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UN HISTORIEN FOUCALDIEN ?

Philippe Artières

Belin | « Revue d’histoire moderne & contemporaine »

2013/4 n° 60-4/4 bis | pages 156 à 161

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ISBN 9782701181059
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Parcours foucaldiens en histoire

Un historien foucaldien ?

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Philippe ARTIÈRES
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Il y eut les historiens avec qui Foucault travailla : Jean-Pierre Peter1 et Georgette
Legée2 sur le dossier Pierre Rivière (1973), Michelle Perrot sur le panopticon
de Bentham (1977)3, Arlette Farge sur les lettres de cachets (1979-1982)4. Il
y eut ceux avec qui il ne dialogua pas mais qui pourtant hantent ses livres :
Michel de Certeau et Philippe Ariès ; il y en a d’autres avec qui il se disputa
– Jacques Léonard – ou entretint une discussion tendue, comme ceux réunis
pour la fameuse table ronde du 20 mai 1978 pour L’impossible prison dont
Maurice Agulhon, Carlo Ginzburg et Jacques Revel5 ; il y eut également son
éditeur chez Gallimard depuis Les mots et les choses (1966) jusqu’au Souci de
soi (1984) : Pierre Nora6.
Il y eut enfi n ceux qui fi rent exister le travail de Foucault après sa mort
au moment du passage au désert du milieu des années 1980 : Arlette Farge
et Michelle Perrot toujours mais aussi Roger Chartier notamment furent les
acteurs de cette défense. Puis vint le temps des années 2000, le moment où
Foucault fut le grand inspirateur revendiqué ; Gérard Noiriel s’en réclama7,

1. C’est Jean-Pierre Peter, historien de la médecine à l’EHESS, qui apporta le dossier de Pierre
Rivière au séminaire de Foucault au Collège de France en 1972 ; voir la préface à l’édition Folio (1994)
de Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère…, Paris, Gallimard/Julliard, 1973 ;
le dossier judiciaire et le mémoire du « parricide aux yeux roux » sont conservés aux archives départe-
mentales du Calvados à Caen.
2. Diplômée d’études supérieures en physiologie, puis professeur agrégée de sciences naturelles au
lycée Jean-de-la-Fontaine à Paris, Georgette Legée s’intéressa à partir de 1965 à l’histoire des sciences
biologiques, notamment à la fi gure de Pierre Flourens (1794-1867), physiologiste français, objet de sa
thèse de doctorat ès lettres soutenue à l’université Paris 4 en 1986. Cf. Jean T HEODORIDES, « Georgette
Légée (1914-1993) », Revue d’histoire des sciences, 47-1, janvier-mars 1994, p. 141-142.
3. Jeremy BENTHAM, Michel FOUCAULT, Michelle PERROT, Le panoptique, précédé de L’œil du
pouvoir, entretien avec Michel Foucault, Paris, Belfond, 1977.
4. Arlette FARGE , Michel FOUCAULT, Le désordre des familles. Lettres de cachet des archives de la
Bastille, Paris, Gallimard/Julliard, 1982.
5. Voir Michelle PERROT (éd.), L’impossible prison : recherches sur le système pénitentiaire au XIX e siècle,
Paris, Seuil, 1980.
6. Voir sur cette relation de l’historien-éditeur Pierre Nora avec Foucault : François DOSSE , Pierre
Nora. Homo historicus, Paris, Perrin, 2011.
7. Gérard NOIRIEL , Penser avec, penser contre, Paris, Belin, 2003.

REVUE D’HISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE


60-4/4bis, octobre-décembre 2013
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puis Michèle Riot-Sarcey8. Foucault a ainsi largement habité la discipline au


cours des années 1970-1980 ; ce voisinage qui fut souvent complice – Foucault
cite plus facilement les historiens contemporains que les philosophes ou les
sociologues9 – dément la thèse trop répandue d’un affrontement. Au Collège
de France, ses collègues furent d’abord des historiens (Emmanuel Le Roy
Ladurie, Paul Veyne, Georges Duby élu le même jour que lui) ; c’est aussi avec
Vidal-Naquet qu’il évoqua ses derniers travaux10.
Nous, nous sommes de la génération d’après11, héritiers de certains de ces

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historiens dont nous fûmes les étudiants. Je suis l’un de ceux, avec d’autres,
dont on a pu dire ou écrire qu’il est « un historien foucaldien ». Association
inédite. Étrange adjectif que celui de « foucaldien » lorsqu’on l’accole au terme
d’historien. Longtemps on parla des historiens marxistes – Albert Soboul
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pour n’en citer qu’un ; on accola aussi à un certain nombre d’autres histo-
riens l’expression « de l’école des Annales » ; de même, on parle facilement des
historiens de la « Société de 1848 » ; dans tous ces cas, la défi nition était aisée,
les critères facilement repérables et partagés. Mais un « historien foucaldien »,
qu’est-ce au juste ?
L’usage de l’adjectif fut, quelques longues années, dit-on, péjoratif, ironique
voire oxymorique. L’historien ne pouvait être foucaldien puisque Foucault
défi nissait ses histoires comme des fictions ; dans un entretien en italien avec
Duccio Trombadori, il affi rme en 1980 :
« À la fois j’utilise les méthodes les plus classiques : la démonstration ou, en tout cas, la
preuve en matière historique, le renvoi à des textes, à des références, à des autorités, et la
mise en rapport des idées et des faits, une proposition de schéma d’intelligibilité, de types
d’explications. Il n’y a là rien d’original. […] Malgré cela, les personnes qui me lisent, en
particulier celles qui apprécient ce que je fais, me disent souvent en riant : “Au fond, tu sais
bien que ce que tu dis n’est que fiction”. Je réponds toujours : “Bien sûr, il n’est pas question
que ce soit autre chose que des fictions” »12.

Aujourd’hui, il en est autrement : on a redécouvert l’article de Paul Veyne


affi rmant que Foucault avait révolutionné l’histoire13 ; une partie de la dis-
cipline convient que ses recherches, ses livres et ses cours ont radicalement
changé l’approche historienne, que les archéologies qu’avait menées l’auteur de

8. Michèle R IOT-SARCEY, « Michel Foucault pour penser le genre : sujet et pouvoir », in Virginie
DESCOUTURES, Eleni VARIKAS, Danielle C HABAUD -RYCHTER, Anne-Marie DEVREUX (éd.), Sous
les sciences sociales, le genre. Relectures critiques de Max Weber à Bruno Latour, Paris, La Découverte,
2010, p. 512.
9. Foucault cite Pierre Chaunu ou Arlette Farge plus que Robert Castel ou Claude Lefort.
10. C’est Hélène Monsacré, élève de Pierre Vidal-Naquet et éditrice de profession, qui semble, selon
nos informations, avoir revu les citations grecques des deux derniers tomes de l’Histoire de la sexualité.
11. Selon l’expression qu’avec Mathieu Potte-Bonneville nous avons utilisée pour qualifier notre
usage de cette pensée, voir Philippe A RTIÈRES, Mathieu POTTE -BONNEVILLE , D’après Foucault. Gestes,
luttes, programmes, Paris, Point Seuil, 2011.
12. Entretien avec Duccio Trombadori in Michel FOUCAULT, Dits et écrits, t. 4, Paris, Gallimard,
1995, p. 863.
13. Paul VEYNE , Comment on écrit l’histoire : essai d’épistémologie, Paris, Seuil, 1970 ; rééd. augmentée
de « Foucault révolutionne l’histoire » (1978).
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Surveiller et punir constituent un apport considérable14. L’adjectif foucaldien


demeure pourtant énigmatique lorsqu’on l’associe à une pratique historienne.
Quel historien suis-je donc pour être qualifié de foucaldien15 ?

CE QU ’ÊTRE FOUCALDIEN N ’EST PAS

Écartons donc d’emblée les mauvaises raisons qui assigneraient un historien aux
travaux de Foucault : les fi liations académiques – serait foucaldien celui qui a

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travaillé avec le philosophe ou celui qui mène ses recherches avec l’historien(ne)
qui a travaillé avec Foucault ; on peut ainsi affi rmer que ni Michelle Perrot
ni Arlette Farge ne sont des « foucaldiennes ». L’une et l’autre ont mené leurs
recherches selon des voies qui leur étaient propres. Elles ne se sont jamais reven-
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diquées comme telles, sans pour autant nier les effets de sa lecture16. Arlette
Farge inscrit d’ailleurs le plus souvent sa démarche dans celle de Pierre Bourdieu.
D’autre part, il faut aussi immédiatement récuser la thèse selon laquelle serait
foucaldien celui qui étudierait l’histoire des fous, des criminels, des homosexuels,
des transgenres, etc. En somme, tout se passe comme si questionner ces figures
de l’ombre de l’histoire ferait obligatoirement de ces recherches des travaux
foucaldiens. Il n’y aurait désormais d’histoires des marges, des subalternes ou
de queer studies que sous la figure du philosophe. D’une part l’équation est
fausse et, par ailleurs, Foucault ne mena en rien cette histoire mais celle de la
manière dont émergent ces catégories, ces nouvelles figures. Ne l’intéresse pas
l’hermaphrodite mais la constitution à un moment de notre histoire du regard
sur les hermaphrodites ; ce qu’il désigne comme une « problématisation ». Le
fait méritait d’être souligné, David Halperin a remarquablement mené cette
critique dans ses ouvrages dont son célèbre Saint Foucault17.

DES CONCEPTS FOUCALDIENS ?

On peut émettre l’hypothèse que serait une entreprise historienne foucaldienne


celle qui précisément userait de certains des concepts produits par l’auteur
de L’ordre du discours : la reprise de l’une ou l’autre des deux perspectives,

14. En France, plusieurs journées d’études ou colloques ont été organisés par des historiens sur
Foucault ces dernières années : citons Foucault et la Renaissance, Une histoire au présent : les historiens
et Michel Foucault aujourd’hui. Colloque organisé par Damien Boquet (Université d’Aix-Marseille 1/
IUF), Blaise Dufal (EHESS), Pauline Labey (EHESS), Aix-en-Provence, Maison méditerranéenne
des sciences de l’Homme, 30, 31 mai-1er juin 2011, Foucault et la Renaissance, colloque international,
Toulouse, 14, 15 et 16 mars 2012 ; Régimes de vérité, gouvernementalité et biopolitique : les historiens et Michel
Foucault. Journée d’études de la Société d’histoire moderne et contemporaine, vendredi 14 juin 2013.
15. La problématique de cet article m’a été suggérée par les éditeurs de la RHMC ; je les en remercie.
16. Arlette FARGE , « le parcours d’une historienne ». Entretien avec Laurent Vidal, Genèses, 48,
juillet-septembre 2002, et Michelle PERROT, « Michel Foucault : le mal entendu », Société et représenta-
tions, 3, 1996, p. 144-156.
17. David M. H ALPERIN, Saint Foucault : Toward a Gay Hagiography, New York, Oxford University
Press, 1995. Traduction française D. Eribon, Paris, éditions EPEL, 2000.
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archéologique ou généalogique, constitue sans doute un élément d’identi-


fication. On admet par « archéologie » un programme visant à étudier non
l’histoire des idées dans leur évolution, mais plutôt cherchant à voir en des-
sous des idées comment ont pu apparaître tels ou tels objets comme objets de
connaissance. Mais ces deux voies sont devenues aujourd’hui très communes
au point qu’on peut se demander dans quelle mesure des travaux y échappent.
Restent d’autres concepts, ceux que Foucault met au centre de ses recherches,
à commencer par les notions de pouvoir ou de subjectivation. C’est en ce

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premier sens, celui d’un usage de ces concepts que je pourrais me reconnaître
dans cet adjectif « foucaldien » comme nous avions tenté de le dire dans notre
livre avec Mathieu Potte-Bonneville, intitulé dans cette perspective D’après
Foucault. Faire l’analyse de micro-dispositifs de pouvoirs, comprendre com-
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ment lors de tel ou tel événement, aussi minime soit-il, une mutinerie dans une
prison ou bien la rédaction d’un court mémoire autobiographique, quelque
chose d’inédit émerge, une force surgit qui vient soudain modifier l’état des
choses. Tenter de faire la chronique de ces soulèvements, de ces instants de
subjectivation suggère peut-être une tentative d’inscrire son travail dans les
pas de ceux de Foucault.

UNE PÉRIODISATION FOUCALDIENNE

Sans doute se voit-on surtout devenir historien foucaldien à mesure que,


dans les travaux menés, apparaît un accord avec la périodisation proposée
par Foucault. Cette périodisation est désormais bien connue. Elle apparaît
d’abord dans l’Histoire de la folie, avec la rupture centrale que constitue le
« grand renfermement » ; elle est reprise dans Les mots et les choses, sous la
forme d’une succession d’épistémés, tandis que Surveiller et punir s’attache
à étudier davantage l’une de ces périodes (l’âge du disciplinaire) ; sans cesse
affi né, discuté par Foucault, ce découpage se trouve au centre des cours au
Collège de France, notamment avec l’émergence du biopouvoir. Foucault invite
aux chemins de traverse. Il aime à franchir les grands partages opérés par la
discipline historique. Nulle Renaissance, ni Révolution. Il nous oblige à nous
déprendre de nos catégories historiennes.
L’histoire de l’écriture que j’ai tentée d’écrire depuis vingt ans a largement
croisé la périodisation proposée par Foucault, de La clinique de l’écriture, une
histoire du regard médical sur l’écriture (1998), à La police de l’écriture, l’invention
de la délinquance graphique (2013) ; en m’attachant à la manière dont l’écrit
avait été constitué en discours de vérité, il m’est progressivement apparu que
l’invention de l’écriture moderne avait accompagné les périodes esquissées par
Foucault : de l’âge classique à l’âge des disciplines jusqu’aux sociétés de contrôle.
Dans chacun de ces moments, une fonction particulière est assignée à l’écrit
et avec elle s’invente un certain regard esthétique, médical puis policier. On
voit ainsi comment on passe d’une écriture considérée comme pathologique à
une écriture délinquante pour parvenir à une fraude documentaire.
160 REVUE D’HISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

L’OPÉRATION FOUCALDIENNE

Mais l’accord sur la périodisation cache sans doute une autre pratique, celle
d’un rapport singulier aux archives, constituées en l’archive. Les chronologies
sont souvent chevauchements, mais ce qui fait rupture, c’est soudain l’archive.
Une correspondance, une circulaire, un fragment de journal, quelques lignes
d’un rapport font parfois événement. Cette attention au moindre, à l’infi me
éclat dans la masse des écrits, et ce geste qui consiste à en opérer l’extraction,
la découpe, tel est peut-être ce qui défi nit l’historien foucaldien. De même

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qu’il y a chez Certeau une manière de travailler avec les archives, il y a chez
Foucault une pratique singulière d’opérer les traces du passé ; on peut voir le
résultat de ces opérations sur les fiches de lecture du philosophe lors de ses
séances à la Bibliothèque nationale18 ; cette opération n’est jamais la même
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mais elle consiste à promener son bistouri au plus près des tissus et d’ouvrir
les cadavres19. Cette opération est toujours accompagnée d’un questionnement
sur les archives mêmes. Sans doute être historien foucaldien contemporain
nécessite ce passage au miroir de l’archive ; il convient de l’interroger non pas
seulement comme source mais comme objet d’histoire. Ne pas céder à son
goût mais commencer par faire l’histoire de cette trace écrite.

***
En héritage, outre ces gestes, il y a, croyons-nous, une attitude qui révèle
aussi une attention ; Foucault fut un formidable passeur ; en introduisant dans
ses livres mais aussi dans ses enseignements toute une série de matériaux, il a
produit aussi d’extraordinaires effets d’écriture. L’historien foucaldien serait
peut-être aussi un mont(r)eur. On peut ainsi se demander dans quelle mesure
les Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard (1988-1998) ne sont pas l’image
de cette attention de l’historien foucaldien. Car à bien regarder les ouvrages
du philosophe et ses archives de travail, on voit combien, pour chacun de ses
projets, il inventa des formes nouvelles. Ne jamais écrire le même livre, sans
cesse se déprendre de sa propre manière de faire. En somme, une invitation
à produire des écritures nouvelles de l’histoire dont le scripteur pourrait être
presque invisible. L’historien foucaldien serait en cela un chercheur inquiet,
conscient d’être détenteur d’un savoir fragile et fragmentaire.
Philippe A RTIÈRES
IIAC-CNRS/EHESS
105, boulevard Raspail
75006 Paris
ph.artieres@wanadoo.fr

18. On peut consulter ces fiches pour Les mots et les choses sur la base de la Bibliothèque foucal-
dienne http://lbf-ehess.ens-lyon.fr
19. Nous renvoyons ici au bel entretien donné par Foucault à Claude Bonnefoy en 1968 et paru
aux éditions de l’EHESS, sous le titre forgé Le beau danger (2011).
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Résumé / Abstract

Philippe ARTIÈRES
Un historien foucaldien ?
L’apparition de l’adjectif « foucaldien » pour caractériser des travaux historiques oblige à
penser la possibilité d’une éventuelle adhésion à la pensée de Michel Foucault. Comment écrire
l’histoire après mais avec Foucault ? L’auteur de l’article tente de dessiner les contours de cet
héritage en se livrant à son auto-analyse.
MOTS - CLÉS : XX e siècle, Michel Foucault, historiographie, écriture, marginalité, archives ■

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Philippe ARTIÈRES
A foucaldian historian ?
The adjective “foucauldian” refering to historic works necessarily goes along with the idea of affilia-
tion to the thought of Michel Foucault. How is it possible to write history both after and with Foucault?
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The author tries here to draw the outlines of this heritage by means of self-analyzing.
K EYWORDS: 20th century, Michel Foucault, historiography, writing, marginality, archives ■