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Herméneutique

L'herméneutique (du grec hermeneutikè, έρμηνευτική [τέχνη], art


1
d'interpréter, hermeneuein signifie d'abord « parler », « s'exprimer » et
du nom du dieu grec Hermès, messager des dieux et interprète de leurs
ordres) est la théorie de la lecture, de l'explication et de l'interprétation
des textes.

L'herméneutique ancienne est formée de deux approches complètement


différentes : la logique d'origine aristotélicienne (à partir du Peri
hermeneia ou De l'interprétation d'Aristote) d'une part, l'interprétation des
textes religieux (orphisme ou exégèse biblique par exemple) et
l'hermétisme d'autre part.

L'herméneutique moderne se décline en sous-disciplines : herméneutique


« littéraire » (interprétation des textes littéraires et poétiques),
« juridique » (interprétation des sources de la loi), « théologique »
(interprétation des textes sacrés ; on parle aussi d'exégèse), « historique »
(interprétation des témoignages et des discours sur l'histoire), et
« philosophique » (analyse des fondements de l'interprétation en général,
et interprétation des textes proprement philosophiques). La psychanalyse
est vue comme un exemple d'herméneutique (interprétation des
2
symptômes du malade) par Paul Ricœur . La « généalogie »
nietzschéenne, qui interprète les jugements de valeur (vrai/faux, bien/mal,
beau/laid) à partir de l'histoire et de la physiologie (état de santé du
3
corps), est une herméneutique pour Michel Foucault .

Sommaire
1 Définition générale
1.1 Champs de l'herméneutique
1.2 Questions de méthodologie
2 Histoire de l'herméneutique
2.1 L'« herméneutique » ancienne
2.1.1 D'Aristote à la science contemporaine
2.1.2 Stoïcisme
2.1.3 Judaïsme
2.1.4 Christianisme
2.2 Renaissance
2.2.1 Retour à la littéralité
2.2.2 Astrologie et alchimie
2.3 Les précurseurs de l'herméneutique contemporaine
2.3.1 Schleiermacher
2.3.2 Dilthey
2.4 XXe siècle
2.4.1 Naissance de l'herméneutique philosophique
2.4.2 Heidegger
2.4.3 Gadamer
2.4.4 Ricœur
2.4.5 Jauss
2.4.6 Foucault
3 Applications de l'herméneutique
3.1 Sociologie
3.2 Droit
3.3 Informatique
3.4 Relations internationales
3.5 Religion et théologie
4 Bibliographie
5 Notes et références
6 Voir aussi
6.1 Articles connexes
6.1.1 Origines
6.1.2 Thèmes en relation
6.1.3 Applications
6.2 Liens externes

Définition générale
Champs de l'herméneutique
On parle d'« herméneutique » pour l'interprétation des textes en général.

L'interprétation des Écritures saintes, qu'il s'agisse de la Bible ou du


Coran, est un sujet qui demeure délicat. L'interprétation des symboles
religieux et des mythes s'appelle l'herméneutique sacrée (ou
herméneutique biblique lorsqu'elle se limite à la Bible, c'est-à-dire aux
textes du judaïsme et du christianisme). Elle se révèle nécessaire pour le
philosophe et théologien Xavier Tilliette, selon lequel « la Bible est un
ouvrage complexe et même scellé. Le Livre des livres est un livre de livres.
Il est donc susceptible d'interprétation, il ne va pas sans une
herméneutique. […] Il n'y a pas d'acheminement direct à la Bible, il faut
4
toujours une médiation au moins implicite ».

L'interprétation de symboles divinatoires fait également appel à des


herméneutes, comme en Chine et au Japon, lors de séances de
scapulomancie, de plastromancie, d'achilléomancie ou autres formes de
mancies.

L'étude, la traduction et l'interprétation des textes classiques (antiques)


naît à la Renaissance : c'est la philologie.

On désigne aussi par « herméneutique » la réflexion philosophique


interprétative, inventée par Friedrich Schleiermacher, développée par
Wilhelm Dilthey et rénovée par Martin Heidegger et Hans-Georg Gadamer.

L'herméneutique trouve des applications dans la critique littéraire ou


historique, dans le droit, dans la sociologie, en musique, en informatique,
en théologie (domaine d'origine), ou même dans le cadre de la
psychanalyse.

Questions de méthodologie
La méthodologie du dévoilement ou de la restitution d'un texte pose deux
questions :

Quel statut donner aux scripteurs (car le terme d’auteur pose lui aussi
des problèmes) du texte biblique ? Inspiration, diction (inhérence) ?
Dans quelle mesure l’interprétation du lecteur doit-elle être prise en
compte et est-elle valide (par rapport à la tradition religieuse et à une
lecture collective représentative du groupe porteur de cette tradition) ?

Histoire de l'herméneutique
L'« herméneutique » ancienne
L'herméneutique est aussi ancienne que le sont les religions, les
spiritualités, et la philosophie. Cependant, le terme d'herméneutique n'est
apparu qu'à l'époque moderne, sous la plume de Friedrich Schleiermacher
5
et Wilhelm Dilthey.

D'Aristote à la science contemporaine

Dans son traité De l'interprétation (Organon II), Aristote (ive siècle av. J.-C)
avait défini des règles essentiellement logiques d'interprétation des
textes. Il y développe notamment sa théorie du jugement (affirmatif et
négatif), de la contradiction et de la contrariété. Son point de départ est
l'analyse des éléments sémantiques (la lettre, le nom, le verbe, la
proposition). Il aboutit à une métaphysique qui hiérarchise les degrés
d'être, après avoir exposé la théorie des « futurs contingents », laquelle
influencera les débats médiévaux sur le problème théologique de la
prédestination. Ce traité sera abondamment commenté par les
6 7 8
philosophes médiévaux (Averroès , Thomas d'Aquin , Jean Duns Scot ,
9
Guillaume d'Ockham ), et fixera pour longtemps la norme de lecture des
textes (philosophiques, mais pas seulement).
10 11
Les herméneutes contemporains tels Umberto Eco ou Paul Ricœur se
réclament également de la philosophie aristotélicienne, mais davantage de
la Poétique et de la Rhétorique que de l'Organon à proprement parler, ce
dernier étant plutôt vu comme un prélude à l'élaboration du discours
scientifique, que comme un ensemble de traités sur l'interprétation
concrète des textes en général.

On peut mesurer ainsi le changement de paradigme de l'époque médiévale


à l'époque contemporaine : la logique (l'ancienne herméneutique de
l'Organon) a été absorbée par la science (mathématiques, physique)
tandis que la philosophie (la nouvelle herméneutique) explore des champs
d'interprétation plus larges que les sciences naturelles (poétique,
rhétorique, littérature, mais aussi sociologie, psychologie, histoire,
anthropologie). L'une des causes principales de ce changement est la
naissance des sciences humaines, qui livrent une autre approche du
monde que celle de la science et de la métaphysique logicisées.

Néanmoins, certains auteurs de la fin du XXe siècle, comme Paul


Feyerabend, soutiennent que le discours scientifique est lui aussi une
interprétation du monde, et que son mode de production ne diffère pas de
12
celui des autres discours, littéraires, mythologiques, etc . En ce sens,
aucun champ n'échapperait à l'herméneutique, pas même la science
prétendument univoque (non sujette aux querelles d'interprétation) et
rigoureuse (non affectée par la contingence des images humaines).

Stoïcisme

Les stoïciens développent un naturalisme herméneutique, qui assimile les


dieux, comme représentations, à des forces physiques.

« D'un autre motif en rapport avec la physique est découlée une


grande multitude de dieux qui, revêtus d'une forme humaine, ont
donné matière aux fables des poètes, mais ont rempli la vie humaine
de superstitions. Ce sujet, traité par Zénon, a été abondamment
développé par Cléanthe et par Chrysippe... L'air, selon la doctrine
stoïcienne, est situé entre la mer et le ciel, et il est déifié sous le nom
de Junon ; Junon est la sœur et la femme de Jupiter, ce qui veut dire
que l'air ressemble à l'éther [Jupiter] et a, avec lui, l'union la plus
intime. » (Cicéron, De la nature des dieux, II, XXV-XXVI).

Judaïsme

La tradition du judaïsme rabbinique connaissait depuis longtemps des


règles d'interprétation de la Torah. Hillel Hazaken (ier siècle AEC) avait
défini sept règles d'interprétation. Rabbi Ishmaël, développant les sept
règles d'Hillel, exposa treize principes.

D'autre part, le judaïsme rabbinique connaissait quatre sens (Pardes)


pour interpréter la Bible hébraïque : peshat (évident, littéral), remez
(allusif), drash (interprétatif), et sod (secret/mystique). Par exemple, le
sens littéral (peshat) s'avérait souvent insuffisant pour comprendre en
profondeur le sens des textes sacrés.

La kabbale, dès Éléazar de Worms et Abraham Aboulafia (vers 1290), a


développé la science des lettres (hokhmat ha-zeruf) et ses trois procédés
13
pour déchiffrer la Torah .

1. La gematria dévoile la valeur numérique d'un mot ou d'une phrase


pour révéler les équivalences avec les mots ou les phrases d'égale
valeur. Selon J. Gikatella (mort en 1325), Echad (Un) vaut 13 (1 + 8 +
4) et, comme tel, il équivaut à Ahabah (Amour) (1 + 5 + 2 + 5).
2. Le notarikon permet, à partir des lettres d'un mot (initiales, médianes,
terminales), de construite des phrases consistant en des mots dont
les initiales, mises bout à bout, reconstituent le mot d'origine, et donc
en révèlent les significations secrètes. Ainsi, le nom Adam, formé des
lettres alef, dalet, mem, renvoie à Adam, David, Messiah (Messie) pour
dire qu'Adam engendrera David et de la lignée de David viendra le
Messie.
3. La temura consiste à substituer chaque lettre d'un mot ou d'un
groupe de mots à une autre lettre conformément à un système de
substitution. Par exemple, Bavel, "Babylone" devient Shéshak dans
Jérémie XXV, 26, si la lettre tav (la dernière de l'alphabet) remplace
sin (l'avant-dernière) et ainsi de suite.

Dans le judaïsme, la période médiévale a vu le développement de


beaucoup de nouvelles catégories d'interprétation rabbinique et
d'explication de la Torah, incluant l'émergence de la Kabbale et des écrits
de Maïmonide. Les commentaires bibliques et les commentaires du
Talmud s'inscrivent dans cette tradition.

Christianisme

Article connexe : Quatre sens de l'Écriture.

La tradition chrétienne reprit la doctrine des quatre sens de l'Écriture en


l'adaptant au christianisme. Origène au iiie siècle l'appliqua à la prière
(Lectio divina), puis Jean Cassien (dont s'inspire la fameuse règle de saint
Benoît) la théorisa en l'introduisant dans les monastères.

La doctrine des quatre sens de l'Ecriture eut un succès important


pendant tout le Moyen Âge : le sens allégorique, à la suite de Prudence,
inspira une grande partie de la littérature médiévale profane. Elle joua un
rôle important à la naissance de la scolastique. Hugues de Saint-Victor la
connaissait (De Scripturis).

Pour le philosophe et théologien catholique Xavier Tilliette, « la Bible est


un ouvrage complexe et même scellé. Le Livre des livres est un livre de
livres. Il est donc susceptible d'interprétation, il ne va pas sans une
herméneutique. La Parole de Dieu […] s'est faite parole humaine,
astreinte à la compréhension. Il n'y a pas d'acheminement direct à la Bible,
il faut toujours une médiation au moins implicite : traduction, exégèse,
histoire, genres littéraires, étude des styles, typologie, connaissance de la
4
Tradition, lectio divina »…

Renaissance

Retour à la littéralité

Article connexe : Philologie.

L'étude et l'interprétation des textes classiques (antiques) naît à la


Renaissance : c'est la philologie. Les savants apprennent le grec et le
latin, et développent des méthodes pour prouver l'authenticité ou
l'inauthenticité d'un texte, et pour établir des éditions critiques des
œuvres. C'est le retour aux sources et à la littéralité des textes. L'un des
éminents représentants de cette nouvelle tendance est Guillaume Budé,
illustre humaniste. L'une des victoires les plus éclatantes de la nouvelle
philologie, est la démonstration par Lorenzo Valla de la fausseté de la
Donation de Constantin. Cet acte porte également une charge politique,
car il démonte les fondements de l'autorité papale, qui s'appuyait sur ce
fameux texte.
14
La Réforme protestante, sous la plume de Martin Luther et Jean Calvin ,
appelle à relire les textes religieux littéralement, par-delà les
interprétations canoniques de l'Église catholique romaine. Il s'agit de
détruire les couches sédimentées de conciles et de doctrines (la tradition)
15
surajoutées aux textes, pour retrouver le texte biblique en sa pureté .
Auparavant, la majorité du peuple n'avait pas accès au texte biblique, mais
seulement aux interprétations qu'en donnaient les autorités religieuses.
Avec les mouvements intellectuels de la Réforme et de l'Humanisme,
conjoints à l'invention de l'imprimerie et au développement de l'éducation
(qui fera reculer l'illettrisme), le texte biblique deviendra de plus en plus
accessible, et l'autorité religieuse de plus en plus remise en cause quant à
la lecture des textes sacrés.

Paradoxalement, cette affirmation comme quoi la Bible serait claire par


elle-même, et donc à lire de manière littérale, amène le lecteur à
réinterpréter lui-même le texte sacré, sans qu'on ne lui impose des normes
interprétatives rigides et incontestables. Le retour à l'« autorité » du
texte littéral annonce la multiplicité « anarchique » des interprétations,
qui ne peuvent plus être unifiées par une autorité normative.
16
L'herméneutique moderne naît de la destruction de la norme : s'il n'y a
plus de norme de lecture extérieure au texte, il faut apprendre à déceler
soi-même le mécanisme interne d'un texte donné qui produit lui-même son
propre sens, afin d'éviter la multiplication à l'infini des significations du
texte en question, jusqu'à l'absurdité.

Astrologie et alchimie

Depuis le xive siècle au moins, le recours à la pensée magique est connu,


mais il est vrai qu’il connaît une nouvelle mode au xve siècle quand Marsile
Ficin édite le Corpus hermeticum, ensemble de textes anonymes du
iie siècle après J.-C. et que l’on attribue à Hermès Trismégiste, fondateur
légendaire de la religion égyptienne, contemporain de Pythagore et de
Moïse. Dans cette pensée, le monde animé comme l'inanimé forme un tout
continu qui possède une âme : il y a donc des correspondances entre
l’univers et l’homme qui en est le centre et le reflet en même temps. On
raisonne d’ailleurs par analogie : les plantes sont les cheveux du monde,
par exemple. L'herméneutique joue ainsi un rôle important dans la
médecine de la Renaissance, à la fois dans la pharmacopée (une plante
correspondant à un organe) que dans les prescriptions, puisque souvent
la consultation et surtout l'administration des médecines sont associées à
l'horoscope du patient ; les différentes parties du corps trouvant leur
correspondance dans les signes zodiacaux.

On est persuadé de la vertu de certains minéraux ou éléments chimiques


et notamment du mercure, du soufre. On est ainsi persuadé depuis le
xiie siècle qu’il existe un lien entre la pierre philosophale (qui peut
transformer tout métal en or) et les calculs rénaux. Le personnage le plus
connu est Paracelse (1493-1541), fils de médecin, qui est à la fois chimiste
(travaillant dans les mines) et alchimiste et s’intéresse aux
correspondances entre les minéraux et l’homme. Il est professeur de
médecine à Bâle en 1526. Il a laissé de nombreuses recettes qui emploient
l’opium, mais aussi des composés minéraux. Cette démarche explique
également l’intérêt pour les traitement par les eaux thermales de Michel
Savonarole (1385-1468) : De omnibus mundi balneis éditée en 1493 à
Bologne. Plus tard, l’université de Padoue confie à trois de ses médecins
de faire revivre les bains d’Abano, utilisés dans l’Antiquité et le célèbre
anatomiste Fallope qui enseigne à Padoue est chargé en 1556 d'un
enseignement à thermalisme acquis.

Les précurseurs de l'herméneutique contemporaine

Schleiermacher

C'est Friedrich Schleiermacher (1768 – 1834) qui posa les bases de


l'herméneutique contemporaine. Schleiermacher mit également en
évidence le cercle herméneutique (l'expression est de Dilthey). Pour
comprendre un texte, il faut avoir compris l'œuvre, mais pour comprendre
l'œuvre, il faut avoir compris les textes.

Dilthey

Wilhelm Dilthey (1833 – 1911) voit dans l'herméneutique la possibilité


d'une fondation pour les sciences humaines. Les sciences de la nature ne
cherchent qu'à expliquer (Erklären) leur objet, tandis que les sciences de
l'homme, et l'histoire en particulier, demandent également à comprendre
(Verstehen) de l'intérieur et donc à prendre en considération le vécu.

xxe siècle

Naissance de l'herméneutique philosophique

L'herméneutique philosophique contemporaine se conçoit comme une


théorie de l'interprétation, et de la réception de l'œuvre (littéraire ou
artistique). Elle questionne la textualité en elle-même, et son rapport à
l'auteur (processus d'explication) et au lecteur (processus de
compréhension).

L'herméneutique philosophique cherche à analyser ce qui se manifeste, ce


qui se présente de soi dans l'œuvre d'art (perspective
phénoménologique). Elle pose donc de manière originale le problème de la
représentation et de la phénoménalisation, s'inspirant en cela des travaux
novateurs de Husserl (lequel avait livré une théorie très élaborée de
l'imagination, notamment dans les Ideen I, à défaut d'esthétique à
proprement parler).

Le langage de l'art représente pour les herméneutes le lieu où la vérité de


l'Être se déploie, au-delà de la description scientifique des étants
particuliers. L'herméneutique se fonde ainsi sur une nouvelle
interrogation du verbe « être », à la fois grammaticale, ontologique et
esthétique, à partir des importants travaux de Martin Heidegger dans
Être et Temps (et dans ses œuvres ultérieures, dont la tentation
17
hermétiste sera critiquée) .

L'herméneutique philosophique utilise comme paradigme majeur la


poésie, notamment la poésie romantique, symboliste, surréaliste ou
d'inspiration hermétiste, c'est-à-dire la poésie qui ne se comprend pas à la
première lecture, mais qui nécessite un effort pour être décryptée. Les
philosophes herméneutes analysent par exemple les textes et l'esprit de
Hölderlin, Mallarmé, Valéry, Rilke, Artaud ou encore Ponge.

Le deuxième grand paradigme de l'herméneutique est le roman,


notamment les œuvres subversives qui remettent en cause les normes
traditionnelles d'écriture. Ainsi, on croisera sous la plume des grands
herméneutes Rabelais, le Marquis de Sade, Joyce, Kafka, Bataille, ou
encore d'autres grands écrivains comme Goethe ou Borges.

Heidegger

Article connexe : Heidegger et l'herméneutique.

Martin Heidegger étend la conception de Dilthey et conçoit à un certain


moment l'herméneutique comme la tâche même de la philosophie si
l'existence – objet de la philosophie – demande à être interprétée et si elle
n'est autre qu'un processus d'interprétation, une compréhension de soi.
L'herméneutique est en ce sens un dépassement de la phénoménologie
car elle s'applique à ce qui ne se montre pas, à détruire plutôt un rapport
de conscience qui dissimule un rapport authentique à l'être.
L'herméneutique constitue ainsi l'ontologie.

Gadamer

L'élève de Heidegger, Hans-Georg Gadamer publia en 1960 l'ouvrage qui


passe encore pour son livre le plus important : Vérité et Méthode. Cette
œuvre affirme, en contestation de la fausse objectivité souvent présente
dans les sciences humaines, que « la méthode ne suffit pas ». Une œuvre
ne peut être expliquée que selon notre propre horizon d'attente. La
lecture est faite dans la tension existant entre le texte du passé et
l'horizon d'attente actuel.

De plus, Gadamer affirme que « tout texte est réponse à une question. » Si
le texte parle encore aux lecteurs présents, c'est qu'il répond encore à
une question. Le travail de l'historien est de trouver à quelle question le
texte répondait dans le passé et à laquelle il répond aujourd'hui.

Ricœur

Paul Ricœur entreprend une herméneutique du soi, herméneutique dans


la mesure où le moi ne se connaît pas par simple introspection, mais par
un ensemble de symboles. Il s'agit de déchiffrer le sens caché dans le sens
apparent.

Jauss

Hans Robert Jauss, appartenant à l'École de Constance, dans Pour une


esthétique de la réception (1972), reprenant les enseignements de
Gadamer, affinera la théorie herméneutique. Il proposera l'usage d'une
« triade » herméneutique pour l'étude des œuvres.

La triade herméneutique de Jauss :

1. L'interprétation du texte où il faut réfléchir, rétrospectivement et


trouver les significations.
2. La reconstruction historique, où l'on cherche à comprendre l'altérité
portée par le texte.
3. La compréhension immédiate du texte, de sa valeur esthétique et de
l'effet que sa lecture produit sur soi-même.

L'herméneute qui utilise ce modèle s'implique donc énormément dans


l'étude et tente de comprendre la valeur novatrice de l'œuvre.

Foucault

En 1982, Michel Foucault intitule son cours au Collège de France :


« herméneutique du sujet ». Il est question en réalité d’une
« herméneutique de soi » au sens d’une forme de connaissance de soi. La
notion fondamentale est la pensée grecque de l'epimeleia heautou (le souci
de soi). Cette question est en même temps esthétique : une « esthétique
de l’existence » entendue comme une éthique, soit la production de
normes qui ne soient pas cryptées, mais que le sujet fonde ou découvre, et
par lesquelles il se découvre également.

Applications de l'herméneutique
Sociologie
La sociologie herméneutique consiste en la recherche de la
compréhension des phénomènes dans leur singularité.

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title=Herm%C3%A9neutique&action=edit) est la bienvenue !

Droit

Article détaillé : Jurisprudence.

Il est difficile de parler d'herméneutique du droit car l'herméneutique est


en l'occurrence liée à la pratique et à la mise en œuvre de la norme.
L'herméneutique convient à la compréhension d'un enseignement et le
droit est une pratique. Ainsi, la jurisprudence constitue plutôt
l'application de la norme même si le travail du juge peut parfois comporter
une phase d'interprétation et d'explicitation. Les juristes préfèrent donc
travailler à la connaissance et à l'approfondissement de leur domaine sous
l'angle épistémologique qui permet de mieux comprendre la règle en
remontant à ses sources écrites et non écrites, en faisant le point sur
l'historique et les différentes modalités de son application.

Informatique
Les chercheurs en informatique, particulièrement ceux qui traitent de
linguistique informatique, d'ingénierie des connaissances, d'intelligence
économique, et de protocoles d'analyse, n'ont pas manqué de remarquer
la communauté d'intérêt qu'ils partagent avec les chercheurs en
herméneutique, par rapport au caractère des agents d'interprétation et à
la conduite des activités d'interprétation. Par exemple, dans leur résumé
de mémoire en intelligence artificielle en 1986, Mallery, Hurwitz, et Duffy
ont déclaré ce qui suit :

« L'herméneutique, qui est une branche de la philosophie continentale


européenne traitant de la compréhension et de l'interprétation humaine de
textes écrits, offre une puissance de discernement qui peut contribuer à la
compréhension de la signification, à la traduction, aux architectures pour la
compréhension du langage naturel, et même aux méthodes qui conviennent
pour la recherche scientifique en intelligence artificielle. » (Mallery, Hurwitz,
Duffy, 1986).

Relations internationales

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L'herméneutique en relations internationales a connu un regain


d'attention avec la fin de la guerre froide. Ceci s'explique par la
multiplicité des théories déployées et leur incapacité, par la pensée
rationnelle, à expliquer dans leur globalité les rapports internationaux.
Dans un esprit de synthèse, certains auteurs redécouvrent la pensée de
18
Gadamer, tel Richard Rorty, pour l'appliquer à la philosophie politique .

Cette philosophie « se débarrasse de la théorie classique de l'homme-


19
connaisseur-des-essences » , c'est-à-dire de la vérité par correspondance
et met l'accent sur le contexte spatio-temporel de toute théorie et sur
l'intentionnalité des auteurs. L'acte de comprendre se décompose alors en
trois étapes qui forment le cercle herméneutique : la compréhension
stricto sensu, l'interprétation et l'application (confrontation avec le réel
par cohérence). Cette dernière étape participe à la notion de réflexivité en
science social. Rorty insiste sur le holisme du cercle herméneutique qui
fait que tout penseur doit envisager un système dans sa totalité pour en
comprendre les parties, et inversement, comprendre toutes les parties
20
pour saisir le fonctionnement du Tout .

Appliqué aux relations internationales, la constructiviste Martha


Finnemore voit dans l'herméneutique une invitation à la confrontation
paradigmatique, pour approcher au plus près la réalité. De plus, la vérité
étant nécessairement établie par cohérence, il y aura toujours un
décalage entre l'environnement représenté des acteurs et
l'environnement réel. Question qui renvoie à la théorie de Robert Jervis
sur les fausses perceptions. Enfin, la compréhension du monde, compris
comme un complexe "Tout-unités", amène nécessairement à concilier
21
holisme et individualisme méthodologique .

Religion et théologie
S'agissant de l'herméneutique de la vie facticielle appliquée à la religion
voir

Article détaillé : Phénoménologie de la vie religieuse.

Dans le domaine des sciences bibliques, on appelle herméneutique le


discours de la méthode de l'exégèse biblique : comment il est possible
d'interpréter les textes anciens qui composent la Bible. Dans l'Église
catholique romaine, la Commission biblique pontificale a publié en 1993
22
un document présentant les règles de cette herméneutique.

Bibliographie
Article connexe : Bibliographie de sémiologie de l'art.

Aristote, De l'interprétation (Catégories. De l'interprétation : Organon I et II,


éd. Vrin, trad. Tricot, 2000 (ISBN 978-2-7116-0016-8))
Raymond Aron, Dimension de la conscience historique, Éditions Plon, Paris,
1961, (Réédition : Agora, Paris, 1998, (ISBN 978-2-86917-000-1)
Rudolf Bultmann, Origine et sens de la typologie considérée comme
méthode herméneutique, Trad. par Marc B. de Launay. in: Philosophie,
1994 (11), n o 42, p. 3-15.
(éd.) Larisa Cercel, Übersetzung und Hermeneutik / Traduction et
herméneutique, Bucarest, Zeta Books, 2009, (ISBN 978-973-1997-06-3).
(de) Wilhelm Dilthey, Das Wesen der Philosophie, Préface d'Otto Pöggeler,
Hambourg, Meiner, 1984.
Gilbert Durand, L'imagination symbolique, 132 p., Presses Universitaires
de France, Collection Quadrige Grands textes, Paris, 2003,
(ISBN 978-2-13-053773-1)
Carsten Dutt, Herméneutique - Esthétique - Philosophie pratique, Dialogue
avec Hans-Georg Gadamer, traduit de l'allemand par Donald Ipperciel,
Fides, Québec, 1995
Michel Foucault, L'herméneutique du sujet, Paris, Seuil, 2001.
Michel Foucault, Histoire de la sexualité 3: Le souci de soi, Paris,
Gallimard, 1984.
P. Fruchon, « Herméneutique, langage et ontologie », Archives de
philosophie, n o 36, 1973, p. 522-568
Hans-Georg Gadamer, Le problème de la conscience historique, P.U.L.,
Louvain, 1936 (Réédition : Le Seuil, Collection Trâces écrites, 96p., Paris,
1998, (ISBN 978-2-02-018256-0)
Hans-Georg Gadamer, L'art de comprendre. Herméneutique et tradition
philosophique, traduction par Marianna Simon, 295 p., Aubier Montaigne,
Paris, 1982
Hans-Georg Gadamer, Vérité et méthode, Édition intégrale rev. et
complétée, 533 p., Éditions Le Seuil, Paris, 1996, (ISBN 978-2-02-019402-0)
Hans-Georg Gadamer, Rhétorique, herméneutique et Critique de l'idéologie.
Commentaires métacritiques de Wahrheit und Method, Article dans
Archives de philosophie, n o 34, avril - juin 1971, p. 207-230.
Hans-Georg Gadamer, Le défi herméneutique, Article dans Revue
Internationale de Philosophie, n o 151, 1984, p. 333-340
Jean Grondin, L'universalité de l'herméneutique, 272 p. , Epiméthée,
P.U.F., Paris, 1993
Jean Grondin, L'herméneutique, PUF, "Que sais-je ?", 2006.
Georges Gusdorf, Les origines de l’herméneutique, Collection : Les
Sciences humaines et la pensée occidentale, 1988.
(de)Martin Heidegger, Ontologie. Hermeneutik der Faktizität (Cours de
1923), GA 23, 1988.
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Pascal Michon, Poétique d'une anti-anthropologie. L'herméneutique de
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L’Héritage de H.-G. Gadamer, numéro spécial dirigé par G. Deniau et J-C.
Gens, Éditions du Cercle herméneutique, Collection Phéno, Paris, 2003
Revue Le Cercle Herméneutique (ISSN 17762-4371 (http://worldcat.org/issn/17762-
4371&lang=fr))

Notes et références
1. Religion et éthique dans les discours de Schleiermacher : Essai d'herméneutique,
Dominique Ndeh, p. 32
2. De l'interprétation. Essai sur Sigmund Freud, Seuil, Paris, 1965.
3. Voir son article « Nietzsche, la généalogie, l'histoire », 1971, repris dans Lectures de
Nietzsche, LGF, 2000.
4. Xavier Tilliette, Les philosophes lisent la Bible, Cerf, 2001, p. 12.
5. Herméneutique : Pour une logique du discours individuel, éd. Le Cerf, 1989.
6. Commentaire moyen sur le De interpretatione d'Aristote, éd. Vrin, Sic et non, 2000.
7. Commentaire du Traité de l'Interprétation d'Aristote, éd. Belles Lettres, 2004.
8. Signification et vérité. Questions sur le Peri hermeneias d'Aristote, éd. Vrin,
Translatio, 2009.
9. Traité sur la prédestination et la prescience divine des futurs contingents, éd. Vrin,
Translatio, 2007.
10. Sémiotique ou philosophie du langage, 1984, disponible aux éditions PUF.
11. La métaphore vive, Seuil, Points-Essais, 1975.
12. Feyerabend, Contre la méthode, Seuil, Points Sciences, 1975. On trouve cette idée
avant Feyerabend chez Nietzsche, Par-delà bien et mal, « Des préjugés des
philosophes », §22.
13. Johannes Reuchlin, De arte cabbalistica (1517), trad. François Secret : La kabbale,
Aubier-Montaigne, 1973. Encyclopaedia Judaica.
14. Lire les deux Préfaces à la Bible, dans Jean Calvin, Œuvres choisies, Gallimard,
« Folio classique », éd. d'Olivier Millet, 1995. La conclusion à la première préface est
la suivante : « O vous tous qui vous nommez évêques et pasteurs du pauvre peuple,
voyez que les brebis de Jésus-Christ ne soient privées de leur propre pâture et qu'il
ne soit prohibé ni défendu qu'un chacun chrétien ne puisse librement, en son propre
langage, lire, traiter et entendre ce saint Évangile, vu que Dieu le veut, Jésus-Christ
le commande. »
15. Jacques Derrida explique : « Luther – je le rappelle dans mon livre sur J. L. Nancy et
sur ce qu’il appelle, lui, la « déconstruction du christianisme » – parlait déjà de
destructio pour désigner la nécessité d’une désédimentation des strates
théologiques qui dissimulaient la nudité originelle du message évangélique à
restaurer. » Entretien dans Le Monde de l'éducation no 284, septembre 2000.
16. En ce sens, comme le rappelle Jacques Derrida (voir note précédente), la destructio
luthérienne annonce la Destruktion heideggerienne et la déconstruction initiée par
Derrida lui-même, et reprise par Jean-Luc Nancy dans la Déconstruction du
christianisme : Volume 1, La Déclosion, éd. Galilée, 2005.
17. Voir aussi le cours de 1923 de Heidegger, Herméneutique de la facticité.
18. Richard J. Bernstein, ''Beyond Objectivism and relativism. Science, Hermeneutics,
and Praxis, University of Pennsylvania Press, Philadelphia, États-Unis, 1983, p. 109 à
111.
19. Richard Rorty, L'homme spéculaire, p. 400
20. Richard J. Bernstein, Beyond Objectivism and relativism. Science, Hermeneutics,
and Praxis, University of Pennsylvania Press, Philadelphia, États-Unis, 1983, p. 353
21. Gérard Dussouy, Traités de relations internationales, Théories géopolitiques (Tome
1), chap. Hermeneutique et interparadigmité, ed. L'Harmattan, 2006
22. L'interprétation de la Bible dans l'Église Pr. Wladimir Di Giorgio. 15 avril 1993 (it)
texte intégral italien
(http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/pcb_documents/rc_con_cf
aith_doc_19930415_interpretazione_it.html)

Voir aussi
Articles connexes

Origines

Sept principes d'Hillel


Treize principes de Rabbi Ishmaël
Midrash
De l'interprétation (second livre de l'Organon d'Aristote)
Quatre sens de l'Écriture

Thèmes en relation

Pragmatique
Sens | Signe | Symbole
Interprétation
Imaginaire
Théories de la réception et de la lecture selon l'école de Constance
Heidegger et l'herméneutique

Applications

Linguistique informatique (logiciels informatiques)


Réception critique (littérature et théâtre)

Liens externes

(de) Larisa Cercel, Auf den Spuren einer verschütteten Evidenz:


Übersetzung und Hermeneutik
(http://www.zetabooks.com/download2/Ubersetzung-und-Heremenutik-
Einleitung.pdf), dans: Larisa Cercel (éd.), Übersetzung und Hermeneutik /
Traduction et herméneutique (http://www.zetabooks.com/zeta-series-in-
translation-studies.html), Bucarest, Zeta Books, 2009,
(ISBN 978-973-1997-06-3).
(fr) Définition de l'Encyclopédie Universalis
(http://www.universalis.fr/encyclopedie/C070019/HERMENEUTIQUE.htm).

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