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UNITED NATIONS NATIONS UNIES

AFRICAN INSTITUTE FOR ECONOMIC DEVELOPMENT AND PLANNING


INSTITUT AFRICAIN DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ET DE PLANIFICATION
(IDEP)

LES DETERMINANTS DE LA CROISSANCE


ECONOMIQUE EN REPUBLIQUE
CENTRAFRICAINE

Par

Robert NDOKOULA
Soumis pour satisfaire en partie aux conditions d'obtention du Diplôme
d’Etudes Approfondies (DEA) en Politique Economique et Gestion de
l’Economie de l’Institut Africain de Développement Economique et de
Planification (IDEP)

Superviseur: Dr. Ibrahima HATHIE

Août 2004
 DEDICACES 

Je dédie ce mémoire de DEA :

A la mémoire de ma mère : Pauline DEPASSEM ; sans ton amour, ton éducation, ton
abnégation, je ne serais ce que je suis aujourd’hui.

A la mémoire de ma tante : Alice TOUROUYO , merci pour tes conseils et ton soutien
déterminant .

A la mémoire de mon cousin : Le Pasteur Ancien Marc LALEANG, merci pour tes
prières et ton soutien moral.

A mon père : Le Pasteur Ancien Mathieu NDOKOULA, merci pour ton éducation, ton
soutien et surtout pour tes prières indispensables. Tu m’as forgé un caractère de combattant
qui me permet de faire face à toutes les épreuves de la vie.

A mon petit frère : Le Commissaire de Police Salomon NDOKOULA SANGUERO.


A la Famille : Victor YOSSANGANG et sa femme Jacqueline DEMBETI
A ma Chérie : Gaëlle GBADIN
A mon Frère : Nestor NGABA BEBOY
A mon Frère : Le Journaliste Jean Paul KAIKOUMI
A mon Frère : Jude KARYOM
A toute ma Famille
A tous mes amis
MERCI A DIEU POUR TOUT

ii
   REMERCIEMENTS   

Au terme du présent travail, je tiens à exprimer ma profonde gratitude et adresser mes


sincères remerciements à :

 Dr Ibrahima HATHIE qui a accepté de superviser mes recherches. Merci pour votre
disponibilité ;
 Dr Diéry SECK, Directeur de l’IDEP, Professeur Aloysius Ajab AMIN, Directeur Adjoint
et Chef de la Division Formation de l’IDEP, M. Tharcisse NTILIVAMUNDA, Mme
Aïssatou SANGHARE et Mouhamdou Bamba DIOP, respectivement de la formation et
Assistant de recherche, tout le corps enseignant et le personnel d’appui de l’IDEP ;

 Dr Matar GAYE qui a accepté de corriger ce travail. Merci pour ta disponibilité ;

 La Mission de Coopération Française pour son Financement ;

 Mes collègues de l’IDEP : Boubacar DIEME, Doudou NDIAYE, AW Mbaye, Cheik


CHIOUNE ( Sénégal) ; Sherif Yunus HYDARA, Abdoulie Tamasa JARRA (Gambie) ;
David Bassey AKPAN, Isa AUDU, Safiu Olukayode OLANIYAN ( Nigeria ); GEBRU
GARRED ABRAHA (ETHIOPIE); Javan BIZIMANA MUTIMURA ( Rwanda);
CORREA Almendou ( Guinée Bissau) ; Shadrick Esau SICHONE ( Zambie).

 Toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont contribué ou participé à l’élaboration de
ce mémoire.

iii
   ABSTRACT   

Over 60 % of the population of Central African Republic live on less than one US dollar a
day. The absolute poverty in which the people of the Central African Republic live is partly
explained by the low productivity. Howerver, productivity is quantity of goods and services
that a worker produces per unit of time based on the available skills and tools. In other words,
the workers are all the more efficient in their work as they are well educated, trained and
have mony? suitable tools.The fall in real income per capita from 430 US dollars in 1965 to
260 US dollars in 2000 is explained by the lack of quality investment in physical and human
capital .Thus, the living standards of a country’s inhabitants are inexorably linked to its
production capacity.

The objective of this study is to establish the determinants of economic growth in the Central
African Republic. The theoretical and empirical literature review leads us to specify an
econometric model based on the endogenous growth model of Mankiw – Romer – Weil
(1992). The new theories on economic growth (endogenous growth), which are the basis of
our analysis, postulate that political economic and social institutions are determinant for
increased growth.

The results of the long-term econometric estimations using the ordinary least squares method
confirm the view of the new theories, that economic growth is determined by the behaviour of
the agents and by some macroeconomic variables. The explanatory variables of our model,
like human capital, the trade balance, inflation, the degree of openness, are significant and
affect real GDP per capita. On the other hand, physical capital and political instability are not
significant. In short, to achieve the objective of high and sustainable economic growth that is
adequate for reducing poverty in the Central Republic, there is need for: strong and credible
political and economic institution, and quality investments.

iv
   RESUME ANALYTIQUE   

La richesse produite en Centrafrique au lendemain des indépendances est décroissante. Le


revenu réel par tête est passé de 430 dollars EU en 1965 à 260 dollars EU en 2000. Pendant ce
temps, celui de la Corée du Sud qui était de 329 dollars EU en 1965, passait à 8685 dollars
EU par habitant en 1999. Pourquoi la croissance économique est beaucoup plus rapide dans
d’autres pays qu’en Centrafrique ?

Les théories de la croissance cherchent à déterminer les causes des écarts de niveaux de vie
entre les pays. Cependant, les nouvelles théories sur la croissance (croissance endogène)
considèrent la croissance comme un phénomène économique. Elles viennent ainsi contredire
la thèse de Solow selon laquelle la croissance économique est un phénomène naturel et
indépendant de la sphère économique. A travers ces nouvelles théories, nous avons modélisé
les déterminants de la croissance économique en Centrafrique. En effet, la croissance
économique est définie comme une augmentation soutenue pendant une ou plusieurs longues
périodes (une année) du produit intérieur brut (PIB) en termes réels. On distingue deux
formes de croissance : la croissance extensive qui est proportionnelle à l’augmentation des
quantités des facteurs de production,et la croissance intensive qui est liée à l’augmentation de
la productivité du travail et du capital.

Cette étude s’intéresse à la croissance intensive liée à l’augmentation de la productivité du


travail et du capital en Centrafrique. Par définition, la productivité est la quantité de biens ou
de services qu’un travailleur produit par unité de temps en fonction de ses compétences et des
outils disponibles. En outre, selon John Taylor (2002), haut responsable du ministère des
finances des Etats-Unis (1998), « un pays qui compte de nombreux emplois très productifs
est un pays riche, alors qu’un pays qui en compte peu est un pays pauvre. En d’autres termes,
ce sont les emplois très productifs qui permettent de sortir le pays de la pauvreté ». Pour
Mankiw (1998), « la grande disparité des niveaux de vie dans le monde est expliquée par la
productivité ». Donc, le niveau de vie des habitants d’un pays est inexorablement lié à ses
capacités productives. La présente étude vise à rechercher les variables déterminantes de la
croissance économique en Centrafrique. L’analyse de ces différentes variables permettra de
proposer des recommandations de politique pour une croissance économique forte et durable
en RCA.
La revue de la littérature théorique et empirique nous a amené à spécifier un modèle
économétrique basé sur la croissance endogène de Mankiw- Romer- Weil ( 1992). Quatre
hypothèses de recherche étaient a tester, à savoir :
(i) Le capital humain influence positivement le taux de croissance du PIB réel par habitant.
(ii) Le capital physique influence positivement le taux de croissance du PIB réel par habitant.
(iii) Le déficit budgétaire influence négativement le taux de croissance du PIB réel par
habitant.
(iv) La stabilité politique influence positivement le taux de croissance du PIB réel par
habitant.

L’analyse des résultats de l’estimation économétrique du modèle à long terme par les MCO
nous a permis de tirer les conclusions suivantes quant aux effets des différentes variables
explicatives sur le PIB réel par tête.

 Le capital humain influence négativement la croissance économique. Ce résultat


infirme notre hypothèse de recherche. Les raisons possibles à cette contradiction sont entre
autre : un enseignement médiocre, un système scolaire inadapté aux besoins économiques du

v
pays, une inadéquation entre formation et emploi. De plus, la rémunération du facteur travail
laisse à désirer. En conséquence, la réforme du système éducatif, afin d’être en phase avec les
besoins du pays, est indispensable. L’enseignement doit être de qualité et basé sur des
connaissances scientifiques et techniques. Par ailleurs, la formation continue des agents et
l’alphabétisation de la population sont indispensables pour avoir une main-d’œuvre qualifiée.
La technologie peut se transmettre au moyen de l’enseignement et de la formation technique.

 La balance commerciale nette influence positivement la croissance. La contribution du


commerce au PIB total est en deçà des potentialités économiques du pays. Cependant, la RCA
doit diversifier ses exportations de matières premières et surtout mettre l’accent sur les
produits manufacturés en tenant compte de ses avantages comparatifs.

 Le degré d’ouverture a un impact négatif sur la variable endogène. Ce résultat est


contraire à la thèse selon laquelle le degré d’ouverture accroît le bien-être de la population.
Du reste la RCA importe de l’extérieur la totalité de biens et services pour sa consommation.
La population vit toujours dans l’extrême pauvreté. Les exportations du pays reposent
seulement sur les matières premières à l’état brut et en faible quantité. Les recettes tirées de
ces exportations sont insuffisantes pour couvrir les importations. Or, la capacité des
importations des biens et services d’un pays augmente avec la capacité des exportations. Les
déficits des balances commerciales sont expliqués en partie par les maigres recettes des
exportations. Par contre, le capital physique, l’inflation et l’instabilité politique ne sont pas
significatifs.

L’analyse des résultats de l’estimation du modèle à long terme par les moindres carrés
ordinaires conduit aux recommandations ci-après:

 Les institutions politiques et économiques doivent être fortes et crédibles pour assurer
la stabilité politique et macroéconomique. Elles doivent être capables de faire de bons
choix de politiques économiques pour une croissance forte et durable.
 L’Etat doit faire un investissement massif dans le capital humain ; la priorité devant
être accordée à la formation scientifique et technique.
 Les exportations doivent être diversifiées en mettant l’accent sur les produits
manufacturés.

vi
TABLE DES MATIERES

DEDICACES.. ........................................................................................................................... i

REMERCIEMENTS ................................................................................................................. iii

ABSTRACT…………………………………………………………………………………..iv

RESUME ANALYTIQUE ......................................................................................................... v

LISTE DES FIGURES .............................................................................................................. ix

LISTE DES TABLEAUX .......................................................................................................... x

LISTE DES ANNEXES ............................................................................................................ xi

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS ........................................................................... xii

CHAPITRE I. INTRODUCTION GENERALE ........................................................................ 1


1.1 Contexte général de l’étude .................................................................................................. 1
1.2 Problématique et Justification de l’Etude............................................................................. 2
1.2.1 Problématique.................................................................................................................... 2
1.2.2 Justification de l’Etude ...................................................................................................... 3
1.3 Objectifs et hypothèses de l’étude ........................................................................................ 4
1.3.1 Objectifs de l’étude ........................................................................................................... 4
1.3.2 Hypothèses de recherche ................................................................................................... 5
1.4 Organisation du travail ......................................................................................................... 5

CHAPITRE II :........................................................................................................................... 6

DIAGNOSTIC, ANALYSE ET PERSPECTIVES DE L’ECONOMIE CENTRAFRICAINE 6


2.1 Présentation générale de l’économie centrafricaine ............................................................. 6
2.1.1 Situation géographique de la Centrafrique ........................................................................ 6
2.1.2 Situation climatique de la Centrafrique ............................................................................. 7
2.2 Evolution de l’économie centrafricaine .............................................................................. 8
2.2.1 Diagnostic et analyse des principaux indicateurs macroéconomiques .............................. 8
2.2.2 Analyse de l’économie par l’absorption .......................................................................... 10
2.3 Contribution par secteur à la croissance économique ........................................................ 12
2.3.1 Secteur primaire .............................................................................................................. 12
2.3.2 Le secteur secondaire ...................................................................................................... 20
2.3.2 Secteur tertiaire ............................................................................................................... 26

CHAPITRE III : Revue de la littérature ................................................................................... 33

3.2 Littérature empirique sur les déterminants de la croissance économique ......................... 38

CHAPITRE IV ........................................................................................................................ 52

vii
METHODOLOGIE, ESTIMATION ET ANALYSE DE RESULTATS ................................ 52
4.1 Méthodologie ..................................................................................................................... 52
4.2 Spécification du modèle de Mankiw- Romer- Weil ( 1992) ............................................. 52
4.3 Justification des variables et sources des données ............................................................. 55
4.4 Estimation économétrique du modèle ................................................................................ 57
4.4.1 Les trajectoires des séries du modèle ............................................................................. 57
4.4.2 Tests économétriques du modèle .................................................................................... 57
4.5 Analyse des résultats de l’estimation du modèle ............................................................... 60

CHAPITRE V : ........................................................................................................................ 64

RECOMMANDATIONS ET CONCLUSION GENERALE .................................................. 64


5.1 Recommandations ............................................................................................................. 64
5.1.1 Stabilité politique et macroéconomique ......................................................................... 64
5.1.2 Allocation efficace des ressources .................................................................................. 65
5.2 Conclusion générale ........................................................................................................... 66

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ................................................................................. 69

ANNEXES……………………………………………………………………………………75

viii
LISTE DES FIGURES

Figure 1 : Evolution du Taux de Croissance du PIB de 1970 à 2000 ........................................ 4


Figure 2 : Répartition de la population active par secteur : agricole, industriel et services ..... 22
Figure 3 : Répartition des ménages selon la principale source d’éclairage (%)....................... 24
Figure 4 : Répartition des ménages par source d’approvisionnement en eau (%) ................... 27
Figure 5 : Productivite des facteurs capital et travail .............................................................. 37
Figure 6 : Rendements d’échelle croissants ............................................................................. 38
Figure 7 : Cercle vicieux de la pauvreté ................................................................................... 48
Figure 8 : Le cercle vicieux de l’instabilité politique............................................................... 51

ix
LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Evolution de l’économie centrafricaine de 1995-1999 ........................................... 8


Tableau 2 : Contributions sectorielles à la croissance économique ......................................... 32
Tableau 3 : Résultats de tests de stationnarité de Philips-Perron des variables du modèle ..... 58
Tableau 4 : Résultats d’estimation de relation de long terme du modèle par les MCO . ......... 59

x
LISTE DES ANNEXES

Annexe 1: Tableau des données ............................................................................................... 75

Annexe 2 : Résultats du test de stationnarité de Phillips-Perron............................................. 76

Annexe 3 : Estimation par les MCO de la relation à long terme ............................................. 82

Annexe 4 : Résultats du test de normalité de Jarque- Bera ...................................................... 83

Annexe 5 : Résultats du test d’héteroscédasticité de White ..................................................... 83

Annexe 6 : Résultats du test de Breusch-Godfrey.................................................................... 83

Annexe 7 : Résultats du test des résidus de Phillips-Perron .................................................... 84

Annexe 8 : Résultats du test de Ramsey .................................................................................. 84

Annexe 9 : Résultats du test CUSUM (Brown, Durbin, Ewans) ............................................. 85

Annexe 10 : Résultats du test de CUSUM of Squares ............................................................. 85

Annexe 11 : Les trajectoires des séries du modèle................................................................... 86

xi
LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS

ADN: Acide Désoxyribonucléique


ACCF : Agence Centrafricaine de Communication Fluviale
BARC : Bureau d’Affrètement Routier Centrafricain
CEMAC : Communauté Economique et Monétaire des Etats de l’Afrique Centrale
ECAM : Enquêtes Centrafricaines Auprès des Ménages
ENERCA : Energie Centrafricaine
EU : Etats-Unis
FAO : Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture
FCFA : Franc de la Communauté Financière Africaine
FMI : Fonds Monétaire International
IFB : Industrie Forestière de Batalimo
MCO : Moindres Carrés Ordinaires
MOCAF : Motte Coordonnée en Afrique
MST : Maladie Sexuellement Transmissible
OCDE : Organisation pour la Coopération et le Développement Economique
OGM : Organisme Génétiquement Modifié
OMC : Organisation Mondiale du Commerce
OMS : Organisation Mondiale de la Santé
PIB : Produit Intérieur Brut
RCA : République Centrafricaine
RDC : République Démocratique du Congo
SCAD : Société Centrafricaine de Déroulage
SEFCA : Société d’Exploitation Forestière Centrafricaine
SOCOCA : Société Cotonnière Centrafricaine
SOGESCA : Société de Gestion Sucrière Centrafricaine
SOCACIG : Société Centrafricaine de Cigarette
SOCATEL : Société Centrafricaine des Télécommunications
SODECA : Société de Distribution d’Eau en Centrafricaine
SOCADETEX : Société Centrafricaine De Textile
SONATEL : Société Nationale de Télécommunication

xii
CHAPITRE I. INTRODUCTION GENERALE

1.1 Contexte général de l’étude

La croissance de la productivité est le fondement de l’amélioration des revenus réels et du


bien-être. Selon Englander et Gurney ( 1994), « une croissance lente de la productivité limite
la progression des revenus réels et accroît les risques de conflits quant à la redistribution des
revenus ». Les mesures du niveau de vie et de la croissance de la productivité sont des
indicateurs particulièrement importants pour un pays. En outre, la recherche des déterminants
de la croissance économique semble indispensable pour trouver des solutions appropriées afin
de réduire durablement la pauvreté en Centrafrique. La productivité se définit comme la
quantité de biens ou de services qu’un travailleur produit par unité de temps en fonction des
compétences et des outils disponibles. Quant à la croissance économique, elle se définit
comme une augmentation soutenue, pendant une ou plusieurs longues périodes (le plus
souvent l’année), du produit intérieur brut (PIB) en termes réels. On distingue deux formes de
croissance : la croissance extensive qui est proportionnelle à l’augmentation des quantités des
facteurs de production et la croissance intensive qui est liée à l’augmentation de la
productivité du travail et du capital.

La croissance économique est un concept complexe et multidimensionnel, à savoir :


géographique, institutionnel, économique, etc. Par ailleurs, les sources de productivité et de la
croissance économique sont complexes et variées. Elles dépendent de plusieurs variables et
diffèrent d’un pays à l’autre. La variable macroéconomique la plus utilisée par les
économistes et les décideurs politiques pour mesurer et comparer d’une année à l’autre et
d’un pays à l’autre la manière dont les économies se comportent est le produit intérieur brut
(PIB) réel par habitant qui est un indicateur de mesure quantitative de la croissance. Le
concept du développement désigne l’ensemble des transformations techniques, sociales,
démographiques et culturelles accompagnant la croissance de la production. Aussi, exprime -
t - il l’aspect structurel et qualitatif de la croissance. Il traduit également le progrès
économique et social de la population. Quant au développement durable (ou soutenable), il
répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à
répondre à leurs propres besoins. Le concept sur lequel sera basé notre étude est la croissance
économique, mesurée par le PIB réel par habitant. En effet, un bon taux du PIB réel par

1
habitant exprime la prospérité et le progrès économiques. Depuis quelques décennies les
différences de niveaux de vie ne cessent de se creuser entre les pays riches et les pays
pauvres. Les différences de revenus expliquent l’inégalité des qualités de vie entre les pays.
Pour la Centrafrique, son revenu moyen par habitant ne fait que décroître. Il est passé de 430
dollars EU par habitant en 1965 à 260 dollars EU en 2000) tandis que celui de la Corée du sud
qui était de 329 dollars EU en 1965 passait à 8685 dollars EU par habitant en 1999.

Les écarts de revenus moyens par habitant se justifient par les différences de productivités
entre les pays ; la productivité étant la somme de biens et services produits par heure de
travail. Ainsi, l’augmentation de la valeur ajoutée s’explique par l’efficacité avec laquelle les
travailleurs et les équipements créent la plus-value dans une économie. Un taux de croissance
de productivité élevé dans un pays se traduit le plus souvent par un revenu par habitant élevé.
Les économistes cherchent à déterminer pourquoi certains pays sont plus productifs que
d’autres. Quelles sont les sources et variables déterminantes de la croissance
économique entre les pays?

Comme la croissance de la productivité semble être l’une des conditions nécessaires à


l’augmentation durable du niveau de vie, il y a souvent un débat contradictoire entre
économistes pour la détermination des causes des écarts de revenus par tête entre les pays.
Les nouvelles théories sur la croissance (croissance endogène) soutiennent la thèse selon
laquelle les institutions politiques, les politiques économiques et sociales sont déterminantes
pour l’accroissement de la croissance.

A la lumière du modèle de croissance endogène de Romer (1986), nous nous posons les
questions suivantes : quelles sont les variables déterminantes de la croissance économique en
Centrafrique ? Comment la Centrafrique doit-elle faire pour passer structurellement d’une
économie agricole à faible productivité à une économie industrielle, puis à une économie de
services?

1.2 Problématique et Justification de l’Etude

1.2.1 Problématique

La richesse produite en Centrafrique est maigre et insuffisante. Elle évolue d’une manière
irrégulière (Figure 1, page 4). Plus de la moitié de la population centrafricaine vit dans une

2
extrême pauvreté avec moins d’un dollar EU par jour. Le revenu moyen par tête est passé de
430 dollars EU en 1965 à 260 dollars en 2000 pendant que celui de la Corée du Sud qui était
de 329 dollars EU en 1965 passait à 8685 dollars EU en 1999. Au regard de ce constat, notre
problématique repose ici sur les questions suivantes : quels sont les facteurs explicatifs de ces
écarts de revenus moyens par tête entre les pays ? Pourquoi la croissance économique est
beaucoup plus rapide dans d’autres pays qu’en Centrafrique ? Le manque d’investissements
de qualité ne justifie-t-il pas le bas niveau du revenu réel par tête ? Comment la Centrafrique
doit-elle faire pour augmenter sa productivité pour une croissance forte et durable si les
nouvelles théories sur la croissance (croissance endogène) soutiennent la thèse selon laquelle
la croissance économique dépend des choix des agents et des variables macroéconomiques ?

1.2.2 Justification de l’Etude

L’extrême pauvreté dans laquelle vit la population centrafricaine justifie le choix de ce thème
car il est important de faire une étude spécifique pour la Centrafrique au regard, d’une part, de
ses potentialités économiques et, d’autre part, de ses différents indicateurs socio-économiques
pas brillants.

Du point de vue du niveau de vie de la population centrafricaine, environ 66,6 %, vit avec
moins d’un dollar EU par jour, le PIB par habitant est 260 dollars EU en 2000, l’espérance de
vie pour la population est de 44,3 ans, le taux de mortalité infantile avoisine 11,5 pour mille.
La population centrafricaine qui est à 58,8 % rurale tire son revenu de l’agriculture, le pays
occupe selon l’Indicateur de Développement Humain (IDH), un classement de 165ème sur 173,
PNUD (2002).

Ces différents indicateurs socioéconomiques sombres nous interpellent et nous amènent à


nous interroger sur les causes de cette pauvreté et sur les effets des différentes politiques
économiques appliquées en Centrafrique depuis 1970. Pourquoi, le revenu moyen d’un coréen
du sud est dix fois supérieur à celui d’un centrafricain aujourd’hui, alors qu’en 1960 le revenu
moyen d’un centrafricain était supérieur à celui d’un coréen du sud ?

L’identification des principales racines du déclin de la croissance et des obstacles liés à la


circulation et à l’accumulation du capital et de la technologie engendrerait des politiques

3
économiques spécifiques et efficaces pour la République Centrafricaine. La figure 1 ci-après
illustre l’évolution du taux de croissance économique en Centrafrique.
Figure 1 : Evolution du Taux de Croissance du PIB de 1970 à 2000

10

-5

-10
1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000

TCPIB

Source : World Development Indicators CD-ROM ; World Bank 2003

1.3 Objectifs et hypothèses de l’étude

1.3.1 Objectifs de l’étude

Les objectifs de cette étude consistent à :


- Rechercher les déterminants de la croissance économique en Centrafrique. L’analyse de ces
variables explicatives permettra de définir des politiques économiques appropriées à une
amélioration de la productivité et de la croissance. Une bonne distribution de cette croissance
devrait permettre de réduire considérablement et durablement la pauvreté en Centrafrique.
- Faire des recommandations qui contribuerons à la mise en œuvre des stratégies et de
politiques économiques efficaces pour mobiliser les ressources et leurs allocations efficientes
à fin de parvenir à une croissance économique adéquate.

4
1.3.2 Hypothèses de recherche

La revue de la littérature théorique et empirique sur les déterminants de la croissance


économique nous amène à tester les hypothèses suivantes :

 1 : Le capital humain influence positivement le taux croissance du PIB réel par habitant.

H2 : Le capital physique influence positivement le taux de croissance du PIB réel par habitant.

H3 : Le déficit budgétaire influence négativement le taux de croissance du PIB réel par


habitant.

H4 : La stabilité politique influence positivement le taux de croissance du PIB réel par habitant

1.4 Organisation du travail

Le plan du travail s’articule autour de cinq chapitres. Le premier a trait à l’introduction


générale qui comprend la problématique, la justification de l’étude, les objectifs et les
hypothèses de recherche tandis que le deuxième traite du diagnostic, de l’analyse et des
perspectives de l’économie centrafricaine. Le chapitre 3 identifie un certain nombre de
théories et de facteurs explicatifs des déterminants de la croissance économique. Il est
consacré à la revue de la littérature. La méthodologie, l’estimation et l’analyse des résultats
sont abordés dans le quatrième chapitre. Enfin le dernier chapitre s'intéressera aux
recommandations de politique et à la conclusion générale.

5
CHAPITRE II :
DIAGNOSTIC, ANALYSE ET PERSPECTIVES DE L’ECONOMIE
CENTRAFRICAINE

2.1 Présentation générale de l’économie centrafricaine

2.1.1 Situation géographique de la Centrafrique

La République centrafricaine est située au centre du continent africain avec une superficie de
623 000 km 2 . Elle est limitée à l’Est par le Soudan, à l’Ouest par le Cameroun, au Nord par
le Tchad et au Sud par le Congo (Brazzaville) et la République Démocratique du Congo
(RDC). La population de la Centrafrique est estimée à 3,782 millions d’habitants (2001) avec
une population urbaine de 41,2 % contre 58,8 % de population rurale. La densité de la
population centrafricaine est de 6,1 % habitants au Km 2 . Le taux de croissance
démographique est de 1,9 % (2001). Quant au produit intérieur brut (PIB), il est de 247
dollars EU (2001).

Les indicateurs socioéconomiques très sombres du pays sont les suivants :

- l’espérance de vie est de 44,3 ans ;


- le taux de mortalité infantile est de 11,5 ‰ ;
- la population centrafricaine pauvre, c’est-à-dire vivant avec moins d’un dollar EU par
jour, est de 66.6 % ;
- la Centrafrique est classée 165 ieme
sur 173, selon l’Indicateur de Développement
Humain (IDH) en (2002).

Ces différents indicateurs socioéconomiques sombres expliquent la pauvreté dans laquelle vit
la population centrafricaine.

La Centrafrique est un pays enclavé de l’extérieur et de l’intérieur. Certaines régions du pays


sont isolées pendant les saisons de pluies à cause du mauvais état des routes. Aussi, le manque
d’infrastructures (routières, ferroviaires, maritimes) et de télécommunications performantes
pénalise-t-il l’économie centrafricaine. Les coûts de transports des marchandises très excessifs
pour les exportations et importations découragent les opérateurs économiques. Cet

6
enclavement du pays constitue un obstacle majeur à sa compétitivité et à son développement
économique. La Centrafrique ne dispose que de deux débouchés portuaires pour son
commerce extérieur :

- soit par le port de Pointe-Noire (Congo), (Bangui – Pointe-Noire (1850 Km), cette voie
fluviale (Oubangui, Congo) n’est navigable qu’en période de crue. Les marchandises
transitent par les fleuves Oubangui puis Congo jusqu’à Brazzaville. Elles sont ensuite
transportées par train de Brazzaville au port de Pointe Noire (510 Km) ;
- soit par l’axe routier Bangui- Douala en très mauvais état (à moitié bitumé), qui traverse
le Cameroun jusqu’à Douala (1 500 Km).

Cet éloignement des côtes nuit à la compétitivité des produits à l’exportation et grève le coût
des importations. De plus, l’insécurité sur ces trajets décourage les investisseurs et opérateurs
économiques potentiels. Les échanges intra régionaux (CEMAC) et avec ceux avec le reste du
monde coûtent très chers ; ce qui explique en partie la faiblesse de l’économie centrafricaine.
En dehors, de sa situation géographique défavorable et son manque d’infrastructures, la RCA
dispose d’énormes potentialités naturelles indispensables pour son économie.

2.1.2 Situation climatique de la Centrafrique

La Centrafrique possède un climat tropical avec une saison des pluies de mai à octobre et une
saison sèche allant de novembre à avril. Mais, il y a quelques variations à l’intérieur du pays
qu’il est important de relever. Ainsi, au sud le climat est de type équatorial, à l’ouest il est du
type intertropical, il est du type subsahélien au nord-est, et au nord, il est du type intertropical.
La Centrafrique est drainée par deux grands bassins, à savoir :

- le bassin du Tchad avec des cours d’eau comme, le Logone, l’Ouham, le Chari qui
coulent vers le nord ; et
- le bassin du Congo où prennent naissance les affluents de l’Oubangui.

Les altitudes ( le massif granitique de Yadé et le mont Ngaoui) varient respectivement de


1 000 à 1 400 . La moyenne annuelle des températures avoisine 26 °C (les minima sont de
15°C et les maxima de 38°C). La pluviométrie indique en moyenne annuelle pour la saison
pluvieuse 226 mm (juillet), et pour la saison sèche 5 mm (décembre). Les surfaces arables

7
disponibles pour les cultures vivrières et de rente avoisinent les trois quarts de la superficie
totale dont un quart n’est même pas exploitée. La RCA dispose des potentialités en ressources
agricoles et pastorales suffisantes pour nourrir sa population peu nombreuse et répondre, en
partie, aux besoins alimentaires de pays voisins comme le Congo et le Tchad.

La majeure partie des populations centrafricaines vit en milieu rural. L’économie


centrafricaine est basée sur une agriculture de subsistance. Elle représente plus de 56 % du
PIB, emploie plus de 56 % de la population active et repose principalement sur la production
du manioc (culture vivrière) et les deux produits d’exportation qui sont le coton et le café.
Comment se structure l’économie centrafricaine, et comment évolue-t-elle dans le temps.

2.2 Evolution de l’économie centrafricaine

2.2.1 Diagnostic et analyse des principaux indicateurs macroéconomiques

Tableau 1 : Evolution de l’économie centrafricaine de 1995-1999

Années 1995 1996 1997 1998 1999


Rubriques
Taux de croissance du PIB en % 7.2 -4.0 5.3 4.7 3.4
Taux d’inflation en % 1.9 3.6 1.6 -1.9 -1.5
Solde de transaction courante en % -40.9 -32.7 -33.0 -51.5 -41.4
STC -7.3 -6.0 -5.7 -8.3 -6.3
PIB N

STC -9.3 -5.8 -7.0 -10.7 -8.8


PIBN (hors, dons)
Variation de Réserves 5.7 10.3 -10.7 -24.4 3.7
Solde Budgétaire Global (SBG) -6.384 -2.739 -3.681 -5.292 -5.611
SBG -11.4 -5.0 -6.3 -8.5 -8.6
PIB N
Variation de masse monétaire 5.9 -9.8 -18.8 7.9
PIBN 560.0 547.8 584.3 622.6 652.5

Source : FMI (Statistiques sur la Centrafrique, 10 Juillet 2000)

8
L’analyse de la situation économique et financière de la Centrafrique montre que les
principaux indicateurs macroéconomiques résumés dans le tableau 1 page 8 pour la période
1995 à 1999 sont très sombres.

La Centrafrique a enregistré un fort taux de croissance économique de 7.2 % en 1995 grâce à


une augmentation des exportations des matières premières comme le coton, le café, le bois et
le diamant. Cette croissance est tirée beaucoup plus par la production de cultures vivrières qui
a connu une hausse par rapport à la forte demande de consommation des ménages. Les
recettes fiscales ont contribué efficacement à la formation du PIB en fonction du volume des
transactions. La stabilité des institutions politiques pendant cette période a favorisé cette
croissance. La baisse du taux de croissance du PIB de 7.2 % (1995) à – 4 % (1996), avant de
revenir à 5.3 % (1997), est due à une crise sociopolitique qui a paralysé toutes les activités
économiques.

En somme, la stabilité macroéconomique et institutionnelle et la croissance des exportations


des matières premières suite à la dévaluation de FCFA du 10 janvier 1994 expliquent le fort
taux de croissance du PIB de 7.2 % en`1995. Les matières premières étaient compétitives par
rapport à leurs prix sur le marché mondial.

La maîtrise de l’inflation pendant cette période à un taux de 1.9 % est un bon signe pour
l’économie. En effet, un taux d’inflation élevé engendre des effets pervers sur la population à
bas revenus comme en Centrafrique. Les revenus tendent à baisser en termes réels étant donné
la perte enregistrée dans le pouvoir d’achat. Cette situation entraîne une augmentation non
seulement de l’incidence mais, aussi de la sévérité de la pauvreté au sein de la population
démunie. De même, un taux d’inflation élevé peut avoir des effets négatifs sur la pauvreté à
travers son impact sur l’investissement et la croissance économique.

Par ailleurs, des taux d’inflation négatifs de 1.9 % (1998) et 1.5 % (1999) montrent que
l’économie est en crise. L’Etat ne dispose plus de ressources nécessaires pour faire face à ses
charges régaliennes. De même, le pays devient vulnérable à tout choc. Il est souhaitable que le
taux d’inflation soit au juste milieu, ni trop élevé ni trop faible pour que l’économie
fonctionne bien. A cet effet, les critères de convergence de la CEMAC fixe une limite, à
savoir que, le taux d’inflation doit être strictement inférieur à 3 % pour chaque pays de la

9
communauté. Une inflation élevée entraîne une baisse d’épargne nationale indispensable à
l’investissement en capital humain et physique d’où la décroissance.

Le solde des transactions courantes (STC) qui traduit la situation de la balance des paiements
de la Centrafrique avec les pays tiers est resté toujours déficitaire de 1995 à 1999 comme le
montre le tableau 1, page 8 , malgré la légère reprise de l’économie centrafricaine constatée
en 1995. Cette situation s’explique par le fait que ce pays importe la presque totalité des
biens et services pour sa consommation. Par contre, il exporte en faible quantité des matières
premières à faible valeur ajoutée. Les sorties des devises dues aux importations ne sont pas
compensées par les recettes des exportations, ce qui entraîne un manque à gagner pour
l’économie. Les ratios du STC sur le produit intérieur brut (PIB) hors dons (-9.3) et celui du
solde budgétaire global (SBG) sur le PIB nominal (-11.4) pour l'année 1995 pourraient
expliquer les déséquilibres intérieur et extérieur de l’économie centrafricaine.

Les recours systématiques aux financements extérieurs pour faire face aux dépenses non
productives constituent un frein à la croissance en Centrafrique. A cet effet, le ralentissement
des activités économiques observé de 1996 à 1997 met en relief une corrélation négative entre
l’instabilité politique et le taux de croissance. Les réserves ont connu une croissance passant
de 5.7 milliards de dollars EU (1995) à 10.3 milliards de dollars EU (1996), grâce à la
stabilité politique et à l’environnement économique international (Tableau 1, page 8). Par
contre, la masse monétaire est déficitaire passant de 5.7 milliards de dollars EU (1995) à – 9.8
milliards de dollars EU (1996). En principe, l’Etat doit disposer de réserves suffisantes pour
faire face aux besoins en cas d’urgence tels que les calamités naturelles, les conflits sociaux,
etc. Le budget centrafricain est tributaire de l’aide extérieure de plus de 50 % du total. En
effet, le manque de ressources propres pour supporter ses charges oblige l’Etat centrafricain à
faire recours à l’aide et /ou à l’emprunt extérieurs. L’économie centrafricaine est caractérisée
par les trois déficits à savoir le déficit budgétaire qui entraîne celui de la balance commerciale
et le déficit des finances de l’Etat.

2.2.2 Analyse de l’économie par l’absorption

L’absorption domestique est définie comme l’ensemble des dépenses des résidents en biens
et services domestiques. Elle est égale à la somme de la consommation privée, de
l’investissement intérieur et des dépenses publiques pour un niveau de prix donné. La balance

10
des transactions courantes enregistre un surplus si le revenu dépasse l’absorption. Il en ait de
même si l’épargne dépasse l’investissement brut. Par contre, on parle de déficit si l’absorption
dépasse le revenu. Cette situation illustre bien le cas de la Centrafrique ou l’absorption
dépasse le revenu ce qui entraîne le déficit budgétaire. En principe, un déficit de la balance
des transactions courantes peut être résorbé par une réduction de l’absorption, relativement au
revenu ou par une augmentation du revenu relativement à l’absorption. Mais, la deuxième
solution semble difficile parce qu’elle est complexe et fait appel à plusieurs facteurs et de
politiques économiques. Il est très difficile que la balance courante soit en équilibre. Elle est
soit déficitaire soit excédentaire.

Cependant, il faut prendre en compte les mouvements des capitaux non monétaires à moyen et
long terme (emprunts, investissements directs,..) effectués par les résidents vers l’extérieur, ou
par les non résidents vers le pays considéré. Le déterminant le plus important des mouvements
des capitaux est constitué par le jugement que les créanciers et les débiteurs peuvent porter sur
ce qu’ils estiment être un niveau soutenable d’endettement extérieur pour le pays. Il importe
donc de prendre en compte le processus par lequel la balance courante est susceptible
d’entraîner des mouvements des capitaux. En effet, la décision d’investir dans un pays sous
forme d’investissements directs ne dépend pas seulement du niveau de soutenabilité de
l’endettement extérieur, du rendement, mais aussi du délai de placement et du risque pays.
Ainsi, la plupart des grandes banques disposent des risques pays. Le risque pays de la
Centrafrique est élevé à cause de son instabilité politique qui est « endémique » ce qui
explique la rareté des capitaux dans ce pays.

La Centrafrique doit réduire ses déficits budgétaire et courant et prendre des mesures
appropriées pour encourager la rentrée des capitaux. L’approche par absorption permet de
faire le lien entre la dépense d’un pays et l’évolution de ses avoirs extérieurs nets. En effet, un
surplus de la balance courante signifie une accumulation nette des avoirs extérieurs du pays
alors qu’un déficit de la balance courante correspond à une accumulation nette des
engagements vis-à-vis de l’étranger donc, une augmentation de l’endettement extérieur net.
La balance courante agit comme une contrainte sur l’utilisation des ressources dans une
économie. Ainsi, un excès d’absorption qui ne serait pas financé entièrement par l’emprunt à
l’étranger entraînerait une perte de réserves de change. Etant donné que le stock des réserves
internationales est limité, une absorption trop importante épuiserait tout le stock. Cette
situation illustre bien le cas centrafricain où les variations de réserves et de la masse

11
monétaire étaient de –10.7 milliards de dollars EU en 1997 et –24.4 milliards de dollars EU
en 1998, puis de –9.8 milliards de dollars en 1997 et -18.8 milliards de dollars EU en 1998
comme l’illustre le Tableau 1, page 8. Ainsi, la réduction du déficit courant passe avant tout
par la réduction de l’absorption.

En effet, l’absorption en Centrafrique est expliquée par des dépenses excessives de l’État.
Ainsi, cette analyse montre que la cause principale du déséquilibre externe, est le déficit
budgétaire qu’il convient de réduire. Si l’endettement extérieur excessif de la Centrafrique est
expliqué par une absorption excessive, alors, la seule solution possible pour la RCA de
résorber les déséquilibres budgétaire et financier est la réduction des dépenses publiques.
Comment l’Etat centrafricain doit-il faire pour augmenter le revenu par tête ? Quelles sont les
contributions sectorielles pour la croissance ? Ces différentes questions nous amènent à
analyser et à chercher à identifier les secteurs potentiels pouvant contribuer à une croissance
économique forte et durable.

2.3 Contribution par secteur à la croissance économique

L’approche par valeur ajoutée du PIB permet de déterminer les différentes contributions
sectorielles (primaire, secondaire, tertiaire) à la croissance économique.

2.3.1 Secteur primaire

La majeure partie de la population centrafricaine vit en milieu rural. Les systèmes agraires
généralement faibles et improductifs rendent les paysans sont vulnérables à l’incertitude
climatique, aux politiques économiques inappropriées, aux changements des prix mondiaux
etc. Ces différents facteurs ont entravé le secteur agricole entraînant la baisse de revenus et
plongeant la population rurale dans une extrême pauvreté. L’agriculture devrait être en
principe le moteur de la croissance économique de la RCA compte tenu de ses potentialités
économiques naturelles. Cependant, depuis les indépendances, les politiques agricoles
conçues sont inappropriées, pour faire jouer à ce secteur le rôle moteur du créateur d'emplois,
de richesse et assurer la sécurité alimentaire de la population. En effet, le secteur agricole qui
contribue en moyenne à plus de 60 % à la formation du produit intérieur brut (PIB) total,
malgré le manque de politiques agricoles appropriées et d'investissements. Il emploie en
moyenne plus de 64 % de la population active (figure 2, page 22). Ce secteur primaire est

12
composé de quatre sous-secteurs, à savoir l’agriculture (cultures de rente et de subsistance),
l’élevage et la pêche, le bois (grumes et autres) et les mines.

 Agriculture
L'agriculture centrafricaine est une agriculture de subsistance. Elle se caractérise par des
petites exploitations familiales non rentables et de faible productivité. Cette agriculture qui se
pratique de manière archaïque est tributaire des aléas climatiques et de catastrophes naturelles.
Sa vulnérabilité aux climats place le paysan centrafricain dans la pauvreté absolue.
L’agriculture centrafricaine est peu diversifiée ; elle repose sur deux types de cultures: les
cultures vivrières (le manioc, le mais, l'arachide, le paddy, le sésame, la courge, le mil, le
sorgho, la banane) consommées localement et les cultures de rente (le coton, le café, le tabac).

La production de cultures vivrières est supérieure à celles de rente. Les cultures vivrières ont
connu une augmentation de production de 1994 à 1999. Cette situation est expliquée par une
croissance de la demande locale en produits vivriers.

La Société Cotonnière Centrafricaine (SOCOCA) qui avait le monopole d'achat de coton


graine n'arrive pas à acheter toute la production chez les planteurs du fait des difficultés
matérielles et financières énormes qu’elle rencontre. La crise que connaît la filière coton
concerne directement environ le cinquième de la population centrafricaine tirant son revenu
de ce sous secteur. Dans un contexte de chute continue des cours, de difficultés liées à la perte
d'énergie pour la culture du coton, de faiblesse de rendements, de désorganisation des circuits
de commercialisation, les planteurs sont complètement découragés et se tournent maintenant
vers la production des cultures vivrières. C’est pourquoi, de nouvelles politiques agricoles
sont indispensables pour relancer la filière coton. Dans le cas contraire, la disparition de ce
secteur est inévitable.

La production du café « robusta » demeure modeste avec 8300 tonnes en 2001. Le café reste
une source de revenu pour 10 % de la population. La nécessité de garantir la sécurité
alimentaire et d’augmenter les revenus des agriculteurs pour combattre la pauvreté doit
constituer les priorités de l’Etat. Ainsi, l’augmentation de la productivité agricole devient une
condition nécessaire pour le développement économique et social en Centrafrique. En outre,
l’accroissement du pouvoir d’achat des populations rurales conduira à une augmentation

13
réelle de la demande de produits industriels. Cette dynamique induite constituerait une source
significative de croissance économique.

 Modernisation de l'agriculture

La mécanisation et la modernisation de l'agriculture doivent être une priorité des autorités


centrafricaines. En effet, il y a lieu de sensibiliser les paysans sur l'importance des matériels
agricoles et les nouvelles techniques de production ; la mécanisation de l'agriculture devant
être une nécessité pour améliorer le rendement et la productivité eu égard aux avantages
incommensurables d'une agriculture mécanisée. Cette mécanisation agricole se définit comme
étant le remplacement du travail manuel de l'homme par les machines et ses accessoires. Or,
l'agriculture centrafricaine se pratique avec des outils rudimentaires et fait dépenser beaucoup
de force physique aux agriculteurs pour une faible productivité. Quant à l’accroissement de la
productivité agricole, il repose sur l’élimination d’un certain nombre de contraintes
structurelles qui affectent le secteur ; la contrainte clé étant l’incertitude climatique qu’il faut
vaincre par des investissements massifs privés et étatiques. En conséquence, l’Etat doit
appuyer la mise en place des infrastructures d’irrigation et mettre en valeur des terres
irrigables.

Le développement économique et social de la RCA nécessite l’augmentation des capacités


productives des paysans et l’amélioration des infrastructures rurales (routes, eaux,
électrification,….etc.). L'Etat doit mettre à la disposition des paysans un encadrement
technique efficace pour promouvoir une agriculture moderne intensive, diversifiée et
compétitive au niveau national comme international. La modernisation de l'agriculture
entraînerait une augmentation de la productivité permettant d'assurer l'autosuffisance
alimentaire et d'exporter le surplus dans le reste du monde. Par ailleurs, une partie de la
production approvisionnerait en matières premières les industries locales de transformation.
.
L’handicap majeur à la modernisation de l'agriculture résulte d’un manque de formation et de
main-d'œuvre qualifiée dans le monde rural. Or, l'augmentation de la productivité de
l'agriculture centrafricaine passe nécessairement par sa modernisation en utilisant les
techniques modernes et de matériels agricoles performants. A cet effet, un investissement
massif dans ce secteur est vital et indispensable. En outre, il y a une corrélation positive entre
les investissements de qualité et la productivité. Le manque de capitaux pour un

14
investissement conséquent constitue aussi un frein à la mécanisation de l'agriculture
centrafricaine. A cet effet, compte tenu des coûts très élevés des machines agricoles, les
paysans doivent s'organiser en coopérative afin d'avoir les ressources nécessaires pour faire
face à leurs besoins. Il convient de signaler que le parc agricole est inexistant en centrafrique.

Il y a une sous utilisation des intrants agricoles par les paysans pour augmenter leur
rendement, car les prix de ces produits reviennent très chers, majorés de frais de transports
Douala – Bangui. Par ailleurs, il est important de noter que l'activité économique et l'emploi
en milieu rural est essentiellement agricole. L’augmentation de la capacité productive des
paysans nécessite de l'investissement, la mise en œuvre d'une politique de financement
adaptée et la promotion d'une technologie appropriée. Le manque de financements traduit par
ailleurs, un sous investissement caractérisé par de petites exploitations agricoles, ce qui
affecte négativement et de manière significative la production et les revenus des paysans.
Ainsi, augmenter les capacités productives des paysans centrafricains devient une nécessité
pour lutter efficacement contre la pauvreté en milieu rural.

Il convient de noter que le secteur agricole est sous bancarisé en Centrafrique. Les causes du
sous financement de l'agriculture résultent à la fois de l'insuffisance de politiques de
financement spécifique à l'agriculture et aux autres causes objectives à savoir les aléas
climatiques et la faible productivité. Par conséquent, l'Etat doit sensibiliser et renforcer la
création des entreprises agricoles et améliorer les conditions d'octroi de crédits et de services
conseils et d'encadrement des agriculteurs en vue d'accroître la production agricole.

 Améliorer la qualité de la main-d'œuvre

La deuxième source principale de croissance de la productivité de nos jours après le capital,


est la main-d'œuvre (figure 2, page 22). En effet, pour qu'une économie moderne puisse
fonctionner il faut une main-d'œuvre qualifiée ; ce qui n’est pas le cas pour la RCA. En outre,
une économie en phase de mutations technologiques a besoin des scientifiques, des ingénieurs
capables de procéder à des innovations et de les mettre en œuvre. L'éducation et la formation
améliorent la compétence des agriculteurs et leur productivité. En somme, l’accumulation du
capital humain est le moteur de la croissance dans certains pays. Donc, tout changement
structurel d’une économie agricole traditionnelle comme celle en Centrafrique, en une
économie industrielle puis de services nécessite un investissement en capital humain.

15
 Changements technologiques et productivité de l'agriculture

La technologie est l’une des plus importantes sources de croissance de la productivité. Aussi,
les écarts de niveau de vie entre les pays riches et pauvres résultent – ils en partie du manque
de technologies. La pauvreté en RCA n’est-elle pas expliquée par la faiblesse de la
productivité?

Ainsi, selon Stiglitz (2000) « le développement humain va bien au-delà de l'accumulation de


capital et de la réduction des distorsions économiques (facteurs d'inefficacité); il implique une
transformation de la société, l'abandon des actions et des modes traditionnelles de pensée ».
Les nouvelles technologies permettent aussi d'obtenir de nouveaux médicaments contre
certaines maladies et aussi d'améliorer la productivité agricole nécessaire à la réduction de la
faim et l'insécurité alimentaire. Ces nouvelles technologies permettent également d'enrayer la
dégradation de l'environnement. Les nouvelles technologies ne peuvent être efficaces que si
l'Etat crée un environnement favorable. Par exemple, la biotechnologie permet, certes, de
traiter le sida et de prolonger la vie des malades, mais la priorité doit être donnée à la
prévention de la population.

La transition épidémiologique de la Centrafrique assure à la société humaine longévité et


meilleure santé, en diminuant la morbidité et la mortalité dues aux maladies infectieuses et
parasitaires. En plus des coûts humains, ces maladies entraînent des pertes d'emplois, mettent
fin aux études, entravent l'épargne et l'investissement. Elles amenuisent les capacités de
production nationale en accentuant la détresse et perpétuent la pauvreté. La transition vers la
productivité agricole suppose une augmentation du rendement par parcelle, grâce aux progrès
techniques et à la technologie, plutôt que l’élargissement des superficies cultivées. Or, la
productivité agricole est très faible en Centrafrique. Les rendements n'atteignent qu'environ
40 %. L'agriculture faisant vivre prés de 70 % des centrafricains, une productivité faible,
entraîne une pauvreté croissante et une insécurité alimentaire grave pour le pays. Ainsi, une
sous-alimentation de la population conduit à un dysfonctionnement du système immunitaire,
un mauvais développement cognitif et une faible productivité tout au long de leur vie.
En somme, la croissance démographique galopante et la carence des ressources alimentaires,
nutritionnelles engendrent une pression énorme de la population sur les ressources naturelles
de la Centrafrique dont l’accélération de la productivité nécessite un changement structurel

16
dans les techniques de production. A cet effet, la biotechnologie semble être l’une des
solutions appropriées pour une croissance économique rapide et un développement durable.

 La biotechnologie.

Les techniques modernes sont indispensables à la transition épidémiologique et à la celle vers


la productivité agricole. Elles représentent un espoir considérable pour la population
vulnérable aux maladies et aux catastrophes naturelles. Autrement dit, la levée de ces
différentes contraintes naturelles est indispensable à l’accroissement de la productivité et de la
croissance économique en Centrafrique.

 Biotechnologie médicale

Selon l’OMS, la santé se définit comme un état complet de bien-être physique et mental,
contribuant à l’augmentation de la productivité et à la croissance économique.
Les méthodes modernes de la biotechnologie et de la génétique ouvrent la voie à la mise au
point de nouveaux médicaments et à l'amélioration des médicaments et des traitements
existants. La génomique et ses applications médicales de diagnostic et de traitement des
maladies sont capitales pour la population des pays sous-développés comme la Centrafrique.
Il s'agit notamment, de la thérapie génique et des vaccins à base d'ADN. Ces nouvelles
techniques peuvent aider la Centrafrique à endiguer les fléaux des maladies comme le sida, le
paludisme et la tuberculose dont le taux de prévalence des personnes séropositives avoisine 12
% de la population totale en 2003. De même, les nouvelles applications diagnostiques de la
biotechnologie accélèrent et simplifient la détermination des maladies, tandis que les progrès
de la pharmacogénétique expliquent mieux comment l'organisme réagit aux médicaments, ce
qui permet d'envisager des médications plus précises et plus efficaces. En outre, la
biotechnologie permettra bientôt de produire des vaccins plus efficaces contre un certain
nombre de maladies, y compris les maladies infectieuses. Des études empiriques ont attesté
une corrélation positive entre une population en bonne santé et la croissance économique.

 Biotechnologie agricole
La biotechnologie est basée sur la biologie de la reproduction et à la manipulation génétique
des organismes vivants. Ces techniques couvrent des domaines variés : marqueurs d’ADN,

17
transferts génétiques ou multiplication végétative. La biotechnologie agricole a des retombées
positives dans plusieurs domaines. Elle permet

- de diagnostiquer plus facilement les agents pathogènes d’origine animale ou végétale,


- la diversification de cultures, de produits grâce à la manipulation génétique de plantes et
d’animaux.
- les transferts génétiques à partir des variétés sauvages d’une plante donnée et de variétés
qui ne lui sont liées et elle améliore la teneur des aliments en éléments nutritifs.

En somme, la biotechnologie est un atout pour les pays en voie de développement en général
et pour la Centrafrique en particulier. Ainsi, elle permet de diversifier la production avec un
rendement plus élevé. Ces techniques donnent aux cultures plus de résistances aux parasites et
maladies qui sont nuisibles à la santé et à l’environnement. Autrement dit, la révolution
génétique promet une meilleure exploitation du potentiel de production et l’utilisation de
semences transgéniques conditionnées plutôt que d’intrants divers. Cette révolution génétique
offre également la possibilité de limiter la variabilité des rendements, grâces aux semences
plus résistantes aux parasites et aux maladies. Elle laisse entrevoir le moyen d’augmenter la
production en utilisant les terres arides jusqu’ici. Ces semences sont résistantes à la sécheresse
ou à des sols salins et alumineux.

Ainsi, avec un investissement conséquent de l’Etat en capital humain et physique, la


biotechnologie pourrait aider à atteindre une croissance économique accélérée indispensable à
la réduction de la pauvreté et un développement économique et social durable du pays.
Beaucoup de pays en voie de développement sont en phase d’expérimentation pour ces
nouvelles technologies, à savoir : l’Afrique du sud, l’Egypte, le Cameroun,etc. La
Centrafrique doit exploiter les résultats de recherches des pays développés, car elle ne dispose
pas de ressources nécessaires pour la construction de ses propres laboratoires de recherches.
L’Etat doit saisir cette chance en investissant massivement dans le capital humain et physique
pour une gestion rationnelle et efficiente de nouvelles technologies.

 Débats et conséquences des OGM sur la santé humaine et animale.

De nos jours, les débats sont contradictoires sur l’application ou non des OGM dans
l’agriculture. A cet effet, pour les partisans, il n’y a toujours pas de preuves irréfutables qu’un

18
quelconque « transgène » dans les aliments soit nuisible à l’être humain. En revanche, pour
les adversaires les gènes étrangers présents dans certains aliments entraîneraient dans
l’organisme du consommateur la résistance des maladies à divers types d’antibiotiques. En
effet, de nos jours les risques sont plus potentiels que réels, car rien ne prouve que la
consommation des aliments transgéniques aurait des effets néfastes sur la santé des animaux
et des humains. Alors, faut-il utiliser la biotechnologie dans l’agriculture ou pas? En ce qui
nous concerne, nous préconisons l’utilisation de ces nouvelles technologies pour augmenter la
productivité agricole source de croissance économique. Avec une répartition adéquate, cette
croissance économique contribuerait à réduire la pauvreté en milieu rural.

 Mines

La Centrafrique est l’une des réserves au monde encore inexplorée géologiquement. Depuis
des décennies, ce vaste territoire demeure inexploité par manque de politiques appropriées de
prospection. Le secteur minier est exclusivement dominé par l’exploitation artisanale et
anarchique de diamants et de l’or. Mais, cette filière demeure largement dominée par la fraude
et les exploitations illégales. Les estimations sur la filière diamant ont montré que plus de
deux tiers de l’extraction et de l’exportation de diamants sont en contrebande. En effet, les
causes de cette contre performance de la filière diamant dans la contribution à la croissance
économique sont multiples. Il convient de signaler qu’il manque de cadres compétents pour
l’évaluation et la détermination de la valeur réelle de diamant. Cette filière nécessite une
formation adéquate en géologie. D’une manière générale, les textes régissant cette filière ne
sont pas clairs et ne sont jamais appliqués correctement. Comme dans la filière bois, les
conditionnalités fixées par l’Etat pour être acheteur ou collecteur de diamants ne sont pas à la
portée des nationaux ou d’un citoyen moyen.

Les conditions d’exploitation prohibitives pour les nationaux et le manque de transparence


dans la gestion de diamants sont en partie les principales causes des fraudes. Les agréments
sont délivrés par affinités ou s’obtiennent grâce aux pots-de- vins. Il convient de signaler que
le pouvoir discrétionnaire est l’une des causes principales de la corruption dans
l’administration publique en général et celle de la Centrafrique en particulier.

Compte tenu de tout ce qui précède, la contribution de la filière diamant à la croissance est
insignifiante par rapport à la quantité et au nombre de carats de diamant centrafricain se

19
trouvant sur le marché mondial à Anvers (Belgique). La contrepartie des exportations est
généralement domiciliée dans les banques européennes. Ainsi, la contribution moyenne au
PIB est de 0.009 % de 1994 à 1999. Cette contribution presque nulle de la filière diamant doit
interpeller le gouvernement à réagir en conséquence. A cet effet, une nouvelle politique
minière est indispensable pour redynamiser le secteur. La modernisation de l’exploitation de
diamants doit être une priorité pour l’Etat. Donc, pour augmenter la productivité et maximiser
les recettes, l’Etat doit investir massivement dans le capital humain et physique.

Il convient de rappeler que les quelques rares cadres centrafricains formés (Ingénieurs
géologues, Ingénieurs des Mines, Ingénieurs chimistes, Prospecteurs géologues…) n’ont
jamais pu exercer pleinement leur métier par manque de politiques adéquates et de moyens
matériels et financiers. L’Etat doit aussi mettre l’accent sur le renforcement des capacités
productives et de contrôles pour maximiser ses recettes. En outre, les recherches et
l’exploration des nouvelles ressources énergétiques comme le pétrole, le gaz ou le fer
constitueraient un atout pour l’économie centrafricaine. Par ailleurs, on suppose que
l’adhésion de la Centrafrique au Processus de Kimberley qui consiste à la certification des
diamants afin d’éviter la vente de diamants dits de guerre limiterait la fraude. Mais, ces
mesures risquent d’être insuffisantes à cause des enjeux économiques, car sur les 500.000
carats exportés officiellement, le triple parvient par contrebande à Anvers (Belgique).

2.3.2 Le secteur secondaire

 Industrie

La Centrafrique est un pays sous industrialisé. Elle compte environ une dizaine d’ industries
de transformation avec une contribution sectorielle moyenne au PIB total qui avoisine les 7.5
%. Le secteur emploie environ 9 % de la population active (figure 2, page 22). Comme toute
chose qui se développe doit changer de structure, une économie qui évolue doit également
passer d’une économie agricole à une économie industrielle, puis à celle de services. C’est
ainsi que tout changement structurel d’une économie doit nécessairement passer par ces trois
phases relativement aux modifications de la demande des consommateurs et de la productivité
de la main-d’œuvre. L’économie centrafricaine, quant à elle, est à la marge de cette évolution
car plus de 64% de la population active tirent leurs revenus du secteur primaire. En effet, le
passage de l’agriculture à l’industrie s’accompagne par l’accroissement de la productivité

20
agricole compte tenu du fait qu’au fur et à mesure que les revenus des agriculteurs
augmentent, ces derniers quittent les emplois du secteur à faible productivité pour les emplois
à forte productivité tel que dans l’industrie et les services. Il en est de même pour le passage
de l’économie industrielle à celle de services.

Le changement structurel de l’économie peut être une source de croissance de la productivité


globale. L’augmentation de revenus des agriculteurs entraîne l’accroissement de la demande
en produits industriels. Par ailleurs, grâce aux nouvelles techniques et machines agricoles, la
productivité de la main-d’œuvre augmente plus vite en agriculture que dans l’industrie, ce qui
rend les produits agricoles relativement moins chers et réduit d’autant leur contribution au
produit intérieur brut (PIB). Cette même évolution de la productivité relative de la main-
d’œuvre a aussi pour effet, de diminuer les besoins en travailleurs agricoles, tandis que les
possibilités d’emploi dans l’industrie augmentent. La production industrielle contribue
beaucoup plus au PIB que la production agricole, de même l’emploi dans le secteur industriel
devient prédominante. Ainsi, nous pouvons déduire que plus la productivité agricole
augmente, plus les produits deviennent moins chers, plus la part de contribution au PIB est
faible. Quand les revenus de la population augmentent, les besoins de cette dernière
deviennent immatériels et commencent à se reporter sur les services comme la santé,
l’éducation, ou les loisirs. Or, la productivité de la main-d’œuvre dans le secteur des services
n’évoluent pas aussi rapidement comme dans l’agriculture et l’industrie, car la plupart des
tâches ou des emplois dans ce secteur ne peuvent être assurés par des machines. Cela rend les
services relativement plus chers par rapport aux produits agricoles et industriels, et accroît sa
contribution au PIB total. La moindre mécanisation des services explique aussi pourquoi les
emplois continuent d’augmenter dans ce secteur alors qu’ils diminuent dans les autres. Ainsi,
les progrès technologiques accroissent la productivité de la main-d’œuvre et suppriment des
postes de travail. Au bout du compte, le secteur des services supplante l’industrie comme
principal secteur de l’économie. Cette situation illustre la structure de l’économie dans les
pays développés. Alors, quelle est la situation réelle de l’industrie en Centrafrique ?
La Centrafrique compte environ une dizaine d’unités de production. Les industries de
transformation de coton graine en coton fibre sont situées dans la ville de Bossangoa et dans
les localités de Guifa, Pendé et Ndim. Ces usines sont obsolètes et ont un faible rendement. La
brasserie MOCAF est l’une des rares industries agro-alimentaires du pays qui fabrique la
bière et les jus. Mais les intrants (malt, orge, et autres) sont importés de la France. Les coûts

21
des intrants majorés de frais de transports Douala – Bangui, qui sont environ 5 dollars EU par
tonne de marchandises au Km, entraînent le prix élevé de la bière.

La contribution de l’industrie à la croissance varie en moyenne de 0.05 % de 1994 à 1999


(Tableau 2, page 32). Cette faiblesse de contribution à la croissance est expliquée par le
manque d’industries dans l’économie centrafricaine. Or, ce sont les industries qui augmentent
la valeur ajoutée et créent les richesses dans un pays. L’Etat doit mettre en place les
infrastructures de base pour encourager le secteur privé à créer des industries et des
entreprises. La répartition de la population active par secteur montre bien la structure de
l’économie centrafricaine dominée par une agriculture de subsistance illustrree par la figure
ci-après.

Figure 2 : Répartition de la population active par secteur :agricole, industriel et services

Population Active Par Secteur de 1980-1996

Services
27%

Industrie Agriculture
9% 64%

Agriculture
Industrie
Services

Source : Calcul de l’auteur ; source des données BAD

 Energie

La forme de l’énergie la plus consommée en Centrafrique est l’énergie hydraulique. Il s’agit


de production de l’énergie électrique par des générateurs de courant électriques entraînés par

22
des chutes d’eau artificielles ou naturelles. La deuxième source d’énergie du pays est le
réacteur entraîné par l’effet thermique qui consomme environ 1000 litres de gasoil par heure.
C’est la société de distribution du courant électrique (ENERCA), créée en 1967, qui a le
monopole de l’énergie. Elle est une société étatique au capital de 4.8 milliards de FCFA soit
(7.3 millions d’euros). Cette dernière ne dispose que de deux centrales hydroélectriques
vétustes à Boali 1 et 2 situées à 90 Km de Bangui. Les installations et équipements de
l’ENERCA sont obsolètes car les infrastructures et réseaux n’ont pas été renouvelés depuis sa
création (1967). L’hydroélectricité couvre 80 % de la consommation du pays avec une
production de 80 millions de kWh en 1994. Cette production est insuffisante pour la
consommation nationale. A elles seules, les industries des secteurs textile, savonnerie et
agroalimentaire (Castel bières) consomment les trois quarts de cette énergie. L’ENERCA
rencontre d’énormes difficultés pour assurer la fourniture du courant électrique à la capitale
pour les consommations des ménages et des entreprises. Or, c’est l’énergie en tant que source
de production vitale qui permet aux entreprises de fonctionner.

La mauvaise gestion de cette société étatique est la principale cause de sa faillite. Les coûts
excessifs, les procédures très longues des branchements entraînent l’accroissement des
branchements clandestins. Le règlement de factures est un problème crucial pour le service de
recouvrement, car le revenu moyen des centrafricains ne permet pas de faire face au prix
élevé du kWh qui n’est pas à la portée d’un citoyen moyen. Les délestages sont fréquents pour
les consommateurs du courant électrique.

La principale source d’éclairage de la population centrafricaine est la lampe à pétrole pour les
81 % des ménages en ville comme en milieu rural. Le courant électrique est le privilège des
fonctionnaires ayant un revenu moyen avec 1,9 % d’utilisation. La deuxième source
d’éclairage, avec 17 %, est constituée par les bois, les bougies et la pile. Ces différentes
statistiques montrent l’extrême pauvreté dans laquelle vit la population centrafricaine
(ECAM).

Pour sortir le pays de la crise énergétique plusieurs pistes sont possibles. L’Etat doit investir
dans les infrastructures pour renouveler les réseaux de l’ENERCA afin d’augmenter sa
capacité de production et de distribution. Cependant, l’ENERCA est dans l’incapacité de
couvrir les besoins nationaux en énergie actuellement. Or, sans énergie les entreprises locales

23
ne peuvent pas produire, ce qui entraîne un manque de valeur ajoutée qui peut conduire à la
décroissance du PIB pour le pays.
La production de l’énergie hydroélectrique pour alimenter les villes, les préfectures et les
villages semble être une solution appropriée par rapport aux fleuves et rivières dont le pays
disposent. Le barrage hydroélectrique Inga situé sur le fleuve Congo serait un atout pour la
Centrafrique. L’énergie solaire peut également aider le pays à sortir de cette crise énergétique
grâce à l’installation de panneaux solaires pour alimenter les villes et villages en énergie
solaire. Toutefois, l’énergie éolienne conviendrait mieux à la Centrafrique. En effet, la RCA
ne dispose pas de moyens nécessaires pour acheter des générateurs thermiques à forte
consommation de gasoil. Par contre la production d’énergie électrique par radioactivité sous
la réaction des atomes d’uranium n’est pas à sa portée. Pour réduire la dépendance du pays en
énergie, le secteur hydrocarbure, vital et stratégique pour l’économie et la souveraineté , doit
être libéralisé. L’électrification du milieu rural doit être une priorité car ceci pourrait
contribuer à augmenter les capacités de production des paysans et à réduire ainsi la pauvreté
en milieu rural.

Figure 3 : Répartition des ménages selon la principale source d’éclairage (%)

Répartition des m énages selon la principale source d'eclairage ( en % )

2%

17% 0%

0%

81%

Electricité compteur individuel Electricité compteur collectif Pétrole Gaz Autre

Source : Enquête Centrafricaines auprès des Ménages (ECAM), 1992-1993


 Les infrastructures

La Centrafrique est un pays enclavé. Les coûts de transports Douala- Bangui sont très
excessifs . En plus de ce facteur, des raquettes et des tracasseries policières et douanières
découragent les opérateurs économiques et investisseurs potentiels. On dénombre une

24
soixantaine de barrières sur l’axe Douala- Bangui (1.500 Km). L’insécurité sur le trajet est un
handicap majeur pour les opérateurs économiques. Or, sans la sécurité et sans les
infrastructures de base appropriées comme les routes, les ports, les aéroports, les
télécommunications et Internet, les secteurs publics et privés ne peuvent fonctionner
efficacement.

La Centrafrique compte 24 000 Km de routes dont 5.000 Km de routes nationales et 19.000


Km de pistes rurales et voies impraticables. Le pays ne compte que 458 Km de routes
bitumées. En outre, certaines régions du pays sont isolées pendant la saison pluvieuse du fait
de l’impraticabilité des pistes et routes. En principe, les désenclavements intérieur et extérieur
sont indispensables pour favoriser le commerce avec le reste du monde pour une croissance
économique forte et durable.

Quant au transport fluvial, la navigabilité n’est surtout assurée qu’en saison des crues (hautes
eaux) ou saison de pluies. Les trois principaux fleuves qui relient la Centrafrique au Congo
(Brazzaville), et à la République Démocratique du Congo (RDC) sont : Oubangui, Sangha et
Mpoko. Cependant, la voie la plus utilisée en saison de pluies est celle de l’Oubangui. Le port
de Bangui a une capacité de stockage de 350 000 tonnes avec 350 m de quais et 24.000 m2
d’entrepôts. Ce port ne dispose par d’infrastructures de base pour les manutentions des
marchandises ni de capacité de stockage suffisante. De plus, les conditions sécuritaires des
biens et de personnes laissent à désirer.

Les coûts de transport maritime sont moins chers par rapport à ceux du transport routier, mais
le transport maritime est tributaire de l’insécurité au Congo et à la RDC en plus des aléas
climatiques. Cette voie est indispensable pour les échanges commerciaux entre la RCA et ces
deux pays. L’Etat doit restructurer la société centrafricaine de transport fluvial (SOCATRAF)
pour une gestion saine et efficace. La SOCATRAF et l’ACCF doivent être dotées
d’infrastructures de base et des équipements de transport et télécommunication indispensables
pour les contrôles et la surveillance des navigations fluviales.
Quant aux infrastructures des transports aériens, ils sont vétustes. La Centrafrique compte
seulement un aéroport international à Bangui , 41 aérodromes publics , 2 aérodromes réservés
et plusieurs aérodromes privés exploités par les sociétés de diamant. La gestion de l’aéroport
et des aérodromes est assurée par l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en
Afrique et à Madagascar (ASECNA). Le fret aérien coûte très cher. Le volume des

25
marchandises transitant par cette voie est négligeable par rapport au transport routier. Le seul
aéroport international de Bangui Mpoko mérite d’être délocalisé car il est submergé par les
maisons. En plus, sa capacité d’accueil n’est plus suffisante pour un volume important de
trafics aériens.

La voie ferrée semble être la solution idéale pour désenclaver la Centrafrique. Mais elle
demeure toujours un projet utopique pour le pays depuis les indépendances (1960). Au titre
des perspectives, cette voie ferrée devrait prolonger le transcamerounais jusqu’à Bangui
reliant ainsi l’autre voie ferrée Birao - Soudan dans le cadre du même projet. La réalisation de
ce projet est désormais reléguée aux calendes grecques. Cette voie ferrée devrait favoriser les
exportations et importations des marchandises vers les ports de Douala ou du Soudan à
moindre coûts. Beaucoup d’études empiriques ont montré une corrélation positive entre le
commerce et la croissance économique.

2.3.2 Secteur tertiaire

 Eau

D’après les Enquêtes Centrafricaines des Ménages (ECAM) de 1992 à 1993, plus de 51.3 %
de la population consomme l’eau de surface ( source, lac, rivière ), tandis que 3,5 %
bénéficient de branchement direct et le reste reparti sur la fontaine publique ( 6 % ), les puits
à pompe ( 15,4 % ) et les puits traditionnels ( 23 % ), (Figure 4, page 27).

L’accès à l’eau de robinet est exclusivement réservé aux ménages urbains ayant des revenus
moyens. Les procédures et les conditions de branchement sont lourdes et chères pour un
citoyen moyen. En plus, il y a une seule société, à savoir la société de distribution des eaux de
Centrafrique (SODECA) qui a le monopole de branchement de l’eau de robinet. Ainsi, l’eau
de puits traditionnels est la principale source d’approvisionnement des ménages urbains.

Par contre, en milieu rural les eaux de surface constituent la principale source
d’approvisionnement en plus de quelques rares puits à pompe. Les raisons évoquées
généralement par les responsables de SODECA pour justifier leur contre performance se
résument aux coûts très élevés des produits chimiques, des compteurs et d’autres matériels de
branchement. Les usines de traitement et les réseaux de distribution ne sont pas appropriés. La

26
qualité d’eau potable consommée par 3,5 % de la population laisse à désirer, à cause de la
vétusté des équipements et du niveau de traitement chimique des eaux. C’est ainsi que la
consommation d’eaux contaminées est l’une des causes de mortalité en Centrafrique. L’eau
est une source de vie, on ne doit pas la considérer comme une marchandise, mais comme un
bien indispensable à la vie. La répartition des ménages par source d’approvisionnement en
eau témoigne de l’extrême pauvreté dans laquelle vit la population centrafricaine comme le
montre la figure 4.
Figure 4 : Répartition des ménages par source d’approvisionnement en eau (%)

Répartition des ménages par source d'approvisionnement


en eau ( en %)

0% 6%
3%

15%

52%

24%

Fontaine publique Branchement direct Puits à pompe


Puits traditionnel Eaux de surface Autre

Source : Enquêtes Centrafricaines auprès des Ménages (ECAM), 1992-1993

 Télécommunications

Les infrastructures des technologies de l’information et de communication en Centrafrique


sont insuffisantes et obsolètes. Il manque des ressources humaines requises dans ce domaine.
L’accès aux services de base comme le téléphone, la radio télévision, l’ordinateur et l’Internet
laisse à désirer. La densité des lignes téléphoniques et Internet reste largement inférieure à une
ligne pour 100 personnes. Les coûts des services et connexions sont très élevés. La
bureaucratie et la corruption gangrènent l’unique société paraétatique de télécommunication
(SOCATEL) qui a un bilan toujours déficitaire du fait d’une mauvaise gestion dont les causes
de la faillite sont généralement le non recouvrement des factures, des primes versées

27
indûment aux agents non productifs, les détournements des fonds, les piratages de lignes, …
etc. Il convient de signaler qu’en dehors de la radio qui a une portée nationale, la télévision ne
se limite que dans la capitale. Le téléphone ne couvre que moins de dix préfectures sur seize
en plus de la capitale. La contribution du secteur transport et communication qui varie en
moyenne de 0.0285 % de 1994 à 1999 est expliquée par le manque d’infrastructures de base
alors que ce secteur tertiaire doit en principe être le moteur de la croissance économique
comme au Sénégal (contribution de 87 % au PIB par la Sonatel de 1996 à 1997).

La couverture du territoire national par les NTIC est indispensable pour la sensibilisation et
vulgarisation de la population rurale aux nouvelles techniques de production et aux nouvelles
opportunités pour une croissance économique forte et durable. A cet effet, la densité des
lignes téléphoniques et Internet doit être doublée avec au moins deux lignes pour 100
personnes. L’investissement dans le capital humain serait un atout pour contribuer
efficacement à la croissance économique.

 Commerce

La contribution du secteur commercial à la croissance économique n’est pas significative par


rapport aux potentialités économiques du pays. Cette contribution varie en moyenne de 0.121
% entre 1995 et 1999. Elle est aussi en deçà des potentialités réelles du pays. La Centrafrique
possède des ressources naturelles et minières (diamant) pouvant contribuer efficacement à la
croissance économique. Mais, elle reste tributaire de l’exportation d’un petit nombre de
produits de base comme le bois, le café et le coton dont les cours,souvent bas. Contrairement
à d’autres pays en développement, la RCA n’a pas réussi à diversifier sa production vers le
secteur manufacturier. En effet, même si les produits de haute technologie ne sont pas à sa
portée, elle peut néanmoins produire certains articles manufacturés à forte intensité de main-
d’œuvre comme les vêtements et les chaussures à l’image de l’Ile Maurice dont les
exportations de vêtements et autres articles bonneterie constituent l’une des principales
sources de devises.

Sans un meilleur accès aux marchés et une réduction des subventions accordées aux
agriculteurs des pays riches, les exportations centrafricaines ne sont pas suffisantes pour
compenser le manque à gagner dans ce secteur. Pour augmenter les ressources dans ce
secteur, l’Etat doit investir massivement dans le développement du capital humain et des

28
infrastructures. Le renforcement des institutions politiques et la diversification des
productions doivent constituer la priorité de la politique du gouvernement.
Les causes de la faible contribution du commerce à la croissance économique sont multiples.
La balance commerciale de la Centrafrique est toujours déficitaire ; car elle importe plus de
biens et services pour sa consommation. Ce sont les produits manufacturés à forte valeur
ajoutée qui contribuent le plus à la croissance économique.

Les difficultés rencontrées par la Centrafrique résultent de son incapacité à surmonter


certaines contraintes structurelles, à moderniser son agriculture et à diversifier son économie.
Les coûts élevés des transactions commerciales sont expliqués par son enclavement et
pénalisent son économie. La Centrafrique n’a pas réussi à accroître sa productivité agricole en
raison de la faiblesse de l’investissement dans ce secteur. Elle a du mal à faire face aux
exigences du marché et aux mesures sanitaires et phytosanitaires découlant des règles de
l’OMC.

Par ailleurs, le respect des délais de livraison et de l’emballage sont indispensables pour
s’assurer un avantage concurrentiel sur les marchés mondiaux. Or, la RCA souffre ainsi d’un
handicap important par rapport à ses concurrents du fait de la faiblesse et du peu de fiabilité
de ses liaisons de transports et de communication et de son retard en matière de nouvelles
technologies de l’information. Le pays manque également d’une capacité institutionnelle forte
pour fournir les services d’appui dont les producteurs et exportateurs ont besoin. Les
dysfonctionnements de l’administration par rapport à la gestion des différentes filières, à
savoir bois, coton, café, tabac et diamant, sont les principales causes de la faible contribution
de ce secteur au PIB.

La lenteur dans les procédures d’exécution et de traitement des dossiers favorise la corruption
et entraîne la faiblesse de la croissance économique. L’une des principales causes de la
faiblesse de la contribution du commerce dans la croissance résulte du manque des opérateurs
économiques nationaux. Les contreparties des exportations sont gardées dans des banques
hors du pays. Par ailleurs l’investissement de qualité dans le capital humain et physique par
l’Etat permettrait de relever la productivité et diversifier ses productions en tenant compte de
son avantage comparatif.

29
L’Etat doit mettre l’accent sur les secteurs de l’agro-alimentaire, des mines et des produits
manufacturés à forte valeur ajoutée, là où s’offrent des possibilités d’exportation et de
création d’emplois. A cet effet, la création de nouvelles industries et leur modernisation
s’imposent afin que le pays puisse tirer profit d’avantages comparatifs dans les domaines des
agro-industries, et des ressources minières. Les infrastructures de base sont nécessaires pour
dynamiser le secteur privé. L’Etat doit promouvoir des mécanismes d’aide et de formation
d’hommes d’affaires centrafricains. En outre, il doit aussi encourager la création des
entreprises par les nationaux car le déficit des finances publiques en Centrafrique est dû en
partie à la fuite des capitaux. En somme, l’accroissement des exportations de produits
manufacturés engendrerait une croissance économique forte et faciliterait l’absorption des
techniques étrangères.

 Administration publique

Le diagnostic de l’économie centrafricaine apporte des preuves des faiblesses des différentes
contributions sectorielles à la croissance économique. Il explique aussi l’extrême pauvreté
dans laquelle vit la population centrafricaine. Cette contre performance de l’administration est
due à son dysfonctionnement et au manque de main-d’œuvre qualifiée car c’est l’Etat qui doit
jouer le rôle primordial pour la régulation de l’économie et la stabilité macroéconomique,
facteur déterminant pour un environnement propice au secteur privé. A cet effet, le
gouvernement doit investir massivement dans le capital humain et physique qui sont les
moteurs de la croissance.

Par ailleurs, l’Etat doit mettre en place des les politiques économiques orientées vers
l’accumulation et l’affectation plus efficace des ressources indispensables à la croissance de la
productivité. Il convient de signaler que l’investissement privé interne et le capital humain
croissant sont les principales sources de croissance en Asie de l’Est.

Une gestion budgétaire saine de l’Etat doit être la clé de la stabilité macroéconomique. Cette
gestion prudente du budget permet de limiter les déficits budgétaires et de dégager une
épargne, source d’investissement et de la croissance. Cette bonne gestion évite à l’Etat de
tomber sous la trappe d’un cercle vicieux d’endettement et de la pauvreté. Autrement dit, cette
bonne gestion budgétaire entraîne une bonne santé des exportations qui permet à l’Etat de

30
bénéficier de devises nécessaires pour assurer le service de la dette et financer son
développement.

L’Etat doit créer des conditions favorables pour la production intérieure afin de la substituer
aux produits importés tout en encourageant les exportations de produits manufacturés. Pour
atteindre les objectifs de croissance fixés, l’Etat doit protéger les industries nationales de
manière sélective en vue d’avoir une croissance économique forte et durable qui, avec une
bonne répartition, pourrait réduire la pauvreté. Compte tenu de la nécessité de la nécessité de
la planification à long terme des objectifs pour atteindre un développement socio-
économique, certaines mesures s’imposent pour la Centrafrique, à savoir : une réforme de la
fonction publique, un renforcement du contrôle parlementaire, une promotion de la
démocratie directe et participative, une lutte efficace contre la corruption et les détournements
de fonds, la reforme judiciaire, etc.

Un degré d’instruction élevé de la population et un système administratif efficace constituent


une base pour tout développement économique et social d’un pays. A cet effet, la première
mission de l’Etat consiste à engager des technocrates compétents et relativement probes et de
les mettre à l’abri des ingérences politiques. Ces derniers seront aptes à promouvoir des
politiques économiques appropriées pour le développement économique et social du pays. La
lutte contre le chômage par la création d’emplois par l’Etat au profit de la population active
est une condition nécessaire pour relancer la croissance économique.

L’Etat doit aussi veiller à ce que le recrutement et l’avancement des agents se fondent sur le
mérite et la compétitivité. Si les examens d’entrée dans la fonction publique sont sélectifs et
compétitifs, ceux qui y réussissent seront relativement rares et compétents et donc rentables.
L’astuce ici consiste à ce que l’Etat trouve la bonne combinaison capable d’attirer les
personnes compétentes dans la fonction publique centrafricaine. En contrepartie des services
rendus, les salaires, les indemnités et les prestiges des agents dans l’administration publique
doivent être compétitifs par rapport au secteur privé afin de les motiver.

31
Tableau 2 : Contributions sectorielles à la croissance économique en milliard de dollars EU

1995 1996 1997 1998 1999


Secteur Primaire 209.5 219.4 233.3 242.2 251.9
Variation 9.9 13.9 8.9 9.7
Contribution en % 2.42 3.56 2.16 2.25

Secteur secondaire 65.8 58.3 57.1 58.1 60.6


Variation -7.5 -1.2 1.0 2.5
Contribution en % -1.84 -0.3 0.24 0.58

Secteur Tertiaire 100.0 93.7 95.0 96.1 99.7


Variation -6.3 1.3 1.1 3.6
Contribution en % -1.54 0.33 0.26 0.83

Impôts Indirects (DD) 32.2 19.6 26.1 34.3 33.1


Variation -12.6 6.5 8.2 -1.2
Contribution en % -3.09 1.66 1.99 -0.27
PIBN 407.5 391.0 411.6 430.7 445.3

Croissance économique totale -4.05 5.26 4.64 3.39


de tous les secteurs.

Source : FMI (Statistiques de la Centrafrique, 10 Juillet 2000).

32
CHAPITRE III :
REVUE DE LA LITTERATURE

La croissance économique est un concept complexe et multidimensionnel. Cependant


beaucoup d’économistes ont écrit sur ce thème. Nous allons sélectionner quelques uns de ces
auteurs à cause de la pertinence de leurs théories. La première partie aborde les théories sur la
formation des facteurs de production traditionnels ( capital, travail) et de leur participation à la
croissance. On s’appuie sur les développements théoriques récents de la macroéconomie de la
croissance. La deuxième partie identifie un certain nombre de variables déterminantes de la
croissance économique énoncées par des économistes. Les hypothèses seront testées
économétriquement grâce au modèle de la croissance endogène.

3-1 Littérature théorique sur les déterminants de la croissance économique

 Théories des classiques sur la croissance économique

Smith ( 1776), dans son œuvre « La Richesse des Nations », avance l’idée selon laquelle la
division du travail est une source de productivité. La spécialisation entraîne l’habilité à mener
une opération donnée. Mais, elle donne aussi la capacité à inventer des techniques et outils
plus spécialisés et donc plus efficients. Il fait allusion au cercle vertueux de la croissance qui
annonce les nouvelles théories de la croissance. Adam Smith intègre le stock de capital aux
équipements, les « habitudes acquises sont importantes et utiles pour tous les membres de la
société ». En outre, dans son analyse il met l’accent sur les économies d’échelle, la
spécialisation, et le commerce international. Cependant, il néglige le progrès technique dans le
processus de la croissance.

Malthus (1798), quant à lui préconise deux facteurs essentiels pour la croissance : les
ressources naturelles et le travail. Toutefois, il néglige les rôles déterminants du progrès
technique et la formation du capital. Pour Malthus, le mécanisme principal qui conditionne la
croissance est la pression démographique et les besoins de subsistance de cette population
croissante. L’équilibre sera atteint grâce aux différentes catastrophes, à savoir la famine, la
peste. Donc, la croissance économique sera possible selon Malthus, si l’on maîtrise la
croissance démographique par des mariages tardifs, ou par l’abstinence sexuelle. En somme,
la théorie de Malthus fait abstraction des variables macroéconomiques favorables à la

33
croissance . Cependant, cette théorie n’est pas applicable dans les économies actuelles car elle
ne correspond pas à la réalité.

Pour Ricardo (1819), la machine est destructrice d’emploi en substituant le capital au travail
par l’accroissement de la productivité du travail. Or, David Ricardo ne s’intéresse seulement
qu’aux effets de court terme du progrès technique et non à long terme. A long terme, de
nouveaux emplois peuvent être créés grâce aux investissements. De plus, les deux facteurs
capital et travail sont liés dans le processus de production, et l’accroissement de la
productivité du capital se fait au détriment du travail et réciproquement. Néanmoins, il admet
que le progrès technique peut relever la productivité dans l’agriculture. Ainsi, il reconnaît la
puissance productive supplémentaire des machines indispensables à la croissance forte du
secteur agricole.

Les conclusions de Marx rejoignent celles des classiques. Pour ce dernier la croissance
économique n’est pas un phénomène durable. Son analyse est plus riche que celle des
classiques. Pour lui, la baisse de la croissance est due aux rendements d’échelle décroissants
dans l’industrie et non dans l’agriculture. Marx identifie le progrès technique comme facteur
de productivité et il est l’un des pionniers des théories récentes sur la croissance endogène. Il
met l’accent sur les institutions politiques, sociales et économiques comme facteurs
déterminants de la croissance économique.

Schumpeter (1935) a une analyse différente de Marx. Il met l’accent sur le progrès technique
pour relancer la croissance plus que l’accumulation du capital. A cet effet, il rejette totalement
l’analyse de Malthus et de Ricardo concernant la contrainte imposée par la pression de la
population. Pour Schumpeter les recherches et développement permettent d’accroître la
productivité et d’innover en créant de nouveaux produits grâce à la technologie. Par
conséquent, l’économie est en perpétuelles mutations. Motivé par le profit, l’entrepreneur est
à la recherche continue des innovations. Les innovations correspondent à l’invention et à la
réalisation de nouvelles combinaisons qui se résument comme suit :
- l’introduction de nouveaux biens ;
- l’introduction de nouvelles méthodes de production ;
- l’ouverture de nouveaux marchés ;
- la conquête et la découverte de nouvelles sources de matières premières ;
- une nouvelle organisation pour l’industrie.

34
 Les théories modernes de la croissance

Selon Keynes (1936), le fonctionnement spontané des économies débouche presque


inévitablement sur le chômage. Il existe deux raisons à cela : des rigidités nominales qui
interdisent aux salaires et aux prix de s’ajuster, des défauts de coordination qui conduisent les
agents à avoir des anticipations de dépenses dont la somme ne permettra pas le plein usage
des capacités d’offre et notamment la main-d’œuvre. L’analyse de Keynes est assez
restrictive, car en court terme les capacités de production sont fixes.

 Le modèle de Solow

La théorie de la croissance néoclassique développée par Solow (1956) offre une approche
beaucoup plus satisfaisante que le modèle Harrod et Domar. En outre, elle identifie deux
sources de croissance : une source « endogène », l’accumulation de capital, et une source
« exogène », la quantité du travail disponible. Cependant, l’accumulation du capital est
déterminée par le modèle (c’est la part non consommée de la production). En revanche, tel
n’est pas le cas pour le travail disponible. Si dans le modèle de Solow la production tend à
« s’essouffler » et même à ne plus croître du tout, c’est pour deux raisons essentielles, à
noter :

- la fonction de production est à rendements d’échelle constants et


- la productivité marginale du capital est décroissante et tend vers zéro.

Dans ces conditions, l’accumulation du capital augmente la production mais de plus en plus
lentement ( Figures 6, pages 38) car le travail est constant. Or, pour qu’il y ait croissance à
long terme, il faut des rendements d’échelle croissants. Nous avons ainsi la fonction de
production de Cobb-Douglas ci-dessous:

    1

Avec 0<  < 1, α = élasticité , Y= production , A= technologie , H=capital humain et K=


capital.

35
Le modèle de Solow stipule que le taux de croissance à long terme est égal au taux de
croissance de la population auquel on ajoute un progrès technique qui est fonction de la
technologie. Autrement dit à long terme, la croissance économique ne dépend que des
évolutions démographiques et technologiques. Il y n’aurait pas de croissance économique
pour les pays qui ont une population et un niveau de technologie constants. Solow décrit un
monde où la croissance est naturelle. Cela implique qu’elle ne dépend pas de la sphère
économique. Mais, cette théorie de Solow mettra du temps à influencer les politiques du
développement. Les économistes utilisant le modèle de Solow pour mesurer les sources de
croissance sont convaincus que le progrès de la technologie dépend de recherches et de
comportements économiques. Ces économistes affirment que l’offre de travail dépend
quantitativement et qualitativement de comportements économiques. Or, le modèle de
croissance décrit par Solow ne peut être optimal que grâce aux interventions extérieures et
aux rôles prépondérants de l’Etat . Les nouvelles théories de la croissance endogène viennent
remettre en cause le modèle de Solow.

 La théorie de la croissance endogène

Cette théorie est apparue au milieu des années quatre-vingt grâce aux publications de Romer
(1986). Cette théorie cherche à expliquer les causes de l’accroissement de la croissance
économique du produit intérieur par tête à partir du processus même d’accumulation sans
avoir recours à des facteurs extérieurs (exogènes). L’objectif de cette théorie (croissance
endogène) est de montrer que le progrès technique « ne tombe pas du ciel » mais résulte des
choix économique des agents. Donc, elle considère la croissance comme un phénomène
économique. La croissance résulte d’investissements effectués par des agents motivés par les
gains. Aussi, le taux de croissance de l’économie est-il déterminé par les comportements des
agents et par des variables macroéconomiques.

La théorie sur la croissance endogène sont en rupture totale avec la théorie néoclassique. Les
nouvelle théories sur la croissance endogène ont comme base les acquis de l’économie
industrielle et les nouvelles théories sur le commerce international. En effet, les
caractéristiques principales de la croissance endogène sont les rendements d’échelle
croissants, la concurrence imparfaite, … etc.

36
Le point de départ de la croissance endogène consiste à poser l’hypothèse selon laquelle la
productivité marginale du capital ne s’annule pas quand le stock de capital devient important.
Ainsi, le progrès technique permet d’améliorer l’offre de travail ( santé, formation), et
d’innover de nouvelles techniques de production et de produits. Donc la grande différence
entre le modèle de croissance de Solow (1956) et le modèle de croissance endogène de Romer
(1986) est résumé dans la figure 6, page 38. Ainsi, pour Solow, la fonction de production est à
rendements d’échelle constants et la productivité marginale du capital est décroissante et tend
vers zéro. En revanche, pour Romer, la fonction de production est à rendements d’échelle
croissants et la productivité marginale du capital est constante.
Ainsi, l’une des propriétés fondamentales de la fonction de production néo-classique est donc
remise en cause. La façon la plus simple de visualiser la croissance endogène consiste à
éliminer de l’analyse tous les facteurs fixes, par exemple la main-d’œuvre qui est elle-même
un capital humain, donc sujet à accumulation.

La théorie néo-classique identifie seulement une source de croissance : l’accumulation de


capital physique. Par contre, les modèles de croissance endogène sont caractérisés par une
grande diversité des sources : l’investissement en capital humain, l’apprentissage pratique, la
division du travail, la recherche et l’innovation technologique, les institutions politiques, etc.
Figure 5 : Productivité des Facteurs capital et travail

Source : Fitoussi (2003)

37
Figure 6 : Rendements d’échelle croissants

Source : Fitoussi (2003)

3.2 Littérature empirique sur les déterminants de la croissance économique

La croissance économique est un concept complexe et multidimensionnel. Les déterminants


de la croissance varient en fonction du pays. La revue de la littérature empirique nous a
permis de sélectionner quelques unes de ces variables en fonction de leur pertinence.

 Le capital physique

Le capital physique est le stock d’équipements, d’outils, d’instruments, d’infrastructures et


les structures de production de biens et services. Les facteurs de production de biens et
services sont le capital et le travail. La caractéristique fondamentale du capital est qu’il permet
l’accroissement des facteurs de production. En effet, les travailleurs sont d’autant plus
efficaces et efficients dans leur travail qu’ils disposent de nombreux outils et instruments
adaptés et performants. L’étude empirique réalisée par Bassanin, et Scarpetta (2001) dans les
pays de l’OCDE a montré que le capital humain et physique sont les moteurs de la croissance.
En effet, pour qu’il y ait croissance autoentretenue, il faut une croissance du rendement
marginal du capital. L’investissement massif par les entreprises dans le capital physique tels
que les machines, les équipements, matériels, les outils, … etc. est considéré comme l’un de

38
moteurs de la croissance et de la production selon Ahn et Hemmings (2000), Harris (1999),
De Long et Summers (1992). Cet investissement en quantité et qualité en capital physique
accroît la productivité du travail par le renforcement de l’intensité capitalistique.

Mais, pour que cet investissement atteigne les objectifs fixés il faut un environnement propice
et des débouchés rentables. Les nouvelles technologies de l’information et de la
communication (NTIC) ont un impact positif sur la croissance aux Etats-Unis.
L’investissement massif en NTIC en RCA serait un atout majeur pour doper la productivité et
la croissance car les NTIC réduisent les coûts de transactions commerciales compte tenu de
l’enclavement interne et externe du pays.

Le modèle de croissance endogène de Romer (1986), repose sur les externalités entre les
firmes. L’investissement accroît la production mais aussi la productivité des firmes grâce aux
externalités technologiques. Les externalités technologiques se définissent comme étant les
processus par lesquels les changements technologiques se propagent au-delà de l’innovateur
initial. Les investissements en recherche et développement permettent de fabriquer de
nouveaux produits et d’avoir de nouvelles idées qui servent à d’autres innovations. Ce savoir
ne peut être approprié par la firme qui le produit. L’investissement entraîne aussi la croissance
par ses effets sur le progrès technique. Ainsi, l’amélioration des équipements en place, les
travaux d’ingénierie, l’augmentation de la compétence des travailleurs entraînent la
productivité, d’où la croissance. Les travailleurs sont d’autant plus efficaces au travail qu’ils
disposent de nombreux outils performants et adaptés.

Pour Joly (1993), le capital joue un double rôle à savoir : économiser le travail et favoriser le
progrès technique. Le coefficient de capital, rapport entre le stock de capital et le PIB annuel,
c'est-à-dire l’inverse de la productivité du capital, est passé de moins de 1 à 3 de 1890 à 1992
au Japon. En outre, le profit est une source de motivation pour les investisseurs.
L’accumulation du capital entraîne une augmentation de l’efficacité de la main-d’œuvre au
travail ou productivité du travail. Par définition, l’investissement est la partie de la production
non consommée, mais réinvestie afin d’accroître la production pour la consommation future.

Mankiw, Romer et Weil (1990 ) considèrent une fonction de production où interviennent le


capital physique et le capital humain qui sont indispensables pour une croissance équilibrée.

39
Ils ont affirmé qu’il existe une relation positive entre le PIB par tête, le taux d’épargne et le
taux de la croissance.

De Long et Summers (1992) ont mesuré les effets externes de l’investissement. Ils attestent
une corrélation positive entre l’investissement et la croissance. De même, ils affirment que les
droits de propriétés doivent être garantis pour stimuler l’investissement qui est le moteur de la
croissance. Les études réalisées sur les pays africains par Ojo et Oshikoya (1995) ont montré
une corrélation positive entre l’investissement et le revenu par tête. Ce résultat corrobore bien
la thèse de plusieurs économistes comme Levine, Renet et al. (1992). Les nouvelles théories
sur la croissance endogène légitiment l’intervention de l’Etat dans l’économie. En effet, c’est
l’Etat qui doit mettre en place les infrastructures de base indispensables à l’économie
nationale comme les routes, les chemins de fer, l’Internet, etc. C’est toujours l’Etat qui doit
créer un environnement propice au secteur privé pour investir et attirer les investissements
directs étrangers.

Comme le secteur privé est motivé par le profit, il ne peut pas investir dans les infrastructures
demandant beaucoup de capital dont qu’il n’est pas sûr de récupérer. En conséquence, l’Etat
doit investir dans le capital physique compte tenu de son rôle déterminant dans
l’augmentation de la productivité et la croissance économique. Le capital physique influence
positivement la croissance économique. Mais le capital humain joue aussi un rôle non
négligeable dans la croissance économique. Ces différentes hypothèses sont à vérifier par de
tests économétriques pour la Centrafrique.

 Le capital humain

Le capital humain se définit comme un ensemble de connaissances et de talents acquis par les
travailleurs à travers l’éducation, l’apprentissage et l’expérience. De plus, il est la somme de
toutes les connaissances acquises à l’école, dans la vie active et aussi à travers l’expérience
professionnelle d’après Bassani et Scarpetta (2001).

Le capital humain désigne le stock de connaissances valorisables économiquement et


incorporées aux individus. Il ne se résume pas seulement aux qualifications mais aussi à
l’éducation et à la santé. L’OMS définit ainsi la santé comme un état complet de bien-être

40
physique et mental indispensables à l’augmentation de la productivité et par de la croissance
économique.
Bassanin et Scarpetta (2001), à travers leur étude empirique dans les pays de l’OCDE, ont
montré qu’une année supplémentaire d’études au niveau moyen engendre une hausse de dix
pour cent en capital humain. De plus, la formation en capital humain peut avoir un impact
durable sur la croissance de la productivité et accélérer la capacité d’absorption des nouvelles
technologies. La portée de ces différentes thèses est à confirmer ou infirmer par les tests
économétriques pour la RCA. Néanmoins, plusieurs auteurs ont reconnu le rôle déterminant
du capital humain sur la productivité et la croissance économique. Le capital humain accroît
la capacité productive. Le capital humain (travail), comme facteur de production, regroupe
toutes les personnes qui contribuent à la production de biens et services, à savoir : les
agriculteurs, les ouvriers, les commerçants, les professeurs etc. , en somme, toutes ces
personnes contribuent à l’élaboration du PIB.

Selon le modèle de Solow (1956), la croissance provient, d’une part de l’augmentation de la


population active et, d’autre part, de l’accroissement de l’efficacité de la combinaison
productive. Au départ, Solow cherchait la relation entre le capital humain et la croissance
économique. Pour leur part, Becker, Kevine et al. (1990) cherchent les raisons économiques
de l’accumulation du capital humain. La production du capital humain nécessite des facteurs
comme les enseignants, des bibliothèques, et du temps d’étude, etc. L’apprentissage par la
pratique désigne les formes d’accroissement de savoir dérivant de l’activité productive par
opposition aux activités spécifiques comme l’éducation et la recherche. L’apprentissage par la
pratique engendre donc des rendements d’échelle dynamiques qui peuvent entraîner une
croissance. Lucas (1988) a montré que la croissance est liée au capital humain. De même, il a
montré que les connaissances génèrent des externalités positives sur la production et
l’économie. Quant à Romer (1990), la technologie génère des externalités positives.

Par ailleurs, Guellec et Ralle (1997) ont testé une équation structurelle de la croissance
endogène, à savoir une relation entre le nombre de chercheurs et le taux de croissance sur un
siècle aux USA. Les résultats de l’estimation ont montré un lien statistiquement significatif
entre le nombre de chercheurs et la croissance économique. Dasgutpta et Stiglitz (1988) ont
montré que l’apprentissage permet d’accumuler des connaissances sources de progrès
technique. D’autres variables comme la croissance démographique, l’inflation et autres
peuvent également influencer la productivité et la croissance économique.

41
 Taux de croissance démographique

Le taux de croissance démographique est important pour la détermination annuelle du PIB


réel par tête. Selon Malthus (1798) la croissance économique serait possible si l’on maîtrise
le taux de croissance démographique. En revanche, Kuznets (1960) et Simon (1981) ont
développé un argument contraire selon lequel, plus la population est grande , plus elle a la
possibilité d’avoir un génie qui ferait une découverte majeure et élevée. Cette thèse n’est pas
crédible car la Chine avec sa population actuelle estimée à plus d’un milliard de personnes
serait la première puissance économique du monde. Donc, il ne suffit pas seulement d’avoir
une grande population, il faut aussi une population de qualité. Par conséquent, il est
indispensable pour l’Etat d’investir massivement dans l’éducation et la formation de sa
population afin qu’elle soit efficiente pour son économie.
Cependant, les études empiriques sur la relation entre croissance démographique et croissance
économique réalisées par Blanchet (1996), Brander et Dowrick (1994) et Kelley et Schmidt
(1994) ont montré une relation négativement significative. Selon Romer (1986), la croissance
endogène dépend de la taille de la population qui peut être perçue comme reflétant l'échelle de
l'économie. La thèse de Romer semble crédible pour les pays sous-développés comme la RCA
car le taux de croissance démographique doit être inférieur au taux de croissance
économique ; cette population devant être bien formée pour être optimale.

En ce qui concerne la productivité de la population active, une simulation de long terme faite
sur les Pays-Bas par Van (1988) souligne l'importance cruciale du nombre relatif de jeunes
travailleurs dont la formation incorpore les technologies les plus avancées. Van suppose qu'il
est beaucoup plus coûteux et pénible pour les travailleurs plus âgés d'acquérir une formation
équivalente que pour les moins âgés. L’enseignement que l’on peut tirer de cette thèse est que
la population active jeune est plus productive car elle s’adapte plus rapidement aux nouvelles
technologies.

De même, les études réalisées par beaucoup d’économistes comme Ojo et Oshikoya (1995),
Hadjimichael et al. (1996) ont confirmé l’influence du taux de croissance démographique sur
le revenu réel par tête. Les pays industrialisés affichant un taux de croissance économique très
supérieur à celui de la croissance de la population, ont une progression rapide du produit
intérieur brut par tête.

42
 Taux d’inflation

L'inflation désigne une hausse durable et générale des prix. Elle reste un sujet de controverse
entre les économistes. Les modèles de croissance endogène n’ont pas donné lieu à des apports
remarquables quant à l’intégration des phénomènes monétaires, notamment l’interaction entre
l’inflation et la croissance économique. Wang et Yip (1992) ont démontre que la monnaie est
super neutre. L’hypothèse retenue est que la monnaie intervient plus dans la production des
biens de consommation ; mais elle intervient aussi dans la production du capital humain. Le
résultat est que la monnaie n’est plus neutre. Dans le cadre théorique, le débat est loin d’être
clos. C’est ainsi que Tobin (1965) prône la non neutralité de la monnaie. Néanmoins
plusieurs études empiriques ont montré que l’inflation tend à avoir des effets pervers sur les
groupes à bas revenu. Selon Agénor (2000), les revenus de la population pauvre sont définis
en termes nominaux ce qui explique leur vulnérabilité face à l’inflation. Donc, l’augmentation
générale des prix entraîne la baisse de revenus réels d’où une perte du pouvoir d’achat. Cette
situation entraîne non seulement l’augmentation de l’incidence de la pauvreté, mais aussi de
la sévérité de la pauvreté.

Une autre raison expliquant la vulnérabilité des pauvres à l’inflation est due généralement au
nombre limité d’actifs qu’ils possèdent ; la grande partie de leur épargne est sous forme
liquide susceptible à la taxe d’inflation. Ainsi, un taux d’inflation élevé peut aussi avoir des
effets négatifs supplémentaires sur la pauvreté à travers son impact sur l’investissement et la
croissance économique. En outre, une inflation élevée a tendance à générer une incertitude
accrue par rapport aux prix relatifs et l’investissement tend à diminuer à cause de la présence
d’un haut risque. En somme, un niveau plus bas d’investissement implique une croissance
économique moindre qui conduit à une pauvreté élevée.

 Le commerce international et la croissance économique

La mondialisation est un processus d'intégration économique rapide entre les pays. Elle induit
la libéralisation des échanges, des investissements et des flux de capitaux par des progrès
technologiques accélérés. Le commerce est l’activité des échanges de biens et services entre
les pays. Il a permis à un certain nombre de pays d’Asie du Sud-Est de décoller
économiquement alors que l’Afrique sub-saharienne comme la Centrafrique connaissent une
stagnation.

43
Selon Lindert et Williamson (2001), les pays qui connaissent un véritable décollage
économique et un taux de la croissance élevé permettant de rattraper celui des pays avancés
sont ceux qui ont ouvert leurs économies et se sont intégrés aux marchés mondiaux. Cette
thèse doit être nuancée car la réussite dépend d’autres paramètres comme les infrastructures,
la politique commerciale, etc. De plus, cette réussite dépendra aussi de la nature et de la
qualité des marchandises échangées. La RCA a une économie totalement extravertie, mais la
population vit dans l’extrême pauvreté.

Les résultats de l’étude empirique de Sachs et Warner (1995) ont montré clairement les
avantages du commerce en comparant la date d’ouverture aux échanges de certains pays avec
d’autres. Ces résultats attestent aussi que les pays qui sont ouverts au commerce ont un taux
de croissance économique plus fort que les pays fermés. De plus, la théorie de la croissance
endogène développée par Lucas et Romer (1988) a montré que le commerce a un effet positif
sur la productivité et la croissance économique grâce aux progrès technologiques. Ainsi, les
investissements en Recherches et Développement engrangent des retombées dans toute l’
économie. Ces différents arguments sur les avantages du commerce sont-ils confirmés par
l’étude empirique de Coe, Helpman et al. (1997) qui montrent qu’en ayant accès à une plus
large variété de biens intermédiaires et d’équipements incorporant le progrès technologique
des pays du Nord, les pays du Sud peuvent, par le biais du commerce international, profiter
d’un accès à moindre coûts au savoir des pays du Nord.

Les effets positifs en termes de technologie et de productivité du commerce international sont


renforcés par la spécialisation qui se produit lors de l’ouverture aux échanges. Grâce à un
accès à un marché plus large (le marché international), les entreprises peuvent réaliser des
économies d’échelle substantielles et leur main-d’œuvre peut bénéficier pleinement des effets
d’apprentissage « learning by doing » liés à une production plus importante.

La Centrafrique, comme la plupart des pays africains, est petite en termes de population et de
revenus par habitant. Les marchés sont restreints et n’offrent pas de perspectives intéressantes
de rendements aux investisseurs potentiels. L’intégration économique sous-régionale est
nécessaire pour l’élargissement du marché.
La diversification de la production et des exportations y est retardée par rapport aux différents
obstacles imposés par les pays développés. De même, les possibilités d’investissements
consacrés aux infrastructures essentielles dont la viabilité dépend d’économies d’échelle y

44
sont donc limitées. A cet effet, il est important que les pays africains mettent en commun leurs
ressources pour favoriser l’intégration économique régionale. Cette ouverture peut améliorer
la compétitivité du pays sur le plan international. Aussi, cette libéralisation commerciale est-
elle importante pour l’allocation efficace des ressources. Les ressources humaines et
financières sont utilisées là où elles sont profitables. Les avantages du commerce international
sont : l’accès aux technologies nouvelles, l’exposition à la compétition et la pression pour
améliorer la qualité des biens et marchandises produites.

La mondialisation est bénéfique à l'économie. En revanche, elle pose des difficultés à la main-
d'œuvre qui doit faire face à une concurrence de plus en plus acharnée et à une accélération
des bouleversements technologiques avec des ressources gouvernementales souvent réduites.
La mondialisation qui se fonderait sur une amélioration de l’éducation et de la formation et
une mise en place d’une bonne protection sociale est un atout pour les pays pauvres comme
la RCA.

La libéralisation du commerce stimule l'activité économique et la productivité mais elle risque


aussi d'accroître les inégalités sociales entre les pays. Au départ, chaque pays doit protéger
son économie contre la concurrence déloyale des pays tiers. Ainsi, les industries locales
doivent être protégées contres les concurrents. Le protectionnisme est nécessaire pour
dynamiser l’économie car tous les pays du monde le pratiquent sous diverses formes.
Généralement les pays qui prônent le libre échange sont en position de force grâce à leurs
avances technologiques. Cependant, les pays sous-développés ont du mal à commercer avec
les pays développés à cause des barrières tarifaires et non tarifaires pour accéder au marché.
Les pays pauvres souffrent des diverses subventions accordées par les pays riches aux
agriculteurs et aux exportateurs, ce qui fausse les prix des produits sur le marché international
et national. En somme, beaucoup d’études montrent une corrélation positive entre le degré
d’ouverture et la croissance. Mais, cette thèse reste à vérifier par un test économétrique pour
la RCA .

 Taux de croissance des exportations

La promotion des exportations des biens et services permet d’avoir les devises indispensables
pour l’économie. Pour les pays en voie de développement où les marchés domestiques sont
trop petits, le commerce international permet d’élargir les marchés indispensables à la

45
croissance. En outre, même les grands pays comme la Chine et l’Inde adoptent une stratégie
tournée vers les exportations et en tirent les bénéfices en termes de croissance.
L’Ile Maurice qui a opté pour le commerce comme stratégie de développement, est passée du
statut de pays pauvre à celui de pays à revenu intermédiaire avec un PIB par tête de 500
dollars US en 1975 à 2800 dollars US en 1992. Les causes du succès de l’Ile Maurice sont
multiples : diversification des exportations en tenant compte des avantages comparatifs,
promotion de l’investissement direct étranger et surtout une gestion macroéconomique saine.
Des études empiriques plus récentes permettent de mettre en évidence le rôle du commerce
dans la réduction de l’écart de revenu entre pays. Ainsi, Ben et Kimhi (2000) analysent les
flux d’importations et d’exportations entre un pays et ses principaux partenaires commerciaux
et montrent qu’un accroissement de ces flux se traduit par une convergence plus rapide des
revenus. Ceci s’observe particulièrement dans le cas des pays pauvres qui augmentent leurs
exportations à destination des pays riches. La croissance des exportations des produits
manufacturés est l’élément essentiel du « miracle » de certains pays de Sud-Est asiatique.

 Déficit budgétaire

Le déficit budgétaire se définit comme la différence entre les dépenses et les recettes de l’Etat.
Généralement on considère un budget comme déficitaire si ses dépenses sont supérieures à ses
recettes ; et il excédentaire si ses recettes sont supérieures à ses dépenses. Cependant, les
recettes de l’Etat se composent de recettes fiscales et non fiscales. Pour les dépenses, elles se
composent des dépenses de fonctionnement et d’investissements. La cause des écarts de
revenus entre les pays se justifie en partie par le choix qu’il faut faire entre la consommation
et l’investissement dans le secteur productif (capital humain et physique). En RCA les recettes
de l’Etat sont insuffisantes pour assurer à la fois les dépenses de fonctionnement et
d’investissements. A cet effet, il y a un choix à faire en fonction des objectifs ; soit on
consomme la totalité des recettes dans les dépenses de fonctionnement (cas de la
Centrafrique), soit on consomme une partie et on investit le reste. De plus, il faut investir dans
le secteur productif qui peut augmenter la productivité de la population active. Les déficits
budgétaires en Centrafrique sont « endémiques » et expliqués par la mauvaise gestion macro-
économique. Or, les déficits financiers ont souvent un effet positif sur la croissance dans
certains pays en développement, suite à des investissements publics. Mais, cette hypothèse
n’est pas valide en Centrafrique où les effets de déficit sont toujours négatifs à cause du
manque d’investissement public.

46
Pour Barro (1990), les dépenses publiques sont justifiées si elles sont investies en
infrastructures qui jouent un rôle moteur dans le processus de croissance économique à long
terme. Les résultats de Barro ont été infirmés par le travail de Boussetta (1996). Des études
statistiques réalisées sur les dépenses publiques leur ont permis de conclure qu’il n’existe
aucune relation entre les déficits budgétaires et le PIB. Les résultats de Boussetta confirment
les études réalisées sur les pays industrialisés qui semblent indiquer qu’une politique
budgétaire expansionniste ne permet pas toujours de sortir une économie d’une récession.

Néanmoins, Joly (1993) a prouvé qu’il existe une corrélation positive entre les dépenses de
recherches et développement et la croissance économique dans les pays développés. Il
convient de souligner que le déficit serait justifié si les dépenses sont effectuées dans les
secteurs productifs comme l’éducation et la santé. Or, pour la Centrafrique, l’Etat n’arrive
même pas à couvrir ses dépenses de fonctionnement. Ainsi, le manque d’épargne nationale
entraîne le manque d’investissement d’où la faiblesse de la productivité et la croissance.
Généralement, l’Etat fait recours à l’aide extérieure pour financer ses dépenses de
consommation au lieu d’investir dans le secteur productif. Cette situation ne fait qu’aggraver
le service de la dette. Un déficit budgétaire excessif entraîne une baisse d’épargne et
d’investissement indispensable à la croissance. Les études empiriques sur la croissance du
PIB réel par tête et les dépenses de fonctionnement ont donné des résultats mitigés. Barro
(1991) a trouvé une relation négative entre la croissance et les dépenses de consommation.
Les résultats de ces auteurs sont justifiés car les dépenses de fonctionnement ne font
qu’augmenter les déficits. Les déficits engendrent une baisse d’investissements en capital
humain et physique qui sont les moteurs de la croissance. En revanche, la réduction du déficit
accélère la croissance grâce aux investissements et la consommation privée.

Quelques auteurs comme Ojo et Oshikoya (1995), Hadjimichael, et al. (1996) ont trouvé une
relation négative entre les dépenses de consommation et le PIB par tête. En somme, le déficit
budgétaire engendre un manque de l’épargne indispensable à l’investissement. Quant au
manque d’investissement dans le capital humain et physique, il entraîne la faiblesse de la
productivité et du PIB. Il y a lieu de rappeler qu’un solde budgétaire excédentaire accélère la
croissance et que les dépenses d’équipements stimulent la productivité et la croissance ; par
contre, une hausse des financements intérieur du déficit et de la masse salariale publique
décélère la croissance. L’équilibre budgétaire peut être obtenu en RCA par les mesures

47
suivantes : l’amélioration de l’administration des impôts , l’élimination des exonérations (
franchises ), la réduction de la fraude fiscale, le relèvement des taux d’imposition, etc.

En conclusion, les déficits budgétaires « chroniques » en RCA entraînent une baisse


d’épargne, source d’investissement en capital physique et humain. Le manque
d’investissement public en Centrafrique entraîne à son tour la faiblesse de la productivité et
par voie de conséquence les maigres revenus par habitant d’où le cercle vicieux de la pauvreté
illustré par la figure ci-dessous.

Figure 7 : Cercle vicieux de la pauvreté

Faibles
revenus

Faible Faible
productivité consommation Faible
épargne

Faible
investissement

Source : World Bank (2002).

 Endettement extérieur

La capacité d’endettement d’un pays dépend en partie de la croissance de son produit national
brut (PNB). Ainsi, chaque pays doit accroître le volume des emprunts extérieurs pour financer
ses investissements de qualité. Pour que l’emprunt soit rentable, il faut que le produit
marginal du capital soit égal au coût d’emprunt. Or, emprunter pour financer la consommation

48
ou l’investissement dont le taux de rendement est inférieur au coût de l’emprunt comme en
Centrafrique entraîne une baisse de taux de PIB. Cette situation entraîne l’accroissement de la
dette qui devient insoutenable.

Le remboursement de la dette est analysé comme le résultat d’une volonté de payer


correspondant à la maximisation de son intérêt par le débiteur, en l’absence de toute
possibilité de saisie de garantie par le créancier selon Eaton et Gersovitz (1981) et Cohen
(1986). Pour la RCA, les déficits budgétaires chroniques obligent le gouvernement à recourir
aux emprunts extérieurs pour assurer ses dépenses de fonctionnement. Cette situation ne fait
qu’aggraver le service de la dette.

Une gestion saine de la dette publique associée à la stabilité macroéconomique est


indispensable pour relancer la croissance économique. En outre, cette gestion efficace de la
dette peut faire qu’un pays passe de l’état débiteur à celui de créancier. Or, le manque
d’épargne nationale entraîne le manque d’investissement, d’où un très faible taux de
croissance en Centrafrique. L’endettement extérieur peut être favorable comme défavorable à
la croissance économique par rapport à un certain seuil et aussi à l’allocation efficace de ces
ressources.

 Les termes de l’échange

Les termes de l’échange se définissent comme le rapport entre les prix à l'exportation et les
prix à l'importation. Un rapport élevé est à l'avantage d'une économie car le pays concerné
peut alors financer un gros volume d'importations grâce au produit d'un volume limité
d'exportation. En cas de dégradation des termes de l'échange, le pays devra exporter
davantage pour se procurer le même volume d'importations.

Les études théoriques et empiriques ont montré qu’un pays a l’avantage de participer au
commerce international lorsque le rapport d’échange international est supérieur au rapport
d’échange intérieur. Ainsi, un pays participe au commerce international pour améliorer ses
termes de l’échange. De même, plus un pays s’ouvre au monde extérieur, plus le bien-être de
sa population augmente. Malheureusement cette assertion n’est pas vérifiée pour la
Centrafrique qui a une économie extravertie.

49
 Instabilité politique

La stabilité et la crédibilité des institutions de l’Etat sont des aspects fondamentaux pour la
création d’un environnement propice à la croissance économique forte et durable
indispensable au développement. A cet effet, l’Etat doit renforcer ses capacités sécuritaires.
La Centrafrique comme un bon nombre de pays africains ne dispose pas des institutions
politiques crédibles, ni de capacité à mettre en œuvre des programmes de développement
adéquats, même si les ressources financières requises sont disponibles, alors que les
institutions politiques fortes et crédibles constituent l’une des clés de réussite du « miracle »
de l’Asie du Sud-Est.

Les études empiriques ont montré que de fortes inégalités (injustice, pauvreté, faibles revenus
etc.) entraînent un vif mécontentement social. Ainsi, la population la plus défavorisée tend à
multiplier ses revendications (bonne gouvernance, salaire adéquat,..) qui se traduisent souvent
par des manifestations, des assassinats politiques, des coups d’Etats et autres formes de
violences. La violence est érigée en forme d’expression. A cet effet, beaucoup d’études
empiriques ont traité ce sujet. Il s’agit des auteurs comme Benhabib et Rustichinia (1996) ,
Alesina et Perotti (1996), Grosman et Kim (1996) et Tornell et Velasco (1992). Pour ces
derniers, les principaux déterminants de l’instabilité sociopolitiques sont la pauvreté et les
fortes inégalités sociales. C’est ainsi que la non appartenance au « système » conduit une
partie de la population à la violence. Donc, l’instabilité socio- politique désorganise les
activités économiques, mais décourage aussi les investisseurs potentiels. Beaucoup d’études
empiriques ont montré une corrélation positive entre l’investissement et la croissance. Cette
situation résume bien le cas de la Centrafrique dont l’économie est toujours embryonnaire à
cause de son instabilité politique endémique.

Les estimations structurelles donnent respectivement un signe positif pour les relations
inégalités et instabilité et un signe négatif pour l’instabilité et croissance. Autrement dit, en
Centrafrique, l’injustice sociale se traduit souvent par des coups d’Etat qui influencent
négativement la croissance économique. C’est ainsi que, les estimations proposées par
Alesina et Perotti (1996) viennent corroborer l’ensemble conclusions précédentes. En somme,
un accroissement des inégalités est susceptible d’engendrer l’augmentation de l’instabilité
sociopolitique entraînant un plus faible taux de croissance. Pour confirmer cette corrélation
négative entre l’instabilité et la croissance, Alesina et Perotti (1996) utilisent les indicateurs

50
d’instabilité comme le mécontentement social et la variable démocratique. Aussi, Alesina et
Rodrik (1994) ont-ils montré une relation négative entre les inégalités et la croissance pour
toutes les économies des pays démocratiques ou non démocratiques. Il teste une relation
négative entre l’instabilité sociopolitique et la croissance économique. La conclusion de ses
estimations donne une relation négative et significative entre l’instabilité politique et la
croissance. Alors que la relation inégalité et instabilité est significative et de signe positif.
Ainsi, la thèse selon laquelle l’instabilité influence négativement la croissance est donc
corroborée. L’instabilité politique endémique en Centrafrique engendre la décroissance de
l’économie et place la population dans un cercle vicieux de la pauvreté et de l’instabilité
politique tel que illustre la figure ci-après.

Figure 8 : Le cercle vicieux de l’instabilité politique

Instabilité
politique

Pauvreté et Faible
conflits investissem
sociaux ent intérieur
et étranger
Croissance
économique
faible ou
négative

Source : World Bank (2002).

51
CHAPITRE IV :
METHODOLOGIE, ESTIMATION ET ANALYSE DE RESULTATS

4.1 Méthodologie

Notre objectif est d’identifier les variables déterminantes de la croissance économique en


Centrafrique. A partir de la revue de la littérature, il sera spécifié un modèle basé sur la
croissance endogène de Mankiw-Romer-Weil (1992). Nous avons fait le choix de ce modèle
parce que ces nouvelles théories ont plus contribué à la croissance avec surtout les rôles que
doivent jouer le progrès technique, le capital humain et l’Etat sur la croissance.

La modélisation des déterminants de la croissance économique en Centrafrique nous


permettra de vérifier nos hypothèses de recherche. Les théories de la croissance endogène
considèrent la croissance comme un phénomène économique. Ainsi, la croissance résulte
d’investissements effectués par des agents motivés par le gain. En outre, le taux de croissance
de l’économie est déterminé par les comportements des agents et par les variables macro-
économiques. De même, elles mettent l’accent sur les rôles de l’Etat dans une économie.
Quelles sont les variables qui influencent significativement la croissance économique en
RCA ? C’est ce que nous tenterons d’appréhender à travers cette étude qui porte sur la période
allant de 1970 à 2000, soit 31 observations. Le logiciel EVIEWS nous servira d’outil
d’estimation. Avant tout, comment peut-on spécifier notre modèle de base ?

4.2 Spécification du modèle de Mankiw- Romer- Weil ( 1992)

Considérons une fonction de production de Cobb-Douglas :

  F( t ,  t , L t ) = AF (  t , L t ) (1)

Avec   Production totale ,   Capital , L  Travail ,   Le Progrès technique ou


technologique.

En différenciant l’équation (1) par rapport aux facteurs nous avons l’équation suivante :
A F ( K , L) F ( K , L)
dY = F(K,L) dA  A dK  A dL (2)
A K L

Divisons l’équation (2) par dt on aura,

52
d F(K, L)AdA AF(K, L)dK AF(K, L)dL
   (3)
dt Adt Kdt Ldt

dY dA  dK  dL  F ( K , L)  F ( K , L)
 F ( K , L)  AFK  AFL (4) avec, FK  ; FL 
dt dt dt dt K L
Y
On a Y= A F( K, L )  F ( K, L ) =
A
dY dA  dK  dL
  AFK  AFL (5)
Ydt Adt Ydt Ydt

dY dA  KdK  LdL
  FK  FL (6)
Ydt Adt KF ( K , L)dt LF ( K , L)dt

o
 o   o  o
    L 0 dY o dA
 1     2     3   (7) ; Y  ; A ;
    L dt dt
     
 K  L
Avec : 1  1 ;  2  FK ;  3  FL
F ( K , L) F ( K , L)

 o 
A
Avec 1    Résidus de Solow.
A
 
o o
dY Y dA A
  Taux de Croissance du PIB réel par tête ;   Taux de Croissance du
Ydt Y Adt A
o o
dK K dL L
progrès ;  =Taux de Croissance du Capital ;   Taux de Croissance de
Kdt K Ldt L
dY 
Facteur Travail. Avec Y
dt
 2  Part du capital dans le PIB ,  3  part du facteur travail dans le PIB
Ainsi nous avons le modèle du taux de croissance de l’économie qui s’écrit de la manière
suivante :
g Q  1g A   2 g K   3 g L (8)

Avec g Q  Taux de croissance du PIB réel par tête , g K  Taux de croissance du capital ,

g L  Taux de croissance de facteur travail , g A  Taux de croissance du progrès technique

53
En ajoutant le capital humain dans le modèle nous avons l’équation suivante :

o
 o   o  o  o   o 
 A K L H A
 1     2     3     4   (9) ; 1    Résidus de Mankiw-Romer-Weil.
 A K L H A
         
Les résidus de Mankiw-Romer-Weil comprennent plusieurs facteurs, à savoir : les
institutions, le capital physique et humain ( toutes les variables utilisées), tandis que ceux de
Solow sont constitués seulement que de progrès technique. Pour Solow les résidus sont ce
que l’on ne peut expliquer par des données disponibles.
g Q  1g A   2 g K   3 g L   4 g H (10)

1g A  g Q   2 g K   3 g L   4 g H (11)

La fonction de production de Cobb-Douglas sous forme logarithmique s’écrit de la manière


suivante : Soit la fonction de production t

t   t Lt  t Avec : α + β < 1 (12)

En utilisant la fonction logarithme nous avons :

ln t  ln  t   ln L t   ln K t (13)
Avec Y = Produit Intérieur Brut réel , A = progrès technique (technologie), K= le stock de
capital physique , L = Facteur travail, il peut aussi représenter les autres variables de
politiques économiques qui accompagnent le capital humain. Les coefficients des variables
,  sont des élasticités.

Selon le modèle de Mankiw-Romer-Weil la croissance économique s’explique principalement


par le capital (K), le capital humain (L) et la technologie (A).
Ln (PIBR)t = lnA +  ln Lt   ln K t  εt (14)

Avec εt = Variable aléatoire (terme d’erreur).

54
Pour notre part, l’analyse de la revue de la littérature ainsi que la prise en compte des
spécificités de l’économie centrafricaine nous amènent à choisir des variables
complémentaires pour notre modèle économétrique:

a) Variable endogène :
- Le Produit Intérieur Brut Réel par tête (PIBR).
b) Les variables exogènes :
- Le Taux d’Alphabétisation (TALPH) ( % ),
- Le Taux de Croissance de l’Investissement brut (TINV) ( % ),
- Le Taux de Croissance de la Balance Commerciale Nette (TBCN) (% ),
- Le Taux d’Inflation (TINF) ( % ),
- Le Degré d’Ouverture (DO),
- L’Instabilité Politique (IPOL).

Ainsi notre modèle linéaire général s’écrit de la manière suivante :

TPIBRt = a0 + a1 TALPHt + a2 TINVt + a3 TBCNt + a4 TINFt + a5 DOt + a6 IPOLt + εt


( + ) ( +) (+) (+) (-) (+) (-)
 t = variable aléatoire ou erreur du modèle.

4.3 Justification des variables et sources des données

TPIBR: C’est le taux de croissance du produit intérieur brut réel par habitant. Il est la variable
dépendante (endogène) du modèle. Les données proviennent de : World Development
Indicators 2003 (CD Rom 2003 ), World Bank. Il se calcule de la manière suivante :

 t   t 1
TPIBR = *100 ; PIBt = Produit intérieur brut réel par tête au temps t ; t =
 t 1
année ;

PIBt-1 = Produit intérieur brut réel par tête au temps t-1. Avec 1970 ≤ t ≤ 2000.

TALPHA: C’est le taux d’alphabétisation (en pourcentage) de la population âgée de 15 ans et


plus. Dans ce modèle, il est assimilé au capital humain (travail) car il manque des données
sur le taux de scolarisation primaire, secondaire de même que les dépenses publiques

55
d’éducation pour la période d’étude. Néanmoins cette variable approchée illustre bien le
facteur de production regroupant toutes les personnes qui contribuent à la production de biens
et services, à savoir : les agriculteurs, les ouvriers, les commerçants, les professeurs, etc. En
somme, toutes ces personnes contribuent à l’élaboration du PIB. Le capital humain se définit
comme un ensemble de connaissances et de talents acquis par les travailleurs à travers
l’éducation, l’apprentissage et l’expérience. En outre, il est la somme de toutes les
connaissances acquises à l’école, dans la vie active et aussi à travers l’expérience
professionnelle. Les données proviennent de : Banque Africaine de Développement 2003 ( CD
Rom 2003).

TINV: C’est le taux de croissance de la formation brute de capital ( capital physique).


On note à partir de 1996 une tendance à la baisse de cette variable. Cela est certainement dû
aux troubles politiques et économiques qui ont jalonné le pays depuis cette date. La même
remarque est valable en ce qui concerne la variable degré d’ouverture comme nous le verrons
à la page suivante.
INV = FBCF + Variation de stocks ; la variation de stock est égal à zéro. Donc INV = FBCF
Avec FBCF = Formation brute de capital fixe.

La baisse du taux d’investissement de 51,76 % en 1995 à – 69,6 en 1996 est expliquée par
l’instabilité politique. L’investissement est passée de 151 millions de dollars US en 1995)à 46
millions de dollars US en 1996 ( Annexe 12, page 86).
Le capital physique représente les infrastructures, le stock des équipements des outils, des
instruments et la structure de production de biens et services. Ainsi, la formation brute du
capital (capital physique) (à prix courant dollar EU) est considérée comme un investissement
brut dans notre modèle.
Source des données : World Development Indicators 2003 (CD Rom 2003 ), World Bank.

TBCN: C’est le taux de croissance de la balance commerciale nette qui est la différence
entre les exportations et les importations des biens et services. Les données proviennent de :
Banque Africaine de Développement, 2000 (CD Rom 2003).

TINF: C’est la variation d’une hausse durable ( une année ) et générale des prix de biens sur
le marché. Les données ont été déduites de l’Indice des Prix à la Consommation ( IPC)

56
Source des données: (1) World Development Indicators 2003 (CD Rom 2003 ), World Bank.
(2) Financial Statistics Yearbook, IMF (1980).

DO: C’est le degré d’ouverture de l’économie centrafricaine. Cette variable se calcule de la


manière suivante:

 it  it
DO = ; avec  it  Exportations des biens et services au temps t,
2
et it  Importations des biens et services au temps t.
DO = Degré d’ouverture.
PIB= Produit intérieur brut.
Source des données: World Development Indicators 2003 (CD Rom 2003 ), World Bank.

On note une baisse tendancielle de cette variable à partir de 1996. Cette baisse des
importations et des exportations pour la période de 1996 à 2000 est dû aux crises
sociopolitiques que le pays a connues. Ces instabilités ont beaucoup perturbé les transactions
économiques et commerciales à grande échelle.

IPOL: L’instabilité politique est une variable muette (dummy). Nous l’avons calculé en
désignant par 1, l’année d’instabilité politique, à savoir un changement de régime par élection
ou par coup d’état et par 0, l’année de stabilité. Cette variable muette tente de prendre en
compte les perturbations sociopolitiques intervenues au cours de la période d’étude.

4.4 Estimation économétrique du modèle

4.4.1 Les trajectoires des séries du modèle

Les données de cette estimation sont des séries chronologiques sur une période de 1970 à
2000. Les trajectoires des variables du modèle évoluent d’une manière disparate. Les
amplitudes de ces variables prouvent à suffisance le dysfonctionnement de l’économie
centrafricaine (Annexe 11, page 85).

4.4.2 Tests économétriques du modèle

 Test de stationnarité des variables ( Annexe 2, page 76)


Le test de stationnarité de Phillips-Perron est utilisé à cause de sa robustesse pour
déterminer le degré d’intégration des variables du modèle.

57
H0 : Racine Unitaire (Non stationnaire)
H1 : Non Racine Unitaire (Stationnaire)
- Si | Phillips-Perron | < | Critical Value | , alors on accepte H0 : la série X est non

stationnaire.
- Si | Phillips- Perron | ≥ | Critical Value | , alors on accepte H1 : la série X est
stationnaire.
Tous les tests sont faits au seuil de 5 %.
Tableau 3 : Résultats de tests de stationnarité de Philips Perron de variables du modèle

Variables Niveau Ordre


PP CV lue D’intégration
Calculé à5%
TPIBR - 4.881 -2.963 I (0)
TALPH 6.025 -2.963 I (0)
TINV - 7.478 -2.963 I (0)
TBCN - 6.589 -2.963 I (0)
TINF -3.537 -2.63 I (0)
DO - 4.672 -2.963 I (0)
IPOL - 4.437 -2.963 I (0)

Source : Résultats obtenus à partir du logiciel E-views.

Les résultats des tests de Phillips-Perron ont montré que toutes les variables sont stationnaires à
niveau, c'est-à-dire intégrées d’ordre 0, donc, I (0). En conséquence, l’hypothèse H1 est valable
pour toutes les variables du modèle, à savoir : TPIBR, TALPH, TINV, TBCN, TINF, DO,
IPOL qui sont stationnaires à niveau. Comme toutes les variables sont stationnaires à niveau,
alors nous avons un modèle linéaire général simple.

 Ecriture du modèle linéaire général

TPIBRt = a0 + a1 (TALPH)t + a2 (TINV)t + a3 (TBCN)t + a4(TINF)t + a5 (DO)t +


a6 (IPOL) t + εt

58
 Test de Normalité de Jarque-Bera (Annexe 4, page 83)
Les séries TPIBR, TALPH, TINV, TBCN, TINFLA, DO, IPOL étudiées sur la période de
1970 à 2000 suivent une loi normale au seuil de 5 % car JB = 0.07 < 5, 99, ou de manière

équivalente Prob = 0,96 > 0,05.


La distribution des moyennes des erreurs du modèle sont normales, donc on peut passer au
test de Student.

 Estimation de relation de long terme du modèle par la méthode des moindres


carrés ordinaires (MCO) (Annexe 3, page 82).

Tableau 4 : Résultats d’estimation de relation de long terme du modèle par les MCO .

TPIBR t = 27,16 – 0,51 (TALPH) t + 0,005 (TINV) t + 0,23 (TBCN) t – 0,09 (TINF) t
(2,88) (- 2,04) (0,06) (3,75) (-0,29)
– 24,69 (DO) t – 5,60 (IPOL) + ut
(- 2,30) (- 0,97)

R2 = 0,523; Adjusted- R-squared = 0,40


( ● ) = t de Student (t – Statistic)
DW = 1,97
Prob (F- Statistic) = 0.0039
n = 31 (Nombre d’observations)

R2 = 0,523  52,3 %, des variations de produit intérieur brut réel par tête (TPIBR) sont
expliquées par les variables exogènes.

 Test de significativité des variables explicatives (Student) au seuil de 5 % (Annexe


3, page 82).
Les variables TALPH, TBCN et DO influencent significativement la variable TPIBR car la
probabilité associée est inférieure à 5 % (ou le t- statistic > 1, 96). Par contre, les variables
TINV, TINF et IPOL n’ont aucune influence significative sur la variable endogène TPIBR.

59
 Test de significativité globale du modèle (Annexe 3, page 82).
Le modèle est globalement significatif car la Prob (F- statistic) = 0,0039 < 0,05.
 Test de racine unitaire du résidu de Phillips-Perron du modèle (Annexe 7,
page 84).
| Philips Perron | ≥ | Critical Value |  | - 5, 45 | ≥ | - 2, 963 | , au seuil de 5 %.
Les erreurs du modèle sont stationnaires à niveau. Donc, il n’y a pas corrélation des erreurs
du modèle .
 Test d’hétéroscédasticité de White au seuil de 5 % (Annexe 5, page 83).
Les erreurs du modèle sont homocedastiques car Prob = 0,11 > 0,05.
 Test de Breusch-Godfrey, (Annexe 6, page 83).

Les erreurs du modèle sont non corrélées car Prob = 0,71 > 0,05, par conséquent, les
estimations obtenues par la méthode des moindres carrés ordinaires sont optimales (BLUE).
 Test CUSUM (Brown, Durbin, Ewans), (Annexe 9, page 84).
La courbe ne coupe pas le corridor, donc, le modèle est structurellement stable pour la
période 1970 à 2000.
 Test de Cusum Carre (Brown, Durbin, Ewans), (Annexe 10, page 85).
Le test Cusum Carré (Brown, Durbin, Ewans) montre qu’il n’y a pas une zone d’instabilité
ponctuelle pour la période 1970 à 2000 car la courbe ne coupe pas le corridor. Donc, le
modèle est structurellement stable pour la période 1970 à 2000.
 Test de Ramsey RESET ( Annexe 8, page 84).
La variable fictive introduite dans le modèle n’est pas significative au seuil de 5 % ,
(Prob = 0, 48 > 0,05 ) . En conséquence, la spécification de ce modèle sur les déterminants
de la croissance économique est complète et comprend toutes les variables pertinentes
pouvant expliquer la variation du produit intérieur brut réel par tête en Centrafrique.

4.5 Analyse des résultats de l’estimation du modèle

Les résultats obtenus suite à l’estimation économétrique de la relation à long terme du


modèle montrent que les variables exogènes expliquent à 52,3 % les variations du PIB réel
par tête en Centrafrique (Annexe 3, page 82). La statistique de Durbin- Watson égale à 1.97
permet d’admettre l’hypothèse de non corrélation des erreurs. Ainsi, le test de Breusch-
Godfrey ( Prob = 0,71 > 0,05), (Annexe 6, page 83) ne fait que confirmer la non corrélation

60
des erreurs. Les valeurs de la statistique de Fisher et de sa probabilité indiquent que le modèle
est globalement significatif [Prob (F-statistic = 0.0039 < 0.05 )]. Malgré la multiplicité des
variables et dimensions pouvant influencer le produit intérieur brut réel par tête en
Centrafrique, le test de Ramsey (Annexe 8, page 84) confirme que toutes les variables
déterminantes sont prises en compte dans ce modèle ( Prob = 0,48 > 0,05 ).

L’analyse des résultats de l’estimation économétrique du modèle par les MCO à long terme
cherche principalement à expliquer la faiblesse du PIB réel par tête en Centrafrique. La
constante C = 27.16 représente les résidus des toutes les variables utilisées dans le modèle.
Cette constante est la part de la croissance non expliquée par les données des variables du
modèle. Elle représente aussi la croissance autonome. Elle est significative et influence
positivement le revenu réel par tête, (Prob = 0,0082 < 0,05). Ce résultat atteste bien que c’est
la technologie qui détermine la quantité de production des biens et services dans une
économie. En outre, c’est un indicateur important de l’efficacité avec laquelle une économie
rationalise son processus de production en limitant le « gaspillage » par une meilleure
combinaison des variables. Ainsi l’augmentation de la valeur ajoutée s’explique par
l’efficacité avec laquelle les travailleurs avec leurs équipements créent la plus-value dans une
économie. Par conséquent le niveau de vie de la population d’un pays dépend de sa capacité
productive. Ainsi, plus un pays dispose d’une technologie performante avec une main-
d’œuvre qualifiée, plus le produit intérieur réel par tête augmente. Le faible revenu par tête en
RCA est en partie expliqué par manque de technologies appropriées dans l’économie.

Le taux d’alphabétisation (TALPH) représente le capital humain dans le modèle. C’est une
valeur approchée du capital humain, car il manque des données sur le taux de scolarisation
primaire, secondaire, les dépenses publiques d’éducation et la force de travail. Cependant, le
capital humain désigne le stock de connaissances acquises à l’école, les expériences
professionnelles, les formations et les qualifications. Ainsi, d’après les études empiriques sur
l’Asie de l’Est, plus une population active est instruite, plus cette population est productive et
rentable. Or, dans ce modèle cette variable (TALPH) est significative ( Prob = 0,05 ≤ 0,05 ) et
influence négativement le taux de croissance du produit intérieur brut réel par tête (Annexe 3,
page 82). Ce résultat infirme notre hypothèse de recherche selon laquelle le capital humain
influence positivement le taux de croissance du produit intérieur brut réel par tête. Les raisons
possibles sont les suivantes : la qualité de l’enseignement dispensé est médiocre, le système
scolaire n’est pas adapté aux besoins économiques du pays et l’adéquation formation emploi

61
n’est pas respectée (chômage). La rémunération du facteur travail laisse à désirer. Le
programme et la qualité de l’enseignement ne sont pas en phase avec les besoins du pays. Par
ailleurs, la main-d’œuvre qualifiée est insuffisante pour influencer positivement la croissance
économique. De plus, cette économie est basée sur l’agriculture de subsistance qui utilise peu
de main-d’œuvre qualifiée (64 % de la population active). La population active pratiquant
cette agriculture est à plus de 50 % analphabète. Donc, la faiblesse de la contribution du
capital humain dans l’accroissement de la productivité et la croissance économique est
expliquée en partie par le manque de main-d’œuvre qualifiée en Centrafrique. Cependant
l’accumulation du capital humain est indispensable pour inverser la tendance et accélérer la
croissance en RCA. En effet, un capital humain élevé est un atout aussi bien pour l’individu
que pour le pays, comme une protection contre les aléas de l’avenir. Ainsi l’éducation pour
tous et la formation doivent être les priorités du gouvernement. En somme, les recherches,
l’éducation, la formation génèrent des externalités positives car elles sont les sources de
progrès techniques , de la productivité et de la croissance.

Le taux de croissance de l’investissement (TINV) représente la formation brute du capital


dans le modèle car il n’y a pas de variations de stock. Cette variable n’est pas significative
(Prob = 0,94 > 0,05) sur le taux de croissance du PIB réel par tête. Ce résultat infirme notre
hypothèse selon laquelle le capital physique influence positivement le taux de croissance du
PIB réel par habitant.

Le taux de croissance de la balance commerciale nette (TBCN) est significatif ( Prob =


0,0010 < 0,05 ) et influence positivement le taux de croissance du PIB réel par tête ( Annexe
3, page 82). Mais, la contribution du secteur commerce au PIB total est en deçà des
potentialités du pays. La balance commerciale nette est souvent déficitaire, car le pays
importe presque la totalité des biens et services. Les recettes des exportations des matières
premières sont insuffisantes pour couvrir les importations . En Centrafrique, le déficit
budgétaire engendre le déficit de la balance commerciale et par voie de conséquence celui des
finances. La faible contribution du commerce à la croissance économique s’explique par la
faiblesse des exportations. Ces exportations ne sont pas diversifiées. Elles se résument
exclusivement aux matières premières ( coton, café, bois, diamants) et sont de faible quantité.
Par ailleurs, le pays ne bénéficie pas de la contrepartie de ces exportations, car ces recettes
d’exportations ne sont jamais revenues dans les banques locales. Seuls les droits de douane et
impôts indirects constituent les recettes de l’Etat. Cependant, le développement des

62
infrastructures, le relèvement de la productivité dans le secteur agricole, la diversification des
exportations, le développement industriel et la fabrication des produits manufacturés et
l’exportation des produits industriels constitueraient une source de création de richesse
nationale.
Le degré d’ouverture (DO), quant à lui, est significatif ( Prob = 0,03 < 0,05) et influence
négativement le taux de croissance PIB réel par tête ( Annexe 3, page 82). Ce résultat infirme
l’hypothèse selon laquelle le degré d’ouverture accroît le bien-être social de la population.
Cependant, la population centrafricaine vit dans des conditions précaires malgré
l’extraversion son économie. Le pays ne gagne rien en contrepartie de cette ouverture car il
importe plus de biens et services qu’il n’en produit et exporte. Or, la capacité d’importation
dépend en principe de la capacité d’exportation, ce qui n’est pas le cas pour la Centrafrique.
Comme le gain de cette ouverture dépend de la nature et de la quantité de marchandises
exportées, l’Etat doit protéger les industries nationales de la concurrence déloyale des pays
tiers. L’ouverture se fera progressivement en fonction de l’évolution de l’économie nationale.

Les théories de croissance endogène légitiment le rôle de l’Etat qui dans la régulation
économique dans un pays. De même, les résultats empiriques ont montré que sans des
institutions politiques fortes et sans leur intervention, l’ Asie du Sud-Est ne connaîtrait pas
une augmentation de la productivité et de la croissance. Or, les institutions financières
internationales prônent un libéralisme total de l’économie, ce qui constitue un handicap
majeur pour les pays pauvres comme la Centrafrique qui ne font que subir les lois des pays
développés.
Le taux d’inflation (TINF) n’est pas significatif ( Prob = 0,76 > 0,05 ). L’instabilité politique
(IPOL) n’est pas significative ( Prob = 0,339 > 0,05 ) sur la variable TPIBR (Annexe 3, page
82). La non significativité de cette variable pourrait s’expliquer aussi par le fait que les
troubles sociopolitiques concernent beaucoup plus les secteurs tertiaire et secondaire qui ont
une contribution faible au PIB par rapport au secteur primaire. Les principales causes
d’instabilité en RCA sont : la mauvaise gouvernance, l’injustice sociale, la pauvreté, le salaire
inadéquat, l’envie de pouvoir, … etc. L’instabilité politique paralyse les activités
économiques en milieu rural comme urbain. La perturbation des activités agricoles créée
l’insécurité alimentaire et accentue la sévérité de la pauvreté en milieu rural. De plus, elle
décourage les investisseurs potentiels pour le pays. Quelles sont les solutions possibles
d’ordre institutionnel et économique pouvant extirper la Centrafrique de cette pauvreté
absolue ?

63
CHAPITRE V :
RECOMMANDATIONS ET CONCLUSION GENERALE

Les recommandations sont formulées à l’adresse des pouvoirs publics et les partenaires
internationaux. Mais, la responsabilité incombe beaucoup plus aux autorités nationales qui
doivent être capables de mobiliser les ressources nécessaires et les utiliser rationnellement
afin d’améliorer les conditions de vie de la population et d’éradiquer la pauvreté en
Centrafrique. Ainsi, les expériences en Asie de l’Est ont montré que les institutions politiques
et économiques fortes et crédibles sont déterminantes pour la mobilisation des ressources et
leur allocation efficiente dans le capital, la technologie et le capital humain pour une
croissance économique forte et durable.

5.1 Recommandations

5.1.1 Stabilité politique et macroéconomique

 Stabilité politique

Les principaux déterminants de l’instabilité politique sont : l’injustice, la pauvreté, la


mauvaise gouvernance, la mauvaise répartition des revenus et le salaire inadéquat . Alors pour
avoir la stabilité, il faut des institutions politiques et économiques fortes et crédibles. Ces
institutions doivent être aptes pour faire les bons choix fondamentaux de politiques
économiques dans les domaines comme la mobilisation d’une épargne intérieure suffisante et
son allocation efficiente dans les capitaux humain et physique indispensables pour
l’accroissement de la productivité et la croissance.

 Stabilité macroéconomique

L’expérience en Asie de l’Est a montré que la gestion macroéconomique saine et prudente a


un effet positif sur la croissance. A cet effet, le gouvernement doit rationaliser ses dépenses de
fonctionnement et investir massivement dans les secteurs productifs, à savoir : le capital
humain et le capital physique. Les recettes fiscales peuvent être augmentées grâce aux

64
réformes de fond dans les administrations par un allégement des procédures de déclarations
par guichet unique et la limitation des exonérations et franchises, … etc.
5.1.2 Allocation efficace des ressources

 Capital humain

L’accumulation du capital humain a un impact positif sur la croissance au Kenya selon Azam
et Daubré (1997). En conséquence, l’éducation pour tous et l’alphabétisation doivent être la
priorité du gouvernement. Ainsi, 40% du PIB doit être dégagé pour la construction des écoles
et la formation des enseignants et professeurs. Les programmes d’enseignement doivent être
de qualité et adaptés aux besoins économiques du pays. L’accent doit être mis sur la
formation scientifique et technique avec l’accès à l’informatique et à la télématique.
L’objectif majeur serait que tous les enfants accèdent facilement à l’éducation au niveau
primaire et secondaire. L’alphabétisation de la population est un atout pour accroître la
capacité productive de la population active. Ainsi, il faut que les ratios suivants soient
respectés : 45 élèves pour un enseignant et 45 élèves pour une classe.

 Politique commerciale

La promotion des exportations génèrerait des recettes pour assurer le service de la dette et
réaliser de nouveaux investissements dans les secteurs productifs. Ainsi, ces recettes vont
permettre d’importer des biens d’équipements, matériels et technologies pour le
développement industriel du pays. La transformation des matières premières en produits
manufacturés à forte valeur ajoutée est un atout pour l’économie centrafricaine. La stratégie la
plus appropriée pour le pays consiste à augmenter la productivité du secteur agricole par la
mécanisation et les nouvelles technologies. L’investissement dans l’agro-alimentaire semble
être un atout majeur. La diversification des exportations par rapport aux avantages
comparatifs du pays augmenterait la contribution du commerce dans le PIB. Le marché
national doit être protégé par l’Etat par des contrôles efficaces sur les importations.

Cependant, l’économie centrafricaine est handicapée par son enclavement et par son manque
d’infrastructures. Les infrastructures (routes, ports maritimes, aéroports, chemins de fers,
voies navigables et installations de télécommunication et de technologiques) sont des
paramètres essentiels de la croissance économique . En effet, les infrastructures permettent de

65
doper la production, d’accroître la productivité et de faire face à la concurrence internationale.
La différence de productions et de niveau de vie entre les pays riches et les pays pauvres
s’explique par les écarts en termes d’accumulation de capital matériel et humain. Ainsi, la
technologie permettrait à la RCA de lever les contraintes naturelles et structurelles liées à son
enclavement et à ses infrastructures qui handicapent sérieusement la croissance économique.

Le gouvernement doit créer un environnement favorable pour les activités du secteur privé en
mettant l’accent sur les entrepreneurs locaux. C’est le secteur privé national qui joue un rôle
capital dans la création de la richesse dans un pays. Les exportateurs et opérateurs
économiques nationaux doivent être subventionnés. Les investissements directs étrangers
doivent être encouragés en mettant l’accent sur les exportations. La politique
d’encouragement de nationaux à la création de micro, petites et moyennes entreprises semble
être une stratégie efficace pour le développement économique et social.

5.2 Conclusion générale

La croissance économique est un concept complexe multidimensionnel qui dépend de


plusieurs variables spécifiques à chaque pays. Cependant, beaucoup de théories économiques
sur ce concept sont souvent remises en cause . L’objectif général de cette étude consiste à
rechercher les déterminants de la croissance économique en Centrafrique pour la période de
1970 à 2000. L’analyse de ces variables permettra d’appliquer des politiques économiques
appropriées pour l’augmentation de la productivité et de la croissance économique forte et
durable. Une bonne distribution de cette croissance permettrait de réduire considérablement
et durablement la pauvreté en Centrafrique. Ainsi, l’analyse de la revue de la littérature
théorique et empirique sur la croissance débouche sur les quatre hypothèses de recherche que
nous avons vérifiées par le modèle de croissance endogène de Mankiw-Romer-Weil (1992).
Les variables explicatives de notre modèle sont choisies en fonction de leur pertinence et
surtout de la disponibilité des données. Le manque de données sur la variable déterminante, à
savoir le capital humain est un handicap majeur pour notre étude. Néanmoins nous avons
surmonté cet obstacle par une valeur approchée qui est le taux d’alphabétisation.

L’analyse économétrique cherche principalement à expliquer le faible revenu réel par tête en
RCA. Ainsi les résultats de l’estimation économétrique à long terme du modèle par les MCO
a montré que le capital humain, le commerce, le degré d’ouverture sont les principaux

66
déterminants de la croissance économique en Centrafrique au cours de la période analysée.
Cette étude nous a permis de mettre en lumière grâce aux nouvelles théories sur la croissance
les rôles prépondérants de l’insuffisance de l’investissement en capital physique pouvant
accompagner le capital humain. La relation négative entre la croissance et l’instabilité
politique est aussi vérifiée par cette étude. Cependant, la constante est significative et
influence positivement la croissance économique. Elle représente les résidus des tous les
facteurs utilisés dans le modèle. Cette constante C représente la croissance autonome du
modèle.

L’analyse de la littérature théorique et empirique sur les variables déterminantes de la


croissance économique et les résultats de cette estimation économétrique nous ont permis de
tirer plusieurs enseignements. La première leçon que nous pouvons tirer de cette étude est
que le développement économique et social d’un pays est un problème politique. A cet effet l
les institutions politiques et économiques du pays doivent être crédibles et fortes car ce sont
elles qui font les choix fondamentaux des politiques économiques à appliquer leur suivi. En
outre, pour atteindre une croissance économique forte et durable nécessaire à la réduction de
la pauvreté, certaines conditions doivent être remplies, à savoir la stabilité politique, la
stabilité macroéconomique, l’allocation efficace des ressources et l’investissement en capital
humain .
Ainsi, sans une stabilité politique, sans une gestion macroéconomique saine, sans des
investissements conséquents dans les secteurs productifs et sans les interventions efficaces des
pouvoirs publics, l’accroissement de la productivité et de la croissance économique en
Centrafrique serait impossible.

La Centrafrique possède d’énormes potentialités économiques naturelles, mais il lui manque


le capital, la technologie et les compétences humaines requises pour accroître la productivité
et la croissance pour son développement. Pour mobiliser les ressources et les utiliser
efficacement, il faut des institutions politiques, économiques, crédibles et fortes.

La stratégie qui semble efficace en RCA est celle qui consiste à faire de l’agriculture le
moteur de la croissance. A cet effet, une gestion macroéconomique saine permet de dégager
une épargne suffisante afin d’acquérir la technologie pour relever la productivité de
l’agriculture. Cette bonne gestion des finances publiques va permettre de dégager une épargne
suffisante, sources de nouveaux investissements dans le capital humain et le développement

67
industriel. La transformation locale des matières premières en produits manufacturés à forte
valeur ajoutée pour la consommation locale et l’exportation sont nécessaires pour générer les
recettes pour l’accroissement du PIB total. La promotion des exportations permet d’acquérir
des devises pour assurer le service de la dette et réaliser de nouveaux investissements.

Aucun pays au monde ne peut se développer en comptant exclusivement sur l’aide extérieure
ou les emprunts. L’Etat doit mettre en place les infrastructures de base et un environnement
propice pour encourager le secteur privé car c’est lui qui crée la richesse au niveau national.
En conséquence, l’Etat doit encourager les opérateurs économiques nationaux par des
subventions, des crédits à l’exportation. L’investissement direct étranger doit être encouragé,
car il vient en complément à l’épargne nationale et engendre la création de richesse nationale.
Comme, le niveau de vie de la population d’un pays dépend de sa capacité productive, l’Etat
doit mettre à la disposition de la population active les infrastructures de base afin de relever la
productivité, base de la croissance. La pauvreté absolue dans laquelle vit la population
centrafricaine est la résultante de politiques économiques inappropriées appliquées jusqu’à
présent. Cette pauvreté en Centrafrique est expliquée en partie par la faiblesse de la
productivité. L’une des solutions possibles pour réduire considérablement et durablement la
pauvreté Centrafrique consiste à rendre les pauvres productifs grâce aux investissements en
capital humain et physique.

Les résultats de l’estimation économétrique du modèle par les moindres carrés ordinaires ont
montré quelles sont les variables déterminantes de la productivité et de la croissance
économique en RCA. De plus, l’analyse de la littérature théorique et empirique sur ces
déterminants a montré la relation entre la productivité et la croissance économique. Il
convient maintenant de mettre en œuvre des stratégies et des politiques économiques
appropriées en fonction de ces résultats pour atteindre les objectifs de croissance économique
forte et durable qui, avec une bonne distribution, réduirait la pauvreté en RCA. Comme on ne
peut pas parler de distribution de richesse sans la créer, notre souhait serait prochainement de
modéliser les déterminants de la pauvreté en Centrafrique.

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74
ANNEXES

Annexe 1: Tableau des données

Année TPIBR TALPH TINV TBCN TINF DO IPOL


1970 -0.002 14.04 9.88 -5.69 3 0.367 0
1971 6.35 14.93 10.88 -15.68 8 0.336 0
1972 0.148 15.8 12.91 33.01 7 0.293 0
1973 17.95 16.69 33.39 4.54 5 0.325 0
1974 3.76 17.56 -22.83 105.7 9 1.603 0
1975 34.56 18.8 19.8 62.08 16 0.305 0
1976 19.14 19.33 3.3 -54.72 10 0.257 0
1977 12.44 20.23 8.57 43.64 11 0.297 0
1978 20.35 21.15 13.4 38.1 11 0.286 0
1979 14.77 20.1 3.25 39.28 9 0.287 1
1980 13.73 23.1 -18.62 42.02 17 0.331 0
1981 -12.82 24.1 8.72 -46.81 0 0.292 1
1982 7.7 25 -17.8 34.08 13 0.282 0
1983 -11.97 25.9 56.16 -8.9 15 0.303 0
1984 -3.16 26.9 0.71 -5.9 3 0.294 0
1985 35.59 27.9 69.49 27.7 10 0.265 0
1986 29.52 28.9 7.79 60.4 2 0.235 0
1987 8.17 30 5.77 -0.931 -7 0.226 0
1988 5.86 31.1 -12.37 -14.431 -4 0.204 0
1989 -1.1 32.2 9.86 -12.32 1 0.214 0
1990 17.24 33.3 25.36 63.8 0 0.087 0
1991 -5.59 34.6 -4.85 -27.87 -2 0.174 0
1992 2.12 35.8 0.11 31.04 -1 0.178 1
1993 -9.43 37.2 -24.25 -40.04 -3 0.181 1
1994 -34.32 38.4 -24.45 -55.04 25 0.268 0
1995 31.52 39.8 51.76 68.105 19 0.24 0
1996 -4.61 41.2 -69.6 -51.33 4 0.19 1
1997 -6.24 42.5 113.52 35.95 2 0.22 1
1998 4.37 44 44.21 59.13 -2 0.211 0
1999 0.39 45.3 6.77 -58.38 -1 0.128 0
2000 -9.36 47 -0.317 -18.384 3 0.146 0

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Banque Africaine de Développement 2003 ( CD rom 2003).

75
Annexe 2 : Résultats du test de stationnarité de Phillips-Perron

1) TPIBR
A niveau
▪ Avec constante
Null Hypothesis: TPIBR has a unit root
Exogenous: Constant
Bandwidth: 2 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -4.881609 0.0005
Test critical values: 1% level -3.670170
5% level -2.963972
10% level -2.621007
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

▪ Avec constante et tendance

Null Hypothesis: TPIBR has a unit root


Exogenous: Constant, Linear Trend
Bandwidth: 2 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -5.485640 0.0006
Test critical values: 1% level -4.296729
5% level -3.568379
10% level -3.218382
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

▪ Sans constante ni tendance


Null Hypothesis: TPIBR has a unit root
Exogenous: None
Bandwidth: 3 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -4.446723 0.0001
Test critical values: 1% level -2.644302
5% level -1.952473
10% level -1.610211
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Conclusion : TPIBR est I(0) au seuil de 5 %

76
2) TALPH
A niveau
▪ Avec constante

Null Hypothesis: TALPHhas a unit root


Exogenous: Constant
Bandwidth: 8 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic 6.025929 1.0000
Test critical values: 1% level -3.670170
5% level -2.963972
10% level -2.621007
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Residual variance (no correction) 0.292515


HAC corrected variance (Bartlett kernel) 0.033213

▪ Sans constante ni tendance

Null Hypothesis: TALPH has a unit root


Exogenous: None
Bandwidth: 0 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic 10.54536 1.0000
Test critical values: 1% level -2.644302
5% level -1.952473
10% level -1.610211
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Residual variance (no correction) 0.317882

Conclusion : TALPH est I(0) au seuil de 5 %


A niveau
▪ Avec constante

Null Hypothesis: TINV has a unit root


Exogenous: Constant
Bandwidth: 2 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -7.478743 0.0000
Test critical values: 1% level -3.670170
5% level -2.963972

77
10% level -2.621007
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

▪ Avec constante et tendance

Null Hypothesis: TINV has a unit root


Exogenous: Constant, Linear Trend
Bandwidth: 2 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -7.394400 0.0000
Test critical values: 1% level -4.296729
5% level -3.568379
10% level -3.218382
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

▪ Sans constante ni tendance

Null Hypothesis: TINV has a unit root


Exogenous: None
Bandwidth: 2 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -6.637595 0.0000
Test critical values: 1% level -2.644302
5% level -1.952473
10% level -1.610211
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Conclusion: TINV est I(0) au seuil de 5%

4) TBCN
A niveau
▪ Avec constante

Null Hypothesis: TBCN has a unit root


Exogenous: Constant
Bandwidth: 1 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -6.589836 0.0000
Test critical values: 1% level -3.670170
5% level -2.963972
10% level -2.621007
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

78
▪ Avec constante et tendance

Null Hypothesis: TBCN has a unit root


Exogenous: Constant, Linear Trend
Bandwidth: 28 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -19.05072 0.0000
Test critical values: 1% level -4.296729
5% level -3.568379
10% level -3.218382
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

▪ Avec constante et tendance

Null Hypothesis: TBCN has a unit root


Exogenous: None
Bandwidth: 2 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -6.174839 0.0000
Test critical values: 1% level -2.644302
5% level -1.952473
10% level -1.610211
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Conclusion: TBCN est I(0) au seuil de 5 %

5) TINF

A niveau
▪ Avec constante

Null Hypothesis: TINF has a unit root


Exogenous: Constant
Bandwidth: 2 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -3.537877 0.0137
Test critical values: 1% level -3.670170
5% level -2.963972
10% level -2.621007

79
▪ Avec constante et tendance

Null Hypothesis: TINF has a unit root


Exogenous: Constant, Linear Trend
Bandwidth: 0 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -3.837934 0.0282
Test critical values: 1% level -4.296729
5% level -3.568379
10% level -3.218382

▪ Sans constante ni tendance


Null Hypothesis: TINF has a unit root
Exogenous: None
Bandwidth: 3 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -2.556967 0.0124
Test critical values: 1% level -2.644302
5% level -1.952473
10% level -1.610211

Conclusion: TINFL est I(0) au seuil de 5 %

6) DO
A niveau
▪ Avec constante
Null Hypothesis: DO has a unit root
Exogenous: Constant
Bandwidth: 2 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -4.672924 0.0008
Test critical values: 1% level -3.670170
5% level -2.963972
10% level -2.621007
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

80
▪ Avec constante et tandance
Null Hypothesis: DO has a unit root
Exogenous: Constant, Linear Trend
Bandwidth: 11 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -6.535818 0.0000
Test critical values: 1% level -4.296729
5% level -3.568379
10% level -3.218382

*MacKinnon (1996)
one-sided p-values.

▪ Sans constante ni tendance

Null Hypothesis: DO has a unit root


Exogenous: None
Bandwidth: 3 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -2.572993 0.0119
Test critical values: 1% level -2.644302
5% level -1.952473
10% level -1.610211
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

Conclusion : DO est I (0)

7) IPOL

A niveau
▪ Avec constante

Null Hypothesis: IPOL has a unit root


Exogenous: Constant
Bandwidth: 4 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -4.437880 0.0015
Test critical values: 1% level -3.670170
5% level -2.963972
10% level -2.621007

81
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

▪ Avec constante et tandance

Null Hypothesis: IPOL has a unit root


Exogenous: Constant, Linear Trend
Bandwidth: 7 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -4.506408 0.0061
Test critical values: 1% level -4.296729
5% level -3.568379
10% level -3.218382
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.

▪ Sans constante ni tendance

Null Hypothesis: IPOL has a unit root


Exogenous: None
Bandwidth: 1 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -3.793822 0.0005
Test critical values: 1% level -2.644302
5% level -1.952473
10% level -1.610211
*MacKinnon (1996) one-sided p-values.
Conclusion: IPOL est I ( 0 ) au seuil de 5 %

Annexe 3 : Estimation par les MCO de la relation à long terme

Dependent Variable: TPIBR


Method: Least Squares
Date: 07/12/04 Time: 15:02
Sample: 1970 2000
Included observations: 31
Variable Coefficient Std. Error t-Statistic Prob.
C 27.16090 9.427843 2.880924 0.0082
TALPH -0.517428 0.253109 -2.044287 0.0520
TINV 0.005183 0.074397 0.069672 0.9450
TBCN 0.232912 0.062089 3.751237 0.0010
TINF -0.092001 0.310188 -0.296598 0.7693
DO -24.69995 10.73573 -2.300725 0.0304
IPOL -5.608159 5.751016 -0.975160 0.3392
R-squared 0.523716 Mean dependent var 6.034710
Adjusted R-squared 0.404645 S.D. dependent var 15.45057
S.E. of regression 11.92154 Akaike info criterion 7.990250
Sum squared resid 3410.955 Schwarz criterion 8.314054
Log likelihood -116.8489 F-statistic 4.398353

82
Durbin-Watson stat 1.979521 Prob(F-statistic) 0.003908

Annexe 4 : Résultats du test de normalité de Jarque-


Bera

9
Series: Residuals
8 Sample 1970 2000
7 Observations 31

6 Mean 1.55E-15
Median -1.429065
5 Maximum 23.51898
4 Minimum -19.74584
Std. Dev. 10.66295
3 Skewness 0.383434
Kurtosis 2.804865
2
1 Jarque-Bera 0.808794
Probability 0.667379
0
-20 -15 -10 -5 0 5 10 15 20 25

Annexe 5 : Résultats du test d’héteroscédasticité de White

White Heteroskedasticity Test:


F-statistic 3.508069 Probability 0.115021
Obs*R-squared 29.69761 Probability 0.280328

Test Equation:
Dependent Variable: RESID^2
Method: Least Squares
Date: 07/12/04 Time: 15:14
Sample: 1970 2000
Included observations: 31

Annexe 6 : Résultats du test de Breusch-Godfrey

Breusch-Godfrey Serial Correlation LM Test:


F-statistic 0.343255 Probability 0.713189
Obs*R-squared 0.938083 Probability 0.625602

83
Annexe 7 : Résultats du test des résidus de Phillips-Perron

Null Hypothesis: RESIDUAL has a unit root


Exogenous: Constant
Bandwidth: 4 (Newey-West using Bartlett kernel)
Adj. t-Stat Prob.*
Phillips-Perron test statistic -5.455304 0.0001
Test critical values: 1% level -3.670170
5% level -2.963972
10% level -2.621007

Annexe 8 : Résultats du test de Ramsey

Ramsey RESET Test:


F-statistic 0.511889 Probability 0.481523
Log likelihood ratio 0.682372 Probability 0.408771

Test Equation:
Dependent Variable: TPIBR
Method: Least Squares
Date: 07/12/04 Time: 15:22
Sample: 1970 2000
Included observations: 31

84
Annexe 9 : Résultats du test CUSUM (Brown, Durbin, Ewans)
15

10

-5

-10

-15
80 82 84 86 88 90 92 94 96 98 00

CUSUM 5% Significance

Annexe 10 : Résultats du test de CUSUM of Squares

1.6

1.2

0.8

0.4

0.0

-0.4
80 82 84 86 88 90 92 94 96 98 00

CUSUM of Squares 5% Significance

85
Annexe 11 : Les trajectoires des séries du modèle

Les graphiques montrent que les trajectoires des variables évoluent de manière
discontinues.

40 120

30
80
20

10 40
0
0
-10

-20
-40
-30

-40 -80
1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000

TXCPIBR TXCBCNET

48 28

44 24

40 20

36 16

32 12

28 8

24 4

20 0

16 -4

12 -8
1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000

TXALPHA TINF

120
2.0

80
1.6

40
1.2

0 0.8

-40 0.4

-80 0.0
1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000

TXCINVEST DEGRO

1.0

0.8

0.6

0.4

0.2

0.0
1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000

INSTAPOL

86
Annexe 12 : Tableau des données suite
Les investissements, exportations, importations et PIB sont en millions de dollars US.
Année INV Exportations Importations PIB TINV DO
1994 100 205 253 853 0.268
1995 151 229 311 1122 0.51 0.24
1996 46 185 225 1070 - 0.69 0.19
1997 98 196 250 1003 1.13 0.22
1998 142 178 264 1047 0.44 0.211
1999 151 117 153 1051 0.06 0.128
2000 103 125 154 953 - 0.31 0.146
Source: World development indicators 2003 (CD rom 2003 ), World Bank.

87