règles aussi perverses à des fins récréatives.
chaque instant pour la rendre plus intense. Le lec-
teur est sensible au sort de Rue et à la douleur de Étude de l’affiche
Katniss. La mort du garçon du district Un apparaît
donc comme moins choquante, non au regard des
7 Sur cette affiche, Katniss apparaît sûre d’elle
et déterminée, concentrée sur sa cible et peu
règles du jeu qui est inhumain, mais à cause du
sujette aux affects. Il s’agit de sublimer la beauté
crime commis, de la douleur de Katniss et surtout
de l’héroïne et son talent de tireuse à l’arc. Kat-
du danger qui la menace à présent.
niss est très différente, page 13 du manuel, dans
La mort du garçon est racontée par Katniss
le photogramme qui la représente pourtant dans
(lignes 6 à 8) d’une façon détachée et presque
la même position. Elle est souillée de terre, peut-
extérieure dans des phrases courtes. C’est la
être blessée et en proie à la peur et à la rage.
flèche de Katniss (et non Katniss elle-même) qui
atteint le garçon. C’est parce qu’il arrache la flèche
que sa vie est écourtée, et non parce que Katniss
ÉCRITURE ET ORAL
est une redoutable tireuse à l’arc. Enfin c’est son
propre sang qui le noie (ligne 8) et non le coup 8 Il n’y a pas de réponse-type. On sera attentif
mortel. Le meurtre est minimisé. à la pertinence des arguments et à la compréhen-
sion des extraits étudiés. De même, les élèves
Étude de la couverture pourront relier les éléments de réflexion issus de
5 La première et la quatrième de couverture l’analyse des textes et ceux trouvés pour les élé-
insistent sur le déroulement d’un jeu où l’échec ments commerciaux que sont la couverture du
est causé par la mort : « survivre, à tout prix », livre et l’affiche du film.

SÉANCE 3 Quel rôle la téléréalité joue-t-elle


dans Hunger Games ? Pages 18-19 du manuel

LECTURE
2 Si Katniss entend « presque » Haymitch grom-
Étude du 1er extrait meler, elle rapporte, ses paroles avec précision,
1 Katniss semble entièrement centrée sur son jusque dans la familiarité des propos : « Les gens
objectif – sauver Peeta – et sur l’effet de son bai- doivent croire à votre amour, chérie. » Lignes 8 et
ser sur le public. Elle ne se montre pas du tout 9. Ce que Katniss imagine des propos de Haymitch
sentimentale. Son geste est réfléchi et dépourvu semble la guider. Elle approuve ce qu’elle ima-
de sentiment amoureux. Elle sait ce qu’elle doit gine : « Il n’a pas tort. » ligne 11.
monter au public : « Les amants maudits qui luttent Si Katniss accepte de feindre des sentiments
© Editions Belin, 2013

désespérément pour s’en sortir ensemble. Deux amoureux pour essayer de sauver Peeta, l’obli-
cœurs qui battent à l’unisson. » lignes 12 et 13. gation de donner en spectacle le moment précieux

8
de son premier baiser, de feindre l’amour pour n’a pas l’impact que ça devrait avoir. » (Lignes 9 à
gagner le public est révoltante pour le lecteur. 12). L’élève devra expliquer s’il est d’accord avec
Après avoir organisé le spectacle de Thanatos, ce point de vue ou non, et pour quelles raisons.
les Jeux mettent maintenant en scène celui d’un
Éros prostitué, contraint de vendre ses sentiments Étude du photogramme
et ses gestes intimes pour sauver un ami. 6 Katniss est loin de la jeune fille du début du
roman, courant la campagne pour rapporter à sa
Étude du 2e extrait famille de quoi survivre. Lors de la cérémonie de
3 Katniss analyse avec justesse les motivations présentation des candidats au public, Katniss a
des Juges. Ils désirent « du sang, de la sueur et été surnommée « la fille du feu ». Elle a même été
des larmes », pour reprendre l’expression de Chur- habillée d’une robe flamboyante. Les spectateurs
chill, mais ils montrent surtout leur cruauté et vont pouvoir se souvenir d’elle et la suivre tout
leur ignominie. La scène dont « Aucun spectateur au long des Jeux. Elle semble porter ce masque
ne peut plus se détacher […] à présent » (lignes 8 d’indifférence dont elle parlait, afin de se préser-
et 9) montre l’eff roi de Katniss et l’horreur du sup- ver. Le photogramme la montre déguisée pour un
plice vécu par Cato. spectacle organisé. Rien de ce qu’elle est vrai-
ment, ni des sentiments qu’elle éprouve, ne se
Étude du 3e extrait voit dans cette image.
4 Katniss avait accepté la mise en scène de sen-
timents amoureux qu’elle n’éprouvait pas. Peeta
avait montré son amour pour Katniss – sans que ÉCRITURE ET ORAL
l’on puisse savoir s’il était sincère. Les specta-
teurs des Jeux avaient donc pu les croire amou-
7 On veillera à ce que le mot « voyeurisme » soit
défini et on acceptera tout exemple proposé s’il
reux l’un de l’autre. Mais la nouvelle annonce des
est accompagné d’arguments pertinents et de
Juges oblige les deux jeunes gens à un duel à
réflexion.
mort. Ce combat entre deux amoureux ou suppo-
sés l’être, n’a jamais été montré dans l’histoire 8 La retransmission des Jeux dans Hunger Games
des Jeux. En proposant une telle situation, les fait partie de la punition imposée aux districts.
Juges espèrent un succès sans précédent. Leurs enfants s’entretuent et leurs parents sont
obligés de les regarder mourir. Pourtant les spec-
Étude de l’article de Sophie Benamon tateurs éprouvent une fascination malsaine pour
5 Suzanne Collins dénonce la téléréalité qui mêle ces morts mises en scène. Le spectacle de la souf-
fiction et réalité en jouant avec la fascination du france est poussé toujours plus loin, allant jusqu’à
public : « Il y a un frisson de voyeurisme à voir des annoncer le combat final entre Katniss et Peeta.
gens se faire humilier ou souffrir que je trouve très Cette retransmission des Jeux ressemble beau-
dérangeant. » Lignes 7 à 9. Elle accuse la téléréalité coup aux téléréalités contemporaines dont elle
de « désensibilise[r] le public » (ligne 9) et de l’ac- copie le voyeurisme à outrance, un but du jeu per-
coutumer à l’humiliation et à la souff rance des vers et des spectateurs fascinés par ce spectacle
autres ; ce qui conduit à l’indifférence dans le dégradant. Il s’agit de dénoncer les habitudes
monde réel : « Du coup, quand ils sont témoins contemporaines et de faire prendre conscience au
d’une véritable tragédie – via les informations – ça lecteur de la bassesse de ces jeux télévisés.
© Editions Belin, 2013

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 9


ÉVALUATION Pages 20-21 du manuel

COMPÉTENCES DE LECTURE – même graphisme des lettres, du titre et du nom


de l’auteur ;
Texte 1 – même oiseau illustrant la couverture ;
1 (3 points) Les propos de John Pazdziora sont – mêmes cibles reliée par trois dans le fond.
fondés sur « des jeunes de quartiers difficiles » Un certain nombre de détails diffèrent :
(lignes 8 et 9), (1 point). On accordera les deux – les couleurs (sombre pour le tome 1, rouge pour
autres points si la réponse apportée est argu- le tome 2 sous-titré « L’Embrasement » et bleu
mentée – quel que soit le point de vue adopté. pour le tome 3 « La Révolte »).
Lors de la reprise collective du devoir on pourra Mais l’oiseau, enfermé par le cercle de la broche
confronter les points de vue défendus. (tome 1), se met en mouvement (tome 2) et finit
par s’envoler (tome 3), rompant le cercle. Cela
2 (1 point) Mathieu Letourneux explique la bana- permet au lecteur d’imaginer une progression
lisation des thèmes « sombres » dans la littérature
entre les trois tomes, ponctuée par les
de jeunesse par le public visé : « un public plus
sous-titres.
large, d’âges différents : celui des adolescents et
des jeunes adultes » (lignes 21 à 23).

Texte 2 COMPÉTENCES D’ÉCRITURE


(10 points)
3 (2 points) Suzanne Collins a puisé son inspi-
ration dans le mythe du Minotaure dont la cruauté 6 a] On pourra préparer la rédaction demandée
la choquait (1 point), mais aussi dans l’histoire avec les élèves et définir avec eux les critères
de son père, contraint, durant la Dépression, de d’évaluation. Par exemple :
chasser pour nourrir sa famille (1 point). Certes, – sujet traité ;
dans la séance 3, l’article de Sophie Benamon – devoir structuré ;
mentionnait également la téléréalité et l’omni- – respect de l’intrigue (son amitié avec Gale, ses
présence de la violence comme sources d’inspi- sentiments feints pour sauver Peeta) ;
ration pour Suzanne Collins. Cependant, l’extrait – respect de la personnalité de Katniss ;
étudié ici ne le fait pas et il s’agit surtout de com- – style agréable pour le lecteur ;
prendre le texte qui est donné à lire. – utilisation de la langue (lexique, grammaire,
orthographe).
4 (1 point) D’après cet article, c’est la conjonc-
ture économique, destinant les jeunes à un avenir 6 b] On pourra préparer la rédaction demandée
très sombre « entre chômage et faillite » qui a fait avec les élèves et définir avec eux les critères
le succès du roman. Mais Sophie Benamon indique d’évaluation. Par exemple :
aussi que Hunger Games est la « critique d’une – sujet traité ;
société régie par l’argent » et une « ode à la – devoir structuré ;
révolte », peut-être ces deux derniers arguments – respect de l’intrigue ;
l’emportent-ils sur le précédent pour expliquer le – synthétisation de l’histoire ;
succès du roman ? – énoncé du point de vue sur le roman ;
– pertinence des arguments ;
Premières de couvertures – recours à des exemples précis ;
5 (3 points) On peut voir que les trois couver- – style agréable pour le lecteur ;
tures appartiennent à une même série grâce aux – utilisation de la langue (lexique, grammaire,
éléments suivants : orthographe).
© Editions Belin, 2013

10
C A PA CIT É S E T AT TIT U D E S
Rédiger le portrait d’un personnage Pages 22-23 du manuel

Afin d’aider les élèves à suivre toutes les étapes du travail, vous pouvez leur proposer la grille ci-
dessous : ils pourront en cocher les éléments au fur et à mesure de la réalisation du projet.

Cocher quand
Étapes Critères
le critère est respecté
Choisir un personnage dans le tableau de J.-F. Laguionie.
Décrire pour Le décrire à la troisième personne.
présenter Présenter ce personnage au début du récit
Enrichir la description de caractéristiques physiques.
Choisir qui décrit le personnage (ami, ennemi) et décrire en
fonction des sentiments du narrateur envers le personnage.
Décrire grâce
Le décrire à la première personne.
aux sentiments
Utiliser au moins quatre adjectifs du lexique des caractéris-
tiques morales.
Décrire les actions du personnage, de façon à faire imaginer
Décrire un au lecteur son physique et son caractère.
personnage en
pleine action Faire agir le personnage en fonction des valeurs qui l’animent.
Employer le lexique de l’action.
Lire, écouter, Relire les descriptions en suivant le tableau ci-dessus.
réécrire En fonction des remarques, modifier les portraits.

G RA M M AIR E
DÉNOTATION ET CONNOTATION Page 24 du manuel

1 La forêt est une grande étendue couverte des fées et autres lutins. Ce mot a donc plus de
d’arbres, et le bois est un terrain planté des connotations surnaturelles que le mot « bois ».
mêmes végétaux, ces deux mots ont la même
dénotation, on pourra cependant souligner que 2 Le sens dénoté du mot « sang » est : liquide de
le bois en général est plus petit que la forêt. couleur rouge qui circule dans les veines.
Les connotations possibles de ces deux mots : – Connotations positives : vie, énergie, rouge.
obscurité, danger, nature, peur, sanctuaire. La – Connotations négatives : violence, blessure, mort.
forêt peut être symbole de l’envie de se cacher, La liste de mots de la famille de sang et leur domaine
de l’angoisse. Elle a toujours été le sanctuaire d’emploi entre parenthèses : saigner (médical, fic-
de la déesse nature, abritant des animaux féroces tion), saignement (médical), sanguinolent, (médi-
et recelant des puissances magiques, telles que cal), sanguinaire (fiction), sanguin (description)…

3 Corne d’abondance Téléréalité


Dénotation « Objet mythologique en forme de coquille de triton. La mytholo- Émission de télévision présen-
gie grecque raconte qu’à sa naissance, la mère de Zeus confia son tant la vie quotidienne de per-
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enfant à la chèvre Amalthée. Elle craignait que le bébé ne soit sonnes sélectionnées.
mangé par Cronos, son père. Un jour, Zeus cassa une des cornes

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 11


… Corne d’abondance Téléréalité
Dénotation de sa nourrice. Plus tard, pour se faire pardonner, il donna à cette
corne le pouvoir d’abonder de fleurs et de fruits. Cette “corne
d’abondance” représente la richesse et la fécondité. » (http://
culturegenerale.unblog.fr/2008/10/06/corne-dabondance/)
Connotation richesse, fécondité, source inépuisable de bienfaits intimité, célébrité, voyeurisme
Phrase « Un bazar de rêve aux prix défiants toute concurrence, une corne Plus de 20 millions de per-
d’abondance d’autant plus miraculeuse que la quasi-totalité de sonnes ont suivi sur la chaîne
ces produits arrivent directement d’Algérie où ils sont souvent TF1 la finale de l’émission télé-
introuvables, et toujours inabordables pour le commun. » (Libé- réalité « Koh Lanta ».
ration - Article du 27 janvier 1998). L’expression est ici utilisée
pour souligner le caractère accessible de ces denrées proposées
par le commerce, dans un contexte de grande pauvreté.

4 L’emblème de Hunger Games, du district Katniss, il s’agit d’une broche en forme d’oiseau,
Douze, défendu par Katniss, représente le geai un cadeau de son amie Madge Undersee, fille du
moqueur (Mockingjay) ainsi qu’une flèche, qui maire du district 12. La broche a une valeur senti-
est l’arme de l’héroïne. Cet oiseau tient dans son mentale et symbolique importante, car elle appar-
bec une flèche, l’arme de prédilection employée tenait à sa tante Maysilee, morte au combat pendant
par l’héroïne. Il se trouve dans un cercle qui rap- les 50e Hunger Games. L’oiseau est un geai moqueur,
pelle à la fois sa position de cible, comme la jeune une espèce issue du croisement entre les geais
fille et l’alliance créée avec Peeta, jeune homme bavards, espions au compte du Capitole, et les
du même district qu’elle. Cette alliance sera la oiseaux moqueurs libres. Le geai moqueur peut
source de multiples rebondissements. imiter les chants, mais ne répète que les voix qu’il
Connotations : la liberté, la rébellion, la révolte. aime. Il représente tout ce que le Capitole déteste,
Afin de comprendre la connotation de chacun de c’est pourquoi il est le symbole de la rébellion. »
ces éléments, les élèves pourront effectuer une http://www.cineplex.com/Nouvelles/notre-glos-
recherche sur internet afin de voir quelle présen- saire-hunger-games-le-film.aspx
tation en est faite dans le livre ou dans le film. Ils Bien laisser les élèves réfléchir d’abord à leur
pourront trouver des indications comme celle-ci : propre point de vue, avant qu’ils le comparent à
« Geai moqueur (Mockingjay). Chaque tribu a droit celui de la classe.
à un objet fétiche pendant la compétition. Pour

l exiq u e
L'ACTION Page 25 du manuel

1 Les mots dénotant et connotant l’action sont : spectaculaires parfois stéréotypées et renforcées
« retour », « reprends », « transperce », « coupe », d’effets spéciaux. Quelques exemples de films
« s’éventre », « s’écrasant », « roule », « relève », d’action : Drive, Die Hard, Skyfall.
« tire », « dégringole » La succession des actions est
soulignée par l’énumération des verbes qui sont
3 Dans cette image représentant Katniss en pou-
pée, les éléments qui font référence à l’action
juxtaposés ou coordonnés. L’utilisation du présent
sont : l’arc, les flèches, le carquois, la tenue ves-
de l’indicatif appuie l’action que le lecteur suit et il
timentaire et la coiffure adaptées.
s’identifie à l’héroïne, grâce à l’emploi du « je ».
La scène rédigée devra mettre en action Katniss,
2 Le film d’action entre dans une catégorie par- les élèves pourront au préalable établir une liste
© Editions Belin, 2013

ticulière, où l’histoire, souvent une intrique à sus- de verbes d’action qu’ils pourront ensuite utiliser
pens, est rythmée par des scènes d’aff rontement dans leur écriture.

12
Séquence 2
Qu’est-ce qu’être romantique ? Pages 28 à 43 du manuel

Introduction au travail sur la séquence


L’objet d’étude « Parcours de personnages » vise à construire les notions
de personnage, de héros et d’anti-héros à travers l’étude d’œuvres, ainsi qu’à
doter l’élève de connaissances littéraires sur deux mouvements du XIXe siècle,
le romantisme et le réalisme.
Étudier le parcours d’un personnage, c’est analyser comment il se construit,
comprendre ce qu’il dit de la réalité, définir la vision du monde qu’il propose.
C’est aussi montrer que le personnage n’existe pas puisque c’est un être de
papier et que, paradoxalement, il permet d’entrer dans la compréhension d’une
époque, d’un auteur, et de soi-même.
Dans cette séquence, nous nous interrogeons sur le courant romantique
et sur son héros, d’hier à aujourd’hui. Les supports au fur et à mesure des séances
visent à construire une définition de ce courant au xixe siècle et au-delà.
Le héros romantique qui a connu son heure de gloire au xixe siècle est tou-
jours d’actualité. Les formes du romantisme ont changé, elles se restreignent,
mais c’est le courant littéraire et artistique des siècles passés qui définit le per-
sonnage romantique d’aujourd’hui. Cette séquence met en lumière à la fois le
personnage en tant qu’être de papier et la personne réelle. Ce courant est vu
dans sa globalité en partant de son essence et en allant jusqu’au romantisme
noir et gothique, à travers les arts, qu’il s’agisse de littérature, de peinture, ou
de cinéma.

Ouverture de la séquence page 29


Le photogramme de Jane Eyre, réalisé par Cary Fukunaga, (2011), adapté
du roman de Charlotte Brontë, met en scène une héroïne, Jane Eyre. Elle est
engagée comme gouvernante de la petite Adèle chez le riche Edward Rochester.
Cet homme ombrageux ne tarde pas à être sensible aux charmes de la jeune fille
et c’est le début d’une passion. Le roman paraît en 1847.

Réponse à la question page 29, encart jaune


Les éléments qui semblent relever du romantisme dans ce photogramme
sont : le cadre spatio-temporel, le printemps, la nature, l’époque (xixe), le couple
et les costumes font directement écho aux caractéristiques romantiques.
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Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 13


SÉANCE 1 Qu’est-ce qu’être romantique
aujourd’hui ? Pages 30-31 du manuel

LECTURE d’une héroïne du Journal de Bridget Jones (Bridget


Jones’s Diary). Ce roman d’Helen Fielding, écrit
Étude des images
en 1996 est ensuite adapté au cinéma. Il raconte
1 Ces trois documents iconographiques font la vie de Bridget Jones, une célibataire trentenaire
référence au romantisme, de différentes manières : vivant à Londres et travaillant dans l’édition. Elle
• Le photogramme issu du roman d’Anne Rice se bat, souvent avec beaucoup d’humour pour
Entretien avec un vampire, met en lumière son donner un sens à sa vie et à ses aventures amou-
héros romantique, Louis, la figure du vampire reuses. De nombreux parallèles peuvent être faits
hanté par le dilemme d’amour et de mort. C’est entre ce roman et Orgueil et Préjugés de Jane Aus-
un personnage du romantisme noir, voir séance 3, ten. Helen Fielding reconnaît d’ailleurs qu’elle
pages 34-35 du manuel. s’en est librement inspirée.
• Le photogramme issu du film The Artist, met en
avant son héroïne Peppy Miller qui est amoureuse 4 L’auteur compare les hommes aux femmes :
de Georges Valentin. Durant son absence, elle « eux aussi », « alors que nous nous en sommes
entre dans sa loge et imagine que cet homme la enfin lassées, les hommes se mettraient-ils à
prend dans ses bras, elle glisse sa main dans le croire aux contes de fées ? ». Le romantisme était
costume et fait prendre vie à l’homme absent. cantonné aux femmes, il ne l’est plus. À présent,
Cette scène souligne un acte romantique, car cette les hommes aussi rêvent « qu’un beau matin une
jeune femme crée la présence de l’absent et belle princesse viendra les sauver, les arracher
touche celui qu’elle n’a pas encore embrassé. à leur routine […] ». Il s’agit de montrer qu’à pré-
• L’œuvre de Tracey Emin, artiste britannique, pré- sent, les hommes peuvent ressembler aux
sente un néon « Love is what you want », (l’amour femmes.
est ce que tu veux, ce que tu désires). Pour la Saint- 5 La sociologue affirme : « Mais, jusqu’à présent,
Valentin, elle a illuminé Times Square de néons l’homme romantique n’avait pas le droit d’y
romantiques. Ces phrases sirupeuses au senti- croire ». L’épanchement est réservé aux femmes.
mentalisme assumé reproduisent son écriture, Un homme qui s’avoue, qui fait part de ses sen-
des lettres s’inscrivent lentement dans des cœurs timents, qui pleure, qui est romantique, se fémi-
rouges. Cette œuvre affiche le romantisme d’au- nise aux yeux de certains. Ici, on dépasse le cliché
jourd’hui, celui de déclarer sa flamme, de dire ses de l’homme fort, conquérant, que rien et surtout
sentiments, de parler de l’amour. Rendre les mots pas une femme n’atteint. L’homme peut être sen-
lumineux, les encadrer dans un cœur et les afficher sible, romantique et le revendiquer sans perdre
dans un endroit connu et fréquenté participent à de sa virilité.
rendre ce romantisme visuel.
Les termes que l’on peut associer à ces iconogra- Étude de la chanson
phies sont : cœur, absence, amour, souff rance,
mort, violence, intimité, solitude, imaginaire…
6 Le thème de la chanson de Michel Jonasz est
la lamentation d’un homme parce que celle qu’il
2 Les élèves proposent une première définition aime l’a quitté. Il annonce une liste d’actions qu’il
à partir des mots trouvés, en s’aidant de leurs accomplira en l’attendant. « Je voulais te dire que
travaux précédents. Ils la compareront à celles je t’attends » est mis en lumière parce que cette
de la classe. phrase est répétée. C’est le refrain et aussi le titre
de la chanson. Cette chanson est romantique, car
Étude de l’article le « je » s’épanche, dit sa douleur d’aimer, de vivre
3 L’idée générale de l’article est que l’homme l’absence.
est aussi romantique que la femme en étant un Les élèves trouveront des points communs avec
© Editions Belin, 2013

Bridget Jones au masculin. L’utilisation de la définition du romantisme qu’ils auront


l’exemple de Bridget Jones est éclairante. Il s’agit élaborée.

14
Si le thème de la chanson de Jonasz n’est pas – se blottir dans les siècles passés ou dans le rêve
nouveau, il n’utilise pas de clichés. Au contraire, – Ressentir de façon très forte tous les sentiments
son écriture renouvelle les lieux communs de la humains.
chanson française. Tout est dans cette attente, – « amour, haine, solitude, tristesse, difficulté de
sans avoir à réutiliser de stéréotypes. vivre »
Les élèves reprendront la liste de termes qu’ils
Étude de la définition auront associée au romantisme dans l’exercice 1. Il
7 Dans la définition d’Odéliane, les mots ou s’agit de voir les points communs et les divergences
expressions qui caractérisent le romantisme sont de ces deux listes et de comprendre pourquoi.
les suivants :
– « préférer l’ombre à la lumière »
– « [préférer] le silence au bruit »
ÉCRITURE ET ORAL
– « [préférer] la mélancolie au bonheur »
– « oser des révolutions tout en se sentant las de 8 Il ne peut, bien sûr, y avoir de réponse-type à
vivre » la problématique de séance puisque celle-ci invite
– Le bonheur est considéré comme inaccessible. à une synthèse du travail qui aura été fait en classe
– se sentir las de vivre, mal adapté au monde sur les documents.

SÉANCE 2 Quelles sont les caractéristiques


du personnage romantique au xixe siècle ?
Pages 32-33 du manuel
LECTURE
Étude du roman et du tableau On trouve des similitudes avec le tableau de Cas-
François-René de Chateaubriand, René, 1802. par David Friedrich : l’homme est seul, face à la
Cette œuvre appartient au mouvement littéraire nature. Les couleurs froides (le camaïeu de bleu),
du romantisme. Ce récit souligne les nombreuses les rochers et les nuages irréguliers évoquent les
correspondances entre la nature et le héros au tourments et les troubles intérieurs auxquels le
tempérament romantique. Il semble dominé par voyageur est peut-être soumis, tout comme l’est
des forces qui le dépassent. René.

1 René est un homme solitaire en proie à ses Étude la pièce de théâtre


sentiments, à ses émois. Il se sent différent, il a Victor Hugo, Ruy Blas, 1838.
des « goûts inconstants », il est « la proie d’une C’est une pièce de théâtre en cinq actes. Le héros
imagination ». C’est un rêveur qui aime la nature de ce drame romantique, Ruy Blas, déploie son
et la « monotonie des sentiments », il ne croit pas intelligence et son éloquence pour dénoncer et
« au bonheur ». C’est un romantique. humilier une oligarchie accapareuse des biens de
l’État et pour se montrer digne de la reine d’Es-
2 La nature prend une grande place dans le texte. pagne qu’il aime.
On peut le remarquer avec la présence de ce champ
lexical : « le spectacle de la nature », « sur la terre », 3 Ruy Blas insiste sur son caractère de « rêveur »
« comme des ruisseaux d’une lave ardente » (com- idéaliste et de paresseux qui l’a conduit à sa perte :
paraison), « abîme », « la vallée », « la montagne », « je me perdais […] en méditations », « pensifs et
« les vents », « les gémissements du fleuve » (per- paresseux ». Cette oisiveté l’a conduit à la misère.
sonnification), « les astres dans les cieux », « l’uni- Il est contraint d’accepter un métier qui ne cor-
© Editions Belin, 2013

vers ». Le narrateur est en communion et en accord respond en rien à ses aspirations. « Le résultat,
avec elle. tu le vois : un laquais ! »

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 15


Comparaison des deux textes toile de Friedrich). La redécouverte des époques
4 Ruy Blas et René ont en commun d’être des oubliées, le rêve servant de refuge à ceux qui
personnages romantiques. Ils ressentent le même veulent s’évader sont aussi des caractéristiques
décalage envers le monde qui les entoure, ils ne de ce que Victor Hugo appelle le libéralisme de
sont pas dans l’action, mais subissent, ils sont la littérature.
« rêveurs », solitaires, seuls, « orphelin[s] », et sont Les romantiques cherchent l’originalité et inven-
en proie à leurs émotions. Ils ont du mal à unir le tent un théâtre plus libre. Le drame romantique
réel et l’imaginaire. rejette les règles de la tragédie classique. Ils font
du roman un genre majeur et libèrent la poésie,
5 L’énonciation et la ponctuation des deux extraits jusqu’à créer le poème en prose. Le romantisme
sont similaires, le « je » et le « moi » sont au cœur
sera le mouvement artistique le plus important
des textes. Les personnages parlent d’eux et la
du xixe siècle.
ponctuation est forte : beaucoup d’exclamatives
et d’interrogatives appuient l’expression des sen-
timents. Cette utilisation est particulière à l’écriture
ÉCRITURE ET ORAL
romantique qui mime les émois, les tourmentes,
les sentiments, les émotions. (On pourra éventuel- 7 Au xixe siècle, les caractéristiques romantiques
lement chercher la définition du mot « lyrisme »). s’incarnent dans son héros. Ce dernier est avant
tout un individu. En effet, le personnage roman-
Sur l’ensemble des documents tique a une histoire, une psychologie. C’est un
6 Ce roman, ce drame romantique, ainsi que la homme sensible, auquel son destin échappe, et
peinture de Friedrich font partie du courant roman- dont la société nie les aspirations. Cela transpa-
tique. En effet, les thèmes qu’aborde le roman- raît dans sa façon d’être, son ennui, son désœu-
tisme sont : la nature, le fantastique, le « moi », vrement, son désespoir. Pour montrer son refus
le goût du passé. Le lyrisme joue un rôle important du monde qui l’entoure, sa révolte contre les
à l’intérieur de ce mouvement, comme on a pu le normes bourgeoises. Il privilégie la vie de bohème.
constater avec les différents supports. De ce fait, Le héros romantique est caractérisé par sa cou-
l’expression des sentiments personnels est illus- rante appartenance au peuple, par l’ennui et la
trée. Ce type d’expression révèle aussi la mélancolie qu’il éprouve, l’Idéal qu’il recherche,
recherche de l’évasion. Selon l’attitude roman- l’exaltation de ses passions souvent amoureuses,
tique, le voyage est essentiel pour nous permettre quelques fois l’errance – que ce soit dans son uni-
d’oublier. (Voir le texte de Chateaubriand et la vers ou dans le monde réel – et la fin tragique.

SÉANCE 3 Comment le vampire reprend-il


les caractéristiques du personnage romantique ?
Pages 34-35 du manuel

LECTURE vampires qui va populariser le mythe du vampire


Étude du roman romantique.
Anne Rice, Entretien avec un vampire, 1976.
C’est est un roman d’horreur dans lequel un vam- 1 Louis vit très mal sa condition de vampire. Il
pire fait le récit de sa vie à un journaliste dans la souffre du dilemme amour-mort. Il voulait
© Editions Belin, 2013

Nouvelle Orléans des années 1980. C’est le pre- « l’amour et la bonté » et il subit sa condition de
mier tome d’une série intitulée Chroniques des « destructeur de vies ». Pour vivre, un vampire

16
doit donner la mort en se nourrissant de la vie romans [de Stephenie Meyer] racontent lʼhistoire
des autres. dʼIsabella Swan, une adolescente de 17 ans qui
tombe éperdument amoureuse dʼun garçon mys-
2 Ces confessions créent de la compassion chez térieux, Edward Cullen, tout en découvrant quʼil
le lecteur. On prend en pitié Louis, qui subit sa
a des facultés surhumaines. Lʼunivers de fiction
cruauté, il considère son âme comme étant « dam-
sʼinscrit dans le monde réel, contemporain, prin-
née », il ne veut pas de sa nature de monstre. Pour-
cipalement aux États-Unis, mais des créatures
tant sa destinée l’y soumet.
bien plus puissantes cohabitent avec les humains
(les vampires et les loups-garous). Ils sont très
Étude de la critique de film
différents des légendes, les vampires ayant qua-
Afin de comprendre sur quoi porte la critique du siment toutes les forces que leur prêtent les récits,
film, les élèves pourront rechercher sur internet mais aucune de leurs faiblesses. »)
plus d’informations sur Dark Shadows. Ils trou- Ce que Vincent Avenel reproche aux créatures de
veront des présentations telles que celle-ci : Twilight c’est de ne pas reprendre les faiblesses
« Dark Shadows est une comédie horrifique fan- traditionnellement liées à leur condition et d’in-
tastique américaine, réalisée par Tim Burton, sor- carner des personnages trop parfaits.
tie en 2012. Il s’agit de l’adaptation en long
métrage de la série télévisée américaine Dark 4 Cette critique du film est positive, l’auteur
Shadows de Dan Curtis, diff usée de 1966 à 1971 utilise un vocabulaire mélioratif : « ouvre les
sur ABC. En 1752, Joshua et Naomi Collins quittent portes de son panthéon, on saluera, rêve roman-
Liverpool, en Angleterre, pour prendre la mer avec tique, un écrin parfaitement adapté ». Les argu-
leur jeune fils Barnabas et commencer une nou- ments qu’il apporte concernent le personnage du
velle vie en Amérique. Mais même un océan ne vampire, qui est dans la tradition, raffiné, ainsi
parvient pas à les éloigner de la terrible malédic- que le contexte, qu’il s’agisse de la qualité du lieu
tion qui s’est abattue sur leur famille. Vingt ou du bestiaire foisonnant du film.
années passent et Barnabas a le monde à ses
pieds, ou du moins la ville de Collinsport, dans
Étude des photogrammes
le Maine. Riche et puissant, c’est un séducteur 5 Selon les photogrammes, les caractéristiques
invétéré, jusqu’à ce qu’il commette la grave erreur du personnage du vampire sont : la bouche rou-
de briser le cœur d’Angélique Bouchard. C’est une gie, les cheveux très bruns, un noble (cela se voit
sorcière dans tous les sens du terme qui lui jette à ses vêtements), le teint pâle, les ongles et les
un sort bien plus maléfique que la mort : celui doigts longs, l’amour, la mort, le sang, le sang,
d’être transformé en vampire et enterré vivant. le noir.
Deux siècles plus tard, Barnabas est libéré de sa 6 Le dernier photogramme met en lumière les
tombe par inadvertance et débarque en 1972 dans sentiments contradictoires auxquels le vampire
un monde totalement transformé… » http://www. est confronté : l’amour et la mort. Il peut donner
allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=130298.html la vie éternelle mais cela condamnerait Victoria
3 Les caractéristiques du vampire chez Tim Bur- à devenir un vampire, un monstre comme lui, forcé
ton : « figure raffinée du vampire », « famille bour- de donner la mort pour survivre. C’est un véritable
geoise » ; « dangereux » ; « être exsudant la dilemme : garder celle qu’il aime en lui donnant
sensualité ». Le cadre spatio-temporel est adapté : la vie éternelle, ce qui la condamne à être vam-
« manoir gothique parcouru de cachettes et de pire, ou bien la perdre dans la mort ?
passages secrets », « endroit reclus, éloigné du
monde de tous les jours ».
ÉCRITURE ET ORAL
Barnabas s’oppose au vampire de Twilight. Ce
dernier n’étant qu’une figure édulcorée, reprenant 7 Le vampire est un personnage sombre et tor-
peu de caractéristiques du traditionnel person- turé, il est la quintessence du héros romantique,
nage vampirique : « On est bien loin des figures celui des passions violentes et de la souff rance
aseptisées de l’univers des Twilight ». de vivre. Il devient en quelque sorte le héros
© Editions Belin, 2013

(Pour préciser quel type de vampire apparaît dans romantique, sombre et tourmenté par excellence.
Twilight, voir ce résumé de Wikipédia : « Les Séducteur froid, amoureux possessif, fascinant

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 17


et destructeur, figure tragique et grandiose. Le caractère fantastique, le vampire se doit d’être
principal signe distinctif du vampire, est d’être singularisé, isolé et seul dans son cas. Or, le héros
un mort-vivant, buvant du sang et tuant ses vic- romantique est par ailleurs nécessairement soli-
times. La plupart des vampires du xixe siècle, taire par le poids que la destinée fait peser sur
comme la majorité des héros des romans de cette lui. Le vampire eff raye et séduit à la fois, ce qui
époque sont des aristocrates. Les nobles ayant est également une caractéristique des héros
accès à toutes les sphères sociales, cela élargit romantiques. Ce type de personnage alterne entre
les possibilités d’aventures. La noblesse implique la mélancolie, la miséricorde, la dureté, le dédain
alors une bonne éducation, l’accès aux salons et la cruauté. Le caractère est contrasté et le
parisiens et londoniens, les châteaux, les voyages, regard fascinant. Ils sont littéralement maudits.
les domestiques, l’argent. Pour garder son Ce malheur exceptionnel les grandit d’autant.

ÉVALUATION Pages 36-37 du manuel

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour, de lait de Camille, espérant ainsi rendre sa cou-
1834. sine jalouse, lui donnant rendez-vous afin quʼelle
assiste à la scène. Mais Camille apprend par Dame
« Cette pièce de théâtre en trois actes se déroule
Pluche que Perdican avait lu sa lettre, et comprend
au château du Baron et a pour principaux person-
ainsi son comportement. Par vengeance, elle
nages Camille, sa nièce, une jeune fille de 18 ans
affirme à Rosette que Perdican se moque dʼelle.
qui sort du couvent, et son fils de 21 ans, Perdi-
Rosette s’aperçoit de la méprise et perd connais-
can, récemment titulaire dʼun doctorat. Les deux
sance. Camille et Perdican sʼavouent finalement
jeunes gens se retrouvent après dix ans de sépa-
leur amour dans la dernière scène, mais Rosette,
ration dans ce château si cher à leurs cœurs, où
qui les observait en cachette, ne supporte pas
ils ont grandi, joué, et où ils se sont aimés. Le
cette désillusion et meurt dʼémotion : « Elle est
Baron projette de marier les deux cousins. Perdi-
morte ! Adieu, Perdican ! », conclut Camille. »
can et Camille sʼaiment depuis toujours, mais cette
http://fr.wikipedia.org/ wiki On_ne_badine_pas
dernière, endoctrinée par les sœurs du couvent,
_avec_l% 27amour
toutes victimes d’amours malheureuses, a appris
à ne pas avoir confiance en les hommes. Elle a
donc pris la décision d’y retourner et de vouer sa
vie à Dieu, Camille continue malgré tout de cacher COMPÉTENCES DE LECTURE
ses sentiments pour Perdican par pur orgueil. Elle Extrait 1
envoie donc une lettre à Louise, une religieuse
de son couvent qui l’a fortement influencée par 1 (2 points) Camille fait un portrait négatif de
Perdican : « genoux qui se sont usés sur les tapis
l’exemple de ses propres malheurs, pour la dis-
de vos maîtresses », « vous souriez quand on vous
suader de quitter ce lieu où elle « est en sécurité »,
parle de femmes désolées », « est-ce donc une
lettre où elle explique qu’elle a tout fait pour se
monnaie que votre amour », « la plus mince pièce
faire détester de Perdican, et où elle affirme que
d’or vaut mieux que vous ». Camille reproche à
ce dernier est au désespoir à cause de son refus
Perdican d’être insensible à l’amour et de profiter
de mariage.
des femmes, de ne pas les considérer.
Au cours d’une dispute entre Dame Pluche et
Maître Blazius, Perdican tombe sur cette lettre. 2 (1 point) Il semble l’avoir admirée sans l’écou-
Touché dans son amour-propre, il laisse lʼorgueil ter. En cela, il correspond à la description que
© Editions Belin, 2013

et la vanité le dominer, et décide de la détromper Camille en fait. Peut-être cherche-t-il seulement


en séduisant Rosette, une jeune paysanne, sœur à lui faire comprendre que les sentiments qu’il

18
éprouve pour elle valent plus que les arguments deux êtres semblent déchirés, ils souff rent et
orgueilleux qu’elle lui oppose ? pourtant sont enchaînés l’un à l’autre. Par ailleurs,
cette pièce a été écrite à l’époque Romantique.
Extrait 2 et image
3 (1 point) Perdican met en avant le sentiment Définition
d’amour qu’il éprouve pour la jeune fille et celui 6 (2 points) D’après le texte, le romantisme « a
de souffrance, provoquée par le refus de cette der- aujourd’hui perdu de sa force », il ne renvoie plus
nière. Lorsqu’il parle lignes 16-17 d’« un être factice qu’à « une sentimentalité délicate, proche de la
créé par mon orgueil et mon ennui » il reproche son sensiblerie », on pense aux sentiments à l’eau de
attitude à Camille qui, pour des raisons futiles, le rose. Cependant, le romantisme a eu une influence
fait souffrir. Sa souffrance est visible dans l’aigreur importante, on le retrouve dans des héros d’au-
de ses paroles. Par ailleurs, il retourne les accu- jourd’hui comme Harry Potter, les super-héros de
sations de celle qui l’aime et qu’il aime en semblant bande dessinée et s’étend même à une étape
aller d’abord aller dans le sens de Camille en énu- incontournable de la vie : « l’adolescence elle-
mérant les défauts des hommes, des lignes 3 à 5. même n’est-elle pas un mouvement tout à fait
On comprend qu’il se moque de l’idée de la jeune romantique ? »
fille lorsqu’il fait de même avec les défauts des
femmes, lignes 5 à 7. Il cherche à lui montrer que
sa théorie n’a pas lieu d’être, puisque l’amour COMPÉTENCES D’ÉCRITURE
sublime ces imperfections. (10 points)
4 (2 points) Dans la réplique de Perdican les 7 a] Il s’agit de réaliser le portrait d’un person-
adjectifs qualificatifs concernant les hommes sont nage romantique d’hier ou d’aujourd’hui en uti-
les suivants : « menteurs, inconstants, faux, lisant un vocabulaire laudatif, c’est-à-dire
bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, mépri- valorisant. On pourra au préalable essayer de
sables, sensuels » ; et ceux pour les femmes : lister avec les élèves des personnages roman-
« perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses tiques d’hier (Jean Valjean, René, Dracula, Jane
et dépravées ». Cette accumulation illustre les Eyre) et d’aujourd’hui (Spiderman, Peppy Miller
défauts des hommes, qui s’opposent à ceux des dans The Artist).
femmes. Ils sont des « êtres si imparfaits et si
aff reux », mais sont unis par leur imperfection.
7 b] L’élève choisira sa position, sa thèse, puis
au brouillon construira un plan à l’aide d’argu-
5 (2 points) Ce couple de personnages est repré- ments et d’exemples précis issus de la séquence,
sentatif du romantisme car il semble incarner ou d’exemples personnels tirés de lectures, du
l’amour impossible : elle est sortie du couvent, cinéma.
lui est séducteur, tout les sépare et pourtant Exemple : L’adolescence est elle-même un mou-
l’amour les rassemble. On retrouve les thèmes vement tout à fait romantique :
chers aux romantiques : l’amour, la souff rance, – sentiment d’être incompris, ex : Juno ;
l’incompréhension, le mal-être. L’exaltation des – temps du rêve et de l’audace, ex : Billy Elliot ;
sentiments est visible sur la photographie où ces – l’éveil de l’amour, ex : Twilight.
© Editions Belin, 2013

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 19


C A PA CIT É S E T AT TIT U D E S
Rédiger la quatrième de couverture
d’une pièce de théâtre contemporaine Pages 38-39 du manuel

Afin d’aider les élèves à suivre toutes les étapes du travail, vous pouvez leur proposer la grille ci-
dessous : ils pourront en cocher les éléments au fur et à mesure de la réalisation du projet.

Cocher quand le
Étapes Critères
critère est respecté
Faire le point sur le dénouement de la pièce.
En quoi Antigone est-elle différente des autres personnages ?
Préparer
Commenter l’image : par rapport aux documents lus.
l’écriture
par rapport au titre.
trouver ses connotations.
Mettre en avant le caractère de son héroïne.

Écrire la Citer des extraits.


quatrième de Chercher des informations complémentaires sur l’auteur et la pièce.
couverture Présenter l’auteur et l’œuvre en quelques mots
Proposer une présentation agréable.
Relire son texte en binôme et vérifier que les critères aient été
Améliorer son respectés.
texte
Effectuer les corrections nécessaires.

G RA M M AIR E
E XPANSIONS DU NOM Page 40 du manuel
1 La rue, qui formait un boulevard planté d’aca- POINTS DE VUE
cias maigres, entre deux rangs qui assortissaient
des maisons inégales et différentes, des maisons 1 Le point de vue utilisé est omniscient, en effet,
qui étaient celles de petite ville, montait une le narrateur sait tout : le passé, les sentiments, les
pente qui ressemblait à une colline ; et tout au pensées des personnages : « Bourdoncle, fils d’un
bout on apercevait des arbres comme si un parc fermier pauvre des environs de Limoges », « jadis »,
l’eût terminée. « très intelligent », « très actif ».
La transformation des compléments du nom en
propositions relatives précise davantage, elle
2 Quand il vous rencontra à Paris, il vous vit puis-
sant, beau, sans remords. Mais vous étiez un des-
développe le nom. Elle alourdit également le
tructeur de vies, tout comme lui, plus impitoyable
texte.
et plus malicieux même que lui. Il a vu en vous le
2 On attend des élèves qu’ils précisent leur idée seul être qu’il pouvait réellement espérer devenir,
quant à l’image et au titre, La fugitive ; les conno- et le degré de mal, le degré de froideur auquel il
tations peuvent être nombreuses, notamment la devait parvenir pour que sa peine disparaisse.
fuite (du réel, à cause d’un crime), le rêve, le L’introduction du pronom de la troisième personne
départ. Il serait bon de relire quelques extraits implique une distance, une identification plus
© Editions Belin, 2013

dans la séquence d’auteurs romantiques afin d’y difficile. En effet, le changement de personne crée
puiser un exemple d’écriture romantique. un point de vue externe.

20
l exiq u e
VR AI FAUX RÉEL Page 41 du manuel

1 Exemple de mots appartenant à la même qui lui demande de présenter ce projet ? quel
famille que vrai : avéré, véritable, vérité, vraiment, accueil pense-t-il recevoir ? pourquoi ce projet lui
vraisemblable, véridique, véracité. tient-il à cœur ?) ;
On attend de la part de l’élève qu’il convoque, – choix d’arguments à renfoncer par le lexique
dans le dialogue qu’il écrit, sa liste de mots. employé ;
Lorsqu’il exprime le point de vue opposé, il peut – emploi d’un lexique riche, de manière
employer des antonymes. Voici quelques pertinente.
exemples : artificiel, chimérique, contestable,
douteux, erroné, factice, fantaisiste, faux, illu-
4 Ce travail étant très dense, on veillera à enca-
drer la recherche des élèves, de manière à éviter
soire, incertain, inexact, invraisemblable, men-
la dispersion de leurs recherche et à les inciter à
songer, prétendu, trompeur.
travailler sur des documents de valeur
Une proposition de critères d’évaluation : pertinente.
– respect du sujet (création par l’élève d’un On pourra leur faire remarquer que ce mot désigne
contexte : qui sont les personnages ? à quelle d’une part, dans la croyance populaire, les morts
occasion discutent-ils ? comment se passe ce revenant à la vie pour sucer le sang de leurs vic-
dialogue ?) ; times, et d’autre part la chauve-souris hémato-
– choix d’arguments à renfoncer par le lexique phage. Le mythe s’appuie sur des éléments vrais,
employé ; tels que ce mammifère (aux élèves de les trouver)
– emploi pertinent d’un lexique riche. pour créer des histoires fausses (ils devront mon-
trer pourquoi elles sont fausses, notamment en
2 Exemple de mots appartenant à la même s’appuyant sur les exemples d’œuvres de science-
famille que faux : falsifier, faussement, fausseté,
fiction qui en ont été tirées). Ils pourront com-
faussé, fautif.
menter ce qui, dans le mythe du vampire, semble
On attend de la part de l’élève qu’il convoque,
s’approcher du réel.
dans sa critique, sa liste de mots. On préférera
les mots ayant la même racine que faux, par rap-
port à d’autres synonymes. On peut conseiller des références telles que :
• L’article « Vampire » de l’Encyclopédie Larousse,
Une proposition de critères d’évaluation :
qui détaille la chauve-souris vampire et l’origine
– respect du sujet (création par l’élève d’un
de son appellation. Par ailleurs, la partie « Le vam-
contexte : quelles fonctions l’amènent à rédiger
pire et l’homme » élargit cette notion à la croyance
cette critique : rédacteur d’un journal, présenta-
populaire : http://www.larousse.fr/encyclopedie/
tion pour la classe, sur quel ton…) ;
vie-sauvage/vampire/184569
– choix d’arguments à renfoncer par le lexique
• L’Encyclopédie du paranormal, l’article « Vam-
employé ;
pire », sur l’origine de ce mythe et son évolution
– emploi pertinent d’un lexique riche.
à travers les siècles : http://www.paranormal-
3 Exemple de mots appartenant à la même encyclopedie.com/wiki/Articles/Vampire
famille que réel : réaliste, réalité, réalisé,
réalisable.
5 Dans la nouvelle de Maupassant, Mme Bap-
tiste, de nombreux aspects font référence au réel,
Il s’agit pour l’élève de montrer en quoi le projet
si l’on entend par « réel » ce que Maupassant consi-
qu’il expose est pertinent et réaliste, en convo-
dère comme méritant d’être dévoilé par ses récits.
quant le lexique du réel, de façon à consolider
Sont réalistes, entre autres :
ses arguments.
– la description détaillée et précise de la société
Une proposition de critères d’évaluation : du temps de Maupassant, de façon à ce que ses
© Editions Belin, 2013

– respect du sujet (création par l’élève d’un semblables puissent vraiment en reconnaître le
contexte : quel est le rôle qu’il pourrait jouer et fonctionnement et les codes ;

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 21


– le choix, comme narrateur second, d’un person- – « viendra les sauver », pourrait être remplacé
nage ordinaire représentant une réalité par : « ils rencontreront » (dans ce cas, il se met
commune ; avant « une femme qu’ils trouvent hors du com-
– le thème choisi (viol d’une enfant) : Maupassant mun » auquel on ajoute « qui va les arracher (à
veut montrer le réel même quand il dérange et leur routine […]) ;
peut-être surtout quand il dérange ; – « comme par enchantement », pourrait être rem-
– la présentation de Mlle Fontanelle comme un placé par : « à cause de leur nouvelle vie à deux » ;
cas dont on étudie les sentiments. – « ces Bridget Jones au masculin », pourrait être
remplacé par : « ces hommes qui croient qu’un
6 – Éléments de l’image qui renvoient à la amour merveilleux est possible » ;
réalité :
– « la femme de leur vie », pourrait être remplacé
• les noms des acteurs ;
par : « la femme avec laquelle ils passeront le reste
• le titre du film et l’année de sortie ;
de leur vie » ;
• le nom du réalisateur
– « la voir surgir de nulle part », pourrait être rem-
• ce sont des portraits d’acteurs, qui ont été
placé par : « la rencontrer de manière inopinée et
publiés lors de la sortie du film ;
surprenante. »
– Éléments de l’image qui renvoient à la fiction :
• leurs costumes ; 8 Les éléments de la réalité qui ont inspiré l’au-
• leur maquillage ; teur de Hunger Games sont des fait réels, qu’il
• la coloration contrastée des ces images parti- s’agisse de téléréalités, du voyeurisme dont font
cipe à les différencier des représentations plus preuve les médias (qu’il s’agisse d’émissions de
conventionnelles et à indiquer qu’il s’agit d’une divertissement ou d’informations), ou de l’omni-
fiction. présence de la violence.
7 Références qui font extrait au monde de la Dans le livre, ces faits réels sont transformés en
fiction : fiction irréelle, de façon à prendre de la distance
– « une belle princesse », pourrait être remplacé et de montrer que des actions telles que la vio-
par : « une femme qu’ils trouvent hors du lence, le voyeurisme ou la tyrannie sont
commun » ; inhumaines.
© Editions Belin, 2013

22
HISTOIR E D ES A RTS
Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple,
1830, musée du Louvre, Paris. Huile sur toile, 260 x 360 cm. Page 43 du manuel

Eugène Delacroix : 1798-1863. Chef de file de peuvent ensuite être classées en fonction de ces
l’école du romantisme, ses tableaux sont souvent différentes pistes afin de faire un parallèle avec
mélancoliques, voire dramatiques. Son talent mul- le mouvement romantique. L’enseignant(e)
tiple comprend les portraits, les natures mortes, gagnera à attirer l’attention des élèves sur les
l’ornementation, les événements historiques. En dimensions du tableau pour les mettre en relation
1824, il obtint un premier grand succès avec Dante avec les premières réactions.
et Virgile aux Enfers, réalisé en 1822. Il rejette le
classicisme et effectue de nombreuses recherches 2 Chaque proposition doit être justifiée par un
sur les techniques picturales. Foisonnante, son élément pertinent du tableau. Le classement peut
œuvre comprend près de 800 tableaux et pein- ensuite être interrogé à partir des pistes de la
tures murales, environ 600 dessins et 100 litho- première question.
graphies et gravures.
L’analyse du tableau
L’impression immédiate 3 Le premier plan (tiers inférieur du tableau) est
1 On attend que les réactions des élèves celui de la dramatisation. Il montre des cadavres
© Editions Belin, 2013

évoquent conjointement l’aspect dramatique, vio- tombés pêle-mêle, donnant ainsi une impression
lent et exaltant du tableau. Les propositions de masse. La nudité de la dépouille de gauche

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 23


s’oppose à l’uniforme de celle de droite. Ces corps 4 Les réponses gagneront à conduire ou à
évoquent la représentation des martyrs dans la reprendre un travail sur le lexique (vrai, faux, réel)
peinture religieuse et l’on peut faire un lien entre pour déboucher sur la notion d’allégorie. L’ana-
le cadavre de gauche, largement dénudé dont les lyse de la composition du tableau visera à inter-
bras sont disposés en croix, avec les tableaux figu- roger les contrastes de couleur : brun dominant
rant la descente de croix du Christ. et les couleurs sombres qui s’opposent au blanc
Le deuxième plan (tiers central du tableau) est celui (la tunique de la femme renvoie à la toge antique
de l’action. Il concentre les personnages agissants. et la chemise du cadavre de gauche évoque le
À gauche, toutes les catégories sociales sont pré- linceul), mais aussi au drapeau tricolore, seule
sentes : des ouvriers, des militaires et le bourgeois, touche lumineuse dans le tableau.
qui est un autoportrait de Delacroix. La masse de 5 À ses pieds, un homme agenouillé tend les
foule se dessine derrière eux. Au centre, le seul yeux vers elle. Il convient d’interroger le sens
personnage féminin, pieds nus sur la barricade, donné à ce regard (espoir, supplication). On
le fusil à la main, a la poitrine dénudée. C’est elle retrouve dans cette posture la symbolique du
qui emmène le peuple dans son sillage, symboli- tableau religieux avec les marques de l’extase et
sant une mère guidant ses enfants. Sur la droite de l’adoration. Placé entre les personnages cou-
du tableau, un enfant marchant à ses côtés permet chés qui sont morts et ceux qui sont debout, c’est-
de développer cette hypothèse. Il porte des pisto- à-dire dans l’action, ce personnage occupe une
lets et une cartouchière. C’est Gavroche du roman place intermédiaire et reprend, par les couleurs
de Victor Hugo, Les Misérables. C’est un enfant du de son vêtement celles du drapeau. À lui seul, il
peuple, dont l’enthousiasme sans limite est dévoué symbolise la Nation et la détermination des mani-
à la cause qu’il défend. festants à obtenir gain de cause, quels qu’en
Le troisième plan (tiers supérieur du tableau) attire soient les sacrifices.
le regard sur le visage du personnage féminin (la
Liberté) dont la représentation renvoie autant à
6 On peut attendre que les élèves formulent des
hypothèses du côté du récit d’un événement
l’esthétique antique (drapé de la robe, pieds et
contemporain (Les Trois Glorieuses), mais aussi
poitrine dénudés) qu’à la femme du peuple. Sûre
d’une allégorie plus large de la Liberté qui défend
d’elle, elle ne craint pas les balles et regarde en
la cohésion nationale en guidant le peuple.
arrière pour galvaniser la foule qui la suit. Le fichu
rouge qu’elle porte sur la tête est un écho à la cou- La mise en contexte
leur de la Révolution et en fait un personnage cen-
tral. Enfin, c’est elle qui brandit le drapeau, autre 7 La recherche conduira à confirmer ou proposer
élément coloré qui se dégage de l’ensemble du de nouvelles pistes à la précédente question.
tableau, figurant ainsi un étendard pour guider 8 On attend que les élèves s’interrogent et pro-
l’assaut de la barricade. duisent une réflexion à partir de l’opposition entre
Le triangle matérialise la fonction lyrique et sym- les termes « belle révolution » et « avec de la
bolique du tableau. Il met en valeur la Liberté, dres- boue ». Leur réponse devra être argumentée.
sée sur la barricade. Elle ne s’arrête pas aux morts
qui sont les héros de cette révolution.
© Editions Belin, 2013

24
Séquence 3
Dans Madame Baptiste, que nous dit
Maupassant sur son temps ? Pages 44 à 59 du manuel

Introduction au travail sur la séquence


Madame Baptiste est une nouvelle parue le 28 novembre 1882, dans le
journal Gil Blas. Elle fut reprise en 1883 dans le recueil Mademoiselle Fifi.
Cette nouvelle montre l’aff rontement brutal des valeurs des différents pro-
tagonistes et permet de s’interroger sur le regard que la société de Maupassant
porte sur la violence sexuelle et sur ses victimes. Ce thème sera repris par Mau-
passant dans La Petite Roque.
Par ailleurs, ce texte permet aussi d’interroger le monde actuel. De quel
personnage de cette nouvelle nous sentons-nous le plus proche ? Nos valeurs
sont-elles tout à fait différentes ? Il serait intéressant de confronter, dans trois
nouvelles (Madame Baptiste, Ma femme, Le Papa de Simon), la façon dont Guy
de Maupassant rend compte du regard que la société de son temps porte sur la
sexualité féminine : qu’elles soient victimes d’un viol (Madame Baptiste), injus-
tement soupçonnées (Ma femme) ou mères célibataires austères et chastes (Le
Papa de Simon), une même condamnation les englobe, même sous les dehors
d’une nouvelle légère et souriante comme Ma femme.

SÉANCE 1 Comment l’intérêt du lecteur est-il


éveillé dans ce début de la nouvelle ? Pages 46-47 du manuel

LECTURE 3 La ville est présentée d’une façon négative. Le


narrateur accumule le lexique dépréciatif et semble
1 Le début de cette histoire est raconté par un ne s’adresser qu’à un lectorat partageant ses
narrateur qui s’exprime à la première personne.
convictions sur les petites villes de province. Dans
Il se trouve contraint d’attendre un train pour
le troisième paragraphe (lignes 8 à 11) toutes les
Paris, où on peut imaginer qu’il vit. Il attend dans
marques de la modalisation induisent une impres-
la gare de Loubain. Il se présente comme plein
sion défavorable : « sorte de boulevard » : impréci-
d’ennui : « Un morne découragement m’envahit »
sion dépréciative ; « acacias maigres » : absence
ligne 15 et il est impatient de quitter une ville qui
de beauté des arbres ; « maisons inégales et diffé-
ne présente pour lui aucun intérêt : « Que faire ?
rentes » : manque d’harmonie ; « maisons de petites
Que faire ? » ligne 15.
villes » : jugement dépréciatif, on comprend que le
2 Les paroles « Que faire ? Que faire ? » sont rap- narrateur les compare à Paris ; « sorte de colline » :
portées au discours indirect libre. Le lecteur a imprécision dépréciative de nouveau ; « comme si
© Editions Belin, 2013

ainsi accès au discours intérieur du narrateur et un parc » : on dirait qu’il ne s’agit même pas d’un
est invité à partager ses sentiments. vrai parc. Dans le quatrième paragraphe l’adjectif

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 25


qualificatif « morne » vient renforcer le substantif prononcées et invite ainsi le lecteur à assister à
« découragement » et semble résumer les senti- la scène. Tout d’abord le narrateur s’informe selon
ments du narrateur. Aux lignes 16 à 17, l’utilisation les règles de la courtoisie mondaine : « Je vous
des articles définis « l’interminable », « le petit demande bien pardon messieurs, […] sans
café », « l’illisible journal » insiste sur l’absence de connaître, d’ailleurs, le mort que vous accompa-
choix. De plus les préfixes négatifs des adjectifs gnez » ligne 37 à 40. Son portrait est ainsi com-
qualificatifs « interminable, inévitable, imbuvable, plété : il est courtois, habitué aux mondanités et
illisible » condamnent sans appel la petite ville de se présente comme un « libre penseur » capable
Loubain. d’intérêt pour qui lui ressemble. Un des « mes-
On pourrait s’interroger sur cette charge impla- sieurs » présents le corrige de façon lapidaire :
cable : Maupassant écrit-il pour un public convaincu « C’est une morte » ; ce qui nous permet de par-
(lecteur des journaux, habitant d’une grande ville) ? tager la surprise et l’intérêt du narrateur : « Ah ! »
Peut-on voir dans ces quelques lignes un exercice ligne 45.
de style jubilatoire que le lecteur est appelé à par-
tager avec la même mauvaise foi ?
ÉCRITURE ET ORAL
4 Le passage d’un enterrement vient perturber
le récit : « quand j’aperçus un convoi funèbre » 6 En séance 3, la question 4 permettra de
(lignes 17, 18). Pour le narrateur c’est l’occasion reprendre ce portrait pour le nuancer.
d’échapper à son terrible ennui. Sa réaction est Les principaux traits de caractère du narrateur
pour le moins inattendue : « La vue du corbillard doivent avoir été relevés et synthétisés. C’est un
fut un soulagement pour moi » ligne 20. Elle homme impatient, qui vit sans doute à Paris. Il
témoigne de l’originalité, mais aussi du cynisme est rempli de préjugés à l’égard des petites villes
du narrateur. Le lecteur peut sourire de cette réac- et ne recule pas devant les réflexions paradoxales.
tion ou être choqué par ce qui peut apparaître Il est libre penseur et prêt à accompagner un enter-
comme une absence d’empathie. Là aussi le por- rement pour tromper son ennui, certes, mais aussi
trait du narrateur gagnera à être nuancé après en signe de solidarité.
l’étude de la fin de la nouvelle.
7 Le caractère original du narrateur et ses
5 Un dialogue s’engage entre le narrateur et un outrances, retiennent l’attention du lecteur qui
des hommes suivant le corbillard. Il est rapporté partage très vite les sentiments du narrateur. Avec
au discours direct, ce qui donne vie aux paroles lui, il veut connaître l’histoire de la défunte.

SÉANCE 2 Dans cette nouvelle,


toutes les valeurs se valent-elles ? Pages 48-49 du manuel

Le viol est évoqué à mots couverts : « un valet la


LECTURE souilla » ligne 3. Le lexique de la saleté est appli-
qué à la petite fille violée. C’est elle qui semble
1 Le personnage qui a répondu aux questions porter l’infamie. On peut imaginer que Maupas-
du narrateur premier prend la parole pour racon-
sant ne désire pas choquer son lectorat, peu dési-
ter l’histoire de Mlle Fontanelle dont ils assistent
reux de lire un vocable considéré comme trop cru.
aux obsèques.
Par ailleurs, les conséquences immédiates sont
2 Mlle Fontanelle, avait onze ans lorsqu’elle fut terribles pour l’enfant : « Elle en faillit en mourir »,
© Editions Belin, 2013

victime d’un viol par un domestique de ses parents ligne 4. Le narrateur montre son indignation
nommé Baptiste. « misérable », « brutalité » ligne 4, « honteuses

26
pratiques de cette brute » ligne 6. Simultanément, 6lleLe secrétaire du sous-préfet s’éprend de
le narrateur déploie le champ lexical du pathé- M Fontanelle et l’épouse. Il oblige ensuite la
tique : « estropiée » ligne 4, « pauvre martyre » société de la petite ville, se considérant comme
ligne 5. Le choix du nom de famille de cette enfant bien-pensante, à accepter la présence de sa
n’est pas anodin car il rappelle une zone fragile femme. Paul Hamot, dont le lecteur apprendra le
sur le crâne des bébés dont les os ne sont pas nom un peu plus tard, apparaît comme très diffé-
encore soudés. Ce choix lexical évoque son inno- rent des habitants de Loubain. Il est libre : « un
cence et sa vulnérabilité tout en accentuant sa drôle de garçon qui avait mené la vie dans le Quar-
figure de victime. tier latin » lignes 58-59. Il sait braver les préjugés :
Mais c’est bien cette souillure que l’entourage « avec cette femme-là, je dormirai tranquille »
voit chez Mlle Fontanelle au fur et à mesure qu’elle ligne 62 ; il assume ses choix : « il fit des visites
grandit : « marquée d’infamie » ligne 7, « les de noces comme si rien n’était. » Ligne 64.
grandes personnes, qui auraient cru se tacher les
lèvres en touchant son front » lignes 8-9. ÉCRITURE ET ORAL
3 L’enfant est seule, isolée, incomprise, repous- 7 Avant de répondre à la problématique, les
sée quand elle cherche à rejoindre les autres élèves pourront établir la liste des personnages
enfants : « Elle restait toute seule » ligne 18. Elle de cette nouvelle et la mettre en regard des valeurs
suscite le dégoût : « comme si une contagion se qu’on peut leur prêter.
fût émanée de l’enfant » ligne 15 et le scandale : • Baptiste : le criminel. On peut imaginer que ses
« On disait tout bas : « Vous savez, la petite Fon- valeurs ne reposent que sur l’assouvissement de
tanelle. » lignes 10-11-12. Elle est malheureuse et ses pulsions. La nouvelle traite peu de lui car le
sans défense : « elle se mettait à pleurer, le cœur vrai sujet n’est pas tant la dénonciation du viol
crevant de chagrin » ligne 25, dans un monde où que celle des crimes plus sournois commis par la
tous lui sont hostiles – y compris ses parents. bêtise et les préjugés.
Cette description de Mlle Fontanelle exprime la • Les petits voyous. Ce sont de méchantes petites
pitié du narrateur et suscite celle du lecteur. brutes qui pensent que Mlle Fontanelle est dés-
honorée par le viol dont elle a été victime et qui
4 Les parents de l’enfant considèrent
me
leur fille
se moquent d’elle. On imagine que leurs valeurs
comme coupable : « M. et M Fontanelle consi-
reposent sur l’envie de s’amuser sans se soucier
déraient leur fille comme ils eussent fait d’un fils
des tourments qu’ils causent. Ils sont incapables
sortant du bagne. » (Lignes 53-54). Les habitants
d’empathie.
de la ville la considèrent comme contaminée :
• M. et Mme Fontanelle voient en leur fille une cou-
« comme si une contagion se fût émanée de l’en-
pable qui leur inspire un certain dégoût. Ils sont
fant » ligne 15. Les petits voyous rappellent à l’en-
incapables d’amour et de compréhension. Ils
fant le crime dont elle a été la victime : « Quelques
condamnent leur fille, pourtant victime, au nom
petits voyous l’appelaient « madame Baptiste »
de l’interdit qui frappe la sexualité féminine hors
lignes 41-42.
mariage. Ils obéissent aux préjugés de leur temps
5lleLe narrateur éprouve de la compassion pour sans s’interroger.
M Fontanelle. Il la plaint pour ce qu’elle a subi • Les habitants de la ville rejettent et méprisent
(voir questions 2 et 3) et réprouve les réactions Mlle Fontanelle et la considèrent comme impure.
de sa famille et de la ville (question 4). Mais au- Eux aussi partagent ce tabou sexuel qui leur fait
delà de ces sentiments de compassion, le narra- confondre, dans un même interdit, les bourreaux
teur manifeste de l’admiration pour la jeune fille : et les victimes.
« Elle était jolie et pâle, grande, mince, distin- • Le narrateur second éprouve de la compassion
guée », ligne 55. Sans partager les réactions de pour la défunte mais reste fortement influencé
l’entourage de la jeune fille, le narrateur n’a pas par la mentalité dominante.
pour autant le courage de manifester les senti- • Paul Hamot refuse les préjugés, il ose être amou-
ments, que la jeune fille lui inspire : « Elle m’aurait reux, compatissant et courageux. Il ne confond
© Editions Belin, 2013

beaucoup plu, monsieur, sans cette aff aire » pas victime et coupable et ne se conforme pas à
lignes 55-56. la pensée commune.

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 27


SÉANCE 3 Quel est l’enjeu de cette nouvelle ?
Pages 50-51 du manuel

LECTURE
Étude de la fin de la nouvelle 3 Le premier narrateur reprend la parole pour nous
1 Ce sont les paroles du chef de musique de Mor- confier ses sentiments : il est « très ému » ligne 51
millon qui déclenchent le drame : « Tu peux la gar- et manifeste de l’empathie pour le jeune veuf : « et
der pour Baptiste, ta médaille. Tu lui en dois même j’attendis, très ému, […] pour m’approcher du
une de première classe aussi bien qu’à moi. » pauvre garçon qui sanglotait et lui serrer énergi-
Lignes 13-14-15. Ces paroles, qui assimilent le quement la main. » Lignes 51-52-53. Il a oublié son
violeur à un premier amant, suscitent la colère du ennui premier et justifie sa place dans la pauvre
mari de Blanche : « M. Hamot avait saisi à la gorge cérémonie funéraire de Mme Hamot : « Et je ne
ce grossier personnage » ligne 35 et frappent regrettai pas d’avoir suivi ce convoi. » Ligne 55.
Mme Hamot de folie : « avez-vous jamais vu une 4 Au premier portrait du narrateur brossé en fin
femme devenir folle ? » ligne 18. Elle est de nou- de première séance, il faudrait ajouter un certain
veau confrontée à la bêtise et à la méchanceté nombre de traits de caractère : il éprouve de la com-
qu’elle avait connues avant son mariage. passion pour M. et Mme Hamot. Le geste qu’il effec-
tue : « serrer énergiquement la main [de ce pauvre
2 Le narrateur présente les sentiments que sus-
garçon] » montre qu’il ne craint pas de montrer ses
citent les remises de médailles : « Vous savez que
sentiments et qu’il reconnaît, sans doute, entre le
dans ces affaires-là il y a toujours des jalousies
secrétaire du sous-préfet et lui une certaine fra-
et des rivalités qui font perdre la mesure aux
ternité, née peut-être de la vie à Paris. Elle les a
gens. » Lignes 6-7. Il énonce son jugement sur le
affranchis de la pensée commune et des préjugés.
peuple – et par là même s’en départit – : « Le peuple
Ces deux derniers paragraphes apportent de la
n’est pas charitable ni délicat » lignes 16-17. Il
profondeur au premier narrateur qui avait pu
plaint Mme Hamot : « Ça fendait le cœur de la voir. »
paraître, aux yeux du lecteur, un peu superficiel
Ligne 34. Mais ses propos en même temps la
et prompt aux jugements à l’emporte-pièce.
condamnent : selon lui, elle ne pouvait connaître
la rédemption. Il semble, cruellement, approuver Étude de l’ensemble de la nouvelle
le suicide de la jeune femme : « C’est peut-être ce 5 Grâce au récit enchâssé, le lecteur entend deux
qu’elle avait de mieux à faire dans sa position. Il voix, deux points de vue sur l’histoire. Si le nar-
y a des choses qu’on n’efface pas. » Lignes 45-46. rateur second fait preuve de compassion, il est
Sans partager les valeurs de la petite ville (préju- néanmoins lié à sa petite ville dont il n’est pas
gés, assimilation d’un viol à une relation sexuelle capable d’aff ronter les injustices. En revanche,
consentie…) il n’ose pas les combattre ouverte- le narrateur premier semble exempt de préjugés
ment. Sa compassion ne va pas jusqu’à l’action. et capable de courage.
Ce second narrateur semble pourtant une autorité
morale qui connaît bien la petite ville, ses his-
toires et ses réactions. Il hiérarchise les différents
groupes sociaux et condamne le peuple. Il déplore ÉCRITURE ET ORAL
les comportements qui ont humilié l’enfant puis 6 Paul Hamot fait preuve d’amour, de courage
la jeune femme : en cela il semble se démarquer et d’absence de préjugés ; il est le seul à être pré-
des autres. Il fait preuve de compassion pour senté de cette façon. Il a été capable de passer
Mme Hamot. Néanmoins durant toute l’histoire outre les convenances pour épouser Blanche qu’il
racontée il se présente comme un témoin compa- aimait, de la faire sortir de l’état de disgrâce dans
tissant mais n’ayant jamais le courage d’intervenir lequel elle se trouvait. Le narrateur premier peut
directement pour affronter les valeurs de la petite également être cité ici, étant donné son ouverture
© Editions Belin, 2013

ville qu’il désapprouve sans s’y opposer d’esprit et sa compassion pour cet homme qu’il
directement. ne connaissait pas.

28
7 On acceptera, bien entendu, toutes les 8 Certes, la nouvelle condamne le viol dont a
réponses, sans pour autant négliger l’interroga- été victime l’enfant, mais elle condamne surtout
tion sur le fait que les victimes de viol, femmes les réactions scandaleuses des divers habitants
ou hommes, hésitent souvent à porter plainte – et de la petite ville qui ostracisent l’enfant puis la
qu’il est même presque impossible dans certains jeune fille. Ce n’est pas seulement Baptiste qui
pays de porter plainte. On pourra aussi évoquer mène Mme Hamot au suicide. Ce sont aussi les
les viols pratiqués systématiquement comme arme habitants, par leurs quolibets, leurs préjugés,
de guerre. leur bêtise. Pourtant ces derniers ne tombent sous
le coup d’aucune loi et ne seront pas punis.

ÉVALUATION Pages 52-53 du manuel

COMPÉTENCES DE LECTURE Lorsqu’elle épouse M. Hamot, son statut est trans-


formé : « il lui avait rendu l’honneur », lignes 1-2.
Madame Baptiste, extrait 1
Elle semblait irrémédiablement destituée aux yeux
1 (2 points) Mlle Fontanelle apparaît comme très de la société et ce mariage inespéré lui rend la
différente des autres jeunes filles. Elle semble por- considération de ses semblables « les personnes
ter le poids de la faute que la ville lui impute : elle les plus chatouilleuses lui ouvrirent leurs portes »,
marche « les yeux toujours baissés sous la honte lignes 6-7. Elle éprouve une reconnaissance très
mystérieuse qu’elle sentait peser sur elle ». L’emploi vive pour cet homme qui a osé aller à l’encontre
de l’adjectif « mystérieuse » et du verbe « sentait » des convenances pour l’épouser : « elle adorait
qui indique la sensation mais non la connaissance, son mari comme un dieu. » Ligne 1.
montre l’innocence sexuelle et morale de la jeune
fille qui ne semble pas comprendre ce que tous lui 3 (2 points) Aucune fin heureuse ne peut être ima-
reprochent. Les autres jeunes filles semblent beau- ginée par le lecteur puisqu’il sait depuis le début de
coup plus averties de ce qui est arrivé à Blanche la nouvelle que Mme Hamot s’est suicidée et que le
et de ce qu’on lui reproche : « moins naïves […] » la clergé a refusé des obsèques religieuses. Sa curio-
regardent « sournoisement ». sité ne porte pas sur l’issue de la nouvelle, mais sur
la façon dont cette issue a pu se produire.
Madame Baptiste, extrait 2
2 (3 points) Le portrait de Blanche Fontanelle Article de Georges Vigarello
est celui d’une enfant disgraciée et déchue qui vit 4 (3 points) Le texte de Georges Vigarello pré-
recluse, à la fois pour la protéger : « dans la crainte sente le monde décrit par la nouvelle comme étant
incessante de quelque nouvelle et terrible aven- insensible à la douleur morale. On peut donc pen-
ture » lignes 2-3 ; mais également parce qu’elle ser que les valeurs de Maupassant, qu’on imagine
est victime du mépris des autres : « la honte mys- proches de celles du narrateur premier, sont aussi
térieuse qu’elle sentait peser sur elle », lignes 3-4. peu répandues dans la société de son temps que
Ses semblables la raillent et la fuient, comme s’ils dans l’histoire racontée.
avaient peur d’être souillés à leur tour : « sournoi- On pourra, lors de la correction, lire aux élèves
sement », ligne 5 ; « ricanaient », ligne 5 ; « détour- ces deux extraits, écrits par Maupassant. Le pre-
naient bien vite la tête », ligne 6 ; « On la saluait mier : « Nous vivons dans une société aff reusement
à peine. » Ligne 8. Elle souff re secrètement de bourgeoise, timorée et moralisatrice (ne pas
cette situation : « les tortures secrètes de son confondre avec morale). Jamais, je crois, on n’a
© Editions Belin, 2013

âme », ligne 11 ; « elle ne parlait guère et ne riait eu l’esprit plus étroit et moins humain » (« Le Pré-
jamais », lignes 11-12. jugé du déshonneur » Le Gaulois, 26 mai 1881).

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 29


Cette chroniques complète existe en ligne : http:// les réponses déjà obtenues et de les synthétiser.
f r.w ik is o urce .or g/w ik i/L e _ P réjug é _ du _ Il serait utile que les élèves puissent avoir accès
déshonneur à l’ensemble de la séquence (textes, notes de
Le second : « Et le nombre est tel des idées fausses, cours, travaux effectués en classe…) afin qu’ils
des opinions stupides mais indéracinables, des puissent se concentrer sur la rédaction et la struc-
croyances saintes mais imbéciles, des supersti- ture demandée sans être arrêtés par le sujet,
tions invincibles, des coutumes antiques mais apparemment complexe.
honteuses, des usages établis mais monstrueux, On les invitera à relire, notamment, les réponses
acceptés, pratiqués par tout le monde sans aux questions 2 et 4 séance 2 ainsi que les
contrôle, sans résistance, sans révolte, respectés, réponses 1 et 2 séance 3.
au contraire, accueillis comme si un Dieu nous Si nécessaire on commentera avec eux le texte
les eût révélés dans sa miséricorde, qu’il est de Georges Vigarello (et notamment ce qu’on
impossible de s’en dégager. » (« À propos de rien », nomme « douleur morale ») avant de les inviter à
Gil Blas, 30 mars 1886). Cette chroniques com- rédiger.
plète existe en ligne : http://www.poesies.net/ On peut aussi proposer un sujet d’écriture lié au
guydemaupassantchroniques6.txt photogramme de l’évaluation :
« Dans ce photogramme, comment apparaissent
les relations entre Mlle Fontanelle et ses parents ?
COMPÉTENCES D’ÉCRITURE (Vous pourrez étudier notamment la place des
(10 points) personnages, leur attitude, les expressions…)
5Le sujet proposé peut sembler difficile à la Que pensez-vous de l’expression des parents de
première lecture, pourtant il permet de reprendre la jeune fille (relisez les lignes 44 à 54, séance 2) ?

C A PA CIT É S E T AT TIT U D E S
Écrire une nouvelle réaliste Pages 54-55 du manuel

Afin d’aider les élèves à suivre toutes les étapes du travail, vous pouvez leur proposer la grille ci-
dessous : ils pourront en cocher les éléments au fur et à mesure de la réalisation du projet.

Cocher quand le
Étapes Critères
critère est respecté
Identifier le cadre spatio-temporel.
Analyser l’incipit d’une Classer les informations sur le héros.
nouvelle réaliste
Préciser le point de vue du narrateur.
Choisir le sentiment à susciter chez le lecteur (scandale,
eff roi, pitié, tendresse…) et les procédés pour le rendre.
Choisir les valeurs des personnages (noblesse d’âme, peti-
tesse, vénalité, innocence…) et les procédés pour les décrire.
Tracer les grandes lignes
de la nouvelle Observer l’image et en tirer des éléments pour décrire l’am-
biance qui imprégnera l’histoire.
Déterminer l’intrigue qui procède de la situation initiale (inci-
© Editions Belin, 2013

pit de Maupassant) : élément perturbateur, série de trans-


formations, élément équilibrant, situation finale. …
30
… Répartir le travail.
Rédiger sa partie.
Organiser et réaliser
Vérifier la cohérence entre les segments rédigés par chacun
le travail de rédaction
et par rapport à l’intrigue.
de la nouvelle
Donner un titre.
Mettre en page (titre, auteur, corps de la nouvelle).
Relire la nouvelle en suivant le tableau ci-dessus.
Évaluer le résultat Donner son avis sur les caractéristiques recherchées pour
cette nouvelle.

G RA M M AIR E
LES CONNECTEURS SPATIAUX ET TEMPORELS Page 56 du manuel

1 Dans l’extrait, les connecteurs temporels sont d’étude en lettres blanches tout en bas : « For Stu-
les suivants : « soudain » ; « puis » (deux occur- dents of French Intermediate Standart ».
rences). Le premier connecteur : « soudain », Cette couverture illustre plutôt bien la nouvelle,
indique que cette lassitude est subite, inattendue. dans la mesure où ses couleurs ternes reflètent la
Il va falloir que le narrateur adapte son compor- tristesse de l’histoire, que la sobriété de l’image
tement en conséquence. Les suivants : « puis », rappelle la solitude et l’isolement dont Mlle Fonta-
marquent un ordre dans les faits. Le voyageur nelle est victime. L’attitude de la jeune femme rap-
cherche à retracer les étapes de sa halte à Lou- pelle les sentiments négatifs que peut éprouver
bain, des circonstances et du cheminement de le personnage. Par ailleurs, l’édition se sert de ces
son raisonnement qui l’on amené à suivre le convoi particularités pour mettre en valeur la spécificité
funéraire. pédagogique qu’ils ajoutent. Ils se servent des
espaces vides pour ajouter des informations sur
2 Le haut de la couverture de la nouvelle Madame le niveau de langue étudié et ils créent un contraste
Baptiste de Guy de Maupassant est composé d’un
entre les couleurs ternes de l’image de départ et
bandeau blanc. En son centre, il est marqué « Lire
celles plus voyantes de leurs pictogrammes.
en français ». Cette inscription se trouve au-des-
sus d’un pictogramme représentant un livre aux 3 Dans l’extrait, les connecteurs spatiaux sont
couleurs du drapeau français. Ensuite, le premier les suivants : « à l’[…] » ; » ; « près de » ; « en haut » ;
tiers supérieur est composé d’un cadre blanc qui « de là » ; « devant ». Mouret s’est déplacé, puisqu’il
indique le nom de l’auteur et de la nouvelle : « n’était plus à l’entresol ». Il est monté, de façon
« MAUPASSANT Madame Baptiste et autres nou- à surplomber son magasin et ses clients. Cette
velles ». Au milieu, un trait noir sépare le nom du domination lui permet de prendre pleinement
titre. Les deux tiers inférieurs de la couverture conscience de sa réussite et de l’emplir de fierté.
sont occupés sur la droite par le portrait d’une
jeune femme, sans doute vêtue comme les contem-
poraines de Maupassant. On peut voir son profil
LES DISCOURS R APPORTÉS
gauche. Elle porte un chapeau et une robe gris. 1 – Je pensai : « Voilà un enterrement civil ». Cette
Elle a l’air mélancolique ou rêveuse. En bas à phrase est au discours direct. C’est le moyen le plus
droite, le logo bleu, blanc, rouge et la mention fidèle de rapporter les paroles. Cela permet de
« Les Langues MODERNES ». Le tiers gauche de connaître exactement la pensée du narrateur et
© Editions Belin, 2013

l’image est très dépouillé. On ne voit que le fond participe à rendre l’écriture de cette nouvelle
sombre de l’illustration et une indication de niveau réaliste.

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 31


– Ils se demandaient certainement si j’étais de à se rapprocher du réel. Citer ce qui a été dit
la ville. Cette phrase est au discours indirect libre. implique l’exhaustivité et la précision.
Elle permet de rapporter l’hypothèse qu’écha-
faude le narrateur sur les autres, et non une infor- 2 Il s’agit d’un échange au discours direct entre
mation véridique et vérifiable. Ce type de discours le narrateur premier et le narrateur second. Ce
est plus adapté pour une telle situation. passage permet de varier le rythme de la narra-
– Elle était devenue pour la ville une sorte de tion, car jusqu’ici, le narrateur premier racontait
monstre, de phénomène. On disait tout bas : l’histoire seul. Ce type de discours est le plus pré-
« Vous savez, la petite Fontanelle. » Cette phrase cis. Le fait de s’en servir au moment qui rapporte
est discours direct. Ici encore, l’écriture cherche dans quelles circonstances cette histoire a été sue
permet d’en renforcer l’impression de véracité.

l exiq u e
PORTR AIT PHYSIQUE E T MOR AL Page 57 du manuel

1 Mots et expressionslle qui dessinent le portrait qu’ils mettent en valeur les traits physiques et
moral et physique de M Fontanelle enfant : « toute moraux du personnage, qu’ils remarquent s’il
seule » ; « air triste » ; « timidement » ; « gestes crain- s’agit d’un portrait statique ou en action en jus-
tifs » ; « un pas furtif » ; « consciente de son indi- tifiant leurs arguments par des relevés textuels
gnité » ; « demeurait isolée, éperdue » ; « elle courait précis. Ils devront expliquer de quelle façon ce
se cacher la figure, en sanglotant ». Ce portrait en portrait est composé. Il leur faudra expliquer en
action ne décrit pas le physique de la petite fille, quoi ces particularités participent à rendre le per-
mais ce qu’elle ressent en étant exclue et les consé- sonnage romantique.
quences sur sa façon d’agir. La honte qui l’entoure
est telle qu’elle en est consciente, qu’elle voit les
5 a. On attend que l’élève donne une identité au
personnage représenté. Il peut s’agir d’un prénom
autres agir en conséquence et que cela détermine
et d’un nom. Il peut également donner des liens
également sa façon d’être.
de parenté (exemple : la mère du peintre, un
2 Le portrait physique et moral des enfants qui modèle). Le situer dans un cadre signifie donner
l’entourent se construit en opposition par rapport un contexte à cette image et imaginer où elle a
à elle. On remarque qu’ils sont d’abord caracté- été peinte (dans l’atelier du peintre, chez cette
risés de façon floue : « les autres gamins » ; et jeune femme) ; à quelle occasion (commande d’un
qu’ils « s’amusaient ». À l’arrivée de la petite s’op- client, occasion spéciale).
pose « un groupe », qui est ensuite décomposé b. Il s’agit d’effectuer d’abord une description
au profit de personnalités plus précises : « les factuelle de ce qu’on voit du tableau, puis de glis-
fillettes », comme si, à l’arrivée de la disgraciée, ser dans le portrait moral et d’ajouter le cadre
il fallait souligner l’innocence et la naïveté des que l’élève a créé dans la question précédente.
autres petites filles parce que leurs mères Cela permet d’introduire la question suivante.
craignent qu’elles se souillent au contact de la c. L’élève peut relier ce qu’il voit de ce portrait qui
victime. serait un court instant d’une situation dans
laquelle le sujet serait en action ou statique. Il
3 On attend de l’élève qu’il choisisse un person- faudrait expliquer pour quelles raisons, quelles
nage tiré de ses lectures, du manuel ou du cinéma.
sont les pensées de cette dame, celles du peintre.
Il devra expliquer ce qui, selon lui, est en désac-
d. Leur impression à la vue de ce tableau, qu’elle
cord dans ce portrait en présentant et en analy-
soit favorable ou défavorable, doit être exprimée
sant la description.
de façon imagée en employant les figures de style
© Editions Belin, 2013

4 Le choix du personnage dans la séquence sur appropriées (voir la fiche « Exprimer l’analogie,
le romantisme est libre. On attend des élèves la ressemblance », page 106 du manuel).

32
m éth o des
U T ILISER SES CONNAISSANCES Page 59 du manuel

Entraînez-vous
1. La consigne implique une relecture attentive • Classer les relevés selon qu’ils renseignent sur
des extraits pour sélectionner les passages qui le portrait physique ou psychologique du
apportent strictement des éléments de réponse personnage.
à la question. • Commenter ce qui semble être particulier à
• Au brouillon, recopier ou prendre les références Katniss.
précises des citations qui semblent pertinentes, • Élargir la réflexion à d’autres personnages
puis indiquer à quel moment du roman elles appa- contemporains
raissent (début, milieu, fin). Par exemple :
• Relire son relevé pour distinguer l’aspect positif La singularité de l’héroïne de Hunger Games, Kat-
et négatif de cette époque. niss tient à la résistance dont elle fait preuve tout
• Rédiger la réponse en intégrant une sélection au long du roman. Elle vient bousculer l’image
pertinente des citations relevées (il ne s’agit pas insouciante de l’adolescence. Dans un monde qui
d’être exhaustif). ne garantit plus la protection aux enfants, elle
• Vérifier que les citations rendent bien compte doit combattre pour vivre. Sa survie et celle de
des différents regards que Zola pose sur son son district dépendent de sa détermination, de
époque et qu’elles sont inscrites entre guillemets son observation et de sa capacité à masquer ses
pour se distinguer de votre propre réponse. émotions : « J’ai appris à tenir ma langue, à mon-
Par exemple : trer en permanence un masque d’indifférence afin
Dans son roman Au Bonheur des Dames, Zola que personne ne puisse jamais deviner mes pen-
décrit les bouleversements du commerce à travers sées. » Elle s’apparente aux héros et héroïnes
le personnage d’Octave Mouret qui apparaît aux antiques qui doivent suivre leur destin sans s’api-
yeux des autres commerçants comme un arriviste : toyer sur leur sort. D’ailleurs, le roman est large-
« Toutes les chances ! » La description du person- ment inspiré de la légende de Thésée. Katniss a
nage en fait un héros hors du commun : « ce Pro- une mission à accomplir, quelle que soit l’horreur
vençal passionné », « son audace ». Il projette des qu’elle doit connaître. Elle se rapproche d’autres
idées nouvelles et veut révolutionner le monde personnages comme par exemple, Luke Skywal-
du commerce, c’est « un étalagiste révolution- ker dans Star Wars, Maximus dans Gladiator ou
naire ». Zola manifeste ainsi son engouement pour Lisbeth Salander dans Millenium.
la modernité. Cette attitude montre également 3. Pour construire sa réponse, l’élève doit prendre
une ambition démesurée qui tourne au mépris : en compte l’intention recherchée par Maupassant.
« Mouret haussa les épaules, dans un mouvement Selon que le lecteur se place du côté de l’héroïne
d’écrasant dédain ». Cependant, l’échec rencontré ou qu’il adopte le point de vue d’un lecteur plus
par ce dernier pour conquérir Denise va le conduire distancié, les réactions peuvent être différentes :
à lâcher son orgueil et retrouver un peu d’huma- compassion pour Madame Baptiste ou son mari ;
nité : « Avoir bâti cette machine géante, régner révolte ou dégoût vis-à-vis des personnages qui
sur un pareil monde, et agoniser de douleur, parce poussent l’héroïne vers la mort. Dans les deux
qu’une petite fille ne veut pas de vous ! » Cette cas, la justification devra s’appuyer sur les
transformation du personnage permet à Zola de marques du réalisme et sur les quelques paroles
dénoncer une société qui croit pouvoir tout obte- rapportées qui illustrent la nouvelle.
nir par le pouvoir de l’argent.
Par exemple :
2. La consigne conduit à synthétiser les questions – Dans ce récit, l’emploi de la première personne
qui renvoient au portrait de Katniss. est un procédé réaliste : elle donne l’illusion que
© Editions Belin, 2013

• Relire les extraits en relevant les marques de cette histoire est racontée par des témoins directs
cette singularité. et contemporains de l’événement, ce qui touche

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 33


davantage le lecteur. Il se sent plus directement atteindre le mari à travers sa femme : « Tu peux
sollicité. la garder pour Baptiste, ta médaille. » Ensuite, la
– Dans la même visée réaliste, les indications de bêtise de la foule qui reprend l’insulte en chœur
lieu sont précises, les descriptions vraisem- sans que personne ne réagisse, montre combien
blables. Ces choix narratifs permettent de créer l’être humain manque de discernement. Enfin, la
une illusion de réel. conclusion du récit est brutale : « C’est peut-être
– Ce type d’écriture cherche à susciter la com- ce qu’elle avait de mieux à faire dans sa position.
passion et (ou la révolte) du lecteur en insistant Il y a des choses qu’on n’efface pas. » Cette affir-
sur l’injustice du comportement des habitants du mation révèle que le regard de la société enferme
bourg. Ils rejettent la jeune fille, comme si elle Blanche dans sa souff rance, sans chercher à faire
était responsable du viol qu’elle a subi : « Elle était preuve de compréhension. À cela s’oppose la der-
devenue pour la ville entière une sorte de monstre, nière phrase prononcée par le narrateur : « je ne
de phénomène. On disait tout bas : « Vous savez, regrettai pas d’avoir suivi ce convoi. » Il est heu-
la petite Fontanelle. » De même, dans sa violente reux d’avoir pu prouver sa sympathie à Monsieur
réplique, le chef de musique du bourg voisin, vexé Hamot qui en est très touché. Maupassant cherche
de ne pas avoir obtenu la première médaille, fait à faire réfléchir le lecteur sur l’étroitesse d’esprit
preuve d’une bassesse flagrante. Il cherche à dont peut faire preuve la société.
© Editions Belin, 2013

34
Séquence 4
À travers le personnage d’Octave Mouret,
quel regard sur la société de son époque
Zola propose-t-il ? Pages 60 à 75 du manuel

Introduction au travail sur la séquence


Cette séquence propose un parcours de lecture dans une œuvre patrimo-
niale du xixe siècle. Elle se compose de cinq séances et d’une évaluation. Les
extraits choisis permettent de suivre l’évolution du début à la fin du roman du
personnage Octave Mouret, directeur du grand magasin Au Bonheur des dames.
Dans le cadre de cette séquence, l’élève prend conscience de ce qu’un per-
sonnage de fiction, ancré dans une époque, peut dévoiler de la réalité et de ce
qu’il peut révéler sur le projet de son auteur. Le portrait et son lexique concer-
nant le physique et le moral, la notion de personnage, les procédés de la carac-
térisation, les expansions du nom, les discours rapportés et la connotation sont
travaillés dans cet objet d’étude. L’analyse de cette œuvre conduit l’élève à déve-
lopper les attitudes inscrites dans l’objet d’étude.

SÉANCE 1 Que révèle le début du roman


sur le personnage d’Octave Mouret ? Pages 62-63 du manuel

Cette première séance nous fait découvrir Octave Caroline hérite de tout. Elle épouse Octave Mouret
Mouret, personnage central du roman, autour en secondes noces mais décède rapidement. Son
duquel est construit ce parcours de lecture. Les époux recueille alors sa fortune, devenant le seul
extraits étudiés donnent des indices sur son et unique propriétaire du magasin.
ascension sociale et permettent de brosser un
premier portrait qui sera complété par la suite.
2 La phrase « Toutes les chances ! » au discours
indirect libre, peut être prononcée par le narrateur
ou par les petits commerçants, comme M. Baudu,
LECTURE qui subissent la concurrence des grands maga-
sins. Tout semble réussir à son concurrent, qui
Étude du 1er extrait fait des jaloux et des envieux dans le monde du
1 Octave Mouret est un provençal arrivé à Paris commerce. Cette phrase, répétée au début et à
pour y faire fortune. Au début de sa vie parisienne, la fin de l’extrait, encadre le résumé du parcours
il multiplie les conquêtes féminines et sa réputation de Mouret en créant un effet d’insistance à propos
n’est pas enviable. Sa rencontre avec Mme Hédouin, de la chance et de la facilité avec lesquelles il a
fille de l’un des frères Deleuze, l’un des fondateurs gravi les échelons professionnels. Cela semble
© Editions Belin, 2013

du magasin Au Bonheur des dames est détermi- presque trop pour n’être que le fruit du hasard.
nante pour lui. Ayant perdu son père et son oncle, Le lecteur pourrait se demander si Mouret n’a pas

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 35


aidé le destin en agissant malhonnêtement. La sur lequel il peut s’appuyer, un collaborateur de
dernière exclamation clôt ce retour en arrière en qualité à qui il confie des responsabilités.
montrant qu’au moment où le récit est fait, Mou- Octave Mouret fait figure de héros réaliste car au
ret a encore un brillant avenir devant lui, car ses début du roman, il est identifié très précisément.
concurrents n’ont pas son envergure. Ils ne On connaît son nom, son prénom et son passé :
peuvent pas rivaliser avec lui et périclitent. « Un garçon tombé du Midi à Paris », des « histoires
de femme », le « scandale d’un flagrant délit ». Les
Étude du 2e extrait circonstances de son ascension sociale sont éga-
3 Fidèle à son poste, Mouret se rend tous les lement précisées puisque la « conquête brusque
matins dans son bureau, « solide », « l’œil vif », et inexplicable de Mme Hédouin », lui permettra de
« la peau fraîche », « tout à sa besogne », malgré devenir, une fois veuf, l’unique propriétaire du Bon-
une vie nocturne bien remplie. En début de car- heur des dames. Son caractère est présenté avec
rière, son manque de sérieux, son « apparente ses qualités et ses défauts, mais on retient surtout
étourderie » et ses « histoires de femme inquié- l’image d’un « Provençal passionné », remarquable
tantes » auraient pu lui être préjudiciables, mais par « son audace » et « sa grâce victorieuse ».
ses qualités, dont son « coup de génie », son
« audace » et sa « grâce victorieuse », l’ont emporté Étude de l’image
sur ses défauts. Entouré de ses « lieutenants », il 6 Dans son bureau cossu, Mouret apparaît jovial
« gouverne », règne en « roi absolu » sur son grand dans une posture assez décontractée. Il est assis
magasin, sorte de citadelle imprenable, qu’il a sur son bureau et porte un costume dont il a ôté
façonnée à sa manière. Homme de génie, travail- la veste. Il est élégant et séduisant. On devine
leur acharné, audacieux et passionné par les chez lui de l’assurance et un certain succès auprès
affaires, il impose le respect. des femmes. À l’arrière-plan, on observe un
tableau, le portrait de sa défunte épouse. Ce pho-
4 « Fils d’un fermier pauvre des environs de togramme reprend assez fidèlement les indica-
Limoges », Bourdoncle a débuté sa carrière au
Bonheur des dames en même temps que Mouret, tions données dans le passage descriptif du
mais n’a pas évolué de la même manière. Pourtant bureau de l’extrait numéro 2 (lignes 7 à 9).
« très intelligent » et « très actif », il n’a pas su
égaler le talent de son camarade. Peu à peu, il a
gravi les échelons pour devenir un des fidèles ÉCRITURE ET ORAL
« lieutenants du patron ». 7 Si oui, on sera sensible à son ascension spec-
Les verbes ou expressions : « s’était incliné », taculaire grâce à des qualités personnelles hors
« obéissant », « et cela sans lutte », « s’était exé- norme : audace, passion pour les aff aires, dyna-
cuté », « lui confiant même l’héritage » constituent misme, travail.
le champ lexical de la servilité, témoignent du Si non, on critiquera son arrogance, la manière
caractère faible du personnage. En effet, Bour- dont il a obtenu sa fortune par son mariage avec
doncle s’est effacé et a accepté d’endosser le rôle Caroline Hédouin, sa soif de profit toujours plus
de faire-valoir pour permettre à Mouret de briller grand et on le qualifiera d’arriviste, prêt à tout
et de régner en maître, après lui avoir confié toute pour réussir.
sa richesse. Sans doute est-ce la preuve d’une
confiance absolue et d’un manque de personna- 8 Ce début de roman révèle plusieurs aspects
lité notoire. Le portrait de cet « homme sage », du personnage. Octave Mouret est présenté
contraste donc terriblement avec celui de Mouret, comme un homme, qui parti de rien, est monté à
homme moins sérieux mais plus passionné. Paris pour y faire fortune. Il doit son ascension
sociale à son mariage avec Mme Hédouin dont il
Comparaison des deux extraits héritera. Son audace, son travail, son sens des
5 Mouret et Bourdoncle ont deux personnalités affaires et sa force de persuasion (sur ses conseils,
totalement opposées. L’un incarne l’audace et l’in- Bourdoncle place l’héritage de sa tante dans le
souciance, l’autre le sérieux et la stabilité. C’est magasin), font de lui un homme respecté et envié.
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en ce sens qu’ils sont complémentaires. Bour- Pour régner sur son empire, il sait s’entourer de
doncle est pour Mouret un homme de confiance gens compétents, dignes de confiance.

36
SÉANCE 2 En quoi le génie commercial
de Mouret révèle-t-il un personnage hors
du commun ? Pages 64-65 du manuel

Cette séance s’intéresse aux méthodes avant-gar- convaincu de la réussite de sa stratégie commer-
distes du patron du Bonheur des dames, qui ne ciale : « Oui ! oui » ligne 3, « cette soie ! » ligne 13,
font pas l’unanimité. Risquées pour certains, dan- « sans compter » ligne 19. Les points de suspen-
gereuses et suicidaires pour d’autres, elles n’en sion sont utilisés pour montrer que Bouthemont
demeurent pas moins novatrices. Mouret apparaît se rallie aux idées de Mouret, car elles servent
comme un homme d’affaires hors du commun, ses intérêts personnels, mais il n’en est pas moins
acteur de l’essor des grands magasins. sceptique. Le point d’interrogation utilisé à la
ligne 16 : « Après ? » montre un certain dédain pour
les propos de son interlocuteur, voire même de
LECTURE la moquerie. La ponctuation utilisée dans ce dia-
logue nous renseigne sur l’ambition impulsive et
Étude du 1er extrait
confiante de Mouret. Ses stratégies commerciales
1 Les idées de Mouret paraissent surprenantes, souvent incomprises, poursuivent toujours le
voire même effrayantes, si l’on en croit la présence même but : accroître sa fortune. Il spécule sur la
dans cet extrait, des termes « tremblait », « effa- faiblesse des femmes et sur leur crédulité pour y
rement », « craintes », « peur » qui créent le champ parvenir.
lexical de la peur en caractérisant le ressenti de
son entourage. L’emploi des verbes « blâmer », Étude du 3e extrait
« accuser », « tremblait », montre l’ambivalence
des sentiments à son égard. Certaines personnes
4 Si Mouret a le sens des affaires, il a aussi un
réel talent d’étalagiste et un souci de l’esthétisme
condamnent les agissements de Mouret alors que très prononcé. Il ose le mélange des couleurs.
d’autres les redoutent par peur d’être ruinés. Le Son objectif est de surprendre, d’éblouir ou même
pronom impersonnel « on » renvoie à son entou- d’aveugler la cliente au point d’en « avoir mal aux
rage professionnel, qu’il s’agisse de ses employés, yeux ». Pour que les recettes soient importantes,
de ses vendeurs, ou de ses collaborateurs qui il mise sur l’abondance, la variété des marchan-
n’adhèrent pas à ses idées et n’apprécient pas dises et sur la vivacité des couleurs. On retrouve
ses prises de risques. le champ lexical de l’abondance : « colossal »,
2 Face à ses détracteurs craintifs, Mouret est « écroulements », « éventrés », et celui de l’éclat,
persuadé de réussir. Il se montre conquérant et de la vivacité des couleurs : « gammes écla-
confiant comme le prouve le champ lexical de la tantes », « flambants », « couleurs ardentes »,
victoire : « vaincre », « gaieté triomphante », « cer- « s’aviver » qui le prouve.
titude des millions », « qui ne peut être trahi »,
« beau rire de confiance ». C’est un homme d’action Comparaison des trois extraits
qui voit grand et qui s’enthousiasme pour de 5 Témoin de son temps, Zola prête à son per-
grands projets, comme par exemple l’agrandis- sonnage certaines valeurs de son époque. Octave
sement de son magasin. La tournure exclamative Mouret incarne le nouveau commerce et les
de la phrase : « la maison est trop petite ! », ren- méthodes commerciales de certains directeurs
force cette idée. Cet extrait confirme l’audace et de grands magasins, comme par exemple, Aris-
la ténacité de ce personnage ambitieux, que rien tide Boucicaut, patron du Bon Marché. L’audace
ne semble arrêter. est le trait commun de ces hommes qui, sous le
Second Empire, ont su profiter des mutations de
Étude du 2e extrait leur société pour faire fortune et satisfaire leurs
© Editions Belin, 2013

3 Les points d’exclamation montrent l’enthou- ambitions personnelles. Rivalisant d’ingéniosité,


siasme et l’assurance d’un homme passionné, ils ont, par leurs idées novatrices, concurrencé

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 37


le petit commerce. Avec l’essor des grands maga- ÉCRITURE ET ORAL
sins, de nouveaux talents sont apparus, créant
des techniques de vente révolutionnaires.
7 Cet exercice d’écriture consiste à rédiger une
interview en réinvestissant ce qui a été vu dans
Étude de l’image la séance. Bourdoncle interrogé par un journaliste
doit relater sa carrière au Bonheur des dames et
6 Ce tableau illustre parfaitement les idées com- faire part de ses relations avec son patron Octave
merciales de Mouret. On retrouve des étalages
Mouret. Il brossera le portrait de ce personnage
garnis d’articles variés (parapluies, foulards,
et en présentera les idées commerciales. Sans
étoffes…) aux couleurs vives. Certains sont propo-
faire partie de ses détracteurs, Bourdoncle pourra
sés en soldes, méthode employée pour attirer le
émettre quelques réserves quant à la réussite
client et l’inciter ensuite, une fois dans le magasin,
des méthodes audacieuses de son patron, bien
à acheter d’autres articles plus onéreux. Si l’on en
qu’il ait été obligé de l’approuver lorsqu’il était
croit leur tenue vestimentaire, les femmes que l’on
son employé.
aperçoit (l’une de dos et deux autres de face,
cachées par la première), appartiennent à la bour- 8 Mouret est un personnage hors du commun
geoisie, classe sociale qui a vu son pouvoir d’achat car ses idées sont révolutionnaires pour son
augmenter sous le Second Empire. Ces femmes époque. Il bouleverse les techniques tradition-
sont donc la cible privilégiée des grands magasins. nelles et, en homme passionné, fait preuve d’une
Ayant à peine de quoi subvenir à leurs besoins, les audace déconcertante. Incompris par certains, la
ouvrières en sont exclues. Pour d’autres raisons, critique n’entame pas sa détermination, puisqu’il
les femmes très riches ne fréquentent pas non plus va au bout de ses projets et de ses ambitions. Il
ces lieux. Refusant de se mêler à la foule, elles ont connaît les goûts des femmes et s’emploie à tout
leurs couturières personnelles. mettre en œuvre pour les séduire.

SÉANCE 3 Mouret est-il un héros de son époque ?


Pages 66-67 du manuel

Cette 3e séance vise à montrer que Mouret sym- inciter les femmes à acheter le superflu. Il recom-
bolise le nouveau commerce, né sous le Second mande aussi l’affichage des prix, les « chiff res
Empire. Elle nous invite à découvrir de nouvelles connus », nouveau précepte des grands magasins,
pratiques commerciales qui instaurent un rapport à la différence du petit commerce où la cliente ne
très particulier avec la clientèle. Le patron du le connaît jamais à l’avance. Ces montants doivent
Bonheur des dames est présenté comme un aussi être attractifs. Les expressions : « lutte des
homme acharné, sans pitié, usant de tous les bas prix », « chaque magasin baissait », « un tant
moyens pour accroître sa fortune. pour cent régulier », montrent que la tendance est
à la réduction des marges bénéficiaires – elles
sont compensées par le volume des ventes – que
LECTURE la concurrence est rude.
Étude du 1er extrait 2 Les paroles rapportées : « N’était-ce pas une
1 Mouret privilégie deux méthodes commer- création étonnante ? » sont au discours indirect
ciales : la profusion des articles, « l’entassement », libre. On ignore par qui elles sont prononcées. Il
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« les marchandises accumulées » pour gagner la peut s’agir du narrateur ou de Mouret lui-même.
clientèle. Selon lui, il faut favoriser la tentation et Si elles viennent de lui, elles soulignent sa

38
capacité à innover, à créer de nouvelles techniques accentuer le côté fatal de ce lieu de perdition
de vente et à prendre des risques. Il s’évertue à pour les femmes.
renouveler sans arrêt son entreprise de séduction
envers les femmes. On peut parler de méthodes 5 Le dernier paragraphe nous renseigne sur la
révolutionnaires qui contrastent avec celles plus duplicité du personnage et sur ses réelles
archaïques du petit commerce. intentions.
Mouret séduit et possède les femmes pour mieux
les manipuler. Lorsqu’elles ne présentent plus
Étude du 2e extrait
aucun intérêt, il s’en débarrasse. Les expressions :
3 Au début de cet extrait, l’emploi des champs « Toutes lui appartenaient, étaient sa chose », « il
lexicaux témoigne d’un véritable combat primitif les jetterait en tas à la borne », montrent le peu
mené par les grands magasins contre « la femme », de considération que Mouret éprouve envers les
terme générique qui englobe toutes les femmes femmes. C’est un être calculateur et manipulateur,
susceptibles de fréquenter les grands magasins, utilisant tous les stratagèmes pour plaire à la
autrement dit les clientes potentielles. gent féminine, dans le seul but de faire fortune.
Le champ lexical de la violence : « se disputaient », Ceci révèle à la fois un nouveau trait de caractère
« prenaient au continuel piège », « ravageaient les moins glorieux du personnage, ainsi que son rap-
ménages » souligne l’emprise des grands maga- port ambivalent avec les femmes. Homme d’af-
sins sur la clientèle. Les rapports commerciaux faires immoral et sans pitié, il recherche avant
sont âpres et violents car la concurrence est forte. tout le profit. Les femmes ne sont pour lui qu’un
Il s’agit d’une lutte acharnée, presque physique moyen d’étendre son empire et de satisfaire ses
et bestiale, faisant des grands magasins de véri- ambitions.
tables prédateurs. Les termes « étourdie »,
« cédant », « gagnée », « dévorée » appartenant au
Étude des images
champ lexical de la perte, de la soumission ou de
la mort, accentuent l’impression que les femmes 6 Ces deux iconographies illustrent les grands
sont de véritables proies, prises au piège, dont magasins vus de l’extérieur et de l’intérieur. La
la seule issue est de se soumettre et de mourir. carte postale (illustration 1) donne l’exemple type
Il y a aussi un rapport de séduction très fort entre d’un grand magasin à la fin du xixe siècle : la mai-
Mouret et ses clientes. Le champ lexical amou- son Aristide Boucicaut et fils, avec son bâtiment
reux, à forte connotation sexuelle pour certains imposant, monumental, comportant plusieurs
termes le prouve. Les grands magasins « éveillent entrées. On peut lire l’adresse, de part et d’autre
dans sa chair de nouveaux désirs », « ils étaient de l’image : Rue du Bac, Rue Velpeau et Rue de
une tentation immense » et la femme « succombe Sèvres. Sur la façade, on distingue l’enseigne :
fatalement ». Elle est « adulée », « flattée », « entou- Au Bon Marché nouveautés, ainsi que le nom de
rée de prévenances » et « règn[e] en reine amou- quelques articles vendus dans le magasin, indi-
reuse » au Bonheur des dames. quant la grande variété des produits que l’on peut
y trouver. Plusieurs voitures attelées se trouvent
4 L’univers des grands magasins prend l’appa- autour du magasin, sans doute pour le service de
rence d’une cour où la femme règne en « reine ». livraison. Ce magasin existe toujours aujourd’hui
Mais c’est aussi un univers malsain où manipu- sous l’appellation : Le Bon Marché Rive Gauche.
lations et complots, c’est-à-dire les stratégies Il est situé Rue de Sèvres, dans le 7e arrondisse-
commerciales sont fréquents, « dont les sujets ment de Paris. À l’intérieur, (illustration 2), on
trafiquent », pour conduire la reine à sa perte, à peut distinguer un hall monumental à la profon-
la ruine après des dépenses inconsidérées. deur gigantesque, ainsi qu’une verrière qui accen-
On notera la particularité de la construction syn- tue l’impression d’immensité et off re une plus
taxique de cette phrase, en particulier de sa der- grande luminosité. C’est dans un décor somptueux
nière partie. La proposition subordonnée relative avec dorures, colonnes et sculptures, boiseries,
donne l’impression d’être rajoutée. Un point lustres, tentures et tapis que les élégantes se
aurait pu ponctuer la phrase après « trafiquent ». pressent, seules, accompagnées ou en famille.
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L’antécédent du pronom relatif : « qui », est « elle », L’agencement des marchandises donne une
la « reine amoureuse », probablement pour impression d’abondance favorisant l’achat.

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 39


ÉCRITURE ET ORAL disparaître et à être remplacées par d’autres plus
performantes.
7 Plusieurs stratégies commerciales sont évo-
quées dans le roman de Zola. Dans le premier 8 Héros de son époque, on peut aussi dire que
extrait, on peut relever : l’entassement des mar- Mouret est en avance sur son temps. Par ses idées
chandises, les articles de saison, la variété des novatrices et son audace, il fait figure de précur-
articles regroupés en un même lieu, l’affichage seur, possédant un sens aigu des affaires. Il pro-
des prix et les remises (« des opérations cou- fite des grands bouleversements de la capitale
rantes », « un tant pour cent »). Dans le second sous le Second Empire, tels que les travaux hauss-
extrait, on évoque l’agencement des étalages, manniens, l’agrandissement et l’élargissement
« les occasions », la démocratisation du luxe, la de la capitale, les percées des grandes artères ;
recherche permanente de « séductions plus et de l’accroissement du pouvoir d’achat de la
grandes ». Ces mêmes idées sont reprises dans bourgeoisie, pour accroître sa fortune. A travers
les images du Bon Marché et de la maison Crespin ce personnage, Zola a voulu dépeindre un milieu
et Dufayel. social particulier, celui du nouveau commerce,
Comparées à celles d’aujourd’hui, il s’agira de fait d’immoralité et d’absence de scrupules,
dire si ces stratégies commerciales existent tou- contrastant avec le petit commerce aux méthodes
jours, si elles ont évolué (si oui, comment ?), si plus conservatrices, aussi bien sur le plan com-
elles sont efficaces ou si elles sont amenées à mercial que sur le plan moral.

SÉANCE 4 Le succès commercial suffit-il à Mouret ?


Pages 68-69 du manuel

Cette séance révèle Octave Mouret sous un aspect ont été faites, mais sa coiff ure nécessite encore
moins glorieux, car elle nous montre les failles quelques ajustements.
du personnage. S’il réussit en affaires, sa vie sen-
timentale est plus compliquée. Épris de Denise, 2 La nouvelle silhouette de Denise surprend
une employée du magasin, il ne parvient pas à Mouret. Il apprécie les efforts de l’employée pour
gagner son cœur et se retrouve dans la position rendre son apparence conforme à ses exigences.
de l’amoureux éconduit. Il refuse d’endosser ce Il la félicite même : « Ah ! Dieu merci ! […] vous êtes
rôle, lui qui n’a pas l’habitude de l’échec. mieux ce matin… ». Mais tout n’est pas parfait. Il
entreprend lui-même d’un « geste familier » de
modifier sa coiffure. Mouret est donc satisfait des
LECTURE efforts consentis par cette nouvelle employée pour
se plier aux règles vestimentaires de son maga-
Étude du 1er extrait sin. Lui, qui au départ s’apprêtait à lui faire des
1 Denise fait une entrée remarquée au Bonheur reproches, la complimente. Son attitude révèle
des dames, non pour ses qualités de vendeuse, qu’il est exigeant, perfectionniste et que rien ne
mais à cause de sa tenue vestimentaire qui trahit lui échappe. Il veut tout superviser mais se
ses origines provinciales. Surnommée par cer- montre, dans cet extrait, moins autoritaire, plus
tains la « mal peignée », la voici convoquée dans humain et plus respectueux à l’égard de Denise.
le bureau du patron. Son allure a changé et sa Par rapport à la relation qu’il entretient avec les
robe est à sa taille et met en valeur ses formes, femmes, définie dans la séance précédente, cette
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elle se tient « droite, sérieuse et pâle ». Visible- attitude bienveillante et attentionnée peut
ment elle a tenu compte des remarques qui lui paraître surprenante. Les plus sceptiques se

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demanderont si cette attitude ne masque pas une de la jeune fille transforme son émotion en une
arrière-pensée. N’a-t-il pas décelé en Denise la perte progressive du contrôle sur lui-même : « il
perle rare, l’employée modèle qui, par son sérieux, eut un geste fou » et il est conscient que, de la
sa droiture et son endurance au travail pourra part d’un homme aimé de toutes, son désir est
satisfaire ses intérêts, ou tout simplement une ridicule : « c’est imbécile ». Ensuite, la colère et
nouvelle proie facile à conquérir ? l’affolement le gagnent et il la menace : « il deve-
nait brutal », « ou je prendrai des mesures… »
Étude du 2e extrait On peut ne pas être surpris par cette attitude quand
l’on sait que Mouret a rarement l’habitude qu’une
3 Au début de son entrevue avec Denise, Mouret femme lui résiste. Dans sa vie privée comme dans
semble peu assuré. C’est « d’une voix basse et
sa vie professionnelle, son emprise sur les femmes
tremblante » qu’il lui déclare son amour. « Je vous
est totale. Denise fait alors figure d’exception.
aime », déclare-t-il à deux reprises. La tournure
des phrases renforce cette perception. Les 5 Denise ne se laisse pas attendrir par les propos
phrases interrogatives témoignent de son incom- de Mouret. Sa détermination est visible à la fois
préhension. Il en vient même à exiger des expli- dans son comportement et dans ses propos.
cations. Les exclamatives sont employées pour D’abord, c’est juste son attitude qui exprime le
émouvoir Denise. La présence de nombreux points refus : « debout, la face blanche », puis c’est une
de suspension reflète, quant à elle, les hésita- phrase très courte : « Merci, je gagne maintenant
tions, le désarroi de Mouret et son incapacité à plus qu’il ne me faut. » Elle doit se justifier et se
convaincre. Mouret semble sincère envers Denise dévoiler de plus en plus, à cause de l’insistance
car on voit que l’émotion lui fait perdre ses moyens pressante de Mouret. Elle commence par prolonger
et c’est « d’une voix basse et tremblante » qu’il le premier argument invoqué en disant qu’elle ne
lui déclare son amour. En lui expliquant qu’il n’a souhaite pas rester oisive. Ses « Non, non, merci »
pas abusé de son autorité sur elle, il veut lui prou- sont sans appel car elle a déjà donné ses raisons.
ver que son sentiment est plus qu’un simple inté- En n’en invoquant pas d’autres, elle empêche Mou-
rêt passager. Comme elle ne semble pas l’aimer, ret d’avoir prise sur elle par la réfutation de ses
il essaye de la convaincre par le pragmatisme et arguments. Ensuite, même son attitude corporelle
le dévouement qu’elle a envers ses frères en lui devient plus explicite encore lorsqu’elle « se déga-
proposant plus qu’une sécurité matérielle : « il gea », « l’air grandi dans sa faiblesse ». Comme
doubla ses off res ». De l’aveu sincère, il cherche Mouret devient vraiment pressant et que les motifs
ensuite à l’obtenir par tous les moyens, puis il qu’elle lui donne ne semblent pas le convaincre,
sombre dans la manipulation par la peur et dans elle le touche à la fois sur un plan personnel en lui
la brutalité. Il est tellement désespéré qu’il reprochant son inconstance amoureuse et sa légè-
cherche à l’obtenir de quelque façon que ce soit. reté. De ce fait, elle dévoile la droiture et la moralité
Une telle attitude ne peut que renforcer le refus qui lui tiennent à cœur : « Je ne suis pas une Clara »,
de la jeune fille. « Moi, je ne partage pas. »
4 Face au refus de Denise, Mouret change rapi-
dement d’attitude. Les expressions : « Il eut un Étude de l’image
geste fou », « son désir s’exaspérait », « il la pressa 6 Cette image en noir et blanc fait apparaître de
davantage », « ce cri du cœur » montre qu’il ne se manière floue Denise et Mouret, l’un derrière
contrôle plus. Il en vient à lui faire part de son l’autre et non face à face. De manière plus nette,
mal-être de manière excessive : « Vous ne voyez on distingue les bras d’un homme poussant un
donc pas que je souff re ! » et se compare à un chariot rempli de marchandises. On se trouve pro-
enfant : « je souff re comme un enfant ! ». La répé- bablement dans la salle des expéditions.
tition : « Je veux, je veux », renforce cette identi- Au premier plan, Denise est vue de face, tournant
fication. Tel un bambin capricieux à qui l’on dit le dos à Mouret qui se trouve derrière elle, plus
non, il entre dans une rage incontrôlée. Mouret effacé au second plan, peut-être pour mieux la
est ensuite « affolé », devient « brutal » et mena- traquer. Elle porte un chapeau, dont on distingue
© Editions Belin, 2013

çant, envisageant même des sanctions si elle mal les contours, et une robe. Tête haute, elle
continue à refuser ses avances car le refus obstiné regarde droit devant elle. L’expression de son

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 41


visage peut être interprétée de différentes Elle justifiera son refus par des valeurs morales
manières. Peut-être est-ce de la tristesse, de la (amour, fidélité, respect de l’autre) et exprimera
détermination ou de l’abnégation ? Une pareille son ressenti (embarras, doute, hésitations). Elle
attitude montre son refus de se plier aux exigences pourra s’en remettre à son amie pour lui deman-
de son supérieur et sa volonté de se tourner vers der conseil.
l’avenir. Mouret, quant à lui, porte un chapeau et On sera attentif au choix des champs lexicaux
un costume. Il baisse les yeux et fait la moue, signe (par exemple : la morale, les sentiments), à la tour-
de dépit face à l’attitude de Denise. L’expression nure des phrases qui devra produire un effet par-
de son visage symbolise son échec, son incapacité ticulier et à la ponctuation.
à convaincre la femme qu’il aime et sa douleur.
8 Les deux extraits proposés montrent bien que
la réussite commerciale de Mouret ne suffit pas
à son bonheur. Épris de Denise qui lui résiste, il
ÉCRITURE ET ORAL
met tout en œuvre pour la convaincre. Mais ses
7 On s’attend à ce que l’élève respecte la situa- arguments n’entament pas la détermination de
tion d’énonciation : lettre écrite par Denise adres- cette femme qui se refuse à lui. Séducteur dans
sée à une amie d’enfance. Dans cette lettre, Denise l’âme, Mouret ne pouvait s’attendre à une telle
fera le récit de son entretien avec Mouret (décla- résistance. Cette situation lui paraît d’autant plus
ration, propositions, vive réaction puis colère). insupportable et incompréhensible.

SÉANCE 5 Denise, un obstacle sur le parcours


victorieux d’Octave Mouret ? Pages 70-71 du manuel

Dans cette séance, Octave Mouret ne dissimule omniprésente dans son esprit. Les relevés textuels
pas le profond désarroi dans lequel il se trouve. tels que : « L’image de Denise se levait avec lui »,
Son amour pour Denise vire à l’obsession mala- « il avait rêvé d’elle », ou « elle le suivait » le prouvent.
dive. Son caractère change brutalement. Il Cette femme l’accompagne partout dans son tra-
devient agressif voire même violent. Son intérêt vail, « elle était encore là, il entendait sa voix douce »
pour les aff aires s’estompe de jour en jour. Il et « il voyait son clair sourire » dans son bureau ou
devient méconnaissable. en réunion.

2 Les paroles rapportées dans cette phrase


LECTURE appartiennent au discours indirect libre. Son locu-
teur n’est pas nommé. Il peut s’agir de Mouret, se
Étude du 1er extrait faisant cette remarque à lui-même, ou bien de son
1 Le Petit Larousse donne les définitions sui- entourage, inquiet pour sa santé, ou d’un com-
vantes : « Obsession » : 1) Idée, sentiment, image mentaire du narrateur, au ton plus narquois. Cette
souvent absurdes ou incongrus qui surgissent phrase marque un véritable tournant dans le par-
dans la conscience et l’assiègent bien que le sujet cours de cet homme, mettant en doute son carac-
soit conscient de leur caractère anormal. 2) Ce tère invincible. Le verbe « agoniser » s’oppose aux
qui obsède ; idée fixe. verbes « bâti[r] » et « régner », qui renvoient à une
« Obséder » : Occuper de façon exclusive, s’impo- période faste et révolue. L’opposition entre « la
ser sans cesse à l’esprit de. machine géante » et la « petite fille » rend la situa-
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L’amour de Mouret pour Denise vire à « l’obsession tion encore plus absurde. Octave Mouret, qui a
douloureuse » car cette femme devient régné en maître absolu sur le nouveau commerce,

42
vacille à cause « d’une petite fille ». Son œuvre laissent sans voix. « Suffoquée » et « étourdie »,
imposante ne semble plus le combler, tant sa elle se montre incapable de réagir. Déshonorée
déception amoureuse est grande, révélant en lui par tant de propos calomnieux, elle annonce sa
une fragilité insoupçonnée. démission. « Je m’en vais » et « je ne veux pas res-
ter une seconde de plus dans la maison », dit-elle
Étude du 2e extrait
avant de se murer dans « un silence glacé ».
3 Dans ce nouveau face-à-face avec Denise, Mou- Denise, qui incarne la droiture et l’honnêteté, ne
ret ne parvient pas à dissimuler sa jalousie qui le peut supporter de telles ignominies. « Elle n’avait
plonge dans une terrible colère. Les noms ou pas compris d’abord » montre qu’elle refuse d’y
adjectifs : « violentes », « atroces », « brutalités », croire et trouve la situation incongrue. Ce senti-
« furieux » soulignent la démesure et la sauvage- ment est renforcé par ces paroles rapportées au
rie de ses propos. De même, l’emploi du verbe discours indirect libre : « Mon Dieu ! Il la prenait
« chasser » ou de l’expression « jetterait dehors donc pour une malheureuse ? » que l’on peut attri-
à coups de pied » révèle chez lui un profond chan- buer à Denise elle-même, ou au narrateur, éprou-
gement d’attitude, remettant en cause ses grands vant de la compassion pour la jeune femme. Fidèle
principes. Par dépit amoureux, il fait preuve d’au- à son caractère, elle préfère s’eff acer plutôt que
toritarisme en voulant renvoyer sur-le-champ les de se justifier, jugeant sa conduite irréprochable.
supposés « amants » de Denise, adoptant ainsi Le mot « vierge » qui la caractérise peut prendre
les pratiques courantes de son époque qu’il a plusieurs sens. Il renvoie à sa pureté, à sa conduite
souvent condamnées. Les reproches profession- exemplaire et à son manque d’expérience amou-
nels se transforment vite en remontrances per- reuse. Il peut aussi évoquer la dignité de cette
sonnelles. Lui qui a été « très bon », « assez bête » femme qui ne se laisse pas corrompre par l’argent
pour ne pas croire les liaisons qu’on prêtait à et refuse la vie facile et luxueuse qu’on lui pro-
Denise, éprouve le sentiment d’avoir été trahi. La pose. Les expressions « calcul savant » ou « femme
répétition de l’expression « Il n’y avait que moi ! » rompue à la tactique de la passion » qui consti-
montre qu’il prend conscience de son aveugle- tuent la suite de cette phrase, donnent l’impres-
ment et de son isolement. Cette scène prend l’al- sion à Mouret que Denise n’est pas l’ingénue
lure d’une véritable « scène de jalousie », faite de qu’elle prétend être, mais elle ne s’en rend pas
reproches, « de paroles violentes » et « d’accusa- compte, tant elle est innocente. La tournure,
tions atroces ». Les expressions : « sur un geste vieillie, utilisée dans la dernière phrase de l’extrait
qu’il fit pour l’arrêter » et « il se précipita vers la signifie : « Elle n’aurait pas pu jouer un jeu plus
porte », montrent qu’il veut la retenir physique- efficace pour le jeter à ses pieds. »
ment lorsqu’il sent qu’elle lui échappe, conscient
de l’inefficacité de ses paroles. Si Mouret réagit Étude du photogramme
ainsi, c’est qu’il est peu habitué à ce qu’on lui
résiste. Le caractère exceptionnel de cette situa-
5 De ce photogramme émanent la jeunesse et
la candeur de Denise. Vue de face, elle se tient
tion est si intolérable, qu’elle lui fait perdre tout
bien droite dans une tenue stricte et soignée, le
discernement. Il se comporte comme un mari
visage bien dégagé comme l’exige la profession.
trompé qui attend des explications. En échange,
Son regard est vif. Son sourire est révélateur d’un
Denise lui off re son silence, ce qui provoque chez
certain épanouissement et de la satisfaction
lui le désarroi le plus total.
d’être employée dans ce magasin, mais également
4 Dans un premier temps, Denise accepte les de sa fraîcheur et de sa candeur. Les caractéris-
reproches de Mouret concernant sa faute profes- tiques mises en évidence, correspondent à celles
sionnelle : « j’ai eu tort de m’arrêter à causer », évoquées dans le roman.
reconnaît-elle. Elle lui présente même ses excuses
et lui « demande pardon de cette faute », ne cher- Étude du tableau de Caillebotte
chant pas à nier son erreur. Pour se disculper ou 6 Le personnage représenté sur le tableau est
pour dissiper tout malentendu, elle ajoute : « Ce vu de dos, vêtu d’un costume noir. De la fenêtre
jeune homme est de mon pays… » Mais ensuite, ouverte, il observe la rue peu fréquentée et les
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les allégations mensongères de son patron et les immeubles voisins. D’après les extraits lus dans
liaisons qu’il lui prête avec d’autres hommes la la séance, on peut imaginer Mouret dans la même

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 43


situation. Un moment de réflexion s’impose à ce • Tournure des phrases : exclamative et interro-
patron, préoccupé par la difficile conquête d’une gative pour appuyer le trouble ou le désarroi du
femme qui lui résiste. personnage.
• Ponctuation : points de suspension pour mar-
quer le doute et les hésitations.
ÉCRITURE ET ORAL
8 Le refus de Denise marque une étape impor-
7 Mouret peut dresser un bilan sur sa vie pro- tante dans le parcours de Mouret. Peu habitué à
fessionnelle et affective, exprimer ses sentiments l’échec, cet homme accepte difficilement de se
(colère, jalousie, trahison, trouble, regrets…) et voir éconduit. L’image de cette femme l’obsède à
fomenter un plan pour conquérir Denise. tel point qu’il se révèle sous son vrai jour. Il devient
• Lexique : opposition de deux champs lexicaux, violent et agressif, perd le contrôle de lui-même.
ceux de la victoire et de l’échec ; le champ lexical Sa passion des affaires ne parvient pas à lui faire
du ressenti, des sentiments. oublier sa déception sentimentale.

ÉVALUATION Pages 72-73 du manuel

COMPÉTENCES DE LECTURE professionnelle considérable s’ajoute celle per-


sonnelle avec Denise.
Roman Cependant, on peut parler d’un triomphe en demi-
1 (3 points) À l’annonce de cette demande en teinte pour deux raisons. La première est que, si
mariage, Denise paraît troublée et réagit vive- Denise a fini par céder, ils ne peuvent toujours pas
ment : « taisez-vous », « ne me faites pas plus de savourer le bonheur d’être enfin réunis. La seconde
peine encore », « je ne peux pas ». On comprend est que les préoccupations sentimentales de Mou-
qu’elle s’attendait à cette proposition et qu’elle ret ont terni son image. Elles ont révélé certaines
la redoutait même, préférant fuir pour éviter une failles de sa personnalité. Lui qui avait, au début
telle confrontation : « je m’en allais pour éviter un du roman, la réputation d’être un homme invin-
malheur pareil ». Ses sentiments pour Mouret ont cible, à qui tout réussissait, se trouve fragilisé et
donc évolué et c’est à contre-cœur qu’elle se voit désormais à la merci des commérages.
dans l’obligation de refuser la proposition de
celui-ci pour faire taire les médisances et éviter Film et série TV
le déshonneur. Là encore, sa résolution est sans 3 (3 points) Si l’on compare les deux adaptations
faille : « elle se débattait », « elle continuait de se du roman de Zola, au cinéma et à la télévision, on
défendre », « elle aurait de la force », « elle l’empê- observe quelques différences.
cherait » jusqu’au moment où, émue par le déses- • Le 1er photogramme en noir et blanc, présente
poir et les larmes de Mouret, elle finit par lui deux personnages proches l’un de l’autre, s’enla-
avouer ses sentiments. çant et se regardant. Mouret est vu de profil et
2 (4 points) On peut dire que son bonheur est Denise de trois quarts. Leur taille est différente
total, maintenant que Denise lui a fait part de ses (Denise est plus petite que Mouret). Les costumes
sentiments. Cela lui permet d’accepter le fait qu’ils portent et leurs coiffures renvoient à la mode
qu’elle parte quelques temps : « il la serrait […] des années trente, époque où le film a été réalisé.
en lui disant qu’elle pouvait partir maintenant ». Le metteur en scène a transposé le roman de Zola
Même si la somme considérable qu’il a gagnée dans un contexte qui lui était contemporain.
© Editions Belin, 2013

ce jour-là ne lui importe plus, elle participe à son • Sur le 2e photogramme en couleurs, deux per-
triomphe qui est complet, puisqu’à sa réussite sonnages sont présents : Mouret à gauche et

44
Denise à droite. Elle occupe une place plus impor- qui, parti de rien, a bâti un empire grâce à son
tante sur l’image. Ils sont vus de profil, face à face talent. La société sera alors présentée comme un
mais n’ont aucun contact physique. Leur taille est monde des possibles pour qui sait saisir sa chance
presque identique. Leurs costumes correspondent et se montrer audacieux.
à l’époque du roman (costume pour Mouret, Si l’on juge que le regard de Zola est plus critique,
chignon et robe noire pour Denise). on mettra en avant les conditions dans lesquelles
L’analyse des photogrammes doit être justifiée la réussite s’opère. On ne manquera pas de sou-
par des références précises au texte. On peut pri- ligner l’aspect immoral d’une société sans pitié,
vilégier la posture des personnages, l’expression féroce à l’égard des plus fragiles, sorte de jungle
des visages ou les costumes. où les plus faibles sont dévorés par les plus puis-
sants. Les petits commerçants qui ne sont pas
de taille à rivaliser avec les grands magasins, ou
COMPÉTENCES D’ÉCRITURE les femmes qui cèdent à la tentation et qui ne
(10 points) peuvent freiner leurs instincts, sont des proies
On propose deux exercices d’écriture au choix. Il faciles pour les prédateurs que sont les grands
s’agit dans le premier sujet de répondre de manière magasins.
rédigée et organisée à la problématique de 4 b] On attend le portrait d’un personnage (qua-
séquence en s’appuyant sur des éléments précis. lités et défauts) « hors du commun », au parcours
Dans le second sujet, il est demandé de brosser exceptionnel, qui a su démontrer certains talents
le portrait d’un personnage imaginaire qui a dans un domaine particulier.
réussi, avec ses qualités et ses défauts, et d’en
Ce portrait peut :
retracer le parcours. Le personnage choisi pourra
– mettre en évidence des traits de caractère
évoluer dans plusieurs domaines : le sport, le
exceptionnels ;
cinéma, le théâtre, le monde de la finance, les
– témoigner de l’évolution du personnage : au
médias, la politique…
début et à la fin de sa carrière ;
4 a] L’élève est interrogé sur le regard que porte – retracer un parcours, peut-être semé d’em-
Zola sur la société de son époque, à travers son bûches, qui a suscité la jalousie de certains, mais
personnage : Octave Mouret. Si l’on considère qui a endurci le personnage ;
que le regard de cet auteur est bienveillant, on – évoquer les grandes victoires et les satisfac-
mettra en valeur l’ascension sociale d’un homme tions personnelles.
© Editions Belin, 2013

Objet d’étude 1 - Parcours de personnages • 45


DES GOÛTS ET DES COULEURS, DISCUTONS-EN
pages 78 à 141 du manuel

Séquence 5 Le rire, Séquence 7 En quoi la Modernité


une valeur universelle ? 47 présente-t-elle un homme nouveau ? 68
SÉANCE 1 Rions-nous tous SÉANCE 1 La Modernité :
des mêmes choses ? 47 « Le courage, l’audace et la révolte » 69

SÉANCE 2 Comment les nouveaux médias SÉANCE 2 En quoi Apollinaire


suscitent-ils de nouvelles formes de comique ? 49 est-il un poète de la Modernité ? 72
SÉANCE 3 Intouchables, SÉANCE 3 Comment la réception
un film qui plaît à tous ? 51 du Transsibérien de Blaise Cendrars
passe-t-elle de la polémique
ÉVALUATION 52 à la consécration ? 74

CAPACITÉS ET ATTITUDES ÉVALUATION 76


Rédiger la critique de film de votre choix 54
CAPACITÉS ET ATTITUDES Lire un poème
GRAMMAIRE La modalisation pour transmettre des émotions 78
et les termes mélioratifs ou péjoratifs 54
GRAMMAIRE Les substituts grammaticaux
LEXIQUE Plaisant, ennuyeux. et lexicaux 79
Plaisanterie, humour 55
LEXIQUE Utile, inutile. Sensibilité,
HISTOIRE DES ARTS Yue Minjun, La Liberté perception 80
guidant le peuple 57
HISTOIRE DES ARTS Renzo Piano,
The Shard 81

Séquence 6 Comment les œuvres


de la Renaissance nous parlent-elles Séquence 8 Lecture d’œuvre
aujourd’hui ? 59
Pourquoi continuer de jouer Le Tartuffe
SÉANCE 1 Comment la poésie du XVIe siècle
aujourd’hui ? 82
reflète-t-elle des sentiments universels ? 59
SÉANCE 1 En quoi cette scène d’exposition
SÉANCE 2 La beauté célébrée par Ronsard montre-t-elle une famille en crise ? 83
est-elle intemporelle ? 61
SÉANCE 2 Que révèle cette scène
SÉANCE 3 Comment peintres et poètes
à propos du personnage d’Orgon ? 84
rendent-ils compte du temps qui passe ? 62
SÉANCE 3 Comment Molière dénonce-t-il
ÉVALUATION 63 le mariage forcé ? 86

CAPACITÉS ET ATTITUDES SÉANCE 4 Quel regard Tartuffe porte-t-il


Écrire un poème à contraintes 64 sur les femmes ? 87
GRAMMAIRE Exprimer l’analogie,
la ressemblance 65 SÉANCE 5 Quel vrai visage Tartuffe
dévoile-t-il ? 89
LEXIQUE Beau et laid 66
HISTOIRE DES ARTS Georges de La Tour, ÉVALUATION 91
Le Tricheur à l’as de carreau 66
© Editions Belin, 2013

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Séquence 5
Le rire, une valeur universelle ?
Pages 78 à 93 du manuel

Introduction au travail sur la séquence


Cette séquence invite l’élève à s’interroger sur le caractère universel du
rire et sur ses nouveaux vecteurs. Elle l’incite à faire part aux autres de son res-
senti sur ce qui l’amuse ou non, sur scène, sur le web ou au cinéma, en justifiant
ses choix.
Les trois séances qui la constituent conduisent l’élève à analyser, à inter-
préter, à situer dans un contexte une création artistique (sketch, film ou vidéo)
et à exprimer à l’écrit ou à l’oral son impression en la comparant à celle des autres
élèves, de façon à travailler les capacités du programme. L’apport de connais-
sances n’est pas négligé, puisque la notion de réception, le lexique de la plai-
santerie et de l’humour, ou la modalisation sont abordés de manière successive.
Enfin, au fil des séances, l’élève développe différentes attitudes. Il prend
conscience de la subjectivité de ses goûts et découvre que le genre comique
peut s’exprimer à travers différents genres.

SÉANCE 1 Rions-nous tous des mêmes choses ?


Pages 80-81 du manuel

Cette première séance permet à l’élève de carac- comiques sur scène, dans leur one-man-show ou
tériser ce qui le fait rire à partir de quatre docu- au cinéma. Ils sont tous célèbres et appartiennent
ments iconographiques montrant des comiques à différentes générations. Les plus anciens
sur scène ou au cinéma et de justifier son choix. peuvent être de véritables références ou même
Le deuxième extrait le conduit à analyser des des sources d’inspiration pour les plus jeunes.
procédés comiques. Le troisième texte complète 2 Exemple de synonymes attendus : hilarant,
les supports précédents en définissant les causes comique, cocasse, désopilant, risible. J’aime les
et les mécanismes du rire. films comiques. Le côté cocasse de la situation
lui échappe.
LECTURE 3 L’expression des visages (mimique, grimace,
rire franc), la gestuelle, la posture, le costume ou
Étude des images la situation, sont autant d’éléments qui prêtent
© Editions Belin, 2013

1 Ces trois photographies ont pour point com- à rire. On peut les interpréter et en donner la signi-
mun de présenter des comédiens ou acteurs fication dans un tableau.

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 47


L’expression des La gestuelle et sa
La posture Le costume La situation
visages signification

– Gad Elmaleh : – Gad Elmaleh : un – Gad Elmaleh : atti- – Gad Elmaleh et


grimace. oubli, une erreur. tude caricaturale. Florence Foresti :
– Laurel et Hardy : – Laurel et Hardy : tenue sombre
– Laurel et Hardy : – Laurel et Hardy :
angoisse. le soutien, déséquilibre, se sou- et sobre.
la complicité. tenant mutuellement situation périlleuse
– Bourvil et de – Laurel et Hardy ; à la fois cocasse
– Bourvil et de malgré leur différence
Funès : rire franc. Bourvil et de et angoissante
Funès : de corpulence.
Funès : costume (le vide à
– Florence la complicité. – Bourvil et de Funès : et chapeau, tenue l’arrière-plan).
Foresti : sourire rire franc, fou-rire.
– Florence Foresti : démodée,
gêné.
la timidité, – Florence Foresti : renvoyant à une
l’hésitation. attitude enfantine. autre époque.

Étude du dialogue de film


4 L’élève doit justifier ce qui le fait rire en s’ap- une manière d’évacuer l’anxiété ressentie à la
puyant sur l’extrait et en relevant certaines suite d’une situation vécue comme angoissante
répliques. ou dérangeante. Dans ce cas, il s’agit du rire
nerveux.
5 Dans les procédés comiques, on trouve notam-
ment le comique de mots et le comique de
situation.
ÉCRITURE ET ORAL
• Le comique de mots utilise la répétition, les jeux
de mots, les effets de surprise. Il accentue les 7 L’élève doit dans un premier temps répondre
défauts de prononciation, les accents… à la question par écrit puis ensuite confronter
• Le comique de situation place les personnages oralement son avis à celui de la classe. On attend
dans des circonstances imprévues ou des références précises qui nécessitent un travail
embarrassantes. de recherche en amont.
– Il peut défendre l’avis suivant : les procédés
Comique de mots Comique
de situation
utilisés pour déclencher le rire ne varient pas
autant d’une génération à l’autre. Les sketchs ou
• Les répétitions : « homme », • Le quiproquo du
« J’ai 37 ans » ; « savoir » : « je début où le roi Arthur
films anciens continuent de nous faire rire.
ne savais pas / vous n’avez […] prend Dennis pour – Il a aussi la possibilité d’adopter un avis plus
à savoir » ; « pouvoir » : « je ne une vieille femme. mitigé : les comiques du passé peuvent encore
peux pas / vous pourriez. nous amuser, mais on peut craindre que leur allure
• Changement de (costume, posture), les sujets ou les situations
• Les effets de surprise :
ton : de la plaisante-
– les termes modernes qui
rie au discours poli- abordés dans leurs sketchs paraissent aujourd’hui
créent l’étonnement et rendent désuets. S’ils font encore rire, ce sera pour d’autres
tique plus sérieux.
le dialogue anachronique par
raisons. Il lui faudra préciser lesquelles.
rapport à la situation : « Oh,
Roi hein ? Super. », « exploitant – Au contraire, il peut s’opposer à l’idée que l’on
les travailleurs ». puisse rire de ce qui a été joué sur scène ou au
cinéma dans le passé. Il met alors l’accent sur le
Étude de l’article d’encyclopédie caractère démodé de certains sketchs, ancrés
dans une époque en donnant des exemples.
6 Cette définition renvoie à l’origine du rire et à Exemples de comiques à citer : Bourvil, de Funès,
ses mécanismes. Elle complète les réponses pré-
Coluche, Les Inconnus…
cédentes en évoquant l’aspect social de ce phé-
nomène : l’individu rit au contact d’autres 8 À la fin de la séance, l’élève est invité à l’oral
personnes. Il s’agit alors d’un rire contagieux ou ou à l’écrit à répondre à la question posée en début
communicatif. Elle souligne aussi son aspect répé- de séance. Il pourra s’appuyer sur ses réponses,
© Editions Belin, 2013

titif qui exprime une émotion lors d’un spectacle sur les exemples proposés par les documents
par exemple. Enfin, elle indique qu’il peut être mais également sur d’autres références qui auront

48
fait l’objet d’une recherche et d’une présentation Pour aller plus loin
à la classe.
Il s’agit de montrer que selon l’âge, la génération, Il est possible d’effectuer une recherche sur Laurel
l’expérience ou les référents culturels, nous et Hardy ou Bourvil et de Funès, moins connus
n’avons pas la capacité à rire des mêmes choses. des jeunes générations. L’intérêt est de se ren-
On peut également souligner que, si les comiques seigner sur les comiques qui ont marqué une
d’hier paraissent moins drôles aux générations époque et qui demeurent pour certains une réfé-
actuelles, ils n’en demeurent pas moins incon- rence. On peut aussi visionner un extrait du film
tournables pour ceux qui souhaitent faire carrière Monty Python, sacré Graal.
dans la comédie.

SÉANCE 2 Comment les nouveaux médias


suscitent-ils de nouvelles formes de comique ?
Pages 82-83 du manuel

Cette séance permet d’aborder les humoristes L’expression « webrigolade », quant à elle, est
d’aujourd’hui et de faire le lien avec les nouveaux créée en référence aux nouveaux médias et au
outils de communication. Elle permet aux élèves registre drôle (« rigolade » en langage familier).
d’analyser les procédés comiques utilisés par la Par ce titre, l’auteur cherche à montrer que les
jeune génération et de prendre conscience de la comédiens d’aujourd’hui ne se font plus connaître
rapidité du phénomène, puisque certains sont sur les canaux de diffusion traditionnelle (scène,
devenus de véritables stars grâce aux internautes, TV, radio…) mais grâce à internet qui les propulse
en l’espace de quelques mois. très rapidement au rang de « stars du comique ».

Étude du 2e texte
LECTURE 3 L’amateurisme et l’innovation de ces jeunes
Étude du 1er texte artistes renforcent la proximité avec leurs inter-
nautes. C’est ce qui semble expliquer en partie leur
1 Le succès de ces nouveaux comiques est lié au succès. Ils se filment dans leur quotidien avec une
ton employé, au rythme utilisé, aux sujets tirés
webcam, partagent les mêmes préoccupations que
du quotidien : « porte un regard incisif sur l’absur-
leurs fans, vivent dans les mêmes lieux et utilisent
dité du quotidien » et au décor (la chambre est un
internet pour communiquer et parler d’eux. Le pro-
lieu familier aux adolescents).
cessus d’identification est renforcé par l’absence
Type de support Public ciblé de mise en scène ou d’effets spéciaux.
Le fait de remanier, de réécrire constamment leur
« l’écran de l’ordinateur » l. 2 « nos enfants, 9 et 12
« Image cheap, éclairage ans » l. 1 texte en fonction des critiques des internautes
approximatif » l. 3-4 « les imberbes » l. 5 séduit la plupart des jeunes. Ces nouveaux artistes
« la Toile » l. 8 montrent ainsi leur capacité à se réinventer et à
« le Web » l. 11 évoluer selon les goûts de leurs fans.
2 Le titre de cet article se veut accrocheur par 4 Écrits ou modifiés en fonction des commen-
l’association de plusieurs termes. Il se compose taires des internautes, ces sketchs finissent par
© Editions Belin, 2013

du mot « stars » qui renvoie au succès phénoménal échapper à leur auteur initial, dans la mesure où
de ces nouveaux comiques. ils ne sont plus uniquement le fruit de sa réflexion.

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 49


Il s’agit plus d’une création collective que d’une de la vidéo, Norman apparaît en gros plan, casque
création individuelle, car les spectateurs de scooter sur la tête. Le décor est celui d’un
apportent leur contribution. Ceci n’est possible appartement, probablement le sien, où rien n’a
que parce qu’ils partagent des préoccupations été modifié pour l’occasion (étagère en désordre,
communes, font partie de la même génération et linge séchant dans l’une des pièces…) Il lance son
ont le sentiment d’appartenir à une communauté. sketch de façon ironique en déclarant que le code
Le type de support utilisé favorise également de la route est rapide à avoir, puis, tout à coup,
l’échange et l’avis du public. Dans ce cas, on peut relève la visière de son casque. Le mot « FAUX »
donc parler d’écrits ou de productions s’inscrit en surimpression à l’écran, suivi d’une
communautaires. musique de transition annonçant un changement
de ton. Norman tourne ensuite en dérision le code
Étude de l’image de la route en apparaissant tantôt en gros plan
5 Cette photographie renvoie à la génération de dans son appartement, tantôt filmé avec d’autres
ces nouveaux comiques et à leur goût prononcé comparses, en extérieur au volant d’un véhicule.
pour les nouvelles technologies. Le décor, le Il ironise sur le langage utilisé par les « gens du
cadrage et l’expression des visages témoignent code de la route » différent, selon lui, de celui
de ces deux caractéristiques. Le décor est com- « des gens de la vraie vie » : « véhicule de tourisme
posé d’un écran d’ordinateur, d’un clavier et d’une citadin de catégorie A » utilisé pour voiture, « cas-
souris. Le cadrage montre les stars du web sur- sis » pour dos-d’âne. Ces mots ou expressions
gissant de leur univers favoris, un écran d’ordina- surgissent à l’écran, accompagnés d’un fond musi-
teur. Cet outil leur permet de s’inviter régulièrement cal, d’une photo le représentant dans des postures
chez les internautes et fait partie intégrante de grotesques ou d’un QCM décalé. Sur un rythme
leur quotidien. L’expression des visages : rire chez rapide, Norman ridiculise par ces différents pro-
certains, surprise ou hébètement chez d’autres, cédés, les règles imposées par le code de la route
donne l’impression que sortir du web peut être en en montrant l’absurdité.
surprenant, difficile ou compliqué.
8 À la fin de la séance, les élèves sont invités, à
Étude du 3e texte l’oral ou à l’écrit, à répondre à la question posée,
en s’appuyant sur leurs réponses aux questions
6 Ces nouveaux comiques utilisent une forme précédentes.
particulière du stand-up qui consiste à faire rire
On doit montrer que les comiques d’aujourd’hui
en se filmant chez eux à l’aide de leur webcam.
ne se produisent plus seulement sur scène, mais
Leur source d’inspiration est le quotidien dont ils
qu’internet est devenu un vecteur du rire au même
abordent les thèmes de manière variée selon leurs
titre que le théâtre, les salles de spectacle ou le
préoccupations du moment (la scolarité, le permis
cinéma. On peut rappeler les moyens qu’utilisent
de conduire…)
les nouveaux artistes, insister sur leur caractère
novateur et sur la relation de proximité qu’ils
savent instaurer avec les internautes. Si, comme
ÉCRITURE ET ORAL
pour la chanson ou la musique, internet est un
7 On attend que l’élève recherche puis sélec- excellent moyen de se faire connaître et d’ac-
tionne un sketch d’un de ces nouveaux comiques croître sa popularité, on peut toutefois s’interro-
et qu’oralement, il explique ce qui, selon lui, est ger sur la carrière et le devenir de ces nouvelles
susceptible de faire rire les internautes. Il doit célébrités. Ce succès rapide ne cache-t-il pas une
s’appuyer sur les procédés utilisés. Plusieurs carrière éphémère ? Propulsés au rang de stars
peuvent être cités : les thèmes, les expressions grâce au web, il semble difficile pour eux d’en
utilisées, le décor, le cadrage, les prises de vue, sortir même si certains, comme Norman par
le rythme… exemple, font des tentatives au cinéma. Mais
Prenons, par exemple, l’un des sketchs de Nor- après tout, pourquoi s’essaieraient-ils à d’autres
man : Le code de la route, que l’on peut visionner expressions artistiques alors qu’ils maîtrisent
sur son site normanfaitdesvideos.com. Au début parfaitement un concept tant apprécié des jeunes ?
© Editions Belin, 2013

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SÉANCE 3 Intouchables, un film qui plaît à tous ?
Pages 84-85 du manuel

Cette séance fait réfléchir sur la capacité d’un d’une rencontre improbable mais bien réelle entre
film à fédérer un large public, ce qui n’exclut tou- deux hommes que tout opposait au début de leur
tefois pas la critique virulente. Elle permet de relation.
caractériser les ingrédients du rire en s’appuyant
sur Intouchables, qui est un exemple récent.
Étude du 2e texte
4 Pour Frédéric Strauss, ce film est une leçon
de vie, inspirée d’une histoire vraie. Il apprécie
LECTURE la rencontre entre les deux comédiens qui donne
Étude de l’image à cette comédie une dimension humaine. Pierre
Murat, quant à lui, ne semble pas convaincu. Il
1 Cette image correspond à une scène riche en déplore clichés et bons sentiments.
émotions, dans laquelle Driss (aide à domicile
issu des banlieues, sortant de prison), fait essayer • Termes mélioratifs
à Philippe (riche tétraplégique) un fauteuil roulant – « histoire d’une attitude face à la vie » l. 1-2
motorisé, dans les rues de la capitale. Les deux – « Une manière d’être dans la légèreté, l’élégance
personnages partagent un moment à la fois drôle et le rire » l. 2
et émouvant, de complicité, de fraternité et de – « Une histoire vraie » l. 3
rire. Ils semblent unis malgré leurs différences – « des scènes efficaces » l. 4
au point d’en devenir indissociables et c’est cela – « en symbiose avec leurs personnages » l. 5
qui crée à la fois le rire et l’émotion de cette scène. – « le punch comique » l. 8
– « le rire est, ici, salvateur » l. 9
Étude du 1er texte – « la dimension humaine de cette comédie » l. 10
– « la belle rencontre » l. 10-11
2 Lexique servant à décrire le succès du film, – « deux comédiens tranquillement exception-
par classes grammaticales. nels » l. 11-12
« rires » l. 1 • Termes péjoratifs
« émotion » l. 2 – « Ça recommence » l. 13
« silence »l. 2 – « une histoire vraie ne fait pas forcément un bon
Nom
« applaudissements » l. 3 film » l. 13-14
« troisième vision » l. 6 – « ce n’est pas parce qu’il est généreux qu’il est
« succès » l. 7
forcément génial » l. 14-15
« salles combles » l. 1 – « ruisselle de bons sentiments, et c’est la
Adjectif « rires francs, unanimes et géné-
reux » l. 1 et 2
barbe ! » l. 15-16
– « les clichés démagos » l. 16
Verbe « pas sur le point de s’épuiser » l. 7
Participe
passé à Étude du 3e texte
« silence recueilli à la fin » l. 2
valeur
adjectivale
5 Contrairement à la critique française, la cri-
tique américaine est loin d’être indulgente à
Comparaison « film parti comme une flèche » l. 6 l’égard du film Intouchables et de ses co-réalisa-
teurs. Elle juge cette comédie choquante et qua-
3 D’après l’auteur, les spectateurs ont apprécié lifie de raciste la relation qu’entretiennent les
le jeu des acteurs, le mélange des genres et des deux personnages principaux, Driss et Philippe.
émotions qui se traduit par de fréquents passages Elle finit malgré tout par rendre hommage à l’ac-
© Editions Belin, 2013

du rire aux larmes. Ils ont également été sensibles teur Omar Sy mais en regrettant toutefois la pré-
au fait que cette comédie s’inspire de la réalité, sence de clichés et de préjugés dans son rôle.

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 51


On attend que l’élève donne son avis sur ce qui de rédiger un véritable plaidoyer. Pour répondre,
fait polémique aux États-Unis et qu’il précise si, on attend qu’il réinvestisse ce qui a été vu dans
d’après lui, la critique est justifiée ou pas. la séance. S’il ne connaît pas cette comédie, on
peut lui proposer de visionner le film ou certains
extraits pour étayer son argumentation.
ÉCRITURE ET ORAL
8 À la fin de la séance, les élèves sont invités, à
6 Pour répondre à cette question, on peut s’ap- l’écrit ou à l’oral, à répondre à la question posée.
puyer sur les ingrédients du film Intouchables (le Parmi les éléments de réponse, on peut s’appuyer
mélange des genres, les sentiments, la rencontre sur la dimension humaine, les sentiments, le jeu
entre deux acteurs, les situations cocasses…) qui des acteurs et leur rencontre.
ont séduit un large public, toutes générations
confondues. Il convient d’en proposer également Pour aller plus loin :
d’autres en faisant référence à des exemples
On peut proposer la lecture de quelques extraits
précis.
du livre Le Second souff le de Philippe Pozzo di
7 Ce travail d’écriture demande à l’élève de se Borgo qui a inspiré le scénario du film Intouchables
mettre à la place des deux réalisateurs attaqués et la confronter à la mise en scène des deux
de manière virulente par la critique américaine et réalisateurs.

ÉVALUATION Pages 86-87 du manuel

COMPÉTENCES DE LECTURE Texte 2


Texte 1 3 (2 points) Le critique souligne l’exploit du réa-
lisateur Alain Chabat qui, en adaptant au cinéma
1 (3 points) L’ingénieuse idée d’affubler le Mar- le célèbre personnage du dessinateur Franquin,
supilami d’une queue gigantesque est à l’origine a su fédérer un large public. Si ce film fait l’una-
de son succès car elle permet à son créateur un nimité, c’est grâce à son « humour corrosif », son
perpétuel renouvellement des gags. Cet animal « sens du merveilleux », son « casting » et ses
peut alors traverser les époques sans pâtir de « effets spéciaux ». Tous ces ingrédients réunis
son âge et son dessinateur ne se trouve jamais en font un film unique et grand public qui dépasse
en manque d’inspiration. De plus, son caractère les clivages générationnels.
« fabuleux », imaginaire et irréel fait de lui un per-
sonnage hors norme et attrayant, qui évolue d’un Images 1 et 2
album à l’autre, au gré de son créateur.
4 (2 points) La couverture de l'album, très colo-
2 (2 points) Le dessinateur André Franquin ne rée sur fond bleu, nous présente la famille du
tarit pas d’éloges au sujet du Marsupilami. S’il y Marsupilami. On découvre des animaux étranges
est attaché c’est parce qu’il trouve ce personnage mais amusants aff ublés d’une longue queue,
« amusant à dessiner » car il lui off re la possibilité vivant dans un nid imaginaire, probablement sus-
de se renouveler sans arrêt. Il est « sympa, pendu à un arbre de la jungle. La mère paraît
agréable, bondissant, drôle » ce qui fait de lui un sereine à côté de sa progéniture, tandis que le
personnage unique et exceptionnel. Ces diffé- père est aux aguets, visiblement inquiet et à l’affût
rentes qualités font du Marsupilami un person- d’éventuelles agressions. Les petits, quant à eux,
© Editions Belin, 2013

nage « indispensable » à son auteur et paraissent très vifs et leur différence n’échappera
incontournable dans sa carrière de dessinateur. à personne.

52
L’affiche du film Sur la piste du Marsupilami est elle Franquin. Le point de vue devra être illustré par
aussi très colorée. On retrouve un Marsupilami à des exemples précis. L’élève pourra s’appuyer
l’air malicieux, qui occupe une position centrale en sur les supports proposés.
tant que héros du film. Il est entouré d’une pléiade Dans le second sujet, il est demandé d’écrire un
d’acteurs plus ou moins connus. Le tandem consti- dialogue entre le modèle et son admirateur. On
tué d’Alain Chabat, l’air hébété et de Jamel Debouze, imagine un échange cordial et amical entre les
le rire aux lèvres, en tête d’affiche, annonce très deux auteurs : de l’admiration et de l’émotion de
clairement le registre comique du film. De même, la part d’Alain Chabat qui rencontre le « maître »
les costumes variés (militaires, indiens) ou le décor et de la bienveillance, de la tolérance et de la
(la jungle, les totems) laissent à penser que de nom- fierté de la part de Franquin qui rencontre un
breuses péripéties plus ou moins loufoques vont admirateur cherchant à perpétuer le mythe.
se succéder sous nos yeux. Enfin grâce au titre Sur
la piste du Marsupilami, le spectateur comprend 6 a] Barème du 1er sujet :
que les protagonistes vont se lancer à la poursuite – 6 points pour le respect du sujet (prise de posi-
du Marsupilami et cet étrange animal va sans doute tion explicite et implication du scripteur, choix
leur réserver bien des surprises. des arguments, exemples précis et pertinents).
– 2 points pour le respect de la situation d’énon-
5 (1 point) On peut répondre à cette question en ciation proposée par le sujet (lettre adressée au
évoquant ce qui fait du Marsupilami un person- réalisateur du film, première personne).
nage intemporel. Par exemple, le perpétuel renou- – 2 points pour l’expression écrite (correction de
vellement de ses gags. On peut aussi faire la langue et de la syntaxe).
référence à ceux qui favorisent sa longévité et qui
entretiennent le mythe. Alain Chabat, avec son 6 b] Barème du 2e sujet :
film Sur la piste du Marsupilami fait partie de ceux- – 4 points pour le respect du sujet (échange entre
là. Grand passionné de BD, il rend hommage au le dessinateur et le réalisateur sur leur création
dessinateur Franquin, en faisant vivre au cinéma respective, sur leur conception de leur métier, sur
son étrange création. les choix effectués pour divertir les lecteurs et
les spectateurs…)
– 2 points pour l’expression d’un ressenti (émo-
COMPÉTENCES D’ÉCRITURE tions : rencontre entre un fan de BD et un dessi-
(10 points) nateur incontournable).
Il y a deux possibilités d’écriture, au choix des – 2 points pour le respect de la situation d’énon-
élèves. Il s’agit, dans le premier sujet, de l’écri- ciation proposée par le sujet (dialogue, présence
ture d’une lettre argumentée, exprimant un avis d’incises).
favorable ou défavorable sur l’adaptation ciné- – 2 points pour l’expression écrite (correction de
matographique de l’album du dessinateur la langue et de la syntaxe).
© Editions Belin, 2013

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 53


C A PA CIT É S E T AT TIT U D E S
Rédiger la critique d’un film de votre choix Pages 88-89 du manuel

Afin d’aider les élèves à suivre toutes les étapes du travail, vous pouvez leur proposer la grille ci-
dessous : ils pourront en cocher les éléments au fur et à mesure de la réalisation du projet.

Cocher quand
Étapes Critères
le critère est respecté
Identifier dans les textes critiques les procédés (idées, argu-
Repérer les procédés ments, lexique, procédés…) qui permettent d’exprimer un juge-
employés par ment sur le film.
les critiques pour
Retrouver sur l’image les éléments dont la critique se servait.
présenter un film
Effectuer un lien entre les connotations de l’image et le titre.
Choisir trois arguments et trois exemples.
Établir un plan.
Rédiger la critique Rechercher sur internet des informations et des images
permettant de présenter le film choisi.
Rédiger le texte en sʼaidant de la banque de mots.
Vérifier que toutes les consignes ont été respectées.
Se relire et réécrire
Réécrire les passages si nécessaire.

G RA M M AIR E
L A MODALISATION ET LES TERMES MÉLIOR ATIFS OU PÉJOR ATIFS
Page 90 du manuel

1 Salles combles une heure avant la séance, comédiens apparaissent au générique. 5 194 432
rires francs, unanimes et généreux pendant la entrées en seconde semaine […] et des specta-
projection, émotion et silence recueilli à la fin, teurs qui en sont déjà à leur troisième vision, le
quand Driss s’éloigne, et applaudissements aux film est parti comme une flèche et ce succès ne
images des modèles réels qui ont inspiré le film semble pas sur le point de s’épuiser.
mais aussi et surtout au moment où les noms des
Noms Adjectifs Verbes Participe passé Comparaison
« rires » « combles » « pas sur le point « silence recueilli à la « comme une
« émotion » « francs, de s’épuiser » fin » flèche »
« silence » unanimes
« applaudissements » et généreux »
« succès »
« troisième vision »

2 Opposition entre termes péjoratifs et mélio- • Termes mélioratifs


ratifs qualifiant la « poésie de la Modernité » : – « l’habitude de l’énergie et de la témérité. » ; « le
courage, l’audace et la révolte » ; « le mouvement
• Termes péjoratifs agressif » ; « l’insomnie fiévreuse », « le pas gym-
© Editions Belin, 2013

– « l’immobilité pensive » ; « l’extase » ; « le nastique » ; « le saut périlleux, « la gifle », « le coup


sommeil ». de poing ».

54
Remarquons que certains termes ont habituelle- Chacun profite de ces instants précieux pour
ment une connotation péjorative, par exemple s’adonner à ses loisirs. Paris rebaptisée Paris-
« agressif », mais que, dans ce cas précis, où il plages prend l’allure d’une nouvelle station bal-
s’agit d’une révolution esthétique, ils seront appré- néaire et des airs de vacances.
ciés pour leurs significations révolutionnaires.
Pour les poètes de la Modernité, la littérature clas-
4 – Définition des trois termes utilisés par Orgon
pour désigner Tartuffe :
sique est synonyme d’immobilisme, alors que celle
• traître : personne qui trahit, qui trompe, être
qu’ils prônent se veut vivante, en perpétuel mou-
dangereux, sournois ;
vement, voire même acrobatique. Son objectif est
• scélérat : personne qui manifeste des intentions
de surprendre, d’où son caractère provocateur.
ou des sentiments criminels et perfides ;
3 La chanson présente Paris de manière méta- • ingrat : personne qui méconnaît les bienfaits
phorique comme une ville « cannibale » qui englou- reçus et ne témoigne d’aucune reconnaissance à
tit sous terre sa population aux heures de pointe. qui il les doit.
Dans cet univers où l’humain est sacrifié, le bruit, – Ces trois termes peuvent appartenir à deux caté-
l’agitation, la « pression constante » et la circula- gories grammaticales, puisqu’ils peuvent être
tion règnent en maîtres. La population semble cou- des substantifs ou des adjectifs. Dans le cas pré-
rir en permanence et ne s’accorde aucun moment sent, ils sont tous les trois employés comme
de répit, n’ayant que peu d’espace à se partager. substantifs.
L’affiche donne une autre impression de la capi- – Ils donnent tous les trois une image dévalori-
tale. Elle véhicule l’image d’une ville calme où la sante de Tartuffe.
population peut se détendre en toute liberté dans – Leurs synonymes :
un décor de rêve, sur les quais de la Seine (tran- • traître : fourbe, infidèle, perfide ;
sat, parasol, vélo). Les palmier s lui donnent même • scélérat : criminel, infâme, méchant, perfide,
un caractère exotique. L’ambiance est à la détente, bandit, canaille, vaurien ;
loin du tumulte des grands centres urbains. • ingrat : oublieux, égoïste.

l exiq u e
PL AISANT, ENNUYEUX Page 91 du manuel

1 Les mots ou expressions synonymes de l’ad- 2 Exemple d’utilisation pour les synonymes
jectif « plaisant » : amusant, attrayant, charmant, comique, divertis-
adorable, agréable, aimable, amusant, attirant, sant, séduisant :
attrayant, avenant, captivant, charmant, comique, La mise en scène de Tartuffe (page 137) par Bri-
complaisant, convenant, conquérant, coquet, gitte Jacques-Wajeman, nous a paru séduisante
divertissant, drolatique, drôle, emballant, enchan- et divertissante par son adaptation originale. C’est
teur, excitant, gentil, gracieux, ravissant, réjouis- dans un décor contemporain que les comédiens
sant, riant, risible, satisfaisant, séduisant, évoluent. Un choix surprenant mais amusant qui
souriant, sympathique. produit un effet charmant. Sobres et modernes,
On peut proposer de classer du plus intense au les costumes contribuent à rendre la pièce
plus faible les synonymes principaux : attrayante car plus actuelle. Enfin, la subtilité du
© Editions Belin, 2013

Captivant, adorable, enchantant, attirant, ravis- jeu des comédiens, à la fois grave et comique,
sant, agréable, emballant. participe au succès de la pièce.

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 55


« Que le temps paraît long aux côtés de cet homme !
3 Les mots de la même famille que « plaisant » : Quand lèvera-t-il les yeux de son journal pour enfin
Synonyme Nature
me regarder, me parler ? Moi qui rêvais d’une vie
Plaisanter Verbe trépidante, pleine de rencontres, de voyages et de
Plaisant Adjectif musique, me voici confrontée à la solitude et à l’en-
Plaisamment Adverbe nui. Moi qui rêvais d’être une pianiste à la renom-
mée internationale, j’éprouve aujourd’hui un
Plaisantin Nom commun
profond sentiment d’isolement. Pourquoi ai-je
On pourra citer : déplaire, plaisanter, plaisanterie, renoncé à ma carrière pour suivre cet homme ? Ce
plaisir, déplaisant, plaisancier, déplaisir, plai- piano est mon unique réconfort, ma seule conso-
santin, plaisamment, plaisance, plaisant. lation… mais suis-je encore capable de lui donner
Phrases utilisant les mots de la liste précédente : vie après toutes ces années de silence. Ces quelques
• Il passe pour un vrai plaisantin, si bien que l’on notes me rappellent mes débuts. Comme je trem-
a du mal à le prendre au sérieux. (Nom) blais le jour de ma première audition ! Je me sou-
• Norman n’a pas eu son permis de conduire. Il viens encore de l’odeur du piano, un piano à queue
n’est pas d’humeur à plaisanter, car c’est la deu- spécialement livré pour l’occasion, dans une salle
xième fois qu’il échoue. (Verbe) immense qui me donnait le vertige. Rien à voir avec
• Le film qu’ils ont vu est si plaisant qu’ils l’ont ce piano droit, sans âme, qui mériterait d’ailleurs
recommandé à leur entourage. (Adjectif) d’être accordé. Que tout cela me semble grotesque !
• Ce mauvais plaisant ne fait plus rire personne. Qu’ai-je fait pour en arriver là ? Qu’ai-je fait pour
(Nom) vivre pareille situation ? »
• Après des travaux de rénovation, les proprié-
taires de cet appartement ont pris plaisamment
possession des lieux. (Adverbe)
PL AISANTERIE, HUMOUR
4 Les mots ou expressions synonymes de l’ad-
jectif « ennuyeux » : 1 – Définition du Petit Larousse :
affreux, assommant, casse-pieds, collant, contrai- Le comique est un « genre qui fait rire, qui est
gnant, contrariant, crampon, désolant, embêtant, amusant. »
empoisonneur, ennuyant, fâcheux, fastidieux, fati- L’humour est une « forme d’esprit qui cherche à
guant, gênant, inquiétant, insipide, lassant, mono- mettre en valeur avec drôlerie le caractère ridi-
tone, narcotique, pénible, rasant, raseur, cule, insolite ou absurde de certains aspects de
soporifique. la réalité, qui dissimule sous un air sérieux une
Liste de synonymes pour chacune des significa- raillerie caustique. »
tions dʼ« ennuyeux » : – Exemples de la séquence :
1) contrariant : déplaisant, inquiétant ; Si à une époque, Bourvil et de Funès ont été les
2) embarrassant : désagréable, difficile, pénible ; acteurs emblématiques de la comédie, les stars
3) soporifique : embêtant, endormant, intermi- de la webrigolade, représentants d’un nouveau
nable, lassant ; comique, leur ont aujourd’hui succédé.
4) fatigant : encombrant, fâcheux, importun. L’humour peut être illustré par certains sketchs
de Gad Elmaleh, de Florence Foresti ou encore
5 On attend que les élèves choisissent l’un des par le dialogue extrait de Monthy Python.
deux personnages, qu’ils le présentent et intro-
duisent un discours intérieur de ses pensées en 2 – a. Cet humoriste a moins de succès qu’avant.
évoquant son sentiment d’ennui. Ses plaisanteries ne font plus rire ses spectateurs.
À droite du tableau, la femme assise, tournée vers (gags, sketchs)
le piano semble vivre une situation ennuyeuse. – b. Il a été victime d’une plaisanterie de mauvais
Sans doute est-ce dû à l’indifférence de l’homme goût. (farce)
à ses côtés qui, trop absorbé par sa lecture, ne – c. Il est si doué que résoudre ce problème sera
lui prête aucune attention. pour lui une plaisanterie. (facile, jeu d’enfant)
© Editions Belin, 2013

Description des pensées intérieures du person- – d. Vivre à la campagne ? Vous n’y pensez pas !
nage féminin (exemple) : Quelle plaisanterie ! (idée insensée, incongrue)

56
3 Pour cet exercice, les réponses s’appuient sur Le Robert : Dictionnaire des synonymes.
Synonyme du mot « plaisanterie » Synonyme du mot « humour »
Soutenu Courant Familier Soutenu Courant Familier
taquinerie boutade blague esprit drôlerie
facétie moquerie mise en boîte ironie raillerie
badinerie bouffonnerie vanne
pitrerie jeu gag
bagatelle bobard
farce canular
rigolade

4 Bansky est un artiste du Street art (Graffiti) pochoir. Réalisé sur un mur, il représente un rat
originaire de Bristol, en Angleterre. Il réalise ses transformé en équilibriste, qui grâce à un effet
œuvres à l’aide de pochoirs et s’amuse à détour- d’optique, semble avancer sur une chaîne bien
ner le mobilier urbain, en particulier les panneaux réelle. L’humour repose sur ce mélange d’imagi-
d’interdiction. Son art est un mélange d’ironie et naire et de réel.
d’humour qui comporte très souvent des mes- Pour cet artiste, il s’agit de s’appuyer sur les élé-
sages clairs. Il adore provoquer, choquer voire ments du réel, de les détourner, pour produire un
perturber la société. Très inspiré par les rats, qu’il effet particulier et en donner une autre interpré-
semble associer à la race humaine, il les repré- tation ou une autre signification. L’enjeu d’une
sente de façon récurrente dans tous les scénarios telle œuvre n’est pas de provoquer mais plutôt
possibles. Nous en avons un bel exemple avec ce d’off rir aux passants un instant de poésie.

HISTOIR E D ES A RTS
Yue Minjun, « Zi You Yin Dao Ren Min » (La Liberté guidant le peuple),
1995-1996. Huile sur toile, 250 x 360 cm. Page 93 du manuel

Yue Minjun, né en 1962, est connu pour ses pein- premières en précisant leur opinion. La proposi-
tures d’autoportraits figés dans un rictus sou- tion qu’ils font doit s’appuyer sur un élément pro-
riant. Cela lui permet de remettre en question les bant du tableau.
conventions sociales, culturelles ou politiques.
Analyse du tableau
L’impression immédiate
1 On attend des élèves qu’ils dépassent le stade 3 L’analyse de la construction du tableau s’effec-
tue avec les mêmes clés de lecture que celles
du « j’aime » ou « je n’aime pas », pour aller vers
proposées pour le tableau de Delacroix (page 43
une réaction argumentée rendant compte de l’as-
du manuel). Les trois plans horizontaux per-
pect uniforme, décalé, grotesque, exagéré ou
mettent de mettre en évidence la masse des corps
choquant. Il est possible que des élèves voient
allongés (premier plan), le groupe compact des
tout de suite la reprise du tableau de Delacroix.
hommes debout (deuxième plan), le ciel et la ville
Il serait alors intéressant de les questionner sur
(arrière plan). La construction en triangle est ren-
leurs réactions face à cette reprise.
forcée par l’uniformité des couleurs et des per-
© Editions Belin, 2013

2 À l’issue de la recherche dans le dictionnaire, sonnages. Trois couleurs dominent le tableau


les élèves peuvent affiner leurs réactions (bleu, blanc, noir). Un autre élément déterminant

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 57


est le rictus de tous les personnages, vivants ou des autres, et d’autre part, que la liberté n’existe
morts. Cette construction répétitive crée une que dans le collectif.
impression de masse, d’uniformisation.
La mise en contexte
4 Les réponses peuvent être diverses, il sera 7 La répression sanglante qui a suivi le mouve-
intéressant d’interroger à chaque fois sur quels
ment d’ouverture politique en Chine au printemps
éléments du tableau le point de vue s’appuie.
1989 a largement marqué les artistes de cette
Quelles que soient les pistes proposées par la
génération. Si l’on applique la citation de Yue Min-
classe, le professeur doit interroger le processus
jun à cette époque, on peut lire son œuvre comme
de répétition qui renvoie à la masse, au collectif
une mise à distance de l’horreur et de la répres-
mais aussi au malaise que peut provoquer la vision
sion. Elle permet aux individus de continuer à
de cet amoncellement de corps hilares à l’expres-
vivre en riant pour cacher leur impuissance.
sion identique.
5 Les remarques des élèves devront faire état 8 Pour étayer leur réflexion, on peut proposer
aux élèves de consulter le site suivant : http://
de leur goût pour une forme plutôt qu’une autre,
fondation.cartier.com/#/fr/art-contemporain/26/
off rant ainsi au professeur l’occasion de revenir
expositions/294/toutes-les-expositions/758/
sur les notions d’individualité et d’universalité,
yue-minjun-l-ombre-du-fou-rire/ sur lequel ils
de canons et de modes, de réception dans la par-
pourront visionner un entretien avec l’artiste et
tie « connaissances » de l’objet d’étude, ainsi que
découvrir d’autres œuvres. On peut également
sur son lexique.
prolonger la recherche des élèves en l’étendant
6 Le personnage incarnant la Liberté ne se dif- à d’autres artistes chinois contemporains (par
férencie pas des autres personnages. On peut lire exemple, Ai Weiwei, pour mettre en relation dif-
dans cette similitude des représentations avec férentes formes d’expression du combat pour la
d’une part le fait que la liberté est à la fois une liberté).
valeur universelle et individuelle : tout être est
libre et cette indépendance ne le distingue pas
© Editions Belin, 2013

58
Séquence 6
Comment les œuvres de la Renaissance
nous parlent-elles aujourd’hui ? Pages 94 à 109 du manuel
Introduction au travail sur la séquence
Dans cette séquence, on retrouve la première interrogation de l’objet d’étude,
qui est : « les goûts varient d’une génération à l’autre. Ceux d’aujourd’hui sont-
ils meilleurs que ceux des générations précédentes ? » Elle croise la seconde
cherche « comment faire partager ses goûts dans une démarche de respect et
de dialogue ? » En se demandant comment être « curieux de différents langages
artistiques », elle permet également d’introduire le champ littéraire des poètes
de la Pléiade en les mettant en résonnance avec des œuvres postérieures pour
interroger la réception que nous pouvons avoir aujourd’hui, des poèmes de cette
époque et des canons esthétiques.
La séance 1 traite de la passion amoureuse et interroge ainsi la manière de
l’exprimer à travers différents supports d’époques variées. Elle interroge éga-
lement la notion d’universalité. Dans la séance 2, les élèves sont invités à tra-
vailler sur les canons de la beauté à différentes époques pour réfléchir sur ce
qu’ils sont devenus aujourd’hui. La séance 3 aborde un autre thème universel,
celui de la vie qui passe, de la vieillesse et de la mort. En quoi la question de
l’écoulement de la vie questionne-t-elle l’homme depuis toujours ? Comment l’art
en rend-il compte pour aider les êtres humains à le supporter ? Enfin l’évaluation,
qui peut également être prise comme une séance supplémentaire, invite à réflé-
chir sur la question du voyage, de l’appartenance à un lieu et au sentiment d’exil.
Cette séquence propose ainsi un cheminement dans des thématiques univer-
selles dont l’humanisme de la Renaissance s’est saisi.

SÉANCE 1 Comment la poésie du xvie siècle


reflète-t-elle des sentiments universels ?
Pages 96-97 du manuel

LECTURE produit rend compte de la violence du sentiment


Étude du poème amoureux, l’individu ressent des émotions
extrêmes qu’il ne contrôle pas. L’élève devra expli-
1 Les sentiments exprimés sont tous liés au sen- quer son point de vue sur ce texte en justifiant son
timent amoureux. Les termes employés sont sys-
ressenti.
tématiquement en opposition (vis / meurs ; brûle
© Editions Belin, 2013

/ froidure ; etc.) fréquemment renforcés par des 2 Les deux points du vers 1 tendent à introduire
adverbes (trop) ou des adjectifs (grands). L’effet la fin du vers comme étant la conséquence du

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 59


début. La ponctuation employée dans les deux s’adresse directement. Le poète ne maîtrise plus
quatrains contribue à créer un rythme saccadé son corps qui réagit indépendamment de son
avec l’usage des virgules en fin de strophe. Elle volonté malgré les injonctions qu’il lui adresse
rend compte de l’émoi et de la violence des sen- par le biais de l’impératif présent souvent ren-
timents. Les points-virgules à la fin des vers 2 forcé par la forme négative : « ne t’emballe pas » ;
et 6 viennent renforcer l’idée de constat. La poé- « fais comme si » ; « arrête » ; « souviens-toi » ; « ne
tesse est livrée à sa passion, elle la subit. En me laissez pas » ; « dites-moi, dites-moi qu’il ne
revanche, la ponctuation employée dans les deux faut pas » ; « restez » ; « ne frappez pas » ; « ne
tercets n’est plus symétrique comme l’étaient les tremblez plus » ; « souvenez-vous » ; « ne vous
fins de vers dans les deux quatrains, donnant une ouvrez pas » ; « ne vous tendez pas ». Il est encore
impression plus souple du sentiment amoureux. sous l’emprise de la passion qu’il éprouvait pour
Le point-virgule du vers 9 propose une constata- Mathilde.
tion. Les virgules introduisent des incises qui per-
mettent à la poétesse de préciser son idée. Ici, Mise en relation du poème
Louise Labé prend du recul et analyse le sentiment et de la chanson
qui l’envahit. De ce fait, le texte est plus structuré 5 Les deux textes rendent compte de la violence
et plus régulier que lorsqu’elle explique avec du sentiment amoureux qui affecte la personne
quelle violence il la saisit. et semble lui faire perdre la raison. À chaque fois,
c’est le corps qui domine l’esprit et devient incon-
Étude de la chanson trôlable. À ce stade de l’analyse, on pourra deman-
der aux élèves de rechercher les différents sens
3 Au-delà du récit du retour de Mathilde, on peut du mot « passion » et la place que peut y prendre
attendre que les élèves perçoivent qu’il s’agit, là
encore, d’un poème exprimant les effets du sen- la notion de souff rance.
timent amoureux et notamment sa violence qui
agit physiquement sur le corps du poète (« cœur » ;
Étude de la première de couverture
« mains » ; « bras »). Les nombreuses répétitions 6 Ici, la démarche s’inscrit dans la lecture de
de « Mathilde », associées au verbe « revenir » l’image. Les deux personnages représentés sont
rendent compte de l’obsession ressentie par le collés l’un à l’autre. La proximité de leurs corps
poète. Il semble donc pris d’une sorte de folie a quelque chose de fusionnel. Toutefois, leurs
incontrôlable qui se manifeste par l’emploi de yeux, fixés vers le haut, semblent regarder dans
verbes que l’on peut associer au mouvement vio- le vide, comme si le monde autour d’eux n’existait
lent et au combat qui se déroule dans son corps pas. Le titre de cette bande dessinée renvoie à la
et son esprit : « emballe » ; « bringuebaler » ; pièce de théâtre, Roméo et Juliette, écrite par
« déchiré » ; « frappez » ; « tremblez ». Ces émo- Shakespeare en 1597. Le professeur gagnera à en
tions sont donc contradictoires, oscillant entre faire évoquer le récit et à interroger la classe sur
la terreur et le désir. ce qui fait de ces personnages des êtres mythiques
dont l’histoire interpelle toujours le lecteur
4 Dans les neuf premiers vers de la première d’aujourd’hui.
strophe, le poète s’adresse tout d’abord à son
cœur, lieu des émotions et symbole de l’amour.
Il tente de le calmer en lui rappelant la douleur ÉCRITURE ET ORAL
qu’il a déjà eue auprès de cette femme mais celui-
là est submergé par le retour de l’aimée et n’en-
7 Quel que soit le support choisi, la présentation
devra rendre compte de l’ambivalence de la pas-
tend rien aux supplications du poète. Celui-ci fait
sion, à la fois subie et voulue, plaisante et por-
appel à des tiers « mes amis » pour le raisonner
teuse de souff rance.
(vers 10-11). Puis, dans le dernier vers, le poète
s’adresse directement à Mathilde : « te v’là ». 8 La réponse devra rendre compte de la vision
Après le cœur, c’est au tour des mains de mani- universelle de la passion amoureuse. Les senti-
fester leur émoi dans la deuxième strophe, puis ments évoqués par Louise Labé sont toujours
© Editions Belin, 2013

aux bras qui s’ouvrent spontanément pour aussi violents et présents dans la chanson de
accueillir Mathilde, à qui la dernière strophe Jacques Brel et la présentation de la couverture

60
de la bande dessinée permet de supposer qu’il l’être humain à l’état de corps. Le professeur
en sera de même. Quelle que soit l’époque, le pourra faire réfléchir les élèves sur le lexique à
sentiment amoureux et la passion est toujours partir du verbe « aimer » (aimer à la folie, aimer à
synonyme de tensions extrêmes qui ramènent perdre la raison).

SÉANCE 2 La beauté célébrée par Ronsard


est-elle intemporelle ? Pages 98-99 du manuel

LECTURE lexicaux de la jeunesse, de la nature et de la blan-


cheur. Les parties du corps évoquées dans ce por-
Étude du poème
trait dépassent l’être humain et relèvent de la
1 Les titres proposés devront rendre compte de divinité.
la beauté mais aussi de la jeunesse.
Étude des tableaux
2 Le premier quatrain décrit le visage (« or frisé
de maint crespe anelet » ; « front » ; « teint » ; « ris ») 5 Le tableau du Titien est emblématique de la
puis le second quatrain évoque le haut du corps peinture de la Renaissance, par son sujet. Il s’agit
de la jeune fille (« col » ; « gorge » ; « cœur » ; « sein »). de la reprise d’un thème mythologique : chez les
Chaque partie du corps décrite est associée à des Romains, Vénus est la déesse de l’amour. Son
éléments positifs qui connotent souvent la Nature style rappelle les palais de la Renaissance, avec
(l’adjectif : « frisé » ; le complément du nom : « de les servantes cherchant des vêtements dans un
rose » ; ou la proposition subordonnée relative : coff re. Il présente une scène intime, dans une
« qui l’âme aux astres achemine »). Le dernier vers chambre. La présence du chien endormi renforce
du deuxième quatrain résume le portrait en l’asso- cette impression d’intimité qui contraste avec le
ciant à « une beauté divine ». La splendeur de la regard droit que la femme pose sur le
jeune fille dépasse largement celle des humains spectateur.
et relève de la perfection d’une déesse. Le tableau de Manet est une autre peinture très
célèbre dont l’exposition a défrayé la chronique,
3 La jeune fille apparaît comme une magicienne le sujet traité étant perçu comme obscène. Si l’on
qui tient le poète sous sa coupe. On pourra faire peut trouver de nombreuses similitudes avec le
réfléchir les élèves au sens du mot « charme ». tableau du Titien, celui de Manet est encore davan-
Celui-ci est subjugué, son libre-arbitre a disparu. tage inscrit dans le réel par la présence de la ser-
Il semble ensorcelé par cette beauté, renforçant vante qui apporte un bouquet de fleurs, cadeau
ainsi l’idée que celle-ci est liée au divin. de quelque admirateur ou amant. Dans ce tableau,
4 • Adjectifs : « enfantine » v.1 ; « frisé » v.2 ; l’obscurité du fond restreint l’espace de la
« damoiselet » qui signifie : « de damoiselle, de chambre ou de l’alcôve et concentre le regard sur
jeune fille » v.3 ; « digne » v.5 ; « verdelet » qui ren- le corps nu de la femme.
voie au « vert », dans le sens de « jeune » v.7 ; La préférence des élèves devra être fondée sur
« humaine » qui s’oppose à « divine » ; v.8 ; « puis- des justifications précises qui évoquent une
sant » ; v.9 qui s’oppose à « douce » v.10. appréciation esthétique (scène dépeinte, jeu de
• Adverbes : « jà » ➜ déjà v.7 ; « doucement » v.12. couleurs et de lumières, émotions ressenties).
• Métaphores : « or frisé » v.2 ; « front de rose » 6 Chez le Titien, la référence à l’Antiquité chère
v.3 ; « col de neige » et « gorge de lait » v.6. aux artistes de la Renaissance est manifeste. Si
© Editions Belin, 2013

Ces relevés dessinent le canon de la beauté par- la scène se déroule dans un palais, on n’en dis-
faite à l’époque de Ronsard à partir des champs tingue pas moins un cadre champêtre par la

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 61


fenêtre du fond. Le corps de la femme met en actuelles du corps et des critères de la beauté et
valeur ses formes rondes sur lesquelles s’ac- qu’ils en énoncent les constantes et les
croche la lumière. Sa posture (négligemment divergences.
allongée de trois quarts face) met en relief son
cou, ses seins et son ventre rond. Titien peint une
beauté divine, regardant franchement et calme- ÉCRITURE ET ORAL
ment le spectateur, les lèvres esquissent un léger
sourire. 7 On attend que les élèves énoncent leur propre
définition de la beauté et qu’ils la confrontent à
Chez Manet, le corps de la femme est moins rond.
celle d’autres époques, en exprimant s’ils y sont
L’œil est surtout capté par le regard de la femme
encore sensibles ou non.
mais aussi par les ombres des seins et du ventre.
Le tableau ne renvoie à aucune figure mytholo- 8 On attend que les élèves discutent autour de
gique, ici c’est véritablement un corps humain la notion de beauté, de canons esthétiques et de
qui est exposé au regard du spectateur. modes de représentation pour en percevoir les
Après l’expression du point de vue personnel des constantes et les divergences mais aussi qu’ils
élèves, on attend ensuite qu’ils mettent en rela- expriment un point de vue personnel sur la thé-
tion ces deux tableaux avec les représentations matique de la séance.

SÉANCE 3 Comment peintres et poètes rendent-ils


compte du temps qui passe ? Pages 100-101 du manuel

LECTURE « en sa première fleur » v.2 ; « Languissante elle


meurt, feuille à feuille déclose » v.8.
Étude du poème
1 Ce sonnet est dédié à une femme, Marie, que 3 Dans les deux tercets, les marques de la 2e per-
sonne du singulier sont largement employées avec
Ronsard a aimée et qui est morte. Ce personnage
est au croisement de deux femmes. Il s’agit d’une les pronoms personnels sujet « tu », « ton » et com-
part de Marie Dupin, dont Ronsard a été l’amant plément « t’ », ainsi que dans les adjectifs pos-
et d’autre part de Marie de Clèves, morte en 1574, sessifs « ta » ; « ton ». Elles rappellent la femme
qui était la favorite d’Henri III. Ce sonnet, qui fait aimée par le poète qui réagit à cette évocation
l’éloge d’une femme aimée, maintenant décédée, par son émotion « mes larmes et mes pleurs ».
la dépeint du temps de sa jeunesse et met en Étude des tableaux
exergue sa beauté (« sa belle jeunesse » v.2 ; « La
grâce » v.5 ; « jeune nouveauté » v.9 ; « beauté »
4 La lecture du tableau de Hans Baldung Grien
commence en bas du tableau et se continue de
v. 10). L’élève devra donner son point de vue en
gauche à droite. L’artiste y peint les trois âges de
l’argumentant.
la femme : une jeune enfant allongée sur le sol,
2 La métaphore de la rose renvoie à la vie de une jeune femme au teint frais sur la gauche, à
Marie, flattant tout d’abord sa jeunesse et sa sa droite une vieille femme, corps décharné, che-
beauté (1er quatrain) puis son âge de femme veux gris pendants, teint terreux. Légèrement
(2e quatrain) au travers de la floraison et l’épa- derrière elle, l’allégorie de la mort, tenant dans
nouissement de la rose. On attend que les élèves ses mains un sablier et une faux. Le graphisme
© Editions Belin, 2013

fassent le parallèle entre la vie d’une rose et celle se veut naturel. Le sens symbolique est exprimé
d’une femme à partir de la progression du temps : par la représentation allégorique.

62
Le tableau de Klimt concentre trois personnages ÉCRITURE ET ORAL
dans la partie centrale du tableau : à droite, de
face, une femme a la tête tendrement penchée 6 La présentation, qui n’oubliera pas de citer les
sur la jeune enfant qu’elle tient dans ses bras. sources, s’appuiera sur les fiches méthode « Lire
Elles sont peintes avec des couleurs claires et une image » (page 27) et « Travailler avec les TICE »
vives. Ces personnages s’opposent à la femme (page 174).
de profil à gauche. Son dos est voûté, son corps 7 Il s’agit ici de développer un point de vue per-
déformé, sa tête penchée vers le bas. La couleur sonnel qui s’argumente à partir d’un jugement
de ce corps se fond dans les tons orangés de l’ar- esthétique prenant en compte les autres supports
rière plan du tableau. La représentation joue sur de la séance. Le professeur gagnera à travailler
le graphisme et les couleurs. préalablement (ou à faire réinvestir) le lexique du
À quatre siècles de distance, ces deux tableaux beau (« BEAU ET LAID » page 107) et de la sensi-
représentent de façon assez semblable le temps bilité (« SENSIBILITÉ, PERCEPTION » page 123).
qui passe, en intégrant une figure de la vieillesse
ou de la mort dans le cycle de la vie. 8 La réponse doit faire émerger le caractère uni-
versel de la thématique. On peut attendre que les
5 On attend que les élèves expriment ici une élèves distinguent la crudité macabre du tableau
émotion esthétique liée à la question de la vie et de Hans Baldung Grien et le mette en relation avec
de la mort. Les justifications pourront prendre le sonnet de Ronsard qui relève de l’éloge à une
appui sur le résultat plus ou moins réaliste du personne aimée, voire d’une oraison funèbre. Le
graphisme et sur l’effet qu’il produit. tableau de Klimt, postérieur aux deux autres sup-
ports, relève davantage du symbolisme.

ÉVALUATION Pages 102-103 du manuel

COMPÉTENCES DE LECTURE l’emploi des adjectifs « amer » (v.1) et « monotone


et petit » (v.2). Les deux métaphores : « Un oasis
Premier poème
d’horreur dans un désert d’ennui » (v.4), mettent
1 (2 points) Ce sonnet exprime principalement en relation l’exotisme du voyage avec des émo-
la nostalgie. Malgré la grandeur et la beauté de tions violentes et particulièrement négatives. Ce
Rome, le poète regrette l’intimité de son pays sentiment est accentué par une ponctuation qui
natal. Ce sentiment est particulièrement présent marque l’émotion et le désarroi du poète (v.1, 4
dans les vers 1 et 3 ainsi que dans l’ensemble du et 8 : phrases exclamatives ; v.5 : phrases inter-
deuxième quatrain. rogatives) et par un rythme saccadé qui donne
2 (2 points) Le poète exprime son attachement à l’impression d’un essouff lement lié à la douleur :
son pays natal par la répétition des comparaisons v.2-3 ; v.5-6 et v.8.
avec Rome, par exemple : « Plus me plaît / Que »
(v.9-10). Ces répétitions sont accentuées par des Dessin
oppositions sémantiques : « dure / fine » (v.11) et 4 (3 points) Ce dessin renvoie à la même théma-
par la multiplication des marques de 1ère personne tique que les deux poèmes : le voyage. Il s’agit
du singulier : « me » et « mes » (v.9) ; « me » (v.11) ; d’un extrait de carnet de voyages. La vision
« mon » (v.12 et 13) qui viennent renforcer le senti- semble cependant largement différente de la nos-
ment d’appartenance à un lieu. talgie ou de l’horreur évoquées dans les deux
poèmes. Ici, le voyageur s’attache à saisir tout le
Second poème pittoresque et l’exotisme du lieu dans lequel il se
© Editions Belin, 2013

3 (3 points) Pour le poète, le voyage a une conno- trouve. Le détail du dessin décrit et met en images
tation péjorative. C’est ce que l’on peut voir par les émotions du voyageur, parmi lesquelles le

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 63


dépaysement. Le corpus oppose donc deux sur l’expérience personnelle et/ou les supports
visions contraires du voyage. du corpus. La réponse devra être structurée en
paragraphes. On veillera à l’emploi d’un lexique
rendant compte des émotions ressenties par le
COMPÉTENCES D’ÉCRITURE voyageur, ainsi que de la correction du
(10 points) langage.
5 a] L’élève peut choisir de ne développer qu’un 5 b] La lettre sera organisée en paragraphes, le
seul point de vue ou d’en opposer deux (le voyage point de vue est clairement identifié (déception).
comme source de dépaysement, le voyage comme La lettre devra rendre compte de l’écart entre ce
fuite, le voyage comme illusion de dépaysement). qui était attendu et la réalité. On veillera à l’emploi
Quoiqu’il en soit, la réponse doit être explicite. d’un lexique rendant compte des émotions res-
À ce stade de la formation, on attend une réflexion senties par le voyageur et à la correction du
plus complexe, avec des exemples précis, fondés langage.

C A PA CIT É S E T AT TIT U D E S
Écrire un poème à contraintes. Réaliser un recueil, le présenter
Pages 104-105 du manuel

Afin d’aider les élèves à suivre toutes les étapes du travail, vous pouvez leur proposer la grille ci-
dessous : ils pourront en cocher les éléments au fur et à mesure de la réalisation du projet.

Cocher quand
Étapes Critères
le critère est respecté
Identifier la contrainte avec laquelle les poèmes ont été
Choisir une rédigés.
contrainte d’écriture
Choisir le poème qui pourrait inspirer la rédaction.
Écrire un poème exprimant le sentiment amoureux, en repre-
nant les procédés de celui choisi dans le manuel.
Écrire en s’inspirant
du modèle choisi Lire son poème et écouter ceux de la classe.
En fonction des observations, modifier son poème.
Choisir l’ordre dans lequel apparaîtront les poèmes dans le
recueil.
Rédiger un sommaire.
Composer un recueil
Donner un titre au recueil.
de poésies
Choisir une illustration pour la première de couverture.
Rédiger collectivement une préface qui présente ce travail et
les impressions de la classe.
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64
G RA M M AIR E
E XPRIMER L’ANALOGIE, L A RES SEMBL ANCE Page 106 du manuel

1
a. Elle est pareille que sa sœur. Elle et sa sœur péniblement (comme si elle sortait d’une longue
sont le miroir et son reflet. hibernation ➜ comparaison). Le réveil marquait
b. Cet exercice est identique à celui que nous 6 heures et la lumière grise du jour éclairait fai-
avons fait hier. blement la chambre. Elle alla dans la cuisine (se
c. Il ne voulait pas lui être assimilé. Il ne voulait faire un café ➜ métonymie) puis, regardant par la
pas qu’on l’identifie à lui. Il ne voulait pas qu’on fenêtre, elle vit qu’il pleuvait. Quelques voitures
le compare à lui. Il ne voulait pas être comme lui. roulaient doucement, leurs phares allumés (leurs
d. Cela n’a aucun sens. Cela ne veut rien dire. yeux jaunes/leur regard phosphorescent ➜ méta-
e. Ce roman ne doit pas figurer une histoire vraie. phore) se reflétant sur la chaussée luisante (le
Ce roman ne doit pas avoir l’apparence d’une his- miroir de la chaussée luisante ➜ métaphore).
toire vraie.
5 Exemple (le chat)
2 Faire l’éloge de quelqu’un c’est mettre en évi- Le chat est un animal domestique ➜ Fauve
dence ses qualités. Le lexique employé pour carac- Les coussinets sous ses pattes lui donnent une
tériser la personne sera donc largement positif démarche souple et silencieuse ➜ sa démarche
et sera renforcé par des formes grammaticales élastique ; fantôme de la nuit, il avance sans bruit.
et/ou des figures de style, par exemple : beau Animal nyctalope, il est autant à l’aise en pleine
comme un dieu, véritable Vénus, faire l’effet d’une lumière que dans l’obscurité ➜ il a des yeux de
beauté parfaite, irradier la joie, etc. braise.
Exemple de texte rédigé : Cet animal domestique
3 Il avait le cœur sur la main (métaphore) ➜ être
est doté de coussinets sous ses pattes, qui lui
généreux
Et la cervelle dans la lune (métaphore) ➜ être donnent une démarche souple, silencieuse et
distrait élastique. Étant nyctalope, il est aussi à l’aise en
C’était un bon copain pleine lumière que dans l’obscurité. Véritable
Il avait l’estomac dans les talons (métaphore) ➜ fauve domestique, il avance sans bruit, tel un
être affamé fantôme de la nuit et ses yeux de braise lui per-
Et les yeux dans nos yeux (métaphore) ➜ il était mettent de voir même dans l’obscurité.
franc avec nous. 6 Le personnage donne l’impression de naviguer
Robert Desnos,
« C’était un bon copain », Langage cuit (1923). au confluent de l’homme et de la femme. Tel un
hybride fabriqué par un docteur Frankenstein, les
On attend de l’élève qu’il reproduise la forme poé-
formes de ce corps de femme paraissent être
tique, qu’il se serve des différentes formes gram-
celles d’un lutteur. Les traits du visage, pareils à
maticales de l’analogie et de la ressemblance et
ceux d’un chien, nous portent à sourire. En pei-
qu’il emploie des figures de style dans ce sens.
gnant une sorte de Quasimodo aussi risible qu’in-
4 (Tel un ours sortant d’hibernation ➜ compa- quiétant, le peintre per met au spectateur de se
raison), la jeune femme se réveilla et s’étira questionner sur les canons de la beauté.
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Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 65


l exiq u e
BE AU ET L AID Page 107 du manuel

1 Dans le poème de Ronsard, le champ lexical Brel est amoureux de Mathilde en disant qu’« elle
de la beauté est : « beauté, or frisé de crespe est plus belle qu’avant l’été », il souligne qu’elle
anelet, front de rose, teint damoiselet, astres, est splendide, qu’il la trouve encore plus jolie
beauté, col de neige, gorge de lait, sein verde- qu’avant. Il est sous son charme.
let, beauté divine, main douce, charmée ».
Ce champ lexical révèle le sens du texte, puisque
3 Dans le vers « Le monstre est beau », Oxmo
Puccino utilise une alliance de mots de sens oppo-
Ronsard annonce son amour vis-à-vis d’une jeune
sés : le monstre, connotant la laideur et la beauté
fille, « ma raison fut charmée », tout le sonnet met
« beau ». Ce sont deux choses complètement
en valeur la beauté de la jeune fille.
opposées.
2 Trois synonymes de l’adjectif « belle » : gra- 4 On veillera à la création et à l’utilisation du
cieuse, splendide, somptueuse.
lexique de la laideur physique et morale.
On peut également proposer : adorable, mignonne,
admirable, merveilleuse, délicieuse, éclatante, 5 On attend que l’élève caractérise la création
superbe, plaisante, ravissante, jolie. selon qu’elle lui plaît ou qu’elle lui déplaît, et qu’il
Pour les antonymes : aff reuse, horrible, repous- argumente sa position en l’illustrant d’exemples.
sante, laide.

HISTOIR E D ES A RTS
Georges de La Tour, Le Tricheur à l’as de carreau, 1635, musée du Louvre,
Paris. Huile sur toile, 106 x 146 cm. Page 109 du manuel

Georges de la Tour (1593-1652) Célèbre pour son peu connue et encore aujourd’hui, on ne peut lui
clair-obscur, il s’inspire du Caravage. Son style attribuer avec certitude qu’une vingtaine de toiles.
diverge du maniérisme de ses semblables et sa
façon de mettre en scène ne rappelle pas le L’impression immédiate
baroque français. Il a été peintre du roi. Sa vie est 1 Cette question permet aux élèves de se fier à
leurs premières impressions, qui seront par la suite
étoffées, ou revues en fonction de l’analyse.
L’analyse du tableau
2 Ce qui différencie Ce qui rapproche
Les deux les bijoux, la couleur orangée de la jupe et du chapeau
femmes les étoffes, le regard de la courtisane vers sa servante
les actions : l’une joue, l’autre sert et enivre leur complicité
l’encolure décolletée de leurs hauts
elles cherchent toutes les deux à duper le
jeune bourgeois
Les deux le chapeau, l’attitude (l’un est concentré sur le le jeu
hommes jeu, l’autre triche et semble regarder le spec-
tateur), le regard, les couleurs (dans les marron
© Editions Belin, 2013

pour le tricheur, qui tranche moins avec le décor,


rouge et orange pour le bourgeois)

66
3 Dans la composition du tableau, on distingue De son doigt, la courtisane touche presque le tri-
deux camps : celui des trois comparses en train cheur, elle l’indique au spectateur et crée une com-
de comploter (les lignes forment un triangle qui plicité supplémentaire qui nous fait entrer dans
ne comprend qu’eux trois) et celui du jeune homme la scène. L’arrière-plan est sombre, tout converge
qui va être escroqué. Les trois personnages de de façon à se focaliser sur les personnages.
gauche sont très proches, presque à se toucher.
La mise en contexte
Par contre, un espace sépare la courtisane du
dupé. Leur proie est isolée. La lumière vient du 6 On attend de l’élève qu’il fasse une recherche
dos du tricheur, à gauche, cela dramatise la scène et qu’il présente le tableau choisi, de façon com-
et accentue la présence des protagonistes. plète et synthétique.
La complicité entre les trois personnages est À titre d’exemple, quelques autres œuvres du
visible dans le jeu des regards : le jeune homme même peintre :
observe le jeu et la carte qui va être jouée, la – La Madeleine à la veilleuse, vers 1640-1645
courtisane observe la servante, semblant lui (Georges de La Tour se place en héritier du
demander de servir le vin généreusement et la Caravage)
servante guette le jeune homme du coin de l’œil – Saint Joseph charpentier, vers 1642 (Jeux de
pour le surveiller. lumières accentuant l’expressivité du tableau bien
qu’il soit plutôt dépouillé)
4 Les éléments au centre du tableau qui
– La Diseuse de Bonne Aventure, 1635 (Ce tableau
connotent le plaisir des sens sont :
ressemble beaucoup à celui étudié)
• les cartes ➜ le jeu
• les pièces d’or, les bijoux, les étoffes ➜ la luxure À consulter
• le verre de vin ➜ l’enivrement – (Notice du musée du Louvre sur Le Tricheur à
• le décolleté de la courtisane ➜ plaisir de la chair l’as de carreau) http://www.louvre.fr/oeuvre-
Le jeune bourgeois est enivré par la scène luxu- notices/le-tricheur-las-de-carreau
riante, le vin, la courtisane, et le jeu, il est envahi – (Une analyse détaillée du tableau) http://www.
par ses sens, ses émotions. Il s’agissait de lui peintre-analyse.com/tricheur.htm
faire perdre sa raison en le grisant, de façon à – (Ce lien renvoie vers une analyse du tableau.
pouvoir le duper. Les Tricheurs du Caravage est également visible,
ainsi que La Diseuse de Bonne Aventure par La
5 Le peintre met en place une complicité avec le Tour et par Le Caravage) http://placart.wordpress.
spectateur grâce au tricheur qui nous regarde, com/2012/07/21/le-tricheur-a-las-de-carreau/
comme pour nous prendre à témoin. De plus, le
faisceau lumineux provient du dos de ce dernier, 7 À savoir
ce qui renforce sa présence. Georges de La Tour Le tableau reprend un sujet introduit par Le Cara-
ajoute un détail cocasse qui fait du spectateur le vage : Les Tricheurs (1595), Kimbell Art Museum
complice de cette duperie, une frange de l’habit de Forth Worth. Il est visible sur le site : http://
du tricheur désigne son geste malhonnête ! placart.files.wordpress.com/2012/07/caravage-
les-tricheurs-vers-1594.jpg

Similitudes Dissemblances

– Présence de femmes.
Les Tricheurs à l’as – La plume sur le chapeau du person- – La position du jeune homme sur la droite
de carreau nage à droite. de l’image.
de Georges de La Tour – La présence de pièces d’or sur la table. – Les tenues sont richement ornées.
– La composition en triangle.
– Deux complices guettent le jeune
homme et se font signe quant à la façon – Absence de femmes.
d’agir. – Le tricheur se trouve à droite.
Les Tricheurs
– Les cartes du tricheur sont cachées – Le tricheur est armé.
du Caravage
sous sa ceinture. – Les tenues sont plus sobres. On dirait que
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les deux complices sont en tenue de chasse.

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 67


Séquence 7
En quoi la Modernité présente-t-elle
un homme nouveau ? Pages 110 à 125 du manuel

Introduction au travail sur la séquence


Cette séquence s’intègre à l’objet d’étude « Des goûts et des couleurs, dis-
cutons-en », et s’appuie sur le champ littéraire de la Modernité. En poésie, ce
courant s’incarne d’abord chez Baudelaire, qui est le premier à revendiquer ce
terme en art : « la modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié
de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable » (in Le Peintre de la vie
moderne, 1863). Auteur de toutes les ruptures, Baudelaire saura également glo-
rifier les œuvres picturales de Delacroix, Daumier, Courbet, puis celles de Manet
et de Cézanne, dont il vantera les qualités dans différents textes (notamment
dans Salon de 1859, Le Peintre de la vie moderne) Il sera le premier, dans ses
« Tableaux Parisiens », à chanter la grande cité, lieu de rêve comme de désespoir,
miroir aux mille facettes pour une âme qui cherche autant à se trouver qu’à se
perdre. On sait qu’il privilégiera le travail de l’imagination car l’image poétique
seule permet d’exorciser ses angoisses. Le programme portant sur des auteurs
ayant vécu entre la fin du xixe et le milieu du xxe, nous avons choisi de faire com-
mencer la séquence par un texte un peu antérieur au xxe siècle – il s’agit du
poème de Jules Laforgue – et de l’ouvrir jusqu’aux textes poétiques d’aujourd’hui
dans l’évaluation – avec la chanson d’Oxmo Puccino – considérant que la moder-
nité poétique est encore à l’œuvre dans des textes ou des chansons actuels.
Le reste du corpus, avec Cendrars, Apollinaire ou Maïakovski est constitué
de poèmes écrits entre 1913 et 1924, dix années particulièrement fécondes qui
promeuvent une écriture nouvelle, comme les séances successives visent à
l’illustrer.
En ce qui concerne l’iconographie, l’accent a été mis sur un mouvement
artistique qui prône la rupture, le Futurisme, dont le Manifeste a été publié en
1909, dans un quotidien français, par un théoricien italien, Filippo Tommaso
Marinetti. C’est à la lumière de quelques éléments cités dans ce texte que nous
engagerons les élèves à mesurer l’écart avec la poésie antérieure. Notons que
les peintres futuristes exposent ensemble au Premier Salon d’Automne de Berlin
en 1913, aux côtés de Robert et Sonia Delaunay et que cette dernière illustrera
de ses compositions, en 1913, La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne
de France, de Blaise Cendrars.
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68
SÉANCE 1 La Modernité : « le courage,
l’audace et la révolte » ? Pages 112-113 du manuel

Pour ouvrir cette séance, les élèves lisent un extrait LECTURE


d’« Album », tiré Des fleurs de bonne volonté, de
Jules Laforgue (1860-1887). Ce grand admirateur
1 Cette question vise, conformément aux Ins-
tructions Officielles, à rendre l’élève conscient de
de Mallarmé, se situe au croisement des courants
la subjectivité de ses goûts et doit l’amener à être
de la poésie symboliste et décadente. Le recueil
curieux de différents langages artistiques. On
Des fleurs de bonne volonté paraît à titre pos-
s’attend à ce qu’il marque quelque surprise au
thume, Laforgue ayant été emporté à vingt-sept
premier coup d’œil : la disposition du poème de
ans par la tuberculose. Impossible de penser la
Cendrars n’est pas du tout convenue, la typogra-
modernité sans l’associer à Blaise Cendrars (1887-
phie est variée ; le tableau de Russolo, conformé-
1961) qui est un chantre enthousiaste et exalté du
ment à son titre, est très dynamique ; l’élève aura
monde moderne. Les Sonnets dénaturés sont
peut-être relevé les mots de modernité et de futu-
publiés en 1923 et annoncent déjà une partie du
risme. Bien entendu, il n’est pas question de pro-
projet du poète puisque le titre du recueil lui-même
poser une réponse modèle, puisque la question
ménage une distance avec la forme fixe, peut-être
invite à exprimer des « impressions ».
la plus célèbre, le sonnet.
Luigi Russolo (1885-1947) est un peintre et com-
Étude du 1er poème
positeur italien qui signera le Manifeste des
peintres futuristes en 1910. Dans ses œuvres il 2 Laforgue évoque, dès le premier vers, le Far-
traitera tout particulièrement de thématiques West et ses Prairies, c’est-à-dire l’Amérique du
liées à la ville, à la vie nocturne, à la vitesse et Nord et plus précisément les États-Unis. Le Nou-
au travail. veau Monde est ensuite évoqué en creux : « Déclassé
du vieux monde », vers 3 ; « là-bas », vers 4 ; « m’y
Filippo Tommaso Marinetti, poète et fondateur
scalper de mon cerveau d’Europe », vers 5 ; « colon »,
du futurisme, proclame l’identité de l’art et de la
vers 9 puis par l’intermédiaire de « l’argot califor-
vie par le biais de la notion de vitesse. Héritant
nien », vers 8 ; des « États Mormons », vers 11 ; du
de la philosophie de Bergson et de la théorie de
« whisky », vers 12 ; des « venaisons », vers 11 ; du
la relativité d’Einstein selon lesquelles la stabi-
« cuir », vers 12 ; du « gazon des Prairies »,
lité est une illusion rétrograde, il choisit la vitesse
vers 12-13. Tous ces termes ramènent le lecteur
comme moyen de percevoir et d’acquiescer au
aux territoires des Indiens des Plaines et des pre-
principe fondamental du mouvement. C’est lui
miers cow-boys, à la conquête de l’ouest américain,
qui régit le monde moderne. Ses partisans, les
à la ruée vers l’or de la Californie entreprise par
futuristes, souhaitent un art total, comme l’in-
des hommes peu scrupuleux : « sans foi ni loi »,
diquent leurs nombreuses activités parallèles à
vers 3 ; « desperado », vers 4. Puisque ce poème
la peinture : la musique, l’architecture, le théâtre,
est présenté aux côtés d’un sonnet dénaturé de
le cinéma, la mode, la décoration et même la cui-
Cendrars, on pense immanquablement au roman
sine. Le futurisme est un art de vivre.
de ce dernier, L’Or, qui conte la merveilleuse his-
On n’a choisi ici que les trois premiers articles toire du général Johann August Suter, l’un des pre-
du Manifeste, mais on aurait pu ajouter l’article miers conquérants de ce territoire californien.
suivant :
4. Nous déclarons que la splendeur du monde 3 Un des premiers sentiments manifestés par le
s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté poète se remarque par la présence de très nom-
de la vitesse. Une automobile de course avec son breux points d’exclamation (vers 2, 4, 5, 8, 10, 11,
coff re orné de gros tuyaux tels des serpents à 12, 14) parfois accumulés dans un même vers (le
l’haleine explosive… une automobile rugissante, quatrième). Ils semblent marquer l’enthousiasme
© Editions Belin, 2013

qui a l’air de courir sur de la mitraille, est plus et même l’excitation provoquées par l’idée du Nou-
belle que La Victoire de Samothrace. veau Monde ; on peut aussi y trouver l’expression

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 69


d’une certaine nostalgie envers l’état plus primitif rapport au poème qui s’intitule « Académie
de nos sociétés : « mon sang a gémi », vers 2 ; Médrano » et où l’œil n’y distingue ni quatrain ni
« redevenir une vierge antilope », vers 6 ; « un colon tercet, ni même un ensemble de 14 vers. Ils ne res-
vague et pur », vers 9 ; « au-dessus des Pan- semblent ni à des alexandrins, ni à des décasyl-
dectes », vers 10 ; « le ciel des premiers âges », labes. Et pourtant, s’il fallait retrouver un rythme
vers 13 ; « le gazon des Prairies pour lit », vers 12-13. dans le mètre, on pourrait sans peine évoquer le
Laforgue semble ainsi opposer deux mondes (l’An- décasyllabe pour les vers suivants : « Les jongleurs
cien et le Nouveau) mettant en valeur la pureté du sont aussi les trapézistes / […] / Le clown est dans
premier qui ne serait perverti par aucune contrainte le tonneau malaxé / Il faut que ta langue passe à
humaine (ni loi, ni recueils de lois), qui se conten- la caisse / […] / Il faut que ta langue fasse l’or-
terait d’un mode de vie simple (pas de toit, du chestre / Les billets de faveur sont supprimés »
gibier pour nourriture, de l’alcool fort, le jeu pour tandis que les autres vers comptent souvent neuf
se distraire, des vêtements simples et la capacité ou onze syllabes, preuve qu’ils appartiennent bien
à exercer toutes les activités humaines sans se à un ensemble « dénaturé ». Et si Cendrars se
spécialiser, qu’il s’agisse de chasse, de pêche, de moquait (tout en la renouvelant) d’une forme codée
construction, d’élevage de bétail. dont il souhaite s’émanciper ?
Ce monde fait rêver Laforgue : le début du poème : Venons-en à la typographie. Un relevé précis
« On m’a dit la vie » est suivi aussitôt de sa consé- montre que Cendrars emploie différentes polices
quence : « Et mon sang a gémi ». La rime intérieure dans ce poème. Par ordre d’apparition, on notera
en « i » (dit la vie/gémi) souligne le rapport de la présence d’italiques imitant la calligraphie
cause à effet sur le poète. L’emploi du pronom appliquée, puis de caractères gras. On peut éga-
personnel à sa forme impersonnelle (« on ») sou- lement relever l’emploi d’une accolade tout à fait
ligne encore cet effet : peu importe qui raconte, inusitée en poésie.
l’attrait est immense. Si l’on s’attache à la disposition des vers sur la
Si l’on considère les verbes conjugués on n’en page, on observe qu’ils s’affichent avec une très
compte que deux : au premier vers « on m’a dit » et grande liberté, sans se soucier de l’alignement
au vers 4 « j’y serais ». Ce conditionnel installe l’évo- traditionnel ; cette liberté va jusqu’à écrire à l’en-
cation d’un avenir rêvé ; les autres vers sont consti- vers à trois reprises : « Saut périlleux », « Coup de
tués de phrases souvent nominales « Que voilà ma fouet », « Exprime-ça ».
patrie ! » ou constituées d’infinitifs. Un relevé des
infinitifs nous montre une prédilection pour les 5 Cendrars conseille au Poète de danser avec sa
verbes d’action tels que « scalper », en référence langue comme sur une piste de cirque et de réa-
à une pratique indienne qui est transformée ici, liser tous les exploits des artistes : entrechats,
car il ne s’agit pas de récolter la chevelure de son jonglage, trapèze, clownerie, musique. Il lui
ennemi mais de se débarrasser de toutes les demande de payer de sa personne : « il faut que
contraintes liées à une culture européenne jugée ta langue passe à la caisse » et de chanter : « fasse
aliénante, pour revenir à un état plus naturel. On l’orchestre ».
trouve également des verbes tels que : « piaffer », Il vante la beauté moderne des affiches aux cou-
« redevenir » ; ou un participe présent « siff lant » leurs éclatantes qui rappellent les caractéristiques
suivi du mot « argot », vers 8. Ici, Laforgue évoque des affiches du cirque souvent criardes, violentes,
une langue nouvelle, inconnue des sédentaires. mettant en relief les joies de la piste ronde qui,
Enfin, quoi de plus exotique au plan religieux pour selon lui, se moqueraient des mesures très
un Européen de culture catholique que cette reli- exactes : « Mesure les beaux vers mesurés ».
gion mormone d’Outre-Atlantique ? Lorsqu’il dit que le poète « fixe les formes fixes »,
il insiste par sa redondance délibérément
moqueuse à propos d’une pratique purement
Étude du 2e poème comptable de la poésie. Elle repose sur la tradition
4 Commençons par le titre du recueil : Sonnets de l’écriture poétique. C’est ce qu’il appelle, avec
dénaturés. Chacun connaît cette forme fixe ironie, Les Belles Lettres qui ne sont belles que
© Editions Belin, 2013

employée en poésie depuis le seizième siècle pour par la forme, comme il le montre en changeant de
chanter la poésie amoureuse. Quelle surprise par calligraphie à cet instant, prenant ainsi la formule

70
dans son sens le plus littéral. Il s’agit d’écriture des risques. Le poète doit se révolter pour mieux
formée et non plus du sens métaphorique de la apprivoiser les formes nouvelles.
littérature. Il exécute lui-même des sauts périlleux – Luigi Russolo, quant à lui, rompt audacieuse-
en écrivant en sens inverse : la forme accompagne ment avec les canons esthétiques picturaux de
ainsi le mouvement décrit, innovant une fois de ses prédécesseurs, il rend le mouvement par une
plus en illustrant sa leçon d’écriture. succession de formes abstraites et un dégradé
Bien entendu, par toute cette inventivité, Cendrars de couleurs entre le rouge, le bleu et le jaune.
vise à dynamiter les formes fixes, tout en mettant Quelques touches de blanc ça et là indiquent le
en relief la très grande liberté du poète qui se déplacement et la vitesse de l’objet qui semble
permet tous les écarts, y compris ceux purement se multiplier sur la surface de la toile, comme une
formels. machine en pleine accélération.
Tous ces artistes, à leur manière se révoltent
Étude du manifeste contre un ordre artistique qui les a précédés, ils
6 Le projet futuriste met en avant des valeurs s’inscrivent contre les écoles littéraires ou pictu-
peu défendues par les artistes jusque-là : le cou- rales de leurs pères. Ils peuvent, à un degré ou à
rage, l’audace, la révolte. Il appelle de ses vœux autre, revendiquer certains éléments parmi les
une poésie qui surprenne et qui frappe le lecteur, pistes techniques indiquées aux artistes par Mari-
même au prix de l’agression : « le mouvement netti en 1912 :
agressif », « la gifle et le coup de poing ». Il rejette « Voilà ce que m’a dit l’hélice tourbillonnante, tan-
les canons précédents, par exemple le symbo- dis que je filais à deux cents mètres, au-dessus
lisme et le décadentisme dont il affirme qu’ils des puissantes cheminées milanaises. Et l’hélice
magnifient « l’immobilité pensive, l’extase et le ajouta :
sommeil ». 1 – Il faut détruire la syntaxe en disposant les
On demande ensuite aux élèves si ce projet leur substantifs au hasard de leur naissance.
semble toujours moderne. Il n’y a, naturellement, 2 – Il faut employer le verbe à l’infinitif, pour qu’il
pas d’unique réponse possible à cette question, s’adapte élastiquement au substantif et ne le sou-
c’est l’occasion pour les élèves d’argumenter en mettre pas au moi de l’écrivain qui observe ou
se posant la question de la modernité. imagine […].
3 – Il faut abolir l’adjectif pour que le substantif
nu garde sa couleur essentielle. L’adjectif portant
en lui un principe de nuance est incompatible avec
ÉCRITURE ET ORAL notre vision dynamique, puisqu’il suppose un
7 La problématique de séquence reprend les qua- arrêt, une méditation.
lités invoquées par Marinetti pour les poètes futu- 4 – Il faut abolir l’adverbe, vieille agrafe qui tient
ristes, à savoir : le courage, l’audace et la révolte attachés les mots ensemble. L’adverbe conserve
(point 2 du manifeste). Ces diverses qualités se à la phrase une fastidieuse unité de ton. […]
retrouvent aisément dans les œuvres proposées. Il faut introduire dans la littérature trois éléments
– Observons le poème de Laforgue : il invite au que l’on a négligés jusqu’ici :
rêve, certes, mais vibre d’un appel pour un nou- 1 – Le bruit (manifestation du dynamisme des
veau monde fait d’audace, libéré du carcan des objets) ;
vieilles lois et des habitudes séculaires. Il rejette 2 – Le poids (faculté du vol des objets) ;
même – en apparence – la littérature (du moins 3 – L’odeur (faculté d’éparpillement des objets).
celle qui a précédé) : « sans littérature » ; il faut S’efforcer de rendre, par exemple, le paysage
comprendre : monde détaché des modèles litté- d’odeurs que perçoit un chien. Écouter les moteurs
raires. L’univers qu’il évoque est associé au cou- et reproduire leurs discours.
rage : le hors-la-loi ne peut compter que sur ses La matière a toujours été contemplée par un moi
propres forces. distant, froid, trop préoccupé de lui-même, plein
– Blaise Cendrars, vantant la beauté du cirque, de préjugés de sagesse et d’obsessions humaines.
invite le poète à imiter l’audace des acrobates, il L’homme tend à salir de sa joie jeune ou de sa
© Editions Belin, 2013

doit devenir le funambule du verbe, capable d’uti- douleur vieillissante la matière qui n’est ni jeune
liser la langue de manière périlleuse en prenant ni vieille mais qui possède une admirable

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 71


continuité d’élan vers plus d’ardeur, de mouvement syntaxe traditionnelle, lourde, étroite, attachée
et d’éparpillement. La matière n’est ni triste ni au sol, sans bras et sans ailes parce qu’elle est
joyeuse. Elle a pour essence le courage, la volonté seulement intelligente. »
et la force absolue. Elle appartient toute entière F.T. Marinetti,
au poète divinateur qui saura se délivrer de la Manifeste technique de la littérature futuriste, 1912.

SÉANCE 2 En quoi Apollinaire est-il


un poète de la modernité ? Pages 114-115 du manuel

Ce poème est extrait de Calligrammes, dont les à tous les hommes en état de combattre d’être
textes ont été composés entre 1913 et 1916. Le regroupés, préparés et envoyés à la guerre.
recueil rassemble des créations de nature très – déclaration de guerre de l’Allemagne à la France
différente : des poèmes simultanés, des poèmes- le 3 août 1914 puis invasion fulgurante de la Bel-
conversations et des calligrammes. Nommés gique par l’Allemagne, les deux jours suivants.
d’abord idéogrammes lyriques, ces textes visent Le voyage en voiture évoqué par Apollinaire dans
à faire coïncider le sens et la forme. Certains son poème a eu lieu en réalité un mois avant, le
imitent entièrement la forme qu’il évoquent, par 31 juillet 1914. Par cette inexactitude historique,
exemple « Il pleut », dont les vers sont disposés le poète peut évoquer le mois du déclenchement
en lignes verticales tombant avec irrégularité pour de la guerre plus directement, et citer une chan-
mimer le mouvement de la pluie. D’autres, comme son populaire connue à l’époque, Les Marins
ici, sont formés de strophes distinctes et d’un d’Iroise, qui commence par ces mots : « Le 31 du
calligramme intégré. C’est bien entendu l’aspect mois d’août » (« Le 31 du mois d’août / Nous vîm’s
extraordinairement novateur de ces textes qui venir sous l’vent vers nous / Une frégate d’Angle-
justifie leur présence dans cette séquence sur la terre… »). Cette chanson commémore la victoire
modernité. Apollinaire reconsidère la place du du corsaire français Surcouf, qui captura, le
graphisme en poésie en choisissant un travail 31 août 1800, un navire anglais beaucoup plus
artistique simultané alliant dessin et texte. gros et plus armé que le sien. Par cette réminis-
cence, Apollinaire introduit une note de bravoure
LECTURE et de confiance, dans le contexte menaçant qui
est décrit ensuite (vers 6 à 12).
1 Le poème raconte le voyage automobile que
firent Apollinaire et son ami Rouveyre. Il se pré- 3 Le vers 5 débute la strophe dans laquelle Apol-
sente comme un récit daté du 31 août 1914 et très linaire évoque le premier conflit mondial qui
précisément localisé puisqu’on y traverse Deau- marque un tournant dans l’histoire de la France
ville, Lisieux, Fontainebleau, Paris. Le titre, « La et dans celle du monde. À la fin de ce combat, on
petite auto », ne centre pas sur le voyage mais sur parlera de la période qui l’a précédé comme de
le moyen de transport, la petite auto figurée par la Belle Époque. Le poète est bien conscient que
le calligramme. cette guerre marque un tournant et que le monde
ne sera plus jamais comme avant.
2 Le mois d’août 1914 évoque le début de la Pre-
mière Guerre mondiale : 4 De manière métaphorique, les géants, les
© Editions Belin, 2013

– mobilisation générale du 1er août 1914 : le gou- aigles, les poissons voraces évoquent les peuples
vernement français publie un décret ordonnant prêts au combat ou ceux qui les manipulent en

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vue du combat, mais ils suggèrent aussi une ÉCRITURE ET ORAL
nature dénaturée : « les chiens aboient, inquiets,
les aigles quittent leurs aires et les poissons leurs 6 La seule réelle difficulté consiste à déchiff rer
abîmes à la recherche de proies ; les hommes eux- les mots du calligramme :
mêmes sont devenus des géants ». Les adjectifs Je n’oublierai jamais ce voyage nocturne où nul
« furieux », « voraces » soulignent bien la déme- de nous ne dit un mot
sure de ce qui va balayer l’Europe. O départ sombre où mouraient nos 3 phares
Le vers « les peuples accouraient pour se connaître o nuit tendre d’avant la guerre
à fond » marque avec ironie la violence d’un élan
o villages où se hâtaient les
qui va déboucher sur les massacres de la Grande
Guerre. Le poète évoque ainsi la peur ressentie MARÉCHAUX-FERRANTS RAPPELÉS
par chacun, jusqu’aux morts qui « tremblaient », ENTRE MINUIT ET UNE HEURE DU MATIN
autre manière d’évoquer à quel point ce qui s’an- vers Lisieux la très bleue
nonce est inhumain.
ou bien
5 Le calligramme figure une automobile et la vers ailleurs d’or
chaussée sur laquelle elle se déplace. Les deux
et 3 fois nous nous arrêtâmes pour changer un
lignes courbes qui figurent en haut et en bas du
pneu qui avait éclaté
dessin sont les bords de la route. S’ils sont plus
étroits vers l’avant, c’est par représentation pers- Le travail de l’élève consiste alors à saisir le
pective : la petite auto file sur la route de nuit, rythme du poème et les différentes pauses du
seuls les phares éclairent les bas-côtés les plus texte, qu’elles soient indiquées par Apollinaire
proches, qui sont visibles dans leur pinceau de ou non. Il est possible d’établir par commodité,
lumière conique. une ponctuation adaptée au sens.
On reconnaît aisément la voiture représentée de
profil, on aperçoit deux de ses roues, son châssis,
7 Cette question propose un travail ludique,
l’élève est invité à se saisir de la même technique
son marchepied, son volant, son chauffeur et les
que celle du poète. Il y a peu de limites à son ima-
deux banquettes (les premières voitures étaient
gination : à pied, en voiture, en avion, en bateau
souvent découvertes). Changer un pneu était fort
de toute sorte, en train, sur une monture de son
banal à l’époque étant donné l’état des routes ; mais
choix.
le poète le signale comme un élément préfigurant
l’éclatement géant de la guerre. Le calligramme 8 On attend de l’élève qu’il ait noté qu’Apolli-
montre une grande harmonie, celle des jours heu- naire s’inscrit dans la Modernité par le renouvel-
reux, la voiture paraît glisser ou flotter entre les lement de l’écriture poétique à travers des
bras de la route avec beaucoup de fluidité ; pourtant recherches formelles et que le poète était
l’horizon est refermé, préfiguration de la nouvelle conscient que la Grande Guerre a marqué une
apprise à Fontainebleau, celle de la mobilisation rupture historique, car le monde en a été trans-
générale marquant l’entrée en guerre de la France. formé. Bien qu’il n’en soit pas l’inventeur, Apol-
Ainsi, l’auto n’a pas seulement franchi l’espace linaire a systématisé l’écriture du calligramme
allant de la Normandie à Paris, elle a aussi tra- dans un recueil et il en a exploré les diverses mises
versé le temps, puisqu’elle fait entrer dans une en forme. Il n’innove pas seulement de cette
« époque Nouvelle ». Notons que l’adjectif qui qua- manière car son écriture est également très libre,
lifie « époque » comprend une majuscule et qu’il avec des strophes irrégulières, des vers très iné-
est rejeté au vers suivant, seul. Le poète souhaite gaux, pas de ponctuation, ni de rime. C’est bien
indiquer la rupture radicale qu’il pressent : il naît dans l’« univers nouveau » de son écriture poé-
à un nouveau monde et à une nouvelle écriture tique qu’il invite le lecteur à entrer et il l’y conduit
poétique. dans sa petite auto.
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Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 73


SÉANCE 3 Comment la réception du Transsibérien
de Blaise Cendrars passe-t-elle de la polémique
à la consécration ? Pages 116-117 du manuel

La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne autobiographique du poème de Blaise Cendrars


de France est le poème le plus spectaculaire et le et permet de comprendre comment l’auteur consi-
plus célèbre de Cendrars. Il paraît en novembre 1913, dérait cette question dans son œuvre.
par souscription, aux éditions des Hommes nou-
veaux. L’aspect matériel, la forme poétique, les
thèmes explorés par le poème, le brouillage causé LECTURE
par le titre Prose, la collaboration avec Sonia Delau- Étude du poème de Cendrars illustré
nay, l’ancrent résolument dans la Modernité. Cette par Delaunay
Modernité dont Cendrars se déclarera fondateur,
puisque selon lui, c’est après avoir reçu Les Pâques
1 Il n’y a pas de réponse type attendue, néan-
moins on espère que les élèves seront sensibles
à New York en 1912, que Guillaume Apollinaire avait
à la disposition libre des vers et aux liens entre
supprimé la ponctuation dans « Zone ». Ce dernier
le poème et l’illustration de Sonia Delaunay.
saluera d’ailleurs les trois premières œuvres de
Blaise Cendrars : Les Pâques à New York, 1912 ; La 2 Les réponses des élèves seront sans doute
Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de diverses et centrées sur :
France, 1913 ; Le Panama ou les aventures de mes – Le récit de voyage (justifié par le titre du poème,
trois oncles, 1918 en les qualifiant « d’esprit les toponymes, l’évocation des gares et églises
nouveau ». de Moscou).
Cette double page permet de se représenter l’as- – L’ancrage autobiographique justifié par le pre-
pect matériel de la première édition du poème mier vers : « En ce temps-là j’étais en mon
de Blaise Cendrars pour laquelle Sonia Delaunay adolescence ».
a créé une peinture. – La difficulté de la création artistique : « Et j’étais
L’entretien avec Myriam Cendrars témoigne des déjà si mauvais poète » vers 10.
conditions de parution du poème, mais aussi de Sans doute l’aspect inhabituel du poème de Cen-
l’élaboration de la légende paternelle par sa fille. drars oblige-t-il à une attention première
Le texte de Pierre Canaveggio interroge l’aspect particulière.

3 Présentation du nombre de syllabes par vers et de leurs commentaires.


Nombre de syllabes Commentaires
Vers 1 12 syllabes Ce premier vers est un alexandrin (ce ne sera pas le seul de l’extrait). Le
lecteur pourrait attendre un poème composé selon les règles de versi-
fication canoniques, ce qui se révèle faux dès le second vers. Il produit
donc un effet d’attente, immédiatement rompu dès le deuxième vers.
Vers 7 27 syllabes (si on applique à
ce vers les règles de pronon- Ce vers est le plus long de ce début de poème. Il accompagne l’ardeur
ciation du « e », ce qui peut se des sentiments du poète.
discuter)
Vers 13 4 syllabes Ce vers très court permet d’isoler la métaphore pour la mettre en valeur.
Vers 22 6 syllabes Le demi alexandrin freine le rythme de ce passage et débouche sur un
Vers 23 4 syllabes vers très court qui clôt cette partie. Cette rupture de rythme met en
valeur la conclusion du poème.
Les vers sont d’une longueur qui varie « au cours du long poème selon les sentiments évoqués » (document 2,
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lignes 8 et 9). Cette hétérogénéité des vers accompagne l’adolescence « ardente et folle » du poète en rupture
de famille et inscrit résolument ce poème dans la Modernité.

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4 Relevé des éléments de mise en valeur visuelle du poème et présentation de leurs effets
Éléments Relevé dans le poème Commentaire
La couleur • Les vers du poème sont imprimés en noir ou en rouge. La couleur, la dispo-
• La bande gauche de Sonia Delaunay évoque le trajet du train. sition des vers, la
• La peinture délavée éclaire le poème et pénètre les vers. typographie
donnent au poème
La Les vers forment des masses inégales encadrées par les composi- un aspect inattendu,
disposition tions de Sonia Delaunay. novateur et inscri-
vent Cendrars dans
La La typographie variée a été choisie et imposée par Cendrars. Ces
la Modernité.
typographie variations mettent certains groupes de vers en valeurs et accom-
pagnent le rythme de la voix lisant le poème.

Étude de l’entretien l’œuvre de son père comme étant soumise à une


« polémique » qui fut violente.
5 Myriam Cendrars présente le poème comme
une œuvre totalement novatrice, qu’il s’agisse de
Étude de l’article
sa longueur : « 450 vers », de sa présentation, c’est
un dépliant de « 2 mètres de long », ou de ses 6 Les propos de Pierre Lazareff sont résumés :
« […] Pierre Lazareff, qui mit en doute la véracité
dimensions : « la hauteur de la Tour Eiffel ». Elle
de son aventure » ligne 9. Blaise Cendrars évacue
le qualifie de « premier livre simultané » pour
la question de la vérité : « Qu’est-ce que ça peut
rendre compte de l’insertion du texte et « des com- te faire » ligne 10 pour inscrire sa réponse dans
positions » de Sonia Delaunay. La fille du poète le cadre de la littérature et de ses effets sur les
commente la prosodie : « ils [les vers] varient au lecteurs : « puisque je vous l’ai fait prendre à
cours du long poème selon les sentiments évo- tous ! » Il ne met nullement en doute la réussite
qués ». Par ailleurs, Myriam Cendrars présente de son projet littéraire.

ÉCRITURE ET ORAL
7 Le poème de Blaise Cendrars semble répondre au Manifeste du Futurisme, qu’il connaissait
également :

Manifeste du Futurisme page 113 La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France


« 1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habi- Ce poème de Cendrars montre une mise en danger de l’ado-
tude de l’énergie et de la témérité. » lescent, en rupture avec sa famille, qui effectue un voyage
lointain et mouvementé ; mais il illustre aussi les risques
que Cendrars, adulte, prend en publiant ce poème de rupture
totalement nouveau par sa forme et ses choix esthétiques.

« 2. Les éléments essentiels de notre poésie seront Cendrars rompt avec la poésie « régulière » : il fait preuve
le courage, l’audace et la révolte. » de courage et d’audace esthétiques en racontant ce voyage
audacieux et courageux grâce à de nouvelles formes.

« 3. […] nous voulons exalter le mouvement agres- Le poème promeut le mouvement (du voyage et de la poé-
sif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le sie) et le choc asséné au lecteur peu habitué, en 1913, à
saut périlleux, la gifle et le coup de poing. » de telles publications.

8 La réponse à la problématique de séance s’ob- – l’étonnement suscité par l’aspect matériel du


tient grâce aux réflexions, à l’étude des docu- poème, ainsi que par la liberté poétique de
ments et à l’écriture personnelle des élèves. Il ne Cendrars ;
peut donc pas y avoir de réponse type. Néanmoins – la consécration apportée par la postérité, dont
© Editions Belin, 2013

on peut attendre quelques-uns des éléments témoigne la réponse de Blaise Cendrars à Pierre
suivants : Lazareff.

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 75


ÉVALUATION Pages 118-119 du manuel

COMPÉTENCES DE LECTURE de la sculpture futuriste. Le titre peut aussi signi-


fier La ville se lève ou La ville qui se lève, ce qui
Poème modifie un peu l’interprétation. À l’origine, cette
Vladimir Maïakovski (1893-1930) n’est pas seu- œuvre avait pour titre « Il lavoro », soit Le travail.
lement le très grand poète russe connu pour son Lorsqu’on observe le tableau, on comprend pour-
engagement de la première heure dans le mou- quoi Boccioni a représenté les périphéries
vement futuriste. C’est aussi un homme engagé urbaines en construction. On aperçoit des chan-
au plan politique, inscrit très jeune – à 15 ans – tiers de bâtiments dans une vision mouvementée
au parti bolchévique, il sera condamné à la prison et dynamique. Mais le premier plan est dévolu
et soutiendra la révolution d’Octobre en 1917. aux hommes et aux chevaux. Ils sont pris dans
Le poème choisi évoque la ville de Paris, où un même tourbillon, entièrement fondus dans le
Maïakovski se rend à plusieurs reprises entre 1923 même tournoiement et dans les mêmes courbes.
et 1925, pour célébrer la révolution soviétique La figure centrale du cheval pourrait ainsi sym-
qu’il vante autant dans ses textes que dans des boliser le progrès que les hommes accompagnent
affiches, car ils se met au service de l’Agence mais qu’ils ne peuvent entraver. Pour le futurisme,
Télégraphique Russe (ROSTA) pour laquelle il on ne peut arrêter son élan et il monte inexora-
produit de très nombreux posters d’Agitprop. blement, comme les immeuble.
On attend des élèves qu’ils repèrent les figures
1 (2 points) Maïakovski chante la beauté de Paris centrales des chevaux, celles des hommes au
dont il évoque précisément deux lieux : les
Champs-Élysées, la Place de la Concorde. On premier plan et celles des constructions à l’arrière-
pourra être sensible à l’évocation de la lumière plan. Ils doivent remarquer le rôle des courbes,
la nuit (Paris, ville-lumière) sur l’avenue, à celle des touches de couleur divisées et l’effet de plume
des automobiles si petites sur la grande artère dans les crinières et sur le pelage. Ces effets
(comparées à des insectes), aux reflets qui font mettent en valeur la vitesse de la scène et le mou-
luire l’asphalte et fondent tous les éléments : vement général indiqué par les hommes penchés
« l’eau / la terre / l’asphalte », au bruit lui-même et les chevaux cabrés. Le mouvement est égale-
si vivant « bourdonnent ». On peut s’arrêter sur ment figuré par les lignes verticales parallèles
la mise en page si particulière du poème, qui lui qui divisent les immeubles de l’arrière-plan. On
donne un souff le très caractéristique, un tempo pense ici aux trois fameux panneaux de La Bataille
assez saccadé qui détache les éléments compo- de San Romano de Paolo Uccello en raison de la
sant ce tableau, en les mettant davantage en présence des chevaux, des hommes et des lignes
valeur. On attend des élèves qu’ils sélectionnent verticales, et à l’importance du mouvement. Le
deux éléments pour appuyer leur réponse et qu’ils titre du tableau réfère donc à la construction en
expliquent le choix de ces images. cours (une ville en cours d’édification) mais on
pense également à un organisme agissant selon
Tableau son propre mouvement, de manière autonome.
Umberto Boccioni (1882-1916), peintre et sculp-
teur italien, est aussitôt séduit par le Manifeste
Chanson
de Marinetti et devient rapidement le théoricien Cette chanson a été composé par le rappeur fran-
du futurisme. Ses œuvres se trouvent essentiel- çais Abdoulaye Diarra, plus connu sous le nom
lement à Milan et à New York. d’Oxmo Puccino. Son écriture étonne, car elle
repose sur les métaphores et les phrases-chocs.
2 (2 points) La ville qui monte, « La città che sale », Aux Victoires de la musique 2010, il remporte le
199,3 x 301 cm, est exposé à Milan en 1911, puis prix de l’album de musiques urbaines de l’année
à Paris à la Galerie Bernheim-Jeune en 1912. Il avec L’arme de paix. « Pam Pa Nam » est une chan-
© Editions Belin, 2013

représente une tentative de traduction des prin- son qui figure dans son dernier album Roi sans
cipes futuristes provenant du Manifeste technique carrosse.

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3 (3 points) Oxmo Puccino présente Paris comme laisse entendre un certain oppressement : « pres-
un grand organisme vivant : « globules, artères, sion constante », « tension » et il évoque la question
cannibale, mille pattes, ses bouches, crachent, de la mobilité urbaine avec les transports en com-
mangent, escargot, monstre ». Cette ville, il l’ob- mun. Ils sont métaphorisés en « insecte métal-
serve depuis les « hauteurs » – on pense à l’est lique » durant les « heures de pointe ». Chez
parisien et à ses quartiers populaires – comme Boccioni, on retrouve ce sentiment de vitesse dans
un corps étrange, parfois insecte, parfois géant, les lignes de force du tableau et dans la façon dont
qui malmène ses habitants, les « bouches » sont les couleurs et les formes sont réparties. On a l’im-
celles du métro qui avale les voyageurs aux heures pression d’un tourbillon eff réné et incessant où
de pointe ; « les artères bouchées du cannibale » hommes et chevaux se croisent. L’urbanité est éga-
évoquent la vie en surface et les encombrements lement présente puisque l’arrière-plan est composé
des avenues, remplies de véhicules de toute sorte : d’immeubles en construction. La verticalité de leurs
« les globules métissés ». lignes s’oppose à celles figurant le déplacement
des êtres au premier plan, ce qui donne l’impres-
4 (3 points) Les trois œuvres décrivent la ville : sion qu’ils évoluent dans un milieu hostile à leur
le poème de Maïakovski et la chanson de Puccino
présence en si grand nombre. En cela, le peintre
évoquent Paris, tandis que le tableau de Boccioni
donne une image plus négative de la ville.
figure une ville en général.
Les deux textes signalent la beauté de la ville : « La
place / est plus belle / que mille / dames à chien- COMPÉTENCES D’ÉCRITURE
chien » V.M. ; « Mais le monstre est beau » O.P. Le (10 points)
poète comme le chanteur comparent les automo-
biles à des insectes : « insectes / de toute marques 5 a] Pour répondre à cette consigne, les élèves
/ les automobiles bourdonnent » V.M ; « mille pattes sont invités à choisir une ville de leur choix. On
métalliques » O.P. Les deux auteurs distinguent évaluera l’aspect poétique de leur production
deux villes : « Il y a un Paris / et un autre » V.M. ; (présence de comparaisons, de métaphores,
« Les titis n’ont pas le temps de leur ville, les pas- d’images de toute nature) sans exiger de forme
sants viennent de loin » / « Nous, dès qu’on veut particulière pour leur texte. On attribuera des
profiter un peu d’elle la vie se complique » O.P. Cha- points au traitement de la perception du lieu (évo-
cun lui associe la même teinte « ville grise » V.M. ; cation des cinq sens, aspect lyrique de
« aux vagues sèches et grises » O.P. Ces deux l’expression).
artistes développent un regard positif sur la 5 b] La production attendue correspond à une
modernité. description ; la réussite sera évaluée selon que les
De plus, la vitesse et l’urbanité sont présentes dans deux critères sont réunis : particularité du lieu et
les trois œuvres. Chez Maïakovski, le mot « vite » raisons qui amènent à l’aimer. On invite donc les
apparaît deux fois et cette idée s’étend à une élèves à exprimer, ici aussi, leurs goûts et leurs
impression de profusion renforcée par le mot « mul- choix esthétiques en les faisant partager au
tiplication ». Dans la chanson d’Oxmo Puccino, il lecteur.
© Editions Belin, 2013

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 77


C A PA CIT É S E T AT TIT U D E S
Lire un poème pour transmettre des émotions Pages 120 du manuel

Afin d’aider les élèves à suivre toutes les étapes du travail, vous pouvez leur proposer la grille ci-
dessous : ils pourront en cocher les éléments au fur et à mesure de la réalisation du projet.

Étapes Critères Cocher quand


le critère
est respecté
Choisir un Lire les poèmes proposés et en choisir un.
poème
Comprendre les raisons qui ont guidé le choix du poème
pour bien lire pour ce travail.
Être capable
d’expliquer : quel est le thème du poème.
quel est l’enjeu du poème.
Choisir quels sentiments transmettre à son auditoire.
rythme (en s’aidant de la ponctuation).
veiller aux enjambements (c’est-à-dire aux
Trouver les procédés
rejets de mots dans la strophe suivante, alors
qui le permettront :
qu’ils sont liés à la précédente par le sens).
Intonation.
S’aider du tableau Vers n°
« dire » pour analyser (Exemple : poème 1, vers 1 et 2)
les sentiments, savoir
Sentiments exprimés
à quelles parties du
(Exemple : peur de la mort et de laisser sa
poème elles renvoient.
bien-aimée)
Groupements des mots. Pause. Enjambements.
Exemple : Groupements par hémistiche
(demi alexandrin)
Se répartir « Si je mourais là-bas » (pause) « sur le front
les rôles de l’armée » (pause)
et travailler « Tu pleurerais un jour » (pause)
sa diction « ô Lou ma bien-aimée » (pause)
Ton de voix
(Exemple : Voix assourdie laissant voir
la gravité du propos.)
Se partager les vers à lire et justifier son choix.
Tenir compte des remarques de son binôme pour améliorer sa lecture.
Lors de la lecture pour la classe, prendre en compte les remarques et, si possible, proposer
une seconde lecture.
© Editions Belin, 2013

78
G RA M M AIR E
LES SUBSTITUTS GR AMMATICAUX ET LE XICAUX Page 122 du manuel

1 Dans ce passage, les substituts lexicaux em- aimé. On l’encouragera vivement à garder une
ployés pour évoquer les comiques du web sont structure comportant des rimes.
des périphrases : Par exemple :
– « ceux qui ne sortent pas de chez eux » ; Plus tu m’ignores, plus ma raison fuit
– « ceux qui se filment dans la rue » ; Plus ton indifférence croît, plus tu m’es chère
– « les poétiques » ; Moins tu me regardes et plus je sais ton oubli
– « les potaches » ; Moins tu m’aimes, plus je me désespère
– « les énervés » ;
– « les Droopy » ; 4 Les substituts grammaticaux et lexicaux qui
– « les drôles » ; désignent Tartuffe dans la séquence 8 sont les
– « les lourds ». suivants :
Séance 1 : « un homme de bien », vers 42
Les deux premiers substituts lexicaux insistent
Séance 2 : « Le pauvre homme » (trois
sur le contexte dans lequel chaque humoriste évo-
occurrences)
lue. Le second et le troisième montrent quels sont
les différents styles qu’ils proposent. Le cin- Séance 3 : « sa personne » (vers 442)
quième et le sixième révèlent sur quel ton cela « il » (vers 443)
peut se faire. Les deux derniers montrent quel Séance 4 : « vous » (vers 863, 914)
type d’humour est proposé. « votre main » (vers 916)
Dans chaque cas, le journaliste ne propose que Séance 5 : « vous » (vers 1508 et 1521)
deux exemples. Ce sont à chaque fois les deux « l’homme de bien » (vers 1544)
extrêmes, afin de montrer qu’une profusion de « on » (vers 1548)
nuance existe entre les deux, et qu’elles sont éga- Séance 4 : « Traître » (vers 1864)
lement proposées par les comiques du web qui « scélérat » (vers 1865)
sont de plus en plus nombreux. « Ingrat » (vers 1878)
Le substitut lexical qui produit un effet comique
2 Les expressions qui remplacent le « je » dans dans la scène 4 de l’Acte I est « Le pauvre homme »
le poème de Jules Laforgue sont les substituts
lexicaux suivants : (trois occurrences). Ce substitut lexical est à com-
– « mon sang » : le poète se désigne par sa chair, prendre sur le mode ironique, car Tartuffe n’est
cela montre combien son attrait pour le Far-West pas à plaindre. Il se porte bien, au contraire d’El-
est profond et correspond à une aspiration de son mire qui est souff rante et il abuse de l’hospitalité
être ; de ses hôtes.
– « Déclassé », « être sans foi ni loi », « Despe- Exemple d’autres expressions qui renvoient à ce
rado » : le poète se présente comme étant en personnage :
marge du « vieux monde », c’est-à-dire du conti- – le pieux homme (insiste sur son côté faussement
nent européen. Il laisse entendre qu’il pourrait dévot) ;
vivre comme il l’entend au Far-West. – l’homme charitable (cette expression serait éga-
lement à prendre sur le ton ironique, pour dénoncer
3 Dans le poème, de Maurice Scèves, le « je » se le fait que Tartuffe soit égoïste et malhonnête) ;
réfère au poète et le « la » se réfère à l’être aimé.
– le sage homme (fait référence à son apparent
On peut penser qu’il s’agit de Délie à qui est dédié
détachement quand aux choses superficielles) ;
ce poème, mais on ne peut en être sûr, dans la
– cet homme vertueux (insiste aussi sur son côté
mesure où le titre du recueil Délie a été l’objet
faussement dévot).
d’interprétations multiples.
L’élève pourra s’écarter de la liste proposée, tant 5 Cette image, créée par Sonia Delaunay sert
© Editions Belin, 2013

qu’il propose une alternance de même type et de couverture à La Prose du Transsibérien et de


qu’il différencie clairement le locuteur de l’être la petite Jehanne de France de Blaise Cendrars.

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 79


On attend de l’élève qu’il emploie des substituts grammatical) a été publié en 1913. Cette œuvre
lexicaux et grammaticaux variés. composite (substitut lexical) ne peut être disso-
ciée d’aucune de ses composantes. Celles-là
Par exemple : La Prose du Transsibérien et de la (substitut grammatical) sont l’œuvre de Sonia
petite Jehanne de France est audacieusement illus- Delaunay et de Blaise Cendrars, qui (substitut
tré de dessins graphiques colorés, ce qui rend ce grammatical) a choisi lui-même la typographie
livre (substitut lexical) très original. Il (substitut du texte.

l exiq u e
UTILE, INUTILE Page 123 du manuel

1 Les synonymes du mot utile : avantageux


SENSIBILITÉ, PERCEP TION
(notion de profit ajouté), bon (nuance évaluative),
efficace (productivité), fructueux (résultat), op- 1 Classement selon l’intensité :
portun (qui se produit au bon moment), pratique apercevoir, registre courant
(commodité), précieux (valeur), profitable (on découvrir, registre courant
peut en tirer profit), salutaire (effet bienfaisant). distinguer, registre courant
discerner, registre soutenu
2 L’adjectif inutile est formé d’un préfixe in- res- observer, registre courant
trictif ajouté à l’adjectif « utile ». Liste de mots déri- remarquer, registre courant
vés (formés sur la même racine) : utilité, inutilisable, lorgner, registre familier
utilisation, utiliser, utilement. Le paragraphe à contempler, registre soutenu
rédiger pourra puiser dans cette liste. dévisager, registre courant
reluquer, registre courant
3 Balzac note que, selon lui, ce qui est beau n’est embrasser du regard, registre soutenu
pas utile, c’est le propre de l’art : en soi il n’a pas examiner, registre courant
d’utilité. Dans le premier paragraphe, l’élève pourra dévorer des yeux, registre courant
définir ce qu’il comprend de cette citation, dans le être fasciné par, registre courant
second, il pourra annoncer son avis, à savoir s’il
est d’accord ou non avec la pensée de Balzac. 2 L’élève rédigera un paragraphe et devra utili-
ser cinq fois le mot sentir, puis devra réécrire son
4 On attend de l’élève qu’il présente des argu- texte en remplaçant ce verbe par des synonymes
ments précis, la question de l’utilité permet d’orien- dont il aura vérifié le sens dans un dictionnaire.
ter l’argumentation sur l’éventuelle valeur
artistique de ces productions humoristiques sur 3 Ce court texte peut être poétique ou non, il
le web. devra présenter un champ lexical de la perception
et donner envie au lecteur de participer à ce
« voyage ».
4 On attend de l’élève qu’il donne son impres-
sion face à cette œuvre éphémère et comestible,
qu’il utilise le lexique de la sensibilité.
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80
HISTOIR E D ES A RTS
Renzo Piano, The London Bridge Tower surnommé The Shard, 2012,
gratte-ciel inauguré le 5 juillet (Londres). Page 125 du manuel

Renzo Piano est un architecte italien, né le Évoquant un pic, une aiguille, dirigé vers le ciel,
14 septembre 1937. Avec la collaboration de cette tour se présente comme le fruit d’un travail
Richard Rogers, ils créent le centre Pompidou avancé. Elle semble vouloir s’élever toujours plus
en 1971. En 1981, il fonde le Renzo Piano Buil- loin et plus haut, montrant que la modernité est
ding Workshop dont les sièges se trouvent à en perpétuelle évolution et ne peut rester figée.
Paris, Gênes et New York. Renzo Piano a misé sur le côté imposant du bâti-
The Shard, l’« éclat », l’« esquille » (de verre), de ment, ce dernier surplombe toute la ville, il off re
Renzo Piano, est un gratte-ciel de bureaux et de un panorama de Londres.
logements de luxe situé dans l’arrondissement
de Southwark, à Londres, inauguré le 5 juillet
4 Par sa forme, sa localisation et ses matériaux,
cet immeuble symbolise la modernité. Sa
2012. Le nom The Shard fut donné à la tour suite
construction fut innovante sur bien des aspects.
aux critiques qu’elle avait essuyées de la part
En effet, le choix des composantes, la façon d’amé-
d’English Heritage, qui affirmait que le bâtiment
nager, les techniques de travail, sa symbolique
serait comme « un éclat de verre transperçant
envers le reste de la ville s’inscrivent dans une
le cœur du vieux Londres » (A shard of glass
démarche globale réfléchie cherchant à repenser
through the heart of historic London). The Shard
l’urbanisation de la ville.
a ouvert ses portes au public le 1er février 2013.
Quelques liens intéressants pour compléter ces
informations : http://www.lecourrierdelarchi-
L’impression immédiate
tecte.com/article_3000
1 Les élèves pourront proposer des adjectifs, http://www.liberation.fr/monde/2012/07/04/
des réactions sur le vif. Dans un second temps, londres-the-shard-une-tour-de-taille_831162
on les classera suivant qu’ils jugent ou qu’ils ht tp://w w w.lecourrierdelarchitecte.com/
décrivent le bâtiment. article_3000
2 Le Tower Bridge permet de localiser le gratte- 5 Ce mot « tesson »signifie débris de verre ou
ciel. Ce pont basculant qui franchit la Tamise est de poterie, il est en rapport avec le matériau uti-
un monument célèbre. Ces deux édifices semblent lisé (le verre). Certains pourront penser effecti-
s’opposer ; leur architecture est différente, l’une vement comme les détracteurs qu’il désigne un
moderne, l’autre ancienne. morceau de verre piquant au milieu du quartier
historique de Londres, d’autres au contraire, que
L’analyse de la photographie cela renvoie à son originalité et à sa modernité,
3 Ce gratte-ciel a la forme d’une aiguille (finesse, ce qui en fait un bâtiment intéressant.
travail élaboré, forme dynamique) ;
La mise en contexte
– elle est très haute, environ 309 mètres (impo-
sante, grande capacité, retient l’attention) ; 6 On veillera à ce qu’une argumentation soit
organisée. L’écriture devra respecter les codes
– c’est l’une des plus haute de l’Union Européenne
épistolaires et s’adapter à son destinataire (The
(prouesse, moderne, met l’Angleterre en avant
English Heritage) ; l’élève prendra position.
par rapport aux autres pays de L’Union
Européenne) ; 7 L’élève présentera les polémiques concernant
– cette architecture est faite de verre et d’acier, la Tour Eiffel et le centre Beaubourg. Pour alimen-
(transparence, solidité, effet épuré) ; ter son exposé par une recherche sur internet, il
– elle a une forme très géométrique (précision, pourra utiliser les mots-clés « polémique tour Eif-
audace sur le plan architectural). fel », et « polémique centre Beaubourg ».
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Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 81


Séquence 8
Pourquoi continuer de jouer Le Tartuffe
aujourd’hui ? Pages 126 à 141 du manuel

Introduction au travail sur la séquence


La séquence s’inscrit dans la démarche de lecture d’une œuvre intégrale
guidée par le parcours de lecture de cette pièce de Molière. Dans le cadre de cet
objet d’étude, les activités de lecture, d’écriture et d’expression orale doivent
conduire les élèves à s’interroger sur les raisons qui permettent à cette comédie
d’être toujours lue et jouée aujourd’hui. La séquence croise les trois interroga-
tions de l’objet d’étude et s’attache plus spécifiquement à réfléchir sur la troi-
sième : « En quoi la connaissance d’une œuvre et de sa réception aide-t-elle à
former ses goûts et / ou à s’ouvrir aux goûts des autres ? » Ainsi, l’élève est
conduit à s’interroger sur ce que cette pièce révèle des relations au sein d’une
famille, mais aussi sur le regard que Molière porte sur l’hypocrisie. Les mises
en relation avec d’autres supports contemporains amènent l’élève à réfléchir
sur l’universalité de ces questions pour construire la compétence : « confronter
des savoirs et des valeurs pour construire son identité culturelle ».
S’agissant d’un parcours de lecture dans une œuvre intégrale, la démarche
adoptée suit la progression du texte, avec comme fil conducteur une réflexion
sur sa modernité. À partir de l’étude de la scène d’exposition, la séance 1 permet
d’inscrire l’intrigue dans son contexte et de définir la crise qui est en train de se
nouer, grâce aux caractéristiques des différents personnages. La séance 2 révèle
le personnage d’Orgon, bourgeois maître de la maison, et poursuit l’évocation
du portrait de Tartuffe. Elle participe aussi à développer le comique de la pièce.
Dans la séance 3, les élèves sont invités à réfléchir sur la situation du mariage
forcé en confrontant le début de l’acte III avec un support iconographique actuel.
La réflexion sur une des thématiques de la pièce est abordée pour en interroger
la modernité. Cette idée est poursuivie dans les séances 4 et 5 qui suivent, en
questionnant les rapports entre hommes / et femmes et en dénonçant l’hypo-
crisie. Enfin, l’évaluation permet de revenir sur le projet général de Molière et
sur la dénonciation de l’imposture de Tartuffe. La plupart des séances conduisent
à interroger la modernité de la pièce par des allers-retours entre le texte et des
documents actuels, relatifs à différentes mises en scène récentes.
Afin d’enrichir la culture personnelle des élèves, le professeur pourra faire
lire d’autres extraits dans le cadre de lectures cursives, ou faire rechercher
d’autres images de mise en scène pour interroger la réflexion des élèves sur la
réception du texte à différentes époques.
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SÉANCE 1 En quoi cette scène d’exposition
montre-t-elle une famille en crise ? Pages 128-129 du manuel

LECTURE aussi la belle-mère d’Elmire qui est la seconde


femme d’Orgon. Cette scène remplit traditionnel-
Étude de l’extrait
lement les caractéristiques de la scène d’exposi-
1 Hormis la suivante Dorine, les personnages tion dans le théâtre classique. Madame Pernelle
présents dans cette scène d’exposition appar- apparaît ici comme un personnage central, c’est
tiennent à la même famille : Madame Pernelle est principalement par sa voix que nous faisons
la mère d’Orgon (absent dans cette scène) et donc connaissance des personnages et de l’intrigue
la grand-mère de Mariane et de Damis. Elle est qui va se dérouler.

Personnages
Caractérisation
(par ordre d’apparition)
vers 14-15 : « forte en gueule et fort impertinente » ; donne son avis sur tout, sans
Dorine
y être invitée.

• les 4 premières répliques : autoritaire ; coupe la parole à tout le monde et délivre


Madame Pernelle des remontrances à toute la famille.
• dernière réplique : voue une vraie adoration à Tartuffe.

• vers 16 à 20 : un garçon impulsif qui ne réfléchit pas et se conduit mal : « sot » ;


« méchant garnement ».
Damis
• vers 41 : Il manifeste son horreur de Tartuffe par une remarque sarcastique : « votre
Monsieur ».

Orgon (absent) vers 18 : bien qu’adulte il continue d’être sous l’influence de sa mère.

vers 21 à 24 : considérée comme une hypocrite qui cache bien son jeu : « tant vous
Mariane semblez doucette » (suffixe ici péjoratif) ; « pire eau que l’eau qui dort » ; « vous
menez sous chape ».

vers 25 à 32 : mauvais exemple pour les deux enfants d’Orgon, dépensière, est
Elmire
soupçonnée de vouloir plaire à d’autres hommes.

Tartuffe (absent) vers 42 : homme parfait, exemple à imiter en tout

2 Madame Pernelle apparaît comme une femme – Comique de situation : quiproquo, erreur qui
autoritaire et qui a un avis sur tout. À ses yeux, fait prendre quelqu’un pour quelqu’un d’autre.
seul Tartuffe est digne de son estime. Elle abhorre Ici, le comique de la scène est de répétition. Chaque
la jeunesse, les distractions, la futilité. Pour elle, membre de la famille se fait réprimander de la même
chacun doit aligner sa conduite sur celle de Tar- façon par Mme Pernelle : Dorine, puis Damis, puis
tuffe. Elle apparaît comme la garante d’un ordre Mariane, et enfin Elmire prononcent à chaque fois
moral inspiré par la religion. un mot et se font immédiatement interrompre par
une tirade de l’aïeule qui dresse de chacun un por-
3 Pour aider les élèves, donner les principales trait extrêmement négatif « Vous êtes, Mamie… »,
formes de comiques qu’on trouve dans les pièces « Vous êtes un sot… », « Mon Dieu, ma sœur, vous
de théâtre classique : faites la discrète… », « Ma bru, qu’il ne vous en
– Comique de caractère : comique fondé sur l’exa- déplaise… ». L’accumulation des réprimandes, l’al-
gération d’un défaut humain ; ternance des interventions brèves et des longues
– Comique de gestes : comique fondé sur des tirades donnent à la scène une apparence méca-
gestes exagérés comme des grimaces ; nique, source de comique. À cela s'ajoute le comique
© Editions Belin, 2013

– Comique de répétition : comique fondé sur la de caractère : Mme Pernelle est la caricature de la
répétition d’un même élément ; marâtre intrusive et obstinée.

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 83


Étude de l’image ÉCRITURE ET ORAL
4 On distingue quatre personnages féminins : 6 Les échanges doivent permettre de soulever
Madame Pernelle au premier plan à gauche et la question des relations familiales et, au-delà
Elmire au deuxième plan à droite, richement vêtue. du différend qui anime cette famille, celle des
Les deux personnages en arrière-plan sont Dorine arguments d’autorité afin de pouvoir commencer
sur la gauche. Elle est identifiable grâce à son à construire la réponse à la problématique géné-
bonnet et à sa robe de suivante et Mariane est rale du parcours de lecture.
légèrement derrière elle.
7 Les différentes propositions doivent rendre
5 Le personnage au premier plan correspond à compte de l’enjeu de cette scène et notamment
Madame Pernelle, joué ici par un homme. Son de son aspect comique. On peut également
visage maquillé en blanc avec deux pommettes demander à chaque groupe de faire une lecture
roses, contraste avec sa robe et son foulard noirs. à voix haute de l’extrait pour en évaluer la
La grimace, qui se veut dédaigneuse, la rend ridi- pertinence.
cule et évoque une figure clownesque. Tous ces
éléments contribuent à en faire un personnage 8 Cette scène d’exposition, qui s’ouvre sur une
grotesque et à créer une impression comique. dispute familiale, révèle l’opposition qui règne
dans cette famille à cause d’une personne, pour-
tant absente : Tartuffe. Une première citation
pourra rendre compte de la dispute tandis que la
seconde mettra l’accent sur l’objet de la
dispute.

SÉANCE 2 Que révèle cette scène


à propos du personnage d’Orgon ? Pages 130-131 du manuel

LECTURE sous les traits d’une servante simplement vêtue


d’une robe rouge et d’un bonnet blanc. Elle a une
Étude de la bande dessinée
posture qui rend compte d’un caractère bien
1 Cette planche correspond à la première appa- trempé et de son franc-parler (bras croisés ou
rition d’Orgon. Les trois principaux personnages mimant la goinfrerie de Tartuffe.) Dans la troisième
sont Orgon, Cléante, frère d’Elmire et beau-frère vignette, d’autres éléments visuels, propres à la
d’Orgon, Dorine, et Elmire, mais n’elle est là que bande dessinée, contribuent également à carac-
pour matérialiser le retour en arrière. Cléante a tériser les personnages. Les petits traits autour
un physique sec et une expression soucieuse qui de la tête de Cléante, en réaction aux deux demi-
contrastent avec celui d’Orgon, dessiné sous les cercles indiquant la volte-face de son beau-frère
traits d’un bourgeois, petit et grassouillet. Vêtu montrent la stupéfaction du premier face à l’atti-
de bleu, celui-ci porte une croix bien en évidence tude d’Orgon.
sur la poitrine, signe de sa dévotion. Ses gestes
alternent entre bras grands ouverts et mains 2 Le dessin permet de visualiser les personnages
jointes, qui peuvent être l’expression de son et ainsi de révéler immédiatement les oppositions
caractère excessif. Dans les deux vignettes laté- entre Orgon et les autres :
rales du bas de la planche, son visage exprime – Il est vêtu de bleu et les autres de rouge ;
© Editions Belin, 2013

son extrême dévotion envers Tartuffe, mais lui – son teint est pâle, celui des autres est vif ;
donne également un air niais. Dorine apparaît – c’est le plus petit, mais aussi le plus rond.

84
Tous ces détails relèvent de son apparence mais 6 Dans le dictionnaire Le Nouveau Petit Robert
contribuent à le différencier de son entourage et de la langue française (2009), le mot « tartuffe »
à lui donner une apparence qui prête à rire. En désigne à la fois un faux dévot, c’est-à-dire une
plus de cela, lorsqu’il s’enquiert de la santé de personne faisant croire qu’elle est très pieuse, et
Tartuffe, l’expression de son visage révèle sa niai- un hypocrite. Ces deux définitions conviennent
serie et montre qu’il est complètement sous l’em- parfaitement au personnage de la pièce et l’on
prise de cet imposteur. peut aisément imaginer que la suite révélera
encore davantage son hypocrisie. Les hypothèses
Étude de l’extrait devront rendre compte de cet aspect sans cher-
cher cependant à réduire la fin de la pièce à une
3 Le comique de la scène repose sur la répétition seule possibilité.
des répliques d’Orgon qui se limitent à une phrase
interrogative : « Et Tartuffe ? » suivie d’une excla-
mative : « Le pauvre homme ! » créant ainsi un effet ÉCRITURE ET ORAL
rythmique. Ces répétitions contribuent à faire rire
le lecteur ou le spectateur en révélant le caractère 7 Les prises de position devront être étayées
obsessionnel d’Orgon. Un autre élément de par des exemples précis rendant compte des élé-
comique repose sur l’organisation du récit de ments du comique. Il peut s’agir du comique de
Dorine : à chaque réplique relatant la maladie mots, de gestes, de répétition (lexique de l’adhé-
d’Elmire s’oppose une réplique racontant la bonne sion et du refus). On peut également demander
santé de Tartuffe. Certains vers se répondent en aux élèves de chercher des photographies de mise
écho (le vers 236 aux vers 239 et 240 ; les vers en scène représentant le personnage d’Orgon et
250 et 251 aux vers 253 à 255) augmentant ainsi de les confronter avec la bande dessinée.
l’effet comique. Enfin, la dernière réplique de 8 Pistes de critères à fournir éventuellement à
Dorine conclut la scène par un trait d’ironie qui l’élève :
crée également un effet comique à comprendre
sur le mode de l’antiphrase, le lecteur ou le spec- Je prends position en argumentant mes idées.
tateur n’étant pas dupe : « Et je vais à Madame Je reprends tous • retour d’un voyage
les éléments du • récit de la maladie
annoncer par avance / La part que vous prenez à
contexte : d’Elmire
sa convalescence. »
• attitude de Tartuffe
4 Tartuffe apparaît comme un profiteur incapable Je choisis un lexique adapté,
d’avoir la moindre retenue ou compassion face notamment celui du refus.
au malaise d’Elmire. Alors que cette dernière est
Je respecte • date et lieu d’écriture de
terrassée par la nausée, celui-ci se goinfre avec la forme de la la lettre
délectation et ne s’inquiète pas de la maîtresse lettre : • adresse au destinataire
de maison.
• formule de politesse finale
5 Le sens figuré du terme « aveuglement » est • signature
défini de la manière suivante dans le dictionnaire
Le Nouveau Petit Robert de la langue française 9 Dès sa première entrée en scène, Orgon appa-
(2009) : « état d’une personne dont la raison est raît sous les traits d’un homme niais, crédule,
obscurcie, le discernement troublé. » Il semble facile à duper. Son échange avec Dorine rend
bien qu’Orgon soit aveuglé par Tartuffe et qu’il compte d’une sympathie excessive, voire gro-
n’en perçoive pas le caractère profiteur vivant aux tesque, pour Tartuffe. Personne d’autre ne semble
crochets de sa famille. exister aux yeux d’Orgon.
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Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 85


SÉANCE 3 Comment Molière
dénonce-t-il le mariage forcé ? Pages 132-133 du manuel

LECTURE par l’eff roi au vers 453 : « Quoi ? vous voulez, mon
père ?… » La brièveté de ses répliques, ainsi que
Étude de l’extrait
les nombreuses phrases interrogatives montrent
1 Dans cette scène Orgon fait venir sa fille pour qu’elle est désarçonnée par cet échange et qu’elle
lui exposer son désir de la voir épouser Tartuffe tente de repousser ce qu’elle comprend peu à
aux vers 443 et 444, ce que Mariane ne veut pas. peu. Son désarroi est d’autant plus grand qu’elle
est amoureuse de Valère et que son père avait
2 Sous l’aspect d’une conversation anodine
donné son accord pour cette union. Ce retourne-
visant à connaître le point de vue de Mariane à
ment de situation est incompréhensible pour elle,
l’égard de Tartuffe, Orgon va manifester, par une
à moins qu’il ne participe de l’importance gran-
pression croissante, sa volonté de marier sa fille
dissante de Tartuffe dans cette famille. La didas-
à son hôte. La question posée au vers 438, pure-
calie « Mariane se recule avec surprise » renforce
ment rhétorique, va se transformer en sentence
également cette stupéfaction. Cette question vise
irrévocable au vers 455.
à élargir la réflexion autour du mariage forcé. Si
Ainsi peut-on remarquer trois étapes dans cette
dans cette scène, cet échange contribue au
scène. Elles marquent une progression dans la
comique de la pièce et participe d’un stéréotype
tactique suivie par Orgon pour convaincre sa fille.
des comédies de Molière, cette question toujours
Dans un premier temps (vers 441 à 444), Orgon
d’actualité est à analyser par rapport à l’affiche
dicte à Mariane ce qu’il aimerait entendre d’elle :
et à l’encart MARIAGE du manuel.
« Dites-moi donc, ma fille […] ». La question posée
par Orgon au début de la scène n’est que formelle Étude de l’image
puisqu’il a déjà pris sa décision. Dans un deuxième
temps, des vers 451 à 452, il récuse immédiate- 4 L’affiche représente une jeune mariée dont
ment la surprise de sa fille par la conjonction de l’expression révèle la contrainte qu’elle subit. On
coordination « mais », suivie d’un verbe de volonté acceptera tout titre qui exprime cette coercition
« je veux » qui introduit une proposition subordon- ou qui rende compte de la dénonciation de cette
née complétive « que cela soit ». Elle vient renforcer pratique.
la décision prise par Orgon. Enfin, dans un troi- 5 Les oppositions se construisent par les cou-
sième temps, des vers 453 à 455, le désir d’Orgon leurs (blanc / rouge) et l’emploi de couleurs tran-
est reformulé de manière définitive. L’emploi du chées (rouge / bleu / noir). Elles peuvent renvoyer
verbe « prétendre », qui pourrait laisser croire que à la violence ou à la colère. Les traits bleus qui
la décision est encore en suspens, est annulé par entourent la mariée mettent en lumière la
le dernier alexandrin de l’extrait : « Il sera votre contrainte et la cruauté qu’on lui impose. Le slo-
époux, j’ai résolu cela ». La construction de ce vers gan est également à prendre en compte : « dire
est à analyser pour en saisir la violence et la force. non » s’oppose à « dire oui » le jour du mariage.
Le premier hémistiche composé d’un verbe au futur Cette affiche cherche ainsi à dénoncer les unions
de l’indicatif qui récuse toute autre éventualité, forcées qui sévissent encore largement dans le
suivi d’un deuxième hémistiche au passé composé monde malgré la Déclaration universelle des
(le verbe « résoudre » étant à prendre au sens de droits de l’Homme (voir l’encart MARIAGE).
« décider ») montrant que cette décision était déjà
prise avant le début de l’échange.
ÉCRITURE ET ORAL
3 La réaction de Mariane est tout d’abord mar-
quée par la gêne et par son refus de s’impliquer : 6 Quelles que soient les réponses, il sera inté-
« Qui, moi ? » ; « Hélas ! j’en dirai, moi, tout ce que ressant d’insister sur le fait que la littérature rend
© Editions Belin, 2013

vous voudrez. » Ensuite elle témoigne de sa stu- compte de questions sociales universelles qui
peur (vers 446 à 448 et vers 449-450) pour finir traversent les âges. Si la question du mariage

86
forcé est traitée de manière comique chez Molière, 8 La thématique du mariage forcé est récurrente
il n’en demeure pas moins que cette thématique dans les comédies de Molière. Dans cette scène,
reste d’actualité. Orgon cherche à créer une illusion de dialogue
alors que sa décision est prise dès le début et
7 Pistes de critères à fournir éventuellement à qu’il cherche à servir ses intérêts. Il emploie des
l’élève :
arguments d’autorité qui nient la liberté de
Je prends position en argumentant mes idées. Mariane. Si cette thématique rend compte des
• désir d’Orgon mariages arrangés des siècles précédents, force
Je reprends est de constater qu’elle est encore d’actualité
• Mariane n’est pas d’accord
tous les aujourd’hui et ce malgré le droit reconnu à chaque
avec son père (elle a promis
éléments
à Valère de l’épouser) individu de décider de son choix. L’affiche vue
du contexte :
• caractère de Tartuffe dans la séance, présente une association créée
Je choisis un lexique adapté, notamment celui en 2000 face au nombre de situations analogues
du refus et de l’argumentation. à celles que Molière dénonce. En effet, aujourd’hui
• date et lieu d’écriture encore, pour des raisons culturelles ou d’intérêt,
de la lettre des jeunes filles sont mariées contre leur volonté
Je respecte et le site http://www.mariageforce.fr/ les aide à
la forme • adresse au destinataire
de la lettre :
en prendre conscience, propose des informations,
• formule de politesse finale
des aides, des contacts pour aider ces personnes
• signature en détresse.

SÉANCE 4 Quel regard Tartuffe


porte-t-il sur les femmes ? Pages 134-135 du manuel

LECTURE toute son hypocrisie : vers 914 ; vers 917 et


vers 920. Cette attitude est donc inattendue par
Étude du premier extrait
rapport à tout ce que l’on a appris de Tartuffe dans
1 Dans cet extrait, Tartuffe met en scène sa pudi- les scènes précédentes (séance 1 : vers 42 où il
bonderie en demandant à Dorine de cacher son est présenté comme étant une référence ; séance 2 :
décolleté par un mouchoir (vers 860 à 862). Mais son indifférence à l’égard d’Elmire ; séance 3 :
dans le même temps, il révèle également le pou- vers 442 où Orgon redit toute son estime pour lui)
voir qu’il a pris dans cette maison et sa mainmise et également à la pudibonderie qu’il a marqué
sur la conduite de chacun (vers 869-870). envers Dorine, dans le premier extrait.
2 D’abord surprise par l’ordre de Tartuffe : « Com-
ment ? », Dorine ne se laisse pas impressionner 4 Elmire ne peut s’opposer frontalement au com-
et se moque de lui aux vers 863 et 864, laissant portement de Tartuffe. Elle emploie alors une stra-
ainsi entendre qu’elle n’est pas dupe de l’hypo- tégie de détournement qui consiste à le repousser
crisie du personnage. indirectement selon les règles de conduite de
l’époque et de sa position sociale : vers 914 ; vers
Étude du second extrait 916 ; vers 918 et 921. Elle montre son désintérêt
© Editions Belin, 2013

3 On assiste ici à une véritable scène de harcè- lorsqu’il la touche, et s’ingénie à recentrer la
lement sexuel. Les répliques de Tartuffe révèlent conversation sur l’objet de sa visite.

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 87


Étude des images projets de résolutions pour les états membres de
l’Union Européenne : http://assembly.coe.int/ASP/
5 Les deux affiches renvoient à l’acte III, scène 2. D o c/ X r e f V i e w H T M L . a s p? F i l e I D = 1151 8 &
La première affiche montre au premier plan une
femme habillée en servante (Dorine) et un homme Language=FR
(Tartuffe) qui la tient éloignée d’une main, l’autre – L’Autorité de Régulation Professionnelle de la
étant occupée à cacher son regard. Toutefois, s’il Publicité publie une étude annuelle de la personne
cherche à ne pas la voir, ses doigts sont entrou- humaine dans la publicité : http://www.arpp-pub.
verts pour mieux pouvoir s’en rassasier. Cette org/Etudes.html - Ancre3
affiche tend à produire un effet comique et dénonce
l’hypocrisie de Tartuffe.
La seconde affiche fait un gros plan sur le décol- ÉCRITURE ET ORAL
leté d’une robe richement brodée, ce qui laisse
supposer qu’il s’agit d’Elmire. L’œil est attiré par 7 Pistes de critères à fournir éventuellement à
cette poitrine qui est mise en valeur par un pen- l’élève :
dentif. Les couleurs dominantes (nuances allant • les réactions d’Elmire (peuvent
du rose au rouge) et le choix du cadrage ne pro- Je être actualisées, ainsi que le
duisent aucun effet comique. Ils évoquent la respecte langage)
la
concupiscence et l’avidité de Tartuffe en connotant • garder le comique de situation
cohérence
le péché de chair et l’appât du gain. Dans les deux du texte : créé par les excuses que Tartuffe
cas, les metteurs en scène ont voulu mettre l’ac- se trouve pour approcher Elmire.
cent sur la pudibonderie et l’avarice de Tartuffe Je choisis un lexique adapté, celui du refus
qui sont des signes dominants de son pour Elmire, celui du compliment
hypocrisie. et de la dévotion pour Tartuffe.
• noms des personnages
Mise en relation des documents • didascalies
Je
6 Ces documents sont le reflet de différents pro- respecte • alinéas lorsque le locuteur
blèmes de société toujours d’actualité. Il peut la forme change
s’agir de la façon dont on considère la femme théâtrale :
• situer le texte en actes et en
dans l’art, les médias ou la société en général. scènes comme l’extrait initial
De nombreuses associations luttent contre la ten-
dance à l’objectivation de la femme. Ces images 8 Le regard que Tartuffe porte sur les femmes
font également référence au machisme encore est un regard de domination, augmenté par un
existant dans certaines cultures. discours hypocrite qui tend à masquer sa concu-
– De nombreuses associations telles que Ni Putes piscence. Ce discours, toujours d’actualité, tend
Ni Soumises luttent contre la tendance à l’objec- à maintenir les femmes dans une sujétion qui
tivation de la femme : http://www.npns.fr/ limite leur liberté de mouvement et leur indépen-
– La réponse du Sénat sur l’utilisation de l’image dance au nom d’une morale se référant aux
de la femme en publicité : http://www.senat.fr/ usages, aux coutumes, aux codes sociaux, cultu-
questions/base/2012/qSEQ120700722.html rels ou religieux. Ces dernières années, de nom-
– Le rapport de l’Assemblée parlementaire concer- breuses organisations ou associations cherchent
nant l’image des femmes dans la publicité et des à briser le tabou de la parité.
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88
SÉANCE 5 Quel vrai visage Tartuffe dévoile-t-il ?
Pages 136-137 du manuel

LECTURE qui tente alors de réagir et de reprendre en main


la situation : « Ces discours ne sont plus de sai-
Étude du 1er extrait
son ». Orgon s’en veut de s’être laissé aveugler
1 Cette scène annonce le triomphe de Tartuffe malgré les nombreuses mises en garde de sa
puisqu’il semble être sur le point d’obtenir les famille, l’accumulation de points d’exclamation
faveurs d’Elmire. Ses répliques montrent son vrai montre qu’il s’échauffe et semble se parler à lui-
visage d’imposteur. Il va à l’encontre du discours même comme pour se convaincre encore davan-
de dévot qu’il tient, car séduire une femme mariée tage de la noirceur de Tartuffe : « Ah ! ah ! l’homme
est un péché capital, celui de la luxure. Ses répliques de bien, vous m’en voulez donner ! » Néanmoins,
sont brutales et manifestent la bassesse de son le rythme fractionné du vers 1550 peut porter le
esprit : « Et ce n’est pas pécher que pécher en lecteur ou le spectateur à sourire de cette sou-
silence. » (Vers 1506). Elles témoignent aussi de daine indignation, Orgon étant le seul, avec sa
son désir de conclure rapidement : « Oui, Madame, mère Madame Pernelle, à s’être laissé berné
on s’en charge ; et la chose de soi… » (Vers 1520). depuis le début de la pièce : « Je m’y tiens, et n’en
La dernière réplique de Tartuffe révèle également veux, pour moi, pas davantage. »
son orgueil, tant il est persuadé de mener Orgon
par le bout du nez (vers 1523 à 1526). Inversement 4 Dans cette dernière réplique, Tartuffe se révèle
à l’assurance qu’il manifeste, Elmire se trouve prise menaçant, laissant en suspens ses interlocuteurs,
au piège qu’elle-même avait imaginé. Au fil de l’ex- ainsi que le lecteur ou le spectateur sur l’objet de
trait, elle se montre à la fois faussement résignée cette menace. Il annonce être en mesure de les
(vers 1507 à 1508) et en colère contre son mari qui spolier de tous leurs biens, créant ainsi un nou-
ne sort toujours pas de sa cachette sous la table veau rebondissement dans la pièce.
(vers 1518 à 1519). Sans perdre espoir, elle tente
Étude des images
une dernière fois de différer le moment où elle devra
céder à Tartuffe (vers 1521 à 1522), ce qui va per- 5 La première photographie met l’accent sur le
mettre de résoudre la situation et de répondre aux comique de la scène : la scène est colorée, Orgon,
règles de bienséance du théâtre classique qui n’ac- à quatre pattes sous la table, fait les yeux ronds,
ceptaient ni violence ni intimité sur scène. le visage tourné vers les spectateurs. Elmire a
une grimace hébétée, alors que Tartuffe se penche
2 Cette réplique révèle toute la noirceur et l’hypo- dangereusement sur elle. La scène est jouée avec
crisie du personnage. Tartuffe se montre enfin à les codes de la comédie bouffonne, proche du
visage découvert et affiche ainsi ouvertement son registre de la farce.
stratagème : « Et je l’ai mis au point de voir tout sans La deuxième photographie de mise en scène révèle
rien croire. » La force de ce vers est accentuée par une tension plus grave. L’ensemble du plateau est
les oppositions « voir / croire » et « tout / rien » qui dominé par les couleurs noire et blanche, le drap
détournent l’expression « ne croire que ce que l’on dans lequel Elmire tente de s’enrouler laisse entre-
voit ». Il renvoie, dans la Bible, à l’épisode où l’apôtre voir Orgon sous la table, de profil, regardant vers
Thomas dit qu’il ne croira à la résurrection du Christ le sol, comme s’il refusait encore de comprendre
que s’il voit les marques des clous sur ses mains. ce qui est en train de se dérouler sur la table au-
En prononçant ce vers, Tartuffe se moque de la reli- dessus de lui. Elmire se tient dans une posture
gion. De plus, il montre le peu d’estime qu’il éprouve qui révèle toute sa crispation : assise les bras ser-
pour Orgon, qu’il considère comme crédule et naïf. rés sur sa poitrine, les jambes nues bien jointes,
le visage déformé par une grimace de dégoût. La
Étude du 2e extrait violence de la scène est renforcée par le visage
3 Il s’agit d’une scène de crise car Orgon vient extatique de Tartuffe et sa main caressant avide-
© Editions Belin, 2013

subitement d’être dessillé, voyant ainsi tout son ment le genou donnent l’impression que rien ne
monde s’écrouler. C’est un homme berné, blessé peut plus l’empêcher d’arriver à ses fins.

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 89


6 Le point de vue des élèves devra être étayé par une analyse précise des photographies et rendre
compte d’un choix d’interprétation.

ÉCRITURE ET ORAL
7 Cette scène, proche de la fin de la pièce, révèle toute la noirceur du personnage, sa totale impos-
ture et sa capacité de nuisance sans limites. La réplique d’Orgon résume l’individu en montrant la
différence entre son apparence et ce qu’il est en réalité.
8 Pistes de critères à fournir éventuellement à l’élève :
• argumentation étayée.
• montrer des aspects de la pièce qui sont encore d’actualité et les expliquer.
J’explicite • citer des passages de la pièce, en lien avec les arguments avancés.
clairement • mettre la pièce en relation avec des exemples contemporains qui peuvent
mon point de vue : être rattachés aux thèmes de la pièces.
• (facultatif) extraits pertinents sur supports variés.
• titre accrocheur.
style concis (phrases courtes et percutantes).
titre court et sous-titre qui résume.
• Si c’est un journal :
ajouter une image.
signature des auteurs.
J’adapte la forme le style est plus libre.
de mon texte respect de la charte graphique du blog.
au support choisi.
choix du ton (sérieux, amusant, ironique).
• Si c’est un blog : ajout d’une ou de plusieurs d’images
(pourquoi pas animées).
liens hypertexte.
signature des auteurs.
© Editions Belin, 2013

90
ÉVALUATION Pages 138-139 du manuel

COMPÉTENCES DE LECTURE On attend que les élèves répondent à la question


en la justifiant par l’opposition tutoiement et du
1 (3 points) On attend que les élèves distinguent vouvoiement, ainsi que par celle des champs lexi-
les deux points de vue des metteurs en scène.
caux du devoir et de l’indignation.
Dans ces deux notes d’intention, les metteurs en
scène exposent les raisons pour lesquelles ils 3 (3 points) Cette affiche, composée d’une pho-
trouvent la pièce toujours d’actualité. Pour Éric tographie représentant Tartuffe, divise le person-
Lacascade, il s’agit d’une pièce qui révèle les ten- nage en deux : à gauche, le personnage en positif,
sions au sein d’une famille, les relations de pou- à droite en négatif (En photographie argentique,
voir que chaque personnage tente d’exercer sur par opposition à celle numérique, le négatif est
les autres. Orgon apparaît comme un être faible, la pellicule ayant servi à prendre la photo. Les
déstabilisé au sein même de sa famille et qui voit contrastes apparaissent exactement contraires
en Tartuffe l’occasion d’exister de nouveau. Pour à la réalité.) Un léger sourire aux lèvres, le regard
ce metteur en scène, Tartuffe survient dans un caché derrière des lunettes de soleil, il fixe l’ob-
moment de crise familiale qui va lui permettre de jectif. La construction symétrique de cette affiche
manipuler tout le monde. Pour Anthony Magnier, rend compte de la dualité du personnage ou de
la pièce présente l’intérêt de mettre en garde le l’envers du décor (dévot dans la lumière, impos-
lecteur ou le spectateur contre toutes les formes teur dans l’obscurité) mettant ainsi l’accent sur
d’imposture. C’est un appel à la vigilance afin de son double visage et sur son hypocrisie.
préserver la liberté de tous. On attend que les élèves repèrent la dualité du
personnage et la justifient à partir de quelques
2 (4 points) Cet extrait, qui se trouve à la fin de éléments de lecture de l’image qui seront repris
la pièce, révèle une très forte tension Tartuffe
et argumentés pour mesurer l’efficacité de
semble sur le point de gagner la partie. Ce dernier
l’affiche.
justifie ses actes par la raison d’état et ce n’est
pas lui qui se venge, mais le Prince qui établit sa
justice : « Et de la part du Prince on vous fait pri-
sonnier » ; « Mais l’intérêt du Prince est mon pre- COMPÉTENCES D’ÉCRITURE
mier devoir ». Face à une telle noirceur, Orgon perd (10 points)
son sang-froid, tutoie Tartuffe et l’insulte (vers
1864 à 1866). Hors de lui, il fait appel à sa com-
4 Pistes de critères à fournir éventuellement
à l’élève :
passion (vers 1877 et 1878), en vain. De son côté,
Tartuffe justifie son action par le respect de la loi • j’organise mon argumentation
et le renoncement personnel : « prisonnier » ; « pre- selon un plan (celui proposé ou
un autre, pourvu qu’il soit
mier devoir » ; « devoir sacré » ; « juste violence » ; pertinent et cohérent).
« sacrifierais » tandis qu’Orgon laisse exploser
son indignation : « Traître » ; « scélérat » ; « perfi- J’organise • je justifie mes arguments par
mon des exemples précis tirés de la
dies » ; « Ingrat ». La vengeance de Tartuffe est séquence.
texte :
savamment orchestrée. Jusqu’au bout, il donne
• je suis attentif à la correction
l’impression d’être le garant de la justice, celle
de la langue.
du Prince et celle de Dieu, quel qu’en soit le prix
à payer, pour les autres ou pour lui (vers 1883 • j’emploie un lexique varié et
précis.
et 1884).
© Editions Belin, 2013

Objet d’étude 2 - Des goûts et des couleurs, discutons-en • 91


LA CONSTRUCTION DE L’INFORMATION
pages 144 à 207 du manuel

Séquence 9 Que nous dit la presse Séquence 11 La presse doit-elle être


sportive sur le monde ? 93 libre pour faire son travail ? 117
SÉANCE 1 Le sport dans la presse : SÉANCE 1 Quel rôle les médias ont-ils joué
une place à part ? 94 dans « l’affaire Tarnac » ? 118

SÉANCE 2 Comment la presse sportive SÉANCE 1 Transmettre l’information


fabrique-t-elle des mythes ? 95 peut-il faire courir un risque ? 119

SÉANCE 3 Pour la presse : les femmes, SÉANCE 1 Comment Reporters sans frontières
des « sportifs » comme les autres ? 97 défend-il l’importance de la liberté
de la presse ? 120
ÉVALUATION 98
ÉVALUATION 122
CAPACITÉS ET ATTITUDES CAPACITÉS ET ATTITUDES
Rédiger les questions d’une interview 99
Rédiger un article sur la liberté de la presse 123
GRAMMAIRE Phrases à la voix active GRAMMAIRE Valeur des pronoms personnels,
ou passive, phrase impersonnelle 100 des modes verbaux
LEXIQUE La presse 101
et des temps de l’indicatif 124
LEXIQUE Les médias 125
HISTOIRE DES ARTS Marie-Amélie Le Fur,
championne paralympique 102 HISTOIRE DES ARTS Benjamin Lowy,
Guerre civile au Darfour 127

Séquence 10 Comment
Séquence 12 Lecture d’œuvre
la catastrophe de Fukushima a-t-elle
été traitée par les médias ? 105 Comment le récit graphique
Des nouvelles d’Alain participe-t-il
SÉANCE 1 Comment les Unes des journaux
mettent-elles en scène une information ? 106
à l’information ? 128
SÉANCE 1 Quelle est l’originalité
SÉANCE 2 Le journaliste n’est-il du récit graphique Des nouvelles d’Alain ? 129
qu’un simple relais d’information ? 107
SÉANCE 2 Comment les rencontres
SÉANCE 3 À quelles conditions informer effectuées éclairent-elles le reportage ? 130
« véritablement » ? 109
SÉANCE 3 Comment ce récit graphique
ÉVALUATION mêle-t-il témoignage personnel et Histoire ? 131
110
SÉANCE 4 L’art peut-il contribuer
CAPACITÉS ET ATTITUDES Rédiger à l’information ? 132
une lettre ouverte sur l’évolution du climat 112
SÉANCE 5 Comment Alain Keler rend-il
GRAMMAIRE La cohérence textuelle, compte de la situation des Roms
les mots de reprise 113 « aux portes de Paris » ? 133
LEXIQUE Objectivité et subjectivité 114
ÉVALUATION 134
HISTOIRE DES ARTS Riber Hansson,
© Editions Belin, 2013

L’Arche de Noé 116

92
Séquence 9
Que nous dit la presse sportive sur le monde ?
Pages 144 à 159 du manuel

Introduction au travail sur la séquence


En 2012, le Ministère de la Culture recense 204 publications de presse
sportive (publié en 2012, ce chiff re date de 2009). Selon l’Office de Justification
des Tirages, en 2011, L’Équipe était le quatrième quotidien français quant à son
tirage (plus de 300 000 exemplaires) mais le deuxième en nombre de lecteurs
(2, 2 millions de lecteurs). Ces chiff res pourraient justifier, à eux seuls, une
séquence consacrée à la presse sportive. À cela s’ajoute l’intérêt que portent
nombre d’élèves à cette discipline.
Cette séquence est centrée autour de quatre grands thèmes :
– La spécificité de la presse sportive
– La fabrication des mythes sportifs par la presse
– Les sportives dans la presse
– Le handisport

Bibliographie
• Michel Caillat :
– Le Sport, Le Cavalier Bleu, 2008.
– Pensées critiques sur le sport, L’Harmattan, 2000.
• Les Cahiers du journalisme n° 11 – décembre 2002 :
– Fabien Wille, « Sport, Identité, Culture »
– Dominique Matchetti « Les transformations de la production de l’information spor-
tive : le cas du sport-spectacle »

Sites internet
• Acrimed :
– « Ménage à trois : sport, médias et argent », par Arnaud Racapé et Thibault Henne-
ton, le 4 mars 2011 : http://www.acrimed.org/article3547.html
– « L’investigation est un sport de combat : enquête sur le journalisme sportif », par
Arnaud Racapé et Thibault Henneton, le 21 février 2011 : http://www.acrimed.org/
article3539.html
• Arrêt Sur Images :
– « JO : la Ola des journalistes supporters », par Antoine Machut, le 3 août 2012 :
http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=14333
• Rue 89 :
– « Disciplines, handicaps, triche : 7 questions sur les Paralympiques », Clément
Guillou, le 30 août 2012 : http://www.rue89.com/rue89-sport/2012/08/30/
disciplines-handicaps-triche-7-questions-sur-les-paralympiques-234957
– « Les athlètes handicapés ne sont pas plus gentils que les autres, et tant mieux »,
Clément Guillou, le 6 septembre 2012 : http://www.rue89.com/rue89-sport/2012/09/06/
les-athletes-handicapes-ne-sont-pas-plus-gentils -que-les-autres-et-tant-mieux
© Editions Belin, 2013

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 93


SÉANCE 1 Le sport dans la presse :
une place à part ? Pages 146-147 du manuel

Cette séance met en lien quatre Unes portant sur 2 Les termes mélioratifs présents sur la Une de
les Jeux olympiques de Londres, en juillet 2012, L’Équipe sont les suivants :
et un article du site Acrimed opposant différentes • « sublime » record du monde ;
conceptions du métier de journaliste sportif. • « Je suis une légende », Usain Bolt « entre dans
Elle permet de faire surgir la spécificité de la l’histoire », « le premier sprinteur » ;
presse sportive ou du traitement du sport par la • Les bleues « en plein rêve », La ballade « héroïque »
presse journalistique. des Braqueuses, « Invaincues », elles défieront
La lecture intégrale de l’article « L’investigation samedi les « redoutables » Américaines ;
sportive est un sport de combat » proposé dans Cette Une de L’Équipe montre la spécificité de la
la liste des sites internet, ne peut être proposée presse sportive : il s’agit de louer la performance
aux élèves, mais sera utile aux professeurs tra- sportive sans modération, le journaliste est le
vaillant sur la presse sportive. chantre d’un panégyrique attendu. L’investigation
trouve peu de place dans la presse sportive ; c’est
LECTURE le monde de l’édition qui permet aux journalistes
de publier leurs enquêtes de fond – quand ils en
Étude des Unes
font (voir texte suivant).
1 La Une du Parisien est conçue autour de cinq
sujets : 3 C’est l’aspect commercial des Jeux olympiques
– l’ouverture des Jeux olympiques ; qui est retenu par L’Humanité. Le lecteur peut
– un fait divers : une femme brûlée à Paris ; imaginer s’informer sur le coût des Jeux mais aussi
– la délocalisation d’emplois régionaux, au sur le rôle des sponsors, par exemple, ou sur les
Maroc ; primes aux médailles.
– un choix de livres en collection « poche » ; 4 Libération présente la photo d’un plongeon
– le journal de l’été : suite d’une série, jeux parfait, accompagnée d’une légende donnant le
concours. coup d’envoi. La Une est composée selon un souci
L’ouverture des Jeux olympiques occupe la quasi- esthétique, renforcé par le logo du journal paral-
totalité de la page, que ce soit pour la taille des lèle au plongeur. Elle est belle et originale.
titres ou pour le choix des images. Les autres
sujets sont présentés en bandeau, l’incendie est Étude du texte
mis en valeur par le numéro du département qui 5 Pour Jacques Vendroux le journaliste sportif
le précède ; le « journal de l’été » se distingue par est un conteur, un vendeur de rêves : « Vous êtes
une plus grande hauteur et sa colonne est oblique. payés pour faire rêver celui qui ne peut pas être
Ces sujets seconds sont valorisés par la typogra- sur place, pour être ludique ». Il n’est pas là pour
phie et la mise en page. faire réfléchir, ni « pour donner des messages
L’ouverture des Jeux olympiques est traitée seu- existentiels ». Selon lui il s’agit avant tout de faire
lement sous l’angle de la performance : « record preuve de passion. La volonté de comprendre, de
à battre » est annoncé, les sportifs sont directe- savoir ou d’informer au-delà des apparences ne
ment apostrophés : « À vous de jouer ! » semble pas entrer en compte dans sa présenta-
Le pronom personnel est celui de la 2e personne tion du métier.
du pluriel : « vous ». Il s’adresse aux nombreux Pierre Ballester, journaliste licencié par L’Équipe
sportifs représentés sur la couverture : ce sont en 2004, ne partage pas ce point de vue. Il fustige
eux qui pourront battre ces records. Cependant, « un conglomérat de cloportes » composé de « ceux
ce pronom est volontairement ambivalent et le qui s’en foutent, dès lors qu’ils ont leur boulot, qu’ils
lecteur pourrait avoir l’impression que la phrase suivent les compétitions et qu’ils touchent leur
© Editions Belin, 2013

« À vous de jouer ! » s’adresse à lui, l’incitant à chèque », ainsi que de ceux qui savent mais ne
s’impliquer en achetant ce journal. disent rien et qu’il nomme les « connivents » pour

94
mieux défendre ceux, dont il fait partie, et qui choi- surprenant étant donné qu’il vient du site de L’Action
sissent d’enquêter – et donc de déranger. critique des médias. Le Parisien et L’Équipe semblent
Dans les deux cas, les journalistes dénoncent un ne vouloir traiter que de la performance ou du
manque de qualité de l’information. Les raisons « sport paillettes ».
diffèrent, car selon le premier, la nature du métier
ne nécessite pas une information fouillée. D’après
le second, certains osent aller jusqu’au bout, mais ÉCRITURE ET ORAL
ils sont rares. 8 Il ne eut y avoir de réponse type, puisqu’elle
invite à une synthèse du travail qui aura été fait
6 Le « sport paillettes » est celui qui brille sous en classe et qu’elle nécessite une partie rédigée
les projecteurs. Fabrice Jouhaud défend un jour-
où l’élève choisit son contexte. On pourra cepen-
nalisme proche de ses lecteurs, qui cherche à
dant les guider :
augmenter les ventes de son journal et donc ne
– la présentation de l’événement (les jeux olym-
traite pas de sujets peu vendeurs.
piques) doit être synthétique ;
La paresse supposée des lecteurs, leur manque
– la présentation de chaque Une doit présenter
de curiosité semble donc une excuse pour ce type
ses spécificités ;
de journalisme.
– l’avis de l’élève doit s’appuyer sur des
Sur tous les documents arguments.
7 La Une de l’Humanité semble annoncer une ou 9 On attend des élèves qu’ils soient attentifs à
plusieurs enquêtes, l’article « L’investigation est la spécificité de la presse sportive, ou au traite-
un sport de combat » également. C’est moins ment du sport dans la presse généraliste.

SÉANCE 2 Comment la presse sportive


fabrique-t-elle des mythes ? Pages 148-149 du manuel

L’enjeu de cette séance est de faire étudier le por- sur quatre photos, il écoute vraisemblablement
trait complètement laudatif de Lance Armstrong l’hymne américain sur deux photos. Il apparaît
par L’Équipe, en 2004 (année où le journal licencie dans huit photos. Grâce au cadrage et au floutage,
Pierre Ballester à la curiosité trop aiguisée, voir on le voit seul (ou en compagnie féminine de peu
séance 1) et la façon dont un journal généraliste d’importance), alors que le cyclisme est un sport
Libération traite la « chute » du coureur. où une équipe entière prépare la victoire d’un
Si le portrait de L’Équipe pourrait illustrer l’expres- seul. Il semble conscient de ses exploits (photo 8).
sion « sport-paillettes » (séance 1), Libération, en
dépit de la réflexion éditoriale de Vincent Giret, Étude du 1er texte
affiche sa volonté de traiter le sujet avec une cer- 2 Lance Armstrong est présenté comme un homme
taine distance (jeu de mot dans le titre, mise en hors norme, un héros épique ou un demi-dieu
parallèle avec le décès de Jean-Luc Delarue). mythologique, vainqueur de tous ses combats. Tout
au long de l’article, le champ lexical de la guerre
dresse le portrait d’un guerrier invaincu : « gagner
LECTURE la bataille contre le cancer » lignes 2-3 ; « sa soif de
Étude du montage photographique victoire » ligne 10 ; « Il engage le combat » ligne 15 ;
1 Ce montage des victoires de Lance Armstrong « aucun de ses adversaires ne rivalise » ligne 20.
© Editions Belin, 2013

montre un vainqueur savourant sa victoire et par- Les difficultés rencontrées par celui à qui « rien
fois même extatique (photo 5). Il tient le trophée n’a été acquis » (expression curieuse quand on

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 95


attendrait plutôt « donné » et non « acquis ») 6 « L’épreuve épique » ne désigne pas les vic-
– enfance pauvre, maladie, adversaires – ne toires sportives de Lance Armstrong, mais sa
semblent que des obstacles transitoires destinés défaite face la justice américaine. Elle est quali-
à le hausser, non seulement hors du commun des fiée « d’épique » par sa durée. La justice améri-
mortels, mais au-dessus de l’humanité : « sur- caine a en effet gagné, après plusieurs années
nommé voici quelques années l’extra-terrestre ». de procès, en août 2012.
Le lexique utilisé pour son portrait moral : Les spectateurs sont présentés comme des
« inflexible » ligne 1 ; « dureté et énergie » ligne 5 ; voyeurs avides de chutes : les chutes matérielles,
« intelligence, détermination » ligne 10 ; « autorité » lors des étapes, ou la chute d’un champion adulé
ligne 21, le montre en héros sans faiblesse comme Lance Armstrong. C’est la voracité du
personnelle. public qui pousse toujours plus vers la recherche
Son physique est façonné par sa volonté : « le de l’exploit – et des conditions diverses pour
regard d’acier, la mâchoire saillante » ligne 5. l’obtenir.
Même quand la maladie le frappe : « aff aibli » ;
« visage émacié, le crâne rasé » ; « le regard tou-
7 Les sportifs pourraient être les premiers à
s’insurger contre l’obligation de dopage qui risque
jours pénétrant a gagné encore en intensité. »
d’entraîner des conséquences sanitaires et judi-
lignes 18 et 19.
ciaires désastreuses. Mais le peuvent-ils vrai-
Étude de la Une ment ? Peuvent-ils s’insurger sans être exclus ?
Peuvent-ils choisir de ne pas se doper et faire ce
3 La Une de Libération présente deux sujets prin- qu’on attend d’eux : gagner dans des conditions
cipaux, plus une publicité pour Arte et l’annonce souvent extrêmes ? Vincent Giret s’interroge en
du cahier d’été. L’information concernant Lance fin d’éditorial sur les capacités de révolte des
Armstrong occupe plus de la moitié de la Une. Les sportifs, mais aussi sur la possibilité qu’on leur
photographies de Lance Armstrong et de Jean-Luc laisse pour modifier les règles du jeu. Ses deux
Delarue semblent se faire écho : (gros plan, effa- interrogations doivent se prolonger par les
cement de l’arrière-plan ; annonce de deux fins de réflexions et les réponses du lecteur.
destins).
4 Le visage de Lance Armstrong est cadré en ÉCRITURE ET ORAL
très gros plan et sans doute en plein effort phy-
sique – ou en proie à un tourment. Selon sa cou- 8 Si un mythe est un récit explicatif de la condi-
tume Libération utilise un jeu de mot : ici c’est le tion humaine, les documents de cette double
prénom du coureur permet un jeu de mots. Le page, permettent de voir le mythe en train d’être
spectateur attend des informations sur la « chute » fabriqué.
de Lance Armstrong selon un angle original. L’Équipe construit le portrait d’un héros hors
normes. En 2004, le journal s’en tient encore à
Étude du 2e texte cette idée que Lance Armstrong est vainqueur par
5 Vincent Giret dans cet éditorial commente la son courage et sa volonté d’un destin défavorable,
« chute » de Lance Armstrong qui vient de perdre que ses exploits sont dignes de ceux d’un héros
ses titres pour cause de dopage. Les informations antique.
apportées sont peu nombreuses (rappel des Mais la construction mythique vient également
années de procédure et de la défaite finale de de Libération, qui brode sur la chute attendue par
Lance Armstrong devant la justice américaine) ; tous, même les spectateurs, du héros « victime
là n’est pas l’enjeu d’un d’éditorial. de l’idéologie du dépassement de soi » et illustre
L’éditorial, par son style soutenu, ses allusions sans l’expression antique : « La roche Tarpéienne est
précisions parfois, ses réflexions qui mettent à dis- proche du Capitole ».
tance l’événement pour mieux le commenter, n’est
pas toujours aisé à comprendre. Il ne vise pas à
l’information du lecteur, mais à susciter la réflexion.
© Editions Belin, 2013

96
SÉANCE 3 Pour la presse : les femmes,
des « sportifs » comme les autres ? Pages 150-151 du manuel

Le monde du sport fait-il une place équitable aux La journaliste exprime tout au long de l’entretien
sportives ? Si on en juge par la polémique sur les une vision affirmée de la vie de mère et de femme
primes des tournois de tennis ou par la place, que devrait mener, selon elle, Samantha Davies.
dans la presse sportive, des matchs et des vic- À aucun moment elle ne semble accepter les choix
toires féminines, force est de répondre de la sportive qu’elle interroge.
négativement. Ses convictions sont fermement ancrées et net-
Cette séance propose l’étude de deux exemples tement énoncées : une mère ne devrait pas quitter
de la présentation médiatique des sportives : à son jeune enfant surtout pour une course en mer
travers une interview de la navigatrice Samantha dangereuse. La maternité devrait « calmer » les
Davies et dans l’extrait d’une dépêche AFP consa- navigatrices et les sponsors ne pas les prendre
crée à la recherche du meilleur capitaine de au sérieux.
l’équipe de France de Coupe Davis. Ajoutons que l’article de Paris Match est précédé
par une photo de Samantha Davies avec son com-
pagnon et leur enfant, sur le bateau de la naviga-
LECTURE trice, et qu’il est suivi de nombreux commentaires
Étude du 1er texte de lecteurs indignés par les questions posées.
1 Julien Salingues commente une interview de 3 Samantha Davies répond avec calme aux ques-
la navigatrice Samantha Davies, parue dans Paris
tions posées et recentre systématiquement ses
Match avant le départ du Vendée Globe 2012. Il
propos sur la course et sa préparation. Elle
dénonce, par un collage de toutes les questions,
explique de quelle manière elle a anticipé les dif-
l’angle choisi par la journaliste qui ne semble
ficultés mises en avant par la journaliste. Elle
s’intéresser qu’à la vie privée de Samantha Davies.
explique, avec humour, son entraînement et ses
2 – Mots dépréciatifs : « pas calmée » ligne 15 • relations avec son compagnon. Elle montre son
« vous ne culpabilisez pas » ligne 2 • « il ne gri- attention au bien-être de son fils, sans réussir à
mace pas » ligne 17 • « quitter le foyer » ligne 18 désarmer la journaliste.
• « Pour un sponsor, n’est-ce pas un handicap de
soutenir une jeune maman ? » lignes 22, 23.
– Questions rhétoriques : « Avez-vous trouvé le Étude du 2e texte
temps de vous entraîner après la naissance de 4 Après avoir rappelé les trois conditions
Ruben ? » lignes 26, 27 • « Pour un sponsor, n’est- requises pour succéder à Guy Forget : « Pour avoir
ce pas un handicap de soutenir une jeune maman ? » une chance d’être choisi, il faudra présenter un
lignes 22, 23 passé solide de joueur, avoir fait la preuve de son
– Opinion directe de la journaliste : « Vous repre- attachement à la Coupe Davis et être adoubé par
nez part à la course la plus dangereuse du monde. les joueurs dont le vote sera déterminant »,
Être mère ne vous a pas calmée ? » Lignes 14-15 • lignes 5 à 7, la dépêche passe en revue les can-
« On a un sentiment de surprotection quand on didat-e-s potentiel-le-s. Le terme « grosses cotes »
vient de donner la vie. Vous ne culpabilisez pas suggère des paris pris sur le nom du vainqueur.
de laisser votre bébé durant trois mois ? » Lignes La dépêche présente les points positifs (leurs
19-20 • Quand même, trois mois sans sa mère, qualités de joueurs pour Henri Leconte et Cédric
c’est beaucoup… » Ligne 21 • Pour un sponsor, Pioline, l’expérience d’entraîneur de Lionel Roux)
n’est-ce pas un handicap de soutenir une jeune et négatifs des candidats (le caractère « volca-
maman ? » Lignes 22- 23. nique » d’Henri Leconte, « l’individualisme » de
– Arguments d’autorité : « Isabelle Autissier, Flo- Cédric Pioline, « le déficit de notoriété et de passé
rence Arthaud, Ellen MacArthur… Ces navigatrices en Coupe Davis » de Lionel Roux).
© Editions Belin, 2013

n’avaient pas de bébé à la maison lorsqu’elles ont En ce qui concerne Amélie Mauresmo, la dépêche
pris la mer. Vous êtes un cas à part. », ligne 28 à 32 lui reconnaît « le plus beau palmarès du tennis

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 97


français » mais la décrédibilise parce que c’est puisque, ni Virginie Razzano (photo 1, prise lors
une femme. C’est la seule fois que lʼargument est de la Fed Cup de 2011), ni Nolwenn Leroy (photo 2)
lié non à ce qu’a fait le candidat mais à ce qu’il ne sont candidates à la succession de Guy Forget.
est. On n’ose imaginer la même phrase fondée sur On ne peut que leur prêter un rôle soit illustratif,
l’appartenance religieuse ou l’origine géogra- soit de faire-valoir.
phique d’un candidat. Il est possible que l’auteur
de la dépêche ne se fasse que l’écho de la prise
de position d’autrui : dans ce cas une explication ÉCRITURE ET ORAL
aurait été la bienvenue. 6 On pourra choisir une interview neutre ou bien
reprendre les questions posées par la journaliste
Étude des images 2 et 3 à la compagne de Romain Attanasio.
5 Les femmes, sur ces deux photos, ne jouent 7 Une réponse négative semble s’imposer.
qu’un rôle secondaire. Leur présence n’est nulle- L’élève pourra convoquer les arguments trouvés
ment indispensable pour illustrer la dépêche lors des exercices.

ÉVALUATION Pages 152-153 du manuel

COMPÉTENCES DE LECTURE 3 (3 points) Le troisième paragraphe nous ren-


seigne sur la notoriété de la jeune athlète : « Marie-
Une du Parisien
Amélie Le Fur est en train de devenir la « poster
1 (2 points) L’ouverture des jeux paralympiques girl » du handisport français » ; sur son sponsor
n’occupe qu’une partie (environ le quart) de la Une « l’équipe sponsorisée par EDF » et sur la diffusion
du Parisien. Le difficile accès au logement pour les en direct – fait très rare – de sa course. Ces infor-
étudiants occupe la première place (pourcentage mations ont été reportées en troisième para-
de la page, place du sujet au centre de la Une, typo- graphe pour avoir plus de poids en annonçant
graphie très visible, choix de la couleur rouge pour d’abord l’exploit de la jeune sportive.
le titre). Le Parisien a visiblement estimé que le Le quatrième paragraphe nous raconte les cir-
sujet du logement estudiantin attirerait plus de constances de son handicap : « un grave accident
lecteurs que l’ouverture des Jeux paralympiques. de scooter en 2004 » qui a nécessité une ampu-
Pourtant, on peut rappeler que l’ouverture des tation. Il fait également son portrait : « elle est
Jeux olympiques des valides avait mobilisé l’at- jeune, belle, expressive et enthousiaste ».
tention de tous les journaux – en pleine Une pour Le paragraphe suivant retrace son parcours en
beaucoup d’entre eux (voir page 146). compétition avant et après son accident : « elle
pratiquait déjà l’athlétisme à un très bon niveau »,
Article du Monde
« Quatre mois seulement après son amputation,
2 (2 points) Le thème des deux premiers para- elle a recommencé à courir […] à partir de 2006,
graphes est la victoire de Marie-Amélie Le Fur. Le à seulement 16 ans, en compétition ». Le dernier
champ lexical des émotions est très riche : « l’at- paragraphe lui donne la parole.
tente » ligne 2 ; « anxieusement » ligne 3 ; « Elle Marie-Amélie Le Fur est présentée comme une
craint » ligne 4 ; « Un cri de joie déchire le stade » athlète de haut niveau dont le handicap n’est pas
ligne 6. Il s’agit d’augmenter l’intensité du texte, un aspect significatif.
© Editions Belin, 2013

de façon à rendre l’émotion plus perceptible par


le lecteur.

98
– sujet traité (réponse à la question) ;
4 (2 points) L’article se termine par les paroles – énoncé du point de vue de l’élève ;
de Marie-Amélie Le Fur, rapportées directement.
Cela permet de la montrer attentive aux autres et – rédaction du dialogue entre deux personnes ;
généreuse : « Mais le fait que ma course ait été – respect de la forme du dialogue : emploi des guil-
diffusée en direct va aider à envoyer une bonne lemets, alinéas ;
image du handicap en France. Tous les petits – utilisation d’arguments opposés (au moins au
enfants handicapés qui regardaient doivent savoir début du dialogue) pertinents ;
qu’ils peuvent faire du sport. » – devoir structuré ;
– style agréable pour le lecteur ;
Les deux documents
– utilisation de la langue (lexique, grammaire,
5 (1 point) La Une du Parisien présente les Jeux orthographe).
paralympiques en soulignant qu’ils s’adressent
à des sportifs différents des ceux qui concourent 6 b] On pourra préparer la rédaction demandée
pour les Jeux olympiques, alors que l’article d’Éric avec les élèves et définir avec eux les critères d’éva-
Albert décrit pendant deux paragraphes les joies, luation. Par exemple :
les espoirs, l’angoisse d’une athlète que rien ne – sujet traité (réponse à la question posée) ;
différencie des autres sportifs quant aux émo- – rédaction d’un article de journal ;
tions, à la préparation, à l’engagement. Éric Albert – respect des codes d’écriture journalistiques :
présente une athlète à part entière qui n’est pas titres, sous-titres, éventuellement ajout d’image,
définie seulement par son handicap. signature ;
– utilisation des documents de la séquence ;
COMPÉTENCES D’ÉCRITURE – pertinence des arguments et des exemples ;
(10 points) – devoir structuré ;
6 a] On pourra préparer la rédaction demandée – style agréable pour le lecteur ;
avec les élèves et définir avec eux les critères d’éva- – utilisation de la langue (lexique, grammaire,
luation. Par exemple : orthographe).

C A PA CIT É S E T AT TIT U D E S
Rédiger les questions d’une interview Pages 154-155 du manuel

Afin d’aider les élèves à suivre toutes les étapes du travail, vous pouvez leur proposer la grille ci-
dessous : ils pourront en cocher les éléments au fur et à mesure de la réalisation du projet.

Cocher quand
Étapes Critères
le critère est respecté

Lire les documents sur Usain Bolt et sur l’interview.


Connaître le genre Étudier les questions leur modalité. (Encart « analyser »)
de l’interview posées par le journa-
liste (encart « lire ») : leur organisation.
Choisir un sportif célèbre et se documenter sur lui.
© Editions Belin, 2013

Choisir son sujet


Décider de l’enjeu de l’article.

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 99
… Rédiger le premier jet d’une présentation originale en s’ins-
pirant, si besoin, de l’interview d’Usain Bolt.
Rédiger ses Écrire les questions à poser en les organisant.
questions
Être capable d’expliquer le choix de ces questions.
Choisir un titre pour cette interview.
présenter le sportif en une brève
introduction.
donner une vue globale de la per-
Relire l’article en
sonne par les questions posées.
binôme pour vérifier
Se relire et réécrire qu’il corresponde poser des questions cohérentes et
aux objectifs bien organisées.
suivants :
expliquer la raison des questions.
faire en sorte d’atteindre l’enjeu de
départ.

G RA M M AIR E
PHR ASE ACTIVE OU PAS SIVE, PHR ASE IMPERSONNELLE
Page 156 du manuel

1 La phrase est à la voix active. • Sa trajectoire est jalonnée d’émotions fortes,


– Voix passive : La dureté et l’énergie d’un homme d’accidents dramatiques, de coups (très) durs.
hors norme sont révélées par le regard d’acier, la
Texte b :
mâchoire saillante.
– Phrases actives
– Mode impersonnel : Il est dit que (ou il semble
• Le procès s’est tenu au tribunal d’Ostrava, en
que) le regard d’acier, la mâchoire saillante,
Moravie […]
révèlent la dureté et l’énergie d’un homme hors
• Le président tchèque, Vaclav Klauss, a jugé la
norme.
sentence exagérée et douté de son effet
Le sens de la phrase est modifié, le fait de chan-
dissuasif.
ger de voix ou de mode permet de mettre en valeur
• Les coupables n’ont pas exprimé de regrets sin-
des aspects différents du message. Dans la voix
cères et ont fait appel du jugement.
passive c’est l’objet de l’action qui est souligné,
dans la phrase impersonnelle, l’action compte – Phrases passives
plus que l’agent de l’action. • […] et le jugement a été rendu en octobre 2010.
• Des peines de vingt et vingt-deux ans de prison
2 Texte a : ont été prononcées.
– Phrases actives La voix active met l’accent sur le sujet de l’action,
• Les dons athlétiques du gamin de Plano (Texas) alors que la voix passive met l’accent sur l’action
attirent l’attention. elle-même. Dans le texte a, on voit bien que le Texan
• Face à la maladie le Texan se cabre. est acteur de sa vie, qu’il se prend en main, se bat.
• Il engage le combat dont il sort exsangue mais La voix passive permet de valoriser une autre
vainqueur. information que celle donnée dans la voix active.
– Phrases passives Dans le texte b, on rend la procédure plus imper-
© Editions Belin, 2013

• Il est sélectionné en équipe nationale avant de sonnelle en insistant sur la sentence qui en a
s’orienter vers le cyclisme. résulté.

100
3 – Verbes impersonnels sonnelle : tu me manques, et à la forme imper-
• Pourquoi faudrait-il s’excuser de vouloir vendre sonnelle : il manque un bouton à son manteau.
des journaux ?
• (Celui en gras :) Il s’agit d’abord de rendre compte 4 L’extrait réécrit à la forme impersonnelle :
– commenter – de ce qui se passe sous vos yeux. À 15 h 10, il semble qu’elle ait quitté le Louvre, et
– Verbes occasionnellement impersonnels traversé le jardin des Tuileries. Il semble qu’elle
• Il ne lui manquait que la disgrâce. se soit faite photographier par un photographe
Les verbes impersonnels ne peuvent être ambulant.
employés autrement que sous ce mode, alors que À 15 h 10, il y a une femme qui quitte le Louvre et
les verbes occasionnellement impersonnels qui traverse le jardin des Tuileries. Il y a une femme
peuvent être employés dans des phrases de forme qui s’est faite photographier par un photographe
personnelle, exemple : manquer à la forme per- ambulant.

l exiq u e
L A PRES SE Page 157 du manuel

1 Aujourd’hui, « canard », au sens figuré signifie un sujet donné » (P. de Commynes, Mémoires),
notamment « mauvais journal ». En revanche, dans 1886 : « renseignement ou information que l’on
le registre familier, on peut nommer une fausse porte à la connaissance d’un public » (Zola, Œuvre).
nouvelle « intox » par extension de son sens pre- – Définition : On acceptera toutes définitions : si
mier qui désigne le fait de diminuer le sens cri- elles sont citées d’un dictionnaire avec précision
tique commun en imposant une idée collective (source, présentation avec guillemets et ponc-
erronée. On invitera l’élève à donner des exemples tuation adéquate) ; si elles sont spontanées, mais
s’appuyant sur des références (voir la page qu’elles contiennent tous les éléments de la défi-
Repères p. 206) nition et qu’elles sont cohérentes.
– Différence entre « information » et « événement » :
2 Principaux titres indiquant la périodicité des l’élève confrontera les deux définitions pour trou-
titres de presse :
ver les différences, sachant qu’un événement
– quotidien : journal qui paraît tous les jours (Le
devient une information à partir du moment où il
Monde, Le Figaro) ;
est pris en charge par les médias.
– hebdomadaire : paraît toutes les semaines
(L’Express, Le Nouvel Observateur) ; 4 L’élève partira d’une des quatre nouvelles
– mensuel : paraît tous les mois (Alternatives Éco- proposées.
nomiques, Sciences et Vie) ; – Proposition de critères d’évaluation pour rédi-
– trimestriel (en anglais quarterly journal ou QJ) : ger l’article de dix lignes en partant d’une nouvelle
tous les trois mois (La Lettre Diplômatique, en trois lignes :
Interdépendances) ; • respecter les conventions de l’écriture
– des périodiques tels que les bimestriels, les journalistique :
semestriels, les annuels ou bisannuel sont plus – titres,
rares et les exemples ne sont pas représentatifs. – sous-titres,
3 « Information » – présentation en colonnes si possible,
– Étymologie : du latin informatio, « dessin, – phrases faciles à lire rapidement,
esquisse, idée, conception » ; 1495 : « action de – style plaisant (jeux de mots).
© Editions Belin, 2013

donner une forme » (De Gordon, Pratiq.), 1500 : au • développer les information trouvées dans les
pluriel. « ensemble de connaissances réunies sur nouvelles de Fénéon ;

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 101


• faire attention à l’orthographe (si besoin, don- 6 L’image représente un crocodile qu’on empêche
ner un point précis sur lequel être vigilant). de fermer la bouche au moyen d’un stylo. Le titre
« Permis de croquer » joue sur le sens du verbe
– Pour la brève en trois lignes en partant d’un
« croquer » qui signifie « mordre pour se nourrir »
court article :
et également « dessiner, faire un croquis ».
• choisir un article permettant ce type d’exercice
Cette initiative est née en 2006, dans le but d’ac-
(qu’il ne fasse pas plus d’une dizaine de lignes,
croître la connaissance des autres cultures, de
qu’il contienne assez d’information) ;
favoriser la réflexion sur la liberté d’expression
• synthétiser les informations essentielles ;
et de soutenir les journalistes travaillant dans
• respecter le style de Fénéon (conclusion ironique
des contextes difficiles.
contenant la chute de l’article, grande brièveté,
Ce jeu de mots met en valeur les faits que les
lexique plutôt soutenu) ;
journalistes dénoncent, pour lesquels ils prennent
• faire attention à l’orthographe (si besoin, don-
parfois des risques et par conséquent, les diffi-
ner un point précis sur lequel être vigilant).
cultés auxquelles certains d’entre eux sont
5 Pour hiérarchiser l’information, l’élève com- confrontés (captures, emprisonnements,
mencera par caractériser trois types de lectorats menaces, voir la séquence 11).
aux valeurs très différentes, ensuite, il fera la liste L’affiche donne également des informations pra-
des principales rubriques pour lesquelles il ima- tiques (dates et lieu), nomme les partenaires et
ginera quelques titres en s’aidant, si nécessaire, le mouvement qui est à l’origine de cette initiative
de l’actualité. Il devra justifier ses choix. (Cartooning for peace).

HISTOIR E D ES A RTS
Marie-Amélie Le Fur, championne paralympique Page 159 du manuel

Cette affiche fait partie d’un vaste ensemble conçu à travers différentes initiatives en lien avec la ville
à l’occasion des Jeux Olympiques de Londres 2012 de Londres et les Jeux.
pour illustrer le slogan « Les athlètes sont la Ce partenariat illustre par ailleurs l’engagement
lumière des Jeux. Nous sommes fiers de les éclai- d’EDF dans le sport. En France, le Groupe soutient
rer. EDF fournisseur officiel d’électricité de London le Comité National Olympique et Sportif Français
2012 ». Dans le dossier de presse du groupe pré- (CNOSF) et les sports d’eau à travers les Fédéra-
sentant sa campagne figurent les points suivants : tions Françaises de natation, d’aviron, de canoë
« EDF est le partenaire officiel et le fournisseur kayak, ainsi que la Fédération Française
officiel d’électricité des Jeux Olympiques et Para- Handisport.
lympiques de 2012 à Londres. Investi dans le sport de haut niveau, EDF accom-
En soutenant les Jeux de London 2012, le Groupe pagne, à travers le Team EDF, les exploits sportifs
conforte sa place de 1er producteur d’électricité d’athlètes de plusieurs disciplines. Le Team EDF
bas carbone au Royaume-Uni, avec plus de rassemble 36 athlètes européens, dont 30 sont
15 000 salariés et une présence industrielle forte. sélectionnés pour les Jeux Olympiques et Para-
L’engagement d’EDF dans les Jeux de 2012 à lympiques de London 2012 et dont 17 sont salariés
Londres répond à un objectif clair : profiter de cet d’EDF.
événement mondial pour développer la notoriété Un sponsoring à l’image du Groupe, entre valeurs
© Editions Belin, 2013

de sa marque à l’international et valoriser l’inno- de respect, de solidarité, d’esprit d’équipe et de


vation et l’expertise d’EDF, 1er électricien mondial, performance. Un partenariat qui illustre

102
l’engagement d’EDF dans le développement Marie-Amélie Le Fur est présentée comme un per-
durable. » sonnage d’exception qui jaillit de la brume, mise
Ce document met ainsi l’accent sur le statut inter- en lumière par EDF, concentrée sur son but, réa-
national du groupe, sa puissance en terme de lisant le mouvement dans sa perfection. Elle en
production, le nombre important de ses salariés, devient presque surhumaine en évoquant une
la première place qu’il revendique. Il insiste éga- figurine déréalisée.
lement sur son soutien au monde du sport et au
respect de ses valeurs, communes à l’entreprise 3 Les couleurs utilisées rappellent le sable de
comme aux sportifs. Il ajoute son engagement en la piste et les flashes jaunes, voire dorés des pho-
faveur du développement durable. La campagne tographes, immortalisant l’athlète dans l’élan de
présente des photos de sportifs participant aux son départ (on voit les starting-blocks). Elle appa-
Jeux olympiques et paralympiques, c’est évidem- raît ainsi auréolée d’une lumière toute artificielle
ment une de ses forces. – électrique – sous les feux de la rampe, comme
au spectacle. Devant elle se trouve une zone bleu-
L’impression immédiate tée vers laquelle elle paraît canaliser toute son
énergie : le spectateur associera au fabricant
1 Il n’est pas question ici de fournir des réponses d’énergie électrique dont le logo est également
toutes faites : la question s’adresse à la percep-
bleu. La sportive apparaît comme portée par un
tion des élèves. Ils auront peut-être privilégié
souff le qui l’accompagne tout en étant isolée dans
l’énergie qui se dégage de l’image, ils auront
une bulle de lumière.
peut-être été influencés par la lumière qui
auréole l’athlète, ils auront peut-être privilégié 4 La championne n’est pas mise en valeur que
les teintes bleu et or. Certains auront remarqué par le décor (rien d’autre qu’elle et la piste n’appa-
que la championne courait pour les Jeux para- raissent, le reste étant masqué, flouté). Elle est
lympiques, d’autres non. également valorisée par son mouvement et par
son expression. Sa gestuelle approche la perfec-
L’analyse de l’affiche tion : bras et jambes sont pliés ou tendus de façon
2 L’ensemble de l’affiche attire l’attention sur les symétrique, l’inclinaison de son corps indique sa
objectifs de communication de la firme EDF : il s’agit vitesse, l’énergie de son visage (bouche serrée,
d’une campagne publicitaire à l’occasion des Jeux yeux concentrés) montre de manière éloquente
olympiques de Londres en 2012. Pour situer plus sa volonté de vaincre.
clairement dans l’espace, EDF a choisi d’écrire Lon-
don et non Londres (un moyen simple de convoquer 5 La campagne met en valeur les athlètes, qu’ils
l’internationalisme de l’entreprise). soient valides ou handicapés. EDF en profite pour
Le texte qui figure sous la photographie en blanc souligner qu’il est fournisseur officiel des Jeux,
est tout petit, il nomme la championne ainsi que ce qui signifie qu’il fournit l’énergie nécessaire,
les titres qu’elle détient. Figurent ensuite, dans un comme celle que les champions mettent en œuvre.
bandeau blanc, des capitales bleues (de la couleur Un parallèle s’établit entre ces deux sortes de
du sigle EDF, pour souligner la parenté entre l’an- champions : celui de l’électricité et ceux de cer-
nonceur et son sujet) vantant les athlètes avec la taines disciplines et cela met l’entreprise sur le
métaphore « lumière des Jeux », indiquant la même plan que les sportifs : au niveau de résul-
parenté entre le fournisseur d’électricité et les ath- tats d’exception.
lètes (la capacité de produire de la lumière). Il y a
donc un jeu de mots (lumière/éclairer) qui met en La mise en contexte
évidence le rôle joué par la firme qui participe à 6 Il est aisé de trouver d’autres exemples de spor-
mettre en lumière les champions. tifs photographiés dans le cadre de la même cam-
On trouve ensuite une adresse internet en lettres pagne. On y trouve des champions valides ou
orangées. Enfin, en lettres noires de dimensions handicapés. Voici ce que déclare l’entreprise dans
très réduites, un slogan à portée écologique son dossier de presse de juillet 2012 : « La cam-
« l’énergie est notre avenir, économisons-la ! » qui pagne d’affichage, déployée massivement à
© Editions Belin, 2013

semble faire état des préoccupations de dévelop- Londres et à Paris ainsi qu’en presse nationale et
pement durable de l’entreprise. internationale, est composée de 10 visuels réalisés

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 103


par le photographe américain Carlos Serrao. Elle 8 Dans l’article, il serait bon de reprendre les
met en lumière de manière spectaculaire des ath- différents points étudiés. On peut y ajouter l’habi-
lètes du Team EDF présents aux Jeux Olympiques leté de la firme à intégrer la différence et l’adresse
et Paralympiques ». Les photos (10 champions dif- avec laquelle elle présente valides et handicapés
férents) sont toutes conçues selon les mêmes codes à l’intérieur d’un même ensemble, selon les
de lumière et de décor : l’athlète est seul à l’image, mêmes codes de représentation. On peut souli-
dans les mêmes teintes bleu et or (couleur de la gner que cette campagne s’appuie sur un parte-
couronne et de la gloire). nariat entre EDF et des sportifs de haut niveau
qui sont sponsorisés, le Team EDF. C’est une pre-
7 Inviter l’élève à imaginer le texte de la com- mière dans le domaine de la publicité, particuliè-
mande oblige à considérer le cahier des charges
rement par la figuration d’athlètes valides comme
auquel a dû répondre le photographe. On attend
de handicapés.
de l’élève qu’il fasse la synthèse des différents
points étudiés (couleurs bleu et or obligatoires, On pourra également revenir sur l’aspect com-
athlète isolé, énergie et mouvement, impression mercial de l’affiche qui permet de mettre EDF en
d’exploit, tension du corps, etc). valeur.
© Editions Belin, 2013

104
Séquence 10
Comment la catastrophe de Fukushima
a-t-elle été traitée par les médias ?
Pages 160 à 175 du manuel
Introduction au travail sur la séquence
Objectifs
– Distinguer l’information (il s’agit d’un événement d’intérêt général rendu
public par les médias), le commentaire (qui est un jugement personnel du jour-
naliste, par opposition à l’information objective), la prise de position (c’est la
théorie que l’on décide d’adopter).
– S’interroger sur le contexte de production d’une information, identifier
les sources.
– Décoder les effets visuels dans la mise en scène de l’information.
– Différencier :
• le champ journalistique : qui contient le reportage
• le champ linguistique : qui contient le lexique : objectivité / subjectivité ;
lexique de l’information et des médias ; énonciation
– Être un lecteur actif, capable d’exercer son sens critique et distancié de
l’information.
Bibliographie
Michaël Ferrier, Fukushima, récit d’un désastre, « Folio », Gallimard, 2013.
Cette séquence croise deux questions, d’une part : « Les médias disent-ils la
vérité ? », et d’autre part « Comment s’assurer du bien-fondé d’une information ? »
Ces interrogations s’appuient sur l’étude du traitement médiatique de la catastrophe
de la centrale nucléaire de Fukushima.
Pour répondre à ces deux questions, les élèves confronteront les diverses
sources présentées et pourront lire les analyses des critiques en charge de l’étude
des médias (notamment sur le site d’Arrêt sur image, ASI).
Bien entendu, la réponse à la première question ne peut être une simple négation
ou affirmation. Elle sera à formuler en cherchant de quelle vérité les médias se font
l’écho et en fonction de quels critères. Quant à la seconde réponse, les élèves pourront
par leur pratique (confrontation de sources différentes et parfois opposées) y apporter
une réponse pragmatique, puisque la séquence propose des supports variés :
Articles publiés dans un quotidien : 20 Minutes, p. 164
Article publié dans un magazine : Politis, p. 164
Article publié dans un magazine : Télérama, p. 168
Dépêche : AFP, p. 163
Dessin de presse : Plantu, p. 165
Site d’analyse des médias : Arrêt sur Image, p. 166 (2 occurrences)
Blog scientifique : L’Atelier des icônes, p. 169
Photos de quotidiens : Le Parisien, p. 162 – Daily News, p. 162 – Le Figaro, p. 167
– Le Monde, p. 167
Photos de magazines : Le Nouvel Observateur, p. 168 – Stern, p. 168 –
© Editions Belin, 2013

Le Point, p. 168
Ouvrage consacré à la presse : Les Mots de la presse écrite, Belin, p. 162

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 105


SÉANCE 1 Comment les Unes des journaux
mettent-elles en scène une information ?
Pages 162-163 du manuel

Le Parisien, Daily News, Unes du samedi 12 mars LECTURE


2011. Cette séance propose l’étude de deux Unes
Étude des deux Unes
datées du 12 mars 2011, d’une définition du rôle
de la Une et d’une dépêche AFP, transmise au tout 1 Ces deux journaux rendent compte du trem-
début de la catastrophe. blement de terre ayant entraîné un tsunami au
On pourra y adjoindre d’autres Unes ayant choisi Japon le 11 mars 2011. Il est à noter que le 12 mars
un angle différent, par exemple celle du Calgary les conséquences nucléaires ne sont pas encore
Sun. Elle montre un soldat portant un vieillard, sur évoquées. À ce moment-là, la presse mondiale
un fond de ruines. Celle du Bild du 12 mars 2012, rend compte de ce qui apparaît encore comme
ou encore les différentes Unes de Libération du 12 une catastrophe naturelle, car elle n’a pas encore
au 21 mars 2011, qu’il n’a pas été possible de repro- le recul nécessaire pour connaître l’ampleur réelle
duire dans le manuel. Dans ces journaux, on pourra de la catastrophe et des conséquences des dégâts
comparer une progressive prise de conscience, rela- causés à la centrale nucléaire.
tive à l’événement et à sa dramatisation.

2 Pour améliorer la lisibilité, chaque information fait l’objet d’une ligne séparée.
Titre Le Parisien Daily News

Pays France États Unis

Date 12 mars 2011 12 mars 2011

Information principale Le tremblement de terre suivi d’un Une catastrophe naturelle démesurée,
tsunami au Japon. dont on ne sait rien de plus.

Texte La vague meurtrière Hell on earth

Image Trois images représentent l’impor- Une seule image occupe la première
tance des dégâts. page. L’unique photo, par sa vue en
plongée et son mélange des éléments
(eau, terre, feu) donne une impression
de fin du monde. Aucun humain n’est
présent.

Rapport entre texte et Les photos et le texte éclairent ce qui Le texte court, formulé comme une
image apparaît encore comme une catas- sentence accentue l’impression de fin
trophe naturelle. du monde que donne la photo choisie.

Autres informations Six autres sujets secondaires sont Un autre sujet dans la rubrique des
annoncés et entourent les photos sports.
centrales, ainsi qu’une information
interne et un encart publicitaire.

Impressions produite sur Sans négliger l’aspect dramatique de La dramatisation de l’information est
le lecteur par la Une l’événement, Le Parisien, par son choix censée attirer l’attention du lecteur et
des trois photos et d’un texte relative- susciter un sentiment de peur.
ment sobre et de l’entourer d’autres
© Editions Belin, 2013

informations, présente une version


plus relative et plus en contexte

106
Étude de la définition Quelques mots appartenant au champ lexical de
la contre-vérité : mensonge, duplicité, fiction,
3 Serge Bénard montre l’importance de la Une, fausseté, invention, faux-semblant, hypocrisie,
vitrine d’un quotidien ou d’un magazine. Selon
lui, c’est elle qui séduit « le lecteur occasionnel » apparence, tromperie.
et l’amène à l’achat. C’est cela qui va permettre On acceptera toute proposition répondant à la
d’attirer de nouveaux lecteurs et de fidéliser les consigne, pourvu qu’elle soit justifiée.
lecteurs habituels.

Étude de la dépêche ÉCRITURE ET ORAL


4 La dépêche AFP est lacunaire car elle tient sur 6 « Hiérarchie : Classement de l’information
quelques lignes, mais l’importance de l’événe- selon l’importance qu’on lui attribue dans une
ment est noté : « le plus fort jamais enregistré ». publication donnée. Dans une publication, quelle
Ses conséquences ne sont pas encore mesurables qu’elle soit, la hiérarchie de l’information est sou-
et la dépêche fait preuve de prudence « […] pour mise à la double contrainte du lectorat et des ren-
l’instant ». trées publicitaires. » Serge Bénard, Les Mots de
Les rédactions ont dû rechercher davantage d’in- la presse écrite, Belin, 2002
formations auprès des agences de presse japo- À la définition conventionnelle tirée du diction-
naises et de leurs correspondants locaux. Elles naire, on attend que l’élève la relie à cette notion
ont dû également acheter des photos. Puis les de hiérarchie spécifique à l’information. Il devra
journalistes ont décidé de l’importance qu’ils la déceler dans le corpus étudié en justifiant ses
allaient donner à l’événement et peut-être ont-ils hypothèses par des arguments et des exemples.
modifié la maquette du journal en fonction de Le but de cet exercice étant également d’organi-
cette actualité. Il a fallu chercher un angle d’at- ser des notes servant à un exposé oral (lisibilité,
taque, demander à leurs collègues de « couvrir » synthèse).
l’événement et de rédiger des articles en fonction
de la place qu’ils lui attribuaient.
7 La réponse à cette question devra intégrer :
– la composition générale des Unes ;
5 Quelques mots appartenant au champ lexical – la présence ou non d’autres informations ;
de la vérité : sincérité, exactitude, justesse, – les sentiments suscités par les supports (hor-
authenticité, réalité, certitude, droiture, reur, pitié…) et la plus ou moins grande
transparence. dramatisation.

SÉANCE 2 Le journaliste n’est-il qu’un simple


relais d’information ? Pages 164-165 du manuel

Cette séance propose de confronter un article LECTURE


daté du 12 mars 2011 – très prudent dans le trai-
Étude du premier article
tement de l’information – un article polémique
permettant de réfléchir à l’importance de la for- 1 L’article du site du journal gratuit 20 minutes
mulation des questions des journalistes et un présente l’état des informations obtenues sur le
© Editions Belin, 2013

dessin de presse. réacteur nucléaire de Fukushima après le trem-


blement de terre et le tsunami. Ces informations

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 107


sont peu nombreuses et soumises à des questions réfléchies. L’utilisation de l’impératif « ne mani-
multiples. pulons pas les peurs » et du présent : « il faut »
L’article cite les sources des citations effectuées appuient l’injonction. Par ailleurs le lexique utilisé
et les inclut dans le texte ; il s’agit de l’autorité est général et imprécis. Il ne traite pas du sujet
du sûreté nucléaire et parfois du directeur des évoqué si ce n’est de manière détournée : « récu-
centrales Thomas Houdre et du quotidien 20 pérer l’expérience », « leçons à prendre », « rester
minutes.fr : ouvert », « tout est à construire », « le système
ASN lignes 1 et 4 ; 13 à 17 ; 22 à 24 français ».
Thomas Houdre lignes 5 et 6 ; 7 à 12 ; 18 et 19 ; 20 Il semble qu’elle cherche à calmer l’opinion en
et 21 dénonçant l’affolement irrationnel des Français
qui seraient victimes d’une presse partielle qui
2 Les paroles rapportées sont introduites par « manipule » leurs craintes. Elle développe cette
des verbes qui les modalisent et les
idée en créant un parallèle entre « l’énervement
contextualisent :
[…] français » et « l’extraordinaire sang-froid [des]
– ligne 1 « estime »,
Japonais ». Cette insistance quasi emphatique
– ligne 6 « explique »,
donne l’impression que c’est elle qui donne une
– ligne 13 « admet »,
réponse subjective dans laquelle elle cherche à
– ligne 22 « assure ».
imposer sa vision.
L’auteur de l’article rapporte le point de vue de
spécialistes sans donner son point de vue per- Étude du dessin
sonnel sur cet événement qu’il est encore difficile
de mesurer à ce moment-là.
6 Plantu dessine, en parallèle, deux présenta-
tions de météo nationales au Japon et en France.
Étude du second article Le stress de la présentatrice japonaise est repré-
senté par quelques gouttes de sueur au dessus
3 L’article de Politis est polémique. Le titre de sa tête ; elle montre les principales centrales
« Quand France 2 roule pour le nucléaire » dénonce
nucléaires et notamment celle de Fukushima.
la partialité du journal du 20 heures de cette
L’état de la météo crée un jeu de mots : « des petits
chaîne pour rendre compte de l’événement.
nuages » sur le temps et sur le nuage radioactif
4 La question fermée de David Pujadas ne pou- qui se déplace. Un nuage pointillé passe d’une
vait qu’entraîner une réponse affirmative, fondée carte à une autre suggérant une contamination
sur une opinion. On peut imaginer qu’une ques- nucléaire possible. La présentatrice française ne
tion ouverte aurait davantage informé le specta- dit rien des symboles du nucléaire qui ont envahi
teur. Pourtant la réponse d’Anne Lauvergeon la France. Elle semble joyeuse. En témoignent le
apporte des explications que le journaliste n’avait point d’exclamation, les notes de musique et sa
pas sollicitées. phrase « c’est le printemps » au-dessus de sa tête.
« là-dessus » se réfère à l’inondation possible Ce dessin dénonce le manque de moyens japonais
d’une centrale nucléaire. L’expression volontai- et l’insouciance et la désinformation française
rement neutre évite de nommer le risque nucléaire quant au nucléaire.
qui peut eff rayer.
« On » se réfère à ceux qui sont capables de com-
parer « le sang-froid » japonais et « l’énervement » ÉCRITURE ET ORAL
français, comme Anne Lauvergeon elle-même.
7 La formulation de la question, par l’utilisation
5 La peur évoquée est celle du nucléaire et de du singulier « le journaliste » et la négation « n’est-
ses risques. Le pluriel utilisé semble amoindrir il quʼun simple relai » appellent bien entendu une
les sentiments, car « la peur » est sans doute plus réponse négative. On attend une réponse mesu-
facile à combattre que « les peurs », plurielles, rée de la confrontation du travail des quatre jour-
plus vagues et de ce fait relatives. D’ailleurs, elles nalistes (Mickaël Bosredon, David Pujadas, Erwan
sont qualifiées de « primaires », c’est-à-dire non Manac’h, Pauline Graulle, Xavier Frison).
© Editions Belin, 2013

108
SÉANCE 3 À quelles conditions peut-on
informer « véritablement » ? Pages 166-167 du manuel

Cette séance présente deux articles issus du site Si France 2 noie cette information capitale en hié-
d’analyse des médias Arrêt sur images, et deux rarchisant de façon très discutable les reportages
articles dont seuls les titres et les photos sont présentés ce jour-là, la dépêche AFP est claire
étudiés. Elle propose un approfondissement de mais peu développée. Rue89 informe, analyse et
la réflexion commencée lors de la séance précé- commente. Le site ASI met en lien les divers
dente en montrant l’importance du recours aux médias cités.
sources croisées pour accéder à une meilleure
information et la nécessité du décryptage effec-
3 Le journal de 20 heures de France 2 a considéré
que les deux reportages montrant Anne Sinclair
tué par des organes d’analyse des médias.
étaient plus importants – plus vendeurs, ou moins
dérangeants – que l’information sur la fusion par-
tielle des trois réacteurs. Le site Arrêt sur images
LECTURE permet de comparer différentes sources que le
lecteur seul n’aurait peut-être pas consultées et
Étude du premier extrait
apporte une réflexion sur la façon dont les médias
1 Cette question vise à vérifier la compréhension traitent l’information.
de l’article. Il rappelle un certain nombre de faits :
« les cœurs des réacteurs n° 1, 2 et 3 de la centrale Étude du second extrait
de Fukushima ont fondu. Plus grave, la cuve du
réacteur n° 1 est trouée », lignes 3 et 4. Ces infor-
4 Pour cet article, les médias portaient une
attention excessive à « l’aff aire DSK » ligne 2, qui
mations sont « capitales » puisqu’elles montrent « sature l’espace médiatique français » lignes 2
l’importance de la catastrophe. Elles ont été four- et 3, mais cette explication n’est pas suffisante.
nies par l’opérateur de la centrale nucléaire Tepco. À cela s’ajoute qu’une dépêche AFP datée du 12
On peut penser qu’elles ne cherchent pas à alar- mai n’a pas été prise en compte et que les médias,
mer en vain. y compris Arrêt sur images, n’ont pas su l’analy-
2 Trois médias sont cités : un journal télévisé : ser. La citation de cette dépêche montre qu’il était
« Un reportage de quelques minutes, au 20 heures difficile de comprendre l’importance de l’accident,
de France 2 », ligne 6 ; une agence de presse : car l’opérateur avait employé des termes volon-
« Mardi 17 mai, une dépêche AFP », ligne 12 ; un tairement banals : « de nouveaux problèmes, dont
article en ligne : « comme l’explique un article une fuite (…) et le déversement d’eau contaminée
d’analyse de Rue89 », ligne 17. dans l’océan. » Lignes 5 à 7.
Le journal de 20 heures de France 2 a relayé très
rapidement cette information, sans lui accorder Étude des photos de presse
beaucoup d’importance : « Un reportage de 5 Le titre du Figaro insiste sur la gravité de la situa-
quelques minutes, au 20 heures de France 2, sur tion à Fukushima et montre une photo de la centrale.
l’évolution du pompage de l’eau contaminée, Néanmoins si l’article comprend un sous-titre alar-
coincé entre deux directs avec New York, où il mant « une eau fortement contaminée » il est accom-
fallait suivre en direct l’arrivée d’Anne Sinclair au pagné d’un encart comparant les cancers causés
procès de son mari […] », lignes 5 à 8. La dépêche par la centrale de Tchernobyl et ceux qui seront
AFP incrimine les réactions de Tepco : « le com- causés par Fukushima et se veut rassurant sur ce
bustible nucléaire […] avait vraisemblablement point : « moins de cancers qu’à Tchernobyl. »
fondu, faute d’avoir été immergé durant plusieurs Le Monde se focalise sur la montée de la contes-
heures après la catastrophe », lignes 15 à 17. tation du nucléaire par les Japonais et illustre
D’après cet article, seul Rue89 explique de façon l’article par une photographie de femmes ayant
© Editions Belin, 2013

claire l’aggravation de l’état de la centrale mais collé sur leurs visages un papillon signalant leur
révèle surtout qu’elle a été tue par Tepco. opposition au nucléaire.

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 109


Ces deux quotidiens s’interrogent sur les consé- laquelle les journalistes ont à enquêter pour que
quences de la catastrophe mais, là où l’un se veut le public soit informé.
rassurant sur les conséquences sanitaires, l’autre
enquête sur l’opposition nippone au nucléaire.
Le premier analyse les suites d’un point de vue ÉCRITURE ET ORAL
matériel et le second d’un point de vue plutôt
humain. 8 La première séance montrait la mise en œuvre
d’une plus ou moins grande dramatisation, la
Mise en relation des documents seconde séance l’importance du croisement des
sources pour les journalistes.
6 Les titres de ces deux articles montrent que De cette séance on attend que les élèves aient
ces journaux ne s’en tiennent pas totalement aux
retenu l’importance du croisement des informa-
discours médiatiques convenus mais recherchent
tions pour le lecteur qui veut se forger une opinion
une vérité des faits au-delà des propos de Tepco.
sur un événement et l’intérêt des médias proposant
Les médias semblent donc regarder plus attenti-
une analyse de l’information, comme Arrêt sur
vement ce qui se passe à Fukushima que ce que
image ou Rue 89 (pour la séance précédente).
Arrêt sur images dénonce – tout au moins le 18
On peut donc retenir comme conditions pour s’infor-
et le 19 mai 2011.
mer « véritablement », de la part du journaliste, un
7 On acceptera toute réponse justifiée ; il est effort pour ne pas parasiter ses propos par une
possible par exemple de choisir les mots « appa- dramatisation des événements et la nécessité de
rence », « exactitude », « fiction », « réalité ». croiser ses sources pour mieux informer son lec-
Les documents étudiés montrent l’importance de teur. Pour ce dernier, on peut retenir l’importance
la recherche de « l’exactitude » des faits au-delà de la réflexion née de la confrontation entre diffé-
de « l’apparence » d’une information officielle qui rents médias et le recours aux sites d’analyse de
peut créer une « fiction » loin de la « réalité », sur l’information.

ÉVALUATION Pages 168-169 du manuel

L’évaluation montre le traitement d’un même cliché Texte 1


utilisé par les médias du monde entier. Il s’agit 2 (2 points) Pour Laurent Abadjian, ce cliché pré-
d’une photographie de Tadashi Okubo pour le jour- sente bien des qualités. Tout d’abord il permet « la
nal Yomiuri Shimbun, prise le samedi 12 mars 2011 représentation d’un tel cataclysme […] » pour le
dans la ville d’Ishinomaki (16 000 habitants avant lecteur lointain (ligne 2). Par ailleurs, cette photo
la catastrophe). ne fait preuve ni de « sensationnalisme », ni de
« de voyeurisme », ni « d’indécence », lignes 4 et
5. Elle fait appel à la « compassion » et permet « de
COMPÉTENCES DE LECTURE s’identifier aux acteurs du drame », lignes 8 à 10.
De plus cette photo présente un sujet aux qualités
Trois couvertures de magazines esthétiques évidentes : « La jeune fille est jolie,
1 (1 point) Il n’y a bien sûr pas de réponse unique son attitude est d’une grande quiétude, son
attendue. On attend que l’élève justifie son point regard dit son désarroi avec pudeur. » Lignes 11
© Editions Belin, 2013

de vue par des éléments visuels et par les titres à 13. La photo a une valeur universelle : elle montre
des journaux. la « fragilité » et la « vulnérabilité » (lignes 13 et

110
14) des humains face aux catastrophes naturelles. de la question, on acceptera toute réponse
Enfin cette photographie est porteuse d’espoir argumentée.
puisque la « jeune fille est vivante » ligne 16.
À travers l’analyse de la photo, Laurent Abadjian, Texte 2
décrit ce que les rédactions recherchent « en prio- 4 (2 points) Après avoir analysé la photographie
rité » (ligne 1) dans une photographie : fondée sur un antagonisme entre « la brutalité du
– elle permet la représentation de l’évènement ; chaos ou de la mort mis en évidence par la douleur
– elle évite de choquer, surtout s’il n’y a rien à du personnage féminin », lignes 2 et 3 et l’aspect
dénoncer ; convenu du sujet choisi « veuve, mère ou fille, soit
– elle permet l’identification du lecteur à un des la victime par excellence », ligne 3, André Gunthert
acteurs de drame ; pose une question, selon lui, rhétorique : « La pho-
– elle présente des qualités esthétiques ; tographie peut-elle continuer à faire passer pour
– elle a une valeur universelle ; du reportage ce qui relève des règles de l’illustra-
– elle est porteuse d’espoir. tion ? » Bien entendu la réponse pour André Gun-
thert est négative et la photo se trouve ainsi
3 (2 points) Pour Laurent Abadjian, une couver- reléguée au simple rôle d’illustration (qui accom-
ture doit susciter des sentiments chez le lecteur : pagne un texte) et non à celui d’informer. Elle oblige
« faire appel à la compassion », lignes 8 et 9, per- le lecteur à se poser la question : « que m’apprend
mettre une identification du lecteur avec un acteur cette photo ? » Force est de constater que la réponse
du drame ; la couverture doit « informer » mais ne peut être que : « Rien », au-delà de considéra-
aussi « séduire », ligne 10. Pour la seconde partie tions esthétiques ou marchandes.

Photographie
5 (2 points). La photographie présentée page 161 est elle-même un extrait (comme la légende
l’indique).

Cliché de Tadashi Le Nouvel


Stern Le Point
Okubo page 161 Observateur
Cadrage – recadrage sur la – recadrage latéral – recadrage important : – recadrage très
jeune femme et sur – même cadrage coupes essentiellement important : coupes
les débris qui que page 161 latérales latérales et verticales
l’entourent – plan moyen – plan moyen, plus – plan rapproché sur
– plan moyen – format : paysage resserré sur la jeune haut du corps et
– format : paysage fille visage
– format : portrait – format : portrait
Élément La jeune fille La jeune fille La jeune fille La jeune fille
central
Second plan Amas de décombres Amas de décombres Tronqué Tronqué
Arrière-plan Décombres, Tronqué Tronqué Tronqué
végétation
Titre Spécial Japon Japans Tragödie La chute d’un géant
L’onde de choc
Traitement Le magazine pro- Six photos de du Japon La jeune fille est
de pose un numéro sinistré sont présen- mise en lien avec le
l’information centré sur le Japon et tées en couverture destin du Japon dont
principale une réflexion sur elle se fait
l’avenir du nucléaire. l’allégorie.
(c’est le thème de
l’un des sous-titres)
Le drapeau japonais
© Editions Belin, 2013

apparaît en transpa-
rence sur le cliché.

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 111
…Autres En lien avec le sujet : Herbert Grönemeyer – Médicaments Le
informations « Peut-on sortir du rapport choc de
nucléaire ? » Bernard Debré et
Sans lien : « Échec Philippe Even.
scolaire : les – Édition : Gallimard
solutions » raconte Gallimard
– Tourisme spécial
Italie 24 pages
Les magazines présentent des cadrages de la photo qui accentuent la solitude de la jeune fille, son désar-
roi, son dénuement. La dramatisation la plus importante est opérée par Le Point, qui affiche par ailleurs
plus de sujets sans lien avec Fukushima.

Ensemble des documents – utilisation des trois couvertures ;


6 (3 points) Cette question demande une reprise – analyse des couvertures ;
des éléments de la question 4, complétés par – arguments à l’appui du choix effectué ;
l’analyse des propos de Laurent Abadjian (ques- – style agréable pour le lecteur ;
tions 2 et 3). Le recadrage systématique de la – utilisation de la langue (lexique, grammaire,
photo par les couvertures de magazines accentue orthographe).
l’aspect illustratif de la photo.
7 b] On retiendra essentiellement :
– utilisation des pistes de travail et les consignes
COMPÉTENCES D’ÉCRITURE
proposées par le sujet ;
(8 points)
– sujet traité ;
7 a] On pourra préparer la rédaction demandée – devoir structuré ;
avec les élèves et définir avec eux les critères – arguments utilisés ;
d’évaluation ; par exemple : – style agréable pour le lecteur ;
– sujet traité ; – utilisation de la langue (lexique, grammaire,
– devoir structuré ; orthographe).

C A PA CIT É S E T AT TIT U D E S
Rédiger une lettre ouverte sur l’évolution du climat
Pages 170-171 du manuel

Afin d’aider les élèves à suivre toutes les étapes du travail, vous pouvez leur proposer la grille ci-
dessous : ils pourront en cocher les éléments au fur et à mesure de la réalisation du projet.

Cocher quand
Étapes Critères
le critère est respecté
lire la définition de la lettre ouverte dans l’encart
« lire »
l’auteur.
S’informer sur le genre
journalistique proposé lire l’exemple dans à qui elle s’adresse.
l’encart « se docu-
pourquoi.
© Editions Belin, 2013

menter » et identifier :
quel est son enjeu.

112
… l’analyse de ses causes.
Choisir son sujet (s’in- un exemple de conséquence.
choisir un thème en
former, choisir les
lien avec le réchauffe- un exemple de mesure à
sources, sélectionner
ment climatique, en prendre.
les informations, voir
étant capable d’expli-
page 174 : « Travailler le public à qui ce sera
quer également :
avec les TICE ») adressé.
pour quelles raisons.
que le texte corresponde aux
critères de la lettre ouverte.
que la thématique corres-
rédiger le premier jet ponde au sujet.
et se relire en binôme
afin de vérifier : que la documentation soit
Se relire et réécrire
utilisée pertinemment.
que la lettre soit
convaincante.
si nécessaire, modifier la lettre en fonction des
remarques faites.
saisir sa lettre et la mettre en page.
Présenter sa production
l’illustrer au moyen d’image(s) pertinente(s).

G RA M M AIR E
L A COHÉRENCE TE X TUELLE, LES MOTS DE REPRISE Page 172 du manuel

1 Mots de reprise (la nature des mots est mar-


dangereuse. Les réacteurs sont des grosses cuves
quée entre parenthèses) :
dans lesquelles se trouve le combustible radioac-
– reprise nominale : du drame (article partitif),
tif, les réacteurs sont très abîmés. Le combustible
Sa fonction (déterminant possessif), ces deux
chauffe toujours et le fait que le combustible
fonctions (déterminant démonstratif), son atti-
chauffe toujours pourrait provoquer de nouvelles
tude (déterminant possessif), son regard (déter-
explosions. Tous les jours, 500 tonnes d’eau de
minant possessif), son désarroi (déterminant
mer sont versées sur la centrale, pour refroidir
possessif), sa fragilité (déterminant possessif),
les réacteurs. À l’intérieur de la centrale, des tech-
sa vulnérabilité (déterminant possessif).
niciens tentent de refroidir les réacteurs et de
– reprise pronominale : la regarde (pronom
reboucher les failles des réacteurs. Au Japon, les
personnel).
techniciens sont considérés comme des héros.
On remarque qu’il y a surtout des reprises nomi-
Chaque jour, les techniciens risquent leur vie pour
nales. Dans la mesure où elles sont employées
réparer la centrale nucléaire de Fukushima. Les
avec un synonyme ou une périphrase, cela permet
techniciens doivent être prudents car les doses
d’apporter plus de précision au texte.
de radioactivité à l’intérieur de la centrale
2 Le texte dont on aurait souligné ce qui pose nucléaire de Fukushima sont très élevées et les
problème pourrait être : doses de radioactivité peuvent provoquer de
La centrale nucléaire de Fukushima a été dévas- graves maladies. Des robots devraient prochai-
© Editions Belin, 2013

tée par le tsunami du 11 mars 2012. La centrale nement leur venir en aide : des robots pourront
n u c l é a i r e d e F u k u s h i m a c o n t i n u e d ’ê t r e s’aventurer sans risque.

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 113


Une réécriture possible : buts. Or, si l’on regarde plus attentivement, on voit
La centrale nucléaire de Fukushima a été dévas- la détresse et la souffrance marquées sur le visage
tée par le tsunami du 11 mars 2012. Elle continue du personnage central de l’image, une maison
d’être dangereuse. Les réacteurs sont des grosses apparemment en feu à gauche et la grande misère
cuves dans lesquelles se trouve le combustible du lieu. De plus, on lit l’intégralité de la légende :
radioactif et ils sont très abîmés. Ce composant « Sans information, on pourrait croire qu’il célèbre
chauffe toujours et cela pourrait provoquer de un but ». Elle permet de comprendre qu’une super-
nouvelles explosions. Tous les jours, 500 tonnes position d’interprétations est possible et qu’on a
d’eau de mer sont versées sur le site, pour refroi- le droit d’être informé pour éviter de telles confu-
dir les réacteurs que les techniciens à l’intérieur sions. Le mot « but » reprend les détails qui pour-
de la centrale tentent de refroidir et d’en rebou- raient laisser croire à un match de foot et renvoie
cher les failles. Au Japon, ceux qui exercent cette également au « but » de cette ONG : informer vrai-
profession sont considérés comme des héros. ment et dissiper l’ambiguïté possible.
Chaque jour, ils risquent leur vie pour réparer le
lieu sinistré et ils doivent être prudents car les
4 On attend de l’élève :
– qu’il choisisse le thème d’une des séances de
doses de radioactivité à l’intérieur de celui-là sont
la séquence 10 ;
très élevées et peuvent provoquer de graves mala-
– qu’il fasse une recherche pertinente, quels que
dies. Des robots devraient prochainement leur
soient les moyens employés (par exemple : inter-
venir en aide car eux pourront s’aventurer sans
net, archives, livres du CDI) ;
risque.
– qu’il trie les informations collectées et qu’il hié-
3 Le mot « but » de l’affiche renvoie à la première rarchise celle conservées en fonction de leur
impression que l’on peut avoir en regardant rapi- importance (voir page 146) en mentionnant ses
dement l’image que l’on n’analyse pas et où on ne sources ;
prend pas le temps de lire le reste de la légende – qu’il se serve de ces informations pour rédiger
marqué en petit. On peut avoir l’impression d’un un article cohérent et objectif ;
spectateur assistant à un match de foot et cette – qu’il le mette en page à la manière d’un article
idée est renforcée par le mot « but » écrit en grand. de journal ;
En effet, l’homme semble crier – comme lorsqu’un – qu’avec la classe, il élabore un recueil de ces
but est marqué – on en voit un autre qui court, la articles ou qu’il crée une revue de presse pour le
structure de la maison dans le fond évoque les lycée.

l exiq u e
OB JECTIVITÉ ET SUB JECTIVITÉ Page 173 du manuel

1 « Objectivité » : dans la mesure où ce terme qu’un propos subjectif tâche de mettre en valeur
tire son origine du mot « objet », on peut en dé- l’avis de l’énonciateur qui choisit plutôt un vocabu-
duire qu’un propos objectif tâche de ressembler laire valorisant son avis, son ressenti (positif, néga-
le plus possible à l’objet qu’il désigne, ce qui né- tif), son jugement (ironique, admiratif, étonné…)
cessite de la neutralité, un vocabulaire précis, Exemple : on invitera l’élève à reprendre l’exemple
relatif au sujet évoqué. donné dans le manuel et on sera attentif à ce qu’il
présente les faits en laissant son avis apparaître.
Exemple : on invitera l’élève à reprendre l’exemple
donné dans le manuel et on sera attentif à ce qu’il 2 On gardera à l’esprit que ces classifications,
présente les faits de manière neutre et précise. pour beaucoup, dépendent du contexte.
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« Subjectivité » : dans la mesure où ce terme tire Si l’on prend comme exemple une compétition
son origine du mot « sujet », on peut en déduire sportive entre deux lycées :

114
– Texte objectif : « heureuse dernière sous les applaudissements d’un
Le mardi 17 mars, le lycée W de la commune de X public acquis à sa cause. » ; « JO : le drame ».
accueillera les élèves d’Y, de la ville de Z, à l’occa- Ce mélange entre les informations qui sont don-
sion d’une journée dont le thème est : « le réchauf- nées sur un ton objectif et les incises subjectives
fement climatique : enjeux et solutions ». Cette donnent le sentiment d’être vraiment informé,
journée est à l’initiative des élèves très impliqués tout en augmentant l’émotion qui paraît justifiée
par cette question et qui veulent susciter un réel étant donné la crédibilité de l’article.
débat, qui soit impartial, juste et qui favorise
l’engagement. L’occasion aussi pour les plus mili-
4 Les faits objectifs sont présents dans les deux
premiers paragraphes. Le premier expose ce
tants de sensibiliser ceux sans opinion en leur
qu’est un carnet de circulation de manière neutre.
expliquant pourquoi avoir de telles convictions.
Il est le fruit d’une recherche de la part du jour-
Leur souhait ? Comprendre pourquoi l’information
naliste. Le second explique l’utilité de ce docu-
sur ce sujet peut être partiale et que le désenga-
ment, il rapporte les informations collectées
gement envers le climat est plus que de la neu-
auprès de professionnels. Les marques de sub-
tralité : cela sert parfois un intérêt personnel. Il
jectivité sont présentes dans le troisième para-
ne s’agit pas d’être intolérant ou sectaire, mais
graphe : « contrôle », « discriminées depuis
de se donner les moyens de connaître la vérité
toujours », « n’importe quel autre citoyen ». Elles
désintéressée.
appartiennent à la membre de la Ligue des Droits
– Texte subjectif :
de l’homme de Rennes qui est contre ce carnet.
Le mardi 17 mars, le lycée militant de W, de la
Ses paroles sont mises en valeur car elles
commune de X accueillera les élèves sans opinion
contrastent avec la présentation neutre de l’usage
d’Y, de la ville de Z, à l’occasion d’une journée
qui en est fait.
dont le thème sectaire est : « le réchauffement
climatique : enjeux et solutions ». Cette journée 5 Il n’y a pas de réponse type. On peut cepen-
partiale est à l’initiative des élèves qui veulent dant proposer quelques critères d’évaluation :
susciter un débat, qui soit « impartial et juste ». – reprise des éléments marquants de la séquence ;
Est-ce vraiment désintéressé ? L’occasion aussi – prise de position personnelle ;
pour les plus intolérants de sensibiliser ceux qui – arguments pertinents ;
ont encore un jugement personnel, en leur mar- – prise en compte d’arguments contraires, qui
telant qu’ils sont sans opinion, qu’ils n’ont pas seront réfutés ;
de convictions. Leur souhait ? Transmettre leur – souci de présentation ;
regard partial aux autres, quitte à nier le réel, la – attention à l’orthographe.
vérité et toute forme d’idée personnelle. Cet enga-
gement fanatique inter-lycée invite également les
6 L’élève devra montrer en quoi l’artiste met sa
subjectivité en avant et quel message on peut
parents les plus impliqués, faisant preuve du
comprendre de son œuvre. Il pourra s’aider des
moins neutralité possible. Un vaste programme
éléments suivants : la structure générale du
en perspective, qui donne envie de se (dés)enga-
tableau rappelle le drapeau japonais, tel qu’il
ger pour la planète !
serait après la catastrophe. L’artiste détourne un
3 Informations objectives : « La Somalienne Saa- symbole national pour faire passer son message
miya a péri en tentant de rejoindre l’Europe par la et faire ressentir la violence de ce que les japonais
Méditerrannée dans une embarcation de fortune » ; ont vécu.
« Une athlète somalienne a trouvé la mort en ten- Par extension, cela montre que tout le pays a été
tant de se rendre aux Jeux olympiques de Londres » ; sinistré. L’état de cette tôle rappelle la violence
« 17 ans » ; « Saamiya Yusuf Omar » ; « se rendre à du cataclysme et la tache rouge évoque le sang
Pékin en 2008 » ; « Elle y avait couru le 200 m » ; versé par les victimes dont l’innocence est rap-
« une athlète morte en se rendant à Londres ». pelée par la couleur blanche. Ici, Florent Poujade
Marques de subjectivité : « cette tragédie » ; « seu- montre l’injustice de cet événement, qui aurait
lement âgée » ; « avait surmonté tous les obstacles » ; pu être évité.
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Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 115


HISTOIR E D ES A RTS
Riber Hansson, L’Arche de Noé, 2009, dessin. Page 175 du manuel

Riber Hansson est né en 1939. Il travaille en tant La mise en contexte


que dessinateur et illustrateur freelance à Stoc- 5 L’article devra mettre en avant le prix européen
kholm pour différents journaux, aussi bien natio- du dessin de presse et présenter les trois dessins
naux qu’internationaux. lauréats de 2009. Il est accessible en ligne : http://
L’impression immédiate bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2009/02/
prix-européen-du-dessin-de-presse.html.
1 Le titre reste au choix des élèves. Il doit mettre
en valeur les thèmes majeurs du tableau, ou créer 6 À l’appréciation des élèves :
un effet de surprise (jeux de mots, ironie…) http://www.lemonde.fr/international/portfo-
lio/2012/10/01/plantu-40-ans-de-dessins-parus-
2 Ce dessin est composé de manière à mettre dans-le-monde_1767293_3210.html
en évidence les voitures entrant dans l’arche. Au
premier plan, on voit Noé et les animaux qui 7 Le dessin de presse a pour particularité de
regardent le second plan où les voitures entrent. délivrer un message en lien avec l’actualité, le
Le premier plan à droite est vide, pour mettre en plus souvent au-delà de l’illustration. Le dessi-
valeur l’arche et les voitures. nateur prend parti, dénonce, se moque, met en
perspective, critique… Le dessin de presse joue,
L’analyse du dessin pour certains journaux, un rôle essentiel. C’est
3 Les couleurs tranchent entre elles d’accentuer le cas du Monde, du Canard enchaîné, de Charlie
leur effet de contraste et d’être plus visibles. Les hebdo où ils représentent une part entière dans
voitures sont bleues, rouges, grises, beiges. On la diff usion de l’information et s’inscrivent dans
constate une différence entre le graphisme plus la ligne éditoriale du journal. Pour d’autres ils
élaboré pour représenter les voitures et celui plus illustrent ponctuellement une actualité.
sobre pour Noé et ses animaux. Le temps est mis Sites internet
en opposition (anachronisme) : l’arche de Noé
• Les sites des journaux donnent parfois accès aux
figure dans le livre de la Genèse, dans la Bible.
dessins qui y sont publiés. Par exemple Le Monde
C’est un navire construit sur l’ordre de Dieu afin
publie en général le dessin de l’édition du jour.
de sauver Noé, sa famille et toutes les espèces
• Le courrier international http://www.courrie-
animales d’un déluge sur le point d’advenir. La
rinternational.com/ : publie des dessins du monde
voiture (signe de modernité) prend la place de la
entier sur lʼactualité des six derniers mois, et un
nature, cela rappelle l’impact de la société de
dessin du jour.
surconsommation sur l’écologie.
• Le site Gueules d'Humour : http://www.gueules-
4 Noé et ses animaux semblent ébahis devant d-humour.com/new/semaine/index_b18.shtm est
ces voitures qui prennent leur place, le dessina- un e-magazine dédié au dessin de presse, au des-
teur détourne l’histoire du déluge et de l’arche sin d’humour et à la caricature.
pour montrer le changement. La voiture prend • http://www.iconovox.com/ : les dessins de
même la place du sacré. Ce détournement prête presse des médias nationaux et internationaux.
à sourire. Ce dessin humoristique se moque et • http://cagle.msnbc.com/ : caricaturiste poli-
prend parti, à la manière des dessins de presse. tique pour le monde entier.
Il prendra sa place dans un journal satirique par • http://www.delucq.com/ : l’actualité vue par
exemple. Xavier Delucq.
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116
Séquence 11
La presse doit-elle être libre
pour faire son travail ? Pages 176 à 191 du manuel

Introduction au travail sur la séquence


Pour répondre aux interrogations du programme de l’objet d’étude
« Construction de l’information », nous avons choisi, en trois séances, d’organi-
ser la séquence autour d’une interrogation sur la liberté de la presse.
La première séance porte sur le rôle des médias dans l’aff aire Tarnac. On
sait aujourd’hui que les principaux protagonistes inculpés dans cette aff aire (et
parfois longuement emprisonnés) ont été entièrement disculpés. Mais, ce qui
est interrogé ici, c’est la manière dont les autorités policières et judiciaires ont
manipulé les médias au moment du lancement de l’aff aire. Quelques mois plus
tard, le 16 avril 2009, le journal Libération fera sa Une sur ce titre : « Tarnac : Un
Coupat idéal », montrant par là son doute profond quant à la réalité des charges
pesant sur le principal inculpé, Julien Coupat.
La séance 2 propose des articles relatant la tentative d’assassinat d’une
jeune blogueuse par les talibans. Ces informations sont diff usées sur le site de
Reporters sans frontières. On apprend aussi que l’organisation a créé, en colla-
boration avec Google France, le prix du Net-citoyen, pour récompenser l’action
des cyberdissidents, voici le communiqué : « Le 12 mars 2011 se tiendra la Jour-
née mondiale contre la cyber-censure, une manifestation initiée par Reporters
sans frontières en 2008, qui vise à défendre un Internet unique, libre, et acces-
sible à tous. La lutte pour la liberté d’expression sur Internet est plus que jamais
essentielle. Parce qu’Internet crée de nouveaux espaces d’échanges et de débats,
il est un vecteur de liberté. Cependant, de plus en plus de gouvernements l’ont
compris et réagissent en tentant de contrôler la Toile. Les net-citoyens font mal-
heureusement les frais des représailles des autorités en étant plus de 119 dis-
sidents contraints au silence. »
Enfin la séance 3 propose trois versions distinctes de spots conçus par
Reporters sans frontières pour défendre la liberté d’expression.
Ils ont été choisis, parmi bien d’autres – RSF réalisant au moins un spot
par an – car ils sont très différents : ils présentent des continents distincts, des
personnages hétérogènes (une très jeune femme, des petits garçons, une fillette)
et des situations permettant de vanter l’importance de la liberté de la presse
avec comme argument commun l’idée que seule une presse libre permet de faire
connaître les justes combats et de défendre des causes qui méritent de l’être :
la liberté d’expression, le drame des enfants soldats, les mariages forcés.
L’évaluation propose en bilan une présentation de l’action de Reporters
sans frontières postée en éditorial sur le site de l’organisation ainsi que l’affiche
d’une campagne.
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Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 117


Séance 1 Quel rôle les médias ont-ils
joué dans l’affaire Tarnac ? Pages 178-179 du manuel

Le premier document est constitué par quatre pas- Étude des articles
sages du journal télévisé présenté par Davis Puja- 4 Catherine Gouëset reproche aux médias d’avoir
das, présentateur de France 2. Ces images sont entériné sans enquête la version des autorités
accompagnées de la retranscription de la bande- policières et judiciaires. Elle affirme, en quelque
son correspondante. Dans un premier temps, lors sorte, qu’ils se sont laissés manipuler.
de l’annonce de l’arrestation, la culpabilité des
prévenus semble ne présenter aucun doute. 5 Daniel Schneidermann cherche à démontrer
la manière dont une information a été fabriquée
de toutes pièces. Il reprend des termes qui figu-
LECTURE raient dans différents articles pour en signaler le
Étude du journal télévisé ridicule, l’outrance, le romanesque bien éloigné
de la vérité. Il les compare à la réalité pour mon-
1 Les personnes arrêtées sont identifiées comme trer à quel point les médias étaient loin du vrai et
des « militants d’ultra-gauche ou [des] anar-
il crée un contraste ironique entre les commer-
chistes », « toutes issues [...] des milieux ultra-
çants respectables qui sont impliqués et les com-
gauche ». Leur culpabilité semble patente : ils
étaient surveillés et repérés avant leur acte cri- mandos « [...] potentiellement très violents » que
minel. Le lexique appartient à la guerre (« le chef la presse présentait. Il montre également com-
du commando avec son principal lieutenant », ment l’information est fabriquée, quitte à être
« son QG », « les membres du commando ») ou aux dépourvue de sens, avec l’exemple de l’épicerie
actions délictueuses (« vandalisme », « actes de « tapie dans l’ombre », afin de donner au lecteur
sabotage », « suspects », « opérer dans l’ombre », le frisson attendu, au détriment de la vérité !
« rôdant »). La rédaction les présente comme un 6 Selon Daniel Schneidermann, les deux pre-
groupe d’individus d’ultra-gauche, très organisés mières étapes du « journalisme policier »
et très déterminés à enfreindre les lois par des consistent à « recueillir les confidences des enquê-
actions de commando. teurs » et à trier la valeur de ces informations, en
identifiant celles qui sont fausses.
2 La phrase prête à confusion : il peut s’agir de
la SNCF, société visée par l’acte de vandalisme, 7 Le travail du journaliste ne consisterait plus à
ou de la société en général ; si bien que dans l’es- informer, mais à séduire et à satisfaire le goût du
prit du spectateur subsistera peut-être l’idée que public pour de belles histoires, sans aucun souci
toutes les personnes arrêtées sont des de rigueur, de vérité ou d’éthique. Pour Daniel
marginaux. Schneidermann, ce processus, certes risible, est
également inquiétant.
Étude de la Une de Libération
3 La Une de Libération joue sur le sens du verbe Mise en relation
« dérailler » qui signifie « faire sortir du rail ». Il est 8 Le fait que Libération fasse paraître, à quelques
pris à la fois au sens propre, car les actes de sabo- jours d’intervalle, deux articles assez antino-
tage attaquaient la SNCF, soit le service du rail. Il miques, car le premier accable « l’ultra gauche »,
est également pris au sens figuré, signifiant le second démonte les mécanismes de recherche
« perdre la tête ». Le journal critique implicitement d’informations. Cela prouve que la confrontation
les actes commis qui sont attribués sans hésitation est possible à l’intérieur d’un même quotidien et
à une « ultra gauche » qui a perdu toute mesure. qu’on peut revenir sur une information précédente
Les personnes arrêtées sont identifiées comme pour la rectifier, en donner une plus juste mesure
appartenant à « la mouvance anarcho-autonome », ou même la démentir. Ce journal défend ainsi une
© Editions Belin, 2013

ayant perdu tout repère et implicitement condam- conception d’un journalisme fondé sur une
nées pour des actes sans fondement. éthique, respectant la charte des journalistes,

118
privilégiant la vérité de l’information sur le officielle policière et judiciaire de l’aff aire ; cer-
sensationnel. tains ont même construit des versions encore plus
romanesques en brodant sans vergogne sur les
présumés coupables. Puis, dans un second temps,
ÉCRITURE ET ORAL
ils se sont démarqués de ce qui a fini par ressem-
9 Pour répondre à cette question, on attend des bler à un scandale d’état qui effectuait une mani-
élèves qu’ils établissent une synthèse : les médias pulation de l’opinion publique à l’occasion d’un
ont, dans un premier temps, accrédité la version fait divers.

SÉANCE 2 Transmettre l’information peut-il


faire courir un risque ? Pages 180-181 du manuel

LECTURE blogueuse. Reporters sans frontières montre que


les talibans veulent contrôler l’information en
Étude du 1er texte
réduisant au silence tous ceux qui ne partagent
1 Malala Yousafzai est une écolière pakistanaise pas leurs idées.
de la vallée de Swat qui tenait, depuis l’âge de
onze ans, un blog (sous pseudonyme) pour pro- 4 Reporters sans frontières craint les effets
tester contre la suppression des écoles de filles dévastateurs des menaces proférées par les tali-
par les talibans. Outre son action en faveur de bans qui pourraient réduire au silence, à force de
l’éducation des filles, Malala défendait le droit terreur, les médias de leur pays.
des enfants et celui des femmes à l’éducation.
Elle avait été récompensée d’un prix pour son Étude du 3e texte
action dans la région.
Elle est qualifiée de jeune blogueuse parce qu’elle
5 Le prix du Net-citoyen vise à récompenser les
défenseurs de la liberté d’expression sur internet.
a commencé cette activité à onze ans et qu’elle
Il est destiné aux cyberdissidents, ces citoyens
est victime d’un attentat à cause de cela à qua-
qui utilisent le réseau pour faire circuler des infor-
torze ans.
mations qui seraient, autrement, inaccessibles.
En informant de la situation sur son blog, la jeune
Ainsi, ils se situent au-delà des limites géo-poli-
fille faisait acte de journalisme, c’est pourquoi
tiques de leur pays d’origine et ils se revendiquent
RSF informe ses lecteurs de son sort.
comme citoyens d’une planète en réseau qui
Étude du 2e texte dépasse les frontières.
D’ailleurs, en 2013, ce prix a permis de récom-
2 Après l’attentat contre Malala, les talibans ont penser un blogueur vietnamien : « Lors de la
lancé des menaces de mort contre les médias
remise du prix du Net-citoyen, à l’occasion de la
nationaux et internationaux. Ils comptent s’en
Journée mondiale contre la cybercensure, Huynh
prendre particulièrement au Pakistan, aux médias
Ngoc Chenh avait déclaré : « Ce prix représente
des grandes villes (Karachi, Lahore, Rawalpindi,
beaucoup pour moi, c’est une nouvelle source
Islamabad) qui ont dénoncé l’attaque subie par
d’inspiration. C’est aussi et surtout une récom-
Malala. La police a dû se mobiliser pour défendre
pense et un espoir pour les blogueurs et les jour-
les journalistes.
nalistes indépendants au Vietnam, tous ceux dont
3 Les « médias nationaux » sont les médias pakis- le droit à la liberté d’expression est entravé. Le
© Editions Belin, 2013

tanais. Ils sont menacés de mort pour avoir osé soutien de la communauté internationale va nous
dénoncer la tentative d’assassinat de la jeune donner encore plus de courage pour poursuivre

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 119


notre combat pour la liberté de l’information. Il alors ce que représente la scolarité pour une petite
va tous nous aider à surmonter nos peurs et à fille comme elle dans un pays où les talibans ont
nous exprimer plus librement. » tenté d’enfermer les femmes et de leur interdire
tout accès à la scolarité et à la culture. Le spec-
6 Le prix est illustré par une affiche qui repré-
tateur de l’affiche associe également cette image
sente une souris d’ordinateur reliée à une chaîne
dont un des maillons est ouvert. Sur la droite, à la liberté de la presse, capable à la fois d’infor-
douze carrés représentant la même image en plus mer sur les conditions de vie dans le monde et de
petit rappellent un clavier d’ordinateur et évoquent défendre les libertés fondamentales, la première
le risque encouru, car la chaîne peut aussi se refer- étant celle du droit à l’éducation pour les enfants,
mer. Ceci rappelle qu’informer, c’est prendre le filles comme garçons.
risque d’ouvrir ses chaînes grâce à internet qui
fait circuler l’information.
ÉCRITURE ET ORAL
Étude de la première de couverture 8 La lettre suppose une argumentation : l’élève
7 Cette première de couverture est composée devra chercher à convaincre le jury de l’organi-
d’une photographie et d’un texte dans un encart sation de récompenser Malala en donnant une
situé à gauche : en lettres blanches sur fond série d’arguments qui prouvent son action excep-
orange, l’annonce du contenu de l’album « 100 tionnelle en faveur de la liberté d’informer. Il
photos de Steve Mc Curry pour la liberté de la pourra insister sur l’âge de la jeune fille, sur son
presse ». La seule couleur vive de l’affiche rappelle courage à lutter contre une société qui cherche à
le bord de l’un des cahiers que tien la petite fille imposer silence aux femmes et aux filles, sur le
et figure dans cet encart pour attirer l’attention prix qu’elle a payé pour avoir osé s’exprimer.
sur cette idée de liberté.
La photo représente une petite fille, un foulard 9 Il s’agit de reprendre les éléments de la séance
sur la tête, qui tient entre ses mains son matériel pour répondre à la question posée. On peut, au
de classe : un cahier et peut-être un livre. Elle cours du compte-rendu, rappeler aux élèves des
nous regarde avec gravité et son air sérieux laisse situations analogues plus immédiates. Par
supposer que sa vie n’est pas facile mais qu’elle exemple : les net-reporters menacés en Syrie, la
se consacre avec énergie à ses études pour jeune étudiante française participant à un échange
construire son avenir. Dans la légende, on apprend Erasmus menacée d’expulsion et même de prison
qu’elle a été photographiée dans la province de en juin 2013 pour avoir pris des photos de mani-
Mamiyan, en Afghanistan, en 2007. On comprend festants à Istambul…

SÉANCE 3 Comment Reporters sans frontières


défend-il l’importance de la liberté de la presse ?
Pages 182-183 du manuel

Il nous a paru utile de mettre l’accent sur le rôle différente. Le premier se situe dans le monde
de l’organisation Reporters sans frontières en occidental et présente une très jeune femme
consacrant une séance entière à l’étude de spots emprisonnée pour ses idées. Le second, situé en
conçus pour défendre la liberté de la presse. Afrique, montre de jeunes garçons qui vont être
© Editions Belin, 2013

Parmi les spots disponibles, nous en avons sélec- embrigadés comme enfants soldats. Le dernier,
tionné trois qui abordent ce sujet de manière très enfin, se situe en Asie et illustre une situation de

120
mariage forcé. Ce choix souligne que la liberté 4 Le spot commence habilement par des enfants
de la presse est menacée partout dans le monde, qui jouent sur une étendue de sable. Ils sont fil-
sur tous les continents, dans les pays développés més en plan large. Ils courent, insouciants et
comme dans les Pays les Moins Avancés ou les rieurs. La couleur s’estompe brusquement au pro-
pays émergents ; il montre également que les fit d’un environnement tout gris, il ne reste que
reporters défendent toutes les causes et toutes des couleurs éteintes et l’on les voit en plan
les catégories de citoyens, qu’ils rendent compte moyen : ils portent tous des armes et le sourire a
de toutes les questions de société et qu’ils sont quitté leurs visages. Enfin, les dernières images
prêts à combattre toutes les formes d’injustice. se resserrent en gros plan sur le visage du plus
jeune d’entre eux, dévoilant une figure fermée et
douloureuse. Le slogan annonce alors le chiff re
LECTURE eff rayant de 120 000 enfants soldats enrôlés de
Étude du 1er spot force en Afrique.

1 Ce spot vise à illustrer un cas de censure de 5 Ce dernier spot vise à dénoncer les mariages
l’information : une très jeune femme est empri- forcés.
sonnée car elle n’est pas d’accord avec le régime
en place. Le slogan repose sur un jeu de mots :
6 Le même procédé a été employé par l’agence
Saatchi & Saatchi : le début du spot est tourné en
« changer de chaîne ». En effet, dans un pays où couleurs vives et la suite en couleurs passées.
l’information n’est pas censurée, le citoyen a la Au début, le spectateur perçoit les préparatifs
possibilité de changer de chaîne télévisée pour d’une fête où tout semble joyeux ; un homme d’âge
rechercher d’autres versions et d’autres sources. mûr attend son épousée. On croit qu’il s’agit de
Dans un pays où règne la censure, le citoyen peut la femme vêtue de rouge qui est debout à sa
porter une chaîne au pied dans une prison, comme gauche, pour découvrir quelques secondes plus
la jeune femme sur le photogramme, par exemple tard que la future mariée est la petite fille en bleu,
pour avoir essayé de divulguer une autre version puisqu’elle prend place sur la banquette aux côtés
que la version officielle. Dans ces conditions, il de son futur époux ! Le plan rapproché nous la
ne peut pas supprimer sa chaîne. montre yeux baissés, soumise à son horrible des-
2 Le spot produit nécessairement de la surprise : tin aux côtés d’un mari à l’air sévère.
le travelling arrière de la caméra découvre pro-
gressivement les jambes puis les pieds de la jeune
7 Le quatrième photogramme conclut le spot en
l’ouvrant : ce mariage n’est pas anecdotique, il
fille, ce qui permet au spectateur d’apercevoir s’en produit en grand nombre en Asie du Sud.
avec horreur sa cheville enserrée d’une chaîne. C’est pourquoi le photogramme est inséré dans
Aussi, son air studieux, concentré sur sa lecture une page de journal informant sur les mariages
nous avait, dans un premier temps, fait oublier forcés.
le décor : murs non enduits d’une prison construite
à la va-vite pour enfermer les opposants. Ainsi,
la jeune fille concentrée sur son ouvrage se trans- ÉCRITURE ET ORAL
forme en opposante cherchant à s’évader par la
grâce des livres, de son horrible geôle. Le spec- 8 L’élève est invité à rappeler à l’oral la manière
tateur ressent de la pitié et peut-être de la colère. dont ces spots défendent la liberté de la presse.
C’est grâce à elle que ces pratiques sont dénon-
Étude du 2e spot cées. On peut conseiller aux élèves de préparer
3 Ce spot vise à informer sur une situation leur intervention par une petite préparation écrite
aff reuse de certains pays d’Afrique où l’on recrute qui peut se structurer en quatre points : spot 1,
des enfants pour qu’ils deviennent soldats. Ce spot 2, spot 3, mon spot préféré.
document souhaite montrer que sans information,
personne ne connaîtrait le sort de ces jeunes Afri-
cains et ne pourrait leur venir en aide ou lutter
© Editions Belin, 2013

contre ces pratiques.

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 121


ÉVALUATION Pages 184-185 du manuel

COMPÉTENCES DE LECTURE ces lumières ne sont pas produites par la magie


de la pyrotechnie, mais qu’il s’agit des lueurs d’un
Texte bombardement ! La publicité pour leur album
1 (2 points) Le texte invite le lecteur à un soutien. semble de ce fait légitime, car c’est notre soutien
Il s’agit d’obtenir une aide financière : « une de qui leur permet de diffuser l’information
nos principales ressources financières » mais éga- véridique.
lement un soutien dans le combat mené pour la
liberté de l’information. L’organisation s’adresse 4 (3 points) L’organisation invite les lecteurs à
la réflexion en produisant d’abord un effet de sur-
aux démocrates défenseurs des valeurs de liberté.
prise : le décryptage d’une image nécessite une
2 (3 points) Reporters sans frontières défend la légende, un commentaire qui l’éclaire et la met
liberté de l’information. L’organisation revendique en relation avec son contexte, c’est le travail des
l’absence de frontières car l’information n’est pas journalistes. C’est le sens de la remarque « sans
propre à un pays donné, elle concerne le monde information on pourrait croire que c’est un… » Elle
entier et chacun doit pouvoir lire et donner à lire insiste sur la légitimité à être informé : « Chacun
de l’information où qu’il se trouve sur la planète. a le droit d’être informé ». Elle invite ensuite les
On peut trouver de multiples références à cette lecteurs à soutenir son action en achetant l’album
visée internationale : « dans certains pays », « dans de photos vendu au bénéfice de l’organisation.
d’autres », « ailleurs » ; « classement mondial de
la liberté de la presse », « Internet », « situations
d’urgence humanitaire ». COMPÉTENCES D’ÉCRITURE
(10 points)
Affiche
5 On attend que la situation soit exposée dans
3 (2 points) L’affiche est composée de deux par- un premier temps auprès de l’organisation, puis
ties distinctes : une photo de nuit présentant ce
que l’élève proteste contre cette atteinte à la liberté
qui ressemble à un « feu d’artifice » et une vignette
d’expression. Enfin qu’il argumente pour obtenir
plus petite, en bas à droite représentant la cou-
l’autorisation d’être publié sur le site au vu de
verture de l’album de photos commercialisé par
l’intérêt de ses textes, en expliquant en quoi ils
Reporters sans frontières.
valent la peine d’être mis en ligne sur leur site.
Un premier aperçu fait croire qu’il s’agit de la
photo, comme le texte en gros caractères noirs 6 L’élève devra présenter son travail comme un
le laisse entendre, d’un feu d’artifice, mais le texte article de journal (notamment : titre, intertitre si
en petites lettres noires dément cette première nécessaire, signature). Le travail attendu suppose
impression : « sans information, on pourrait croire de reprendre les arguments et les exemples déve-
que c’est un… » Le lecteur comprend alors que loppés pendant la séquence.
© Editions Belin, 2013

122
C A PA CIT É S E T AT TIT U D E S
Rédiger un article sur la liberté de la presse Pages 186-187 du manuel

Afin d’aider les élèves à suivre toutes les étapes du travail, vous pouvez leur proposer la grille ci-
dessous : ils pourront en cocher les éléments au fur et à mesure de la réalisation du projet.

Étapes Critères Cocher quand


le critère est respecté
S’informer lire les docu- d’où ils proviennent.
ments des
encarts « lire ». quelles informations ils
Voir : apportent et arriver à formuler
leurs enjeux.
Préciser le thème (au choix :) soit présenter l’état de la
qui sera traité liberté de la presse dans le
monde ou dans un pays au
choix.
soit retracer le combat d’un
journaliste emprisonné ou
assassiné.
soit s’intéresser à l’histoire de
la liberté de la presse (son
origine, son développement).
choisir l’enjeu de l’article (informer, émouvoir,
indigner, convaincre...)
Rédiger un article fiable effectuer une recouper les informations.
recherche sur
vérifier les sources.
internet :
si besoin : voir fiche méthode
page 174 : Travailler avec les
TICE).
Se relire et réécrire relire en que le texte corresponde au
binôme afin de thème de la liberté de la
vérifier : presse.
que la documentation soit
utilisée pertinemment.
que les enjeux aient étés
respectés
que le lecteur puisse distinguer
les commentaires des
informations.
si nécessaire, modifier l’article.
© Editions Belin, 2013

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 123


G RA M M AIR E
Valeur des pronoms personnel  Page 188 du manuel

1 Le « nous » désigne le narrateur et les autres chaîne », ce « on » désigne les personnes vivant
journalistes de Reporters sans frontières, qu’il dans un pays où l’information est censurée.
s’agisse de son équipe, ou des autres en général, Réécriture en remplaçant « on » par un pronom
ainsi que les lecteurs. Ainsi, chacun est concerné personnel équivalent :
par le droit à l’information. « Quand il n’est pas d’accord, il peut toujours
essayer de changer de chaîne ». Le remplacement
2 Les « on » dans le texte : ligne 3 « on n’est pas par le pronom « il » crée une distance, nous n’avons
d’accord, on peut toujours essayer de changer de
plus la même connivence avec l’auteur.

VALEUR DES MODES VERBAUX ET DES TEMPS DE L’INDICATIF


1 Modes Temps Relevé
Indicatif Présent rassemble
rend
se passe (2 occurrences)
Valeur du temps Temps de l’énonciation
Indicatif Passé composé suis allé / ai visités / ai cherché
Valeur du temps Temps passé, action accomplie

Modes Temps Relevé


Indicatif Présent C’est
vont
2 a. doit

Passé composé est convenu


Valeur du temps Temps de l’énonciation
Temps passé, action accomplie
Subjonctif Présent Rende
Valeur du temps Temps et mode qui expriment le souhait, l’éventualité
Infinitif Présent chercher / rester/ montrer/ risquer

Passé être accusé

b. • Futur de l’indicatif : Ce sera ce type de cliché • Conditionnel présent : Ce serait ce type de cli-
que les rédactions iront chercher en priorité. Une ché que les rédactions iraient chercher en priorité.
image qui rendra la représentation d’un tel cata- Une image qui rendrait la représentation d’un tel
clysme possible. Aujourd’hui, face à un tel drame, cataclysme possible. Aujourd’hui, face à un tel
on devra rester dans la limite de ce qu’il sera drame, on devrait rester dans la limite de ce qu’il
convenu de montrer pour ne pas risquer d’être serait convenu de montrer pour ne pas risquer
accusé de sensationnalisme, de voyeurisme ou d’être accusé de sensationnalisme, de voyeurisme
d’indécence. ou d’indécence.
Ici, le futur de l’indicatif est utilisé pour des faits
à venir, certains de se produire alors que le condi-
© Editions Belin, 2013

tionnel présent émet une éventualité.

124
l exiq u e
LES MÉDIAS Page 189 du manuel

1 – Sens du mot « média » : on acceptera toutes 4 « Hoax » signifie canular informatique propagé
citations précises du dictionnaire. Si l’élève ne par mail et cherchant à ce que le destinataire le
cite pas, on attendra les éléments essentiels transmette à son tour à ses connaissances.
dans sa définition : il s’agit d’un moyen de dif- On guidera les élèves dans leurs recherches infor-
fusion, de communication qui s’appuie sur des matiques. Un des sites les plus notoires est Hoax-
supports variés, afin de transmettre de l’infor- killer : http://www.hoaxkiller.fr/questce/
mation (à l’attention d’un groupe). generalites.htm et également Hoaxbuster : http://
– Étymologie (l’explication complète est acces- www.hoaxbuster.com/.
sible sur le site du Centre National de Ressources L’élève pourra trouver sur l’un de ces sites ou sur
Textuelles et Lexicales) : c’est l’abréviation de un autre de son choix un hoax à présenter à la
mass-media qui a été francisé en 1964. Un arrêté classe. Il expliquera pourquoi il lui semble impor-
du 24 janvier 1983 adopté par le ministère de la tant d’en démontrer la fausseté. On sera attentifs
Communication préconise une francisation totale, à ce que l’élève fasse une recherche active et ne
avec l’emploi suivant : un média, des médias. se contente pas seulement de relire l’intégralité
– Exemples de médias : la presse, papier ou en d’articles intéressants (exemple : http://www.
ligne, la télévision, la radio notamment, sont des commentcamarche.net/contents/1225-les-canu-
médias. lars-hoax - q=Hoax&cur=1&url=%2F) mais sans
en donner la source.
2 Définition du mot « blog » : on acceptera toutes
citations précises du dictionnaire. Si l’élève ne cite 5 « Source » : on acceptera toutes citations pré-
pas, on attendra les éléments essentiels dans sa cises du dictionnaire. Si l’élève ne cite pas, on
définition : c’est l’abréviation de « weblog » qui signi- attendra les éléments essentiels dans sa défini-
fie « journal sur internet ». Il s’agit souvent de sites tion : il s’agit de la référence (la provenance, le
créés par des particuliers qui souhaitent s’exprimer support, la date, l’énonciateur notamment) de
et où les internautes peuvent échanger cette information.
De même pour la définition du mot « blogueur » : On invitera l’ensemble de la classe à réfléchir
il s’agit d’une personne qui détient un blog et le individuellement sur la question de l’obligation
gère elle-même. du journaliste à nommer ses sources, puis chacun
On invitera l’ensemble de la classe à s’exprimer exposera son point de vue. On veillera à ce que
sur les droits et devoirs du blogueur et éventuel- chaque élève puisse s’exprimer et voir en quoi
lement à noter au tableau les idées majeures expri- ses idées convergent ou non avec celles de ses
mées, ainsi que les points de divergences. On collègues.
aidera les élèves à débattre et à exprimer en quoi Les élèves pourront ensuite comparer leurs
leurs idées convergent ou non. Ils pourront ensuite réflexions en allant sur internet. On pourra guider
comparer leurs réflexions avec les Droits et devoirs leurs recherches, sachant que le site du Syndicat
du bloggeur qui sont accessibles sur le site de National des Journalistes détient la Charte des
Reporters sans frontières : http://fr.rsf.org/ devoirs professionnels des journalistes français
france-blogueurs-droits-et-devoirs- 12-03- (1918/1938), la Déclaration des devoirs et des
2010,36703. droits des journalistes (Munich, 1971) et la Charte
d’éthique professionnelle des journalistes (SNJ,
3 Ce mot est un néologisme formé par l’asso- 1918/38/2011) avec lesquelles les élèves pourront
ciation du préfixe cyber- qui permet de créer des vérifier leurs réponses.
mots ayant trait à l’usage d’internet, et du subs-
tantif « journaliste ». La différence entre un jour- 6 Le mode de réponse est au choix de l’ensei-
naliste et un cyberjournaliste est perceptible gnant, en fonction des besoins d’apprentissage
© Editions Belin, 2013

grâce à l’ajout de ce préfixe : le second travaille de la classe. La Déclaration des devoirs et des
essentiellement pour la presse en ligne. droits des journalistes (Munich, 1971) est

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 125


accessible grâce au lien suivant : http://www.snj.
fr/spip.php?article2016.
8 On laissera les élèves effectuer leur propre
recherche. À titre d’exemple, voici une liste de
7 L’élève pourra trouver des exemples de mar- mots anglais employés dans les médias et leurs
ronniers par différents moyens, que ce soit sur équivalents français :
internet, au CDI, ou s’il a accès à des archives de – news (nouvelles) ;
presse. – scoop (information sensationnelle, importante
L’élève est invité à en choisir un et à le présenter ou exclusive) ;
à la classe. On pourra l’évaluer par exemple sur – talk-show (débat-spectacle, ou émission-débat) ;
les critères suivants : – streaming (diffusion en flux par internet) ;
• sur le sujet : – baff le (enceinte acoustique).
– présentation de l’historique ; 9 Sur le dessin, le personnage vend des jour-
– présentation des titres ou des images employés naux. Cette image détourne la représentation tra-
par la presse ; ditionnelle du vendeur brandissant un exemplaire
– synthèse des principaux aspects récurrents papier, car il tient la version numérisée du journal.
abordés ; Il est dans la rue. Les petits édifices barrés d’une
– analyse personnelle et prise de recul sur le sujet. pancarte sont des kiosques à journaux et ils sont
• Sur la présentation orale : fermés.
– tenue ; Le titre donné par l’élève devra faire ressortir les
– clarté de l’expression ; enjeux que ce dessin représente, c’est-à-dire la
– présentation de supports (par exemple : emploi concurrence entre presse écrite et presse numé-
du tableau, présentation de textes imprimés, rique et les débats que cela suscite. Les élèves
d’images). pourront comparer leurs propositions en expli-
quant leurs choix aux autres.
© Editions Belin, 2013

126
HISTOIR E D ES A RTS
Benjamin Lowy, Guerre civile au Darfour, Soudan, 14 octobre 2004, photographie.
Page 191 du manuel
Benjamin Lowy est né en 1979. Photojournaliste, L’impression immédiate
son œuvre est essentiellement consacrée aux 1 L’atmosphère qui se dégage de la photogra-
conflits internationaux. Il a remporté de nom- phie est lourde, la présence de l’enfant seul dans
breux prix et est fréquemment exposée dans des ce paysage ayant pour unique décor un véhicule
galeries ou des musées. En 2012 il remporte le et des hommes armés. Une impression de dénue-
prix Magnum Foundation Emergency pour pour- ment se dégage de l’image. Le choix du titre reste
suivre son travail en Lybie. à l’appréciation des élèves.

L’analyse de la photographie
2 Les éléments qui composent l’image :
Dénotations Connotations
Au premier plan, un enfant marche seul. Il est de solitude
trois-quarts dos, pieds nus, dans un vêtement mar- misère
ron trop ample, la tête baissée. malheur, déclenche un sentiment de pitié
Le sol désertique et le paysage aride sont dans des désertique
nuances similaires que le vêtement de l’enfant. chaleur
Au second plan, un véhicule foncé avec un groupe violence
d’hommes armés, allant dans la même direction protection
que l’enfant, un arbre.
À l’arrière plan, un arbre et des branches au Condense l’idée de dénuement et de solitude. Les condi-
feuillage peu fourni, et le ciel qui prend la moitié tions climatiques aff aiblissent le pays.
de la photographie. Une opposition se crée, avec d’une part les guerriers et
la nature hostile, et d’autre part l’enfant qui semble aban-
donné, peut-être à cause des conflits qui rongent le pays.

3 On peut imaginer un hors champs à cette pho- foncé pour le véhicule) ; la lumière (luminosité sur
tographie, que ce soit un village, un autre groupe l’enfant, ombre sur le véhicule).
d’hommes armés, des villageois… Cette image souligne que cet enfant est une vic-
Le cadrage permet de choisir quels éléments de time innocente de la guerre civile au Darfour. Il
la situation d’ensemble on garde, de rassembler s’agit de faire prendre conscience aux spectateurs
leurs significations et de faire passer un message. de l’horreur de la situation. Choisir de représenter
Ici, il montre la situation au Darfour et déclenche un enfant n’est pas anodin, cela suscite la pitié.
une certaine émotion chez le spectateur.
4 Les personnes présentes s’opposent : un jeune La mise en contexte
enfant sans défense, qui marche seul et un groupe 6 Le lien entre la sécheresse et la guerre est
d’hommes armé, dans un véhicule. Le contraste visible dans cette photographie, on voit que le
entre ces deux éléments interroge le spectateur. sol est sec, sans végétation. Tout cela s’oppose
aux armes des hommes dans le véhicule.
5 Le photographe joue sur les contrastes dans
la composition (avec l’enfant au premier plan, 7 L’article devra faire état des recherches de
resserré sur la droite, le véhicule au second plan l’élève sur le lien entre la guerre civile et la séche-
prenant plus de la moitié de la photo) ; les cou- resse, l’élève pourra choisir une photographie
leurs (le marron pour l’enfant et le sol, le noir, le qui illustrera son article.
© Editions Belin, 2013

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 127


Séquence 12
Comment le récit graphique Des nouvelles
d’Alain participe-t-il à l’information ?
Pages 192 à 207 du manuel

Introduction au travail sur la séquence


Des nouvelles d’Alain : Article de Y. Tilleuil sur http://www.bdgest.com/chro-
nique-4476-BD-Des-nouvelles-d-Alain.html
Une présentation du livre et de ses particularités par un chroniqueur spécia-
lisé, sur un site de gestion de bandes dessinées.
Entre 1999 et 2010, un photographe-reporter sillonne l’Europe au volant de
la vieille Skoda de son père. Armé de ses appareils photo, il a les parias de l’Europe
dans sa ligne de mire, mais n’est malheureusement pas le seul à les viser. Pour-
chassés par les kosovars albanais, montrés du doigt par les néonazis en République
Tchèque, entassés dans des bidonvilles aussi illégaux qu’insalubres et stigmatisés
par le gouvernement de Nicolas Sarkozy, voilà le quotidien des Roms… l’histoire
de l’Europe d’aujourd’hui. Alain Keler témoigne !
Initialement publié, de l’automne 2009 à l’été 2010, sous forme de feuilleton
dans les pages de l’excellente revue trimestrielle XXI, Des Nouvelles d’Alain paraît
maintenant en album aux Éditions des Arènes. Cette bande dessinée reportage
d’Emmanuel Guibert, Frédéric Lemercier et Alain Keler invite à suivre le périple
européen de ce dernier, sur les traces de la plus grande minorité du continent. Parti
à la rencontre des Roms pendant une décennie, il s’immisce dans le quotidien de
ce peuple déraciné, discriminé, harcelé, en proie à la misère et à l’indifférence.
En s’appuyant sur les instantanés d’Alain Keler, Emmanuel Guibert (La Guerre
d’Alan, Le Photographe) dresse le portrait peu reluisant de laissés-pour-compte
devenus indésirables. Des hauteurs de Pristina aux portes de Paris, avant de se
faire rattraper par l’actualité dramatique de l’été 2010 lors de l’épilogue, les auteurs
témoignent et constatent avec justesse, sans jamais tomber dans le larmoyant. À
la recherche de moments de bonheur et de notes positives dans cet amas de pay-
sages et visages désolés, ils s’attardent ainsi sur des enfants faisant la roue au
milieu de déchets ou sur une fête rythmée par de la musique tsigane. Malgré un
sujet qui invite moins au voyage que dans Le Photographe et d’autres petites imper-
fections, telles que l’absence de fil rouge au niveau de la narration ou un manque
d’empathie qui est probablement dû au regard distancié d’un auteur approchant
cette communauté avec une certaine retenue, cet éclairage humain et parfaitement
documenté ne peut pas laisser indifférent.
À l’instar de la trilogie consacrée aux images du regretté Didier Lefèvre, cet
ouvrage mêle à nouveau photographies, dessins et écriture. Le traitement visuel
étant assez proche de ce qui a été fait dans Le Photographe, il ne réserve certes
que peu de surprises, mais demeure cependant d’une qualité remarquable. Si les
dessins servent principalement de liant entre les différentes scènes et s’effacent
très souvent au profit du récit, certains passages permettent cependant de le mettre
en avant, comme lors de cette danse parsemée de couleurs, sur les airs endiablés
© Editions Belin, 2013

de Kesaj Tchavé. La véritable force graphique se situe évidemment au niveau des


images capturées par Alain Keler, car celles-ci permettent de partager des moments

128
qu’il serait impossible de dessiner ou de narrer. Au milieu des paparazzi et des
photographes de mariages il y a en effet LE photographe, celui qui n’hésite pas à
prendre des risques pour nous montrer l’envers du décor. Des hommes et des
femmes qui décident d’associer leur passion pour la photographie à la noble cause.
Des aventuriers dont Niépce et Daguerre seraient assurément fiers.
Tout comme Le Photographe ou Gaza 1956, cette entreprise journalistique
exploite parfaitement les possibilités du neuvième art, tout en lui faisant grand
honneur.
Réponse à la question page 193, encart jaune
Cette page peut inviter à se demander s’il s’agit de l’histoire de journalistes,
d’un photographe ? Le lieu ne semble pas très accueillant, (ruines, ville qui semble
déserte, pas de soleil…) où sont ces reporters ? Sont-ils en danger ? De quel sujet
sera-t-il question ?

SÉANCE 1 Quelle est l’originalité du récit


graphique Des nouvelles d’Alain ? Pages 194-195 du manuel

LECTURE sur l’épaule. Dans le premier, la présence du dessin


et de la photographie réelle renvoie au contenu de
Étude du 1er extrait
son roman graphique qui mêle clichés en noir et
1 Alain Keler explique que son choix de devenir blanc et dessin. Le second, que l’on trouve à la fin
reporter-photographe lui permettait d’échapper de la BD met en lumière la difficulté du métier et la
à ses parents : « Mes parents s’aimaient et s’en- mise en danger. Le gendarme imposant empêche
gueulaient sans arrêt. Je suis devenu reporter- Alain Keler de photographier en mettant sa main
photographe pour échapper à leurs disputes ». sur l’objectif.
Étude du 2e extrait Étude de la BD
2 Le travail d’Alain Keler est particulier. Il fonc- 5 Les cases sont composées à l’aide de textes,
tionne au désir. Son amour pour les Roms l’a
de dessins et de photographies en noir et blanc.
conduit à aller à leur rencontre de sa propre ini-
Le mélange rythme la page et le rend le propos
tiative, en solitaire, dans sa vieille Skoda. Il ne
réel, vécu.
joue pas uniquement le rôle de photographe, il
va à la rencontre des gens, il veut les connaître 6 La première case met en lumière l’arrivée de
avant de réaliser des clichés. Keler au camp. Il découvre le « bric-à-brac » des
habitations de fortune. Il utilise la première per-
3 La série de participes passés qualifie les Roms, sonne et produit ainsi un effet de réel, d’expé-
ces populations sont « enlisées, discriminées, har-
rience vécue. Sur la vignette il est « à l’entrée du
celées ou tout simplement abandonnées ». Les
camp ». Le dessinateur met l’accent sur le lieu qu’il
sujets les concernant sont jugés « souvent
représente en vue panoramique. Dans la deuxième
tragiques ».
case, se combinent texte et photographie noir et
4 Les deux portraits issus du prologue et de l’épi- blanc. Ces dernières présentent des femmes Roms
© Editions Belin, 2013

logue montrent qu’il s’agit d’un reporter-photo- autour « des petits poêles à bois ou à charbon »
graphe, il tient un appareil photo, il a une sacoche et de la préparation des frichtis. Elles ne regardent

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 129


pas l’objectif, sauf une. Elles ne cessent pas leur ÉCRITURE ET ORAL
travail, il est devenu « transparent », « ils vivaient
leur vie comme si je n’étais pas là ». 8 Il s’agit de reprendre les éléments les plus
importants des réponses précédentes, de les
Étude de l’ensemble des documents relier et de proposer un texte rédigé et cohérent.
Pour l’originalité du roman graphique, on pourra
7 La démarche d’Alain Keler est plus qu’une mettre en avant notamment : l’utilisation du « je »,
simple action de journaliste, car il est engagé
pour une cause, celle des Roms. Ses sentiments de l’expérience personnelle, l‘engagement, la
sont en jeu : « j’aime », il va à leur rencontre et ne photographie et le dessin mêlés.
rapporte pas seulement de l’information, mais
aussi les difficultés qui résultent de son travail.

SÉANCE 2 Comment les rencontres effectuées


éclairent-elles le reportage ? Pages 196-197 du manuel

LECTURE Cette scène insiste sur l’injustice de la réaction


de la serveuse et montre que Milan est une vic-
Étude de la rencontre de Nada
time impuissante.
1 Nada ressemble à une Rom « elle a étudié, elle
a un fils de 18 ans qui prépare Science-Po. » Elle Mise en relation des deux rencontres
est convaincue que l’école peut aider les gens à 5 Nada et Milan ont un rôle central dans le quo-
sortir de leur misère, des bidonvilles. Cette femme tidien des Roms. L’un et l’autre tâchent d’aider et
joue un rôle essentiel, elle introduit Alain Keler d’écouter, d’apporter des solutions à la situation
auprès des Roms et facilite son intégration : « je de leurs semblables. Keler dit de Nada : « je lui
lui dois ces reportages en Serbie ». La bande 2 dois ces reportages » et Milan l’aide à comprendre
montre comment elle renverse une situation déli- la situation. Les relations qui s’installent entre le
cate et évite les malentendus en présentant Alain. reporter et les deux personnes sont émouvantes
2 La bande 3 fournit des éléments biographiques et fortes, il s’agit d’amitié. Ils ont noué des liens
sur Nada et son éducation. Le mot « conviction » où chacun aide l’autre.
est répété. La photographie la montre au milieu 6 Nada et Milan méritent d’être mis en valeur
des Roms. Tous ces éléments se complètent et car ils sont courageux et font preuve de beaucoup
montrent le rôle central de cette femme. d’humanité, de générosité vis-à-vis des Roms.
Nada dans son rôle d’éducatrice et Milan en tant
Étude de la rencontre avec Milan
que bienfaiteur.
3 Milan est au centre des villageois, il semble
écouté, respecté, c’est lui qui a fait circuler une
pétition, il est engagé et meneur.
ÉCRITURE ET ORAL
4 Milan va au restaurant avec Alain Keler et
Lenka. La serveuse refuse de le servir, elle l’ignore 7 Les rencontres effectuées éclairent le repor-
et ajoute : « Et lui, il mange ici ? » Le dessin montre tage, car ces personnes vivent au quotidien parmi
d’ailleurs la serveuse tournée vers les reporters les Roms, connaissent tout d’eux. Sans Nada et
© Editions Belin, 2013

et non vers Milan, qui subit cette humiliation sans Milan, il n’y aurait qu’un reportage bien loin du
rien dire, car il ne veut pas provoquer d’incidents. vécu de cette communauté.

130
SÉANCE 3 Comment ce récit graphique mêle-t-il
témoignage personnel et Histoire ? Pages 198-199 du manuel

LECTURE 4 Keler a choisi de relater cet événement car il


est sensible à l’injustice dont les Roms sont vic-
Étude des Nouvelles d’Alain page 38
times. Cet épisode tragique illustre la façon dont
1 L’événement que rapporte Keler date de 2009. ils sont traités, ils sont laissés pour compte. Même
Il est en relation avec des « incendies criminels la justice ne punit pas ceux qui les attaquent. Le
visant les Roms » en République Tchèque. Préci- témoignage entre en résonnance avec le travail
sément il s’intéresse à une maison d’une famille de Keler qui est sensible à leur vie. Il montre que
Rom incendiée le 19 avril 2009, en Moravie. L’in- la Police est absente et ne protège pas ses conci-
formation est mise en scène grâce à une vignette toyens Roms qui sont exclus.
en format panoramique mettant l’accent sur l’in-
cendie en pleine nuit. L’opposition de noir, de bleu Étude des Nouvelles d’Alain page 39
et de rouge permet de faire ressortir davantage
ce dessin qui tranche avec le reste de la page. Les
5 En déposant les photographies de ses grands
parents David, Chana et de Raymonde sous la photo
deux autres vignettes font référence à la rencontre
des restes de la maison de Pavel, Anna et Natàlka,
du journaliste et de la famille quelques mois plus
Keler effectue un geste symbolique. Une partie de
tard « fin mai ». Les deux photos en noir et blanc
sa famille a été tuée « de la même manière », c’est-
montrent les parents « Pavel et Anna ». On lit sur
à-dire par le feu, en étant déportée à Auschwitz.
leur visage la tristesse, l’abattement, le trauma-
On comprend pourquoi le journaliste s’intéresse à
tisme subi.
l’incendie de Vitkov, car cet événement fait écho à
2 L’engagement du reporter est visible, à la fois l’histoire personnelle tragique de sa famille, per-
dans le choix des images, le gros plan sur le déses- sécutée parce que juive. « Les Juifs misérables des
poir des parents, le plan d’ensemble sur l’incendie villages et des ghettos, [...] avaient en commun
de la maison, ainsi que dans le texte : « des fachos avec les Roms d’être les souffre-douleur des socié-
de plus en plus remontés », son portrait en haut tés dans lesquelles ils vivaient ». Keler s’intéresse
à droite, « criminels », « en pleine nuit », qui s’op- aux exclus car lui-même a une histoire familiale de
pose à « une famille », « une fillette d’un an et persécutés.
demi », « grièvement », « toujours à l’hôpital »,
« subit greffe sur greffe ». Le reporter montre éga-
6 Grâce à la similitude de support, de couleurs,
par la taille des images du dessous qui rappellent
lement son implication en allant à leur rencontre les deux fenêtres de la maison brûlée, ces deux
pour prendre des nouvelles. « restes » sont mis en parallèle :
• celui de la maison incendiée, le gros plan sur
Étude du texte les deux fenêtres met en évidence les ravages de
« les incendiaires de Vitkov » l’incendie. La maison est devenue inhabitable,
3 Les victimes de l’incendie n’ont pas eu d’ex- elle est détruite par les flammes, sans vie.
cuses de la part des coupables qui « n’ont pas • celui des deux portraits souriants, du couple
exprimé de regrets sincères ». Si la famille a pu des grands-parents et de leur fille. Ils rappelent
acheter une maison neuve, c’est « grâce à une le couple des Roms et la petite fille blessée. Ces
collecte publique » et non à cause de la réparation images sont les seuls souvenirs qu’il reste à Keler.
des criminels. La petite Natàlka est restée huit Ces personnes sont mortes « de la même manière »
mois à l’hôpital et a subi « quatorze opérations ». que les roms. Il s’agit de la même injustice, de la
« Elle doit y retourner deux fois par semaine. » même persécution envers les Juifs et les Roms qui
Quant aux coupables : « des peines de vingt et sont des minorités.
vingt-deux ans de prison ont été prononcées », Le lecteur est ému par cette histoire personnelle
© Editions Belin, 2013

mais ils ont fait appel avec l’aide du président semblable à celle de la famille Rom. L’Histoire
Tchèque. Il s’agit d’une injustice. visiblement n’a pas servi d’exemple, puisqu’après

Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 131


les Juifs, ce sont les Roms qui sont les « souff re- montre un phénomène courant dans la situation
douleurs des sociétés ». des Roms. En parlant de sa famille, Keler montre
que la discrimination est toujours là, l’injustice
ÉCRITURE ET ORAL vis-à-vis des Roms est la même que celle qu’ont
7 Ce récit mêle témoignage personnel et Histoire subi les Juifs.
car l’histoire singulière de la famille de Vitkov

SÉANCE 4 L’art peut-il contribuer à l’information ?


Pages 200-201 du manuel

LECTURE slogan portant le nom de l’association « Kesaj


Tchavé, la vie sans la manche ». La photographie
Étude des Nouvelles d’Alain page 62
met en valeur la joie de ses femmes et enfants qui
1 Cette planche met en valeur la gaieté, la joie, dansent dans des costumes très colorés, qui ten-
on semble assister à une fête où il y a de la danse, tent de « faire grimper la température ». Les
de la musique, des chants. Les personnes sont vignettes dessinées encadrent la photo en faisant
en liesse ; le plan d’ensemble, les couleurs sont ressortir le côté visuel et attrayant de la
vives (jaunes, rouges, verts, bleus), les personnes manifestation.
nombreuses soulignent cette joie.
5 La réflexion de Keler est : « C’est marrant. Il
2 Les commentaires de Keler contrastent avec aura fallu que je passe par la Slovaquie pour
l’image si joyeuse, car ces gens qui font la fête sont atteindre enfin la banlieue parisienne. » Il se rend
dans des situations très difficiles. Ces « musiciens, compte que la situation des Roms en France est
chanteurs, danseurs viennent des villages et des la même qu’en Slovaquie. Son voyage lui a ouvert
bidonvilles les plus misérables des environs », et les yeux sur ce qui se passe chez lui.
se retrouvent dans des conditions sommaires : dans
« ce couloir voûté, de la taille d’un autobus ».

Étude des Nouvelles d’Alain page 65 ÉCRITURE ET ORAL


3 Kesaj Tchavé effectue sa manifestation sur le 6 Les élèves seront attentifs à rendre leur affiche
Parvis du Trocadéro, où sont présentes douze attractive, les choix du slogan et de l’image
associations françaises. Leur slogan : « Kesaj doivent être pertinents. Ils peuvent consulter les
Tchavé, la vie sans la manche ». Son but est d'aller sites suivants :
au-delà des clichés qui réduisent les Roms à des • http://www.journee-mondiale.com/186/jour-
mendiants. Le lieu est symbolique puisqu’il s’agit nee-internationale-des-roms.htm
du parvis des Droits de l’homme. Cette manifes- • http://aquitaine.france3.fr/2013/04/08/roms-
tation est placée sous le signe de la musique et le-8-avril-nous-commemorons-la-journee-mon-
de la danse, deux arts dans lesquels les Roms diale-des-roms-230647.html
excellent et qui montrent leur don d’eux-mêmes : • http://alain-keler.tumblr.com/archive
« si tu veux de l’amour, donnes-en ».
7 La démarche artistique de Keler et des Roms
4 Les dessins et la photographie mettent en valeur au travers de l’association Kesaj Tchavé contri-
le nombre de participants à cette manifestation buent à informer. Le récit graphique raconte,
(vignette 1 et 3). Sont présents les symboles du informe, dénonce l’injustice, aide les Roms ; la
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lieu : Paris et sa Tour Eiffel et Trocadéro. La bande- danse et la musique montrent la richesse de la
role est mise en avant dans la vignette 2, avec le culture Rom.

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SÉANCE 5 Comment Alain Keler rend-il compte
de la situation des Roms « aux portes de Paris » ?
Pages 202-203 du manuel

LECTURE photographie souligne la réussite de l’aide de


Colette en montrant l’image réelle de cette
Étude des Nouvelles d’Alain page 66
anecdote.
1 Cette planche apporte diverses informations : 4 Les pronoms personnels utilisés passent du
• Sur Keler, son engagement auprès d’Écodrom,
« elle » de Colette au « nous » rassemblant le « je »
sa découverte du sort des Roms, « aux portes de
de l’énonciateur, le collectif et les employés muni-
Paris ».
cipaux. Le journaliste fait désormais partie des
• Le sort des Roms qui vivent des expulsions, ou
adjuvants, il entre et s’installe dans la vie des
bien dans des campements, ou dans des squats.
Roms. Il ne va plus seulement à leur rencontre, il
L’information est hiérarchisée : la première
les aide.
vignette est introductive, la deuxième présente
le collectif Écodrom, avec l’image du groupe réuni.
La troisième montre l’engagement de Keler dans
une case de texte. Enfin la quatrième vignette ÉCRITURE ET ORAL
occupe les trois quarts de la page. Elle représente
le journaliste face aux expulsions. Un défilé de
5 Ce voyage se termine aux portes de Paris, parce
que ce qui se passe dans les différents pays que
Roms avec leurs bagages de fortune. Keler reste
Keler a visités, se passe également chez lui en
interdit. Le gris domine dans le ciel, le sol et donne
France. Le récit du voyage effectué auparavant
une impression de tristesse.
permet d’éclairer la situation des Roms, qu’ils
2 Keler joue toujours un rôle de reporter mais soient d’ici ou d’ailleurs.
son engagement se fait plus grand encore, il
« approfondit son sujet », « il soutient Écodrom et
6 Afin de présenter le roman graphique, les élèves
devront choisir des supports pertinents, reflétant
prend position », « les expulsions ne sont pas une
la création de Keler. Le titre, les auteurs et le des-
solution ». À présent, il souhaite voyager moins
sinateur devront figurer sur l’affiche, ainsi qu’un
pour pouvoir approfondir son engagement auprès
texte donnant envie de se plonger dans cette BD.
des Roms.
7 Keler rend compte de la situation des Roms
Étude des Nouvelles d’Alain page 67 aux Portes de Paris en montrant que leur situa-
3 Les cases se succèdent en mettant en avant tion, où qu’elle soit, est la même. Au fur et à
l’aspect narratif avec le texte appuyé par l’image ; mesure de son écriture, de ses photos, il s’investit
et le descriptif qui commence par un large plan de plus en plus, devient un membre actif du col-
panoramique, puis un resserrage sur les détritus. lectif venant en aide aux Roms. Il se sert de sa
Le zoom sur le collectif pour le nettoyage met en création, de son écriture et de ses photographies,
valeur leur action qui permet une solution. La comme un moyen d’action.
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Objet d’étude 3 - La construction de l’information • 133


ÉVALUATION Pages 204-205 du manuel

COMPÉTENCES DE LECTURE 4 (2 points) La dernière phrase met en valeur


une opposition avec l’utilisation du « mais ». L’ac-
Des nouvelles d’Alain, page 59
cumulation des groupes verbaux (un infinitif + un
1 (3 points) La photographie et la case nous nom propre) désigne le travail de Keler. Ces petites
renseignent sur le travail d’Alain Keler. On voit le actions, plus réalistes qu’une grande idée un peu
cliché repris l’ordinateur du reporter, dans la floue, sont faites de « silhouettes et de visages ».
vignette illustrée. Il travaille chez lui. Ainsi, on Cette dernière phrase est porteuse d’espoir, mais
peut voir les deux facettes de son travail : à l’exté- signale que ces actions sont à entreprendre dès
rieur, lorsqu’il effectue des prises de vue, et chez maintenant.
lui pour enregistrer les photographies, les
retravailler.

Article critique
2 (2 points) Cet article exprime une opinion très COMPÉTENCES D’ÉCRITURE
favorable : « un des plus beaux livres ». L’auteur (10 points)
utilise un vocabulaire mélioratif, il met en avant Traitez un des deux sujets suivants au choix.
le caractère bienveillant et engagé de Keler envers
la cause des Roms : « Keler montre leur vie comme
5 a] Les élèves veilleront à entrer dans le rôle de
critique pour un site web de BD, ils devront suivre
peu de médias [...] » (comparaison). « Ce photo- le plan présenté : le projet de Keler, le sujet, l’ori-
graphe arrive avec respect », « il cherche à cap- ginalité, leur avis (positif, négatif ou nuancé). Les
turer l’essence du bonheur, qui finit toujours par arguments avancés devront être illustrés. Afin
surnager dans les océans de misère » (métaphore). d‘aider à la rédaction, à la relecture ou à l’affinage
La bande dessinée est un « modèle d’humanisme de leur production, les élèves pourront consulter
et d’amitié sincère ». les sites présentant la critique de la BD :
Épilogue • ht t p://w w w.re v ue21 .f r/D e s - no u velle s
-d- Alain-1e-episode
3 (3 points) Cette phrase développe et précise
• http://www.planetebd.com/bd/les-arenes/des-
ce que veut dire « stigmatiser ».
nouvelles-d-alain/des-nouvelles-d-alain/12433.
– « Généraliser les accusations », c’est faire des
html
amalgames : si quelques Roms sont coupables
• http://www.actuabd.com/Des-nouvelles
d’un délit, on dira que « tous les Roms sont des
-d-Alain-Par-Guibert
délinquants » plutôt que de s’en tenir au fait réel,
à la responsabilité d’une personne ou d’un groupe 5 b] Dans un texte rédigé et composé, les élèves
particulier ; feront état de ce qu’ils auront appris lors de cette
– « Identifier une communauté à un problème », séquence, il s’agira peut être du travail de repor-
c’est désigner les Roms comme responsable des ter-photographe, de la connaissance d’une popu-
difficultés du pays – la crise, le chômage, l’insé- lation méconnue, les Roms, de certaines situations
curité – plutôt que de prendre des mesures pour complexes et discriminantes. Le texte devra com-
remédier vraiment à ces difficultés ; porter des exemples précis pris dans la séquence
– « monter en neige les peurs et les bas instincts », ou dans la lecture complète de l’œuvre.
c’est encourager les réactions d’intolérance ou Afin de compléter le travail du reporter et de la
de rejet dans la population française, au lieu de mise en BD, la lecture de : http://www.revue21.
les inhiber par l’éducation et la connaissance de fr/Grands-Reporters-20-histoires peut être
personnes différentes de soi : les Roms. intéressante.
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