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Les déficits budgétaires au Maroc
Entre l’impératif de discipline et l’objectif
de relance

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Les déficits budgétaires au Maroc
Entre l’impératif de discipline et l’objectif
de relance

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Sommaire

INTRODUCTION GENERALE ...............................................................12


PREMIERE PARTIE :....................................................................16
LES DEFICITS BUDGETAIRES ET LEURS MODALITES DE
FINANCEMENT .................................................................................16
INTRODUCTION DE LA PREMIERE PARTIE...........................................18
CHAPITRE I :......................................................................................20
DU CONCEPT DE DEFICIT BUDGETAIRE A SA MESURE .........................20
INTRODUCTION DU CHAPITRE I .................................................................... 22
Section I : Approche théorique des soldes budgétaires .................... 24
Section II : Approches comptable et empirique du déficit budgétaire
............................................................................................................... 58
CONCLUSION DU CHAPITRE I ..................................................................... 154
CHAPITRE II : MODALITES DE FINANCEMENT DU DEFICIT BUDGETAIRE
AU MAROC.......................................................................................... 157
INTRODUCTION DU CHAPITRE II ................................................................. 158
Section I: Le financement intérieur du déficit budgétaire .............. 159
Section II: Le financement externe du déficit budgétaire ............... 196
Section III : Des déficits à l’accumulation de la dette publique ...... 209
CONCLUSION DU CHAPITRE II .................................................................... 230
CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE......................................................... 232
DEUXIEME PARTIE : LES DEFICITS BUDGETAIRES ET LA RELANCE DE
L’ECONOMIE ....................................................................................... 235
INTRODUCTION DE LA DEUXIEME PARTIE ........................................ 236
CHAPITRE III : CONTROVERSE AUTOUR DE L’EFFICACITE DE L’ACTION
PAR LES DEFICITS PUBLICS OU LE DEBAT SUR LA DISCIPLINE BUDGETAIRE
........................................................................................................... 238
INTRODUCTION DU CHAPITRE III ................................................................ 240
Section I : De l’analyse classique au théorème Ricardo-Barro :
l’impératif de la discipline budgétaire ................................................. 242
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Section II- Les effets d'éviction dans les modèles théoriques
contemporains ..................................................................................... 251
CONCLUSION DU CHAPITRE III ................................................................... 293
CHAPITRE IV : ETUDE EMPIRIQUE DES EFFETS DE L’ACTION DE L’ETAT
PAR LES DEFICITS BUDGETAIRES .......................................................... 296
INTRODUCTION DU CHAPITRE IV ................................................................ 297
Section I : Les analyses empiriques de l'effet d'éviction financier : le
cas de quelques pays développés ........................................................ 298
Section II : L’effet d’éviction et/ou d’entraînement financier au
Maroc : une approche empirique ........................................................ 322
CONCLUSION DU CHAPITRE IV................................................................... 345
CONCLUSION DE LA DEUXIEME PARTIE ........................................................ 347
CONCLUSION GENERALE ................................................................. 349
LISTE DES TABLEAUX ....................................................................... 356
BIBLIOGRAPHIE............................................................................... 363

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Introduction générale

Les enjeux relatifs aux déficits budgétaires et aux différentes


modalités de leurs financements ont beaucoup évolué au cours du
temps. Jusqu’au début du XXème siècle, la théorie économique s’est
plus préoccupée du problème de justice fiscale qu’à la question de
contrôle de l’activité économique par les finances publiques. Ainsi,
durant le XIXème siècle, époque où régnait la doctrine libérale, l’action
de l’Etat était confinée à ce que l’on qualifiait comme ses fonctions
principales : maintien de l’ordre, sécurité des biens et des personnes,
sécurité du territoire, etc. L’orthodoxie financière requerrait qu’il y ait
équilibre entre les recettes et les dépenses publiques. Cette conception
classique des finances publiques découlait de leur foi dans les
mécanismes du marché et de la nécessité de l’abstention de l’Etat
d’intervenir dans l’activité économique pour ne pas gêner le secteur
privé. En face des cycles économiques qui faisaient alterner
régulièrement les phases de crise et les phases d’expansion, la théorie
classique des finances publiques, qui considérait cette succession
comme inévitable, était désarmée. Ainsi, durant la crise des années 30,
alors que les recettes fiscales baissaient, la théorie classique conseillait
le rétablissement de l’équilibre budgétaire par une contraction parallèle
des dépenses publiques. Tous les gouvernements qui avaient appliqué
ce précepte ne faisaient qu’aggraver la situation.
Frappé par la sévérité de la crise de 1929, J.M.Keynes va exposer
dans sa « Théorie Générale » des idées totalement contraires à
l’orthodoxie financière. Mettant l’accent sur le sous-emploi, l’auteur va
préconiser comme remède une politique du déficit budgétaire. Pour
justifier celle-ci, Keynes a mis en avant la notion de multiplicateur des
dépenses publiques. Dans la mesure où la priorité consistait à donner
du travail aux chômeurs, le type de dépenses que l’Etat devait engager
n’avait que peu d’importance. Dès lors, la règle de l’équilibre
budgétaire a cédé la place à la politique des déficits budgétaires qui
débouche sur une compensation systématique entre dépenses publiques
et dépenses privées. Cette analyse a donné naissance à de multiples
développements qui ont enrichi l’apport initial de Lord Keynes, au point
que, dans les années 1950-1975, l’impression générale était

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l’optimisme : le « réglage fin » de la conjoncture paraissait possible et
le cycle des affaires pouvait être amoindri sinon éliminé.
A la suite des deux chocs pétroliers, les difficultés économiques qui
sont apparues ont fait naître de nouveaux modes de régulation
d’inspiration libérale. En fait, l’application dans les années 80 de
politiques économiques déclarant rejeter l’instrument budgétaire n’a
fait que refléter la montée en puissance du credo libéral dans les milieux
scientifiques. Il faut dire que la réorientation théorique s’est nourrie de
nombreuses observations empiriques qui paraissaient condamner les
principes keynésiens. Ainsi le fait d’avoir admis pour vraie cette
relation inverse entre le taux de chômage et le taux d’inflation (loi de
Phillips) a précipité la plupart des économies occidentales dans
l’inflation. S’ajoutant à ce phénomène le ralentissement de la croissance
économique qui a rendu plus difficilement supportable le poids des
prélèvements obligatoires. Les méfaits de la stagflation ont
incontestablement favorisé le succès des thèses libérales.
En somme, le creusement des déficits budgétaires à la suite
notamment de la crise économique qui a secoué l’économie mondiale
aussi bien vers le milieu des années 70 qu’aux alentours de 2008 va
poser le problème de leur financement, problème suscitant la
controverse sur la discipline budgétaire et sur les effets de relance
induits par les déficits publics. Cette problématique va préoccuper la
plupart des écoles de pensée, notamment les monétaristes et les
keynésiens. Le débat qui va s’animer entre ceux-ci sera centré sur les
effets économiques et financiers des déficits budgétaires et en
particulier les effets d’éviction et/ou d’entraînement financiers.
L’objet de ce modeste travail est de mettre en exergue le débat sur
les effets des déficits budgétaires en l’occurrence l’effet de leur
gonflement. En réalité, les effets négatifs du déficit budgétaire sur
l’activité du secteur privé ont été pressentis par les classiques qui ont
émis des mises en gardes contre le développement excessif de l’activité
publique. Plus encore, l’auteur de la « Théorie Générale » a lui-même
averti les gouvernements des dangers que pouvait présenter le
financement du déficit budgétaire sans accompagnement monétaire.
Cependant Keynes a relégué au second plan le problème de
financement dudit déficit car il était convaincu qu’une politique
budgétaire expansionniste permet de générer une épargne suffisante
pour couvrir le déficit budgétaire.

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Dans ce sens, il sera question d’exposer, d’une part, le débat sur les
effets d’éviction et/ou d’entraînement financiers ou débat sur la
discipline budgétaire. Celui-ci est alimenté à la fois par des
développements théoriques et par des vérifications empiriques.
Au niveau théorique, la controverse est généralement exprimée dans
le cadre du modèle ISLM. Traditionnellement, les monétaristes et les
keynésiens s’appuient sur des hypothèses restrictives pour conclure à
l’existence d’un effet d’éviction et/ou d’entraînement financier :
sensibilité de la demande de monnaie et de l’investissement au taux
d’intérêt. Les développements théoriques de ces analyses vont se
réaliser à la fois par l’introduction et la complication de la contrainte
financière du Trésor, par la prise en compte de l’effet de richesse et du
degré d’ouverture de l’économie ainsi que par l’étude du cas de
l’économie d’endettement.
Au niveau empirique, les recherches vont s’atteler à vérifier
l’existence d’un effet d’éviction et/ou d’entraînement financier par
deux voies principales : la première en calculant la valeur des
multiplicateurs budgétaires ; la seconde, en analysant la relation entre
déficit budgétaire, taux d’intérêt et taux de change.
D’autre part, puisqu’il s’agit d’analyser l’effet du financement du
déficit budgétaire sur l’activité économique du secteur privé, il faut au
préalable préciser cette notion. En effet, le déficit budgétaire représente
un indicateur primordial pour juger de l’orientation récessionniste ou
expansionniste de la politique budgétaire. Or, la multiplicité des
méthodes d’évaluation et de quantification du déficit budgétaire (en
raison de la diversité des systèmes de comptabilisation et du caractère
voulu ou subi de ce solde) rend difficile son interprétation.
Il faut par ailleurs caractériser ce solde à travers notamment son
évolution et ses facteurs déterminants. La question du financement
revêt également dans ce cadre une importance particulière. Il s’agit de
dégager les ressources auxquelles le Trésor fait appel pour couvrir ses
besoins de financement.
Cela étant, le présent ouvrage comprend deux parties : la première
traite des approches et des modalités de financement du déficit
budgétaire. Une approche théorique à travers laquelle on va essayer de
relever l’évolution des idées relatives au solde budgétaire comme
moyen de régulation de l’activité économique. Une approche

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comptable qui essaie de cerner les méthodes de quantification du déficit
budgétaire à la lumière desquelles on va dégager celle adoptée par le
Maroc. Cette approche sera complétée par une autre empirique qui
essaiera d’analyser l’évolution des déficits budgétaires et leurs facteurs
déterminants. Cette première partie sera achevée par la mise en
évidence et l’analyse des différents modes de financement des déficits
budgétaires au Maroc.
La deuxième partie focalisera l’attention sur les approches théorique
et empirique de l’impact des déficits publics. L’approche théorique
permettra de mener un parcours de toute la littérature qui a participé au
débat relatif aux impacts des déficits publics et notamment à l’effet
d’éviction versus effet d’entraînement dans la cadre de la controverse
sur la discipline budgétaire et/ou l’effet de relance des déficits publics.
L’approche empirique essaiera de rendre compte des résultats des
différents tests visant à vérifier l’existence de cet effet dans les pays
développés. A la lumière de ces études, on essaiera d’établir un modèle
économétrique pour mesurer l’effet d’éviction et/ou d’entraînement
financier au Maroc afin de montrer si les pouvoirs publics doivent
ouvrer pour une certaine discipline budgétaire ou au contraire
considérer les déficits publics comme outil principal de relance
économique.

15
Première partie :
Les déficits budgétaires et
leurs modalités de
financement

16
17
Introduction de la première partie

A l’époque où régnait la doctrine libérale, l’action de l’Etat était


confinée à ce que l’on qualifiait comme ses fonctions principales :
assurer le maintien de l’ordre, la sécurité des biens et des personnes, la
sécurité du territoire, etc. Le poids de l’Etat étant faible, son budget ne
peut donc être en déséquilibre. Les prélèvements fiscaux nécessaires au
financement des dépenses devraient être les plus faibles possible afin
de ne pas entraver l’action du secteur privé.
Avec la crise des années 30, crise due à l’insuffisance de la demande
globale, J.M.Keynes va préconiser un accroissement des dépenses
publiques pour promouvoir l’activité économique. La justification de la
relance économique est basée sur le jeu du mécanisme du
multiplicateur.
Le creusement des déficits publics à la suite notamment de la crise
économique qui a secoué l’économie mondiale vers le milieu des
années 70 et suite à la crise financière de 20081, va poser le problème
de leur financement. Celui-ci a préoccupé la plupart des auteurs et
écoles de pensée et notamment les monétaristes, les keynésiens et
l’école des anticipations rationnelles. En fait, le débat sur les problèmes
relatifs au financement des déficits budgétaires s’opère autour de l’idée
de l’éviction.
Pour juger de l’orientation de la politique budgétaire, Il faut se
référer au déficit public. Or, la multiplicité des méthodes d’évaluation
de celui-ci rend son interprétation économique difficile. Pour apprécier
l’effet du déficit budgétaire sur l’activité économique, il faut au
préalable faire une approche comptable de ce solde, tout en spécifiant
sa méthode d’évaluation au Maroc. Il s’agit également de caractériser
ce solde à travers notamment son évolution et ses déterminants à la
lumière de quelques études empiriques. L’évaluation des effets des
déficits budgétaires sur l’activité économique requiert également la
mise en évidence des différentes modalités de leur financement.

1 Voir à ce sujet : B.Schwengler, Déficits publics, l’inertie française,


L’Harmattan, 2012.
18
Ainsi, cette première partie s’articule autour des deux chapitres
suivants :
-Chapitre I : Du concept de déficit budgétaire à sa mesure.
-Chapitre II : Modalités de financement du déficit budgétaire
au Maroc.

19
Chapitre I :
Du concept de déficit
budgétaire à sa mesure

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21
Introduction du chapitre I
Jusque dans les années 30, le budget a été considéré comme
l'instrument permettant à l'Etat de procurer les ressources nécessaires
pour couvrir ses dépenses dans le cadre des fonctions qui lui sont
tracées.
Dès lors, l'orthodoxie financière régnante exigeait qu'il y ait
équilibre entre les recettes et les dépenses publiques dans le cadre de
l'exercice budgétaire. Cette conception classique des finances publiques
découlait de la foi dans les mécanismes du marché et de la nécessité de
l'abstention de l'Etat d'intervenir dans l'activité économique.
Mais, aux alentours de la seconde guerre mondiale, et sous
l'impulsion des idées keynésiennes, il y aura remise en cause de la règle
de l'équilibre budgétaire.
Tout en montrant que le marché était, à lui seul, incapable de
résoudre la crise de 1929, Keynes va préconiser une intervention accrue
de l'Etat dans l'activité économique. Cette intervention devait se faire
par le moyen de la politique budgétaire (en réalisant un déficit
budgétaire) afin de rétablir l'équilibre économique. Désormais, à un
déséquilibre économique doit répondre un déséquilibre budgétaire.
Ainsi, l'équilibre du budget sera sacrifié, du moins, en période de sous-
emploi.
La crise économique du milieu des années 70 va contribuer à
soutenir l'idée d'inefficacité de l'intervention de l'Etat par la politique
budgétaire. Ainsi, tout en observant que l'accroissement des dépenses
publiques associé à un fort endettement public génère des effets pervers
sur l'activité économique, la théorie néo-libérale va essayer de remettre
à l'honneur le principe de l'équilibre budgétaire.
Il est unanimement admis que déficit budgétaire constitue un
indicateur adéquat pour juger de l'orientation expansionniste ou
récessionniste de la politique budgétaire. Cependant, la multiplicité des
définitions et méthodes d'évaluation du déficit budgétaire pose des
problèmes quant à son interprétation économique. C'est que le contenu
et la signification du déficit budgétaire dépendent du système de
comptabilisation adopté ainsi que du caractère volontaire ou subi de ce
solde. De ce fait, et afin de pouvoir apprécier ultérieurement l'incidence

22
du déficit budgétaire sur l'activité économique, il faut au préalable
apporter des précisions quant à la mesure de ce solde.
Par ailleurs, l'accumulation accélérée des déficits budgétaires,
surtout à partir de la deuxième moitié des années 70 et à partir de 2008,
et le souci de les ramener à un niveau acceptable, constituent le point
commun à tous les pays qu'ils soient développés ou sous-développés
(en particulier le Maroc). Néanmoins, les facteurs qui expliquent
l'accroissement de ces déficits dans les pays développés sont différents
de ceux qui ont été avancés comme déterminants du creusement des
déficits budgétaires dans les pays sous-développés.

23
Section I : Approche théorique des soldes budgétaires
A la règle de l'équilibre budgétaire dans la théorie classique
(paragraphe I), va succéder la théorie keynésienne recommandant la
régulation par la politique des déficits budgétaires (paragraphe II).
Mais, la crise économique que traversent les économies occidentales
depuis plus de 30 ans, sera accompagnée d'une profonde remise en
cause, par la théorie néo-libérale, de l'efficacité de la politique des
déficits budgétaires (paragraphe III).

Paragraphe I - La théorie classique et le respect de la règle


d'équilibre et de discipline budgétaire
La règle de l'équilibre budgétaire était le principe sacré des finances
classiques. Ainsi, tout déséquilibre (qu'il soit positif ou négatif) était
condamné.
Cette règle de l'équilibre entre les recettes et les dépenses s'inscrit
dans la conception classique du rôle de l'Etat. En effet, la foi dans les
mécanismes du marché a amené la théorie classique libérale à
condamner toute immixtion de l'Etat dans l'activité économique et à
délimiter les fonctions qu'il doit remplir.
Au niveau des finances publiques, la conséquence directe de cette
conception du rôle de l'Etat est la nécessité d'avoir un budget à la fois
neutre et équilibré.

I-Un budget neutre


Il résulte du principe d'abstention qui s'impose à l'Etat. L'approche
classique considérait que l'intervention de l'Etat dans le domaine
économique constituait une entrave aux activités économiques des
individus et à leur liberté de commerce et d'industrie. L’Etat doit être
économiquement neutre et son budget ne doit pas perturber les
mécanismes du marché. Mais, cette neutralité ne signifie pas passivité
car il y a des domaines où l'Etat doit nécessairement intervenir.
En effet, tout en développant la doctrine de "l'Etat-Gendarme",
A.Smith a précisé les devoirs que l'Etat doit assumer: le premier devoir
de l'Etat est celui de la défense nationale qui "peut se réaliser au seul
moyen d'une force militaire;" le second devoir est celui d'assurer la
justice et de protéger "chaque membre de la société contre l'oppression
et l'injustice;" le troisième et dernier devoir est celui de développer les

24
biens publics qui "sont d'une nature telle que le profit ne peut jamais
1
couvrir la dépense d'un individu ou d'un groupe d'individus."

Cette conception de l'Etat-Gendarme" implique que le budget idéal


est celui qui est adapté aux fonctions que l'Etat doit nécessairement
remplir ; c'est celui qui doit se plier à la conjoncture et suivre son
évolution sans chercher à l'influencer. Il s'ensuit que l'Etat doit limiter
an maximum ses dépenses et alléger le plus possible les impôts pour ne
pas perturber les mécanismes du marché.

A- Comprimer au maximum les dépenses


Considérées comme un mal nécessaire, les dépenses publiques
doivent être adaptées aux besoins des missions de l'Etat étant donné que
2
"le meilleur des plans financiers était de dépenser le moins possible."
Pour les classiques, l'Etat est considéré comme un agent qui vit aux
dépens de l'économie : il est plutôt consommateur que producteur de
richesses. Ainsi, la part des dépenses publiques dans le revenu national
doit être raisonnable.
De ce fait, tout excès de dépenses était vu comme un gaspillage, et
tout gaspillage de l'Etat en matière de dépenses était refusé car, l'Etat
est un "mauvais chef de famille, mauvais industriel, agriculteur et
3
commerçant."
L'Etat devait dépenser le moins possible sans pour autant oublier que
l'impôt (principale source de financement des dépenses publiques) doit
être à la fois léger et neutre.

1A.Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations,


http://fr.wikisource.org/wiki/Livre:Smith_Recherches_sur_la_nature_et_les_cau
ses_de_la_richesse_des_nations,_Blanqui,_1843,_I.djvu
2J.B.Say, cité par L.Weber in Analyse économique des dépenses publiques,
P.U.F., Paris, 1978, p.31.
3H.Taine cité par A.Euzéby et M.L.Herschtel in Finances publiques, une
approche économique, Dunod, Paris, 1990, p.14.
25
B- Alléger les impôts
Si l'impôt permet de financer, il doit être, selon les classiques, le plus
léger possible pour ne pas perturber les mécanismes du marché car "le
1
meilleur de tous les impôts est le dernier en importance."
Recommander un impôt léger, c'est ne pas solliciter des sacrifices des
citoyens qui peuvent entraîner un détournement de fonds des
utilisations productives.
Puisque l'Etat est considéré comme un pur consommateur, son
budget doit être alimenté avec prudence et sagesse. D'où nécessité de
son équilibre.

II-Un budget équilibré


Dans les finances classiques, l'équilibre du budget de l'Etat est un
principe qu'il faut nécessairement respecter. Il découle directement de
la nécessité de réduire les dépenses et d'adapter les impôts à ces
dernières.
En effet, dans la conception classique des finances publiques, si
l'Etat doit effectuer certaines dépenses dans le cadre des fonctions qui
lui sont reconnues, il doit en contrepartie trouver les moyens de les
couvrir : les ressources financières du budget de l'Etat doivent
obligatoirement être égales à ses dépenses.
Si les économistes classiques ont posé comme règle la nécessité de
réaliser l'équilibre budgétaire, c'est parce que ce dernier est accepté par
tous, signifie une politique saine et garantit une neutralité vis-à-vis de
2
l'activité économique.
La nécessité de respecter le principe de l'équilibre budgétaire
implique le rejet aussi bien du déficit que de l'excédent budgétaire.

1H.Taine cité par A.Euzéby et M.L.Herschtel in Finances publiques, une


approche économique, op.cit., p.15.
2L'idée qu'un budget équilibré est neutre vis-à-vis de l'activité économique
sera contestée par le théorème de Haavelmo sur lequel on reviendra par la suite.
26
A- Le rejet du déficit budgétaire
Le rejet du déficit budgétaire, qui est l'hypothèse la plus fréquente,
repose sur un certain nombre d'éléments jugés nuisibles quant aux
différentes modalités de son financement :
-si le déficit budgétaire est financé par la création monétaire il peut
engendrer l'inflation car il y a accroissement des moyens de paiement
sans qu'il y ait augmentation des biens consommables. L'inflation, qui
réduit le pouvoir d'achat de la monnaie, est un "impôt aveugle" car il ne
prend pas en considération la capacité des particuliers qui le supportent.
Cet "impôt" est dangereux sur le plan économique car il affecte la
compétitivité des exportations et réduit le volume des devises.
-l'emprunt, comme source de financement du déficit budgétaire est
aussi condamné car "toute espèce d'emprunt public a l'inconvénient de
retirer des usages productifs des capitaux ou des portions de capitaux
1
pour les dévouer à la consommation." L'emprunt profite aux
générations actuelles aux dépens des générations futures qui seront
amenées à supporter des charges financières auxquelles elles n'avaient
pas donné leur consentement puisque, pour D.Ricardo, l'emprunt n'est
2
qu'un impôt différé dans le temps.
De plus, l'emprunt public comporte des risques tant au niveau de
l'Etat lui-même qui peut, éventuellement, avoir des difficultés de
remboursement qu'au niveau de la confiance continue des agents que
suscitent les souscriptions aux divers emprunts de l'Etat. Il en ressort
que ce moyen de financement est un procédé risqué en cas de perte de
confiance de la part des citoyens. Pour Waline et Lafferrière, couvrir le
déficit du budget par l'emprunt revient à "pratiquer la politique qui
mène les fils de famille prodigues à la ruine par le recours aux
3
usuriers."

1J.B.Say cité par D.Ricardo in Principes de l'économie politique et de l'impôt,


Flammarion, 1977, p.263.
2La thèse d'équivalence entre impôt et emprunt de D.Ricardo sera reprise par
les économistes contemporains et en particulier R.J.Barro.
3Waline et lafferrière, Science et législation financière, L.G.D.J., 1952, p.35.

27
Par ailleurs, les emprunts publics peuvent entraîner l'augmentation
des taux d'intérêt car "quand ils ont lieu dans un pays dont le
gouvernement inspire peu de confiance, ils ont l'inconvénient de faire
1
monter l'intérêt des capitaux."
Ainsi, en rejetant le déficit budgétaire, la théorie classique condamne
aussi bien l'impôt déguisé (la création monétaire) que l'impôt différé
(l'emprunt).
Mais, le respect de la règle de l'équilibre budgétaire implique aussi
le rejet de l'excédent budgétaire.

B- Le rejet de l'excédent budgétaire


Dans les finances publiques classiques, l'excédent budgétaire est
aussi réprouvé car il peut servir à couvrir certaines dépenses qui
dépassent les domaines tracés à l'intervention de l'Etat.
Le rejet de l'excédent budgétaire est justifié par le fait qu'il y a des
prélèvements obligatoires excessifs qui gênent les agents privés et
entraînent la conservation (ou thésaurisation) de fonds qui auraient pu
mieux être utilisés par ces agents ; autrement dit, en réalisant un
excédent budgétaire, l'Etat ne fait que dévier des fonds vers des
utilisations improductives et solliciter, des citoyens, un sacrifice non
fondé.
Il résulte de ces développements que les économistes classiques
étaient confiants dans l'équilibre budgétaire. Selon eux, ce dernier est
justifié par le fait que :
- l'activité de l'Etat est improductive ; seule est productive l'activité
du secteur privé. Ainsi, en cas de déficit, l'Etat doit emprunter, ce qui
représente un empiétement sur l'activité économique.
-l'Etat n'a pas à intervenir pour réaliser l'équilibre économique. Ce
dernier est assuré par les mécanismes "naturels" du marché.
-l'intérêt général est la somme des intérêts individuels. L'Etat n'a pas
à s'efforcer pour réaliser l'intérêt collectif.

1J.B.Say cité par D.Ricardo in Principes de l'économie politique et de l'impôt,


op.cit., p.263.

28
Le budget de l'Etat doit, donc, suivre la conjoncture économique sans
chercher à l'influencer. Un bon budget, pour les classiques est "celui qui
1
frôle le déficit en dégageant un excédent symbolique."
L'exposé du principe de l'équilibre budgétaire, dans la théorie
classique des finances publiques, nous révèle qu'il n'y a aucune analyse
économique des dépenses publiques. Il s'agit de simples
recommandations visant à tracer un cadre dans lequel l'Etat doit
accomplir ses fonctions.
Cependant, après la première guerre mondiale et surtout après la
seconde, on assiste à abandon progressif de la vision classique quant à
l'intervention de l'Etat. Un certain nombre de faits économiques et
sociaux vont entraîner le dépassement des idées classiques en matière
de finances publiques : la concentration capitaliste (Cartels, grandes
surfaces, etc.), la grande crise économique de 1929, les deux guerres
mondiales, etc.
D'une manière générale, c'est la pensée keynésienne qui va remettre
en cause l'orthodoxie budgétaire dans la mesure où il va suggérer une
intervention de l'Etat par le biais d'une politique budgétaire. Désormais,
à un déséquilibre économique doit répondre un déséquilibre budgétaire.

Paragraphe II - La théorie keynésienne et la nécessité de


régulation et de relance par les déficits budgétaires
Les mécanismes du marché vont se révéler incapables de résoudre la
crise de 1929. Cette dernière, marquée par une surproduction et un
chômage important, va nécessiter une intervention accrue de l'Etat dans
2
l'activité économique.

1R.Muzellec, Notions essentielles de finances publiques, Paris, 1979, p.249.

2Il faut noter ici que l'intervention de l'Etat a eu lieu avant d'être systématisée
par la théorie keynésienne. En effet, avant que Keynes ait légitimé, dans sa
"Théorie Générale" le rôle régulateur de l'Etat, certains évènements vont exiger
l'intervention de l'Etat :
- au cours des années qui suivent la fin de la première Guerre Mondiale, on a
constaté une augmentation des dépenses publiques dans le domaine économique
et social (financement de la reconstruction, versement des pensions aux anciens
combattants, etc.).
29
Après la seconde guerre mondiale et sous l'effet des idées
keynésiennes, l'Etat va dépasser ses fonctions traditionnelles et s'ériger
en un véritable acteur économique.
Pour remédier à la crise de 1929, Keynes va proposer, comme
thérapeutique, une politique de relance de la demande effective qui se
basera sur le jeu des multiplicateurs. Dans la pratique, on recense
différentes applications de la politique budgétaire ; cette dernière
permettra d'élargir les fonctions que l'Etat devait accomplir.

I-La politique de relance de la demande effective


Partant du fait que le marché à lui seul est incapable de rétablir
l'équilibre, Keynes va préconiser une action sur la demande globale afin
de promouvoir l'activité économique.
1
Dans sa "Théorie Générale" , Keynes souligne qu'une économie peut
bien se trouver dans une situation d'équilibre de sous-emploi. Pour y
remédier, il propose d'agir sur les éléments de la demande effective (la
consommation des ménages et l'investissement des entreprises).
Mais, tout en montrant qu'il est difficile d'influencer la
consommation des ménages (qui est relativement stable) et
l'investissement des entreprises (qui dépend de deux facteurs qui sont
l'efficacité marginale du capital et le taux d'intérêt), Keynes précise que
le seul moyen d'augmenter la demande effective est d'accroître les
dépenses publiques (c'est-à-dire la demande de l'Etat).
Les dépenses publiques peuvent prendre la forme d'investissements
réalisés par l'Etat, d'encouragements à l'initiative privée ou de
redistributions de revenus ; l'objectif visé, à travers l'accroissement des
dépenses publiques, est de réaliser une croissance économique la plus
équilibrée possible avec le moins de chômage, d'inflation et de déficit
extérieur.

- la crise de 1929 va marquer une évolution non seulement dans le rythme de


l'accroissement des dépenses publiques mais aussi dans le rôle de l'Etat. Certaines
puissances vont mettre en œuvre des politiques de lutte contre la crise: aux U.S.A.,
la politique du New Deal à partir de 1934; les pays totalitaires avec leur politique
de grands travaux; etc.
1J.M.Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie,
Edition Payot, 1982.
30
L'accroissement des dépenses publiques provoque un déficit
budgétaire susceptible de permettre de tendre vers le niveau de plein
emploi : l'augmentation des dépenses publiques se traduit par une
augmentation plus que proportionnelle du revenu des ménages (par le
jeu du multiplicateur); ces derniers élèveront leur consommation ce qui
va stimuler l'activité économique et redonner confiance aux
entrepreneurs qui investiront plus et qui créeront des emplois
supplémentaires.
Concernant la politique d'investissement publique, nécessaire pour
relancer la demande globale, Keynes affirme que "à une époque de
chômage rigoureux, des travaux publics, même d'une utilité douteuse,
1
peuvent rapporter maintes et maintes fois ce qu'ils coûtent."
Il souligne aussi que cette politique d'investissements publics a déjà
était celle de "l'ancienne Egypte" qui "avait le double privilège, qui
explique sans doute sa richesse fabuleuse, de posséder deux sortes
d'activités, la construction de pyramides et l'extraction de métaux
2
précieux."
Au niveau des finances publiques, Keynes va dénoncer le principe
de l'équilibre budgétaire et étayer l'idée du financement des dépenses
publiques par un déficit budgétaire.

A- Le rejet du dogme de l'équilibre budgétaire


Pour Keynes, le respect de l'équilibre budgétaire peut être néfaste et
3
avoir des effets négatifs sur l'activité économique. Ainsi, en période de
récession, les recettes de l'Etat peuvent diminuer plus rapidement que
ses dépenses qui doivent être honorées. En respectant l'équilibre
budgétaire, l'Etat ne fera qu'aggraver la récession car il aura à alourdir

1J.M.Keynes cité par P. Delfaud in Keynes et le keynésianisme, Collection


Que Sais-Je? n°1686, p.66.
2J.M.Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie,
op.cit., p.146.
3Keynes fait constater que l'économie est soumise à des cycles c'est-à-dire
qu'il y a alternance entre récession et expansion.
31
la pression fiscale ce qui affectera davantage les revenus et partant la
consommation.
Par contre, un déséquilibre budgétaire peut être bénéfique pour
l'activité économique. En effet, partant du fait que la récession est due
à la faiblesse de la demande globale et à la sous-utilisation des facteurs
de production, Keynes propose l'adoption d'une politique de déficit
budgétaire pour favoriser la relance économique.
Par ailleurs, Keynes fait remarquer que ce déficit n'est que provisoire
car il ne tardera pas à prendre fin dès que l'économie reprendra son
expansion.
Dans le cas d'une conjoncture d'expansion, on met en œuvre une
politique d'excédent budgétaire qui produit des effets symétriques.
Ainsi, à un déséquilibre économique doit répondre un déséquilibre
budgétaire ; il y aura retour à l'équilibre budgétaire dès que les
équilibres économiques sont rétablis.
Il n'est donc pas obligatoire que le budget soit équilibré. Son solde
(déficit ou excédent) est utilisé pour rétablir l'équilibre économique car,
avec Keynes, "on peut tout à la fois s'accorder des déficits budgétaires,
augmenter les salaires, les congés payés et, plus tard, la sécurité sociale
pour tous. Loin de compromettre l'avenir ou de nuire à l'investissement,
la dépense publique, moralement légitimée, devient le moteur de la
1
croissance."
Tout en insistant sur la nécessité de réaliser des investissements
publics pour soutenir la demande globale, Keynes souligne que ces
investissements peuvent être financés par un déficit budgétaire.

B- Le financement des investissements par le déficit


budgétaire
L'accroissement des investissements est efficace pour lutter contre le
chômage, même si ces derniers sont financés par un déficit budgétaire.
En effet, Keynes ne craint pas un financement des investissements
publics par l'emprunt. Il souligne que "des dépenses sur fonds

1M.Albert, Le pari français, Seuil, 1982.

32
1
d'emprunt peuvent, même lorsqu'elles sont inutiles, enrichir en
2
définitive la communauté Pour lui, ce moyen de financement ne
présente aucun inconvénient car il y a une compensation systématique
entre les dépenses privées et les dépenses publiques : quand les
premières sont insuffisantes causant le sous-emploi, les secondes
doivent augmenter et dépasser même les recettes fiscales.
Pour Keynes, il ne faut pas croire que l'accroissement des
investissements financés par l'emprunt exercent une ponction des
ressources financières existantes aux dépens des investissements privés
car l'investissement public supplémentaire "engendre précisément un
accroissement de ressources qui permettra de couvrir son montant - à la
seule condition, rappelons-le encore une fois, que l'économie soit en
sous-emploi. Par contre, le plein-emploi retrouvé, un effort
supplémentaire dans les dépenses publiques doit à nouveau être
3
supporté par des prélèvements effectifs sur les revenus."
Par-là, Keynes repousse l'idée des classiques selon laquelle
l'accroissement des dépenses publiques (par l'accroissement des
investissements) ne fait que concurrencer l'investissement privé et se
4
substituer à lui.
5
Sir W. Beveridge , converti aux idées de Keynes et l'un des
vulgarisateurs de la "révolution keynésienne," souligne que l'Etat doit
effectuer des dépenses suffisantes pour éviter la constitution d'un
chômage massif. Aussi, soutient-il un financement des dépenses
publiques par le recours à l'emprunt.

1Keynes utilise l'expression "dépense sur fonds d'emprunt" pour désigner "les
empruntes nets de toutes sorte des autorités publiques, tant pour le compte capital
que pour couvrir le déficit budgétaire."
2J.M.Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, op.cit.,
p.144.
3J.M.Keynes cité par P. Delfaud in Keynes et le keynésianisme, op.cit., p.65.

4Il s'agit des effets d'éviction qui seront traités en détail dans la deuxième partie
de cet ouvrage.
5W.Beveridge, Du travail pour tous dans une société libre, Domat, 1945.

33
Pour légitimer cette idée, Beveridge souligne que l'Etat n'est pas un
particulier : le particulier, pour lui, s'appauvrit en s'endettant alors que
l'emprunt public (nécessaire pour financer les dépenses publiques) ne
fait que transférer les revenus des uns (les contribuables) à d'autres (les
prêteurs de l'Etat) ; pour Beveridge, donc, les dépenses publiques
financées par l'emprunt ne font ni réduire ni affecter la richesse de la
communauté.
Tout en sacrifiant les règles traditionnelles des finances publiques,
Beveridge va préconiser un "nouveau plan de budget" fondé non pas
sur l'argent "mais sur le potentiel humain disponible." Pour ce faire, il
faut évaluer, au cours de l'année, le décaissement probable des agents
privés à titre consommation et d'investissement auquel l'Etat doit
ajouter un "décaissement public" afin d'assurer le plein-emploi.
De son côté, P.A.Samuelson, l'un des principaux disciples de
Keynes, soutient l'idée d'un financement par emprunt des dépenses
publiques. Ces derniers ne porteraient aucunement préjudice aux
investissements privés puisque, pour Samuelson, "la construction d'une
route nationale ne diffère pas financièrement parlant de celle d'une ligne
1
de chemin de fer par une compagnie privée."
Si toute crainte concernant le financement par emprunt de
l'accroissement des dépenses publiques est écartée, elle l'est aussi pour
un financement purement monétaire. En effet, pour Keynes, en cas d'un
financement par création monétaire, il n'y a pas de danger d'inflation.
Ainsi, en période de sous-emploi, "un financement purement monétaire
par recours au crédit n'aura aucune raison d'induire des tensions
inflationnistes, puisque cet investissement engendrera nécessairement
2
une épargne ultérieure d'un montant rigoureusement égal."
Il ressort que cette manière de gérer les finances publiques rejette les
idées classiques relatives à l'équilibre budgétaire et aux dangers que
peuvent présenter ses modalités de financement.
Le solde des finances publiques doit, donc, être utilisé de telle sorte
que l'on réalise le plein-emploi.

1P.A.Samuelson, L'Economique, Techniques modernes de l'analyse


économique, Traduction française, G.FAIN, A. COLIN, Tome I, p.179.
2J.M.Keynes cité par P. Delfaud in Keynes et le keynésianisme, op.cit., p.65.

34
Dans la pratique, la politique de relance de la demande par le solde
des finances publiques a connu différentes applications.

II-Les différentes applications du solde budgétaire


Pour lutter contre la dépression, il y a eu recours, dans un certain
nombre de pays occidentaux, au solde du budget de l'Etat. Mais, ce
recours a revêtu plusieurs formes selon les différentes conceptions du
rôle assigné au budget. On relève ainsi la théorie des budgets cycliques
et celle de la finance fonctionnelle en passant par la théorie du déficit
systématique.

A- La théorie des budgets cycliques


En transposant le cycle de Juglar dans le domaine des finances
publiques, le principe de base du budget cyclique consiste à ce que
l'équilibre est réalisé non au cours de l'année civile mais au cours d'un
cycle ; le but est d'éviter, par le procédé de compensation, des
déséquilibres (déficits) importants. Ainsi, les déficits pratiqués en
période de récession sont compensés par les excédents réalisés en
période de prospérité. En fait, il s'agit de réaliser l'équilibre budgétaire
"dans le cadre du cycle économique en compensant les plus-values
fiscales des périodes d'expansion par les déficits des périodes de
1
dépression."
La politique des budgets cycliques, développée par des auteurs de
l'"Ecole de Stockholm" (G.M.Myrdal, B.Ohlin ...), a été mise en œuvre
en 1933 en Suède.
En distinguant entre les dépenses de fonctionnement et les dépenses
d'équipement, le principe de base consiste à ce que, durant les phases
de prospérités, les dépenses d'équipement devaient être couvertes par
l'excédent du budget de fonctionnement ; alors que durant les périodes
de crises, une partie des dépenses de fonctionnement devaient être
couvertes par l'emprunt.

1H.Sempé, Budget et Trésor, Economie et politique financière, Cujas, 1989,


p.2.
35
Cette politique suédoise des budgets cycliques n'a pas été plus
expansionniste durant la période (1932-1934) que durant la période qui
la procède.
L'ex-R.F.A. s'est révélée plus pragmatique que la Suède dans la mise
en œuvre de la politique budgétaire cherchant l'équilibre sur la durée du
cycle. En effet, "les excédents budgétaires étaient déposés par le Trésor
auprès de la Banque Centrale et constituaient la "Tour de Julius." Ils
devaient, en principe, servir d'épargne de précaution, en prévision d'un
accroissement des dépenses militaires. A partir de 1958, le réarmement
allemand a été financé en partie par des prélèvements sur la "Tour de
Julius" et a exercé ainsi une influence fortement expansionniste sur
1
l'économie."

B- La théorie du déficit systématique


Adoptant les idées de Keynes, des auteurs comme W.Beveridge
développent la théorie du déficit systématique en la considérant comme
un moyen permettant de relancer l'économie et d'éviter un chômage
massif.
Ainsi, dans une conjoncture caractérisée par une insuffisance de la
demande globale et un chômage important, l'Etat doit intervenir pour
promouvoir l'activité économique. Pour ce faire, il doit augmenter ses
dépenses et réduire ses recettes fiscales, ce qui débouche sur un
déséquilibre (déficit) budgétaire.
Ce déficit systématique (ou déficit spending) est utilisé pour un
retour à l'équilibre économique, et il sera pratiqué jusqu'à ce que ce
dernier soit rétabli (dans la mesure où ce déficit ouvre la voie à une
compensation systématique entre dépenses privées et dépenses
publiques).
Ainsi, lorsqu'on est dans une conjoncture d'expansion les recettes
publiques augmentent (augmentation des recettes fiscales due à
l'accroissement de l'activité économique) et les dépenses publiques
diminuent (diminution des dépenses de transfert due à la diminution du
chômage ...).

1Ch.de Boissieu, Principes de politique économique, Economica, Paris, 1980,


p.379.
36
Il apparaît donc que le déficit systématique ne signifie pas un déficit
permanent mais que l'équilibre budgétaire peut être sacrifié au profit de
l'équilibre économique.

C- La théorie de la finance fonctionnelle


Le déficit budgétaire a été envisagé, aussi bien par Keynes que
Beveridge, comme un moyen de combattre la déflation (déficit
spending). Mais, la déflation n'est pas le seul état de conjoncture, il y a
aussi l’inflation.
Par le moyen du budget, l'Etat peut aussi bien lutter contre la
déflation que l'inflation. Ainsi, les finances publiques apparaissent
comme "une arme de la politique économique générale." Elles
deviennent des "finances fonctionnelles" c'est-à-dire " établies en
fonction non plus des seuls comptes de l'Etat, mais de la situation
1
économique et sociale dans son ensemble."
2
C'est ainsi que l'économiste anglais A.P.Lerner , va développer la
théorie de la "finance fonctionnelle" en soulignant qu'il faut plus
intéresser aux effets de la politique budgétaire qu'à son contenu à savoir
le respect ou non de l'équilibre du budget. Il précise que les "budgets
cycliques à la suédoise n'ont à priori aucun motif de ressortir de la
"finance fonctionnelle", parce que les nécessités de la lutte contre
l'inflation et contre le chômage n'ont pas de raison de conduire à un
3
déséquilibre budgétaire compensé sur la durée du cycle."
Selon Lerner, par le moyen de la politique budgétaire, l'Etat peut
rétablir l'équilibre et lutter aussi bien contre la déflation que l'inflation:
-pour combattre la déflation, l'Etat doit augmenter la circulation
monétaire :
- soit par l'achat de titres (technique de l'open market) ;
- soit en octroyant des subventions ou en allégeant les impôts ;

1A.Piettre, Pensée économique et théories contemporaines, Dalloz, 1979,


p.365.
2A.P.Lerner, Functional Finance and the federal debt, reproduit dans les
Reading in Fiscal Policy, Allen et Unwin, 1955.
3Ch.de Boissieu, Principes de politique économique, op.cit., p.379.

37
- soit, enfin, en facilitant les conditions de prêt (prêt à bon
marché).
- pour combattre, par contre, l'inflation, l'Etat doit réduire la
circulation monétaire :
- soit par la vente de titres (technique de l'open market) ;
- soit par la compression des subventions et l'augmentation des
impôts ;
- soit, enfin, par l'emprunt fait auprès du public.
Par ailleurs, pour que la politique budgétaire soit efficace, il faut
1
respecter les "lois de la finance fonctionnelle." Pour ce faire, l'Etat doit
d'abord fixer le solde budgétaire (et partant le montant de sa dette en
cas de déficit) de telle façon qu'au niveau de plein-emploi corresponde
l'équilibre entre l'offre et la demande globales; le Trésor doit ensuite
chercher à financer le déficit budgétaire en s'assurant que la
combinaison retenue pour ce financement (emprunt ou création
monétaire) permet un niveau de taux d'intérêt favorable à
l'investissement privé; enfin pour respecter les deux premières lois, le
Trésor doit entreprendre ou encourager la création de monnaie ou sa
destruction (selon qu'il s'agisse de lutter contre la déflation ou
l'inflation).
Il apparaît donc que le budget est un moyen de régulariser
l'économie, et le déficit budgétaire doit permettre de combler l'écart
2
déflationniste existant entre l'épargne et l'investissement.
Il ressort de ces différentes conceptions de la politique budgétaire
que la relance de la demande passe par la réalisation d'un déficit
budgétaire. Cette politique se base sur le mécanisme du multiplicateur.

1Ibid.

2Les approches du déficit budgétaire feront l'objet d'un perfectionnement par


les économistes pst-keynésiens (tels que A.Hansen, P.A.Samuelson et
R.A.Musgrave) ou par les économistes de la "Nouvelle Ecole Economique" (tel
que W.Heller) qui aboutiront à la mise en œuvre de techniques d'intervention
budgétaires qui consistent en un dosage de la politique budgétaire et de la
politique monétaire.
38
III-Les multiplicateurs budgétaires
Au centre de l'utilisation du budget de l'Etat comme moyen de
relance (ou de freinage) de l'activité économique, on trouve les
multiplicateurs budgétaires1. Ces derniers jouent non seulement en cas
de l'augmentation du déséquilibre budgétaire (déficit), mais aussi dans
le cas où l'Etat accroît simultanément et d'un même montant les
dépenses et recettes publiques. Dans ce cas, on parle de "multiplicateur
2
du budget équilibré."
Keynes a utilisé la notion de multiplicateur pour justifier les effets
positifs d'une politique de travaux publics sur le revenu et l'emploi.
Mais avant de décrire le mécanisme du multiplicateur, il serait
préférable de retracer les hypothèses sur lesquels repose son principe.

A- Hypothèses du multiplicateur
Le raisonnement en termes de multiplicateur se base sur les
hypothèses suivantes :
- l'analyse se fait à court terme et décrit les variations du revenu
national (nominal et non réel) à capacité de production constante ;
-le multiplicateur décrit les effets d'une variation autonome de la
dépense globale quelle que soit son origine : augmentation des dépenses
publiques (déficit budgétaire), augmentation exogène de
l'investissement ou de la consommation privées ;
-le processus de multiplication peut s'accomplir pleinement sans
engendrer une inflation (des salaires et des prix) si la capacité de
production existante est en mesure de faire face aux augmentations de
la consommation ; autrement dit, il faut qu'il y ait une sous-utilisation
des hommes et des machines ;

1Voir en particulier : - E.Heyer, Que valent les multiplicateurs budgétaires


aujourd’hui ? Le dilemme de la compétitivité, une revue récente de la littérature sur
les multiplicateurs budgétaires : la taille compte, OFCE, 21 novembre 2012. -T.Haas
et F.Adam, Regards sur l’impact des mesures budgétaires, INSEE, décembre 2012.
2A.Euzéby et M.L.Herschtel in Finances publiques, une approche
économique, op.cit., p.144.
39
Pour le multiplicateur budgétaire, il s'agit de décrire l'effet du déficit
1
budgétaire (qui est le cas le plus fréquent) sur le revenu national.

B- Mécanisme du multiplicateur
L'utilisation de la politique budgétaire pour relancer l'activité
économique (en période de dépression se base sur le jeu des
multiplicateurs budgétaires. Ces derniers jouent non seulement dans le
cas de l'apparition ou de l'accroissement du déficit budgétaire (qui est
le cas le plus fréquent) mais aussi dans le cas d'une augmentation
simultané et du même montant des dépenses et des recettes publiques.
Ainsi le multiplicateur keynésien simplifié va connaître des extensions.

1- Le modèle keynésien simplifié


Le raisonnement se fait dans une économie fermée composée de trois
groupes d'agents économiques : les ménages, les entreprises et l'Etat.2
Dans le circuit économique :
-les ménages interviennent par la consommation (C) et l'épargne (S).
-les entreprises interviennent par l'investissement (I).
-l'Etat perçoit des impôts (T) et effectue des dépenses en biens et
services (G); T et G sont considérés comme exogènes car ils ne sont pas
affectés par les variations du revenu.
Lorsque G >T, la différence est financée par recours à l'emprunt
auprès du public (Bons du Trésor, titres divers) ou des banques et / ou
par le recours à la création monétaire.
Les équations du modèle sont les suivantes :

1Les multiplicateurs budgétaires jouent également dans le cas de l'apparition


ou de l'accroissement de l'excédent budgétaire. Mais, on limitera l'étude à l'effet
de l'apparition ou de l'accroissement du déficit budgétaire sur le revenu national.
2Pour une présentation sur l'intégration de l'Etat dans le modèle simplifié, voir
en particulier:
- E.Alphandéry, Cours d'analyse macro-économique, Economica, 1976.
- P.A.Muet, Théories et modèles de la macro-économie, Economica, 1984.
40
Y=C+I
} ==> I = S
Y=C+S
où Y est le produit ou le revenu national.
En prenant en considération les dépenses publiques (G) et les impôts
(T), on aura :
Y=C+I+G
} ==> I + G = S + T
Y=C+S+T
Il apparaît que les dépenses publiques constituent une injection dans
le circuit économique (à côté des dépenses de consommation et des
investissements), tandis que les impôts représentent une fuite dans ce
circuit (à côté de l'épargne) ou aura, ainsi, le schéma suivant :1

REVENUS

ENTREPRISES MENAGES

DEPENSES DE CONSOMMATION

INJECTIONS
FUITES
INVESTISSEMENTS

DEPENSES PUBLIQUES EPARGNE

IMPOTS

Circuit en économie fermée et avec intervention de l'Etat

1D'après G.A.Frois, Keynes et la macro-économie contemporaine,


Economica, 1989, p.35.
41
De ce fait, dans une phase de dépression (où I + G < S + T) l'Etat
doit, pour réguler la conjoncture, augmenter les dépenses publiques
(augmentation des injections) et/ou diminuer les impôts (réduction des
fuites) en vue d'encourager la dépense privée.
Ainsi, la régulation de la conjoncture passe par la réalisation d'un
déficit budgétaire. Ce dernier peut avoir pour origine soit une
augmentation des dépenses publiques non accompagnée d'un
accroissement des impôts soit une diminution des impôts sans qu'il y ait
compression des dépenses publiques.
Voyons, maintenant, l'effet expansionniste du déficit budgétaire sur
le revenu national selon son origine.
a- L'augmentation des dépenses non accompagnée d'un
accroissement des impôts
Les dépenses publiques exercent le même effet multiplicateur que
l'investissement autonome.
Supposons que la valeur de la propension à consommer des ménages
dépend non du revenu distribué (Y) mais du revenu disponible (Yd)
c'est-à-dire du revenu après impôt.
On a donc :
Yd = Y - T
La consommation des ménages est :
C = c0 + c Yd où : c0 est la consommation incompressible.
C = c0 + c (Y - T) c’est la propension à consommer ; o< c<1
Le revenu d'équilibre est déterminé par :
Y=C+I+G
Y = c0 + (Y - T) + I + G
Y = 1/ (1-c (c0 - cT + I + G)) (1)
Une augmentation des dépenses publiques (G) nous donne :
Y + Y = 1/ (1-c (c0 - cT + G + G)) (2)
(2) - (1) nous donne : Y = 1/ (1- c) G ; 1/(1-c) >1==> Y > G

42
1/(1-c) est le multiplicateur budgétaire ou simple. Il exprime
l'augmentation du revenu national (Y) résultant d'un accroissement
des dépenses publiques (G) sans qu'il y ait modification du volume
des impôts. Ce multiplicateur est d'autant plus élevé que la propension
à consommer (c) est élevée (ou que la propension à épargner (s) est
faible).
Ainsi, une augmentation des dépenses publiques (G) "financées par
l'emprunt, la création de la monnaie ou simultanément par les deux
1
procédés " entraîne une augmentation plus que proportionnelle du
revenu national. Cette augmentation dépend de la valeur du
multiplicateur. Mais, pour avoir un tel résultat, il est nécessaire que les
impôts n'augmentent pas, car ils affectent le revenu disponible des
agents privés.
Il en ressort que, lorsqu'elles sont financées par un déficit budgétaire,
les dépenses publiques exercent un effet multiplicateur important.

b- La diminution des impôts non suivie d'une compression


des dépenses publiques
La réduction des impôts exerce un effet expansionniste sur le revenu
national. Elle permet de stabiliser la conjoncture déflationniste car elle
entraîne un supplément de revenu.
Une diminution des impôts (T) nous donne :
Y + Y = 1/ (1 - c (c0 – c (T + T) + I + G)) (3)
Y + Y = 1/ (1 - c (c0 + I + G)) + 1/ (1 - c (-c (T + T)) (4)
(4) - (3) nous donne :
Y = -c/1 - c T

-c/1-c T est le multiplicateur fiscal.

1H.Sempé, Budget et Trésor, Economie et politique financière, op.cit., p.359.

43
Le multiplicateur fiscal exprime l'augmentation du revenu national
résultant d'une diminution des impôts sans qu'il y ait modification du
volume des dépenses publiques. Là aussi, il y a création ou
augmentation du déficit budgétaire qui sera financé par le recours à
l'emprunt et/ou à la création monétaire.
Mais, "l'effet d'expansion obtenu et inférieur à celui provoqué par un
1
déficit spending".
On peut conclure que la politique de diminution des impôts (sans
réduction des dépenses publiques) et la politique d'augmentation des
dépenses publiques (sans accroissement des impôts) débouchent sur un
déficit budgétaire qui exerce un effet de multiplication (expansion) sur
le revenu national. Mais, l'effet du multiplication (accroissement du
revenu national) est plus grand lorsque le déficit budgétaire résulte
d'une augmentation des dépenses publiques plutôt que d'une réduction
des impôts, puisque la valeur du multiplicateur simple (1/1-c) est
supérieure à celle du multiplicateur fiscal (-c/1-c).
Il s'ensuit que les dépenses publiques ont un effet direct sur le revenu
2
national alors que la diminution des impôts ne fait qu'augmenter le
revenu disponible.
En effet, l'augmentation des achats publics (dépenses publiques) se
traduit par une augmentation des commandes aux entreprises ; d'où,
l'augmentation de la production et des revenus ; alors que la diminution
des impôts ne provoque qu'une augmentation du revenu disponible dont
une partie est épargnée.
Mais il reste que la lutte contre la dépression passe par la réalisation
d'un déficit budgétaire (augmentation des dépenses publiques et /ou
réduction des impôts) susceptible de provoquer un effet de
multiplication sur le revenu national.

1Ibid., p.365.

2En fait, il ne s'agit pas d'une diminution des impôts, mais des taux
d'imposition. Voir à ce propos: L. Stoléru, L'équilibre et la croissance
économique, Dunod, Paris, 1969.
44
Faisons remarquer, enfin, que dans les économies modernes ouvertes
sur l'extérieur :
-les importations constituent des fuites à côté de l'épargne et des
prélèvements opérés par l'Etat ;
-les exportations constituent des injections à côté de la
consommation, des investissements et des dépenses publiques.
1
Ainsi, on aura le schéma suivant :
REVENUS

ENTREPRISES MENAGES

DEPENSES DE CONSOMMATION

INJECTIONS FUITES
INVESTISSEMENTS EPARGNE

DEPENSES PUBLIQUES IMPOTS

EXPORTATIONS IMPORTATIONS

Circuit en économie ouverte et avec intervention de l'Etat

Le multiplicateur budgétaire joue non seulement dans le cas d'un


déficit budgétaire (ou d'un excédent budgétaire) mais aussi dans le cas
d'une augmentation simultanée des dépenses publiques et des impôts
d'un même montant. Ainsi, le modèle keynésien va subir des
extensions.

2- Le théorème de Haavelmo et l'extension du modèle


keynésien

1D'après G.A.Frois, Keynes et la macro-économie contemporaine, op.cit.,


p.35.
45
1
L'économiste norvégien Haavelmo a formulé un théorème selon
lequel l'accroissement du budget équilibré entraîne une augmentation
du revenu national d'un montant égal à l'accroissement du budget.
Autrement dit, si on accroît simultanément et du même montant les
dépenses publiques et les impôts (pour maintenir l'équilibre du budget),
il y a un accroissement du revenu national égal au montant de
l'augmentation des dépenses publiques et des impôts.
Soient :
Y = 1/1-c G, l'augmentation du revenu suite à un accroissement
des dépenses publiques ;
Y = -c / 1-c T, la diminution des revenus suite à l'augmentation
des impôts.

Sachant qu'il y a une progression identique des dépenses publiques


et des impôts (G=T), l'effet global sur le revenu de l'augmentation
des dépenses publiques et des impôts est le suivant :

Y = ((1/1-c) G) - ((-c/1-c) T)


Y = ((1/1-c) G) - ((-c/1-c) G) puisque G = T
Y = G (1-c / 1-c) = G
Donc : Y = G

Ainsi, "dans une conjoncture de sous-utilisation des capacités de


production, un accroissement des dépenses publiques financé par un
impôt proportionnel sur le revenu, provoque un effet de revenu positif
2
égal au montant des dépenses publiques." Le multiplicateur est égal à
1 car l'accroissement du revenu national ne dépend aucunement de la
propension à consommer.

1T.Haavelmo, Multiplier effect of a balanced budget, Econometrica, octobre


1945.
2H.Sempé, Budget et Trésor, Economie et politique financière, op.cit., p.377.

46
Cette conclusion est importante dans la mesure où elle remet en
cause la conception des adeptes de l'orthodoxie budgétaire selon
laquelle un budget équilibré est nécessairement neutre vis-à-vis de
l'activité économique.
Un accroissement du budget, tout en conservant son équilibre,
entraîne un effet de multiplication du revenu national (égal à 1) du
montant de l'accroissement.
Il est donc apparu que l'équilibre financier ne signifie pas neutralité
économique.
A travers l'exposé du mécanisme du multiplicateur budgétaire on a
mis en évidence l'effet expansionniste produit par une politique du
déficit budgétaire.
Par le moyen du budget, l'Etat peut agir sur l'activité économique. Et
c'est grâce à son budget que l'Etat va voir ses fonctions s'élargir.

3- Le perfectionnement des multiplicateurs budgétaires et


fiscaux
L’influence de la politique budgétaire et fiscale sur la détermination
et la stabilisation du revenu est mesurée par les multiplicateurs
déterminés à partir du modèle suivant :
a- En économie fermée
Y = C = I + G c’est l’identité entre l’offre globale (Y) et la demande
finale (C, I et G)
C = c0 + cYd 0 < c < 1 la fonction de consommation où intervient
la consommation incompressible (c0) et le revenu disponible (Yd)
Yd = Y - T le revenu disponible
T = T0 + tY 0 inférieur ou égal à t inférieur ou égal à 1 c’est la
sensibilité du système fiscal : les impôts directs évoluent en fonction de
l’assiette Y et de la propension marginale à taxer le revenu
I = I0
G = G0 l’investissement et les dépenses publiques sont exogènes

47
Le revenu d’équilibre est déterminé par :1
1
Y= --------------- [c0 - cT + I0 + G0]
1 – c (1 - t)
Le multiplicateur de dépenses budgétaires est :
Y 1
--- = ---------------
G 1 – c (1 - t)
Le multiplicateur fiscal est donné par :
Y -c
--- = ---------------
G 1 – c (1 - t)
b- En économie ouverte
Le modèle subit quelques modifications :
Y=C+I+G+E-M
M = M0 + mY
Le multiplicateur de dépenses budgétaires est :
Y 1
--- = ---------------------
G 1 – c (1 - t) + m
Le multiplicateur des recettes fiscales est donné par :
Y -c
--- = ----------------------
G 1 – c (1 - t) + m

1 Le théorème de Haavelmo ne s’applique plus tel quel car Y/G0 - Y/T0 =


1-c/(1-c(1-t)) ; lorsque t est >0,
1-c/(1-c(1-t)) est positif mais <1
48
Donc, en économie ouverte, la multiplication est abaissée en raison
de la fuite représentée par les importations

IV-Le budget et l'élargissement des fonctions de l'Etat


L'intervention de l'Etat par le moyen de la politique budgétaire va
permettre de développer son rôle économique et social. Ces fonctions
vont s'étendre pour concerner plusieurs domaines de l'activité
économique et sociale.
1
Ainsi, selon Musgrave, l'Etat accomplit trois fonctions : la fonction
d'affectation des ressources, la fonction de redistribution des revenus et
la fonction de régulation de l'activité économique.

A-La fonction d'affectation des ressources


En utilisant sous budget, l'Etat doit faire fonctionner certains
services publics qui ne peuvent être fournis par le privé :
- soit parce qu'il s'agit de biens collectifs qui ne peuvent faire l'objet
d'une demande individuelle et donner lieu à la fixation d'un prix
(défense nationale) ;
- soit parce qu'il s'agit de services publics jugés nécessaires et que
l'Etat doit prendre en charge : santé, éducation, sécurité sociale, etc.
2
On est en présence des fonctions les plus traditionnelles où l'Etat
tente de satisfaire des besoins publics par une production publique
financée en grande partie par des prélèvements obligatoires.

B- La fonction de redistribution des revenus


Impulsée par les idées keynésiennes, cette fonction de redistribution
de revenus, vise à augmenter la propension moyenne à consommer de
la population afin d'élever le niveau de la demande globale. Cette
dernière agit sur le niveau de l'activité économique et par la même sur
le niveau de l'emploi.

1R.Musgrave, The theory of public finance, Mc Graw Hill, New York, 1959.

2Voir section première de ce chapitre.

49
Par cette fonction, l'Etat tente aussi de réduire les inégalités issues
de la répartition primaire du revenu national. Le mécanisme de la
redistribution s'articule autour de deux étapes :
-les prélèvements d'abord (impôts et cotisations sociales) ;
-le versement des revenus de transfert ensuite (aides sociales,
bourses, allocations diverses, etc.)

C- La fonction de stabilisation de l'activité économique


Tout en remettant en cause le dogme de l'équilibre budgétaire, la
pensée keynésienne a soutenu l'idée d'une gestion budgétaire
subordonnée à l'équilibre macro-économique à court terme (action
anticyclique).
1
En effet, dans une conjoncture de récession, la réalisation d'un
déficit budgétaire est nécessaire pour combler l'écart déflationniste
c'est-à-dire adapter l'offre globale à la demande globale. Ainsi, le
budget agit sur l'activité économique.
Cependant, l'activité économique peut agir en retour sur le budget
(action contracyclique) : en cas de récession le chômage est élevé et les
revenus sont faibles ; Il en résulte une augmentation des dépenses
publiques (allocation de chômage par exemple) et une diminution des
recettes publiques ; cette évolution débouche sur un déficit budgétaire
ou une aggravation d'un déficit déjà existant. On dit que cette évolution
fait jouer au budget le rôle de stabilisateur automatique.
Ainsi, la stabilisation de la conjoncture peut être réalisée aussi par
une action délibérée (discrétionnaire) de l'Etat que par le jeu des
stabilisateurs automatiques.
Jusqu'au milieu des années 70, et sous l'influence de la théorie
keynésienne, la fonction de la stabilisation de la conjoncture de la
politique budgétaire l'emportait sur les autres.
Mais la crise mondiale qui a éclaté au milieu des années 70, a
largement affecté les objectifs et les moyens de la politique budgétaire

1Dans une conjoncture d'expansion, ce sont les effets symétriques qui se


produisent.
50
(qui était jusqu'ici l'instrument privilégié de la politique économique
dans la majorité des pays occidentaux).
Cette crise économique qui conjugue à la fois l'inflation et le
chômage, va contribuer à soutenir l'idée de l'inefficacité de
l'intervention de l'Etat par le moyen de la politique budgétaire.
Dans ce cadre, la théorie néo-libérale va essayer de mettre en doute
l'efficacité de l'action par le budget en tant qu'instrument de régulation
de l'activité économique.

Paragraphe III - La théorie néo-libérale : l'inefficacité de la


politique des déficits budgétaires et la nécessité de la discipline
budgétaire
Si le mécanisme du multiplicateur a inspiré les politiques
budgétaires pendant les années de croissance de l'après-guerre (les
trente glorieuses), la crise économique du milieu des années 70 va
s'accompagner d'une profonde remise en cause de la théorie
keynésienne de régulation par le budget.
En effet, la théorie néo-libérale va s'efforcer de mettre en doute
l'efficacité de la politique budgétaire, surtout après l'alourdissement des
dettes publiques due à l'aggravation des déficits budgétaires.
Pour les économistes de l'offre, qui soulignent que l'offre est le
"véritable moteur de la croissance économique et non la demande,
l'intervention de l'Etat a une incidence sur l'activité du secteur privé.
Ainsi, l'augmentation des dépenses publiques et de la pression fiscale
1
(courbe de Laffer) affecte le dynamisme de l'économie.
Pour les monétaristes, la politique budgétaire tend généralement plus
vers une situation de déficit plutôt que vers une situation d'excédent
budgétaire car :

1Pour une analyse de la courbe de Laffer, voir en particulier :

- "La courbe de Laffer dix ans après : un essai de bilan critique", Revue
Economique, n°4, juillet 1988.
- A.Lepage, Demain le libéralisme, Collection Pluriel, Paris, 1980.
51
-il est plus difficile de réduire que d'augmenter les dépenses
publiques ;
-il est plus difficile d'augmenter que d'alléger les impôts.
Cette tendance de la politique budgétaire vers le déficit qui favorise
la croissance de l'endettement public, risque d'entretenir une inflation
permanente. Ainsi, en octobre 1974, lors d'une déclaration au Daily
Telegraph, Hayek affirmait que "la responsabilité de l'inflation qui sévit
actuellement à l'échelle mondiale, j'ai le regret de le dire, incombe
totalement aux économistes ou au moins à ceux de mes collègues qui
1
ont fait leurs les théories du Lord Keynes."
D'une manière générale, le scepticisme envers la politique des
déficits publics peut être justifié par de constatations importantes :
-les relances par les déficits budgétaires sont sans conséquence sur
l'activité économique. Cette constatation est appuyée par le théorème
d'équivalence de Ricardo ;
-les dépenses publiques gênent le dynamisme et l'activité du secteur
privé. Cette constatation est appuyée par les thèses des effets d'éviction.

I- Le théorème d'équivalence de Ricardo


Ce théorème, attribué à l'auteur classique, sera remis à l'honneur par
les théories des anticipations rationnelles et en particulier par R.J.
2
Barro.
Selon ce théorème, il n'y a aucun lien entre le déficit du budget et la
relance de l'activité économique par la demande.
En se basant sur l'hypothèse des anticipations rationnelles des agents
privés, R.J.Barro souligne que l'achat de titres publics (émis par le
Trésor pour financer le déficit budgétaire) par les ménages n'est pas
considéré par ces derniers comme une richesse nette mais comme une
créance sur eux-mêmes.

1P. Delfaud, Keynes et le keynésianisme, op.cit., p.116.

2R.J.Barro, "Are Government Bonds Net Wealth?", Journal of Political


Economy, n°6, décembre 1974, vol.82.
Voir également: R.J.Barro, "On the determination of the public debt", Journal
of Political Economy, n°5, 1979, vol.87.
52
Ceci s'explique par le fait que ces titres sont perçus par les ménages
comme le signe d'une augmentation future des impôts (qu'ils devront
payer eux-mêmes) susceptibles de rembourser la dette publique. En
prévision à cela, ils épargnent davantage et réduisent leur
consommation.
Il en résulte que des dépenses publiques supplémentaires, financés
par un emprunt, produisent le même effet que si ces dépenses étaient
financées par une augmentation des impôts (car il y a équivalence entre
emprunt et impôt).
Les théoriciens des anticipations rationnelles soulignent aussi que
même si le déficit est financé par une création monétaire, les agents
privés, qui anticipent une hausse des prix, vont épargner davantage (et
donc consommer moins) pour préserver leurs encaisses réelles. Ainsi,
l'augmentation de l'épargne privée compense largement l'effet de
relance due au déficit budgétaire.
Tout en étant difficile à démontrer, le théorème d'équivalence
ricardienne a le mérite de s'intéresser aux anticipations à long terme et
de mettre en évidence les insuffisances de l'analyse keynésienne
traditionnelle, préoccupée par l'étude des conséquences, à court terme,
de la régulation par le déficit budgétaire.
Mais le théorème d'équivalence de Ricardo ne fait que préparer une
contestation de fond à savoir les effets d'éviction.

II- Les effets d'éviction


1
Les effets d'éviction, qui font l'objet d'une littérature abondante, ont
pour vocation d'expliquer l'inefficacité des thérapeutiques keynésiennes
face à la crise contemporaine. Les analyses mettant en exergue ces
effets insistent sur le fait que les politiques de relance par le déficit
budgétaire engendrent des effets pervers qui peuvent largement
compenser les effets positifs attendus. Autrement dit, les dépenses
publiques financées par un déficit budgétaire évincent la demande
privée.

1 Le débat sur la discipline budgétaire en général et sur les effets d'éviction


fera l'objet d'une analyse détaillée dans la deuxième partie de cet ouvrage.
53
En fait, Keynes, dans sa Théorie Générale, mettait en garde les
responsables gouvernementaux contre les effets néfastes d’une
augmentation de dépenses sans accompagnement monétaire, effets qui
peuvent limiter la portée effective de la politique budgétaire. C’est ainsi
qu’il soulignait que « la méthode utilisée pour financer ladite politique
ainsi que l’accroissement de la circulation exigé par l’emploi
additionnel et la hausse des prix qui l’accompagne, peuvent avoir pour
effet d’élever le taux de l’intérêt et par suite de ralentir l’investissement
en d’autres directions, si l’autorité monétaire ne prend pas les mesures
nécessaires. »1 Keynes avait donc l’intuition de l’objection qui allait
lui être adressée plus tard par les monétaristes avec l’effet d’éviction.
Les effets d'éviction, qui sont au centre de la controverse entre les
monétaristes et les keynésiens à propos de l'efficacité de la politique de
relance par le déficit, font l'objet, à la fois, d'une argumentation
théorique et de vérifications empiriques.
Pour étudier ces effets d'éviction, il faut distinguer entre l'éviction
réelle et l'éviction financière.

A- L'éviction réelle
Les théories des anticipations rationnelles avancent que la politique
des déficits budgétaires est inefficace car elle provoque une éviction
réelle des dépenses privées. En effet :
- si le déficit est financé par la création monétaire, les agents privés
vont anticiper une inflation ultérieure (ou une aggravation de celle déjà
existante) et vont augmenter leur épargne aux dépens de la
consommation immédiate afin de préserver leurs encaisses réelles ;
- si le déficit est financé par emprunt, les agents privés y voient une
augmentation future des impôts et augmentent leur épargne en
conséquence.
Dans les deux cas, et quel que soit son mode de financement, le
déficit budgétaire exerce un effet direct sur la consommation ; la
dépense privée est évincée par la dépense publique du fait que les agents

1 J.M.Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, op.cit.,


p.136.
54
privés ne sont pas victimes de l'illusion monétaire (c'est-à-dire qu'ils
sont capables de formuler des anticipations rationnelles).
Ainsi, toute augmentation des dépenses publiques est compensée par
la diminution des dépenses privées.

B- L'éviction financièr
Un déficit budgétaire financé par l'emprunt auprès du public entraîne
une augmentation du taux d'intérêt ce qui provoque la diminution de
l'investissement privé. Cette hausse du taux d'intérêt peut être due à
plusieurs facteurs :
- au niveau élevé du taux d'intérêt des titres publics (afin
d'encourager leur souscription) ;
- à l'augmentation de la demande de fonds prêtables liée à la faiblesse
de l'épargne financière. Cette augmentation de la demande de fonds
prêtables est liée à l'effet d'expansion provoqué par le déficit : il y a
stimulation de l'investissement des agents (les entreprises surtout) qui
augmentent leur demande de financement ;
- aux anticipations inflationnistes renforcées par l'existence de
déficits budgétaires importants.
Donc, l'emprunt public qui sert à financer le déficit exerce un effet
indirect sur l'investissement par le biais du taux d'intérêt ; une fraction
de l'investissement privé risque ainsi d'être évincée.
Si l'augmentation du taux d'intérêt ne permet pas la libération des
encaisses oisives, l'éviction serait totale.
Cependant, l'importance de l'éviction financière :
-est proportionnelle à l'élasticité de l'investissement par rapport au
taux d'intérêt ;
-est inversement proportionnelle à l'élasticité de la demande de
1
monnaie par rapport au taux d'intérêt.

1Ces conclusions sont dégagées de l'étude de l'éviction financière dans le


cadre du modèle ISLM sur lequel on reviendra par la suite.
55
Par ailleurs il serait intéressant d'analyser l'éviction financière dans
le cas d'une économie ouverte où il y a liberté des mouvements de
capitaux avec l'extérieur.
Ainsi les investisseurs privés qui se trouvent évincés du marché de
capitaux national, en raison de l'augmentation du taux d'intérêt, peuvent
chercher des fonds à l'extérieur sur les marchés de capitaux
internationaux. Les entrées de capitaux seront d'autant plus faciles qu'ils
seront sensibles à l'augmentation du taux d'intérêt.
Dans le cas de taux de changes fixes, l'entrée de capitaux fera
augmenter la masse monétaire et le problème de l'éviction de la
1
demande privée ne se pose pas.
Dans le cas de taux de changes flottants, cette entrée de capitaux
risque de provoquer une appréciation du taux de change ce qui nuira à
la compétitivité des exportations et évincera une partie de la demande
extérieure (éviction par le taux de change). Ainsi, l'entrée de capitaux
est largement contrebalancée par un déficit commercial.
Le recours aux capitaux extérieurs ne permet pas de garantir
l'efficacité de la politique de relance par le déficit. Plus encore,
l'augmentation du déficit public avec une politique monétaire restrictive
à l'échelle internationale peut entraîner même une véritable éviction
financière au niveau mondial : le coût des emprunts peut atteindre un
niveau tellement élevé qu'il amènera les responsables à réduire les
2
déficits publics.
Il ressort de ces analyses que les néo-libéraux refusent toute
régulation par le déficit car ce dernier produit des effets pervers qui
annulent son effet stimulent initial sur l'activité économique.
Considérant que l’intervention économique de l’Etat constitue une
entrave aux activités économiques privées, les finances publiques
classiques défendaient un budget à la fois neutre et équilibré. C’est ainsi
que le budget idéal est celui qui est adapté aux fonctions que l’Etat se

1On se trouve ramené à l'hypothèse d'un financement monétaire du déficit


budgétaire. Voir le chapitre III de la première partie de ce mémoire.
2C'est le cas notamment des U.S.A. qui fait largement appel aux capitaux
externes, entraînant une hausse du taux d'intérêt et provoquant une éviction à
l'échelle internationale.
56
devait de remplir ; c’est celui qui doit se plier à la conjoncture et suivre
son évolution sans chercher à l’influencer.
Ces idées classiques relatives aux finances publiques seront
dépassées par l’apparition d’un certain nombre de faits économiques
dont notamment la crise des années 30. L’orthodoxie budgétaire sera
remise en cause sous l’influence des idées keynésiennes. Désormais, la
réalisation d’un déséquilibre budgétaire apparaît comme thérapeutique
à la grande crise.
Ayant connu différentes applications (théorie des budgets cycliques,
finances fonctionnelles, déficit systématique), l’action par le budget
permet une relance grâce au mécanisme du multiplicateur. Celui-ci joue
non seulement dans le cas d’un accroissement des dépenses publiques
ou d’une diminution des recettes fiscales, mais également dans le cas
d’une variation simultanée des dépenses et des recettes.
Le rôle économique et social de l’Etat se trouve, en relation avec
l’utilisation du déficit budgétaire, élargie à d’autres fonctions :
affectation des ressources, redistribution des revenus et régulation de
l’activité économique.
L’éclatement de la crise mondiale au milieu des années 70 a
largement affecté les objectifs et les moyens de la politique budgétaire.
C’est dans ce cadre que la théorie néo-libérale va s’efforcer de mettre
en doute l’efficacité de la politique des déficits budgétaires. Elle va
tenter de prouver que non seulement cette politique est sans
conséquence sur l’activité économique (le théorème Ricardo-Barro)
mais qu’elle gêne l’activité du secteur privé (l’éviction réelle et
l’éviction financière).
L'utilisation du budget en tant qu'instrument de régulation de la
conjoncture a débouché sur une accumulation importante des déficits
budgétaires dans la majorité des pays occidentaux.
Mais, de par l'ampleur et les causes des déficits budgétaires, ces
derniers, même s'ils constituent une réalité dans la gestion des finances
publiques actuelles, présentent des difficultés quant à leur
quantification.

57
Aussi, convient-il, dans la section suivante, de préciser la notion de
déficit budgétaire avant de se pencher sur son ampleur et ses causes
aussi bien certains pays sous-développés qu'au Maroc.

Section II : Approches comptable et empirique du déficit


budgétaire
Le déficit budgétaire constitue un indicateur adéquat pour juger de
l'orientation expansionniste ou récessionniste de la politique
budgétaire. Cependant, la multiplicité des définitions et méthodes
d'évaluation du déficit budgétaire pose des problèmes quant à son
interprétation économique. C'est que le contenu et la signification du
déficit budgétaire dépendent du système de comptabilisation adopté
ainsi que du caractère volontaire ou subi de ce solde. De ce fait, et afin
de pouvoir apprécier ultérieurement1l'incidence du déficit budgétaire
sur l'activité économique, il faut au préalable apporter des précisions
quant à la mesure de ce solde.
Par ailleurs, l'accumulation accélérée des déficits budgétaires,
surtout à partir de la deuxième moitié des années 70, et le souci de les
ramener à un niveau acceptable, constituent le point commun à tous les
pays qu'ils soient développés ou sous-développés (en particulier le
Maroc). Néanmoins, les facteurs qui expliquent l'accroissement de ces
déficits dans les pays développés sont différents de ceux qui ont été
avancés comme déterminants du creusement des déficits budgétaires
dans les pays sous-développés.
Nous allons, dans un premier paragraphe, essayer de cerner la notion
de déficit budgétaire à travers la mise en évidence des différentes
définitions et méthodes d'évaluation dont il fait l'objet à la lumière
desquelles on va relever celle qui a été retenue par le système budgétaire
au Maroc. Dans un deuxième paragraphe, nous tenterons de caractériser
les déficits budgétaires au Maroc à travers, d'une part, la présentation
de leur évolution sur la période (1970-2015) et, d'autre part, la mise en
évidence de leurs déterminants sur la base des résultats de quelques
études empiriques.

1Voir la deuxième partie de cet ouvrage.

58
Paragraphe I - La mesure du déficit budgétaire ou les
différentes définitions et méthodes d'évaluation des déficits
budgétaires
Bien qu'ils constituent une réalité apparente dans la gestion des
finances publiques actuelles, les déficits budgétaires doivent être
interprétés avec prudence. En effet, la multiplicité des méthodes de
quantification du déficit budgétaire fait que chaque conception du solde
public a sa signification économique qui lui est propre.
De ce fait et afin de pouvoir bien apprécier les effets (économiques
1
et financiers) des déficits budgétaires , la présentation des différentes
définitions et méthodes d'évaluation de ces derniers s'avère nécessaire.
A la lumière de cette présentation, on essaiera de relever la méthode
adoptée par le Maroc pour mesurer son déficit budgétaire.
Généralement, le déficit budgétaire peut faire l'objet d'une double
évaluation : une évaluation en terme effectif (I) et une autre en terme
théorique (II).

I- Les déficits effectifs


La définition et la mesure des déficits effectifs diffèrent selon les
systèmes de comptabilisation des opérations budgétaires. On relève
ainsi les déficits en terme de lois de finances selon les principes de la
comptabilité publique et les déficits en terme de besoin de financement
selon les principes de la comptabilité nationale.

A- Les déficits selon les principes de la comptabilité publique


Les résultats fournis par la comptabilité publique peuvent être
classés en distinguant les soldes des lois de finances et le solde de
gestion.

1- Les soldes des lois de finances2


Dans le cadre de la loi de finances de l'année et des éventuelles lois
de finances rectificatives, le parlement autorise et approuve

1Voir chapitres 3 et 4 de cet ouvrage.

2 Ont le caractère de lois de finances:

- la loi de finances de l'année ;


59
annuellement les recettes et les dépenses et par conséquent le solde. Ce
dernier, qui n'est qu'un solde prévu, diffère généralement du solde
d'exécution des recettes et des dépenses prévues par le budget en
1
question.
A côté de ces deux soldes, de nature globale, il existe une série de
soldes budgétaires partiels que l'on essaiera de relever.
a- Le solde en termes de loi de finances prévisionnelle ou solde
budgétaire prévu
D'après l'article 2 du Dahir portant loi organique des finances, la loi
2
de finances de l'année "prévoit et autorise, pour chaque année civile,
l'ensemble des ressources et des charges de l'Etat." A partir de cette loi
de finances (dont les dispositions peuvent être modifiées, en cours
d'année, par des lois de finances dites rectificatives) on détermine le
solde budgétaire prévu correspondant à la différence entre les
ressources prévues et les dépenses prévues.
Dans la mesure où une différence peut exister entre le résultat de
l'exécution des recettes et des dépenses prévues et le solde budgétaire
prévu, ce dernier ne peut constituer l'indicateur de référence permettant
d'apprécier les effets de l'action de l'Etat par le biais de la politique
budgétaire. D'où la nécessité de faire appel au solde d'exécution
budgétaire.

b- Le solde en termes de loi de règlement ou solde


d'exécution budgétaire
La loi de règlement, qui "constate les résultats financiers de chaque
année civile" en approuvant les différences entre les résultats et les
prévisions de la loi de finances de l'année, complétée, le cas échéant,

- les lois de finances rectificatives ;


- la loi de règlement de la loi de finances.
Voir à ce sujet le projet de réforme de la loi organique relative à la loi de finances.
1 Un budget comprend à la fois la loi de finances de l'année et les lois de finances
rectificatives qui l'ont éventuellement modifiée en cours d'année.
2 Appelée aussi loi de finances initiale.

60
1
par des lois de finances rectificatives" , fait apparaître le solde
2
d'exécution budgétaire.
La différence entre le solde d'exécution budgétaire et le solde prévu
peut être due à plusieurs facteurs dont notamment :
-les lois de finances rectificatives "qui donnent lieu à des
aménagements des prévisions initiales en vue de les adapter à de
nouvelles orientations du gouvernement et à l'évolution de la
3
conjoncture ;"
-l'impossibilité de prévoir avec précision le montant des recettes
fiscales et non fiscales ainsi que leur date de réalisation.
Le solde d'exécution budgétaire est qualifié de solde effectif dans la
mesure où il est égal à la différence entre le montant définitif des
encaissements de recettes et celui des ordonnancements de dépenses
relatifs à une même année, sachant que :
-les recettes sont rattachées à l'année d'exécution de la loi de finances
qui les a autorisées quelle que soit la date de leur perception ;
-les dépenses concernent l'année d'exécution de la loi de finances qui
4
les a autorisées quelle que soit la date de leur engagement.
C'est pour cette raison que le solde d'exécution budgétaire est appelé
aussi solde en exercice car il concerne les opérations rattachées à l'année
d'exécution de la loi de finances qui les a autorisées quelle que soit la
date de leur réalisation.
En France, le solde d'exécution budgétaire est publié dans "l'une de
ses versions particulières" à savoir :
-le solde d'exécution budgétaire global ;

1 Article 2 du Dahir portant loi organique des finances.

2 Appelé aussi solde en exercice.

3 A. Euzéby et M.L.Herschtel, Finances publiques, une approche économique,


op.cit., p.176.
4 J.F.Berthier, Comment l'Etat tient ses comptes, Dunod, Paris, 1990, p.163.

61
1
-le solde budgétaire hors F.M.I (Fonds Monétaire International) ;
-le solde d'exécution budgétaire hors F.S.C. (Fonds de Stabilisation
2
des Changes).
La publication du solde d'exécution budgétaire corrigé en excluant
les opérations avec le F.M.I. est justifiée "par le fait que lesdites
opérations correspondent à des dépenses et des recettes qui sont sans
3
effet sur la liquidité du Trésor public." Par contre, la soustraction des
opérations avec le F.S.C. vise à ne pas faire avantager (ou désavantager)
le gouvernement en place par les bénéfices (ou les pertes) de change.
Ces derniers (bénéfices ou pertes de change) ne dépendent pas de la
gestion budgétaire mais plutôt des fluctuations de la valeur de la
monnaie.
Comme on peut le constater sur le tableau n°1, relatif à l'évolution
des soldes budgétaires de l'Etat en France, d'importants écarts
apparaissent entre le solde prévu et le solde d'exécution budgétai

1 L'exclusion des opérations avec le F.M.I. est justifiée par le fait qu'elles sont sans
effet sur la liquidité du Trésor public. En effet, ces opérations sont financées par
émission de bons spécifiques.
2 L'exclusion des opérations du F.S.C. se justifie par le fait qu'elles ne créent pas
un besoin de financement pour l'Etat. En effet, ces opérations sont compensées par la
variation des concours de la Banque de France à l'Etat.
A propos de ces deux types d'opérations, voir J.F.Berthier, Comment l'Etat tient
ses comptes, op.cit., p.168.
3 Ibid. p.171.

62
Tableau n°1 : Les soldes budgétaires de l'Etat en (Hors F.M.I. ; en Mrds de Francs)
Années Solde initial Soldes d'exécution
de la loi de de la loi de finances (loi de règlement)
finances
1978 -8.9 -38.2
1979 -15.1 -38.9
1980 -31.2 -23.8
1981 -29.4 -64.3
1982 -95.4 -91.8
1983 -117.7 -137.8
1984 -125.8 -157.5
1985 -140.2 -159.4
1986 -145.3 -147.3
1987 -129.3 -137.9
1988 -115.0 -99.8
Source : A.Euzéby et M.L.Herschtel, Finances publiques, une approche
économique, op.cit., p.178.

Les écarts entre prévisions et réalisations (tableau n°1) sont liés à


l'évolution de la conjoncture (ralentissement ou expansion de l'activité
économique) et/ou à une révision des choix budgétaires de l'Etat (dans
le sens expansionniste ou dans le sens restrictif).
L'évaluation de l'incidence de la politique budgétaire, se basant sur
le solde prévu et plus particulièrement sur le solde d'exécution de la loi
de finances, peut, par ailleurs, être complétée par le recours à un
ensemble de soldes budgétaires partiels significatifs.

c- Les soldes budgétaires partiels


Soulignons au départ que pour dégager ces soldes, on distingue entre
1
les opérations à caractère définitif et les opérations à caractère
2
temporaire. Pour séparer entre ces deux types d'opérations, on utilise
le terme "ligne".

1 Les recettes définitives et les dépenses définitives. Il s'agit des opérations


définitives et non remboursables de l'Etat.
2 Il s'agit des opérations remboursables.

Sur ces deux points, voir:


- J.M.Cotteret et C.Eméri, Le Budget de l'Etat, op.cit.
63
En effet, chaque loi de finances se compose de deux soldes :
-le solde des opérations à caractère définitif, appelé aussi "solde au-
dessus de la ligne". Il correspond à la différence entre les recettes
définitives et les dépenses définitives. On parle de déficit lorsque ce
solde est négatif c'est-à-dire que les recettes définitives ne parviennent
pas à assurer la couverture des dépenses à caractère définitif ;
-le solde des opérations à caractère temporaire, appelé aussi "solde
au-dessous de la ligne". Il correspond à la différence entre les ressources
à caractère temporaire et les dépenses temporaires.
Le solde des opérations à caractère définitif, ajouté au solde des
opérations à caractère temporaire constitue le solde général de la loi de
finances. Lorsque ce solde est négatif, on parle d'impasse budgétaire
"dans la mesure où la mise en œuvre de son financement revenait à
parier sur la faculté du Trésor de rassembler les ressources nécessaires
1
à l'aide de son propre circuit de liquidités."
Provenant de la pratique budgétaire française, le terme d'impasse
2
budgétaire" sera remplacé par celui de "découvert budgétaire," terme
3
qualifié de noble selon J.M.Cotteret et C.Eméri.
Hormis ces soldes budgétaires partiels, d'autres encore plus
4
significatifs peuvent être relevés.

- J.F.Berthier, Comment l'Etat tient ses comptes, op.cit.


1 A. Euzéby et M.L. Herschtel, Finances publiques, une approche économique,
op.cit., p.176.
2 Il est financé par création monétaire et/ou par emprunts.

3 J.M.Cotteret et C.Eméri, Le Budget de l'Etat, op.cit., P.36.

4 Il s'agit essentiellement :

- du solde (déficit) courant qui correspond à la différence entre les recettes et les
dépenses courantes (hors dépenses en capital) ;
- du solde (déficit) primaire qui correspond à la différence entre recettes
budgétaires courantes et les dépenses hors intérêts (c'est-à-dire dépenses de
fonctionnement + dépenses d'investissement). Il est appelé aussi solde économique
dont la paternité revient aux économistes de la CEPAL.
Voir à ce propos :
64
2- Le solde budgétaire de gestion
1
L'adoption du système de l'exercice pour calculer le solde
d'exécution budgétaire présente l'avantage de permettre de connaître au
mieux la situation financière de l'Etat pour une année.
Or, l'analyse des effets des opérations budgétaires, et donc de leur
solde, sur les grandeurs macro-économiques (production,
consommation, investissement ...), doit se référer à la période de
réalisation effective de ces opérations. D'où la nécessité d'adopter le
système de la gestion selon lequel les opérations budgétaires (les
recettes et les dépenses) sont rattachées à l'année budgétaire au cours de
laquelle elles ont été réalisées (perçues ou payées). Le solde budgétaire
qui en découle, appelé solde budgétaire de gestion, diffère ainsi du solde
en exercice.
En effet, si ce dernier ne prend en considération que les opérations
se référant au budget courant quelle que soit la gestion en cause, le solde
budgétaire de gestion intègre, suivant la période de l'année, les
opérations budgétaires qui concernent deux, voire trois budgets
successifs : budget courant, budget antérieur et budget prochain.
Ainsi, le solde en gestion est égal à la somme :
-du solde des opérations budgétaires réalisées l'année "n" en
2
exécution du budget de l'année "n-1" (période complémentaire) ;
-du solde des opérations budgétaires réalisées l'année "n" en
exécution du budget de l'année "n" (gestion courante) ;

- A.Berrada, "L'Etat et l'enjeu budgétaire au Maroc", Annales Marocaines


d'Economie, n°10, Automne 1994, p.42.
- L.Sbai El Idrissi, "Déficit budgétaire et circuits de financement", Annales
Marocaines d'Economie, n°7, Hiver 1993, p.71.
1 Selon lequel les opérations budgétaires sont rattachées à la loi de finances qui
les a autorisées quelle que soit l'année de leur réalisation
2 Il n'existe pas pour les recettes fiscales de période complémentaire car l'essentiel
des recettes du budget de l'année "n" sont encaissées au cours de l'année civile, à
l'exception de certaines recettes non fiscales ainsi que des recettes fiscales des
exercices précédents ayant donné lieu à des contentieux.
65
-du solde des opérations budgétaires réalisées l'année "n" en
exécution du budget de l'année "n+1" (opérations réalisées par
1
anticipation).
Le tableau suivant permet de schématiser clairement les relations qui
s'établissent entre le solde en exercice et le solde en gestion.

Tableau n° 2 : Correspondance comptable entre le solde en exercice et le solde en


gestion
Gestion Gestion Gestion
n-1 n n+1
Loi de finances Solde des opérations
de la période
n-1 complémentaire
n-1

Loi de finances Solde des opérations Solde des opérations Solde des
réalisées par anticipation de la période courante opérations de la
n période
n n complémentaire
n
Loi de finances Solde des opérations
réalisées par anticipation
n+1
n+1

Optique de financement : Optique budgétaire :


Calcul du solde en gestion Calcul du solde en exercice
Source: J.F.Berthier, Comment l'Etat tient ses comptes, op.cit., p.182.

Il apparaît ainsi que l'optique de financement ne retient que les


encaissements et les décaissements ayant lieu au cours de l'année
quelque soit l'exercice budgétaire qui les a autorisées, et permet, par
conséquent de rendre compte du solde à financer. Lorsqu'il est négatif,
ce dernier indique le déficit réel "pour le financement duquel le Trésor

1 Il s'agit essentiellement des dépenses par anticipation.

66
dans le cadre de sa stratégie monétaire et financière a effectivement
1
réuni les moyens nécessaires.
Cependant, l'évolution du solde à financer dépend de la délimitation
du budget de l'Etat, laquelle délimitation résulte "de la conception que
2
chaque pays a du secteur public." Autrement dit, il s'agit de préciser
les composantes du secteur public prises en considération dans le calcul
de cette grandeur.
Le tableau ci-dessous précise la variabilité de l'extension du secteur
public dans cinq grands pays occidentaux.

Royaume-Uni Ex-R.F.A. U.S.A. France Japon


Etat Gouvernement Etat Fédéral Etat Fédéral Etat Gouvernement
central = central
gouvernement
+
agences
gouvernementales
Collectivité Autorités locales Etat Fédéral Aide publique Transferts
s +
territoriales Länder
+
Communes
Sécurité Assurances Dépenses sociales Prise en Transferts
sociale nationales dont charge des
comprises dans le Sécurité sociale déficits
Gouvernement
central
Entreprises Sociétés Faible Prise en Aide publique
publiques publiques contribution au charge des
financement des déficits
déficits
Solde Besoin d'emprunt Soldes des Solde budgétaire Solde à Solde
du secteur public collectivités total financer budgétaire
publiques (solde de
territoriales gestion)
Tableau n°3:Les soldes à financer : Tableau comparatif de l'extension budgets retenus
Source: A. Aubry, M. Auzon, C. Coudrat, P.Michel et F. Renversez, Les soldes à financer,
in P. Llau et F.Renversez (sous la direction de) : Stratégies de financement des soldes
budgétaires. Une comparaison internationale, Economica, Paris, 1988, p.82.

1 A. Aubry, M. Auzon, C.Coudrat, P.Michel et F.Renversez, "les soldes à


financer", op.cit., p.42.
2 M.Boussetta, Financement public et soldes budgétaires: le cas du Maroc, Thèse
d'Etat, Rabat 1992, p.47.
67
Donc, la distinction des composants du solde à financer est un
préalable à toute appréciation correcte des effets (économique et
financier) de ce dernier.
Il faut mentionner, par ailleurs, que la présentation du déficit en
exercice et du déficit à financer (ou déficit en gestion) permet de mettre
en évidence les fortes variations, d'une année à l'autre, de l'écart entre
ces deux types de soldes (déficits).
C'est ainsi qu'en France, par exemple, les deux soldes ont évolué
comme suit :
Tableau n° 4 : Evolution du déficit en exercice et du déficit en gestion (en Mrds
de Francs)
Exercice ou 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992
gestion
Solde en -99 -129.6 -146.2 -153.3 -141.1 -120.1 -114.7 -100.4 -93.4 -131.7 -226.3
exercice
( hors F.M.I.,
hors F.S.C.)
Solde en -89.8 -141.5 -137.5 -145.6 -133.7 -90.6 -115.8 -115.7 -101.8 -124.5 -
gestion
( hors F.M.I.,
hors F.S.C.)
Source : D.Zerah, "le système financier, dix ans de mutations", les études de la
documentation française, Paris, 1993, p.197.

Les écarts entre le déficit en exercice et le déficit en gestion (ou


déficit à financer) sont principalement dus au rythme d'exécution du
budget de l'Etat et par conséquent au volume des dépenses payées en
période complémentaire. Il ne faut pas oublier aussi l'influence de la loi
de finances rectificative, généralement votée en fin d'année, qui donne
lieu à l'engagement de dépenses en période complémentaire.
Les soldes budgétaires dégagés dans le cadre de la comptabilité
publique sont, certes, significatifs mais demeurent des indicateurs
imparfaits pour appréhender l'incidence de la politique budgétaire. En
effet, la non prise en compte des budgets de certains organismes dans
le calcul de ces soldes, limite leur portée. L'approche de l'équilibre des
finances publiques compatible avec le cadre de la comptabilité
nationale permet de combler cette lacune.

68
B- Les déficits selon les principes de la comptabilité nationale
Le calcul et la définition d'un solde global consolidé des
administrations publiques, sur la base des concepts de la comptabilité
nationale, présente au moins deux avantages :
- disposer de données homogènes, et par conséquent ;
- opérer une comparaison à l'échelle internationale.
Au sens de la comptabilité nationale, les administrations publiques
1
constituent un secteur institutionnel composé de trois sous-secteurs :
- l'administration centrale (ou l'Etat central) ;
- les administrations locales (ou collectivités locales) ;
- les administrations de la sécurité sociale.
Le solde consolidé des administrations publiques, qui est obtenu en
ajoutant au solde consolidé de l'Etat les soldes des autres
administrations, s'exprime en terme de capacité ou de besoin de
2
financement des administrations publiques.
Ce solde est "l'indicateur de la situation budgétaire d'un pays le plus
communément utilisé par le Secrétariat de l'O.C.D.E."3car il s'applique
à tous les niveaux d'administrations.
Les deux tableaux suivants décrivent l'évolution de ce solde pour les
grands pays occidentaux :

1 Voir à ce propos: S.Chbaatou, L.Hanane et R.Sbihi, "Comptabilité nationale,


système marocain", cours polycopié, 1982.
2 Qualifié(e) par l'O.C.D.E. de solde financier, la capacité ou le besoin de
financement des administrations publiques est à distinguer du solde à financer, du
solde du secteur public, du besoin d'emprunt et du solde effectif des comptabilités
publiques.
3 Perspectives économiques de l'O.C.D.E., n°52, décembre 1992.

69
Tableau n° 5: Capacité (+) ou besoin (-) de financement des administrations
publiques entre 1973 et 1993 (en % du P.I.B./ P.N.B.)
1973 1979 1983 1987 1990 1993
Etats-Unis +0.5 +0.4 -4.1 -2.5 -2.5 -4.3
Royaume-Uni +0.5 -4.7 -3.6 +0.5 +3.1 +0.4
France +1.2 -2.6 -2.5 -1.9 -1.8 -3.2
Allemagne +0.6 -0.8 -3.2 -1.9 -1.4 -3.0
Japon -2.7 -3.2 -3.3 -1.2 -0.7 -7.6

Source : J. Lecaillon, "Le rôle économique de l'Etat" cité in Problèmes


Economiques n° 2319- 2320 du 31 mars au 7 avril 1993, p.47.

Tableau n° 6: Capacité/besoin de financement des administrations publiques en


pourcentage du PIB entre 2007 et 2014
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Australie 1.8 -0.7 -5.0 -5.2 -3.6 -3.3 -1.8 -0.7
Autriche -1.0 -1.0 -4.1 -4.5 -2.4 -2.5 -2.3 -1.7
Belgique -0.1 -1.1 -5.6 -3.9 -3.9 -4.0 -2.6 -2.3
Canada 1.5 -0.3 -4.8 -5.2 -4.0 -3.2 -2.9 -2.1
République tchèque -0.7 -2.2 -5.8 -4.8 -3.3 -4.4 -3.3 -3.0
Danemark 4.8 3.3 -2.8 -2.7 -2.0 -4.1 -1.8 -1.8
Estonie 2.4 -2.9 -2.0 0.2 1.2 -0.3 0.0 0.3
Finlande 5.3 4.3 -2.7 -2.8 -1.1 -2.3 -2.3 -1.8
France -2.7 -3.3 -7.6 -7.1 -5.3 -4.9 -4.0 -3.5
Allemagne 0.2 -0.1 -3.1 -4.2 -0.8 0.2 -0.2 0.0
Grèce -6.8 -9.9 -15.6 -10.8 -9.6 -10.0 -4.1 -3.5
Hongrie -5.1 -3.7 -4.5 -4.4 4.2 -2.0 -2.8 -3.2
Islande 5.4 -13.5 -9.9 -10.1 -5.6 -3.4 -0.2 0.8
Irlande 0.1 -7.4 -13.9 -30.8 -13.3 -7.5 -7.5 -4.6
Italie -1.6 -2.7 -5.4 -4.3 -3.7 -2.9 -3.0 -2.3
Japon -2.1 -1.9 -8.8 -8.3 -8.9 -9.9 -10.3 -8.0

2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014


Corée 4.7 3.0 -1.1 1.3 2.0 2.1 1.4 2.0
Luxembourg 3.7 3.2 -0.8 -0.9 -0.2 -0.8 -0.7 -0.6
Pays-Bas 0.2 0.5 -5.6 -5.0 -4.4 -4.0 -3.7 -3.6
Nouvelle-Zélande 4.5 0.4 -2.7 -7.5 -5.3 -3.9 -2.4 -1.1
Norvège 17.3 18.8 10.5 11.1 13.4 13.9 12.3 11.8
Pologne -1.9 -3.7 -7.4 -7.9 -5.0 -3.9 -3.4 -2.7
Portugal -3.2 -3.7 -10.2 -9.9 -4.4 -6.4 -6.4 -5.6
République -1.8 -2.1 -8.0 -7.7 -5.1 -4.3 -2.6 -2.2
slovaque
70
Slovénie 0.0 -1.9 -6.2 -5.9 -6.4 -4.0 -7.8 -3.4
Espagne 1.9 -4.5 -11.2 -9.7 -9.4 -10.6 -6.9 -6.4
Suède 3.6 2.2 -1.0 0.0 0.0 -0.7 -1.6 -1.1
Suisse 1.0 2.0 0.8 0.3 0.5 0.7 0.7 0.6
Royaume-Uni -2.7 -4.9 -10.8 -10.0 -7.9 -6.5 -7.1 -6.5
États-Unis -2.9 -6.6 -11.9 -11.4 -10.2 -8.7 -5.4 -5.3
Zone euro (15 pays) -0.7 -2.1 -6.4 -6.2 -4.1 -3.7 -3.0 -2.5
Sept grands -2.2 -4.3 -9.4 -9.0 -7.8 -6.9 -5.3 -4.7
OCDE-Total -1.3 -3.4 -8.2 -7.7 -6.4 -5.7 -4.3 -3.8
Brésil -2.8 -2.0 -3.3 -2.5 -2.6 -2.5 -2.4 -2.2
Chine 2.0 0.9 -1.1 -0.7 0.1 -0.4 -1.4 -1.5
Inde -4.0 -7.1 -9.6 -7.3 -7.8 -7.6 -7.0 -6.6
Indonésie -1.3 -0.1 -1.6 -0.7 -1.1 -2.0 -2.1 -1.9
Fédération de 5.6 7.3 -4.0 -1.0 1.5 0.4 -0.6 -0.5
Russie
Afrique du Sud -0.6 -1.4 -5.2 -6.0 -5.6 -5.6 -5.2 -4.4

Source : Perspectives économiques de l’OCDE No. 93 (base de données) Dernière


mise à jour : 29 mai 2013 ; responsabilité : http://oe.cd/disclaimer. Note : Pour plus
d'information, voir les Perspectives économiques de l’OCDE: Sources et méthodes
(http://www.oecd.org/eco/sourcesetmethodes).

L'analyse de l'évolution du solde des administrations publiques pour


les cinq pays (tableau n°5) montre qu'il y a un retournement dans celle-
ci et ce à partir du premier choc pétrolier (1973-1974). En effet, à une
période marquée par un équilibre voire un excédent des comptes publics
dans un environnement de forte croissance, va succéder une autre
caractérisée par l'alourdissement du besoin de financement des
administrations publiques.
Une série de facteurs ont été avancés pour expliquer ce retournement
dont notamment : le ralentissement de la croissance économique, la
mise en œuvre de politiques budgétaires expansionnistes et l'indexation
1
budgétaire. Le tableau n°6 montre que les besoins de financement des
administrations publiques se sont accrus à partir de 2009 avant de
connaître une tendance à la baisse suite à l’application de politiques de
rigueur budgétaire.

1 Lorsqu'en période d'inflation les dépenses publiques s'accroissent plus


rapidement que les recettes fiscales.
71
Par ailleurs, une analyse plus fine des données, à travers le calcul
1
d'un solde primaire des administrations publiques, a permis de faire
ressortir que l'accroissement des charges d'intérêt de la dette publique
est aussi responsable du creusement des besoins de financement des
cinq pays de l'O.C.D.E.. C'est ce que montre le tableau n° 7.

Tableau n°7: Capacité (+) ou besoin (-) de financement primaire des


administrations publiques (en % du P.I.B./P.N.B.)
Année 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988
Etats-Unis +0.7 -1.7 -1.8 -0.6 -1.0 -1.1 -0.3 +O.1
Japon -2.5 -2.1 -2.0 -0.3 +0.9 +0.7 +1.9 +2.4
Allemagne -2.1 -1.3 -1.3 +0.4 +1.1 +1.0 +0.5 +0.1
France -0.7 -1.6 -1.4 -0.9 -0.8 -0.6 +0.1 +0.7
Royaume- uni +0.8 +0.8 -0.2 -0.5 +0.6 +0.7 +1.4 +3.4
Source : «Perspectives économiques de l'O.C.D.E.", n°46, décembre 1989, p.
125.
La lecture du tableau ci-dessus laisse apparaître que l'exclusion des
2
charges d'intérêt aboutit à des besoins de financement plus faibles voire
à des excédents et ce à partir de 1988.
Les soldes budgétaires effectifs (tels qu'ils sont calculés selon les
principes de la comptabilité publique ou selon les principes de la
comptabilité nationale) sont utilisés comme indicateurs pour analyser
l'influence macro-économique de la politique budgétaire. Cependant,
ils ne peuvent servir d'indicateurs corrects de l'impact de la politique
budgétaire et ce en raison de deux facteurs essentiels :
-ils accordent la même importance aux variations des dépenses
publiques et aux variations des recettes fiscales. Or, la valeur du
3
multiplicateur simple est supérieure à celle du multiplicateur fiscal ;
-ils contiennent aussi bien une part résultant des actions délibérées
de l'Etat qu'une autre due aux effets de la conjoncture.

1 Capacité ou besoin de financement des administrations publiques abstraction


faite des charges d'intérêt de la dette publique.
2 Dont l'accroissement est dû aussi bien à l'augmentation des emprunts publics
qu'à la hausse des taux d'intérêt.
3 Voir chapitre I, section II.

72
Dès lors, le calcul de soldes théoriques consistant à partager le solde
budgétaire en une composante délibérée et une composante
conjoncturelle s'avère utile pour l'analyse.

II- Les déficits théoriques :


1
Comme il a été souligné auparavant , il existe des relations
complexes entre le budget et l'activité économique ; de ce fait, "le solde
budgétaire effectif reflète à la fois l'influence de l'économie sur le
budget - par l'intermédiaire des effets de stabilisation automatique - et
les inflexions éventuelles dans la volonté consciente d'action des
2
pouvoirs publics."
Donc, pour apprécier l'effet plus ou moins expansionniste d'une
politique budgétaire active, il faut distinguer, au sein du solde (déficit)
budgétaire, entre la partie créée délibérément et la partie résultant du
jeu des stabilisateurs automatiques.
Pour ce faire, l'O.C.D.E. a commencé à calculer depuis le début des
années 80 des soldes théoriques (structurels) qui ne sont que le
prolongement du concept américain de solde de plein emploi.

A- Le solde de plein emploi


Afin d'éliminer l'influence de l'économie sur le budget (effet de
stabilisation automatique), les économistes américains ont vu
nécessaire, et ce depuis le début des années 60, de calculer le solde de
3
plein emploi appelé aussi solde de haut niveau d'emploi.

1 Ibid.

2 C. de Boissieu, Principes de politique économique, op. cit., p. 383.

3 A propos de ces deux concepts, voir en particulier:

- J.M.Weydert, "Les motivations conjoncturelles de la politique fiscale


américaine", Colloque Université-Administration, Statistiques et Etudes Financières,
avril 1968.
- P.Pascallon, "La nouvelle politique économique américaine", Revue de Science
Financière, première partie (janvier-juin 1970) et deuxième partie (juillet-septembre
1970).
73
Pour l'estimation de ce solde, il faut au préalable :
-évaluer le P.N.B. de plein emploi (ou P.N.B. potentiel) permettant
de calculer les recettes budgétaires de plein emploi ;
-connaître les relations qui existent entre le budget et l'activité
économique ;
-préciser la notion de plein emploi ; ce dernier peut être défini
comme étant une situation caractérisée "par un certain taux d'utilisation
1
de la capacité de production considéré comme valeur-plafond."
Ceci étant, le solde budgétaire de plein emploi (S.B.P.E) s'écrit alors
:
S.B.P.E. = T(Y*) - G (Y*)
avec :
Y*: le P.N.B. de plein emploi ou P.N.B. potentiel;
T(Y*): la fonction de taxation pour Y=Y* ;
G(Y*): la fonction de dépenses publiques pour Y=Y*.

Partant du fait que le niveau des dépenses publiques de plein emploi


2
est à peu près le même que celui des dépenses effectives, le solde
budgétaire de plein emploi ne peut être que supérieur ou égal au solde
3
effectif, en raison de "la croissance automatique des recettes de plein
4
emploi due à la croissance du P.N.B. potentiel."

1 C. de Boissieu, Principes de politique économique, op. cit., P. 383.

2 Car on suppose, dans certaines études, qu'en période d'expansion, la baisse des
dépenses relatives aux indemnités de chômage est contrebalancée par l'augmentation
d'autres dépenses.
3 Dans le cas contraire, l'économie est en situation de suremploi.

4 W.W.Heller, New dimension of Political economy, Harvard University Press,


1966, p.181.
74
Les relations existant entre le budget et la conjoncture, dont la
connaissance est nécessaire pour évaluer le solde budgétaire de plein
emploi, ont été représentées graphiquement de la manière suivante :

Source: A.Euzéby et M.-L.Herschtel, Les dépenses publiques, une approche


économique, op.cit., p.153.

Les droites AA, BB et CC représentent des relations linéaires entre


le solde budgétaire effectif et le niveau du P.N.B., abstraction faite de
l'inflation. La position et la pente de ces droites dépendent de la
variation automatique ou discrétionnaire des dépenses publiques et des
recettes fiscales.
En l'absence de mesures prises par les pouvoirs publics en matière
budgétaire, le solde budgétaire va évoluer tout au long de la droite AA
en passant d'une situation de déficit à une autre d'excédent budgétaire.
Cette variation est, dans ce cas, due à l'effet de stabilisation
automatique. Ce dernier devient nul au niveau de plein emploi (Y*) qui
est considéré comme situation de référence.
Cependant, toute variation discrétionnaire des recettes fiscales et des
dépenses publiques entraînera un déplacement de cette droite. Si, par
exemple, l'Etat décide de diminuer les dépenses publiques et
d'augmenter les impôts, on passera de AA à BB. De même, si l'Etat opte
pour une structure fiscale plus progressive, on passera de AA à CC. Les
segments ab et ac "mesurent, au niveau hypothétique du P.I.B. supposé
correspondre au plein emploi (stabilisation automatique nulle), l'impact

75
sur le solde de la seule action budgétaire discrétionnaire (ici dans le sens
restrictif). A tout autre niveau d'activité, la mesure des effets des
changements intervenus contient des éléments endogènes ou de
1
stabilisation automatique."
Le solde de plein emploi, dont la publication sera interrompue en
1981, fera l'objet d'un prolongement dans les travaux de l'O.C.D.E.

B- Le solde corrigé des effets de la conjoncture ou solde


structurel
Optant pour une méthode proche de celle permettant de calculer le
solde budgétaire de plein emploi, l'O.C.D.E. a commencé, vers le début
des années 80, à publier des soldes théoriques appelés aussi soldes
2
corrigés des influences conjoncturelles ou soldes structurels.
Le solde (déficit) structurel est la part du solde (déficit) global
résultant des actions délibérées des pouvoir publics, considérées
comme structurelles, et non pas des variations de l'activité économique,
qualifiées de conjoncturelles. Autrement dit, "il s'agit de la part du
déficit total qui n'est pas subie mais au contraire voulue et ne saurait
donc disparaître qu'à la suite d'une action "délibérée" des secteurs
3
publics."
Cependant, la détermination du solde structurel, qui n'est rien d'autre
que la différence entre le solde budgétaire effectif et le solde budgétaire
conjoncturel, exige au préalable :
-la fixation d'un budget de référence ;
-l'estimation d'un produit de référence ;
-la correction des postes budgétaires (recettes et dépenses) des
influences de la conjoncture.

1 A.Euzéby et M.L.Herschtel, Finances publiques, une approche économique,


op.cit., p.154.
2 La notion de solde structurel est apparue en Allemagne au milieu des années 70
dans l'estimation du "budget conjoncturellement neutre."
3 M.L.Herschtel, "Les soldes théoriques", in P. Llau et F.Renversez (sous la
direction de): Stratégies de financement des soldes budgétaires. Une comparaison
internationale, op. cit., p.94.
76
Pour ce qui est du choix du budget de référence, on se réfère
généralement au budget des douze mois précédents. Toutefois, l'année
de base peut être celle pendant laquelle il y a eu réalisation d'un
équilibre économique global "identifiable de façon suffisamment nette,
1
à savoir sans tensions inflationnistes ni sous-emplois notables."
2
Quant au produit de référence, il s'agit de la production potentielle.
Celle-ci correspond à la courbe des sommets (pics) successifs du
P.I.B/P.N.B. qui sont caractérisés par "un taux d'utilisation des
capacités assurant une expansion naturelle de l'économie (c'est-à-dire le
niveau de production compatible avec des prix et des anticipations de
3
prix stables et avec un solde extérieur soutenable." Pour calculer le
solde structurel, l'O.C.D.E. se base sur la croissance tendancielle de la
production potentielle déterminée à partir du taux de croissance entre
deux sommets successifs.
Enfin, s'agissant de la correction des postes budgétaires des
influences de la conjoncture, plusieurs techniques peuvent être
4
utilisées. La démarche de l'O.C.D.E. consiste en "une simulation des
recettes et des dépenses qui auraient été enregistrées si le P.I.B./P.N.B.
5
avait progressé à son taux tendanciel."
Les résultats des estimations des soldes budgétaires structurels en
comparaison avec les soldes effectifs des administrations publiques
pour les cinq grands pays de l'O.C.D.E. sont présentés dans le tableau
suivant:

1 Ibid., p. 97.

2 Avec l'idée que la production potentielle est estimée à partir de la production


effective observée dans le passé.
3 Perpectives économiques de l'O.C.D.E., juillet 1984, p.41.

4 Voir à ce propos: P.Muller et R.W.Price, "Déficits budgétaires structurels et


orientation de la politique budgétaire", in O.C.D.E., Département des affaires
économiques et statistiques, Documents de travail, n°115, juillet 1984.
5 A.Euzéby et M.L.Herschtel, Finances publiques, une approche économique,
op.cit., p.155.
77
Tableau n° 8 : Soldes budgétaires effectifs et soldes structurels (en % du P.I.B./
P.N.B. potentiel)
Pays 1970 1974 1981 1983 1984
Soldes Soldes Soldes Soldes Soldes Soldes Soldes Soldes Soldes Soldes
effectifs structurels effectis structurels effectifs structurels effectifs structurels effectifs structurels

Etats-Unis -1.1 0.0 -0.3 0.7 -0.9 1.6 -3.9 - 0.2 -3.1 -0.5
Japon 1.9 1.9 0.4 0.7 -4.0 -3.5 -3.1 -2.2 -2.3 -1.3
Allemagne 0.2 -0.1 -1.3 -0.5 -3.8 -2.4 -2.7 0.5 -1.4 1.7
France 0.9 0.9 0.6 0.7 -1.8 -0.2 -3.2 -0.7 -3.5 -0.1
Royaume-Uni 3.0 -3.0 -3.7 -3.7 -2.8 1.8 -3.7 1.6 -2.8 2.0
Source: R.W.R Price et P. Muller," Indicateurs budgétaires structurels et interprétation de l'orientation de la
politique budgétaire des pays de l'O.C.D.E.", Revue économique de l'O.C.D.E., n°3, Automne 1984, in les Cahiers
Français n°226, mai-juin 1986, p. 31.

A la lecture du tableau n°8, on s'aperçoit clairement de l'influence de


l'activité économique sur les soldes budgétaires effectifs. En effet, la
part des soldes conjoncturels est importante et transforme, dans de
nombreux cas, le signe des soldes effectifs (l'exemple de l'Allemagne
et du Royaume-Uni en 1983 et 1984).
Par ailleurs, et dans le cadre du calcul des soldes structurels,
l'O.C.D.E. estime aussi les variations des soldes effectifs qu'elle partage
en deux parties :
-les variations de la composante conjoncturelle occasionnée par
l'action "contra-cyclique" du budget ou action des stabilisateurs
automatiques ; il s'agit, donc, de la part de la variation subie ;
-les variations de la composante structurelle qui résulte de l'action
délibérée des pouvoirs publics ; il s'agit, donc, de la part de la variation
voulue.
Ces variations peuvent s'écrire :1
S1-So = (t (To/Yo)-g (Go/Yo)) dYo+T-G} part due à l'action délibérée
+ m ( e - d ) Yo }  part due aux stabilisateurs automatiques

1 Ibid., p.154.

78
Avec:
S1 et So: les soldes budgétaires effectifs respectivement de la période
1et de la période 0;
t ( To/Yo ) dYo: l'élasticité des impôts par rapport à la croissance
tendancielle;
g(G/Y)dY: l'élasticité des dépenses par rapport à la croissance
tendancielle du P.I.B./P.N.B.(d);
T et G: les variations respectives du rendement des impôts et des
dépenses dues aux modifications délibérées de la
politique budgétaire dans la période 1;
m ( e - d ) Yo: le taux marginal des impôts et des cotisations sociales
nettes des prestations sociales ( m ) en fonction de la
différence entre la croissance effective ( e ) et celle tendancielle ( d )
de la production.
Les résultats de la décomposition de la variation du solde financier
des administrations publiques, en France et aux Etats-Unis, sont
retracés dans le tableau n°9.

79
Tableau n°9 : Estimations et prévisions de l'O.C.D.E. concernant les variations conjoncturelles et
structurelles du solde financier des administrations publiques (en % du P.I.B.)
France Etats-Unis
Variation
Variation Variation de la Variation de la Variation Variation de la
Années de la
du solde composante composante du solde composante
composante
effectif conjoncturelle discrétionnaire effectif conjoncturelle
structurelle
1974 -0.3 -0.6 +0.3 -0.9 -1.8 +0.9
1975 -2.8 -1.7 -1.1 -3.9 -2.3 -1.6
1976 +1.7 +1.1 +0.6 +2.1 +0.8 +1.3
1977 -0.3 +0.1 -0.4 +1.2 +1.0 +0.2
1978 -1.1 -0.1 -1.0 +1.1 +0.8 +0.3
1979 +1.2 +0.2 +1.0 +0.4 +0.1 +0.3
1980 +0.9 -0.4 +1.3 -1.8 -1.3 -0.5
1981 -2.0 -1.0 -1.0 +0.3 -0.6 +0.9
1982 -0.7 -0.3 -0.4 -2.9 -1.6 -1.3
1983 -0.9 -0.5 -0.4 -0.3 -0.6 +0.3
1984 -0.1 -0.8 +0.7 +0.9 +1.4 -0.5
1985 +0.3 -0.3 +0.6 -0.7 +0.1 -0.8
1986 -0.1 0.0 -0.1 -0.7 +0.2 -0.4
1987 +0.4 0.0 +0.4 +1.1 +0.3 +0.8
1988 +0.1 +0.7 -0.6 +0.5 +0.7 -0.2
1989 +0.4 +0.7 -0.3 0.0 +0.1 -0.1
1990 -0.5 +0.2 -0.7 -0.7 -0.5 -0.2
1991 -0.8 -0.6 -0.2 -0.9 -0.6 -0.3
1992 -0.6 -0.3 -0.3 -1.3 -0.9 -0.4
1993 -0.2 -0.4 +0.2 +0.4 0.0 +0.4
1994 +0.1 +0.2 -0.1 +0.9 +0.3 +0.6

Source : « Perspectives économiques de l'O.C.D.E. », in les Cahiers Français


n°261 mai-juin 1993, p.39
Les résultats contenus dans le tableau n°9 ne font que confirmer
l'idée, déjà relevée auparavant, selon laquelle les soldes budgétaires
effectifs sont grandement influencés par l'activité économique. Cette
situation "conduit à s'interroger sur la capacité réelle des Etats à
1
maîtriser les flux budgétaires."
Le solde structurel, tel que calculé par l'O.C.D.E., constitue "un
indicateur de l'action délibérée des pouvoir publics, en ce sens qu'il
considère les variations du déficit budgétaire comme une cause et non

1 J.F.Jacques, "Les effets expansionnistes d'un budget", Cahiers Français n°261,


mai-juin 1993, p.40.
80
1
comme un effet des fluctuations de l'activité économique." De ce fait,
il peut nous renseigner sur l'orientation restrictive ou expansionniste de
la politique budgétaire.2En effet, un solde structurel déficitaire est le
signe d'une impulsion expansionniste sur la demande.
Tableau n°10 : Solde financier des administrations publiques corrigé des variations
cycliques : Excédent (+) ou déficit (-) en pourcentage du PIB potentiel (1995-2014)
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Australie -1,8 -0,6 0,5 2,1 2,4 1,3 0,1 1,2 1,8 1,3
Autriche -5,5 -3,7 -1,4 -2,4 -3,1 -3,1 -1,2 -1,4 -1,7 -4,4
Belgique -3,7 -2,8 -1,8 -0,3 -0,7 -1,2 -0,2 -0,2 0,3 -0,4
Canada -4,8 -1,8 0,9 0,5 0,6 1,4 -0,7 -0,4 -0,2 0,6
République tchèque .. .. .. .. -2,4 -3,1 -4,9 -5,2 -5,3 -1,8
Danemark -2,5 -2,1 -1,4 -1,1 0,2 0,4 -0,4 -0,7 -0,4 1,5
Estonie .. .. .. .. .. .. .. 0,8 1,7 1,5
Finlande -3,7 -1,4 -0,7 1,5 1,4 6,2 4,7 4,4 3,1 2,4
France -4,8 -3,1 -2,4 -2,2 -2,0 -2,5 -2,8 -4,0 -4,4 -4,1
Allemagne -9,1 -2,7 -2,1 -1,8 -1,3 0,7 -3,7 -3,9 -3,4 -2,8
Grèce -7,8 -5,4 -4,9 -2,9 -2,1 -3,0 -4,0 -4,3 -6,1 -8,4
Hongrie .. -3,0 -4,6 -6,9 -4,4 -2,2 -3,4 -8,6 -7,3 -7,2
Islande -0,9 -0,1 0,7 -0,6 0,6 1,1 -1,4 -2,5 -2,4 -0,8
Irlande 0,4 1,2 1,2 1,0 0,1 1,3 -2,6 -3,5 -2,2 -1,0
Italie -7,1 -6,7 -2,7 -3,0 -2,0 -1,9 -4,6 -4,2 -4,1 -4,0
Japon -4,6 -5,2 -4,2 -10,2 -5,9 -6,5 -5,0 -6,6 -6,8 -5,7
Corée 3,1 2,6 2,6 2,6 3,1 5,4 4,3 4,7 0,2 2,5
Luxembourg .. 2,6 4,7 3,9 3,0 4,3 4,8 1,2 0,6 -0,8
Pays-Bas -8,2 -1,1 -0,9 -1,0 -0,3 0,7 -1,7 -2,7 -2,6 -0,9
Nouvelle-Zélande 2,2 2,3 0,9 0,7 0,0 1,8 1,8 3,5 3,3 3,3
Norvège1 -1,6 -1,3 -0,8 -1,9 -0,6 1,0 0,4 -1,4 -2,7 -1,2
Pologne .. .. -5,4 -4,6 -2,6 -3,4 -4,9 -4,0 -5,4 -5,1
Portugal -4,9 -4,7 -4,0 -5,1 -4,6 -5,3 -6,6 -4,5 -3,7 -4,0
Slovénie .. .. .. .. .. .. -3,4 -2,0 -1,9 -1,9
Espagne -6,3 -4,6 -3,4 -3,0 -1,8 -2,1 -1,8 -1,2 -1,1 -0,8
Suède -5,8 -1,4 0,0 1,7 0,8 2,8 1,3 -1,6 -1,2 0,0
Suisse -1,2 -0,9 -2,0 -1,4 -0,5 -0,9 -0,9 -2,2 -1,3 -1,5
Royaume-Uni -5,5 -3,9 -2,2 -0,2 0,9 3,6 0,6 -1,9 -3,8 -4,0
États-Unis -2,5 -1,7 -0,7 0,1 0,0 0,4 -1,3 -4,2 -5,1 -5,0
Zone euro -7,0 -3,6 -2,3 -2,1 -1,6 -1,0 -3,0 -3,2 -3,1 -2,9
Total OCDE -4,2 -2,8 -1,7 -2,0 -1,1 -0,6 -2,0 -3,5 -4,1 -3,7

1 R.W.Price et P.Muller, "Indicateurs budgétaires structurels et interprétation de


l'orientation de la politique budgétaire des pays de l'O.C.D.E.", n°3, Automne 1984,
cités in Cahiers Français n°226, op.cit., p.30.
2 Dans ce sens, le solde structurel est considéré comme un indicateur de l'effet
levier qu'exerce le budget sur la demande.

81
Source : Base de données des Perspectives économiques de l'OCDE, no 93.
Note : Pour plus d'informations voir Sources et méthodes des Perspectives économiques de

2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Australie 1,5 1,9 1,0 -1,2 -4,8 -4,9 -3,3 -3,0 -1,3 -0,1
Autriche -1,8 -2,3 -2,4 -2,6 -3,7 -3,6 -2,1 -1,9 -1,2 -0,4
Belgique -2,8 -0,4 -1,5 -2,4 -4,9 -3,8 -4,4 -3,7 -1,5 -1,0
Canada 1,0 1,0 0,6 -0,9 -3,9 -4,6 -3,8 -3,1 -2,6 -2,0
République
tchèque -3,3 -3,8 -3,0 -4,5 -5,5 -4,7 -3,2 -3,4 -1,4 -1,0
Danemark 4,0 3,0 2,2 1,1 -1,7 -0,7 -0,3 -2,1 0,5 0,2
Estonie 0,4 -0,3 -1,4 -4,7 1,9 3,1 2,0 0,3 1,0 1,0
Finlande 2,5 3,0 3,1 2,3 -0,9 -1,8 -1,0 -1,6 -1,1 -0,8
France -3,6 -3,5 -4,4 -4,7 -6,9 -6,1 -4,5 -3,7 -1,9 -1,0
Allemagne -2,1 -1,5 -0,6 -1,0 -1,6 -3,5 -1,1 -0,3 -0,3 -0,2
Grèce -6,6 -8,7 -10,5 -13,4 -17,6 -10,4 -6,1 -3,7 2,3 2,9
Hongrie -9,3 -11,8 -7,0 -5,3 -3,4 -3,1 4,7 -0,8 -1,5 -2,1
Islande 2,8 4,0 2,6 -17,0 -9,8 -7,4 -3,2 -1,6 1,2 1,6
Irlande -0,9 0,0 -3,4 -8,8 -11,5 -25,7 -9,4 -4,0 -3,9 -1,4
Italie -5,1 -4,6 -3,3 -3,8 -3,7 -2,6 -2,3 -0,6 0,3 0,8
Japon -4,8 -1,6 -3,0 -2,4 -7,4 -7,8 -8,2 -9,5 -10,3 -8,2
Corée 3,2 3,6 4,1 2,7 -0,5 1,6 2,2 2,8 2,4 3,1
Luxembourg -0,2 0,6 1,9 1,6 -0,3 -0,3 0,2 0,2 1,0 1,6
Pays-Bas 0,5 0,5 -0,9 -1,2 -5,9 -4,3 -3,9 -2,7 -1,3 -0,5
Nouvelle-
Zélande 3,9 4,8 3,6 0,4 -2,0 -6,6 -4,3 -3,2 -1,9 -0,9
Norvège1 -0,4 0,9 2,1 1,0 -0,7 0,0 0,4 0,4 0,3 0,4
Pologne -3,5 -3,5 -2,3 -4,2 -7,3 -8,0 -5,6 -4,2 -3,0 -2,0
Portugal -6,3 -4,6 -3,8 -4,0 -8,7 -8,9 -2,6 -3,3 -2,4 -1,6
Slovénie -1,5 -2,6 -3,0 -5,4 -5,7 -5,4 -5,9 -2,5 -5,0 -0,7
Espagne 0,3 1,0 0,1 -5,7 -9,7 -6,9 -6,4 -6,6 -2,4 -1,8
Suède 1,3 0,6 1,4 1,4 1,7 0,9 0,2 0,0 -0,2 0,3
Suisse -0,7 0,4 0,3 1,2 1,1 0,4 0,5 1,0 1,2 1,1
Royaume-Uni -3,9 -3,7 -4,5 -6,1 -9,8 -8,9 -7,1 -5,5 -5,9 -5,3
États-Unis -4,1 -3,3 -4,0 -6,9 -10,4 -9,8 -8,7 -7,4 -4,2 -4,3
Zone euro -2,6 -2,1 -2,2 -3,4 -5,3 -5,0 -3,3 -2,3 -1,0 -0,4
Total OCDE -3,1 -2,2 -2,6 -4,3 -7,3 -6,9 -5,8 -5,0 -3,4 -3,0
l’OCDE (http://www.oecd.org/eco/sources-and-methods).

A la lecture des données du tableau ci-dessus, il apparaît que les


déficits structurels sont nettement inférieurs aux déficits effectifs (voir
en particulier les cas de l’Espagne, de la France et de la Hongrie).
Après avoir relevé les principales définitions et méthodes
d'évaluation des soldes budgétaires, on va essayer de voir comment on
mesure le solde (déficit) budgétaire au Maroc.

82
Paragraphe II - Mesure, évolution et déterminants des déficits
budgétaires au Maroc
Bien qu'ils constituent une réalité apparente dans la gestion des
finances publiques actuelles1, les déficits budgétaires doivent être
interprétés avec prudence. En effet, la multiplicité des méthodes de
quantification du déficit budgétaire fait que chaque conception du solde
public a sa signification économique qui lui est propre.
De ce fait et afin de pouvoir bien apprécier les effets (économiques
et financiers) des soldes budgétaires, la présentation de la méthode
adoptée par le Maroc pour mesurer son déficit s'avère nécessaire.
Nous allons, dans un premier paragraphe, essayer de cerner la notion
de déficit budgétaire à travers la mise en évidence des différentes
définitions et méthodes d'évaluation retenues par le système budgétaire
au Maroc. Dans un deuxième paragraphe, nous tenterons de caractériser
les déficits budgétaires au Maroc à travers, d'une part, la présentation
de leur évolution sur la période (1970-2013) et, d'autre part, la mise en
évidence de leurs déterminants sur la base des résultats de quelques
études empiriques.
2
Au Maroc, les opérations financières de l'Etat (recettes et dépenses)
qui servent de base pour le calcul du solde (déficit) budgétaire sont
régies à la fois par le décret royal portant règlement général de
3
comptabilité publique et par le Dahir portant loi organique des
4
finances.
A cet effet, l'article 32 du projet de loi organique relative à la loi de
finances stipule que :
- "Les recettes sont prises en compte au titre du budget de l'année au
cours de laquelle elles sont encaissées par un comptable public."

1 Voir à ce propos: M.Karim, Viabilité des finances publiques marocaines,


l’Harmattan, 2010.
2Ces opérations concernent le budget général de l'Etat, les budgets annexes et les
comptes spéciaux du Trésor.
3 Décret royal n° 330-66 du 21 avril 1967, Bulletin Officiel n°2843.
4 Dahir n° 1-72-260, op.cit.
83
- "Les dépenses sont prises en compte au titre du budget de l'année
au cours de laquelle les ordonnances ou mandats sont visés par les
comptables assignataires ; elles doivent être payées sur les crédits de
1
ladite année, quelle que soit la date de la créance."
Il apparaît ainsi que l'enregistrement comptable des opérations
budgétaires est fait dans l'optique gestion ; de ce fait, le déficit qui en
découle s'apparente au déficit à financer tel que présenté
précédemment.
Par ailleurs, accepter les résultats de l'analyse des effets de
financement du déficit budgétaire suppose au préalable que la mesure
de ce dernier soit précisée. Autrement dit, la composition des recettes
et des dépenses de l'Etat, dont l'écart constitue le solde (déficit)
budgétaire, doit être délimitée. Or, durant la période étudiée et surtout
la phase 1970-1986 et en passant d'une source à une autre ( Ministère
des Finances, Bank Al-Maghrib, Direction de la Statistique ... ) voire
s'agissant d'une même source (le Ministère des Finances à savoir la
Direction du Trésor et des Finances Extérieures, la Trésorerie Générale
du Royaume et la Direction des Etudes et Prévisions financières), on
s'aperçoit rapidement que "le déficit budgétaire porte parfois ou souvent
2
sur des montants différents" en raison de la structure changeante des
recettes et surtout des dépenses publiques.
Avant de préciser la définition du déficit budgétaire pour laquelle
nous opterons dans notre analyse, nous avons vu nécessaire de
présenter d'abord les différentes approches de mesure du déficit
budgétaire au Maroc.

I- Les différentes approches de mesure du déficit budgétaire


au Maroc
Durant la période 1970-2014, on peut relever au Maroc deux
approches fondamentales de mesure du déficit budgétaire au Maroc,
celle du Ministère des Finances et celle de Bank Al-Maghrib bien, que
celle-ci se base sur les statistiques élaborées par le premier.

1On trouve les mêmes dispositions respectivement dans les articles 67 et 77 du


Décret royal portant règlement général de comptabilité publique.
2 A.Berrada, "Le déficit budgétaire version Bank Al-Maghrib: un univers
dédaléen", Annales Marocaines d'Economie, n°11, Printemps 1995, p.46.
84
A- Le déficit budgétaire : l'approche du Ministère des
Finances
La quantification du déficit budgétaire au Maroc est le fait du
Ministère des Finances et plus précisément de la Direction du Trésor et
des Finances Extérieures ainsi que la Trésorerie Générale du
Royaume.1 Les informations relatives au calcul du déficit budgétaire
étaient contenues dans les "Statistiques du Trésor" pour la Direction du
Trésor et des Finances Extérieures et dans les Bulletins mensuels de
statistiques des finances publiques pour la Trésorerie Générale du
Royaume. A la lecture de celles-ci, on constate qu'il y a trois modes
différents de classification des "charges et ressources du Trésor"
auxquels correspondent trois définitions et méthodes de calcul du
déficit budgétaire : la classification budgétaire ou classique, la
classification économique et la classification du F.M.I.

1- La classification budgétaire ou classique


Le tableau relatif à cette classification se présente comme suit:
Tableau n°11 : Charges et ressources du Trésor* (classification budgétaire)
Rubriques Observations
I- Recettes ordinaires 1- Introduits à partir de 1986
- Impôts directs 2- Introduits à partir de 1990
- Droits de douane
- Impôts indirects
-Enregistrement et timbre
- Monopoles
- Domaines
- Autres recettes
- Produits pétroliers (1)
- Contributions libératoires (2)

1 Cette Direction constitue le principal organe de direction du Trésor public


marocain. Elle a pour tâche d'assurer l'équilibre de la trésorerie publique et de
mobiliser l'ensemble des ressources nécessaires à cette fin.
Voir à ce propos le décret du 22 novembre 1978 portant organisation du Ministère
des Finances.
85
II- Dépenses ordinaires 3- Jusqu'en 1980
-Dette publique 4- Jusqu'en 1985
- Personnel
- Matériel
- Gros travaux d'entretien (3)
- Subventions et divers
- Pouvoirs publics (4)
III- Solde du budget de fonctionnement III=I-II
IV- Dépenses d'investissement
V- Solde du budget général V=III-IV
* La partie du tableau retraçant le financement du solde du budget général n'est
pas reproduite.
Source: Statistiques du Trésor, Ministère des Finances, Direction du Trésor et des
Finances Extérieures, Division des opérations du Trésor, Service de la Trésorerie
Publique.

Le tableau ci-dessus appelle les remarques suivantes :


- les dépenses relatives à la dette publique englobent aussi bien les
intérêts (sur la dette à court, moyen et long terme) que le
remboursement du principal (l'amortissement des emprunts à long
terme uniquement). Or, le remboursement du principal doit, en principe,
venir "en déduction des recettes brutes d'emprunt et être pris en compte
1
au niveau des sources de financement du déficit budgétaire." La
comptabilisation de l'amortissement des emprunts parmi les dépenses
ordinaires entraîne une diminution de l'excédent du budget de
fonctionnement (ou un creusement du déficit du budget de
fonctionnement) et par conséquent une aggravation du déficit du budget
général.
-les dépenses d'investissement comprennent, entre autres, les
dépenses d'investissement réalisées par l'Administration de la défense
nationale (donc à caractère militaire). En fait, ces dépenses doivent être
ajoutées aux dépenses ordinaires puisque "au sens où on l'entend en

1 A.Berrada, "Le déficit budgétaire version Bank Al-Maghrib: un univers


dédaléen", op.cit., p.49
86
économie, cette catégorie de dépenses représente en réalité l'emploi de
1
ressources à des fins de consommation et non pas d'investissement."
Ceci étant, leur prise en considération parmi les dépenses
d'investissement ne fait qu'augmenter l'excédent du budget de
fonctionnement (ou réduire le déficit du budget de fonctionnement)
sans pour autant affecter le déficit du budget général.
A cette classification se juxtapose une autre, appelée classification
du F.M.I., à partir de laquelle on relève une autre méthode de calcul du
déficit budgétaire.

2- La classification du F.M.I.
Dans cette classification, on fait ressortir trois indicateurs principaux
qui sont : le solde ordinaire, le solde global et le besoin de financement.
Cette classification est retracée dans le tableau n°12 suivant :

1 A.Berrada, " Le déficit budgétaire version Bank Al-Maghrib: un univers


dédaléen", op.cit., p.49.
Voir à ce propos: R.A.Musgrave et P.B. Musgrave, Public Finance in Theory and
Practice, Mc GrawHill, New York, 1984.
87
Tableau n°12: Situation des ressources et charges du Trésor* (avant
rééchelonnement)
Rubriques Observations
I- Recettes ordinaires 1- Sans O.C.P.
- Impôts directs (1) 2- Sans O.C.P.
- Droits de douane 3- Même remarque que dans le tableau n°
- Impôts indirects 9
- Enregistrement 4- A partir de 1993
- Monopoles (2)
- Domaines
- Autres recettes
- O.C.P.
- Produits pétroliers (3)
- Contribution libératoire (3)
- Privatisation (4)
II- Dépenses totales
A- Dépenses ordinaires
- Biens et services
-Dette publique
.Intérieure
.Extérieure
- Compensation
III- Solde ordinaire
III=I-A
B- Dépenses du capital
IV- Déficit global IV=I-II ou III-B
V= Fonds réservés
VI- Besoin de financement VI=IV+V
* la partie relative à la couverture du besoin de financement n'est pas reproduite
Source : Statistiques du Trésor, Ministères des Finances, op.cit.
Ne datant que de 1986 et couvrant la période débutant en 1980
jusqu'à nos jours, cette classification nécessite les éclaircissements
suivants :
- la rubrique dette publique ne contient précisément que les intérêts
au titre de cette dette qu'elle soit intérieure ou extérieure, civile ou
militaire. Notons aussi que, dans cette classification, la Direction du
Trésor tient compte de la charge normalement due c'est-à-dire y
compris les gains de rééchelonnement obtenus au titre de ces intérêts.
Cette méthode présente l'avantage d'appréhender le déficit réel du

88
1
Trésor abstraction faite de l'allégement des intérêts qui est considéré
comme moyen de financement à l'instar du rééchelonnement de
l'amortissement ;
- les dépenses du capital ne comprennent pas les dépenses de la dette
extérieure militaire à savoir le remboursement du capital et les intérêts.
La non prise en considération de ces derniers dans les dépenses du
capital a pour conséquence la contraction du déficit global ;
- le besoin de financement est le solde définitif que le Trésor doit
effectivement financer. Il est égal au déficit global auquel on ajoute les
fonds réservés. Ces derniers, appelés aussi arriérés de paiement, sont
composés de sommes ordonnancées mais dont le règlement effectif est
reporté. Ainsi, le Trésor a la possibilité de réduire son déficit de caisse
en allongeant les délais de règlement des dépenses publiques. De ce fait,
une variation positive des arriérés, d'une fin d'année à une autre, signifie
un accroissement de l'endettement du Trésor envers ses créanciers (en
particulier les entreprises) et donc une diminution du déficit de caisse.
Par contre, une variation négative de ces arriérés est le signe d'un
désendettement net du Trésor et donc du creusement du déficit de
trésorerie. En définitive, le besoin de financement correspond à
l'excédent des dépenses effectivement réglées sur les ressources
effectivement encaissées.
A côté de ces deux méthodes de calcul du déficit budgétaire
découlant des deux précédentes classifications, les Statistiques du
Trésor recèlent une troisième, présentée dans un tableau relatif au
financement des opérations du Trésor et correspondant à la
classification économique des charges et des ressources du Trésor.

3- La classification économique
Dans les Statistiques du Trésor, le Ministère des Finances présente
séparément une classification économique des recettes et une autre des
dépenses. Reprise par le tableau retraçant le financement des opérations
du Trésor, cette classification permet de dégager le déficit global mais
d'un montant différent de celui des soldes découlant de la classification
budgétaire ou de la classification du F.M.I. (Tableau n° 13).

1 C'est à partir de 1983 que le Maroc a commencé à bénéficier de l'allégement de


la dette (intérêts et capital).
89
Tableau n°13 : Financement des opérations du Trésor*
Rubriques Observations
I- Recettes consolidées (A + B) (1) 1- Appelées aussi recettes
A- Recettes ordinaires (2) ordinaires consolidées. Elles
B- Solde des comptes extrabudgétaires découlent de la classification
- Solde des comptes spéciaux du Trésor économique des recettes ordinaires
- Fonds de concours des budgets annexes de l'Etat.
II- Dépenses ordinaires ou de fonctionnement
(A+B+C) (3) 2- Portent sur le même montant
A- Biens et services (4) que dans les classifications
-Traitement et salaires précédentes.
-Matériel et fournitures
B- Intérêts de la dette publique 3-Elles découlent de la
-Intérieure classification économique des
-Extérieure dépenses de l'Etat.
C- Subventions et transferts (5)
-Compensation 4- Portent sur le même montant
-Autres que dans la classification
III- Excédent ordinaire (III = I - II) budgétaire.
IV- Dépenses d'investissement (6)
V- Déficit global (V = III - IV) 5- Voir 4

6- Voir 4

* La partie du tableau retraçant le financement du déficit global n'est pas


reproduite
Source : Statistiques du Trésor, Ministère des Finances, op. cit.
A propos de cette dernière classification, faisons remarquer que :
-les intérêts de la dette publique extérieure ne comprennent pas ceux
servis sur la dette extérieure militaire, de même que les gains de
rééchelonnement obtenus au titre des intérêts de la dette d'origine
externe et ce depuis 1983 ;
- le solde ordinaire, qui constitue la différence entre les recettes
ordinaires consolidées et les dépenses ordinaires ou de fonctionnement,
peut être positif comme il peut être négatif. De ce fait, l'appellation
"excédent ordinaire" s'avère incorrecte.

90
A travers la présentation des trois différentes nomenclatures des
charges et des ressources du Trésor contenues dans les Statistiques du
Trésor, nous avons vu que le déficit budgétaire porte sur des montants
différents alors qu'il s'agit de la même source. Cela signifie qu'il y a
"autant de définitions du déficit budgétaire que de types de
classifications des dépenses et/ou recettes publiques."1Ajoutons à cela
que les Statistiques du Trésor regroupent des tableaux relatifs à
l'exécution des opérations budgétaires mais dont les règles
d'élaborations ne sont pas précisées.
Pour élaborer son rapport annuel, qui contient, entre autres, un
tableau relatif aux opérations du Trésor et donc à la détermination du
déficit budgétaire, Bank Al-Maghrib se base sur les Statistiques du
Trésor mais sans pour autant les reproduire telles qu'elles sont
présentées. D'où une deuxième approche de mesure du déficit
budgétaire.
4- Les bulletins mensuels des finances publiques de la Trésorerie
Générale du Royaume et les statistiques des finances publiques du Site
du Ministère de l’Economie et des finances
Les bulletins mensuels de la Trésorerie Générale du Royaume et le
site du Ministère (rubrique « finances publiques ») font apparaître à la
fois les niveaux des soldes budgétaires et leurs modalités de
financement. En 2012 par exemple, la valeur du besoin de financement
affichée dans les bulletins mensuels de la Trésorerie Générale du
Royaume (-59 180 millions de dirhams) est différente par rapport à
celle inscrite sur le site internet du Ministère de l’Economie et des
Finances (-64 834 millions de dirhams), soit un écart de 5654 millions
de dirhams représentant 0,68% du PIB. Cette différence est due à
plusieurs facteurs dont notamment les valeurs prises par les masses
budgétaires et à la prise en compte des arriérés de paiement dans le
calcul du besoin de financement par les bulletins de la Trésorerie
Générale du Royaume. L’absence d’harmonie entre les deux sources se
répercute sur le poids du déficit budgétaire dans le PIB et donc sur son
interprétation. C’est ce que montrent les deux tableaux suivants :

1 A.Berrada, "Le déficit budgétaire version Bank Al-Maghrib: un univers


dédaléen", op.cit., p.54.
91
Tableau n°14 : Bulletin mensuel des finances publiques de la TGR relatif au mois de
décembre 2015
En millions de dirhams 2015
1- Recettes ordinaires 207 462
1.1- Recettes fiscales 183 207
1.2- Recettes non fiscales 21 308
1.3- Recettes de certains Comptes Spéciaux du Trésor 2 947
2- Dépenses ordinaires (2) 207 467
2.1- Biens et services 159 700
2.2- Intérêts de la dette 26 817
2.3- Compensation 20 950
3- Solde ordinaire -5
4- Investissement (2) 55 516
5- Solde des comptes spéciaux du Trésor 9 346
6- déficit/excédent global (3) -46 175
7- Variation instances -3 373
8- Besoin / excédent de financement -49 548
La partie relative aux modalités de couverture du besoin de financement n’est pas reproduite.
(1) les autres recettes se composent des fonds de concours, des recettes en atténuation de dépenses, de
la redevance gazoduc et des recettes diverses des différents ministères
(2) les dépenses sont présentées sur la base des émissions (ordonnances ou mandats visés par les
comptables assignataires, conformément aux dispositions de l’article 8 de la loi organique des finances)
(3) tel qu’il ressort des recettes prévues et des crédits ouverts par la loi de finances pour l’année 2013

Source : Bulletins mensuels des finances publiques, Trésorerie Générale du Royaume,


décembre 2015
Tableau n°14 bis : Statistiques des finances publiques affichées sur le Site du
Ministère de l’Economie et des Finances
En millions de dirhams 2012 2015
Recettes ordinaires (Hors 198 211
TVA CL) 934 178
En % du PIB 24,0% 21,5%
174 183
Dont recettes fiscales
025 207
En % du PIB 21,0% 18,7%
Dont recettes privatisation 3 292 43
En % du PIB 0,4% 0,0%
215 200
Dépenses ordinaires
674 966
En % du PIB 26,0% 20,5%
96 102
Dont Masse Salariale
288 669

92
En % du PIB 11,6% 10,5%
54 13
Dont Compensation
870 977
En % du PIB 6,6% 1,4%
-16 10
Solde ordinaire
740 212
Solde ordinaire / PIB -2,0% 1,0%
48 58
Dépenses d'investissement
515 544
En % du PIB 5,9% 6,0%
Solde des comptes spéciaux du
5 208 5 630
Trésor
-60 -42
Solde global
047 702
En % du PIB -7,3% -4,3%
Solde / PIB hors privatisation -7,6% -4,4%
-64 -49
Besoin de financement
834 575
Besoin de financement / PIB -7,8% -5,0%
La partie relative aux modalités de couverture du besoin de financement n’est pas reproduite.
Source : Statistiques des finances publiques,
http://www.finances.gov.ma/fr/Pages/Statistiques.aspx?Active=FP&m

B- Le déficit budgétaire : l'approche de Bank Al-Maghrib


Bank Al-Maghrib (qui a été dénommée Banque du Maroc jusqu'en
1987) publie annuellement son rapport dans lequel elle présente un
1
tableau relatif à "l'évolution des ressources et des charges du Trésor,"
sans oublier, bien sûr de mentionner la source des chiffres et
informations que renferme ce tableau à savoir "Ministère des Finances,
Division du Trésor." Donc, tout porte à croire que les données
rapportées par Bank Al-Maghrib sont conformes à celles de l'une des
trois classifications des Statistiques du Trésor dégagées précédemment.
Or, bien que les tableaux relatifs à "l'évolution des ressources et des
charges du Trésor" (Bank Al-Maghrib) soient établis en se référant soit
à la classification budgétaire (avant 1983), soit à la classification des
dépenses ordinaires (1983 et 1984), soit enfin à la classification du
2
F.M.I. (à partir de 1986), des différences apparaissent entre ces
tableaux (Bank Al-Maghrib) et les Statistiques du Trésor (Ministère

1 Appelée aussi "Situation des ressources et des charges du Trésor" à partir de


1993.
2 Pour 1985, le tableau relatif à "l'évolution des ressources et des charges du
Trésor" ne relève à proprement parler, d'aucune classification.
93
des Finances) et ce concernant les dépenses de la dette et
d'investissement.
Notons aussi que les continuels changements périodiques, on ne peut
plus arbitraires, quant à la classification adoptée pour présenter les
tableaux relatifs à "l'évolution des ressources et des charges du Trésor",
sont faits à l'insu du lecteur. Plus encore, les dépenses de la dette et les
dépenses d'investissement", tout en conservant la même appellation,
1
présentent une structure hétérogène d'une période (année) à l'autre."
Pour suivre et analyser l'évolution des méthodes de calcul du déficit
budgétaire adoptées par Bank Al-Maghrib, nous allons partager la
période étudiée (1970-2016) en deux sous-périodes : la première allant
de 1970 jusqu'en 1985, la seconde commençant à partir de 1986.

1- Les méthodes de calcul du déficit budgétaire pour la


période antérieure à 1986.
Comme il a été précisé auparavant, Bank Al-Maghrib a eu recours
successivement à la classification budgétaire (jusqu'en 1982) et à la
classification économique (1983-1984) pour mesurer le déficit
budgétaire. Quant à l'année 1985, la méthode de calcul est plus ou
moins particulière car diffère de celles utilisées précédemment.

a- L'adoption de la classification budgétaire


Jusqu' en 1982, la présentation des tableaux relatifs à "l'évolution des
ressources et des charges du Trésor" est faite en conformité avec la
classification budgétaire. Néanmoins, on décèle les différences
suivantes :
-Bank Al-Maghrib ne se limite pas au calcul du déficit budgétaire
base engagement/ordonnancement, elle détermine aussi le déficit
budgétaire base paiement (déficit de caisse ou de trésorerie) ;
- pour calculer le déficit budgétaire base
engagement/ordonnancement, Bank Al-Maghrib tient compte du fonds

1 A.Berrada,"Le déficit budgétaire version Bank Al-Maghrib: un univers


dédaléen", op.cit. p.51.
94
de concours des budgets annexes.1Dans les Statistiques du Trésor
(Ministère des Finances), ce fonds apparaît dans la partie financement
du déficit ;
- la détermination du déficit de caisse (Bank Al Maghrib) se fait en
ajoutant au déficit budgétaire base engagement/ordonnancement, le
solde des budgets annexes, le solde des comptes spéciaux et les fonds
réservés pour dépenses ordonnancées. Notons que dans les Statistiques
du Trésor (Ministère des Finances), le solde des budgets annexes est
intégré dans les dépenses ordinaires et que le solde des comptes
spéciaux figure parmi les sources de financement du déficit. Cette
manière de comptabiliser les opérations budgétaires a pour
conséquence de minimiser le déficit du budget de fonctionnement (ou
de gonfler l'excédent ordinaire) ainsi que de réduire le déficit du budget
général ;
- dans la rubrique "dépenses de la dette publique" (Bank Al-
Maghrib), et pour apporter plus de clarifications, on précise le montant
des intérêts servis au titre de cette dette. Or, et sachant que les auteurs
du Rapport Bank Al-Maghrib se sont référés au tableau retraçant la
classification économique des dépenses publiques (Statistiques du
Trésor) pour déterminer ce montant, ces intérêts ne concernent que la
dette intérieure et la dette extérieure à caractère civil (ils ne
comprennent donc pas les intérêts de la dette militaire extérieure). De
ce fait, l'amortissement de la dette publique (qu'on peut obtenir en
calculant la différence entre la dette publique et les intérêts) se trouve
gonflé (puisque le montant des intérêts a été sous-estimé) Les
différences qu'on vient de relever apparaissent clairement en comparant
les données contenues dans les tableaux n°15 et n°16 suivants :

1 Pour les années, 1972, 1973 et 1974, Bank Al-Maghrib prend également en
considération le solde des comptes spéciaux pour calculer le solde du budget général.
95
Tableau n°15 : Charges et ressources du Trésor : classification budgétaire (en
millions de dirhams)
Rubriques 1977 1978 1979 1980 1981 1982
I-Recettes ordinaires 10784 11693 13802 15193 17838 20480
II-Dépenses ordinaires 9502 11086 13000 16566 20499 21915
III-Solde du budget de fonctionnement +1282 +607 +802 -1373 -2661 -1435
III=I-II
IV-Dépenses d'investissement 10306 6629 9016 8565 9612 12481
V-Solde du budget général (V=III-IV) -9024 -6022 -8214 -9938 -12273 -13916

Tableau n°16 : Evolution des ressources et des charges du Trésor* (en millions de
dirhams)
Rubriques 1977 1978 1979 1980 1981 1982
I-Recettes ordinaires1 10 784 11693 17 838 20 480
13 802 15 193 21 830
II-Dépenses ordinaires 11 049 20 366
-Dette publique 9 4003 1 713
13 000 16 566
4 525 4 584
1 004 2 287 3 015 (3 095)
(dont intérêts) (1 047) (2 924)
-- (1 360) (1 765) 15 246
-Fonctionnement 8 94 13 739
7 697 10 102 12 124 2 000
-Subventions des prix 389 2 102
699 611 1 427 -1 350
III-Solde ordinaire (III=I-II) +664 -2 528
+1 384 +802 -1 373 --
IV-Fonds de concours des budgets annexes 122 134
220 165 144 12 481
V-Dépenses d'investissement 6629 9 612
10 306 9 016 8 565 -13 831
VI-Déficit budgétaire (VI=III+IV-V)2 -8 702
-5 863
-8 049 -9 794
-12 006
VII-Solde des budgets annexes -37
-- --
-133 +2404
-102 -861 -560
VIII-Solde des comptes spéciaux +853 +1 028 +1 043
+665 -97 -131
IX-Fonds réservés pour dépenses -25 +264 +261
+551
ordonnancées
X- Déficit de caisse ou de trésorerie -7 588 -7 221 -8 502
(X=VI+VII+VIII+IX ) -6 858 -12 830 -10 487

* La partie du tableau, retraçant le financement du déficit de caisse, n'est pas reproduite.

Source : Statistiques du Trésor, Ministère des Finances, op.cit. et Rapports de Bank Al-Maghrib5

b- L'adoption de la classification économique des dépenses


En analysant les données relatives à "l'évolution des ressources et
des charges du Trésor" (Bank Al-Maghrib) pour les années 1983 et

1 Elles portent sur le même montant que dans la classification budgétaire.


2 La valeur du déficit budgétaire a été calculée par nous-mêmes.
3Le solde (d'exploitation) des budgets annexes (-102) n'est pas pris en
considération. La même remarque est valable pour les autres années
4 Y compris le fonds des concours des budgets annexes (325).
5 Appelés Rapports de la Banque du Maroc jusqu'en 1985.
96
1984, on constate que la structure des dépenses ordinaires se différencie
partiellement de celle des années antérieures ; elle s'apparente à la
classification économique des dépenses (Statistiques du Trésor). De ce
fait, "les dépenses ordinaires ne prennent désormais en compte que les
1
intérêts de la dette."
Cependant, les dépenses d'investissement (Bank Al-Maghrib)
portent sur un montant différent de celui qui apparaît dans la
2
classification budgétaire (Statistiques du Trésor). Elles correspondent
aux dépenses d'investissement telles qu'elles découlent de cette dernière
corrigées (-) du solde des opérations extrabudgétaires (solde du fonds
de concours des budgets annexes et des comptes spéciaux du Trésor).
Notons que les ressources ordinaires (Bank Al-Maghrib) portent sur
le même montant que celui qui apparaît dans les Statistiques du Trésor
(classification budgétaire).
Le tableau ci-dessous retrace l'évolution des ressources et des
charges du Trésor pour 1983 et 1984.
Tableau n°17: Evolution des ressources et des charges du Trésor (en millions de dirhams)
Rubriques 1983 1984
I- Recettes ordinaires 21 094 23 469
II- Dépenses ordinaires 21 548 23 390
- Intérêts de la dette publique 3 549 4442
- Fonctionnement 16 367 16 793
- Subventions des prix à la consommation 1632 2155
III- Solde ordinaire ( III=I-II ) -454 +79
3 5
IV-Dépenses d'investissement 7 572 7 263
V-Solde budgétaire ( V=III-IV ) -8 026 -7 184
VI-Fonds réservés 4 - 273
--
-7 454
VII-Déficit ou besoin de financement
-8 026

* La partie du tableau relative au financement du déficit n'est pas reproduite


Source: Rapports de Bank Al-Maghrib

1 Rapport Bank Al-Maghrib, 1984, p.58.


2 Les dépenses d'investissement reprises par la classification économique des
dépenses sont celles qui apparaissent dans la classification budgétaire.
37572 = 7979 - ( + 407 ).
4Pour 1983, les fonds réservés apparaissent dans la partie financement du déficit.
57263 = 7030 - ( - 233 ).
97
Comme il a été précisé auparavant, le montant des intérêts de la dette
publique, tel qu'il apparaît dans le tableau ci-dessus, ne prend en
considération ni les intérêts servis au titre de la dette extérieure militaire
ni ceux correspondant aux gains de rééchelonnement obtenus.
Tableau n°18 : Structure désagrégée des intérêts de la dette publique directe ( en millions
de dirhams )
Rubriques 1983 1984
I- Intérêts de la dette publique directe avant rééchelonnement 4 841 6 341
- Intérieure 1 000 1 332
- Extérieure 3 841 5 009
. Civile 3 175 4 512
. Militaire 666 497
II- Intérêts de la dette publique directe après rééchelonnement 3 595 4 489
- Intérieure 1 000 1 332
- Extérieure 2 595 3 157
. Civile 2 549 3 110
. Militaire 46 47
III- Intérêts rééchelonnés 1 246 1 852
Source : Ministère des Finances, Statistiques du Trésor, juillet 1984 et autres
documents, in A.Berrada,"Le déficit budgétaire, un univers dédaléen", op.cit., p.67
C'est ainsi que pour 1983, par exemple, le montant des intérêts retenu
est 3549 qui est égal à 1000 + 2549.
Par ailleurs, les dépenses publiques relatives à l'année 1985 voient
leur contenu changer et ce par rapport à celui de 1983 et 1984 ou d'avant
1983. C'est ainsi que :
- les intérêts de la dette publique (7758 millions de dhs) concernant
la dette intérieure et extérieure exclusion faite des gains de
rééchelonnement obtenus au titre de la dette extérieure civile
uniquement ; autrement dit, les intérêts servis sur les emprunts étrangers
englobent les gains de rééchelonnement de la dette extérieure militaire;
- la composition des dépenses d'investissement a changé. Le
montant de ces dernières est obtenu en retranchant des dépenses de
capital (classification du F.M.I.) le solde des fonds réservés.1 Ces
précisions étant faites, les ressources et les charges du Trésor se
présentent comme suit :

1 9084 = 8305 - (-799) (les chiffres sont en millions de dirhams).


98
Tableau n°19 : Ressources et charges du Trésor en 1985* (en millions de dirhams)
Rubriques 1985
I- Recettes ordinaires 1 26 746
II- Dépenses ordinaires 28 259
- Intérêts de la dette publique 7 558
. Intérieure 1 927
. Extérieure 5 631
- Fonctionnement 18 008
- Subventions des prix à la consommation 2 693
III- Solde ordinaire (III=I-II -1 513
IV- Dépenses d'investissement 9 084
V- Besoin de financement (V=III-IV) -10 597
*La partie du tableau relative au financement du déficit n'est pas reproduite
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib

2- La méthode de calcul du déficit budgétaire à partir de 1986


Depuis 1986, et pour présenter le tableau relatif à "l'évolution des
ressources et des charges du Trésor,"2les services de Bank Al-Maghrib
ont opté pour la classification du F.M.I. (Statistiques du Trésor). Cette
évolution est décrite dans le tableau suivant :
Tableau n°20 : Evolution des ressources et des charges du Trésor* (en millions
de dirhams)
Rubriques 1986 1987 1988 1989 1990 1991
I- Ressources ordinaires 29150 32747 41624 43825 47384 51524
II- Dépenses ordinaires 29722 29827 35895 39977 43010 48058
- Intérêts de la dette publique 7715 7191 9178 10929 13200 13308
. Intérieure 2738 3585 4175 4454 5384 5443
. Extérieure (AR)** 4977 3606 5003 6475 78164 7865
- Fonctionnement 20474 22004 25440 27352 28789 33558
- SPC*** 1533 632 1277 1696 1021 1192
III-Solde ordinaire (III=I-II) -572 +2920 +5729 +3848 +4374 +3466
IV-Dépenses d'investissement 11346 9665 11682 14322 11900 10981
V-Déficit budgétaire (V=III-IV) -11918 -6745 -5953 -10474 -7526 -7515
VI-Variation des arriérés3 +4555 -1051 -2220 +1982 -1473 -244
VII-Besoin de financement
(VII=V+VI) -7 363 -7 796 -8 173 -8 492 -8999 -7759

1 Même montant que pour la classification budgétaire.


2 Intitulé "situation des ressources et des charges du Trésor" à partir de 1993.
3A partir de 1986, cette appellation vient se substituer (discrètement) à celle de
fonds réservés.
4 Ces montants sont avant rééchelonnement. D'où, l'hétérogénéité des chiffres
relatifs aux intérêts de la dette extérieure.
99
Rubriques 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998
I- Ressources ordinaires 59208 63953 65122 62716 69699 76292 78084
II- Dépenses ordinaires 51999 54754 59793 62335 68120 69833 76590
- Intérêts de la dette publique 13527 14722 15817 16783 17285 17176 17845
. Intérieure 5988 6270 7737 8931 - -
. Extérieure (AR)** 6826 8452 8080 8100 - -
- Fonctionnement 36892 38114 40781 42807 46579 50021 54542
- SPC*** 1580 1918 3195 2745 4256 2636 4203
III-Solde ordinaire ( III=I-II ) +7209 +9199 +5329 +381 +1579 +6459 +1494
IV-Dépenses d'investissement 12536 15214 14506 14934 11231 11072 14670
V-Déficit budgétaire (V=III-IV ) -5327 -6015 -9176 -14553 -9652 -4613 -13176
VI-Variation des arriérés1 +151 -1411 -289 +5123 -595 -5061 7214
VII-Recouvrement de prêts
(Comptes spéciaux) - - - - - - -
VIII-Besoin de financement
(VIII=V+VI +VII) -5176 -7426 -9465 -9430 -10247 -9674 -5962

Rubriques 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007
I- Ressources ordinaires 95441 81434 109055 88343 98355 105157 118410 144 727 168 654
II- Dépenses ordinaires 77222 85622 91018 89913 96392 102886 125105 123919 133 869
- Intérêts de la dette publique 17586 18620 18754 17411 17351 17586 17441 18652 19 261
. Intérieure 11201 12317 12846 13174 14169 15059 15052 16 212 (16 552)
. Extérieure 6385 6303 5908 4237 3182 2527 2389 2440 (2 709)
- Fonctionnement 58446 59296 67372 70150 76145 79613 98519 92124 98 258
- SPC*** 1190 3706 4892 2352 2896 5687 9145 13143 16350
III-Solde ordinaire (III=I-II ) 18819 -188 +18037 -1570 +1963 +2271 -6695 - -
IV-Dépenses d'investissement 177666 17788 20396 19259 18635 19816 18557 + 20 808 + 34 785
V-Solde des comptes spéciaux du Trésor +2598 - 647 +2093 +2781 +1996 +2429 +4529 23 846 28 212
VI-Déficit budgétaire (VI=III-IV+V) +3051 - 20525 -10879 -18168 -14676 -15117 -20723 - 8 261 - 5 581
VII-Variation des arriérés -11626 12059 -7958 +886 -1258 +2087 -7805 - 11 299 + 992
VIII-Besoin de financement -8575 - 8466 -18837 -17282 -15934 -13030 -28528 - 699 443
(VIII=V+VI+VII) - 11 998 1 435

1 A partir de 1986, cette appellation vient se substituer (discrètement) à celle de


fonds réservés.
100
Rubriques 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
I- Ressources ordinaires 204 675 189 119 193 6681 208 047 201605 228777 234944 233716
II- Dépenses ordinaires 157 036 169 256 181 578 215 610 216837 232280 231723 223547
- Intérêts de la dette publique 18 231 17 326 17 574 18 240 19225 22502 24788 27289
Intérieure (15 389) (14 463) 15 245 15 204 16 702 18620 21052 23304
Extérieure (2 842) (2 863) 2 329 3 036 2523 3882 3736 3985
- Fonctionnement 107355 122131 117 251 127 144 141 656 145600 152259 159700
- SPC*** 31450 13276 27 195 48 830 55956 41600 32648 13977
-Transferts Aux collectivités locales - 16 523 19 558 21 396 22 419 22578 22028 22.581
III-Solde ordinaire (III=I-II) + 47 639 + 19 863 + 12 090 -7 563 -15232 -3503 3221 10169
IV-Dépenses d'investissement 37 740 46 219 47 031 50 023 50158 48195 54307 58544
V-Solde des comptes spéciaux du Trésor -6 829 10 456 - 858 3 668 8893 6009 5396 5630
VI-Déficit budgétaire (V=III-IV) +3 070 - 15 901 - 35 799 -53 918 -56497 -45689 -45690 -42.745
VII -Variation des arriérés1 - 1 992 - 2 075 6 886 9 851 -2683 -6350 -2091 -6.873
VIII-Besoin de financement 1 078 - 17 975 - 28 913 -44 067 -59180 -52039 -47781 - 49.618
(VIII=V+VI +VII)

*La partie du tableau relative à la couverture du besoin de financement n'est pas


reproduite
**AR : après rééchelonnement
***SPC : Subventions des prix à la consommation ou dépenses de compensation.
Source : Rapports annuels de Bank Al-Maghrib, Rapports économiques et
financiers et Bulletins des finances publiques de la Trésorerie Générale du Royaume
Donc, force est de constater que, depuis 1986, les tableaux retraçant
les opérations du Trésor ont retrouvé une certaine homogénéité et ce
relativement aux Statistiques du Trésor (classification du F.M.I.).
Toutefois, quelques différences sont à signaler :
-les ressources ordinaires (Bank Al-Maghrib) portent parfois sur des
montants différents de ceux qui apparaissent dans les Statistiques du
Trésor. C'est le cas, par exemple, des années 1988,1990 et 1991 ;
-les intérêts déboursés au titre de la dette extérieure directe (Bank
Al-Maghrib) sont comptabilisés exclusion faite des intérêts
rééchelonnés alors que les Statistiques du Trésor (Ministère des
Finances) ces gains de rééchelonnement sont pris en considération. La
méthode retenue par Bank Al-Maghrib a pour conséquence de
minimiser le déficit ordinaire (1986) ou de gonfler l'excédent ordinaire
(les autres années, exception faite pour 1990 et 1991, durant lesquelles
les intérêts sont comptabilisés avant rééchelonnement ;

1 A partir de 1986, cette appellation vient se substituer (discrètement) à celle de


fonds réservés.
101
-les dépenses d'investissement qui apparaissent dans le tableau n°17
sont en fait les dépenses du capital. Donc, tout en gardant la même
appellation, ces dépenses ont changé de composition et ce à l'insu des
usagers du Rapport de Bank Al-Maghrib.
A travers la présentation des différentes classifications adoptées par
Bank Al-Maghrib pour présenter "l'évolution des ressources et des
charges du Trésor", nous avons constaté que le déficit budgétaire
change de montant mais aussi de contenu ; le changement de contenu
est essentiellement dû au changement de la composition des dépenses
publiques (de la dette et d'investissement) entrant dans le calcul de ce
déficit. Le tableau n°18 récapitule, pour la période étudiée (1970-1997),
l'évolution de la structure changeante des dépenses publiques.
Tableau n°21: Reconstitution de la structure changeante des dépenses publiques
(Bank Al-Maghrib)
Rubriques Jusqu'en 1982 1983-1984 1985 Depuis 1986
I-Dépenses ordinaires
dont:
--- Dette publique
-- Amortissement (A) + - - -
- Dette intérieure + - - -
- Dette extérieure + - - -
. Civile + - - -
. Militaire + - - -
-- Intérêts (I) + + + +
- Dette intérieure + + + +
- Dette extérieure + + + + (N.G.R.)
. Civile + + (N.G.R) + (N.G.R) +
. Militaire + - + +
--- Solde d'exploitation des
budgets annexes - + + +
II-Dépenses d'investissement
(-) Solde du fonds de concours
des budgets annexes - + + +
(-) Solde des comptes spéciaux
du Trésor - + + +
(-) Amortissement y compris les
intérêts de la publique militaire - - + +
(-) Fonds réservés - - + +
+ : Rubrique prise en compte
- : Rubrique exclue
N.G.R. : Nets des Gains de Rééchelonnement
Source : A.Berrada, "Le déficit budgétaire, un univers dédaléen", op.cit., p..53

102
A cette structure changeante des dépenses publiques, correspond
aussi une notion de déficit budgétaire revêtant un caractère hétérogène.
Or, les résultats de l'analyse des effets du financement des déficits
budgétaires ne peuvent être acceptés que si ces derniers sont calculés,
au préalable, sur la base de rubriques plus ou moins homogènes et ce
durant toute la période d’étude (1970-1997). D'où la nécessité de
recalculer les déficits budgétaires sur des bases identiques, lesquels
déficits seront retenus dans notre analyse.

C- Les déficits budgétaires retenus pour l'analyse de leurs


effets
Comme il a été précisé auparavant, l'estimation du déficit budgétaire
global base paiement (Bank Al-Maghrib) a varié d'une période (année)
à l'autre. C'est ainsi que :
- jusqu' en 1982 : le déficit budgétaire global (base paiement) =
déficit budgétaire global (base ordonnancement) + solde des budgets
annexes + solde des comptes spéciaux + fonds réservés.
- pour 1983 et 1984 : le déficit budgétaire global (base paiement) =
déficit budgétaire global (base ordonnancement) + fonds réservés.
- pour 1985 : le déficit budgétaire global (base paiement) = déficit
budgétaire global (base ordonnancement).
- depuis 1986 : le déficit budgétaire global (base paiement) = déficit
budgétaire global (base ordonnancement) + variations des arriérés.
Cela sachant que le déficit budgétaire global (base ordonnancement)
est égal à la différence entre les ressources ordinaires et les dépenses
totales (dépenses ordinaires et dépenses d'investissement).
Pour notre analyse, et afin d'uniformiser la méthode de calcul du
déficit budgétaire, nous allons opter pour la classification du F.M.I.
(Statistique du Trésor) qui a été adoptée par Bank Al-Maghrib depuis
1986. Notre choix est justifié par les raisons suivantes :
- la classification du F.M.I. ne prend en considération que les intérêts
de la dette publique dans la comptabilisation des dépenses afférentes à
celle-ci ; cette manière de procéder est logique car, en principe, le
remboursement du capital emprunté doit être déduit des recettes brutes

103
d'emprunt, c'est-à-dire des moyens de financement du déficit
budgétaire;
- la classification du F.M.I. ne défalque pas les gains de
rééchelonnement obtenus au titre des intérêts de la dette publique
extérieure ; l'allégement des intérêts de cette dette apparaît avec les
sources extérieures de financement du déficit budgétaire au même titre
que l'allégement relatif au capital. Cette méthode, dont l'avantage est
justement de faire ressortir le déficit réel du Trésor, permet ainsi de
combler l'insuffisance de l'approche de Bank Al-Maghrib, laquelle
approche écarte les gains de rééchelonnement (au titre des intérêts) du
calcul du déficit budgétaire ;
- la classification du F.M.I. permet de dégager le besoin de
financement du Trésor c'est-à-dire le déficit global augmenté de la
variation des arriérés (fonds réservés). Le besoin de financement est une
notion importante dans la mesure où elle désigne l'excédent des charges
réellement réglées sur les ressources effectivement encaissées. Et c'est
sur les effets de financement de celui-ci que sera centrée notre analyse
de l'effet d'éviction financier au Maroc.
Tout en partant des tableaux relatifs à "l'évolution des ressources et
des charges du Trésor "(Bank Al-Maghrib) et en se référant aux
"Statistiques du Trésor" (Ministère des Finances), les déficits
budgétaires qu'on retiendra dans notre analyse seront recalculés
sachant que d'une part, seuls les intérêts de la dette publique seront pris
en considération dans la rubrique "dépenses de la dette"1et, d'autre part,
la comptabilisation des intérêts sera faite abstraction des gains de
rééchelonnement (à partir de 1983).
Les déficits budgétaires (base paiement) calculés sur cette base
et concernant la période (1970-2015) sont présentés dans le tableau
n°22.
Etant donné que le calcul des déficits, qui apparaissent dans le
tableau ci-dessus, a nécessité des modifications dans les montants des
dépenses (surtout ordinaires) ayant un effet direct sur les sources de
financement des déficits, des corrections à apporter s'avèrent
indispensables. En effet, ces dernières consistent à :

1 Abstraction faite des gains de rééchelonnement entre 1983 et 1992.


104
- retrancher l'amortissement de la dette intérieure et extérieure (qui a
été déduit des dépenses de la dette) des recettes brutes d'emprunt
(intérieure et extérieure) et ce pour les années antérieures à 1983.
- ajouter les gains de rééchelonnement obtenus au titre des intérêts
de la dette publique (qui ont été pris en compte parmi les dépenses
ordinaires) aux emprunts extérieurs (et donc les considérer comme
moyen de financement extérieur à côté du rééchelonnement de
l'amortissement), et ce à partir de 1983.
Les modifications à apporter aux montants des emprunts intérieurs
et extérieurs, du côté des sources de financement du déficit du Trésor,
sont résumées dans le tableau n°23.
Tableau n°22 : Les déficits budgétaires retenus pour l'analyse (en millions de
dirhams)
Rubriques 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
I- Total ressources 3457 3551 3604 4316 7391 8611 8498 11004 11815 13967 15337 17972 20480
dont: ressources ordinaires (A) 3261 3386 3554 4142 7213 8490 8322 10784 11693 13802 15193 17838 20480
II- Total dépenses 4057 4230 4539 4833 8700 11799 16033 19449 17012 21089 23999 28519 33076
- Dépenses ordinaires (B) 2912 3107 3350 3625 6464 7345 7912 9143 10383 12073 15434 18907 20595
dont intérêts de la dette publique 213 223 265 278 285 344 493 747 1047 1360 1883 3066 3349
-Dépenses d'investissement 1145 1123 1189 1208 2236 4454 8121 10306 6629 9016 8565 9612 12 481
III- Solde ordinaire (III= (A)-(B)) +349 +279 +204 +517 +749 +1145 +410 +1641 +1310 +1729 -241 -1069 -115
IV- Déficit budgétaire (IV= I - II) -600 -679 -935 -517 -1309 -3188 -7535 -8445 -5197 -7122 -8662 -10547 -12595
V- Solde des opérations extrabudgétaires -18 +20 - - - -274 +117 +563 -898 +853 +1028 -693 +1283
VI- Fonds réservés - - - - -48 +386 +73 +551 -97 -25 +264 -131 +2061
VII- Besoin de financement ( VII=V +VI ) -618 -659 -935 -517 -1357 -3076 -7345 -7331 -6192 -6294 -7370 -11371 -9252

Rubriques 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993* 1994 1995
I- Ressources ordinaires (A) 21094 23469 26746 29150 32747 41624 43825 47384 51524 59208 63953 65122 62716
II- Charges 30412 32552 37072 42485 41634 49706 55412 54910 59039 64535 69968 74299 79351
- Dépenses ordinaires (B) 22840 25289 28767 31139 31969 38024 41090 43010 48058 51999 54754 59793 62335
dont intérêts de la DP 4841 6341 8066 9132 9333 11307 12042 13200 13308 13527 14722 15817 16783
- Dépenses d'investissement 7572 7263 8305 11346 9665 11682 14322 11900 10981 12536 15214 14506 14934
III- Solde ordinaire (A)-(B) -1746 -1820 - 2021 - 1989 +778 +3600 +2735 +4374 +3466 +7209 +9199 +5329 +381
IV- Déficit budgétaire (I-II) -9 318 -9083 -10326 -13335 -8887 -8082 -11587 -7526 -7515 -5327 -6015 -9176 -14934
V -Variation des arriérés (ou fonds - 2282 -273 -779 +4555 -1051 -2220 +1982 -1473 -244 +151 -1411 -289 +5123
réservés) - - - - - - - -
Recouvrement des prêts 1
VI -Besoin de financement (IV-V) -11600 -9356 -11105 -8780 -9938 -10302 -9605 -8999 -7759 -5176 -7426 -9465 -9430

1 A partir de 1996.
105
Rubriques 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
I- Ressources ordinaires (A) 69699 76292 78084 95441 81434 109055 88343 98355 105157 118410 144.727 168.654 204.675
II- Charges 79351 80905 91260 94988 99410 111414 109172 115027 122702 143602 156.026 167.662 201.605
- Dépenses ordinaires (B) 69699 76292 78084 95441 81622 91018 89913 96392 102886 125105 123919 133.869 157.036
dont intérêts de la DP 17285 17176 17845 17586 18620 18754 17411 17351 17586 17441 18652 19.261 18.231
- Dépenses d'investissement 11231 11072 14670 17766 17788 20396 19259 18635 19816 18557 23846 28212 37740
III- Solde ordinaire (A)-(B) +1579 +6459 +1494 18819 -188 +18037 -1570 +1963 +2271 -6695 + 20808 + 34785 + 47639
Solde des comptes spéciaux du Trésor - - - +2598 - 647 +2093 +2781 +1996 +2429 +4529 - 8.261 - 5.581 -6829
IV- Déficit budgétaire (I-II) -9652 -4613 -13176 +3051 - 20525 -10879 -18168 -14676 -15117 -20723 - 11.299 + 992 +3.070
V -Variation des arriérés (ou fonds -595 -5061 7214 +11626 12059 -7958 +886 -1258 +2087 -7805 - 699 443 - 1.992
réservés)
Recouvrement des prêts1
VI -Besoin de financement (IV-V) -10247 -9674 -5962 -8575 - 8466 -18837 -17282 -15934 -13030 -28528 - 11.998 1.435 1.078

Rubriques 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015


I- Ressources ordinaires (A) 189119 193668 208.047 201605 228777 234944 233716
II- Charges 215.476 228.609 265.633 266995 280475 286030 282091
- Dépenses ordinaires (B) 169.256 181.578 215.610 216837 232280 231723 223547
dont intérêts de la DP 17.326 17.574 18.240 19225 22502 24788 27289
- Dépenses d'investissement 46.219 47.031 50.023 50158 48195 54307 58544
III- Solde ordinaire (A)-(B) +19.863 +12.090 -7.563 -15232 -3503 3142 10169
Solde des comptes spéciaux du Trésor 10.456 - 858 3.668 8893 6009 5396 5630
IV- Déficit budgétaire (I-II) - 15.901 - 35.799 -53.918 -56497 -45689 - 45690 - 42745
V -Variation des arriérés (ou fonds réservés) - 2.075 6.886 9.851 -2683 -6350 - 2091 -6873
VI -Besoin de financement (IV-V) - 17.975 - 28.913 -44.067 -59180 -52039 - 47781 - 49618
*Arrêt du processus du rééchelonnement de la dette extérieure
Pour les années 1998 et 1999, le calcul des déficits tient compte du solde des
comptes spéciaux (respectivement (-4958) et (-3417))
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Statistiques du Trésor, Ministère des
Finances
Tableau n°23: Corrections (-) ou (+) à apporter aux montants des recettes
d’emprunts intérieurs et /ou extérieurs
En millions de dirhams 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
des recettes brutes
Montants de d'emprunt intérieur 84 113 37 28 52 63 61 83 128 148 192 245 68
l'amortissement
de la dette à des recettes
retrancher brutes d'emprunt
extérieur 27 38 121 144 154 159 179 174 538 779 940 1 214 1 167
Total 111 151 158 172 206 222 240 257 666 927 1132 1 459 1 235

1 A partir de 1996.
106
En millions de dirhams 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994
Montants des gains de rééchelonnement (intérêts) à
ajouter aux recettes d'emprunt extérieur 1 292 1 899 508 1 417 2 142 2 129 1 113 0 0 713 0 0
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR et dans les Statistiques du Trésor

La comparaison des déficits budgétaires base paiement (ou besoins


de financement), tels que calculés dans le tableau n°22, avec ceux qui
apparaissent dans les Rapports de Bank Al-Maghrib montre que ces
déficits sont soit surestimés soit sous-estimés (exception faite pour les
années 1990 et 1991 pendant lesquelles, dans les Rapports de Bank Al-
Maghrib, les gains de rééchelonnement au titre des intérêts de la dette
extérieure n'ont pas été pris en considération).
Pour évaluer le degré de surestimation (ou de sous-estimation) des
besoins de financement nous proposons le tableau suivant :

107
Tableau n°24 : Surestimation (+) ou sous-estimation (-) du déficit budgétaire base
paiement
Années En millions de dirhams En % du P.I.B. courant
1970 +111 +0.5
1971 +151 +0.7
1972 +157 +0.6
1973 +172 +0.6
1974 +206 +0.6
1975 +222 +0.6
1976 +240 +0.5
1977 +257 +0.5
1978 +666 +1.2
1979 +927 +1.4
1980 +1 132 +1.5
1981 +1 459 +1.8
1982 +1 235 +1.3
1983 -3 574 -1.9
1984 -1 899 -1.6
1985 -508 -0.3
1986 -1 417 -0.9
1987 -2 142 -1.3
1988 -2 129 -1.1
1989 -1 113 -0.5
1990 0 0
1991 0 0
1992 -713 -0.2
1993 0 0
1994 0 0
1995 0 0
1996 0 0
1997 0 0
Source : Tableau confectionné à partir de données puisées dans les Rapports de
Bank Al-Maghrib
La présentation des différentes approches de mesure du solde
budgétaire nous a permis de relever les particularités suivantes du
déficit budgétaire au Maroc : d'abord il ne concerne que le budget de
l'Etat, ensuite, il est calculé dans l'optique gestion, enfin, il porte sur des
montants différents que ce soit d'une source à l'autre ou à l'intérieure
d'une même source.
En effet, et en relation avec cette dernière particularité la variabilité
du contenu des dépenses (d'une période (année) à l'autre) entrant dans
le calcul du déficit budgétaire a conféré à ce dernier un caractère
hétérogène.

108
Pour cette raison (et pour les besoins de notre analyse) nous avons
été amenés à recalculer, pour la période 1970-1997, les déficits
budgétaires sur la base de rubriques homogènes, lesquels déficits seront
retenus pour l'analyse des effets de leurs modalités de financement (en
particulier l'effet d'éviction financier).
Après avoir apporté des précisions quant à la mesure du déficit
budgétaire, nous passons maintenant à l'analyse de son évolution et à
l'étude de ses déterminants.

II-Evolution et déterminants des déficits budgétaires au


Maroc
Comme il a été souligné auparavant, la grande crise des années
trente ainsi que la nécessité de reconstruire l'économie des pays
occidentaux ont exigé une intervention accrue de l'Etat dans l'activité
économique. Il en a résulté un accroissement considérable des dépenses
publiques (dépenses de reconstruction, dépenses sociales, ...)
occasionnant de lourds déficits budgétaires en raison de l'insuffisance
des ressources ordinaires de l'Etat.
Cependant, bien que dans les pays sous-développés (en particulier le
Maroc) on assiste au même phénomène à savoir le creusement des
déficits budgétaires, les causes et les facteurs explicatifs de ces derniers
sont sensiblement différents de ceux des pays développés.
Tout en concentrant l'analyse sur le cas du Maroc, nous allons
d'abord examiner l'évolution des déficits budgétaires avant de relever
leurs facteurs déterminants et les moyens à même de contribuer à les
réduire.

A-L ‘évolution des déficits budgétaires au Maroc


Les finances publiques marocaines ont été marquées par des déficits
budgétaires (tantôt en hausse et tantôt en baisse) et ce depuis le début
du budget public de 1958. Notre étude concernera, toutefois, l'analyse
de l'évolution des déficits budgétaires au cours de la période 1970-2015.
Le choix de cette période est justifié par les raisons suivantes :
-c'est à partir du début des années 1970 que l'on va assister à un
accroissement considérable des dépenses publiques entraînant des
déficits importants et que le Trésor doit financer ;

109
- la mise en application au Maroc, pendant cette période, d'une
politique de stabilisation financière amorcée à partir de 1978 et
renforcée par une politique d'ajustement sectorielle en 1983, traduisant
l'intérêt dont les déficits budgétaires (devenus colossaux) ont fait l'objet
de la part des responsables économiques nationaux et des institutions
financières internationales.
L'évolution des déficits budgétaires au Maroc, pour la période 1970-
2015, est retracée dans le tableau ci-dessous.

110
Tableau n°25 : Evolution des déficits budgétaires (1970-2013) en millions de
dirhams et en % du P.I.B. courant
Années Besoin de P.I.B. Besoin Déficits budgétaires base Déficits budgétaires base Soldes Soldes
financement En de engagement/Ordonnancement engagement/Ordonnancement primaires primaires
En millions millions financement En millions de DH En % du PIB En Millions de En % du
de DH de DH En % du PIB DH PIB
1970 -618 19 431 -3,18 -600 -3,09 -387 -1,99
1971 -659 21 383 -3,08 -679 -3,18 -456 -2,13
1972 -935 22 689 -4,12 -935 -4,12 -670 -2,95
1973 -517 24 915 -2,08 -517 -2,08 -239 -0,96
1974 -1 357 33 602 -4,04 -1309 -3,90 -1024 -3,05
1975 -3 076 36 418 -8,45 -3188 -8,75 -2844 -7,81
1976 -7 345 41 012 -17,91 -7535 -18,37 -7042 -17,17
1977 -7 331 49 761 -14,73 -8445 -16,97 -7698 -15,47
1978 -6 192 55 154 -11,23 -5197 -9,42 -4150 -7,52
1979 -6 294 62 043 -10,14 -7122 -11,48 -5762 -9,29
1980 -7 370 74 090 -9,95 -8662 -11,69 -6779 -9,15
1981 -11371 79 034 -14,39 -10547 -13,34 -7481 -9,47
1982 -9 252 92 898 -9,96 -12595 -13,56 -9246 -9,95
1983 -11600 99 143 -11,70 -9 318 -9,40 -4 477 -4,52
1984 -9 356 112 345 -8,33 -9083 -8,08 -2 742 -2,44
1985 -11105 129 507 -8,57 -10326 -7,97 -2 260 -1,75
1986 -8 780 154 725 -5,67 -13335 -8,62 -4 203 -2,72
1987 -9 938 156 689 -6,34 -8887 -5,67 446 0,28
1988 -10 302 182 230 -5,65 -8082 -4,44 3 225 1,77
1989 -9 605 193 931 -4,95 -11587 -5,97 455 0,23
1990 -8999 212 855 -4,23 -7526 -3,54 5 674 2,67
1991 -7759 242 360 -3,20 -7515 -3,10 5 793 2,39
1992 -5176 242912 -2,13 -5327 -2,19 8 200 3,38
1993 -7 426 249223 -2,98 -6015 -2,41 8 707 3,49
1994 -9465 279323 -3,39 -9176 -3,29 6 641 2,38
1995 -9430 281702 -3,35 -14934 -5,30 1 849 0,66
1996 -10247 319635 -3,21 -9652 -3,02 7633 2,39
1997 -9674 319291 -3,03 -4613 -1,44 12563 3,93
1998 -5962 342558 -1,74 -13176 -3,85 4669 1,36
1999 -8575 343131 -2,50 3051 0,89 20637 6,01
2000 -8466 354208 -2,39 -20525 -5,79 -1905 -0,54
2001 -18837 383.185 -4,92 -10879 -2,84 1967 0,51
2002 -17282 397782 -4,34 -18168 -4,57 -757 -0,19
2003 -15934 419485 -3,80 -14676 -3,50 2675 0,64
2004 -13030 505015 -2,58 2087 0,41 21903 4,34
2005 -28528 527679 -5,41 -20723 -3,93 -3282 -0,62
2006 - 11998 577344 -2,08 -11299 -1,96 7353 1,27
2007 1435 616254 0,23 992 0,16 20253 3,29
2008 1078 688843 0,16 3070 0,45 21301 3,09
2009 - 17975 732449 -2,45 -15901 -2,17 1425 0,19
2010 - 28913 764031 -3,78 -35799 -4,69 -18225 -2,39
2011 -44067 820077 -5,37 -53918 -6,72 -35678 -4,45
2012 -59180 847881 -6,98 -56497 -6,82 -37272 -4,51
2013 -52039 897923 -5,80 -45689 -5,23 -23187 -2,66
2014 - 47781 923696 -5,17 -45690 -4,95 -20083 -2,22
2015 - 49618 982223 -5,05 -42745 -4,35 -35333 -3,70

111
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib, les statistiques du Trésor et les bulletins
des finances publiques de la Trésorerie Générale du Royaume.
Une analyse détaillée de ce tableau nous permet de dégager quatre
grandes sous-périodes dans cette évolution:
- la période antérieure à 1974 marquée par des déficits budgétaires
modérés représentant en moyenne 3.11% du P.I.B. avec des soldes
primaires négatifs représentant 2% en moyenne du PIB ;
- la période 1974-1982 au cours de laquelle on assiste à un
accroissement considérable des déficits budgétaires dont la part dans le
P.I.B. représente, en moyenne, 11.2%; Le déficit budgétaire base
engagement/ordonnancement, qui était de 3,11% en moyenne du PIB
durant la période précédente, passera à 11,94% en moyenne du PIB.
Quant au solde primaire, toujours négatif, il sera de 9,87% en moyenne
du PIB, soit plus de quatre fois leur niveau par rapport au PIB durant la
période précédente.
- la période 1983-2009 pendant laquelle on enregistre une tendance
à la baisse des déficits budgétaires dont la part dans le P.I.B. va s'établir
à 4,02% en moyenne avec deux excédents en 2007 jamais réalisés
durant toute la période. Quant aux déficits budgétaires base
engagement, leur niveau par rapport au PIB s’est établi à 3.74 % en
moyenne. Les soldes primaires qui enregistré des valeurs positives ont
été de 1,16% en moyenne du PIB ;
- la période 2010-2015 durant laquelle on remarque un retour à la
situation inquiétante des finances publiques similaire à celle des années
80 avec des déficits budgétaires dépassant en moyenne 5,4% du PIB et
des soldes primaires négatifs. La même tendance à été enregistrée aussi
bien pour les déficits budgétaires base engagement (qui vont représenter
7% en moyenne du PIB), que pour les soldes primaires (soit 4,63% en
moyenne du PIB).

1-La période 1970-1973 : des déficits budgétaires modérés


Etant donné que la période 1964-1973 a été ouverte sous le signe de
l'austérité visant à "assurer les bases d'une expansion durable de
l'économie en évitant la détérioration de la situation financière", cette
phase (1970-1973) sera caractérisée par un niveau de dépenses
publiques se situant, en moyenne, à 19.6% du P.I.B. C'est ce que montre
le tableau suivant:

112
Tableau n°26: Evolution des dépenses publiques (1970-1973) en millions de
dirhams et en % du P.I.B. courant
Années 1970 1971 1972 1973
Dépenses publiques en millions de dhs 4 057 4 230 4 539 4 833
Dépenses publiques en % du P.I.B. 20.8 19.7 20 19.3
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR
L'analyse de la structure des dépenses publiques réalisées pendant
cette période (tableau n°27) nous révèle la prépondérance des dépenses
ordinaires.
Tableau n°27: Evolution de la structure des dépenses publiques (1970-1973)
Années 1970 1971 1972 1973
Dépenses ordinaires en % des dépenses totales 71.8 73.5 73.8 75.0
Dont: - dépenses de fonctionnement et de
subvention 66.5 68.2 68.0 69.3
- intérêts de la dette publique 5.3 5.3 5.8 5.7
Dépenses d'investissement en % des dépenses totales 28.2 26.5 26.2 25.0
Total 100.0 100.0 100.0 100.0
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR
Le tableau ci-dessus laisse apparaître que les dépenses ordinaires ont
représenté en moyenne 73.5% des dépenses publiques totales entre
1970 et 1973 alors que celles affectées à l'investissement n'ont absorbé,
en moyenne, que 26.5% du total des dépenses publiques et ce pour la
même période.
Par ailleurs, la répartition des dépenses ordinaires montre clairement
la prédominance des dépenses de fonctionnement et de subvention (plus
de 68% des dépenses totales). Quant aux intérêts de la dette publique,
leur part dans les dépenses totales n'a pas dépassé 5.8%.
Parallèlement à l'évolution des dépenses publiques, celle des recettes
de l'Etat a elle aussi été modérée. En effet, la part des recettes publiques
dans le P.I.B. a été, en moyenne, de 16.8%.
D'un autre côté, et comme le montre le tableau ci-dessous, les
recettes publiques ont permis de couvrir une part importante des
dépenses publiques soit 85.6% en moyenne, et ce pour la période allant
de 1970 à 1973.

113
Tableau n°28: Evolution des dépenses publiques en % des recettes publiques
(1970-1973)
Années 1970 1971 1972 1973
Recettes publiques en millions de dhs (1) 3 457 3 551 3 604 4 361
Dépenses publiques en millions de dhs ( 2 ) 4 057 4 230 4 539 4 833
( 1 ) / ( 2 ) en % 85.2 83.9 79.4 89.3
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib
La chute de la part des dépenses publiques couvertes par les recettes
publiques (1971 et 1972) est due conjointement à la hausse des
dépenses publiques et à la baisse des recettes publiques.
Il ressort de l'évolution qu'on vient de retracer, aussi bien des
dépenses que des recettes publiques, que les déficits budgétaires, pour
cette période, ne peuvent être que modérés.
En effet, les besoins de financement, qui n'ont guère atteint le seuil
d'un milliard de dirhams, ont représenté, en moyenne, 3.0% du P.I.B.,
soit 15.4%, en moyenne, des dépenses publiques totales (tableau n° 26).
Tableau n°29: Evolution des déficits budgétaires en % des dépenses publiques
totales (1970-1973)
Années 1970 1971 1972 1973
Déficit budgétaire en % des dépenses totales 15.2 15.5 20.5 10.6
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR.
Donc, force est de constater que la politique budgétaire mise en
œuvre par l'Etat pendant cette période (1970-1973) était prudente. En
effet, la préoccupation majeure des responsables, durant cette période
était de limiter l'accroissement des dépenses publiques et partant le
niveau des déficits budgétaires.
A cette période marquée par des déficits budgétaires modérés va
succéder une autre où ces derniers vont atteindre leur paroxysme.

2- La période 1974-1982 : des déficits budgétaires colossaux


En comparaison avec la période précédente où une certaine
modération des déficits budgétaires a été réalisée, la période 1974-1982

114
(couvrant le plan quinquennal 1973-1977,1 le plan triennal 1978-1980
ainsi que le début du plan quinquennal 1981-1985) a été caractérisée
par une expansion considérable des dépenses publiques. Ces dernières
ont en effet représenté, en moyenne, 33.8% du P.I.B. contre 19.6% la
période précédente.
Tableau n°30: Evolution des dépenses publiques (1974-1982) en millions de
dirhams et en % du P.I.B. courant
Années 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
Dépenses publiques
(en millions de dhs) 8 700 11799 16033 19449 17012 21089 23999 28519 33076
Dépenses publiques
(en % du P.I.B.) 25.8 32.3 39.0 39.0 30.8 33.9 32.3 36.0 35.6

Source : Rapports de Bank Al- Maghrib

L'analyse des données du tableau ci-dessus nous amène à distinguer,


à l'intérieur de la période 1974- 1982, deux phases:
-la phase 1974-1977 du plan quinquennal 1973-1977 "qui se voulait
volontariste et tentait de mettre fin à la politique de stabilisation et de
2
prudence qui a caractérisé la période précédente." De ce fait, la
3
politique budgétaire a été franchement expansionniste.
-la phase 1978-1982 où l'Etat va prendre une série de mesures
d'assainissement et d'ajustement des finances publiques en vue de
comprimer les dépenses publiques. La mise en œuvre de ces mesures
était devenue nécessaire en raison des déséquilibres financiers
engendrés par l'exécution du plan 1973-1977. De ce fait la politique
4
budgétaire était devenue restrictive.

1Le projet du plan quinquennal 1973-1977 n'a été adopté qu'en juin 1973; donc, la
mise en exécution dudit plan a accusé six mois de retard.
2N.Belhafda, Dépenses publiques et développement, cas du Maroc, Thèse, Paris
X, 1980, p.9.
3L'importance du surplus financier escompté, en raison du relèvement du prix des
phosphates, va entraîner un gonflement des dépenses de l'Etat. C'est que 1974 a été
considérée comme "l'an I du décollage et que les phosphates constituent la base de ce
décollage"
4En effet, la politique de redressement des finances publiques entamée en 1978,
sera poursuivie en 1979 et 1980.
115
Afin de mettre en relief cette double évolution, nous proposons les
tableaux suivants (n° 31 et n°32):
Tableau n°31: Taux moyens de croissance des dépenses publiques pour les périodes
(1974-1977) et (1978-1982)
Périodes 1974-1977 1978-1982
Dépenses ordinaires 12.2 18.6
Dépenses d'investissement 66.4 17.1
Dépenses publiques totales 30.7 18.0
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR
Tableau n°32 : Evolution de la structure des dépenses publiques en %
(1974-1982)
Années 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
Dépenses ordinaires 74.3 62.3 49.3 47.0 61.0 57.2 64.3 66.3 62.3
dont: - Dépenses de fonctionnement
et de subvention 71.0 59.3 46.3 43.1 54.9 50.0 56.5 55.6 52.1
- Intérêts de la dette publique 3.3 3.0 3.0 3.9 6.1 6.4 7.8 10.7 10.2
Dépenses d'investissement 25.7 37.7 50.7 53.0 39.0 42.8 35.7 33.7 37.7
Total 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0

Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances


publiques de la TGR
Comme il a été précisé auparavant, l'analyse des données des deux
tableaux ci-dessus confirme l'existence de deux phases.
En effet, pendant la première phase (1974-1977) correspondant au
plan quinquennal 1973-1977, le taux de croissance annuel moyen des
dépenses publiques a été de l'ordre de 30.7% en raison, principalement
de l'accroissement considérable des dépenses d'investissement (66.4%).
Celles-ci ont représenté plus de 50% des dépenses publiques au cours
des deux dernières années de la période.
Pour ce qui est de la deuxième phase (1978-1982), elle va être
1
marquée par des difficultés financières amenant les pouvoirs publics à
mettre en place un plan d'austérité (1978-1980) consistant à réduire les

1Plusieurs
facteurs sont à l'origine de ces difficultés dont notamment la baisse des
cours des phosphates. Voir à ce propos :
- H.El Malki, Trente ans d'économie marocaine 1960-1990, C.N.R.S., Paris,
1989.
- F.Oualalou, Propos d'économie marocaine, Rabat, S.M.E.R.,1980.
116
charges de l'Etat. C'est ainsi que le taux de croissance annuel moyen des
dépenses publiques va chuter à 18.0% pour la période 1978-1982.
Cette évolution à la baisse des dépenses publiques est principalement
due à la contraction des dépenses d'équipement dont le taux de
croissance annuel moyen est passé à 17.1% puis à -11.2 respectivement
pour les périodes (1978-1982) et (1981-1983).
Parallèlement à l'évolution des dépenses de l'Etat, les recettes
publiques ont enregistré une tendance à la baisse et ce relativement aux
dépenses publiques. En effet, elles n'ont pu couvrir, en moyenne, que
65.6% de ces dépenses au cours de la période (1970-1973).
Tableau n°33: évolution de la part en % des dépenses publiques couvertes par les recettes
publiques (1974-1982)
Années 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
Recettes publiques 7 391 8 611 8 498 11 004 11 815 13 967 15 337 17 972 20 480
(en millions de dhs) (1)
Dépenses publiques 8 700 11 799 16 033 19 449 17 012 21 089 23 999 28 519 33 076
(en millions de dhs) (2)
(1)/ (2) en % 84.9 72.9 53.0 56.5 69.4 66.2 63.9 63.0 61.9
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib
Si l'évolution de la part des dépenses couverte par les recettes
publiques est à la baisse entre 1974 et 1977, la tendance sera à la hausse
et ce à partir de 1978, tendance qui se poursuivra jusqu'à 1997. Cela
s'explique par "les efforts importants déployés pour aménager les
recettes du budget, en même temps une action vigoureuse est entreprise
pour limiter les dépenses publiques à un niveau compatible avec les
1
potentialités de financement".
L'accroissement considérable des dépenses publiques, lié à la baisse
2
relative des recettes de l'Etat, a entraîné la constitution de déficits
3
budgétaires importants dépassant 11 milliards de dirhams en 1981.
Représentant 11.15% en moyenne du P.I.B. pour la période 1974-1982,
ces déficits budgétaires, rapportés au total des charges de l'Etat, ont
évolué comme suit :

1Plan de développement économique et social 1981-1985, Volume I, p.32.


2Pour les années 1980, 1981 et 1982, les recettes ordinaires n'arrivaient même pas
à couvrir les dépenses ordinaires, d'où l'apparition de soldes ordinaires négatifs.
3Soit plus de 28 fois la valeur du déficit budgétaire de 1970.
117
Tableau n°34: Evolution des déficits budgétaires (en % des dépenses publiques
totales (1974-1982)
Années 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
Déficits budgétaire en % des 15.5 26.0 45.8 37.6 36.3 29.8 30.7 39.8 27.9
dépenses publiques totales
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR
Il ressort du tableau ci-dessus que malgré les efforts entrepris pour
réduire les déficits budgétaires, ces derniers représentent toujours plus
de 27.9% des dépenses publiques totales sachant que la moyenne est de
32.11 pour la période (1974-1982).
C'est pour réduire les déséquilibres des finances publiques à travers
le rapprochement des charges et des ressources du Trésor que les
pouvoirs publics étaient dans l'obligeance de renforcer la politique
d'austérité, amorcée en 1978, initiée et contrôlée directement par le
F.M.I. en 1980, à travers une politique d'ajustement structurel.
C'est donc sous le signe de l'austérité et de l'ajustement que sera
ouverte la période (1983-1992).

3- La période 1983-2009 : des déficits budgétaires maîtrisés


et deux excédents exceptionnels
A l'exécution de la loi de finances initiale de 1983, empreinte de
tendances expansionnistes, des déséquilibres importants sont apparus
et ce dès le début de l'exercice. Afin de redresser la situation, une loi de
finances rectificative, venant entériner un nouveau programme
1
d'ajustement agréé par le F.M.I., a été promulgué en juillet 1983. Le
but était de réduire le montant considérable du déficit à travers le
ralentissement de l'accroissement des dépenses publiques et

1 Voir l'article de M.Boussetta," Les implications budgétaires de la politique


d'ajustement structurel au Maroc", Bilan décennal du P.A.S. et perspectives de
l'économie marocaine, Actes du colloque international de l'A.E.M. des 1, 2 et 3
octobre 1993, p.245-258.
118
l'augmentation des recettes par un aménagement et un renforcement de
1
la fiscalité.
Apparemment, ce programme a permis de réduire le déficit du trésor et
de le ramener à des niveaux raisonnables. Ces performances ont été le
résultat de la conjugaison de plusieurs facteurs à savoir le
rééchelonnement de la dette, les recettes fiscales se rapportant aux
produits pétroliers2, les dons, l’accumulation des arriérés de paiement
(devenus une source involontaire de financement) et les recettes de
privatisation.
Tableau n°35 : Evolution des TIC sur produits énergétiques en % des recettes
fiscales
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998
TIC sur produits énergétiques
4284 5431 6364 7041 7772 8656 8160 8932 8695
en millions de DH (1)
Recettes fiscales
42870 46437 53501 53486 54887 56139 60723 64046 69228
en millions de DH(2)
(1)/ (2) en % 9,99 11,70 11,90 13,16 14,16 15,42 13,44 13,95 12,56

1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
TIC sur produits énergétiques
9618 8795 9239 9308 9445 8509 9002 9202 10159 10639 11708
en millions de DH (1)
Recettes fiscales en millions
75756 75031 77246 80481 83416 88730 100603 113579 135204 167276 167376
de DH (2)
(1)/ (2) en % 12,70 11,72 11,96 11,57 11,32 9,59 8,95 8,10 7,51 6,36 7,00

Source : Rapports économiques et financiers

1 Voir l'article de M.El Ktiri "Programme d'ajustement structurel et réforme


fiscale au Maroc", Bilan décennal du P.A.S., op.cit., pp.227-232.
2 Ces prélèvements ont été mis en place en 1986 et, depuis 1995, ils ont été érigés
en TIC sur les produits énergétiques. Il s’agissait de taxer les produits pétroliers en
amont sur la base cours de 30 dollars le baril et de générer un gain pour le budget de
l’Etat sur l’écart le prix mondial et les prix intérieurs. Voir à ce sujet : S.Tounsi,
Prospective «Maroc 2030», Les finances publiques, Haut-Commissariat au Plan, 30
avril 2006, p.26. Voir également :
N.Elouadi, Réflexion sur une fiscalité énergétique améliorée, Document de travail
n°64, DEPF, mai 2001.
N.Elouadi, Approche économique du secteur énergétique, Document de travail
n°73, DEPF, février 2002.
119
Certains analystes estiment que « les résultats de la période en
matière de réduction de déficit s’expliquent beaucoup plus par la
contribution notable des recettes exceptionnelles suite parfois à des
mesures ponctuelles, qu’à un véritable assainissement des finances
publiques »1.
A la lecture des données contenues dans le tableau ci-dessus, il
ressort que les TIC sur les produits énergétiques ont représenté 11,15%
en moyenne des recettes fiscales durant la période 1990-2009.
En vue d'évaluer les résultats de l'application du programme
d'ajustement structurel, nous allons analyser respectivement l'évolution
des dépenses et celle de recettes de l'Etat.
Pour ce qui est des dépenses publiques, la tendance enregistrée était
vers la baisse et ce relativement à la période précédente (1974-1982).
C'est ainsi que les dépenses publiques ont représenté en moyenne
26.98% du P.I.B. entre 1983 et 2009. En termes absolus, les dépenses
publiques ont été multipliées par plus de six durant cette période pour
dépasser les 200 milliards de dirhams pour la première fois en 2008.
Tableau n°36: Evolution des dépenses publiques (1983-2008) (en millions de
dhs et en % du P.I.B.).
Années 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991
Dépenses publiques
30412 32552 37072 42285 41634 49706 55412 54910 59039
(en millions de dhs)
Dépenses publiques
30.6 28.9 28.6 27.3 26.5 27.2 28.5 25,8 24,4
(en % P.I.B.)

Années 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000
Dépenses publiques
64535 69968 74299 77269 79351 80905 91260 94988 99410
(en millions de dhs)
Dépenses publiques
26,6 28,1 26,6 27,4 24,8 25,3 26,6 27,7 28,1
(en % P.I.B.)

Années 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Dépenses publiques
111414 109172 115027 122702 143602 156.026 167.662 201.605 215476
(en millions de dhs)
Dépenses publiques
29,1 27,4 27,4 24,3 27,2 27,0 27,2 29,3 29,42
(en % P.I.B.)
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR

1 S.Tounsi, Prospective « Maroc 2030 », Les finances publiques, op.cit., p.26.

120
Le net ralentissement de l'accroissement des dépenses publiques,
résultat de l'ajustement budgétaire, dissimule une évolution contrastée
des différentes composantes de ces dépenses. En effet, la structure des
charges budgétaires a évolué comme suit :

Tableau n°37: Evolution de la structure des dépenses publiques en %


(1983-2009)
Années 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991
Dépenses ordinaires 75.1 77.7 77.6 73.3 76.8 76.5 74.2 78,3 81,4
dont:
-Intérêts de la dette publique 15.9 19.5 21.8 21.5 22.4 22.7 21.7 24.0 22.5
-Dépenses de fonctionnement 53.8 51.6 48.6 48.2 52.9 51.2 49.4 52.4 56.8
-Subventions des prix 5.4 6.6 7.3 3.6 1.5 2.6 3.1 1.9 2.0
Dépenses d'investissement 24.9 22.3 22.4 26.7 23.2 23.5 25.8 21.7 18.6
Total 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0

Années 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000
Dépenses ordinaires 80,6 78,3 80.5 80.7 85.8 86.3 83.9 81.3 82.1
dont:
-Intérêts de la dette publique 21.0 21.0 21.3 21.7 21.8 21.2 19.6 18.5 18.7
-Dépenses de fonctionnement 57.2 54.5 54.9 55.4 58.7 61.8 59.8 61.5 59.6
-Subventions des prix 2.4 2.7 4.3 3.6 5.4 3.3 4.6 1.3 3.7
Dépenses d'investissement 19.4 21.7 19.5 19.3 14.2 13.7 16.1 18.7 17.9
Total 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0

Années 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Dépenses ordinaires 81,7 82,4 83,8 83,9 87,1 83.9 82.6 80.6 78,6
dont:
-Intérêts de la dette publique16.8 15.9 15.1 14.3 12.1 12.6 11.9 9.4 8,0
-Dépenses de fonctionnement 60.5 64.3 66.2 64.9 68.6 62.3 60.6 55.1 56,7
-Subventions des prix 4.4 2 .2 2.5 4.6 6.4 8.9 10.1 16.1 6,2
Dépenses d'investissement 18.3 17.6 16.2 16.1 12.9 16.1 17.4 19.4 21,4
Total 100. 100. 100. 100. 100. 100. 100. 100. 100.
0 0 0 0 0 0 0 0 0
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances publiques
de la TGR
L'analyse des données du tableau n°36 nous amène à émettre les
remarques suivantes:
-la prépondérance des dépenses ordinaires qui ont représenté en,
moyenne, 80.5% des dépenses totales pour la période (1983-2009).
C'est que "l'action gouvernementale quelque puisse être ses motivations

121
fondamentales et ses inspirations - bute inévitablement sur le mur des
1
charges courantes";
-la préoccupation majeure de phase d'ajustement (1983-1992) a été
surtout le remboursement de la dette. C'est ainsi que les décaissements
au titre des intérêts de la dette publique ont représenté en moyenne
21.3% des dépenses totales pour cette période ; Les intérêts de la dette
publiques ne seront plus que de 16,5% des charges du Trésor durant le
reste de la période (1993-2009).
-l'incompressibilité des dépenses de fonctionnement malgré le
2
ralentissement de leur rythme d'accroissement. En effet, la rigueur
budgétaire n'a pas empêché ces dépenses, qui ont représenté en
moyenne 57.3% des dépenses totales entre 1983 et 2009, de dépasser la
barre des 120 milliards de dirhams en 2009.
-le poids de l'ajustement budgétaire a été, en grande partie, supporté
3
par les dépenses de subvention ainsi que les dépenses d'équipement.
En effet, la part des dépenses de subvention des prix à la consommation
qui était de 18.1% des dépenses totales en 1974 (soit 7.3% en moyenne
pour la période (1974-1982)) est passée à 3.3% des dépenses totales en
4
1995 (soit 4.5%, en moyenne, pour la période (1983-2004)). Quant aux
dépenses d'investissement, leur chute a été tellement forte et brutale en
1983 qu'elles ne vont retrouver leur niveau ancien qu'à partir de 1989.
Notons que cette baisse a touché essentiellement les secteurs sociaux
qui n'ont bénéficié que de résidus. Ce n'est qu'à partir de 1992 que l'on
va assister à une volonté de réorienter l'investissement public vers les
secteurs sociaux, en particulier l'éducation et la santé, dont "les crédits
de paiement ont absorbé près des deux tiers de l'accroissement du

1 K.Amara,"1983-1993: Dix ans de politique budgétaire au Maroc. Quelques


leçons à retenir, «Vues Economiques, n°4, 1993, p.37.
2Ce ralentissement est dû au gel des salaires, la diminution des recrutements et la
limitation des dépenses de matériel.
3Il s'agit des subventions versées à la caisse de compensation et à l'O.N.I.C.L.
4Voir à ce sujet les articles suivants:
- N.Akesbi, "Subventions et crises des finances publiques ", Revue Française des
Finances publiques, n°23, 1988.
- N.Salah,"La pluie, le blé et le budget", l'Economiste du 30 décembre 1993.
122
1
budget d'investissement." Cette volonté a tellement été manifeste
2
qu'elle va faire l'objet de débats sociaux.
Par ailleurs, et rapportées aux dépenses publiques, les recettes de
l'Etat ont enregistré une tendance générale à la hausse. En effet, et
comme le montre le tableau n°37, les recettes publiques ont pu couvrir,
en moyenne, 85.6% des charges de l'Etat entre 1983 et 2009, sachant
que cette moyenne n'était que de 65.6% la période précédente (1974-
1982). Plus encore, ces recettes ont dépassé les dépenses publiques en
1999, 2007 et 2008 soit un résultat qui n'a jamais été réalisé auparavant.
Ces performances ont été réalisées grâce à un taux de croissance annuel
moyen des recettes publiques de 9.52%, taux supérieur à celui des
dépenses publiques soit 7.86%.
Tableau n°38: Evolution en % des dépenses publiques couvertes par les recettes
publiques (1983-2009)
Années 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991
Recettes publiques
21094 23469 26746 29150 32747 41624 43825 47384 51524
(en millions de dhs) (1)
Dépenses publiques
30412 32552 37072 42485 41634 49706 55412 54910 59039
(en millions de dhs) (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % 69,4 72,1 72,1 68,6 78,7 83,7 79,1 86,3 87,3

Années 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000
Recettes publiques
59208 63953 65122 62716 69699 76292 78084 95441 81434
(en millions de dhs) (1)
Dépenses publiques
64535 69968 74299 79351 79351 80905 91260 94988 99410
(en millions de dhs) (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % 91,7 91,4 87,6 79,0 87,8 94,3 85,6 100,5 81,9

Années 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Recettes publiques
109055 88343 98355 105157 118410 144727 168654 204675 189119
(en millions de dhs) (1)
Dépenses publiques
111414 109172 115027 122702 143602 156.026 167662 201605 215476
(en millions de dhs) (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % 97,9 80,9 85,5 85,7 82,5 92,8 100,6 101,5 87,76
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR

1Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1992, p.70.


2Il s'agit du colloque de l'Association des Economistes Marocains (A.E.M.) tenu
à Rabat du 1 au 3 octobre 1993: Bilan décennal du programme d'ajustement
structurel, op.cit.
123
Les recettes publiques en 2008 ont représenté près de 9.7 fois celles
de 1983. La nette amélioration des recettes de l'Etat, en liaison avec les
dépenses publiques, est due essentiellement à l'impact positif de
différentes réformes consistant en particulier en « la révision en
profondeur du système fiscal dans l'optique d'harmonisation et de
regroupement des textes fiscaux en un seul document, en l’occurrence,
1
le Code Général des Impôts mais également « grâce aux performances
de l’Etat en matière de recettes ».2 Pour renforcer les ressources de

1 N.Bensouda, Soutenabilité des finances publiques : Quelle stratégie ? Colloque


International sur les Finances Publiques sous le thème : « La nouvelle gouvernance
des Finances Publiques au Maroc et en France : quelles perspectives ? Table ronde :
Quelle mobilisation des ressources financières publiques ? Rabat, les 18 et 19
septembre 2010, p.9.
Soulignons que ce code permet « au contribuable, de disposer d’un document
fiscal clair, cohérent et adapté à l'évolution des législations des pays partenaires du
Maroc ». La mise sur pied de ce code est passée par plusieurs étapes :
-entre 1999- 2004 : rupture avec la vision cédulaire de la fiscalité (consistant à
taxer différemment chaque catégorie de revenu en fonction de son origine) et adoption
d’une approche plus synthétique par l’homogénéisation et l’harmonisation des
procédures ainsi que la refonte de la législation relative à l’enregistrement ;
-à partir de 2005 : adoption du livre des Procédures Fiscales ;
-en 2006 : adoption du livre d'Assiette et de Recouvrement ;
-en 2007 : finalisation du processus de codification et publication du Code Général
des Impôts.
Voir également :
- M.El Ktiri et N.Akesbi, La réforme de la fiscalité marocaine à l'heure de
l'ajustement, Edition Toubkal, 1987.
- N.Akesbi, Politique fiscale et développement économique et social, le cas du
Maroc, Thèse, Paris IX, 1991.
- S.Tounsi, Prospective « Maroc 2030 », Les finances publiques, Haut-
commissariat au Plan, 30 avril 2006.
2 N.Bensouda, Soutenabilité des finances publiques : Quelle stratégie ? Colloque
International sur les Finances Publiques sous le thème : « La nouvelle gouvernance
des Finances Publiques au Maroc et en France : quelles perspectives ? Table ronde :
Quelle mobilisation des ressources financières publiques ?, op.cit., p.5.
124
l’Etat, « un travail de fond a été mené pour réduire progressivement les
dépenses fiscales1devenues désuètes »2
Le recul des recettes fiscales en 2009 procède de la conjonction de
plusieurs facteurs dont principalement la baisse des recettes douanières
(droits de douane et TVA à l’importation), la réduction des taux de
l’impôt sur les sociétés et de l’impôt sur le revenu et la multiplication
des incitations fiscales (dépenses fiscales)3.
L'enjeu de ces réformes était, en effet, d'augmenter les ressources de
l'Etat sans qu'il y ait aggravation des taux d'imposition ni de création de
distorsions entre les différents secteurs de l'économie.
La stabilisation des dépenses publiques et le développement des
rentrées budgétaires ont permis de dégager une épargne budgétaire
permettant de financer une part grandissante des dépenses
d'investissement, et ce à partir de 1987. Cette épargne, qui a par
exemple dépassé les 13 milliards de dirhams en 1993, a pu financer près
de 70% des dépenses d'investissement. Les besoins de financement de
la période (1983-2008) se trouvent ramenés à 4%, en moyenne, du
P.I.B., sachant que la moyenne de la période (1974-1982) était de

1 N.Bensouda, Soutenabilité des finances publiques : Quelle stratégie ?, op.cit.,


p.9. Selon cet auteur, entre 2005 et 2009, la suppression des dépenses fiscales a
procuré au budget de l’Etat 7 milliards de DH, dont 2,7 milliards de DH durant l’année
2008. Sur les dépenses fiscales, voir paragraphe suivant de cet ouvrage portant sur
les déterminants des déficits budgétaires.
2 N.Bensouda, Soutenabilité des finances publiques : Quelle stratégie ?, op.cit.,
p.9.
3N.Bensouda, « Quel pilotage des réformes en finances publiques au Maroc et en
France ? », Colloque International sur les Finances Publiques, Rabat, le 13 septembre
2013. A propos des recettes fiscales, il y a lieu de constater :
-un taux de progression négatif des droits de douance depuis 2009 (soit -16% en
2011 et -12,5% en 2012 ;
-la dégradation du taux de progression de la TVA à l’importation depuis 2010 pour
se situer à 6,1% en 2012 contre 29% en 2007 ;
-la baisse des taux de l’IS et de l’IR : pour l’IS, une réduction de 39,6% à 37%
pour les institutions financières et de 35% à 30% pour les autres secteurs d’activité ;
pour l’IR, baisse du taux marginal de 42 à 40% pour se fixer à 38% en 2010. Le seuil
exonéré de l’IR a aussi fait l’objet d’une révision : 24000 DH en 2007, 28000 DH en
2009 et 30000 DH en 2010 alors qu’il était de 18000 DH en 1996.
125
11.1%. Rapportés aux dépenses publiques, ces déficits budgétaires ont
évolué comme suit:
Tableau n °39: Evolution des déficits budgétaires en % des dépenses publiques
totales (1983-2009)
Années 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991
Déficits budgétaires en %
-38,1 -28,7 -30.0 -20,7 -23,9 -20,7 -17,3 -16,4 -13,1
des dépenses publiques totales

Années 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999


Déficits budgétaires en %
-8,0 -10,6 -12,7 -12,2 -12,9 -12,0 -6,5 -9,0
des dépenses publiques totales

Années 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Déficits budgétaires en % des
-8,5 -16,9 -15,8 -13,9 -10,6 -19,9 -8,1 0,9 0,6 -8,3
dépenses publiques totales
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR
Le tableau ci-dessus laisse apparaître une tendance à la baisse,
puisque de 38.1% des dépenses publiques en 1983, le déficit budgétaire
ne représente que 8.1% de ces charges en 2006, soit 14.8%, en
moyenne, pour toute la période. Les excédents budgétaires réalisés en
2007 et 2008 ont représenté respectivement 0.9% et 0.5% des dépenses
publiques.
L'évolution des déficits budgétaires que l'on vient de retracer nous a
permis d'en relever les grandes étapes. Ainsi, après avoir atteint des
niveaux élevés (1974-1982), les déficits budgétaires ont nécessité, de la
part des pouvoirs publics, la mise en œuvre d'un certain nombre de
mesures consistant, en gros, à assurer une adéquation des charges aux
ressources budgétaires. C'est que l'impératif d'assainissement des
finances publiques s'est imposé avec acuité conduisant les responsables
au niveau de l'Etat à négocier, avec les institutions financières
internationales, et à mettre en application un programme d'ajustement
structurel. Le mérite de ce dernier est double :
-il marque, d'une part, la prise de conscience, de la part des pouvoirs
publics, de la nécessité de contenir l'accroissement des dépenses
publiques en les adaptant aux moyens financiers disponibles ;
-il a, d'autre part, permis d'atténuer l'ampleur des déficits
budgétaires.

126
4-La période 2010-2015 : le retour à des déficits budgétaires
inquiétants
Cette période s’ouvre sur une aggravation inquiétante des déficits
budgétaires, rappelant la situation des finances publiques durant les
années 1980. Un des points de ressemblance avec les années 1980 est
le taux de couverture des dépenses ordinaires par les ressources
ordinaires : en 1983 ce taux était de 92,4% pour se situer à 88,9% en
2014, soit le taux le plus faible depuis 19701.
Après plusieurs années caractérisées par des déficits publics modérés
et une tendance à la baisse du ratio de la dette, les finances publiques
vont connaître depuis 2010 une évolution défavorable. C’est que la
conjoncture internationale marquée par les effets adverses, notamment
le niveau bas voire négatif de la croissance des pays partenaires et le
renchérissement des matières premières, s’est soldée par un
accroissement rapide des dépenses publiques. L’augmentation
constatée des dépenses publiques à un rythme plus rapide que celui des
recettes, a été le résultat d’une hausse sans précédent des dépenses de
compensation.
Suite à un important redressement du déficit budgétaire en 2013, son
atténuation même légère en 2014 procède essentiellement des
importantes entrées de dons du Conseil de Coopération du Golfe qui
ont représenté 1,4% environ du PIB2.
En vue d’expliquer la recrudescence des déficits publics, nous allons
analyser dans un premier temps la structure des dépenses publiques
avant d’étudier l’évolution des ressources publiques.

1Ce résultat a été calculé sur la base des statistiques fournies par la Trésorerie
Générale du Royaume. Voir dans le même sens : N.Bensouda, « Quel pilotage des
réformes en finances publiques au Maroc et en France ? », Colloque International sur
les Finances Publiques, Rabat, le 13 septembre 2013, p.4
2 Voir à ce sujet le Rapport annuel de Bank Al-Maghrib, Exercice 2014, p.283.

127
Tableau n°40: Evolution de la structure des dépenses publiques en % (2010-
2015)
2010 2011 2012 2013 2014 2015
Dépenses ordinaires 79,4 81,2 81,21 82,82 81,02 79,25
dont:
7,7 6,9 6,64 8,02 8,66 9,67
-Intérêts de la dette publique
-Dépenses de fonctionnement 51,3 47,9 48,95 51,91 53,23 56,61
-Subventions des prix 11,9 18,4 19,33 14,83 11,41 04,95
Transferts aux collectivités
8,6 8,1 7,75 8,05 7,70 8 ,00
locales
Dépenses d'investissement 20,6 18,8 18,79 17,18 18,98 20,75
Total 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR
Les données du tableau ci-dessus montrent une modification de la
structure des dépenses publiques. Les dépenses ordinaires ont
représenté en moyenne 89.95% des charges du trésor durant la période
2010-2015, soit une part légèrement inférieure à celle de la période
précédente. Les dépenses d’investissement ont fait l’objet de coupes
sombres suite à l’aggravation des déficits budgétaires puisque leur part
est passée de 20,6% en 2010 pour se situer à moins de 17,2% des
charges totales en 2013. Par contre, les dépenses de subvention ont
enregistré une augmentation considérable dépassant 19% des dépenses
publiques totales en 2012, soit un chiffre jamais atteint jusque-là1. Ces
dépenses ont été le facteur déterminant de l’aggravation des déficits
publics avant 2015 comme le montre le tableau suivant :
Tableau n°41 : Parts des dépenses de compensation dans les déficits budgétaires et dans le
PIB (2010-2015) En millions de dirhams et en %
Années 2010 2011 2012 2013 2014 2015
Subventions des prix (1) 27 195 48 830 55956 41600 32648 13977
Déficits budgétaires (2) 28913 44067 59180 52039 47781 49618
(1)/ (2) en % 94,06 110,81 94,55 79,94 68,33 28,17
PIB (3) 764031 820077 847881 897923 923696 982223
(1)/ (3) en % 3,56 5,95 6,60 4,63 3,53 1,42
Charges du Trésor (4) 228609 265633 266995 280475 286030 282091
(1)/ (4) en % 11,90 18,38 20,96 14,83 11,41 4,95
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et les Rapports sur la compensation

1 Situation qui va rendre urgente la réforme du système de compensation. Voir


paragraphe suivant.
128
Durant la période (2010-2015), les dépenses de subvention ont été à
l’origine des déficits budgétaires à raison de 79,31% en moyenne. Elles ont
représenté 13,74% en moyenne des charges du Trésor durant la même période,
soit un niveau largement supérieur par rapport à celui de la période précédente.
Le poids des dépenses de compensation va enregistrer une tendance à la baisse
pour se situer à moins de 4,28% du PIB et ce suite à une série de facteurs qui
seront détaillés dans le paragraphe suivant.
Tableau n°42 : Dépenses publiques couvertes par les recettes publiques
Années 2010 2011 2012 2013 2014 2015
Recettes publiques (1) 193668 208047 201605 228777 234944 233716
Dépenses publiques (2) 228609 265633 266995 280475 286030 282091
(1) / (2) en % 84,72 78,32 75,51 81,57 82,14 82,85
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances publiques de la TGR

Les recettes publiques ont couvert en moyenne 82.1% des dépenses


publiques totales durant la période (1983-2008) contre 80.85%
seulement pour (2010-2015). Quant aux recettes fiscales, qui ont
couvert 76,56% des dépenses publiques entre 1990 et 2009, elles se sont
dégradées pour ne financer que 62,86% en moyenne des dépenses
publiques totales pour la période 2010-2015, soit presque le même
niveau enregistré en 1984 et 1986.
Il est clair que les autorités budgétaires ont fourni des efforts
importants pour réaliser un déficit public soutenable. Mais, les facteurs
de son aggravation sont toujours réunis tels que « les dépenses
incompressibles, le plafonnement de la pression fiscale, l’ampleur de la
dette intérieure et les mesures discrétionnaires de la politique budgétaire
1
(revalorisations salariales) » .
Après avoir analysé l'évolution des déficits budgétaires au Maroc, il
nous reste maintenant à mettre en évidence leurs facteurs déterminants.

B-Les déterminants des déficits budgétaires au Maroc


Si dans les pays développés, l'accroissement des déficits budgétaires
a résulté de l'extension du rôle de l'Etat après l'abandon du dogme de

1 S.Tounsi, Prospective « Maroc 2030 », Les finances publiques, op.cit., p.26.


Voir également à ce sujet : M.Harakat, Les finances publiques et les impératifs de la
performance. Le cas du Maroc, L’Harmattan, 2011.
129
1
l'équilibre budgétaire, dans les pays en développement le problème de
ces déficits revêt, par contre, une signification particulière.
2
En effet, devant l'ampleur des tâches que l'Etat se devait d'accomplir
afin de répondre aux exigences de développement et d'améliorer le
niveau de vie d'une population grandissante, les dépenses publiques
allaient s'accroître et les déficits budgétaires se creuser et devenir
permanents.
Du point de vue empirique, un certain nombre d'études ont essayé de
relever les différents facteurs qui ont rendu permanents les déficits
budgétaires dans quelques pays sous-développés. Les plus importantes
3
de ces études sont celles de Morrisson et Tanzi.

1Les difficultés économiques des années 30 ont révélé que les automatismes du
marché étaient incapables de rétablir l'équilibre. De ce fait, et sous l'impulsion des
idées keynésiennes, l'Etat va joindre à son rôle de gendarme, celui de direction et
d'orientation de l'activité économique.
2L'Etat dans ces pays devait, au lendemain de leur indépendance, relayer
l'administration coloniale (surtout que le secteur privé est faible) et prend en charge,
à côté des dépenses de souveraineté et de maintien de l'ordre, celles relatives à
l'éducation, la santé,...
3-T.K.Morrisson, "Strctural determin of government budgets deficits in
developing countries», World development, Vol. 10, n°6, déc.1982.
-V.Tanzi, "Fiscal desequilibrium in developing countries, World development,
Vol.10, n°10, déc. 1982.
Pour les deux auteurs, les facteurs déterminants des déficits budgétaires sont à la
fois conjoncturels et structurels," dont les effets sont incontournables ". Il s'agit, entre
autres, du faible niveau de développement économique, de l'instabilité des revenus
publics, du boom des exportations, de la rigidité du système fiscal, de la détérioration
des termes de l'échange, etc.
Voir à ce sujet:
- M.Boussetta, Financement public et soldes budgétaires, op.cit.
- H.Méziane, Analyse des dépenses publiques. Une étude des relations Etat-
économie au Maroc (1956-1986), Thèse, Rabat, 1989.
- Bulletin du F.M.I., "Comment améliorer la gestion des dépenses publiques",
Vol.22, n°8, 26 avril 1993, cité in Vues Economiques, n°4, 1993, p.112.
130
Au Maroc, les déficits budgétaires semblent, en gros, être déterminés
par les mêmes facteurs dégagés par Morrisson et Tanzi.1 C'est ainsi que
pour K. Amara "le gonflement inconsidéré des dépenses publiques, la
qualité médiocre de leur gestion tout comme le gâchis fiscal avaient
2
finalement conduit à la constitution de déficits budgétaires colossaux."
Cette aggravation des déficits budgétaires finit, selon l'auteur, par
déstabiliser l'économie surtout qu'elle a commencé au cours des années
70.
En général, l'augmentation des déficits budgétaires (en particulier à
partir de 1976)3 a été la résultante à la fois du gonflement inconsidéré
des dépenses publiques et de la faible élasticité des recettes fiscales par
rapport à l'activité économique.

1-Le gonflement inconsidéré des dépenses publiques


La croissance soutenue des dépenses publiques est un des facteurs
qui expliquent l'accumulation des déficits budgétaires au Maroc. Si
cette croissance n'est pas régulière en termes relatifs (c'est-à-dire en %
du P.I.B.), en termes absolus, par contre, la tendance générale est vers
la hausse ; celle-ci est à la fois continue et irréversible.
Sur le plan théorique, plusieurs études ont cherché à expliquer le
4
phénomène de croissance des dépenses publiques.

1Pour une application de l'étude de Morrisson au cas marocain, voir F.Amara,


Politique d'ajustement face au déséquilibre extérieur: une analyse et un modèle
macro-économique de l'économie marocaine, Thèse, Paris X, 1989.
2K.Amara, " 1983-1992: dix ans de politique budgétaire au Maroc..., op.cit., p.38.

3Année pendant laquelle le prix des phosphates va accuser une baisse importante.
Voir à ce sujet: H.El Malki, Trente ans d'économie marocaine, op.cit., p.98.
4En particulier les travaux de A.Wagner fondés essentiellement sur les faits
économiques. Ces travaux seront complétés par d'autres qui vont intégrer dans leurs
explications des "facteurs politiques et sociaux et les changements de la communauté
face à la charge fiscale". Voir à ce propos:
- P.Rosanvallon, La crise de l'Etat-providence, Seuil, 1981.
- T.E.Borcherding, The source of growth of public expenditure in the United
States, 1902-1970?, T.E.Borcherding (editor ), Budgets and Bureaucrats, Duke
131
Cependant, peut-on se référer à ces analyses pour rendre compte de
l'évolution des dépenses publiques au Maroc ?
L'accroissement des dépenses publiques au Maroc ne peut être
expliqué par la loi de Wagner. En effet, celle-ci n'est valable que dans
un contexte d'industrialisation, ce qui réduit sa portée dans des "phases
de développement préindustriel ou postindustriel." D'un autre côté, la
croissance des dépenses publiques au Maroc n'est pas le fait d'une
industrialisation qui a débouché sur une amélioration du niveau de vie
exigeant une augmentation des services publics.
L'effet de déplacement est, à son tour, insuffisant pour expliquer
cette évolution. En effet, Peacock et Wiseman ont lié l'accroissement
des dépenses publiques à une conjoncture de crise nationale majeure "
Vécue par des économies développées où des structures économiques
intégrées prévalent et où la majorité des besoins économiques et des
activités productives sont satisfaites par l'initiative et l'entreprise
1
privées." Autrement dit, l'évolution des dépenses publiques qui dépend
de la conjoncture est l'élément central de l'approche.
Or, au niveau des pays sous-développés en général et du Maroc en
particulier, l'accroissement des dépenses publiques, depuis la
réalisation de l'indépendance politique, est lié à un ensemble de facteurs
structurels et non seulement conjoncturels : la faiblesse de l'épargne, la
défaillance du secteur et de la bourgeoisie privés "attirés davantage par

University Press, Durham, cité in A.Euzéby et M.L.Herschtel, Finances Publiques,


une approche économique, op.cit., p.84.
- G.Terny, Economie des services collectifs et de la dépense publique, Dunod,
Paris, 1979
- W.J.Baumol, "Macroeconomics of unbalanced growth: the anatomy of urban
crisis", American Economic Review, juin, 1967.
- A.T.Peacock et J.Wiseman, The growth of public expenditure in the United
Kingdom, George Allen and Unwin, London, 1967.
- J.Diamond, Econometric testing of the "Displacement Effect: a
reconsideration", Finanzarchiv, N.F., Bd.35, 1976/1977.
1N.Belhafda, Dépenses publiques et développement, op.cit., p.126.
132
des dépenses ostentatoires et par des investissements spéculatifs que par
1
des investissements pouvant accroître le potentiel productif du pays."
C'est ainsi que, dans ce contexte, l'Etat s'est vu obligé de prendre en
charge la majorité des activités productives. Il est de ce fait devenu "le
premier investisseur, premier employeur et acteur principal de la
2
politique de développement." Ces activités multiformes, que l'Etat
devait assurer, ne peuvent déboucher que sur un accroissement des
dépenses publiques.
En général, cette augmentation continue des dépenses publiques est
imputable à une série de facteurs qui affectent les marges de manœuvre
de la politique budgétaire : les dépenses incompressibles du personnel
(masse salariale) et de la dette et les dépenses non maîtrisées de
compensation.

a-Les dépenses de personnel ou la masse salariale rigide


La hausse considérable de la masse salariale depuis les années
soixante-dix a été le corolaire du caractère expansionniste de la
politique budgétaire et de l’objectif des pouvoirs publics de réduire les
inégalités sociales. La multiplication des emplois qui en a résulté, basée
sur l’idée que l’Etat est un marché de travail, témoignait de la faiblesse
du secteur privé (quant à la création de postes de travail) et représentait
un moyen pour secréter une demande solvable3. Les créations d’emploi
et l’effectif du personnel de l’Etat ont évolué comme suit :

1Ibid p.126. Voir également à ce sujet: H.El Malki, Trente ans d'économie
marocaine, op.cit.
2L.Sbai El Idrissi, Déficit budgétaire et circuits de financement, Annales
Marocaines d'Economie, n°7, Hiver 1993, p.69.
3 Selon une étude effectuée par la DEPF, une baisse de la masse salariale de 1
point du PIB à fiscalité inchangée se traduirait ipso facto par une baisse des revenus
des ménages. A court terme (les deux premières années), cette baisse, entraînant une
diminution de la consommation, va faire perdre à l’économie nationale 2% de
croissance économique. Voir à ce sujet : DEPF, La masse salariale et ses impacts sur
les équilibres économiques et financiers, Document de travail n°84, janvier 2003, p.8
133
Tableau n°43 : Evolution de l’effectif du personnel de l’Etat et de la masse
salariale
1976 1977 1979 2003 2004 2005 2006 2007
Effectif du personnel de l’Etat 60000 360000 420000 836395 841971 846260 819593 823031
Taux de croissance de l’effectif du personnel de l’Etat en - 500 16,67 99,14 0,67 0,51 -3,15 0,42
%
Masse salariale en millions de DH - - - 50837 56641 62085 62931 66721
Taux de croissance de la masse salariale - - - - 11,42 9,61 1,36 6,02
Masse salariale en % du PIB - - - 11,3 11,2 11,8 10,9 10,3
Masse salariale en % des dépenses du Budget Général de - - - 38,6% 39,9% 38,8% 37,7% 34,29%
l’Etat
Masse salariale en % des dépenses de fonctionnement - - - 68,8% 69,9% 61,1% 62,2% 60,9%

2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015


Effectif du personnel de l’Etat 835626 846651 863245 872547 883916 - - -
Taux de croissance de l’effectif du personnel de l’Etat en 1,53 1,32 1,96 1,08 1,30 - - -
%
Masse salariale en millions de DH 70314 74027 80268 88 973 96 283 98223 101645 105509
Taux de croissance de la masse salariale 5,39 5,28 8,43 10,84 8,22 2,01 3,48 3,80
Masse salariale en % du PIB 9,81 9,89 10,23 10,85 11,36 10,90 10,99 10,63
Masse salariale en % des dépenses du Budget Général de 33,76% 29,17% 35,06% 36,71 33,23 33,02 33,20 33,29
l’Etat
Masse salariale en % des dépenses de fonctionnement 56,6% 49,1% 58,6% 58,54 51,26 49,29 50,99 54,17
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib, Rapports économiques et financiers et Rapports sur les
ressources humaines.

Durant la période 2003-2015, la masse salariale a représenté 10,8%


en moyenne du PIB, chiffre qui reste supérieur au niveau enregistré à
l’échelle internationale, soit 8%. Il est à constater que l’évolution à la
hausse de la masse salariale en pourcentage du PIB a connu un point
d’inflexion en 2006 (ce qui explique le taux de croissance négatif de
l’effectif du personnel et le faible taux de croissance de la masse
salariale) et ce en raison d’un ensemble de facteurs dont notamment :
« l’opération de départ volontaire à la retraite, suppression des postes
budgétaires devenus vacants, limitation des créations de postes
budgétaires à la couverture des besoins incompressibles des secteurs
prioritaires, l’interdiction de recrutement des agents classés aux
échelles 1 à 4 et du personnel occasionnel mais aussi à l’accélération du
rythme de croissance de l’économie nationale »1. Le tableau ci-dessus

1 Ministère de l’Economie et des Finances, Rapport sur les ressources humaines,


Projet de loi de finances 2013, p.18. Selon ce même rapport et en comparaison avec
certains pays, on relève que le ratio masse salariale par rapport au PIB est similaire à
134
laisse apparaître aussi que la masse salariale représente le un tiers
environ des dépenses du budget général de l’Etat et la moitié environ
des dépenses de fonctionnement.
Il est à noter que les dépenses de personnel présentent deux
principaux traits caractéristiques à savoir le « le caractère évaluatif des
crédits y afférents, ce qui autorise leur dépassement ; et une gestion
centralisée des crédits par le ministère de l’économie et des finances »1.
Ce caractère évaluatif des crédits afférents aux dépenses de personnel
associé à la non maîtrise des rappels de salaires font que les émissions
dépassent, en fin d’année budgétaire, les crédits ouverts par la loi de
finances.

b-La problématique des dépenses de compensation


Les dépenses de compensation, qui font partie des charges
communes2, représentent un facteur de fragilité des finances publiques
marocaines. Depuis 2006, les crédits ouverts pour couvrir l’envolée des
charges de la compensation ont connu un accroissement considérable.
La crise économique et financière internationale a entraîné, entre
autres, « l’explosion des charges de la compensation et l’amenuisement
des marges de manœuvre de l’Etat.»3 L’évolution des charges de
compensation est retracée dans le tableau suivant :

celui du Maroc mais sachant que ce pays compte 44 fonctionnaires pour 1000
habitants alors que pour le Maroc, on recense 27 fonctionnaires pour 1000 habitants.
1 N.Bensouda, La réforme de la loi organique des finances : vers un nouveau
modèle de gestion des finances publiques, Association des Membres de l’Inspection
Générale des Finances, Rabat, 2 mai 2012, p.9.
2 Les charges communes, dont l’ordonnateur est le ministère de l’économie et des
finances comprennent aussi les subventions aux divers établissements et entreprises
publics, les cotisations de l’Etat aux régimes de retraite et de prévoyance sociale et les
versements à certains comptes spéciaux du Trésor.
3 N.Bensouda, Soutenabilité des finances publiques : quelle stratégie ? Colloque
International sur les Finances Publiques sous le thème : « La nouvelle gouvernance
des Finances Publiques au Maroc et en France : quelles perspectives ? Table ronde :
Quelle mobilisation des ressources financières publiques ?, op.cit., p.2. Voie
également : A. EL HIRI, Gouvernance des finances publiques, réformes budgétaires
et performances macroéconomiques. Cas du Maroc, Universite de Tlemcen, Faculté
des Sciences Economiques, Commerciales et de Gestion, Laboratoire de Recherche
en Management des Hommes et des Organisations (L.A.R.M.H.O) et Laboratoire de
135
Tableau n°44: Evolution des dépenses de subvention (1980-2015)
Années 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989
Dépenses de subvention
1 427 2 102 2 000 1632 2 155 2 693 1533 632 1277 1696
(en millions de dhs)
Dépenses de subvention
1,93 2,66 2,15 1,6 1,9 2,1 1,0 0,4 0,7 0,9
En % du PIB
Dépenses de subvention
5,95 7,37 6,05 5,4 6,6 7,3 3,6 1,5 2,6 3,1
En % des dépenses totales
Dépenses de subvention
19,36 18,49 21,62 -14,1 -23,0 -24,3 -17,5 -6,4 -12,4 -17,7
En % des déficits budgétaires

Années 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000
Dépenses de subvention
1021 1192 1580 1918 3195 2745 4256 2636 4203 1190 3706
(en millions de dhs)
Dépenses de subvention
0,5 0,5 0,7 0,8 1,1 1,0 1,3 0,8 1,2 0,3 1,0
(en % P.I.B.)
Dépenses de subvention
1,9 2,0 2,4 2,7 4,3 3,6 5,4 3,3 4,6 1,3 3,7
En % des dépenses totales
Dépenses de subvention
-11,3 -15,4 -30,5 -25,8 -33,8 -29,1 -41,5 -27,2 -70,5 -13,9 -43,8
En % des déficits budgétaires
Années 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Dépenses de subvention
4892 2352 2896 5687 9145 13143 16350 31450
(en millions de dhs)
Dépenses de subvention
1,3 0,6 0,7 1,1 1,7 2,3 2,7 4,6
(en % P.I.B.)
Dépenses de subvention
4,4 2,2 2,5 4,6 6,4 8,9 10,1 16,1
(en % des dépenses totales)
Dépenses de subvention
26,0 13,6 18,2 43,6 32,1 109,5 - -
(en % des déficits budgétaires)

Années 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015


Dépenses de subvention
13276 27 195 48 830 55956 41600 32648 13977
(en millions de dhs)
Dépenses de subvention
1,8 3,56 5,95 6,60 4,63 3,53 1,42
(en % P.I.B.)
Dépenses de subvention
6,2 11,90 18,38 20,96 14,83 11,41 4,95
En % des dépenses totales
Dépenses de subvention
73,9 94,06 110,81 94,55 79,94 68,33 28,17
En % des déficits budgétaires

Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Rapports sur la compensation

Recherche en Monnaie et Institutions Financières dans le Maghreb Arabe


(M.I.F.M.A), novembre 2013. Voir aussi N.Bensouda, « La réforme des finances
publiques au Maroc : quels constats et quelle stratégie ? » Journée du Maroc à Paris,
19 février 2014.
136
En analysant les données contenues dans le tableau ci-dessus, il
ressort que les dépenses de compensation1 ont représenté 1,9% en
moyenne du PIB durant toute la période. Si ces dépenses ont subi le
poids de l’ajustement structurel initié en 1983, elles vont connaître un
accroissement exponentiel à partir de 2006 pour atteindre leur
paroxysme en 2011et 2012, années durant lesquelles elles vont
représenter plus de 6% du PIB et plus de 100% du besoin de
financement du Trésor. Leur part dans les dépenses totales a avoisiné
les 20% durant les années 2011 et 2012.
Avec des dépenses de compensation qui connaissent un dépassement
par rapport aux crédits initialement ouverts, les autorités budgétaires
ont été dans l’obligation d’ouvrir des crédits supplémentaires pour
assurer un approvisionnement normal en produits subventionnés. « Ce
dépassement des crédits autorisés constitue un facteur de vulnérabilité
et un risque important pour le respect des indicateurs budgétaires
initialement arrêtés par la loi de finances.»2 La vulnérabilité qui émane
de la dégradation des indicateurs des finances publiques affecte
négativement les conditions de croissance économique et de création
d’emplois ainsi que la confiance des investisseurs et des instances
internationales à l’égard de l’économie marocaine. Il s’agit de se
conformer à la charge de compensation prévue par la loi de finances et
de « répercuter partiellement à la hausse et à la baisse l’écart par rapport
au marché international3.»
L’aggravation du déficit budgétaire, comme conséquence directe de
l’alourdissement de la charge de compensation, a enclin les pouvoirs

1 Notons que la plus grande part des dépenses de compensation durant la période
2002-2011 a été allouée aux hydrocarbures qui ont absorbé 84% du montant total des
subventions. Voir à ce sujet :
- Ministère de l’Economie et des Finances, Rapport sur la compensation, 2013
- Conseil de la concurrence, Etude sur les produits Subventionnes dans le cadre
du système de compensation, juin 2012.
2 Royaume du Maroc, Chef du Gouvernement, L’indexation pour faire face aux
effets négatifs de la volatilité des prix des produits pétroliers, dossier argumentaire,
septembre 2013, p.4.
3 Ibid, p.5.

137
publics à procéder d’urgence à la réforme de la caisse de compensation.
Celle-ci, qui est perçue comme étant un processus qui s’inscrit dans le
long terme, regroupe une batterie de mesures ayant pour objectif central
la réduction de la charge de compensation mais aussi le soutien du
pouvoir d’achat des revenus et le renforcement de la compétitivité du
tissu productif marocain. L’un des aspects de cette réforme a été
l’application de l’indexation partielle concernant trois produits
pétroliers (le supercarburant, le gasoil et le fuel industriel).
La réforme du système de compensation est passée par plusieurs
étapes :
-le système d’indexation partielle en 20131 : il a été appliqué à partir
du 16 septembre 2013 pour le supercarburant, le gasoil et le fuel N2 à
usage industriel. Ce système a consisté à définir, dans le cadre de la loi
de finances, les niveaux de subventions fixés pour les trois produits en
question, et à répercuter les variations des cours (enregistrées au niveau
du marché international) sur les prix de vente2.
-le système d’indexation en 2014 : le gouvernement a décidé
d’indexer totalement le supercarburant et le fuel N2 à usage industriel
à partir du premier février 2014. Les prix de ces deux produits font
désormais l’objet d’une révision le premier et le 16 de chaque mois en
relation avec les cotations sur le marché international. Quant au Gasoil,
et au cours de 2014, la subvention lui afférente va connaître un
démantèlement progressif de sa subvention3. Son prix de vente du était
révisé le 16 de chaque mois « sur la base des cotations bimensuelles

1 Voir l’arrêté du Chef du gouvernement n° 3-69-13.

2 Pour l’année 2013, les subventions unitaires arrêtées étaient fixés à 2,6 DH/L
pour le gasoil, 0,8 DH/L pour le supercarburant, et 930 DH/T pour le fuel N2. Les
prix des trois produits faisaient l’objet d’une révision le 16 de chaque mois, sur la base
des moyennes des cotations bimensuelles de ces produits et du taux de change du
dollar allant du 13 du mois M-2 au 12 du mois M, conformément à l’arrêté n° 3-69-
13. La révision de prix n’était possible que lorsque l’effet sur le prix dépasse le seuil
de signification de +/- 2,5%. Pour plus de détail voir : ALMALIYA, La
compensation : la réforme engagée, n°57, mai 2015.
3 Les montants des subventions ont été fixés comme suit : 2,6 Dh/L le premier
janvier, 2,15 Dh/L le 16 janvier, 1,70 Dh/L le 16 avril, 1,25 Dh/L le 16 juillet et 0,80
Dh/L le 16 Octobre. Voir à ce sujet l’arrêté conjoint n°31-14 des Ministres chargés
des Finances, de l’Energie et des Affaires Générales.
138
précédant la révision et tenant compte du niveau de subvention indiqué
ci-dessus. A préciser que la révision du prix est opérée tant que l’impact
sur le prix en vigueur dépasse +/- 2,5% »1. Il faut préciser à ce sujet que
le fuel N2 et le fuel spécial utilisés dans la production de l’électricité
ont été concernés par la système d’indexation à partir du premier juin
201 et qu’un transfert forfaitaire direct à l’ONEE a supplanté la
subvention accordée à ces deux produits.
-le système d’indexation en 2015 : les pouvoirs publics ont procédé
à la décompensation du prix du gasoil à partir du premier janvier 2015
et à l’homologation des prix des produits pétroliers liquides dans le
cadre d’un accord avec le secteur des produits pétroliers couvrant la
période s’étalant entre le premier janvier et le 30 novembre 2015. Au
total, la subvention restera limitée à trois produits à savoir le gaz butane,
le sucre et la farine nationale du blé tendre avec un appui forfaitaire
accordé à l’ONEE et des mesures de soutien au secteur de transport.
A partir du premier décembre 2015, les pouvoirs publics au Maroc
vont procéder à la libéralisation totale des prix des produits pétroliers à
la pompe. Cette libéralisation s’est réalisée à un moment où les cours
de pétrole sur le marché mondial ont enregistré un repli, avantageux
pour les consommateurs et les producteurs.
L’évolution du système d’indexation des carburants est retracée dans
le schéma suivant :

1 ALMALIYA, La compensation : la réforme engagée, op.cit., p.9.

139
Signalons que la charge globale de compensation afférente aux
produits pétroliers liquides et au gaz butane est passée d’un milliard de
dirhams environ en 2003 à plus de 48 milliards de dirhams en 2012, soit
84% du montant total des subventions pour la période 2002-2011.
En septembre 2013, le HCP avait estimé que cette mesure
d’indexation, ceteris paribus, ne sera pas sans effets sur l’économie
marocaine. Le Haut-commissariat au Plan avait souligné dans une étude
que « la réduction de la compensation des prix des produits pétroliers
améliorerait le solde budgétaire de l’Etat et se traduirait, à l’exclusion
de toutes éventuelles mesures d’accompagnement, par une hausse des
prix intérieurs, une baisse de la demande intérieure, et par conséquent
une baisse du produit intérieur brut1.»
Les impacts de la baisse de la compensation des prix du gasoil de
0,69 dirhams par litre, de l’essence de 0,59 dirhams par litre et du fuel
industriel de 663 DH la tonne, sur les principales grandeurs
macroéconomiques tels que estimés par le Haut-commissariat au plan
durant la période 2013-2018 sont retracés dans le tableau ci-dessous :
Tableau n°45 : Les effets de la réduction de la compensation des produits pétroliers
2013 2014 2015 2016 2017 2018
En taux de croissance
Consommation -0,29 -0,92 -0,85 -0,76 -0,73 -0,70
Investissement -0,26 -0,91 -1,11 -1,15 -1,07 -1,02
PIB -0,15 -0,48 -0,47 -0,43 -0,40 -0,38
Exportations -0,11 -0,40 -0,46 -0,46 -0,43 -0,39
Importations -0,34 -1,13 -1,14 -1,10 -1,05 -1,00
Prix 0,37 1,10 0,78 0,70 0,64 0,59
Revenu disponible réel des ménages -0,26 -0,84 -0,80 -0,78 -0,76 -0,73
En différence
Emploi -4810 -15790 -14910 -12600 -11550 -10670
Population en chômage 2058 6890 6822 5848 5327 4900
Ecart en % du PIB
Solde budgétaire 0,18 0,58 0,55 0,51 0,50 0,48
Solde commercial 0,11 0,38 0,42 0,36 0,33 0,31
Source : Haut-commissariat au Plan, Simulation de l’impact de la hausse des prix des
produits pétroliers sur l’économie nationale, septembre 2013, p.2.

1 Haut-Commissariat au Plan, Simulation de l’impact de la hausse des prix des


produits pétroliers sur l’économie nationale, septembre 2013, p.1.
140
Il ressort des données prévisionnelles contenues dans le tableau ci-
dessus que la révision à la baisse de la compensation des prix des
produits pétroliers se traduirait par une amélioration du solde budgétaire
et du solde commercial mais par une chute de la demande domestique
et de la croissance économique une, hausse des prix intérieurs et une
aggravation du chômage.

Ces prévisions ne semblent pas être réalisées au moins durant les


premières années qui ont suivi la baisse de la compensation en raison
d’une réduction du prix du baril de pétrole sur les marchés
internationaux. C’est ce que montre le graphique suivant :

Graphique n° : Evolution du cours moyens du baril de pétrole en dollars

Source : Rapport sur la compensation, loi de finances 2016

Cependant, la chute du cours du pétrole a permis une importante


baisse de la charge de compensation comme le montrent les chiffres
suivants :

141
Tableau n° : Charge de compensation en % des déficits budgétaires
Août 2013 Août 2014 Août 2015
Charge de compensation en millions de dirhams 34040 20776 13068
Déficits budgétaires en millions de dirhams 50912 39073 39257
(1)/(2) en % 66,86 53,17 33,29
Source : Bulletins mensuels des finances publiques de la TGR
Comme le montrent les données du tableau ci-dessus, la part des
dépenses de compensation dans les déficits budgétaires réalisées
jusqu’à fin août est passée de 66,86% en 2013 à 33,29% en 2015.
Cependant, à cet accroissement des dépenses publiques va
correspondre un système fiscal faiblement élastique par rapport à
l'activité économique favorisant l'accumulation de déficits budgétaires.

2- La faible élasticité des recettes fiscales par rapport à


l'activité économique
Au Maroc, l’Etat s’est assigné le rôle de stimulateur et/ou de
stabilisateur de l’activité économique. Cette mission sera réalisée par le
biais d’un système de dépenses fiscales1 visant à « encourager les
secteurs porteurs, renforcer leur compétitivité, réduire les déficits
sociaux, créer de l’emploi et appuyer la demande.»2
C’est dans ce sens que dans le cadre de la loi de finances, la fiscalité
marocaine apporte des aménagements qui consistent à sacrifier « la
base imposable et donc le rendement financier de l’impôt.» 3 Ces
largesses fiscales représentent ainsi une rigidité supplémentaire des
finances publiques marocaines surtout que la base fiscale est limitée et

1 En fait, le soutien financier de l’Etat revêt deux formes : les dépenses fiscales et
les aides budgétaires directes. Ces dernières Afin de comptabiliser ces dernière et de
suivre leur octroi, des dispositifs institutionnels ont été mis en place, en particulier à
travers les fonds qui bénéficient soit à l’ensemble des secteurs d’activité, soit à
certains secteurs, tels que l’industrie, l’agriculture, le tourisme et l’habitat : Fonds
Hassan II pour le développement économique et social, Fonds de soutien des prix,
Fonds de promotion des investissements, Fonds de développement agricole, Fonds de
mise à niveau, des Fonds d’appui ouvert auprès de l’Agence Nationale pour la PME
et de l’ONP, etc. Ces aides directes ont représenté 13,9% des dépenses totales en 2007.
Voir à ce sujet le Rapport économique et financier, Projet de loi de finances 2013,
p.104.
2 Rapport économique et financier, Projet de loi de finances 2013, p.103.

3 S.Tounsi, Prospective « Maroc 2030 », Les finances publiques, op.cit., p.32

142
que le recouvrement de l’impôt recèle un ensemble difficultés. Certains
analystes estiment que ce soutien financier de l’Etat doit être éliminé.
Les motivations de cette suppression sont multiples dont notamment la
production de distorsions économiques et l’absence d’évaluation des
impacts des exonérations accordées. C’est que les dépenses fiscales ne
peuvent être efficaces que «si le montant d’investissements additionnels
ne représente qu’une fraction du montant de pertes de recettes.»1
Le Rapport annuel de Bank Al-Maghrib de 2012 soutient « la remise
en question des nombreux et coûteux régimes dérogatoires qui
engendrent un manque à gagner significatif pour l’Etat, sans pour autant
que leurs rendements soient clairement démontrés.»2C’est dans ce sens
que le rapport économique et financier du projet de loi de finances 2014
estime que ce maque à gagner s’est élevé à s’est élevé à 36,3 milliards
de dirhams représentant 4,3% du PIB. Rapportées aux recettes fiscales,
ces dépenses ont évolué comme suit :
Tableau n°46 : Evolution des dépenses fiscales
Années 2005 2006 2008 2009 2011 2012
Dépenses fiscales en % 10,8 13,2 11,3 13,5 17,9 19,0
des recettes fiscales
Source : Rapport économique et financier, 2013 et Rapport sur les dépenses
fiscales, 2013.
Un des facteurs qui expliquent l'aggravation des déficits budgétaires
au Maroc est la faible élasticité des recettes fiscales par rapport au P.I.B.
Cette élasticité est calculée en rapportant la variation des recettes
fiscales en % à la variation du P.I.B. en %. Elle est donnée par la
3
formule:

e = T / T /  P.I.B. / P.I.B.
avec : T: la variation des recettes fiscales
 P.I.B.: la variation du P.I.B. courant

1 Ibid

2 Rapport annuel de Bank Al-Maghrib, Exercice 2012, p.V. A titre d’illustration


les dépenses fiscales pour l’année 2012 dépassent les 36 milliards de DH, soit le total
des ressources provenant de l’impôt sur le revenu, de la privatisation et de la
redevance gazoduc.
3- M.Boussetta, Financement public et solde budgétaire, op.cit., p.194.
143
1
Par intégration de la formule ci-dessus, on peut calculer la valeur du
coefficient d'élasticité en utilisant la méthode des moindres carrés. Les
2
résultats obtenus ont été les suivants :
Tableau n°47: Elasticité des recettes fiscales par rapport à l’activité économique
1968-1972: log T =0.98 log P.I.B. - 1.36
2
R = 0.90
1973-1977 : log T = 1.9 log P.I.B. - 1.17
2
R = 0.95
1978-1982 : log T = 1.08 log P.I.B. - 1.14
2
R = 0.94
1983-1990 : log T = 0.99 log P.I.B. - 1.26
2
R = 0.94
1989-2014 : log T = 0.98 log PIB + 1.804377759
R² = 0,982
1989- 2000 : log T = 0.93 log PIB + 2.259696613
R² = 0,939
2000- 2014 : log T = 0.92 log PIB + 2.426923474
R² = 0,954

Ces résultats montrent que, l'élasticité du système fiscal marocain est


généralement faible (sa valeur est de 1 environ).
L’évolution des recettes fiscales au Maroc durant la dernière
décennie a été marquée par une sensibilité plus forte par rapport au PIB
3
contrairement à la période antérieure.

1log T = e log P.I.B. + b. (b est une constante)


2Pour la période 1968-1990, voir : M.Boussetta, Financement public et solde
budgétaire, op.cit., p.196. Pour les périodes 1989-2014, 1989-2000 et 2000-2014, les
calculs ont été faits par nous- même.

3Au cours de la période 2001-2004, l’élasticité des recettes fiscales par rapport au
PIB a été de 0,8, puis de 2,3 durant la période 2005-2008 en raison de la conjugaison
de deux facteurs à savoir une croissance économique acceptable et la mise en place
de la réforme de la politique et de l’Administration fiscales. Par la suite la valeur de
l’élasticité passera à -1,6 en 2009 suite à la crise financière et économique
internationale. Cette élasticité retrouvera des valeurs positives en 2010 (0,5) et 2011
(1,1). Voir à ce sujet le rapport économique et financier, Projet de loi de finances
2013, pp.77-78.
144
En règle générale, l’évolution des recettes fiscales dans les pays
1
développés est parallèle à la conjoncture économique . Au Maroc,
l’analyse de la relation entre les recettes fiscales et le PIB marquée par
une élasticité unitaire « n’est pas le fruit d’une évolution spontanée des
2
recettes mais de mesures discrétionnaires. »
Il est vrai que sur le plan budgétaire, il est très difficile de gérer à la
fois la baisse des ressources liée à la signature d’Accords de libre
échange et la pression à la hausse des dépenses, corollaire d’une
demande sociale plus exigeante. Cette difficulté explique « les
inquiétudes concernant la pérennité à moyen terme des finances
3
publiques marocaines notamment du côté recettes » .
La recherche de la performance au niveau fiscal requiert
principalement l’élargissement de l’assiette et la modernisation des
méthodes de gestion grâce au renforcement des moyens humains et
matériels ainsi que par la maîtrise des actions en recouvrement et de
contrôle4.
En effet, l’inadaptation de l’organisation du dispositif du
recouvrement aux exigences du système déclaratif explique
« l’augmentation du niveau des arriérés fiscaux des impôts directs et de
5
la TVA intérieure » .

1K.Ouhaddou, Impact économique des corrections budgétaires : une analyse en


équilibre général appliquée au Maroc», Thèse pour le doctorat en sciences
économiques soutenue à la faculté des sciences juridiques économiques et sociales –
Rabat-Agdal, 2001.
2S.Tounsi, Prospective « Maroc 2030 », Les finances publiques, op.cit., p.12. En
effet, l’importance des recettes réalisées a été le fruit à la fois de l’augmentation du
taux normal de TVA à 20% et de l’assainissement fiscal : mise à niveau des bilans et
amnistie fiscale.
3 Ibid, p.11.

4 Rapport économique et financier, projet de loi de finances 2013, p.78.

5 S.Tounsi, Prospective « Maroc 2030 », Les finances publiques, op.cit., p55. Il


est à souligner que plusieurs réformes ont été introduites par les lois de finances
successives de 2000 à 2011 comprenant un ensemble de mesures de simplification, de
rationalisation et d’harmonisation du système fiscal comprenant entre autres
l’élaboration du livre d’assiette et de recouvrement en 2006 et le regroupement des
textes fiscaux dans le Code Général des Impôts en 2007. Voir à ce sujet le Rapport du
145
Pour ce qui est du contrôle fiscal1, conséquence naturelle du système
fiscal déclaratif2, il a permis de renflouer les recettes grâce à une
meilleure présence de l’administration et de lutter limiter l’ampleur de
la fraude et de l’évasion fiscales. Plusieurs mesures ont été prises dans
ce sens « notamment l’amélioration des méthodes de sélection des
dossiers à vérifier par le ciblage des entreprises qui présentent des
indices de fraude fiscale, le renforcement de la production
documentaire relative à plusieurs secteurs d’activité et l’instauration en
3
2011 du contrôle ponctuel » . Ces mesures se sont soldées par un
accroissement des recettes fiscales issues du contrôle comme le montre
le tableau suivant :
Tableau n°48 : Evolution des recettes fiscales issues du contrôle fiscal en millions de DH
et en % des recettes fiscales
2001 2002 2003 2004 2005 2006
Recettes issues du contrôle fiscal 984 1130 1004 1129 1877 1906
en millions de DH
Recettes issues du contrôle fiscal 1,3 1,4 1,2 1,3 1,9 1,7
en % des recettes fiscales

2007 2008 2009 2010 2011 2012


Recettes issues du contrôle fiscal 2463 3400 4370 7263 7042 7883
en millions de DH
Recettes issues du contrôle fiscal 1,8 2,0 2,9 4,7 4,3 4,61
en % des recettes fiscales
Source : Rapport économique et financier, Projet de loi de finances 2013, p.79.

Conseil Economique, Social et Environnemental, Le système fiscal marocain :


développement économique et cohésion sociale, Auto-Saisine n° 9, 2012, p.56.
1 Notons que le contrôle fiscal peut consister en une vérification de comptabilité
relative la totalité des opérations réalisés et tous les impôts auxquels le contribuable
est assujetti (contrôle dit global) ou touchant exclusivement une opération, un impôt
ou une période donnée (contrôle dit ponctuel qui a tété introduit par la loi de finances
2011). Voir Rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental, Le système
fiscal marocain : développement économique et cohésion sociale, op.cit., p.91.
2 Rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental, Le système fiscal
marocain : développement économique et cohésion sociale, op.cit., p.91.
3 Rapport économique et financier, projet de loi de finances 2013, p.78.

146
La faible élasticité du système fiscal durant la période étudiée et qui
engendre la baisse du rendement de l'impôt a été expliquée par plusieurs
facteurs dont notamment1:
- le retard pris dans la collecte des revenus par l'Etat ;
- la fraude et l'évasion fiscales ainsi que la baisse des taux (par
exemple la baisse du taux de l'impôt sur les sociétés) ;
- la faiblesse de la valeur ajoutée à partir de laquelle est calculée la
T.V.A. sachant que 60% des recettes de cet impôt sont assises sur les
importations. Cependant, puisque la politique d'ajustement prône la
réduction des droits et taxes à l'importation, il faut s'attendre à ce qu’il
2
y ait abaissement des recettes de cet impôt ;
- la réduction des dépenses publiques qui s'effectue dans le cadre de
l'ajustement agit aussi à la baisse des recettes fiscales. C'est ainsi que,
d'une part, le gel des salaires tend à réduire une source importante
d'imposition des revenus, et, d'autre part, la chute des dépenses
d'équipement influence négativement l'accroissement du P.I.B. qui
3
représente l'origine des recettes fiscales potentielles ;
- l'augmentation du service de la dette extérieure qui agit
négativement sur le niveau des recettes fiscales car il est assimilé à un
4
impôt prélevé par l'étranger sur la production actuelle et future.

1 Pour plus de détails sur le système fiscal marocain, voir :

-Direction Générale des Impôts, Recueil des travaux des assises nationales sur la
fiscalité, 29 et 30 avril 2013
-Conseil Economique et Social, Le système fiscal marocain, développement
économique et cohésion sociale, op.cit.
2Les recettes douanières ont vu leur part dans les recettes fiscales chuter de 27.2
% en 1982 à 21.0 % en 1994.
3Voir à ce sujet: N.Akesbi, L'impôt, l'Etat et l'ajustement, Actes Edition, Rabat,
1993.
4Voir à ce propos:
- H.Reisen et Von Tronsburg, "La dette des P.V.D., le problème budgétaire et la
gestion des transferts", O.C.D.E., 1988.
- E.Borensztein, "Les effets de la dette extérieure sur l’investissement, Finances
et Développement", septembre 1989.
147
Ces facteurs, ajoutés au phénomène de l'inflation, font que les
recettes fiscales n'arrivent pas à suivre l'accroissement des dépenses
publiques. C'est ainsi qu'avec des recettes dont le taux de croissance
1
moyen est inférieur à celui des dépenses publiques, les déficits
budgétaires seront amenés à se creuser.
Il apparaît donc que les déficits budgétaires au Maroc sont
déterminés conjointement par des dépenses publiques qui ont tendance
à la hausse et par des recettes (surtout fiscales) faiblement élastiques
par rapport à l'activité économique et incapables de couvrir des charges
en continuelle augmentation.
L'analyse des déficits budgétaires au Maroc, à travers la présentation
de leur évolution, nous a permis de constater que la particularité de ces
déficits est, d'une part, leur durabilité et leur persistance et, d'autre part,
leur aggravation.
La politique de stabilisation (1978-1980) et la politique d'ajustement
structurel (1983-1993) ont certes permis de réduire les déficits
budgétaires mais sans pour autant pouvoir les ramener à un niveau
acceptable. Plus encore, la mise en application de ces politiques, se
traduisant, entre autres, par le repli de l'investissement public, a eu des
effets socio-économiques négatifs non négligeables : la dégradation de
la qualité de l'infrastructure existante, le retard de la réalisation des
programmes de développement des infrastructures de base, la réduction
de la capacité de stimuler la croissance économique et par conséquent
la création d'emplois, etc.
D'un autre côté, et sur la base des résultats de quelques études
empiriques qui ont tenté de dégager les déterminants des déficits
budgétaires dans un certain nombre de pays sous-développés, on a pu
relever que les déficits budgétaires au Maroc résultent d'un déphasage
entre le rythme d'accroissement des dépenses et celui des recettes de
l'Etat (surtout fiscales).

1Les taux de croissance moyens des recettes fiscales et des recettes consolidées de
l'Etat pour la période (1970- 1994) ont été respectivement de 13.1 % et de 13.3 %,
taux qui restent inférieurs à celui, des dépenses publiques (13.4 %).
148
C- La réduction des déficits budgétaires et l’impératif d’une
bonne gouvernance des finances publiques
La soutenabilité des finances publiques au Maroc nécessite des
décisions douloureuses à court terme sur le plan social mais qui peut
impacter positivement la trajectoire de l’économie nationale. Il s’agit
en fait de réduire les charges improductives, de modérer le niveau des
augmentations salariales par la prise en compte du rendement ou de la
productivité et l’orientation des ressources économisées vers
l’investissement productif et le développement humain. C’est dans ce
cadre d’amélioration de l’efficacité des dépenses et de renforcement de
la transparence de l’action publique et de rationalisation que devrait
1
s’inscrire la réforme de la loi organique des finances .
Dans ce sens, l’accélération des processus d’élaboration, d’adoption
et de mise en œuvre de la loi organique des finances devrait contribuer
2
à une bonne gouvernance des finances publiques . La réforme des
finances publiques pourrait être menée en considérant d’un côté la
réduction du déséquilibre structurel entre les recettes et les dépenses du
budget de l’Etat et de l’autre la réforme de la loi organique relative à la
loi de finances.
Pour ce qui est de la réduction du déséquilibre structurel entre les
recettes et les dépenses publiques, elle ne peut se réaliser que par la
rationalisation et la stabilisation des dépenses et par l’option aux
3
dépenses d’avenir . La rationalisation des dépenses nécessite
principalement la réforme des modalités de gestion de la paie des

1 Rapport annuel de Bank Al-Maghrib, Exercice 2012, p.V.

2 N.Bensouda, Soutenabilité des finances publiques : Quelle stratégie ? Colloque


International sur les Finances Publiques sous le thème : « La nouvelle gouvernance
des Finances Publiques au Maroc et en France : quelles perspectives ? Table ronde :
Quelle mobilisation des ressources financières publiques ? op.cit.
3 N.Bensouda, Soutenabilité des finances publiques : quelle stratégie ? Colloque
International sur les Finances Publiques sous le thème : « La nouvelle gouvernance
des Finances Publiques au Maroc et en France : quelles perspectives ? Table ronde :
Quelle mobilisation des ressources financières publiques ?, op.cit., p.18.
149
1
fonctionnaires, la réforme du système de compensation et la
2
diminution des subventions aux établissements et entreprises publics .
Concernant la réforme de la loi organique relative à la loi de finances
de 1998, il est admis qu’elle n’est plus adaptée à la situation actuelle.
Le projet de loi organique relative à la loi de finances doit être guidé
par les lignes directrices suivantes : faire prévaloir une logique où les
départements ministériels pourraient fournir à nos concitoyens « un
service non pas à moindre coût, mais au meilleur prix » par rapport à la
3
logique de l’augmentation de crédits et respecter les règles de
discipline budgétaire. Ce projet représente une opportunité pour
permettre la modernisation de l’Etat et le renforcement de la
performance de l’action publique. Le but étant l’atteinte d’une plus
grande efficacité et la responsabilisation des gestionnaires par la
transparence des finances publiques.
Le projet de loi organique des finances doit traduire l’évolution vers
cette nouvelle culture de la responsabilité et de la reddition des comptes
4
reconnue par la constitution de juillet 2011 . Il doit inclure le principe
de responsabilité et d’imputabilité des décisions. Ce principe est très
présent dans le monde anglo-saxon, principe « désigne l’obligation pour
les responsables aussi bien élus que non élus de rendre compte de leur

1Voir le Rapport du conseil de la concurrence relatif à l’Etude sur les produits


subventionnes dans le cadre du système de compensation, juin 2012. Selon ce
Rapport, le bilan du scénario II de réforme de la caisse de compensation (à savoir les
aides d’accompagnement à la libéralisation des filières faisant l’objet de subventions)
serait une économie budgétaire qui varierait entre 25 et 30 milliards de dirhams selon
la taille de la population cible et le montant de transfert par personne et par an.
2 Selon N.Bensouda, les crédits correspondant à la paie des fonctionnaires doivent
devenir limitatifs et non plus évaluatifs.
3 J.-F.Copé, in Réforme des finances publiques : la conduite du changement, Actes
de la IIIe université de printemps de finances publiques du groupement européen de
recherches en finances publiques (GERFIP), sous la direction de Michel Bouvier, p.9
cité in N.Bensouda, Soutenabilité des finances publiques : quelle stratégie ? Colloque
International sur les Finances Publiques sous le thème : « La nouvelle gouvernance
des Finances Publiques au Maroc et en France : quelles perspectives ? Table ronde :
Quelle mobilisation des ressources financières publiques ?, op.cit., p.18.
4 Article premier de la constitution du premier juillet 2011, Bulletin officiel
n°5964 bis du 30 juillet 2011.
150
1
action aux gouvernés. » Cette responsabilité incombe aussi bien au
parlement qu’au gouvernement consistant à permettre une discipline
budgétaire par l’instauration d’une règle d’or à l’instar du Traité sur la
Stabilité, la Coordination et la Gouvernance au sein de l'Union
2
Economique et Monétaire. Ce traité exige des pays membre la
réalisation de budgets en équilibre ou en excédent. Dans ce sens, le
déficit structurel des administrations publiques ne doit pas dépasser 0,5
% du PIB courant.
Le non respect de cette règle d'or par les pays membres n’est possible
que dans des circonstances économiques exceptionnelles à savoir une
grave récession économique. Dans le cas où la dette publique est
sensiblement inférieure à la valeur de référence de 60 % du PIB, il est
toléré de réaliser un déficit structurel des administrations publiques de
1 % du PIB. Tout écart par rapport à cette règle d’or oblige l’Etat
membre en question à adopter un mécanisme de correction automatique
dans un délai déterminé.
Au Maroc, le respect de cette règle d’or et l’adoption d’un
comportement de discipline budgétaire s’impose aussi en vertu de
l’Accord sur le Statut avancé signé entre le Maroc et l’Union
Européenne. En effet, selon cet Accord, « l’économie marocaine
continue d’enregistrer des performances positives, avec une baisse du
chômage, une augmentation de l’investissement, une réduction du
déficit budgétaire et de la dette publique. Ces performances sont le fruit
des réformes structurelles et d’une politique d’investissements lancées
3
avec succès par le Maroc depuis plusieurs années. » Cependant, ces
performances sont, selon l’Accord, menacées en raison de

1 Guy Hermet : les populismes dans le monde » Fayard cité in N.Bensouda, La


réforme de la loi organique des finances : vers un nouveau modèle de gestion des
finances publiques, op.cit., p.14
2 Ce Traité a été Signé le 2 mars 2012 par 25 Etats membres de l’Union
Européenne à l’exception du Royaume-Uni et de la République tchèque. Ce nouveau
traité, qui est entré en vigueur le 1er janvier 2013, impose aux pays membres de se
conformer à la discipline budgétaire et d’intégrer le mécanisme de correction
automatique au niveau constitutionnel dans un délai d’un an soit le 1er janvier 2014.
3 Paragraphe 28 de la Déclaration de l’Union Européenne, Septième session du
Conseil d’association Maroc-UE, Luxembourg, 13 octobre 2008.
151
l’accroissement considérable des dépenses de subventions des produits
de première nécessité.
Dans ce sens et selon la constitution Marocaine de juillet 2011, le
Parlement et le Gouvernement sont responsables quant à la réalisation
1
et la préservation de l’équilibre des finances publiques . « Il s’agit là
d’une responsabilité commune qui devrait se traduire par l’institution
d’une règle d’or au niveau du projet de loi organique des finances qui
fixe un niveau de déficit par rapport au PIB et un taux d’endettement ne
2
dépassant pas un pourcentage du PIB » . La bonne exécution des lois
de finances peut être favorisée et la règle d’or respectée avec la pluri-
annualité, la loi de règlement qui a été élevée au rang constitutionnel
(qui consacre le principe de la reddition des comptes) et l’évaluation
3
des politiques publiques prévues par la nouvelle constitution et qui
doivent être intégrées dans le projet de loi organique des finances4.
Selon le rapport économique et financier accompagnant le projet de
loi de finances 2013, l’effort de maîtrise de la dépense est mesuré par
la différence entre le taux d’augmentation des dépenses publiques et la
croissance potentielle. Lorsque la dépense publique croît moins vite que
la croissance potentielle, les finances publiques s’améliorent sur le plan
structurel et vice versa. Durant la période 2001-2011, l’effort de
maîtrise des dépense publiques s’est érodé en raison de l’augmentation
de celles-ci suite à la priorité qui « a été donnée au soutien de la
demande intérieure à travers, notamment, le renforcement de
l’investissement, la subvention des produits de base et des produits
5
pétroliers et l’augmentation des salaires » . Ce soutien, certes

1 Article 77 de la constitution du premier juillet 2011, op.cit.

2 N.Bensouda, La réforme de la loi organique des finances : vers un nouveau


modèle de gestion des finances publiques, op.cit., p.15
3 Article 101 de la constitution du premier juillet 2011, op.cit. Voir aussi : A. EL
HIRI, « La constitutionnalisation de l’évaluation des politiques publiques, une
exigence de bonne gouvernance », Revue Marocaine d’Administration Locale et de
Développement (REMALD), n°102, janvier-février 2012, pp.39-54.
4 Dahir n° 1-15-62 du 14 chaabane 1436 (2 juin 2015) portant promulgation
de la loi organique n° 130-13 relative à la loi de finances.
5 Rapport économique et financier, projet de loi de finances 2013, p.97.

152
nécessaire, a débouché sur un taux de croissance des dépenses
publiques supérieur au taux de croissance économique. De ce fait, tout
retournement de la conjoncture risque de détériorer les soldes
budgétaires et « menace la viabilité des finances publiques, d’où la
1
nécessité d’un dosage équilibré et efficace des dépenses » .
Au total, la réussite de la réforme des finances publiques requiert
toutes les dimensions soulevées ci-dessus mais également
« l’innovation et l’adaptation de l’Etat. Il ne peut plus « se référer à des
schémas d’explication devenus anachroniques », ni user de solutions
qui ont montré leurs limites, afin d’éviter les erreurs du passé. »2

1 Ibid.

2 N.Bensouda, « Quel pilotage des réformes en finances publiques au Maroc et en


France ? », op.cit., p.18. Selon cet auteur, les exemples de schémas anachroniques
sont la réduction des dépenses d’investissement et/ou l’augmentation de l’impôt. Voir
en particulier : Michel Bouvier, « crise des finances publiques, crise d’un modèle
politique et naissance de « l’Etat intelligent», in Revue française de finances
publiques, 2009, octobre, n° 108, p.73.
153
Conclusion du chapitre I

Considérant que l’intervention économique de l’Etat constitue une


entrave aux activités économiques privées, les finances publiques
classiques défendaient un budget à la fois neutre et équilibré. C’est ainsi
que le budget idéal est celui qui est adapté aux fonctions que l’Etat se
devait de remplir ; c’est celui qui doit se plier à la conjoncture et suivre
son évolution sans chercher à l’influencer.
Ces idées classiques relatives aux finances publiques seront
dépassées par l’apparition d’un certain nombre de faits économiques
dont notamment la crise des années 30. L’orthodoxie budgétaire sera
remise en cause sous l’influence des idées keynésiennes. Désormais, la
réalisation d’un déséquilibre budgétaire apparaît comme thérapeutique
à la grande crise.
Ayant connu différentes applications (théorie des budgets cycliques,
finances fonctionnelles, déficit systématique), l’action par le budget
permet une relance grâce au mécanisme du multiplicateur. Celui-ci joue
non seulement dans le cas d’un accroissement des dépenses publiques
ou d’une diminution des recettes fiscales, mais également dans le cas
d’une variation simultanée des dépenses et des recettes.
Le rôle économique et social de l’Etat se trouve, en relation avec
l’utilisation du déficit budgétaire, élargie à d’autres fonctions :
affectation des ressources, redistribution des revenus et régulation de
l’activité économique.
L’éclatement de la crise mondiale au milieu des années 70 a
largement affecté les objectifs et les moyens de la politique budgétaire.
C’est dans ce cadre que la théorie néo-libérale va s’efforcer de mettre
en doute l’efficacité de la politique des déficits budgétaires. Elle va
tenter de prouver que non seulement cette politique est sans
conséquence sur l’activité économique (le théorème Ricardo-Barro)
mais qu’elle gêne l’activité du secteur privé (l’éviction réelle et
l’éviction financière).
L'utilisation du budget en tant qu'instrument de régulation de la
conjoncture a débouché sur une accumulation importante des déficits
budgétaires dans la majorité des pays occidentaux.

154
Mais, de par l'ampleur et les causes des déficits budgétaires, ces
derniers, même s'ils constituent une réalité dans la gestion des finances
publiques actuelles, présentent des difficultés quant à leur
quantification.
La mise en évidence des différentes méthodes d'évaluation des
soldes (déficits) budgétaires durant la période 1970-2015 nous a révélé
que chaque notion de solde a sa signification qui lui est propre et qu'elle
doit, par conséquent, être interprétée avec prudence.
Au Maroc, et en centrant l'attention sur deux approches de mesure
du déficit budgétaire (celle du Ministères des Finances et celle de Bank
Al-Maghrib) nous avons pu en relever trois caractéristiques
fondamentales : d'abord, le déficit budgétaire ne concerne que les
opérations de l'Etat, ensuite, il est calculé dans l'optique gestion, enfin,
il porte sur des montants différents que ce soit d'une source (année) à
l'autre ou à l'intérieur d'une même source.
C'est ainsi que, et en relation avec cette dernière caractéristique,
l'approche du Ministère des Finances propose trois méthodes de calcul
du déficit budgétaire qui correspondent à trois types de classifications :
la classification budgétaire, la classification du F.M.I. et la
classification économique. Quant à l'approche de Bank Al -Maghrib, le
calcul du déficit budgétaire est calculé tantôt en se référant à la
classification budgétaire, tantôt à la classification économique ou tantôt
à la classification du F.M.I; d'où le caractère hétérogène de ces déficits.
Afin de déterminer les déficits budgétaires pour lesquels nous
opterons dans notre analyse, nous nous sommes basé sur la
classification du F.M.I.; le choix de celle-ci est justifié par le fait que :
- d'une part elle ne prend en considération, pour ce qui est des
dépenses de la dette, que les intérêts y compris les gains de
rééchelonnement au titre de la dette extérieure. En effet, le
remboursement du principal doit être déduit des recettes brutes
d'emprunt et les gains de rééchelonnement doivent être vus comme une
source de financement du déficit budgétaire ;
-d'autre part, elle permet de dégager le besoin de financement c'est-
à-dire le solde définitif que le Trésor doit effectivement financer.

155
Sur la base de la présentation de l'évolution des déficits budgétaires
ainsi calculés, nous avons pu constater, qu'après une période marquée
par des déficits budgétaires modérés, le Maroc, à l'instar de beaucoup
d'autres pays en développement, va connaître une expansion excessive
de ses déficits (surtout après le boom phosphatier). L'accentuation de
ces déficits va rendre urgent l'adoption et la mise en application de
mesures de stabilisation et d'assainissement budgétaires. Ces dernières,
qui ont certes permis de réduire le déficit budgétaire (en % du P.I.B.),
se sont soldées par des effets socio-économiques néfastes (dégradation
de la qualité des services publics, augmentation du chômage, réduction
des chances de croissance économique, etc.).
Enfin, et à la lumière des études empiriques essayant de tester
quelques facteurs expliquant l'aggravation des déficits budgétaires dans
un certain nombre de pays en développement, nous avions pu conclure
que les déficits budgétaires au Maroc sont déterminés, principalement,
par le déséquilibre entre le rythme d'accroissement de dépenses
publiques et celui des recettes publiques (surtout fiscales).
Ayant apporté des précisions relatives à la mesure, à l'évolution et
aux déterminants des déficits budgétaires, il nous reste maintenant à
relever les différents moyens dont dispose l'Etat pour les financer
(chapitre II)

156
Chapitre II : Modalités de
financement du déficit
budgétaire au Maroc

157
Introduction du chapitre II

Schématiquement, l'Etat peut supprimer les déficits budgétaires en


augmentant ses ressources ordinaires, surtout fiscales. Or, vu l'ampleur
des déficits budgétaires à financer, cette solution devient inopportune
en raison des dangers que pose toute une augmentation de la pression
fiscale (courbe de Laffer).
De ce fait, il ne reste plus qu'à chercher les ressources nécessaires
permettant de couvrir l'excédent des charges de l'Etat sur ses recettes
ordinaires.
Au Maroc, cette tâche revient à la Direction du Trésor et des
Finances Extérieures qui, en vertu du décret relatifs aux attributions et
à l'organisation du Ministère des Finances 1, est chargée, entre autres,
d'assurer l'équilibre de trésorerie et de mobiliser l'ensemble des
concours nécessaires à cette fin. Elle procède, en outre, à toute
opération de trésorerie,2 effectue l'émission et le placement des
emprunts et assure la gestion de la dette publique interne et externe.
Il ressort clairement des attributions susmentionnées le rôle
fondamental que joue le Trésor pour prévenir les déséquilibres de
trésorerie, en cherchant en permanence les moyens appropriés pour
financer le déficit budgétaire que laisse apparaître l'exécution des
opérations budgétaires. Globalement, le Trésor dispose de ressources
très variées pour couvrir son besoin de financement. Il peut, en effet,
faire appel soit à des ressources déjà existantes (emprunt sur ressources
d'épargne intérieure ou sur ressources d'origine extérieure) soit à la
création monétaire ou au "déficit financing" (à travers les concours de

1Décret n° 2.78.539 du 22 novembre 1978 portant organisation du Ministère des


Finances, article 11. Voir aussi le Décret n° 2-03-04 du 2 juin 2003 modifiant et
complétant le Décret n° 2-78-539 du 22 novembre 1978 relatif aux attributions et à
l'organisation du Ministère des Finances.
2Les opérations de trésorerie ont été définies et énumérées respectivement par les
articles 51 et 97 du décret royal portant règlement général de comptabilité publique, op.cit.
158
Bank Al-Maghrib, les concours des banques commerciales et la gestion
des dépôts à caractère monétaire).
Dans ce chapitre, nous allons essayer de relever les différentes
modalités de financement intérieur du déficit budgétaire qu'elles soient
d'origine monétaire ou non monétaire (section I) avant de mettre en
évidence les différentes sources extérieures dont dispose le Trésor pour
couvrir son besoin de financement (section II), tout en analysant
l'évolution du recours de l'Etat à chacun de ces types de financement et
ce durant la période 1970-1997.

Section I: Le financement intérieur du déficit budgétaire


Le financement intérieur du déficit budgétaire englobe les quatre
moyens suivants : les emprunts intérieurs non bancaires, les concours
de Bank Al-Maghrib, les souscriptions des autres banques et la
réception des dépôts.
L'analyse de ces quatre catégories de moyens de financement nous
révèle que si la première, lorsqu'elle est utilisée par le Trésor, n'a aucune
incidence monétaire, les trois dernières, par contre, entraînent une
1
création monétaire et "font du Trésor une source d'actifs monétaires."
De ce fait, nous serons amenés à distinguer entre le financement non
monétaire du déficit budgétaire (§1) et le financement monétaire du
déficit budgétaire (§2).

Paragraphe I - Le financement non monétaire du déficit


budgétaire
Nous allons tout d'abord relever les modalités dont dispose le Trésor
pour réaliser un financement non monétaire du déficit budgétaire (I)
avant de retracer l'évolution de la part de ce dernier couverte par ce type
de financement (II).

I - Les modalités de financement non monétaire du déficit


budgétaire
Le financement non monétaire du déficit budgétaire est assuré par la
collecte de l'épargne liquide et à court terme à travers, principalement,

1A.Menchich, Le financement du déficit du Trésor et son impact monétaire au Maroc,


Mémoire du cycle supérieur de l'E.N.A.P., 1983, p.32.
159
l'émissions des bons du Trésor sur formules (A) et par la mobilisation
de ressources à moyen et long terme en lançant des emprunts (B). Ce
type de financement "englobe également les dépôts à caractère non
1
monétaire auprès du Trésor" (C).

A- La collecte de l'épargne liquide et à court terme


Institués par le Décret du 2 janvier 1970 et mis en circulation à partir
2
du mois de mars de la même année les bons du Trésor sur formules,
dont la souscription donne lieu à la délivrance matérielle d'un titre,
permettent au Trésor de se procurer des ressources d'emprunt à court
terme. Emis pour une durée de 6 mois (avec possibilité de
remboursement après 3 mois) ou une échéance fixe (allant d'un an à 3
années), ces bons peuvent être souscrits par toute personne physique ou
morale, à l'exception des banques, des établissements financiers
publics, des sociétés d'investissement et des sociétés d'assurances et de
capitalisation.
La mise en place de ces bons vise d'une part à favoriser le
développement de l'épargne liquide et à court terme (pourvu que le
public ait confiance dans ces bons), et d'autre part à contenir le
financement monétaire du déficit budgétaire (vu les dangers d'une
création monétaire excessive).
Les lois de finances autorisent annuellement le ministre des finances
à faire appel à ce procédé pour couvrir le déficit de trésorerie. Notons
que, en vertu de la méthodologie de Bank Al-Maghrib, les émissions
3
des bons du Trésor sur formules ne font pas partie de la masse

1A.El M'Kaddem, "Aperçu sur le financement du déficit de Trésorerie et son impact


monétaire au Maroc de 1970 à 1980", Revue de droit et d'économie, n°2, 1986, p.
2Voir à ce propos le Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1970, p.47.
3Le placement des bons du Trésor sur formules est assuré par trois types
d'intermédiaires: les comptables publics, le réseau bancaire et le réseau de Bank Al-
Maghrib.
Soulignons que Bank Al-Maghrib assure aussi la diffusion des instructions destinées à
certains placeurs et réalise la centralisation des résultats pour le compte du Trésor.
160
monétaire mais sont additionnées à celle-ci pour former le total des
1
ressources liquides et à court terme de l'économie.
Bénéficiant de l'exonération fiscale totale jusqu'en 1994, les revenus
de ces bons, souscrits par les personnes physiques, sont désormais
assujettis à la taxe sur les produits des placements à revenu fixe, au taux
2
réduit de 10%.
Rapportées au déficit budgétaire, les souscriptions nettes aux bons
du Trésor sur formules 3 ont évolué comme suit :
Tableau n° 49 : Evolution des souscriptions nettes aux bons du Trésor sur
formules en millions de dirhams et en % du déficit budgétaire
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Souscriptions nettes
(en millions de dh) ( 1 ) +30 +11 -10 +5 -17 +11 +80 -2 -6 +39 +42 +3 +150 +15
Déficits budgétaires 618 659 935 517 1357 3076 7345 7331 6192 6294 7370 11371 9252 11600
(en millions de dhs) (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % +4.8 +1.6 -1.0 +0.9 +1.2 +0.03 +1.0 -0.02 -0.09 +0.6 +0.5 +0.02 +1.6 +1.2

Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997
(1) +8 +2282 +468 +1028 -298 +1205 -303 +23 +1421 +2231 +3527 636 -112 -2225
(2) 9356 11105 8780 9938 10302 9605 -8999 -7759 -5176 -7426 -9465 -9430 -10247 -9674

(1)/(2) en % +0.08 +20.5 +5.3 +10.3 -2.8 +12.5 -3.2 +0.3 +28.3 +30.0 +38.6 +6.6 -1.1 -24.7
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib

1Voir à ce sujet les Rapports annuels de Bank Al-Maghrib.


2Les bons du Trésor, souscrits par les personnes physiques, "ont continué à
bénéficier d'un régime fiscal avantageux, avec un prélèvement à la source au taux de
10% au lieu de 20% et 30% auxquels sont assujettis les produits des autres placements
à revenu fixe, selon qu'ils sont souscrits à titre nominatif ou anonyme", Rapport de
Bank Al-Maghrib, Exercice 1994, p.119. Cette harmonisation fiscale entamée en 1994
et achevée en 1995 en portant le taux de prélèvement sur le produit des bons du Trésor
au même niveau que celui appliqué aux autres placements à revenu fixe, soit 20% ou
30% selon que la souscription est nominative ou anonyme. Rapport Bank Al-Maghrib,
Exercice 1995, p.119.
3Ils'agit des bons à 6 mois, à 3 ans, à 2 ans et à 1 an introduits respectivement en
1970, 1985, 1987, et 1990. A ces bons, il convient d'ajouter les bons introduits en
1989 et réservés aux R.M.E. pour placer leurs transferts en devises (l'échéance est de
2 ans avec possibilité de remboursement anticipé au bout de 12 ou de 18 mois. Quant
aux bons du Trésor sur formules à 5 ans, ils seront pris en considération parmi les
emprunts à moyen et long terme.
161
En analysant les données du tableau ci-dessus, on peut relever deux
phases principales :
-une première phase, qui va jusqu'en 1985, marquée par la faible
participation des bons du Trésor sur formules dans le financement du
déficit budgétaire. L'apport de ces derniers n'a, en effet, permis de
financer que 1% en moyenne de ce déficit ;
-une seconde phase, commençant à partir de 1985, pendant laquelle
les bons du Trésor vont pouvoir financer 9.3% en moyenne du déficit
budgétaire entre 1985 et 1997, et plus de 21% en moyenne entre 1985
et 1995. L'accroissement de la part du déficit financée sur ressources
d'épargne liquide et à court terme a été réalisé "grâce au maintien à un
niveau relativement élevé des taux d'intérêt servis sur les émissions du
1
Trésor."
Ces emprunts à court terme, qui permettent à l'Etat d'alimenter sa
trésorerie, sont constitués de ressources de brèves échéances. D'où la
nécessité, pour le Trésor, de les compléter en recourant à des ressources
à moyen et long terme, recours qui est propice à l'animation du marché
financier.

B- Les emprunts à moyen et long terme


En principe, l'emprunt et volontaire puisqu'il a "pour nature juridique
2
la forme d'un contrat d'adhésion." En fait, il s'agit d'un contrat spécial
dans lequel l'Etat fixe les conditions de l'emprunt que le prêteur accepte
en totalité en souscrivant librement à cet emprunt. Cependant, l'Etat
peut obliger certains détenteurs de capitaux à placer leurs fonds dans
l'achat des titres publics ; l'emprunt public devient forcé.
On sera ainsi amené à distinguer au Maroc entre les emprunts à
moyen et long terme volontaires et les emprunts à moyen et long terme
forcés.

1Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1994, p.82.


2M.Loze, Les finances de l'Etat, Ouvrage publié sous le patronage du Ministère
des Finances, Rabat, 1971, p.385. Voir également à ce sujet: J.Y.Haberer, Les
fonctions du Trésor et la politique financière, Cours de l'I.E.P. de Paris, Les cours du
Droit, Paris, 1975.
162
1- Les emprunts volontaires
L'exemple type des emprunts à moyen et long terme volontaires est
"l'emprunt national pour le développement des provinces sahariennes,"
appelé autrement Emprunt du Sahara. Lancé en juillet 1976 et pour
une durée de 15 ans, cet emprunt a apporté 137 millions de dirhams,
1
rémunérés au taux de 7% l'an, et a bénéficié de l'exonération fiscale.
Cet emprunt marque la première occasion où l'Etat s'adresse
directement aux détenteurs de capitaux (personnes physiques et
personnes morales), emprunt auquel ces derniers vont souscrire
2
massivement.
A côté de cet emprunt, le Trésor va mettre en place, à partir de 1986,
une politique de collecte de capitaux à moyen terme à travers,
essentiellement, le lancement d'emprunts sous forme de bons du Trésor
3
sur formules à 5 ans placés auprès du public.
Alors que ces emprunts présentent la particularité d'être souscrits
librement par le public, d'autres sont, par contre, forcés.

2- Les emprunts forcés


L'emprunt forcé se rapproche de l'impôt car il comporte l'obligation
de souscrire, mais s'en distingue dans la mesure où l'Etat s'engage à
rembourser le prêteur. C'est la loi de finances qui autorise ce type
d'emprunt et qui lui confère le caractère obligatoire.
Au Maroc, les emprunts forcés comprennent les obligations à 15 ans,
les bons d'équipement sur réserve d'investissement et les bons du Trésor
sur compte capital.

1Les titres qui correspondent à cet emprunt ont été "amortis en 10 ans, à partir du
2 août 1982, par voie de tirage au sort", Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1976,
p.123.
2Cet emprunt n'' a en fait été lancé que pour le montant d'un milliard de dirhams;
3Dans le Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1994, les émissions des bons du Trésor
sur formules sont comptabilisées parmi les emprunts à moyen et long terme alors qu'elles
le sont les emprunts à court terme dans les Rapports précédents. Ce changement peut
induire en erreur le chercheur non averti.
163
a- Les obligations à 15 ans
Emises depuis 1960 et réservées essentiellement aux investisseurs
institutionnels (la C.D.G. et les sociétés d'assurances), ces obligations
permettent au Trésor de financer son déficit sur ressources d'épargne
1
longue et stable.
En l'absence de renseignements relatifs à leur remboursement, les
souscriptions brutes aux obligations à long terme, auxquelles nous nous
limiterons, ont évolué comme suit :
Tableau n°50: Evolution des souscriptions aux obligations à 15 ans ( en millions
de dirhams)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
Emissions brutes
(en millions de dh) 73 45 90 107 35 150 87 271 87 390 521 443 503
Variations annuelles
en % - -38.3 100 18.8 -67.2 328.5 -42 211.4 -67.8 348.2 33.5 -14.9 13.5

Années 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990


Emissions brutes
(en millions de dh) 820 905 943 1 017 1 256 1 645 2 734 2 282
Variations annuelles
en % 63.0 10.3 4.1 7.8 23.5 30.9 66.2 -16.5

Source : Rapports de Bank Al-Maghrib


Après avoir enregistré des taux de variation non réguliers, les
émissions brutes des obligations à 15 ans marquent une tendance
générale à la hausse et ce à partir de 1982.

b- Les bons d'équipement sur réserve d'investissement


Prévue par la loi de finances de 1966, la réserve d'investissement
devait être obligatoirement constituée par des entreprises2 acquittant
l'impôt sur les bénéfices professionnels (à l'exception des
établissements publics), réserve qui servira, par la suite, à financer des
investissements. La loi de finances de 1968 va rendre obligatoire
l'affectation de cette réserve d'investissement à l'acquisition de bons

1En 1991, aux émissions traditionnelles d'une durée de 15 ans ont été substitués deux
emprunts l'un à 5 ans l'autre à 8 ans.
2Dont le chiffre d'affaires ou les bénéfices dépassent un certain seuil.
164
d'équipement à 10 ans1. Les ressources collectées à l'occasion de
l'acquisition des bons d'équipement en utilisation de la réserve
d'investissement ont évolué comme suit :
Tableau n°51: Evolution des bons d'équipement sur réserve d'investissement ( en
millions de dirhams)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
Ressources
(en millions de dh) 47 29 28 29 34 47 74 102 105 113 25 135 142
Variations annuelles
en % - -38.2 -3.4 3.5 17.2 38.2 57.4 37.8 2.9 9.5 -77.8 440 5.1

Années 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994*
Ressources
(en millions de dhs) 165 173 224 156 318 67 60 59 19 6 31 -
Variations annuelles
en % 16.1 4.8 29.4 -30.3 103.8 -78.9 -10.4 -1.6 -67.7 68.8 416.6 -
*Le Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1994, n'a pas mentionné la valeur des
ressources collectées à l'occasion de l'acquisition de ces bons.
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib
En analysant les données du tableau ci-dessus, on constate qu'après
une période marquée, en général, par des variations positives et donc à
la hausse, va succéder une autre pendant laquelle on assistera à une
baisse continue des ressources des bons d'équipement sur réserve
d'investissement, et ce à partir de 1987. C'est que l'entrée en vigueur de
l'impôt sur les sociétés en 1987 et par la suite la suppression de
2
l'obligation de souscrire à ces bons en 1990 , se sont traduites par leur
chute.

c- Les bons du Trésor sur comptes capital


Les étrangers non résidents et ayant des fonds en dirhams dans des
banques marocaines sont obligés, et ce depuis 1966, "à souscrire à des
bons de 10 ans pour avoir l'assurance d'un transfert ultérieur pour les

1Les entreprises ne sont plus tenues de souscrire à ces bons après l'entrée en vigueur de
l'impôt sur les sociétés. Voir à ce sujet le Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1988,
p.129.
2Voir à ce sujet le Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1994, p.122.
165
1
sommes inscrites ;" l'échéance de ces bons, appelés bons en emploi des
avoirs en comptes capital, sera ramenée à 7 ans en 1974, puis à 5 ans à
partir du 11 février 1981. Les souscriptions brutes à ces bons ont évolué
comme suit :
Tableau n°52 : Evolution des souscriptions des bons du Trésor sur comptes
capital (en millions de dirhams)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
Souscription brutes
(en millions de dhs) - 8 6 5 18 30 23 32 41 27 15 32 26
Variations annuelles en % - - -25 -16.6 260 66.6 -23.3 39.1 28.1 -34.1 -44.4 113.3 -18.7

Années 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994*
Souscriptions brutes
(en millions de dhs) 20 32 40 34 35 26 20 28 27 16 12 -
Variations annuelles en % -23.0 60 25 -15 2.9 -25.7 -23.0 40 -3.5 -40.7 -25 -
*Le Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1994, ne donne pas le montant des
souscriptions de ces bons
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib
Le tableau ci-dessus laisse apparaître clairement que les ressources
brutes, en provenance de la souscription des bons du Trésor en emploi
des avoirs des étrangers non résidents bloqués en compte capital, sont
caractérisées par leur instabilité (tantôt elles tendent à la hausse, tantôt
elles tendent à la baisse) et par leur faible montant (qui n'a jamais
dépassé 41 milliards de dirhams dans le meilleur des cas).
A côté de ces ressources que l'Etat collecte à travers l'appel direct à
l'épargne liquide à court terme et à moyen et long terme, le Trésor
dispose aussi, pour financer son déficit budgétaire, de dépôts à caractère
non monétaire.

C- Les dépôts à caractère non monétaire auprès du Trésor


Il s'agit essentiellement des dépôts des correspondants "non
monétaires"2 du Trésor. Dans son article 18, le Décret royal portant

1A.Menchich, Le financement du déficit du Trésor et son impact monétaire au Maroc,


Mémoire du cycle supérieur de l'E.N.A.P., op.cit. , p.54.
2Par opposition aux dépôts des correspondants "monétaires" du Trésor c'est-à-dire les
dépôts des entreprises et des particuliers aux Chèques Postaux et les Fonds Particuliers
166
règlement général de comptabilité publique 1 cite ces correspondants
sans qu'il en donne une définition ou qu'il en précise la composition.
Sous cette appellation, on regroupe, en particulier, les budgets
2 3
annexes et les "organismes publics" qui sont obligatoirement tenus de
4
déposer leurs fonds au Trésor.
Ces dépôts, constitués, en général, à titre obligatoire, représentent,
pour l'essentiel, des ressources gratuites pour l'Etat. Mais, puisque ces
correspondants peuvent retirer ces fonds déposés "en fonction de leurs
5
besoins, c'est le solde excédentaire que le Trésor utilise."
Les variations des dépôts des correspondants "non monétaires" du
Trésor, en millions de dirhams et en % des déficits budgétaires, ont
6
évolué comme suit :

chez les comptables du Trésor, dépôts qui font partie des contreparties de la masse
monétaire (créances sur le Trésor).
1Décret royal n° 330-66, op.cit.
2Dotés de l'autonomie financière et non de la personnalité morale, les budgets annexes
sont au nombre de 4: Imprimerie officielle, Ports, R.T.M. et Conservation Foncière. Notons
que, selon l'article 5 du Dahir n° 1-72-260 portant loi organique des finances, "les budgets
annexes ne peuvent être crées que par loi de finances", op.cit.
3D'après l'article premier du décret royal n° 330-66 portant règlement général de
comptabilité publique, les "organismes publics regroupent: les collectivités locales, leurs
établissements et leurs groupements".
Selon l'article 54 du même décret "les fonds des organismes publics autres que l'Etat
sont obligatoirement déposés au Trésor", op.cit.
4Ces correspondants ne peuvent ainsi, sauf autorisation du ministre des finances, ouvrir
un compte bancaire. En effet, certains établissements publics sont autorisés, en vertu de la
circulaire du ministre des finances du 07-07-1972, à conserver 10% de leurs fonds libres
dans les banques.
5J-M.Cotteret et C.Eméri, Le budget de l'Etat, op.cit., p.94.
6Ces dépôts, à caractère non monétaire, englobent aussi la provision pour achat de
devises (de 1986 à 1988) ainsi que les dépôts effectués auprès des comptables publics dans
le cadre de la souscription à la Mosquée Hassan II (de 1988 à 1991).
167
Tableau n° 53 : Evolution des variations des dépôts des correspondants non
monétaires du Trésor
(en millions de dirhams et en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Dépôts en millions de dh 18 222 -53 -5 186 -9 105 60 -575 -28 363 -280 -316 -6
Dépôts en % des déficits budgétaires 4.4 33.6 -5.6 -0.9 13.7 -0.2 1.4 0.8 -9.2 -0.4 4.9 -2.4 -3.4 -0.05

Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999*
Dépôts en millions de dh -38 -684 -1787 - -516 -2450 -350 723 -2059 +1405 -587 533 3411 5723 2244 6880
Dépôts en % des déficits budgétaires -0.4 -6.1 -20.3 - -5.0 -25.5 -3.7 9.6 -41.1 +18.9 -6.4 5.5 32.1 62.1 37.6 80.0

Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Statistiques du Trésor.


Comme on peut le constater à travers le tableau ci-dessus, les
mouvements des fonds à caractère non monétaire confiés au Trésor,
laissent généralement apparaître un solde négatif en fin d'exercice. Par
conséquent, la part de ces dépôts dans le financement du déficit du
1
Trésor reste dérisoire , reflète leur caractère discontinu et montre que
2
ces correspondants "constituent plutôt une charge pour le Trésor." En
fait, pour rendre compte des apports des correspondants du Trésor, il
est préférable de mettre en évidence "leur contribution à la liquidité de
la trésorerie publique", c'est-à-dire de voir dans quelle mesure ces
apports permettent au Trésor de remédier à "ses difficultés de trésorerie
3
à très court terme." Or, si les Statistiques du Trésor essaient de retracer
l'évolution de la variation de ces avoirs à caractère non monétaire,
confiés au Trésor, les Rapports de Bank Al-Maghrib, par contre, ne
nous renseignent ni sur leurs variations ni sur l'évolution mensuelle de
leurs montants.
Notons, par ailleurs, que la collecte de ces dépôts à caractère non
monétaire fait partie du circuit du Trésor. Ce dernier est constitué aussi

1Cette part, qui a dépassé 33 % en 1971, s'explique par le gonflement de ces dépôts
"attribuable, pour l'essentiel, à des fonds de contre-valeur de l'aide des Etats-Unis laissés
en dépôt au Trésor", Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1972. En 1998, le gonflement
des dépôts a permis de limiter les besoins de financement du Trésor. Voir Rapport de Bank
Al-Maghrib, exercice 1999.
2A.Menchich, Le financement du déficit du Trésor et son impact monétaire au Maroc,
Mémoire du cycle supérieur de l'E.N.A.P., op.cit. , p.72.
3Ibid., p.73
168
bien par des ressources prévues et autorisées que par d'autres qui lui
1
sont prêtées.
Après avoir disséqué les différentes modalités de financement
intérieur et non monétaire du déficit budgétaire, il nous reste maintenant
à analyser l'évolution globale de ce type de financement au Maroc.

II : L'évolution du financement non monétaire du déficit


budgétaire
Sachant que seuls sont pris en considération les excédents des
souscriptions nouvelles aux emprunts de l'Etat (bons sur formules et
emprunts à moyen et long terme) et la variation des dépôts des
correspondants non monétaires du Trésor dans la couverture du déficit
budgétaire, l'évolution du financement non monétaire de ce déficit est
décrite dans le tableau suivant :
Tableau n° 54: Evolution du financement non monétaire du déficit budgétaire
(en millions de dhs et en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Financement intérieur non monétaire +36 +209 +69 +64 +157 +92 +1234 +367 -458 +422 +744 +318 +694 +534
en millions de dh (1)
Déficits budgétaires 618 659 935 517 1357 3076 7345 7331 6192 6294 7370 11371 9252 11600
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % +5.8 +31.7 +7.3 +12.3 +11.6 +3.0 +16.8 +5.0 -7.4 +6.7 +10.1 +2.8 +7.5 +4.6

Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
Financement intérieur+561 +1499 +3758 +5814 -886 +951 +1464 -304 +1132 +3122 +6938 +3069 +9463 +13340 13201 21321
non monétaire en
millions de dh ( 1 )
Déficits en millions de dh9356 11105 9780 9938 10302 9605 -8999 -7759 -5176 -7426 -9465 -9430 -10247 -9674 -5962 -8575
(2)
( 1 ) / ( 2 ) en % +6.0 +13.5 +42.8 +58.3 -8.6 +9.9 16,27 -3,92 21,87 42,04 -73,30 -32,55 92,35 137,90 221,42 248,64

1Voir à ce sujet:
- H.Sempé, Budget et Trésor. Economie et politique financière, Cujas, Paris, 1989.
- P.Lasserre, L'impact monétaire de la politique financière du Trésor, P.U.F., Paris,
1981.
169
Années 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Financement intérieur non monétaire 4884 36303 26113 26840 25319 25175 9638 -10200 -30390 13748 21229 10216 26511
en millions de dh (1)
Déficits en millions de dh 8466 18837 17282 15934 13030 28528 11998 +1435 +1078 -17975 -28913 -44067 59.180

(1)/(2) en % 57,69 192,72 151,10 168,44 194,31 88,25 80,33 - - 76,48 73,42 23,18 44,79

Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Statistiques du Trésor.


En analysant l'évolution du financement intérieur et non monétaire
du déficit budgétaire, deux grandes phases semblent se dessiner :
-une première phase qui va jusqu'en 1983 au cours de laquelle le
financement du déficit budgétaire sur ressources internes et non
monétaires a été faible (10.3% en moyenne du déficit) ; c'est que le
Trésor faisait appel massivement à d'autres ressources notamment
1
celles d'origine externe ;
-une seconde phase qui couvre la période allant de 1983 et surtout
de 1985 jusqu'en 1997 pendant laquelle le Trésor va essayer d'accroître
2
son appel à des fonds d'épargne principalement auprès du public. En
effet, "l'impossibilité de disposer de ressources externes suffisantes à
des conditions financières supportables n'a pas laissé d'autres choix au
Trésor que de s'orienter de plus en plus vers la mobilisation de l'épargne
3
nationale". C'est ainsi que le financement interne et non monétaire du
déficit budgétaire a représenté, en moyenne, plus de 86.7% du déficit
budgétaire entre 1985 et 2012.
A côté de ce financement à caractère non monétaire, le Trésor peut
recourir, pour couvrir son déficit, au financement d'origine monétaire.

Paragraphe II - Le financement monétaire du déficit


budgétaire
Pour pouvoir assurer un ajustement régulier entre les charges
exigibles et les ressources disponibles, le Trésor peut faire appel aux

1Voir section II de ce chapitre.


2L'Etata opté pour une politique de drainage de l'épargne publique en offrant des
conditions de placement très avantageuses et en diversifiant la gamme des produits
offerts.
3M.Boussetta, Financement public et soldes budgétaires: le cas du Maroc, op.cit.,
p.372.
170
ressources à caractère monétaire surtout lorsque les autres moyens de
financement s'avèrent insuffisants.
Le financement du déficit budgétaire sur ressources monétaires
englobe les concours de la Banque Centrale, l'endettement monétaire
auprès des banques et la réception des dépôts à caractère monétaire.
Soulignons que ces trois moyens sont retracés dans la rubrique
"créances sur le Trésor " qui constitue l'une des trois composantes des
1
contreparties de la masse monétaire.
Avant de mettre en relief l'évolution globale de ce mode de
financement du déficit budgétaire, nous allons tout d'abord examiner
séparément les différentes ressources monétaires du Trésor.

I- Les ressources monétaires du Trésor


Ces ressources monétaires proviennent des concours de Bank Al-
Maghrib, des concours des autres banques et des dépôts des entreprises
et des particuliers auprès du Trésor et des comptes chèques postaux.

A- Les concours du Bank Al-Maghrib


Appelée "Banque du Maroc" jusqu'en 1987, Bank Al- Maghrib joue
un rôle de banquier du Trésor en lui assurant le service caisse. A ce titre,
elle tient, gracieusement, le compte courant du Trésor dans le cadre
2
duquel s'ajuste quotidiennement la trésorerie de l'Etat.

1A côté des avoirs extérieurs nets et des crédits à l'économie. Voir à ce sujet les
Rapports annuels de Bank Al-Maghrib.
2La tenue par Bank Al-Maghrib du compte courant du Trésor symbolise l'unité de
caisse et donc de trésorerie. Cette unité permet un aménagement des fonds dans le
temps et dans l'espace. Dans le temps, les variations saisonnières des disponibilités
peuvent partiellement se compenser; dans l'espace, les mouvements peuvent être
enregistrés par un simple jeu d'écriture.
Lorsqu'un comptable public ne se trouve pas, sur le plan local, au siège d'une
succursale de Bank Al-Maghrib, il est tenu de verser, au plus proche guichet des
Postes et Télécommunications, l'excédent de son encaisse ou d'y opérer un
prélèvement selon les besoins, guichet qui est alimenté par le receveur principal qui
se trouve au chef lieu de la succursale de Bank Al-Maghrib La plus proche. Par
ailleurs, chaque comptable public ne doit avoir qu'une seule caisse, qu'un seul compte
en banque (qui est le compte courant du Trésor à Bank Al-Maghrib) et qu'un seul
Compte Chèque Postal.
171
Lorsque les moyens de financement collectés par le Trésor s'avèrent
insuffisants, il lui est possible de faire appel aux concours financiers de
Bank Al-Maghrib. Ces derniers sont précisés par le Dahir de 1959
portant création de Bank Al-Maghrib pour la période qui va jusqu’à
2006 et le nouveau statut du 23 novembre 2005 qui a limité ces concours
financiers ;
1
Le Dahir de 1959 portant création de Bank Al-Maghrib (par
substitution à l'ancienne Banque d'Etat) avait fixé les différentes
modalités des concours que la Banque centrale consent au Trésor. Ces
concours ont été faits en l'application de l'article 35 du Dahir portant
création de Bank Al-Maghrib. Ce dernier avait en effet, prévu deux
sortes de concours : les concours sous forme d'avances directes et des
concours indirects.
Les relations financières entre la Banque Centrale et le Trésor vont
connaître un changement avec le nouveau statut de Bank Al-Maghrib.2
1- Les concours directs de Bank Al-Maghrib
L'article 35 du Dahir de 1959 avait prévu deux sortes de concours
directs à l'Etat : les facilités de caisse et les avances conventionnelles.
Mais à partir de 2006, le nouveau statut de Bank Al-Maghrib
a- Les facilités de caisse
Le paragraphe 2 de l'article 35 du Dahir de 1959 dispose que "Bank
Al-Maghrib peut consentir des avances à l'Etat à titre de facilité de
caisse, limitées au dixième des recettes budgétaires ordinaires
3
constatées au cours de l'année budgétaire écoulée." Ces avances sont
gratuites et peuvent être utilisées en permanence par le Trésor pourvu

1Dahir n° 1-59-233 du 30 juin 1959 modifié et complété par le Dahir portant loi
n° 1-93-386 du 6 octobre 1993 Publiés respectivement dans les Bulletins Officiels n°
2436 (du 03 juillet 1959, p.1089) et n° 4223 ( du 06 octobre 1993, p.534).
2 Dahir n°1-05-38 du 23 novembre 2005 portant promulgation de la loi n° 76-03
portant statut de Bank Al-Maghrib
3Certainsles appellent "avances statutaires"; cependant, il serait préférable de les
appeler "avances de caisse" pour ne pas les confondre avec les avances
conventionnelles qui sont elles aussi des avances statutaires car prévues par les statuts
de Bank Al-Maghrib.
172
que ce dernier ne dépasse pas la limite fixée au dixième des recettes
1
ordinaires. Notons que ces avances doivent être remboursées car elles
ne sont conçues que comme des crédits à court terme permettant à l'Etat
de faire face à ses difficultés de trésorerie résultant, pour l'essentiel, du
décalage existant entre la perception des recettes et le paiement des
dépenses.
L’article 27 du nouveau statut de Bank Al-Maghrib précise que la
Banque Centrale « ne peut accorder des concours financiers à l’Etat ni
se porter garante d’engagements contractés par lui, à l’exception de la
facilité de caisse, laquelle est limitée à 5% des recettes fiscales réalisées
au cours de l’année budgétaire écoulée et dont l’utilisation est assortie
de conditions restrictives.»2
Selon ce même statut, la durée globale d’utilisation de cette facilité
de caisse ne peut « excéder 120 jours, consécutifs ou non, au cours
d’une année budgétaire. Les montants effectivement utilisés au titre de
cette facilité sont rémunérés au taux de base de refinancement des
banques auprès de la Banque »3
La Banque peut suspendre l’utilisation de cette facilité lorsqu’elle
estime que la situation du marché monétaire le justifie.
L'évolution des variations des facilités de caisse, qui dépend en
principe des besoins financiers de l'Etat et du volume des ressources
budgétaires ordinaires, est décrite dans le tableau suivant :
Tableau n° 55: Evolution des variations des facilités de caisse (en millions de dirhams
et en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Variations des avances de caisse
en millions de dh (1) -173 172 75 5 67 302 145 78 317 40 206 67 387 1012
Déficits budgétaires
618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9282 11600
en millions de dh (2)
(1) / (2) en % -27.9 62.1 8.0 0.9 4.9 9.8 1.9 1.0 5.1 0.6 2.7 0.5 4.1 8.7

1Elles sont donc accordées par anticipation de ressources budgétaires bien définies
et pour une durée non définie. Elles étaient accordées pour une durée totale n'excédant
pas 240 jours puis, à partir de 1980, 300 jours consécutifs.
2 Rapport annuel de Bank Al-Maghrib, Exercice 2006, p.76.

3 Article 27, alinéa 2 et 3 du Dahir n°1-05-38 du 23 novembre 2005 portant


promulgation de la loi n° 76-03 portant statut de Bank Al-Maghrib.
173
Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997
(1) -703 89 558 -37 391 968 180 706 -960 -973 -1012 4691 -89 1240
(2)
9356 11105 8780 9938 10302 9605 8999 7759 5176 7426 9465 9430 10247 9674
( 1 ) / ( 2 ) en % -7.5 0.8 6.3 -0.3 3.7 10.0 1.9 9.3 -19.1 -13.1 -11.0 -48.5 -0.8 13.4
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib.
A la lecture de ce tableau on remarque que le Trésor semble
inaugurer une nouvelle étape vers un désendettement vis-à-vis de
l'Institut d'Emission et ce à partir de 1992. Cependant, à l'exception des
années marquées par un désengagement de l'Etat à l'égard de la Banque
Centrale, l'appel du Trésor aux avances de caisse a permis de financer
en moyenne plus de 7.8% du déficit budgétaire entre 1970 et 1997.

b- Les avances conventionnelles


Le paragraphe 3 de l'article du Dahir de 1959 portant création de
Bank Al-Maghrib avait prévu d'autres concours financiers au Trésor
mais qui ne peuvent être accordés "qu'en vertu d'une convention entre
1
les deux parties, approuvée par décret."
Depuis la création de Bank Al-Maghrib, le Trésor a fait appel aux
concours conventionnelles à 7 reprises et ce jusqu'en 1997. Ces avances
ont évolué comme suit :
-1ère facilité datant du 12 mars 1964 et portant sur 250 millions de
dirhams.
-2ème facilité datant du 31 décembre 1967 et portant 250 millions
de dirhams
-3ème facilité datant du 07 mais 1970 et surtout sur 500 millions de
dirhams
-4ème facilité datant du 13 mars 1974 sur 1000 millions de
dirhams;2

1Auparavant, cette convention était approuvée par Dahir. Voir le Dahir n° 1-59-
233, op.cit.
2Cette avance a été répartie en deux tranches de 500 millions de dirhams chacune
dont une seule a été utilisée en 1974, l'autre ne le sera qu'en 1975.Voir à ce propos les
Rapports de Bank Al-Maghrib, Exercices 1974 et 1975.
174
-5ème facilité datant du 13 octobre 1977 et portant sur 2000 millions
de dirhams
-6ème facilité datant du 9 avril 1980 et portant sur 1500 millions de
dirhams;
-7ème facilité datant du 3 août 1995 et portant sur 6000 millions de
dirhams. 1
Le montant des avances conventionnelles s’élève à 5500 millions de
dirhams à fin décembre 2005.2
Le nouveau statut de Bank Al-Maghrib dans son article 27 précise
que « la Banque ne peut accorder des concours financiers à l’Etat ni se
porter garante d’engagements contractés par lui, à l’exception de la
facilité de caisse, laquelle est limitée à 5% des recettes fiscales réalisées
au cours de l’année budgétaire écoulée et dont l’utilisation est assortie
de conditions restrictives ». Selon l’article 62 du même statut, « une
convention fixant les modalités de remboursement des créances de
Bank Al-Maghrib sur l’Etat, a été signée, trois mois après l’entrée en
vigueur du Statut3. Dans cette convention, le Trésor s’est engagé à
rembourser ces avances, d’une valeur de 5500 millions de dirhams,
durant les années 2006 et 2007, via l’émission de bons aux conditions
de marché. La première tranche de remboursement a été réalisée le 10
novembre 2006, et a porté sur un montant de 1 milliard chacune4. Le
reliquat de ces avances conventionnelles, soit 4500 millions de dirhams
a été remboursé durant l’année 2007 comme suit :
- le 20 février : remboursement de la deuxième tranche (1 milliard),
- le 13 mars : remboursement de la troisième tranche (1 milliard),
- le 15 octobre : remboursement de la quatrième tranche (1 milliard),

1 Cette avance est rémunérée et sa durée est limitée. Elle est accordée à un taux
fixé à 7% et sa date de remboursement (sur les recettes attendues de la privatisation)
a été arrêtée à fin juin 1996. Voir Rapport Bank Al-Maghrib, Exercice 1995, p.75.
Cette avance a été utilisée à raison de 5233.5 en 1995, 356.8 en 1996 et 243.8 en 1997.
2 Rapport annuel de Bank Al-Maghrib, Exercice 2005, p.161.

3 Cette convention a été signée le 9 mai 2006. Voir Rapport annuel de Bank Al-
Maghrib, Exercice 2007, p.169.
4 Rapport annuel de Bank Al-Maghrib, Exercice 2006, p.76.

175
- le 24 décembre : remboursement de la cinquième tranche (1,5
milliard).1
Le remboursement en 2007 par le Trésor des avances
conventionnelles d’un montant de 4,5 milliards de dirhams s’est traduit
par l’acquisition par Bank Al-Maghrib sur le marché secondaire de bons
du Trésor, portant ainsi son portefeuille à 5,528774 milliards au lieu de
1,003642 milliard en 2006.2
Le tableau suivant retrace la part de ces avances dans le financement
des déficits budgétaires :
Tableau n° 56: Evolution des variations des avances conventionnelles (en millions de dirhams et en %
des déficits budgétaires)
Années 1970 1974 1975 1977 1980 1995 1996 1997
Variations des avances conventionnelles
500 500 500 2000 1500 5233.5 356.8 243.8
en millions de dh (1)
Déficits budgétaires
618 1357 3076 7331 7370 9678 10619 9222
en millions de dh ( 2 )
( 1 ) / ( 2 ) en % 80.9 36.8 16.2 27.2 20.3 57.8 3.4 2.6
Source: Tableau confectionnée à partir de données puisées dans les Rapports de
Bank Al-Maghrib.
On constate que l'avance conventionnelle de 1970 a couvert une
grande part du déficit budgétaire ; l'importance de cette facilité par
rapport au déficit budgétaire a permis, en partie, de combler la variation
négative des autres moyens de financement dont notamment les avances
de caisse. En général, les avances conventionnelles ont permis de
financer, en moyenne, 30.7% du déficit budgétaire.
Notons par ailleurs que la convention en vertu de laquelle ces
avances sont accordées "doit prévoir le montant, la durée, la
rémunération et les modalités de remboursement des concours
3
accordés."
Les avances conventionnelles, qui n'ont, jusqu'en 1997, pas été
remboursées, ont permis de relayer l'avance de caisse "dont le délai

1 Rapport annuel de Bank Al-Maghrib, Exercice 2007, p.169.

2 Ibid, p.164.
3Article 35 du Dahir n° 1-93- 386, op.cit.
176
1
légal de 300 jours d'utilisation avait été épuisé" et ce pour la période
du 31 octobre 1983 au 2 janvier 1984. Cette avance exceptionnelle, dont
le montant s'élevait à 3000 millions de dirhams a été intégralement
2
remboursée.

2- Les concours indirects de Bank Al-Maghrib


Appelés aussi avances sur titres, ces concours indirects ont été
prévus par le paragraphe premier de l'article 35 du Dahir portant
création de Bank Al-Maghrib de 1959. En effet, celui-ci dispose que
"Bank Al-Maghrib peut dans les conditions arrêtées d'un commun
accord avec le ministre des finances, escompter ou prendre en pension
des traites et obligations cautionnées souscrites à l'ordre des comptables
3
du Trésor et venant à échéance dans un délai maximum de 90 jours."
Ces avances sur titres, qui se traduisent par la mise à la disposition
du Trésor de la monnaie - Banque Centrale, "sont ventilées de la
manière suivante : avances sur bons C.N.C.A., avances sur créances en
devises, avances sur diverses obligations, escompte de traites
douanières et obligations cautionnées et enfin avances sur effets
F.E.C.4"5 Les variations de ces concours indirects 6 apportés par la
Banque Centrale au Trésor ont évolué comme suit:

1Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1983, p.70.


2Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1984, p.62.
3Article 35 du Dahir n° 1-93-386, op.cit.
4Fonds d'équipement communal à partir de 1972.
5A.El M'Kaddem, "Aperçu sur le financement du déficit de Trésorerie et son impact
monétaire au Maroc de 1970 à 1980", op.cit., p.247.
6Ces avances comprennent deux bons du Trésor d'un montant global de 139 millions
de dirhams, l'un émis en 1958 et qui représente l'avance consentie à l'Etat en vue de
procéder au retrait de la peseta espagnole en circulation alors dans l'ex-Zone Nord et l'autre
émis en 1959 et qui correspond à la contrepartie de la prise en charge par l'Institut
d'Emission des monnaies métalliques en circulation. Voir à ce sujet, l'article premier et 70
du Dahir n° 1-59-233 portant création de Bank Al-Maghrib, op.cit.
Ces avances ne comprennent pas, par ailleurs, les avoirs en compte courant postal de
Bank Al-Maghrib qui seront analysés à part.
177
Tableau n°57: Evolution des variations des concours indirects de Bank Al-
Maghrib au Trésor
(en millions de dirhams et en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
Variations des concours
indirects -22 -260 161 177 -332 65 521 -592 650 697 -485 1497 -1754
en millions de dh (1)
Déficits budgétaires
en millions de dh (2) 618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9252
( 1 ) / ( 2 ) en % -3.5 -39.4 17.2 34.2 24.4 2.1 7.0 -8.0 10.4 11.0 -6.5 13.0 -18.9

Années 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994
Variations des concours
indirects 1671 632 -776 -893 -1213 1132 -434 348 91 -1163 -139 0
en millions de dh (1)
Déficits budgétaires
11600 9356 11105 8780 9938 10302 9605 9451 7517 5009 7426 9143
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % 14.4 6.7 -6.9 -10.1 -12.2 10.9 -4.5 3.6 1.2 -23.2 -1.8 0
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib.
En analysant le tableau ci-dessus, on remarque que :
- les ressources, qui proviennent des concours indirects de Bank Al-
Maghrib et qui sont utilisées par le Trésor pour couvrir son déficit
budgétaire, sont très variables. Elles ont pu financer, en moyenne, 4%
du déficit budgétaire entre 1970 et 1994 ;
- le Trésor recourt de moins en moins aux avances sur titres et ce
depuis 1985. En effet, il a remboursé intégralement, en septembre 1993,
les deux bons détenus par Bank Al-Maghrib dont le montant global
s'élève à 139 millions de dirhams résultant de l'échange monétaire et de
1
l'émission de la monnaie divisionnaire pour le compte du Trésor. En
1994, la contribution des concours indirects au financement du déficit
budgétaire est nulle
Il convient de souligner que le Trésor bénéficie aussi d'une autre
avance qualifiée de "déguisée". Celle-ci a pour origine le compte
courant postal de Bank Al-Maghrib. En effet, la Banque Centrale utilise
son compte aux chèques postaux "pour assurer certains mouvements de

1 Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1993.


178
1
fonds avec ses succursales." Or, sachant que les fonds des C.C.P. sont
déposés au Trésor, toute variation positive du compte courant postal de
Bank Al-Maghrib constitue une ressource supplémentaire que le Trésor
2
peut utiliser pour résoudre ses difficultés de trésorerie.
Qu'ils soient directs ou indirects ou même déguisés, les concours
financiers de Bank Al-Maghrib ont évolué comme suit :
Tableau n°58: Evolution des variations des avances de Bank Al-Maghrib au
Trésor
(en millions de dirhams et en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Variations des avances +170 -89 +226 +195 +232 +868 +708 +1418 +1007 +715 +1259 +1648 -1386 2588
en millions de dh (1)
Déficits budgétaires
en millions de dh (2) 618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9252 11600
( 1 ) / ( 2 ) en % +27.5 -13.5 +24.1 +37.7 +17.0 +28.2 +9.6 +19.3 +16.2 +11.3 +17.0 +14.4 -14,98 22,31

Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997
(1) -67 -809 -490 -759 1279 536 903 599 -2192 12 -1751 10305 268 922
(2) 9356 11105 8780 9938 10302 9605 8999 7759 5176 7426 9465 9430 10247 9674
( 1 ) / ( 2 ) en % -0,72 -7,29 -5,58 -7,64 12,42 5,58 10,03 7,72 -42,35 0,16 -18,50 109,28 2,62 9,53

Années 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
(1) -436 -5839 2628 -19150 -1467 -2601 -792 749 -1563 5370 2161 4560 200 -1300 -1700
(2) 5962 8575 8466 18837 17282 15934 13030 28528 11998 +1435 +1078 17975 28913 44067 59.180
( 1 ) / ( 2 ) en % -7,31 -68,09 31,04 -101,66 -8,49 -16,32 -6,08 2,63 -13,03 - - 25,37 0,69 -2,95 -2,87
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib.
A la lecture du tableau ci-dessus, on relève deux grandes phases :
- une première phase couvrant la période allant de 1970 à 1982
pendant laquelle on assiste à un appel massif aux concours de la Banque
Centrale de la part du Trésor pour financer son déficit budgétaire. En
moyenne, ce dernier a été financé à raison de 14.9% par recours aux
avances de Bank Al-Maghrib;
- une seconde phase qui va de 1984 à 2012 où le Trésor va contenir
ses appels aux concours de l'Institut d'Emission. Cette tendance

1A.Menchich, Le financement du déficit du Trésor et son impact monétaire au Maroc,


op.cit., p.96.
2Ces ressources restent, toutefois, marginales.
179
entamée surtout à partir de 1984 va se traduire par un désendettement
net du Trésor à l'égard de Bank Al-Maghrib.1En effet, ce
désengagement représente -3.4%, en moyenne, du déficit budgétaire.
Ce repli, qui sera compensé par l'appel du Trésor à d'autres sources de
financement, marque la prise de conscience par les pouvoirs publics que
" ce mode de financement, quand il est exploité sans mesures
d'accompagnement d'ordre budgétaire, a tendance à créer des effets de
distorsion au niveau de l'activité économique générale." 2 Notons que
l’expansion des facilités accordées par Bank Al-Maghrib au Trésor
(avance conventionnelle consentie en 1995) montre qu’elles ont
constitué, avant la mise en place du nouveau statut de Bank Al-Maghrib
de 2005, le recours ultime pour le Trésor pour couvrir son gap de
financement.
Si le Trésor a décidé de se désendetter vis-à-vis de Bank Al-Maghrib
c'est qu'il peut bénéficier parallèlement des concours des banques
commerciales.

B- Les concours des banques commerciales.


Le Trésor profite de trois sortes de concours des banques
commerciales : les souscriptions obligatoires des bons du Trésor en
compte courant dans le cadre du plancher d'effets publics, les
souscriptions volontaires (au-dessus du plancher) des titres de la dette
publique sur le marché monétaire et les dépôts des banques au Trésor.

1- Les souscriptions dans le cadre du plancher d'effets publics


Au Maroc, les banques étaient obligées de détenir dans leur
portefeuille un minimum d'effets publics. Il faut souligner ici que les
bons du Trésor auxquels les banques souscrivent sont des bons en
3
compte courant.

1La limitation de l'appel du Trésor aux concours de l'Institut d'Emission s'inscrit dans
le cadre de l'objectif que les autorités monétaires se sont tracées à savoir la compression
des recours du Trésor aux moyens à caractère monétaire en général. Voir à ce sujet le
Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1984, p.62.
2H.Méziane, analyse des dépenses publiques. Une étude des relations Etat-économie
au Maroc (1956-1986), op.cit., p.210.
3Les bons en compte courant sont des bons dématérialisés car leur souscription ne
donne lieu à la délivrance matérielle d'aucun titre (à l'inverse donc des bons du Trésor sur
180
Le portefeuille minimum ou plancher d'effets publics a été institué
au Maroc par "l'arrêté du Ministre des Finances du 2 juin 1977 et
1
modifié par celui du 11 mars 1979." Ce portefeuille minimum sera
supprimé en juin 1998.
Le montant de ce portefeuille est égal à un pourcentage déterminé
2
des exigibilités des banques telles qu'elles sont indiquées sur la
3
dernière situation comptable mensuelle. Ce taux a subi d'importantes
4
modifications au cours des années précédentes.
5
A côté de ce portefeuille, les autorités monétaires "ont introduit, en
novembre 1991, un nouveau portefeuille de bons de Trésor à un an
limité à 1% des exigibilités des banques."6 Ce nouveau portefeuille a
été institué pour permettre le financement de programmes socio-
économiques, en particulier le logement économique et la petite et
7
moyenne entreprise.

formules). Les souscriptions à ces bons sont inscrites sur des comptes ouverts par Bank Al-
Maghrib au nom de leurs souscripteurs.
1M.A.Berrada, Les nouvelles réformes bancaires. Quelles implications pour les
banques et les entreprises au Maroc? , Editions S.E.C.A., 1993, p.55. Voir aussi
M.A.Berrada, Les nouveaux marchés de capitaux, Editions SECEA, 1998.
2A l'exclusion des bons de caisse, des comptes à terme, des dépôts en dirhams
convertibles à vue ou à terme et de l'accroissement des dépôts en comptes sur carnets
enregistrés à compter du premier janvier 1986.
3Ce taux est de 10% d’après le Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1996, p.102.
4Ce taux qui était fixé à 30% depuis 1969, sera relevé à 35 % en 1985, puis réduit à
33.5 % en janvier 1991, à 32 % en juillet 1991, à 25% en 1993 et enfin à 10% en 1996.
5Selon la loi du 6 juillet 1993, elles englobent les autorités de tutelle et de contrôle et
les organes de consultation et de coordination. Voir Dahir portant loi n° 1-93-147 (du 6
juillet 1993) relatif à l'exercice de l'activité des établissements de crédit et de leur contrôle.
6M.A.Berrada, Les nouvelles réformes bancaires. Quelles implications pour les
banques et les entreprises au Maroc? op.cit., p.56. Le calcul de ce nouveau portefeuille
ne prend pas en compte les dépôts à terme et les dépôts en dirhams convertibles à vue et à
terme.
7Ce nouveau portefeuille a été institué par la décision réglementaire de Bank Al-
Maghrib n° 84 datant du 22 novembre 1991.
181
Concrètement, le portefeuille minimum devait être conservé par les
banques de façon permanente entre le 21 de chaque mois et le 20 au soir
1
du mois suivant.
Permettant de limiter les liquidités des banques, la souscription aux
bons du Trésor dans le cadre du plancher d'effets publics procure
2
parallèlement au Trésor des ressources importantes et peu coûteuses
qu'il utilisera pour financer son déficit budgétaire.
La contribution des ressources monétaires, qui ont pour origine
les souscriptions aux bons du Trésor dans le cadre du portefeuille
3
minimum d'effets publics, au financement du déficit budgétaire est
retracée dans le tableau suivant :
Tableau n°59: Evolution des variations du portefeuille minimum d'effets publics
( en millions de dirhams et en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
Variations des souscriptions
+50 +139 +100 +261 +407 +525 +465 +555 +536 +580 +548 +894 +1141
en millions de dh (1)
Déficits budgétaires
618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9252
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % +8.0 +221.0 +10.6 +50.4 +29.9 +17.0 +6.3 +7.5 +8.6 +9.2 +7.4 +7.8 +12.3

Années 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994
Variations des souscriptions +1589 -2312 +2370 +2189 +1238 +1660 +1498 +3698 -223 +2508 -3619 +2271
en millions de dh (1)
Déficits budgétaires 11600 9356 11105 8780 9938 10302 9605 -8999 -7759 -5176 -7426 -9465
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % +13.6 -24.7 +21.3 +24.9 +12.4 +16.1 +15.5 +39.1 -2.9 +50.0 -48.7 +24.8
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR.

1Toute infraction concernant le portefeuille minimum est pénalisée. Cette pénalisation


est calculée au "taux annuel de 18% sur la différence entre les montants déclarés et les
montants réels."
2Les bons souscrits dans le cadre du plancher d'effets publics étaient rémunérés au taux
annuel de 4.25%. Voir à ce propos les Rapports de Bank Al-Maghrib.
3Sachant bien sûr que les taux appliqués et l'assiette servant de base de calcul de ce
plancher ont changé d'une période (année) à l'autre.
182
Il apparaît clair, à travers la lecture du tableau n° 47, que la
contribution des bons souscrits au titre du plancher d'effets publics au
financement du déficit budgétaire a été, en général, positive. En effet,
les ressources monétaires en provenance de ce portefeuille ont permis
de couvrir, en moyenne, plus de 13% du besoin de financement du
Trésor.
Notons que la variation négative de ces ressources a coïncidé soit
avec la décision de soustraire les dépôts à plus d'un an de l'assiette
servant de base de calcul du plancher d'effets publics (l'année 1984),
soit avec les décisions de réduire le taux appliqué (les années 1991 et
1993).
A côté de l'obligation faite aux banques de détenir un portefeuille
minimum de bons du trésor, ces dernières participent également au
financement du déficit budgétaire par des souscriptions libres.

2-Les souscriptions au-dessus du plancher d'effets publics


Les banques vont être incitées à souscrire librement aux bons du
trésor sur le marché monétaire auquel le Trésor aura accès en 1983. Ce
dernier va, en effet, émettre et d'une manière permanente des bons à un
mois d'échéance "dont le taux d'émission était susceptible d'être adapté
1
aux conditions de ce marché."
L'émission de ces bons va bénéficier du soutien de Bank Al-
2 3
Maghrib qui va accorder aux banques des avances garanties entre
autres par le dépôt de ces effets, avances qui seront faites à des taux
fixes et ce jusqu'en janvier 1985.
A partir du 22 janvier 1985, des avances de Bank Al-Maghrib aux
banques sur le marché monétaire à taux variables, et ayant pour garantie
les bons du Trésor à un mois, vont venir se substituer aux anciennes
avances accordées à taux fixe.

1M.A.Berrada, Les nouvelles réformes bancaires. Quelles implications pour les


banques et les entreprises au Maroc? op.cit., p.40.
2Qui commencera à intervenir activement sur le marché monétaire depuis février 1981.

3Il existe deux types d'avances consentis par Bank Al-Maghrib aux banques: les
avances normales et les avances spéciales. Voir à ce sujet la circulaire de Bank Al-Maghrib
n° 10.G.92 du premier juillet 1992.
183
Depuis 1989, le Trésor commencera à placer sur le marché
1
monétaire des bons du Trésor par voie d'adjudication. C’est une
technique qui garantit les conditions d’une compétition entre les
souscripteurs. Les offres servies en premier sont celles dont les prix sont
plus élevés ou qui sont à un taux inférieur ou égal au taux limite. Viennent
ensuite les offres de niveau inférieur jusqu’à concurrence du montant
demandé par le Trésor. Les souscripteurs payent des prix différents, en
conformité avec les prix qu’ils ont demandés. Le recours à cette
procédure vise la réalisation de plusieurs objectifs, dont notamment
"permettre au Trésor d'avoir accès à une source de financement
importante tout en bénéficiant des conditions avantageuses de taux et
2
de durée."

1C'est la circulaire de Bank Al-Maghrib n° 219.6.88 du 15 décembre 1988 qui va


adopter les adjudications des bons du Trésor dont les nouvelles procédures et
caractéristiques ont été fixées par la circulaire de Bank Al-Maghrib n° 6G et 7G du 12
juillet 1993. Voir également :
-l’arrêté du Ministre des Finances et de la privatisation n° 224-03 du 27 janvier
2003 relatif à l’émission des bons du Trésor par voie d’adjudication ;
-l’arrêté du Ministre de l’économie et des finances n° 211-11 du 22 safar 1432 (27
janvier 2011) relatif à l’émission de bon du Trésor par voie d’adjudication.
-la circulaire de Bank Al-Maghrib N° 18/G/2003 du 22 avril 2003 relative à
l'adjudication des bons du Trésor
-le modificatif n°1 de la circulaire N°18/G/2003 du 22 avril 2003 relative à
l'adjudication des bons du Trésor
-le modificatif n°2 de la circulaire N°18/G/2003 du 22 avril 2003 relative à
l'adjudication des bons du Trésor
Notons que la première opération d'adjudication a été réalisée le 30 janvier 1989 et que
la procédure d'adjudication est faite selon la technique dite "à la hollandaise" ou « au prix
demandé », dite à la hollandaise. Dans ce cas, les titres sont servis au prix ou au taux effectif
des soumissions, par opposition au prix ou au taux marginal. On appelle ce type
d’adjudication «enchère à prix multiple et à prix scellés ». Voir à ce sujet:
-Lettre Circulaire n° 37/DOMC/11 du 13 avril 2011 relative aux instruments de
politique monétaire, article 14.
-M.A.Berrada, Les nouvelles réformes bancaires. Quelles implications pour les
banques et les entreprises au Maroc ? op.cit., p.43.
2Ibid. p.41.
184
Il est à préciser que Les adjudications portent sur les bons suivants:
- Les bons à très court terme de 7 à 45 jours de durée ;
- Les bons à court terme de 13 semaines, 26 semaines et 52 semaines
de durée ;
- Les bons à moyen terme de 2 ans et 5 ans de durée ;
1
- Les bons à long terme de 10 ans, 15 ans, 20 ans et 30 ans de durée .
A l’exception des bons à très court terme qui peuvent être émis hors
calendrier, les adjudications des bons du Trésor peuvent se dérouler
selon le calendrier suivant :
- tous les mardis, dans le cas des bons à 13 semaines, 26 semaines et 52
semaines ;
- le deuxième et le dernier mardi de chaque mois, dans le cas des bons
à 2 ans, 5 ans, 10 ans et 15 ans ;
- le dernier mardi de chaque mois, dans le cas des bons à 20 ans et 30ans
Si le mardi est un jour férié, l’adjudication est reportée au jour
ouvrable suivant.
Le Ministère des Finances et de la Privatisation se réserve, toutefois,
la possibilité d’annuler des séances prévues au calendrier ou de
procéder à des adjudications supplémentaires. Ces modifications sont
2
annoncées une semaine à l’avance .
Tableau n°60 : Financement sur bons du Trésor par adjudication
Années 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003
Variation des encours des
Adjudications en millions de 11293 7497 5755 17540 16191 13994 22303 21786 26716 26842 27183
DH (1)
Déficits budgétaires en
7426 9465 9430 10247 9674 -5962 -8575 -8466 -18837 -17282 -15934
millions de DH
(1)/(2) en % 152,07 79,21 61,03 171,17 167,37 234,72 260,09 257,34 141,83 155,32 170,60

1Article 4 du modificatif n°2 de la circulaire N°18/G/2003 du 22 avril 2003


relative à l'adjudication des bons du Trésor.
2Article 10 du modificatif n°2 de la circulaire N°18/G/2003 du 22 avril 2003
relative à l'adjudication des bons du Trésor
185
Années 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
juillet
Variation des encours des
Adjudications en millions de 17725 36693 8436 -329 -6948 5260 19878 36396 42510 34403
DH (1)
Déficits budgétaires en
13030 -28528 -11998 1435 1078 -17975 -28913 -44067 -59.180 -54.415
millions de DH
(1)/(2) en % 136,03 128,62 70,31 22,93 644,53 29,26 68,75 82,59 71,18 63,22
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR.
A côté des acquisitions de bons au titre des adjudications, le Trésor
public bénéficie aussi d'autres concours des banques à travers les
1 2
placements bilatéraux et les placements en continu.
Qu'ils prennent la forme de souscriptions au titre du plancher
obligatoire d'effets publics, de souscriptions dans le cadre du marché
monétaire ou de souscriptions libres en excédent du portefeuille
minimum, les concours des banques au financement du déficit
budgétaire ont évolué comme suit:
Tableau n°61: Evolution des variations des souscriptions des banques aux bons du
Trésor en compte-courant (en millions de dirhams et en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Variations des
souscriptions +59 +113 +172 +228 +569 +504 +362 +470 +1389 +592 +1001 +1053 +880 +3246
en millions de dh (1)
Déficits budgétaires
618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9252 11600
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % +9.5 +17.1 +18.3 +44.1 +41.9 +16.3 +4.9 +6.4 +22.4 +9.4 +13.5 +9.2 +9.5 +27.9

Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998
(1) +939 +4450 +6596 +3154 +3553 +4259 -2454 +1412 +6140 +5106 +6671 -956 931 3868 -4008
(2) 9356 11105 8780 9938 10302 9605 8999 7759 5176 7426 9465 9430 10247 9674 5962
(1)/(2) en % +10.0 +40.0 +75.1 +31.7 +34.4 +44.3 -27,27 18,20 118,62 68,76 70,48 -10,14 9,09 39,98 -67,23

Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances


publiques de la TGR.

1Ce sont des placements faits d'un commun accord entre le Trésor et le Crédit Populaire
qui a souhaité consolider l'encours des bons à court terme en bons en compte courant à
long terme.
2Il s'agit des placements faits par les banques pour rentabiliser leurs excédents de
trésorerie en souscrivant aux bons du Trésor.
186
Obligatoires ou volontaires, les souscriptions des banques aux bons
du Trésor en compte courant ont connu une évolution que l'on peut
ramener à deux phases bien distinctes :
- une première phase allant de 1970 à 1982 pendant laquelle la
contribution de ces souscriptions au financement du déficit budgétaire
a été, en moyenne, de 17.1% ;
- une deuxième phase couvrant la période qui va de 1983 à 1998 au
cours de laquelle les concours des banques commerciales au titre des
souscriptions aux bons du Trésor en compte courant vont permettre de
financer plus de 30,24%, en moyenne, du déficit du Trésor. A partir de
1992, ces concours vont constituer la principale source de financement
de ce déficit suite à la politique suivie par le Trésor visant à se
désendetter vis-à-vis de l'Institut d'Emission.
Nous constatons ainsi, que le recours du Trésor au marché monétaire
lui a permis d'accéder à une source de financement importante et a
favorisé les souscriptions libres aux bons du Trésor en compte courant.
Notons enfin que les deux phases qu'on vient de relever s'opposent à
celles qui ont marqué l'évolution des concours de Bank Al-Maghrib au
Trésor.
L'importance des souscriptions des banques aux bons du Trésor en
compte courant, surtout durant la dernière période, ne doit pas nous
faire oublier le troisième type de concours des banques commerciales
au Trésor. Ce concours consiste dans les dépôts des banques au Trésor
dont l'apport a connu une évolution contrastée durant la période étudiée.

3- les dépôts des banques au Trésor


Les dépôts des banques au Trésor comprennent entre autres les
dépôts- importation, et ce pendant quelques années durant la période
analysée.
Les dépôts-importation sont des dépôts que les importateurs devaient
obligatoirement constituer préalablement à leurs importations. Ces
1
dépôts, dont le montant est égal à un certain pourcentage de la valeur

1Ce taux était de 25%, puis ramené à 15% et enfin à 10% respectivement en 1978, 1983
et 1984.
187
1
totale des importations, sont bloqués en comptes non rémunérés
pendant une durée minimum de six mois à compter de la date de
domiciliation bancaire. Les banques, où ces fonds ont été déposés, vont
se charger de transférer ces derniers à l'Etat. Il apparaît donc que,
concernant les dépôts-importation, les banques ne jouent que le rôle
d'intermédiaire entre les importateurs et le Trésor.
Instituée en juin 1978, l'obligation à laquelle étaient assujettis les
importateurs, et consistant à constituer des dépôts préalables à
2
l'importation, sera supprimée en juin 1984.
Les variations des dépôts des banques au Trésor ont évolué comme
suit :
Tableau n°62: Evolution des variations des dépôts des banques au Trésor
(en millions de dirhams et en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Variations des dépôts des -21 +1 -1 -3 +11 +6 -1 +9 +684 +343 -180 +59 -581 +321
banques au Trésor (1)
Dont
dépôts-importation -40 -1 -1 0 0 0 0 0 +597 +28 +106 -149 -409 +258
en millions de dh
Déficits budgétaires
en millions de dh (2) 618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9252 11600
( 1 ) / ( 2 ) en % -3.3 +0.1 -0.1 -0.5 +0.8 +0.1 -0.01 +0.1 +11.0 +5.4 -2.4 +0.5 -6.2 2.7

Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998
Variations des dépôts -586 +31 +8 -63 -36 +5 +18 +6 -27 +3 -11 +3 +11 -99 -65
banques au Trésor (1)
Dont
dépôts-importation -527 -9 -1 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
en millions de dh
Déficits budgétaires 9356 11105 8780 9938 10302 9605 -8999 -7759 -5176 -7426 -9465 -9430 -10247 -9674 -5962
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % -6.2 +0.2 +0.09 -0.6 -0.3 +0.05 -0,20 -0,08 0,52 -0,04 0,12 -0,03 -0,11 1,02 1,09

1Cette obligation s'inscrit dans le cadre des mesures prises pour assainir les comptes
extérieurs. Cependant, certains achats (importations) n'ont pas été assujettis à cette
obligation. Voir à ce sujet: le Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1978, p.48.
2Cette obligation existait avant 1970, année durant laquelle il y a eu suppression de
l'obligation de constituer les dépôts-importation. Voir à ce propos: le Rapport de Bank Al-
Maghrib, Exercice 1970, p.60.

188
Années 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Variations des dépôts -65 -19 747 901 -1087 -394 38 -182 139 -92 135
banques au Trésor (1)
Déficits budgétaires -8575 -8466 -18837 -17282 -15934 -13030 -28528 -11998 1435 1078 -17975
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % 0,76 0,22 -3,97 -5,21 6,82 3,02 -0,13 1,52 9,69 -8,53 -0,75

Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances


publiques de la TGR.
L'évolution de la part des dépôts des banques au Trésor dans le
financement du déficit budgétaire, retracée ci-dessus, laisse apparaître
clairement leur très faible contribution, sauf au cours de la période
durant laquelle a été instituée l'obligation de constituer des dépôts
préalables à l'importation c'est-à-dire entre 1978 et 1983. C'est que le
principal concours des banques au financement du déficit du Trésor
réside dans la souscription des bons du Trésor en compte courant.
Globalement, les concours des banques commerciales à la
couverture du besoin de financement du Trésor sont décrits dans le
tableau suivant :
Tableau n°63: Evolution des concours des banques commerciales
(en millions de dirhams et en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Concours en millions de dh (1) +38 +114 +171 +225 +580 +510 +361 +479 +2073 +935 +821 +1112 633 3238
Déficits budgétaires 618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9252 11600
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % +6.1 +17.2 +18.2 +43.5 +42.7 +16.5 +4.9 +6.5 +33.4 +14.8 +11.1 +9.7 6,84 27,91

1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997
Concours en millions de dh (1) 684 4781 7250 3139 4413 5011 -3126 771 6081 4868 8452 -1839 1939 3769
Déficits budgétaires 9356 11105 8780 9938 10302 9605 8999 7759 5176 7426 9465 9430 10247 9674
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % 7,31 43,05 82,57 31,59 42,84 52,17 -34,74 9,94 117,48 65,55 89,30 -19,50 18,92 38,96

1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Concours en millions de dh (1) -2 -3697 6812 11432 3762 200 -5090 3358 1868 -3769 -2661 15271 2300 11500 25000
Déficits budgétaires 5962 8575 8466 18837 17282 15934 13030 28528 11998 1435 1078 17975 28913 44067 59.180
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % -0,03 -43,11 80,46 60,69 21,77 1,26 -39,06 11,77 15,57 -262,65 -246,85 84,96 7,95 26,10 36,70

Source : Rapports de Bank Al-Maghrib.

189
Nous constatons que les concours des banques commerciales
constituent, surtout durant les années 1992, 1993,1994, 2000 et 2009
une importante voire la principale source du financement du déficit
budgétaire. Notons qu'à l'intérieur de ces concours, ce sont les
souscriptions aux bons du Trésor en compte courant, et surtout celles
faites librement dans le cadre du marché monétaire, qui représentent la
1
composante la plus importante.
A côté des concours en provenance de Bank Al-Maghrib et des
banques commerciales, le Trésor bénéficie aussi des dépôts à vue
effectués par les entreprises et les particuliers auprès des comptables
publics et des comptes chèques postaux.

C- Les dépôts auprès du Trésor et des comptes chèques


postaux
Il faut noter au départ que les dépôts qui seront analysés ici ne
comprennent pas les dépôts à caractère non monétaire qui ont déjà été
comptabilisés parmi les sources de financement intérieur et non
2
monétaire du déficit budgétaire.
Les dépôts dont il s'agit ici sont les dépôts à vue ouverts par les
entreprises et les particuliers auprès du Trésor et des chèques postaux.
L'ensemble de ces dépôts sont constitutifs de ce qu'on appelle la
monnaie-trésor ; celle-ci, ajoutée aux opérations réalisées au titre du
recouvrement des recettes budgétaires "provenant essentiellement des
3
impôts et des revenus domaniaux au sens large" forment le circuit du
Trésor public.

1Les souscriptions des banques faites dans le cadre du plancher d'effets publics, qui
dépassaient 84.7% du portefeuille souscrit en 1970, ne représentent que 34.0% en 1994.
2Voir à ce sujet: A.El M'Kaddem, "Aperçu sur le financement du déficit de Trésorerie
et son impact monétaire au Maroc de 1970 à 1980", op.cit.
3 H.Sempé, Budget et Trésor. Economie et politique financière, op.cit., p.102.
Voir à ce sujet également:
- F.Bloch-Lainé et P.de Vogüe, Le Trésor public et le mouvement général des fonds,
P.U.F., Paris, 1960.
- J.Marchal et F.Poulon, Monnaie et crédit dans l'économie française, Tome 2, Cujas,
1987.
190
Au Maroc, la monnaie-trésor, qui ne comprend pas, comme en
1
France, la monnaie divisionnaire, est gérée par deux services qui sont
2
les chèques postaux et les fonds particuliers.
Les fonds collectés auprès des entreprises et des particuliers par les
chèques postaux, qui est un service sous la tutelle du Ministère des
Postes et Télécommunications, sont déposés au Trésor. Faisons
remarquer tout de suite que les dépôts aux chèques postaux ne sont pas
3
rémunérés et ne l'ont jamais été.
Les fonds particuliers, "qui est un service à caractère bancaire et
4
soumis au droit privé" reçoit des dépôts de la part des entreprises et des
particuliers pour le compte du trésorier général du Royaume qui les met
à la disposition du Trésor. Ces dépôts sont effectués moyennant une
rémunération de 5% l'an dont 3% au profit des déposants et 2% pour
"couvrir les dépenses de fonctionnement et les paiements d'indemnités
5
revenant aux comptables."
Les statistiques monétaires publiées par Bank Al-Maghrib depuis
juin 2010 sont confectionnées conformément aux prescriptions du
Manuel des statistiques monétaires et financières du FMI de 20006.
Cette méthodologie a engendré un écart entre l’agrégat de monnaie M3

1Voir à ce sujet:
- A.Menchich, Le financement du déficit du Trésor et son impact monétaire au Maroc,
op.cit., p.75.
- Le Dahir portant création de Bank Al-Maghrib, en particulier les articles 5, 14 et 70,
op.cit.
2Le chèque postal a été introduit au Maroc en 1926. Les fonds particuliers ont été
institués au Maroc en 1942.
3Les fonds déposés par les C.C.P. au Trésor sont, par contre, rémunérés.
4A.Menchich, Le financement du déficit du Trésor et son impact monétaire au Maroc,
op.cit., p.79.
5A.El Bouzidi et R.Benbrahim, Le financement des charges du Trésor, op.cit., p.79.
6 Fonds monétaire international, Manuel de statistiques monétaires et financières,
Washington, États-Unis, 2000. Voir aussi : Bank Al-Maghrib, Méthodologie
d’élaboration des statistiques monétaires, avril 2013, p.15.
191
et ses contreparties, différence qui procède de l’exclusion de la
contrepartie des dépôts auprès de la Trésorerie Générale du Royaume
et de la Poste (CCP et CEN).
Les variations de la monnaie-trésor et leur contribution au
financement du déficit de trésorerie ont évolué comme suit :
Tableau n°64: Evolution des variations des dépôts des entreprises et des
particuliers au Trésor et aux C.C.P
(En millions de dirhams et en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Variations des dépôts aux
C.C.P. en millions de dh +67 +36 +103 -4 +186 +89 +51 +166 +59 +206 +51 +202 - -
(1)
Variations des dépôts au
Trésor en millions de dh +20 +9 +38 -1 +359 -230 +253 +187 +264 +29 -169 +85 - -
(2)
Variations totales
en millions de dh +87 +45 +141 -5 +535 -141 +304 +353 +323 +235 -118 +287 97 -129
(3)=(1)+(2)
Déficits budgétaires
en millions de dh
618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9252 11600
(4)
( 3 ) / ( 4 ) en % +14.0 +6.8 +15.0 -0.9 +39.4 -4.5 +4.1 +4.8 +5.2 +3.7 -1.6 +2.5 1,05 -1,11

Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997
Variations des dépôts au trésor et
211 102 273 624 1422 641 220 1066 -123 381 251 6 1243 41
aux C.C.P. en millions de dh ( 1 )
Déficits budgétaires
9356 11105 8780 9938 10302 9605 8999 7759 5176 7426 9465 9430 10247 9674
en millions de dh ( 2 )
( 1 ) / ( 2 ) en % 2,26 0,92 3,11 6,28 13,80 6,67 2,44 13,74 -2,38 5,13 2,65 0,06 12,13 0,42

Années 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Variations des dépôts au Trésor et
-1421 1059 461 113 73 241 10 703 -124 514 1350
aux C.C.P. en millions de dh ( 1 )
Déficits budgétaires
-5962 8575 8466 18837 17282 15934 13030 28528 11998 +1435 +1078
en millions de dh ( 4 )
( 3 ) / ( 4 ) en % 23,83 12,35 5,45 0,60 0,42 1,51 0,08 2,46 - - 125,23

Source : Rapports de Bank Al-Maghrib.


A la lumière de ce tableau, nous constatons que la part des dépôts à
caractère monétaire dans le financement du déficit du Trésor est, en
général, faible. Cette contribution, qui a été de 9.5% en moyenne entre
1970 et 2008, est parfois négative (lorsque les retraits dépassent les
dépôts) ce qui ne fait qu'aggraver les difficultés de trésorerie de l'Etat
.
192
La faiblesse des dépôts confiés au Trésor, relativement au déficit, est
susceptible de poser de graves problèmes de trésorerie pour l'Etat. En
effet, avec cette faiblesse, le circuit de la monnaie-trésor se trouve privé
d'un volant essentiel de liquidités utilisées par le Trésor pour faire face
au décalage entre ses encaissements et ses décaissements.
Cette situation amène le Trésor à intensifier ses recours aux deux
autres circuits monétaires à savoir celui de Bank Al-Maghrib, dont les
1
concours tendent, ces dernières années, vers un relâchement, et celui
surtout des banques commerciales dont les concours connaissent depuis
2
quelque temps, une tendance générale à la hausse.
D'où la nécessité pour le Trésor de fortifier et de consolider son
propre circuit monétaire à travers le développement de ses services
bancaires en vue d'amener les particuliers et les entreprises à déposer
leurs fonds auprès des réseaux des comptables publics et ceux des
chèques postaux. Le résultat serait de réduire ses recours, parfois
obligés, aux autres circuits monétaires.
Après avoir analysé séparément les différentes ressources
monétaires dont dispose le Trésor pour couvrir son déficit, il nous reste
maintenant à examiner l'évolution globale de ce mode de financement.

II- L'évolution du financement monétaire du déficit


budgétaire
Composé des concours de Bank Al-Maghrib, des concours des
banques commerciales et des dépôts à caractère monétaire auprès du
Trésor et des C.C.P., le financement d'origine monétaire du déficit
Trésor a évolué comme suit:
Tableau n°65: Evolution du financement monétaire du déficit budgétaire
(en millions de dirhams et en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Financement monétaire
en millions de dh +229 +70 +540 +416 +1346 +1237 +1366 +2243 +3399 +1882 +1960 +3036 -712 5533
(1)
Déficits budgétaires
618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9252 11600
en millions de dh ( 2 )
( 1 ) / ( 2 ) en % +37.0 +10.6 +57.8 +80.4 +99.2 +40.2 +18.6 +30.6 +54.9 +29.9 +26.6 +26.7 -7,7 47,7

1Voir le tableau n°55.


2Voir le tableau n°63.
193
Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
Financement monétaire
196 3631 6436 2564 6542 5677 -2003 2436 3766 5261 6952 8472 3450 4732 -1859 -8477
en millions de dh ( 1 )
Déficits budgétaires
9356 11105 8780 9938 10302 9605 8999 7759 5176 7426 9465 9430 10247 9674 5962 8575
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % 2,1 32,7 73,3 25,8 63,5 59,1 -22,26 31,40 72,76 70,85 -73,45 -89,84 33,67 48,91 -31,18 -98,86

Années 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Financement monétaire 9901 -7605 2368 -2160 -5872 4810 181 2115 18230 -8595 -8188 20925 23259
en millions de dh ( 1 )
Déficits budgétaires 8466 18837 17282 15934 13030 28528 11998 1435 1078 17975 28913 44067 59180
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % 116,95 -40,37 13,70 -13,56 -45,07 16,86 1,51 - - -47,82 -28,32 47,48 39,30
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR.
En analysant les données du tableau ci-dessus, nous relevons une
tendance générale à la hausse de la part du financement du déficit du
Trésor sur ressources d'origine monétaire. Représentant, en effet, 43.2%
en moyenne du déficit budgétaire durant toute la période étudiée, le
financement monétaire de ce dernier est passé, en moyenne, de 36.97%
à 50.30% respectivement entre (1970 - 1984) et (1985-1997). Cette
évolution générale à la hausse montre que les objectifs, que les
responsables se sont assignés en vue de contenir les appels de l'Etat aux
moyens à caractère monétaire, n'ont pas été atteints durant cette
1
période. Mais en analysant la couverture du déficit budgétaire sur
ressources d’origine monétaire pour la période 1998-2012, il ressort que
les autorités budgétaires ont rétréci l’appel à cette source car elle a
enregistré une variation négative de -5,33% en moyenne.
Globalement, le financement intérieur du déficit budgétaire (par
recours au moyens monétaires et non monétaires), entre 1970 et 2013,
a connu une évolution que l'on va retracer dans le tableau suivant:

1Caril s'agissait de "limiter l'appel aux fonds de financement interne, en particulier


ceux revêtant le caractère monétaire, afin que soit traduite dans les faits la volonté
manifeste d'abaisser les tensions s'exerçant sur les équilibre interne et externe", Rapport de
Bank Al-Maghrib, Exercice 1992, p.78.
194
Tableau n°66: Evolution du financement intérieur du déficit budgétaire
(en millions de dirhams et en % des déficits budgétaires) (1970 - 2013)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Financement intérieur
+5.8 +31.7 +7.3 +12.3 +11.6 +3.0 +16.8 +5.0 -7.4 +6.7 +10.1 +2.8 +7.5 +4.6
non monétaire en %
Financement intérieur monétaire
+37.0 +10.6 +57.8 +80.4 +99.2 +40.2 +18.6 +30.6 +54.9 +29.9 +26.6 +26.7 -7.7 +47.7
en %
Financement intérieur en % 42,80 42,30 65,10 92,70 110,80 43,20 35,40 35,60 47,50 36,60 36,70 29,50 -0,20 52,3

Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998
Financement intérieur +6.0 +13.5 +42.8 +58.5 -8.6 +9.9 16,27 -3,92 21,87 42,04 -73,30 -32,55 92,35 137,90 221,42
non monétaire en %
Financement intérieur +2.1 +32.7 +73.3 25.8 +63.5 +59.1 -22,26 31,40 72,76 70,85 -73,45 -89,84 33,67 48,91 -31,18
monétaire en %
Financement intérieur en %8,1 46,2 116,1 84,3 54,9 69 -5,99 27,48 94,63 112,89 -146,75 -122,39 126,02 186,81 190,24

Années 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
Financement intérieur 248,64 57,69 192,72 151,10 168,44 194,31 88,25 80,33 - - 76,48 73,42 23,18 - -
non monétaire en %
Financement intérieur -98,86 116,95 -40,37 13,70 -13,56 -45,07 16,86 1,51 - - -47,82 -28,32 47,48 - -
monétaire en %
Financement intérieur en % 149,78 174,64 152,35 164,80 154,89 149,25 105,11 81,84 - - 28,67 45,10 70,67 78,58 74,05
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR.
L'analyse détaillée des données contenues dans le tableau n°66 nous
a permis de déceler trois phases principales dans l'évolution du
financement intérieur du déficit budgétaire:
-la première phase, qui couvre la période 1970-1973, pendant
laquelle les déficits budgétaires ont été financés principalement par
appel à l'endettement interne. En effet, et du fait de l'existence de
1
déficits budgétaires modérés, les ressources intérieures ont pu financer,
en moyenne 60.7% environ de ceux-ci ;
-la seconde phase, qui s'étale sur la période allant de 1974 à 1982,
au cours de laquelle les ressources internes ne vont pouvoir couvrir, en
moyenne, que 41.7% environ des besoins de financement du Trésor.
C'est que le creusement des déficits budgétaires, auquel on a assisté
2
durant cette phase, a rendu insuffisantes ces ressources ;

1Voir le paragraphe II de la deuxième section du deuxième premier.


2Ibid.

195
-la troisième phase, qui concerne la période 1983-2012, est
caractérisée par la prédominance des moyens intérieurs dans le
financement du déficit du Trésor. Ces moyens ont, en effet, permis de
couvrir, en moyenne, 98.35% des déficits. Plus encore, les ressources
intérieures ont même pu suppléer à l'insuffisance des capitaux en
provenance de l'extérieur, capitaux dont les flux ont été négatifs et ce
en 1986 et surtout à partir de 1992
Notons que lorsque les ressources internes n'arrivent pas à financer
le déficit budgétaire, le Trésor se trouve obligé de compléter celles-ci
par le recours à des moyens de financement d'origine externe.

Section II: Le financement externe du déficit budgétaire


Avec l'accumulation des déficits budgétaires au cours des années 70
et l'insuffisance des ressources intérieures collectées, on va assister, au
Maroc, à un appel massif voire excessif aux moyens extérieurs de
couverture des besoins de financement du Trésor.
Avant d'analyser globalement l'évolution du financement extérieur
du déficit budgétaire (paragraphe 2), il convient, au préalable, de
retracer, séparément, les différentes modalités de ce type de
financement auxquelles le Trésor peut avoir recours (paragraphe 2).
Paragraphe premier : Les modalités de financement extérieur du
déficit budgétaire
On relève deux principales modalités de financement extérieur du
déficit du Trésor : il y a, d'une part les dons et, d'autre part, les emprunts
nets. A ces deux modalités, il convient d'ajouter une troisième, de nature
1
exceptionnelle, sous forme de rééchelonnement de la dette.

Paragraphe I- Les dons


Il s'agit de l'ensemble des transferts reçus définitivement du Reste
2
Du Monde. Ces dons qui sont octroyés par des pays amis, soit en nature
soit en numéraire, le sont sans contrepartie et n'impliquent aucunement
un remboursement ultérieur.

1Durant la période de mise en application du Programme d'Ajustement Structurel


(1983-1992).
2 Principalement le Conseil de Coopération du Golfe, la France et les Etats-Unis.
196
Au titre de la loi de finances 2015, il a été décidé de tenir compte de
la proposition de modification du compte d’affectation spéciale intitulé
«compte spécial des dons des pays du conseil de Coopération du Golfe
» en vue de réaliser des versements à partir de ce compte au profit du
budget général pour financer des programmes et projets de
développement prévus dans le cadre des stratégies sectorielles1.
Les dons concourent pour une part non négligeable dans le
financement du déficit budgétaire comme il apparaît dans le tableau
n°67 :
Tableau n°67: Evolution des dons (en millions de dirhams et en % des déficits
budgétaires)
Années
1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
Dons
100 92 80 129 185 116 351 340 286 238 334 1498 226
en millions de dh (1)
Déficits budgétaires
618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9252
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % 16.1 13.9 8.5 24.9 13.6 3.7 4.7 4.6 4.6 3.7 4.5 13.1 2.4

Années 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 2013 2014 2015
(1) 1010 139 2508 140 0 0 0 6255 4993 0 842 619 818 7162 13000
(2) 11600 9356 11105 8780 9938 10302 9605 9451 7517 5009 7426 9143 52039 48757 61893
( 1 ) / ( 2 ) en % 8.7 1.4 22.5 1.5 0 0 0 66.2 59.7 0 11.3 6.7 1.57 14.69 21.00
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR.
Etant nulle durant plusieurs années, la contribution des dons au
financement de déficit budgétaire a été, en moyenne, de 11.91% entre
1970 et 2015. Plus encore, les concours des dons à la couverture des
besoins de financement du Trésor ont été substantiels en 1990 et 1991
soit respectivement 66.2% et 59.7%. Cela démontre la place non
négligeable des dons dans la structure de financement du déficit du
Trésor.
Cependant, tributaires du bon vouloir des pays donateurs, les apports
des dons sont nuls depuis 1995 et doivent être complétés par l'appel aux
emprunts extérieurs.

1 Voir à ce sujet l'article 23 de la loi de finances 2015, p.15.

197
Paragraphe II- Les emprunts extérieurs nets
A l'instar des autres pays du Tiers-Monde, le Maroc a dû recourir
aux emprunts extérieurs surtout après l'accumulation de ses déficits
budgétaires, déficits dont les déterminants ont été relevés dans le
chapitre précédent.
Généralement, les emprunts extérieurs contractés par le Maroc, pour
financer ses déficits budgétaires, prennent trois formes : l'emprunt
public bilatéral, l'emprunt public multilatéral et les emprunts sur le
marché financier international.

I- L'emprunt public bilatéral et multilatéral


L'emprunt public bilatéral émane, généralement, de la mise en
1
application des accords financiers signés avec les pays de l'O.C.D.E.
2
ainsi qu'avec certains pays arabes. Il s'agit, en fait, de prêts officiels
destinés à financer l'acquisition de marchandises et biens d'équipements
produits par les pays créanciers de même qu'au financement de certains
projets économiques entrant dans le cadre des plans de développement
et arrêtés en commun accord dans le cadre de protocoles financiers.
Sachant que ce type d'emprunt est accordé à des conditions de
3
faveur, l'Etat marocain œuvre constamment à améliorer le niveau des
ressources en provenance de cette forme de financement.
Cependant, cette source de financement a pour inconvénient de ne
pas être totalement exempte de considérations politiques et d'amener le
pays bénéficiaire à acheter les produits du pays prêteur à des prix plus
4
chers qu'ailleurs.

1En particulier, La France, les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Italie et le Japon.


2Principalement l'Arabie Saoudite et le Koweït. Notons au passage que l'encours des
prêts saoudiens s'élevait en, 1982, à quelques deux milliards de dollars. Voir à ce sujet :
- C.Benazzou, Le Maroc face à l'endettement extérieur, Editions Maghrébines, 1986.
- A.Berrada et L.Khattabi, La problématique de l'endettement extérieur du Maroc (956-
1984), in La crise de l'endettement du Tiers-Monde, Editions Maghrébines, 1988.
3Taux d'intérêt réduits, délai de grâce, etc. ...
4Voir à ce propos: R.Raymond et A.Chaussard, Relations économiques internationales,
Revue Banque Editeur, 3ème édition, 1986.
198
L’emprunt public multilatéral est octroyé par des organisations
internationales spécialisées ainsi que par des institutions régionales de
développement. Les organisations internationales sont, en grandes
partie, celles rassemblées sous l'égide de l'Organisation des Nations
1 2
Unies alors que les institutions régionales concernent essentiellement
celles dépendant de l'Union Européenne.
A l'exception des facilités financières accordées par le F.M.I. et
3
destinées à faire face aux déséquilibres macro-économiques, les
emprunts obtenus auprès d'organismes internationaux et régionaux
4
servent le plus souvent à financer des projets sectoriels dans le cadre
de programmes d'investissement préalablement évalués par les bailleurs
de fonds.
Tableau n°68 : L’évolution des emprunts auprès d'organismes internationaux et
régionaux (en millions de dirhams)
2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 S1
Créanciers bilatéraux 0,8 315 1259 1603 2349 6627 7348 5994 2514 3257 1590 869 60
Pays de l’UE 118 150 1162 1927 5491 6364 1999 1943 2157 863 621 19
Pays arabes 192 403 390 232 408 191 65 188 237 32 187 24
Autres pays 5 706 51 190 728 793 3877 383 864 695 60 17
Institutions
2,9 3076 6224 5060 4661 4855 7707 4406 11440 7051 15003 5649 1828
internationales
Total 3,7 3391 7483 6663 7010 11482 15055 10400 13954 10308 16593 6518 1888
Source : Rapports sur la dette

1L'O.N.U. accorde des emprunts à travers un certain nombre d'instances qui ont été
créées à cet effet. Il s'agit, entre autres, du P.N.U.D., de la C.N.U.C.E.D. et du groupe de
la Banque Mondiale.
2Tellesque la Banque Africaine de Développement, la Banque Arabe pour le
Développement, la Banque Asiatique de Développement, etc.
3Voir à ce sujet:
- J.Frieden, Le Tiers-Monde entre la dépendance et l'indépendance monétaire,
Documents Economiques, Editions Universitaires de Fribourg, Suisse, 1983.
- A.Aquallal, La balance marocaine des paiements, Editions Imprimerie de Fédala,
1988.
4Projets sociaux, investissements dans le secteur agricole, le développement des
ressources naturelles.
199
II - L'emprunt sur le marché financier international
Alors que les autres pays du Tiers-Monde ont pu avoir accès au
marché financier international en 1971, le Maroc lancera son premier
emprunt sur ce marché en août 1975 et ce pour un montant de 200
millions de dollars. "Premier du genre dans la vie économique du Maroc
indépendant, cet emprunt a été contracté pour sept ans auprès d'un
1
groupe de banques arabes américaines et européennes."
2
Accordés par un consortium de banques, les crédits en provenance
du marché financier international sont, dans leur quasi-totalité, libellés
3
en dollar et obtenus à des taux d'intérêt très élevés sur des périodes
4
relativement courtes.
Tableau n°69 : Quelques émissions réalisées sur le marché
financier international en devises
Montant durée Prime de risque
Juillet 1996 1,5 milliards de Francs français 5 ans 48 pb
Avril 1999 138,7 millions d’Euro 7 ans 55 pb
Juillet 2003 400 millions d’Euro 5 ans 215 pb
Juillet 2007 500 millions d’Euro 10 ans 55 pb
Septembre 2010 1 milliard d’Euro 10 ans 200 pb
Source : Rapports sur la dette
Tableau n°70: Quelques émissions réalisées sur le marché financier international en
millions de dirhams
2015-
2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2012 2013 2013 2014
T1
Marché
Financier 4,3 0 0 0 5,6 0 0 11186 0 12839 12839 0 6422 11167 0
International
Source : Rapports sur la dette et Bulletin de la dette extérieure du Trésor, juin 2015

1Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1975, p.84.


2Cesbanques désignent un agent manager. Dans le jargon financier, ces prêts sont
nommés "Prêts Syndiqués".
3Le taux auquel sont accordés ces prêts est variable. Il est, en fait, rattaché à un taux de
base qui subit des fluctuations (le London InterBank Offer Rate).
Aux charges d'intérêt, il convient d'ajouter d'autres sous forme de commissions (de
direction, d'engagement, d'agent...) et de frais. Le résultat est l'alourdissement des charges
globales afférentes à ce type d'emprunt.
4Par rapport aux durées des emprunts traditionnels (l'emprunt bilatéral et l'emprunt
multilatéral).
200
Après cette brève présentation de ces trois sources extérieures de
financement du déficit du Trésor, il nous reste maintenant à analyser
l'évolution de leur part dans ledit déficit.
Pour ce faire, on retiendra les flux nets d'emprunts c'est-à-dire la
différence entre les tirages opérés sur les emprunts extérieurs et les
versements en capital1au titre des emprunts antérieurement contractés.2
Tableau n°71: Evolution des emprunts extérieurs nets (en millions de dirhams et
en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984
Emprunts extérieurs
nets en millions de dh +343 +434 +336 -8 +179 +1350 +4465 +5195 +3383 +4016 +4816 +8079 +9356 +1772 -144
(1)
Déficits budgétaires
en millions de dh 9356
618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9252 11600
(2)
( 1 ) / ( 2 ) en % +55.6 +65.8 +35.9 -1.5 +13.1 +43.8 +60.7 +70.8 +54.6 +63.8 +65.3 +71.0 +101.1 +14.8 -1.5

Années 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
(1) -1253 -14078 -8343 -3190 -4567 -1695 -964 -3681 -2419 -5825 -2975 -3080 -8398 -5380 -4269
(2) 11105 8780 9938 10302 9605 8999 7759 5176 7426 9465 9430 10247 9674 5962 8575
( 1 ) / ( 2 ) en % -11.2 -160.3 -83.9 -30.9 -47.5 -18,84 -12,42 -71,12 -32,57 -61,54 -31,55 -30,06 -86,81 -90,24 -49,78

Années 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
(1) -6319 -9861 -11199 -8746 -6417 -1457 -199 3597 11082 12822 15837 7279 15062 15.009 9.064 21.589
(2) 8466 18837 17282 15934 13030 28528 11998 +1435 +1078 17975 28913 44067 59180 52.039 47781 49618
(1)/(2) -74,64 -52,35 -64,80 -54,89 -49,25 -5,11 -1,66 - - 71,33 54,77 16,52 34,18 28,84 18, 96 43,51
en %

Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Statistiques du Trésor


A partir du tableau ci-dessus, en peut relever trois phases principales
dans la politique de financement extérieur du déficit budgétaire:
- la première phase, qui va de 1970 à 1973, a été marquée par un
appel modéré aux emprunts extérieurs qui n'ont représenté, en
moyenne, que 30% environ des déficits. Ceci dit, le problème de

1Les versements au titre des intérêts sont comptabilisés parmi les dépenses ordinaires
de l'Etat.
2Non compris les gains de rééchelonnement (au titre des intérêts et du capital) qui
constituent une troisième source de financement (de 1983 à 1992) et qui sera analysée à
part.
201
l'endettement extérieur, durant cette phase, "ne se posait pas encore de
1
façon alarmante." Notons aussi que cette période a été caractérisée par
le recours, uniquement, aux sources traditionnelles de financement
extérieur c'est-à-dire l'emprunt bilatéral et l'emprunt multilatéral ;
- la deuxième phase, se situant entre 1974 et 1982, correspond à une
période durant laquelle "les emprunts extérieurs de l'Etat amorcent une
2
accélération, modérée pour 1974, mais très importante dès 1975." En
effet, la part des emprunts extérieurs dans le financement du déficit va
passer, en moyenne, à 60.4%. Cela montre l'ampleur du financement
extérieur du déficit du Trésor, financement qui va en 1982 excéder
3
même le montant du déficit. Précisons que, durant cette phase, le
Trésor a eu recours, et d'une manière exagérée, aux emprunts privés sur
4
le marché international de capitaux à côté de l'appel aux sources
traditionnelles.
L'endettement extérieur du Maroc, qui a été excessif durant cette
5
période, va déboucher sur un accroissement cumulatif aussi bien de on

1H.Méziane, analyse des dépenses publiques. Une étude des relations Etat-économie
au Maroc (1956-1986), op.cit., p.233.
2A.El M'Kaddem, "Aperçu sur le financement du déficit de Trésorerie et son impact
monétaire au Maroc de 1970 à 1980", op.cit., p.243.
3Ce qui signifie que le Trésor se désengage vis-à-vis de ses créanciers internes.
Soulignons à cette occasion que le remboursement de l'emprunt national du Sahara de
1976 s'inscrit dans cette opération.
4L'encours de la dette extérieure privée est passée de 396 millions de dollars à 3568
millions de dollars entre 1975 et 1982. Voir à ce sujet: A.Marcil, Les emprunts du Maroc
sur le marché de l'eurodollar, Mémoire du cycle supérieur de l'E.N.A.P., 1983.
5Plusieurs facteurs ont concouru à la spirale de l'endettement extérieur du Maroc. Ces
facteurs sont à la fois internes (la hausse spectaculaire des prix des phosphates, la politique
volontariste de l'Etat, le conflit saharien, la sécheresse, etc.) et externes ( le contexte
économique international, la politique monétaire américaine, etc.). Voir à ce sujet:
- J.Metreau-Clause, La crise de l'endettement international, Thèse, Paris I, 1986.
- Ch.de Boissieu, "Difficultés et contraintes actuelles des politiques économiques",
Problèmes Economiques n° 1862, février 1984.
- A.Bouabid, Les effets des dépenses militaires sur l'activité économique des P.S.D.,
Cas du Maroc, Thèse, Paris IX Dauphine, 1986.
202
1
encours que de son service, accroissement qui n'était pas sans affecter
gravement l'Etat des finances publiques. C'est ainsi qu'en 1983 "le
Maroc n'était plus en mesure de rembourser normalement ses dettes
2
échues."
Cette situation a amené les responsables en 1983 (année où le Maroc
est en état de cessation de paiement) à solliciter le rééchelonnement des
prêts "consentis aussi bien par les organismes gouvernementaux,
représentés par le Club de Paris, que par les banques commerciales,
3
réunies dans le Club de Londres." L'année 1983 a été aussi la date
d'institutionnalisation du programme d'ajustement structurel après une
4
phase qualifiée "d'ajustement sans F.M.I. ;"
- la troisième et dernière phase, qui commence à partir de 1983 a été
caractérisée par un financement extérieur net (hors rééchelonnement)
négatif. Ce flux négatif, qui persiste encore même après la fin de la
longue décennie d'ajustement (1983-1992), a été, en moyenne, de -

- H.El Malki, L'endettement international du Maroc, un fait de longue durée, in l'Etat


marocain dans la durée (1950-1985), Sous la Direction de A.Doumou, Edition Edino,
1987.
1L'encours de la dette, qui ne représentait que 17% du P.I.B. en 1972, est passé à 88%
en 1982.
2A.Fadel, "Processus d'endettement du Maroc indépendant", Vues Economiques n°1,
1992, p.28.
3Ibid., p.29.
Précisons que les prêts consentis par le F.M.I. et la B.I.R.D. ne peuvent pas faire l'objet
d'une telle mesure.
4Le rééchelonnement de la dette marocaine n'avait été accepté qu'en échange d'une
garantie: l'application d'un P.A.S..
Sur le plan des finances publiques, le P.A.S. établit des mesures ayant pour but de
réduire le déficit budgétaire considéré comme le principal déterminant du déficit externe.
Voir à ce sujet:
- F.M.I., "Conception des programmes d'ajustement", Occasionnal Paper, n°55,
I.N.S.T., Doc 250, F.M.I., Washington D.C., septembre 1988.
- Gray et Lynn, "Améliorer les finances publiques pour promouvoir le développement",
Finances et Développement, septembre 1988.
- Bilan décennal du programme d'ajustement structurel, op.cit.
203
27.38% du déficit budgétaire entre 1983 et 2015. Donc, c'est grâce au
réaménagement des conditions de remboursement obtenues dans le
cadre des accords de rééchelonnement que le Trésor est arrivé à alléger
les charges de sa dette. Ceci dit, le mécanisme de rééchelonnement
constitue une nouvelle forme d'endettement et donc de financement
1
extérieur.

III- Les ressources exceptionnelles de rééchelonnement


La pratique du rééchelonnement, qui consiste à reporter l'échéance
du prêt initial, a permis au Trésor de bénéficier de ressources
2
financières extérieures exceptionnelles. Ces rééchelonnements qui ont
concerné aussi bien les intérêts que le capital, consacrent, cependant,
l'incapacité du Maroc à rembourser ses dettes échues et confirment "le
3
mécanisme de fuite en avant." Les gains de rééchelonnement desquels
a bénéficié le Maroc entre 1983 et 1992 ont évolué comme suit :
Tableau n°72: Evolution de l'allégement de la dette au titre des intérêts et du
capital (en millions de dirhams et en % des déficits budgétaires)
Années 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992
Allégement au titre des
1292 1899 508 1417 2142 2129 1113 2362 1036 713
intérêts (1)
Allégement au titre du
2508 6837 6699 11236 7754 5714 6427 7583 4058 2739
capital (2)
Allégement de la dette au
titre des intérêts et du capital
3800 8736 7207 12653 9896 7843 7540 9945 5094 3452
en millions de dh
( 3 )= ( 1 ) +( 2 )
Déficits budgétaires
en millions de dh ( 4 ) 11600 9356 11105 8780 9938 10302 9605 9451 7517 5009
( 3 ) / ( 4 ) en % 32.7 93.3 64.8 144.1 9.5 76.1 78.5 105.2 67.7 68.9
Source: Statistiques du Trésor.
L'analyse des données contenues dans le tableau ci-dessus laisse
apparaître que les gains de rééchelonnement, dont a bénéficié le Maroc

1A.Berrada et L.Khattabi, La problématique de l'endettement extérieur du Maroc


(1956-1984), in La crise de l'endettement du Tiers-Monde, op.cit.
2Pour une présentation des accords de restructuration de la dette marocaine, voir en
particulier: C.Dufloux et M.Karlin, "La dette marocaine, le "oui, mais..." des créanciers",
La Revue Banque, n°507, juillet-août 1990.
3Ibid., op.cit., p.717.
204
au titre des intérêts et du principal, ont permis de couvrir, en moyenne,
70.7% du besoin de financement du Trésor ; ce qui a été pour compenser
largement les flux négatifs des emprunts extérieurs nets durant la
période d'ajustement, flux qui ont été, en moyenne, de -42.4% du
déficit du Trésor.
Après avoir relevé et analysé les différentes modalités de
financement extérieur du déficit de trésorerie, il nous reste maintenant
à retracer globalement l'évolution de ce type de financement.

Paragraphe III- L'évolution du financement extérieur du


déficit budgétaire
Ayant pour source les dons, les emprunts nets et, durant la période
d'ajustement, les gains de rééchelonnement, le financement extérieur du
1
déficit budgétaire au Maroc a connu une évolution que l'on va décrire
dans le tableau suivant :
Tableau n°73 : Evolution du financement extérieur
(en millions de dirhams et en % des déficits budgétaires)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Financement extérieur
+343 +434 +336 -8 +179 +1350 +4465 +5195 +3383 +4016 +4816 +8079 +9356 +1772
en millions de dh (1)
Déficits budgétaires
en millions de dh (2) 618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9252 11600
( 1 ) / ( 2 ) en % +55.6 +65.8 +35.9 -1.5 +13.1 +43.8 +60.7 +70.8 +54.6 +63.8 +65.3 +71.0 +101.1 +47.6

Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
Financement extérieur
8598 5974 -1414 1560 4646 2978 9538 5627 278 -957 -4425 -2111 -2666 -8398 -5380 -4269
en millions de dh (1)
Déficits budgétaires
9356 11105 8780 9938 10302 9605 8999 7759 5176 7426 9465 9430 10247 9674 5962 8575
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % +91.9 +53.8 -16.1 +15.7 +45.1 +31.0 105,99 72,52 5,37 -12,89 -46,75 -22,39 -26,02 -86,81 -90,24 -49,78

Années 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
Financement extérieur
-6319 -9861 -11199 -8746 -6417 -1457 -199 3597 11082 12822 15837 7279 15062 15009 9293 53
en millions de dh (1)
Déficits budgétaires
8466 18837 17282 15934 13030 28528 11998 1435 1078 17975 28913 44067 59180 52039 47781 49618
en millions de dh (2)
( 1 ) / ( 2 ) en % -74,64 -52,35 -64,80 -54,89 -49,25 -5,11 -1,66 - - 71,33 54,77 16,52 34,18 28,84 19,45 00,11
Source : Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances publiques
de la TGR et dans les Statistiques du Trésor.

1Pour une analyse de l'endettement extérieur du Maroc voir, en particulier, l'article de


F.Oualalou, "La question de l'endettement extérieur du Maroc et le P.A.S.", Bilan décennal
du programme d'ajustement structurel, op.cit.
205
Ayant représenté plus de 60%, en moyenne, du déficit budgétaire
entre 1974 et 1982, les ressources extérieures n'ont pu financer que
38.1%, en moyenne, de ce déficit durant la période d'ajustement et
seulement 9.7%, en moyenne, durant la période allant de 1983 à 1997.
Pour la période 1983-2015, les flux nets de financement extérieurs des
déficits budgétaires ont été négatifs, représentant -27 .38% de ceux-ci.
La baisse de la part de financement extérieur depuis 1983 s'explique
par "le tarissement des sources externes"1surtout privées.2C'est que
avec la politique de redressement budgétaire, ayant pour but d'appliquer
une sévère politique d'austérité budgétaire, les responsables ont été
contraints d'assurer le financement d'une part croissante des dépenses
d'investissement par l'épargne budgétaire et sur ressources d'emprunt
3
intérieur.
A travers la présentation de l'évolution du financement extérieur du
déficit budgétaire, nous avons pu constater qu'après une période
caractérisée par un appel modéré aux sources extérieures (vu le niveau
modeste de ce déficit) va succéder une autre pendant laquelle on va
assister à un recours massif aux emprunts extérieurs (suite à l'apparition
de déficits budgétaires colossaux) se traduisant par un endettement
excessif et se soldant par une grave crise financière en 1983. Celle-ci
va entraîner l'institutionnalisation de l'intervention des instances
financières internationales à travers "l'instauration de deux processus:
4
l'ajustement structurel et le rééchelonnement de la dette." Ces

1M.Boussetta, Financement public, déséquilibres budgétaires et accumulation de la


dette publique au Maroc, Annales Marocaines d'Economie, n°11, Printemps 1995, p.79.
2Le Maroc a dû arrêter ses appels au marché financier international après le lancement
du P.A.S.. Cependant, avec la fin du cycle de rééchelonnement, au début de l'année 1993,
l'accès au marché international de capitaux est devenu possible.
3Voir à ce sujet l'Intervention du ministre des finances devant le groupe consultatif
pour le Maroc de la Banque Mondiale, Paris, 9-11 janvier 1985.
4A.Fadel, Processus d'endettement du Maroc indépendant, op.cit, p.28.
Notons qu'à côté du rééchelonnement et de la mise en place d'un P.A.S., il existe
d'autres initiatives visant à restaurer la crédibilité financière des pays débiteurs dont
notamment : le plan Baker, le plan Brady, la proposition de Toronto, la nouvelle stratégie
du F.M.I. et de la banque Mondiale, etc. Voir à ce sujet :
206
initiatives ont permis de réduire la part des emprunts extérieurs ainsi
que de ramener les déficits budgétaires à des niveaux raisonnables. Cela
montre que les "progrès réalisés par les finances publiques sur la voie
1
d'assainissement et du redressement sont probants." Il importe donc de
préserver les acquis de l'ajustement et de poursuivre les efforts dans le
2
but de contenir davantage les besoins de financement du Trésor.
Au total, la politique de financement de l'Etat, durant la période
d'étude (1970-2015), a subi des modifications que l'on décèle à travers
les changements qu'ont connus les contreparties financières du déficit
du Trésor. Pour mettre en exergue le changement de la structure du
financement du déficit budgétaire, nous proposons le tableau
récapitulatif suivant:
Tableau n°74: Evolution de la structure du financement du déficit du Trésor en %
(1970 – 2015 )
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Financement intérieur
+5.8 +31.7 +7.3 +12.3 +11.6 +3.0 +16.8 +5.0 -7.4 +6.7 +10.1 +2.8 +7.5 +4.6
non monétaire en %
Financement intérieur
+37.0 +10.6 +57.8 +80.4 +99.2 +40.2 +18.6 +30.6 +54.9 +29.9 +26.6 +26.7 -7.7 +47.7
monétaire en %
Financement intérieur
42,80 42,30 65,10 92,70 110,80 43,20 35,40 35,60 47,50 36,60 36,70 29,50 -0,20 52,3
en %
financement extérieur
+55.50 +65.86 +35.94 -1.55 +13.19 +43.89 +60.79 +70.86 +54.64 +63.81 +65.35 +71.05 +101.12 +47.7
en %
Opérations à classer
+1.7 -8.16 -1 .04 +8.85 -23.99 +12.91 +3.81 -6.46 -2.14 -0.41 -2.05 -0.55 -0.92 -
et à régulariser en %
Total 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0

- A.Bernoussi et L.Bonettere, "La gestion de la dette dans les P.E.D. constitue-t-elle


une issue à la crise?", Annales Marocaines d'Economie, n°1, Printemps 1992.
- M.B.Tlemçani, "Quelle stratégie de la dette? Réduction ou spéculation?", Annales
Marocaines d'Economie, n°5, Eté 1993.
1Rapport de Bank Al-Maghrib, Exercice 1992, p.78.
2A ce sujet voir les articles suivants:
- "Finances publiques et cycles conjoncturels", Lettre du Centre Marocain de
Conjoncture, n°34, 1994.
- "Les besoins de financement publics", Lettre du Centre Marocain de Conjoncture,
n°38, 1995
207
Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998
Financement intérieur
+6.0 +13.5 +42.8 +58.5 -8.6 +9.9 16,27 -3,92 21,87 42,04 -73,30 -32,55 92,35 137,90 221,42
non monétaire en %
Financement intérieur
+2.1 +32.7 +73.3 25.8 +63.5 +59.1 -22,26 31,40 72,76 70,85 -73,45 -89,84 33,67 48,91 -31,18
monétaire en %
Financement intérieur
8,1 46,2 116,1 84,3 54,9 69 -5,99 27,48 94,63 112,89 -146,75 -122,39 126,02 186,81 190,24
en %
financement extérieur
+91.9 +53.8 -16.1 +15.7 +45.1 +31.0 105,99 72,52 5,37 -12,89 46,75 22,39 -26,02 -86,81 -90,24
en %
Total 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0

Années 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
Financement intérieur 248,64 57,69 192,72 151,10 168,44 194,31 88,25 80,33 - - 76,48 73,42 23,18 38,92 - - -
non monétaire en %
Financement intérieur -98,86 116,95 -40,37 13,70 -13,56 -45,07 16,86 1,51 - - -47,82 -28,32 47,48 34,14 - - -
monétaire en %
Financement intérieur 149,78 174,64 -152,35 -164,80 -154,89 -149,25 105,11 81,84 - - 28,67 45,10 70,67 73,76 71,16 76,27 99,80
en %
Privatisation en % - - - - - - - 19,82 - - 0 -0,12 12,81 4,83 0,00 4,28 0,09
Financement extérieur -49,78 -74,64 52,35 64,80 54,89 49,25 -5,11 -1,66 - - 71,33 54,77 16,52 34,18 28,84 19,45 0,11
en %
Total 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 - - 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0 100.0
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR.
Tableau n°75: Evolution de la structure du financement du déficit du Trésor en millions
de dirhams (1970 - 2015)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983
Financement intérieur
265 279 609 479 1504 1329 2600 2610 2941 2304 2705 3354 -19 6067
(En millions de DH)
Financement extérieur
343 434 336 279 -8 179 1350 609 4465 5195479 3383 4016 1504 4816 8079 9356
1329 5533 2600
(En millions de DH)
Opérations à classer
10 -54 -10 46 -326 397 280 -474 -132 -26 -151 -62 -85 -
et à régulariser
Total 618 659 935 517 1357 3076 7375 7331 6192 6294 7370 11371 9252 11600

Années 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998
Financement intérieur
758 5131 10194 8378 5656 6627 -539 2132 4898 8383 13890 11541 12913 18072 11342
(En millions de DH)
Financement extérieur
8598 5974 -1414 1560 4646 2978 9538 5627 278 -957 -4425 -2111 -2666 -8398 -5380
(En millions de DH)
Total 9356 11105 8780 9938 10302 9605 8999 7759 5176 7426 9465 9430 10247 9674 5962

208
Années 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
Financement intérieur
12844 14785 28698 28481 24680 19447 29985 9819 -8085 -12160 5153 13041 31141 40826 47920 36442 49522
(En millions de DH)
Privatisation 1
- - - - - - - 2378 3053 0 0 35 5647 3292 0 2046 43
(En millions de DH)
Financement extérieur
-4269 -6319 -9861 -11199 -8746 -6417 -1457 -199 3597 11082 12822 15837 7279 15062 15.009 9293 54
(En millions de DH)
Total 8575 8466 18837 17282 15934 13030 28528 11998 +1435 +1078 17975 28913 44067 59180 52039 47781 49618
Source: Rapports de Bank Al-Maghrib et Bulletins mensuels des finances
publiques de la TGR.

Section III : Des déficits à l’accumulation de la dette


publique
La dette publique est le résultat du recours à l’endettement public,
corollaire du financement des déficits budgétaires. Selon certains
observateurs, la dette publique est considérée comme étant « le
portefeuille financier le plus important du pays. Il contient
fréquemment des montages financiers complexes, et peut faire peser un
risque substantiel sur le compte de patrimoine de la nation »2. Lorsque
la dette publique s’alourdit et devient mal structurée, l’économie
nationale devient « vulnérable aux chocs économiques et financiers et
est souvent l’une des principales causes des crises économiques
pays »3. La dette publique est un stock qui est alimenté par
l’accumulation des emprunts contractés par les administrations
publiques afin de couvrir les déficits publics4.

1 Le rapport annuel de Bank Al-Maghrib de 2012 recèle une erreur quant aux
recettes de privatisation. Au lieu de mentionner que ces recettes s’élèvent à 5647, il
les estime à seulement 5319 ce qui a posé un problème au niveau de la couverture du
besoin de financement du Trésor.
2V.Sundararajan et Kenneth G. Lay, Directives pour la gestion de la dette
publique : document d’accompagnement, document préparé par les services du Fonds
monétaire international et de la Banque mondiale, novembre 2002, p.10.
3 V.Sundararajan et Kenneth G. Lay, Directives pour la gestion de la dette
publique, op.cit., p.10.
4 Voir en particulier : M.Audit (sous la direction de), Insolvabilité des Etats et
dettes souveraines, LGDJ, 2011.
209
Tableau n°76 : Dette des administrations publiques de certains pays l’OCDE en %
du PIB
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Australie 14.6 13.9 19.5 23.6 27.1 32.4 33.7 33.8
Autriche 63.5 68.7 74.1 78.1 80.0 84.9 86.8 86.9
Belgique 87.9 92.7 99.8 99.5 101.9 104.1 104.7 104.5
Canada 65.0 69.2 81.5 83.0 83.4 85.5 85.2 85.3
République tchèque 31.0 34.4 40.8 45.2 48.2 55.9 59.3 61.9
Danemark 34.3 41.4 49.3 53.1 59.9 58.9 58.6 58.4
Finlande 41.4 40.3 51.8 57.9 57.9 63.3 66.2 69.9
France 73.0 79.3 91.3 95.6 99.5 109.7 113.5 116.3
Allemagne 65.6 69.9 77.5 86.1 86.3 89.2 87.9 85.1
Grèce 119.3 122.4 138.3 156.9 178.9 165.6 183.7 189.2
Hongrie 73.3 77.1 86.4 87.3 85.9 89.0 88.9 88.9
Islande 53.3 102.2 119.8 125.1 133.8 131.8 128.6 124.4
Irlande 28.6 49.7 70.5 98.0 112.2 123.3 129.3 126.4
Italie 114.4 116.9 130.1 128.9 122.0 140.2 143.6 143.9
Japon 162.4 171.1 188.7 193.3 210.6 219.1 228.4 233.1
Corée 28.8 30.4 33.5 34.3 36.2 35.1 35.0 35.2
Luxembourg 11.4 19.3 19.1 25.8 25.9 28.4 30.4 32.0
Pays-Bas 51.5 64.8 67.6 71.6 75.9 82.6 84.2 85.7
Nouvelle-Zélande 25.5 28.7 34.2 37.9 41.6 44.3 46.3 46.9
Norvège 56.6 55.2 49.0 49.2 34.1 34.6 41.3 53.2
Pologne 51.7 54.4 58.4 62.4 63.1 62.6 64.7 65.7
Portugal 75.5 80.8 94.0 105.5 121.6 138.8 142.8 147.3
République slovaque 33.5 32.2 40.4 45.9 48.2 56.6 58.8 60.2
Slovénie 29.5 28.8 43.1 47.3 51.1 61.0 70.7 75.0
Espagne 42.4 47.8 62.9 67.8 77.1 90.5 97.8 103.5
Royaume-Uni 47.0 57.5 72.0 85.6 100.4 103.9 109.1 113.0
États-Unis 66.3 75.3 88.8 97.9 102.3 106.3 109.1 110.4
Zone euro (15 pays) 72.3 77.6 88.3 93.5 95.6 103.9 106.4 106.9
OCDE-Total 74.3 80.9 92.3 98.9 103.5 108.8 111.9 113.1
Source : Perspectives économiques de l’OCDE n° 93, juin 2013.
Pour analyser la dette publique au Maroc, nous allons d’abord mettre
en évidence son poids avant de détailler ses modes de gestion.

Paragraphe I-Poids de la dette directe du Trésor


L’un des principaux indicateurs du poids de la dette publique est le
rapport entre cette dernière et le Produit Intérieur Brut. Une dette
soutenable implique que le niveau actuel et futur de l’endettement ne
soit pas trop élevé et que les financements du Trésor n’entraînent pas la
hausse des taux d’intérêt, hausse préjudiciable à l’activité économique
privée.
210
Le poids de la dette publique est pris en compte dans la règle d’or en
matière de finances publiques, règle établie dans le cadre du pacte
budgétaire européen, officiellement nommé Traité sur la Stabilité, la
Coordination et la Gouvernance1.
En effet, dans ce pacte sur la stabilité, « lorsque le rapport entre la
dette publique et le produit intérieur brut aux prix du marché est
sensiblement inférieur à 60 % et lorsque les risques pour la soutenabililité
à long terme des finances publiques sont faibles, la limite inférieure de
l'objectif à moyen terme, soit un déficit structurel de 0,5% du PIB courant,
peut être relevée pour atteindre un déficit structurel d'au maximum 1,0 %
du produit intérieur brut aux prix du marché. »2
Tableau n°77 : Evolution de la dette du Trésor
1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988
Encours de la dette totale du Trésor
30826 42054 54985 72921 94559 106278 120035 134588 171167
en millions DH
Dette totale
41,61 53,21 59,19 73,55 84,17 82,06 77,58 85,89 93,93
en % du PIB
Encours de la dette intérieure du Trésor
10129 11297 13592 17534 18914 26375 36832 45838 51437
en millions DH
Dette intérieure
13,67 14,29 14,63 17,69 16,84 20,37 23,80 29,25 28,23
en % du PIB
Encours de la Dette extérieure
20697 30557 41393 55387 75645 79903 83203 88750 119730
en millions de DH
Dette extérieure
27,93 38,66 44,56 55,87 67,33 61,70 53,77 56,64 65,70
en % du PIB
Population en milliers de personnes) 19380 19855 20334 20815 21297 21779 22261 22742 23220

1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997


Encours de la dette totale du Trésor
181445 168253 179173 208150 220944 230159 233568 241531 250859
en millions DH
En % du PIB 93,56 79,05 73,93 85,69 88,65 82,40 82,91 75,56 78,57
Encours de la dette intérieure du Trésor
58674 57126 58920 67225 76847 93843 101571 110493 121526
en millions DH
En % du PIB 30,26 26,84 24,31 27,67 30,83 33,60 36,06 34,57 38,06
Encours de la Dette extérieure
122771 111127 120253 140925 144097 136316 131997 131038 129333
en millions de DH
Dette extérieure en du PIB% 63,31 52,21 49,62 58,01 57,82 48,80 46,86 41,00 40,51
Population
23696 24167 24634 25095 25549 25996 26435 26864 27282
en milliers de personnes)
Dette par tête (En DH) 7657,20 6962,10 7273,40 8294,48 8647,85 8853,63 8835,56 8990,88 9195,04

Source : Rapports sur la dette

1 Voir chapitre précédent.

2 Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l'union


économique et monétaire, 2 mars 2012, article 3.
211
Il ressort du tableau ci-dessus que la dette totale du Trésor en % du
PIB entre 1980 et 1997 a connu une tendance à la hausse pour atteindre
son paroxysme en 1988 (93,93%) avant d’enregistrer une légère baisse
à partir de 1990. Durant la même période, l’encours de la dette
extérieure du Trésor s’est, dans une première phase accru pour se situer
à 65,7% du PIB en 1988 avant de baisser et de se fixer à 40,51% en
1997. De son côté et pendant cette période, la dette intérieure du Trésor,
qui ne représentait que 13,67% du PIB en 1980 va croître pour dépasser
les 40% en 1997. Il faut faire constater qu’en termes absolus, la dette
totale du Trésor est marquée par une tendance générale à la hausse
puisque l’encours de cette dette en 1997 représente huit fois celui de
1980. Dans le même sens, la dette par tête, qui était de 1590 dirhams en
1980, sera multipliée par six fois environ en 1997, soit 9195 dirhams.
Tableau n°78 : Evolution de la dette totale du Trésor entre 1998 et 2014
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006
Encours de la dette
totale du Trésor (En 256 691 260 356 267 767 286 208 283 817 290 120 293 972 327529 330834
millions DH)
En % du PIB 66,7% 66,8% 68,1% 67,1% 63,7% 60,8% 58,2% 62,1% 57,3%
Charges en intérêts
18 256 18 207 18 438 18 925 18 159 17 393 17 406 17 369 18 802
(En millions DH)
En % du PIB 4,8% 4,7% 4,7% 4,5% 4,1% 3,7% 3,4% 3,3% 3,2%
Population
(En milliers de 27689 28084 28 466 28 833 29 185 29 520 29840 30 172 30 509
personnes)
Dette par tête
9270,50 9270,62 9406,56 9926,40 9724,76 9827,91 9851,61 10855,40 10843,82
(En DH)

2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014


Encours de la dette du Trésor
329779 325806 345 177 384 605 430 923 493 677 554261 586065
(En millions DH)
En % du PIB 53,5% 47,3% 46,9% 50,3% 53,7% 59,6% 63,5% 63,9%
Charges en intérêts
19 203 18 404 17 429 17 551 18 136 19 915 23300 25633
(En millions DH)
En % du PIB 3,1% 2,7% 2,4% 2,3% 2,3% 2,4% 2,6% 2,8%
Population
30 850 31 195 31 543 31 894 32 245 32 597 32950 33848
(En milliers de personnes)
Dette par tête
10689,76 10444,17 10943,06 12058,85 13364,03 15144,86 16730,80 17314,61
(En DH)
Source : Rapports sur la dette

212
A la lecture des données contenues dans le tableau ci-dessus, il
ressort que la dette totale du Trésor en % du PIB a accusé une tendance
générale à la baisse durant la période 1998-2009 pour se fixer à 46,9%
en 2009. Mais à partir de 2010, et suite aux effets de la crise qui a frappé
l’économie mondiale en 2008, la dette totale du trésor va tendre vers la
hausse pour s’approcher du seuil de 60% du PIB. La dette du trésor par
tête s’est située à 15144 dirhams, soit une fois et demi celle de 1998 ou
dix fois celui de 1980.
Tableau n°79: Dette intérieure du trésor (1998-2014)
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Encours de la dette intérieure
130 827 136 401 149 121 175 611 191 255 211 196 223 616
du Trésor (En millions DH)
En % du PIB 34,0% 35,0% 37,9% 41,2% 42,9% 44,3% 44,3%
Charges en intérêts
11 471 12 068 12 035 13 017 13 722 14 211 14 879
(En millions DH)
En % du PIB 3,0% 3,1% 3,1% 3,1% 3,1% 3,0% 2,9%
Coût moyen (%) 8,9% 8,6% 8,3% 8,2% 7,2% 6,8% 6,4%

2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Encours de la dette
intérieure du 265 263 266
258 489 257 547 292 252 331 342 376 805 424458 445040
Trésor 777 833 439
(En millions DH)
En % du PIB 49,0% 46,0% 42,8% 37,4% 36,2% 38,2% 41,3% 45,5% 48,6 48,5
Charges en intérêts 16 14 15
14 980 16 494 15 562 15 222 16 591 19418 21897
(En millions DH) 362 567 099
En % du PIB 2,8% 2,8% 2,7% 2,3% 2,0% 2,0% 1,9% 2,0% 2,2% 2,4%
Coût moyen (%) 6,2% 5,9% 5,8% 5,4% 5,1% 5,3% 4,8% 4,8% 4,7% 4,6%
Source : Rapports sur la dette.
Les données du tableau ci-dessus montrent que la dette intérieure du
Trésor a connu un accroissement continu durant la période 1998-2013.
Sa part dans le PIB est passée de 34% en 1998 à presque 50% en 2014.
En effet, en 2014, cette dette représente plus de trois fois celle de 1998.
Son coût moyen a enregistré une tendance à la baisse durant toute la
période étudiée, soit un coût moyen de 6,51% durant toute la période
étudiée.

213
Tableau n°80: Evolution de la dette extérieure du trésor (1998-2015)
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Encours de la dette extérieure du
125 864 123955 118646 110597 92 562 78 924 70 356
Trésor (En millions DH)
En % du PIB 32,7% 31,8% 30,2% 25,9% 20,8% 16,5% 13,9%
Charges en intérêts (En millions DH) 6 785 6 139 6 403 5 908 4 437 3 182 2 527
En % du PIB 1,8% 1,6% 1,6% 1,4% 1,0% 0,7% 0,5%
Coût moyen (%) 5,3% 4,9% 5,2% 5,0% 4,0% 3,4% 3,2%
Avoirs extérieurs nets (En millions
43.026 59.091 54.685 101949 110780 127461 144441
DH)
Avoirs extérieurs nets / Dette
34,18 47,67 46,09 92,18 119,68 161,50 205,30
extérieure du Trésor en %

2015
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
T2
Encours de la dette
extérieure du 116
69 041 65 057 65 946 68 259 78 738 92 353 99 581 129804 141086 139918
Trésor 872
(En millions DH)
En % du PIB 13,1% 11,3% 10,7% 9,9% 10,7% 11,8% 12,4% 14,1% 14,9% 15,4% -
Charges en intérêts
2 389 2 440 2 709 2 842 2 863 2 329 3 037 3 395 3882 3736 1436
(En millions DH)
En % du PIB 0,5% 0,4% 0,4% 0,4% 0,4% 0,3% 0,4% 0,4% 0,4% 0,4% -
Coût moyen (%) 3,4% 3,5% 4,2% 4,3% 4,2% 3,0% 3,3% 3,4% 3,3% 2,9% -
Avoirs extérieurs
207 197 192 194 173 144
nets 165899 190768 150267 180760 -
476 099 714 605 843 736
(En millions DH)
Avoirs extérieurs
nets / Dette
240,29 293,23 314,61 288,75 244,75 210,72 174,57 123,84 115,76 128,12 -
extérieure du
Trésor en %

Source: Rapports sur la dette.


Contrairement à la dette intérieure, la dette extérieure a été marquée
par une tendance générale à la baisse, puisque de 32,7% en 1998 elle
est passée à environ 15% en 2013, soit une réduction dépassant la
moitié. Cette tendance à la baisse s’est favorablement répercuté sur le
ratio avoirs extérieurs nets / Dette extérieure du Trésor. En effet, les
avoirs extérieurs nets qui ne représentaient que 34,18% de la dette
extérieure du Trésor vont représenter plus de 314% de celle-ci en 2007
avant de connaître une chute à partir de 2008 suite à la dégradation des
réserves de change et à la hausse de la dette extérieure. Durant toute la
période étudiée (1998-2013), le coût moyen de la dette extérieure a été
de 4,01%, soit un niveau largement inférieur à celui de la dette
intérieure.

214
Il faut faire remarquer que les données fournies par le Ministère de
l’Economie et des Finances recèlent une sous-estimation de la dette
totale du Trésor, exigeant une interprétation prudente de ces chiffres.
En effet, en rapportant cette dette aux PIB rectifiés, il ressort des
niveaux inquiétants de la dette, surtout pour la période 1998-2003. C’est
ce que laisse apparaître le tableau suivant.
Tableau n°81 : Sous-estimation (-) ou surestimation du poids de la dette totale en
% du PIB
Années 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Dette totale du Trésor en millions de DH (chiffres
256691 260356 267767 286208 283817 290120 293972
Ministère de l’Economie et des Finances)
Dette totale du Trésor en % PIB (chiffres Ministère
66,70% 66,80% 68,10% 67,10% 63,70% 60,80% 58,20%
de l’Economie et des Finances) (1)
PIB en millions de DH 342558 343131 354208 383185 397782 419485 505015
Dette totale du Trésor en % du PIB (2) 74,93 75,88 75,60 74,69 71,35 69,16 58,21
Sous-estimation (-) ou surestimation (+) de la dette
-8,23 -9,08 -7,50 -7,59 -7,65 -8,36 -0,01
totale du Trésor : Ecart (1) – (2)

2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012


Dette totale du Trésor en millions de DH
327529 330 834 329 779 325 806 345 177 384 605 430 923 493 677
(chiffres Ministère de l’Economie et des Finances)
Dette totale du Trésor en % PIB
62,10% 57,30% 53,50% 47,30% 46,90% 50,30% 53,70% 59,60%
(chiffres Ministère de l’Economie et des Finances)
PIB en millions de DH 527679 577344 616254 688843 732449 764031 802607 828169
Dette totale du Trésor en % du PIB 62,07 57,30 53,51 47,30 47,13 50,34 53,69 59,61

Ecarts (1) – (2) 0,03 0,00 -0,01 +0,00 -0,23 -0,04 0,01 -0,01

Source: Rapports sur la dette.


A titre d’exemple, le niveau affiché par les statistiques du Ministère
de l’Economie et des Finances est de 66,8% du PIB en 1999 alors qu’il
doit être de 75,88%, soit une sous-estimation de 9,08%.
Dans le cadre d’une vision prospective, le Ministère de l’Economie
et des Finances publie les projections relatives à la dette publique
comme le montrent les deux tableaux suivants :

215
Tableau n°82 : Projections des charges de la dette du Trésor (2014-2020)
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020
Charges en principal (en millions de DH) 8224 7645 6633 12246 6857 6321 16601
Charges en intérêts (en millions de DH) 3234 2997 2803 2617 2136 1957 1795
Total des charges (en millions de DH) 11458 10642 9436 14863 8993 8278 18396
Total des charges (en millions de dollars) 1321 1227 1088 1713 1037 954 2120
Source : Tableau confectionné à partir de données puisées dans les Rapports sur
la dette.
Tableau n° 83 : Projections des charges de la dette du Trésor à court terme
Avril 2013 Mai 2015 Juin 2016 2013 T2 2013T3 2013 T4 2014 T1
Charges en principal (en millions de DH) 773 237 644 1654 2625 1593 2801
Charges en intérêts (en millions de DH) 242 119 630 992 709 1116 664
Total des charges (en millions de DH) 1015 556 1274 2646 3334 2709 3465
Total des charges (en millions de dollars) 117 41 147 305 384 312 399
Source: Rapports sur la dette.
Notons que la dynamique de la dette publique est intimement liée à
un certain nombre de facteurs dont notamment l’ampleur des déficits
budgétaires, le taux de croissance économique, le taux d’inflation et le
taux de change.
La dette publique est la conséquence de l’accumulation des déficits
budgétaires. L’accroissement de ces derniers entraîne l’alourdissement
de la dette publique comme le montre le tableau suivant :

216
Tableau n° 84: Dette publique et déficit budgétaire
Années Déficits budgétaires P.I.B. en Déficits budgétaires en Dette publique (en Dette publique en % du
en millions de millions de % millions de dirhams PIB
dirhams ( 1 ) dirhams ( 2 ) (1) /(2) en % (3) (3) / (2) en %
1980 7 370 74 090 -9,95 30826 41,61
1981 11 371 79 034 -14,39 42054 53,21
1982 9 252 92 898 -9,96 54985 59,19
1983 11 600 99 143 -11,70 72921 73,55
1984 9 356 112 345 -8,33 94559 84,17
1985 11 105 129 507 -8,57 106278 82,06
1986 8 780 154 725 -5,67 120035 77,58
1987 9 938 156 689 -6,34 134588 85,89
1988 10 302 182 230 -5,65 171167 93,93
1989 9 605 193 931 -4,95 181445 93,56
1990 8999 212 855 -4,23 168253 79,05
1991 7759 242 360 -3,20 179173 73,93
1992 5176 242912 -2,13 208150 85,69
1993 7 426 249223 -2,98 220944 88,65
1994 9465 279323 -3,39 230159 82,4
1995 9430 281702 -3,35 233568 82,91
1996 10247 319635 -3,21 241531 75,56
1997 9674 319291 -3,03 250859 78,57
1998 5962 342558 -1,74 256 691 74,93
1999 8575 343131 -2,50 260 356 75,88
2000 8466 354208 -2,39 267 767 75,6
2001 18837 383.185 -4,92 286 208 67,1
2002 17282 397782 -4,34 283 817 63,7%
2003 15934 419485 -3,80 290 120 60,8%
2004 13030 505015 -2,58 293 972 58,2%
2005 28528 527679 -5,41 327 529 62,1%
2006 11.998 577344 -2,08 330 834 57,3%
2007 +1.435 616254 0,23 329 779 53,5%
2008 +1.078 688843 0,16 325 806 47,3%
2009 17.975 732449 -2,45 345 177 46,9%
2010 28.913 764031 -3,78 384 605 50,3%
2011 44.067 802607 -5,49 430 923 53,7%
2012 59.180 827797 -7,15 493 677 59,6%
2013 52039 872791 -5,96 554261 63,5%
2014 -48757 904522 -5,39 586065 63,9%
2015 -61893 953854 -6,49 - -
Source : Rapports annuels de Bank Al-Maghrib et rapport sur la dette
Il ressort du tableau ci-dessus qu’à la période 1980-1989 a enregistré
un déficit budgétaire moyen de 8,55% du PIB entraînant un niveau de
dette publique moyen avoisinant les 74,5% du PIB. Durant la période
1990-2009, la chute du niveau du déficit budgétaire à 2,9% environ du
PIB a permis de ramener la dette à moins de 50% du PIB. Pour la
période 2009-2012 qui a enregistré une recrudescence des déficits
budgétaires (4,72% du PIB), la dette publique a repris une tendance vers
la hausse pour se situer à plus de 52% du PIB.
217
Par ailleurs, on peut rapprocher le niveau de la dette publique à
d’autres facteurs dont notamment le taux de croissance économique et
les coûts associés à cette dette. En effet, un taux de croissance
économique élevé favorise la baisse du niveau de la dette et
inversement. De même, la baisse du coût moyen de la dette publique est
propice à sa réduction et vice versa. C’est ce que montrent les tableaux
suivants :
Tableau n° 85: Dette publique et croissance économique
Années Dette publique Dette publique En % du Taux de croissance
(en PIB économique
Millions de dhs )
1997 250859 78,57 -2.2%
1998 256 691 74,93 7.7%
1999 260 356 75,88 0.0%
2000 267 767 75,6 1.6%
2001 286 208 67,1 7.6%
2002 283 817 63,7% 3.3%
2003 290 120 60,8% 6.3%
2004 293 972 58,2% 4.8%
2005 327 529 62,1% 3.0%
2006 330 834 57,3% 7.8%
2007 329 779 53,5% 2.7%
2008 325 806 47,3% 5.6%
2009 345 177 46,9% 4.8%
2010 384 605 50,3% 3.6%
2011 430 923 53,7% 5.0%
2012 493 677 59,6% 3.4%
Source : Rapports annuels de Bank Al-Maghrib et Rapports sur la dette

218
Tableau n° 86: Dette publique et coût moyen de la dette
Années Dette publique Dette publique Coût moyen Coût moyen Coût moyen
(en millions en % du PIB de la dette de la dette de la dette
de dhs ) intérieure extérieure totale
1998 256 691 74,93 8,9% 5,3% 7,1
1999 260 56 75,88 8,6% 4,9% 6,75
2000 267 767 75,6 8,3% 5,2% 6,75
2001 286 208 67,1 8,2% 5,0% 6,6
2002 283 817 63,7% 7,2% 4,0% 5,6
2003 290 120 60,8% 6,8% 3,4% 5,1
2004 293 972 58,2% 6,4% 3,2% 4,8
2005 327 529 62,1% 6,2% 3,4% 7,90
2006 330 834 57,3% 5,9% 3,5% 7,65
2007 329 779 53,5% 5,8% 4,2% 7,90
2008 325 806 47,3% 5,4% 4,3% 7,55
2009 345 177 46,9% 5,1% 4,2% 7,20
2010 384 605 50,3% 5,3% 3,0% 6,80
2011 430 923 53,7% 4,8% 3,3% 6,45
2012 493 677 59,6% 4,8% 3,3% 6,45

Source : Rapports sur la dette

Paragraphe II-Gestion de la dette publique


La gestion de la dette publique consiste à mettre en place une
stratégie visant la mobilisation de financements nécessaires à l’Etat.
Cette gestion se fait en liaison avec deux objectifs primordiaux : celui
de coût et de risque liés à la dette publique et celui du maintien d’un
marché des titres publics performant et liquide.1 Cette définition appelle
trois remarques importantes.2 D’abord, la gestion de la dette publique
est un processus intégré couvrant aussi bien l’aspect conception que
celui d’exécution. Les activités la concernant concernent la définition,
la mise en œuvre de la stratégie de gestion de la dette publique,
l’évaluation des besoins et de sélection des moyens. Ces activités se

1 Fonds Monétaire International, Banque Mondiale, Directives pour la gestion de


la dette publique : document d’accompagnement, préparé par les services du Fonds
monétaire international et de la Banque mondiale, approuvé par V.Sundararajan et
Kenneth G. Lay, novembre 2002, p.11.
2 Voir à ce sujet : W. Ajili, La gestion de la dette publique selon les approches
économique, institutionnelle et financière. Application à une petite économie en
développement : la Tunisie, Thèse, Université Paris IX – Dauphine, UFR Sciences
des organisations, Centre de Recherches SDFi, septembre 2007. S.Mourabit, Le
système budgétaire de l’Etat au Maroc et en France. Analyse comparée de la gestion
de l’emprunt et des recettes de privatisation, LGDJ, 2011.
219
réfèrent aussi bien à des horizons de long et de moyen terme que de
court terme.
Ensuite, la gestion de la dette du Trésor œuvre pour un objectif
unique celui d’assurer les ressources nécessaires à la couverture des
besoins de financement au moindre coût tout en respectant un certain
niveau de risque jugé tolérable.
Enfin, la gestion de la dette publique vise « la consolidation des
mécanismes de marché pour les titres d'Etat. Ce dernier élément traduit
plutôt l'engagement des institutions internationales dans la logique de
marché et l'incitation des Etats à opter pour cette voie. L'objectif se
justifie, en règle générale, par l'efficacité et l'efficience du marché dans
la réduction des coûts et la minimisation des risques.»1
La finalité de la gestion active de la dette publique2 est de minimiser
les coûts et les risques financiers associés au portefeuille de celle-ci.
La gestion active de la dette intérieure consistent dans les rachats et
les échanges des titres d’Etat, en vue de réaliser un « reprofilage de
l’échéancier de la dette » et de réduire son coût via une diminution du
nombre de lignes en circulation et l’accroissement de leurs encours.
Les instruments utilisés à cet effet sont de deux types : le premier est
l’adjudication à l’envers ou « le rachat des bons du Trésor sur le marché
secondaire». L’objectif étant de retirer les lignes illiquides. Le second

1 W. Ajili, La gestion de la dette publique selon les approches économique,


institutionnelle et financière. Application à une petite économie en développement :
la Tunisie, pp.154-155. Voir aussi le Rapport annuel de la cour des comptes, Volume
I, 2012.
2 La gestion active de la dette et de la trésorerie publique est passée par plusieurs
étapes étalée sur une quinzaine d’années. Suite au démarrage de la gestion active de
la dette extérieure en 1996, une première opération de swap de taux d’intérêt avec la
Banque Mondiale a été réalisée en 2004. La mise en place en 2008 du cadre juridique
nécessaire à la gestion active de la dette et de la trésorerie et l’établissement d’une
convention à cet effet avec Bank Al-Maghrib en 2009, seront relayés par le démarrage
des opérations de gestion active de la trésorerie publique en 2010 et la réalisation en
2011des premières opérations de gestion active de la dette intérieure.
220
est la substitution de nouveaux titres à d’anciens titres ce qui ouvre une
possibilité aux souscripteurs de réinvestir leurs fonds dans l’immédiat.1
S’inscrivant dans la même logique, la gestion active de la dette
extérieure, initiée en 1996, s’appuie sur différents mécanismes à
savoir : la conversion de dettes en investissements publics et privés, le
refinancement de la dette onéreuse, la renégociation des taux d’intérêt
et le recours aux opérations de swap de taux d’intérêt et de devises.
Depuis le démarrage des opérations de gestion active de la dette
extérieure, les montants traités selon les mécanismes mentionnés ci-
dessus ont été comme suit :
Tableau n° 87: Mécanismes de gestion active de la dette
Mécanismes conversion de dettes conversion de dettes en refinancement de la renégociation swap de taux
en investissements publics investissements privés dette onéreuse des taux d’intérêt d’intérêt et de devises
Montants
10,9 8,9 20,9 1,6 21,5
en milliards de DH

Source : Rapports sur la dette

Selon le rapport annuel sur la dette au Maroc2, l’objectif premier de


la gestion de la dette est « d’assurer au Trésor un financement stable et
durable tout en réduisant, à terme, le coût et les risques y associés, en
favorisant un arbitrage entre les sources de financement internes et
externes et en contribuant au développement du marché des valeurs du
Trésor.»3
Il est primordial pour le trésor de se garantir un financement stable
et durable afin d’honorer ses engagements (et donc couvrir ses
différentes dépenses ordinaires et d’investissement) et de renforcer sa
crédibilité envers ses créanciers. Cet objectif est d’autant plus important
à atteindre que le nouveau statut de Bank Al-Maghrib de 2006 oblige le

1 Les deux instruments ne procurent à l’Etat aucun gain financier mais permettent,
à court terme, un abaissement des charges en principal ; ces dernières seront
supportées durant les années futures jugées moins saturées en terme de
remboursement. La réussite de cette opération a requis une mise à niveau juridique et
une clarification quant aux procédures comptables et techniques. Pour plus de détail,
voir le Rapport sur la dette, 2013.
2 Il s’agit du premier rapport accompagnant le projet de loi de finances pour
l’année budgétaire 2013.
3 Ministère de l’économie et des Finances, Rapport sur la dette, 2013, p.19.

221
Trésor à « avoir constamment un solde créditeur au niveau de son
compte courant auprès de la Banque centrale.»1
La réduction du coût de la dette et des risques associés à la dette
constitue un autre objectif non moins important de la gestion de la dette.
L’atteinte de cette finalité dépend de deux facteurs à savoir la
diminution des coûts de financement et des risques liés au portefeuille
de la dette et qui sont pour l’essentiel les risques de taux d’intérêt et de
change.
L’analyse de l’évolution du coût moyen de la dette du trésor durant
la période 1998-2012 montre une tendance générale à la baisse. En
effet, durant cette période, le coût moyen de la dette intérieure est passé
de 8,9% à 4,8% (soit 410 points de base) et celui de la dette extérieure
a baissé de 5,3% à 3,3% (soit 200 points de base)2. L’évolution du coût
apparent de la dette du trésor est décrite dans le tableau suivant :
Tableau n°88 : Coût apparent de la dette du Trésor
Années 2001 2002 2003 2004 2005 2006
Dette intérieure 8,2% 7,2% 6,8% 6,4% 6,2% 5,9%
Dette extérieure 5,0% 4,0% 3,4% 3,2% 3,4% 3,9%
Dette du trésor 6,8% 6,0% 5,7% 5,5% 5,5% 5,4%

Années 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014


Dette intérieure en % 5,8% 5,3% 5,1% 5,2% 4,8% 4,8% 4,7% 4,7%
Dette extérieure en % 4,2% 4,3% 4,2% 3,0% 3,3% 3,4% 3,3% 2,9%
Dette du Trésor en % 5,5% 5,1% 4,9% 4,7% 4,5% 4,5% 4,4% 4,3%

Source : Rapports sur la dette


La baisse du coût moyen de la dette durant la même période s’est
répercutée positivement sur les finances de l’Etat dans la mesure où les
charges afférentes à la dette publique en pourcentage des recettes
publiques ont connu une forte diminution. La part de ces charges est
passée de 23,38% en 1998 à 9,13% en 2012. C’est ce que montre le
tableau suivant :

1 Ibid, p.19.

2 Voir tableau n° (celui de l’évolution de la dette)

222
Tableau n°89 : Evolution des charges d’intérêt de la dette du
Trésor en % des recettes publiques
Années 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Charges en intérêts de la dette publique (1) 18 256 18 207 18 438 18 925 18 159 17 393 17 406
Ressources du Trésor (2) 78084 95441 81434 109055 88343 98355 105157
(1)/(2) en % 23,38 19,08 22,64 17,35 20,56 17,68 16,55

Années 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012


Charges en intérêts de
17 369 18 802 19 203 18 404 17 429 17 551 18 136 19 915
la dette publique (1)
Ressources du Trésor (2) 118410 144727 168654 204675 184119 193668 208047 218061

(1)/(2) en % 14,67 12,99 11,39 8,99 9,47 9,06 8,72 9,13

Source : Rapports sur la dette


La gestion des risques associés à la dette du Trésor passe par
l’optimisation de la structure du portefeuille de celle-ci via sa
composition par devises, sa structure par maturité et du profil de
remboursement, les sources internes et externes de financement et sa
structure par type de taux d’intérêt.

I - La composition par devises


L’examen du portefeuille de la dette du trésor laisse apparaître la
prépondérance de la dette libellée en dirham (76% de la dette du trésor
est libellée en dirham en 2011 contre 61% en 2001) ce qui témoigne de
la stratégie des autorités budgétaires de se financer sur le marché
intérieur et de leur souci de limiter l’impact des fluctuations de change.
Pour ce qui de la structure de la dette extérieure par devise, on constate
le renforcement de la part libellée en Euro. « L’objectif étant de faire
converger la structure par devises dudit portefeuille vers celle du
portefeuille repère « Benchmark » (75/80% en euro et 15/20% en
dollars américains et devises qui lui sont liées) susceptible d’atténuer
l’exposition au risque de change et de minimiser l’impact des
fluctuations des cours des différentes devises sur le stock et le service
de cette dette. »1 Selon le ministère de l’Economie et des Finances, cette

1 Rapport sur la dette, projet de loi de finances pour l’année budgétaire 2013, p.36.

223
modification de la composition de la dette en devises a permis la
diminution du degré d’exposition du portefeuille aux variations des
taux de change de 3,8% en moyenne durant la période 2002-2006 à
environ 0,7% pour la période 2007-2011.1
Tableau n°90 : Evolution de la structure de la dette du Trésor par devise
2001 2002 2003 2004 2005 2006
MAD 61% 67% 73% 76% 79% 80%
EUR 15% 14% 15% 14% 15% 13%
USD 17% 13% 9% 7% 6% 5%
KWD 3% 3% 2% 2% 2% 1%
JPY 2% 2% 1% 1% 1% 1%
AUTRES 1% 0% 0% 0% 0% 0%

2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013


MAD 80% 79% 77% 75% 76% 76% 76%
EUR 16% 16% 18% 19% 18% 18% 18%
USD 3% 3% 3% 3% 3% 3% 3%
KWD 1% 1% 1% 1% 1% 1% 1%
JPY 1% 1% 1% 1% 1% 1% 1%
AUTRES 0% 0% 1% 1% 1% 1% 1%
Source : Rapports sur la dette

II-La structure par maturité et profil de profil de


remboursement
La répartition de la dette négociable du Trésor par maturité initiale,
montre la prédominance des maturités supérieures ou égales à 5 ans. En
effet, ces dernières représentent 76,1% du total.
Tableau n° 91: Répartition de la dette négociable par maturité
13 Semaines 26 Semaines 52 Semaines 2 ans 5 ans
Encours 4540 1200 10620 62581 59783
Parts en % 1,4% 0,4% 3,2% 18,9% 18 ,1%

La modification de la structure du portefeuille de la dette extérieure du Trésor a


été le résultat à la fois du choix de l’euro comme devise de base pour les nouveaux
emprunts surtout ceux contractés auprès de la BIRD et la BAD et sur le marché
financier international et des conversions en euro de certains prêts de la BIRD.
1 Selon le rapport sur la dette de 2013, l’encours de la dette extérieure en 2011 se
serait apprécié six fois suite aux fluctuations de change si sa structure en devises
n’avait pas été modifiée par rapport à celle de 2000.
224
10 ans 15 ans 20 ans 30 ans
Encours 94698 73042 21261 2575
Parts en % 28,7% 22,1% 6,4% 0,8%
Source : Rapports sur la dette
Durant la période 2001-2011, on constate une tendance à la baisse
du court terme dans la structure résiduelle de la dette du trésor : elle est
passée du quart de la dette du trésor à 14%.
Quant à la part de la dette à moyen et long terme, elle a enregistré
une augmentation de 11 points durant la même période.
Tableau n° 92: Structure par maturité résiduelle de la dette du trésor en %
1 2
1980 1990 2001 2002 2003 2004
Court terme 43,35% 53,34% 25% 18% 24% 18%
Moyen et long termes 54,65% 46 ,66% 75% 82% 76% 82%

2014-
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
S1
Court terme 13% 16% 17% 20% 24% 18% 14% 15,5% 16,8% 15,2%
Moyen et long termes 87% 84% 83% 80% 76% 82% 86% 84,5% 83,2% 84,8%

Source : Rapports sur la dette


La contraction du court terme procède essentiellement du
« renforcement de la présence du Trésor sur le moyen et long terme »
concernant la dette intérieure comme le montre le tableau suivant :
Tableau n°93 : Structure de la dette intérieure du trésor par termes
2001 2002 2003 2004 2005 2006
Court terme en millions de DH 59052 38659 60836 43808 33509 42793
Court terme en% 33,63 20,21 28,81 19,59 12,96 16,10
Moyen terme en millions de DH 63810 99468 93758 108776 104444 84648
Moyen terme en % 36,34 52,01 44,39 48,64 40,41 31,85
Long terme en millions de DH 52749 53127 56602 71032 120535 138336
Long terme en % 30,04 27,78 26,80 31,77 46,63 52,05
Total en millions de DH 175611 191254 211196 223616 258488 265777
Total En % 100% 100% 100% 100% 100% 100%

1 S.Tounsi, Prospective « Maroc 2030 », Les finances publiques, op.cit.p.42.

2 Ibid.

225
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014-S1
Court terme en millions de DH 46619 61105 76102 61171 52539 68 958 84 983 81 163
Court terme En% 17,67 23,73 28,56 20,93 15,86 18,30 20,02 18,13
Moyen terme en millions de DH 83685 69143 75118 121307 159962 170 853 186 974 177 353
Moyen terme En % 31,72 26,85 28,19 41,51 48,28 45,34 44,05 39,61
Long terme en millions de DH 133529 127300 115219 109774 118842 136 994 152 500 189 236
Long terme En % 50,61 49,43 43,24 37,56 35,87 36,36 35,93 42,26
Total en millions de DH 263833 257548 266439 292252 331343 376 805 424 457 447 752
Total En % 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100%
Source : Rapports sur la dette
Il ressort du tableau ci-dessus que la stratégie du trésor a été de faire
baisser la part du court terme au profit du moyen et long termes afin de
réduire « les risques de non remboursement et de refinancement de la
dette à travers un lissage de l’échéancier de la dette du Trésor en évitant
d’avoir des pics importants en matière de remboursements. »1 Ainsi, en
2011, le court terme ne représente plus que 15,86% contre 33,63% en
2001.
Le renforcement du moyen et long terme de la dette du trésor a
également contribué à augmenter sa durée de vie moyenne qui est
passée de 4 ans et 5 mois en 2001 à 5 ans et 6 mois.
Tableau n°94 : Durée de vie moyenne de la dette du trésor
2001 2002 2003 2004 2005 2006
Dette intérieure 3A8M 4A1M 3A9M 4A10M 6A5M 6A9M
Dette extérieure 5A7M 5A6M 5A9M 5A5M 5A10M 6A2M
Dette du trésor 4A5M 4A7M 4A4M 5A1M 6A4M 6A8M

2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013


Dette intérieure 6A5M 5A10M 5A3M 5A2M 4A11M 4A7M 4A6M
Dette extérieure 7A3M 7A7M 7A4M 7A3M 7A6M 8A4M 9A0M
Dette du Trésor 6A7M 6A2M 5A7M 5A8M 5A6M 5A6M 5A5M

A : an ; M : mois
Source : Rapports sur la dette

1 Rapport sur la dette, op.cit.p.41.

226
III-Les sources internes et externes de financement
Les autorités budgétaires ont tendance à opérer un arbitrage entre
sources internes et sources externes de financement en concordance
avec les conditions financières offertes par les marchés intérieur et le
marché extérieur ainsi qu’avec les variables macroéconomiques
notamment le niveau des avoirs extérieurs nets et l’impact sur les taux
d’intérêt1. En fait, l’option pour le financement interne plutôt qu’au
financement externe est argumentée par, d’une part, la prudence quant
au recours au marché financier international en raison du risque de
contracter des dettes onéreuses et, d’autre part, par l’impératif de
dynamiser le marché des valeurs du Trésor.
Tableau n°95 : Structure de la dette du Trésor par source de financement
1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990
Dette intérieure en % 32,86 26,86 24,72 24,05 20,00 24,82 30,68 34,06 30,05 32,34 33,95
Dette extérieure en % 67,14 72,66 75,28 75,95 80,00 75,18 69,32 65,94 69,95 67,66 66,05
Total Dette du trésor en % 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100%

1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000
Dette intérieure en % 32,88 32,30 34,78 40,77 43,49 45,75 48,44 50,97 52,39 55,69
Dette extérieure en % 67,12 67,70 65,22 59,23 56,51 54,25 51,56 49,03 47,61 44,31
Total Dette du trésor en % 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100%

2001 2002 2003 2004 2005 2006


Dette intérieure en % 61% 67% 73% 76% 79% 80%
Dette extérieure en % 39% 33% 27% 24% 21% 20%
Total Dette du trésor en % 100% 100% 100% 100% 100% 100%

2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014-S1


Dette intérieure en % 80% 79% 77% 76% 77% 76,3% 76,6% 76,2%
Dette extérieure en % 20% 21% 23% 24% 23% 23,7% 23,4% 23,8%
Total Dette du Trésor en % 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100%

Source : Rapports sur la dette

IV- La structure par type de taux d’intérêt.


Pour assurer un financement stable du trésor, il est aussi question de
maîtriser les taux associés à la dette à travers une prédilection pour les
taux fixes. L’évolution de la dette du trésor entre 2001 et 2011 montre
la prédominance et le renforcement de la part assortie de taux fixes

1 Voir chapitre I, III et IV de cet ouvrage.

227
aussi bien pour la dette interne que pour celle externe. En effet, si pour
la dette extérieure, les deux tiers sont assortis de taux fixes en 2011
(contre 54 en 2004), pour la dette totale du trésor la part contractée à
taux fixe s’élève à 92% en 2011 (contre 79% en 2001).
Tableau n°96 : Structure de la dette du Trésor par type de taux
2001 2002 2003 2004 2005 2006
Fixe - - - 54% 54% 54%
Dette extérieure Variable - - 46% 46% 46%
Fixe 79% 82% 87% 89% 90% 91%
Dette du trésor Variable 21% 18% 13% 11% 10 9%

2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014-S1


Fixe 59% 54% 57% 67% 66,5% 68,2% 63,4% 66,8%
Dette extérieure Variable 41% 46% 43% 33% 33,5% 31,8% 36,6% 33,2%
Fixe 92% 90% 90% 92% 92% 92,5% 91,4% 92,1%
Dette du trésor Variable 8% 10 10 8% 8% 7,5% 8,6% 7,9%

Source : Rapports sur la dette


L’ampleur des déficits budgétaires et par conséquent de la dette
publique a posé le problème de leur soutenabilité et plus généralement
la question de la soutenabilité de la politique budgétaire. Rappelons à
ce propos qu’il existe une exubérante littérature relative à cette
importante thématique.
La soutenabilité de la dette publique est devenue une question
d’actualité avec la crise de la dette souveraine.
La dette publique est jugée soutenable lorsqu’il est possible de
maintenir la politique budgétaire mise en œuvre sans ajustement
excessif dans le futur. La dette publique est soutenable si les surplus
budgétaires futurs sont capables de financer l'endettement actuel1.
La soutenabilité de la dette renvoie à deux concepts à savoir celui de
solvabilité et celui de liquidité. En effet, elle requiert que l’État soit
considéré comme solvable, autrement dit que les créanciers soient
assurés que le pays débiteur soit apte à rembourser sa dette sur le long

1 Voir au sujet du concept de soutenabilité :


- Raffinot, M., La dette des tiers mondes, Reperes, La Découverte, 2008
P.-Y.Hénin et P.Fève, Une évaluation économétrique de la soutenabilité de la
dette extérieure des pays en développement, Revue économique, Volume 49, n°1,
1998. pp. 75-86.
228
terme. Techniquement, cette solvabilité, qui n’est rien d’autre qu’un
jugement sur une capacité à rembourser la dette, signifie que les
excédents primaires actualisés doivent être égaux à la dette publique
initiale1. A ce niveau deux variables paraissent importants : le premier
est l’excédent primaire (représentant des ressources permettant
d’honorer les échéances de remboursement) le second est le taux
d’intérêt qui détermine la charge financière afférente à la dette.
Elle signifie également que l’Etat endetté soit liquide c’est-à-dire
qu’il est dans la possibilité de refinancer la dette qui arrive à échéance.
La liquidité est tributaire de la crédibilité de l’Etat et de confiance des
créanciers envers ce dernier. On parle de crise de liquidité dans le cas
où « les actifs immédiatement disponibles ne permettent pas de couvrir
le service de la dette ; elle peut intervenir sans que la solvabilité de l’État
soit remise en cause. »2Au Maroc plusieurs études ont été consacrées à
cette question3.

1 P.R.Agenor et P.J.Montiel, Development in macroeconomics, Princeton, New


Jersey, Princeton University Press, 1996. N.Roubini, « Debt sustainability: how to
assess whether a countryis insolvent»,
http://pages.stern.nyu.edu/~nroubini/referen.htmUnpublished, décembre2001).
Notons que le budget de l’Etat doit être en équilibre budgétaire sur le plan inter-
temporel car l’Etat ne peut s’endetter à l’infini et les créanciers ne vont pas détenir
indéfiniment une dette sur l’Etat (pour ne pas déboucher sur ce qu’on appelle le jeu
de Ponzi en référence à C. Ponzi qui avait utilisé vers 1920 les contributions des
nouveaux investisseurs dans sa « chaîne » pour payer les intérêts des premiers
investisseurs. Voir à ce sujet : A.Bachellerie et B.Couillault, Soutenabilité de la dette
publique et crises des pays émergents : présentation des concepts et des instruments
de diagnostic, Banque de France, Revue de la stabilité financière, n°6, Juin 2005.
2 A.Bachellerie et B.Couillault, Soutenabilité de la dette publique et crises des
pays émergents : présentation des concepts et des instruments de diagnostic, op.cit.,
p.76.
3 Voir en particulier :

- F.Mourji, Quelles stratégies de soutenabilité de l’endettement public au Maroc


? « Quel pilotage des réformes en finances publiques au Maroc et en France ? »,
op.cit.
- C.Berthomieu (sous la direction de), Dépenses publiques, croissance et
soutenabilité des déficits et de la dette extérieure. Etude de cas pour six pays riverains
de la méditerranée - Rapport de synthèse - CEMAFI, Université de Nice, juillet 2004.

229
Conclusion du chapitre II

La présentation des différentes modalités de financement du déficit


budgétaire nous a permis de faire constater que le Trésor dispose de
ressources à la fois variées et émanant d'origines très différentes.
Il peut en effet recourir au financement intérieur qui est soit non
monétaire, par emprunt sur ressources d'épargne liquide à court terme
et/ou à moyen et long terme auquel il convient d'ajouter les dépôts à
caractère non monétaire, soit d'origine monétaire lorsque le Trésor fait
appel à son propre circuit et /ou aux autres circuits monétaires (celui de
Bank Al-Maghrib et celui des banques commerciales). Lorsque ces
ressources intérieures s'avèrent insuffisantes pour financer le déficit
budgétaire, elles peuvent être complétées par d'autres d'origine externe
sous forme de dons, d'emprunts bilatéraux et multilatéraux, d'emprunts
sur le marché financier international, de concours du F.M.I., etc.
L'analyse de L'évolution de la politique de financement public entre
1970 et 2013 nous a révélé que la structure des contreparties financières
du déficit budgétaire au Maroc a connu des changements que l'on peut
ramener à trois phases bien distinctes :
- la première phase qui va de 1970 à 1973 et pendant laquelle
l'essentiel des ressources de financement étaient d'origine interne (60%
environ du déficit budgétaire) avec la prédominance du financement à
caractère monétaire (47% environ du déficit budgétaire). Quant au
financement extérieur, sous forme d'appel aux ressources
traditionnelles (emprunts bilatéraux et emprunt multilatéraux
essentiellement), il n'a pu participer à la couverture du besoin de
financement du Trésor qu'à raison de 38% environ. C'est que, durant
cette période, les déficits budgétaires étaient modérés et pouvaient être
financés, en grande partie, par des ressources intérieures. Donc le faible
recours aux concours extérieurs faisait que le problème de l'endettement
extérieur du Maroc ne se posait pas encore de façon dangereuse.
- la seconde phase qui s'étale sur la période 1974-982 a été marquée
par l'apparition de déficits budgétaires importants et qui vont,
désormais, devenir chroniques. La couverture de ces déficits de
trésorerie a été assurée, en grande partie, par des emprunts de source
extérieure surtout à partir de 1975 lorsque le Trésor fera appel, et d'une
manière excessive, aux crédits privés sur le marché financier
230
international à côté des ressources extérieures traditionnelles. En effet,
les concours extérieurs ont pu financer, en moyenne, 60% environ du
déficit budgétaire alors que les ressources financières d'origine interne
(y compris les opérations à classer et à régulariser) n'ont comblé, en
moyenne, que 40% environ de ces déficits. La persistance et
l'aggravation des déficits du Trésor, financés essentiellement par des
emprunts extérieurs, vont se traduire par un alourdissement de la dette
publique extérieure, alourdissement entraînant le problème de
financement du déficit dans un cercle vicieux: les nouvelles
souscriptions ne servent, en grande partie, qu'au paiement de
l'amortissement et des intérêts de la dette. Cette situation va déboucher,
en 1983, sur une grave crise financière, consacrant l'incapacité du
Maroc à honorer ses échéances et entraînant l'institutionnalisation des
interventions des instances financières internationales;
- la troisième phase qui commence à partir de 1983 et qui va jusqu'en
2012, englobe la période (1983-1992) pendant laquelle le Maroc a été
contraint d'appliquer un programme d'ajustement structurel (suite à
l'exacerbation du problème de l'endettement extérieur) pour pouvoir
bénéficier du rééchelonnement de sa dette extérieure, rééchelonnement
qui va apparaître comme une source exceptionnelle de financement du
déficit budgétaire. Durant cette phase, on va assister à un changement
dans la structure du financement du déficit du Trésor. C'est ainsi que de
la part du financement extérieur (part qui représente, en moyenne, 9.7%
du déficit) sera suppléée par la mobilisation de ressources d'emprunts
intérieurs (98.35% en moyenne). C'est que l'insuffisance des ressources
extérieures de financement (dont les flux sont négatifs depuis 1984) a
incité les autorités financières à recourir au marché monétaire et
financier et ce, notamment, depuis 1985.
Les choix et les décisions quant à ces différentes modalités de
financement du déficit budgétaire sont tributaires des contraintes
macro-économiques ainsi que des objectifs tracés dans le cadre de la
stratégie d'action économique de l'Etat. C'est ainsi que le financement
du déficit budgétaire doit veiller à la viabilité de la balance des
paiements, au maintien de l'inflation à un niveau acceptable et surtout à
la promotion du secteur privé.

231
Conclusion de la première partie
Le principe classique des finances publiques est l’équilibre
budgétaire. La foi dans les mécanismes du marché a amené la théorie
libérale à proscrire toute immixtion de l’Etat dans l’activité économique
et à délimiter strictement son rôle. Il en découle que le budget doit être
à la fois neutre et équilibré.
L’incapacité du marché à surpasser la crise des années 30 va, sous
l’impulsion des idées keynésiennes, exiger une intervention musclée de
l’Etat dans l’activité économique. C’est que la relance de la demande
effective passe nécessairement par la réalisation d’un déficit budgétaire,
relance basée sur le jeu multiplicateur.
L’utilisation du déficit budgétaire pour lutter contre la dépression, et
donc le rejet du dogme budgétaire, a revêtu plusieurs formes en fonction
des différents rôles assignés au budget (budgets cycliques, finances
fonctionnelles, déficit systématique).
L’intervention de l’Etat par le biais de la politique budgétaire va
permettre d’élargir ses fonctions et embrasser plusieurs domaines de
l’activité économique et sociale: affectation des ressources,
redistribution des revenus et régulation de l’activité économique
Vers le milieu des années 70 et avec l’aggravation des déficits
budgétaires, et l’alourdissement des dettes publiques, qui sont
désormais devenues une donnée permanente des économies
occidentales, la théorie néolibérale va mettre en doute l’efficacité de la
politique budgétaire. En somme le scepticisme envers les déficits
publics est appuyé par deux constatations importantes: d’une part les
relances par le déficit budgétaire sont sans effet sur l’activité
économique (théorème d’équivalence ricardienne reformulée par
R.J.Barro) ; d’autre part, les dépenses publiques gênent le dynamisme
du secteur privé ( les thèses des effets d’éviction).
Bien qu’ils constituent une réalité apparente dans les finances
publiques actuelles, les déficits budgétaires présentent des difficultés
quant à leur quantification.
Au Maroc, il existe deux approches fondamentales de mesure du
déficit budgétaire: celle du Ministère des Finances et celle de Bank Al-
Maghrib, bien que cette dernière se base sur les statistiques élaborées
par le premier. Les soldes (déficits) calculés par ces deux entités

232
présentent trois caractéristiques principales: d’abord, les soldes ne
concernent que les opérations de l’Etat (et non celles de l’agent
économique Administration ), ensuite, ils sont calculés dans l’optique
gestion (les opérations budgétaires sont rattachées à l’année budgétaire
au cours de laquelle elles sont réalisées) ; enfin, ils portent sur des
montants différents, que ce soit d’une source à l’autre (statistiques du
Trésor et rapport de Bank Al-Maghrib) ou à l’intérieur d’une même
source.
La présence de soldes portant sur des montants différents dans les
statistiques du Trésor procède de l’existence de trois modes de calcul
correspondant à trois types de classifications (classification budgétaire,
classification du FMI, classification économique). Pour ce qui est des
rapports de Bank Al-Maghrib, le caractère hétérogène des soldes et qui
sont calculés en se référant aux statistiques du Trésor, découle de la
variabilité de la classification adoptée d’une période (année) à l’autre et
de la structure changeante du contenu des recettes et des dépenses.
Pour uniformiser la méthode de calcul du déficit budgétaire, nous
avons opté pour la classification du FMI. Ce choix est justifié par le fait
que d’une part cette méthode n’intègre du côté des dépenses de la dette
que les intérêts y compris les gains de rééchelonnement de la dette
extérieure en matière d’intérêt ; d’autre part, cette classification permet
de dégager le besoin de financement c’est-à-dire le solde définitif que
le Trésor doit effectivement financer.
Ainsi calculés, les déficits budgétaires au Maroc entre 1970 et 2014,
ont connu une évolution que l’on a pu ramener à quatre périodes: une
première période (1970-1973) marquée par des déficits budgétaires
modérés ( 3% en moyenne du PIB) ; une seconde période (1974-1983)
où le Maroc connaîtra des déficits budgétaires colossaux (11.1 % en
moyenne du PIB); une troisième période (1983-2009) caractérisée par
des efforts déployés pour maîtriser les déficits budgétaires ( ramenés à
4.02% en moyenne du PIB) ; une quatrième période (2010-2014) au
cours de laquelle les dérapages budgétaires se font constater avec des
déficits budgétaires représentant en moyenne 5,6% du PIB et des soldes
primaires négatifs.
Face à ces déficits budgétaires, dont l’origine se situe dans
l’accroissement des dépenses publiques supérieur à l’accroissement des
recettes fiscales, l’Etat doit trouver les moyens financiers à même de les
couvrir.
233
En fait, le Trésor dispose de ressources à la fois variées et émanant
d’origines très différentes. En effet, il peut faire appel au financement
intérieur non monétaire (emprunt sur ressource d’épargne liquide et à
court terme et/ou à moyen et long terme auxquelles il convient d’ajouter
les dépôts à caractère non monétaire), le financement intérieur
monétaire (circuit du Trésor, Bank Al-Maghrib, banques
commerciales). A côté de ces ressources intérieures, l’Etat peut recourir
à des moyens de financement extérieurs (dons, emprunts ).
La politique de financement du Trésor entre 1970 et 2013 a connu
des changements que l’on peut ramener à trois étapes: une première
(1970-1973)) pendant laquelle le Trésor se base essentiellement sur les
ressources intérieures (60.7% en moyenne du déficit); une deuxième
(1974-1982) où l’Etat s’est davantage tourné vers les sources
extérieures de financement (60.47% en moyenne du déficit); une
troisième (1983-2013) durant laquelle l’Etat va plutôt essayer de
mobilier les ressources intérieures (98.35% en moyenne du déficit).
Si au cours de la période de prééminence des thérapeutiques
keynésiennes, le problème de financement du déficit budgétaire ne se
posait pas, par contre, avec l’aggravation des déficits publics, il va
préoccuper la plupart des auteurs et écoles de pensée. En fait, le débat
qui va s’animer entre ceux-ci sera centré sur les effets d’éviction.

234
Deuxième partie : Les
déficits budgétaires et la
relance de l’économie

235
Introduction de la deuxième partie
Les controverses traitant du financement du déficit budgétaire ont
grandement évolué au cours du temps. A l’époque de la prééminence
des doctrines libérales, le poids de l’Etat étant faible, le budget ne
pouvait être en déséquilibre. Il en découle que le problème du
financement du déficit budgétaire ne se pose pas. En fait, les
répercussions négatives du déficit budgétaire sur l’activité économique
ont été pressenties par les classiques (A.Smith, D.Ricardo, J.S.Mill,
etc.) qui ont émis des mises en garde contre le développement de l’Etat
et les dangers d’un accroissement des activités non productives aux
dépens des activités productives.
J.M.Keynes avait lui-même averti les responsables des dangers que
pouvait présenter un accroissement des dépenses publiques sans
accompagnement monétaire. En fait, Keynes ne s’était pas
sérieusement préoccupé des conséquences du financement du déficit
budgétaire. Il était certain que l’expansion de l’activité économique
provoque une épargne suffisante qui assure le financement du déficit.
C’est au cours de la décennie 70, avec l’aggravation des déficits
budgétaires, que le problème du financement du déficit budgétaire va
préoccuper plusieurs écoles de pensée, allant des monétaristes aux
keynésiens en passant par l’école des anticipations rationnelles. Ce
débat, centré sur les effets d’éviction, est alimenté à la fois par des
développements théoriques et des vérifications empiriques.
Au niveau théorique, d’importants travaux ont été consacrés aux
incidences du mode de financement des déficits budgétaires. A
l’origine, les aspects théoriques de l’effet d’éviction financier ont été
exprimés dans le cadre du modèle ISLM traditionnel. L’affinement de
cette analyse s’avérait nécessaire aussi bien par l’introduction de la
contrainte financière publique, de l’effet de richesse, de l’ouverture de
l’économie que des structures financières.
Au niveau empirique, il s’agit de mener des vérifications
économétriques de l’existence de l’effet d’éviction et/d’entraînement
financier au Maroc à la lumière des études relatives à certains pays
développés.
C’est ainsi que la deuxième partie sera composée de deux chapitres
:

236
Chapitre III : Controverse autour de l’efficacité de l’action par les
déficits publics ou le débat sur la discipline budgétaire
Chapitre IV : Etude empirique de des effets de l’action de l’Etat par
les déficits budgétaires

237
Chapitre III : Controverse
autour de l’efficacité de
l’action par les déficits
publics ou le débat sur la
discipline budgétaire

238
239
Introduction du chapitre III

Selon la théorie keynésienne traditionnelle, la politique de relance


par le budget produit un effet multiplicateur qui entraîne l’augmentation
du revenu national. Or, depuis le début des années 70 et avec la
persistance de la crise économique, les finances publiques font l'objet
de nombreuses critiques de la part de la théorie néo-libérale, en
particulier celle d'obédience monétariste. En effet, pour cette dernière,
la politique budgétaire est inefficace parce que non seulement ses effets
sont réduits à néant (l'inexistence du multiplicateur budgétaire) mais
engendre aussi des effets pervers (les dépenses publiques se font au
détriment des dépenses privées). C’est que le débat actuel sur les
problèmes relatifs au financement du déficit budgétaire s’opère autour
des effets d’éviction.
L'idée d'éviction des dépenses privées par les dépenses publiques,
qui a fait l’objet d'une abondante littérature, sert de base à la
contestation monétariste des enseignements de la "Théorie Générale."
En fait, cette idée a été pressentie par les classiques (A.Smith, J.B.Say,
D.Ricardo, J.S.Mill) qui ont proscrit l'emprunt en tant que modalité de
financement du déficit budgétaire en raison de ses effets nocifs à la
croissance économique.
Après une longue éclipse durant la phase de forte expansion qu'ont
connue les pays occidentaux (expansion qui a permis d’écarter les mises
en garde des classiques quant aux dangers du développement des
dépenses publiques), les effets d'éviction seront remis à l'honneur pour
expliquer l'incapacité de la politique du déficit budgétaire à produire les
effets attendus.
La reformulation par R.J.Barro du principe d'équivalence de
Ricardo est une importante contribution à la controverse entre les
keynésiens et les monétaristes au centre de laquelle on trouve les effets
d’éviction.
Les thèses d'éviction les plus nombreuses sont celles qui sont
relatives à l'emprunt auprès du public. Elles distinguent habituellement
entre l'éviction réelle et l'éviction financière. Alors que la première
résulte du comportement des agents privés censés avoir des idées
précises sur la substituabilité entre les dépenses publiques et les
dépenses privées, la seconde, sur laquelle sera centrée notre analyse,
240
considère que l'emprunt public, au lieu d’exercer un effet direct sur les
dépenses privées, a un effet négatif sur l'investissement privé en faisant
augmenter le taux d'intérêt.
La prémonition des classiques quant aux effets nocifs des déficits
budgétaires servira de base à R.J.Barro pour reformuler le théorème
d’équivalence ricardien (section I) mais aussi à l’analyse des effets
d’éviction dans les modèles théoriques keynésiens, monétaristes et
mixtes; la prise en compte de l’ouverture de l’économie et du cas d’une
économie d’endettement permet d’affiner ces analyses (section II).

241
Section I : De l’analyse classique au théorème Ricardo-
Barro : l’impératif de la discipline budgétaire
Les contestations théoriques de l’inefficacité de l'action de l'Etat par
le déficit budgétaire ne sont pas nouvelles ; elles remontent aux
premiers classiques (A.Smith, J.B.Say, D.Ricardo, etc.) qui ont
pressenti l'idée de l'éviction relative aux conséquences de la variation
des dépenses publiques. La reformulation par R.J.Barro du théorème
d'équivalence de Ricardo va contribuer à enrichir la controverse entre
les économistes keynésiens et les économistes monétaristes autour de
la pertinence du multiplicateur budgétaire, controverse au centre de
laquelle on trouve les effets d'éviction.
La prémonition des classiques (Paragraphe premier) quant aux effets
nocifs du déficit budgétaire à la croissance servira de base au rejet, par
R.J.Barro, de la politique budgétaire comme moyen de relance de
l’activité économique (Paragraphe II).

Paragraphe I- La prémonition des classiques


Après une période de relance, caractérisée par le recours aux
thérapeutiques d'inspiration keynésienne, pendant laquelle l'emprunt
(un des moyens pour financer les dépenses publiques) était vu comme
un élément permettant l'enrichissement de la communauté, va succéder
une autre où la dette publique sera fortement contestée.
Les raisons de la proscription de l'emprunt public ne sont pas
nouvelles, elles ont été relevées par les classiques. Mais, si les premiers
classiques avaient une position qui s'opposait radicalement au recours à
l'emprunt, celle des classiques tardifs était plus au moins modérée. Nous
nous intéresserons ici aux idées de trois auteurs les plus représentatifs
de cette école: A.Smith, J.B.Say et D.Ricardo.
-Pour A.Smith le recours à l'emprunt en temps de guerre est justifié
car les gouvernements "n'ont ni la volonté ni les moyens d'augmenter
leurs revenus à proportion de l'augmentation de leur dépense (...). La
facilité d'emprunter les délivre de l'embarras que leur auraient causé
sans cela cette crainte et cette impuissance."1 L'augmentation des
impôts qui s’ensuit et qui va servir à rembourser la dette contractée, est

1A.Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, op.cit.
p.576.
242
considérée par les citoyens, loin du conflit, comme étant le prix de
l'amusement dont ils jouissent en lisant "dans les gazettes les exploits
de leur flotte et de leurs armées."1
Cependant, le paiement de la dette, dont les intérêts sont de plus en
plus croissants, nécessite de lever des impôts de plus en plus importants.
Pour A.Smith, ce paiement a des conséquences macro-économiques
néfastes car tout en "dépouillant les propriétaires et les capitalistes au
profit des rentiers (...) met en péril la richesse de la nation."2 En effet,
ce paiement empêche la bonne tenue de la terre et l'utilisation rentable
d'une partie du capital car il exerce une ponction sur le revenu des
propriétaires fonciers et celui des capitalistes. A long terme "cette
opération doit nécessairement faire que les terres se négligent et que les
capitaux se dissipent ou fuient ailleurs."3
Sur la même lignée des idées de A.Smith, J.B.Say va soutenir l'idée
selon laquelle l'emprunt public n'est qu'un élément d’appauvrissement
de l'Etat car ce dernier se "trouve affaibli en ce que le capital prêté au
gouvernement, ayant été détruit par la consommation que le
gouvernement en a faite, ne donnera plus à personne le profit, ou, si l'on
veut, l’intérêt qu'il pouvait rapporter en sa qualité de fonds productif."4
Il apparaît ainsi que J.B.Say assimile les dépenses publiques à la
consommation finale car elles sont engagées pour satisfaire
immédiatement les besoins sociaux. De ce fait, les dépenses publiques
(consommations publiques) ne peuvent se faire qu’aux dépens des
dépenses privées (consommations privées). En effet, "la consommation
qui a suivi l'emprunt (fait par l'Etat pour financer ses dépenses) a
emporté un capital qui ne rapportera plus de revenu. »5 Donc, toute
espèce d'emprunt ainsi que les impôts qui en résultent portent préjudice

1Ibid., p.566.
2M.Herland, « L'impôt ou la dette publique, un retour aux sources », Revue
Française d'Economie, n°2 , printemps 1992, p.130. Voir également, P.Llau,
Economie financière publique, op.cit.
3A.Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, op.cit.
p.575.
4J.B.Say, Traité d'économie politique, op.cit., p.548.
5 J.B.Say, cité par D.Ricardo in Principes de l'économie politique et de l'impôt,
op. cit., p.216.
243
au consommateur. De plus, les emprunts publics "ont l'inconvénient de
faire monter les intérêts des capitaux. Qui voudrait prêter à 5% par an à
l’agriculture, aux fabriques, au commerce, lorsqu'on trouve un
emprunteur (l'Etat) prêt à payer un intérêt de 7 à 8 %?"1 Cela a pour
conséquence, encore une fois, la baisse de la consommation suite au
renchérissement des produits.
Il est clair ainsi que l'action de l'Etat ne peut être efficace aux yeux
de J.B.Say que si "l'avantage qui doit naître pour le public d'un besoin
satisfait, surpasse l'étendue du sacrifice que le public a dû faire pour
cela".2
A côté de A.Smith et de J.B.Say on trouve D.Ricardo dont le point
de vue sur la question des dépenses publiques et leur financement est
fort intéressant ; son nom sera en effet joint à un théorème dit
"d'équivalence de l'impôt et de l'emprunt" qui sera reformulé par
R.J.Barro.
Pour analyser l'effet des dépenses publiques, D.Ricardo va prendre
l'exemple d'un pays où éclate une guerre nécessitant des dépenses
extraordinaires de vingt millions de livres. Pour couvrir ces frais
supplémentaires, Ricardo envisage les trois solutions suivantes qu'il
considère comme équivalentes du point de vue des mathématiques
financières :3
- l'augmentation annuelle des impôts d'un montant de vingt millions
de livres "dont le pays serait totalement libéré au retour de la paix ;"
- l'émission de titres perpétuels de vingt millions de livres à un taux
d'intérêt de 5% entraînant "une charge perpétuelle d'un million pour
laquelle il n'y aurait aucun répit ni pendant la paix, ni pendant les
guerres futures ;"

1 Ibid., p.263.
2 J.B.Say, Traité d'économie politique, op.cit., p.486.
3 Sa position relative à l'équilibre entre impôt et emprunt est présentée dans:
- D.Ricardo, Principes de l'économie politique et de l’impôt, op.cit., pp.216-220.
- D.Ricardo, « Funding System, the Works and Corespondence of David
Ricardo », vol.4, Cambridge University Press, 1951, pp.185-190 et 196-197. Cet
article a été traduit en français par M.Herland, « Le meilleur moyen de fournir aux
dépenses publiques », Revue Française d'Economie, n°2 printemps 1992, pp.117-124.
244
- l'émission d'un emprunt de vingt millions de livres chaque année à
5% d'intérêt tout en constituant « un fonds d'amortissement, par l'impôt,
qui, augmenté des intérêts composés, permettrait finalement de
1
rembourser la dette. » Ainsi, le capital emprunté serait reconstitué et,
par conséquent, la dette serait éteinte en consentant à payer
annuellement 1.2 million livres d'impôt et ce pendant 45 ans.
Entre ces trois modalités de financement du supplément des
dépenses publiques, il n’y a pas, selon l'auteur, une réelle différence du
point de vue économique: vingt millions payés en une seule fois
(première modalité), un million par an à perpétuité (deuxième
modalité) ou 1.2 million pendant 45 ans (troisième modalité) ont
exactement la même valeur.
Or, parmi ces trois sources de financement, Ricardo a été amené à
choisir la première car le poids de la guerre est aussitôt ressenti et la
nation serait moins tentée d'entrer dans une guerre coûteuse et même si
elle s'y engage elle serait pressée d'en sortir.
Cependant, pour Ricardo, les gens qui paient l'impôt ne raisonnent
pas ainsi. Il n'est pas, en effet, indifférent pour ceux-ci de débourser tout
de suite une somme élevée ou de fractionner le paiement de celle-ci en
plusieurs versements de petits montants et échelonnés dans le temps.
Dans tous les cas, et quelle que soit la solution choisie, D.Ricardo a
voulu montrer que la charge des dépenses publiques sera supportée par
la postérité.
Alors que A.Smith et J.B.Say voyaient que les dépenses de l'Etat, qui
sont jugées improductives, se faisaient aux dépens des dépenses
privées, Ricardo va opérer une distinction entre l'emprunt et la levée
des impôts. Il va soutenir l'idée selon laquelle seules les dépenses
publiques financées sur emprunt entraînent la réduction du capital
productif de la nation ; au contraire, les impôts sont, aux yeux de
l'auteur, plus économiques car leur versement incite les contribuables à
"épargner la totalité des dépenses liées à la guerre, ce qui laisse le
capital national intact. »2 Certes, D.Ricardo reconnaît clairement qu'un

1- D.Ricardo, « Funding System, the Works and Corespondence of David


Ricardo », op.cit., p.185.
2 D.Ricardo, « Funding system, the works and corespondence of David Ricardo »,
op.cit., pp.187-188.
245
impôt élevé est préjudiciable aux revenus des propriétaires fonciers et
des manufacturiers ; mais il estime que ces derniers fourniront un effort
pour épargner et , s'ils n'y parviennent pas, ils peuvent emprunter à
intérêt. Or, "les emprunteurs privés ne couvriront aisément leurs
besoins" que si on ôte du marché le "gros emprunteur" qui est l'Etat.
Force donc est de constater que la position des premiers classiques
était en défaveur du financement des dépenses publiques sur emprunt.
Par contre, celle des classiques tardifs sera plus ou moins tolérante vis-
à-vis du recours à ce moyen de financement.
La présentation de la position des classiques vis-à-vis de la dette
publique et de ses effets économiques nous a révélé clairement que le
préjudice qui peut être causé par celle-ci (en l’occurrence l'effet
d'éviction) a été pressenti. C'est sur la base de l'analyse relative au
déficit budgétaire et à son financement que les néolibéraux vont asseoir
leur critique de la politique budgétaire qui va de la reformulation du
théorème d'équivalence de Ricardo à la remise en évidence des effets
d'éviction.

Paragraphe II- Le théorème Ricardo-Barro ou l’inefficacité de


l’action par le déficit budgétaire
La critique du multiplicateur keynésien, qui se trouve au centre de
la politique de relance de l’activité économique par le déficit
budgétaire, sera le fait, entre autres, de la thèse d’équivalence
ricardienne reformulée par R.J.Barro (I), thèse qui va faire l’objet de
vérifications empiriques (II).

I- Le théorème Ricardo-Barro
La remise en vogue du principe d'équivalence développé par
D.Ricardo au XIXème siècle est un des angles d'attaque de la foi
keynésienne dans l'efficacité de la politique des déficits budgétaires.
Mais, la reformulation par la "Nouvelle Macro-économie Classique »
du principe d'équivalence ricardien fera l'objet d'un certain nombre
d'objections.
En développant et en remettant à l'honneur l'idée d'équivalence de
Ricardo, R.J.Barrova essayer de montrer que la théorie selon laquelle
une « politique du déficit budgétaire enrichit le secteur privé » est
économiquement fausse. Plus encore, en reprenant le principe
d'équivalence ricardien, ce Professeur de l'Université de Chicago a
246
voulu lancer des suspicions sur la capacité d'une politique de relance
par le déficit de changer le cours de l'économie.
Se basant sur l'hypothèse des anticipations rationnelles des agents
économiques, R.J.Barro va avancer l'idée selon laquelle les effets
macro-économiques de l'accroissement des dépenses publiques sont
indépendants des différentes modalités de son financement à savoir:
l'impôt, l'emprunt ou la création monétaire.
En effet, lorsque l'Etat finance ses dépenses par emprunt auprès du
public, les agents privés réalisent qu'ils vont être amenés, dans le futur,
à assumer le service de cet emprunt autrement dit à le rembourser. Or,
l'impôt constitue la seule source de recettes sure pour l'Etat, ce qui fait
que l'emprunt contracté par celui-ci se traduira, à terme, par un
alourdissement de la fiscalité.
Les agents privés, qui anticipent rationnellement une augmentation
future des impôts ("tax-discounting"), vont épargner davantage ce qui
aboutit à une consommation du même niveau que lorsque le déficit
budgétaire est financé par accroissement des impôts.
Autrement dit, les agents privés ne considèrent pas que l'achat des
titres de la dette publique vient accroître leur richesse, mais comme "le
1
présage d'un accroissement de la pression fiscale."
En outre et à la lumière de la théorie du revenu permanent R.J.Barro
souligne qu'en cas de financement des dépenses publiques par emprunt,
les anticipations d'impôts futurs par les agents privés font que le revenu
permanent de ces derniers ne se trouvera aucunement modifié.
Il apparaît donc, à travers ce théorème d'équivalence, que non
seulement il n'y a pas d'effet de richesse en terme de consommation
mais aussi qu’il n'y pas d'expansion de la demande par le jeu du
multiplicateur. Que le déficit budgétaire soit financé par impôt ou par
emprunt (qui est vu comme un impôt différé dans le temps), la
2
consommation globale "est tout autant affectée dans les deux cas." De

1 The Economist, «What the Déficit Do? », 3 novembre 1984, cité in "Les
conséquences des différentes formes de financement du déficit budgétaire", Problèmes
Economiques, n° 1919, 11 avril 1985, p.19.
2 A.Euzéby et M-L.Herschtel, Finances publiques. Une approche économique,
op.cit., p.31.
247
ce fait, il y a équivalence entre le financement du déficit budgétaire par
emprunt et son financement par impôt ; l'efficacité de l'appel à l'emprunt
comme moyen de relance de l'activité économique est donc nulle, c'est-
à-dire que l’effet stimulant du déficit budgétaire sur la demande globale
est neutralisé.
Mais que se passe-t-il lorsque le déficit budgétaire est financé par
création monétaire ? Le Professeur R.J.Barro nous répond que même
dans ce cas le raisonnement est le même que lorsqu'il s'agit d'un
financement par emprunt. Supposés rationnels, en effet, les agents
privés vont comprendre qu'un recours de l'Etat à la planche à billets va
provoquer l'inflation, inflation qui va entraîner la baisse de la valeur de
leurs encaisses réelles. Pour préserver la valeur réelle de ces encaisses,
les agents privés vont devoir épargner davantage et, donc, consommer
moins.
Mais, cette thèse d'équivalence entre impôt et déficit, qui veut
infirmer l'efficacité de la politique de relance par le budget, sera
vivement critiquée.
La remise en cause du théorème Ricardo-Barro concernera les
hypothèses sur lesquelles se base l'analyse, hypothèses jugées fortement
irréalistes.
Habituellement, trois séries d'objections sont adressées à l'hypothèse
d'anticipations rationnelles altruistes de R.J.Barro:
1
-La première, initialement émise par J.M.Buchanan , porte sur la
"qualité très douteuse des anticipations des ménages: l'illusion fiscale
et les incertitudes sur l'évolution intergénérationnelle des patrimoines,
des revenus et de la consommation font très sérieusement douter de
l'efficacité d'une anticipation rationnelle altruiste elle-même comme de
2 3
sa capacité à neutraliser un effet de richesse." De son côté, J.Tobin
estime que cette analyse ne peut être considérée comme juste que si les

1 J.M.Buchanan, «Barro and the Ricardian equivalence theorem", Journal of


Political Economy, avril 1976.
2 J.P.Galavielle, "Impôt ou emprunt: suggestions pour une révision du
financement public" , op.cit., p.19.
3 J.Tobin, Réflexions sur la théorie macroéconomique contemporaine,
Economica, 1983.
248
agents privés sont capables d'anticiper le futur avec exactitude ; ce qui
suppose qu'ils doivent être à la fois informés et surtout rationnels. Or,
pour les post-keynésiens, les agents privés ne sont pas tous rationnels,
1
ils sont, en fait, "myopes dans leurs anticipations."
-La deuxième série de critiques est relative à l'égoïsme de la
génération présente. En effet, même s'ils sont rationnels et bien
informés, "il n'est pas évident que tous les parents veuillent transmettre
2
un héritage positif à leurs enfants" particulièrement lorsqu’ils augurent
un avenir meilleur pour leurs descendants. Dans le même ordre d'idées,
J.Tobin part du fait que les plans de consommation des ménages sont
d'une durée plus courte que celle de leur vie pour affirmer que ces
ménages ne vont pas rester indifférents quant à l'opportunité
"d'ajourner le paiement des impôts" car "même s'ils doivent, plus tard,
payer eux-mêmes les impôts ils commenceront par accroître leur
3
consommation." Pour mettre en doute la validité du théorème
d'équivalence, J.Tobin souligne aussi que les ménages n'ont pas tous
des enfants, et même s'ils en ont, ils ne s’inquiètent pas obligatoirement
des impôts que leurs enfants auront à payer dans l'avenir.
-La troisième série d'objections s’intéresse à la capacité des ménages
à maîtriser la conjoncture. En effet, une politique économique à travers
ses effets redistributifs, modifiant substantiellement les propensions à
consommer des ménages, peut rendre caduques les anticipations
formulées par ces derniers ; ce qui fait que les " dispositions initiales
visant à prévoir le remboursement futur de la dette publique peuvent se
révéler à l'expérience comme ayant été un très mauvais calcul au plan
4
des intérêts individuels."

1 F.Portier, « Controverses sur l'efficacité des politiques budgétaires », Cahiers


Français, n°261, mai-juin 1993, p.48.
2 E.Schokkart et V.van Rompuy, « Integenerational Distribution of the Burden of
Debt: the Case of Belgium », Rapport présenté au congrès que l'Institut International
des Finances Publiques a organisé en août 1984, Analyses de la SEDEIS, mai 1985.
3J.Tobin, Réflexions sur la macroéconomie contemporaine, Economica, 1983, cité
in J.Y.Capul, « Déficit, dette et éviction », Vues Economiques, n°4, 1993, p.34.
4 J.P.Galavielle, "Impôt ou emprunt: suggestions pour une révision du
financement public" , op.cit., p.20.
249
II- Vérification empirique du théorème d'équivalence
ricardien
La vérification empirique du théorème Ricardo-Barro sera opérée en
analysant la relation entre l’épargne privée et la dette publique ainsi que
le lien entre cette dernière et la consommation des ménages.
Appliquant son étude à l'économie des Etats-Unis pour la période
allant de 1952 à 1971 et utilisant des données annuelles en terme réel,
1
L.A.Kochin montre que:
- les agents privés, étant rationnels, assimilent les déficits
budgétaires courants à de futurs impôts, et par conséquent,
- ils augmentent leur épargne aux dépens de leur consommation.
Cette étude converge donc vers la validité du principe d'équivalence
entre impôt et emprunt et confirme la théorie de la neutralité de la dette
publique.
2
Cependant, d'autres travaux portant sur les Etats-Unis concluent en
l'inexistence de liens entre l'épargne privée et la dette publique
autrement dit, l'accroissement de cette dernière n'entraîne pas
l'augmentation de l'épargne privée et donc la diminution de la
3
consommation privée.

1 L.A.Kochin, «Are Future Taxes Anticipated by Consumers?", Journal of Money,


Credit and Banking, Vol.6, n°3, 1974, pp.385-394.
2 Il s'agit des travaux de :
- J.B.Yawitz et L.M.Meyer," An Empirical Investigation on the Extent of Tax
Discounting", Journal of Money, Credit and Banking, Vol.8, 1976, pp.247-254.
- W.Buiter et J.Tobin, Debt Neutrality: a Brief Review of Doctrine and Evidence,
Von Furstenberg G.M. ed" Social Security Versus Private Savings", Ballinger
Cambridge MA, 1979, pp.39-63.
3 Les critiques de ces résultats sont contenues dans J.Tobin, Réflexions sur la
théorie macroéconomique contemporaine, dans la section "Les preuves statistiques
récemment avancées à l'appui de la doctrine Ricardienne", op.cit., pp.78-80.
250
Estimant les modèles américains sur l'économie française, D.Kessler
1
et A.Lavigne concluent que:
- les ménages en France n'anticipent pas les impôts futurs qu'exigera
le financement des déficits publics courants et donc ;
- les déficits publics courants ne débouchent pas sur l'augmentation
des taux d’épargne. Ces résultats trouvent leur explication dans le fait
qu'" en France, les responsables gouvernementaux depuis le début des
années 60, à partir des recommandations données par le rapport
2
Armand-Rueff , ont respecté l'équilibre des finances publiques et le
déficit budgétaire de l'Etat n'a commencé véritablement à s’accroître
3
que depuis 1975"

Section II- Les effets d'éviction dans les modèles théoriques


contemporains
L’éviction financière, qui retiendra notre attention dans le présent
travail, apparaît à l’occasion d’une politique budgétaire expansionniste
financée par emprunt auprès du public sans qu’elle soit accompagnée
d’une politique monétaire adéquate.
La thèse de l'éviction financière a été développée pour condamner
les politiques budgétaires déficitaires. Ce type d'éviction considère
qu’un accroissement des dépenses publiques financé par emprunt
auprès du public, au lieu de produire un effet direct sur la dépense privée

1 D.Kessler et A.Lavigne, "Dette publique et épargne des ménages", E.R.A., n°86,


C.N.R.S., Paris, février 1982. Notons que:
- l'es timation du modèle de L.A.Kochin sur l'économie française a été faite en
au 1965 utilisant des données trimestrielles en terme réel ( du premier trimestre
(1978 quatrième trimestre
- l'estimation du modèle de W.Buiter et J.Tobin sur l’économie française a été
faite en utilisant des données trimestrielles en terme réel ( du troisième trimestre 1964
au quatrième trimestre 1978)

2 Sur le Rapport d'Armand-Rueff, voir F.Walter, «Discussion sur la doctrine du


comité Rueff", Cahiers de l'I.S.E.A., n°89, juillet 1959.
3 F.Khalil Yahyavi, Déficit budgétaire et taux d'intérêt, Thèse, Paris X, 1990, p.72.
Voir également : B. Ducoudré, Politique budgétaire et taux d’intérêt, OFCE, 2005.
251
(éviction réelle), exerce un effet indirect et négatif sur l'investissement
privé en occasionnant une hausse des taux d’intérêt.
L'idée de l'éviction financière a été soulignée pour la première fois,
1 2
selon P.Llau, par M.Friedman ainsi que dans les travaux des
3
économistes monétaristes de la Banque de Saint Louis. Nous
commencerons dans un premier point par présenter ces travaux
(Paragraphe I) avant de nous pencher sur la réaction des keynésiens
(Paragraphe II). Nous tenterons, par la suite, d’exposer une analyse
synthétique en présentant un modèle mixte (Paragraphe III) avant de
conclure par un modèle intégrant l’hypothèse d’une économie ouverte
(Paragraphe IV).

Paragraphe I-Les modèles monétaristes


Les principaux perfectionnements réalisés par les monétaristes dans
leurs analyses des effets financiers des déficits budgétaires se trouvent
contenus dans les travaux de la Banque de Saint-Louis (I) ainsi que dans
les travaux de K.Brunner A.Meltzer(II).

1 P.Llau, L'analyse théorique des effets d'éviction financiers in P.Llau et


F.Renversez (sous la direction de), Stratégies de financement des soldes budgétaires.
Une comparaison internationale, op.cit., p.277. Voir également A.Euzéby et M-
L.Herschtel, Finances publiques , une approche économique, op.cit., p.31.
2M.Friedman, Capitalism and Freedom, University of Chicago Press, 1962,
pp.75-84. Cet ouvrage a été traduit au français par: R.Laffont, Capitalisme et liberté,
Paris, 1971. Selon P.Llau, cet ouvrage a relancé un certain nombre de préoccupations
des classiques. Voir à ce propos, P.Llau, l’évolution de la contrainte financière
publique: effets d’éviction et de substitution dans lescircuits de financement, op.cit.,
47.
3 Pour une présentation de l'importante bibliographie ainsi que de la position des
classiques sur la question voir:
- P.Llau, Economie financière, tome 1, Théorie du système de financement public,
P.U.F. (Collection thémis), Paris, 1985.
- P.Llau, Economie financière publique, op.cit.
- R.W.Spencer et W.P.Yohe, «The Crowding-out of Private Expenditures by
Fiscal Policy Actions», op.cit.
- K.M.Carlson et R.W.Spencer, «Crowding-out and its Critics», Federal Reserve
Bank of Saint Louis Review, décembre 1975.
252
I-Déficit budgétaire et effet d’éviction et/ou d’entraînement
financier dans les travaux de la banque de Saint-Louis

A-L’analyse de L.C.Andersen et J.L.Jordan

1
L.C.Andersen et J.L.Jordan ont tenté de vérifier empiriquement la
2
proposition de M.Friedman selon laquelle le niveau du budget de l’Etat
exerce une faible influence sur le revenu nominal. A cet effet, ils ont
menés une analyse comparée de l’impact de la politique monétaire et
de la politique budgétaire sur l’activité économique. Plus précisément,
ces deux économistes de la Banque de Saint-Louis se sont appliqués à
répondre à la question suivante : les actions budgétaires exercent-elles
une influence plus ample, plus prévisible et plus rapide sur l’activité
3
économique que les actions monétaires ?

Critiquant toutes les analyses fondées exclusivement sur le


multiplicateur keynésien, L.C.Andersen et J.L.Jordan avancent que ce
dernier ne peut être, a posteriori, précisé qu’en spécifiant le mode de
couverture du déficit budgétaire. Ils soulignent ,dans ce cadre, que la
politique budgétaire produit un effet de relance maximum lorsque:
- on se trouve en situation de surliquidité ; les dépenses publiques ne
se soldent pas par une hausse du taux d’intérêt ;
- les investissements sont parfaitement inélastiques par rapport au
taux d’intérêt.

1L.C.Andersen et J.L.Jordan, «Monetary and Fiscal Actions: A Test of Their


Relative Importance in Economic Stabilization », F.R.B. of Saint-Louis Review,
novembre 1968, pp.11-24.
2 M.Friedman et W.W.Heller, Politique monétaire ou politique fiscale, Traduction
Paris, Mame, 1969.
3 L.C.Andersen et J.L.Jordan, «Monetary and Fiscal Actions: A Test of Their
Relative Importance in Economic Stabilization », op.cit., p.11.
253
Pour répondre à la question posée ci-dessus, L.C.Andesen et
J.L.Jordan établissent un modèle dont la forme algébrique est la
1
suivante:

∆Yt = f1 (∆Mt ... Mt-n, ∆Et ... (1)


?Et-n)

∆Pt = f2 (Dt ... Dt-n, , ∆PAt) (2)

F
Dt = ∆Yt - (X t-1 - X t-1)
∆Yt = ∆Pt + Xt (4)
Rt = f3(∆Mt, ∆Xt ... ∆Xt-n, ∆Pt, (5)
A
∆P ) t

∆PAt = f4(∆Pt-1 ... ∆Pt-n) (6)

Ut = f5 (Gt, Gt-1) (7)

Gt = (XFt -Xt) / XFt (8)

(1)équation des dépenses totales (5)équation du taux d’intérêt


(2)équation des prix (6) équation de prix anticipé
(3) identité de pression de la demande (7)équation du taux de sous-emploi
(4) identité du total des dépenses (8)identité du PNB

Les variables endogènes Les variables exogènes


∆Yt: variation des dépenses totales ∆Mt: variation du stock de monnaie
∆Pt: variation du niveau des prix ∆Et : variation des dépenses fédérales

1 C’est un modèle qui a été repris dans L.C.Andersen et K.M.Carlson, «A


Monetarist Model for Economic Stabilization », F.R.B. of Saint-Louis Review, avril
1970, vol.52, n°4, pp.7-25. Voir également F.Khalil Yahyavi , Déficit budgétaire et
taux d'intérêt, op.cit., 117-119.
254
Dt: pression de la demande XFt: production potentielle
∆Xt: variation de la production
Pt: taux d’intérêt du marché

∆P At: variation anticipée du niveau des prix


Ut : taux de sous-emploi
Gt: valeur du P.N.B.

A partir de ce modèle, L.C.Andersen et J.L.Jordan débouchent sur


les conclusions suivantes:
- les actions monétaires exercent une influence plus ample sur
l ’activité économique que les actions budgétaires. En effet, au bout de
quatre trimestres, un accroissement de la masse monétaire d’un milliard
de dollars entraîne l’augmentation du P.N.B. nominal de 5.8 milliards
de dollars alors que le même niveau d’impulsion dans les dépenses de
haut niveau d’emploi ne font croître le P.N.B. nominal que de 170
millions de dollars seulement ;
- l’impact des actions monétaires sur l’activité économique est plus
prévisible que celui des actions budgétaires.
- l’influence des actions monétaires sur l’activité économique est
plus rapide que celle des actions budgétaires. En effet, la réponse de
l’activité économique (P.N.B. nominal) qui est due aux variations de la
base monétaire, arrive dans le premier et deuxième trimestre ; en
revanche, la réponse de l’activité économique aux actions budgétaires
enregistre des valeurs faibles, voire négatives les deux derniers
trimestres.
Puisque pour M.Friedman, la politique de relance par le budget
n’affecte que faiblement le niveau du revenu nominal, elle doit, par
contre, agir sur le niveau du taux d’intérêt. En effet, le recours de l’Etat
aux emprunts obligataires (sans variation du niveau de liquidité de
l’économie) et donc sa «haute main» sur les fonds disponibles implique,
selon les auteurs monétaristes, une augmentation du taux d’intérêt et,
conséquemment, une éviction des dépenses privées.

255
L.C.Andersen et J.L.Jordan soulignent, par ailleurs, que «les
rapports prioritaires qui existent entre la Banque Centrale, l’Etat et les
banques commerciales sont révélateurs de l’importance qu’il faut
accorder à la masse monétaire en général et à la monétisation de la dette
1
publique en particulier».

B- L’analyse de L.C.Andersen et K.M.Carlson


2
L’étude menée par L.C.Andersen et K.M.Carlson vise non
seulement à montrer la supériorité de la politique monétaire par rapport
à la politique budgétaire, mais également à mettre en exergue la
répercussion de chacune des deux politiques de stabilisation sur les
grandeurs aussi bien réelles que nominales de l’économie.
Le modèle de L.C.Andersen et de K.M.Carlson, qui est trimestriel, a
été établi pour la période (1953-1969). Il a fait, par la suite, l’objet
d’estimations récentes et ce pour les périodes (1955-1973) et (1955-
3
1977).
Les deux auteurs monétaristes ont pu conclure que:
- la croissance monétaire influence uniquement, après 30 ans, les
variables nominales (les dépenses totales, le P.N.B. nominal, les prix et
les taux d’intérêt nominaux). Les variables réelles (le taux de croissance
de la production et de l’emploi), quant à elles, ne sont pas affectées par
la croissance monétaire. L’accroissement de ces dernières est tributaire
de la croissance de ressources naturelles: stock de capital, la force de
travail et la productivité ;
- l’accroissement des dépenses publiques de haut niveau d’emploi,
couvert par le recours à l’emprunt auprès du public ou par l’impôt,
affecte positivement l’activité économique en terme réel et ce pour une

1 F.Khalil Yahyavi , Déficit budgétaire et taux d'intérêt, op.cit., p.127.


2 L.C.Andersen et K.M.Carlson, «A Monetarist Model for Economic
Stabilization », op.cit.
3L.C.Andersen et K.M.Carlson, «Saint-Louis Model Revisited », International
Economic Review, vol.15, n°2, 1974, pp.305-327. K.M.Carlson (F.R.B. of Saint-
Louis), «The Saint-Louis Model and The Economic Experience of The 1970’s »,
prepared for Vth International Conference on applied econometrics, Conférence de
Rome sur les modèles monétaires et financiers, Banque d’Italie, Rome-Italie, du 7 au
10 février 1979.
256
durée d’une année maximum.. A long terme, l’effet de relance ( effet
multiplicateur ) est nul en terme nominal et négatif en terme réel. D’où,
la présence d’un effet d’éviction.
Les conclusions sur lesquelles les deux auteurs ont débouché dans le
1
cadre de leur modèle révisé ne font que corroborer les résultats déjà
mis en évidence dans leur modèle initial, à savoir la supériorité de la
réponse de l’activité économique à un stimulus monétaire par rapport à
un stimulus budgétaire.
L.C.Andersen et K.M.Carlson ont, par ailleurs, prouvé que dans le
cas de dépenses publiques non accompagnées d’un accroissement des
disponibilités monétaires, les taux d’intérêt réagissent dans le sens de la
hausse ; ce qui penche nettement en faveur de l’existence d’un effet
d’éviction.
Notons enfin que les conclusions des travaux de la Banque de Saint-
Louis ont fait l’objet d’une vérification empirique de la part de A.Ando
2 3
et F.Modigliani, S.H.Stein et en particulier de la part de
4
B.M.Friedman. Ce dernier, estimant l’équation de la Banque de Saint-
Louis sur plusieurs périodes, conclut à l’importance de la politique
budgétaire comme moyen de stabilisation conjoncturelle.
La primauté de la politique monétaire prônée par les auteurs
monétaristes ne doit pas signifier que la politique budgétaire est

1 Les changements apportés au modèle initial de L.C.Andersen et K.M.Carlson


sont justifiés par un certain nombre de facteurs dont notamment: les effets de la hausse
des prix de l’énergie sur le coût des matières premières en 1973 et les effets de la mise
en place de réglementations gouvernementales au niveau du contrôle des prix sur
l’investissement productif. Voir à ce sujet: K.M.Carlson, «The Saint-Louis Model and
the Economic Experience of The 1970’s », op.cit.
2 A.Ando et F.Modigliani, « Impact of Fiscal Actions on Aggregate Income and
The Monetarist Controversy: Theory and Evidence», in J.L.Stein, Monetarism,
op.cit., pp.17-42.
3 S.H.Stein,« Autonomus Expenditures, Interest Rate Stabilization and The Saint-
Louis Equation», The Review of Economics and Statistics, vol.62, août 1980, pp.357-
363.
4 B.M.Friedman, « Even The Saint-Louis Model Now Believes in Fiscal Policy »,
Journal of Money, Credit and Banking, vol.9, mai 1977, pp.365-367.
257
1
totalement inefficace. C’est dans ce sens que J.P.Laffargue note que "la
monnaie ne peut pas à elle seule expliquer toutes les variables de la
2
conjoncture."
De leur côté, les deux économistes de la Banque de Saint-Louis
estiment qu’il faut même élargir l’analyse. En effet, ils précisent que
«les propositions ont été développées et testées par rapport à l’impact
des actions monétaires et budgétaires, mais peu de choses ont été faites
pour tester les propositions en rapport avec le mode de financement des
3
actions monétaires et budgétaires.»

II-Déficit budgétaire et effet d’éviction et/ou


d’entraînement financier dans les travaux de K.Brunner
et A.Meltzer4
Ces deux monétaristes proposent un modèle ISLM à quatre actifs
(les biens, les titres, la monnaie et le capital) qui se veut une alternative
au modèle ISLM perfectionné. Dans cette analyse, on suppose que le
capital n'est pas parfaitement substituable aux titres de la dette publique,
ce qui exige d'intégrer un marché supplémentaire. Mais, puisqu’en
vertu de la loi Walras il ne faut retenir que trois marchés lorsqu'il y a
quatre actifs, les deux auteurs éliminent le marché du capital et
focalisent l'attention sur le marché des biens (où se détermine le niveau
général des prix ), le marché du crédit ( où se fixe le taux d’intérêt ) et
le marché de la monnaie (où se détermine justement le prix du capital
existant). Ce qui signifie qu'il y a, pour les actifs financiers, deux

1 J.P.Laffargue, « l’apport du monétarisme à l’analyse de la politique


économique », étude C.E.P.R.E.M.A.P., n°8210, décembre 1981.
2 J.P.Laffargue, « l’apport du monétarisme à l’analyse de la politique
économique», op.cit., cité in F.Khalil Yahyavi , Déficit budgétaire et taux d'intérêt,
op.cit., p.324.
3 L.C.Andersen et K.M.Carlson, «Saint-Louis Model Revisited », op.cit., p.324.
4 -K.Brunner et A.Meltzer, «Money, Debt and Economic Activity», Journal of
Political Economy, octobre 1972.
-K.Brunner et A.Meltzer, « Liquidity Traps for Money, Bank, Credit and Interest
Rates», Journal of Political Economy, janvier-février, 1968, pp.1-13.
-K.Brunner et A.Meltzer, «Aggregative Theory for A Closed Economy », cité in
J.L.Stein, Monetarism , op.cit.
258
marchés distincts sachant que dans ce modèle la monnaie est
substituable aussi bien au capital qu'aux autres titres financiers.
A propos des actifs pris en compte, K.Brunner et A.Meltzer
soulignent que ces derniers se différencient aussi bien relativement aux
coûts d'information que concernant les coûts d'ajustement.
En effet, la différenciation des coûts d'information tient au fait que
les anticipations des prix des offreurs et des demandeurs ne coïncident
pas nécessairement. Pour ce qui est des coûts d'ajustement, alors que,
en cas de déséquilibre, il y a ajustement instantané du prix des actifs sur
le marché des actifs financiers, sur le marché des biens, par contre, il y
a tout d'abord variation des stocks puis ensuite variation du volume de
la production. Le résultat est que les coûts d'ajustement sont supérieurs
dans le marché des biens et que, sur ce dernier, le prix du capital produit
peut être différent de celui du capital existant.
Avant d'exposer les résultats sur lesquels K.Brunner et A.Meltzer
ont débouché (B), nous devons présenter les équations du modèle (A).

A- Les équations du modèle


Le modèle comprend quatre équations dont les trois premières sont
représentatives respectivement du marché des biens, du marché du
crédit et du marché de la monnaie et la quatrième exprime la contrainte
financière du Trésor.

1- le marché des biens


Les équations représentatives du marché des biens sont au nombre
de cinq :

(d/dt)logY=h[log(d+g)-logY] (1)
D = (i -, p, P, Wn , Wh , e) avec d1, d2<0 et d3,..., d6>0
(2)
P = p(Y, K, Y*) avec p1, p3>0 et p2<0 (3)
Wn = PK+(1 + W )B +V(i, t )S avec v1, v2<0 (4)
Wh = wh (Y, p) avec wh1 , Wh2<0 (5)

259
sachant que:
Y: production réelle du secteur privé S: stock des titres publics

d: dépenses réelles du secteur privé : demande de crédit


g: dépenses réelles publiques it: rémunération des dépôts bancaires
p: niveau général des prix L: demande de monnaie
.
i: taux d’intérêt W : taux de salaire

: taux d’inflation anticipé l: volume d’emploi public


Wn: valeur du patrimoine non humain I: versement d’intérêts
Wh: valeur du patrimoine humain t: fonction d’imposition
.
e: taux de rémunération anticipé par unité du capital B : variation de la base monétaire
.
K: stock du capital existant S : variation du stock des titres publics
Y*: production réelle anticipée U: part du financement monétaire du déficit
W: coefficient d’effet net de richesse bancaire a: multiplicateur du crédit
.
m: multiplicateur monétaire V : variation de la monnaie due à l’open-market policy
t : taux d’imposition B: base monétaire, c’est-à-dire les disponibilités
monétaires et les réserves bancaires

L'équation (1) du marché des biens exprime l'ajustement de la


production réelle du secteur privé à la variation de la demande. Cela,
sachant que la demande dépend de plusieurs variables à savoir: le taux
d'intérêt réel, le niveau général des prix, le prix du capital existant, le
rendement anticipé du capital ainsi que la valeur du patrimoine humain
et du patrimoine non humain (équation (2) ) ; quant à l’équation (3), elle
décrit les éléments qui font varier le niveau général des prix à savoir: la
production réelle privée, le stock du capital existant et la production
réelle anticipée. L’équation (4) donne la composition du patrimoine non
humain. enfin, l’équation (5) décrit les éléments qui font varier le
patrimoine humain. Ainsi, à travers les équations du marché des biens,
il y a détermination aussi bien du niveau de production que du niveau
général des prix.

260
2-Le marché du crédit
Sur le marché du crédit, il y a détermination du taux d’intérêt
d’équilibre ; grâce à ce marché, les titres de la dette publique sont
répartis entre le secteur privé bancaire et non bancaire. Les équations
du marché du crédit s’énoncent comme suit:
aB = (6)
A = a(i, it, P,Wn,Wh , e ) (7)
 =  (i -  , P, p, Wn, Wh , e, S ) (8)

Le marché du crédit est en équilibre lorsque l’offre de crédit aB


égalise la demande de crédit ().
L’offre de crédit dépend de deux éléments essentiels :
-la base monétaire (b) qui est, en partie, contrôlée par les autorités
monétaires ;
-un multiplicateur de crédit (a) qui est fonction du comportement de
portefeuille des banques et des agents non financiers.
L’offre de crédit (aB) augmente avec le taux d’intérêt, la
rémunération des dépôts et la richesse. Cependant, cette offre diminue
lorsque le rendement anticipé du capital s’élève ; autrement dit quand
l’acquisition du capital est plus avantageuse que les dépôts bancaires.
La demande de crédit (), quant à elle, dépend du taux d’intérêt réel,
du niveau général des prix, du prix du capital existant, du patrimoine
humain et non humain du rendement anticipé du capital et du stock des
titres publics. Ainsi, dans ce marché, il y a détermination du taux
d'intérêt d’équilibre. Cette demande de crédit diminue quand le prix du
capital existant augmente ; autrement dit lorsque le coût
d’amortissement du capital diminue. Inversement, la demande de crédit
augmente avec l’accroissement du niveau général des prix et du taux de
rendement anticipé du capital (les agents privés vendent leurs titres et
augmentent leur demande de crédit).

261
3-Le marché de la monnaie

Le marché de la monnaie, où se confrontent l’offre et la demande de


monnaie, fixe:
- le prix du capital existant P ;
- le taux de rémunération du capital réel pour une anticipation des
gains en capital et un niveau général des prix donnés.
Les équations du marché de la monnaie s’écrivent:
mB = L (9)
m = m(i , e , it , P , Wn , Wh) avec m1, m2 >0 et m3,...,m6
<0 (10)
L = L(i , e , P , wn , Wh , p) avec L1, L2 <0 et L3,...,L3 >0
(11)
Les équations du marché de la monnaie permettent de faire
apparaître les conditions d'égalisation de l'offre de monnaie. L’offre de
monnaie est déterminée par l'application d'un multiplicateur monétaire
à la base monétaire ; la demande de monnaie, quant à elle, dépend du
taux d'intérêt, du rendement anticipé du capital, du prix du capital
existant, du niveau général du prix et de la valeur du patrimoine humain
et non humain.
L’équilibre sur le marché de la monnaie est réalisé lorsque l’offre de
monnaie (mB) égalise la demande de monnaie (L).
L’offre de monnaie dépend de plusieurs éléments :
-elle augmente avec le taux d’intérêt et le rendement anticipé du
capital ;
-elle diminue avec la rémunération des dépôts bancaires à terme, la
valeur du capital existant et la richesse.
La demande de monnaie :
-s’accroît avec l’augmentation du prix du capital existant, la richesse
et le niveau général des prix ;
-se contracte dans le cas où la rémunération des titres et le rendement
anticipé du capital augmentent.

262
Les deux auteurs précisent, par ailleurs, que le marché de la monnaie
est plus sensible au taux d’intérêt que ne l’est le marché du crédit. Cela
est dû à la différence dans le comportement d’offre sur les deux
marchés.

4- La contrainte financière du Trésor


L’équation de la contrainte financière du Trésor s’écrit:
. . . .
Pg + W .lg + I(i)S - t(p, y, W , lg,t) = B + S
(12)
avec:
.
B = (pg = W.lg + IS - t)+ V
. ..
S = (1- )(pg + W .lg+IS-t) -V
L’équation de la contrainte financière du trésor indique les
conditions de l’équilibre budgétaire. Elle précise que les dépenses de
l’Etat composées de l’achat de biens (pg), l’utilisation de la force de
.
travail (W .lg) et le versement d’intérêts nets d’impôts sur les titres
publics déjà émis (I(i)S) sont couvertes à la fois par les recettes fiscales
.
(t(p,y,W, lg, t), l’emprunt auprès du public(S ) et la création monétaire
.
(B ).
La variation du stock d’actifs financiers dépend aussi bien du mode
de financement du déficit budgétaire que des opérations d’open-market
qui existent même en cas d’équilibre budgétaire. Le paramètre 
exprime l’importance de chaque modalité de financement du déficit
budgétaire:
-lorsque  = 1 , le déficit budgétaire est totalement financé par
création monétaire ;
-lorsque  = 0 , le déficit budgétaire est entièrement financé par
emprunt auprès du public ;
-lorsque 0<<1 , la couverture du déficit budgétaire se fait par la
combinaison des deux modalités de financement.

263
Suivant le mode de financement du déficit du Trésor, cette équation
permet de préciser s’il y a présence d’un effet d’éviction et/ou
d’entraînement financier.
La présentation des équations du modèle étant faite, nous devons
maintenant nous pencher sur les résultats de l’analyse de K.Brunner et
A.Meltzer quant aux effets d'éviction et/ou d'entraînement financiers.

B- Les résultats de l'analyse : la présence des effets d'éviction


et/ou d'entraînement financiers
L'analyse des effets financiers du déficit budgétaire (selon la
modalité de financement de ce déficit) laisse apparaître que les résultats
diffèrent suivant que le raisonnement est fait dans le court terme, dans
le moyen terme ou dans le long terme.

1- Politique expansionniste et équilibre à court terme


Suite à un accroissement des dépenses publiques (quelle que soit la
modalité de financement du déficit budgétaire) il y a stimulation de
l'activité économique (effet d’entraînement) qui apparaît sur le marché
des biens. Il y a, en effet, accroissement de la demande globale et on
assiste à une augmentation du niveau général des prix et des quantités
qui va influencer le niveau de la demande de monnaie et celui du crédit
via respectivement le prix du capital existant et les taux d’intérêt qui
vont augmenter. Cette stimulation entraîne par contre une modification
dans le fonctionnement des marchés des actifs financiers.
L'effet stimulant initial de la relance par le budget sera renforcé par
un effet de feed-back allant des marchés des actifs financiers vers le
marché des biens si:
- l'accroissement du taux d'intérêt (dû à la modification que subissent
ces marchés dans leur fonctionnement) est inférieur à l'accroissement
du prix du capital existant ;
- la dépense privée est moins élastique par rapport au taux d'intérêt
que ne l'est le prix du capital existant.
En somme, et en courte période, le flux des dépenses publiques se
solde par un effet d’entraînement.

264
2-Politique budgétaire expansionniste et équilibre à moyen
terme
Les effets de l'action de l'Etat par le déficit budgétaire diffèrent selon
le mode de couverture de ce déficit et selon la vitesse de convergence
vers l’équilibre économique et donc vers l’équilibre budgétaire.
En effet, l'analyse de l'impact financier du mode de couverture du
solde budgétaire a permis de relever que:
- en cas d'un financement par recours à la création monétaire, il y a
à la fois baisse du taux d'intérêt et augmentation du prix du capital
existant ce qui stimule en fin de compte la demande globale. Celle-ci
s'accroît davantage en raison de l'effet de richesse produit par l'
augmentation du stock de monnaie. Par ailleurs, la baisse du taux
d’intérêt (permise par l’expansion monétaire) favorise la diminution des
charges d’emprunt de la dette publique. Donc, l’expansion économique
suivie d’une augmentation des recettes budgétaires permet le retour à
l’équilibre budgétaire. En somme, à moyen terme, le financement
monétaire du déficit budgétaire se traduit par un effet d’entraînement
net ;
- en cas d'un financement par emprunt auprès du public, le taux
d'intérêt augmente ce qui réduit les investissements ; il y a là, donc,
éviction financière. Mais, en même temps il y a augmentation du prix
du capital existant et de la richesse des agents (au moyen de
l’acquisition des bons de l’Etat et le versement d’intérêts suscité par
ces derniers), ce qui produit un effet d'entraînement. Nous pouvons
ainsi dire qu'il y a, en cas de financement du déficit budgétaire par
emprunt, conjonction de l'éviction financière et de l'effet
d'entraînement.
Au total, à moyen terme, le financement du déficit budgétaire par
création monétaire, produit un effet d'entraînement plus important que
lorsque ce même déficit est couvert par émission de titres publics.
Qu'en est-il maintenant des effets de la relance par le budget
lorsqu'on analyse la vitesse de convergence vers l'équilibre ?
K.Brunner et A.Meltzer constatent que lorsque le déficit budgétaire
est financé par de la création monétaire, la convergence vers l'équilibre
est plus rapide que dans le cas d'un financement par emprunt.

265
En effet, puisqu'il n'y a pas de coût de gestion de la dette publique
dans le cas d’un financement monétaire, il y a baisse des charges
d'intérêt de la dette publique se traduisant par une baisse des taux
d'intérêt. Il en résulte une "expansion de l'activité économique et un
retour à un système stable d'équilibre budgétaire."
Inversement, le retour vers l'équilibre n'est pas garanti au cas d'un
financement par émission de titres de la dette publique. Et même
lorsqu'il y a convergence vers l'équilibre, celle-ci est moins rapide que
dans le cas d’une monétisation du déficit budgétaire: l'effet stimulant
initial (effet d'entraînement) lié à accroissement des dépenses publiques
(financé par emprunt) est compensé par un effet récessif causé par
accroissement des charges de la dette publique. Donc, pour être
efficace, la politique budgétaire nécessite "une politique fiscale
spécifique" car l'effet final de l'action par le budget ne peut être connu
qu'en comparant les recettes fiscales (dues à l'expansion) et les charges
de la dette publique, dette qui a permis de financer l'accroissement
initial des dépenses publiques.
Par ailleurs, et puisque la convergence vers l'équilibre dans le cas
d'un financement par emprunt est moins rapide que dans le cas d'un
financement monétaire, il est légitime de souligner que l'effet
d'entraînement produit par l'action budgétaire durera plus longtemps
dans le premier cas que dans le second.

3- Politique budgétaire expansionniste et équilibre de longue


période
Dans leur analyse des effets financiers produits à long terme par la
politique budgétaire, K.Brunner et A.Meltzer prennent en considération
l'ajustement des salaires (endogénéisation du marché du travail) ainsi
que celui du stock du capital existant ( endogénéisation du stock du
capital existant) au niveau général des prix. Les résultats de l'analyse
diffèrent selon que le financement du déficit budgétaire est fait par
création monétaire ou par emprunt.
C'est ainsi que lorsque les deux auteurs complexifient leur modèle
en tenant compte de l'ajustement des salaires au niveau général des prix,
ils constatent qu'en cas d'un financement par création monétaire, l'effet
stimulant initial de la politique budgétaire se trouve réduit mais sans
pour autant que la convergence vers l'équilibre soit affectée. Cependant,
lorsqu'il y a financement par emprunt, l'ajustement des salaires au

266
niveau général des prix (accroissement des charges salariales) entraîne
la contraction de la demande globale ce qui accroît le déficit budgétaire
nécessitant de nouvelles émissions et, par conséquent, une
augmentation des charges de la dette publique. Ces dernières peuvent
même surpasser les recettes en impôt résultant de l'effet de relance
initial. Dans ces conditions, il n'y a de convergence vers l'équilibre,
selon K.Brunner et A.Meltzer, qu'avec une création monétaire
supplémentaire minimum. Mais, l'équilibre ainsi atteint est marqué par
un niveau d'activité plus faible et par un niveau général des prix plus
élevé.
En somme, l’endogénéisation du marché du travail dans l'analyse de
K.Brunner et A.Meltzer montre que l'effet d'un déficit budgétaire
financé par création monétaire est supérieur à celui d'un déficit couvert
par emprunt.
Par ailleurs, avec la prise en compte de l'ajustement du stock de
capital existant au niveau général des prix, K.Brunner et A.Meltzer
aboutissent au même résultat à savoir la supériorité du financement du
déficit budgétaire par création monétaire par rapport au financement
non monétaire. En effet, et sachant que pour les deux auteurs, une
politique de relance par le budget entraîne, à long terme, un
accroissement du taux d'intérêt et du niveau général des prix ainsi
qu'une baisse du prix du capital existant, "l'investissement doit se
réduire pour que le stock du capital détenu égalise le stock du capital
désiré." Cet ajustement, soulignent les deux auteurs, est plus important
dans le cas d'un financement par emprunt que dans celui où le déficit
est monétisé.
Donc, à long terme, toute politique de relance par le budget financée
par emprunt est inefficace car elle produit un effet d'éviction financier
contrebalançant l'effet d'entraînement initial. D'où la proposition
monétariste selon laquelle la stabilité économique est réalisée lorsqu'on
détermine l'équilibre économique par le stock de monnaie.
En résumé, K.Brunner et A.Meltzer, accordant une grande
importance au stock de monnaie, estiment qu’à long terme, les flux
doivent s’ajuster aux stocks. Ils concluent, comme les auteurs
monétaristes, à la supériorité à long terme de la politique de relance par
la monnaie par rapport à la politique de relance par l’emprunt
obligataire.

267
Cependant, vu la place importante occupée par les taux d’intérêt
dans leur modèle, K.Brunner et A.Meltzer se rapprochent davantage des
auteurs néo-keynésiens. En effet, « dans leur modèle, le rôle spécifique
du prix du capital existant lié à l’analyse de distinction des vitesses
d’ajustement des variables selon les marchés, où les prix relatifs jouent
1
un rôle essentiel » font qualifier K.Brunner et A.Meltzer de
2
«monétaristes non dogmatiques.»
Paragraphe II- Les modèles keynésiens
Les développements des analyses traditionnelles de l’effet d’éviction
et/ou d’entraînement financier, opérés par les keynésiens sont contenus
dans les travaux de A.S.Blinder et de R.M.Solow (I) et de J.Tobin et
W.H.Buiter (II).

I- A.S.Blinder et R.M.Solow et la complication de contrainte


financière du Trésor

A- Présentation du modèle de A.S.Blinder et R.M.Solow


3
A.S.Blinder et R.M.Solow ont essayé d'analyser l'impact du
financement du déficit budgétaire dans le cadre du schéma ISLM
standard enrichi par la prise en compte des effets de richesse. Dans leur
modèle, les auteurs ont apporté une modification à la contrainte

1 F.Khalil Yahyavi , Déficit budgétaire et taux d'intérêt, op.cit., p.176.


2 P.Llau, «Interface stratégies budgétaires-stratégies monétaires et financières ;
l’effet d’éviction financière», Cahiers du C.E.R.N.E.A., n°15, juin 1985, p.36.
3A.S.Blinder et R.M.Solow:
- «Does Fiscal Policy Matter? », Journal of Public Economics, n°2, 1973, pp.319-
337.
- «Analytical Foundations of Fiscal Policy», in A.S.Blinder R.M.Solow et alii,
«The Economic of Public Finance», Washington , Brookings Institution, 1974, pp.3-
101.
- «Does Fiscal Policy Matter? A Reply », Journal of Monetary Economics, n°2,
1976, pp.501-510.
- «Does Fiscal Policy Matter? A Correction», Journal of Public Economics, n°5,
janvier 1976, pp.183-184.
268
financière du Trésor. Celle-ci tient désormais compte du versement des
intérêts de la dette publique ainsi que des recettes fiscales émanant de
ce versement.
La nouvelle contrainte financière du Trésor devient alors :
G + B = T ( Y + B ) + dM/dt + 1/r (dB)/dt avec r le taux d'intérêt
de la dette publique.
Dans leur modèle, A.S.Blinder et R.M.Solow supposent constant le
niveau général des prix afin de mieux mesurer l’impact de la contrainte
financière du Trésor sur l’économie. Le fait d’endogénéiser le niveau
général des prix ne ferait, selon les deux auteurs, que réduire la valeur
des multiplicateurs budgétaires.
Le modèle de A.S.Blinder et R.M.Solow est de type keynésien, où
le stock de capital est supposé constant, la monnaie et les actifs
financiers à court terme sont substituables et où les taux afférents aux
divers actifs financiers ne sont pas précisés. Ce modèle se présente
comme suit:
Y =C+I+G (1) l’équilibre sur le marché des biens
C = C( Y - T, W )(2) la fonction de consommation
I = I(r) (3) la fonction d’investissement
T = T(Y + B) (4) la fonction d’imposition
Md/P = L(r, Y, W) (5) la fonction de demande d’encaisses
monétaires avec Lr<0, LY>0, LW>0
Ms =M (6) l’offre de monnaie exogène
M s
=M d
(7) l’équilibre sur le marché de la monnaie
W = K + M/P + B(r)P (8) l’équation de richesse .

Ce système se réduit aux trois équations suivantes:


première équation: Y = C(Y + B - T(Y + B), M + B/r + K) + I(r) +
G (9)
c’est l’équation de la courbe IS et qui représente l’équilibre sur le
marché des biens

269
deuxième équation: M = L(r,Y, M, B/r + K)
(10)
c’est l’équation de la courbe LM et qui représente l’équilibre sur le
marché de la monnaie.
troisième équation: G + B - T(Y + B) = dM/dt + 1/rdB/dt
(11)
c’est l’équation de la contrainte financière du Trésor qui permet de
dynamiser le système.
Le passage d’une situation d’équilibre à une autre se traduit par un
changement du stock de monnaie et du niveau des titres publics. A long
terme, et sans prendre en compte les intérêts afférents à la charge de la
dette publique, il y a réalisation de l’équilibre budgétaire. De ce fait, et
puisqu’aucun financement supplémentaire n’est nécessaire ( dB/dt =
dM/dt =0), la contrainte financière du Trésor sera représentée par
l’équation: G+B = T(Y + B).
Tout en tentant de détecter la présence d'un effet d'éviction et/ou
d'entraînement financier, les deux auteurs, avec cette nouvelle
contrainte du Trésor, ont débouché sur une conclusion paradoxale
(premier enrichissement du modèle ISLM). Leur ambition de tester la
stabilité dynamique du système en fonction du mode de financement du
déficit budgétaire permet un second enrichissement du modèle.

B- L’effet d'éviction et/ou d'entraînement financier et le


paradoxe de A.S.Blinder et R.M.Solow
L'analyse des effets comparés des deux modalités de couverture des
déficits budgétaires permet aux deux auteurs de faire constater qu'a
court terme : dY/dG en cas d'un financement monétaire est supérieur à
dY/dG en cas d'un financement par emprunt obligataire. Autrement dit,
l'effet multiplicateur des dépenses publiques financées par création
monétaire est élevé par rapport à celui des dépenses publiques couvertes
par émission de titres de la dette publique.
Ce résultat est, notons le au passage, compatible avec le credo
monétariste et a déjà été relevé lors de l'examen des effets d'un déficit
budgétaire totalement monétisé.

270
Cependant, A.S.Blinder et R.M.Solow démontrent qu'a long terme
les multiplicateurs budgétaires sont plus élevés lorsque les déficits
budgétaires sont couverts par emprunt auprès du public que s'ils l'ont
été par création monétaire. Donc, en longue période, les effets des
déficits budgétaires, financés par émission de titres financiers, vont
dans le sens inverse des effets d'éviction financiers.
Cette conclusion est qualifiée de paradoxale parce qu'elle s'oppose
directement au credo monétariste ; elle découle de la nouvelle écriture
de la contrainte financière du Trésor telle que mentionnée
précédemment.
Ainsi, et partant de la nécessaire réalisation de l'équilibre budgétaire
à long terme, la contrainte financière du Trésor devient :

G + B = T ( Y + B ) puisque : dM/dt = dB/dt = 0


A partir de cette contrainte, et après calculs les deux auteurs
aboutissent au multiplicateur budgétaire de l’état stationnaire à long
terme qui est représenté par l’équation suivante:

dY/dG = (1+(1 - T’)(dB/dG)) / T’: avec T', le taux marginal


d'imposition
Nous pouvons maintenant analyser les effets différenciés des déficits
budgétaires financés par création monétaire ou par emprunt obligataire:
- lorsque le déficit budgétaire est monétisé ou couvert par l'impôt,
c'est-à-dire que dB/dG=0, la contrainte financière du Trésor devient:
dM/dt = G-T(Y) et le multiplicateur budgétaire est: dY/dG = 1/T’ , ce
qui signifie que plus le taux marginal d’imposition est faible, plus le
déficit budgétaire, financé exclusivement par création monétaire,
produit un effet expansionniste ;
- lorsque le déficit budgétaire est couvert exclusivement par
émission de titres publics, c'est-à-dire que dB/dG > 0, le multiplicateur
est: dY/dG = (1 + (1 -T’) (dB/dG)) /(T’).

271
Le résultat de l'analyse des effets différenciés des différentes
modalités de couverture du solde budgétaire sera qualifié de paradoxal
dès lors qu'on vérifie que:
(1 + (1 - T’) (dB/dG)) / (T’) > (1/T’)
Autrement dit, lorsque le multiplicateur budgétaire est supérieur
dans le cas d'un financement obligataire que dans celui d'un
financement monétaire du déficit budgétaire.
La justification donnée à ce paradoxe est que dans le cas d'un
financement du déficit budgétaire par émission de titres de la dette
publique, les charges d’intérêt de ces derniers viennent gonfler les
dépenses publiques ( G+B) alors que les recettes publiques
s’accroissent du montant des taxes perçues sur le revenu des titres
d’Etat ( T(G+B)) ; ce qui signifie que le niveau de l'activité économique
(Y) doit augmenter plus rapidement que dans le cas d'un financement
par création monétaire. En effet, l’exigence de réalisation de l’équilibre
budgétaire à long terme, nécessite "des recettes fiscales supérieures et
donc un niveau d'activité plus importante que dans le cas de
financement du déficit par création monétaire, puisque tout
accroissement de la dette publique engendre des charges d’intérêt
1
additionnelles qu'il faut couvrir." Donc, c'est avec l'augmentation de
l'activité économique et grâce aux effets de stabilisation automatique
sur les recettes fiscales que l'équilibre budgétaire sera, à long terme,
rétabli.
C- Mode de financement du déficit budgétaire et multiplicateur des
dépenses publiques
Les deux équations des courbes IS et LM (présentées
précédemment) admettent pour solution les valeurs d’équilibre
instantané du revenu Y et du taux d’intérêt r, et ce pour les valeurs
données des stocks M, B, G et K et des paramètres.
Les valeurs d’équilibre instantané s’écrivent:
Y(t) = F(M, B, K, G) (12)

1P.Llau, L'analyse théorique des effets d'éviction financiers in P.Llau et


F.Renversez (sous la direction de), Stratégies de financement des soldes budgétaires.
Une comparaison internationale, op.cit., p.287.

272
r(t) = H(M, B, K, G) (13)
Les multiplicateurs d’impact des dépenses publiques, qui traduisent
l’effet de variation de M, B, K et G sur les coordonnées (Y, r) de
l’intersection de IS et LM, sont présentés par:
FM = YM = 
FB = Y/B = 
 = CW + (1 - LW) > 0, 0 < LW < 1
 = CW - LW

plus exactement avec l’effet revenu des paiements d’intérêt:  =


CY(1 - T’) + CW /r - W /r
Le multiplicateur initial des dépenses publiques FG=Y/G= 
s’obtient en partant des deux équations (9) et (10) des courbes IS et LM
1
avec stock de capital variable à savoir :
Y = C [Y + B - T (Y+B), M+ B/r +K ] + I(r,K)+G (IS)
M = L[r, Y, M+B/r +K ] (LM)
En dérivant partiellement le système IS-LM par rapport à G et en
cherchant les solutions pour r et Y, on obtient FG et HG (HG = r/G ):
Y/G = CY (Y/G) - T’ CY (Y/G) - CW (B/r²)(r/G) + Ir
(r/G) +1
0 = Lr (r/G) + LY(Y/G) - LW (B/r²)(r/G)
De la seconde équation on peut déduire HG, soit:
r/G = (-LY (Y/G)) / ( Lr - LW (B/r²))
En reportant HG dans l’expression Y/G on obtient :
Y/G ( 1- CY ( 1- T’)) = ( -LY (Y/G)( Ir - CW (B/r²))) / ( Lr - LW
(B/r²)) + 1

1 A.S.Blinder et R.M.Solow, «Does Fiscal Policy Matter? A Correction», op.cit.,


p.183.
273
Y/G = (( 1 - CY ( 1-T’ )) + LY (Ir - CW (B/r² )) / ( Lr - LW (B/r²)))-
1
= FG = 
r/G = (-LY (Y/G)) / ( Lr - LW (B/r²)) = HG

Avec:
Ir > 0 ; Lr < 0 ; CW > 0 ; LW > 0 ; LY > 0 ; 0 < CY < 1 et 0 < T’< 1 ; 1- CY - (1-T’)
> 0 ; FG > 0 et HG > 0

Le multiplicateur initial des dépenses publiques FG est de signe


positif et sera d’autant plus élevé que le dénominateur est faible, soit:
- la propension à consommer à partir du revenu cY est forte ;
- le taux marginal d’imposition T’ est faible.

1-Cas d’un déficit budgétaire couvert par création monétaire


Un déficit budgétaire monétisé produit un effet multiplicateur positif
=CW +(1-LW)>0; cela signifie " que les effets positifs, notamment au
travers de la consommation, sont supérieurs à l’incidence négative d’un
accroissement de la demande de monnaie CW>0, 0<LW<1si ( -LW) >0
; l’accroissement de la demande de monnaie provoqué par
l’augmentation de la richesse est inférieur au volume de monnaie
supplémentaire injecté dans l’économie à la suite du financement des
dépenses publiques . Dans ce cas, il n’ y a pas de pression sur les taux
1
d’intérêt. "

2- Cas d’un déficit budgétaire couvert par émission de titres


publics
Un déficit budgétaire financé par emprunt auprès du public produit
un effet de richesse à travers l’accroissement du stock de titres publics
détenus par les agents privés et un effet de revenu à travers le paiement
des intérêts.

1F.Khalil Yahyavi, Déficit budgétaire et taux d'intérêt, op.cit., p.82.


274
L’accroissement de la richesse des agents entraîne une augmentation
de la demande de monnaie LW et de la consommation CW. Comme le
stock de monnaie est supposé fixe, l’augmentation de la demande de
monnaie donne lieu à une hausse du taux d’intérêt ce qui décourage
l’investissement ( éviction financière) et réduit la valeur réelle du
patrimoine.
De plus, au cas où l’investissement est plus élastique par rapport au
taux d’intérêt que ne l’est la demande de monnaie (Ir>Lr), l’effet d’un
déficit budgétaire financé par emprunt obligataire ne peut être que
négatif.
1
Cependant, A.S.Blinder et R.M.Solow , soulignant qu’aux Etats-
Unis, Ir= -0.23 et Lr= -0.64 (donc Ir > Lr), notent que globalement l’effet
d’un déficit budgétaire financé par émission de titres publics est positif.
II-J.Tobin et W.H.Buiter et la complication de l’analyse des
modèles de portefeuille
2
Précisons au départ que pour J.Tobin, la politique budgétaire
produit deux types d’effets:
- un effet dit " effet fiscal " qui est estimé à l’aide du multiplicateur
keynésien et qui mesure l’impact des dépenses de l’Etat sur le revenu
des agents ; il s’agit alors de l’effet à court terme du déficit budgétaire;
- un effet appelé " effet monétaire", qui enregistre l’incidence du
stock et de la composition par échéance de la dette publique sur le
montant de la richesse des agents privés. Il sera alors question de l’effet
à long terme du déficit budgétaire.
Tout en raisonnant dans le cadre du modèle ISLM standard, J.Tobin
3
et W.H.Buiter vont essayer de développer les analyses de A.S.Blinder

1 A.S.Blinder et R.M.Solow, «Analytical Foundations of Fiscal Policy», in


A.S.Blinder et R.M.Solow et alii «The Economic of Public Finance», op.cit., p.54.
2J.Tobin, “ An Essays on The Principales of Debt Management Policy, Englewood
Cliffs, 1963, reproduit in Economics, Vol. I, North-Holland, 1976, pp..378-455.
3J.Tobin et W.H.Buiter, "Long-run Effect of Fiscal and Monetary Policy on
Agregate Demand", in J.S.Stein, Monetarism, studies in monetary economics,
Amsterdam, North-Holland, 1976, pp.273-309.
275
et R.M.Solow par la prise en compte de plusieurs modèles de
portefeuille.
Les deux auteurs vont analyser d'abord un modèle à deux actifs (A)
avant de se pencher sur un autre à trois actifs (B). Dans ce dernier cas,
J.Tobin et W.H.Buiter ont été amenés à distinguer entre le taux de
rendement des titres et celui du capital.
Cette analyse est faite en spécifiant le cadre temporel (court terme
ou long terme) et en distinguant le cas de sous-emploi de celui de plein
emploi où, dans cette dernière hypothèse, il y a flexibilité des prix.

A- L'effet d'éviction et/ou d'entraînement financier dans


l'analyse du modèle à deux actifs
Pour la détection de la présence d'un effet d'éviction et/ou
d'entraînement financier, J.Tobin et W.H.Buiter entreprennent leur
analyse dans le cadre du modèle ISLM avec deux actifs: la monnaie et
les titres de la dette publique. Ils raisonnent en supposant qu'il y a, à
court terme, substituabilité parfaite entre la monnaie et les titres à court
terme. Les résultats de cette analyse diffèrent selon qu'il s'agisse d'une
situation de sous-emploi de facteurs (économie keynésienne) ou d'une
situation de plein emploi (économie néoclassique).

1- Le cas d’une économie en situation de sous emploi


J.Tobin part du fait qu’à court terme, la demande de monnaie est
imparfaitement inélastique par rapport au taux d’intérêt ; tout
accroissement des dépenses publiques, avec quantité de monnaie et
niveau de la richesse des agents privés inchangés, se traduit par une
hausse de la production et du taux d’intérêt ; l’émission des titres de la
dette publique sera absorbée par cette hausse des taux d’intérêt.
Mais dans le cas où la demande de monnaie serait parfaitement
inélastique par rapport au taux d’intérêt, la politique budgétaire serait
inefficace car la hausse des taux d’intérêt ne ferait que décourager les
dépenses d’investissement.
En effet, la parfaite inélasticité de la demande de monnaie par
rapport au taux d’intérêt signifie qu’une variation du taux d’intérêt est
incapable d’occasionner une substitution entre la monnaie et les titres.
De ce fait, le retour à l’équilibre monétaire ne se réalisera que par une
substitution entre la monnaie et le capital réel: les taux d’intérêt seront

276
amenés à augmenter " jusqu’à ce que la réduction des dépenses
d’investissement, ou l’accroissement de l’épargne dégagent les
ressources monétaires nécessaires à l’équilibre entre l’offre et la
1
demande de monnaie. " Il apparaît ainsi que le retour à l’équilibre entre
l’offre et la demande de monnaie est conditionné par la forte élasticité
de l’investissement par rapport au taux d’intérêt. Il ressort que la
2
substitution entre la monnaie et le capital réel via le taux d’intérêt
entraîne la baisse des dépenses d’investissement et fait, qu’à court
terme, la politique budgétaire est inefficace.
Cependant, avec l’inélasticité imparfaite de la demande de monnaie
par rapport au taux d’intérêt, hypothèse privilégiée par J.Tobin, la
politique budgétaire serait, à court terme, efficace.
L’efficacité de la politique budgétaire est également réalisée à long
terme. En effet, l’augmentation du revenu et de la richesse des agents
privés, suite respectivement au versement des intérêts de la dette
publique et à l’acquisition des titres publics, permettra de stimuler la
demande privée et fera augmenter la production, compensant par là la
hausse du taux d’intérêt.
Cependant, en considérant la contrainte financière du Trésor
présentée par A.S.Blinder et R.M.Solow, c'est-à-dire celle qui prend en
compte les charges d'intérêt de la dette publique, la conclusion selon
laquelle la politique est toujours accompagnée d'un effet expansionniste
doit être relativisée. Il n'est pas, en effet, garanti qu'à long terme, il y ait
convergence vers l'équilibre ; ce qui signifie dans ce cas que le
multiplicateur budgétaire est supérieur dans le cas d'un financement
monétaire du déficit budgétaire à ce qu'il est dans l'hypothèse d'un
financement obligataire.
Notons que les résultats des effets de la relance par le budget en
période de sous-emploi, qu'on vient de mentionner, sont valables
exception faite de l'hypothèse de la verticalité de la courbe LM
(hypothèse monétariste par excellence), c'est-à-dire une parfaite
inélasticité de la demande de monnaie par rapport au taux d'intérêt.

1F.Khalil Yahyavi , Déficit budgétaire et taux d'intérêt, op.cit., p.91.


2Qui est une hypothèse qui se démarque de celle des néo-classiques pour qui il y
a substitution directe entre la monnaie et les actifs tangibles.
277
2- le cas d’une économie en situation de plein emploi
Dans la situation de plein emploi des facteurs de production et en
exceptant le cas de la verticalité de la courbe LM, les effets du déficit
budgétaire diffèrent selon que l'on raisonne à court terme ou que l'on
raisonne à long terme.
En courte période, en effet, une relance par le déficit budgétaire
entraîne une hausse des prix (puisqu'il y a flexibilité des prix) ainsi
qu'une élévation du taux d'intérêt (l’offre de monnaie étant supposée
constante, le rétablissement de l’équilibre requiert une hausse du taux
de rendement des titres publics pour réduire l’encaisse monétaire
inemployée). D'où la présence d'une éviction financière.
A long terme, dans une première phase, la hausse des prix survenue
à court terme occasionne une baisse de la demande privée de
consommation. L’investissement sera découragé par la hausse du taux
de rendement réel des titres. Dans une seconde phase, l’augmentation
du taux d’inflation anticipé réduit le rendement réel des titres ce qui
encourage l’investissement. Avec la baisse anticipée de la valeur réelle
de leur richesse, les agents privés augmentent leur épargne en vue de
compenser les pertes de capital attendues sur le stock de monnaie et de
titres. En longue période, l’équilibre ne sera rétabli qu’avec une
stimulation de l’investissement beaucoup plus importante que celle de
l’épargne. Ainsi, en longue période, il y a à la fois amélioration du stock
du capital et du niveau du revenu réel. Quant au niveau général des prix
et du taux d'intérêt, il subit une baisse favorable à l'investissement privé.
Ce résultat va dans le sens inverse de l'effet d'éviction financier.
Cependant, ce niveau d'équilibre atteint "n'est stable que dans la mesure
1
où les anticipations de prix s'adaptent rapidement à l'expérience." C'est
dans ce sens que les auteurs précisent qu'"il n’y a pas de divine garantie
2
pour que le système économique soit stable."

1 P.Llau, L'analyse théorique des effets d’éviction financiers in P.Llau et F.


Renversez (sous la direction de), Stratégies de financement des soldes budgétaires.
Une comparaison internationale, op. cit., p.288.
2 J.Tobin et W.H.Buiter, "Long-run Effect of Fiscal and Monetary Policy on
Agregate Demand", in J.S.Stein, Monetarism, studies in monetary economics, op.cit.,
p.303. Notons que pour les deux auteurs, la présence de l'éviction financière implique
l'instabilité de l'économie.
278
L'analyse de l'effet d'éviction financier dans le cadre du modèle
ISLM à deux actifs est prolongée en tenant compte d'un troisième actif
qui est le capital.

B- L'effet d'éviction et/ou d'entraînement financier dans


l'analyse à trois actifs.
La prise en compte par J.Tobin et W.H.Buiter, dans leur modèle, de
trois actifs (monnaie, titre et capital) permet, selon eux, de dépasser
l’hypothèse keynésienne de la substituabilité directe entre la monnaie
et les actifs financiers. Désormais, le marché du crédit, qui permet la
confrontation de l’offre et de la demande de crédit, et le marché de la
monnaie, qui détermine le prix du capital et non plus le taux d’intérêt,
seront analysés.
Ainsi, le niveau de l’activité économique dépend du taux de
rendement réel du capital et non plus uniquement, comme dans la
théorie keynésienne, du taux d’intérêt de long terme. Les deux auteurs
précisent que l'importance de l'effet d'entraînement et/ou d'éviction
financier du déficit budgétaire financé par emprunt est tributaire du
degré de substituabilité entre les différents actifs composant le
portefeuille des agents privés.
En effet, si le degré de substituabilité entre la monnaie et les titres de
la dette publique est fort, le taux de rendement de la monnaie étant
supposé nul, l’augmentation du taux de rendement des titres publics
exige, pour être absorbés par les agents privés, une baisse parallèle du
taux de rendement du capital (autrement dit une augmentation du prix
d’offre du capital). Ce qui est à même de favoriser l’accroissement de
l’activité économique. D'où la présence d'un effet d’entraînement
financier s’additionnant à l'effet stimulant initial de la relance par le
budget.
Si, au contraire, le degré de substituabilité entre les titres de la dette
publique et le capital physique est fort, tout accroissement du taux de
rendement des titres s’accompagne d’une augmentation du taux de
rendement réel du capital (autrement dit une baisse du prix d’offre du
capital). La politique budgétaire financée par émission de titres publics
ne produira pas un effet expansionniste.

279
Cette analyse laisse clairement admettre que loin de gêner l'activité
économique en engendrant un effet d'éviction financier, la politique
budgétaire se solde plutôt par un effet d’entraînement financier. Donc,
la remise en cause de la politique de relance par le déficit financé par
emprunt est loin d'être tranchée.
Cet aperçu sur les perfectionnements théoriques apportés par les
post-keynésiens à leurs analyses des effets financiers du déficit
budgétaire financé par emprunt nous a permis de constater, qu'à long
terme, ces effets sont à l'avantage de la politique budgétaire en tant que
moyen de relance de l'activité économique.

Paragraphe III- Les modèles mixtes


La démarche dans les modèles mixtes consiste à intégrer dans
l’analyse des effets d’éviction et/ou d’entraînement financiers aussi
bien les hypothèses théoriques keynésiennes que celles d’obédience
1
monétariste. Il s’agit, en particulier, des travaux de P.A.Muet et de
2
M.A.Cheikh, P.Grady et P.Lapointe (le modèle KEMO). En analysant
les effets d’une politique budgétaire expansionniste, ces travaux
concluent tantôt à des résultats keynésiens tantôt à des résultats
monétaristes en fonction du degré de sensibilité des fonctions de
demande de monnaie et de l’investissement au taux d’intérêt.

I- Effet d’éviction et/ou d’entraînement financier dans l’analyse


de synthèse de P.-A.Muet
P.A.Muet part des équations traditionnelles suivantes:
+ + +
Q = Q (p) avec  Q /p >0 (1)
- - - - -
Q = Q (p, r, G ) avec  Q /p et  Q /r <0,  Q / G>0
(2)
+ + . + . +
M = M (B , r) avec  M /B >0 et  M /r >0
(3)

1 P.A.Muet, «La modélisation macroéconomique: une étude de la structure de la


dynamique des modèles macroéconométriques», Statistiques et Etudes Financières,
n°hors série, série orange 1979.
2 M.A.Cheikh, P.Grady et P.Lapointe, «L’efficacité de la politique budgétaire en
économie ouverte», L’Actualité Economique, Société Canadienne de Sciences
Economiques, n°4, octobre-décembre 1980.
280
- - - - -
M = M (p, Q, r) avec  M /r = -m’r <0,  M /Q et  M /p
(4)
I = I(r) avec  I/r = -I’r < 0 (5)

(1) La fonction d’offre de production


(2) La fonction de demande de production
.
(3) La fonction d’offre de monnaie, B est la base monétaire
(4) La fonction de demande de monnaie
(5) La fonction d’investissement

En partant du rapport -I’r/-m’r , l’auteur montre qu’une «politique


des dépenses publiques peut avoir des résultats tantôt néo-classiques
1
tantôt monétaristes.»
Précisons que le ratio -I’r/-m’r :
- sera faible si la demande de monnaie est fortement élastique par
rapport au taux d’intérêt et l’investissement faiblement élastique par
rapport à ce même taux (hypothèse keynésienne) ;
- sera fort si l’investissement est fortement élastique par rapport au
taux d’intérêt et la demande de monnaie faiblement élastique par
rapport à ce même taux (hypothèse monétariste).

A- Politique budgétaire expansionniste dans un modèle néo-


keynésien
L’auteur procède à une analyse des effets de la politique budgétaire
dans un premier temps sans création monétaire et dans un second temps
avec financement monétaire et ce dans deux sphères : la sphère réelle
et la sphère monétaire.
1- Impact d’une augmentation des dépenses publiques sans
accroissement monétaire
L’accroissement des dépenses publiques sans création monétaire
entraîne :

1 F.Khalil Yahyavi , Déficit budgétaire et taux d'intérêt, op.cit., p.180.


281
- dans la sphère réelle, le glissement de la courbe de demande de
biens (Q- (p,r,G )) vers la droite et conséquemment l’augmentation du
niveau des prix et de la production ;
- dans la sphère financière, en relation avec ces augmentations, la
hausse de la demande de monnaie (M- (p,Q,r)) ; la courbe de demande
de monnaie se déplace vers la droite causant la hausse du taux d’intérêt
et une baisse légère de la demande de biens.
La politique budgétaire expansionniste sans financement monétaire
se solde par un effet d’entraînement accompagné d’une légère hausse
des prix et du taux d’intérêt.

2- Impact d’une augmentation des dépenses publiques avec


création monétaire
L’accroissement des dépenses publiques financé par création
monétaire produit :
- dans la sphère financière, le déplacement de la courbe d’offre de
monnaie (M+ (B,r)) vers la gauche et conséquemment une baisse du
taux d’intérêt ;
- dans la sphère réelle, et suite à cette évolution, une augmentation
de la demande poussant la courbe de la demande de biens (Q-(p,r,G))
vers la droite. Ce qui fait augmenter les prix et la production. Cette
dernière (l’augmentation de la production), causant la hausse de la
-
demande de monnaie (M (p,Q,r)), pousse la courbe de demande de
monnaie vers la droite remettant en cause la baisse initiale du taux
d’intérêt.
La hausse du taux d’intérêt va, en fin de compte, à l’opposé de la
politique de relance monétaire.

B- Politique budgétaire expansionniste dans un modèle


monétariste
Le passage du modèle néo-keynésien au modèle monétariste (dans
lequel -I’r /-m’r tend vers l’infini) a nécessité la substitution des
diagrammes (volume, taux d’intérêt) et (monnaie, prix) aux
diagrammes (volume, prix) et (monnaie, taux d’intérêt)

282
Il faut préciser que :
- au niveau de la sphère financière, la courbe de demande de monnaie
ne dépend plus du taux d’intérêt (M- (p,Q)) et la courbe d’offre de
monnaie est uniquement liée à la base monétaire (M+ (B)). Quant au
marché de la monnaie, où il n’y a pas détermination du taux d’intérêt,
il dépend du niveau général des prix (M- (p,Q)) ;
- au niveau de la sphère réelle, le taux d’intérêt sera fixé par
l’équilibre entre l’épargne et l’investissement. La production est
déterminée par le marché du travail (non analysé ici). De ce fait, la
production en volume ne sera pas influencée par la croissance des
dépenses publiques.
Il ressort de ce qui précède que le modèle est de nature dichotomique
puisque la demande n’est pas sensible aux prix. Finalement, «les
grandeurs nominales (prix) sont déterminées par la sphère monétaire et
1
les grandeurs réelles (volume, taux d’intérêt) par la sphère monétaire.»
Tout accroissement des dépenses publiques induira un déplacement
de la courbe de demande de biens vers la droite (Q- (G,r,p)) se soldant
par une hausse du taux d’intérêt sans aucune augmentation de la
production. La croissance de la masse monétaire quant à elle fera glisser
la courbe d’offre de monnaie (M+ (B )) vers la droite ce qui cause une
.

hausse du niveau des prix seulement.

II- Effet d’éviction et/ou d’entraînement financier dans le


modèle KEMO
KEMO est un modèle canadien qui est construit sur la période
annuelle de 1977 à 1985. Il présente les résultats des simulations de
trois types de multiplicateurs : le multiplicateur de la dépense nationale
brute en terme réel, le multiplicateur des dépenses réelles de
consommation et le multiplicateur des dépenses réelles
d’investissement.

1 F.Khalil Yahyavi , Déficit budgétaire et taux d'intérêt, op.cit., p.183.


283
Les simulations de ces multiplicateurs se font pour une augmentation
permanente des dépenses publiques de 400 millions de dollars et ce en
tenant compte :
- des diverses hypothèses relatives à la sensibilité de la demande de
monnaie et de l’investissement par rapport au taux d’intérêt ;
- « des divers niveaux de substitution de titres publics entre titres
1
privés d’une part et entre la monnaie d’autre part ;»
- de l’effet richesse et revenu de la dette publique.
Selon les simulations effectuées, les résultats économétriques du
modèle KEMO peuvent être ramenés aux suivants :
- en supposant que les titres publics se substituent aux autres titres
dans le portefeuille des agents privés et non à la monnaie,
l’accroissement des dépenses publiques se solde par un effet de richesse
net positif. En effet, l’accroissement de la richesse réelle successive à
la souscription des titres publics et aux revenus d’intérêt liés à ces
derniers ne font qu’augmenter la valeur du multiplicateur de la dépense
nationale brute en terme réel ;
- la baisse de l’investissement due à sa forte élasticité par rapport au
taux d’intérêt est largement contrebalancée par l’effet de richesse et de
revenu de la dette publique ;
- en considérant que les titres de la dette publique sont de proches
substituts de la monnaie, la valeur obtenue du multiplicateur de la
dépense nationale brute en terme réel est élevée ;
- l’élimination des titres publics en tant que composante de la
richesse avec le maintien des intérêts de la dette publique versés donne
lieu à la baisse du multiplicateur de la dépense nationale brute en terme
réel ;
- avec l’élimination des intérêts de la dette publique, la valeur du
multiplicateur de la dépense nationale brute en terme réel se réduit
davantage.

1 F.Khalil Yahyavi , Déficit budgétaire et taux d'intérêt, op.cit., 186.


284
A travers le modèle KEMO, les auteurs ont pu montrer que la dette
publique produit plutôt un effet de richesse net positif. Ce résultat ne
fait que rejeter la thèse d’équivalence ricardienne et rejoindre les
1
conclusions de W.H.Buiter et J.Tobin d’une part et J.B.Yawitz et
L.M.Meyer2 d’autre part.

Paragraphe IV- L'affinement des analyses des effets


d'éviction dans le cadre d’une économie ouverte : le modèle de
Mundell Fleming
Avec l'ouverture croissante des économies depuis la Seconde Guerre
Mondiale, la prise en compte des mouvements de capitaux devient
nécessaire pour juger de l’efficacité à court terme de la politique
budgétaire ; autrement dit, y a-t-il effet d'entraînement et/ou d'éviction
financier lié à la relance par le budget dans une économie ouverte ?
Dans ce cadre, le modèle de base est celui de R.Mundell et
J.Fleming (I). Les résultats obtenus par ce modèle feront l'objet de
développements récents et seront partiellement remis en cause (II).

I- L'effet d'éviction et/ou d'entraînement financier et les


fonds en provenance de l'extérieur
Le modèle de Mundell-Fleming décrit le cas d'une économie ouverte
3
à un seul bien, avec des prix et des salaires qui restent rigides à court
terme ; quant aux mouvements de capitaux entre pays, ils répondent aux
4
écarts de taux d'intérêts.
Dans ce modèle, le schéma ISLM va différer selon qu'on envisage
un régime de taux de changes fixes ou un régime de taux changes
flottants.

1 voir section II, paragraphe II de ce chapitre.


2 voir section I de ce chapitre.
3
La distinction entre biens de consommation et biens de production a été opérée
par M.Feldstein, «Can an Increased Budget Deficit be Contractionnary», NBER
Working Paper, n°1434, août 1984.
4 P.Artus, «Efficacité et limite de l'emploi de la politique budgétaire», op.cit., p.
25.
285
En taux de changes fixes, le solde des relations avec l'extérieur
provoque une création ou une destruction de monnaie en raison de
l’accroissement ou la diminution des réserves de change ; et l’équilibre
sur le marché des biens ne dépend que de la production et des taux
d'intérêt du fait que le taux de change est fixe. Quant à l’équilibre de la
monnaie, il dépend de la variation des réserves de change.
En taux de changes flottants, le marché des changes est équilibré à
chaque instant par les mouvements des taux de changes sans qu'il y ait
intervention de la Banque Centrale. Et puisque, dans ce régime, la
variation des réserves de change est nulle, l'équilibre monétaire est
indépendant de l'équilibre du marché des changes. Or, c'est au niveau
de ce dernier que se détermine le taux de change "qui intervient dans le
1
solde commercial en volume est donc dans la demande de biens."
L'analyse des effets d'éviction et/ou d'entraînement financiers liés à
la politique de relance par le déficit budgétaire financé par emprunt va
se faire en distinguant le régime de taux de changes fixes (A) et le
régime de taux de changes flottants (B).

A- Le régime de changes fixes


Avec une politique budgétaire expansionniste (financée par emprunt
sans création monétaire) liée à une faible mobilité internationale de
capitaux (c'est-à-dire une faible sensibilité des mouvements de capitaux
au taux d'intérêt) et une forte sensibilité du solde commercial à la
production, tout accroissement de celle-ci entraîne:
- un fort déficit extérieur et donc,
- une perte de monnaie en raison de la perte des réserves de change
et par conséquent,
- une baisse de l'offre de monnaie.
Il en résulte une augmentation importante du taux d’intérêt
nécessaire "pour rééquilibrer le marché, et l'effet d'éviction est donc
2
fort."

1P.Artus, Macroéconomie, op.cit., p.141.


2Ibid., p.141.
286
Par contre, avec une faible sensibilité de la balance commerciale au
volume de la production, si la mobilité internationale de capitaux est
forte, le taux d'intérêt national doit égaler le taux d'intérêt international.
Dans le cas contraire, c'est-à-dire une hausse, même faible, du taux
d'intérêt domestique, des mouvements importants de capitaux vont se
produire. Donc, l'accroissement du besoin de financement du pays sera
satisfait par appel aux capitaux extérieurs (épargne mondiale) et sans
qu'il y ait hausse des taux d'intérêt. De ce fait, et "sous l'effet des
emprunts extérieurs, la masse monétaire tendra à augmenter et le
problème de l'éviction financière ne se pose pas puisque l'on se trouve
ramené à «l’hypothèse de financement monétaire du déficit
1
budgétaire.» S'agit-il, comme le souligne à juste titre B.Landais, d'une
2
politique budgétaire ou d'une politique monétaire déguisée?
Par ailleurs, ce raisonnement n'est valable que dans le cas d'une
petite économie ; en effet, le recours d'une grande économie, comme
celle des Etats-Unis par exemple, à l'épargne mondiale peut causer une
hausse du taux d'intérêt à l'échelle internationale et être à la base d'une
éviction financière au niveau mondial.
Ainsi, la politique de relance par le budget financée par emprunt est
d'autant plus efficace et l'éviction financière n'apparaît pas ou tout au
plus faible que le solde commercial est peu sensible au volume de la
production et que la mobilité des capitaux à l'échelle internationale est
forte c'est-à-dire que les mouvements de capitaux sont sensibles à l'écart
3
de taux d'intérêt.

B- Le régime de changes flottants


En régime de changes flexibles, ce sont les résultats inverses qui se
produisent. En effet, lorsqu'il y a faible mobilité internationale de
capitaux, et étant donné une forte sensibilité du solde commercial au
niveau de l'activité économique, la politique de relance par le budget
entraîne un déficit commercial. Ce dernier cause une dépréciation du

1 J.C.Chouraqui, «Déficit budgétaire, croissance monétaire et éviction


financière», op.cit., p.767.
2 B.Landais, Le monétarisme, op. cit., p.48.
3P.Artus considère que le modèle de Mundell-Fleming en charges fixes est une
bonne représentation de l'économie française.
287
taux de change ce qui finit par améliorer la situation du commerce en
volume et s'ajouter à l'effet d'entraînement initial induit par la politique
de relance budgétaire.
Inversement, lorsque les capitaux extérieurs sont sensibles aux écarts
de taux d'intérêt (c'est-à-dire que la mobilité internationale de capitaux
est forte) l'émission de titres publics pour couvrir le déficit budgétaire
ne va pas gêner le financement des dépenses privées puisque l'entrée de
capitaux extérieurs vient compléter l’offre de fonds prêtables. Ce qui
permet d'éviter la hausse des taux d'intérêt domestiques et de maintenir
ceux-ci au niveau des autres pays.
Cependant, l'appréciation du taux de change qui peut résulter de
l’entrée massive de capitaux est susceptible d'affecter les exportations
et par conséquent la compétitivité de l'économie nationale. Cette
dégradation du commerce extérieur contrebalance l'effet stimulant
initial de la relance par le budget. Ainsi, "une politique budgétaire
expansionniste assortie d'une politique monétaire restrictive, peut
conduire à une forme d'éviction par le taux de change, le déficit
budgétaire ayant pour effet d’entraîner une détérioration de la balance
1
des paiements courants à travers la diminution des exportations."
En somme, dans le modèle de Mundell-Fleming, la relance par le
budget financée par emprunt produit un effet d'entraînement plutôt
qu'une éviction financière lorsqu'il y a forte mobilité internationale de
capitaux en régime de changes fixes ou une faible mobilité en régime
de changes flottants.

II- Les développements du modèle de Mundell-Fleming


Le développement dont va faire l'objet le modèle de Mundell-
2
Fleming seront opérés par la prise en compte des mouvements de prix
(A)et par l'introduction des anticipations de change et des effets de
richesse (B).

1J.C.Chouraqui, «Déficit budgétaire, croissance monétaire et éviction financière»,


op.cit., pp.768-769.
2Dans le modèle de Mundell-Fleming les prix sont supposés rigides à court terme.

288
A- La prise en compte des mouvements de prix
1
L'endogénéisation des prix dans le modèle consiste à supposer que
les prix internes augmentent avec l'accroissement de la demande et avec
2
la dépréciation du taux de change.
Il s'agit de savoir maintenant si la prise en compte des mouvements
de prix dans le modèle a pour conséquence de modifier les résultats
précédents à savoir que la politique de relance par le budget est
inefficace si :
- en changes fixes les mouvements de capitaux sont peu sensibles
aux écarts de taux d'intérêt ;
- en changes flottants ces mouvements sont très sensibles aux écarts
de taux d'intérêt.
Dans le cas où les changes sont fixes, la politique de relance par le
déficit budgétaire est inefficace et ce quelle que soit la sensibilité des
mouvements de capitaux aux écarts de taux d'intérêt. En effet, la hausse
des prix entraînée par la politique de relance affecte la richesse réelle
des consommateurs et par conséquent l'efficacité de la politique mise
en œuvre. Ainsi, les résultats précédents subissent dans ce cas une
légère modification.
Inversement, les résultats du modèle de base de Mundell-Fleming
dans le cas de changes flexibles vont être complètement modifiés avec
l'endogénéisation des prix. En effet, l'efficacité de la politique
budgétaire s'amenuise lorsqu'il y a faible mobilité internationale de
capitaux (alors que dans le modèle de base elle est efficace) en raison
de l'inflation causée par la dépréciation du taux de change. Par contre,
cette politique s'avère efficace lorsqu'il y a forte mobilité internationale

1Voir à ce sujet:
-V.Argy et J. Salop, «Price and Output Effects of Monetary and Fiscal Policy
Under Flexible Exchange Rates», IMF Staff Papers, juin 1979.
-J.Sachs, «Wages, Flexible Rates and Macroeconomic Policy», Quarterly Journal
of Economics, juin 1980.
-A.Penat, «Expansionnary Monetary Policy and The Exchange Rates: A Review»,
IMF Staff Papers, septembre, 1983
2 Qui fait hausser les prix en raison de l'inflation importée.
289
de capitaux (alors qu'elle est inefficace dans le modèle de base) suite à
l'appréciation du taux de change qui stimule la production.
Qu'en est-il des résultats du modèle de base de Mundell-Fleming
avec l'introduction des anticipations de change et des effets de richesse?

B- L'introduction des anticipations de change et des effets de


richesse
L'introduction des anticipations de change dans le modèle de base de
1
Mundell-Fleming a été faite dans les travaux de R.Dornbush. Selon cet
auteur, les mouvements internationaux de capitaux dépendent non
seulement de variations (écarts) de taux d'intérêt mais également des
modifications des anticipations de taux de change.
L'introduction des anticipations de change est faite sachant que
celles-ci sont parfaites c'est-à-dire que les variations des anticipations
de taux de change sont égales aux variations constatées. Ceci étant, les
résultats du modèle de base ne subiront, en régime de changes fixes,
aucune modification sauf dans le cas d'une probable dévaluation de la
monnaie nationale.
En régime de changes flexibles, les anticipations de taux de change
ne se produisent pas lorsqu'il y a immobilité des capitaux. Dans le cas
contraire, c’est-à-dire avec parfaite mobilité des capitaux, l'appréciation
du taux de change, suite à une politique d'expansion budgétaire, est plus
2
forte à court qu'à long terme. En effet, à long terme, les prix et le taux
de change se stabilisent alors qu'à court terme, avec des prix rigides, la
baisse des prix liés à l'appréciation du taux de change ne se produit pas
rapidement. Donc, l'éviction par le taux de change est plus importante
à court qu'à long terme.

1R.Durnbush, «Expectations and Exchange Rates Dynamics», Journal of Political


Economy, Vol.84, 1976. Voir également:
- A.Calvo et C.Rodriguez, «A Model of Exchange Rate Determination and
Currency Substitution Under Rational Expectations», Journal of Political Economy,
Vol.85, n° 3, 1977.
- P.Artus, Macroéconomie, op.cit., pp.151-152.
2On parle dans ce cas d'un surajustement (overshooting).
290
Cette analyse est complétée par la prise en compte des effets de
1
richesse. "Ces effets ne modifient pas les réactions à court terme de
2
l'économie ; mais ils sont cruciaux à long terme." En effet, une
politique de relance par le budget entraîne, à long terme, un
accroissement de la dette extérieure suite à l'appréciation du taux de
change et par conséquent à l'accumulation des déficits commerciaux.
Ainsi, l'équilibre de la balance des paiements exige "une dépréciation
continue, qui implique, à l'équilibre de portefeuille, une hausse du taux
3
d'intérêt domestique et une baisse de production." Ce résultat remet en
cause les conclusions du modèle de base en mettant l'accent sur la
présence d'une éviction financière même en cas d'une dépréciation du
taux de change mais avec prise en compte des effets de richesse.
Au total, on peut dire que la discipline budgétaire a toujours été
défendue par l’Ecole classique et l’Ecole du Public Choice. Les
arguments en faveur de cette discipline se situent au surtout au niveau
allocatif.
En effet, au niveau allocatif, le respect de l’équilibre budgétaire
permet une allocation optimale des ressources et des choix rationnels.
Dans ce sens, les tenants de cette thèse manifestent une prédilection
pour l’impôt plutôt que pour l’emprunt pour trois raisons : d’abord,
parce que l’emprunt induit une illusion fiscale dans la mesure où les
citoyens ont tendance à oublier le coût réel des dépenses publiques et la
4
charge sera supportée par les générations futures (alors que le

1Voir à ce sujet:
-R.Hodrick, «Dynamic Effects of Government Policies in an Open Economy» ,
Journal of Monetary Economics, n°6, 1980.
-R.Dorbush et S.Fisher, «Exchange Rate and The Current Account», American
Economic Review, décembre, 1980.
-M.Obstfeld, «Imperfect Asset Substituability and Monetary Policy Under Fixed
Exchange Rates», Journal of International Economics, Vol.10, 1980.
2P.Artus, «Efficacité et limites de l'emploi de la politique budgétaire», op.cit.,
p.28.
3Ibid. p.28
4 Voir à ce sujet B.Dafflon, La gestion des finances publiques locales, 2ème
édition, Editions Économica, Paris, 1998.
291
financement des dépenses par le recours à l’impôt permet une
simultanéité entre la dépense et son financement) ; ensuite parce qu’il
y a le phénomène de déresponsabilisation du citoyen car il est moins
prudent face à un emprunt public que vers un emprunt privé1 ; enfin,
l’emprunt public induit un effet d’éviction2.
Au niveau redistributif, l’emprunt constitue un fardeau aussi bien
pour les générations futures que pour les gouvernements futurs3.
Cependant, le relâchement de la discipline budgétaire a toujours été
défendue par les keynésiens. En effet, au niveau redistributif, l’emprunt,
selon ces derniers, n’est pas nuisible au bien-être des générations
futures (car le raisonnement se fait au niveau macroéconomique et non
pas à l’échelle de l’individu). Et puisque l’analyse est de nature
macroéconomique, l’emprunt est vu comme un instrument permettant
de réduire les fluctuations économiques.

1 J. M.Buchanan et R. E.Wagner, Democracy in Deficit. The Political Legacy of


Lord Keynes, Academic Press, New York, 1977.
2 N.Novaresi, Discipline budgétaire : Étude de l’influence du référendum financier
et des règles d’équilibres budgétaire sur les finances publiques des vingt-six cantons
suisses, Éditions BENEFRI, série Thèses de doctorat, Fribourg, 2001.
3 J. M.Buchanan, Public principles of public debt : a defense and restatement,
Homewood Ill. : R.D. Irwin,1958.
292
Conclusion du chapitre III
L’idée des dangers d’un accroissement des dépenses publiques et de
la nécessité d’une discipline budgétaire remonte aux économistes
classiques. Ces derniers se sont préoccupés des effets que pouvait
produire un accroissement des dépenses publiques ; ils ont vivement
proscrit le financement des dépenses publiques par emprunt parce qu’il
est pernicieux pour la croissance économique et ne pouvait se faire
qu’aux dépens des dépenses privées.
La réouverture des controverses sur la dette publique et sur
l’efficacité attendue d’un financement du déficit budgétaire par
emprunt sera le fait de R.J.Barro. Cet auteur affirme que la dette
publique est neutre, n’est pas une richesse nette et n’entraîne aucun effet
redistributif intertemporel. Mais, une série d’objections seront
adressées au théorème d’équivalence ricardien et qui concernent les
hypothèses sur lesquelles il se fonde : anticipations rationnelles,
égoïsme, etc. En fait, le débat sur l’efficacité de la politique budgétaire
entre monétaristes versus keynésiens sera centré sur les effets
d’éviction.
Ordinairement, on distingue l’effet d’éviction réel et l’effet
d’éviction financier ; mais, le débat en question a principalement
focalisé l’attention sur l’éviction financière. L’éviction réelle est liée au
plein emploi des facteurs de production et à l’ultra-rationalité des agents
économiques ; L’éviction financière apparaît à l’occasion d’une
politique budgétaire expansionniste financée par emprunt auprès du
public sans qu’elle soit accompagnée d’une politique monétaire
adéquate. Les keynésiens (Blinder et Solow, Tobin et Buiter,
B.Friedman) et monétaristes (Banque de Saint-Louis, Brunner et
Meltzer) développent leurs analyses des effets d’éviction et/ou
d’entraînement financiers en prenant pour cadre le schéma ISLM.
C’est ainsi que A.S.Blinder et R.M.Solow ont intégré dans la
contrainte budgétaire de l’Etat les paiements d’intérêt de la dette
publique. Ils ont montré, qu’à court terme, les multiplicateurs
budgétaires sont supérieurs dans le cas d’un financement monétaire que
dans celui d’un financement par emprunt ; cette conclusion est qualifiée
de paradoxale parce qu’elle est compatible avec le credo monétariste.
A long terme, le financement du déficit budgétaire par emprunt est plus
efficace que le financement monétaire et ce en raison de l’effet revenu
du versement des intérêts de la dette publique.
293
Pour Tobin et Buiter, dans le modèle à deux actifs et en situation de
sous emploi, une politique budgétaire, avec hypothèse keynésienne de
substituabilité parfaite entre titres et capital, produit toujours un effet
expansionniste aussi bien à court qu’à long terme (hypothèse
d’inélasticité imparfaite de la demande de monnaie par rapport au taux
d’intérêt). Dans une situation de plein emploi, l’action budgétaire de
l’Etat débouche à court terme sur des taux d’intérêt et un niveau général
des prix plus élevés et à long terme sur un niveau de revenu réel et un
stock de capital plus important mais un niveau de prix et de taux
d’intérêt plus faible.
L’analyse du modèle à trois actifs montre qu’à court terme, les
déficits publics couverts par emprunt, entraînent en situation de sous
emploi un accroissement de la richesse des individus (les déficits
publics absorbent l’épargne qui existe en abondance sans nuire aux
dépenses privées). Par contre, à long terme, en situation de plein emploi
la politique budgétaire produit un effet d’éviction certain. Mais,
l’importance de l’effet d’éviction et/ou d’entraînement financier est
fonction du degré de substitution entre les actifs financiers composant
le portefeuille des agents.
Pour les monétaristes, l’efficacité de la politique budgétaire ne
dépend pas uniquement du degré de substitution entre la monnaie et les
actifs financiers mais également du degré de substitution entre la
monnaie et les autres actifs tangibles. Ainsi, et sachant qu’ils
considèrent que le fonctionnement de l’économie est stable, les
monétaristes estiment que seules les politiques monétaires affectent
l’activité économique et doivent de ce fait être appliquées de manière
harmonieuse.
Sur la base de ces hypothèses, les travaux de la Banque de Saint-
Louis montrent la supériorité de la réponse de l’activité économique à
un stimulus monétaire par rapport à un stimulus budgétaire.
De leur côté, K.Brunner et A.Meltzer soulignent que le choix des
composantes de portefeuille s’effectue entre la monnaie, les titres et le
capital et non seulement entre la monnaie et les titres (comme chez les
keynésiens). Ils endogénéisent le niveau général des prix et le stock de
capital et accordent une grande importance à la valeur réelle des titres.
Ils concluent qu’à long terme, le financement des dépenses publiques
par emprunt entraîne une hausse du taux d’intérêt réduisant le niveau
des investissements privés (éviction financière). Par contre, en
294
moyenne période, bien que la politique budgétaire produit un effet
d’entraînement, celui-ci reste inférieur à l’effet d’entraînement produit
quand il y a monétisation du déficit. Ces conclusions concordent avec
l’orthodoxie monétariste à savoir l’inefficacité à long terme de la
politique budgétaire. A court terme, la politique budgétaire, quel que
soit son mode de financement se solde par un effet d’entraînement.
Les modèles mixtes (P.-A.Muet, A.Scheikh, P.Grady, P.Lapointe)
concluent que selon le degré de sensibilité des fonctions de demande de
monnaie et de l’investissement par rapport au taux d’intérêt, les
résultats sont tantôt keynésiens tantôt monétaristes.
Puisque les conclusions des modèles théoriques précédents sont
valables dans une économie fermée et dans une économie de marchés
financiers, l’affinement des analyses des effets d’éviction et/ou
d’entraînement financiers s’est opéré en envisageant le cas d’une
économie ouverte et le cas d’une économie d’endettement.
Dans le cas d’une économie ouverte, il s’agit d’opérer la distinction
entre deux régimes de change : le régime fixe et le régime flexible.
En régime de changes fixes, avec faible mobilité internationale des
capitaux, un déficit financé par emprunt entraîne un effet d’éviction
financier ; par contre, dans le cas d’une forte mobilité internationale des
capitaux le problème de l’effet d’éviction ne se pose pas. En régime de
changes flottants, ce sont les résultats inverses qui se produisent.
Au-delà de sa dimension technique complexe, le débat sur les effets
d’éviction et/ou d’entraînement financiers révèle l’ampleur de la
controverse entre les keynésiens et les monétaristes sur le rôle que doit
jouer l’Etat dans l’activité économique. Comme on vient de le voir dans
le chapitre précédent, le débat, qui reste toujours ouvert, est loin d’être
tranché. Pour éclairer utilement ce débat, le recours aux essais de
vérification empirique s’avère nécessaire.

295
Chapitre IV : Etude
empirique Des effets de
l’action de l’Etat par les
déficits budgétaires

296
Introduction du chapitre IV

L’approche théorique de l'effet d’éviction et/ou d’entraînement


financier nous a révélé que celui-ci est ou centre de la controverse
opposant les monétaristes aux postkeynésiens, controverse relative à
l’efficacité de la politique budgétaire et à la question de la discipline
budgétaire.
En effet, si pour les post-keynésiens, toute action par le déficit
budgétaire produit un effet multiplicateur sur l'activité économique,
pour les monétaristes, par contre, le déficit budgétaire financé par
emprunt auprès du public entraîne la baisse des dépenses privées en
raison de l'apparition des effets d'éviction financiers. Ces effets
représentent le cheval de bataille des monétaristes pour mettre en
exergue l’inefficacité de l’action de l’Etat par la politique budgétaire.
Notons qu’à l'heure actuelle, le clivage entre les monétaristes et les
keynésiens est moins net qu'autrefois. En effet, certains keynésiens
intégrent dans leurs analyses les effets d'éviction même s'ils en limitent
généralement la portée.
Au-delà de ces considérations théoriques, il s'agit de vérifier
empiriquement l'existence les effets d'éviction et/ou d'entraînement
financiers liés à l'emploi de la politique budgétaire.
Un certain nombre d’études empiriques ont essayé de vérifier
l’existence de l’effet d’éviction et/ou d’entraînement financier. Ces
travaux sont pour l’essentiel de deux types : d’une part, les études
empiriques traditionnelles basées sur le calcul des multiplicateurs
budgétaires ; d’autre part, les études qui analysent la relation entre
déficit budgétaire, taux d’intérêt et taux de change.
A la lumière de ces études propres aux pays développés (section I)
nous tenterons de réaliser une vérification empirique de l’effet
d’éviction et/ou d’entraînement financier au Maroc (section II).

297
Section I : Les analyses empiriques de l'effet d'éviction
financier : le cas de quelques pays développés
D'une manière générale, les tests empiriques tentant d'apprécier les
effets d'éviction et/ou d’entraînement financiers de la politique
budgétaire s'articulent autour de deux principales analyses : les analyses
fondées sur le calcul des multiplicateurs budgétaires (Paragraphe I) et
les analyses basées sur l'étude de la relation entre l'émission de la dette
publique et le taux d'intérêt (Paragraphe II).

Paragraphe I- les tests basés sur le calcul des multiplicateurs


budgétaires
Le calcul de la valeur des multiplicateurs budgétaires se fait dans le
cadre de modèles économétriques. La référence basique de cette
approche se trouve dans les travaux d’un séminaire NBER-NSF
(National Bureau of Economic Research-National Science Foundation)
1
de 1973.
Les multiplicateurs budgétaires ne sont rien d'autre que des
coefficients de régression d'une variable représentative de l'activité
économique (par exemple Y, Y étant le produit national) par rapport
à des variables représentatives de l'influence de la politique budgétaire
(par exemple la variation des dépenses publiques ou du solde
2
budgétaire).
Précisons que les multiplicateurs budgétaires permettent d'apprécier
l'effet de la politique du déficit budgétaire couvert par emprunt auprès
du public
L'importance de l'effet d'éviction et/ou d’entraînement financier
dépend de la valeur du multiplicateur budgétaire. Ainsi, l'éviction
financière est totale dans le cas où la valeur de ce multiplicateur est
égale à 0. Inversement, la politique budgétaire produit un effet
d'entraînement lorsque la valeur de ce multiplicateur est supérieure à
un. Par ailleurs, l'effet de la politique du déficit budgétaire sur l'activité

1Ces travaux ont été publiés dans International Economic Review, juin et octobre
1974, février 1975. La synthèse de ces travaux a été faite par A.S.Blinder et
R.M.Solow, « Analytical Foundations of Fiscal Policy »,op.cit.
2 C. de Boissieu, Principes de politique économique, op.cit. p.417.
298
économique est jugé négatif au cas où la valeur du multiplicateur est
inférieure à 0.

I- L’étude des multiplicateurs budgétaires cumulés dans les


modèles américains
1
C'est dans le cadre de grande modèles économétriques américains
2
que A.S.Blinder et R.M.Solow ont entrepris le calcul des
multiplicateurs budgétaires cumulés (nominaux et réels) et procédé à
leur comparaison. Il est à préciser que :
-les multiplicateurs supérieurs à l’unité traduisent un effet
d’entraînement ;
-la décroissance de ces multiplicateurs après passage par un
maximum (qui se traduit graphiquement par un pic) révèle la présence
d’un effet d’éviction-transaction partiel.
L'évolution des multiplicateurs budgétaires nominaux varie d’un
modèle à l’autre. Dans les modèles DRI, Brookings et Wharton, les
multiplicateurs budgétaires cumulés connaissent une croissance
continuelle "au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la période
3
d'impulsion budgétaire initiale." Cette évolution dans le sens de
l'accroissement réfute la thèse de l'effet d’éviction financier et est
révélatrice de l’existence d'un effet d'entraînement. Dans les autres
modèles, par contre, et en particulier dans le modèle FMP et dans celui
de Saint-Louis, les multiplicateurs budgétaires cumulés augmentent
dans un premier temps puis, au-delà d'un pic, ils connaissent une
décroissance. Ainsi, pour le modèle FMP, le pic est atteint, et donc
l'éviction financière joue, au bout de sept trimestres, soit deux années
environ. En outre, dans le modèle de Saint-Louis, l'effet d'éviction
financier joue plus rapidement que dans le précédent modèle car le pic
est atteint et donc l'éviction financière apparaît au bout du troisième

1 Le modèle de la Federal Reserve Bank of Saint-Louis, le modèle de l'Université


de Michigan (DHL), le modèle du Bureau of Economic Analysis (BEA), le modèle
de Data Ressource Inc. (DRI), le modèle de la Wharton School of Finance, le modèle
de la Brookings Institution et le modèle FRB-MIT-PENN (FMP).
2 A.Blinder et R.Solow "Analytical Foundations of Fiscal Policy", Op.cit.
3 C.deBoissieu, Principes de politique économique, op.cit., p.417.
299
trimestre. Plus encore, dans ce modèle, le multiplicateur budgétaire
cumulé s’annule après cinq trimestres.
L’évolution des multiplicateurs budgétaires réels ( voir graphique ci-
dessous) montre que ceux-ci connaissent, dans tous les modèles, une
décroissance après le passage par un maximum, excepté pour le modèle
Wharton. Le modèle de Saint-Louis, quant à lui, laisse apparaître un
multiplicateur se stabilisant à un niveau inférieur à o (ce qui atteste de
la présence d’un effet d’éviction exercé par le déficit budgétaire).
Prolongeant et complétant cette analyse comparative des
multiplicateurs budgétaires issue des grands modèles économétriques
1
américains, N.N.Choudry a calculé les multiplicateurs budgétaires
réels à la suite d'un accroissement des dépenses publiques couvert par
emprunt auprès du public (voir tableau n°97).
Tableau n°97: Multiplicateurs budgétaires réels
Modèles Valeur des Délai pour atteindre Durée de l’effet Délai pour atteindre
multiplicateurs l’effet multiplicateur multiplicateur un multiplicateur
après un an maximum maximum négatif record

Boookings 2.8 12 mois (2.8) 12 mois -


BEA 2.2 15 mois (2.3) 9 mois 120 mois (-23.2)
DRI 1.6 - 6 mois 72 mois (-2.5)
Saint-Louis 0.5 - - 15 mois (-0.2)
MPS - 18 mois (2.4) 6 mois -
Wharton 2.0 36 mois (2.6) 3 mois 120 mois (-0.3)
DHL - - 6 mois -

Source: N.N.Choudry, « Integration of fiscal and monetary sectors in


econometrics models: a survey of theoretical issues and empirical finding », op.cit.
Ces résultats révèlent qu’au bout d'une année tous les modèles
laissent apparaître des multiplicateurs supérieurs à l'unité (2.8 dans le
modèle Brookings, 2.2 dans le modèle BEA, 2.0 dans le modèle
Wharton et 1.6 dans le modèle DRI), excepté pour le modèle de Saint-
Louis dans lequel le multiplicateur est inférieur à 1. Donc, à part ce
dernier modèle, tous les autres paraissent confirmer l'existence d'un

1 N.N.Choudry, « Integration of fiscal and monetary sectors in econometrics


models: a survey of theoretical issues and empirical finding », IMF Staffs Papers, n°2,
juillet 1976.
300
effet d'entraînement financier suite à une relance par le déficit financée
par émission de titres publics. Par ailleurs, dans tous les modèles, les
multiplicateurs budgétaires atteignent un maximum mais avec des
différences de délai par rapport à la période d'impulsion budgétaire
initiale. En effet, ce maximum est atteint au bout d'une année dans le
modèle Brookings (2.8), de 15 mois dans le modèle BEA (2.3), d'une
année et demie dans le modèle MPS (2.4) et de trois ans dans le modèle
Wharton (2.6).
Le niveau maximum atteint par les multiplicateurs budgétaires est
conservé pendant une durée plus aux moins longue selon les modèles.
Ainsi, ce maximum se maintient durant un an dans le modèle
Brookings, 9 mois dans le modèle BEA, 6 mois dans le modèle DHL,
DRI et MPS et 3 mois dans le modèle Wharton.
Enfin, la période du niveau maximum est suivie par une autre durant
laquelle les multiplicateurs budgétaires déclinent et deviennent même
négatifs et ce dans la plupart des modèles. En effet, les multiplicateurs
budgétaires deviennent négatifs au bout de 15 mois dans le modèle de
Saint-Louis (-0.2) et de 10 dans le modèle Wharton (-3.0) et le modèle
BEA (-23.2). L'unique modèle qui fait ressortir des multiplicateurs
budgétaires déclinant puis augmentant est DRI (ils déclinent pour
enregistrer une valeur de -2.5 au bout de six ans avant de remonter pour
atteindre un maximum de 2.7 au bout de 9 ans).
De l’ensemble des résultats des travaux que l’on vient de présenter,
on peut faire ressortir deux constatations importantes : d’abord, il se
produit à court terme un effet d’entraînement plus important en valeur
( en termes nominaux) qu’en volume (en termes réels) ; ensuite un effet
d’éviction apparaît sans pour autant contrebalancer l’effet
d’entraînement. Le modèle de Saint-Louis est le seul dont les résultats
se distinguent des conclusions qu’on vient de noter car il s’agit d’un
modèle d’obédience monétariste et non keynésienne. En fait, les
résultats les plus opposés sont fournis par le modèle de Saint-Louis
(d’inspiration monétariste) et le modèle de la Wharton School of
Finance (qui est conçu dans une optique keynésienne de la synthèse).
Ainsi, la spécification analytique des modèles, tant par le jeu des
canaux d’intégration des variables monétaires, financières et réelles que
par celui des impacts différenciés de la politique monétaire, joue un rôle

301
essentiel dans l’approche quantitative des effets d’entraînement et
1
d’éviction.

II- Les multiplicateurs budgétaires dans les études


comparatives internationales
2
Il s’agit en particulier des travaux de P.Artus et P.-A.Muet ainsi que
de ceux des experts de l’OCDE.
P.Artus et P.-A.Muet ont étudié les propriétés dynamiques de 15
modèles économétriques (trimestriels et annuels) américains et
français. 3Le but de cette étude est d’éclairer le débat relatif aux effets
d’éviction et/ou d’entraînement financiers tout en focalisant l’attention
sur les mécanismes d’intégration des secteurs monétaire et financier.
Les conclusions de cette étude concernent le court et le long terme.
A court terme, tous les modèles concluent en l’existence d’un effet
d’entraînement. En effet, au bout d’une année, tous les multiplicateurs
sont supérieurs à 1 (voir tableau 59 et les graphiques ci-après). Il est à
noter cependant que l’effet multiplicateur des dépenses publiques est
plus lent dans les modèles français que dans les modèles américains en
raison d’une propension marginale à importer plus élevée en France
qu’aux Etats-Unis.

1 P.Llau, Economie financière publique, op.cit., p.342.


2 P.Artus et P.-A.Muet, « Une étude comparative des propriétés dynamiques de
dix modèles américains et cinq modèles français », Revue Economique, janvier 1980,
p.88. Un affinement de ces analyses et plus généralement des effets d’éviction et/ou
d’entraînement se trouve dans P.A.Muet, Théories et modèles de la macroéconomie,
tome I: L’équilibre de courte période, Paris Cujas, 1986, deuxième édition, p.204 et
suivantes.
3 Il s’agit des sept modèles américains déjà présentés auxquels il convient
d’ajouter:
-deux autres modèles américains: HC (Hickmann-Coen) et Wharton annuel ;
-un modèle canadien: Candide ;
-cinq modèles français: DECA, STAR, PITI, METRIC et DMS.
Ces modèles sont étudiés sur une période de 7 à 8 ans.
302
Tableau n°98: multiplicateurs de dépense publique
1 an 4 ans
Modèles économétriques américains
BEA 2.2 1.6
Brookings 2.8 2.0
DHL 1.7 1.0
DRI 2.1 1.7
Saint-Louis 0.5 -0.2
Wharton 2.0 2.4
Wharton annuel 1.7 1.0
Modèles économétriques français
DMS base 1962 1.1 1.4
METRIC base 1962 1.4 1.8
METRIC base 1971 1.5 3.0
Source: P.-A.Muet, Théories et modèles de la macroéconomie, op.cit., p.207.
Par ailleurs, en examinant les modèles américains, on s’aperçoit que
le multiplicateur atteint son maximum entre la première et la seconde
année mais faiblit au bout de la quatrième année. En somme, la valeur
des multiplicateurs ainsi enregistrés appuie l’idée que la politique
budgétaire produit plutôt un effet d’entraînement à court terme.
En analysant les résultats des modèles français, on constate que les
multiplicateurs de moyen terme sont supérieurs à ceux de long terme.
Cette conclusion pourrait pousser à « plaider en faveur d’une politique
budgétaire plus continue qu’aux Etats-Unis, affirmation que l’on doit
cependant nuancer par l’ancienneté des données correspondant à une
période où l’économie française était beaucoup moins insérée dans la
1
mondialisation de l’économie qu’à l’heure actuelle. »
A long terme (7 à 8 ans), dans la majorité des modèles les
multiplicateurs budgétaires descendent en deçà de l’unité en raison de
l’inflation qui annihile l’effet d’entraînement initial.

1 P.Llau, Economie financière publique, op.cit., p.346.


303
La diminution des multiplicateurs est le fait de l’intégration
monétaire et financière, intégration qui reste importante pour l’analyse
des effets d’éviction. Cependant, cette baisse des multiplicateurs est
négligeable aussi bien dans les modèles américains que français (au
bout de trois ans, elle est de 0.1 dans les modèles BEA et HC et de 0.5
dans les modèles DRI, METRIC et Wharton). Il est à remarquer que les
différences entre les multiplicateurs de dépense financée par création
monétaire ou par emprunt sont très nettes dans les modèles américains
et modiques dans les modèles français (voir graphiques suivants).
1
Une étude comparative menée par les experts de l’OCDE donne un
aperçu sur l'importance des effets d'éviction et/ou d'entraînement
financiers à travers le calcul des multiplicateurs budgétaires dans cinq
grands pays de l’OCDE :
Tableau n°99: Multiplicateurs des dépenses publiques dans le court terme et effet
d’éviction* (données obtenues à partir de divers modèles nationaux)
PNB / PIB en volume PNB /PIB en volume
Sans Avec Coefficient Sans Avec
accompagnement accompagnement d’éviction accompagnement accompagnement
Pays monétaire monétaire monétaire monétaire
Etats-Unis
1.9 2.1 0.10 2.5 2.7
(DRI)
Japon
1.4 3.8 0.63 2.0 4.1
(Banque du Japon)
France
1.9 1.9 0.0 1.9 1.9
(INSEE)
Royaume-Uni
0.9 1.4 0.36 1.4 2.4
(Trésor)
Canada
1.5 1.7 0.12 2.0 2.3
(RDX 2)
*incidence sur l'activité au terme de 8 trimestres d'une augmentation permanente
des dépenses publiques en bien et services ; taux de change endogène. Le coeffiient
d’éviction est mesuré par le rapport 1-(k/k*), k et k* sont respectivement les
multiplicateurs de déenses publiques sans et avec accompagnement monétaire.
Source: « Financement du déficit budgétaire et contrôle monétaire », Etudes
Monétaires de l'O.C.D.E.,1982 in J.C.Chouraqui, « Déficit budgétaire,
croissance monétaire et éviction financière », op.cit.,p.774.

1 OCDE, « Financement du déficit budgétaire et contrôle monétaire », Etudes


Monétaires, 1982.
304
L'analyse des résultats du tableau ci-dessus nous amène à émettre
l'idée selon laquelle l’effet d'entraînement de la politique budgétaire
l'emporte sur l'effet d’éviction, que cette politique soit ou non assortie
d’une expansion monétaire. Ainsi, en volume et en valeur, les
multiplicateurs budgétaires sont supérieurs à 1 sauf pour le Royaume-
Uni dans l’hypothèse d’absence d’accompagnement monétaire. En
effet, ces multiplicateurs sont en moyenne de 1.6 lorsque la politique de
relance par le déficit n'est pas accompagnée d'une expansion monétaire
et de 2.3 dans le cas inverse. Le coefficient d’éviction quant à lui est
supérieur à 0 dans les deux hypothèses (sauf pour la France) ; il est en
moyenne de 0.25 ; on peut conclure ainsi en l’existence d’un effet
d’éviction partiel de la politique budgétaire.
Le calcul des multiplicateurs budgétaires, nécessaire pour juger de
l'importance des effets d'éviction et/ou d'entraînement financiers
résultant de l'action de relance par le budget, sera fait pour les sept
grands pays industrialisés afin de permettre une comparaison plus
élargie. Cette étude, entreprise à l’aide du modèle INTERLINK de
l’OCDE, a été effectuée sur la période 1981-1984. Il s'agit d'une analyse
des effets d'un accroissement réel de dépenses publiques représentant
1% du P.I.B. réel, analyse qui distingue les quatre situations suivantes:
politique d'accompagnement monétaire et taux de change fixe,
politique d'accompagnement monétaire et taux de change flottant, refus
de politique d'accompagnement monétaire et taux de change fixe, refus
1
de politique d'accompagnement monétaire et taux de change flottant.
Les résultats de cette étude comparative sont résumés dans le tableau
suivant:

1Pour les deux auteurs (Scauders et Klau), la politique monétaire


d’accompagnement est définie « comme une politique qui porte la masse monétaire
au niveau voulu pour que la demande soit satisfaite au taux d’intérêt en vigueur »,
op.cit., p.210.
305
Tableau n°100: Multiplicateurs budgétaires réels estimés par l'O.C.D.E. pour les
sept grands pays industrialisés*
Pays Canada France Allemagne Italie Japon R-U E-U
Politique d'accompagnement 1981 0.88 0.79 0.94 1.16 1.14 0.99 1.42
et taux de change fixe 1984 1.01 1.14 1.38 1.13 2.33 0.71 1.55
Politique d'accompagnement 1981 0.89 0.80 0.93 1.18 1.14 0.89 1.42
et taux de changes flottant 1984 1.20 1.57 1.64 1.32 2.78 0.84 1.60
1981 0.86 0.76 0.79 1.07 1.05 0.89 1.27
Refus d'accompagnement et (0.02) (0.04) (0.16) (0.08) (0.08) (0.0) (0.11)
taux de change fixe 1984 0.69 0.61 0.72 1.08 1.05 0.51 0.58
(0.32) (0.46) (0.48) (0.04) (0.55) (0.28) (0.63)
1981 0.86 0.74 0.79 1.06 0.99 0.89 1.25
Refus d'accompagnement (0.03) (0.07) (0.15) (0.10) (0.13) (0.0) (0.12)
et taux de change flottant 1984 0.78 0.58 0.47 1.12 0.71 0.62 0.51
(0.35) (0.63) (0.71) (0.15) (0.74) (0.26) (0.68)

*Les chiffres entre parenthèses indiquent les coefficients d’éviction.1


Source: P.Sauders et F.Klau, « Le rôle du secteur public. Cause et conséquence
de l'élargissement du secteur public », Revue économique de l'O.C.D.E., n° 4,
Printemps 1985, pp.212-215.
Les résultats de l’étude menée par Sauders et klau sont intéressants
et diffèrent quelque peu de ceux de P.Artus et P.-A.Muet. Il apparaît
ainsi que la politique de relance par le déficit produit au bout de 4
années, dans le cas d'une politique d'accompagnement et dans tous les
pays (exception faite pour le Royaume-Uni), un effet multiplicateur
supérieur à l'unité ; il est de 1.32 en moyenne en changes fixes et de
1.56 en moyenne en changes flottants. La supériorité du multiplicateur
dans ce dernier cas est due à l'effet de la dépréciation du taux de change
sur le commerce extérieur. Notons que la valeur du multiplicateur
budgétaire est plus faible au bout d'un an qu'au bout de 4 ans (excepté
pour l'Italie en changes fixes et pour Royaume-Uni en changes flottants)
; cette valeur est de 1.03 en moyenne en taux de change fixe et de 1.04
en moyenne en taux de change flottant.
La politique de relance par le déficit non assortie d'une politique
d'accompagnement monétaire a un effet multiplicateur plus faible que
lorsqu'il y a accompagnement monétaire. En effet, la valeur du

1Le coefficient d’éviction est mesuré par le rapport 1-(k/k*) ; k et k* sont


respectivement les multiplicateurs de dépenses publiques sans et avec
accompagnement monétaire. Voir A.Euzéby et alii, L’effet d’éviction dans les
modèles opératoires: un essai de quantification, op.cit., p.309.
306
multiplicateur (qui est inférieure à l'unité excepté pour l'Italie) est, au
bout d'un an, de 0.95 en moyenne en changes fixes et de 0.94 en
moyenne en changes flottants. Au bout de 4 ans de la période
d'impulsion budgétaire initiale, cette valeur décline à 0.74 en moyenne
en changes fixes et à 0.68 en moyenne en changes flottants. Donc, l'effet
multiplicateur de la relance par le déficit budgétaire est plus faible au
bout de 4 ans qu'au bout d'un an et en changes flottants qu'en changes
fixes. C'est ce qui explique que les coefficients d'éviction sont
nettement plus élevés au bout de 4 ans qu'au bout d'un an et en change
flottants qu'en changes fixes (ils sont en changes fixes de 0.07 en
moyenne au bout d'un an et de 0.39 en moyenne au bout de 4 ans ; en
changes flottants, ils sont de 0.08 en moyenne au bout d'un an et de 0.5
en moyenne au bout de 4 ans). Si les multiplicateurs budgétaires
déclinent en situation de refus d'accompagnement monétaire c'est parce
que les investissements baissent en raison de la hausse des taux
d'intérêt.
Malgré la baisse des multiplicateurs budgétaires en l'absence d'une
politique monétaire d'accompagnement, la relance par le déficit
budgétaire n'est pas totalement contrebalancée par la présence des effets
d'éviction. La valeur des multiplicateurs budgétaires en situation de
refus d'accompagnement monétaire, qui est certes inférieure à l'unité
mais reste positive, dénote d'une certaine efficacité de la politique
budgétaire.

III- L’Evolution des multiplicateurs budgétaires cumulés en


France
Dans le cadre de modèles macro-économiques français d’inspiration
keynésienne, H.Sterdyniak et P.Villa1 ont entrepris une étude tentant
de mettre en exergue les effets d’éviction et/ou d’entraînement
financiers des modes de financement des déficits budgétaires (emprunt
versus création monétaire). Les effets susceptibles de se produire selon
les deux auteurs sont résumés dans le tableau suivant :

1 H.Sterdyniak et P.Villa, Les effets d’éviction dans les modèles


macroéconomiques, op.cit., p.205.
307
Tableau n°101 : les effets des modes de financement des déficits budgétaires
Financement Financement Financement obligataire
monétaire obligataire extraordinaire1
Fonctionnement normal Forte relance2 Relance moyenne Relance intermédiaire
sans contrôle quantitatif XXX X XX
Contrôle de la MM par le Relance instable Relance instable Relance forte et instable
taux d’intérêt XX XX XXX
Encadrement du crédit Relance moyenne Eviction Relance intermédiaire
(avec morsure) X O XX
Contrôle de la MM par Eviction Relance moyenne Forte relance
encadrement du crédit O X XXX

Source: H.Sterdyniak et P.Villa, « Les effets d’éviction dans les modèles


macroéconomiques français », op.cit., p.225.
Les résultats de cette étude, faite sous l’hypothèse de changes fixes,
montrent qu’en présence d’une contrainte quantitative pesant sur la
masse monétaire, un effet d’entraînement se produit quelque soit le
mode de financement dudit déficit (absence d’effet d’éviction). Dans le
cas où le contrôle de la masse monétaire est effectué par encadrement
du crédit, l’effet d’éviction se produit lorsque le déficit budgétaire est
monétisé.
Notons aussi que le financement obligataire extraordinaire exerce
l’effet d’entraînement le plus important alors que le financement
monétaire produit l’effet le plus faible (le financement obligataire
ordinaire quant à lui se trouve dans une situation intermédiaire). Il faut
ajouter que lorsque l’encadrement du crédit exerce un effet de morsure,
l’effet d’éviction se produit dans le cas d’un financement obligataire
ordinaire.
En somme, la présence des effets d’éviction et/ou d’entraînement
est, au-delà des diverses hypothèses de financement du déficit,
largement tributaire de la structure du système monétaire et financier
ainsi que des comportements réels et financiers des agents économiques
3
et du régime de la politique monétaire en vigueur.

1 Par financement obligtaire extraordinaire les deux auteurs entendent un emprunt


public attirant a due concurrence les détenteurs de monnaie sur le marché obligataire
et diminuant donc ex ante la demande de monnaie.
2 Par relance, les auteurs entendent l’existence d’un effet d’entraînement.
3 P.Llau, Economie financière publique, op.cit., p.351.
308
Récemment, une étude des multiplicateurs a été réalisée en France
sur les trois grands modèles économétriques actuels utilisés par le
1
Service public en France (AMADEUS, Banque de France, METRIC ).
Le but de cette étude a été d’analyser l’effet des dépenses
d’investissement des Administrations publiques correspondant à 0.15
point du PIB sur la période 1987-1994. Les résultats ont montré que les
multiplicateurs sont supérieurs à 1 durant les 2 ou 3 années mais
décroissent faiblement par la suite.
Il faut ajouter que l’effet d’entraînement, qui est faible et se
rapproche de l’unité, dépend du contenu de la dépense publique et de la
date de sa mise en oeuvre. En effet, les dépenses publiques dirigées vers
le secteur BTP (Bâtiments et Travaux Publics) produiraient des
2
multiplicateurs plus élevés.
Ces résultats seront confirmés par une étude de la direction de la
prévision sur la base du modèle METRIC : les multiplicateurs sont
supérieurs à 1 pour les dépenses en BTP et inférieurs à 1 pour les
dépenses en produits manufacturés. C’est ce que montre le tableau
suivant :
Tableau n°102 : Les multiplicateurs selon la nature de la dépense
Secteurs 1ère année 2ème année 3ème année
BTP 1.02 1.26 1.25
Produits manufacturés 0.91 0.85 0.69

Source : G.Venet, « La flexibilité de la politique budgétaire dans l’analyse


économique », Revue française des Finances Publiques, n° spécial consacré à la
politique budgétaire, 1994, n°46, p.77.
L’estimation des multiplicateurs mesurée sur la base des modèles
3
vectoriels autorégressifs (VAR) donne, pour la France à partir de

1 INSEE, « Présention des propriétés des principaux modèles macroéconomiques


du service public », Paris, Doc. de travail, 1993, n°G.9313.
2 INSEE, « Présention des propriétés des principaux modèles macroéconomiques
du service public », op.cit., p.32.
3 La méthode VAR est basée sur le pouvoir explicatif du passé d’un ensemble de
variables, sur le présent d’une variable particulière. Elle permet d’isoler l’effet induit
par le budget et celui imputable aux autres variables. Voir à ce sujet: F.Bec et
J.O.Hairault, « Une étude empirique des sources de fluctuation économique dans le
309
données trimestrielles (de 1970/I à 1989/III), les résultats suivants : les
multiplicateurs budgétaires atteignent le maximum au bout d’un
trimestre avec une valeur de 1,02 et déclinent pour disparaître au bout
de 4 ans. Pour les autres pays de l’OCDE, la valeur des multiplicateurs
est de 1 pour les Etats-Unis au bout de 4 trimestres et de 0,4 pour
l’Allemagne au bout d’un an.
P.Llau souligne qu’en 1995, les multiplicateurs sont proches ou
inférieurs à 1, ce qui signifie que les effets de la politique budgétaire
sont modiques. Il précise, entre autres, que « ces effets sont cependant
loin de ceux de « l’âge d’or » de la politique budgétaire mais ce
phénomène paraît beaucoup moins imputable à l’ouverture des
économies, et notamment de l’économie française vers l’extérieur,
1
qu’au jeu des effets d’éviction. »
A côté du calcul des multiplicateurs budgétaires, l'appréciation de
l'effet d'éviction et/ou d'entraînement financier passe aussi par l'analyse
de la relation entre le déficit budgétaire, le taux d'intérêt et le taux de
change.

Paragraphe II- Les tests empiriques basés sur l'analyse de la


relation entre le déficit budgétaire et le taux d'intérêt
Il s'agit de vérifier empiriquement l'éviction financière par le taux
d'intérêt. On accuse le déficit budgétaire, financée par émission de titres
publics, d'être à l'origine de la hausse des taux d'intérêt. Celle-ci
contrebalance, totalement ou partiellement, l'effet stimulant initial de la
politique budgétaire à travers la baisse des dépenses privées
d'investissement qui sont supposées élastiques par rapport à cette
hausse.
La hausse du taux d'intérêt liée au déficit budgétaire est expliquée
par divers facteurs dont notamment le fait que le financement dudit
déficit vient amputer l'enveloppe globale de fonds prêtables aux dépens
du secteur privé. Le financement des déficits budgétaires sur le marché
des capitaux ont connu, dans les sept grands pays industrialisés, une

cadre d’un modèle à tendances communes », Annales d’Economie et de Statistique,


avril-juin 1993, n°30, p.85 et suivantes.
1 P.Llau, Economie financière publique, op.cit., p.355.
310
tendance continue à la hausse. Celle-ci était parallèle à la progression
du ratio de la dette publique par rapport au P.I.B.
Tableau n°103 : Part du secteur public dans le total des ressources empruntées
par les agents économiques non financiers*
Pays 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
Etats-Unis 10.5 14.2 46.4 30.8 21.8 18.4 41.7 27.1 28.1 90.2
Japon 18.6 28.8 36.9 40.4 47.3 55.1 48.2 46.8 46.1 41.8
Allemagne 19 22.2 43.6 28.7 25.0 22.8 22.5 19.0 23.1 31.6
France 9.9 16.9 33.8 25.6 20.9 31.5 21.4 15.4 31.6 -
Royaume-Uni 19.0 33.8 60.3 31.9 49.0 23.2 25.4 42.6 25.0 -
Italie 21.3 53.6 47.9 43.4 48.4 47.6 38.2 40.1 42.2 -
Canada 8.8 19.1 23.4 20.5 26.4 26.0 16.0 22.2 20.1 52.3
*Les emprunts du secteur public correspondent au besoin de financement plus
l'acquisition nette d'actifs financiers. Dans le cas des Etats-Unis, de l'Allemagne
Fédérale et du Canada, il s'agit des emprunts effectués par l'ensemble des
administrations publiques (Etat fédéral, collectivités locales et sécurité sociale); pour
ce qui est de la France, du Japon, du Royaume-Uni et de l'Italie, les emprunts des
entreprises publiques sont également prises en compte. Les agents économiques non
financiers incluent, outre les administrations publiques, le secteur des ménages, celui
des entreprises non financières et l'extérieur.
Tableau n°104: Dette de l'administration centrale en % du PIB
Pays 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982
Etats-Unis* 37.4 35.2 36.8 38.5 38.1 37.3 35.4 35.5 35.0 37.8
Japon* 11.3 11.4 15.0 19.0 24.4 30.2 34.9 39.5 42.1 46.2
Allemagne 7.3 7.9 11.0 11.9 12.8 14.1 14.7 15.6 17.7 19.3
France 16.9 16.4 17.1 16.0 15.9 16.6 16.5 16.8 17.7 21.8
Royaume-Uni* 60.9 56.2 55.9 54.1 53.5 53.7 51.5 48.3 49.5 48.7
Italie 46.8 45.8 53.6 52.2 55.0 62.3 62.4 60.6 64.5 70.3
Canada 41.1 37.0 34.6 35.1 34.4 37.6 41.5 39.6 40.6 40.5
*Chiffres correspondant aux exercices budgétaires. Etats-Unis: exercice allant de
juillet à juin de l'année suivante jusqu'en 1976, et à partir de 1977 d'octobre à
septembre ; Japon, Royaume-Uni et Canada: exercice allant d'avril à mars.
Source: O.C.D.E., citée in J.C.Chouraqui, « Déficit budgétaire, croissance
monétaire et éviction financière », op.cit.,p.773.
L'effet de cette "squattérisation" des marchés financiers par l'Etat est
d''autant plus important que les déficits budgétaires s'accroissent et que
la politique monétaire est restrictive.
L'autre facteur explicatif de l'augmentation du taux d'intérêt liée au
financement du déficit budgétaire est dû aux anticipations
inflationnistes des agents économiques privés. En effet, ces derniers,

311
craignant une hausse future des prix et des taux d'intérêt, réclament des
rendements plus importants pour leurs placements.
L'OCDE a réalisé une étude sur la relation entre les anticipations
inflationnistes (lié au déficit budgétaire continue) et la hausse des taux
d'intérêt et ce pour les sept grands pays industrialisés.
Il ressort de cette étude une relation positive entre les taux d'intérêt
à long terme et les déficits budgétaires anticipés dans les sept grands
pays développées (les coefficients de corrélation sont forts et
s'approchent même de l'unité). Autrement dit, cette relation "comporte
l'idée selon laquelle les déficits budgétaires anticipés influent sur les
taux d'intérêt du moment." C'est que les taux d'intérêt nominaux ont
tendance à augmenter avec l'augmentation prévisible des besoins de
financement de l'Etat et les tensions inflationnistes qui y sont liées.
Cependant cette relation, qui indique l'influence des anticipations
inflationnistes des agents privés sur les taux d'intérêt de long terme ne
doit pas être considérée comme "révélatrice des effets de causalité".
Notons qu'à côté des deux facteurs explicatifs cités précédemment
(la concurrence exercée par l'Etat sur le marché des fonds prêtables et
les anticipations inflationnistes des agents économiques) la hausse des
taux d'intérêt peut être due au relèvement du taux des titres publics
nécessaire pour attirer les souscripteurs.
D’autres études comparatives ou nationales tentent d’analyser la
relation directe pouvant exister entre le déficit budgétaire et le taux
d’intérêt. C’est dans ce sens que G.Galli et R.Masera 1 ont mené, sur la
période 1960-1983, une étude concernant plusieurs pays industrialisés
(Etats-Unis, Canada, RFA, France, Royaume-Uni et Italie). A l’issue de
cette étude, les auteurs concluent que :
- d’une part, avant les années 80, les variations explicatives des
fluctuations des taux d’intérêt réels ne sont pas les déficits budgétaires
mais principalement la variation de la base monétaire, du niveau général
des prix et la croissance ;
-d’autre part, durant les années 80, une politique budgétaire
expansionniste liée à une politique monétaire restrictive (surtout aux

1 G.Galli et R.S.Masera, Real Rates of Interest and Public Sector Deficits: an


Empirical Investigation, in P.Llau, Economie financière publique, op.cit., p.355.
312
Etats-Unis et en Italie) entraîne une corrélation entre déficit budgétaire
et le taux d’intérêt faisant apparaître l’effet d’éviction à la fois de
transaction et de portefeuille.
Au-delà de ces études économétriques de l'effet d'éviction et/ou
d'entraînement financier permettant de procéder à des comparaisons
internationales, d'autres sont plutôt centrées sur le cas de certains pays:
Etats-Unis, France, etc.
Pour ce qui est de tests empiriques propres aux Etats-Unis, on
distingue ceux qui concluent en l'existence d'une relation positive entre
1
le déficit budgétaire et le taux d'intérêt et ceux qui estiment qu'il y a
2
absence de cette relation.
C'est ainsi par exemple, et concernant les études qui soulignent qu'il
y a une relation entre l'accroissement du déficit budgétaire et
l’augmentation des taux d'intérêt, que V. Tanzi a estimé plusieurs
équations de détermination du taux d'intérêts des titres publics émis par
le Trésor américain et ce concernant la période 1960-1984. Les résultats
sur lesquels elle a débouché sont les suivants :
-la relation est positive entre le déficit budgétaire et le taux d'intérêt;
-la relation entre le ratio dette publique/P.N.B. et le taux d'intérêt est,
elle aussi positive ;
-des déficits budgétaires moins élevés voire un équilibre budgétaire
permettraient de réduire les taux d'intérêt ;
-la hausse des taux d'intérêt enregistrés durant la période étudiée est
due à d'autres facteurs, notamment "la déréglementation des marchés
de capitaux, les changements intervenus dans la politique monétaire
3
américaine et les modifications favorables aux investissements ;"

1 V.Tanzi, « Fiscal Deficits and Interest Rates in the United States: an Empirical
Analysis 1960-1984 », IMF, Staff Papers, n°4, décembre 1985, p.511.
2 La conclusion de V.Tanzi selon laquelle la relation entre le deficit budgétaire et
taux d’intérêt a été rejetée P.S.Spiro, « The Ellusive Effect of Fiscal Deficits on
Interest Rates. Comment on Tanzi », IMF staff Papers, avril 1987 suivi d’un reply de
V.Tanzi.
3 A.Euzeby et alii, « L’effet d’éviction dans les modèles opératoires: un essai de
quantification », op.cit., p.311.
313
- la pression à la hausse exercée par les déficits budgétaires sur les
taux d'intérêt semble être affaiblie au cours des dernières années de la
période étudiée en raison du "caractère international du marché des
capitaux qui fait que les capitaux fuient les pays pratiquant les taux
1
inférieurs vers les pays pratiquant des taux supérieurs."
Inversement, et dans le cadre des études pour lesquelles l'impact du
2
déficit budgétaire sur le taux d'intérêt n'est pas significatif, P.Evans
souligne que la relation entre le déficit budgétaire et le taux d'intérêt
n'est pas forcement positive. Pour aboutir à ce résultat, l'auteur s'est
intéressé à quatre grandes périodes pendant lesquelles l'accroissement
du déficit budgétaire n'a pas concordé avec la hausse des taux d'intérêt.
Il s'agit de la période (1858-1969) marquée par la guerre de Sécession,
la période (1914-1920) qui a connu la première guerre mondiale, la
période (octobre 1942-decembre 1947) au cours de laquelle a eu lieu la
seconde guerre mondiale et la période (octobre 1979-decembre 1983)
marquée par la politique reaganienne.
Estimant plusieurs équations de détermination de plusieurs taux
d'intérêt, P.Evans conclut que la corrélation entre le déficit budgétaire
financé par emprunt auprès du public, et les taux d'intérêt n'est pas forte.
Plusieurs facteurs expliquent, selon l'auteur, l'insignifiance de l'impact
du déficit budgétaire sur les taux d'intérêt :
- la faiblesse de l'investissement en raison de la perturbation de
l'activité économique (guerre de Sécession), de la hausse des impôts sur
les sociétés et de la politique de contrôle des prix et de stabilisation des
taux d'intérêt pratiqués (seconde guerre mondiale) (1917-1919) ; d'où
l'absence de concurrence entre dépenses privées et dépenses publiques
pour ce qui est de leur financement sur le marché des fonds prêtables ;
-l'état des finances publiques : les déficits augmentaient en période
de la baisse de l'activité économique et baissaient en période
d'augmentation de l'activité économique (1979-1983) ;

1 V.Tanzi, « Le déficit budgétaire: problèmes conceptuels et situation dans les


grands pays industrialisés », Problèmes Economiques du 26 janvier 1986, p.14.
2 P.Evans, « Do Large Deficits Procure High Interest Rates? » Americain
Economic Review, mars 1985, p.68. Voir également: P.Evans, « Do large Deficits
Raise Nominal Interest Rates. Evidence from Six Countries », Journal of Monetary
Economics, 1987, p.281.
314
-l'augmentation de l'épargne privée parallèlement à l'augmentation
des déficits budgétaires (en vertu du théorème Ricardo-Barro).
Par ailleurs, et concernant la France, plusieurs modèles ont été
utilisés pour apprécier l'effet d'éviction financier liés au financement
obligataire du déficit budgétaire. Il s'agit en particulier des modèles
1
METRIC et DEFI ainsi que du modèle MODEVIC.
Pour analyser l'effet d'un déficit budgétaire financé par émission de
titres publics, les modèles METRIC et DEFI distinguent deux cas bien
différents : financement obligataire du déficit budgétaire avec politique
d'accompagnement monétaire et financement du déficit budgétaire par
émission de titres avec refus de politique d'accompagnement monétaire.
Dans l'hypothèse de refus de politique d'accompagnement monétaire,
deux cas sont à distinguer : dans le premier, les autorités monétaires
procèdent à un contrôle du crédit, dans le second, ils contrôlent la
progression de la masse monétaire à travers l'encadrement du crédit.
Les résultats sur lesquels les modèles METRIC et DEFI ont débouché
sont les suivants :
-dans le cas d'une politique monétaire sans contrainte quantitative,
l'effet d'un financement monétaire du déficit budgétaire est supérieur à
celui d'un financement obligataire ;
- dans le cas d'une politique de contrôle de la masse monétaire par le
taux du marché monétaire, un financement obligataire du déficit
budgétaire produit une hausse du taux d'intérêt, ce qui entraîne la
diminution de la demande de monnaie et de la masse monétaire. Le
respect de l'objectif de l'évolution de la masse monétaire oblige les
autorités monétaires à faire baisser le taux d'intérêt du marché
monétaire ; le résultat sera une augmentation de la demande de crédit.
L'effet du déficit budgétaire financé par emprunt obligataire dépend
en fin de compte des élasticités de la demande de monnaie et de
l'investissement par rapport au taux d'intérêt. Autrement dit, il y a effet
d'éviction lorsque l'élasticité de l’investissement par rapport au taux
d'intérêt est plus forte que celle de la demande de monnaie par rapport
à ce même taux ; et vice versa pour l'effet d'entraînement.

1 MODEVIC est l’abréviation de « Modélisation de l’effet d’éviction ».


315
-dans le cas d'une politique de contrôle direct du crédit, le
financement du déficit budgétaire par émission de titres publics évince
les entreprises du marché obligataire ; celles-ci "n'ont pas la ressource
de faire davantage appel aux crédit." L'éviction sera totale si la
diminution des dépenses des entreprises égalise l'augmentation des
dépenses publiques. Cependant, les entreprises peuvent recourir au
crédit interentreprises ou à l’autofinancement (par l'augmentation des
prix). Dans ce dernier cas, l'inflation qui en résulte affecte la demande
globale des ménages et entraîne la baisse de l'activité économique ce
qui débouche sur une suréviction.
- dans le cas d'une politique de contrôle de la masse monétaire par
encadrement du crédit, le financement du déficit budgétaire par
émission de titres publics entraîne l’augmentation du taux d'intérêt ce
qui diminue la demande de crédit des ménages. Cela permet aux
entreprises de disposer de ressources financières plus importantes parce
qu'elles sont plus sensibles à la disponibilité du crédit qu'à son coût. Le
résultat qui se produit est un effet d'entraînement plus durable.
Par ailleurs, la vérification de l’effet d’éviction en France par le
modèle MODEVIC1 a été entreprise sur la période 1973/I-1983/II et en
se basant sur des données trimestrielles tout en retenant trois canaux
d’éviction éventuels :
- un "effet quantitatif direct", qui s’intéresse à la relation entre le taux
d’accumulation des entreprises d’une part et le poids des emprunts
publics dans les emprunts totaux d’autre part. Par ce canal, les auteurs
essaient de tester l’existence (ou non) d’une substitution des effets
publics aux effets privés dans le portefeuille des ménages entraînant la
baisse des investissements des entreprises ainsi que leur compétitivité
sur les marchés extérieurs ;
- un "effet prix direct", qui centre l’attention sur la relation entre
emprunts publics et la nécessité pour les entreprises d’augmenter les
prix pour financer leurs investissements. A travers ce canal, les auteurs
tentent de voir si les entreprises, suite à accroissement du déficit
budgétaire financé par emprunt obligataire rendant l’accessibilité au

1Pour une présentation des équations de ce modèle, se reporter à A.Euzeby et


alii, «L’effet d’éviction dans les modèles opératoires:un essai de quantification »,
op.cit., p.319.
316
marché financier à la fois limité et coûteuse, sont amenées à augmenter
leurs prix afin de permettre un autofinancement de leurs
investissements et par conséquent à réduire leur compétitivité sur les
marchés étrangers ;
- un "effet prix indirect", selon lequel l'appel accru de l'Etat au
marché financier pour couvrir son déficit budgétaire pousse les taux
d'intérêt à la hausse ce qui est de nature à réduire les investissements
des entreprises et donc à déboucher sur une éviction financière.
La conclusion des auteurs de cette étude, qui est nette mais nuancée,
est qu’il existe un certain effet d’éviction du secteur privé par le secteur
public durant la période étudiée. Il est à souligner que cet effet se
manifeste par le canal de l’effet prix indirect (augmentation du taux
1
d’intérêt sur le marché obligataire) ; par contre, le canal effet
quantitatif direct laisse apparaître un effet d’entraînement (absence de
concurrence entre besoins de financement publics et besoins de
financement privés).
2
Récemment, une étude sur la France a été menée par A.Paraponaris
sur la période 1961/III-1991/I (partagée en deux sous-périodes: avant et
après la mise en place du SME). Cette étude conclut que l’effet
d’éviction est très difficile à mettre en évidence en France. En effet,
durant la première sous-période (avant la mise en place du SME),
l’évolution du taux d’intérêt nominal à long terme dépend
essentiellement de l’offre. Durant la seconde sous-période (après la
mise en place du SME), ce sont les mécanismes d’ajustement
monétaires liés aux variations du taux allemand qui jouent le rôle
essentiel.

1 Voir à ce sujet, D.Vasseeur, « Les déficits publics sont-ils la cause de taux


d’intérêt anormalement élevés? », Revue Française d’Economie, 1994, p.138 et
suivantes.
2 A.Paraponaris, « The Relation Between Public Debt and Interest Rate: Further
Results for the French Cas », Communication au congrès de l’ASFE, 1994. Voir
également l’étude internationale de E.Heyer et A.Paraponaris, « The Relation Between
Public Debt and Interest Rate: Is there Many a Slip’ Twixt the Cup and the Lip »,
Doc. travail Greqe, Marseille, janvier 1994.
317
Paragraphe III- Globalisation financière et effet d’éviction
et/ou d’entraînement financier
L’étude de l’incidence de la globalisation financière sur les effets
d’éviction et/ou d’entraînement financiers a été opérée à travers d’abord
le calcul des multiplicateurs budgétaires dans les modèles
multinationaux (I) ; ensuite, l’analyse des effets d’éviction par le taux
de change en relation avec les emprunts internationaux et par le recours
à l’explication globalisante de la coexistence de déficits budgétaires
importants et de taux d’intérêt réels élevés (II).

I-Le calcul des multiplicateurs budgétaires dans les


modèles multinationaux
Le calcul de ces multiplicateurs aide à renseigner sur les
1
interdépendances existant entre les différents pays développés.
L’analyse étudie sept modèles économétriques multinationaux
2
d’inspiration keynésienne , un modèle macroéconométrique inspiré de
la Nouvelle Economie Classique (modèle de l’Université de Liverpool
dû à P.Minford) et un modèle utilisant la méthodologie des variables
autorégressives (modèle VAR s’inscrivant dans la lignée des travaux de
C.Sims). Cette étude concerne le calcul de l’effet multiplicateur d’une
dépense publique représentant 1% du PIB en distinguant les effets de
relance aux Etats-Unis et les effets de relance dans les autres pays de
l’OCDE. Les résultats sont résumés dans le tableau suivant :

1 La référence de base pour cette étude est l’analyse effectuée par la Brooking
Institution et synthétisée par P.-A.Muet, « Contraintes et coordination des politiques
économiques: les leçons des années 80 », Séminaire de théorie économique, Paris,
ENS Ulm, janvier 1992.
2 Il s’agit de MCM (modèle du FMI), COMPACT (modèle de la CEE), EPA
(modèle japonais), INTERLINK et LINK (modèles de l’OCDE), Wharton (modèle de
la Wharton School of Finance), DRI (modèle de Data ressources Incorporated).

318
Tableau n°105: L’effet multiplicateur de dépense publique
PIB Inflation Taux taux de Balance Balance Taux d’intérêt Inflation PIB
(%) (%) d’intérêt change courante courante (points) (%) (%)
(points) (%) (Mrds de (Mrds de
$) $)
Relance aux USA Etats Unis Reste de l’OCDE
MCM 1.8 0.4 1.7 2.8 -16 +9 0.4 0.4 0.7
COMPACT 1.2 0.6 1.5 0.6 12 +7 0.3 0.2 0.3
EPA 1.7 0.9 2.2 1.9 -20 +9 0.5 0.3 0.9
INTERLINK 1.1 0.6 1.7 0.4 -14 +11 0.7 0.3 0.4
WHARTON 1.5 0.3 1.1 -2.1 -15 +5 0.6 -0.1 0.2
DRI 2.1 0.4 1.6 3.2 -22 +1 0.4 0.3 0.7
LINK 1.2 0.5 0.2 -0.1 -6 +2 - 0.0 0.1
LIVERPOOL 0.6 0.2 0.4 1.0 -7 3 0.1 0.6 0.0
SIMS VAR 0.4 -0.9 0.1 1.2 -0.5 -0.2 0.0 0.0 0.0
Relance OCDE hors USA OCDE hors USA USA
MCM 1.4 0.3 0.6 0.3 -7 +8 0.5 0.2 0.5
COMPACT 1.3 0.8 0.4 -0.6 -0.9 +3 0 0.1 0.2
EPA 2.3 0.7 0.3 -0.7 -13 +5 0.6 0.3 0.3
INTERLINK 1.5 0.7 1.9 0.9 -7 +3 0.3 0.2 0.1
WHARTON 3.2 -0.8 0.8 -2.4 -5 +5 0.1 0.0 0.0
DRI nd nd nd Nd nd nd nd nd nd
LINK 1.2 0.1 nd -0.1 -6 +6 0.0 0.0 0.2
LIVERPOOL 0.3 0.8 0.0 3.3 -17 +11 0.8 3.1 0.5
SIMS VAR 0.5 -0.3 -0.2 -2.4 2 -3 0.2 -0.1 0.3
Source : Contraintes et articulation des politiques économiques, op.cit., p.14.
Concernant les sept premiers modèles, la relance aux Etats-Unis est
plus propice aux Etats-Unis (le PIB a augmenté de 1.4% en moyenne)
qu’aux autres pays de l’OCDE (le PIB n’a augmenté que de 0.4% en
moyenne). Quand la relance se produit dans le reste des pays de
l’OCDE, elle est profitable à ces pays (le PIB a augmenté de 1.8% en
moyenne) et aux Etats-Unis mais faiblement (le PIB a augmenté
seulement de 0.3% en moyenne).
On peut également observer un effet taux d’intérêt qui va dans le
sens de l’effet d’éviction surtout dans le cas de l’incidence de la relance
aux Etats-Unis sur les Etats-Unis eux-mêmes.
Les deux derniers modèles quant à eux laissent apparaître des effets
d’entraînement limités.

319
II-L’effet d’éviction et/ou d’entraînement financier par le
taux de change
L’éviction par le taux de change est susceptible de se produire au cas
où un pays contracte un emprunt sur les marchés internationaux.
L’accès à ce type de financement est facilité par la quasi parfaite
mobilité internationale des capitaux ainsi que par « l’intégration
globalisante des marchés financiers ». Le recours aux emprunts
extérieurs n’a pas d’influence sur les taux d’intérêt internes ou, si cette
influence existe, elle est faible. Cependant, un effet d’éviction risque
d’apparaître dans le cas d’un pays pris isolément. En effet,
l’appréciation de la monnaie dans laquelle l’emprunt a été libellé, réduit
la compétitivité des produits nationaux, ce qui légitime de parler de la
présence d’une éviction réelle. Dans ce cadre, les résultats diffèrent
selon la taille du pays pris en considération. Ainsi, dans un pays de
1
grande taille, comme les Etats-Unis, des études ont montré qu’en
relation avec l’augmentation du cours du dollar jusqu’en 1985, les taux
d’intérêt n’ont pas connu de hausse car « la substitution entre actifs
2
financiers américains et étrangers s’est avérée quasi parfaite. »
Dans le cas d’un pays de petite taille, le recours aux emprunts
extérieurs entraîne le relèvement des taux internes suite à des
anticipations de change ; cela est surtout valable pour les pays du SME
qui maintiennent leurs taux de change dans le cadre de la bande de
fluctuation autorisée.
En somme, « l’appel au financement international dans le cadre de
configurations d’ajustement de politiques économiques internationales,
non coopératif et no symétrique (par exemple Etats-Unis versus pays
du noyau du SME), peut conduire à un relèvement généralisé des taux
d’intérêt pour l’une des parties en présence (SME) et induire un effet

1 Voir en particulier:
-M.Dupuy, Déficit budgétaire américain et cours du dollar, Paris, Economica,
1992.
-F.Drighes, Le déficit budgétaire américain : la décennie 80. Evolution,
perspectives et conséquences au travers de la relation déficit, taux d’intérêt, taux de
change, Thèse, Paris 10, février 1994.
2 P.Llau, Economie financière publique, op.cit.,p.361.
320
1
d’éviction financier international. » En fait, l’un des grands problèmes
posés aux économies européennes actuelles est la coexistence de
2
déficits budgétaires importants et de taux d’intérêt réels élevés.
Force donc est de conclure que les résultats sur lesquels débouchent
les modèles économétriques sont forts divergents et ne peuvent trancher
sur la question de la présence d'un effet d'éviction et/ou d’entraînement
financier ; ces conclusions ne font qu'alimenter la controverse entre les
monétaristes et les keynésiens sur l'efficacité de l'action étatique par le
déficit budgétaire.
Globalement l'appréciation et la quantification de l'effet d'éviction
et/ou d’entraînement financier dépendent de plusieurs facteurs dont
notamment :
- les variables économiques prises en considération autrement dit
l'effet d'éviction est plus fort "lorsque les multiplicateurs budgétaires
sont déterminés sur des grandeurs réelles que s'ils sont calculés à partir
de grandeurs nominales. Cette différence dans les résultats peut en effet,
incomber au comportement de détermination d'encaisses monétaires
influencé par l'augmentation des prix ;
- la période prise en considération c'est-à-dire que les multiplicateurs
varient à mesure que l'on s'éloigne plus aux moins fortement de la
période d'impulsion budgétaire initiale ;
- la spécification du modèle économétrique à savoir les mécanismes
de transmission retenus et les variables exogènes choisis ;
- la taille du modèle économétrique autrement dit plus le modèle est
de taille réduite plus l'effet d'éviction apparaît rapidement et vice versa.

1 Ibid
2 Voir à ce sujet: J.creel et H.Sterdyniak, « Les déficits pblics en Europe: causes,
conséquences ou remèdes à la crise », Doc.travail, OFCE, 1995, n°1 et « Les déficits
publics en Europe », Revue Economique, mai 1995, p.645 et suivantes.
321
Section II : L’effet d’éviction et/ou d’entraînement financier
au Maroc : une approche empirique
Depuis la réalisation de son indépendance politique, le recours à la
politique des déficits budgétaires au Maroc s’explique principalement
par des facteurs structurels dont notamment la faiblesse de l’épargne, la
défaillance du secteur privé attiré davantage par des investissements
spéculatifs que par des investissements à même d’accroître le potentiel
productif de la nation.
De ce fait, l’Etat s’est vu obligé d’assurer la majorité des activités
productives. Il est devenu ainsi l’acteur principal de la politique de
développement du pays. Les activités multiformes dont l’Etat se devait
d’assurer ne pouvaient qu’entraîner le gonflement des dépenses
publiques et conséquemment l’apparition et le creusement des déficits
budgétaires.
Théoriquement, l’accroissement des dépenses publiques doit exercer
un effet positif sur l’activité économique en faisant augmenter le revenu
national (effet d’entraînement). Cependant, l’apparition et
l’aggravation des déficits budgétaires sont susceptibles de se faire au
détriment du secteur privé et de réduire l’efficacité de la politique
budgétaire (effet d’éviction).
La vérification de l’existence d’un effet d’entraînement ou au
contraire d’un effet d’éviction au Maroc sera faite en calculant dans un
premier temps les multiplicateurs budgétaires (paragraphe premier) et
en menant, dans un second temps, une analyse économétrique
(paragraphe II) et ce pour la période 1970-1997.

Paragraphe I - Le calcul des multiplicateurs budgétaires


Les multiplicateurs budgétaires mesurent l’influence de la variation
des dépenses publiques sur le revenu national. Plus précisément, ce sont
des coefficients de régression d’une variable représentative de l’activité
économique (revenu national) par rapport à des variables représentant
l’influence de la politique budgétaire (variation des dépenses publiques
ou du solde (déficit budgétaire). La formule du multiplicateur s’écrit:
dY 1
k = ---- = -------------------
dG 1-c’(1-t’) +m’

322
Avec :
Y : revenu national
G : dépenses publiques
c’ : propension marginale à consommer
t’ : taux marginal d’imposition directe
m’: propension marginale à importer
Cette formule permet de rendre compte de toutes les fuites qui
concourent à l’affaiblissement du multiplicateur et donc à freiner
l’accroissement du revenu national. ces fuites sont liées à l’épargne,
l’impôt et les importations.
L’évolution des multiplicateurs budgétaires au Maroc est retracée
dans le tableau suivant :
Tableau n°106: Evolution des multiplicateurs budgétaires au Maroc (1970-1997)
Années 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978
c’ -0.85 0.27 0.61 0.78 0.46 -0.31 0.60 0.62 1.06
t’ -0.08 0.01 0.01 0.10 0.05 -0.21 -0.07 0.12 0.01
m’ -0.86 0.02 -0.34 1.17 0.60 -0.21 0.05 0.34 -0.38
k 0.94 1.33 17.65 0.68 0.86 0.85 2.51 1.26 -2.34

Années 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987
c’ 0.91 0.74 1.25 0.72 0.65 0.84 0.59 0.46 4.3
t’ 0.16 -0.04 0.09 0.03 0.07 0.05 0.04 0.02 0.43
m’ 0.28 0.20 1.25 0.26 -0.06 0.63 0.25 -0.13 0.27
k 1.93 2.30 0.90 1.76 2.97 1.20 1.46 2.44 -0.84

Années 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997
c’ 0.65 1.25 0.50 1.02 0.56 1.45 0.97 5.45 0.64 1.86
t’ 0.04 0.17 0.06 0.06 1.09 -0.64 -0.01 0.99 0.05 -1.14
m’ 0.18 0.69 0.40 0.10 0.96 -0.26 0.13 7.20 -0.02 -1.70
k 1.82 1.53 1.07 7.62 0.50 -0.73 6.55 0.12 2.69 -0.21

Années 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007
c’ 0.58 0.43 1.01 0.25 0.85 0.59 0.69 0.77 0.60 0.71
t’ 0.18 0.20 -0.04 0.05 0.20 0.08 0.16 0.41 0.23 0.46
m’ 0.31 -0.04 0.89 0.05 0.36 0.16 0.66 0.91 0.47 1.08
k 1.20 1.62 1.19 1.24 1.48 1.61 0.93 0.69 1.00 0.59

Années 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014


c’ 0.63 1.19 0.62 1.24 1.69 0.72 1.22
t’ 0.44 -0.59 0.10 0.23 0.39 0.13 0.09
m’ 0.88 -2.22 1.07 1.56 1.40 -0.10 0.38
K 0.66 -0.32 0.66 0.63 0.73 3.72 3.84

323
Globalement, durant toute la période étudiée, la valeur des
multiplicateurs budgétaires a été en moyenne de 1.78. La supériorité de
cette valeur par rapport à l’unité plaide en faveur de l’efficacité de la
politique budgétaire au Maroc.
Calculée par période, cette moyenne a été de 5.2 entre 1970 et 1973,
1.1 entre 1974 et 1982, 1.48 entre 1983 et 2009 et 0.64 entre 2010 et
2014 périodes pendant lesquelles les déficits budgétaires rapportés au
PIB ont été en moyenne et respectivement de 3%, 11.1%, 4.02 et 5.6%.
Ainsi, on constate qu’aux périodes pendant lesquelles les déficits
budgétaires étaient colossaux (1974-1982) et (2010-2014), ont
correspondu des multiplicateurs en moyenne inférieurs à ceux des
périodes au cours desquelles les déficits étaient moins importants.
L’effet revenu de la politique budgétaire a donc, durant cette période,
été limité malgré l’accroissement considérable des masses budgétaires.
Cela s’explique surtout par le caractère extraverti de l’économie
marocaine. En effet, en analysant l’évolution des multiplicateurs
budgétaires, on relève globalement une relation inverse entre la
propension marginale à importer et la valeur de ceux-ci. En effet, quand
la propension marginale à importer est faible ou négative, la valeur du
multiplicateur est forte et vice versa.
En fait, le fonctionnement normal du multiplicateur budgétaire bute
sur un certain nombre d’obstacles, en particulier les structures
économiques et la nature extravertie de l’économie.
Pour que l’action budgétaire de l’Etat soit efficace, il faut qu’il y ait
sous utilisation des capacités productives de telle sorte que l’offre
puisse s’adapter à la demande supplémentaire. Or, les pays sous
développés, comme le Maroc, souffrent de l’inélasticité de la
production qui fait que l’accroissement des dépenses publiques se solde
par des effets contraires. En effet, l’accroissement des déficits
budgétaires est satisfait par le recours aux importations. Donc, le
mécanisme du multiplicateur budgétaire « se trouve bloqué faute de
ressources productives immédiatement ou rapidement mobilisables.»1
La dépendance économique du Maroc vis-à-vis de l’extérieur fait
que toute politique budgétaire expansionniste entraîne un

1 Voir à ce sujet, B.Ducros, « Dépenses publiques, formation et emploi des revenus


en pays sous développés », Revue Economique de Madagascar, n°1, 1986.
324
accroissement des importations annulant l’effet revenu des dépenses
publiques. En somme, tout effet multiplicateur, au lieu de se manifester
à l’intérieur du pays, profite surtout aux marchés extérieurs.
L’efficacité de la politique budgétaire dépend également du type de
dépenses engagées. En effet, les dépenses d’investissement engendrent
un effet de multiplication supérieur à celui des autres dépenses. Ainsi,
par exemple, les dépenses d’infrastructure permettent la distribution
d’une masse importante de salaires qui peut être bénéfique à l’activité
économique nationale. Or, au Maroc, l’analyse de la structure des
dépenses publiques révèle plutôt la prédominance des dépenses
ordinaires (dépenses de fonctionnement et de la dette); ce qui est de
nature à réduire davantage l’effet multiplicateur.
Si l’approche en termes de multiplicateurs budgétaires montre qu’il
y a plutôt effet d’entraînement de la politique budgétaire, une analyse
économétrique doit permettre de confirmer ou d’infirmer cette
conclusion.
Paragraphe II - Analyse économétrique de l’effet d’éviction
et/ou d’entraînement financier
Le modèle dont il est question dans notre travail est un ensemble de
régressions dont les coefficients sont estimés par la méthode des
moindres carrés ordinaires. Le calcul de la valeur de t de Student, qui
n’est rien d’autre que le rapport du coefficient de régression sur son
écart type, permet de juger du caractère significatif du coefficient de
régression si ce rapport est approximativement supérieur à 2 en valeur
absolue.
L’objet de cette analyse est de vérifier si le financement non
monétaire du déficit budgétaire produit un effet d’éviction et/ou
d’entraînement financier. Notre ambition est de tester, à l’instar du
modèle MODEVIC, sur la période 1970-2012 et sur des données
annuelles, trois canaux d’éviction éventuelle : effet quantitatif direct,
effet prix direct et effet prix indirect. Les variables utilisées dans le
modèle sont les suivantes1:

1 La liste des séries statistiques est présentée en annexe I.


325
CRMLT : Crédits à moyen et long terme
CRTR : Créances sur le Trésor
DB : Déficit budgétaire
DB/EPV : Part du déficit budgétaire dans l’EPV
DB/PIB : Part du déficit budgétaire dans le PIB
DEPTRM : Dépôts à terme
EFDT : Epargne financière drainée par le Trésor
EFDT/EFT : Epargne financière drainée par le Trésor dans l’épargne financière
totale
EFP : Epargne financière drainée par les entreprises
EFT : Epargne financière totale
EPV : Epargne nationale privée
FEX : Financement extérieur du déficit budgétaire
FEX/DB : Part du financement extérieur dans le déficit budgétaire
FM : Financement monétaire du déficit budgétaire
FM/DB : Part du financement monétaire dans le déficit budgétaire
FNM : Financement non monétaire du déficit budgétaire
FNM/DB : Part du Financement non monétaire dans le déficit budgétaire
FNM/EPV : Part du financement non monétaire du déficit budgétaire dans l’EPV
INPC : Investissement public
IPC : Indice des prix à la consommation
IPSP : Investissement privé et semi-public
MM : Masse monétaire
PIB : Produit intérieur brut
SOLCOM : Solde de la balance commerciale
TAINF : Taux d’inflation
TIRM Taux d’intérêt réel du marché monétaire
:
TLIQT : Taux de liquidité de l’économie
TMM : Taux du marché monétaire

I-Approche économétrique de l’effet quantitatif direct


L’approche économétrique de l’effet d’éviction et/ou
d’entraînement financier par ce canal sera réalisée à travers quatre
séries d’équations : l’équation d’investissement privé et semi-public
(A), l’équation des dépôts à terme (B), l’équation de l’épargne
financière drainée par le secteur privé et semi-public (C) et l’équation
des crédits à moyen et long terme (D).
A-L’équation d’investissement privé et semi-public
Il s’agit de faire ressortir le type de relation qui est susceptible
d’exister entre l’investissement des entreprises et le financement non
monétaire du déficit budgétaire. L’analyse de cette relation peut nous
renseigner sur le degré de concurrence entre le financement du déficit
budgétaire et l’accumulation productive des entreprises. Autrement dit,
il s’agit de voir s’il y a substitution des titres publics aux titres privés
326
dans le portefeuille des ménages, substitution pouvant obérer le
financement des investissements des entreprises1.

REG 1

IPSP = - 28943,44 + 5,032 INPC + 2398,487 TIRM - 1979,138 DB/PIB + 551,193 EFDT/EFT
(-3,107) (19,308) (2,510) (-3.83) (4,550)
_
R² =0,935 R² = 0.929 DW = 1,758

Selon la régression 1, les coefficients des variables explicatives


« taux d’intérêt réel du marché monétaire, épargne financière drainée
par le Trésor / épargne financière totale » et de la constante ne sont pas
significatifs2 ; seuls sont significatifs, les coefficients des variables
explicatives « investissement public, déficit budgétaire / PIB » au seuil
de 5% d’erreur. Ainsi, avec la statistique DW dont la valeur est proche
de la borne inférieure de la région de non autocorrélation des erreurs
(du =1.75), les résultats montrent que :
-la corrélation est positive entre l’investissement privé et semi-
public et l’investissement public. En effet, toutes choses égales par
ailleurs, une augmentation de l’investissement public de 1 milliard de
dirhams provoque une augmentation de l’accumulation des entreprises
de 2.15 milliards de dirhams. Ce qui montre que l’investissement public
produit un effet d’entraînement et ne gêne aucunement l’investissement
du secteur privé et semi-public. Ce résultat ne fait que corroborer la
conclusion déjà dégagée précédemment lors du calcul des
multiplicateurs budgétaires. A priori donc, l’investissement public et
l’accumulation productive des firmes ne sont pas substituables mais
sont plutôt complémentaires.

1 La notation des régressions sera continue. Précisons que nous avons établi une
multitude de régressions à partir desquelles nous avons sélectionné, exposé et analysé
celles qui présentent les meilleurs résultats. Ces régressions ont été établies grâce aux
logiciels ECONOMETRIC VIEWS et TSP 4.2. Les résultats détaillés des différentes
régressions ainsi que ceux relatifs au test de stabilité et au processus autorégressif
d’ordre 1 (AR1) sont présentés en annexe II.
2 Pour plus de détails sur la formulation mathématique et l’interprétation des
différents tests, voir en particulier: R.Bourbonnais, Econométrie, Dunod, Paris, 1993.
327
-la corrélation est négative entre l’investissement privé et semi-
public et la part du déficit budgétaire dans le PIB. Plus cette part est
importante, plus l’investissement privé et semi-public diminue. Donc
pour ne pas gêner le secteur privé et semi-public dans ses opérations
d’investissement, l’Etat doit assurer un niveau raisonnable de déficit
budgétaire par rapport au PIB.
Pour la période 1970-2012, tous les coefficients des variables
explicatives deviennent significatifs au seuil de 5% d’erreur. Ainsi,
avec la statistique DW dont la valeur s’éloigne de la région de non
autocorrélation des erreurs (du =1.109), les résultats montrent que :
-la corrélation est toujours positive mais s’est renforcée entre
l’investissement privé et semi-public et l’investissement public. En
effet, toutes choses égales par ailleurs, une augmentation de
l’investissement public de 1 milliard de dirhams provoque une
augmentation de l’accumulation des entreprises de 5.03 milliards de
dirhams. Ce qui montre que l’investissement public produit un effet
d’entraînement et ne gêne aucunement l’investissement du secteur privé
et semi-public. Ce résultat ne fait que corroborer la conclusion déjà
dégagée précédemment lors du calcul des multiplicateurs budgétaires.
A priori donc, l’investissement public et l’accumulation productive des
firmes ne sont pas substituables mais sont plutôt complémentaires.
-la corrélation devient positive entre l’investissement privé et
semi-public et la part du déficit budgétaire dans le PIB. Plus cette part
est importante, plus l’investissement privé et semi-public s’accroît. Il
ressort que l’action de l’Etat pas le déficit budgétaire est un facteur de
promotion de l’investissement des entreprises.
REG 2

IPSP = 20145,331 + 3,853 FM + 3,567 FNM + 5,201 FEX


(1,598) (2,615) (4,060) (3,371)

R² = 0,394 𝑅̅ 2 = 0,347 DW = 0,280

Etant donné la valeur de DW qui indique la présence d’une


autocorrélation positive des erreurs, nous avons essayé d’éliminer celle-

328
ci par le processus autorégressif d’ordre 1 (AR1)1. Mais, le test DW ne
s’est pas amélioré et les ratios de student se sont détériorés
Le modèle dont on vient de présenter les résultats, peut-il être
considéré comme stable sur la totalité de la période (1970-2012) ou bien
doit-on considérer deux périodes distinctes ?
En fait, la période sur laquelle porte notre analyse peut être répartie
en deux sous-périodes : une première au cours de laquelle le
financement du déficit budgétaire a essentiellement été assuré par des
ressources d’origine extérieure (1970-1984) ; une seconde durant
laquelle le Trésor s’est davantage orienté vers les ressources d’origine
intérieure en raison du tarissement des sources extérieures de
financement.
Le test de stabilité des coefficients (test de Chow) se ramène à la
question suivante : existe-t-il une différence significative entre la
somme des carrés des résidus (SCR) de l’ensemble de la période et
l’addition de la somme des carrés des résidus calculée à partir des deux
sous-périodes (SCR1 + SCR2) ? Dans le cas d’une réponse négative,
cela signifie que le fait de scinder en deux échantillons n’améliore pas
la qualité du modèle c’est-à-dire qu’il est stable sur la totalité de la
période. Les étapes de calcul sont les suivantes :
-Estimation du modèle sur chacune des deux périodes2:

1 Le processus autorégressif d’ordre 1 (AR1) permet d’éliminer l’autocorrélation


des erreurs lorsqu’elle existe. Plusieurs procédures peuvent être utilisées: méthode
HILDRETH-LU, méthode COCHRANE-ORCUTT, méthode MLGRID, méthode de
MAXIMUM DE VRAISSEMBLANCE, etc. Il s’agit de chercher une valeur de RHO
pour laquelle la variance empirique du modèle transformé sera minimale (sachant que
la valeur de RHO est comprise entre -1 et 1).
Pour réaliser cette opération, nous avons utilisé le programme TSP 4.2 qui donne
aussi bien la valeur de RHO qui minimise la somme des carrés des résidus que la
nouvelle valeur de DW. Ces résultats sont présentés en annexe II avec ceux des
différentes régressions.
Dans les régressions dont la valeur de DW se situe dans la région de non
autocorrélation des erreurs, nous ne ferons aucun commentaire sur le processus
autorégressif d’ordre 1. Les commentaires porteront uniquement sur les cas où les
valeurs du test DW ne sont pas bonnes et qu’on essaiera d’améliorer.
2 Les deux sous-périodes peuvent être de longueur inégale mais elles doivent
obligatoirement recouvrir la totalité des observations de la période totale.
329
Première sous-période : 1970-1984

IPSP = 0.72 FM + -1.85 FNM + 1.63 FEX


(1.53) (-0.58) (5.74)

SCR1= 1.03

Deuxième sous-période : 1985-2012

IPSP = 3.43 FM + 3.84 FNM + 2.49 FEX


(3.86) (4.39) (3.28)

SCR2= 1.25
-Calcul du Fisher empirique (F*)
Le test d’hypothèse est le suivant :

H0: SCR = SCR1 + SCR2 ; il y a stabilité


H1: SCR = SCR1 + SCR2 ; il y a instabilité

[SCR - (SCR1 + SCR2)]/ ddln


F* = ------------------------------------
( SCR1 + SCR2) / ddld

Avec: ddln = (n-k-1) - [ (n1-k-1) + (n2-k-1) ] = k+1=4


ddld = (n1-k-1) + (n2-k-1) = n-2(k+1) = 20

[2.13 - (1.03 + 1.25)]/ 4


F* = ------------------------------------
( SCR1 + SCR2) / 20

F* = 0.36 < 2.87

330
Donc l’hypothèse HO est acceptée c’est-à-dire que les
coefficients sont significativement stables sur toute la période et le fait
de la scinder celle-ci en deux échantillons n’améliore pas la qualité du
modèle. Ainsi, notre analyse portera sur la totalité de la période puisque
le changement dans la structure du financement du déficit du Trésor n’a
pas d’effet sur la stabilité du modèle.
En effet, dans cette régression, nous avons essayé d’expliquer
l’investissement privé et semi-public par les trois modalités de
financement du déficit budgétaire : le financement monétaire, le
financement non monétaire et le financement extérieur. Les coefficients
des trois variables explicatives sont statistiquement significatifs au seuil
de 5% d’erreur mais la valeur de DW se situe dans la région
d’autocorrélation positive des erreurs. Les résultats montrent que les
trois modes de couverture du déficit du Trésor n’obèrent pas l’activité
d’investissement du secteur privé et semi-public puisque la corrélation
est positive entre la variable endogène et les variables exogènes. Plus
encore, l’effet du financement extérieur du déficit budgétaire est le plus
fort comparativement aux deux autres sources de financement. Donc, le
recours de l’Etat à l’emprunt produit un effet d’entraînement financier.

REG 3

IPSP = 19390,891 + 0,583 FM + 0,017 FNM + 0,621 EFDT


(4,532) (2,052) (2,053) (19,081)

R² = 0,924 𝑅̅2 = 0,918 DW = 1,365

Dans cette régression, nous avons changé la variable « financement


extérieur du déficit budgétaire » par la variable « épargne financière
drainée par le Trésor ». Les résultats se sont améliorés par rapport à la
régression précédente puisque la valeur de DW augmente mais elle se
situe dans la région de doute; notons que nous avons essayé d’améliorer
le test DW par le processus autorégressif d’ordre 1; mais après 4
itérations, il ne s’est pas amélioré. Les coefficients quant à eux sont
statistiquement significatifs au seuil de 5% d’erreur uniquement pour la
variable investissement privé et semi-public. Nous constatons que la

331
corrélation est positive entre ce dernier et l’épargne financière drainée
par le trésor.

REG 4
IPSP = 18710,146 + 0,608 FM + 0,091 FNM + 0,338 FEX + 0, 61
EFDT
(4,60) (2,082) (2,239) (3,541) (16,385)

R² = 0,925 𝑅̅2 = 0,917 DW = 1,365

REG 5
IPSP = 75906, 338 + 216,669 FM/DB + 514,706 FNM/DB + 920,161
FEX/DB
(10,452) (2,922) (8,586) (6,548)

R² = 0,686 𝑅̅ 2 = 0,662 DW = 0,661

Dans la régression 4, nous avons essayé d’associer 4 variables


exogènes pour expliquer l’investissement privé et semi-public. Les
résultats montrent que tous les coefficients sont significatifs au seuil de
5% d’erreur. La valeur de DW se situe dans la région d’autocorrélation
positive des erreurs. Malgré notre tentative d’éliminer l’autocorrélation
des erreurs, les résultats ne se sont pas améliorés. Ce modèle laisse
apparaître une influence positive de l’épargne financière drainée par le
Trésor sur l’investissement privé et semi-public ce qui entérine les
conclusions précédemment dégagées.

Dans la régression 5, nous avons rapporté les différentes modalités


de financement au déficit budgétaire pour expliquer l’investissement
privé et semi-public. Avec des coefficients statistiquement significatifs
et l’existence d’une autocorrélation positive des erreurs qui n’a pas été
résolue par le processus AR1, les résultats appuient l’idée selon laquelle
l’investissement privé et semi-public n’est pas gêné par les trois
modalités de financement du déficit budgétaire. Au contraire,
l’intervention de l’Etat sur le marché obligataire stimule l’activité
d’investissement du secteur privé et semi-public, intervention qui
permet de financer des dépenses qui sont plutôt propices à ce dernier.

332
B-L’équation des dépôts à terme
Il s’agit de voir, à la manière du travail descriptif mené par
M.Boussetta, 1 si le recours de l’Etat au marché financier pour couvrir
son déficit budgétaire entraîne la baisse des dépôts à terme. Autrement
dit, on va essayer de répondre à la question suivante : l’emprunt de
l’Etat auprès du public détourne-t-il les placements auprès des banques
vers des placements auprès du Trésor ?

REG 6
DEPTRM = 23404,486 + 2,368 FM + 2,501 FNM + 2,135 FEX

(2,505) (2,169) (3,841) (1,867)

R² = 0,303 𝑅̅ 2 = 0,250 DW = 0,227

Au départ, comme précédemment, nous avons analysé la stabilité du


modèle pour voir si le fait de le scinder en deux échantillons améliore
sa qualité. Nous avons conclu que les coefficients sont
significativement stables sur toute la période (puisque F*< F tabulé).
Ainsi, le passage d’une politique de financement du déficit budgétaire
basée sur les ressources extérieures (1970-1984) à une autre plutôt
basée sur des moyens internes (1985-2012) n’affecte pas la stabilité du
modèle. Notre analyse concernera donc la totalité de la période.
Dans cette régression, les coefficients des variables explicatives sont
significatifs au seuil de 5% d’erreur excepté pour le financement
extérieur du déficit budgétaire ; le test de DW se situe dans la région
d’autocorrélation positive des erreurs (le processus AR1 n’a pas permis
d’éliminer celle-ci après 4 itérations). Les résultats montrent que ni le
financement monétaire ni même le financement non monétaire ne se
font au détriment des placements auprès des banques. Au contraire, la
corrélation est positive entre ces deux modes de financement et les
dépôts à terme, ce qui témoigne de l’existence d’un effet d’entraînement

1 M.Boussetta, «Trésor public, marché financier et effet d’éviction au Maroc»,


Annales marocaines d’Economie, 1993.
333
exercé par la politique budgétaire. Ce résultat est conforme à la
conclusion du travail descriptif de M.Boussetta.

REG 7

DEPTRM = - 6487,621 + 1,994 DB + 823,541 TIRM - 787,417 EFDT/EFT


(-5,72) (4,090) (2,48) (-3,507)

R² = 0,495 𝑅̅ 2 = 0,456 DW =
0,843
Dans ce modèle, les coefficients des trois variables explicatives
sont statistiquement significatifs au seuil de 5% d’erreur, mais le test
DW se situe bien dans la région d’autocorrélation positive des erreurs
qui n’a pas été éliminée par le processus AR1. Les résultats montrent
que :
-la corrélation est positive entre les dépôts à terme et le déficit
budgétaire. Cela montre que ce dernier entraîne un accroissement des
revenus favorable à la constitution d’une épargne qui va se placer
auprès des banques ;
-la corrélation est positive entre les dépôts à terme et le taux
d’intérêt réel du marché monétaire. Plus ce taux est élevé, plus les
dépôts à terme sont stimulés ;
-la corrélation est négative entre les dépôts à terme et la part de
l’épargne financière drainée par le Trésor dans l’épargne financière
totale. Cette relation inverse prouve que l’intervention de l’Etat sur le
marché obligataire détourne les placements auprès des banques, ce qui
est susceptible de gêner le financement du secteur privé. Ce résultat
peut se justifier par le fait que les titres publics ont été pendant
longtemps assortis de taux d’intérêt relativement attrayants.

REG 8
DEPTRM = -10733, 414 + 17,658 FNM/DB + 3,527INPC
(-2,297) (2,643) (14,980)
R² = 0,878 𝑅̅2 = 0,872 DW = 1,378

334
Dans ce modèle, les coefficients sont statistiquement significatifs au
seuil de 5% d’erreur mais le test DW se situe dans la région
d’autocorrélation positive des erreurs. Les résultats montrent que
l’investissement public et le financement non monétaire du déficit
budgétaire ont un effet positif sur les dépôts à terme. Donc, loin de
réduire les ressources disponibles au secteur privé, l’activité de l’Etat
paraît stimuler les dépôts à terme. Cette conclusion est conforme à celle
dégagée lors de l’examen de l’équation de l’investissement privé et
semi-public.

C-L’équation de l’épargne financière privée et semi-


publique
Cette équation va nous permettre de répondre à la question suivante:
le financement non monétaire du déficit budgétaire entraîne-t-il une
substitution entre les titres publics et les titres privés et semi-publics
dans le portefeuille des ménages ?

REG 9
EFP = - 71875,985 + 11,378 FNM/DB + 7,162 INPC
(-6,293) (2,697) (12,445)
R² = 0,819 𝑅̅ 2 = 0,810 DW = 1,782
Le résultat correct de DW = 1.782 ci-dessus a été obtenu après 6
itérations. Le test DW originel prenait une valeur faible de 0.03 et se
situait dans la table de DW à 5% d’erreur dans la région
d’autocorrélation positive des erreurs (0<0.03<1.26).
Dans ce modèle, les coefficients sont significatifs au seuil de 5%
d’erreur. Les résultats montrent que l’épargne financière drainée par le
secteur privé et semi-public est corrélée positivement avec le
financement non monétaire rapporté au déficit budgétaire et
l’investissement public. Donc, le financement non monétaire ni même
l’investissement public n’obèrent les possibilités de financement des
entreprises privées et semi-publiques.

REG 10
EFP = - 69558,269 – 2,854 DB + 4,888 INPC + 44,257 FNM/DB
(-6,877) (-3,497) (5,922) (2,570)

R² = 0,862 𝑅̅2 = 0,851 DW = 1,8332

335
REG 11
EFP = - 62166,526 – 348,446 EFDT/EFT + 7,512 INPC
(-4,488) (-2,309) (13,405)

R² = 0,824 𝑅̅ 2 = 0,815 DW = 1,517

REG 12
EFP = -73349, 877 – 1,709 DB + 6,162 INPC
(- 6,866) (-2,341) (8,741)

R² = 0,839 𝑅̅2 = 0,831 DW = 1,889

Pour améliorer les résultats, nous avons établi les régressions 10, 11
et 12. Dans la régression 10, la valeur de DW se situe dans la zone de
non autocorrélation des erreurs et les coefficients sont significatifs au
seuil de 5% d’erreur. Les résultats laissent apparaître la présence d’un
effet d’éviction exercé par le déficit budgétaire puisque la relation entre
celui-ci et l’épargne financière drainée par les entreprises privées et
semi-publiques est négative. Par contre, la relation du financement non
monétaire et de l’investissement public avec la variable endogène est
toujours positive (effet d’entraînement).
Dans la régression 11, nous avons tout d’abord étudié la stabilité du
modèle. Nous avons trouvé que celui-ci est stable sur toute la période
et que le fait de le scinder en deux échantillons n’améliore pas les
résultats (F*<F calculé). Il ressort donc que le changement des moyens
de couverture du déficit budgétaire entre (1970-1984) et (1985-2012)
n’a pas d’effet sur la stabilité du modèle. Aussi, serons-nous amené à
analyser les résultats sur la totalité de la période. En effet, les
coefficients sont significatifs et la valeur de DW est proche de la borne
inférieure de la région de non autocorrélation des erreurs (dw=1.517).
Nous obtenons une corrélation négative entre la variable endogène et la
part de l’épargne financière drainée par le Trésor dans l’épargne
financière totale (effet d’éviction). Par contre, l’investissement public
produit, comme dans les régressions précédentes, un effet
d’entraînement.
Dans la régression 12, les coefficients sont significatifs et le test DW
se situe dans la zone de non autocorrélation des erreurs. Les résultats
336
montrent que l’accroissement du déficit budgétaire se fait au détriment
des possibilités de financement des entreprises privées et semi-
publiques (effet d’éviction) mais l’investissement public est toujours
corrélé positivement avec la variable endogène (effet d’entraînement).

D-Equation des crédits à moyen et long terme


A travers cette équation, et à la lumière du travail descriptif de
M.Boussetta, on va essayer de répondre à la question suivante: le
financement non monétaire du déficit budgétaire entraîne-t-il la baisse
des crédits à moyen et long terme qui, en principe, sont destinés au
financement de l’investissement privé? Pour répondre à cette question,
nous avons établi les régressions suivantes :

REG 13
CRMLT = - 45061,376 + 2,381 CRTR - 31,048 EFDT/EFT
(-1,964) (6,405) (-0,065)

R² = 0,567 𝑅̅ 2 = 0,546 DW = 1,647

Le résultat correct de DW = 1.647 ci-dessus a été obtenu après 1


itération. Le test DW originel prenait une valeur faible de 0.92 et se
situait dans la table de DW à 5% d’erreur dans la région
d’autocorrélation positive des erreurs (0<0.92<1.26).
Ce modèle montre que le recours accru de l’Etat à l’épargne
financière est de nature à réduire les crédits à moyen et long terme
destinés aux investissements (effet d’éviction).

REG 14
CRMLT = 10107,161 + 5,947 FM + 5,430 FNM + 9,319 FEX
(0,595) (2,993) (4,584) (1,479)

R² = 0,988 𝑅̅ 2 = 0,949 DW = 1,725

Le résultat correct de DW = 1.725 ci-dessus a été obtenu après 1


itération. Le test DW originel prenait une valeur faible de 0.73 et se
situait dans la table de DW à 5% d’erreur dans la région
d’autocorrélation positive des erreurs (0<0.73<1.18).

337
Signalons tout d’abord que l’étude de la stabilité de ce modèle a
montré le fait de le scinder en deux sous-périodes n’améliore pas les
résultats (F*<F tabulé). Ainsi, notre analyse concernera la totalité de la
période puisque le passage d’un financement orienté vers les emprunts
extérieurs (1970-1984) à un autre comptant essentiellement sur les
financements intérieurs (1985-2012) n’affecte pas la stabilité du modèle
; notre analyse sera donc relative aux résultats estimés pour la totalité
de la période.

Les résultats montrent que ni le financement monétaire, ni le


financement extérieur ni même le financement non monétaire
n’entraînent la réduction des crédits à moyen et long terme (coefficients
significatifs au seuil de 5% d’erreur). Pour améliorer les résultats, nous
avons établi la régression suivante :

REG 15
CRMLT = 15005,347 + 1,703 FM + 0,084 FNM + 0,849 EFDT
(1,637) (2,432) (1,923) (1,973)

R² = 0,839 𝑅̅ 2 = 0,826 DW = 1,892

Le résultat correct de DW = 1.892 ci-dessus a été obtenu après 1


itération. Le test DW originel prenait une valeur faible de 1.04 et se
situait dans la table de DW à 5% d’erreur dans la région
d’autocorrélation positive des erreurs (0<1.04<1.26).
Dans cette régression, nous avons remplacé la variable
« financement extérieur » par la variable « épargne financière drainée
par le Trésor ». Les résultats montrent que la nouvelle variable
introduite est positivement corrélée avec la variable endogène (effet
d’entraînement).

II-Approche économétrique de l’effet prix direct


Il s’agit de vérifier dans quelle mesure le financement non monétaire
du déficit budgétaire oblige les entreprises à accroître leurs prix de
vente pour dégager les ressources nécessaires au financement de leurs
investissements. Cela contribue à réduire leur compétitivité sur les
338
marchés extérieurs et par conséquent à aggraver le déficit de la balance
commerciale.
Cette approche sera réalisée à travers deux séries d’équations : une
équation de l’indice des prix à la consommation et une équation du
solde commercial.

A - L’équation de l’indice des prix à la consommation1

REG 16

IPC = -80,953 + 6,313 TLIQT + 0,001 DB + 0,002 FM


(-3,618) (16,455) (1,829) (1,626)

R² = 0,916 𝑅̅ 2 = 0,909 DW = 0,681


Dans ce modèle, seul le coefficient de la variable « taux de liquidité
de l’économie » est statistiquement significatif au seuil de 5% d’erreur;
le test de DW quant à lui est faible et montre qu’il y a une
autocorrélation positive des erreurs (le processus AR1 n’a pas permis
d’améliorer le test DW). Ainsi, le niveau général des prix au Maroc est
principalement déterminé par le taux de liquidité de l’économie. Ainsi,
toutes choses égales par ailleurs, une augmentation de ce taux de 1 point
entraîne une augmentation de l’indice des prix à la consommation de
6.313 points.

REG 17
IPC = - 45,433 - 9,494E-005 MM + 3,835 TLIQT + 0,003 CRTE
(-1,087) (-2,168) (3,324) (7,052)

R² = 0,972 𝑅̅ 2 = 0,970 DW = 0,898

Dans ce modèle, les coefficients sont statistiquement significatifs et


le test DW est faible (l’autocorrélation des erreurs n’a pas été éliminée
par le processus AR1). Les résultats de cette régression confirment ceux
de la précédente à savoir que l’indice des prix à la consommation

1 L’indice des prix à la consommation a remplacé l’indice du coût de la vie. Voir


à ce sujet le Rapport annuel de Bank Al-Maghrib, Exercice 2009.
339
dépend grandement du taux de liquidité de l’économie. Cependant,
l’indice des prix à la consommation est corrélé négativement avec la
masse monétaire et positivement avec les créances sur le Trésor mais
faiblement.

REG 18
IPC = 273,968 + 0,493 FNM/DB + 1,347 FEX/DB – 0,002 SOLCOM
(10,991) (3,176) (3,448) (-4,926)

R² = 0,859 𝑅̅2 = 0,841 DW = 1,333


Notons que ce modèle est stable sur la totalité de la période (F*<F
tabulé). Ainsi, le fait de scinder la période en deux échantillons,
correspondant aux deux sous-périodes entre lesquelles il y a eu
changement de la politique de financement du déficit du Trésor, a
montré que les coefficients sont significativement stables sur la totalité
de la période. Notre étude concernera la totalité de la période.
En effet, les coefficients sont statistiquement significatifs et le test
DW se situe dans la région de doute. Les résultats montrent que le
financement non monétaire du déficit budgétaire est en corrélation
positive avec l’indice des prix à la consommation. Cela nous incite à
dire que le recours de l’Etat à l’emprunt auprès du public évince les
entreprises privées du marché financier et les oblige à augmenter leurs
prix afin de dégager les ressources nécessaires au financement de leurs
investissements. Donc l’existence d’un effet d’éviction est confirmée
par ce canal.

B- L’équation du solde commercial

REG 19
SOLCOM = -10865,762 – 3,447 FM – 2,459 FNM – 4,227 FEX
(-1,222) (-3,317) (-3,967) (-3,884)
R² = 0,751 𝑅̅ 2 = 0,709 DW = 1,881

Le résultat correct de DW = 1.881 ci-dessus a été obtenu après 3


itérations. Le test DW originel prenait une valeur faible de 0.91 et se
situait dans la table de DW à 5% d’erreur dans la région
d’autocorrélation positive des erreurs (0<0.91<1.18).

340
Nous avons cherché au départ à analyser la stabilité de ce modèle.
Nous avons trouvé que les coefficients sont stables sur la totalité de la
période (F* <F tabulé). Notre analyse portera donc sur la totalité de la
période puisque le changement de la politique de financement du déficit
budgétaire entre les deux sous-périodes distinguées précédemment
n’affecte pas la stabilité du modèle.
Cette régression, dont les coefficients sont statistiquement
significatifs, montre que le financement non monétaire du déficit
budgétaire est négativement corrélé avec le solde commercial. Cela
montre que ce type de financement pousse les entreprises à augmenter
leurs prix (voir REG 17) ce qui réduit leur compétitivité extérieure et
entraîne la dégradation du solde commercial du pays. Donc, par ce
canal, la présence d’un effet d’éviction est vérifiée.

III-Approche économétrique de l’effet prix indirect


Le recours accru de l’Etat au financement non monétaire du déficit
budgétaire est susceptible de faire monter les taux d’intérêt et par
conséquent de faire baisser les investissements des entreprises. Cette
approche sera vérifiée par l’équation du taux d’intérêt du marché
monétaire1.

REG 20

TMM = 13,385 + 0,0001FEX - 0,0001FNM/DB + 0,183 TLIQT + 0,001 ICV -


8,724E-005CRTR
(11,419) (0,522) (-1,631) (3,665) (2,101)
(-2,105)

R² = 0,567 𝑅̅ 2 = 0,508 DW = 1,514

Signalons au départ que ce modèle est stable sur la totalité de la


période (F* <F tabulé). Dans cette régression, les coefficients du
financement extérieur et du financement non monétaire ne sont pas

1 Le choix de ce taux est justifié par le fait que « le taux du marché monétaire est
un indicateur orientant l’évolution de l’ensemble des conditions débitrices et
créditrices », Rapport Bank Al-Maghrib, Exercice 1997, p.77.
341
significatifs et le test DW se situe dans la zone de doute. Les résultats
montrent donc que le niveau du taux d’intérêt sur le marché monétaire
est positivement corrélé avec le taux de liquidité de l’économie et
l’indice du coût de la vie. Cette régression rejette donc l’idée de
l’éviction par le financement non monétaire du déficit budgétaire.

REG 21

TMM =1, 961267 + 0, 7663968 TMM + 2, 30 E-05 FM + 5, 48E-05 FNM + 1, 10E-


05 FEX
(2, 58) (8, 50) (1, 60) (1,27) (0,27)

R² = 0,744 𝑅̅2 = 0,716 DW = 2,20

Dans cette régression, seul le coefficient de la variable taux du


marché monétaire à la période précédente est significatif au seuil de 5%
d’erreur. Donc, le taux d’intérêt dont il est question semble dépendre
des évolutions constatées sur le marché monétaire l’année précédente.
Ainsi, par ce canal, on conclut à l’absence de l’effet d’éviction par le
financement non monétaire du déficit budgétaire.
Dans l’analyse économétrique que nous avons menée, la vérification
de l’effet d’éviction et/ou d’entraînement financier a été réalisée à
travers trois canaux principaux : l’effet quantitatif direct, l’effet prix
direct et l’effet prix indirect.
D’après les résultats obtenus, l’effet d’éviction se manifeste
partiellement par le canal effet quantitatif direct (équation de l’épargne
financière) et totalement par le canal effet prix direct. Concernant l’effet
quantitatif direct, on a constaté que l’épargne financière drainée par le
Trésor se fait au détriment des émissions des entreprises privées et
semi-publiques. Aussi, et pour ce qui est du canal effet prix direct, un
prélèvement accru du Trésor sur le marché des fonds prêtables semble-
t-il obérer les conditions de financements des investissements des
entreprises privées et semi-publiques. Cette squattérisation du marché
financier par l’Etat oblige les entreprises à accroître leurs prix de vente
pour dégager les ressources nécessaires au financement de leurs projets
d’investissement (effet d’éviction).

342
Cependant, au Maroc, l’action de l’Etat par le budget produit
globalement un effet d’entraînement et ce à la lumière des résultats de
la majorité des régressions1. En effet, par le canal effet quantitatif
direct, nous avons vu que le financement non monétaire du déficit
budgétaire semble avoir une influence positive sur l’activité
économique du secteur privé. D’abord, ce type de financement
n’entraîne pas une baisse des investissements privés ; ensuite, il ne
détourne pas les placements auprès du système bancaire vers les
souscriptions de titres publics ; enfin, il ne réduit pas les possibilités de
crédit au secteur privé. Plus encore, par le canal effet prix indirect, nous
avons constaté que l’accaparement par l’Etat de fonds sur le marché
obligataire ne cause pas la hausse des taux d’intérêt (alors que la hausse
du taux d’intérêt suite au financement non monétaire du déficit
budgétaire est le cheval de bataille des adeptes de l’éviction financière).
Il est à noter que le déficit budgétaire au Maroc et son financement
par emprunt auprès du public représente plutôt un facteur de
développement du marché financier. Le financement non monétaire du
déficit budgétaire permet de mobiliser une épargne qui aurait pu rester
oisive. Ce mode de couverture du déficit du Trésor concourt à la
diversification des instruments de placement, propice à l’accroissement
de l’épargne nationale et donc au phénomène de l’innovation
financière.2
Comme on l’a vu dans les premières régressions de l’analyse
économétrique, le financement du déficit budgétaire par emprunt
auprès du public n’a pas exercé un effet négatif sur l’investissement des
entreprises. Au contraire, on a constaté, d’après les résultats obtenus,
que l’intervention de l’Etat par son budget et plus particulièrement par
ses dépenses d’investissement, a plutôt été profitable à l’investissement
privé et semi-public. En effet, les dépenses d’équipement, surtout
d’infrastructure, permettent au secteur privé de bénéficier des
économies externes, de réduire leurs coûts et par conséquent

1 Pour une analyse de la relation entre déficit budgétaire et croissance économique


au Maroc voir : B.ElMataoui, Politique de réduction du déficit budgétaire et
croissance économique au Maroc. Etat des lieux et perspectives d’avenir, Repères et
perspectives, 2008.
2 Voir H.Announe, Innovations financières et politique monétaire: cas du Maroc,
thèse, Fès, 1995.
343
d’augmenter leur productivité. L’action budgétaire de l’Etat peut, par
ailleurs constituer un marché juteux pour les entreprises et occasionner
un accroissement considérable de la demande de la production du
secteur privé.

344
Conclusion du chapitre IV
L’approche empirique de l’effet d’éviction et/ou d’entraînement
financier a été réalisée d’une part, en calculant la valeur des
multiplicateurs budgétaires ; et d’autre part, en analysant la relation
entre le déficit budgétaire, le taux d’intérêt et le taux de change.
Le calcul des multiplicateurs budgétaires dans les pays développés a
révélé qu’ils sont généralement supérieurs à l’unité sinon ils restent
positifs ; ce qui montre que la politique budgétaire produit plutôt un
effet d’entraînement.
La vérification de l’effet d’éviction et/ou d’entraînement financier
par l’étude de la relation entre le déficit budgétaire, le taux d’intérêt et
le taux de change, débouche sur des conclusions qui sont divergentes,
conclusions qui ne font qu’alimenter le débat entre keynésiens et
monétaristes. C’est que la spécification analytique des modèles, tant par
le jeu des canaux d’intégration des variables monétaires, financières et
réelles que par le jeu des impacts différenciés la politique monétaire,
joue un rôle essentiel dans l’approche des effets d’éviction et/ou
d’entraînement financiers.
Au Maroc, la vérification de l’existence d’un effet d’éviction
financier a été conduite à la lumière des travaux propres aux pays
développés.
En effet, les multiplicateurs budgétaires ont été en moyenne de 1.78
durant la période 1970-2014. Ce qui conduit à conclure à l’efficacité de
la politique budgétaire et à l’absence d’un effet d’éviction et renforce
l’idée que la politique des déficits budgétaires au Maroc est plutôt un
facteur de relance économique. On a constaté cependant que cet effet
multiplicateur dépend inversement de la valeur de la propension
marginale à importer. C’est ainsi que lorsque l’économie est extravertie,
l’effet d’entraînement exercé par la politique budgétaire se produit à
l’extérieur. Par ailleurs, l’importance de l’effet multiplicateur est liée à
la nature des dépenses engagées. En effet, plus l’Etat aura tendance à
accroître ses dépenses d’infrastructure relativement aux autres
catégories de dépenses plus l’effet d’entraînement est grand.
L’analyse économétrique de l’effet d’éviction au Maroc a également
été conduite à la manière des travaux du modèle MODEVIC à travers
trois principaux canaux : l’effet quantitatif direct, l’effet prix direct et
l’effet prix indirect. Les résultats des différentes régressions montrent
345
qu’un certain effet d’éviction apparaît par le canal prix direct. En effet,
le recours de l’Etat à l’emprunt auprès du public semble obliger les
entreprises à accroître leurs prix pour dégager les ressources nécessaires
au financement de leurs investissements ; ce qui réduit leur
compétitivité extérieure. Par ailleurs, nous avons constaté également
que l’épargne drainée par le trésor se faisait au détriment des émissions
des entreprises, ce qui obère leurs conditions de financement (effet
d’éviction par le canal effet quantitatif direct).
En fait, le financement non monétaire du déficit budgétaire, d’après
les différentes régressions établies, produit globalement un effet
d’entraînement. D’une part, le financement non monétaire du déficit
budgétaire ne gêne ni l’investissement des entreprises, ni les dépôts à
terme ni les crédits à moyen et long terme (effet quantitatif direct) ;
d’autre part, ce mode de financement n’entraîne pas la hausse des taux
d’intérêt (effet prix indirect).
En réalité, le recours de l’Etat au marché financier pour couvrir ses
dépenses est de nature à diversifier les instruments de placement
favorables à l’accroissement et à la mobilisation de l’épargne nationale.
De plus ces moyens de financement sont mobilisés par l’Etat pour
couvrir des dépenses qui peuvent permettre l’augmentation de la
productivité de l’investissement des entreprises.

346
Conclusion de la deuxième partie
La question des effets du financement du déficit budgétaire
constitue la pomme de discorde entre les keynésiens et les monétaristes.
La controverse entre ces derniers a en effet été centrée sur les effets
d’éviction et/ou d’entraînement financiers. En fait, l’idée d’éviction est
ancienne car elle remonte aux économistes classiques. Ceux-ci ont
pressenti les dangers d’un accroissement des dépenses publiques et ont
proscrit le financement du déficit budgétaire par emprunt auprès du
public parce qu’il est pernicieux pour la croissance économique.
L’auteur de la « Théorie Générale », qui avait recommandé le recours à
une politique budgétaire expansionniste en période de crise, était
conscient que des effets néfastes pouvaient limiter l’efficacité de cette
politique : la hausse des taux d’intérêt procédant du financement du
déficit budgétaire.
Après une période marquée par une confiance dans la politique
budgétaire comme moyen de lissage des fluctuation conjoncturelles,
succède une autre où le déficit budgétaire sera vivement critiqué. Deux
arguments sont avancés à ce propos : d’une part, les déficits budgétaires
sont sans effet sur l’activité économique (théorème d’équivalence
Ricardo-Barro) ; d’autre part, les déficits budgétaires gênent le
dynamisme du secteur privé (les effets d’éviction).
En prenant le modèle ISLM pour cadre d’analyse des effets
d’éviction et/ou d’entraînement financiers, les monétaristes et les
keynésiens appuient leurs idées en rapport avec des hypothèses
restrictives d’élasticité de la fonction de demande de monnaie et
d’investissement par rapport au taux d’intérêt.
Dans les modèles théoriques keynésiens et monétaristes, le
développement des analyses s’est opéré par la complication du schéma
d’origine en introduisant la contrainte financière du Trésor et les effets
de richesse. Si les keynésiens (A.S.Blinder et R.M.Solow, J.Tobin et
W.H.Buiter) démontrent la supériorité du financement non monétaire
du déficit budgétaire par rapport au financement non monétaire, les
monétaristes (K.Brunner et A.Meltzer, les travaux de la Banque de
Saint-Louis) soutiennent l’idée inverse. Ces analyses seront affinées par
la prise en compte du degré d’ouverture de l’économie.
La vérification empirique de l’effet d’éviction et/ou d’entraînement
financier est conduite dans le cadre de grands modèles économétriques.

347
Cette vérification s’est faite d’une part en calculant la valeur des
multiplicateurs budgétaires et, d’autre part, en cherchant à définir le
type de relation entre le déficit budgétaire, le taux d’intérêt et le taux de
change dans le cadre de la globalisation financière.
Les résultats sur lesquels ces recherches ont débouché dépendent de
la spécification du modèle : mécanismes de transmission prises en
compte, variables économiques retenues, période d’analyse, taille du
modèle, etc.
Le calcul des multiplicateurs budgétaires au Maroc pour la période
(1970-2014) a montré que leur valeur est, en moyenne, largement
supérieure à l’unité ; ce qui prouve que la politique budgétaire produit
plutôt un effet d’entraînement et doit être utilisée pour relancer
l’économie.
Par ailleurs, l’analyse empirique des effets du financement non
monétaire sur l’activité du secteur privé a été réalisée à la manière des
travaux du modèle MODEVIC. Les résultats montrent qu’un certain
effet d’éviction se manifeste notamment dans l’équation de l’épargne
financière drainée par les entreprises (effet quantitatif direct),
l’équation de l’indice des prix à la consommation et l’équation du solde
commercial (effet prix direct). En effet, on a constaté que le recours du
Trésor au marché financier pour couvrir son déficit budgétaire se fait
aux dépens des émissions des entreprises ce qui obère les conditions du
financement de leurs investissements. De plus, cette modalité de
financement du déficit budgétaire paraît obliger les entreprises à
augmenter leurs prix afin de dégager les ressources financières
nécessaires au financement de leurs projets, augmentation qui réduit
leur compétitivité extérieure et aggrave le déficit commercial. Mais,
globalement et d’après les résultats obtenus, c’est l’effet d’entraînement
qui l’emporte sur l’effet d’éviction. En effet, le financement du déficit
budgétaire ne semble gêner ni l’investissement des entreprises, ni les
dépôts à terme, ni les crédits à moyen et long terme (effet quantitatif
direct) ni même causer la hausse du taux d’intérêt (effet prix indirect).
En fait, le financement non monétaire du déficit au Maroc est plutôt
un facteur d’animation du marché financier et un moyen de
mobilisation d’une épargne qui aurait pu bien se placer ailleurs. C’est
que l’action budgétaire de l’Etat ne doit pas être considérée comme
étant nuisible mais comme un moyen de promotion des projets privés.

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Conclusion générale

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Au terme de ce modeste travail nous pouvons affirmer que la
question de l’action par le déficit budgétaire comme moyen de
régulation de l’activité économique n’a jamais cessé d’être le lieu de
controverse. Au départ, les finances publiques classiques prônaient un
budget à la fois neutre et équilibré. De ce fait, l’Etat se devait de remplir
les devoirs qui lui sont tracés et de s’abstenir d’intervenir dans l’activité
économique. Ainsi, les dépenses publiques étaient limitées et le