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Le Maroc a adopté le régime de fixité dans les années 1970, suite à la crise du système de

Bretton Woods. Ce dernier était alors rattaché à un panier de devises représentatif de


l'ensemble des monnaies fortes. Dès la mise en circulation de l'euro, ledit panier est devenu
représentatif des seuls euro et dollar à raison respectivement de 80% et 20%. Une pondération
qui a été récemment revue à 60% pour l'euro et 40% pour le dollar. Abdellatif Jouahri (le
gouverneur de la Banque centrale) a annoncé, mardi 18 avril que le Maroc va entamer le
processus de libération du dirham. Dans l’imaginaire collectif économique, le passage d’un
système fixe à un système flexible de change renvoie aux exemples chaotiques de la Turquie et
de l’Égypte. Ces deux pays avaient connu une dépréciation soudaine de leur monnaie, avec des
conséquences catastrophiques sur leur économie. Alors quels sont les enjeux d’une telle
décision ? Quel impact sur les ménages et les entreprises marocaines ? Dans l'état actuel
des choses, doit-on forcément s'attendre à une baisse du cours du dirham ?
Avantages du passation a un régime flexible :
Actuellement, le Maroc fait partie des États à régime de change dit "fixe". Ce sont donc les
autorités qui mettent en place la valeur de la monnaie. Dans ce système, la banque centrale
satisfait l’ensemble des besoins en devises, sans limite et sans ajustement sur les prix. Quant
au régime de change flottant, il est basé sur la détermination du cours de change de chaque
monnaie par rapport aux autres, via la confrontation de l'offre et la demande des diverses
devises sur le marché des changes. Toutefois, en cas de forte instabilité du cours de change,
Bank Al Maghrib peut intervenir sur le marché de change, soit en vendant ou en achetant une
ou des devises, soit en instaurant le contrôle de change.
En cas de choc externe, le régime fixe démontre toutes ses limites puisqu’il met de la pression
sur les réserves, et débouche sur un passage forcé au régime de change flottant.
Selon quelques économistes, cette passation aura un effet chaotique sur l’économie
marocaine, comme la situation de la Turquie et de l’Égypte dont la monnaie a connu une forte
dépréciation. Mais pour les experts de Bank Al Maghrib, ce n’est pas le meme cas pour le
Maroc. Ces deux pays se sont vus imposer ce régime du fait de la fragilité de leur situation
économique. Or, pour le Maroc il s’agit d’une démarche voulue, basée sur l’importance des
pré-requis : une dette soutenue, une faible intrusion des investissements spéculatifs, une
inflation largement maîtrisée, une réglementation de change rigide, et un budget global de
moins en moins déficitaire".
Ainsi, Pour un pays en développement comme le Maroc, la mise en place d'un tel régime
peut être un moyen d'augmenter les recettes en devises, de booster l'offre exportable et les
investissements étrangers et de faciliter l'intégration à l'économie mondiale.
Pour le citoyen, c'est peut-être un changement dans les habitudes de consommation et une
orientation vers le produit national, mais surtout de nouvelles opportunités d'emploi et
d'insertion professionnelle grâce à une économie dynamique et créatrice de richesse. Donc
une rationalisation de la consommation des biens importés s'imposerait en cas
d'augmentation des prix de ces derniers.
Pour les entreprises, c'est une révolution culturelle où la définition d'une vraie stratégie et la
mise en place d'une gestion des risques sont les keywords, plutôt qu'une gestion
opérationnelle au jour le jour. Donc une orientation vers la maîtrise de la chaîne de valeur et
la définition de stratégies de croissance s’imposeraient -industrialisation et
internationalisation, notamment- afin de garantir un développement durable loin de toute
dépendance et de chocs de l'environnement externe.
Enfin il ne faut pas oublier que pour l'Etat, c'est plutôt un soulagement des finances
publiques et une orientation de l'effort financier du Trésor vers l'investissement et le
renforcement des fondamentaux économiques.
Inconvénients
Najib Akesbi estime que le Royaume n’est pas prêt à franchir une telle étape, à l’opposé du
discours et des chiffres avancés par Bank Al Maghrib. Et cela pour plusieurs raisons.
Notamment, la conjoncture structurelle du Maroc. Au niveau de la balance des paiements, par
exemple, les transferts des MRE stagnent entre 55 et 60 MMDH depuis 10 ans, et ce en
Dirhams courants. . Idem pour les IDE (Inv directs a l’étranger), qui varient entre 2 et 3
milliards de dollars annuellement, et ne dépassent pas 4 milliards de dollars dans le meilleur
des scénarios.
Ainsi, Toujours en termes d’investissements, Les investisseurs n’attendent pas que cela. Les
investissements dépendent de tellement d’autres facteurs que du taux de change: le climat
d’investissement, la politique de formation, les infrastructures, le niveau de corruption dans
l’administration… ce sont ça les véritables anomalies de notre pays qui font que les
investisseurs ne viennent pas ou si peu.
Ainsi, il faut souligner que la flexibilisation du Dirham aura un impact significatif sur sur la
dette extérieure qui "est entrain de ré-exploser",", après une baisse observée en 2006 et 2007.
Son encours, qui dépasse les 320 MMDH, pourra être renchéri en cas de dépréciation du
Dirham.
Le Maroc n’a pas de rente pétrolière, et sa rente phosphatière est ridiculement basse. Il n’a pas
d’autres ressources que ses recettes fiscales pour couvrir ses dépenses publiques. Le taux de
couverture de celle-ci par les recettes fiscales tourne autour de 60%. En ajoutant des éléments
comme les recettes des domaines ou des phosphates, ce taux est ramené à 67%. On ne peut
couvrir le reste que par l’endettement, sauf si une véritable réforme fiscale est engagée.
Depuis 1974, la balance commerciale du Maroc est structurellement déficitaire. Depuis, nous
n’avons jamais eu une année où nos exportations ont dépassé nos importations. Ce déficit
structurel est lié à une dépendance énergétique et alimentaire qui représente près de 40% des
importations du Maroc. Avec les biens d’équipements et les demi-produits, ce taux est ramené
à 85% d’importations incompressibles.
La combinaison de tous ces éléments est un signal fort que le Maroc n’est pas encore prêt à la
libéralisation ou la flexibilisation du Dirham. Une dépréciation du Dirham est alors inévitable,
même dans une situation de flottement contrôlé.
L’essentiel des indicateurs sur lesquels cette réforme est fondée ne tient pas; c'est fragile,
précaire et aléatoire. C’est ça la réalité
Pour conclure, On peut dire que rien ne légitime la réforme du régime de change. Le Dirham
est lié à un panier de devises qui fluctuent. Nous avons donc déjà, en quelque sorte, un régime
de change intermédiaire, qui est assez adapté au Maroc. Pour changer ce système, il faudra
tout d’abord que ce système fait problème, ce qui n’est pas le cas.

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