Vous êtes sur la page 1sur 89

SERVICE D'ENSEIGNEMENT A DISTANCE

UNIVERSITE DE LILLE3
BP 20225 - 59654 VILLENEUVE D’ASCQ CEDEX

ANNEE UNIVERSITAIRE 2007/2008 N° de Code UE : 1B14S1(B)/2A12S1(A)


4I11S1(B)/4H14S1(B)/4R13S2(C)/4P13S1(A)

DISCIPLINE : HISTOIRE DE L’ART/ETUDES ROMANES ENVOI UNIQUE


ANGLAIS pages 1 à 88 dont devoirs

ANNEE : Licence 1ère année (L1)


SEMESTRE : S1

N° DE L’UE : 4 / 2 / 1 / 3 INTULE : METHODOLOGIE DISCIPLINAIRE –


PRATIQUE DE LA LANGUE - LANGUE - RENFORCEMENT

INTITULÉ DU PROGRAMME : Techniques d’expression française– Français –


Expression française – Poétique du français

COURS DE Madame DORMARD Josette

Techniques d’expression française

COURS DE Madame DORMARD Josette


1

À LIRE ATTENTIVEMENT

Ce fascicule consacré aux techniques d'expression française s'adresse aux étudiants de


première année du Centre de Télé-enseignement de Lille III, inscrits dans diverses U.F.R. :
U.F.R. d'Anglais, d'Études romanes, U.F.R. d'Histoire de l'Art.

Les étudiants d’Études romanes et d’Histoire de l’art devront rendre 4


commentaires de texte.
Modalités de l’examen :
U.F.R. d'Études romanes : durée de l’épreuve 1 heure 30. Semestre impair Session 1 :
début janvier 2008 – Semestre impair Session 2 : début juin 2008
U.F.R. d'Histoire de l'Art : durée de l’épreuve 1 heure. Semestre impair Session 1 :
début janvier 2008 – Semestre impair Session 2 : début juin 2008.
Contenu de l’épreuve : la durée de l’épreuve implique qu’on ne peut demander aux
étudiants d’effectuer, le jour de l’examen, un commentaire ou une dissertation dans son
intégralité. On peut demander, par exemple :

- de rédiger une introduction, une conclusion et de construire un plan du


développement sans le rédiger.
- de rédiger le développement à partir d’un plan proposé.
- de faire une partie du travail.

Les étudiants de l’UFR d’Anglais n’auront pas à effectuer un commentaire de texte mais
devront étudier, à partir de deux textes en prose, du XVIIe au XXIe siècle, deux notions
parmi les six suivantes : récit, discours, discours rapporté, niveaux de langue et registres
littéraires (tonalités), modalisation, ironie.
Modalités d’évaluation : examen terminal de 2 heures.

Bon courage à tous…


2

Sommaire

pages

I - Correction de la langue 3
A - Éviter les fautes d'orthographe et les incorrections grammaticales les plus fréquentes. 3
1 - Rappel de quelques règles 4
2 - Exercices proposés en autocorrection en utilisant un dictionnaire. 9
B - Éviter les impropriétés lexicales. 21
1 - Quelques rappels 21
2 - Exercices proposés en autocorrection en utilisant un dictionnaire. 31

II - Questions de cours avec exercices et corrections 36


A - Les fonctions du langage 36
B - Les figures de style 43
C - Les niveaux de langue et registres littéraires (tonalités) 46
D - Champ lexical et champ sémantique 51
E - Dénotation - connotation 57
F – Récit - Discours - Discours rapporté 59
G - Typologie des textes 64
H - Ponctuation 70
I - Valeur des temps et des modes 71

III - Commentaires composés 73


A - Brefs rappels d’histoire littéraire 73
B - Méthode du commentaire composé 74
C - Devoirs : 4 commentaires composés 75

IV - Pratique de la langue pour les étudiants de l’UFR d’Anglais 79


A - Méthode 79
B - Trois devoirs 82
3

I - CORRECTION DE LA LANGUE

A - ÉVITER LES FAUTES D’ORTHOGRAPHE ET INCORRECTIONS


GRAMMATICALES LES PLUS FRÉQUENTES

1 - Rappel de quelques règles


2 - Exercices proposés en autocorrection en utilisant un dictionnaire.
4

1 - Rappel de quelques règles

Ne pas confondre :

a à la là
ça çà or hors
ces ses ou où
des dès si ci

foi, foie, fois, Foix


fond, fonds, font, fonts
ma, mât, mas
mord, mors, mort
sain, saint, sein, seing, ceint, cinq
saut, sceau, seau, sot, Sceaux
vain, vainc, vin, vingt
vair, ver, verre, vers

ancre encre autant au temps


balais ballet autour de au tour de
bon bond bientôt bien tôt
car quart plutôt plus tôt
champ chant c'est s'est
chat chas davantage d'avantage
compte conte quelquefois quelques fois
cygne signe quoique quoi que
du dû quelque quel que
ère erre
faim fin
héros héraut
maux mot
mou moût
mur mûr
pain pin
pécher pêcher
point poing
puits puis
raisonner résonner
seller sceller
sur sûr
voie voix
5

Ne pas confondre

Participe présent - quant Adjectif - cant

communiquant communicant
convainquant convaincant
provoquant provocant
suffoquant suffocant
vaquant vacant

Participe présent - guant Adjectif - gant

déléguant délégant
extravaguant extravagant
fatiguant fatigant
naviguant navigant
zigzaguant zigzagant

Participe présent - ant Adjectif - ent

adhérant adhérent
coïncidant coïncident
convergeant convergent
déférant déférent
détergeant détergent
divergeant divergent
émergeant émergent
équivalant équivalent
excellant excellent
expédiant expédient
influant influent
négligeant négligent
précédant précédent
somnolant somnolent
violant violent
6

Formation des adverbes en - ment

Ils se forment sur les adjectifs : on reprend la voyelle finale et on redouble la consonne.

Évident évidemment abondant abondamment


fréquent fréquemment suffisant suffisamment
impatient impatiemment constant constamment
apparent apparemment bruyant bruyamment
intelligent intelligemment brillant brillamment

Attention à : vraiment, absolument, gentiment

Savoir accorder

Approuvé, attendu, étant donné, excepté, compris (non compris, y compris), passé,
supposé, vu ...

Préposées, ces formes demeurent invariables.


ex. : Excepté les provençaux ...
Postposées, ces formes s'accordent comme un adjectif épithète.
ex. : Ces raisons étant données ...
Ceux-là exceptés ...

Ci-inclus demeure invariable quelle que soit sa position.

Ci-joint, préposé demeure invariable.


ex. : Ci-joint, une lettre adressée à vous.
Ci-joint, postposé s’accorde comme un adjectif épithète.
ex. : La lettre ci-jointe.
Les honoraires ci-joints.
7

Accord des mots composés

1 - Les deux éléments appartiennent à l’espèce du nom (substantif + substantif,


substantif + adjectif, adjectif + adjectif, adjectif + substantif). Ils prennent tous deux la
marque du pluriel.
ex. : un chou-fleur des choux-fleurs
un coffre-fort des coffres-forts
une basse-cour des basses-cours
un sourd-muet des sourds-muets

Les substantifs ayant fonction de complément déterminatif demeurent invariables :


ex. : de l’eau-de-vie des eaux-de-vie
un timbre-poste des timbres-poste (de la poste)
un bain-marie des bains-marie

2 - Un des deux éléments est un verbe, l’autre un verbe, un pronom ou un substantif


ayant fonction de complément déterminatif. Les mots composés sont alors invariables au
pluriel.
ex. : un laissez-passer des laissez-passer
un on-dit des on-dit
un meurt-de-faim des meurt-de-faim

3 - Un des éléments est un verbe, l’autre un substantif ayant fonction de complément


d’objet. Seul le complément d’objet porte la marque du pluriel s’il évoque des objets
nombrables.
ex. : un passe-lacet des passe-lacets
un tire-bouchon des tire-bouchons

(Attention : un compte-gouttes, un porte-clés)


S’il évoque une matière, il demeure invariable.
ex. : un brise-glace des brise-glace
un pare-boue des pare-boue
un porte-monnaie des porte-monnaie

4 - Un des deux éléments est un mot invariable, l’autre est un substantif. Le substantif
seul prend la marque du pluriel.
ex. : des haut-parleurs, des en-têtes
8

Accord des participes passés

1 - Participe passé + auxiliaire être : il s’accorde avec le sujet.


ex.: elle est partie.

2 - Participe passé + auxiliaire avoir : il s’accorde avec le complément d’objet direct quand
celui-ci est placé avant le verbe.
ex.: elle a rencontré Anne.
J’ai rencontré Anne. Je l’ai rencontrée.
Quand le C.O.D. est neutre, le participe reste invariable.
ex.: des livres, je n’en ai jamais lu autant.

3 - Le participe passé des verbes pronominaux.

- L’accord se fait avec le sujet du verbe.


ex.: elles se sont absentées.
- Verbes pronominaux de sens passif : le participe s’accorde avec le sujet du verbe.
ex.: ces musiques se sont jouées partout.
- Quand le pronom personnel complément du verbe pronominal a la valeur d’un
complément d’objet direct, le participe passé s’accorde avec ce complément.
ex : elle s’est lavée.
Ils se sont rencontrés.
- Quand le pronom personnel complément du verbe pronominal est un complément
indirect, le participe passé reste invariable.
ex.: la crue s’est ouvert un passage.
Ils se sont écrit.
Les jours se sont succédé si vite!
- Quand le verbe pronominal a lui-même un complément d’objet direct placé avant, le
participe s’accorde avec ce complément.
ex.: voilà toutes les lettres qu’ils se sont écrites.
- Quand le verbe pronominal a lui-même un complément d’objet direct placé après, le
participe reste invariable.
ex.: ils se sont écrit plusieurs lettres.

4 - Autres cas
- Le participe passé des verbes impersonnels est toujours invariable.
ex.: tu as entendu les coups de tonnerre qu’il y a eu cette nuit ?
- Le participe passé de faire + infinitif reste invariable.
ex.: Anne est arrivée. Je l’ai fait entrer dans le salon.
- Dans la construction participe passé + infinitif, le participe passé s’accorde avec le
complément d’objet direct quand ce complément est aussi le sujet du verbe à l’infinitif.
ex.: une musique que j’ai entendu jouer.(entendre jouer la musique)
une actrice que j’ai entendue jouer. (Entendre l’actrice jouer)
9

2 - Exercices proposés en autocorrection en utilisant un dictionnaire

Écrivez, en l’orthographiant correctement, le nom ou l’adjectif qui est le radical de


chacun des verbes suivants :
taquiner - affamer - vacciner - baigner - essaimer - bouquiner - parrainer - planifier - brunir -
parfumer

Écrivez les dérivés de sens négatif des adjectifs suivants (ex. : possible - impossible) :
digne - puissant - mangeable - corrigible - complet - pitoyable - buvable - certain - cohérent -
publiable

Les mots de la liste suivante se terminent tous par le son /j/. Quelle règle en deux parties
pouvez-vous formuler qui permette de rendre compte de leur orthographe ?
accueil - appareil - attirail - bercail - bouvreuil - broussaille - canaille - chevreuil - corbeille -
corneille - écueil - épouvantail - éveil - ferraille - feuille - gouvernail - limaille - médaille -
orteil - oseille - portail - recueil - rocaille - sérail - seuil - treille - treuil - trouvaille - vitrail -
volaille.

Complétez les phrases qui suivent en mettant soit le participe présent du verbe indiqué
soit l’adjectif qui en est dérivé :
1 - (Négliger) Dans cette affaire, il s’est montré extrêmement ...
2 - (Fatiguer) Son long discours, ... l’assistance, n’a pas été écouté.
3 - (Converger) J’en suis très heureux, nos points de vue sont ...
4 - (Diverger) Les interprétations ... sur ce sujet essentiel, il fut impossible de trouver un
compromis entre les deux parties.
5 - (Naviguer) Dans la marine comme dans l’aviation, on distingue le personnel ... de celui
qui reste à terre.
6 - (Intriguer) Il obtient tout ce qu’il veut ; il est habile, adroit et ...

Le phonème /s/ peut s’écrire de différentes façons. Rétablissez la graphie qui convient
pour chacun des mots suivants :
discu ...ion - élocu ...ion - succe ...ion - di ...ernement - ab ...ence - exposi ...ion - absten ...ion
- no ...ion - progre ...ion - exalta ...ion - dimen ...ion - su ...eptible - posi ...ion - a ...en ...ion.

Rétablissez la graphie des mots suivants :


une référ ...ce - un fragm ... - une évid ...ce - une puiss ...ce - une d ...sité - une inconst ...ce -
une asson ...ce - une ...goisse - une tourm ...te - une résist ...ce - un av ...tage - une occurr ...ce
- une prest ...ce - un ...ch ...tement.

Compléter les mots qui suivent par la terminaison qui convient (oir/oire) :
un prét ... - un orat ... - un réquisit ... - un audit ... - un gouvernement transit ... - un esp ... - un
étouff ... - un écrit ... - un terr ... - un grim ... - un criminel not ... - un résultat aléat ... - un
comportement ostentat ... - un ornement superfétat ...
10

Étudiez dans ce texte l’orthographe des sons consonnes s, z, ks, et gz, en donnant deux
exemples de graphies différentes pour chacun de ces sons :
La foire de Beaucaire
Dans nos provinces méridionales, cette foire était la féérie de l’année, la distraction de
toutes ces existences racornies ; on s’y préparait longtemps à l’avance, et longtemps après on
en causait. On la promettait en récompense à la femme, aux enfants, leur rapportant toujours,
si on ne pouvait les emmener, une dentelle espagnole, un jouet qu’on trouvait au fond de la
malle. La foire de Beaucaire, c’était encore, sous un prétexte de commerce, quinze jours, un
mois de vie libre, exubérante, imprévue, d’un campement bohémien. On couchait çà et là chez
l’habitant, dans les magasins, sur les comptoirs, en pleine rue, sous la toile tendue des
charrettes, à la chaude lumière des étoiles de juillet.
A. Daudet, Contes du lundi (1873).

Quels problèmes de prononciation posent les mots suivants ? Aidez-vous d’un


dictionnaire.
1 - capharnaüm - damner - et caetera - fascisme - fœtus - gageure - minimum - oignon - paon -
suggestion..
2 - Auxerre - Bruxelles - Caen - de Broglie - Laon - Law - New york.

Transformez les mots suivants en leur ajoutant un accent circonflexe. Quels mots
nouveaux obtenez-vous ? Donnez la signification des mots de chacune des deux listes.
Quel est le rôle de l’accent circonflexe dans ces exemples ?
bohème - boite (verbe boiter) - chasse - cote - du - faite (participe passé féminin) - haler -
jeune - matin - mur - pécher - roder - sur (préposition) - tache - tacher.

Dans la conjugaison des verbes en -aître et -oître, la voyelle i porte un accent circonflexe
quand elle se trouve derrière un t ; elle n’en porte pas dans les autres cas ; même chose
pour plaire et ses composés. Appliquez cette règle dans les exemples suivants en mettant,
quand il le faut, l’accent circonflexe manquant sur les formes verbales.
Tout cela me déplait.
Il parait que tu t’es beaucoup amusé hier soir : te connaissant, je n’en doute pas.
Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit.
Le niveau de la rivière décroit lentement.
Il paraitrait que tu l’as déjà vu : je m’étonne que tu ne le reconnaisses pas.
Le livre reparait sous une nouvelle présentation, sans les fautes d’impression qui déparaient la
première édition.
Quand il le rencontrait, il faisait semblant de ne pas le reconnaitre.
Il ne cherche qu’à vous complaire.
S’il vous plait, j’aimerais bien connaitre votre avis - ne vous en déplaise!
Le soleil disparaitra derrière l’horizon dans quelques instants.

Ajoutez un tréma sur les mots suivants, quand c’est nécessaire. Quel rôle joue ce signe
auxiliaire?
aigu - aigue
ambigu - ambigue - ambiguité
exigu - exigue - exiguité
11

cigue (poison) - digue - figue


mais (préposition) - mais (nom)

Trouvez un verbe de la même famille que chacun des noms suivants, et orthographiez-le
correctement :
addition - assassin - autopsie - bouillon - bouton - chiffon - chuchotement - cicatrice -
complot - différence - étiquette - fagot - faisan - filou - mer - parrain - révolution - sanglot -
savon.

Ajoutez un e muet à la fin des mots suivants. Quels mots nouveaux obtenez-vous?
Donnez leur signification.
cru - foi - lai- heur - pair - soi - voir.
dur - ni - par - tu.

Selon le cas, ajoutez ou retranchez un h muet en tête des mots suivants. Quels mots
nouveaux obtenez-vous ? Donnez leur signification, en vous aidant éventuellement d’un
dictionnaire.
Aie (forme verbale) - hache - haine - aire - allier - altère (forme verbale) - hanche - anse - art -
hauteur - ère - être - une.

Les mots suivants se terminent par une ou plusieurs consonnes muettes. Trouvez pour
chacun d’entre eux un dérivé dans lequel ces consonnes se prononcent.
instinct - hasard - bourg - regret - rang - omis - profond - abus - débat - manuscrit - accord -
exact - ajout - argot - pied - grossier - champ - outil - bruit - instant.

Choisissez la forme qui convient pour compléter les phrases suivantes :


Tout ce qu’on peut en déduire par (conséquent, conséquence), c’est que ce malheur était
inévitable.
Nous avons les oreilles (rebattues, rabattues) par des discours qui sont toujours les mêmes.
Les chrétiens furent les (martyrs, martyres) des persécutions romaines qui se déroulèrent au
cours des premiers siècles de notre (ère, aire).
Il y a eu entre nous de graves désaccords, mais finalement notre (différent, différend) a été
réglé à l’amiable.
Un de ses amis prononça sur sa tombe une courte (allocution, élocution), d’une voix d’ailleurs
à peine audible.
Dans le grand salon, on jouait au piano une (balade, ballade) de Chopin.
La paresse et l’ignorance vont de (paire, pair).
Son visage est (empreint, emprunt) d’une grande noblesse.
La cloche (résonne, raisonne) à peine l’a-t-on touchée.
Sur la route des Antilles, les deux (galions, gallons) naviguaient de (concert, conserve),
chargés d’or et de pierreries.

Accordez en genre et en nombre les mots mis entre parenthèses :


On chantait à l’église (un) hymne (émouvant).
Les soldats reçoivent (un) modeste solde.
A combien se monte (ce) solde ?
(Le) pendule marque quinze heures.
(Le) pendule d’une horloge consiste en une chaînette et deux poids.
Oh là là, que d’amours splendides j’ai (rêvé)! (Rimbaud).
Regarde (le) (beau) orgue de Barbarie.
Et (tout) les (bon) gens restaient (silencieux).
12

Hannibal goûta à Capoue des délices (devenu) célèbres.

Les noms suivants ont un sens différent selon qu’ils sont féminins ou masculins. Précisez
lequel et bâtissez pour chaque cas une phrase exemple.
foudre - orgue - poste - statuaire - voile - crêpe - vapeur - aigle - trompette - enseigne -
critique.

Mettez les noms suivants au pluriel. Isolez les cas particuliers.


cheval - chacal - pal - bal - idéal- festival - animal - canal - régal - mistral.
vantail - épouvantail - corail - travail - émail - chandail - soupirail - ail.
landau - cheveu - lieu (poisson) - lieu (endroit) - fabliau - pneu - émeu - bleu - aveu.

Dans cette liste, certains noms (au nombre de sept) font leur pluriel en oux, d’autres en
ous : distinguez les deux catégories :
pou - papou - hibou - chou - clou - genou - sou - boubou - caillou - joujou - fou - matou.

Mettez au pluriel les mots composés qui suivent.


eau-de-vie - pomme de terre - chauffe-eau - sèche-cheveu - justaucorps - cerf-volant - pense-
bête - contrepoison.

Expliquez l’orthographe des mots suivants :


des va-nu-pied - des tête-à-tête - des lave-mains - des coffres-forts - des chefs-d’œuvre -
mesdames - des sourds-muets.

Prononcez les mots suivants. Que constatez-vous ?


un bœuf, des bœufs - une voix étrange, des voix étranges - un cerf, des cerfs - un œuf, des
œufs - un os, des os - un ours, des ours.

Accordez, ou n’accordez pas, les noms propres suivants ? Y-a-t-il une règle fixe ?
On a volé deux Picasso.
De Bonaparte et des Bourbon (Chateaubriand).
La première œuvre des Goncourt s’intitule En 18 ...
Le plafond de la chambre était couvert de petits Cupidon.
Songe à tous ces Tartuffe qu’on ne démasque jamais.

Noms sans article. Accordez les mots entre parenthèses.


Le jardin est rempli de (rose).
Il ne manque pas d’(argent).
On apercevait des têtes d’(oiseau) entre les branches d’(arbre).
Ils s’observaient, dans un silence de (mort).
Il arriva longtemps après, accablé de (mal) et de (chagrin).

Expliquez l’accord de chacun des noms de couleur compris dans le texte suivant :
D’un autre côté, les gris fer se renfrognent encore et s’alourdissent ; les gris de perle
perdent leur azur et se métamorphosent en un blanc sale ; les bruns s’endorment et se
froidissent ; quant aux verts foncés, ainsi que les verts empereur et les verts myrte, ils agissent
de même que les gros bleus et fusionnent avec les noirs ; restaient donc les verts plus pâles,
tels que le vert paon, les cimbales et les laques, mais alors la lumière exile leur bleu et ne
détient plus que leur jaune qui ne garde, à son tour, qu’un ton faux, qu’une saveur trouble.
J.K. Huysmans, À rebours (1884).
13

Expliquez l’accord des adjectifs dans les exemples suivants :


Servitude et grandeur militaires (A. De Vigny).
Les modes d’existence provincial et parisien diffèrent beaucoup.
Il a réclamé un certificat de bonnes vie et mœurs.
Tous les moyens, toutes les compromissions lui sont bons pour s’élever dans la société.
Les langues latine et grecque sont d’origine indo-européenne.

Accordez les mots placés entre parenthèses :


Cette interprétation musicale est en (tout) point remarquable.
De (tout) temps, les hommes ont craint les divinités maléfiques.
Elle est (tout) à ses projets, et ne nous regarde (même) pas.
(Tel) que vous la voyez, elle paraît à peine soixante ans.
Insouciants, les écoliers s’en allaient, (tel) une troupe en désordre.
La philosophie constitue pour l’humanité un bien universel, et comme (tel) elle doit s’élever
au-dessus des différences nationales.
Ils proposaient (même) de les accompagner.
Les (même) causes produisent les (même) effets.
Les dieux eux-(même) seraient sans pouvoir dans une (tel) situation.
Ne touchez plus à ces fleurs : laissez-les (tel) (quel).

Composez des adjectifs en suffixant les noms suivants :


paresse - maladie - livre - mort - peur - finance - vertige - fleur - fruit - campagne - guerre -
banque - style - école - rêve - amour.

Composez des adjectifs en suffixant les noms suivants et en modifiant partiellement (ou
complètement) le radical de base :
bœuf - île - chaleur - temps - main - mâle - angle - médecine - chair - étudiant - enfer -
femme.

Composez des noms à partir des verbes suivants :


flétrir - blesser - traverser - mouvoir - absorber - discuter - déduire - fonder - assembler -
mûrir - alunir - punir - croire - espérer - agglomérer - composer - saler - bouder - habiter -
hacher.

Composez des noms à partir des adjectifs suivants :


triste - pauvre - démoli - négligent - las - bon - fou - éternel - divin - bizarre - lourd - jaloux -
blanc - souple - étroit - faible - facile - oisif - vantard - maigre - familier.

Créez des adverbes à partir des adjectifs suivants. Commentez les difficultés
orthographiques rencontrées.
violent - fréquent - savant - grand - nerveux - facile - exclusif - incident - dû - apparent -
puissant - gai - nouveau - joli - résolu - élégant - étourdi - gentil - goulu - fiévreux.

Trouvez à l’aide d’un préfixe le contraire de chacun des mots suivants. Classez-les
ensuite en fonction des préfixes utilisés.
espoir - ordre - odorant - honneur - bénédiction - malédiction - religion - politique - habile -
gracieux - actif - typique - moral - content - symétrique - courtois.

On appelle parasynthétiques les mots qui sont formés simultanément par suffixation et
par préfixation. Exemple : dévaliser, dérivé directement de valise (les étapes
14

intermédiaires « dévalise » et « valiser » n’existent pas dans la langue). Retrouvez les


parasynthétiques qu’évoquent les définitions suivantes :
Rendre doux.
Serrer dans ses bras.
Porter ses habits du dimanche.
Adopter le mode de vie bourgeois.
Sortir d’une barque ou d’un bateau.
Rendre plus court.
Mettre en paquet.
Rendre fade.
Enlever la poussière.
Qui devient gourd.
Qui ne s’use pas.
Mettre le fils dans.
Démolir la réputation de quelqu’un.
Audacieux, insolent.
Apporter de la mollesse.

La dictée de Mérimée ...

Voici une dictée célèbre dans l’histoire de France ! Mérimée la proposa un jour
comme distraction à la cour de Napoléon III, à Compiègne. L’Empereur fit soixante-
quinze fautes, l’impératrice Eugénie soixante-deux, l’académicien Octave Feuillet dix-
neuf ... Seul l’ambassadeur d’Autriche, le prince de Metternich, s’en tira honorablement
en ne faisant que trois fautes !
1 - Cherchez dans un dictionnaire le sens de : amphitryon, douairière, marguiller,
dysenterie, phtisie, bélître.
2 - Étudiez les mots écrits en italique, et dites pourquoi, selon vous, Mérimée les a
choisis pour les faire figurer dans cette dictée.

Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves
embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots
de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier.
Quelles que soient, et quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les
arrhes qu’étaient censés avoir données à maint et maint fusilier subtil la douairière et le
marguiller ... il était infâme d’en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis, et de
leur infliger une raclée, alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraîchissements avec
leurs coreligionnaires.
Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé
entraîner à prendre un râteau et qu’elle s’est crue obligée de frapper l’exigeant marguiller sur
son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés, une dysenterie se déclara, suivie d’une
phtisie.
« Par saint Martin, quelle hémorragie ! » s’écria ce bélître. À cet événement, saisissant son
goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière.

Se faire dicter des passages du texte suivant :

SOPHIE. - Je ne veux plus jouer avec un méchant garçon comme vous, monsieur.
15

PAUL. - Moi non plus, je ne veux pas jouer avec une méchante fille comme vous,
mademoiselle.
Et tous deux allèrent bouder chacun dans son coin. Sophie s’ennuya bien vite, mais elle
voulut faire croire à Paul qu’elle s’amusait beaucoup ; elle se mit donc à chanter ... Tout à
coup, elle aperçoit une grosse abeille qui se tenait bien tranquille dans un petit coin de la
fenêtre. Sophie savait que les abeilles piquent ; aussi ne chercha-t-elle pas à la prendre avec
ses doigts ; elle tira son mouchoir de sa poche, le posa sur l’abeille et la saisit avant que la
pauvre bête eût le temps de se sauver.
Paul qui s’ennuyait de son côté, regardait Sophie et la vit prendre l’abeille.
- Que vas-tu faire de cette bête ? lui demanda-il.
SOPHIE, avec rudesse. - Laisse-moi tranquille, méchant, cela ne te regarde pas.
PAUL, avec ironie. - Pardon, mademoiselle la furieuse, je vous demande bien pardon de vous
avoir parlé et d’avoir oublié que vous étiez mal élevée et impertinente.
SOPHIE, faisant une révérence moqueuse. - Je dirai à maman, monsieur, que vous me trouvez
mal élevée ; comme c’est elle qui m’élève, elle sera bien contente de le savoir.
PAUL, avec inquiétude. - Non, Sophie, ne le lui dis pas : on me gronderait.
SOPHIE. - Oui, je le lui dirai ; si l’on te gronde, tant mieux ; j’en serai bien contente.
PAUL. - Méchante, va ! je ne veux plus te dire un mot.
Et Paul retourna à sa chaise pour ne pas voir Sophie, qui était enchantée d’avoir fait peur
à Paul et qui recommença à s’occuper de son abeille. Elle leva tout doucement un petit coin
de son mouchoir, serra un petit peu l’abeille entre ses doigts à travers le mouchoir, pour
l’empêcher de s’envoler, et tira de sa poche son petit couteau.
« Je vais lui couper la tête, se dit-elle, pour la punir de toutes les piqûres qu’elle a faites. »
En effet, Sophie posa l’abeille par terre en la tenant toujours à travers le mouchoir, et d’un
coup de couteau elle lui coupa la tête ; puis comme elle trouva que c’était amusant, elle
continua à la couper en morceaux.
Elle était si occupée de l’abeille qu’elle n’entendit pas entrer sa maman qui, la voyant à
genoux et presque immobile, s’approcha tout doucement pour voir ce qu’elle faisait ; elle la
vit coupant la dernière patte de la pauvre abeille.
Indignée de la cruauté de Sophie, Mme de Réan lui tira fortement l’oreille.
Sophie poussa un cri, se releva d’un bond et resta tremblante devant sa maman.
- Vous êtes une méchante fille, mademoiselle, vous faites souffrir cette bête malgré ce que
je vous ai dit quand vous avez salé et coupé mes pauvres petits poissons ...
SOPHIE. - J’ai oublié, maman, je vous assure.
MADAME DE RÉAN. - Je vous en ferai souvenir, mademoiselle, d’abord en vous ôtant votre
couteau, que je ne vous rendrai que dans un an, et puis en vous obligeant de porter à votre cou
ces morceaux de l’abeille enfilés dans un ruban, jusqu’à ce qu’ils tombent en poussière.
Comtesse de Ségur, Les Malheurs de Sophie, 1864.

Dans les phrases suivantes, accordez les participes passés, ici notés entre parenthèses :
L’abeille qu’elle avait (torturé) vivait encore.
Cette abeille, elle l’avait (vu) de très près.
Les abeilles sont particulièrement (visé) par Sophie.
Sophie a (coupé) l’abeille en morceaux.
Trouvez-vous qu’elle soit mal (élevé) ?

Se faire dicter les phrases suivantes :


Ils se sont lavés ce matin.
16

Elles se sont donné rendez-vous devant la mairie.


Elle s’est rapprochée de ses amis.
Ils se sont accordé des moments de repos.
Ils se sont contentés de peu.
Elle s’est demandé si elle avait raison.
Les serins se sont envolés.
Ils se sont rendu compte qu’ils avaient tort.
Elles s’en sont repenties le lendemain.
Elle s’était fixé des objectifs.
Elle s’est jetée sur la voiture.
Elle s’était promis de ne pas recommencer.
Ils se sont blessés à la tête.
Nous nous sommes pardonné nos fautes.
Nous nous sommes battus dans la rue.
Elle s’était lancé un défi difficile.
Elle s’est mise à faire la cuisine.
Ils se sont succédé dans le temps.
Comment s’est achevée cette gloire?
Elles se sont transmis le message.
Ils se sont trompés d’adresse.
Eva s’est rappelé qu’elle devait téléphoner.
Ils se sont blessés gravement.
Elle s’est mis dans la tête de ne pas aller en classe.
Les avions se sont posés sur le sol.
Ils se sont posé des questions.
Elles se sont mal conduites.
Ils se sont reproché leurs erreurs.
Ils se sont parlés gentiment.
Ils se sont menti toute leur vie.
Ils se sont aperçus de leurs erreurs.
Elles s’étaient imaginé le faire céder.
Elle s’était attendue à plus d’égards.
Elle s’est préparé des petits plats.
Ils se sont joués de lui.
Les petits plats qu’elle s’est préparés sont fameux.
Elle s’est plainte de cette intrusion.
Christine s’est posé une question.
Les légumes se sont bien vendus aujourd’hui.
La question que Christine s’est posée était compliquée.
17

Corrigez les fautes.

La lune a diparu. Admirez la fleur que j’ai coupé. Ces personnes ont passé la frontière. La
neige a blanchi la campagne. C’est une dinde qu’elle a acheté. Jeannine a puisé l’eau qu’elle
a versé dans le bassin. La lisière des bois, de loin, a paru sombre. Des nuées de papillons ont
volé sans bruit. Voici la tarte que maman a fait. Admirez la porte que j’ai peint.

Les vagues ont déferlé sur la plage. Les enfants ont retrouvé la dinde que la fermière a
égaré. C’est une bonne route que j’ai pris. Cette bicyclette, je l’ai emprunté à mon voisin.
J’ai d’abord visité ma patrie, je l’ai trouvé magnifique et plaisante. Après cinq jours que la
pluie coulait sans trêve sur Alger, elle a fini par mouiller la mer elle-même (A.Camus). Voici
la gravure que j’ai encadré. C’est l’histoire que je vous ai raconté.

Les arbres ont déplié leurs feuilles. Ce sont les feuillages que j’ai déchiré. La bise a secoué
les branches. Les branches que la bise a cassé. Je m’assieds au bord des pelouses que les jets
d’eau ont arrosé. Les enfants ont traversé les pelouses. Ces chaussures, elle les a ciré. Le
vent a arraché les tuiles. Les skieuses ont descendu la piste verte. Les fourmis ont entassé
les provisions qu’elles ont cherché.

Voici les fleurs que j’ai cueilli, elles ont maintenant perdu leurs pétales. La souris a mangé
les quelques miettes de pain que nous avions laissé. Les chenilles que les oiseaux ont détruit
avaient fait bien des dégâts. Dans l’armoire, la femme a serré les piles de draps que sa grand-
mère avait filé. Les champs qu’elle avait cultivé avaient appartenu à ses parents.

J’avais, finalement, rangé mes bagages et je les avais compté. Il entra par une des fenêtres
dont la vitre avait éclaté sous la violence de la chaleur. Les lapins que le chien a effrayé ont
regagné leurs terriers. La bande de pourpre qui barrait le couchant a pâli (A. France). Cette
année, l’artiste et sa femme ont retrouvé un coin du verger, ils ont planté des légumes qu’ils
ont soigné (Ch. Vildrac). Les charmes avaient perdu déjà beaucoup de feuilles. (A. Thierry).

Exercices :

J’ai acheté des fruits. Ce sont les fruits que j’ai achetés. Je les ai achetés hier.
1) Remplacez fruits par : un journal, une bicyclette, des bonbons, une cravate, des friandises.
2) Remplacez fruits par un stylo, une montre, des cadeaux, des chaussures, une broche.

Où sont mes amis ? Je ne les ai pas vus. Je n’ai pas vu mes amis, où sont-ils ?
Remplacez mes amis par : mon oncle, mes cousins, mes sœurs, mes parents, mes tantes.

Où sont mes livres ? Je les ai perdus. J’ai perdu mes livres, où sont-ils ?
Remplacez livres par : crayons, gomme, couteau, enveloppes, timbres.

Faites accorder les participes passés :

Voici les livres et les plumes que j’ai acheté. Voici la rédaction et le problème que j’ai
rédigé. Où sont la gomme et la plume que j’avais posé ici ? Voici le résumé et la récitation
que j’ai étudié. Je voudrais bien retrouver le mouchoir et la cravate que j’ai perdu.
18

Les églantiers avaient refleuri au bourdonnement des dernières abeilles (P. Loti). La pluie et
la mousse ont donné aux pierres la teinte sombre et séculaire des vieux cloîtres d’abbaye
(Lamartine). Sur le trottoir, çà et là, en face des portes, des gens avaient émietté du pain (Van
der Meersch). Les cartes que je vous ai, à plusieurs reprises, expédié vous (pluriel) ont
renseigné sur l’itinéraire de notre dernier voyage (A. Fournier).

Le retentissement de mes pas sous ses immenses voûtes me faisaient croire entendre la voix
forte de ceux qui les avaient bâti (J.J. Rousseau). Geneviève relevait d’une maladie qui
l’avait obligé à garder la chambre pendant deux mois. Elle avait grandi, sa figure était pâle.
Ses cheveux qui d’abord tiraient sur le roux, avaient perdu leur éclat et on les avait noué sur
la nuque, d’un court ruban (Bosco).

Accordez les participes passés mis entre parenthèses :


Un effroyable cri, sorti du fond des flots,
Des airs en ce moment a (troublé) le repos (J. Racine).
Les années s’étaient (succédé), et ma vie n’avait pas (progressé).
Mais les hommes, quand ils sont (affligé), trouvent une consolation dans la religion (D.
Diderot).
J’avoue vous avoir (confondu) avec Élisabeth.
Qu’est (devenu) la robe que Justine t’a (offert) ?
Après qu’ils se sont (dit) bien des injures, ils se sont (battu) en duel.
Vous vous êtes trop longtemps (prêté) au jeu de la coquetterie.
Elle ne viendra pas, car elle s’est (foulé) la cheville.
Elle voulait que Solange dinât avec elle, mais celle-ci s’y est (refusé).

Remplacez les points de suspension par la forme correcte du verbe envoyer.


Cette lettre, je ne l’ai pas ...
Je t’ai ... hier deux gros colis.
Quelle carte postale Pierre vous a-t-il ... ?
Quelles cartes postales m’avez-vous ... ?
Pourquoi m’as-tu ... cette lettre ?
Où l’avait-elle ... cette fameuse lettre ?
Je n’ai pas reçu la lettre que tu m’as ...
C’est donc vrai ? Elle m’a ... une carte postale ?

Accordez les formes verbales mises entre parenthèses, et réfléchissez aux difficultés que
soulève l’accord du participe dans le cas des verbes pronominaux.

Paul et Jacques se sont (reconcilier).


Ils se sont (rendre) compte de leur erreur.
Elle s’est (arroger) des titres qui ne lui appartiennent pas.
Les titres qu’elle s’est (arroger) ne lui appartiennent pas.
Elle s’est (sentir) piquer par un moustique.
Elle ne s’est pas (sentir) mourir.
Elle s’était (laisser) mourir.
Plusieurs rois se sont (succéder) sur le trône.
Ils se sont (rencontrer), et se sont (plaire) à discuter ensemble de leurs projets.
19

Accordez les formes verbales entre parenthèses.


L’éclat du soleil était insoutenable. À un moment donné, nous sommes (passer) sur une
partie de la route qui avait été récemment (refaire). Le soleil avait fait (éclater) le goudron.
Les pieds y enfonçaient et laissaient (ouvert/ouverte) sa pulpe brillante. Au-dessus de la
voiture, le chapeau du cocher, en cuir bouilli, semblait avoir été pétri dans cette boue noire.
J’étais un peu perdu entre le ciel bleu et blanc et la monotonie de ces couleurs, noir gluant du
goudron ouvert, noir terne des habits, noir laqué de la voiture. Tout cela, le soleil, l’odeur de
cuir et de crottin de la voiture, celle du vernis et celle de l’encens, la fatigue d’une nuit
d’insomnie, me (troubler - à l’imparfait) le regard et les idées. Je me suis (retourner) une fois
de plus : Pérez m’a (paraître) très loin, perdu dans une nuée de chaleur, puis je ne l’ai plus
(apercevoir). Je l’ai (chercher) du regard et j’ai vu qu’il avait quitté la route et pris à travers
champs. J’ai constaté aussi que devant moi la route tournait. J’ai compris que Pérez qui
connaissait le pays coupait au plus court pour nous rattraper. Au tournant il nous avait
(rejoindre). Puis nous l’avons (perdre).
A. Camus, L’Étranger (Éd. Gallimard, 1942)

Le dessèchement des tiges les avait (incurver) en un capricieux treillage dans les entrelacs
duquel s’ouvraient les fleurs pâles, comme si un peintre les eût (arranger), les eût fait (poser)
de la façon la plus ornementale. Les feuilles, ayant perdu ou changé leur aspect, avaient l’air
des choses les plus disparates, d’une aile transparente de mouche, de l’envers blanc d’une
étiquette, d’un pétale de rose, mais qui eussent été (empiler), (concasser) ou (tresser) comme
dans la confection d’un nid. Mille petits détails inutiles - charmante prodigalité du
pharmacien - qu’on eût (supprimer) dans une préparation factice, me donnaient, comme un
livre où on s’émerveille de rencontrer le nom d’une personne de connaissance, le plaisir de
comprendre que ce (être - à l’imparfait) bien des tiges de vrais tilleuls, comme ceux que je
voyais avenue de la Gare, modifiées, justement parce que ce (être - à l’imparfait) non des
doubles, mais elles-mêmes et qu’elles avaient (vieillir).
M. Proust, Du côté de chez Swann (1913)

La saison des pluies était (arriver). La mère avait (faire) de très grands semis près du
bungalow. Les mêmes hommes qui avaient (construire) les barrages étaient (venir) faire le
repiquage du paddy dans le grand quatrilatère fermé par les branches des barrages.
Deux mois avaient (passer). La mère descendait souvent pour voir verdir les jeunes plants.
Ça commençait toujours par pousser jusqu’à la grande marée de juillet.
Puis, en juillet, la mer était (monter) comme d’habitude à l’assaut de la plaine. Les
barrages n’étaient pas assez puissants. Ils avaient été (ronger) par les crabes nains des rizières.
En une nuit, ils s’effondrèrent.
Les familles que la mère avait installées dans son village de guet étaient parties avec les
jonques, les vivres, vers une autre partie de la côte. Les paysans des villages limitrophes de la
concession étaient (retourner) à leurs villages. Les enfants avaient (continuer) de mourir de
faim. Personne n’en avait (vouloir) à la mère.
L’année suivante, la petite partie des barrages qui avaient (tenir) s’était à son tour
(écrouler).
M. Duras, Un Barrage contre le Pacifique, Éd. Gallimard, 1950.
20

Corrigez les fautes d’orthographe

Tout les quatre ont un point commun.


Tous le monde ne peut pas se payer un ordinateur.
Dans la vie de tout les jours, le livre est important.
On est gêné quand on n’a pas compris se que l’auteur veut nous dire.
À ce qui disent que l’écrit va disparaître, je répondrai ceci.
Plusieurs d’entre nous on dit que les romans sont plus interressants.
Si l’on parle du livre, cela va s’en dire que l’on doit évoquer la manière d’écrire.
Dans n’importe qu’elle lecture, nous apprenons à vivre.
Certain disent que le livre va disparaître.
Les livres peuvent nous servir quelque fois à régler des problèmes personnels.
Donc le livre, quelqu’il soit ne disparaîtra pas.
Même si il sait que les livres vont disparaître, il ne semble pas le regretter.
Vivement qu’on n’est plus de problèmes matériels!
Imaginez qu’il n’y est plus de livres.
Mais comment seront-ils ce qu’il faut faire.
Je vous serai gré de le lui expliquer.
Le plus dure, ce sera la lutte entre les mots et les images.
Des écrivains comme Victor Hugo sont parmis les plus grands.
Les fautes d’orthographe se multipliront.
Le livre évolura sans doute dans le temps.
Le livre vat être de plus en plus concurrencé par les films.
Je me permet de vous écrire.
Ces quatres textes nous ont fait comprendre un certain nombre de problèmes.
Certain pense que cela ne servira à rien, mais d’autre pense le contraire.
Les journeaux nous informent de ce qui se passe chaque jours.
Il ne s’est apperçu de rien.
Elle n’est pas sensée le savoir.
Parlons-en de sa soit-disant combattivité.
Quelle tranquilité !
21

B - ÉVITER LES IMPROPRIÉTÉS LEXICALES

Savoir écrire, c’est, non seulement éviter les fautes d’orthographe et incorrections
grammaticales mais aussi profiter de la richesse du lexique en évitant les impropriétés et en
utilisant le mot juste.
Les exercices sont proposés en autocorrection et peuvent être effectués à l’aide d’un
dictionnaire.

1 - Quelques rappels

Dans le texte qui suit, les mots écrits en italique témoignent de la richesse de la langue.
Chaque domaine possède son vocabulaire spécifique. Ici, vous observerez le vocabulaire de
l’équitation.

Lorsqu’on amena Bucéphale à Philippe, roi de Macédoine et père d’Alexandre,


celui-ci voulut immédiatement descendre dans la plaine pour l’essayer. Bucéphale
paraissait rétif et absolument intraitable, ne se laissait pas monter et ne supportait
la voix d’aucun des membres de l’entourage de Philippe; tout le monde le faisait
cabrer. Le jugeant tout à fait farouche et indomptable, Philippe, mécontent,
donnait l’ordre de le remmener. Alexandre, qui était là, dit alors :
- Quel cheval ils perdent, parce que l’ignorance et la mollesse les empêchent de
s’en servir!
Sur le moment, Philippe garda le silence; mais comme le jeune homme
renouvelait ses protestations avec une extrême vivacité, il lui dit :
- Tu fais donc, toi, des reproches à tes aînés, comme si tu étais plus âgé qu’eux
ou que tu sois plus capable de manier un cheval !
- Celui-là, en tout cas, répondit Alexandre, je le manierais mieux qu’un autre le
ferait.
- Et si tu n’y arrives pas, quelle amende encourras-tu pour ta témérité?
- S’il me résiste, par Zeus, je paierai le prix du cheval!
On se mit à rire, puis on convint du prix à verser. Alors, Alexandre courut au
cheval, le prit par la bride et le tourna vers le soleil : il avait remarqué qu’il était
effarouché par la vue de son ombre, qui tombait et dansait devant lui. Il fit ensuite
quelques pas à côté de lui en le caressant; et, comme il le voyait plein d’ardeur et
de feu, il rejeta tranquillement son manteau, et, d’un bond, s’assit solidement sur
lui. Il ramena un peu les rênes et resserra le frein sans le blesser, ni le faire
écumer; et, comme il voyait le cheval abandonner son allure menaçante et prendre
plaisir à la course, il lui lâcha la bride sur le cou, l’excitant désormais d’une voix
plus hardie et donnant du talon. Dans l’entourage de Philippe régnait d’abord
l’anxiété et le silence, mais quand, ayant tourné bride, Alexandre revint fier et
joyeux, tout le monde l’acclama. Son père, dit-on, pleura de joie. Et quand le
jeune prince descendit de cheval, il l’embrassa en lui disant :
« Mon enfant, cherche un royaume à ta taille, la Macédoine ne peut plus te
contenir. »
D’après Plutarque, Vies des hommes illustres, tome IV, Alexandre.
22

Comprendre le vocabulaire savant

Tableau des principaux préfixes issus du latin


Préfixes Sens Exemples
ab- (a- abs-) loin de abstraire - ablation
ad- (a- ac- af-) vers adjonction
ambi- les deux ambivalent
ante- avant - devant antédiluvien
bene- bien bénévole
bis- (bi-) deux fois bipède
circum- (circon-) autour circonlocution
com- (co- col- con-) avec - ensemble commisération
contra- contre contradiction
de- séparé de dépolitisé
qui a cessé
dis- différent disproportion
séparé de
ex, -e- hors de expatrier
equi- égal équidistant
extra- hors de extraterritorialité
in- (il- ir- im-) dans immerger
in- (il- ir-) privé de illettré
infra- au-dessous infrastructure
inter- entre interdisciplinarité
male- (mal-) mal malédiction
omni- tout omniscient
pene- presque pénéplaine
per- de part en part perspiration
pluri- plusieurs pluricellulaire
post- après postdater
pré- avant - devant préscolarité
ré- (re- r-) de nouveau
retro- redistribuer
en arrière rétroactif
semi- à demi
sub- semi-circulaire
au-dessous subordonnée
super- supra- au-dessus
trans- supranationalité
au-delà - à travers transhumance
23

Tableau des principaux préfixes issus du grec

Préfixes Sens Exemples


a- an- négation - privation asocial - analphabète
amphi- de part et d’autre amphithéâtre
ana- de nouveau - en arrière anachronisme
anté- anti- qui est contre antéchrist - antirouille
apo- à partir de - éloignement apogée
cata- sur - contre - vers le bas catastrophe
di(a)- 1) séparation diaphragme
2) à travers diaphane
di- double diptyque
dys- difficulté dysfonctionnement
ép- épi- sur épiderme
eu- bien euphorie
hémi- moitié hémicycle
hyper- au-delà - excessivement hypercritique
hypo- au-dessous - insuffisamment hypoderme
méta- succession - changement métastase
par- para- contre - le long de paraphrase
péri- autour de périphrase - périmètre
pro- devant - en avant programme - prolepse
syl- sym- syn- sy- avec - ensemble symétrie - sympathie

Tableau des principaux radicaux issus de latin

Composants Mots latins et sens Exemples


agri- agr(o)- ager, agri, champ agriculture
aqu(i)- aqua, eau aquatique
audi(o)- audire, entendre auditoire
capit- caput, capitis, tête capital
-cide caedere, tuer herbicide
-cole -culteur -culture colere, cultiver culture, pisciculture
-duc- ducere, conduire adduction, aqueduc
équi- aequus, égal équilibre
-fère ferre, porter mammifère
-fique facere, faire bénéfique
-fuge fugere, fuir centrifuge
-grade gradi, marcher rétrograde
homin- homo, hominis, homme hominisation
-pare parere, enfanter primipare
ped- pes, pedis, pied pédicure
-ped pes, pedis, pied quadripède
prim(o)- primus, premier primauté
rect(i)- rectus, droit rectitude
socio- socius, associé sociologie
-valent valere, être fort, valoir valence
video- videre¸voir vidéothèque
-vore vorare, dévorer omnivore
24

Tableau des principaux radicaux issus du grec

Composants Mots grecs et sens Exemples


-agogie -agogue agogos, qui conduit pédagogie
alg- algie- alg(o)- algos, douleur névralgie
all(o)- allos, autre allopathie
-andr(o) -andrie andros, homme, mâle polyandrie
-anthrop -anthropie anthropos, homme anthropologie
anti- anti, en face de, contre antipodes
archéo- arkhaios, ancien, primitif archéologie
-archie -arque arkhein, commander monarchie
aut(o)- autos, de soi-même autocritique
bi(o)- bios, vie biologie
céphal(o)- kephalê, tête hydrocéphale
chron(o)- chronie khronos, le temps chronologie
cosme- cosm(o)- cosmos¸ monde cosmopolite
-crate -cratie kratos, force technocrate
crypto- kruptos, caché cryptogramme
dém(o)- dêmos, peuple démocratie
-drame drama- drama, pièce de thêatre mélodrame, dramatique
-drome dromos, course hippodrome
-ergie -urgie ergon, travail, force énergie, chirurgie
-esthésie esthési- aisthêsis, sensation anesthésie, esthésiomètre
ethn- ethno- ethnos, nation ethnologie
-génie -genèse genesis, formation parthénogenèse
géo- gê, la terre
géologie
-graphe -gramme graphein, écrire
calligraphie
gramma, la lettre
gyn(o)- gynec(o)- calligramme
gunê, gunaikos, femme
-iatre gynécée
iatros, médecin
idi(o)- pédiatre
idios, particulier
-logie -logue log(o)- idiolecte
logos, science, discours
macr(o)- anthropologie
makros, grand
mega- megal- macrocosme
megas, megalos, grand
micr(o)- mikros, petit mégalomanie
mis(o) misein, haïr microcosme
mon(o)- monos, seul misanthrope
-morphe morph(o)- morphê, forme monologue
-nome -nomie nomos, loi polymorphe, morphologie
pan- pant(o)- pas, pantos, tout astronome
path(o)- pathos, souffrance panthéisme
phil(o)- philos, ami pathétique
-phobe -phobie phobos, peur philanthrope
phon- phonê, voix phobie
-pole polis, ville phonétique
poly- polus, plusieurs métropole
techn(o)- tekhnê, art polychrome
télé- têle, au loin polytechnique
-thé -théisme théos, dieu téléphone
xén(o)- xenos, étranger athée
xénophobie

Utiliser les prépositions et conjonctions de subordination qui conviennent


25

Constructions transitives directes ou transitives indirectes


aider (qqn.) aider à (qqch. : ces notes aident à la
compréhension du texte)
anticiper (réaliser avant le moment anticiper sur (envisager avant le
prévu : anticiper un paiement) moment prévu : n’anticipons pas sur le
récit des événements qui vont suivre)
atteindre (toucher un but : atteindre une atteindre à (parvenir à un but, mais
cible) avec effort : atteindre à la perfection)
changer (modifier, remplacer) changer de (abandonner une chose
pour une autre)
insulter (offenser) insulter à (représenter un défi pour : de
telles paroles insultent à la misère de
ces gens)
penser (juger, avoir une opinion) penser à (appliquer son esprit à)
prétendre (affirmer, vouloir) prétendre à (désirer un but précis :
prétendre aux honneurs du trône)
satisfaire (contenter qqn. ou qqch.) satisfaire à (remplir une exigence :
satisfaire à un engagement)

Constructions transitives indirectes mais avec deux prépositions différentes


s’amuser à (prendre plaisir à qqch.) s’amuser de (se moquer de qqn.)
convenir à (être adapté à) convenir de (se mettre d’accord sur :
convenir d’un lieu de rendez-vous)
croire à (considérer comme possible) croire en (avoir confiance, admettre
l’existence de : croire en Dieu)
finir de (achever, cesser de) finir par (arriver à un résultat : finir par
comprendre)
manquer à (ne pas se conformer à : il manquer de (être sur le point de ; ne
manque à tous ses devoirs) pas avoir : il ne manque de rien)
participer à (s’associer à) participer de (présenter certains
caractères de : le drame participe de la
tragédie et de la comédie)
26

Ne pas confondre

à cause de (par l’action de - implique grâce à (à l’aide de - implique une


souvent une conséquence malheureuse conséquence heureuse : j’ai compris les
c’est à cause de lui que c’est arrivé !) mathématiques grâce à lui)
à la rencontre de (en allant au- à l’encontre de (en opposition avec,
devant de qqn.) contre : ce fait va à l’encontre de ma
théorie)
à l’égard de (en ce qui concerne qqn. eu égard à (en tenant compte de : eu
ou qqch. : il s’est montré très gentil à égard à votre situation, vous ne devriez
mon égard) pas vous conduire ainsi)
à l’issue de (à la fin de) à l’insu de (en tenant qqn. dans
l’ignorance : il a agi à mon insu)
au-delà de (après une certaine limite : en deçà de (avant une certaine limite :
le succès est allé au-delà de nos son travail reste en deçà de ses
espérances) possibilités)
aux dépens de (en causant un en dépit de (sans tenir compte de
dommage à qqn. : vivre aux dépens qqch. : il a agi en dépit de mes conseils)
d’autrui)
de la part de (venant de qqn. : voici de par (à cause de qqch. : de par sa
un cadeau de la part de Pierre) fonction, il était tenu à toutes sortes
d’obligations)
en faveur de (dans l’intérêt de : se à la faveur de (au moyen de, à l’aide
déclarer en faveur de qqn.) de : il s’est enfui à la faveur de la nuit)
en raison de (à cause de, étant donné) à raison de (à proportion de, au prix
de : acheter du bois de chauffage à
raison de cent francs le stère)
par rapport à (par comparaison sous le rapport de (du point de vue de :
avec) ; en rapport avec (qui considérons ce livre sous le rapport de
correspond à : cherchez un métier qui son intérêt historique)
soit plus en rapport avec vos goûts)
près de (idée de proximité : la maison auprès de (suivi d’un nom de
est près de l’église) personne : venez vous asseoir auprès de
moi ; idée de comparaison : ceci n’est
rien auprès du service qu’il m’a rendu)
27

Quelques emplois difficiles


Locution conjonctive Mode nécessaire Exemples, remarques
À mesure que + indic. Il reculait à mesure que j’avançais.
Au fur et à mesure (comparaison/ manière)
que
À moins que + subj. (condition) Nous partirons demain à moins qu’il
ne pleuve.
Bien que + subj. On lui accorda une faveur bien qu’il
Encore que (concession) ne la méritât pas.
N.B. La locution malgré que est
considérée comme incorrecte.
D’autant plus que + indic. Je resterai chez moi d’autant plus
(cause) qu’il me reste beaucoup de travail.
N.B. D’autant que est également
correct (d’un emploi plus littéraire).
De façon que + indic. Il a énormément mangé, de sorte
De manière que (conséquence réalisée) qu’il est tombé malade.
De sorte que + subj. Il a agi de sorte que tout le monde
(conséquence non réalisée) soit content.
N.B. De manière à ce que, de façon
à ce que sont à éviter
Sans que + subj. Il fait tout à merveille sans qu’il
(conséquence non réalisée) paraisse lui en coûter un effort.
Selon que + indic. Je prendrai ma décision selon que
Suivant que (condition) vous partirez ou resterez.
Dans la mesure où
Même si + indic. Même s’il neige, je sortirai. Il ne
(condition) pourrait y arriver, même s’il le
voulait.
28

Ne pas confondre

Quelques homonymes à ne pas confondre


Acquis Acquit
(> acquérir : obtenir la possession de)(> acquitter : payer ce qu’on doit)
Aigle (un) (oiseau de proie) Aigle (une) (enseigne militaire)
Air (atmosphère) 1. Aire (surface plane)
2. Ère (division chronologique)
3. Hère (homme misérable)
Cahot (la secousse) Chaos (désordre)
Censé (présumé) Sensé (raisonnable)
Cession (action d’abandonner) Session (séance)
Chœur (réunion de chanteurs) Cœur (organe)
Différend (désaccord) Différent (qui n’est pas semblable)
Empreint (< empreindre : imprimer) Emprunt (< emprunter)
Envi (à l’envi) (en rivalisant) Envie (jalousie)
Éthique (qui concerne la morale) Étique (d’une extrême maigreur)
Fond (l’endroit le plus bas) 1. Fonds (un capital)
2. Fonts (les fontaines)
Héraut (messager) Héros (personnage extraordinaire)
Martyr (personnage qui souffre) Martyre (supplice)
Mémoire (un) (exposé écrit) Mémoire (une) (faculté du souvenir)
Mite (petit parasite) Mythe (légende)
Pair (personnage de rang équivalent) Paire (ensemble de deux éléments)
Parti (prendre le parti de) (suivre le 1. Partie (faire partie) (appartenir)
point de vue de) 2. Partie (prendre à partie) (accuser)
Pause (arrêt) Pose (action de poser)
Quand (lorsque) Quant (à) (en ce qui concerne)
Raisonner (argumenter) Résonner (produire un son)
Satire (une) (critique moqueuse) Satyre (un) (divinité mythologique)
Tant (en tant que) (comme) Temps (moment, durée)
Tribu (peuplade) Tribut (impôt)
Voie (route) Voix (ensemble des sons humains)

Quelques paronymes de même radical


Abjurer (renoncer solennellement) Adjurer (supplier)
Acceptation (donner son accord) Acception (le sens d’un mot)
Adhérence (état d’une chose jointe à Adhésion (action d’approuver une idée
une autre) ou de s’inscrire à un parti)
Affecter Affectionner (chérir)
1. afficher une attitude
2. émouvoir
Affleurer (apparaître à la surface) Effleurer (toucher légèrement)
Affliger (chagriner) Infliger (faire subir)
Allocution (discours) Élocution (manière de s’exprimer orale-
ment)
Alternance (retour successif) Alternative (choix entre deux possibi-
lités)
Amener (faire venir à soi) Emmener (conduire hors d’un lieu)
29

Amoral (qui ne distingue pas le bien Immoral ( contraire aux règles morales)
du mal)
Anoblir (accorder un titre de noblesse) Ennoblir (donner de la noblesse)
Compréhensible (qui peut être Compréhensif (qui peut comprendre)
compris)
Décade (période de dix jours) Décennie (période de dix années)
Dénué (dépourvu de) Dénudé (mis à nu)
Effraction (bris de clôture) Infraction (violation d’une loi)
Évoquer (rappeler à la mémoire) Invoquer (appeler à son aide)
Imagé (orné d’images) Imaginé (inventé)
Importun (gênant) Opportun (favorable)
Inclinaison (pente) Inclination (action de pencher, goût
pour)
Justesse (exactitude) Justice (respect des droits)
Largeur (dimension) Largesse (générosité)
Oppresser (étouffer) Opprimer (asservir)
Original (personnel, inédit) Originel (initial)
Personnaliser (rendre personnel) Personnifier (représenter, incarner)
Prescrire (ordonner) Proscrire (interdire)
Rabattre (rabaisser) Rebattre (battre de nouveau, répéter)
Somptuaire (réglant les dépenses) Somptueux (magnifique)

Quelques paronymes de radicaux différents


Agonir (accabler) Agoniser (être près de mourir)
Assertion (affirmation) Insertion (action d’introduire)
Avanie (brimade) Avarie (détérioration)
Avatar (métamorphose) Aventure (événement imprévu)
Colision (choc brutal) Collusion (entente secrète)
Conjecture (hypothèse) Conjoncture (rencontre de circonstan-ces)
Discerner (percevoir)
Décerner (accorder) Démythifier (supprimer le caractère
Démystifier (détromper quelqu’un) mythique de quelque chose)
Élucider (rendre clair)
Éluder (éviter avec adresse) Imminent (proche)
Éminent (élevé) Esquiver (échapper à)
Esquisser (ébaucher, commencer) Exordre (début d’un discours)
Exode (départ en masse) Exulter (être transporté de joie)
Exalter (glorifier) Infester (ravager, envahir)
Infecter (contaminer) Enduire (recouvrir d’une matière molle)
Induire (en erreur) (inciter à l’erreur) Perpétuer (faire durer longtemps)
Perpétrer (commettre un crime) Précepteur (éducateur)
Percepteur (fonctionnaire des impôts) Prodigue (qui dilapide son bien)
Prodige (personne ou chose
extraordinaire) Prolixe (bavard)
Prolifique (fécond) Septique (qui produit un infection)
Sceptique (incrédule) Spectre (fantôme)
Sceptre (insigne du souverain) Suggestion (conseil)
Sujétion (servitude)

Quelques confusions de sens à éviter


30

Achalandé (qui a beaucoup de clients) Approvisionné (... de marchandises)


Analogue (comparable, proche) Identique (semblable)
Avatars (métamorphoses) Mésaventures (désagréments)
Commettre (accomplir une action Accomplir (faire)
blâmable)
Emprise (domination) Influence (action exercée sur une chose
par une autre)
Éviter de (s’abstenir de) Dispenser de (libérer quelqu’un d’une
obligation)
Exaction (action d’exiger ce qui n’est Crime (action contraire à la loi)
pas dû)
Extrêmement (beaucoup, très) Excessivement (trop)
Péripéties (événements imprévus) Tribulations (épreuves physiques ou
morales)
Périple (grand voyage par mer) Voyage (déplacement)
Polémique (débat vif ou agressif) Diatribe (critique violente, attaque)
Promettre (s’engager à faire quelque Assurer (affirmer quelque chose à
chose) quelqu’un)
Réticences (réserves, hésitations) Objections (protestations)
Risquer de (être exposé à un danger) Avoir des chances de (avoir la
possibilité de)
Soi-disant (qui se prétend à tort) Prétendu (que l’on prétend à tort)
Valable (acceptable, recevable) Remarquable (digne d’attirer
l’attention)
Vicissitudes (variations bonnes ou Ennuis (tracas)
mauvaises)
31

2 - Exercices proposés en autocorrection en utilisant un dictionnaire

Pour chacun des mots suivants, choisissez la définition qui convient :


Abjurer : a) supplier - b) renoncer solennellement
Allocution : a) manière de s’exprimer oralement ; b) discours
Censé : a) raisonnable - b) présumé
Chœur : a) réunion de chanteurs - b) organe du corps humain
Démystifier : a) détromper quelqu’un - b) supprimer le caractère mythique de quelque chose.
Exode : a) départ en masse - b) début d’un discours.
Héraut : a) personnage extraordinaire - b) messager
Imminent : a) proche - b) élevé
Infraction : a) bris de clôture - b) violation d’une loi.
Originel : a) personnel, inédit - b) initial.
Perpétuer : a) faire durer longtemps - b) commettre un acte criminel
Prolifique : a) bavard - b) fécond
Proscrire : a) ordonner - b) interdire
Somptuaire : a) magnifique - b) réglant les dépenses.
Sujétion : a) conseil - b) servitude, soumission.

Trouver les homonymes des mots suivants. Donnez leur sens et précisez s’il s’agit
d’homophones ou d’homographes :
livre - verre - tendre - cours - compte - mite - sans - près - tout - terme - sur.

Corrigez les phrases suivantes :


En état d’ivresse, Léon s’exprimait dans une langue très compréhensive ; seule la justice
de ses propos laissait à désirer. Il en allait ainsi à chaque fois que son médecin lui avait
prescrit de boire du vin, en lui rabattant les oreilles du danger qu’il y avait à associer alcool et
antibiotiques.
Dans son discours, l’orateur traita son sujet avec une grande largesse de vue, puis fit
l’aumône aux pauvres du quartier avec largeur.
Pour personnifier un menu, il suffit de s’adresser au garçon ; il personnalise
l’empressement.
À court de vocabulaire, les élèves emploient une langue imaginée, qui leur permet
d’invoquer n’importe quel sujet.

Trouvez le mot correct pour compléter les phrases suivantes :


Pour (esquiver - esquisser) le coup de son adversaire, Zorro fit un grand mouvement tandis
que Bernardo (esquiver - esquisser) le geste d’un homme en fuite.
Cette mer est (infectée - infestée) de requins ; leurs morsures causent des plaies qui s’(infecter
- infester) vite, et mieux vaut les éviter !
La prison à perpétuité est le lot de ceux qui ont (perpétué - perpétré) un crime.
Le champion (exaltant - exultant), (exalte - exulte) les valeurs du courage et de l’endurance.
Le (précepteur - percepteur) des impôts n’est pas toujours aimé.
Le dévouement dont il faisait preuve en toute occasion conférait à son visage une sorte de
douleur, une expression particulière qui l’(anoblir - ennoblir).

Trouvez le mot correct pour compléter les phrases suivantes (n’oubliez pas de faire
l’accord quand c’est nécessaire !) :
Ces mots possèdent des (acceptation - acception) différentes.
32

Il l’(abjurer - adjurer) de ne pas faiblir, de se montrer courageux et digne de l’éducation qu’il


avait reçue.
J’ai répondu oui, donnant à sa proposition une (adhérence - adhésion) complète.
La mer était calme. On distinguait nettement la forme des rochers qui (affleurer - effleurer) à
la surface. Dans le ciel, des oiseaux se poursuivaient en vols entrecroisés sans jamais
s’(affleurer - effleurer).
Sans en être (infliger - affliger) outre mesure, le surveillant (infliger - affliger) une punition
sévère à l’élève coupable.
L’(alternance - alternative) que vous nous offrez là constitue pour nous un choix difficile.
Cette dissertation est mal construite ; les idées se suivent sans aucun ordre : elles sont
difficilement (compréhensif - compréhensible).
Il faudra attendre la deuxième (décade - décennie) du mois pour espérer une amélioration du
temps.
Dans la nuit de samedi à dimanche, deux cambrioleurs pénétrèrent par (effraction - infraction)
dans la bijouterie. Personne ne niera qu’au regard de la loi une grave (effraction - infraction)
ait été commise.
Aussitôt débarrassé de ces visiteurs (importun - opportun), je résolus de m’en aller.

Trouvez le mot correct pour compléter les phrases suivantes :


Ulcéré par de tels agissements, il se mit à l’(agonir - agoniser) d’injures.
Je ne vois pas comment une telle (assertion - insertion) peut trouver sa place dans votre
argumentation.
Lancées à toute vitesse, les deux voitures entrèrent en (collision - collusion) : l’accident fut
terrible.
Beaucoup de personnages historiques sont entrés dans une sorte de légende dorée : il est alors
très difficile de les (démystifier - démythifier).
Il avait rendu au pays d’(éminent - imminent) services, et espérait bien recevoir la décoration
tant attendue : on lui avait dit que la décision du ministre à son sujet était (éminent -
imminent).
Le médecin lui administra une (injection - injonction) de morphine pour soulager ses
douleurs.
Intelligent, jadis enfant (prodige - prodigue), il était, hélas, devenu insouciant, et appartenait
désormais à cette catégorie de gens (prodige - prodigue) qui dilapident le jour même ce qu’ils
ont gagné la veille.
Sur les remparts du vieux château se dressait un (sceptre - spectre) épouvantable à voir : le
fantôme de l’ancien roi brandissant dans la main gauche un (sceptre - spectre) taché de sang.
De caractère avenant, naturellement (prolifique - prolixe) dans ses discours, il aimait à faire
étalage de son érudition.
Ce que vous me dites m’intéresse, mais je ne sais si je suivrai vos (sujétion - suggestion).

Certains mots formés sur une même base, mais avec des suffixes différents, prennent des
significations distinctes. Placez les termes indiqués ci-dessous dans la phrase qui
convient.
Alternance/alternative : Dans cette strophe, il y a une ... de rimes féminines et de rimes
masculines - Être ou ne pas être, telle est l’... devant laquelle se trouve le héros de
Shakespeare, Hamlet.
Compréhensif/compréhensible : Ce raisonnement, relativement simple, est très ... pour un
élève de collège - Le juge ne s’est pas montré très ... envers l’accusé.
Affectueuse/affective : Le domaine des émotions et des sentiments est celui de la vie ... - Cette
petite fille se montre très ...envers ses grands-parents.
33

Imagée/imaginée : Cette histoire, absolument invraisemblable, a été ... de toutes pièces -


Voilà un poème écrit dans un style très ...
Inclinaison/inclination : Le dessin qui avait été réalisé par l’architecte montrait nettement l’...
du mur - Cette morale philosophique montre à l’être humain comment lutter efficacement
contre ses ...
Désintérêt/désintéressement : Dans leur lutte contre la misère et la pauvreté, les membres des
organisations humanitaires témoignent d’un extraordinaire ... - Gravement malade, il
manifestait un total ... pour sa guérison.
Justice/justesse : Je suis convaincu par la ... de ton raisonnement - La ... est la préoccupation
majeure de cet homme d’État.
Immobilité/immobilisme : Mon accident m’a imposé un(e) ... total(e) qui a duré deux bons
mois - Dans ce pays, le parti conservateur fait preuve d’un(e) ... absolu(e).

Corrigez les faux sens qui se sont glissés dans les phrases suivantes :
À cause de son aide, ils purent achever l’ouvrage.
Ce magasin est si bien achalandé que toute la clientèle de la ville y court.
Pour se dispenser de faire le travail, il simula une gastro-entérite.
Beaucoup de crimes ont été accomplis dans cette ville.
À la montagne, tout le monde a des chances de se casser une jambe.
Épuisé, pratiquement sans forces, il se rendit compte qu’il n’était pas arrivé au bout de ses
péripéties.
Il se vante d’avoir sur cette question des connaissances soi-disant complètes.
Ses reproches prirent un tour injurieux. Il se lança dans une longue polémique contre la soi-
disant inexpérience de ses adversaires.
Bien que se croyant libre d’esprit, il était sans cesse à la merci des emprises qu’il pouvait
subir de la part des autres.
Les prétendus héritiers contestaient la validité du testament.

Complétez les phrases suivantes à l’aide de l’un des mots de cette liste : ennui,
inconvénient, incident, dommage, nuisance. Expliquez votre choix.
Les rats sont ici une véritable ...
Le ... est que j’ai besoin de dormir.
Alors, s’est produit ... : le chat s’est échappé.
Il a fallu réparer les ...
Cela ne présente aucun ...

Même exercice à partir des mots : néant, vide, zéro, rien, nullité.
La nature a horreur du...
Après la mort, c’est peut-être le...
Sa ... en grammaire m’exaspère.
Il est parti de ...
Il faut repartir à ....

Trouvez, pour les mots qui suivent, des synonymes à valeur superlative. Exemple : peur;
synonyme = crainte; synonyme à valeur superlative = angoisse ou terreur.
joli - plaisir - tristesse - attente - regretter - alléger - redire - calme - lourdement - faible - fort
- long - court - grand - petit - gros - inquiétude.
34

Trouvez des synonymes à valeur diminutive :


nostalgie - exacerber - indigent - dénuement - hideur - accablement - affres - idolâtrie -
exaspération - panique - opiniâtreté - édénique - encenser - morigéner - ascétique - ataraxie -
harassé - étique.

Trouvez, pour les mots suivants, des synonymes qui soient d’un usage plus courant
lucide - effaré - cécité - vésanie - brimborion - parangon - expectative - circonspect -
cauteleux - annihiler - acariâtre - obsolète - réminiscence - de guingois - tenir la dragée haute
- apogée - ravir la palme.

Trouvez, pour les mots suivants, des synonymes « nobles » :


barbant - embêter - casse-pieds - fringué - zinzin - dèche - en pincer pour - se la couler douce
- rouspéter - enragé - tordu - balèse - du balai ! - piaule - baraque - patraque - traîner la savate
- se tourner les pouces - se faire du mouron.

Évitez les mots passe-partout ! Dans les phrases qui suivent, remplacez le verbe causer
par des synonymes plus clairs et plus précis. Efforcez-vous d’utiliser chaque fois un
verbe différent.
Les guerres causent bien des malheurs aux peuples qui les subissent.
Une petite étincelle peut causer une grande explosion.
La tâche est aisée : c’est un travail qui ne cause aucune fatigue.
Cette influence intellectuelle causa dans son âme une profonde transformation.
De tels procédés lui causeront beaucoup d’ennuis.
Telles sont les circonstances qui ont causé son comportement et l’ont poussé à agir ainsi.
Cette parole malheureuse causa dans l’assistance une hilarité générale.
Sa beauté et sa richesse ont causé bien des jalousies.
Cette nouvelle causa une vive impression.
La publicité ne répond pas à nos besoins : elle les cause.

Même exercice avec réaliser.


Désemparé, il n’arrivait pas à réaliser tout ce qui lui arrivait.
Il réalisa enfin l’importance de la nouvelle qu’il venait d’apprendre.
Vous n’avez pas bien réalisé cette dissertation.
Il comprenait bien l’idée générale qui se trouvait dans le texte, mais il ne réalisait pas tous les
détails de la pensée.
Rien au monde ne l’empêchera de réaliser ce qu’elle a décidé.
Il réalisa très rapidement quelles possibilités s’offraient à lui.

Sur le modèle des deux exercices précédents, construisez pour le verbe faire cinq phrases
dans lesquelles il sera possible de lui substituer des synonymes plus expressifs. Aidez-
vous d’un dictionnaire.

Remplacez les expressions en italique par un seul terme de même sens. Exemple : Il
répète d’une manière fastidieuse les mêmes arguments = Il rabâche les mêmes arguments.
À chaque question de l’examinateur, son angoisse recommençait de plus belle.
Le visage de la pauvre servante reflétait une vieillesse arrivée avant le temps normal.
Ses malheurs ont laissé sur son âme des marques que l’on ne peut effacer.
Je ne comprends pas ce que vous voulez dire indirectement.
Sur mon passage, il détourna la tête de façon à être remarqué.
Dans cette discussion, vous n’avez rien abandonné de votre plein gré.
35

Remplacez les expressions en italique par un seul terme de même sens.


J’ai écrit un roman avec des personnages qui ne présentent aucun intérêt.
Cet homme est ton associé : tu ne peux refuser ton approbation à ses propos.
Ce jeune homme s’habille d’une façon qui est en opposition avec les habitudes reçues.
À cette plaisanterie, tous éclatèrent de rire bruyamment.
Il se mêla à nos jeux avec une supériorité bienveillante mêlée de mépris.
Je n’aime pas sa façon de réclamer les honneurs comme un dû.

Exercice :
Voici un texte qui présente le portrait de Marie-Antoinette, femme de Louis XVI, mère du
Dauphin. Les adjectifs qualificatifs ont été remplacés par des points de suspension. À vous de
compléter ce passage en vous aidant de la liste, dans le désordre, des mots « oubliés ». Mais
l’orthographe (masculin, féminin, singulier ou pluriel) peut vous mettre sur la piste.
« Marie-Antoinette arrivait en France avec une réputation de beauté que n’y apportaient
pas toujours les princesses destinées à partager le trône de nos rois. Il était difficile d’avoir
une opinion sur ses yeux, qui, sans être précisément (...) prenaient à sa volonté toutes les
expressions, et surtout celles si (...) de la douceur et du dédain ; son nez était (...), sa lèvre
supérieure était (...) ; mais sa lèvre (...) trop (...), trop (...), et quelquefois même (...), ne
semblait aller convenablement à ce (...) visage que lorsqu’il voulait exprimer la colère ou
l’indignation. Son teint était (...) ; on voyait le sang courir sous le tissu (...) de sa peau ; sa
poitrine, son cou, ses épaules, étaient d’une (...) beauté ; ses mains étaient (...). »
A. Dumas, Joseph Balsamo, 1846.

Adjectifs à utiliser : bien fait ; tombante ; inférieure ; épaisse ; joli ; avancée ; délicat ; belle ;
admirable ; royales ; beaux ; suprême ; opposées.
36

II - QUESTIONS DE COURS AVEC EXERCICES ET CORRECTIONS

A - LES FONCTIONS DU LANGAGE

JAKOBSON (1896-1982) propose six fonctions du langage :


1. La fonction expressive : centrée sur le destinateur ou émetteur, elle correspond à
l’intervention directe du destinateur (Je ... moi ... nous ...)
2. La fonction conative : centrée sur le destinataire ou récepteur du message, elle correspond
à son interpellation par le destinateur (Tu .... toi ... vous ...).
3. La fonction référentielle (ou dénotative) est centrée sur le référent. Le référent est ce que
je désigne, chose, personne ou notion (Cette table ... Jean ... la bonté ...).
4. La fonction phatique est centrée sur le canal (oral ou écrit). On peut ouvrir la
communication (Allo ? - Bonjour - cher monsieur ...), la maintenir (Patientez ! ...), la fermer
(Je raccroche ... Au revoir ...), conserver l’attention (Euh ! ...).
5. La fonction métalinguistique apporte des précisions sur le sens de ce qu’on dit (Je veux
dire par là ... cela signifie que ...).
6. La fonction poétique est centrée sur le message et concerne toutes les relations
associatives de la poésie (toutes les figures de style).

Les exercices relatifs à cette question de cours peuvent porter sur des textes publicitaires
ou des textes littéraires. Dans les deux cas, se demander pourquoi le texte a été écrit.
Exemple :

« Il suffit de vivre huit jours avec les Lacandons (1) pour constater qu’ils se comportent,
dans l’existence quotidienne, avec un sens aigu du réel qui les entoure. Ce ne sont pas des
rêveurs éveillés toujours prêts à devenir les jouets d’une illusion. Face à un milieu naturel très
dur, à un monde impitoyable, ils appliquent, jour après jour, toute une série de techniques très
sûres, très précises et souvent complexes (qu’on essaie par exemple de faire fonctionner le
métier à tisser de type précolombien dont se servent les femmes caraïbes), témoignages d’un
esprit positif sans lequel, d’ailleurs, il n’y aurait pas de Lacandons.
Mais ce n’est pas tout : ils ne se contentent pas de répéter machinalement les gestes
nécessaires à la culture du maïs, à la chasse, à la pêche. Leurs actions sont fondées sur une
connaissance. Que de fois n’ai-je pas été émerveillé de voir avec quelle certitude ils savaient
où trouver en pleine jungle, à tant de jours de marche dans telle direction, un bouquet d’arbres
dont l’écorce peut être battue, une colonie de perroquets, une plante isolée dont le fruit est
comestible, un gisement d’argile ou de silex ; avec quelle érudition ils étaient capables de
discerner les diverses variétés de baies, de lianes, d’animaux, de pierres ; quels indices, pour
nous invisibles, les guidaient dans la pénombre de la grande forêt. Dans ce monde à eux,
c’étaient eux les savants et moi l’ignorant : il s’ouvrait sous leurs yeux comme un livre que
l’on déchiffre sans peine, alors que pour moi il demeurait scellé. Sans doute était-ce là le seul
livre qu’ils connaissent et leur savoir n’est-il conservé et transmis que par la mémoire et
l’expérience, génération après génération. Il n’en reste pas moins vrai que ces Indiens ont
établi l’inventaire du cadre naturel où se déroule leur vie et qu’ils se tiennent constamment à
jour : démarche proprement intellectuelle, qui ne me semble séparée de nos processus
mentaux les plus rationnels par aucune différence intrinsèque. Chaque Lacandon adulte a dans
l’esprit une géographie, une botanique, une zoologie, une minéralogie non écrites, mais fort
bien adaptées à leurs objets.
37

Nous appartenons à une civilisation qui a poussé très loin sa technologie, au point que,
habitués comme nous le sommes à nous procurer contre argent l’essentiel de nos subsistances,
à nous éclairer, à nous chauffer et à nous déplacer en appuyant sur des boutons ou des leviers,
nous mourrions infailliblement de faim et de misère là où nos Indiens survivent.
Jacques SOUSTELLE, Les Sauvages (Les quatre soleils)

(1) Lacandons : peuple indien de l’Amérique centrale, de race maya.

Question : Quelles sont les deux principales fonctions du langage qui apparaissent dans cet
extrait ? Justifiez brièvement votre choix.

Réponse : L’auteur établit une comparaison entre sa propre civilisation et celle les
Lacandons. Les deux principales fonctions du langage sont donc la fonction expressive (je,
moi, nous ...) et la fonction référentielle (les sauvages, les Lacandons ...).
38

Exercices avec corrections

Dans chacun des textes suivants, une fonction de la communication prédomine.


Laquelle?

1 - ESTRAGON (timidement). - Monsieur...


POZZO. - Qu’est-ce-que c’est, mon brave?
ESTRAGON. - Heu... vous ne mangez pas...heu...vous n’avez plus besoin...des
os...Monsieur?
S. Becket, En attendant Godot, Éd. Minuit,1952.

2 - À cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j’ai fait un mouvement en
avant. Je savais que c’était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant
d’un pas. Mais j’ai fait un pas, un seul pas en avant.
A. Camus, L’Étranger, Éd. Gallimard, 1942.
.
3 - Café : graine du caféier, graine originaire de l’Arabie et qui, en infusion, fournit une
boisson excitante et tonique (...). Boisson obtenue par infusion des grains de café torréfiés et
moulus (...). Lieu public où l’on consomme du café ou d’autres boissons.
Dictionnaire Grand Robert, 1985.

4 - HARPAGON. - (...) Ah ! c’est moi. Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis, qui je
suis, et ce que je fais. Hélas ! mon pauvre argent, mon cher ami ! on m’a privé de toi ; et
puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour
moi, et je n’ai plus que faire au monde : sans toi, il m’est impossible de vivre.
Molière, L’Avare, IV 7 (1668).

5 - Prenez un mot prenez-en deux


faites-les cuir’ comme des œufs
prenez un petit bout de sens
puis un grand morceau d’innocence
faites chauffer à petit feu
au petit feu de la technique
versez la sauce énigmatique
saupoudrez de quelques étoiles
poivrez et puis mettez les voiles

où voulez-vous en venir ?
À écrire
Vraiment ? à écrire ??
R. Queneau, Le Chien à la mandoline, Éd. Gallimard 1965.

6. Soyez vif et pressé dans vos narrations


Soyez riche et pompeux dans vos descriptions
C’est là qu’il faut des vers étaler l’élégance
N’y présentez jamais de basse circonstance
N. Boileau, Art poétique, III , 1674.

7. Il y avait un banc de pierre dans un coin, une ou deux statues moisies, quelques treillages
décloués par le temps pourrissant sur la mer ; du reste plus d’allées ni de gazon ; du chiendent
partout. Le jardinage était parti et la nature était revenue.
39

Victor Hugo, Les Misérables, IV,3,3 (1862)

8. Les deux chasseurs présentaient un contraste assez rare. Le ministériel était âgé de
quarante-deux ans et ne paraissait pas en avoir plus de trente, tandis que le militaire, âgé de
trente ans, semblait en avoir au moins quarante.
Honoré de Balzac, Adieu ! (1830)

Corrections: 1 - Fonction phatique. 2 - Expressive. 3 - Métalinguistique. 4 - Conative.


5 - Poétique. 6 - Conative. 7 - Référentielle. 8 - Référentielle.

Exercice : mettre en évidence les six fonctions du langage dans ce texte publicitaire.

EDMÉE de ROUBAIX

59097 Roubaix Cedex 2

Chère Madame,

C’est une VÉRITABLE CAFETIÈRE ÉLECTRIQUE que je vous offre


aujourd’hui. Vous ne la paierez pas, car pour vous et parce que c’est Edmée de
Roubaix, elle est TOTALEMENT GRATUITE !

Oui, grâce à Edmée de Roubaix, vous allez changer de cafetière sans que cela ne
coûte un centime ... Alors, redécouvrez l’arôme d’un bon café avec cette cafetière
aux multiples atouts :

Elle est ÉCONOMIQUE, vous n’achetez plus de filtre papier grâce au filtre
permanent.

Elle PRÉSERVE L’ARÔME d’un bon café grâce à sa conception savamment


étudiée, originale et tout à fait novatrice qui évite au café de bouillir.

Son fonctionnement est SIMPLE ET RAPIDE : de l’eau dans le réservoir, du


café dans le filtre et appuyer sur le bouton Marche ... Il ne vous reste plus qu’à
vous détendre avant de déguster !
C’est donc une véritable cafetière électrique 220 Volts que vous allez recevoir
dans votre prochain colis gratuitement. Il vous suffit de remplir les Modalités
d’Envoi ci-jointes et vous dégusterez bientôt un excellent café.
Attention c’est irrévocable ! Si vous renoncez définitivement à ce super avantage,
merci de nous retourner votre Acte de Renonciation ; Dans ce cas, sachez que
vous n’aurez plus jamais le privilège de vous voir offrir ce cadeau de valeur.
Je vous souhaite de bons achats dans notre Collection Automne-Hiver 96/97 et
espère que vous apprécierez votre réduction exceptionnelle de bienvenue, à
bientôt.
F. Delesalle
Directeur Clientèle
40

Correction du texte publicitaire

1. Fonction expressive : « ...je vous offre...je vous souhaite... » Le directeur de la clientèle


tient à créer des relations amicales avec ses clientes. Il intervient donc personnellement.

2. Fonction conatique : « Chère madame...vous ne la paierez pas...redécouvrez... » L’impératif


rend le texte plus vivant, il donne un conseil.

3. Fonction référentielle : « C’est une véritable cafetière... » Le cadeau est mis en valeur par
le présentatif.

4. Fonction phatique : « Chère madame...il suffit de remplir les modalités ci-jointes...vous


n’aurez plus jamais... » La communication est ouverte puis menace de se fermer mais se
maintient avec « À bientôt ».

5. Fonction métalinguistique : « Je vous offre...vous ne la paierez pas...elle est totalement


gratuite... » Les deux dernières expressions précisent la première.

6. Fonction poétique : quasiment inexistante sauf dans la redondance : « originale et tout à


fait novatrice ».

Remarques : Un texte ne contient pas obligatoirement les six fonctions du langage.


Une même expression peut contenir plusieurs fonctions. C’est le sens du texte
qui est alors déterminant.

Exercice : Mettre en évidence les six fonctions du langage dans la fable de La Fontaine, « La
jeune veuve ». Donnez deux ou trois exemples à chaque fois, expliquez les.

La perte d'un Époux ne va point sans soupirs.


On fait beaucoup de bruit et puis on se console.
Sur les ailes du Temps1 la tristesse s’envole
Le Temps ramène les plaisirs.
Entre la veuve d'une année
Et la veuve d'une journée
La différence est grande : on ne croirait jamais
Que ce fut la même personne.
L'une fait fuir les gens, et l’autre a mille attraits.
Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne
C’est toujours même note et pareil entretien
On dit qu'on est inconsolable ;
On le dit, mais il n'en est rien,
Comme on verra par cette fable,
Ou plutôt par la vérité.
L’époux d'une jeune beauté
Partait pour l’autre monde. À ses côtés sa femme
Lui criait : « Attends-moi, je te suis ; et mon âme,
Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler.
Le mari fait seul le voyage.
La belle avait un père, homme prudent et sage :
41

Il laissa le torrent couler.


À la fin, pour la consoler :
« Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes :
Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes ?
Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.
Je ne dis pas que tout à l’heure2
Une condition meilleure
Change en des noces ces transports ;
Mais après certain temps souffrez qu'on vous propose
Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose
Que le défunt. - Ah ! dit-elle aussitôt,
Un cloître est l’époux qu’il me faut. »
Le père lui laissa digérer sa disgrâce3.
Un mois de la sorte se passe.
L’autre mois on l’emploie à changer tous les jours
Quelque chose à l’habit, au linge, à la coiffure.
Le deuil enfin sert de parure,
En attendant d'autres atours.
Toute la bande des amours
Revient au colombier ; les jeux, les ris4, la danse.
Ont aussi leur tour à la fin.
On se plonge soir et matin
Dans la fontaine de Jouvence.
Le père ne craint plus ce défunt tant chéri ;
Mais, comme il ne parlait de rien à notre belle
« Où donc est le jeune mari
Que vous m'avez promis ? » dit-elle.
La Fontaine, Fables, Livre VI, 21 (1668).

1. Allégorie
2. Sur l’heure
3. Mûrir son malheur
4. Rires
5. Une légende voulait qu’une certaine fontaine redonnât la jeunesse à ceux qui s’y plongeaient.

Correction : «La jeune veuve »

1. Fonction expressive : « Je te suis »


« Je ne dis pas »
Le style direct rend la fable plus vivante.

2. Fonction conative : « Ma fille...que vous noyiez...ne songez... »


Le ton est celui d’un conseil.

3. Fonction référentielle : « La perte d’un époux... » périphrase qui désigne le veuvage, le


thème de la fable.

4. Fonction phatique : « Comme on verra par cette fable... » La communication est maintenue
avec le lecteur.
« Je ne dis pas que... » Le père ne veut pas rompre la communication avec la fille, il est très
diplomate.
42

5. Fonction métalinguistique : « par cette fable, ou plutôt par... » explique et précise le


message. L’auteur est sûr de lui. Son affirmation est péremptoire.

6 - Fonction poétique : toutes les figures de style peuvent être citées.


43

B - LES FIGURES DE STYLE

Allégorie : suite de symboles, d’images qui permettent de reconnaître une idée (la justice, la
mort... sont personnifiées).

Anaphore : répétition.
ex. : « Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir. » (Corneille).

Antiphrase : dire le contraire de ce qu’on pense. S’accompagne d’un ton ironique.


ex. : Vous devez être content !

Antithèse : oppose deux mots ou deux idées.


ex. : « Ton bras est invaincu mais non pas invincible » (Corneille).

Asyndète : suppression systématique des mots coordonnants, souvent « et ».

Polysyndète : multiplication des coordonnants.

Chiasme : croisement du type a - b - b - a -


ex. : « Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais » (Baudelaire)

Cliché : comparaison usée.


ex. : Gai comme un pinson.

Euphémisme : atténue une réalité douloureuse.


ex. : Il n’est plus (= il est mort).

Hyperbole : exagération

Incise de commentaire : explication à l’intérieur d’une phrase.


ex. : ..., car c’est ainsi qu’on appelle ....

Litote : expression atténuée


ex. : « Va, je ne te hais point ... » (Corneille)

Métaphore : image (comparaison : image avec « comme »)

Métaphore filée : reprise de la même image dans une phrase ou un texte.


ex. : Paris dans La Curée ... « sur cet océan de maisons aux toits bleuâtres, pareils à des
flots pressés ... » (Zola)

Catachrèse : métaphore entrée dans l’usage courant.


ex. : Le soleil se lève. Le pied de la montagne.

Métonymie : désigne la partie pour le tout.


ex. : une voile (un bateau)

Néologisme : création d’un mot.


44

Oxymore : alliance de deux termes contradictoires.


ex. : une nuit blanche.

Paradoxe : contradiction dans le raisonnement.


ex. : « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » (Rousseau)

Parataxe : suppression systématique de toute subordination.


ex. : Chute de neige : trois morts.

Périphrase : propos employé à la place d’un mot.


ex. : « Les commodités de la conversation » (les fauteuils)

Prétérition : nier puis affirmer


ex. : « Je ne dis pas que ... mais ... »

Prosopopée : elle donne la parole aux morts, aux idées ...


ex. : « La voix de la sagesse ».

Exercices : « La jeune veuve » (La Fontaine)


1. La figure de style qui apparaît la plus souvent dans cette fable est l’antithèse. Pourquoi ?
2. Relevez et analysez 5 figures de style différentes (ne pas étudier de nouveau l’antithèse).

La perte d'un Époux ne va point sans soupirs.


On fait beaucoup de bruit et puis on se console.
Sur les ailes du Temps1 la tristesse s’envole
Le Temps ramène les plaisirs.
Entre la veuve d'une année
Et la veuve d'une journée
La différence est grande : on ne croirait jamais
Que ce fut la même personne.
L'une fait fuir les gens, et l’autre a mille attraits.
Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne
C’est toujours même note et pareil entretien
On dit qu'on est inconsolable ;
On le dit, mais il n'en est rien,
Comme on verra par cette fable,
Ou plutôt par la vérité.
L’époux d'une jeune beauté
Partait pour l’autre monde. A ses côtés sa femme
Lui criait : « Attends-moi, je te suis ; et mon âme,
Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler.
Le mari fait seul le voyage.
La belle avait un père, homme prudent et sage :
Il laissa le torrent couler.
A la fin, pour la consoler :
« Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes :
Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes ?
Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.
Je ne dis pas que tout à l’heure2
45

Une condition meilleure


Change en des noces ces transports
Mais après certain temps souffrez qu'on vous propose
Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose
Que le défunt. - Ah ! dit-elle aussitôt.
Un cloître est l’époux qu’il me faut. »
Le père lui laissa digérer sa disgrâce3.
Un mois de la sorte se passe.
L’autre mois on l’emploie à changer tous les jours
Quelque chose à l’habit, au linge, à la coiffure.
Le deuil enfin sert de parure,
En attendant d'autres atours.
Toute la bande des amours
Revient au colombier ; les jeux, les ris4, la danse.
Ont aussi leur tour à la fin.
On se plonge soir et matin
Dans la fontaine de Jouvence.
Le père ne craint plus ce défunt tant chéri
Mais, comme il ne parlait de rien à notre belle
Où donc est le jeune mari
Que vous m'avez promis ? dit-elle.
La Fontaine, Fables, Livre VI, 21 (1668).

1. Allégorie
2. Sur l’heure
3. Mûrir son malheur
4. Rires
5. Une légende voulait qu’une certaine fontaine redonnât la jeunesse à ceux qui s’y plongeaient.

Correction

Exercice 1
La figure de style qui apparaît le plus souvent dans « La jeune veuve » est l’antithèse car
elle traduit le mieux le sens général de la fable : l’auteur veut montrer que le Temps est
fondamental dans le veuvage. L’attitude de la « veuve d’une journée » est radicalement
opposée à celle de la « veuve d’une année ». La douleur n’était donc qu’apparente. La
Fontaine oppose l’être et le paraître.

Exercice 2
- Périphrase : v. 1. « La perte d’un époux ... » signifie le veuvage. Cette figure de style met
en évidence le mot époux qui évoque l’aspect conventionnel du mariage. On peut voir
également dans cette expression un euphémisme.
- La métaphore filée : on peut citer celle du voyage : « partait ... je te suis ... s’envoler ... »
ou celle de l’eau : « larmes ... noyiez ... torrent ... » chez la veuve, il s’agit d’un manque de
sincérité, de spontanéité. Quant au père, il sensibilise sa fille à l’idée que larmes et laideur
sont associées.
- La prétérition du vers 27 montre la souplesse d’un père qui ne veut pas choquer sa fille.
- La personnification du vers 33 rappelle que les religieuses épousaient le Christ.
- Le paradoxe du vers 45 (« défunt tant chéri ») met en valeur le ton ironique de l’auteur.
46

C - NIVEAUX DE LANGUE ET REGISTRES LITTÉRAIRES (TONALITÉS)

I - Les niveaux de langue

Le registre soutenu n’est jamais spontané. Son modèle est un modèle écrit.

Le registre courant, commun, est plus spontané que le registre soutenu. Il fonctionne aussi
bien à l’oral qu’à l’écrit. À l’oral, on l’utilisera avec des personnes non familières. Ce registre
passe inaperçu.

Le registre familier, c’est celui de la parole spontanée. Le modèle est un modèle oral. Il
comporte des « fautes » au regard de l’usage correct et contient des effets de style (emphase,
hyperboles, redondances...).
Ce registre familier peut aller jusqu’à la vulgarité. L’argot fait aussi partie de cette catégorie.

Exercices (autocorrection) :

1 - Trouvez trois textes correspondant à ces trois niveaux de langue.

2 - Réécrire le texte au registre soutenu dans un registre courant.

Exercice : Dans le texte de RABELAIS qui vous est proposé, repérez les trois registres de
langue.

Quand Pantagruel fut né, qui fut bien ébahi et perplexe ? Ce fut Gargantua. son
père. Car, voyant d'un côté sa femme Badebec morte, et de 1'autre son fils
Pantagruel né, tant beau et tant grand, ne savait que dire ni que faire, et le doute
qui troublait son entendement était à savoir s'il devait pleurer pour le deuil de sa
femme ou rire pour la joie de son fils. D'un côté et d'autre il avait arguments
sophistiques qui le suffoquaient, car il les faisait très bien in modo et figura mais
i1 ne les pouvait soudre, et par ce moyen demeurait empêtré comme la souris
empeigée ou un milan pris au lacet.
Pleurerai-je ? disait-il. Oui, car pourquoi ? Ma tant bonne femme est morte.qui
était la plus ceci, la plus cela, qui fût au monde. Jamais je ne la verrai, jamais je
n'en recouvrerai une telle ; ce m'est une perte inestimable ! Ô mon Dieu, que
t'avais-je fait pour ainsi me punir ? Que n'envoyas-tu la mort à moi premier qu'à
elle ? Car vivre sans elle ne m’est que languir. Ha, Badebec, ma mignonne,
m'amie, mon petit con (toutefois elle en avait bien trois arpents et deux sexterées)
, ma tendrette, ma braguette, ma savate, ma pantoufle, jamais je ne te verrai ! Ha,
pauvre Pantagruel, tu as perdu ta bonne mère, ta douce nourrice, ta dame très
aimée ! Ha, fausse mort tant tu m'es malivole, tant tu m’es outrageuse, de me tollir
celle à laquelle immortalité appartenait de droit.
Et, ce disant, pleurait comme une vache ; mais tout soudain riait comme un
veau, quand Pantagruel lui venait en mémoire.
Ho, mon petit fils, disait-il, mon couillon, mon peton, que tu es joli, et tant je suis
tenu à Dieu de ce qu'il m'a donné un si beau fils, tant joyeux, tant riant, tant joli !
Ho, ho, ho, ho ! que je suis aise ! Buvons, ho! laissons toute mélancolie ! Apporte
du meilleur, rince les verres, boute la nappe, chasse ces chiens, souffle ce feu,
allume la chandelle, ferme cette porte, taille ces soupes , envoie ces pauvres,
baille-leur ce qu’ils demandent ! Tiens ma robe, que je me mette en pourpoint
pour mieux festoyer les commères.
47

Ce disant, ouït la litanie et les Mementos des prêtres qui portaient sa femme en
terre, dont laissa son bon propos, et tout soudain fut ravi ailleurs, disant :
« Seigneur Dieu, faut-il que je me contriste encore ? Cela me fâche ; je ne suis
plus jeune, je deviens vieux, le temps est dangereux, je pourrais prendre quelque
fièvre ; me voilà affolé. Foi de gentilhomme, il vaut mieux pleurer moins, et boire
davantage ! Ma femme est rnorte, et bien, par Dieu ! (da jurandi) je ne la
ressusciterai pas par mes pleurs : elle est bien, elle est en paradis pour le moins, si
mieux n'est ; elle prie Dieu pour nous, elle est bien heureuse, elle ne se soucie plus
de nos misères et calamités. Autant nous en pend à 1'œil, Dieu garde le demeu-
rant ! Il me faut penser d'en trouver une autre.
F. Rabelais, Pantagruel, chap. III (éd. de 1542). Orthographe modernisée.

Correction : Gargantua s’adresse à Dieu ou à la mort dans un registre soutenu, à son épouse
et à son fils dans un registre familier, et à lui-même dans un registre courant.

Exercices :

1 - Trouvez dix phrases très familières que vous prononcez ou entendez tous les jours, et, en
face de chacune d’elles, rédigez une phrase qui dise la même chose dans la langue écrite (ou
« correcte »).

2 - Voici un court texte qui reproduit des manières de parler très familières. Récrivez-le en
modifiant les mots, leur forme ou leur construction, de façon à en faire un texte de langue
écrite correcte :
Y’avait pas un chat quand ch’suis arrivé dans c’te piaule. Z’étaient tous partis. J’me suis
assis et j’me suis un peu creusé l’citron. Où qu’y z’étaient donc passés ? Mais gamberger me
donnait mal à la tronche, alors j’me suis tiré.

3 - L’argot est une langue qui a été autrefois inventée par les voleurs pour ne pas être compris
des policiers.
Voici treize mots d’argot désignant des parties du corps :
cafetière, guibolles, paluches, portugaises, mirettes, pif, panards, citron, menteuse,
ratiches, biscottos, tarin, bidon.
Ces mots désignent (dans le désordre) : langue, tête, yeux, oreilles, jambes, dents, nez,
mains, pieds, ventre, muscles.
Saurez-vous redonner à chaque mot son sens (attention, plusieurs mots peuvent être
synonymes) ?

4 - Classez les mots suivants en fonction du registre de langue auquel ils appartiennent :
cossard , apathique, paresseux - détester, haïr, abhorrer - ostraciser, rejeter, exclure - buter,
occire, tuer - veine, chance, fortune - clamser, trépasser, mourir - entourloupe, duperie,
tromperie - faux jeton, fourbe, trompeur - crasse, saleté, souillure - priver, dépouiller, spolier -
dérober, voler, chouraver - bouffer, manger, prendre un repas.

Corrections

2 - Il n’y avait personne quand je suis arrivé dans cette chambre. Ils étaient tous partis. Je me
suis assis et j’ai réfléchi. Où étaient-ils donc passés ? Mais réfléchir me donnait mal à la tête,
alors, je suis sorti.
48

3 - tête - jambes - mains - oreilles - yeux - nez - pieds - tête - langue - dents - muscles - nez -
ventre.

4-
Familier Courant Soutenu
cossard paresseux apathique
détester haïr abhorrer
rejeter exclure ostraciser
buter tuer occire
veine chance fortune
clamser mourir trépasser
entourloupe tromperie duperie
faux jeton trompeur fourbe
crasse saleté souillure
dépouiller priver spolier
chouraver voler dérober
bouffer manger prendre un repas

II - LES REGISTRES LITTÉRAIRES OU TONALITÉS

Le registre comique :
Il provoque le rire et naît d’une situation, d’un mot, d’un comportement ou d’un geste. On
peut aller jusqu’au burlesque et à l’absurde. Les procédés sont les répétitions, quiproquos ou
propos décalés. Exemple :
- Je m’excuse, monsieur, mais j’ai nettement l’impression de vous avoir rencontré quelque part.
- C’est bien possible. J’y vais souvent.
Pierre DAC, Bon sens ne peut mentir (1950)

Le registre humoristique :
Il fait sourire, la réalité est présentée de façon amusante. L’humour noir est une plaisanterie
qui porte sur les situations macabres ou sordides.
Exemple : [Frère Jean] mit bas son grand habit et se saisit du bâton de la croix, qui était en
cœur de cormier, aussi long qu’une lance, remplissant bien la main et quelque peu semé de
fleurs de lys, presque toutes effacées.
RABELAIS, Gargantua, I 27 (1534)

Le registre satirique :
Il consiste à faire rire aux dépens d’une institution ou d’un groupe social. Le rire est mis au
service d’une thèse, d’un combat, d’une forme d’engagement.
Exemple : Le baiser
Provoque de telles palpitations
que le cœur travaille en 4 secondes
plus qu’en 3 minutes.
Les statistiques prouvent
que 480 baisers
raccourcissent la vie d’un jour….
Paul MORAND, Poèmes (1973)

Le registre polémique :
49

Il combat des personnes ou des thèses de façon violente. La simplification de la thèse


critiquée, l’exagération, le lexique dévalorisant, l’ironie suscitent le mépris et le lecteur
adhère au point de vue de l’auteur.
Exemple : Si, sans le partager, on conçoit le fanatisme religieux, puisque là, il y va de
l’essentiel, de la vie et de la mort, du besoin éperdu « d’autre chose », devant le fanatisme des
chasseurs, on reste confondu.
CAVANNA, Charlie Hebdo n° 388.

Le registre réaliste :
Il ne faut pas le confondre avec le courant littéraire du XIXe siècle, le réalisme. Un récit
imaginaire peut relever de ce registre quand des lieux, des personnages, des actions ont existé
ou pourraient avoir existé dans le monde réel ordinaire. Le lecteur doit être persuadé que ce
qu’on lui raconte est vrai grâce à des détails significatifs.
Exemple : Trôs, de ses mains, touche les genoux d’Achille ; il veut à tout prix le supplier.
L’autre le frappe de son épée au foie.
HOMÈRE, Iliade, chant XX (VIIIe siècle av. J.C.)

Le registre épique :
Il emprunte ses caractéristiques à l’épopée, aux récits des combats chevaleresques racontant
les exploits des héros confrontés à l’adversité ou aux forces surnaturelles. Cela suscite
l’étonnement, l’admiration et l’effroi chez le lecteur. Le procédé est l’hyperbole, exagération
des faits, du nombre de personnages, dimension cosmique de l’espace.
Exemple : Trôs, de ses mains, touche les genoux d’Achille ; il veut à tout prix le supplier.
L’autre le frappe de son épée au foie. Le foie jaillit hors du corps ; un sang noir en découle,
qui remplit son giron ; l’ombre couvre ses yeux, le souffle à jamais lui échappe. Achille va
alors à Moulios et le frappe de sa lance à l’oreille, la pointe de bronze ressort aussitôt par
l’autre oreille.
HOMÈRE, Iliade, chant XX (VIIIe siècle av. J.C.)

Le registre fantastique :
C’est l’intrusion dans un univers apparemment réaliste d’un élément irrationnel, surnaturel.
Le texte n’apporte jamais d’explication et crée un effet inquiétant par des personnages ou
situations étranges.
Exemple : C’était un jeune homme de vingt-six à vingt-huit ans, ou du moins auquel on était
tenté d’attribuer cet âge au premier abord, car lorsqu’on le regardait avec attention on le
trouvait ou plus jeune ou plus vieux, tant sa physionomie énigmatique mélangeait la fraîcheur
et la fatigue.
Théophile GAUTIER, Récits fantastiques, « Jettatura » (1857)

Le registre lyrique :
Il évoque, par ses origines, la musique et exprime des sentiments personnels, souvent à la
première personne du singulier. Les thèmes privilégiés sont la nostalgie, l’amour de la nature,
la fuite du temps, etc. Les apostrophes sont nombreuses ainsi que les phrases exclamatives et
interrogatives. L’auteur joue sur les sonorités et les rythmes.
Exemple : Apparition
La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
Stéphane MALLARMÉ, Poésies (1899)
50

Le registre pathétique :
Il évoque la souffrance et provoque la compassion chez le lecteur grâce au lexique, au choix
du point de vue et de l’énonciation au discours direct. Les modalités interrogatives et
exclamatives sont fréquentes.
Exemple : Antigone est condamnée à être emmurée vivante, pour avoir enseveli son frère,
malgré l’interdiction édictée par le roi.
ANTIGONE – Ô tombeau ! Ô lit nuptial ! Ô ma demeure souterraine ! … (Elle est
toute petite au milieu de la grande pièce nue. On dirait qu’elle a un peu froid. Elle s’entoure
de ses bras. Elle murmure.) Toute seule…
Jean ANOUILH, Antigone (1942)

Le pathétique provient surtout des didascalies et de l’identification à l’héroïne, être fragile


confronté à la violence du monde.

Le registre tragique :
Il naît aussi de l’expression de la souffrance, celle du héros solitaire face à son destin. La
langue soutenue traduit alors les passions, la fatalité, le mal et la mort. La situation est
désespérée.
Exemple : Antigone est condamnée à être emmurée vivante, pour avoir enseveli son frère,
malgré l’interdiction édictée par le roi.
ANTIGONE – Ô tombeau ! Ô lit nuptial ! Ô ma demeure souterraine ! … (Elle est
toute petite au milieu de la grande pièce nue. On dirait qu’elle a un peu froid. Elle s’entoure
de ses bras. Elle murmure.) Toute seule…
Jean ANOUILH, Antigone (1942)

La langue soutenue montre le désespoir d’Antigone seule face à la mort.


51

D - CHAMP LEXICAL ET CHAMP SÉMANTIQUE

Le champ lexical, c’est l’ensemble du vocabulaire appartenant à un domaine précis, comme


le vocabulaire des plantes, des voyages, des sentiments amoureux.
ex. : champ lexical de la guerre
synonymes : guerre, conflit, combat.
même famille : guerre, guerrier, guerroyer.
même domaine : soldat, arme, troupe, capitaine.
même notion : blessure, violence, hostilité.

Exemple : champ lexical de l’eau, symbole de vie.

« Jeanne, ayant fini ses malles, s’approcha de la fenêtre, mais la pluie ne cessait pas.
L’averse, toute la nuit, avait sonné contre les carreaux et les toits. Le ciel bas et chargé
d’eau semblait crevé, se vidant sur la terre, la délayant en bouillie, la fondant comme du
sucre. Des rafales passaient pleines d’une chaleur lourde. Le ronflement des ruisseaux
débordés emplissait les rues désertes où les maisons, comme des éponges buvaient l’humidité
qui pénétrait au-dedans et faisait suer les murs de la cave au grenier.
Jeanne, sortie la veille du couvent, libre enfin pour toujours, prête à saisir tous les
bonheurs de la vie dont elle rêvait depuis si longtemps, craignait que son père hésitât à partir
si le temps ne s’éclaircissait pas ; et pour la centième fois depuis le matin elle interrogeait
l’horizon. »
Guy de Maupassant, Une vie (incipit), 1883.

Exemple : les champs lexicaux du paysage et de la nature (flore et faune) sont associés.

« Et bientôt l’on fut en plein bois de Vincennes.


D’étroits sentiers, à la terre piétinée, talée1 et durcie, pleins de traces, se croisaient dans
tous les sens. Dans l’intervalle de tous ces petits chemins, il s’étendait, par places, de l’herbe,
mais une herbe écrasée, desséchée, jaunie et morte, éparpillée comme une litière, et dont les
brins, couleur de paille, s’emmêlaient de tous côtés aux broussailles entre le vert triste des
orties. On reconnaissait là un de ces lieux champêtres où vont se vautrer les dimanches des
grands faubourgs, et qui restent comme un gazon piétiné par une foule après un feu d’artifice.
Des arbres s’espaçaient, tordus et mal venus, de petits ormes au tronc gris, tachés d’une lèpre
jaune, ébranchés jusqu’à hauteur d’homme, des chênes malingres, mangés de chenilles et
n’ayant plus que la dentelle de leurs feuilles. La verdure était pauvre, souffrante, et toute à
jour, le feuillage en l’air se voyait tout mince ; les frondaisons rabougries, fripées et brûlées,
ne faisaient que persiller le ciel. De volantes poussières de grandes routes enveloppaient de
gris les fonds. Tout avait la misère et la maigreur d’une végétation foulée et qui ne respire
pas, la tristesse de la verdure à la barrière2 : la Nature semblait y sortir des pavés. Point de
chant dans les branches, point d’insecte sur le sol battu ; le bruit des tapissières3 étourdissait
l’oiseau ; l’orgue faisait taire le silence et le frisson du bois ; la rue passait et chantait dans le
paysage.
Edmond et Jules de Goncourt, Germinie Lacerteux, 1865.

1. Aplatie.
2. Limite et porte d’une ville.
3. Sorte d’omnibus tiré par des chevaux.
52

Le champ sémantique : établir le champ sémantique d’un mot, c’est étudier les différents
sens de ce mot (polysémie), à l’aide d’un dictionnaire.
ex. : sentir : odeur dégagée (Ce parfum sent la lavande)
odeur perçue (Paul sent le parfum d’Isabelle)

sens propre (Ce rôti sent bon)


sens figuré (Cette histoire sent le roussi)
(Il sent la beauté des choses)

Exemple :

« Allons ! encore notre vieux carrick1 ! »


Cette exclamation échappait à un clerc appartenant au genre de ceux qu'on appelle dans
les études des saute-ruisseaux, et qui mordait en ce moment de fort bon appétit dans un
morceau de pain; il en arracha un peu de mie pour faire une boulette et la lança railleusement
par le vasistas d’une fenêtre sur laquelle il s'appuyait. Bien dirigée, la boulette rebondit
presque à la hauteur de la croisée, après avoir frappé le chapeau d’un inconnu qui traversait la
cour d'une maison située rue Vivienne, où demeurait maître Derville, avoué.
« Allons, Simonnin, ne faites donc pas de sottises aux gens, ou je vous mets à la porte.
Quelque pauvre que soit un client, c'est toujours un homme, que diable! », dit le Maître clerc
en interrompant 1'addition d'un mémoire de frais.
Le saute-ruisseau est généralement, comme était Simonnin, un garçon de treize à quatorze
ans, qui dans toutes les études se trouve sous la domination spéciale du principal clerc, dont
les commissions et les billets doux 1'occupent tout en allant porter des exploits chez les
huissiers et les placets2 au Palais. Il tient au gamin de Paris par ses mœurs, et à la chicane3 par
sa destinée.
Honoré de Balzac, Le Colonel Chabert (incipit), 1835.

1. Le personnage est ici désigné par le vêtement qu'il porte, sorte de grand manteau démodé d'origine
anglaise, qui signe son appartenance à une époque révolue.
2. Copie d'assignation exprimant les exigences du demandeur.
3. Terme familier pour désigner le monde de la justice.

DÉFINITIONS du dictionnaire Larousse 98


Clerc : celui qui a quitté 1'état laïque pour 1'état ecclésiastique;
- lettré, savant;
- employé d’une étude d'officier public ou ministériel.
Étude : travail de 1'esprit qui s'applique à apprendre ;
- ensemble des travaux qui précèdent 1'exécution d’un projet ;
- ouvrage exposant les résultats d'une recherche ;
- salle où les élèves travaillent en dehors des heures de cours ;
- local de travail d’un officier ministériel.
Croisée : point où deux choses se croisent et spécialement deux voies ;
- croisement du transept et de la nef d’une église;
- chassis vitré pivotant servant à clore une fenêtre;
- la fenêtre elle-même.
Maître : personne qui commande, gouverne, exerce une autorité;
- personne qui enseigne, professeur;
- titre donné à certains avocats et à certains officiers ministériels;
- personne qui dirige l’exécution de quelque chose; - personne dont on est le disciple et
qui peut être prise comme modèle.
53

Mémoire (terme masculin) : écrit sommaire exposant des faits et des idées;
- relevé des sommes dues à un fournisseur;
- relation écrite faite par une personne des événements qui ont marqué sa vie;
- acte de procédure contenant les prétentions et les arguments de plaideurs devant
certaines juridictions.
Commission : achats quotidiens, courses (le terme est alors employé au pluriel);
- ensemble de personnes désignées par une assemblée pour étudier un projet;
- pourcentage qu’on laisse à un intermédiaire;
- attribution d’une charge, d’une fonction par une autorité.
Exploit: acte mémorable, coup d’éclat;
-acte de procédure rédigé et signifié par un huissier.
Palais: vaste et somptueuse résidence d’un chef d'état, d'un personnage de marque;
- vaste édifice public destiné à un usage d'intérêt général;
- bâtiment départemental où siègent les tribunaux (palais de justice).

Exercice : polysémie du mot canon

Texte 1
Alceste
Vous êtes-vous rendue, avec tout le beau monde,
Au mérite éclatant de sa perruque blonde ?
Sont-ce ses grands canons qui vous le font aimer ?
L’amas de ses rubans a-t-il su vous charmer ?
Molière, Le Misanthrope, II, 1, 1666.

Texte 2
Il avait beau regarder du côté d’où venaient les boulets, il voyait la fumée blanche de la
batterie à une distance énorme, et, au milieu du ronflement égal et continu produit par les
coups de canon, il lui semblait entendre des décharges beaucoup plus voisines ; il n’y
comprenait rien du tout.
Stendhal, La Chartreuse de Parme, I, 3, 1839.

Texte 3
Mais, dans le mouvement de détente, le canon de ce fusil dévia par hasard dans le même
sens.
Pierre Loti, Pêcheur d’Islande, 1886.

Définition

CANON n.m. (it. cannone).


I.1. Pièce d’artillerie non portative servant à lancer des projectiles lourds. Canon antichar,
automoteur, de campagne. 2. Canon d’une arme à feu : tube par où passe le projectile. Canon
d’un fusil, d’un revolver. 3. Canon à électrons : dispositif producteur d’un faisceau intense
d’électrons. 4. Canon à neige : appareil pour projeter de la neige artificielle sur les pistes.
II.1. Objet, partie d’objet cylindrique. Canon d’une clé : partie forée d’une clé.
TECHN. Canon de guidage, de perçage : cylindre creux destiné à guider un foret. 2. ZOOL.
Chez les équidés, les ruminants, partie d’un membre comprise entre le jarret et le boulet, ou
bien entre le poignet ou la cheville et les phalanges. 3. Anc. (XVIIe s.). Ornement enrubanné
qui s’attachait au bas de la culotte.
54

III.1. Ancienne mesure pour les liquides valant un huitième de litre. 2. Pop. Verre de vin.
Boire un canon.

Exercice : polysémie du mot chute

1. « Cette allée nous a fait souvenir de la chute que vous y fîtes un jour. » (Madame de
Sévigné)
2. La chute du dollar a eu des répercussions sur les marchés financiers.
3. Avant même la chute du rideau, le public s’était levé, enthousiaste.
4. En novembre 1989, le monde entier a assisté à la chute du mur de Berlin.
5. Un sonnet se termine par une chute, ou pointe, qui, bien souvent, précise son sens général.
6. Elle avait réussi à récupérer quelques chutes de tissu, trésor rare par ces temps de pénurie.
7. La Chute est le titre d’un roman de Camus. Parmi d’autres titres comportant le mot
« chute », on trouve aussi Plus dure sera la chute, La Chute d’un ange.
8. À la chute du jour, les animaux des marais commençaient un concert nocturne qui ne se
finissait jamais avant les toutes premières heures de l’aube.

Définition

CHUTE n.f. (de chu, p. passé de choir).


1. Fait de tomber, de se détacher de son support. Faire une chute. Chute des cheveux. - Angle
de chute (ou d’impact) : angle que fait la trajectoire d’un projectile avec le terrain au point
d’impact. Point de chute : point, lieu où qqch tombe, s’abat ; fig. lieu d’arrivée. Chute d’eau :
cascade, cataracte. Chute du jour, moment où le jour fait place à la nuit. 2. Fig. a. Fait de
s’écrouler ; ruine, effondrement. La chute d’un gouvernement. b. Litt. Le fait de commettre
une faute, de tomber dans la déchéance. Absolt. La chute : le péché originel. 3. Ce par quoi
une chose qui s’abaisse se termine. La chute des reins : le bas du dos. Chute d’une voile, sa
hauteur, quand elle est étarquée. Chute d’un toit : sa pente. Chute d’ornements : guirlande
pendante. LITTÉR. Trait d’esprit par lequel un texte s’achève. 4. Ce qu’il reste d’une matière
(papier, tissu, bois, etc.) après une coupe. 5. Aux cartes, ensemble des levées annoncées qui
n’ont pas été faites.
Dictionnaire Larousse, 1998.

Exercices :

1 - Cherchez des mots de la même famille que bord, terre, mer, grain, fleur.

2 - Cherchez le champ sémantique de gagner.

3 - Les mots soulignés présentent une image de Pierrot. Comment la caractériser ?

Pierrot
Ce n’est plus le rêveur lunaire du vieil air
Qui riait aux aïeux dans les dessus de porte ;
Sa gaité, comme sa chandelle, hélas ! est morte,
Et son spectre aujourd’hui nous hante, mince et clair.
Et voici que parmi l’effroi d’un long éclair
Sa pâle blouse a l’air, au vent froid qui l’emporte,
D’un linceul, et sa bouche est béante, de sorte
Qu’il semble hurler sous les morsures du ver.
55

Avec le bruit d’un vol d’oiseaux de nuit qui passe,


Ses manches blanches font vaguement par l’espace
Des signes fous auxquels personne ne répond.
Ses yeux sont deux grands trous où rampe du phosphore
Et la farine rend plus effroyable encore
Sa face exsangue au nez pointu de moribond.
Paul Verlaine, « Pierrot », Jadis et Naguère.

4 - Constituez le champ lexical de cet extrait. À votre avis quel est le métier de
Nucingen ?

« Nucingen laissa donc échapper devant du Tillet l’idée pyramidale et victorieuse de


combiner une entreprise par actions en constituant un capital assez fort pour pouvoir servir de
très gros intérêts aux actionnaires pendant les premiers temps. Essayée pour la première fois,
en un moment où des capitaux niais abondaient, cette combinaison devait produire une hausse
sur les actions, et par conséquent un bénéfice pour le banquier qui les émettrait.
Honoré de Balzac, La maison Nucingen.

5 - Dégager les deux champs lexicaux :

« BAZILE - D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage,
pianissimo1 murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille
et piano, piano vous le glisse en l’oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il
chemine et rinforzando1 de bouche en bouche il va le diable ; puis tout à coup, ne sais
comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’œil ; elle s’élance,
étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au
ciel, un cri général, un crescendo1 public, un chorus2 universel de haine et de proscription3 -
Qui diable y résisterait ?
Beaumarchais, Le Barbier de Séville, Acte II, Scène 8.

1. Termes de musique empruntés à l’italien.


2. Un chœur.
3. Condamnation.

6 - Retrouvez le ou les champs lexicaux.

Renart reprend lestement le chemin de Maupertuis, laissant sur la brèche le pauvre


Ysengrin qui tire de droite et de gauche, et déchire sa queue cruellement sans parvenir à la
dégager. Survient un garçon tenant deux lévriers en laisse. Il aperçoit le loup arrêté par la
queue dans la glace, et le derrière ensanglanté. « Ohé ! ohé ! le loup ! ». Les veneurs avertis
accourent avec d'autres chiens, et cependant Ysengrin entend Constant des Granges donner
1'ordre de les délier. Les braconniers obéissent ; leurs brachets s'attaquent au loup qui, la
pelisse hérissée, se dispose à faire bonne défense. Il mord les uns, retient les autres à distance.
Alors messire Constant descend de cheval, approche l’épée au poing et pense couper
Ysengrin en deux. Mais le coup porte à faux ; messire Constant, ébranlé lui-même, tombe sur
la tête et se relève à grand-peine. Il revient à la charge, vise la tête, le coup glisse et le glaive
descend sur la queue qu'il emporte tout entière. Ysengrin, surmontant une douleur aiguë, fait
un effort suprême et s'élance au milieu des chiens qui s'écartent pour lui ouvrir passage et
56

courir aussitôt à sa poursuite. Malgré la meute entière acharnée sur ses traces, il gagne une
hauteur d’où il les défie. Brachets et lévriers tous alors renoncent à leur chasse. Ysengrin
rentre au bois, plaignant la longue et riche queue qu'il s'est vu contraint de laisser en gage, et
jurant de tirer vengeance de Renart, qu'il commence à soupçonner de lui avoir malicieusement
ménagé toutes ces fâcheuses aventures.
Le Roman de Renart I, Éd. Gallimard.

7 - Même exercice.

« Je revois cette profondeur marine qui grondait au-delà de la ville. Toute la plaine fumait
sous l’écume des routes. Des champs, frais hersés, s'envolaient des embruns tordus. Le vent
faisait son chemin et tout tremblait dans son sillage, on sentait qu'il s'en allait droit devant lui,
qu'il était là, mais que déjà ses yeux s'élargissaient sur de nouveaux pays étalés et faisant la
roue comme de gros oiseaux de toutes les couleurs. On sentait qu'il était puissant et doux,
qu'il suffisait de s'appuyer un peu fort à son flanc pour être emporté dans le monde. On sentait
que ce désir de fuite il le semait en vous comme une lente graine féroce et qu'on serait déchiré
plus tard par d'énormes racines mouvantes comme des poulpes. Je sentais que le vent
s'enracinait en moi. »
Jean Giono, Jean le Bleu, Chapitre 4, Éd. Grasset.

Corrections :

1 - bord : border, aborder, bordée, bordure, bordage, rebord...


terre : terrien, atterrir, terrain, déterrer, terrasse, territoire, terrine...
mer : amerrir, marin, maritime, mariner...
grain : graine, égréner, grainetier, granit, grenu, granuleux, grenade...
fleur : fleurette, fleurir, fleuriste, fleuron, fleuret, chou-fleur...
floral, floralies, floraison, florissant, déflorer, florilège, florifère...

2 - gagner de l’argent par son travail, gagner au jeu, gagner à être connu, gagner une course
(la remporter), gagner du terrain, gagner le rivage (l’atteindre).

3 - Image traditionnelle.

4 - actions, capital, intérêts, actionnaires, capitaux, actions, bénéfice, banquier. Nucingen est
banquier.

5 - Celui de la calomnie et de la musique.

6 - Chasse.

7 - Air, eau, terre.


57

E - DÉNOTATION - CONNOTATION

Définitions

La dénotation : c’est le sens premier, le sens du dictionnaire.


ex. : mer : vaste étendue d’eau salée.
clocher : partie la plus élevée d’une église.
uniforme : tenue vestimentaire d’un militaire.
B.M.W. : voiture.

Les connotations : ce sont les sens seconds, tous les symboles et sens figurés possibles.
ex. : mer : liberté, immensité, loisir ...
clocher : religion, sectarisme ...
uniforme : prestige, autorité ...
B.M.W. : luxe, richesse ...

ex. : connotations du mot Noël


- religieuses : naissance du Christ, messe de minuit ...
- sociales et culturelles : fête, vacances ...
- géographiques : froid, neige, montagne, ski ...
- personnelles, affectives : souvenirs d’enfance ...

ex. : connotations du sacré

« J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le
bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était faite de les épousseter sauf une
fois l’an, avant la rentrée d’octobre. Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces
pierres levées : droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la
bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre
famille en dépendait. Elles se ressemblaient toutes, je m’ébattais dans un minuscule
sanctuaire, entouré de monuments trapus, antiques qui m’avaient vu naître, qui me verraient
mourir et dont la permanence me garantissait un avenir aussi calme que le passé. Je les
touchais en cachette pour honorer mes mains de leur poussière mais je ne savais trop qu’en
faire et j’assistais chaque jour à des cérémonies dont le sens m’échappait : mon grand-père -
si maladroit, d’habitude, que ma mère boutonnait ses gants - maniait ces objets culturels avec
une dextérité d’officiant. »
Jean-Paul Sartre, Les Mots, Éd. Gallimard, 1964.

Exercices : déterminez les connotations

1. Depuis qu’Adam, ce cruel homme,


A perdu son fameux jardin,
Où sa femme, autour d‘une pomme,
Gambadait sans vertugadin,
Je ne crois pas que sur la terre
Il soit un lieu d’arbres planté
Plus célébré, plus visité,
Mieux fait, plus joli, mieux hanté,
Mieux exercé dans l’art de plaire,
58

Plus examiné, plus vanté,


Plus décrit, plus lu, plus chanté,
Que l’ennuyeux parc de Versailles
A. de Musset, Poésies nouvelles (Sur trois marches de marbre rose), 1852

2. D’immenses éclairs de chaleur palpitaient au loin dans la direction de l’Afrique ! Je


répétais ce mot mystérieux ; je le gonflais de terreurs, d’attirantes horreurs, d’attente, et mes
regards plongeaient éperdument dans la nuit chaude vers une promesse oppressante et tout
enveloppée d’éclairs.
André Gide, Si le grain ne meurt, Éd. Gallimard, 1926

3. D’Artagnan, Cyrano de Bergerac, Don Quichotte, Rome, Versailles, Londres, Varsovie, La


Place Tien An Men, Harlem, Prague, Galilée, Archimède.

4. Étaient-ce la même campagne, la même herbe, les mêmes arbres qu’au mois de mai ?
Qu’étaient donc devenues la gaieté ensoleillée des feuilles, et la poésie verte du gazon où
flambaient les pissenlits, où saignaient les coquelicots, où rayonnaient les marguerites, où
frétillaient, comme au bout de fils invisibles, les fantasques papillons jaunes ? Et cette griserie
de l’air chargé de vie, d’arômes, d’atomes fécondants n’existait plus.
Les avenues détrempées par les continuelles averses d’automne s’allongeaient, couvertes
d’un épais tapis de feuilles mortes, sous la maigreur grelottante des peupliers presque nus. Les
branches grêles tremblaient au vent, agitaient encore quelque feuillage prêt à s’égrener dans
l’espace. Et sans cesse, tout le long du jour, comme une pluie incessante et triste à faire
pleurer, ces dernières feuilles, toutes jaunes maintenant, pareilles à de larges sous d’or, se
détachaient, tournoyaient, voltigeaient et tombaient.
Guy de Maupassant, Une vie, 1883.

5. Le héros de l’histoire, Julien, se trouve dans une gare ...


Une bourrade remit Julien dans le droit chemin. Il suivit l’ordonnance de cet univers
concentrationnaire dont il connaissait la mécanique, les mouvements secrets et l’odeur
puissante, inimitable. Noyé dans la masse il parcourut un couloir formé de deux grilles aux
barreaux massifs. Un haut-parleur aboya des ordres incompréhensibles entremêlés d’informes
chiffres. Le troupeau défila entre deux cages d’acier et de verre dans lesquelles deux hommes
en uniforme posaient un regard attentif sur les dos voûtés qui glissaient devant eux. Puis ce
furent un escalier, un autre couloir sombre, sans issue, dans lequel résonnait le sourd tumulte
de milliers de pas. Partout des écriteaux : Défense de ... Il est interdit de ... Sous peine de ...
Dans la grande cour la lumière était cruelle. Là encore, il y avait des grilles, des murs
noirs ; mais au-dessus de leurs perspectives obliques un grand pan de ciel bleu laissait
déchiffrer la promesse vaine d’une belle journée.
Paul Guimard, Rue du Havre, Éd. Denoël, 1957.

Corrections :

1. Connotations péjoratives. Termes dépréciatifs.


2. Afrique : lumière, chaleur, vie mais aussi mystère et frayeur.
3. Aventure, Antiquité, grandeur, révolution ...
4. La vie (printemps), la mort (automne)
5. Connotations de la prison.
59

F - RÉCIT – DISCOURS – DISCOURS RAPPORTÉ

Définitions :

1. Le récit est une histoire qui raconte des événements réels ou imaginaires. L’auteur
n’intervient pas directement.

2. Le discours est un dialogue, un commentaire, une explication, une argumentation. Il ne


raconte pas quelque chose, il parle à propos de quelque chose. L’émetteur (l’auteur) affirme
sa présence et manifeste parfois l’intention d’influencer l’autre.

Caractéristiques :

Énonciation récit :
- pronom personnel : il, elle dominent.
- adverbe de temps et de lieu : tel jour, à tel endroit ...
- temps type : présent de narration, passé simple, imparfait indiquant répétition, durée,
action ou description d’un lieu ou d’un personnage.
- ton : neutre.

Énonciation discours :
- pronom personnel : je, tu, nous ... dominent.
- adverbe de temps et de lieu : ici, maintenant ... (déictiques)
- temps : présent indicatif ou passé composé.
- ton : conviction, satire ... avec des tournures propres à l’oral.

Les deux types d’énonciation sont souvent associés : on trouve du récit dans le discours et du
discours dans le récit. Le discours peut être direct, indirect, indirect libre ou correspondre à
une intervention du narrateur.

Style direct, style indirect

1. Style direct ou discours rapporté direct :


... « elle avait dit au petit prince :
- ils peuvent venir, les tigres, avec leurs griffes !
- il n’y a pas de tigres sur ma planète, avait objecté le petit prince, et puis les tigres ne
mangent pas l’herbe.
- je ne suis pas une herbe, avait doucement répondu la fleur.
- pardonnez-moi ... »

Le style direct suppose une ponctuation spéciale : guillemets, tirets ...


Il est introduit par un verbe déclaratif : dire, répondre, répliquer .... qui se met au temps du
récit.

2. Style indirect ou discours rapporté indirect :


- pas de ponctuation particulière. Ce que dit le personnage est introduit par un mot outil
(si, quand, que, comment ...) et s’accorde en fonction du temps du verbe déclaratif.
- les indices d’énonciation sont transformés : la première et la deuxième personnes laissent
place à la troisième personne.
- il évite la rupture du récit et crée une distance vis-à-vis des propos tenus.
60

Elle dit au petit prince qu’ils pouvaient venir, les tigres, avec leurs griffes !
Le petit prince objecta qu’il n’y avait pas de tigres sur sa planète et puis que les tigres ne
mangeaient pas l’herbe.
La fleur répondit doucement qu’elle n’était pas une herbe.
Le petit prince lui demanda de lui pardonner.

3. Style indirect libre ou discours rapporté indirect libre :


- le discours indirect libre reproduit librement, en les adaptant, les propos rapportés. Il ne
crée par de rupture avec le récit.
- les paroles ou réflexions d’un personnage sont introduites dans le récit sans guillemets.
Le narrateur s’identifie au personnage.
ex. : Il regarda l’échelle et la hauteur du mur et se dit : « je n’y arriverai sans doute pas ! ».
(Style direct).
« Il regarda .. et se dit que sans doute il n’y arriverait pas ». (Style indirect).
« Il regarda ... mur : il n’y arriverait sans doute pas ! ». (Style indirect libre).
ex. : « Il avait été pauvre, il redeviendrait pauvre. Il n’en mourrait pas, après tout ». G. de
Maupassant, Pierre et Jean, VIII, 1888.
- il adopte les formes grammaticales du style indirect : temps, personnes.
- il s’en différencie par l’absence de subordination et par la fidélité au ton du discours
direct. Il conserve certaines formes du langage parlé et, notamment, les points d’exclamation
et d’interrogation.
- comme dans le discours indirect, le conditionnel permet d’exprimer le futur dans le
passé.
Discours direct : Il m’a dit : « Je t’assure que je viendrai demain ».
Discours indirect : Il m’a assuré qu’il viendrait le lendemain.
Discours indirect libre : Il me l’affirmait avec force. Oui, il viendrait le lendemain !

4. Intervention du narrateur : le narrateur interrompt le récit pour donner son point de vue.
ex. :
Récit : « Il était une fois une jeune princesse qui ... Cette princesse dit .... »
Discours : « Je m’ennuie »
Le lecteur sait bien que les princesses s’ennuient souvent.
61

Exercices et corrections :

Déterminez les types de discours rapportés dans les extraits suivants :

1. Puis est venu le tour de Raymond, qui était le dernier témoin. Raymond m’a fait un petit
signe et a dit tout de suite que j’étais innocent. Mais le président lui a dit qu’on ne demandait
pas des appréciations mais des faits. Il l’a invité à attendre des questions pour répondre. On
lui a fait préciser ses relations avec la victime. Raymond en a profité pour dire que c’était lui
que cette dernière haïssait depuis qu’il avait giflé sa sœur. Le président lui a demandé
cependant si la victime n’avait pas de raison de me haïr. Raymond a dit que ma présence à la
plage était le résultat d’un hasard.
Albert Camus, L’Étranger, Éd. Gallimard, 1942.

2. J’étais accroupi sur mon lit et Salamano s’était assis sur une chaise devant la table. Il me
faisait face et il avait ses deux mains sur les genoux. Il avait gardé son vieux feutre. Il
mâchonnait ses bouts de phrase sous sa moustache jaunie. Il m’ennuyait un peu, mais je
n’avais rien à faire et je n’avais pas sommeil. Pour dire quelque chose, je l’ai interrogé sur
son chien. Il m’a dit qu’il l’avait eu après la mort de se femme. Il s’était marié assez tard.
Dans sa jeunesse il avait eu envie de faire du théâtre : au régiment, il jouait dans les
vaudevilles militaires. Mais finalement, il était entré dans les chemins de fer et il ne le
regrettait pas, parce que maintenant, il avait une petite retraite.
Albert Camus, L’Étranger, Éd. Gallimard, 1942.

3. Jacques nous a dit hier qu’il avait quatre heures de consigne. Il est parti, ce matin, à l’heure
habituelle. Et puis vers onze heures, pendant que nous étions tous à la messe, il est revenu,
paraît-il ; il n’a trouvé que la cuisinière ; il a dit qu’il ne reviendrait pas déjeuner parce qu’il
avait huit heures de consigne au lieu de quatre.
Roger Martin du Gard, Les Thibault, Éd. Gallimard, 1922.

4. J’avais le défaut d’être excessivement timide et facile à déconcerter ; mais loin d’être arrêté
par cette faiblesse, je m’avançai vers la maîtresse de mon cœur1. Quoiqu’elle fût encore
moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée. Je lui demandai ce
qui l’amenait à Amiens, et si elle y avait quelques personnes de connaissance. Elle me
répondit ingénument qu’elle y était envoyée par ses parents pour être religieuse.
Abbé Prévost, Manon Lescaut, 1735.
1. Désigne la jeune fille que le narrateur vient de rencontrer.

5. Cependant, Coupeau, au bout de deux mois, put commencer à se lever. Il ne se promenait


pas loin, du lit à la fenêtre et encore soutenu par Gervaise. Là, il s’asseyait dans le fauteuil des
Lorilleux, la jambe droite allongée sur un tabouret. Ce blagueur, qui aimait rigoler des pattes
cassées, les jours de verglas, était très vexé de son accident. Il manquait de philosophie. Il
avait passé ces deux mois dans le lit, à jurer, à faire enrager le monde. Ce n’était pas une
existence, vraiment, de vivre sur le dos, avec une quille ficelée et raide comme un saucisson.
Ah ! il connaîtrait le plafond, par exemple : il y avait une fente, au coin de l’alcôve, qu’il
aurait dessinée les yeux fermés. Puis, quand il s’installa dans le fauteuil, ce fut une autre
histoire. Est-ce qu’il resterait longtemps cloué là, pareil à une momie ? La rue n’était pas si
drôle, il n’y avait personne, ça puait l’eau de Javel toute la journée.
Émile Zola, L’Assommoir, 1877.
62

6. Pierre s’était mis à marcher de long en large, de son lit à la fenêtre. Qu’allait-il faire ? Il se
sentait trop bouleversé pour passer ce jour-là dans sa famille. Il voulait encore rester seul, au
moins jusqu’au lendemain, pour réfléchir, se calmer, se fortifier pour la vie de chaque jour
qu’il lui faudrait reprendre.
Eh bien, il irait à Trouville, voir grouiller la foule sur la plage. Cela le distrairait,
changerait l’air de sa pensée, lui donnerait le temps de se préparer à l’horrible chose1 qu’il
avait découverte.
Dès que l’aurore parut, il fit sa toilette et s’habilla. Le brouillard s’était dissipé, il faisait
beau, très beau. Comme le bateau de Trouville ne quittait le port qu’à neuf heures, le docteur2
songea qu’il lui faudrait embrasser sa mère avant de partir.
Guy de Maupassant, Pierre et Jean, 1888.

1. Le personnage vient de découvrir que l’héritage laissé à son frère Jean par un vieil ami de la famille
révèle un adultère : l’ami était l’amant de sa mère et le vrai père de Jean.
2. Pierre.

7. Distinguez le discours rapporté indirect libre des interventions du narrateur.

L’Ours et les deux Compagnons


Deux Compagnons, pressés d’argent,
À leur voisin Fourreur vendirent
La peau d’un Ours encor vivant,
Mais qu’ils tueraient bientôt, du moins à ce qu’ils dirent.
C’était le roi des Ours, au compte de ces gens.
Le Marchand à sa peau devait faire fortune.
Elle garantirait des froids les plus cuisants :
On en pourrait fourrer plutôt deux robes qu’une.
Dindenaut1 prisait moins ses moutons qu’eux leur Ours ..?
Jean de La Fontaine, Fables, V, 20, 1668.

1. Personnage de Rabelais qui fait l’éloge de ses moutons.

8. Donnez des exemples de récit et de discours.

Et brusquement, il conclut, sans hausser le ton.


- C’est dans ces circonstances, camarades, que vous devez prendre une décision ce soir.
Voulez-vous la continuation de la grève ? et, en ce cas, que comptez-vous faire pour
triompher de la Compagnie ?
Un silence profond tomba du ciel étoilé. La foule, qu’on ne voyait pas, se taisait dans la
nuit, sous cette parole qui lui étouffait le cœur ; et l’on n’entendait que son souffle désespéré,
au travers des arbres.
Mais Étienne, déjà, continuait d’une voix changée. Ce n’était plus le secrétaire de
l’association qui parlait, c’était le chef de bande, l’apôtre apportant la vérité. Est-ce qu’il se
trouverait des lâches pour manquer à leur parole ? Quoi ! depuis un mois, on aurait souffert
inutilement, on retournerait aux fosses, la tête basse, et l’éternelle misère recommencerait !
Ne valait-il pas mieux mourir tout de suite, en essayant de détruire cette tyrannie du capital
qui affamait le travailleur ? Toujours se soumettre devant la faim jusqu’au moment où la faim,
de nouveau, jetait les plus calmes à la révolte, n’était-ce pas un jeu stupide qui ne pouvait
durer davantage ? Et il montrait les mineurs exploités, supportant à eux seuls les désastres des
crises, réduits à ne plus manger, dès que les nécessités de la concurrence abaissaient le prix de
63

revient. Non ! le tarif de boisage n’était pas acceptable, il n’y avait là qu’une économie
déguisée, on voulait voler à chaque homme une heure de son travail par jour. C’était trop
cette fois, le temps venait où les misérables, poussés à bout, feraient justice.
Émile Zola, Germinal, IV, 7, 1885.

Corrections :

1. Discours rapporté indirect (ou style indirect)


2. Discours rapporté indirect libre (ou style indirect libre)
3. Discours rapporté indirect
4. Discours rapporté indirect
5. Discours rapporté indirect libre
6. Discours rapporté indirect libre
7. Interventions du narrateur :
« du moins à ce qu’ils dirent »
« au compte de ces gens »
« Dindenaut prisait moins ses moutons qu’eux leurs ours »

Discours rapporté indirect libre :


- « Mais qu’ils tueraient bientôt »
- « C’était le roi des ours »
- « Elle garantirait des froids les plus cuisants : on en pourrait fourrer plutôt deux robes
qu’une ».

8. Récit :
- « Et brusquement, il conclut, sans hausser le ton »
- « Un silence profond tomba du ciel étoilé. La foule ... au travers des arbres. »

Discours :
- intervention du narrateur : « Ce n’était plus le secrétaire de l’association qui parlait,
c’était le chef de bande »
- discours direct : « C’est dans ces circonstances .... pour triompher de la Compagnie ».
- discours indirect libre : « Est-ce qu’il se trouverait des lâches pour manquer à leur
parole ? ... davantage ? »
64

G - TYPOLOGIE DES TEXTES

Les différents genres :


- le roman
- le théâtre
- la poésie
- l’essai et autres genres en prose ou en vers (lettre, pamphlet , sermon, prière, préface,
autobiographie, article d’encyclopédie ou de journal...)

Les différentes tonalités :


- lyrique : c’est l’expression des sentiments personnels.
- pathétique : elle suscite, chez le lecteur, une émotion.
- épique : c’est l’intensification d’un récit (pluriels, superlatifs, hyperboles...)
- comique : tonalité destinée à faire rire le lecteur.
- ironique : c’est le fait d’exprimer le contraire de ce qu’on pense.
- fantastique : récit d’événements irrationnels dans la vie quotidienne.

Les différents types de textes :


Le texte argumentatif : il prouve une thèse, cherche à convaincre dans un ou plusieurs
développements structurés. Les connecteurs logiques et les figures de rhétorique sont
nombreux.
ex. : J’étais alors en proie à la mathématique.
Temps sombre ! enfant ému du frisson poétique,
Pauvre oiseau qui heurtais du crâne mes barreaux,
On me livrait tout vif aux chiffres, noirs bourreaux ;
On me faisait de force ingurgiter l’algèbre ;
On me liait au fond d’un Boisbertrand funèbre ;
On me tordait, depuis les ailes jusqu’au bec,
Sur l’affreux chevalet des X et des Y ;
Hélas, on me fourrait sous les os maxillaires
Le théorème orné de tous ses corollaires ;
Et je me débattais, lugubre patient
Du diviseur prêtant main forte au quotient.
De là mes cris.
Un jour, quand l’homme sera sage,
Lorsqu’on n’instruira plus les oiseaux par la cage,
Quand les sociétés difformes sentiront
Dans l’enfant mieux compris se redresser leur front,
Que, des libres essors ayant sondé les règles,
On connaîtra la loi de croissance des aigles,
Et que le plein midi rayonnera pour tous,
Savoir étant sublime, apprendre sera doux.
Alors, tout en laissant au sommet des études
Les grands livres latins et grecs, ces solitudes
Où l’éclair gronde, où luit la mer, où l’astre rit,
Et qu’emplissent les vents immenses de l’esprit,
C’est en les pénétrant d’explication tendre,
En les faisant aimer , qu’on les fera comprendre.
V. Hugo, Les Contemplations (1856), Livre premier (Aurore),
« À propos d’Horace » (extrait).
65

Le texte descriptif : il présente des lieux, des objets ou des personnages. Le temps utilisé
est souvent le présent, l’imparfait ou le plus-que-parfait. La description peut avoir une
fonction documentaire, explicative ou symbolique. Il convient alors de s’intéresser au rythme
des phrases et aux métaphores.

ex. : Éclaircie

L’océan resplendit sous sa vaste nuée.


L’onde, de son combat sans fin exténuée,
S’assoupit, et, laissant l’écueil se reposer,
Fait de toute la rive un immense baiser.
On dirait qu’en tous lieux, en même temps, la vie
Dissout le mal, le deuil, l’hiver, la nuit, l’envie,
Et que le mort couché dit au vivant debout :
Aime ! et qu’une âme obscure, épanouie en tout,
Avance doucement sa bouche vers nos lèvres.
L’être, éteignant dans l’ombre et l’extase ses fièvres,
Ouvrant ses flancs, ses seins, ses yeux, ses cœurs épars,
Dans ses pores profonds reçoit de toutes parts,
La pénétration de la sève sacrée.
La grande paix d’en haut vient comme une marée.
Le brin d’herbe palpite aux fentes du pavé ;
Et l’âme a chaud. On sent que le nid est couvé.
L’infini semble plein d’un frisson de feuillée.
On croit être à cette heure où la terre éveillée
Entend le bruit que fait l’ouverture du jour,
Le premier pas du vent, du travail, de l’amour,
De l’homme, et le verrou de la porte sonore,
Et le hennissement du blanc cheval aurore.
Le moineau d’un coup d’aile, ainsi qu’un fol esprit,
Vient taquiner le flot monstrueux qui sourit ;
L’air joue avec la mouche et l’écume avec l’aigle ;
Le grave laboureur fait ses sillons et règle
La page où s’écrira le poème des blés ;
Des pêcheurs sont là-bas sous un pampre attablés ;
L’horizon semble un rêve éblouissant où nage
L’écaille de la mer, la plume du nuage,
Car l’océan est hydre et le nuage oiseau.
Une lueur, rayon vague, part du berceau
Qu’une femme balance au seuil d’une chaumière,
Dore les champs, les fleurs, l’onde, et devient lumière
En touchant un tombeau qui dort près du clocher.
Le jour plonge au plus noir du gouffre, et va chercher
L’ombre, et la baise au front sous l’eau sombre et hagarde.
Tout est doux, calme, heureux, apaisé : Dieu regarde.
Marine-Terrace, juillet 1855.
Victor Hugo, Les Contemplations, Livre VI.
66

Le texte narratif : il raconte une histoire, rapporte des faits ou des actions qui renvoient à
la fiction ou à la réalité. Le choix des verbes est important (action, mouvement...) ainsi que les
temps. Il convient de distinguer narrateur et auteur.
ex. : Le cochon, la chèvre et le mouton.

Une Chèvre, un Mouton, avec un Cochon gras,


Montés sur même char s’en allaient à la foire :
Leur divertissement ne les y portait pas ;
On s’en allait les vendre à ce que dit l’histoire :
Le Charton n’avait pas dessein
De les mener voir Tabarin ;
Dom pourceau criait en chemin
Comme s’il avait eu cent Bouchers à ses trousses.
C’était une clameur à rendre les gens sourds :
Les autres animaux, créatures plus douces,
Bonnes gens, s’étonnaient qu’il criât au secours ;
Ils ne voyaient nul mal à craindre.
Le Charton dit au porc : Qu’as-tu tant à te plaindre ?
Tu nous étourdis tous, que ne te tiens-tu coi ?
Ces deux personnes-ci plus honnêtes que toi,
Devraient t’apprendre à vivre, ou du moins à te taire.
Regarde ce Mouton ; a-t-il dit un seul mot ?
Il est sage. - Il est sot,
Repartit le Cochon : s’il savait son affaire,
Il crierait comme moi, du haut de son gosier,
Et cette autre personne honnête
Crierait tout du haut de sa tête.
Ils pensent qu’on les veut seulement décharger,
La Chèvre de son lait, le Mouton de sa laine.
Je ne sais pas s’ils ont raison ;
Mais quant à moi qui ne suis bon
Qu’à manger, ma mort est certaine.
Adieu mon toit et ma maison.
Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage :
Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin ;
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.
Jean de La Fontaine, Fables, XII.

Le texte injonctif : il donne un ordre ou un conseil et utilise l’impératif, l’infinitif,


l’indicatif présent et futur à la deuxième personne (ex. : tu lis attentivement chaque question).
Les discours injonctifs sont didactiques et comportent une part d’information.
ex. : Quand vous serez bien vieille...

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,


Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle. »

Lors vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,


Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
67

Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,


Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et fantôme sans os


Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.


Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
Ronsard, Sonnets pour Hélène, II 24.

Le texte informatif ou explicatif : comme il apporte informations et explications, il a une


fonction documentaire. Les articulations sont chronologiques et soulignent une progression.
Les champs lexicaux sont en relation avec le sujet traité. L’auteur du texte reste neutre.

ex. : « L’ouvrage que nous commençons (et que nous désirons de finir) a deux objectifs :
comme Encyclopédie, il doit exposer autant qu’il est possible, l’idée et l’enchaînement des
connaissances humaines ; comme Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers,
il doit contenir sur chaque science et sur chaque art, soit libéral, soit mécanique, des principes
généraux qui sont la base, et les détails les plus essentiels qui en font le corps et la substance.
Ces deux points de vue, d’Encyclopédie et de Dictionnaire raisonné, formeront donc le plan et
la division de notre Discours préliminaire. Nous allons les envisager, les suivre l’un après
l’autre et rendre compte des moyens par lesquels on a tâché de satisfaire ce double objet.
D’Alembert, Discours préliminaire de l’Encyclopédie, 1751.

Le texte expressif : il exprime des émotions, des sentiments.

ex. : Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;


On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre


Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :

« O temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,


Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

Assez de malheureux ici-bas vous implorent :


Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

Mais je demande en vain quelques moments encore,


Le temps m’échappe et fuit ;
68

Je dis à cette nuit : « Sois plus lente » ; et l’aurore


Va dissiper la nuit.

Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive


Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! »
Lamartine, Méditations poétiques, « Le lac », extrait, 1820.

Le texte impressif : il suscite des émotions, des sentiments chez le lecteur. Le choix des
pronoms personnels et des verbes est fondamental.

ex. : « Justement l’enfant, comme mordu à l’estomac, se pliait de nouveau, avec un


gémissement grêle. Il resta creusé ainsi pendant de longues secondes, secoué de frissons et de
tremblements convulsifs, comme si sa frêle carcasse pliait sous le vent furieux de la peste et
craquait sous les souffles répétés de la fièvre. La bourrasque passée, il se défendit un peu, la
fièvre sembla se retirer et l’abandonner, haletant, sur une grève humide et empoisonnée où le
repos ressemblait déjà à la mort. Quand le flot brûlant l’atteignit à nouveau pour la troisième
fois et le souleva un peu, l’enfant se recroquevilla, recula au fond du lit dans l’épouvante de la
flamme qui le brûlait et agita follement la tête, en rejetant sa couverture. De grosses larmes,
jaillissant sous les paupières enflammées, se mirent à couler sur son visage plombé, et, au
bout de la crise, épuisé, crispant ses jambes osseuses et ses bras dont la chair avait fondu en
quarante-huit heures, l’enfant prit dans le lit dévasté une pose de crucifié grotesque.
Albert Camus, La Peste, 1947.

Exercices : Déterminez le type de texte

1. « L’absence de tout mouvement dans le corps, de toute chaleur dans le regard, s’accordait
avec une certaine expression de démence triste, avec les dégradants symptômes par lesquels
se caractérise l’idiotisme, pour faire de cette figure je ne sais quoi de funeste qu’aucune
parole humaine ne pourrait exprimer. »
H. de Balzac, Le Colonel Chabert, 1835.

2. « La nuit vint, et il s’éleva un grand vent qui leur faisait des peurs épouvantables. Ils
croyaient n’entendre de tous côtés que des hurlements de loups qui venaient à eux pour les
manger. »
Ch. Perrault, Le Petit poucet, Contes du temps passé, 1697.

3. « Arrivé là, j‘entrai dans un cabaret, je me reposai, je me rafraîchis. Le jour commençait à


baisser, et je me disposais à regagner le gîte lorsque, de la maison où j’étais, j’entendis une
femme qui poussait les cris les plus aigus. Je sortis. »
D. Diderot, Jacques le Fataliste et son maître, 1778-1780.

4. « Ma jeunesse a été pure comme l’or. Pendant vingt ans de silence, la foudre s’est
amoncelée dans ma poitrine ; et il faut que je sois réellement une étincelle du tonnerre, car
tout à coup, une certaine nuit que j’étais assis dans les ruines du Colisée antique, je ne sais
pourquoi je me levai ; je tendis vers le ciel mes bras trempés de rosée, et je jurai qu’un des
tyrans de la patrie mourrait de ma main. »
69

A. de Musset, Lorenzaccio, III-3, 1834.

5. U.M., élève de l’école Marguerite-de-Lajemmerais, à Montréal, a été suspendue de cours


pour avoir teint ses cheveux en bleu ... »
Le Monde, 15 mai 1998.

6. « Nous, Prieur de la Marne, représentant du peuple en mission près de l’armée des Côtes-
de-Cherbourg, - ordonnons : - Le ci-devant marquis de Lantenac, vicomte de Fontenay, soi-
disant prince breton, furtivement débarqué sur la côte de Granville, est mis hors la loi. - sa
tête est mise à prix ...
V. Hugo, Quatre-vingt-treize, I 4-3, 1874.

7. « Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes amateurs passionnés de la


beauté, jusqu’ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au
nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre
l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse tour Eiffel.
Article du journal Le Temps, 4 février 1887.

Corrections :

1. Texte descriptif.
2. Descriptif
3. Narratif
4. Texte expressif.
5. Informatif.
6. Injonctif
7. Argumentatif
70

H - LA PONCTATION

C’est un ensemble de signes plus ou moins forts qui servent à la syntaxe et facilitent la
compréhension du texte.

La virgule sépare deux mots, deux groupes de mots, deux propositions de même nature ou
une partie de la phrase du reste de celle-ci. C’est une courte pause.
Le point-virgule sépare deux parties importantes d’une même phrase. C’est une pause de
durée moyenne.
Le point marque une pause forte à la fin de la phrase. Il est toujours suivi d’une majuscule.
Les deux points annoncent une explication, une citation, une énumération, un propos au style
direct.
Les points de suspension montrent que la phrase est inachevée. C’est une interruption ou une
pause.
Exemple : « Les grands écrivains voulaient détruire, édifier, démontrer. Mais nous ne
retenons plus les preuves qu’ils ont avancées parce que nous n’avons aucun souci de ce qu’ils
entendaient prouver. Les abus qu’ils dénonçaient ne sont plus de notre temps ; il y en a
d’autres qui nous indignent et qu’ils ne soupçonnaient pas ; l’histoire a démenti certaines de
leurs prévisions et celles qui se réalisèrent sont devenues vraies depuis si longtemps que nous
avons oublié qu’elles furent d’abord les traits de leur génie… Il s’ensuit que les meilleurs
arguments de ces auteurs ont perdu de leur efficience ; nous en admirons seulement l’ordre et
la rigueur ; leur agencement le plus serré n’est à nos yeux qu’une parure, une architecture
élégante de l’exposition, sans application pratique ».
Jean Paul SARTRE, Qu’est-ce que la littérature ? (1948)

Les parenthèses ou tirets isolent une partie de la phrase, généralement un commentaire ou


une précision.
Exemple : Ruy BLAS
(Il va à la porte, l’entrouvre et revient)
Seigneur, ils dorment.
Victor HUGO, Ruy Blas, acte I scène 1 (1838).

Le tiret au début d’une ligne montre le changement de locuteur.


Les guillemets encadrent une conversation rapportée ou une citation.
Le point d’interrogation est le signe de l’interrogation directe et se place en fin de phrase
Le point d’exclamation apparaît à la fin d’une phrase qui exprime une émotion, un
sentiment, un ordre ou se place après des interjections.
Exemple : La nourrice s’adresse à Antigone…
__
Qui est-ce ? Un voyou, hein, peut-être ? Un garçon que tu ne peux pas dire à ta famille :
« Voilà, c’est lui que j’aime, je veux l’épouser. » C’est çà, hein, c’est çà ? Réponds donc,
fanfaronne !
ANOUILH, Antigone (1944)
71

I - VALEUR DES TEMPS ET DES MODES

VALEUR DES TEMPS

Valeurs du présent :
- Un événement contemporain du moment de la parole.
Ex. : Je souhaite prendre un rendez-vous.

- Une vérité générale.


Ex. : Qui aime bien châtie bien.

- Un présent de narration ou un présent historique


Ex. : En mai 1429, Jeanne d’Arc délivre Orléans ; peu après, elle fait sacrer le roi à Reims.

- Un présent de futur proche.


Ex. : Demain, il prend l’avion pour les Etats-Unis.

Les temps du passé :


- Le passé composé envisage un événement déjà écoulé mais lié au moment de la parole.
Ex. : Hier je suis allé au cinéma.

- Le passé simple, au contraire, traduit un événement nettement circonscrit, plus ponctuel et


situé en dehors du moment de la parole.
Ex. : Jeanne d’Arc délivra Orléans.

- L’imparfait indique l’habitude ou la durée.


Ex. : Il se levait tous les jours à 8 heures et prenait son petit déjeuner.

- Le passé antérieur et le plus-que-parfait indiquent une antériorité par rapport aux autres temps
du passé.
Ex. : Melchior ne s’était pas trompé, et l’accoutrement du petit produisit tout l’effet qu’on en
pouvait attendre. (Romain ROLLAND).

Les temps de l’avenir :


- Le futur :
o Situe une action dans l’avenir.
Ex. : Je prendrai le train de 10 heures.
o Donne un ordre.
Ex. : Je vous demanderai de fermer cette porte.
o Atténue une affirmation ou suggère une supposition.
Ex. : Peut-être parviendra-t-elle à destination !
- Le conditionnel n’est plus considéré comme un mode mais comme un temps de l’indicatif. Il
indique :
o L’éventualité.
Ex. : Si j’étais riche, j’achèterais une grand maison.
o Une demande atténuée.
Ex. : Pourriez-vous me rendre un service ?
o Un ordre poli.
Ex. : J’aimerais que vous passiez me voir.
o Une opinion donnée comme illusoire.
Ex. : Il pourrait rentrer tard ce soir.
72

o Dans les subordonnées complétives dépendant d’un verbe au passé, il marque le futur
dans le passé.
Ex. : Adrienne croyait que Cécile passerait la voir en fin d’après-midi.

VALEUR DES MODES

Les modes personnels, où la désinence indique la personne qui fait l’action, sont l’indicatif, le
subjonctif et l’impératif.
Les modes non personnels, où la forme verbale ne marque pas la personne, sont l’infinitif, le
participe et le gérondif (c’est-à-dire le participe présent précédé de la préposition en).
Les verbes aux modes personnels expriment le déroulement de l’action.
- L’indicatif envisage un fait dans sa réalité.
Ex. : Il viendra demain.
- Le subjonctif présente une possibilité.
Ex. : Je souhaite qu’il vienne demain.
73

III - COMMENTAIRES COMPOSÉS

Ces exercices supposent :


- une bonne maîtrise de la langue : voir la partie I de ce cours.
- une bonne connaissance des questions de cours : apprendre la partie II.
- de la rigueur
- un minimum de culture littéraire.

A - BREFS RAPPELS D’HISTOIRE LITTÉRAIRE

XVIe siècle : Humanisme - RABELAIS - MONTAIGNE


L’humanisme se caractérise par une grande confiance en l’homme et en la science. Les
grandes découvertes de la fin du XVe siècle ont largement contribué à cet optimisme : la
découverte de l’Amérique en 1492, de l’imprimerie par GUTENBERG et les progrès de la
chirurgie avec Ambroise PARÉ, donnent le sentiment d’une renaissance. L’éducation devient
fondamentale pour former un homme nouveau réceptible à toutes les connaissances, les
humanités.
Les poètes comme RONSARD et DU BELLAY poursuivent la tradition du Moyen-Âge et
chantent l’amour, la beauté, la vie, les regrets, la mort ...

XVIIe siècle : Classicisme - CORNEILLE - RACINE - PASCAL - LA BRUYÈRE -


BOILEAU - LA FONTAINE - MOLIÈRE ...
Ce siècle est dominé par la présence du Roi Soleil qui, comme d’autres mécènes, favorise
le développement du théâtre. Les règles classiques des trois unités, temps, lieu, action,
s’imposent. L’idéal de l’honnête homme, reposant sur le juste milieu et la modération, se
répand.

XVIIIe siècle : Siècle des Lumières - MONTESQUIEU - DIDEROT - VOLTAIRE -


BEAUMARCHAIS - ROUSSEAU ...
Le mot « Lumières » signifie à l’époque, idées nouvelles. Les philosophes critiquent le
pouvoir absolu de droit divin, la justice, la religion, le manque de liberté d’expression ... au
nom de la Raison et cette contestation débouchera sur la Révolution française. ROUSSEAU
représente un écrivain charnière entre le siècle des idées et celui des sentiments.

XIXe siècle : Romantisme - CHATEAUBRIAND - LAMARTINE - HUGO - MUSSET -


VIGNY ...
Par réaction au siècle de la Raison, les romantiques expriment des sentiments personnels,
l’amour impossible, la mélancolie ou « le vague des passions », la solitude et développent le
thème de la nature, de la mort, du destin tragique.
Réalisme - FLAUBERT - BALZAC - MAUPASSANT ...
Naturalisme - ZOLA - BALZAC - MAUPASSANT ...
Réalistes et naturalistes tentent de peindre leur époque, de saisir « la modernité ». Les uns,
les réalistes, essaient de présenter la réalité telle qu’elle est, sans parvenir à être véritablement
objectifs, les autres, les naturalistes, se veulent des expérimentateurs. S’appuyant sur les
thèses scientifiques de l’époque, ils montrent, dans leurs romans, l’influence réciproque du
milieu sur les personnages.
Symbolisme annoncé par BAUDELAIRE
74

B – MÉTHODE DU COMMENTAIRE COMPOSÉ

Faire un commentaire de texte, c’est expliquer celui-ci à travers deux ou trois thèmes
fondamentaux présentés dans un développement composé et correctement rédigé.

Introduction : ménager trois retraits


- Situer le texte : s’aider des remarques préliminaires
- Tenter de situer l’écrivain dans un courant littéraire ou le texte proposé dans l’œuvre
- Annoncer le plan du développement, c’est-à-dire les deux ou trois grandes parties du
développement.

Développement
- Éviter de suivre l’ordre du texte
- Ne pas dissocier fond et forme
- Après une rapide explication de texte linéaire, effectuée au brouillon, dégager deux ou
trois thèmes qui constitueront deux ou trois grandes parties du développement. Subdiviser ces
grandes parties en sous-parties en ménageant une progression. Chaque sous-partie doit
comporter un aspect du thème et doit être illustrée d’exemples pris dans le texte. Se servir des
connaissances acquises dans la partie II du cours (figures de style, champs lexicaux, registres
de langue ...).

Conclusion : ménager trois retraits


- Bilan du développement
- Point de vue personnel facultatif
- Ouverture sur l’originalité ou la portée du texte, influence du thème ...
75

C – COMMENTAIRES COMPOSES

Devoir 1
Commentaire : LA FONTAINE, Fables, VI, 21, 1670.
- Rédiger l’introduction
- Construire le plan du développement sans le rédiger. Celui-ci doit comporter deux ou
trois grandes parties composées de sous-parties. Ne pas oublier les remarques sur le style pour
illustrer ces dernières.
- Rédiger la conclusion.

LA JEUNE VEUVE

1 La perte d'un époux ne va point sans soupirs.


On fait beaucoup de bruit, et puis on se console.
Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole ;
Le Temps ramène les plaisirs.
5 Entre la Veuve d'une année
Et la Veuve d'une journée
La différence est grande : on ne croirait jamais
Que ce fût la même personne.
L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits.
10 Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne ;
C’est toujours même note et pareil entretien :
On dit qu'on est inconsolable ;
On le dit, mais il n'en est rien,
Comme on verra par cette Fable,
15 Ou plutôt par la vérité.
L’Époux d'une jeune beauté
Partait pour l'autre monde. À ses côtés sa femme
Lui criait : Attends-moi, je te suis; et mon âme,
Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler.
20 Le Mari fait seul le voyage.
La Belle avait un père, homme prudent et sage :
Il laissa le torrent couler.
A la fin, pour la consoler,
Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes :
25 Qu’a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes ?
Puisqu'i1 est des vivants, ne songez plus aux morts.
Je ne dis pas que tout à l'heure
Une condition meilleure
Change en des noces ces transports ;
30 Mais, après certain temps, souffrez qu'on vous propose
Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose
Que le défunt. - Ah ! dit-elle aussitôt,
Un Cloître est l'époux qu'il me faut.
Le père lui laissa digérer sa disgrâce.
35 Un mois de la sorte se passe.
L’autre mois on l'emploie à changer tous les jours
Quelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure.
Le deuil enfin sert de parure,
En attendant d'autres atours.
40 Toute la bande des Amours
Revient au colombier : les jeux, les ris, la danse,
Ont aussi leur tour à la fin.
On se plonge soir et matin
Dans la fontaine de Jouvence.
45 Le père ne craint plus ce défunt tant chéri ;
Mais comme il ne parlait de rien à notre Belle :
Où donc est le jeune mari
Que vous m'avez promis ? dit-elle.
76

Devoir n° 2
Commentaire : RACINE, Phèdre, 1677, vers 1507 à 1530.
- Rédiger l’introduction
- Construire le plan du développement sans le rédiger. Celui-ci doit comporter deux ou
trois grandes parties composées de sous-parties. Ne pas oublier les remarques sur le style pour
illustrer ces dernières.
- Rédiger la conclusion.

Acte V, scène 6
THÉRAMÈNE -

1507 Un effroyable cri, sorti du fond des flots,


Des airs en ce moment a troublé le repos;
Et du sein de la terre une voix formidable
1510 Répond en gémissant à ce cri redoutable.
Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s'est glacé ;
Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé.
Cependant sur le dos de la plaine liquide
S'élève à gros bouillons une montagne humide ;
1515 L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux,
Parmi les flots d'écume, un monstre furieux.
Son front large est armé de cornes menaçantes ;
Tout son corps est couvert d'écailles jaunissantes ;
Indomptable taureau, dragon impétueux,
1520 Sa croupe se recourbe en replis tortueux.
Ses longs mugissements font trembler le rivage.
Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage ;
La terre s'en émeut, l'air en est infecté ;
Le flot, qui l'apporta, recule épouvanté.
1525 Tout fuit ; et sans s'armer d'un courage inutile,
Dans le temple voisin chacun cherche un asile.
Hippolyte lui seul, digne fils d'un héros,
Arrête ses coursiers, saisit ses javelots,
Pousse au monstre, et d’un dard lancé d’une main sûre,
1530 Il lui fait dans le flanc une large blessure.
77

Devoir n° 3
Commentaire : BALZAC, La Peau de chagrin,
Vous ferez un commentaire organisé, concis (une copie maximum) et correctement
rédigé de ce texte.

1 Vers la fin du mois d’octobre 1829, un jeune homme entra dans le Palais-Royal au
moment où les maisons de jeu s’ouvraient, conformément à la loi qui protège une passion
essentiellement imposable. Sans trop hésiter, il monta l’escalier du tripot désigné sous le nom
de numéro 36.
5 « Monsieur, votre chapeau s’il vous plaît ? » lui cria d’une voix sèche et grondeuse un
petit vieillard blême accroupi dans l’ombre, protégé par une barricade, et qui se leva soudain
en montrant une figure moulée dans un type ignoble.
Quand vous entrez dans une maison de jeu, la loi commence par vous dépouiller de votre
chapeau. Est-ce une parabole évangélique et providentielle ? N’est-ce pas plutôt une manière
10 de conclure un contrat infernal avec vous en exigeant je ne sais quel gage ? Serait-ce pour
vous obliger à garder un maintien respectueux devant ceux qui vont gagner votre argent ? Est-
ce la police tapie dans les égouts sociaux qui tient à savoir le nom de votre chapelier ou le
vôtre, si vous l’avez inscrit sur la coiffe ? Est-ce enfin pour prendre la mesure de votre crâne
et dresser une statistique instructive sur la capacité cérébrale des joueurs ? Sur ce point
15 l’administration garde un silence complet. Mais, sachez-le bien, à peine avez-vous fait un pas
vers le tapis vert, déjà votre chapeau ne vous appartient pas plus que vous ne vous appartenez
à vous-même : vous êtes au jeu, vous, votre fortune, votre coiffe, votre canne et votre
manteau. À votre sortie, le JEU vous démontrera, par une atroce épigramme en action, qu’il
vous laisse encore quelque chose en vous rendant votre bagage. Si toutefois vous avez une
20 coiffure neuve, vous apprendrez à vos dépens qu’il faut se faire un costume de joueur.
L’étonnement manifesté par le jeune homme en recevant une fiche numérotée en échange
de son chapeau, dont heureusement les bords étaient légèrement pelés, indiquait une âme
encore innocente ; aussi le petit vieillard, qui sans doute avait croupi dès son jeune âge dans
les bouillants plaisirs de la vie des joueurs, lui jeta-il un coup d’œil terne et sans chaleur, dans
25 lequel un philosophe aurait vu les misères de l’hôpital, les vagabondages des gens ruinés, les
procès-verbaux d’une foule d’asphyxies, les travaux forcés à perpétuité, les expatriations au
Guazacoalco. Cet homme, dont la longue face blanche n’était plus nourrie que par les soupes
gélatineuses de d’Arcet, présentait la pâle image de la passion réduite à son terme le plus
simple. Dans ses rides il y avait trace de vieilles tortures, il devait jouer ses maigres
30 appointements le jour même où il les recevait. Semblable aux rosses sur qui les coups de fouet
n’ont plus de prise, rien ne le faisait tressaillir ; les sourds gémissements des joueurs qui
sortaient ruinés, leurs muettes imprécations, leurs regards hébétés, le trouvaient toujours
insensible. C’était le jeu incarné. Si le jeune homme avait contemplé ce triste Cerbère, peut-
être se serait-il dit : « Il n’y a plus qu’un jeu de cartes dans ce cœur-là ! » L’inconnu n’écouta
35 pas ce conseil vivant, placé là sans doute par la Providence, comme elle a mis le dégoût à la
porte de tous les mauvais lieux. Il entra résolument dans la salle où le son de l’or exerçait une
éblouissante fascination sur les sens en pleine convoitise.
H. DE BALZAC, La Peau de chagrin, 1831.
78

Devoir n° 4
Commentaire : BAUDELAIRE, Petits Poèmes en prose, XIV, 1869.
Vous ferez un commentaire organisé, concis (une copie maximum) et correctement
rédigé de ce texte.

Le vieux saltimbanque

1 Tout n'était que lumière, poussière, cris, joie, tumulte ; les uns dépensaient, les autres
gagnaient, les uns et les autres également joyeux. Les enfants se suspendaient aux jupons
de leurs mères pour obtenir quelque bâton de sucre, ou montaient sur les épaules de
leurs pères pour mieux voir un escamoteur 1 éblouissant comme un dieu. Et partout cir-
5 culait, dominant tous les parfums, une odeur de friture qui était comme l'encens de cette
fête.
Au bout, à l'extrême bout de la rangée de baraques, comme si, honteux, il s'était exilé
lui-même de toutes ces splendeurs, je vis un pauvre saltimbanque, voûté, caduc 2 , décré-
pit, une ruine d'homme, adossé contre un des poteaux de sa cahute ; une cahute plus
10 misérable que celle du sauvage le plus abruti, et dont deux bouts de chandelles, coulants
et fumants, éclairaient trop bien encore la détresse.
Partout 1a joie, 1e gain, la débauche ; partout 1a certitude du pain pour les lendemains ;
partout l'explosion frénétique de la vitalité. Ici la misère absolue, la misère affublée 3 ,
pour comble d'horreur, - de haillons comiques, où la nécessité, bien plus que l'art, avait
15 introduit 1e contraste.
Charles BAUDELAIRE, Petits Poèmes en prose, XIV, 1869.

1. Escamoteur : illusionniste.
2. Caduc : vieux, abattu.
3. Affublée : habillée de façon ridicule .
79

IV – PRATIQUE DE LA LANGUE

Étude stylistique destinée aux étudiants de l’UFR d’Anglais

A - Méthode :
Deux textes portant sur deux questions différentes seront proposés et le travail s’effectuera en
deux heures. Chaque étude portera sur une des six questions suivantes :
- Récit

- Discours

- Discours rapporté

- Niveaux de langue et registres littéraires (tonalités)

- Modalisation

- Ironie

Le travail devra être construit et correctement rédigé en deux pages maximum par question,
l’objectif étant de donner du sens au texte proposé et de maîtriser la méthode de l’analyse.
Introduction :
- Présenter le texte, son sens général et la notion à étudier.
- Donner une définition précise de la notion à étudier.
- Annoncer le plan du développement.

Développement : classer du moins important au plus important et développer en paragraphes


les différents aspects à aborder pour traiter le sujet. Les exemples seront pris uniquement dans
l’extrait proposé.
Conclusion : faire un bilan de cette étude et élargir à d’autres écrivains postérieurs.

Pour chaque question, voici ce qu’il faut connaître pour l’examen :


Récit
- Définition à placer dans l’introduction

- Caractéristiques à aborder dans le développement :

o Pronoms

o Adverbes

o Les temps et leurs valeurs

o Les registres littéraires

o La ponctuation

o Les figures de style, etc.

Le discours
- Définition à placer dans l’introduction
80

- Caractéristiques à aborder dans le développement :

o La ponctuation

o Les figures de style

o Les pronoms

o La typologie du texte

o Le niveau de langue

o Les fonctions du langage

o Les connotations, etc.

Le discours rapporté
- Définition à placer dans l’introduction

- Caractéristiques à aborder dans le développement :

o La ponctuation ou l’absence de ponctuation et de verbes introducteurs

o Le choix des temps et des modes

o Les pronoms et les adjectifs

o Le niveau de langue

o Le registre littéraire

o La typologie du texte, etc.

Niveaux de langue et registres littéraires (tonalités)


- Définitions à placer dans l’introduction

- Caractéristiques à aborder dans le développement :

o Le lexique : choix des mots (adjectifs, verbes, adverbes)

o La syntaxe

o Les figures de style

o La ponctuation

o La typologie du texte

o Le registre littéraire

o Les fonctions du langage, etc.


81

La modalisation
- Définition à placer dans l’introduction : la modalisation est la manière dont celui qui parle
prend position par rapport à son énoncé.

- Caractéristiques à aborder dans le développement :

o Modalités de la phrase : exclamative, déclarative, interrogative ou impérative

o Modalités d’énoncé : tout ce qui montre la présence de l’émetteur dans son énoncé.
Celui qui parle porte un jugement (éloge ou blâme) ou donne une impression.

o Typologie du texte

o Subjectivité dans le choix des pronoms, des adjectifs (mélioratifs ou péjoratifs), des
adverbes (peut-être) et des verbes (« il prétend ») ainsi que de leurs temps ou modes.

o La tonalité du discours ou registre littéraire.

o L’art de convaincre avec les figures de style

o Les fonctions du langage

o L’ironie, etc.

L’ironie
- Définition à placer dans l’introduction : c’est un moyen d’expression qui consiste à dire le
contraire de ce que l’on pense sur un ton qui ne laisse pas de doute sur le sens du discours.

- Caractéristiques à aborder dans le développement :

o Le genre littéraire (conte philosophique, satire, essai, pamphlet, roman épistolaire…)

o Figures de style (hyperboles, litotes, antiphrase…)

o La parodie : imitation destinée à se moquer

o Le pastiche : imitation d’une personne ou d’un style pour se moquer.

o La ponctuation

o La typographie

o Les connotations, etc.


82

B - Trois devoirs pour les étudiants de l’UFR d’Anglais.

DEVOIR 1 :
Question 1 :Récit.
Vous rédigerez cette étude stylistique en deux pages maximum et votre travail sera structuré.

BARBEY D’AUREVILLY,Les Diaboliques.

Au début de la nouvelle, le narrateur rapporte une scène dont il fut témoin au zoo du
Jardin des Plantes à Paris, un jour qu’il se promenait avec son ami le docteur Torty.Intéressé
par un couple qui observe une panthère en cage, il décrit la femme, vêtue de noir.

Je ne la voyais alors que de profil ; mais, le profil, c’est l’écueil de la beauté ou son
attestation la plus éclatante. Jamais, je crois, je n’en avais vu de plus pur et de plus altier.
Quant à ses yeux, je n’en pouvais juger, fixés qu’ils étaient sur la panthère, laquelle sans
doute, en recevait une impression magnétique et désagréable, car immobile déjà, elle sembla
s’enfoncer de plus en plus dans cette immobilité rigide, à mesure que la femme, venue pour la
voir, la regardait ; et - comme les chats à la lumière qui les éblouit - sans que sa tête bougeât
d’une ligne, sans que la fine extrêmité de sa moustache, seulement, frémît, la panthère, après
avoir clignoté quelque temps, et comme n’en pouvant pas supporter davantage, rentra
lentement, sous les coulisses tirées de ses paupières, les deux étoiles vertes de ses regards.
Elle se claquemurait.
- Eh ! eh ! panthère contre panthère ! - fit le docteur à mon oreille : - mais le satin est plus
fort que le velours.
Le satin, c’était la femme, qui avait une robe de cette étoffe miroitante - une robe à longue
traîne. Et il avait vu juste, le docteur ! Noire, souple, d’articulation aussi puissante, aussi
royale d’attitude, - dans son espèce, d’une beauté égale, et d’un charme encore plus
inquiétant, - la femme, l’inconnue, était comme une panthère humaine, dressée devant la
panthère animale qu’elle éclipsait ; et la bête venait de le sentir, sans doute, quand elle avait
fermé les yeux. Mais la femme - si c’en était un - ne se contenta pas de ce triomphe. Elle
manqua de générosité. Elle voulut que sa rivale la vît qui l’humiliait, et rouvrît les yeux pour
la voir. Aussi, défaisant sans mot dire les douze boutons du gant violet qui moulait son
magnifique avant-bras, elle ôta ce gant, et, passant audacieusement sa main entre les barreaux
de la cage, elle en fouetta le museau court de la panthère, qui ne fit qu’un mouvement ... mais
quel mouvement ! ... et d’un coup de dents, rapide comme l’éclair ! ... Un cri partit du groupe
où nous étions. Nous avions cru le poignet emporté : ce n’était que le gant. La panthère l’avait
englouti. La formidable bête outragée avait rouvert des yeux affreusement dilatés, et ses
naseaux froncés vibraient encore ...
BARBEY D’AUREVILLY (1808-1889), Les Diaboliques (187
83

DEVOIR 1 :
Question 2 :Discours.

Vous rédigerez cette étude stylistique en deux pages maximum et votre travail sera structuré.

BALZAC, La Peau de chagrin,

Vers la fin du mois d’octobre 1829, un jeune homme entra dans le Palais-Royal au
1 moment où les maisons de jeu s’ouvraient, conformément à la loi qui protège une passion
essentiellement imposable. Sans trop hésiter, il monta l’escalier du tripot désigné sous le nom
de numéro 36.
« Monsieur, votre chapeau s’il vous plaît ? » lui cria d’une voix sèche et grondeuse un
5 petit vieillard blême accroupi dans l’ombre, protégé par une barricade, et qui se leva soudain
en montrant une figure moulée dans un type ignoble.
Quand vous entrez dans une maison de jeu, la loi commence par vous dépouiller de votre
chapeau. Est-ce une parabole évangélique et providentielle ? N’est-ce pas plutôt une manière
de conclure un contrat infernal avec vous en exigeant je ne sais quel gage ? Serait-ce pour
10 vous obliger à garder un maintien respectueux devant ceux qui vont gagner votre argent ? Est-
ce la police tapie dans les égouts sociaux qui tient à savoir le nom de votre chapelier ou le
vôtre, si vous l’avez inscrit sur la coiffe ? Est-ce enfin pour prendre la mesure de votre crâne
et dresser une statistique instructive sur la capacité cérébrale des joueurs ? Sur ce point
l’administration garde un silence complet. Mais, sachez-le bien, à peine avez-vous fait un pas
15 vers le tapis vert, déjà votre chapeau ne vous appartient pas plus que vous ne vous appartenez
à vous-même : vous êtes au jeu, vous, votre fortune, votre coiffe, votre canne et votre
manteau. À votre sortie, le JEU vous démontrera, par une atroce épigramme en action, qu’il
vous laisse encore quelque chose en vous rendant votre bagage. Si toutefois vous avez une
coiffure neuve, vous apprendrez à vos dépens qu’il faut se faire un costume de joueur.
20 L’étonnement manifesté par le jeune homme en recevant une fiche numérotée en échange
de son chapeau, dont heureusement les bords étaient légèrement pelés, indiquait une âme
encore innocente ; aussi le petit vieillard, qui sans doute avait croupi dès son jeune âge dans
les bouillants plaisirs de la vie des joueurs, lui jeta-il un coup d’œil terne et sans chaleur, dans
lequel un philosophe aurait vu les misères de l’hôpital, les vagabondages des gens ruinés, les
25 procès-verbaux d’une foule d’asphyxies, les travaux forcés à perpétuité, les expatriations au
Guazacoalco. Cet homme, dont la longue face blanche n’était plus nourrie que par les soupes
gélatineuses de d’Arcet, présentait la pâle image de la passion réduite à son terme le plus
simple. Dans ses rides il y avait trace de vieilles tortures, il devait jouer ses maigres
appointements le jour même où il les recevait. Semblable aux rosses sur qui les coups de fouet
30 n’ont plus de prise, rien ne le faisait tressaillir ; les sourds gémissements des joueurs qui
sortaient ruinés, leurs muettes imprécations, leurs regards hébétés, le trouvaient toujours
insensible. C’était le jeu incarné. Si le jeune homme avait contemplé ce triste Cerbère, peut-
être se serait-il dit : « Il n’y a plus qu’un jeu de cartes dans ce cœur-là ! » L’inconnu n’écouta
pas ce conseil vivant, placé là sans doute par la Providence, comme elle a mis le dégoût à la
35 porte de tous les mauvais lieux. Il entra résolument dans la salle où le son de l’or exerçait une
éblouissante fascination sur les sens en pleine convoitise.
H. DE BALZAC, La Peau de chagrin, 1831.
84

DEVOIR 2
Question 1 :Discours rapporté.
Vous rédigerez cette étude stylistique en deux pages maximum et votre travail sera structuré.

ZOLA, L’Assommoir.

I1 tourna le dos, après avoir louché terriblement, en regardant Gervaise. Celle-ci se


reculait, un peu effrayée. La fumée des pipes, l'odeur forte de tous ces hommes, montaient
dans l'air chargé d'alcool ; et elle étouffait, prise d'une petite toux.
« Oh ! c'est vilain de boire ! » dit-elle à demi-voix.
Et elle raconta qu'autrefois, avec sa mère, elle buvait de l'anisette, à Plassans. Mais elle
avait failli en mourir un jour, et ça l'avait dégoûtée ; elle ne pouvait plus voir les liqueurs.
« Tenez, ajouta-t-elle en montrant son verre, j'ai mangé ma prune ; seulement, je
laisserai la sauce que ça me ferait du mal. »
Coupeau, lui aussi, ne comprenait pas qu'on pût avaler de pleins verres d'eau-de-vie.
Une prune par-ci, par-là, ça n'était pas mauvais. Quant au vitriol, à l'absinthe et aux autres
cochonneries, bonsoir ! il n'en fallait pas. Les camarades avaient beau le blaguer, il restait
à sa porte lorsque ces cheulards-là entraient à la mine à poivre. Le papa Coupeau, qui était
zingueur comme lui, s'était écrabouillé la tête sur le pavé de la rue Coquenard, en tombant,
un jour de ribote, de la gouttière du n° 25 ; et ce souvenir, dans la famille, les rendait tous
sages. Lui, lorsqu'il passait rue Coquenard et qu'il voyait la place, il aurait plutôt bu l'eau
du ruisseau que d'avaler un canon gratis chez le marchand de vin. Il conclut par cette
phrase :
« Dans notre métier, il faut des jambes solides. »
Gervaise avait repris son panier. Elle ne se levait pourtant pas, le tenait sur ses genoux,
les regards perdus, rêvant, comme si les paroles du jeune ouvrier éveillaient en elle des
pensées lointaines d'existence. Et elle dit encore, lentement, sans transition apparente :
« Mon Dieu ! je ne suis pas ambitieuse, je ne demande pas grand-chose... Mon idéal, ce
serait de travailler tranquille, de manger toujours du pain, d'avoir un trou un peu propre
pour dormir, vous savez, un lit, une table et deux chaises, pas davantage... Ah ! je voudrais
aussi élever mes enfants, en faire de bons sujets, si c'était possible... Il y a encore un idéal,
ce serait de ne pas être battue, si je me remettais jamais en ménage ; non, ça ne me plairait
pas d'être battue... Et c'est tout : vous voyez, c'est tout... »
Emile ZOLA, L’Assommoir, chapitre 2.

DEVOIR 2 :
Question 2 :Niveaux de langue et registres littéraires(tonalités).

Vous rédigerez cette étude stylistique en deux pages maximum et votre travail sera structuré.

CELINE,Voyage au bout de la nuit.

Le messager vacillant se remit au « garde-à-vous », les petits doigts sur la couture du


pantalon, comme il se doit dans ces cas-là. II oscillait ainsi, raidi sur le talus, la transpiration
lui coulant de la jugulaire, et ses mâchoires tremblaient si fort qu'il en poussait des petits cris
avortés, tel un petit chien qui rêve. On ne pouvait démêler s'il voulait nous parler ou bien s'il
pleurait.
85

Nos Allemands accroupis au fin bout de la route venaient justement de changer


d'instrument. C'est à la mitrailleuse qu'ils poursuivaient à présent leurs sottises ; ils en
craquaient comme de gros paquets d'allumettes et tout autour de nous venaient voler des
essaims de balles rageuses, pointilleuses comme des guêpes.
L'homme arriva tout de même à sortir de sa bouche quelque chose d'articulé :
- Le maréchal des logis Barousse vient d'être tué, mon colonel, qu'il dit tout d'un trait.
- Et alors ?
- II a été tué en allant chercher le fourgon à pain sur la route des Etrapes, mon colonel !
- Et alors ?
- II a été éclaté par un obus !
- Et alors, nom de Dieu !
- Et voilà ! Mon colonel ...
- C'est tout ?
- Oui, c'est tout, mon colonel.
- Et le pain ? demanda le colonel.
Ce fut la fin de ce dialogue parce que je me souviens bien qu'il a eu le temps de dire tout
juste : « Et le pain ? » Et puis ce fut tout. Après ça, rien que du feu et puis du bruit avec. Mais
alors un de ces bruits comme on ne croirait jamais qu'il en existe. On en a eu tellement plein
les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, tout de suite, du bruit, que je croyais bien que c'était
fini, que j'étais devenu du feu et du bruit moi-même.
Louis Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit,1932.
86

DEVOIR 3
Question 1 : Modalisation.

Vous rédigerez cette étude stylistique en deux pages maximum et votre travail sera structuré.

BAUDELAIRE, Exposition universelle de 1855.


Critique d’art et observateur des évolutions de son époque, Baudelaire récuse le progrès,
constatable lorsqu'il a été réalisé, mais impossible à prévoir, selon lui.

I1 est encore une erreur fort à la mode, de laquelle je veux me garder comme de
l'enfer. - Je veux parler de l'idée du progrès. Ce fanal 1 obscur, invention du
philosophisme actuel, breveté sans garantie de la Nature ou de la Divinité, cette
lanterne moderne jette des ténèbres sur tous les objets de la connaissance ; la liberté
s'évanouit, le châtiment disparaît. Qui veut y voir clair dans l'histoire doit avant tout
éteindre ce fanal perfide. Cette idée grotesque, qui a fleuri sur le terrain pourri de la
fatuité 2 moderne, a déchargé chacun de son devoir, délivré toute âme de sa
responsabilité, dégagé la volonté de tous les liens que lui imposait l'amour du beau : et
les races amoindries, si cette navrante folie dure longtemps, s'endormiront sur l'oreiller
de la fatalité dans le sommeil radoteur de la décrépitude. Cette infatuation3 est le
diagnostic d'une décadence déjà trop visible.
Demandez à tout bon Français qui lit tous les jours son journal dans son estaminet4,
ce qu'il entend par progrès, il répondra que c'est la vapeur, l'électricité et l'éclairage au
gaz, miracles inconnus aux Romains, et que ces découvertes témoignent pleinement de
notre supériorité sur les anciens ; tant il s'est fait de ténèbres dans ce malheureux
cerveau et tant les choses de l'ordre matériel et de l'ordre spirituel s'y sont si
bizarrement confondues ! Le pauvre homme est tellement américanisé5 par ses
philosophes zoocrates6 et industriels, qu'il a perdu la notion des différences qui
caractérisent les phénomènes du monde physique et du monde moral, du naturel et du
surnaturel.
Si une nation entend aujourd'hui la question morale dans un sens plus délicat qu'on
ne l'entendait dans le siècle précédent, il y a progrès ; cela est clair. Si un artiste
produit cette année une œuvre qui témoigne de plus de savoir ou de force imaginative
qu'il n'en a montré l'année dernière, il est certain qu'il a progressé. Si les denrées sont
aujourd'hui de meilleure qualité et à meilleur marché qu'elles n'étaient hier, c'est dans
l'ordre matériel un progrès incontestable. Mais où est, je vous prie, la garantie du progrès
pour le lendemain ? Car les disciples des philosophes de la vapeur et des allumettes
chimiques l'entendent ainsi : le progrès ne leur apparaît que sous la forme d'une série
indéfinie. Où est cette garantie ? Elle n'existe, dis-je, que dans votre crédulité et votre
fatuité.
87

Je laisse de côté la question de savoir si, délicatisant7 l'humanité en proportion des


jouissances nouvelles qu'il lui apporte, le progrès indéfini ne serait pas sa plus ingénieuse
et sa plus cruelle torture ; si, procédant par une opiniâtre négation de lui-même, il ne
serait pas un mode de suicide incessamment renouvelé, et si, enfermé dans le cercle de
feu de la logique divine, il ne ressemblerait pas au scorpion qui se perce lui-même avec
sa terrible queue, cet éternel desideratum8 qui fait son éternel désespoir ?
Extrait.

1. Lanterne utilisée sur les navires.


2. Prétention.
3. Satisfaction excessive et ridicule.
4. Café.
5. Enthousiasmé par le progrès et le modernisme.
6. Accordant un pouvoir excessif à ce qui vit.
7. Affaiblissant.
8. Désir, souhait.

DEVOIR 3.
Question 2 : Ironie.

Vous rédigerez cette étude stylistique en deux pages maximum et votre travail sera structuré.

STENDHAL, Le Rouge et le noir.


Julien Sorel, jeune homme grand admirateur de Napoléon, veut prendre la main de Madame
de Rênal.

Ses regards le lendemain, quand il revit Madame de Rênal, étaient singuliers ; il


l'observait comme un ennemi avec lequel il va falloir se battre. Ces regards, si différents
de ceux de la veille, firent perdre la tête à Madame de Rênal : elle avait été bonne pour
lui, et il paraissait fâché. Elle ne pouvait détacher ses regards des siens.
La présence de Madame Derville permettait à Julien de moins parler et de s'occuper
davantage de ce qu'il avait dans la tête. Son unique affaire, toute cette journée, fut de se
fortifier par la lecture du livre inspiré qui retrempait son âme.
Il abrégea beaucoup les leçons des enfants, et ensuite, quand la présence de Madame
de Rênal vint le rappeler tout à fait aux soins de sa gloire, il décida qu'il fallait
absolument qu'elle permît ce soir-là que sa main restât dans la sienne.
Le soleil en baissant, et rapprochant le moment décisif, fit battre le cœur de Julien
d'une façon singulière. La nuit vint. Il observa, avec une joie qui lui ôta un poids
immense de dessus la poitrine, qu'elle serait fort obscure. Le ciel chargé de gros nuages,
promenés par un vent très chaud, semblait annoncer une tempête. Les deux amies se
promenèrent fort tard. Tout ce qu'elles faisaient ce soir-là semblait singulier à Julien.
Elles jouissaient de ce temps, qui, pour certaines âmes délicates, semble augmenter le
plaisir d'aimer.
On s'assit enfin, Madame de Rênal à côté de Julien, et Madame Derville près de son
amie. Préoccupé de ce qu'il allait tenter, Julien ne trouvait rien à dire. La conversation
languissait.
88

Serai-je aussi tremblant, et malheureux au premier duel qui me viendra ? se dit


Julien, car il avait trop de méfiance et de lui et des autres, pour ne pas voir l'état de son
âme.
Dans sa mortelle angoisse, tous les dangers lui eussent semblé préférables. Que de
fois ne désira-t-il pas voir survenir à Madame de Rênal quelque affaire qui l'obligeât de
rentrer à la maison et de quitter le jardin ! La violence que Julien était obligé de se faire
était trop forte pour que sa voix ne fût pas profondément altérée ; bientôt la voix de
Madame de Rênal devint tremblante aussi, mais Julien ne s'en aperçut point. L'affreux
combat que le devoir livrait à la timidité était trop pénible pour qu'il fût en état de rien
observer hors lui-même. Neuf heures trois quarts venaient de sonner à l'horloge du
château, sans qu'il eût encore rien osé. Julien, indigné de sa lâcheté, se dit : Au moment
précis où dix heures sonneront, j'exécuterai ce que, pendant toute la journée, je me suis
promis de faire ce soir, ou je monterai chez moi me brûler la cervelle.
Après un dernier moment d'attente et d'anxiété, pendant lequel l'excès de l'émotion
mettait Julien comme hors de lui, dix heures sonnèrent à l'horloge qui était au-dessus de
sa tête. Chaque coup de cette cloche fatale retentissait dans sa poitrine, et y causait
comme un mouvement physique.
Enfin, comme le dernier coup de dix heures retentissait encore, il étendit la main et
prit celle de Madame de Rênal, qui la retira aussitôt. Julien, sans trop savoir ce qu'il
faisait, la saisit de nouveau. Quoique bien ému lui-même, il fut frappé de la froideur
glaciale de la main qu'il prenait ; il la serrait avec une force convulsive ; on fit un
dernier effort pour la lui ôter, mais enfin cette main lui resta.
Son âme fut inondée de bonheur, non qu'il aimât Madame de Rênal, mais un affreux
supplice venait de cesser. Pour que Madame Derville ne s'aperçût de rien, il se crut
obligé de parler ; sa voix alors était éclatante et forte. Celle de Madame de Rênal, au
contraire, trahissait tant d'émotion, que son amie la crut malade et lui proposa de rentrer.
Julien sentit le danger : si Madame de Rênal rentre au salon, je vais retomber dans la
position affreuse où j'ai passé la journée. J'ai tenu cette main trop peu de temps pour que
cela compte comme un avantage qui m'est acquis.
Au moment où Madame Derville renouvelait la proposition de rentrer au salon,
Julien serra fortement la main qu'on lui abandonnait.
STENDHAL, Le Rouge et le noir, chapitre 9, 1829.