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L’ÉDITO

de Fabrice Bousteau

Des banlieues sans images


et une France sans visage !
exposition – passionnante – intitulée exception faite des travaux de Raymond Depardon.

L’ «Paysages français – Une aventure


photographique (1984-2017)», programmée
jusqu’au 4 février à la Bibliothèque nationale de France,
Ce que révèle donc l’exposition, c’est l’urgence
de reconduire une mission similaire à celle menée
par la Datar (Délégation à l’aménagement du territoire
révèle combien l’État a négligé, voire ignoré, et à l’action régionale) qui, de 1984 à 1988, grâce
au cours des trente dernières années, nos banlieues. à ses directeurs François Hers et Bernard Latarjet,
Car, parmi les travaux exposés, issus pour la plupart avait demandé à 29 photographes tels que Robert
de commandes publiques (d’organismes nationaux Doisneau, l’Américain Lewis Baltz ou encore l’Italien
ou territoriaux), très peu concernent ces villes Gabriele Basilico de donner leur vision de la France.
périphériques. Si cela n’a pas empêché certains artistes Ces points de vue subjectifs constituent un patrimoine
de s’intéresser au sujet, tels JR et ses fresques mettant en photographique riche et unique dont notre société
scène les habitants de Clichy-Montfermeil, Alain Bublex a encore besoin. La Datar ayant été dissoute en 2014,
et ses Contributions au Grand Paris ou Mathieu Pernot il appartient aujourd’hui – plus que jamais – à l’État
et ses séries consacrées aux grands ensembles, l’absence de fixer l’image de la France des années à venir.
de commande publique sur la banlieue peut paraître Pour valoriser cette forme de photographie sociologique,
obscène. Le photojournaliste Reza me confiait ainsi mais aussi pour enrichir notre patrimoine culturel
récemment que les différentes demandes de subvention en révélant une autre France, multiple et riche !
qu’il avait adressées au ministère de la Culture Une première étape, en ce sens, a été lancée en 2016 par
afin de former des jeunes de banlieue à la photographie le ministère de la Culture, qui a confié à l’établissement
et de recueillir ainsi leur regard sur leur quartier public de coopération culturelle Médicis-Clichy-
lui avaient toutes été refusées ! Or cette situation Montfermeil et au Centre national des arts plastiques
aboutit à un criant déficit d’images. Ce que ne montre la conduite d’une commande photographique intitulée
pas l’exposition, ce sont notamment ces entrées «Les regards du Grand Paris». Le principe : sélectionner,
de villes et de villages, aujourd’hui totalement défigurées après un appel à candidatures, plusieurs photographes
par la prolifération de zones commerciales et de émergents chaque année (jusqu’en 2026) afin qu’ils
panneaux publicitaires. Une lacune visuelle d’autant livrent des représentations urbaines et sociales inédites
plus étonnante que le phénomène a été largement du Grand Paris. Espérons que de nombreuses autres
traité dans d’autres pays, tant le graphisme, la forme, commandes et expérimentations artistiques suivront !
les couleurs et les slogans saturant ces espaces
en disent long sur notre époque. De même, ces «Paysages
français» présentent très peu de visages, de silhouettes,
c’est-à-dire très peu de la diversité des Français,

Beaux Arts I 3
SOMMAIRE N°403 JANVIER

En couverture
Egon Schiele
Homme debout (Autoportrait)
Son attitude nonchalante, son regard
aguicheur un brin mélancolique,
son manteau orange qui l’enveloppe
et le révèle… Tout attire dans ce dessin
d’Egon Schiele (1890-1918), artiste entier
et sans tabou. Les rétrospectives que vont
lui consacrer Vienne et Liverpool pour
le 100e anniversaire de sa mort font
partie de notre sélection des expositions
à ne pas manquer en ce premier
semestre 2018. De Tintoret à Delacroix,
de Monet à Kupka, de Raoul Hausmann
à Sheila Hicks, suivez le guide !
1914, gouache et crayon sur papier, 46 x 30,5 cm.

JOURNAL GRANDS FORMATS GUIDE DES EXPOSITIONS


6 Vu Arrêt sur images 44 En couverture 117 Musées & centres d’art
12 L’essentiel de l’actualité en France 118 Les nouveautés de janvier
Jim Dine donne 26 œuvres
Les 50 plus belles 119 Trois raisons d’aller au Louvre-Lens
au Centre Pompidou expositions de 2018 120 Les expositions incontournables
14 Fin de partie pour le musée 122 Cap vers le Japon !
Art ludique ? 66 L’histoire du mois 124 Millet superstar
Joan Mitchell & Jean-Paul Riopelle, 126 Louise Bourgeois, douleur au poing
16 Sur la planète
les amants terribles de l’abstraction 128 L’odyssée des utopies
18 Restitutions d’œuvres :
la France s’engage 74 Rétrospective au Centre Pompidou 130 Galeries
César, la casse internationale Nos 3 expositions coups de cœur
20 Architecture
Snøhetta, cas d’école 80 Exposition à la National Gallery 132 Week-end arty
22 Jouer à bloc le décalage Le gris, couleur à sensations Vienne, un parfum 1900
24 Design 88 Entretien avec Pierre & Gilles
L’objet culte : la Borne béton «Bernard Buffet
de Le Corbusier nous a beaucoup marqués»
26 Tendance : le style Madame Claude 90 Dossier
28 Constance Guisset fait son show Femmes artistes :
30 Livres la fin du cauchemar ? 137 MARCHÉ & POLITIQUE
L’histoire de l’art aux rayons X 100 Enquête
CULTURELLE
34 Cinéma Salvator Mundi : les dessous
138 Ils font l’actu
L’Apocalypse joyeuse de la vente du siècle
Axel Vervoordt : l’esthète ouvre
d’un peintre de Varsovie 106 Rétrospective à la Panacée son musée-promenade près d’Anvers
36 Spectacle et musique Jacques Charlier, l’esprit farceur
140 Les acteurs du marché
Berlioz dynamité par Terry Gilliam 110 Portfolio La tribune de Damien Leclère
38 La recette d’art d’Alain Passard La stupéfiante beauté des Moches
142 La cote de l’art
Le chou-d’œuvre de James Ensor au musée du quai Branly
L’art d’investir dans la pierre
40 Philo (préhistorique)
PRIVILÈGE ABONNÉS
Traduire pour faire rempart
Soyez les premiers à vous connecter
144 Tendance
à la barbarie
sur www.beauxarts.com/partenaires/ Quand la photographie sort du cadre
42 La chronique de Nicolas Bourriaud et gagnez : 146 Conseils d’achat
L’exposition, cette ringardise
3 figures de la photographie en 3D
20 DVD 148 Adjugé !
Paul Gaguin 3 enchères fraîches
«Je suis un sauvage»
aux éditions Arte

150 Calendrier des expositions


154 La visite en BD de François Olislaeger

Beaux Arts I 5
VU
par Malika Bauwens

Mohamed
Oussama Houij
Sans titre, 2017
zabaltuna.tumblr.com

N’en jetez plus !


«Zabaltuna !» En arabe tunisien, cela signifie : «Vous nous avez envahis par vos ordures ! »
Mohamed Oussama Houij, qui a ainsi baptisé son projet artistique, précise : «C’est ce que diraient
nos ancêtres s’ils voyaient ça.» Ce qui indigne ce jeune Tunisien, ce sont les montagnes de déchets
qui jonchent les rues de son pays : «Ils sont tellement incrustés dans le paysage que ça ne choque
même plus.» Pour alerter l’opinion, l’ingénieur diplômé en génie sanitaire convoque les
personnages de peintures orientalistes, qu’il colle sur une vue réelle, photographiée au hasard
de ses déplacements et légendée de proverbes tunisiens. Le photomontage ci-dessus emprunte
sa figure principale au Couscous en Kabylie, une huile sur toile peinte en 1879 par Jean Raymond
Hippolyte Lazerges (1817-1887). La jeune femme est transposée dans la médina de Tunis, au sol
couvert de détritus. Le dicton est le suivant : «Prépare-lui son couscous, il reprendra ses habitudes.»
Comprenez, indique l’artiste : «Chassez le naturel, il revient au galop.» Et nos rêves, à la benne ?

6 I Beaux Arts
Exposition
20 octobre 2017 ›
25 février 2018

261, boulevard Raspail 75014 Paris


fondation.cartier.com
IMAGE: MALICK SIDIBÉ, MADEMOISELLE KADIATOU TOURÉ AVEC MES VERRES FUMÉS, 1969.
COURTESY GALERIE MAGNIN-A, PARIS. © MALICK SIDIBÉ. GRAPHISME © AGNÈS DAHAN STUDIO
VU
par Marie Darrieussecq

Asad Raza
Untitled (Plot
for Dialogue),
église San Paolo
Converso,
Milan, 2017

Jeu, set et messe


L’artiste américain Asad Raza a installé un court de tennis dans une église baroque milanaise
désacralisée. Le titre de l’œuvre, Untitled (Plot for Dialogue), invite à voir l’échange de balles
comme une métaphore pacifique, sous les tableaux du XVIe siècle protégés par des filets, entre
deux statues ramasseuses de balles. Michel Serres rappelle que la religion est, selon l’étymologie,
«ce qui nous rassemble ou relie en exigeant de nous une attention collective sans relâche». Une
finale à Roland-Garros ressemble donc à un rite religieux : tous ces visages se tournant ensemble
au même moment, d’un joueur à l’autre, de set en set, sans quitter des yeux la sainte balle…
Le philosophe poursuit en disant que le contraire de la religion, c’est la négligence : même étymologie,
mais au négatif. Laisser passer les balles prend alors un tout autre sens. Regarder ailleurs. Ne pas
participer. Refuser ce collectif-là. L’indifférence, parfois plus forte que la dérision ou le blasphème.

8 I Beaux Arts
DÉCOUVRIR. APPRENDRE. S’ÉMERVEILLER.
P R O G R A M M E , I N S C R I P T I O N E N L I G N E L E C O L E VA N C L E E FA R P E L S . C O M
VU
par Auguste Schwarcz

Valérie Belin
(en collaboration
avec Isamaya
Ffrench)
Lady_Round_
Brush, 2017
https://valeriebelin.com

Grimage de synthèse
Que se passe-t-il quand deux reines de la transformation opèrent ensemble pour un projet
photo ? Connue pour ses portraits de femmes à la beauté si lisse qu’elle rappelle la froideur
terrifiante de mannequins de vitrine, l’artiste Valérie Belin a fait appel au talent d’Isamaya Ffrench,
une jeune maquilleuse britannique, pour sa dernière série, Painted Ladies. Ffrench doit
sa gloire à son approche révolutionnaire des standards de la beauté. Ses make up prothétiques
et ses body paintings déjantés enflamment les grands défilés et les magazines de mode.
Ici, les deux plasticiennes altèrent le visage des modèles, lequel devient une toile maculée
de coups de pinceau irréguliers. Jouant ainsi du rapprochement entre peinture et maquillage,
photographie et réel. Probable clin d’œil à l’hyperréalisme en art qui cherche à traduire
l’exactitude du médium photographique en peinture. On ne sait plus, désormais, s’il s’agit
d’une photographie peinte ou d’une peinture photographiée.

10 I Beaux Arts
L’ESSENTIEL FRANCE Par Françoise-Aline Blain

Jim Dine Harvest, 1984

La ville de Saint-Cyprien ajourne la mise


aux enchères de ses œuvres d’art
Jim Dine donne 26 œuvres Que vont devenir les œuvres que possède Saint-Cyprien,
commune des Pyrénées-Orientales, après l’annulation
au Centre Pompidou in extremis de leur vente ? Les collections d’art d’Asie,
d’Afrique et de tapisseries avaient été achetées
Q Il aime la France et le fait savoir ! Après avoir offert une centaine d’estampes frénétiquement par l’ancien maire de cette station
à la Bibliothèque nationale de France il y a dix ans, l’Américain Jim Dine balnéaire, Jacques Bouille, pour un musée… qui n’a
(né en 1935), pionnier des happenings dans les années 1960, a fait don jamais vu le jour (pour un coût de 10 millions d’euros).
de 26 peintures et sculptures, réalisées entre 1961 et 2016, au musée national Impliqué dans une affaire de corruption, ce dernier s’est
d’Art moderne. Cette donation exceptionnelle permet à l’artiste, selon suicidé en prison en 2009. Trois vacations de quelque
600 lots, prévues en décembre par la maison Millon,
ses dires, de «rembourser la France d’une dette culturelle et personnelle».
avaient été rendues possibles suite à une procédure
Ses nombreuses années passées à Paris lui auraient en effet donné accès
exceptionnelle de déclassement des oeuvres du domaine
à «une esthétique» qui a éclairé ses choix plastiques. En remerciement, public. Un référé introduit par l’opposition municipale
le Centre Pompidou lui consacrera une exposition à partir du 14 février. devant le tribunal administratif contre ce déclassement
a contraint à l’annulation de la vente. Armelle Malvoisin

Plus de 200 gravures de la BnF dérobées


«sous le coude» par un ex-magasinier
Il était chargé des prêts d’œuvres au département des estampes et de
la photographie de la Bibliothèque nationale de France (BnF) – un trésor
de quelque 15 millions de pièces. L’ex-magasinier a été condamné à dix-huit
mois de prison ferme pour avoir dérobé dans les réserves plus de 200 gravures
anciennes, entre 2014 et 2015. L’accusé, surendetté, a reconnu les avoir volées
en sortant avec «un rouleau ou un porte-documents sous le coude, vers 19 h 30,
quand il y avait moins de monde». Il en grattait l’estampille indiquant leur
provenance. Sur les 226 œuvres volées, la BnF en a retrouvé 178, dont 132
«gravement mutilées». Le coupable devra également payer 10 000 € d’amende André Derain
et verser plus de 90 000 € à la BnF en réparation du préjudice matériel. L’Âge d’or ou Paradis terrestre, vers 1940

12 I Beaux Arts
ENTRE USM ET VOUS,
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L’ESSENTIEL FRANCE

Une maquette en résine de Martin,


personnage du film d’animation Cars,
présentée à l’occasion de l’exposition
«Pixar – 25 ans d’animation», en 2013.

Fin de partie pour le musée Art ludique ?


Q Difficile, pour les musées privés, de survivre. Installé les fondateurs du musée, la suspension du paiement est liée
depuis 2013 à la Cité de la mode et du design à Paris, au non-respect du contrat par le propriétaire, une filiale
le musée Art ludique, dédié à la bande dessinée, au cinéma de la Caisse des dépôts, qu’ils ont assignée cet été. La raison
d’animation ou encore aux jeux vidéo, pourrait fermer en est le manque d’attractivité de la zone, en contradiction
le 7 janvier, pour cause de loyers impayés, d’un montant avec les promesses faites au moment de l’ouverture
supérieur à 600 000 €. Le 29 novembre dernier, du site. De 580 000 visiteurs, entre fin 2013 et début 2015,
le tribunal de grande instance de Paris a tranché en faveur Art ludique a en effet vu sa fréquentation chuter avec un peu
de l’expulsion. Pour Jean-Jacques & Diane Launier, moins de 350 000 visiteurs. www.artludique.com

IL L’A DIT Avis de gros temps dans la Culture


«Plus de 70 marques dans En quelques semaines, la ministre de la Culture a réussi
à cristalliser les inquiétudes autour de sa politique. Alors
le monde utilisent le nom et qu’un document de travail «provisoire» («CAP 2022»)
l’image “Chambord”. Du saumon listant des hypothèses de réforme venait de fuiter dans
la presse, Françoise Nyssen a annoncé par communiqué
en Norvège, de l’eau en qu’elle allait porter plainte contre X. Une première pour
Australie, des liqueurs, une ministre de la Culture et de la Communication. Ledit
document, très largement diffusé, rappelle furieusement
des chocolats, et l’épisode de la RGPP (Révision générale des politiques
même des cercueils ! publiques), lancée en 2007 par Nicolas Sarkozy. L’idée
Nous avons un est la même : alléger l’administration d’un ministère appelé
à se recentrer sur son pilotage stratégique. S’il prévoit un
patrimoine de marque large volet consacré à l’audiovisuel public – mis au régime
que certains pillent. sec –, le projet contient d’autres pistes, dont celle d’un
important mouvement de regroupement des musées
Ce n’est plus acceptable.» nationaux. Mais ce qui inquiète le plus les professionnels
Jean d’Haussonville, directeur du domaine porte sur les archives publiques. Leur collecte pourrait
de Chambord, qui va développer la marque Château de être à l’avenir limitée aux archives dites «essentielles».
Chambord afin de préserver son patrimoine immatériel Notion bien difficile à définir. Premiers arbitrages attendus
et dégager de nouvelles ressources financières. au mois de mars prochain. Sophie Flouquet

14 I Beaux Arts
SUR LA PLANÈTE Par Françoise-Aline Blain

ALLEMAGNE
Un faux Malevitch au musée
En 2014, le Kunstsammlung
Nordrhein-Westfalen de Düsseldorf
avait reçu de la fondation Harald Hack
une toile de Kazimir Malevitch ainsi
qu’une quarantaine de dessins
de l’artiste russe. L’œuvre, intitulée
Carré noir, carré rouge, datée de
1915, avait été évaluée entre 50 et
80 millions d’euros. Jugeant la toile
suspecte, le musée l’a fait expertiser.
Verdict : il s’agit d’un faux. Une
ALLEMAGNE ET ROYAUME-UNI
analyse au carbone 14 a révélé que le
Schiele censuré ! tableau a été peint entre 1972 et 1975.
Egon Schiele est toujours aussi sulfureux. Pour célébrer le centenaire Cette affaire n’est pas un cas isolé :
de la mort de l’artiste autrichien, disparu en 1918 à l’âge de 28 ans, la ville Malevitch est en effet le peintre russe
de Vienne lui consacre une grande rétrospective à partir de février. préféré des faussaires. En 2013, un
Or, la campagne d’affichage qui accompagne l’événement a été refusée réseau avait été démantelé
par Londres, Cologne et Hambourg car jugée trop impudique. L’office en Allemagne, en Suisse et en Israël.
du tourisme de Vienne en a donc proposé une nouvelle version. Carré noir, carré rouge,
Désormais, les corps sont barrés au niveau de leur sexe d’une bannière 1972-1975
sur laquelle on peut lire : «Désolé, âgé de 100 ans, mais toujours
trop osé. Pour tout voir, rendez-vous à Vienne.»

INDE
Menaces sur l’Art déco à Bombay
Bombay (rebaptisée Mumbai en 1995) possède,
avec Miami, l’une des plus grandes collections
de bâtiments Art déco. Un héritage menacé par
la spéculation immobilière. Pour sensibiliser
la population, un groupe de passionnés a lancé
le projet Art Deco Mumbai. L’objectif est de
recenser ce patrimoine disséminé dans la capitale
économique du pays afin d’en assurer
la préservation. L’inventaire est publié sur un site
Internet. La ville compterait au total près de
300 ouvrages de ce style qui a émergé aux
États-Unis et en Europe dans les années 1920-1930.
www.artdecomumbai.com

CHINE
Une première pour Ingres
Fermé pour travaux, le musée Ingres de Montauban présente 70 œuvres
hors les murs, en Chine. Soit 35 dessins, 15 peintures, une vingtaine
d’objets de la collection et le fameux violon. Il s’agit de la première exposition
de l’artiste montalbanais sur le continent asiatique. «Trésors d’Ingres à
Montauban» montre l’étendue de son œuvre et dévoile son processus créatif.
Pékin, Tianjin puis Hangzhou accueilleront ces pièces jusqu’au 15 juillet.

ITALIE
Michel-Ange n’est plus à vendre
Du caleçon au cendrier, on ne compte plus les objets reproduisant
David de Michel-Ange, l’un des symboles de la Renaissance italienne. Mais
ça, c’était avant. Une décision de justice vient en effet d’interdire l’utilisation
de son image à des fins commerciales. Désormais, les entreprises
européennes devront en faire la demande auprès de la Galerie des Offices
à Florence, qui conserve l’œuvre, et payer des droits de reproduction.
«Une décision historique et une victoire pour l’ensemble du secteur du
patrimoine culturel italien», a déclaré la direction du musée.

16 I Beaux Arts
JOSH SPERLING Lovey Dovey, 2017. Acrylic paint on canvas and plywood. 96.5 × 86.4 cm 38 × 34 in.

NEW YORK LOWER EAST SIDE PARIS MARAIS HONG KONG CENTRAL SEOUL JONGNO-GU TOKYO ROPPONGI

HANS HARTUNG JOHAN CRETEN IZUMI KATO LIONEL ESTEVE HERNAN BAS
JANUARY 12 – FEBRUARY 18 JANUARY 10 – MARCH 10 JANUARY 19 – MARCH 17 JANUARY 24 – MARCH 10 JANUARY 18 – MARCH 11

JEAN-MICHEL OTHONIEL JOSH SPERLING KAWS LESLIE HEWITT KAWS


MARCH 3 – APRIL 15 JANUARY 10 – FEBRUARY 24 MARCH 26 – MAY 19 MARCH 21 – MAY 5 MARCH 22 – MAY 12

ARTIE VIERKANT LEE BAE


MARCH 3 – APRIL 15 MARCH 17 – MAY 26

MATTHEW RONAY
MARCH 17 – MAY 26

PAUL PFEIFFER
MARCH 17 – MAY 26
L’ESSENTIEL MONDE

le sujet est complexe. Par ailleurs, toutes les œuvres


conservées dans les musées ne sont pas issues
de pillages», précise Didier Claes. Actuellement,
la principale revendication africaine concerne
les trésors royaux d’Abomey, pillés par l’armée
française à la fin du XIXe siècle. Le 26 août 2016,
le Bénin a adressé à la France une demande
officielle de restitution de 5 000 objets
conservés notamment au musée du quai Branly,
à Paris. Demande rejetée en mars 2017.
En novembre, c’était au tour de la Côte d’Ivoire
d’envoyer une requête à Emmanuel Macron.

Vers de nouvelles formes de cogestion


des collections ?
Pour l’heure, côté français, on ne souhaite guère
réagir à l’annonce présidentielle. Contacté,
le ministère de la Culture n’a pas donné suite.
Stéphane Martin, le président du musée
du quai Branly, parle, lui, de dialogue
et de coopération. «Se limiter à des restitutions
éclatées ne va pas changer la situation.

Restitutions d’œuvres : Si on veut aller de l’avant et sortir des revendications


symboliques et moralisantes, il faut, comme

la France s’engage l’a dit le Président Macron, construire un nouveau


partenariat culturel et scientifique avec l’Afrique.
La création d’une institution multinationale
Fin novembre, lors d’un discours à Ouagadougou, sur le territoire africain pourrait en être le point
Emmanuel Macron a rouvert le dossier brûlant des de départ. Mais cela prendra du temps.»
restitutions des œuvres d’art à l’Afrique. Didier Claes va dans le même sens : «Je défends
un retour des œuvres en Afrique, mais soyons
annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre. réalistes, on ne peut pas les restituer toutes.

L’ Le 28 novembre, lors de sa tournée en Afrique


de l’Ouest, le Président créait la surprise
en se prononçant pour des «restitutions temporaires
La solution passe par de nouvelles formes de
cogestion des collections, d’échanges scientifiques,
de prêts à long terme ou encore la construction
ou définitives du patrimoine africain», d’ici à cinq ans. de nouvelles institutions. Pourquoi pas une antenne
Jusqu’à présent, les autorités françaises s’opposaient du musée du quai Branly, par exemple ?» On le voit,
à ces demandes, mettant en avant «des principes le sujet est loin d’être épuisé. D’autant que, selon
juridiques d’inaliénabilité et d’imprescriptibilité». des spécialistes en droit du commerce de l’art,
Le discours de Ouagadougou rompt ainsi avec il faudrait pour mener à bien ces restitutions
celui de ses prédécesseurs. «Pour nous, il s’agit changer la loi française. Pourtant, depuis 2013,
d’une décision historique. Nous le demandions comme le rappelle le Cran, il existe une procédure
CI-DESSUS
depuis 2013», précise Louis-Georges Tin, président beaucoup plus rapide, «il suffit pour cela de saisir
Moulage par
Georges Waterlot du Conseil représentatif des associations noires la Commission scientifique nationale des collections,
d’un bas-relief de France (Cran). Très engagé sur ces questions, dont la mission est justement de déclasser
de l’ajalala (salle le galeriste belgo-congolais Didier Claes évoque ou de céder des biens culturels». Dans l’immédiat,
de réception) du roi quant à lui «un discours fracassant». C’est en effet Louis-Georges Tin a demandé la création
Glèlé (1848-1889) la première fois qu’un président français aborde «d’une commission mixte, comprenant
Le génie Alantan gbobô, des représentants de la France, des États africains
directement le sujet, ultra-sensible il est vrai.
qui a la propriété
de tout ruiner, Aujourd’hui, ce sont plus de 90 % des œuvres et des sociétés civiles, afin que la restitution puisse
est un oiseau fabuleux d’art africain qui sont conservées hors d’Afrique. se faire dans les meilleures conditions». F.-A. B.
auquel s’identifie L’enjeu est donc à la fois identitaire, patrimonial
ici le souverain
d’Abomey (Bénin).
et économique. «L’Afrique a été dépossédée
1926, plâtre, bois, filasse
de la quasi-totalité de son patrimoine. Elle ne peut
et pigments, 75,5 x 71 x 17,5 cm. avancer si l’on prend en otage son passé. Cependant,

18 I Beaux Arts
ARCHITECTURE Par Philippe Trétiack

de jongler avec les mètres carrés. Libres à eux de


Snøhetta, cas d’école diviser, subdiviser les locaux. Ils ne s’en sont pas
privés, et désormais la machine a des allures de souk.
Très active en France, où elle a conçu notamment Ils ont placé en façade non pas les bureaux de
l’administration, comme cela se fait si souvent,
Lascaux IV et le futur quartier Lumières Pleyel, mais d’autres ateliers. Toute l’école est pensée pour
l’agence Snøhetta vient de bâtir en Norvège que les disciplines (peinture, photo, textile, design,
une école d’art qui attire déjà comme un aimant. musique…) se télescopent et s’interpénètrent.

Analyse d’une architecture surdouée et low cost. Tout ce qui s’expose brut se révèle sensuel
Enfin, les matériaux ont enfoncé le message
n joyeux bordel» : le compliment

«U
d’une architecture certes low cost, mais toujours
a surpris les professeurs de la KMD, haut de gamme. Le bois du sol, par exemple, accepte
la toute nouvelle école d’art de Bergen, les clous. Qu’on les en arrache et voici que le bois,
au sud-ouest de la Norvège. Ils n’en espéraient pas miracle, se rétracte et se referme. Les magnifiques
tant. Mais que le bâtiment tout juste achevé par boîtes de verre en porte-à-faux qui cadrent si bien
Snøhetta ait su produire en quelques semaines le paysage sont équipées de rambardes de métal noir,
cette atmosphère débridée, tout à la fois hyper- sans autre objet que de vous pousser à vous y
technologique et beaux-arts, relève bien de l’exploit. accouder. Les rampes d’escalier, elles aussi en métal,
À première vue pourtant, rien de bien excitant dans sont agréables au toucher. Tout ce qui s’expose brut
cette boîte de métal et de verre. Posée en périphérie se révèle sensuel. Conséquence, cette école, créée
de la ville, face à la mer, elle s’arrime à un plan en 1772, fait concurrence aux meilleures institutions.
simple, lui-même articulé autour d’un vide géant Trois cent cinquante étudiants du monde entier
ceinturé d’étages. Ici et là, quelques baies vitrées s’y retrouvent. Et le public est invité à y découvrir
en porte-à-faux offrent une vue sur la montagne de belles séquences : la cafétéria, la bibliothèque
toute proche. Du classique ? Non, car la machine et son mobilier, et surtout la façade de métal tout
est un incubateur d’innovations. en panneaux d’aluminium traité pour résister
à l’abrasif vent salin. Sous cette peau étincelante,
Une mécanique de théâtre l’école miroite dans la lumière… quand il y en a.
Pour commencer, les architectes ont offert à l’école À Bergen, l’hiver, il fait nuit, et, l’été, c’est l’inverse.
une vaste plateforme d’exposition. D’une hauteur On sait que les actionnaires du quotidien le Monde
de 27 mètres, ce vide central sert à tous les ont choisi l’agence Snøhetta pour édifier leur futur
accrochages. Une mécanique de théâtre en décuple siège à Paris, avenue de France. Le bâtiment
les potentialités. «En triturant les règlements, les de Bergen prouve qu’ils ont eu raison, et si demain
architectes nous ont offert cet espace gigantesque le Monde est un joyeux bordel, on s’en félicitera.
que le programme ne prévoyait pas», se réjouit la
directrice de l’établissement, Anne-Helen Mydland. Kunst Musikk Design (KMD) Université de Bergen (UiB)
Ensuite, ils ont donné aux étudiants la possibilité Møllendalsveien 61 • Norvège • https://kmd.uib.no

20 I Beaux Arts
ARCHITECTURE

Adossé au périphérique, porte de Clichy, le nouveau tribunal de Paris – qui vient de valoir
Raide comme la justice ? à Renzo Piano le prix de l’Équerre d’argent – culmine à 160 mètres. Pour éviter la verticalité
Palais de justice de Paris • avril 2018 monumentale de la tour et loger les 100 000 m2 du programme, l’architecte a décomposé
Renzo Piano Building Workshop le volume en blocs superposés. Ce geste, qui permet de créer des terrasses végétalisées
sur chacun des niveaux, favorise en outre la performance bioclimatique de l’édifice.

Jouer à bloc le décalage


Tribunal, école nationale d’architecture
ou bibliothèque publique, tous les
prétextes sont bons pour en finir avec
les structures monolithiques. Entre
Tetris, Rubik’s Cube et Lego, focus sur
trois bâtiments archiludiques.

Colombages d’acier
École nationale d’architecture de Strasbourg
2014 • Marc Mimram
Construite sur une parcelle d’angle en plein centre-ville,
l’extension de l’École nationale d’architecture de Strasbourg
se présente comme un empilement de plusieurs parallélépipèdes
de verre. Cet agencement dynamique des volumes multiplie
les dialogues visuels entre le bâtiment et son environnement.
La transparence laisse apparaître les poutres en treillis de la
structure, dont le motif évoque les colombages strasbourgeois.
Au rez-de-chaussée, espaces d’accueil et d’exposition sont logés
dans un large socle vitré ouvert sur la ville.

22 I Beaux Arts
Par Céline Saraiva

Désordre de livres empilés


Halifax Central Library (Canada)
2014 • Schmidt Hammer Lassen
La bibliothèque d’Halifax, au Canada, se profile en quatre grands
volumes rectangulaires savamment décalés. À leur sommet,
une terrasse offre un panorama unique sur la ville. Pensée comme
un centre culturel ouvert et accessible à tous, son architecture a
privilégié le verre pour favoriser les connexions avec le cadre urbain
et l’afflux de lumière naturelle au sein des espaces intérieurs.

Beaux Arts I 23
DESIGN L’OBJET CULTE Par Pierre Léonforte

arseille, boulevard Michelet, 1952.

M Le Corbusier achève le chantier


expérimental de la Cité radieuse, ébauché
en 1947. Perché sur 17 portiques de béton armé,
le vaisseau abrite 334 logis, une galerie marchande,
une école, un gymnase… Surnommé «la maison
du fada», le bâtiment, alors très excentré, est cerné
d’un vaste terrain tracé de parkings et d’allées d’accès.
Leur éclairage sera jalonné par une série
d’imposantes bornes lumineuses en béton profilées
comme des bittes d’amarrage tronçonnées à vif.
Pièce de mobilier urbain par essence, la Borne
béton de Le Corbusier a longtemps été ignorée
La Cité radieuse des collectionneurs pour n’avoir jamais été produite/
photographiée
par Lucien Hervé éditée commercialement. Jusqu’à il y a dix ans,
en 1952. quand la galeriste berlinoise Karena Schuessler
en a présenté deux, originales, en son espace de
La Borne béton, 1952 Charlottenburg (aujourd’hui fermé). Fondée à Milan
en 1993, la firme d’éclairage de pointe Nemo édite

Dépasser les bornes depuis 2012, en partenariat avec la fondation


Le Corbusier, une douzaine de luminaires du maître,

avec Le Corbusier dont la lampe Marseille, l’Escargot, les Projecteurs


165 et 365, et, depuis deux ans seulement, la Borne
béton. Réalisée en ciment et finie main, éclairage
Conçue en 1952 pour éclairer la Cité radieuse led ou halogène, la BB est proposée en deux poids
à Marseille, la Borne béton est rééditée par Nemo deux mesures – 53 kg (h. 50 cm) et 13,5 kg (h. 31 cm) –,
et deux usages, extérieur / intérieur. Quant aux
en ciment et en deux tailles, pour un usage prix de la natural born béton, ils vont du simple
tant intérieur qu’extérieur. Une pépite brute. au double, de 580 à 1 280 €. www.nemolighting.com

24 I Beaux Arts
DESIGN TENDANCE Par Pierre Léonforte

Le style Madame Claude


Velours, marbres, fourrures, verre fumé, luxuriance et volupté : exhumée des années 1970,
la tendance déco-design actuelle se réclame d’un univers fantasmé plongé dans le luxe et
le lucre. Madame Claude ou les vices et vertus du style néo-mondain.

trop nouer des relations incestueuses avec contemporaine. Récupérateurs de cadavres exquis,

À tout ce qu’il touche, le design fait à nouveau


le lit d’une tendance décorative qui fit florès
dans les années 1970 et qui eut alors le bon goût
les Dimore peaufinent leur relecture du genre, très
vite ultra-copié, tandis que Paris reprenait la main
et ses esprits avec une génération gotha-gratin menée
de ne porter aucun nom. Abondamment illustrée par Joseph Dirand, Chahan Minassian, Pierre
par des ouvrages comme Interior Architecture and Yovanovitch, Isabelle Stanislas, Tristan Auer, Elliott
Decoration (1974) dirigé par Alain Demachy, qui Barnes. Appartements, restaurants, négoces, cafés,
comptait parmi ses clients les Rothschild et Brigitte hôtels, chalets, sièges sociaux : leurs terrains de
Bardot, cette tendance superlative encourageait jeux sont multiples. Leur répertoire, revendiqué
l’introduction d’un fauteuil Knoll de Warren Platner éclectique, est truffé d’effets satinés, de matités
bardé de velours jaune poussin dans un salon luisantes, de superficialités profondes et d’oxymores
haussmannien laqué vert émeraude, ou l’injection de à gogo. L’adresse manifeste pourrait être le nouvel
chauffeuses Barcelona de Marcel Breuer coussinées hôtel Maison Nabis, rue de Parme, à Paris. Pour le
de rose poudré sur fond de géométries textiles. meilleur, cela dit, car il existe un pire en la matière.
Concentré par exemple à Paris dans les murs de
Canapés en velours mordorasse l’hôtel Hoxton, rue du Sentier, caricature navrante
Surgi après la rapide péremption du plastic-pop des du genre car le cool s’en est mêlé. Avec ses canapés
sixties, ce courant de déco, fort prisé, fut celui d’une en velours mordorasse à frangeouilles et son mobilier
certaine bourgeoisie habillée YSL qui se jettera faux-cosy, l’ensemble empeste la poussière. Ne manque
ensuite sur les luxueuses rectitudes années 1980 de plus que le couvre-téléphone en velours galonné.
Christian Liaigre. Il en est resté une faille longtemps
boudée dans laquelle se sont engouffrés voilà peu Lupanar chic
des dizaines de jeunes designers, artistes, antiquaires Nous appellerons cette ligne décorative de haute volée
et éditeurs. Le mérite, roué, en revient à Britt Moran le style Madame Claude. Revoir Madame Claude,
Salon de l’hôtel Maison et Emiliano Salci, duo fondateur de Dimore Studio, le film de Just Jaeckin tourné en 1977, avec Françoise
Nabis, rue de Parme, à Paris. signature-star milanaise de la décoration Fabian dans le rôle-titre, ne peut que confirmer cette
évidence. L’affiche, déjà :
une fille nue en fourrure
lovée dans l’immense
fauteuil pivotant Elda de
Joe Colombo, cuir rouge
de rigueur. Le film, nanar
absolu, sinue ensuite
entre laques noires glossy,
papiers peints ondulants
et argentés, verre fumé,
seins nus, marbres, laiton,
coussins soyeux, velours,
luminaires pop tardif
et art contemporain.
Sans oublier les canapés
jonchés de fourrures.
Madame Claude. Son
business fut florissant.
La tendance est, elle,
zénithale, et cartonne
sur Instagram. On n’en
fera pas un film.

26 I Beaux Arts
DESIGN

Constance Guisset fait son show


ortée par une énergie hors du commun, Constance Guisset s’est imposée en dix ans

P
«Constance Guisset
comme l’une des actrices incontournables du design français. Son goût pour la couleur, Design, actio !»
jusqu’au 11 mars
la narration et le mouvement caractérise un travail qui a su séduire le public comme Les Arts décoratifs
les éditeurs et les institutions. Elle aime prendre des risques, s’essayer à de nouvelles 107, rue de Rivoli
expériences, sauter les frontières. Elle l’a récemment montré au musée Fabre de Montpellier 75001 Paris
01 44 55 57 50
où elle a transformé son exposition en pièce de théâtre, et à la fondation Cartier, à Paris,
www.lesartsdecoratifs.fr
pour laquelle elle a conçu l’excellente scénographie de l’événement «Malick Sidibé – Mali
Twist» (à voir jusqu’au 25 février). Elle investit aujourd’hui les Arts décoratifs en nouant
des collaborations inédites avec des plasticiens et des musiciens. À l’occasion de cette
rétrospective, Beaux Arts vous propose une sélection de ses objets.

Leviosa
Constance Guisset Studio • 2007-2016
Voici une étonnante suspension en verre marbré dont l’interrupteur
sphérique en polyamide est en lévitation sous la source de lumière.
Pour l’éteindre, il suffit d’en éloigner la sphère. Constance Guisset
a conçu cette pièce il y a dix ans dans le cadre de son projet de diplôme
fondé sur l’illusion et la surprise. Elle la revisite aujourd’hui dans une
édition limitée à 20 exemplaires.
14 200 € • www.constanceguisset.com

Sol
Molteni&C • 2012
Une forme asymétrique et des lignes qui semblent envelopper celui
qui s’y love donnent une illusion de mouvement, même à l’arrêt.
Conçu aussi bien pour l’intérieur que l’extérieur, ce fauteuil à bascule
léger et graphique se compose de deux feuilles d’aluminium découpées
au laser. Disponible en quatre coloris.
À partir de 2 569 € HT • www.molteni.it

Ankara
Matière grise • 2009
C’est un projet d’aménagement pour le café de l’Institut français d’Ankara qui a donné
naissance à cette vaste collection de mobilier en métal : six modèles de tables, trois suspensions,
deux tabourets. Elle se caractérise par un dessin de plissé décliné en piétements et abat-jours
de divers diamètres. Onze coloris disponibles.
De 390 € à 1 144 € • www.matieregrise-decoration.fr

28 I Beaux Arts
Par Claire Fayolle

Vertigo Emblématique du travail de Constance Guisset, la «lampe cabane» est un projet qu’elle a développé
Petite Friture • 2005-2010 à l’École nationale supérieure de création industrielle (Ensci-Les Ateliers). Éditée quelques années
plus tard, elle permet d’habiller un lieu et de créer un espace dans l’espace. La structure ultralégère
en fibre de verre est mise en tension par des rubans en polyuréthane.
835 € (grand modèle Ø 200 cm) • www.petitefriture.com

Super Super
Prototype • Leblon Delienne • 2017
Contactée par l’atelier de sculpture Leblon Delienne spécialisé
dans les sculptures, les figurines et le mobilier issus de l’univers
de la pop culture (cinéma, bande dessinée, jeux vidéo…),
Constance Guisset a imaginé des portemanteaux à une ou trois
patères dont la forme évoque la cape des super-héros.
Ils devraient être commercialisés début 2018.
https://leblon-delienne.com

Funambule
Prototype • 2008

Finaliste du premier prix Émile Hermès,


l’objet transforme les couverts en sculpture.
Les voici qui forment un délicat stabile
en équilibre sur le porte-couteau. Pour les Conversation
assembler, il suffit de glisser les manches Avec le soutien des Audi Talents Awards • 2014
de la fourchette et de la cuillère dans
les deux fentes de la lame prévues à cet Cette pièce appartient à un ensemble de Trois Conversations dessinées
effet. Les couverts sont en laiton traité pour le Palais de Tokyo à la demande de son président, Jean de Loisy.
avec une patine. Espaces de pause, de rêveries, elles ont accueilli le public pendant près
www.constanceguisset.com de deux ans et demi sous leur baldaquin de sangles colorées.
www.prixemilehermes.com Pièce unique • www.constanceguisset.com

Beaux Arts I 29
LIVRES

L’histoire de l’art aux rayons X


est une

C’ histoire sans
fin, vieille
comme le monde, et
une source intarissable
d’inspiration pour les
artistes : le sexe est
partout dans l’histoire
de l’art. À Pompéi
d’abord, dans la maison
du Faune, où un satyre
et une nymphe de
mosaïque s’adonnent
L’Art de l’érotisme à des jeux sensuels.
par Rowan Pelling
éd. Phaidon • 272 p. • 75 € Sur les murs du temple
indien de Kandariya
Mahadeva aussi, où
des couples amoureux
s’entrelacent de mille
manières. Dans
le Jardin des délices
du génie flamand
Jérôme Bosch (1450-
1516) où les personnages
se vautrent dans
la luxure, ou encore sur
une gravure du maître
de l’estampe Hokusai,
le Rêve de la femme du Betty Tompkins
Sex Painting #3, 2013
pêcheur, impressionnant
cunnilingus avec une pieuvre… Autant de visions offertes chez Nan Goldin ou Hockney, des fleurs
voluptueuses à retrouver dans cet ouvrage tout entier évanescentes chez Georgia O’Keeffe. Un livre libertin
dévolu à l’art érotique. Un domaine que les temps de bout en bout, jusqu’à la couverture pour le moins
modernes et contemporains vont renouveler en équivoque : un interstice dans lequel il faut glisser
revenant à l’essentiel : attributs sexuels réduits à leurs les doigts pour accéder aux œuvres. Il fallait oser…
Wolfgang Tillmans formes symboliques élémentaires chez Miró, une Après tout, comme l’aurait dit Picasso : «L’art
The Cock (Kiss), 2002 fente chez Fontana et Anish Kapoor, plutôt des fesses et la sexualité c’est la même chose.» Daphné Bétard

Toutes les clés du succès en BD avec subtilité et au soin accordé à chacune de ses chutes
Comment une bande dessinée accède-t-elle au rang de – ou comment créer à la fin de chaque page un certain
classique indémodable ? De Zig et Puce à Jimmy Corrigan suspens qui donne irrésistiblement envie de poursuivre.
en passant par Tintin, Gaston Lagaffe, Maus, les Frustrés Dans un style radicalement différent, si le Lone Sloane
ou Akira, Vincent Bernière, notre confrère et guide en de Philippe Druillet (avec Jacques Lob & Benjamin Legrand)
la matière, décrypte avec la complicité de divers spécialistes continue de nous fasciner, c’est parce que ce génial
22 bandes dessinées mythiques. Aussi apprend-on que dessinateur a su faire exploser les codes de la planche
le Lotus bleu ne doit pas sa bonne fortune au seul trait virtuose pour la réinventer (terminé les petites cases, place
d’Hergé, mais aussi à la documentation rigoureuse à la fulgurance de dessins sans fin) en se nourrissant
(essentielle pour faire émerger une réalité factuelle et capter d’autres formes artistiques, du peintre Arnold Böcklin
l’attention du lecteur) sur laquelle il s’appuie, à sa capacité au graveur M. C. Escher. D. B.
à témoigner de son temps (l’auteur doit savoir parler 9 Les Secrets des chefs-d’œuvre de la BD
de son époque), au comique de répétition qu’il manie sous la dir. de Vincent Bernière • Beaux Arts Éditions • 320 p. • 29 €

30 I Beaux Arts
Jean-Baptiste Bernadet
Hors Saison
-DQXDU\ȗŞ
ȗFebruary 24 ,2018
LIVRES

Fahrenheit 451’s Comic The Day My Mother


par Francesc Ruiz Touched Robert Ryman Josef Koudelka,
éd. Les Presses du réel par Stefan Sulzer photographe de la fin d’un monde
8 p. • 15 € éd. Taube • 168 p. • 12 €
Ciel de suie, horizon hérissé de cheminées d’usines, chaos
de barils, boue à perte de vue, végétation morte. Où mènent
Prix Bob Calle du livre d’artiste : ces déserts d’acier, ces rails étincelant dans le charbon de
1re édition et déjà deux lauréats l’image? Là où seul un ermite comme Josef Koudelka est prêt
Créé en hommage au collectionneur d’art contemporain disparu en 2015, à s’aventurer. Dans un éternel hiver, des paysages postindustriels
le prix Bob Calle du livre d’artiste, s’est montré généreux en décernant dont même l’homme a fini par s’absenter, mais que lui n’a
son prix non pas à un mais à deux ouvrages. Fahrenheit 451’s Comic est cessé de parcourir et de cadrer au format panoramique depuis
un ovni éditorial, une tentative de reconstitution d’une BD apparaissant sa participation à la mission photographique de la Datar,
quelques secondes au début du film Fahrenheit 451 de François Truffaut, en 1986. De son pays natal (République tchèque) à la France
lui-même adapté du roman éponyme de Ray Bradbury. Touchant et jusqu’aux États-Unis ou l’Azerbaidjan, Koudelka a sélectionné
et original, The Day My Mother Touched Robert Ryman est un récit dans et réuni 40 de ces no man’s lands, hier encore peuplés
lequel l’auteur raconte la visite de sa mère à la Dia Art Foundation par des foules d’ouvriers, dans un grand album édité par
de New York pour voir les peintures blanches de Ryman ; une lecture Xavier Barral. Un livre de solitude, de mémoire, de désespoir,
très personnelle de l’œuvre du peintre qui interroge aussi la réception de toute beauté. Natacha Nataf
émotionnelle de l’art. D. B. Koudelka – Industries Textes bilingues de François Barré
et François Hébel • éd. Xavier Barral • 102 p. • 55 €

L’art à deux, c’est mieux


«C’est le doute de l’incomparable, c’est la douleur de la division, le désespoir
de la marche du temps, la conscience amère de l’impossibilité de fixer
l’instantanéité suprême. C’est la plénitude du repos, la négation du devoir.
[…] C’est le ciel qui ouvre ses grands bras pour vous couvrir de son bleu
profond.» Tels sont les mots de Gala, la muse et amante de Dalí, dans ses
Carnets intimes en réponse à la question «Qu’est-ce que l’amour (fou) ?».
Ces mots pourraient introduire chacune des passions décrites ici, unissant
devant l’Éternel artistes, égéries, épouses et amants – Édouard Manet
et Victorine Meurent, Egon Schiele et Wally Neuzil, Marc Chagall et Bella
Rosenfeld, Man Ray et Kiki de Montparnasse, Francis Bacon et George Dyer,
Marina Abramović et Ulay... Pour le meilleur et pour le pire. D. B.
9 Amours fous, passions fatales – Trente vies d’artistes
par Alain Vircondelet • Beaux Arts Éditions • 224 p. • 29 €

Néo Géo
Qui connaît le lieutenant Marc Audebert, mort au front Élégamment calligraphié à la plume, accompagné
le 27 octobre 1914 ? Personne, et c’est normal : de schémas aquarellés et de descriptions d’expériences,
il n’était dans la vie civile qu’un modeste instituteur ce formidable et subjectif cours de géographie, est
de Marcilly-sur-Maulne, village de la campagne à mi-chemin entre le manuel scolaire et la leçon de vie,
tourangelle, emporté comme tant d’autres par la animé d’un seul credo : instruire en intéressant.
tourmente de la Grande Guerre. Pourtant, il a laissé Sophie Flouquet
derrière lui un ouvrage singulier, sa Géographie Géographie générale
générale, qui fait l’objet d’une étonnante édition inédite. par Marc Audebert • éd. Allia • 176 p. • 19 €

32 I Beaux Arts
CINÉMA Par Jacques Morice

RÉTROSPECTIVE
Samuel Fuller, cinéaste soldat
Journaliste dans sa jeunesse et soldat durant
la Seconde Guerre mondiale, Samuel Fuller
(1912-1997) s’est largement inspiré de ses
expériences vécues pour nourrir son cinéma
de l’électrochoc, ambigu, chaotique, mais
toujours salutaire. Du western (J’ai tué
Jesse James) au film de guerre (Au-delà de
la gloire), du film noir (le Port de la drogue)
au thriller bouleversant (Police spéciale),
il est l’un des réalisateurs américains qui
ont le mieux représenté la violence, en
observateur éclairé des maux de la société.
«Samuel Fuller» du 3 janvier au 15 février
Cinémathèque française • 51, rue de Bercy
75012 Paris • 01 71 19 33 33 • www.cinematheque.fr

REPRISES EN SALLES
Une star en petite robe noire
Peintre à l’univers postapocalyptique, Beksiński sera victime d’un crime effroyable en 2005, à 75 ans.
Brillance et trivialité, charme vaporeux,
vague à l’âme… Ce bijou de Blake Edwards,
évocation de caractères et déambulation
L’Apocalypse joyeuse à travers New York, reste un modèle
de comédie sentimentale sophistiquée.
d’un peintre de Varsovie Pour la grâce piquante d’Audrey Hepburn,
pour ses moments d’émotion tout à fait
surprenants, pour son sens de l’esthétique
Trop folle pour être fictive, la vie de Zdzisław Beksiński, (costumes, couleurs, etc.), le film mérite
artiste polonais connu pour ses toiles peuplées de zombies vraiment d’être revu sur grand écran.
Diamants sur canapé (1961)
et de monstres, fait l’objet d’un premier film ahurissant. de Blake Edwards • à partir du 17 janvier

mpossible de trouver vie d’artiste moins glamour que celle-là. Zdzisław

I Beksiński crèche avec sa femme dans une cité glauque de Varsovie qui sent
le rat crevé. Leur fils, à moitié barge, vit dans l’immeuble d’en face et passe
souvent pour se plaindre ou faire des crises. Les parents, aimants, s’occupent
par ailleurs de la grand-mère, moribonde. Un quotidien plutôt sinistre mais
qui n’empêche nullement le chef de cette tribu dysfonctionnelle de garder
le sourire, d’être enthousiaste, curieux, plein d’appétit – il ne mange pas, il bâfre.
Mais, au fait, qui est ce Beksiński ? Un inconnu (ou presque) en France, une
sommité en Pologne, auteur de toiles postapocalyptiques et postsurréalistes,
crépusculaires, peuplées de zombies, squelettes ou autres créatures fantastiques.
Du Dalí macabre, croisé avec Lovecraft.

Vidéaste compulsif dans les années 1980


Loin du jeune dingo de fantastique ou gothique à crête auquel on s’attend,
Beksiński avait une tête de Monsieur Tout-le-monde. Il pratiquait aussi
la photographie, la sculpture, la vidéo – à partir des années 1980, il enregistre
tout (enterrements, visites…) de manière compulsive. Dans le film, on ne le voit
jamais peindre, mais on baigne dans son environnement, une bulle hors
de laquelle il ne sort quasiment pas. The Last Family, premier film de Jan P. Mi-croqueuse de diamants, mi-chatte de gouttière :
Matuszyński, est un huis clos asphyxiant, mais rendu captivant par l’énergie Audrey Hepburn dans l’un de ses meilleurs rôles.
aussi vitale que mortifère qui lie cette singulière triade filmée sur près
de trente ans. Comptent ici tout autant l’artiste que sa femme, figure sacrificielle, Javier Bardem, tueur fou du désert
et leur fils, agité du bocal, DJ et animateur radio devenu célèbre pour avoir Un psychopathe perruqué et fardé qui tue
fait connaître la new-wave – entendre ici Yazoo et Ultravox participe à l’incongruité comme un picador, un shérif fatigué, un
totale du film. Après la mort de sa femme et le suicide de son fils, Beksiński cow-boy loser confronté à la chance de sa vie…
a continué à vivre tout seul dans ce même appartement, où il a fini un jour En 2008, les frères Coen frappaient très fort
par être assassiné de 17 coups de couteau. Jusqu’au bout, la vie de cet olibrius avec ce western baroque des temps modernes,
réunissant terreur, grotesque et mélancolie.
à lunettes aura été aberrante.
Le tout sur fond de Texas transcendé.
No Country for Old Men (2008)
The Last Family de Jan P. Matuszyński • en salles le 17 janvier de Joel & Ethan Coen • à partir du 27 décembre

34 I Beaux Arts
e a v e c
r g e r i
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vi s i t r i e - a n
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SPECTACLE & MUSIQUE

PLAYLIST D’ARTISTE

Le top 5
de Gerald Petit
Par Judicaël Lavrador

Du fond de ses dernières toiles, des volutes


de couleurs subtilement iridescentes s’élèvent
pour transpercer une surface d’un noir opaque.
Les peintures de Gerald Petit, né en 1973, nimbent
ainsi la tradition de l’abstraction d’une mélancolie
soyeuse, dont sa bande-son répercute l’écho.
Un blues pictural qui s’actualise dans une autre
série de toiles [ill. ci-dessous] mettant en scène
des mains qui se saisissent, s’effleurent, se
tendent vers les spectateurs, avant de disparaître
dans l’épaisseur tourmentée de ses peintures.

Curtis Harding
The Ghost of You (2017)
«C’est un condensé de mes amours
musicales, d’une sève née en 1973
et que mon ami Shawn Lee incarne
merveilleusement, en toute complicité.»

Berlioz dynamité Alabama Shakes


Don’t Wanna Fight (2015)
«La BO de mes soirs sans fin,
par Terry Gilliam de mes ciels ténébreux, de mes
séances d’atelier où seule
Benvenuto Cellini, l’opéra de Berlioz inspiré de la vie la peinture comptait, et ce tempo pour tenir.»
dissolue du sculpteur de la Renaissance et mis en scène Philémon Cimon
Soleil blanc (2014)
par un ex-Monty Python ? À réserver d’urgence ! «Une échappée belle, tout l’inverse
de mon terreau musical.
histoire a mal démarré quand, en 1838, Hector Berlioz propose au public

L’ parisien son tout premier opéra. Son sujet : la vie dissolue, à la limite
de la délinquance, de l’orfèvre et sculpteur Benvenuto Cellini (1500-1571),
le «maudit Florentin», qui œuvra au service du pape Clément VII, de la famille
Le coup de foudre pour cette voix,
cette langue et le crépuscule des images.»
Prince • Erotic City (1989)
«Un des meilleurs morceaux du
Médicis et de François Ier – lequel rêvait de le retenir à Fontainebleau au sein
monde, inusable et incunable. George
de son «écurie» d’Italiens. Pour composer son opéra, avec les librettistes
Clinton, père du funk, ne s’y est pas
Léon de Wailly et Auguste Barbier, Berlioz puise son inspiration directement
trompé, qui reprit Erotic City en 1994.»
à la source, celle des mémoires de l’artiste. Il en retient son impossible histoire
d’amour avec Teresa, promise à Fieramosca, piètre artiste officiel, quand Alain Bashung
le génie Cellini peine à achever un monumental Persée commandé par le pape… Le Pianiste de l’Éden (1977)
«Mon héros blanc, la classe du spleen,
Insistant sur le caractère borderline de son héros, Berlioz en tisse une savante
le menteur sublime. Premier album,
trame d’intrigues et de coups fourrés sur fond de passion artistique et amoureuse.
suivi de longues nuits blanches…»
Las ! Trop complexe du point de vue vocal et instrumental, trop long, plus
proche de l’opéra-comique que des mises en scène classiques, faisant intervenir Playlist à écouter sur… www.beauxarts.com
un pape et donc censuré... L’opéra fait un flop et le livret est remisé jusqu’à
ce que Franz Liszt ne le reprenne à Weimar, une quinzaine d’années plus tard.
SON ACTUALITÉ
Un show jubilatoire et haletant «Séquence 67 / Intérieur nuit» jusqu’au 6 janvier
Galerie Triple V • 24, rue
Ambiance tout autre désormais avec cette version du réalisateur de Brazil Louise Weiss • 75013 Paris
ou de Las Vegas Parano, déjà présentée avec succès à Londres et à Amsterdam. 01 45 84 08 36 • www.triple-v.fr
Maîtrisé au cordeau par un Gilliam capable d’appuyer à fond sur la veine «Le divan des murmures»
jubilatoire et vaudevillesque du texte, ce Cellini en devient un spectacle total jusqu’au 26 décembre
Frac Auvergne
au rythme endiablé, servi par des performances vocales ahurissantes, 6, rue du Terrail
un chœur et un orchestre pléthoriques, le tout dans un fascinant décor 63000 Clermont-Ferrand
en grisaille, inspiré des gravures de Piranèse. Soit un opéra dont la démesure 04 73 90 50 00
fait basculer les spectateurs dans une atmosphère haletante de carnaval. www.frac-auvergne.fr

Un moment de pure folie créative. Sophie Flouquet


CI-CONTRE
Benvenuto Cellini d’Hector Berlioz du 20 mars au 14 avril • Opéra Bastille • www.operadeparis.fr Sans titre (Fondling,
Avant-première le 17 mars, réservée aux moins de 28 ans • diffusion sur France Musique le 22 avril A.M.A), 2017

36 I Beaux Arts
LA RECETTE D’ART
d’Alain Passard

Le chou-d’œuvre d’Ensor
Alain Passard, chef triplement étoilé de l’Arpège, concocte tous les mois pour Beaux Arts
une recette inédite, inspirée d’une œuvre – ici, une nature morte de James Ensor,
où un simple chou d’hiver semble prendre vie, magnifié par des couleurs flamboyantes.

L‘ŒUVRE LA RECETTE

Ingrédients (pour 4 personnes)


´ Un demi-chou pommé
´ Un navet
´ Une carotte
´ Un céleri
´ Un oignon
´ Deux gousses d’ail
´ Brins de thym
´ Huile d’olive, un gros copeau de beurre salé,
fleur de sel et poivre du moulin

Préparation
 Coupez le navet, la carotte, le céleri, l’ail et l’oignon en fines lanières.
Glissez une partie de ces lanières entre les feuilles du chou.
 Faites cuire le demi-chou dans un rondeau très vaste en le ceinturant
du reste des légumes coupés.
 Ajoutez trois centimètres d’eau, le beurre salé et de l’huile d’olive.
Faites cuire à couvert et à feu vif pendant 15 minutes.
 Servez le chou fumant, ceinturé de la garniture. Assaisonnez avec
la fleur de sel et le poivre du moulin. Décorez avec les brins de thym.

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James Ensor Chou frisé, vers 1880-1900

emé parfois dès l’été, il est le roi du potager en hiver :

S le chou a inspiré à James Ensor (1860-1949) cette étrange


nature morte qu’Alain Passard réinterprète à son tour,
en l’accompagnant de légumes de saison (carotte, navet, céleri).
Dans cette image en plan serré, brossée à coups de pinceau rapides,
le chou occupe l’espace, pure chlorophylle, véritable morceau
de nature brute invité à la table de cuisine. Une sorte de vanité
inversée, un chou insolent comme le fut le peintre né à Ostende,
longtemps rejeté par la critique et les Salons officiels. Ce qui
lui inspira ces quelques mots pleins de fougue : «On m’injurie,
on m’insulte, je suis fou, je suis sot, je suis méchant, mauvais,
incapable, ignorant, un simple chou devient une turpitude.»
Le poète Émile Verhaeren, grand admirateur d’Ensor, fut fasciné
par cette image : «Et voici qu’un simple chou vert posé sur une table
rouge lui fait faire un chef-d’œuvre. Une lumière renouvelée, qui
s’affranchit soudain des oppositions violentes entre les avant-plans
et les arrière-plans, baigne cette merveilleuse nature morte.» D. B.

Écoutez la chronique d’Alain Passard tous les samedis


à 8 h 50 sur France Musique et sur francemusique.fr

38 I Beaux Arts
PHILO Par François Cusset

Abel Grimmer
La Tour de Babel,
1604

la philosophe et philologue
Barbara Cassin assure
le commissariat scientifique.
On y trouve la fameuse Tour
de Babel d’Abel Grimmer [ill.
ci-contre] sous son ciel menaçant,
des portraits des traducteurs
les plus décisifs de la Bible
– Saint Jérôme par Georges
de La Tour, Martin Luther par
Lucas Cranach –, et une étonnante
traduction de Confucius en latin.

Le traducteur,
ce prolétaire du livre
Du côté de la jeunesse, on
y découvre des éditions d’époque
de Heidi en japonais ou de Tintin
en allemand, et, pour la littérature
Traduire pour faire générale, les premières traductions de Dante,
Shakespeare ou Homère – toutes suggérant, contre
rempart à la barbarie la bien-pensance de la «diversité» et de ses
différences, que ce qui est traduit est toujours
ce qui domine : en l’occurrence, le corpus canonique
Point de passage et de rencontre pour les uns, lieu de l’Occident. On peut le dire plus simplement
de toutes les hiérarchies et hégémonies pour les autres, encore : d’un côté, les grandes institutions de pouvoir
Babel fait l’objet d’une exposition en Suisse, supervisée sont d’immenses machines de traduction, et, à l’autre
bout du spectre, les traducteurs ont toujours été
par la philosophe Barbara Cassin. Éclairant.
les passeurs invisibles, les prolétaires du livre,
leur nom n’apparaissant même plus aujourd’hui
abel, rêve ou cauchemar ? De même que en couverture. Au-delà de cette exposition, l’art

B la mondialisation oppose ses défenseurs


et ses opposants, ou sa version heureuse
(mondialisation culturelle, artistique, éthique…)
a-t-il ici son mot à dire ? Ce sous-texte politique
de la vieille aventure de la traduction, les artistes
contemporains savent aussi l’illustrer, et le rappeler
et sa version nuisible (la financière, la commerciale), à notre bon souvenir : pour afficher des langues
la traduction depuis toujours déchire les étranges, inventer des toponymes sur des cartes
communautés humaines : entre ceux qui voient fictives ou faire résonner dans des installations
dans la cacophonie de Babel une malédiction, le chaos des langues. Ou même, avec la vidéo
un brouhaha inaudible, et ceux qui en font leur intitulée Hard Work de la Chinoise Wai-Yim Wong,
seul horizon de bonheur. Entre ceux pour qui montrant deux personnes en train d’essayer
traduire, c’est trahir et ceux pour qui «traduire, de manger avec des couverts encastrés dans
c’est penser», comme le formulait Gilles Deleuze. de gros blocs de glace, cette limite bien connue
Ou entre ceux qui saluent les passages et les de la traduction culturelle : quand ils doivent passer
rencontres, la traduction comme découverte, des baguettes aux couverts à l’occidentale, les
et ceux qui rappellent les hiérarchies et les Asiatiques ont l’impression qu’aurait un violoniste
hégémonies, la traduction comme domination s’il devait jouer avec des moufles. Traduire, c’est
– ses routes, d’ailleurs, ont toujours été des routes échanger, transmettre, augmenter le monde ; c’est
À VOIR de pouvoir, quand les armées d’Athènes faisaient aussi bien briser des traditions, imposer des normes,
«Babel à Genève tout passer en grec, que Rome imposait le latin, hiérarchiser les cultures. Ambiguïtés de Babel.
Les routes de
la traduction»
puis l’islam, l’arabe, ou aujourd’hui les armées
jusqu’au 25 mars plus «soft» du web 3.0, l’anglais standardisé,
Fondation Martin Bodmer ce «globish» devenu notre espéranto par défaut.
Route Martin Bodmer, 19-21
Ces ambivalences de la grande aventure traductrice
Cologny (Genève)
+41 22 707 44 36 sont le point de départ de l’excellente exposition
http://fondationbodmer.ch de la fondation Martin Bodmer, à Genève, dont

40 I Beaux Arts
LA CHRONIQUE
de Nicolas Bourriaud

L’exposition,
cette ringardise
Parce que «l’art contemporain, c’est autre
chose que des expositions», Béatrice Josse,
à la tête du centre d’art le Magasin à Grenoble,
leur préfère des rencontres, des ateliers,
des projets collaboratifs… Un comble.

es institutions culturelles n’aiment pas trop

L changer, en général. Le mouvement


incommode ; rien de tel donc qu’une bonne
mer plate. J’ai donc tout d’abord été assez surpris
de constater la récente évolution du Centre national
d’art contemporain de Grenoble, qui se lance dans
une saison 100 % sans œuvres d’art, puisque «l’art
contemporain, c’est plus que des expositions», selon
son nouveau slogan. Le lieu, appelé depuis son
ouverture en 1986 le Magasin, a d’ailleurs changé
de nom, pour devenir aujourd’hui le «Magasin des
horizons». On ne s’y rend plus pour y visiter des
expositions, format qui semble décidément trop expositions monumentales, ne faut-il pas, en règle Illustration Laurence Bentz
ringard, ou trop élitiste. Les artistes eux-mêmes ne générale, adapter sa programmation au lieu ? Mais pour Beaux Arts Magazine.
semblent guère prisés : les rares qui apparaissent lesdites tutelles, à l’unanimité, ont préféré choisir un
dans le programme se voient plutôt conviés à réaliser projet inadapté à la réalité du bâtiment. Tel n’est pas
des «actions performatives» ou animer des «ateliers le cas à Berlin, où la bataille fait rage depuis 2015
participatifs». Enfin, on mentionne les «arts autour du Volksbühne, le mythique théâtre qui a vu
contemporains» au pluriel, et surtout «les cultures». arriver à sa tête un homme issu du milieu de l’art,
En résumé, il s’agit de remplacer un bête centre d’art Chris Dercon. Personnel en grève, refus de laisser
par «un lieu permaculturel, une plate-forme de le nouveau directeur accéder à son bureau, et pour
réflexion, un lieu d’échanges, accessible à tout.e.s». finir occupation du théâtre cette année. Ce qu’on lui
Le monde de l’art avait pourtant mis deux siècles reproche ? In fine, d’avoir eu une carrière dans le
à effacer ce pluriel, qui le cantonne de fait à des monde de l’art. Même si Dercon, en fait, a commencé
«disciplines» séparées. Son retour indique ici, dans celui du théâtre… Sa programmation ne saurait
à rebours de «l’art total» cher aux avant-gardes, donc être qu’élitisme et paillettes, a priori. Dans
celui du primat des techniques et des discours, le quotidien Die Zeit, qui commentait l’affaire du
qui viennent supplanter la forme. Volksbühne, on a ainsi pu lire que l’univers des
curators «est anti-démocratique, autoritaire, opaque
Maudits soient les grands espaces et corruptible». Et un programmateur de théâtre,
Cette idée de l’art se retrouve logiquement dans non ? Ce que le journaliste qualifie d’opaque, c’est
la manière dont la nouvelle directrice, Béatrice Josse, ce qu’il ne fait pas l’effort de connaître. Tout comme
appréhende l’espace du Magasin : «On voudrait l’extrême droite, ces dernières années, a marqué
que l’institution de demain soit une réponse pour des points dans la lutte pour l’hégémonie culturelle,
ces pratiques qui n’ont pas les formes pour rentrer les adversaires de l’art contemporain semblent avoir
dans des grands établissements avec des grands gagné sur le plan du vocabulaire : chacun semble
murs blancs et des grands espaces. Nous, on souhaite désormais avoir entériné l’idée, si grosse qu’elle finit
des espaces plus conviviaux, des espaces de par marcher, que celui-ci se réduit à Jeff Koons
rencontre, des ateliers mutualisables…»* Quand on et Takashi Murakami, et ne concerne que LVMH
pense au nombre de centres d’art en France dont et des oligarques russes – tandis que le théâtre ou les
la programmation se trouve entravée par de petits ateliers de cuisine seraient si progressistes en soi.
espaces morcelés, on se demande si un échange
ne s’imposerait pas : plutôt que de «mettre les
* www.petit-bulletin.fr/grenoble/infos-article-58997-Beatrice+J
tutelles autour de la table» pour engager des travaux osse+++++L+art+contemporain++c+est+autre+chose+que+de
de rétrécissement d’un espace conçu pour des s+expositions++.html

42 I Beaux Arts
EN COUVERTURE

f Ferdinand Hodler
Paysage printanier avec arbres
en fleur, vers 1895

44 I Beaux Arts
Les 50
plus belles
expositions
de 2018
Le printemps en janvier ? Beaux Arts accélère
le temps pour révéler ce que le premier semestre
vous réserve de meilleur en France et à l’étranger.
par Daphné Bétard, Armelle Fémelat,
Judicaël Lavrador, Emmanuelle Lequeux,
Natacha Nataf & Sophie Flouquet

Beaux Arts I 45
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018

Civilisations
Lens ¡ Louvre-Lens ¡ Du 28 mars au 22 juillet
Trésors persans
Sous leur règne, les arts se sont épanouis, ouverts
au monde et à la modernité, tout en conservant
certaines traditions. Dernière grande dynastie
turkmène d’Iran, les Qajar (1786 à 1925) sont à l’origine
d’une création fastueuse et foisonnante, s’exprimant
tout autant à travers la peinture, le dessin, la céramique
ou la photographie que dans les costumes, bijoux,
émaux, tapis ou armes d’apparat. Le Louvre-Lens
invite le public à la cour de leurs souverains,
réunissant plus de 400 œuvres mises en scène
par le couturier Christian Lacroix. Lequel a conçu
le parcours comme une déambulation dans un
luxueux palais. Porte monumentale évoquant la triple
arcade des ruines du palais d’Ashraff, murs parés de
soie, salles inspirées par le château de Souleymanieh
construit par Fath Ali Shah, séparées entre elles
par des ruelles intérieures : rien n’est trop beau
pour nous faire découvrir comment les shahs surent
mettre la création au service de leur pouvoir, tandis
que les artistes, passionnés par de nouveaux médiums
comme la photographie ou la lithographie, allaient
bouleverser en profondeur la scène artistique
iranienne. Daphné Bétard
«L’empire des roses – Chefs-d’œuvre de l’art persan
du XIXe siècle» • www.louvrelens.fr

f Césarine Davin-Mirvault, Portrait d’Asker Khan Afchar,


ambassadeur d’Iran, 1808

Paris ¡ Musée Guimet & Palais de Tokyo


Du 15 février au 13 mai
Défilé de seigneurs de guerre japonais
Spectaculaires, redoutables et redoutés, les Daimyo défilent dans leurs plus
beaux atours au musée Guimet. Ces seigneurs de guerre japonais, qui régnèrent
en maîtres durant les périodes Azuchi-Momoyama (1568-1600) et Edo (1600-1868),
exhibaient des armures d’exception, affirmant leur toute-puissance et valorisant
les prouesses techniques de leurs artisans, virtuoses de la laque sèche et du fer.
Pour se faire remarquer, ils portaient des «casques extraordinaires» (kawari kabuto)
évoquant le règne animal, summum de cette démonstration de force qui se poursuit
au Palais de Tokyo. L’établissement voisin prolonge le parcours avec une installation
de George Henry Longly. L’artiste britannique s’est approprié les codes du «monde
flottant» japonais pour semer le trouble dans notre esprit et nos rétines. D. B.
«Daimyo – Les seigneurs de la guerre au Japon» • www.guimet.fr
9 Hors-série Beaux Arts Éditions
«George Henry Longly – Daimyo, le corps analogue» • www.palaisdetokyo.com

Armure du clan Matsudaïra, époque d’Edo, fin du XVIIe-début du XVIIIe siècle


e

46 I Beaux Arts
Paris ¡ Musée Cernuschi ¡ Du 9 mars au 26 août ET AUSSI….
L’empire des encens
Laissez-vous envoûter par les effluves des encens
de la Chine ancienne à base de bois d’aigle, clou de girofle,
liquidambar et autres résines d’arbres. Une expérience à la fois
visuelle et olfactive à laquelle nous convie le musée Cernuschi
en retraçant deux mille ans d’histoire du parfum, depuis
les Han (apparus au IIIe siècle avant notre ère) jusqu’à la fin
de la période impériale. Élément essentiel des rituels, prisé
des lettrés et empereurs, le parfum était diffusé via des
objets sophistiqués (coupes, encensoirs, brûle-parfums).
Pour concevoir ce parcours tout en délicatesse, le musée
a travaillé avec François Demachy, le nez de Dior, et Frédéric
Obringer, sinologue spécialiste de la pharmacopée chinoise, Vue du canal de Suez, vers 1930.
c
qui a traduit des recettes ancestrales. D. B.
«Parfums de Chine – La culture de l’encens au temps Paris ¡ Institut du monde
des empereurs» • www.cernuschi.paris.fr arabe ¡ Du 27 mars au 5 août
Le monde au fil
eZhang Daqian, La Dame Li en donatrice
tenant un brûle-parfum, vers 1943
du canal de Suez
L’Institut du monde arabe
retrace l’épopée du canal de

Civilisations
Suez, lieu symbolique assurant
Paris ¡ Musée du quai Branly ¡ Du 10 avril au 15 juillet la jonction entre l’Asie, l’Afrique
et l’Europe. Depuis le canal
Épouvantables fantômes d’Asie des pharaons (reliant le Nil
Frissons garantis au Quai Branly, hanté par des fantômes venus d’Asie. Des spectres célèbres à la mer Rouge) jusqu’aux
comme le Japonais Oiwa, assoiffé de vengeance, auquel Katsushika Hokusai donna un visage récents travaux d’extension,
effrayant (celui d’un squelette décharné à l’œil pendant) avant que le cinéma ne s’en empare une exposition-fleuve qui aborde
pour terroriser acteurs et spectateurs. Créatures ambivalentes, à la frontière entre le monde des les enjeux économiques,
morts et celui des vivants, les revenants traversent le temps et l’espace pour nous surprendre politiques et culturels auxquels
et ébranler nos certitudes. dût faire face l’un des plus vieux
Chassés par des exorcistes États du monde, l’Égypte. D. B.
utilisant des objets magiques «L’épopée du canal de Suez»
issus du taoïsme, les vampires www.imarabe.org
sauteurs chinois (yokai) jouent 9 Hors-série Beaux Arts Éditions
sur un mode comique, tandis
que les esprits nippons, calmes Paris ¡ Grand Palais
Du 5 avril au 9 juillet
et silencieux, poussent leurs
victimes vers la folie, voire Des robots
le suicide. Leurs homologues et des hommes
thaïlandais se révèlent, eux, Quel impact l’intelligence
plus violents… Toutes ces artificielle a-t-elle sur la
histoires épouvantablement
création ? L’interactivité
fascinantes promettent
modifie-t-elle notre rapport
de réjouir les visiteurs, dans
à l’espace et au temps ?
un parcours avec hologrammes
Les robots peuvent-ils nous
3D, séquences de cinéma,
remplacer ? Pour répondre
jeux vidéo, maison de poupées
à ces vastes questions,
hantée, sans oublier une
série de commandes
le Grand Palais donne
à des artistes contemporains la parole aux artistes qui
comme Anupong Chantorn se sont confrontés à la
et son fantôme affamé. D. B. machine, de Jean Tinguely
«Enfers et fantômes d’Asie» à Joan Fontcuberta
www.quaibranly.fr ou Daft Punk. D. B.
«Artistes & robots»
f Ikkyo, Peinture du fantôme d’Oiwa www.grandpalais.fr
[détail], fin du XIXe-début du XXe siècle 9 Hors-série Beaux Arts Éditions

Beaux Arts I 47
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018

Art ancien

Paris ¡ Musée du Louvre ¡ Du 28 mars au 23 juillet c Le Christ


au jardin

Ecce Delacroix ! des Oliviers,


vers 1826

Si tout un chacun a en tête la Liberté guidant le peuple ou la Mort de Sardanapale, quelques-unes des peintures
d’Eugène Delacroix devenues des icônes de l’art occidental, rares sont ceux qui, aujourd’hui, connaissent
l’ensemble de son œuvre et en mesurent l’importance. Cinquante-cinq ans après l’exposition organisée à Paris
pour commémorer le centenaire de la mort de l’artiste, le musée du Louvre a décidé de remédier à ce constat
en consacrant une vaste rétrospective au chef de file du romantisme. En plus de 180 peintures, estampes et dessins,
l’exposition s’appliquera à démontrer la variété et l’étendue de son travail en suivant un fil chronologique.
Elle établira combien il fut tout à la fois classique – «Je suis un pur classique», revendiqua-t-il – et un novateur
infatigable, en quête perpétuelle d’originalité. Charles Baudelaire le qualifia de «dernier des renaissants et premier
des modernes», lui qui se passionna pour l’art ancien, à commencer par la peinture de la Renaissance vénitienne
et du baroque flamand. Par-delà l’œuvre, la manifestation tentera de restituer l’homme qu’il fut : un créateur
polymorphe épris de gloire et acharné de travail, à la personnalité attachante. Armelle Fémelat
«Eugène Delacroix (1798-1863)» • www.louvre.fr 9 Hors-série Beaux Arts Éditions

48 I Beaux Arts
Paris ¡ Musée
Marmottan Monet 
Du 8 février au 8 juillet
Corot, au-delà
des paysages
Douze ans après la rétrospective
consacrée à Jean-Baptiste Camille Corot
au Grand Palais, le musée Marmottan
Monet se penche à nouveau sur
le père de l’impressionnisme. Laissant
de côté ses paysages peints en plein air,
l’exposition dévoilera la facette la plus
personnelle et la plus moderne de son
travail, centrée sur la figure humaine.
Une part intime de sa production que
très peu de ses contemporains purent
connaître puisqu’il la garda secrètement
dans son atelier. Prêtés par de prestigieuses institutions européennes et américaines, c Bacchante à la panthère,
vers 1855-1860
une soixantaine de tableaux, portraits de proches et nus féminins, illustreront
la manière dont l’artiste français a placé la représentation de l’homme au cœur de ses
recherches picturales et fait poser les modèles les plus fameux de son temps. A. F.
«Corot – Peindre la figure humaine» • www.marmottan.fr

ET AUSSI….
Giverny ¡ Musée
des Impressionnismes 
Du 30 mars au 15 juillet
Nippomania
Moment fondateur de la modernité,
l’engouement des impressionnistes
et des post-impressionnistes
– Monet, Degas, Gauguin, Van Gogh
en tête – pour les estampes

Art ancien
japonaises, à la suite de l’ouverture
commerciale et diplomatique
de l’archipel en 1868, fait l’objet
d’une exposition à Giverny.
Un double éblouissement. A. F.
«Japonismes / Impressionnismes»
www.mdig.fr

d William Merritt Chase


e Konrad A Comfortable Corner (At Her Ease;
Mägi The Blue Kimono), vers 1888
Paysage
de Norvège
au pin,
1908-1910
Paris ¡ Musée d’Orsay ¡ Du 10 avril au 15 juillet
L’âme balte
Poursuivant sa très estimable politique d’exposition d’œuvres et d’artistes inconnus du public français,
le musée d’Orsay fête le centenaire de l’autonomie des pays baltes en présentant 130 peintures,
sculptures, dessins et gravures réalisés en Estonie, Lettonie et Lituanie entre 1890 et 1920-1930,
à l’aune des thématiques des mythes et des légendes, de l’âme et de la nature. A. F.
«Âmes sauvages – Le symbolisme dans l’art des pays baltes» • www.musee-orsay.fr
9 Hors-série Beaux Arts Éditions

Beaux Arts I 49
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018

Art ancien

Paris ¡ Musée du Luxembourg ¡ Du 7 mars au 1er juillet c La Conversion


de saint Paul, vers

Un jeune et fougueux Tintoret 1545

Dès ses débuts, il a su faire surgir la couleur des ténèbres. Ambitieux, réputé excessif, Tintoret (1518-1594) a marqué
de son empreinte sulfureuse l’histoire de l’art vénitien pour incarner le génie de la Renaissance, allant jusqu’à claquer
la porte de son maître, le grand Titien, au bout de quelques mois seulement. C’est justement aux débuts flamboyants
du jeune prodige né il y a cinq siècles que s’intéresse le musée du Luxembourg, retraçant ses quinze premières années
de création, de l’Adoration des mages du Prado, l’œuvre la plus ancienne connue de sa main (il n’avait pas 20 ans),
jusqu’aux prestigieuses commandes des années 1550. À l’instar du Péché originel, exécuté pour l’une des fameuses
scuole (confréries) de Venise, ou Saint Louis, saint Georges et la Princesse, pour le siège administratif d’une institution
située près du Rialto, deux tableaux révélant un art de la composition aussi savant que dynamique, porté par
un colorito tout en contrastes. Un éblouissement. D. B.
«Le Tintoret – Naissance d’un génie» • museeduluxembourg.fr 9 Hors-série Beaux Arts Éditions

50 I Beaux Arts
Paris ¡ Musée Jacquemart-André
Du 9 mars au 23 juillet
Mary Cassatt, reine
des impressionnistes
Qui était Mary Cassatt ? Quelle femme et quelle
artiste ? C’est à cette peintre originaire de
Pennsylvanie (1844-1926) ayant vécu soixante
ans en France que le musée Jacquemart-André
consacrera son exposition du printemps.
Retour sur l’histoire de celle qui exposa aux
côtés des impressionnistes, qui s’en distingua,
notamment dans l’expression de diverses
particularités issues de son identité américaine.
Une cinquantaine de peintures, pastels, dessins
et estampes empruntés à de grandes collections
en Europe et aux États-Unis permettront de
s’immerger dans une œuvre faisant la part belle
aux thématiques familiales et à la traduction
plastique du sentiment maternel. A.F.
«Mary Cassatt – Une impressionniste
américaine à Paris»
www.musee-jacquemart-andre.com
9 Journal d’exposition Beaux Arts Éditions
c Petite fille dans

Art ancien
un fauteuil bleu, 1878

ET AUSSI….

Pont-Aven ¡ Musée de Pont-Aven


Du 2 février au 6 janvier 2019
Les nabis sont de retour
Fraîchement rénové, le musée de Pont-Aven présente
22 tableaux sur la quarantaine que compte la collection
d’Alexandre et Mahsa Mouradian dédiée aux artistes de
la première modernité ayant travaillé en Bretagne, parmi
lesquels Maurice Denis, Paul Sérusier, entre autres nabis,
et de jeunes peintres venus des pays nordiques à l’instar
de Jan Verkade, Meijer de Haan ou Roderic O’Conor. A. F.
«L’École de Pont-Aven – Berceau de la modernité»
http://museepontaven.fr

c Maurice Denis
Chantilly ¡ Château ¡ Du 27 janvier au 3 juin Perros-Guirec, Jésus chez
Au plus fort de Rembrandt Marthe et Marie,
1917
Bien connues des amateurs, les incroyables collections
d’art graphique du musée Condé de Chantilly font e Rembrandt, Vieillard
à grande barbe au front ridé,
l’objet d’une très active politique d’exposition au sein 1631
du somptueux Cabinet d’arts graphiques récemment
rénové dans ce but. Y sera proposé, fin janvier, une plongée
dans l’œuvre graphique de Rembrandt, à la faveur
de 21 eaux-fortes originales du maître, mises en regard
avec ses dessins et des productions de contemporains. A. F.
«Rembrandt au musée Condé»
www.musee-conde.fr

Beaux Arts I 51
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018

Art moderne

c Plans par couleurs Paris ¡ Grand Palais ¡ Du 19 mars au 30 juillet


Grand Nu, 1909-1910

Kupka, héros abstrait très discret


Dans la famille des pionniers de l’abstraction, c’est le moins célébré. Le plus ésotérique, aussi. Bientôt
trente ans que František Kupka (1871-1957) n’a pas eu les honneurs d’une rétrospective en France
– la dernière remonte à 1989 au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. L’a-t-on négligé parce que son
œuvre tardive est loin d’avoir l’éclat de ses premières productions ? Riche de 300 peintures, dessins,
gravures, livres illustrés, photographies et films, cette exposition a en tout cas le mérite d’examiner
l’ensemble du parcours de l’artiste, des débuts symbolistes jusqu’aux dernières toiles des années 1950.
Natif de Bohême, Kupka s’est frotté aux premières avant-gardes du siècle dans la Vienne de la Sécession,
avant de s’installer à Paris en 1896. C’est là, au fil des années 1910 et au contact de Marcel Duchamp,
de Robert Delaunay ou de Guillaume Apollinaire, qu’il donnera naissance à ses chefs-d’œuvre. Des
symphonies abstraites, vibrantes, mystiques, qui décomposent comme nulle autre le spectre chromatique.
Inspiré par la philosophie, l’ésotérisme, les cultures anciennes et orientales autant que par les découvertes
scientifiques les plus récentes, il fut également un grand théoricien de l’abstraction naissante. E. L.
«František Kupka» • www.grandpalais.fr 9 Hors-série Beaux Arts Éditions

52 I Beaux Arts
Paris ¡ Centre Pompidou ¡ Du 28 mars au 16 juillet
Vitebsk, foyer incendiaire russe
Ils s’appelaient Marc Chagall, El Lissitzky et Kazimir Malevitch. Et c’est à Vitebsk (dans l’actuelle
Biélorussie), au lendemain de la révolution russe de 1917, que ces artistes et d’autres unirent
leurs forces pour réinventer la peinture et l’engager sur la voie des avant-gardes. Un siècle plus
tard, le Centre Pompidou associe à nouveau les trois camarades pour évoquer les débuts
de l’art moderne soviétique porté par l’école dite de Vitebsk durant ces quatre années décisives
que fut la période 1918-1922. Soit 200 œuvres, parfois radicalement différentes, à l’instar
du Paysage cubiste de Chagall, condensé déconstruit de plusieurs images en une. D. B.
«Chagall, Lissitzky, Malevitch – L’avant-garde russe à Vitebsk (1918-1922)»
www.centrepompidou.fr 9 Hors-série Beaux Arts Éditions

David Yakerson, esquisse de la compositon Panneau avec une figure d’ouvrier, 1918
f

Paris ¡ Petit Palais 


Du 6 février au 13 mai
Quand Paris attirait
les Hollandais ET AUSSI….

De 1789 à l’orée du XXe siècle, plus d’un millier Paris ¡ Atelier des Lumières
À partir du 13 avril

Art moderne
d’artistes ont quitté leur Hollande natale
pour venir à Paris trouver une inspiration nouvelle Klimt et Schiele
et se frotter à l’effervescence artistique ambiante.
mis en lumière
Certains, comme Jacob Maris ou George Hendrik Installé dans une ancienne
Breitner, repartiront dans leur pays où ils diffuseront fonderie du XIe arrondissement,
les idées avant-gardistes de la Ville Lumière. l’Atelier des Lumières, premier
D’autres choisirent de s’y installer définitivement centre d’art numérique parisien,
à l’image d’Ary Scheffer. D’autres encore, tels Vincent propose pour son ouverture
Van Gogh ou Johan Barthold Jongkind, ouvriront de au public un parcours immersif
nouvelles perspectives à leurs homologues français, autour de Gustav Klimt
tissant des liens féconds avec eux. C’est l’histoire et Egon Schiele. Une exposition
de cette amitié artistique que raconte le Petit Palais, confrontant les œuvres de Van Gogh, Kees Van Dongen multimédia spectaculaire sur
et Piet Mondrian à celles d’Émile Bernard, d’Henri de Toulouse-Lautrec ou de Camille Pissarro. D. B. plus de 3 000 m2 pour se
«Les Hollandais à Paris (1789-1914) – Van Gogh, Van Dongen, Mondrian» • www.petitpalais.paris.fr projeter au cœur de la Vienne
Vincent Van Gogh, Le Boulevard de Clichy, 1887
c des années 1900. D. B.
www.atelier-lumieres.com
9 Hors-série Beaux Arts Éditions
Paris ¡ Musée national Picasso ¡ Du 27 mars au 29 juillet
Paris ¡ Musée Maillol
Guernica, 80 ans déjà Du 7 mars au 15 juillet
En 1937, Pablo Picasso peignait Guernica et criait à la face du monde l’horreur de la guerre. Hymne à la paix, La folie Foujita
symbole antifasciste, cette immense peinture en grisaille lui fut inspirée par un épisode tragique de
la guerre civile espagnole, quand la Légion Condor nazie et l’Aviation légionnaire fasciste bombardèrent Proche de Picasso et Zadkine,
la ville de Guernica, en visant directement il fut l’un des principaux
les civils. L’artiste, installé à Paris, promit membres de l’École de Paris
alors de léguer le tableau à l’Espagne le jour tout en restant furieusement
où la démocratie serait rétablie. Ce qui ancré dans sa culture japonaise.
fut fait après sa mort, en 1981. Le musée Peintre fou de dessin, naturalisé
Picasso, à Paris, retrace l’histoire de français, Léonard Foujita est à
ce tableau devenu une icône du siècle, redécouvrir au musée Maillol
en partenariat avec le musée Reina Sofía dans sa période la plus faste,
de Madrid, où l’œuvre est conservée. D. B. celle de l’entre-deux-guerres. S. F.
«Guernica» • www.museepicassoparis.fr «Foujita – Les années
folles (1913-1931)»
www.museemaillol.com
Étude pour Guernica, 1937
f 9 Hors-série Beaux Arts Éditions

Beaux Arts I 53
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018

Art moderne

Paris ¡ Musée de l’Orangerie ¡ Du 25 avril au 20 août c Claude Monet


Les Nymphéas bleus,

Monet et l’abstraction américaine 1916-1919

Dépourvus de point de fuite, quasi abstraits, libérés du motif américain triomphant et les critiques les plus influents
et d’une vision conventionnelle de l’espace, les Nymphéas, la comparent aux tableaux d’un Jackson Pollock
offerts par Claude Monet à la France au lendemain de l’Armistice ou d’un Barnett Newman. En 1956, Louis Finkelstein invente
(il y a tout juste un siècle), ont fasciné ses contemporains et ouvert le terme «impressionnisme abstrait» pour désigner un autre
de nouveaux horizons aux artistes. Particulièrement ceux de l’école courant de la scène américaine incarnée par Joan Mitchell
abstraite new-yorkaise. Démonstration à l’Orangerie, qui s’intéresse et Jean-Paul Riopelle [lire p. 66], Sam Francis ou Philip Guston.
au moment de la redécouverte des créations tardives du maître Ils sont réunis à Paris pour un hommage vibrant à ce célèbre
de l’impressionnisme aux États-Unis, dans les années 1950, paysage d’eau et de reflets donnant, selon Monet, «l’illusion
après qu’Alfred Barr, directeur du MoMA de New York, a fait entrer d’un tout sans fin, d’une onde sans horizon et sans rivage». D. B.
dans son établissement un grand panneau des Nymphéas. «Nymphéas – L’abstraction new-yorkaise et le dernier Monet»
L’œuvre est perçue en résonance avec l’expressionnisme abstrait www.musee-orangerie.fr 9 Hors-série Beaux Arts Éditions

54 I Beaux Arts
Aix-en-Provence ¡ Hôtel de Caumont
centre d’art ¡ Du 4 mai au 23 septembre
Nicolas de Staël
dans la lumière du Midi
«Ici, les diamants ne brillent que l’espace d’un éclat d’eau
très rapide, très violent […] au bout d’un moment, la mer
est rouge, le ciel est jaune et les sables violets», écrit
Nicolas de Staël à son ami René Char lorsqu’il découvre
la lumière «fulgurante» du Midi. Le centre d’art de l’hôtel
de Caumont, à Aix, nous plonge dans les tableaux et dessins
qu’il réalise lors de son séjour en Provence, de juillet 1953
à octobre 1954. Durant cette période de solitude et de
mélancolie, il libère les formes de leurs contours, jouant
sur l’intensité des contrastes, cherche à se renouveler, à aller

Art moderne
plus loin dans cette quête éperdue d’un absolu pictural. D. B.
«Nicolas de Staël en Provence»
www.caumont-centredart.com

Marseille, 1954
f

Metz ¡ Centre Pompidou


Du 26 avril au 20 août
Couples éperdus d’art
1+1 = 1 ou 2 ? Dans l’histoire de l’art moderne, les couples
d’artistes sont légion. Fusionnels, le plus souvent,
jusqu’à ce que l’un (ou l’une, pour être exact) disparaisse
dans l’autre. Depuis quelques années, nombre
de musées s’attellent à réhabiliter les épouses oubliées.
Le Centre Pompidou-Metz contribue à rétablir l’équité,
en soulignant les influences réciproques dont se
nourrirent Sonia & Robert Delaunay, Anni & Josef Albers,
ou encore Hannah Höch & Raoul Hausmann.
Ouvrant avec le couple Rimbaud / Verlaine, l’exposition
évoque d’autres histoires moins connues, comme
celle qui lia la photographe Claude Cahun et l’artiste
Suzanne Malherbe, ou Alexej von Jawlensky & Marianne
von Werefkin, laquelle a notamment influencé Wassily
Kandinsky lorsqu’il rédigeait Du spirituel dans l’art
et dans la peinture en particulier. Sans oublier
la scandaleuse liaison hors mariage de ce dernier avec
la peintre expressionniste Gabriele Münter. Qu’elles
se soient sacrifiées pour la reconnaissance de l’aimé
ou qu’elles aient été balayées par l’histoire, toutes ces
femmes méritent amplement de retrouver une place sur
les cimaises des musées. Car 1+1 = 2, évidemment. E. L.
«Couples modernes» • www.centrepompidou-metz.fr

e John Kasnetzis, Dorothea Tanning et Max Ernst


posant avec le «Capricorne» en ciment, 1947-1948

Beaux Arts I 55
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018

Art moderne
Paris ¡ Musée d’Art moderne de la Ville de Paris ¡ Du 26 janvier au 20 mai
Jean Fautrier, virtuose de la matière
Troisième rétrospective que le musée d’Art moderne de la Ville de Paris consacre à Jean Fautrier. Pourquoi une telle fidélité ?
C’est que ce géant de l’art informel est très présent dans cette collection, notamment suite à l’importante donation qu’il a faite peu
avant sa mort, au début des
années 1960. Après les
expositions de 1964 et 1989,
le musée dévoile dans son
intégralité son fonds Fautrier
– l’un des plus beaux en
collection publique –, riche
de 60 œuvres. De ses natures
mortes des années 1920
à sa terrible série des Otages,
réalisée au cœur de la
Seconde Guerre mondiale,
ce proche de Francis Ponge,
Jean Bataille et Jean Paulhan
tend peu à peu vers une
peinture dense et empâtée,
pleine d’harmoniques
sourdes et opaques. E. L.
Art moderne

«Jean Fautrier
Matière et lumière»
www.mam.paris.fr

fForêt
ou les Marronniers,
1943

ET AUSSI….

Paris ¡ Musée de Montmartre  Marseille ¡ Centre de la Vieille Charité


Du 15 février au 26 août & Mucem ¡ Du 15 février au 24 juin
Kees Van Dongen, une Plein sud avec Picasso
jeunesse montmartroise
Indétrônable, éternel, Pablo Picasso
Fief des avant-gardes artistiques de fait l’objet d’une série de manifestations
ce début de XXe siècle, sur les hauteurs marseillaises évoquant les nombreuses
de la butte Montmartre, le Bateau-Lavoir sources d’inspiration méditerranéennes
a vu défiler les plus illustres figures de son œuvre, de l’Antiquité aux arts
de la modernité, Pablo Picasso en tête. populaires et africains. L’artiste est aussi
Kees Van Dongen y réside à partir la vedette de la nouvelle exposition
de la fin de 1905. Il y fréquente Maurice numérique immersive des Carrières de
de Vlaminck, André Derain, Henri Matisse. lumières, aux Baux-de-Provence. D. B.
Son œuvre prend alors un nouveau «Picasso – Voyages imaginaires»
tournant, que nous fait découvrir www.vieille-charite-marseille.com
www.mucem.org
le musée de Montmartre, situé à
Et aussi : «Picasso et les maîtres
c Kees Van Dongen quelques mètres du lieu mythique. D. B. espagnols» aux Carrières de lumières
Les Lutteuses de Tabarin, «Van Dongen et le Bateau-Lavoir» Du 3 mars au 6 janvier
1908 www.museedemontmartre.fr www.carrieres-lumieres.com

56 I Beaux Arts
Mode / Graphisme / Architecture
Paris ¡ Palais Galliera & Les Arts décoratifs ¡ Du 22 mars au 2 septembre
Martin Margiela s’exhibe enfin
Pour son premier show, en 1989, Martin Margiela fait défiler sur un podium de toile blanche
des mannequins portant des chaussures dont les semelles sont couvertes de peinture rouge.
Il utilisera le sol ainsi maculé pour confectionner les tenues de la collection suivante
où les modèles auront le visage masqué.
Ancien assistant de Jean Paul Gaultier, ET AUSSI….
il n’a eu de cesse, durant ses vingt années
de carrière, de déconstruire le vêtement Paris ¡ Les Arts décoratifs
pour en révéler l’envers et le non-fini, Du 3 mai au 23 septembre
n’hésitant pas à le rendre oversize, à jouer
Roman Cieslewicz,
sur des motifs en trompe-l’œil, à proposer maître de l’uppercut
des lignes vintage à base de récupération graphique
et recyclage dont il fait des pièces uniques.
C’est l’empereur des graphistes.

Mode / Graphisme / Architecture


Électron libre, fuyant la publicité et le star
system, le créateur a ébranlé la planète Un géant qui révolutionna
mode jusqu’à ce que, décidant qu’il n’avait tout ce qui relevait de l’univers
plus rien à dire, il s’éclipse du jour au du papier. Affiche, publicité,
lendemain et quitte sa maison (en 2009), photomontage, édition,
après avoir formé une nouvelle génération illustration… Roman Cieslewicz
de stylistes impétueux. Alors, deux (1930-1996) mit à profit tout
expositions ne sont pas de trop pour ce qu’il avait appris avec l’école
embrasser toutes ses audaces : une polonaise de l’affiche quand
rétrospective au Palais Galliera et ses il arriva en France en 1963.
années passées au sein de la maison De Libération à Elle en passant
Hermès aux Arts décoratifs. D. B. par le Centre Pompidou, il
«Margiela (1989-2009)» • www.palaisgalliera.fr
s’attaqua à toutes les institutions,
«Margiela Hermès» • www.lesartsdecoratifs.fr
revivifiant leur image.
Un talent inégalé, qui continue
c Défilé Maison à inspirer plusieurs générations
Martin Margiela,
printemps-été 2009 de graphistes. E. L.
«Roman Cieslewicz»
www.lesartsdecoratifs.fr
e Palais des congrès
et des concerts
d’Helsinki, 1962-1971
Paris ¡ BnF
Du 10 avril au 22 juillet
Dominique Perrault,
un architecte
en sa bibliothèque
Vingt ans déjà que les tours
de la BnF s’élèvent dans le ciel
du XIIIe arrondissement parisien,
qu’elles ont contribué à
redessiner. Vingt ans aussi que
durent les malentendus sur cette
Paris ¡ Citt moderne ¡ Du 6 mars au 1er juillet architecture mal aimée, mal
Alvar Aalto en mode majeur comprise, qui a fait connaître aux
Il fut le plus grand architecte finlandais, mais aussi l’un des plus grands tout court. Alvar Aalto (1898-1976), Français le nom de son
le « Mage du Nord » – on aurait pu dire tout autant le « Sage du Nord » – aura fait l’inverse de Le Corbusier architecte, Dominique Perrault.
(appartenant à la même génération), dans sa manière d’être à l’avant-garde, plaçant l’humain et la nature Retour sur le processus créatif
au centre, au-delà des postures et des théories. D’où cette architecture organique plutôt que dogmatique, de ce très ambitieux projet, le
bâtie en véritable chorégraphe de la lumière avec des matériaux autres que le béton (bois, verre, brique…). dernier des grands travaux
Créant sans relâche, longtemps avec sa première épouse Aino, Aalto était aussi un adepte de l’œuvre totale, mitterrandiens. S. F.
dessinant autant le mobilier que les murs. En restent quelques icônes, telle sa maison expérimentale sur l’île «Dominique Perrault :
la Bibliothèque nationale
de Muuratsalo ou plus près de nous, dans les Yvelines, la maison Louis Carré. D. B. de France – Portrait d’un
«Alvar Aalto – Second Nature» • www.citedelarchitecture.fr projet (1988-1998)» • www.bnf.fr

Beaux Arts I 57
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018

Photographie

Paris ¡ Jeu de paume ¡ Du 6 février au 20 mai


Le double choc Susan Meiselas / Raoul Hausmann
Voir ses strip-teaseuses des années 1970 réunies à Paris Photo avait agi comme un teaser parfait. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la rétrospective
Susan Meiselas sera autrement plus âpre. En témoignent les reportages au long cours qui ont valu à cette tête brûlée de l’agence Magnum
une aura internationale. Du Salvador, du Nicaragua, du Kurdistan, l’Américaine a rapporté des clichés si forts que l’opinion mondiale
sut tout à coup placer ces pays sur une carte : image en couleurs d’un homme allongé dans une nature verdoyante, à l’orée d’une plage,
dont on ne connaîtra jamais que les jambes et une section de la colonne vertébrale ; plan serré sur un combattant sandiniste dissimulé sous
un masque évoquant les plus belles heures du surréalisme… Engagée corps et âme, empathique à l’extrême, Meiselas se distingue de ses
confrères en collectant à chaque fois mille
archives visuelles ou sonores et en revenant
voir ses modèles, passé le temps de la guerre,
de la révolution ou de la violence conjugale.
Autre tête d’affiche du Jeu de paume, le
Berlinois Raoul Hausmann se révèle cet hiver
sous un nouveau jour avec un corpus
photographique étonnant, admiré par László
Moholy-Nagy. D’Ibiza à Limoges, une œuvre
sensuelle et libertaire, rescapée du silence
de l’exil, et dont la douce simplicité contraste
avec le bruit et la fureur dada. Natacha Nataf
«Susan Meiselas – Médiations»
«Raoul Hausmann – Photographies (1927-1936)»
www.jeudepaume.org

c Susan Meiselas Muchachos attendant la riposte


de la Garde nationale, Matagalpa, Nicaragua, 1978

e Raoul Hausmann Deux nus féminins allongés


sur une plage, vers 1931-1934

58 I Beaux Arts
Paris ¡ Hôtel de Ville / Bibliothèque nationale de France
De mai à juillet / Du 17 avril au 26 août
Irrécupérable Mai 68 ?
Comment commémorer Mai 68 sans trahir ce qui fut par essence hostile
à tout pouvoir, sinon celui de l’imagination ? L’Hôtel de Ville y répond
par un hommage à son meilleur chroniqueur, Gilles Caron (1939-1970).
De retour du Biafra, le jeune reporter de guerre fut de toutes les grèves
et de toutes les manifestations. Immortalisant le sourire vainqueur
de Cohn-Bendit face aux CRS [ci-contre], il fit surtout du lanceur de pavés
anonyme l’icône du soulèvement. «Véritable hiéroglyphe documentaire,
le lanceur est pour Caron une figure exprimant toutes les variations
de la révolte, note le commissaire et historien, Michel Poivert. Torse nu,
en blazer ou en pull-over, emporté dans son élan ou rivé au sol
en catapulte, le lanceur devient danseur.» La BnF, qui acquit presque
aussitôt ces clichés de presse historiques, revient de son côté sur
la couverture médiatique des événements. Pourquoi la première nuit
des barricades fut-elle si peu photogénique ? Pourquoi n’a-t-on jamais vu
Mai 68 en couleurs ? Réponse au printemps. N. N.
«Gilles Caron – Paris, mai 1968» • www.paris.fr
«Icônes de Mai 68 – Les images ont une histoire» • www.bnf.fr
À voir aussi : «Images en lutte – La culture visuelle de l’extrême
gauche en France (1968-1974)» du 21 février au 20 mai • École nationale

Photographie
supérieure des Beaux-Arts de Paris • www.beauxartsparis.fr

c Gilles Caron
Manifestation
Paris ¡ Centre Pompidou ¡ Du 21 février au 7 mai le 6 mai 1968 à Paris,
Daniel Cohn-Bendit
Toutes les colères de David Goldblatt devant un CRS
à la Sorbonne
Plus de 200 photos, une centaine de documents inédits et sept films produits spécialement pour
l’événement : il fallait au moins cela pour retracer les sept décennies d’activité du photographe sud-africain
David Goldblatt. Adepte du noir et blanc – malgré une incursion dans la couleur sous l’ère Mandela –,
ce petit-fils d’immigrés juifs lituaniens s’est fait très tôt l’observateur des violences politiques, économiques
et sociales de son pays. Dès 1948, année de l’instauration de l’apartheid, Goldblatt prend ses premiers
clichés : il a 18 ans
et sait déjà que sa couleur ET AUSSI….
de peau lui permettra
Paris ¡ Fondation
de témoigner des exactions Henri Cartier-Bresson 
à venir. Sans jamais Du 16 mai au 29 juillet
céder au manichéisme, Robert Adams
il n’a cessé depuis de préapocalyptique
documenter les structures
Après un solo show Zbigniew
de domination mises
Dłubak, photographe polonais
en place au fil des siècles,
de l’après-guerre méconnu
tout en chroniquant
en France (17 janvier-29 avril),
la vie de ses compatriotes,
la fondation Henri Cartier-
blancs ou noirs, tous
Bresson exposera une série de
menacés désormais par
Robert Adams des années 1970,
la déliquescence des
où la vie, soudain, ne tient plus
valeurs démocratiques.
à rien : un panache de fumée noire
À voir absolument. N. N.
qui menace au loin. Radioactif
«David Goldblatt»
www.centrepompidou.fr ou non, l’incendie de l’usine
atomique de Denver brille encore
dans toutes les pupilles. N. N.
«Robert Adams
e Vendeuse, Our Lives and Our Children»
Orleto West, 1972 www.henricartierbresson.org

Beaux Arts I 59
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018

Art contemporain
Paris ¡ Lafayette Anticipations ¡ À partir du 10 mars
Une fondation comme une usine à rêves pour artistes
Promis, cette fondation ne ressemblera à aucune autre !
À partir du 10 mars, Lafayette Anticipations va remuer
le paysage artistique parisien, forte d’un projet hors
normes. Imaginée par Guillaume Houzé, directeur de
l’image et de la communication du groupe, cette nouvelle
institution sise au 9, rue du Plâtre, au cœur du Marais,
se consacrera aux arts
plastiques, mais aussi au design
et à la mode. «Nous n’avons pas
voulu faire une boîte à bijoux,
mais une boîte à outils pour les
artistes», promet-il. Le bâtiment
est lui aussi hors norme. Il a été
dessiné par l’architecte Rem
Koolhaas, comme une machine
high-tech dissimulée derrière
la façade la pierre de taille XIXe.
Singularité : les planchers
sont presque tous mobiles,
montant et descendant au gré
des besoins. Trois étages,
mais 49 configurations
envisageables de l’espace.
«Une multiplicité infinie de possibles», s’enthousiasme
François Quintin, qui dirige ce projet couteau suisse.
La fondation sera inaugurée avec une exposition
de l’Américaine Lutz Bacher, peu connue en France.
Au rez-de-chaussée, traversant et gratuit : boutique,
restaurant et espace de rencontre. Aux étages, les espaces
d’expositions et un studiolo destiné à des ateliers
pour petits et grands. Au sous-sol, un atelier dernière
génération, adapté aux besoins des artistes qui
trouveront là un fablab paradisiaque, mais aussi toute
une équipe dédiée à leurs quatre volontés. E. L.
«Lutz Bacher»
http://lafayetteanticipation.squarespace.com

Paris ¡ Palais de Tokyo ¡ Du 16 février au 13 mai


Neil Beloufa entre en guerre
Neil Beloufa revient au Palais de Tokyo (après une première
exposition monographique en 2012) pour un projet ambitieux
mettant en relation des productions artistiques avec des
documents, des objets et des images de guerre. «L’ennemi
de mon ennemi» sera, selon Guillaume Désanges, commissaire
associé de l’exposition, «une représentation chaotique et
parcellaire de la manière dont s’écrit l’histoire à l’ère de la
globalisation et du capitalisme tardif». Comment les discours
et la propagande figurent-ils ou bien étouffent-ils la violence
des conflits ? Comment la mémoire de la guerre est-elle
entretenue ? Le dispositif de l’exposition s’inspirera
de celui mis en place dans les musées commémoratifs
et les monuments officiels. Judicaël Lavrador
Néolibéral, 2015
«Neil Beloufa – L’ennemi de mon ennemi»
www.palaisdetokyo.com

60 I Beaux Arts
Villeneuve-d’Ascq ¡ LaM  ET AUSSI….
Du 23 février au 20 mai
Lyon ¡ MAC 
Au diapason de Du 9 mars au 8 juillet
Nicolas Schöffer Terreur plastique
C’est un spectacle, autant qu’une Quel nouveau coup de poing va
exposition, que nous promet le LaM. nous infliger Adel Abdessemed ?
Nicolas Schöffer ne mérite pas moins : L’artiste qui s’est rendu célèbre
jusqu’à sa mort en 1992, l’artiste français pour avoir sculpté dans le bronze
d’origine hongroise n’eut de cesse de le coup de boule de Zidane et
mettre la sculpture en mouvement, voire représenté en fil barbelé le Christ
en musique. Pas question donc de figer du retable d’Issenheim dévoile un
les créations de l’auteur de la Tour ensemble d’œuvres inédites. E. L.
spatiodynamique cybernétique et sonore «Adel Abdessemed
de Liège. Pour cette première L’antidote» • www.mac-lyon.com
rétrospective en France depuis cinquante
ans, tout le musée se met au diapason de Paris ¡ Monnaie de Paris 
celui qui fut accompagné, dans les années Du 13 avril au 26 août
1970, par le compositeur Pierre Henry L’Inox indien sous
et la danseuse Carolyn Carlson. Du décor les ors parisiens
du night-club Voom-Voom à Saint-Tropez

Art contemporain
Première monographie parisienne
aux émissions de télévision, en passant par
pour Subodh Gupta, le plus
ses collaborations avec scientifiques ou
célèbre des artistes indiens.
urbanistes, celui qui enchanta de lumière
À cette occasion, la Monnaie
et de métal les seventies continue à nous
dédie à cet amateur
parler d’avenir. E. L.
d’installations à grand spectacle
«Nicolas Schöffer – Rétroprospective»
www.musee-lam.fr tous ses espaces historiques,
c Nicolas Schöffer devant son rez-de-chaussée, mais aussi
la Tour Lumière Cybernétique,
son escalier d’honneur et ses
vers 1967
trois cours rénovées à l’automne.
Promesse de cascade d’inox
sur la pierre de taille XVIIIe :
un attelage détonnant. E. L.
«Subodh Gupta»
www.monnaiedeparis.fr

f Kader Attia
Reenactment, 2014
Paris ¡ Palais de Tokyo ¡ Du 16 février au 13 mai
Vitry-Sur-Seine ¡ Mac Val ¡ Du 14 avril au 16 septembre
Kader Attia en solo et en duo
avec Jean-Jacques Lebel
«C’est autour d’une guerre, la Grande Guerre, que je suis tombé en fascination pour l’œuvre
de Jean-Jacques Lebel : assemblage, réassemblage et réappropriation d’objets de mort devenus
objets d’art, sur le seuil de l’enfer, dont la force n’a d’égale que la fragilité du temps où ils furent
créés… Avoir ressenti la profonde émotion qui émane de ces objets modestement immenses fut
le début de notre dialogue.» Ainsi Kader Attia évoque-t-il Jean-Jacques Lebel, avec qui il compose
depuis quelques années une exposition en forme de conversation, transcendant les âges et les
frontières. Entre le titulaire du prix Duchamp 2016, passionné par tous les champs du savoir,
et l’enfant scandaleux du surréalisme, héraut de la culture beatnik, l’échange ne pouvait être que
vif, et vivifiant. À travers objets, textes, musiques, ces deux êtres pleins de fougue mettent
en scène la pensée d’André Breton : «On ne découvre pas un objet, c’est lui qui vient à notre
rencontre.» En parallèle, l’artiste franco-algérien a aussi les honneurs d’une
vaste exposition au Mac Val, où il devrait prolonger ses explorations
de la notion de réparation, d’une civilisation à l’autre. E. L.
«Kader Attia & Jean-Jacques Lebel – L’un et l’autre»
www.palaisdetokyo.com
«Kader Attia» • www.macval.fr

Beaux Arts I 61
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018

Art contemporain
Paris ¡ Maison rouge 
Du 23 février au 20 mai
Ce que les yeux
de Ceija Stojka ont vu
Ceija Stojka a été la voix de tout un peuple,
en brisant un terrible tabou. Plus de
quarante ans après la Shoah, cette modeste
marchande de tapis autrichienne osa
rappeler que le peuple tzigane avait lui aussi
été décimé. Et notamment toute sa famille
pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle a
gardé le silence, jusqu’au début des années
1990, où elle publia ses mémoires, malgré le
vif désaccord de ses frères et sœurs de sang.
Et elle ne se contenta pas de mots. Elle
réalisa également, à la même époque, une
centaine de toiles où elle réveille le souvenir
des trois camps par lesquels, gamine, elle
est passée : Auschwitz, Ravensbrück,
Bergen-Belsen. Le collectionneur Antoine de
Galbert fut bouleversé quand il découvrit les
œuvres de l’autodidacte. Il leur confie le soin
de clore le cycle d’expositions de sa
fondation, la Maison rouge, qui fermera
définitivement à l’automne 2018, et laissera
une immense lacune dans le paysage
artistique parisien. E. L. Paris ¡ Centre Pompidou ¡ Du 7 février au 30 avril
«Ceija Stojka» • lamaisonrouge.org
Au fil des chefs-d’œuvre de Sheila Hicks
f Sans titre, 1995 Cent fois sur le métier, Sheila Hicks a remis son ouvrage, faisant du textile, quasiment, son
unique matière première. Mais il fallut des décennies pour que la dynamique octogénaire,
américaine à Paris depuis les années 1960, soit enfin célébrée comme il se doit : bien plus
qu’une décoratrice d’intérieur qui fait feu de tout textile, une immense plasticienne, qui
réinvente la peinture avec des fils de laine, et la sculpture de ses ballots colorés. Quarante-deux
ans après la fameuse exposition Pompidou
de 1972, dans laquelle elle était l’une des
deux seules artistes femmes avec Niki de
Saint Phalle, la voilà enfin qui fait son nid
au Centre Pompidou. «Tout ce que je fais,
c’est habiter de mes créations les lieux
créés par d’autres, améliorer le moment
qu’y vivent les gens, plaide-t-elle
humblement. Si l’on travaille avec un
matériau modeste, trivial, il ne faut avoir
aucune prétention. Ce qui ne signifie pas
que le message envoyé soit insignifiant. On
ne peut expliquer cette âme du textile avec
les mots ; chaque fibre a une mémoire plus
forte que nous. Toucher est essentiel.
Toucher, c’est ne pas avoir peur, sentir que
cet objet n’est pas autre, mais une
extension de soi, qu’il appartient à ton
domaine intime.» Ou l’invention du
textitentialisme ? E. L.
«Sheila Hicks» • www.centrepompidou.fr

e Palitos con Bolas, 2011

62 I Beaux Arts
Paris ¡ Musée d'Art moderne
de la Ville de Paris
Du 26 janvier au 22 avril
Chevauchée
fantastique
avec Mohamed
Bourouissa
Nouveau western ? Mohamed Bourouissa
a fait sensation, il y a quelques années, en
révélant l’existence de ces cavaliers d’un
nouvel âge, qui n’aiment rien tant qu’errer
dans les rues de Philadelphie. Rencontrés
dans le quartier défavorisé de Strawberry Mansion, au nord de la ville, ces urban riders qui mêlent c Horse Day, 2014-2015
street culture et mythes du cow-boy sont au centre de la première exposition du jeune artiste
français d’origine algérienne dans un grand musée parisien. Articulé autour du film Horse Day,
poétique documentaire sur les écuries de Fletcher Street, où de jeunes gens apprivoisent des
chevaux abandonnés, le parcours évoque son dialogue avec cette communauté, rencontrée au
cours d’une résidence de huit mois qui donna naissance à nombre de croquis, collages et
aquarelles. Il revient aussi sur quelques-uns de ses projets phares, comme sa première série
ET AUSSI….
photographique, Périphéries, qui métamorphosait la jeunesse de banlieue en héroïne d’une
peinture d’histoire des temps modernes. Comme il l’a déjà fait l’an passé au château d’Oiron,
Marseille ¡ MP2018 
l’artiste invite aussi des artistes chers à son cœur à collaborer avec lui, au gré de différents Du 14 février au 1er septembre
workshops, composant à sa manière une communauté nouvelle. E. L.
Le temps de l’amour
«Mohamed Bourouissa – Urban Riders» • www.mam.paris.fr
Comment dit-on «je t’aime»
avé l’assent ? Marseille prend
sept mois pour conjuguer le verbe
Paris ¡ Maison de l’Amérique latine à tous les temps et faire
Du 16 mars au 21 juillet sa déclaration «aux arts, aux artistes

Art contemporain
et au territoire», comme le dit
Variations autour le dossier de presse. Featuring
d’un ovni littéraire JR, Picasso et Shéhérazade,
L’Invention de Morel est l’un des livres les plus la programmation de MP2018
profonds et les plus énigmatiques de la littérature embrasse tous azimuts, pour
d’Amérique latine. Récit de l’exil d’un condamné le meilleur, espère-t-on.
sur une île pas si déserte, ce chef-d’œuvre, Et, bien sûr, la saison ouvre le jour
paru en 1940, de l’Argentin Adolfo Bioy Casares, de la Saint-Valentin. E. L.
proche de Borges et Cortázar, sert ici de prétexte Saison culturelle «Quel amour !»
https://mp2018.com
aux digressions d’une quinzaine d’artistes, tous
sous influence du roman d’anticipation. Faut-il
Montpellier ¡ La Panacée
douter du monde, ou de son image, ou des deux ?
Du 10 février au 6 mai
Nicolas Darrot, Leandro Erlich, Julio Le Parc
ou Rafael Lozano-Hemmer répondent à leur
Le temps de l’atome
manière au kafkaïen Latino. E. L. On connaissait la cuisine moléculaire.
«L’Invention de Morel – La machine à images» Voilà désormais l’art moléculaire !
www.mal217.org
Un voyage au cœur de la matière
Sliders_lab
f à la sauce anthropocène, concocté
TMWKTM, 2009-2015 par notre confrère Nicolas Bourriaud,
grand manitou de l’art contemporain
sur tout Montpellier. L’exposition
rassemble une trentaine de jeunes
explorateurs de l’atome, comme
Dora Budor, Thomas Teurlai ou
Vivien Roubaud. De quoi faire fumer
les cerveaux ! E. L.
«Crash Test» • http://lapanacee.org

Beaux Arts I 63
EN COUVERTURE l LES PLUS BELLES EXPOSITIONS DE 2018

International

e Les Mées, 2016

Londres ¡ Hayward Gallery ¡ Du 25 janvier au 22 avril

Andreas Gursky : la mondialisation en grand format


Elle nous avait manqué, cette magnifique spectaculaire héritier de Bernd & Hilla du plus grand ensemble du quartier
galerie posée entre la Tamise et la gare Becher. Mégastar dans les années 2000, Montparnasse, à Paris, ou ses panoramas
de Waterloo ! La voilà qui ouvre à nouveau, le photographe allemand s’était fait plus immersifs du Rhin, mais aussi ses dernières
après près de deux ans de travaux, discret ces dernières années. Titulaire créations. Le tout sous la lumière zénithale
toute pimpante pour son 50e anniversaire de quelques records de vente, il revient qui envahit de nouveau le bâtiment,
derrière sa façade de béton brutaliste avec 60 de ses immenses images, paraboles grâce à la rénovation de ses verrières. E. L.
inchangée. La Hayward Gallery a confié d’un monde globalisé. Au menu, certaines «Andreas Gursky»
sa réouverture à Andreas Gursky, de ses icônes, comme son portrait froid www.southbankcentre.co.uk

Bruxelles ¡ Bozar ¡ Du 23 février au 27 mai


Sa Majesté la nature morte
Il y a du lourd au casting
eLe Lac
Léman de cette splendide exposition
et le Salève consacrée à un genre dans
avec cygnes, lequel les Espagnols ont
1915
toujours excellé : le mystique
Genève ¡ Divers lieux ¡ Toute l’année et rare Sánchez Cotán,
Requiem pour Ferdinand Hodler l’incomparable Velázquez,
le précis Meléndez,
Cent ans après sa mort, Ferdinand Hodler (1853-1918) envahit tout le radical Goya mais aussi
Genève de ses envoûtantes eaux et nuées. Riches de 150 peintures Picasso et Dalí… Soit quatre
et 800 dessins, tous les musées de la ville reviennent sur l’héritage siècles du meilleur de la
du plus grand peintre moderne suisse, qui célébra avec une nature morte, des premiers
telle acuité la nature et la lumière de son pays natal. Au musée bodegones du XVIIe siècle aux interprétations très personnelles
Rath, l’exposition principale s’attache à analyser sa figure de style des avant-gardes. Histoire d’enterrer définitivement l’idée d’une
signature, à savoir l’usage de lignes parallèles. Tandis que le musée peinture de fruits ou de fleurs appartenant à un genre mineur. S. F.
d’art et d’Histoire sort tous ses trésors le concernant, la Maison «La nature morte espagnole – Silence sur la toile»
Tavel réunit ses héritiers, et une série de concerts vient en acmé www.bozar.be
de cette année d’hommage au si mélodieux artiste. E. L. c Juan Sánchez Cotán
«Hodler 2018» • www.mah-geneve.ch Chou, melon et concombre, vers 1602

64 I Beaux Arts
Berlin ¡ Alte Nationalgalerie e Karl Friedrich Schinkel
Felsentor, 1818
Du 10 mai au 16 septembre
L’appel des lointains
Wanderlust ? C’est cette envie irrépressible
de voir le monde, ce désir insensé d’être
toujours en mouvement. Un concept très
allemand, difficilement traduisible, mais que
les artistes ont incarné merveilleusement
au XIXe siècle. Articulée autour du fameux
Voyageur contemplant une mer de nuages
de Caspar David Friedrich – tableau
jalousement conservé par la Hamburger
Kunsthalle – l’exposition berlinoise rappelle
combien parcourir la planète, se laisser
aller à l’errance, revenait alors à construire
une conscience moderne de la vie et ET AUSSI….
du monde. Brassant Rousseau et Goethe,
Venise ¡ Palazzo Grassi
l’appel à revenir à une nature sauvage
& Punta della Dogana
et la poésie tumultueuse du mouvement À partir du 8 avril
Sturm und Drang, les lointains de Hodler
Retour au calme
et les paradis trompeurs de Gauguin,
sur la lagune
elle promet d’atteindre les cimes. E. L.

International
«Wanderlust – De Caspar David Friedrich Après le tsunami Damien Hirst,
à Auguste Renoir» • www.smb.museum la collection Pinault s’offre
à un artiste plus discret, c’est
le moins qu’on puisse dire.
Le peintre allemand Albert Oehlen
est méconnu du public, et
Vienne ¡ Leopold Museum ¡ Du 23 février au 4 novembre le Palazzo Grassi compte bien,
Liverpool ¡ Tate ¡ Du 24 mai au 23 septembre en rassemblant 85 de ses toiles,
démontrer l’éclat de son talent,
Egon Schiele face à lui-même qui oscille entre abstraction et
et à Francesca Woodman figuration. En parallèle, sur le site
Punta della Dogana, le deuxième
Voilà cent ans qu’Egon Schiele
volet de l’exposition collective
(1890-1918) est mort. L’occasion de
«Dancing with Myself», dévoilée
multiples célébrations, à commencer
l’an passé au musée Folkwang
par sa Vienne natale [lire p. 132-133].
d’Essen, en Allemagne. E. L.
Au Leopold Museum, son œuvre
«Albert Oehlen»
résonne aves ses objets personnels «Dancing with Myself»
et ses écrits, notamment ses troublants www.palazzograssi.it
poèmes. À Liverpool, le peintre, entier,
excessif, sans tabou, est confronté Bâle ¡ Fondation Beyeler
à une photographe surdouée qui s’est Du 21 janvier au 29 avril
donné la mort à 22 ans, Francesca L’ogre Baselitz
Woodman (1958-1981). Offrant tous
Il a 80 ans, le bougre d’artiste !
deux de l’intimité, de la nudité, du sexe
Comptant parmi les plus grands
et des images sans concession
peintres allemands du XXe siècle,
d’eux-mêmes. D. B.
Georg Baselitz revient à Bâle
«Egon Schiele – Expression
et poésie» • www.leopoldmuseum.org sur soixante ans de carrière.
«Life in Motion – Egon Schiele / À la fois peintre, graphiste
Francesca Woodman» et sculpteur, celui qui renversa
www.tate.org.uk
la figure humaine pour la mettre
Nu debout, 1914
f
tête en bas, continue de nous
tournebouler l’œil. E. L.
«Georg Baselitz»
www.fondationbeyeler.ch

Beaux Arts I 65
L’HISTOIRE DU MOIS

Joan Mitchell
Jean-Paul Riopelle
Les amants terribles
de l’abstraction
Ils sont un peu les Frida Kahlo & Diego Rivera
de l’expressionnisme abstrait. Entre admiration
et détestation, émulation et jalousie, la peintre
américaine et l’artiste québécois ont formé,
durant vingt-cinq ans, un couple aussi fécond que
tumultueux. Pour la première fois, une exposition
commune leur est consacrée à Montréal.
Par Emmanuelle Lequeux

es amis européens la surnommaient Sauvage. Jamais la langue

S dans sa poche, pas du genre à cacher le fond de sa pensée, volon-


tiers provocatrice : la peintre américaine Joan Mitchell n’était pas
de celles qui se laissent faire par la vie, ni par les hommes. Un seul,
sans doute, sut l’apprivoiser : Jean-Paul Riopelle. Peintre lui aussi,
né au nord du même continent. Un être tout aussi doué et passionné : entre eux,
cela ne pouvait faire que des étincelles. Vingt-cinq ans de fougue et de querelles,
de suppliques et d’inspiration réciproque. Les Frida Kahlo & Diego Rivera de la
peinture expressionniste ? Un couple, en tout cas, qui fit de ses déchirures le sel
de son art. Rosa Malheur, l’appelait-il, allusion à une autre femme peintre, Rosa
Bonheur, qui fut au XIXe siècle elle aussi pionnière, dans un tout autre genre.
C’est à Paris, en 1955, que leurs destins se croisent. Riopelle a quitté son
Canada natal depuis six ans déjà. Joan Mitchell, 30 ans à peine, a abandonné
New York sur les conseils de sa psy, qui la pousse à prendre un peu de repos,
et de recul. La capitale française est alors havre de paix et de fête pour tous ses
concitoyens artistes. Mitchell y retrouve le peintre Sam Francis et toute sa
bande. Au cours d’une nuit festive, Riopelle lui est présenté. Sa carrière est
plus avancée, même s’il est à peine plus âgé, 32 ans tout juste. Nourri à l’avant-
garde montréalaise, il est attaché, dès son arrivée à Paris, au surréalisme
d’André Breton. À cette époque, déjà, de grandes expositions, en Europe
comme aux États-Unis, lui sont consacrées.

Elle devient sa muse autant que sa rivale


«Ce soir, je vais rencontrer le grand Riopelle», s’enthousiasme dans une lettre
l’Américaine, allée vers l’abstraction parce qu’elle sentait «qu’il y avait là une pos-
Joan Mitchell et sibilité, une richesse nouvelle, quelque chose d’inconnu qui en valait la peine».
Jean-Paul Riopelle
Peut-être pressentait-elle aussi qu’ils étaient faits pour se rencontrer ? Elle, la
dans le séjour
de l’atelier- sensuelle intello, lui, l’instinctif animal ? Peu après leur première entrevue, le
appartement de Québécois frappe à la porte de son atelier avec un énorme bouquet constitué de
la rue Frémicourt, toiles roulées, achetées chez Lefebvre-Foinet : le la est donné, l’histoire peut
à Paris, en 1963.
C’est ici que démarrer. Se retrouvent-ils autour de leur amour réciproque pour Van Gogh et
le couple le texte déchirant que lui a consacré Antonin Artaud, le Suicidé de la société ? Ce
emménage après soleil noir est dans leurs cieux à tous deux. Très vite, elle devient sa muse, autant
cinq années de
que sa rivale. Ensemble, ils partagent la bohème de Montparnasse, fréquentent
liaison à distance.
La cohabitation Alberto Giacometti, Alexander Calder, Samuel Beckett, Zao Wou-Ki, des critiques
est explosive. d’art comme Pierre Schneider, des marchands comme Pierre Matisse.

Beaux Arts I 67
L’HISTOIRE DU MOIS l JOAN MITCHELL & JEAN-PAUL RIOPELLE

Mais, pendant plus de cinq ans, ils vivent surtout leur lune de miel
à distance. Lui, demeure à Paris. Elle le retrouve tous les étés en France,
mais retourne dès l’automne dans son atelier new-yorkais. Outre-
Atlantique, l’artiste commence à se faire un nom. Car la bougresse a
un talent du diable. Comme Riopelle, une terrible puissance du geste,
un pinceau large et dévastateur, le refus de donner une limite au
tableau. Et elle sait, comme lui, brûler les deux bouts de la chandelle.
Rapidement, elle s’impose comme l’un des espoirs de l’expression-
nisme abstrait, seconde génération. D’Arshile Gorky elle a retenu le
geste automatique, hérité du surréalisme. De Willem de Kooning elle
apprend l’énergie du coup de brosse. De Philip Guston elle aime l’exis-
tentialisme, que sa vie parisienne ne fera que renforcer. Et de Riopelle ?
Le lyrisme, à n’en pas douter, qui va marquer sa production à partir
des années 1960. «Ma peinture n’est pas une allégorie, ce n’est pas une
histoire. Elle est plutôt comme un poème», résumera-t-elle.

«Leurs folies se complétaient»


Malgré ces influences, son style n’appartient qu’à elle. Même
Riopelle, très vite, avoue son admiration. «Je suis à l’atelier où je viens
de tenter de travailler la gouache, lui écrit-il en 1958, alors que l’ab-
sence de l’aimée lui pèse. Je ne sais pas si ça a marché mais je suis plus
content puisqu’après tout, ces grandes gouaches de 3 feet x 3 res- 1953 : Jean-Paul Riopelle pose dans son atelier de la rue Durantin,
semblent à des tableaux de toi, mon amour.» Et d’ajouter, en hom- à Paris, où il s’installe en 1949. Il fréquente les surréalistes et
mage à cet animal nocturne dont il est tombé amoureux : «Je suis des artistes américains expatriés parmi lesquels Sam Francis.

devenu ton élève modèle, j’ai même compris que la nuit pouvait être
employée à l’insomnie.» En 1959, Joan Mitchell le rejoint à Paris. Ils
résident tous deux sous les toits du XVe arrondissement, dans un petit
appartement-atelier de la rue Frémicourt. Le tumulte est leur quoti-
dien, et la consommation effrénée d’alcool n’aide pas à la mesure.
«Le début des années 1960 a été très
violent, je préfère l’oublier», confiait-
elle peu avant sa mort. Un de leurs DE L’AMÉRIQUE
À LA FRANCE
amis de ce temps se souvient : «C’était
comme deux locomotives qui rou- 1923 Naissance de
laient sur un même rail, l’une en face Jean-Paul Riopelle à Montréal.
de l’autre. Elle était complètement 1925 Naissance de
folle, lui aussi, et leurs folies se com- Joan Mitchell à Chicago.

plétaient.» Chacun garde pourtant 1955 Rencontre à Paris.

sa production très secrète, créant 1959 Mitchell s’installe


à Paris avec son amant.
dans la solitude, évitant les regards.
1964 Voyage en Corse,
Jamais ils ne collaborent. Mais peu à qui leur inspire deux séries
peu leurs abstractions se rejoignent, d’œuvres en dialogue.
sans pour autant fusionner. Douce- 1968 Le couple s’installe
ment, ils passent à une autre échelle, à Vétheuil, dans le Vexin,
se lançant dans des diptyques et tri- où Mitchell finira sa vie.

ptyques de très grand format. La 1973 Riopelle multiplie


les voyages au Canada,
mode est passée au pop, dès 1964, où il s’adonne à la pêche
Dans les années avec la victoire de Rauschenberg à et la chasse et s’initie
1960, la relation Venise ? Le couple s’en moque. Il aux cultures autochtones.
entre les deux continue de labourer la peinture 1974 De plus en plus sensible
amants s’envenime. comme un champ, d’explorer mille à la nature qui l’entoure,
Jamais en paix, Mitchell peint l’un de ses
souvent déchirés, dialogues entre la forme et l’espace, chefs-d’œuvre, Un jardin pour
ils fusionnent de creuser la surface. Et de célébrer Audrey, en hommage à une
pourtant sur le plan la nature qui les fascine, aussi. amie récemment disparue.
créatif, tout 1979 Le couple se sépare.
en gardant
À partir de 1968, ils trouvent une
leur singularité. certaine paix en s’installant à 1992 Mort de Joan Mitchell.
Riopelle lui dédie son
Vétheuil, dans le Vexin, là même où
Hommage à Rosa Luxemburg.
Claude Monet et sa famille ont
2002 Riopelle meurt
résidé entre 1878 et 1881. Le peintre dans sa maison de l’Isle-aux-
des Nymphéas a toujours été une Grues, à l’est de Québec.

68 I Beaux Arts
Alors qu’elle vit
seule à New York,
entre 1955 et 1960,
Joan Mitchell
(photographiée ici
à Paris en 1956)
voit sa renommée
rapidement croître.
Elle s’impose
bientôt comme
une figure de
l’expressionnisme
abstrait.
L’HISTOIRE DU MOIS l JOAN MITCHELL & JEAN-PAUL RIOPELLE

Joan Mitchell
Chasse interdite
Cet immense quadriptyque, réalisé six ans
avant la rupture du couple, est l’un
des premiers avertissements de la belle
à l’aimé, chasseur dans l’âme : il est
interdit de chasser en dehors de cette terre,
semble-t-elle le prévenir.
1973, huile sur toile, 280 x 720 cm.

70 I Beaux Arts
«Comme souvent, le titre est à lire en surface et en profondeur ;
l’humour n’est pas absent. Oui, c’est une “chasse interdite”,
mais surtout, il est interdit d’être chassé. Car c’est bien l’abandon
qui est interdit.» Gisèle Barreau, amie de Joan Mitchell

Beaux Arts I 71
L’HISTOIRE DU MOIS l JOAN MITCHELL & JEAN-PAUL RIOPELLE

CI-CONTRE, À DROITE
Jean-Paul Riopelle
Large Triptych
1964, huile sur toile, 276,4 x 643,7 cm.

CI-CONTRE
Joan Mitchell
Sans titre
Vers 1969, huile sur toile,
194,8 x 113,7 cm.

Dans sa demeure de Vétheuil,


dans le Vexin, où elle s’installe
en 1968 avec Riopelle et où elle
finira sa vie, Mitchell fusionne
avec la nature, et s’inspire de
la vivacité de son jardin.

72 I Beaux Arts
référence essentielle pour Riopelle. Elle, se défendra de cette interdite”, mais surtout, il est interdit d’être chassé. Car c’est bien l’aban-
influence. Même si elle participe en 1958, comme son aimé, à l’expo- don qui est interdit.» Riopelle n’entendra pas la prière.
sition londonienne «Abstract Impressionism», laquelle examine l’im- Dorénavant, la solitaire de Vétheuil veux «être libre». Elle se plaint
pact des derniers Monet sur les jeunes abstraits américains. Même si de son statut d’artiste femme méconnue, «à cause des chauvinistes
elle a tout appris en côtoyant, dès l’enfance, Seurat, Cézanne, mâles et de [du critique d’art Clement] Greenberg», rapporte le philo-
Van Gogh, Lautrec et Monet, justement, rassemblés à l’Art Institute sophe Yves Michaud, qui l’a bien connue. Et devient aussi admirée
de Chicago, sa ville natale… «Quand j’étais enfant, je croyais que toute qu’acariâtre. «Cette personnalité romantique était sismographique-
la peinture était française, à cause des noms», disait-elle. Mais Monet, ment ouverte à la nature, à la poésie – et aux autres, même si ce n’était
non, décidément ! «Ces histoires d’impressionnisme abstrait, toutes en général pas pour leur faire du bien, résume-t-il. Tous ceux qui l’ont
ces stupidités qu’on a pu écrire sur moi, je ne veux plus en entendre fréquentée ont noté sa perspicacité face à autrui, une perspicacité qui
parler, confiait-elle au Monde juste avant sa mort, en 1992. Depuis des lui faisait percer immédiatement les faiblesses de l’autre et aller droit
années, je suis poursuivie par ça parce que j’habite Vétheuil… Impres- à ses blessures.» Sa peinture demeure sa plus belle colère. «S’il y a tra-
sionnisme ! Pas du tout. Expressionnisme abstrait, alors ? Ni expres- gique ici, écrit Pierre Schneider au sujet des œuvres de cette décennie,
sionnisme abstrait, c’est complètement faux.» c’est dans la démonstration que le pire désespoir devient, en peinture,
bonheur. La peinture est ce métabolisme. L’enfer peut la réduire
En 1979, il la quitte, elle peint la Vie en rose au silence, mais quand elle parle, c’est du paradis.»
Monet est le moindre des désaccords qui déchirent le couple de plus En 1979, année de la rupture, Joan Mitchell intitule son quadrip-
en plus tumultueux. Les colères s’attisent, comme les jalousies. Riopelle tyque le plus rageur la Vie en rose. Un orage de noirs et de roses, allu-
se rend presque tous les jours à Paris, ou dans son atelier de Meudon, sion sarcastique à ses illusions perdues d’amoureuse. Épiphanie de
où il pratique la sculpture. Quand il ne part pas chasser au Canada. Avec singulières harmoniques, aussi. Rose, rosa, rosae… Quand il apprend
leurs nuées de roses et d’orangés, les toiles de Mitchell évoquent à leur la nouvelle de la disparition de son amour, frappé par le cancer, en
façon les orages de son ménage. En 1979, le coureur finit par rompre, 1992, Riopelle se lance dans la création acharnée d’un Hommage à
séduit par une amie du couple. Mais dès 1973, Mitchell avait prédit la Rosa Luxemburg. Une fresque de 30 toiles, lettre d’amour cryptée à la
fin de leur histoire, dans sa toile Chasse interdite. Son amie Gisèle belle Mitchell, dont elle seule saurait lire tous les détails. «Aujourd’hui,
Barreau l’interprète ainsi : «Comme souvent, le titre est à lire en surface il n’y a plus de Rosa Malheur. Il n’y a même plus de Rosa Bonheur.
et en profondeur ; l’humour n’est pas absent. Oui, c’est une “chasse Toutes les Rosa sont mortes», aurait-il alors soupiré. Q

Réunis trente-huit ans après leur séparation «Mitchell/Riopelle


Un couple dans la démesure»
Deux géants, deux amants, deux rivaux… Jean-Paul Riopelle et Joan Mitchell n’ont quasiment jamais été jusqu’au 7 janvier • musée
mis en dialogue dans une exposition. Les voilà enfin réunis, trente-huit ans après leur séparation, autour national des Beaux-Arts
d’une soixantaine d’œuvres majeures, la plupart de grand format. Ces amoureux des grands espaces du Québec • parc de Champs
de bataille • +1 418 643 2150
et de la nature ont, chacun à leur manière, inventé une abstraction lyrique pleine de fougue et d’éclat. www.mnbaq.org
Ancienne patineuse sur glace, Mitchell considérait la peinture comme un corps-à-corps avec les éléments,
une quête effrénée pour restituer au regardeur un «sentiment» de nature. Tout aussi physique, Riopelle, > L’exposition sera programmée
cet été au Fonds Hélène
héritier du Monet tardif des Nymphéas, s’attaquait à la toile à coups de couteau ou de spatule. Cette & Édouard Leclerc pour la culture,
exposition exceptionnelle se met à l’écoute de leurs conversations secrètes et tumultueuses. E. L. à Landerneau (Finistère).

Beaux Arts I 73
RÉTROSPECTIVE l CENTRE POMPIDOU
Jusqu’au 26 mars

César,
la casse internationale
Et si César avait préfiguré, «deux ans à l’avance, les recherches des sculpteurs
minimalistes» américains ? Telle est la thèse de Bernard Blistène, qui lui
consacre une rétrospective au Centre Pompidou. Et si le directeur du musée
national d’Art moderne avait raison ? Flash-back.
Par Judicaël Lavrador

la télévision, sur Antenne 2 (une chaîne

À
L’artiste
datant de bien avant l’invention du Net), lors dans son atelier
parisien de
de la cérémonie de remise des trophées de la rue Lhomond,
l’Académie du cinéma, auxquels il donna son en 1967.
nom, César avait toujours droit à son gros
plan. La France entière le reconnaissait. Mine bonhomme,
barbe rieuse, silhouette ronde, il tranchait avec le port altier
et glamour des stars du grand écran. Il incarnait le grand
artiste qui n’a pas oublié d’où il vient. Le type réconfortant
et familier avec ce qu’il faut d’impressionnant et d’intimi-
dant. Fils d’un père et d’une mère d’origine italienne, tenant
un bar dans le quartier de la Belle de Mai à Marseille, César
faisait œuvre chez les ferrailleurs et les chiffonniers, les
maîtres verriers et les compagnons. Leurs techniques et
leurs outils, l’arc à souder, la presse hydraulique puis la
chimie des mousses polyuréthanes qui se répandront en
bouillonnantes Expansions, sont aussi les siens.
César, pouvait-on légitimement se dire autour du poste,
César est des nôtres. D’autant que ses sculptures monu-
mentales paradaient déjà en place publique. Le Centaure,
dont la tête est un autoportrait, trône à Saint-Germain-
des-Prés tandis que les Pouces se lèvent un peu partout, à
La Défense, à Séoul en 1988, à l’occasion des Jeux olym-
piques, au milieu d’un rond-point à Marseille… Quant à ses
Compressions, «elles sont une forme que n’importe qui peut
visualiser à son simple énoncé (comme la tour Eiffel)», ainsi
que ne craignait pas de l’écrire Éric Troncy, en 1998, à l’oc- snobisme des institutions et des conservateurs, cette aris-
casion de la dernière exposition qui s’est tenue du vivant tocratie de l’art qui lui reproche sans doute d’en avoir trop
de l’artiste au Consortium de Dijon. fait ou, pire, d’avoir trop «refait». Le Centre Pompidou, qui
lui consacre cette rétrospective vingt ans après sa mort, fait
Une œuvre «à rebondissements» amende honorable en soulignant qu’il «tarda à reconnaître
Cette célébrité sans égale dans le milieu de l’art, César, en lui davantage qu’un maître du passé». Pour autant, César
pourtant, rechigna à l’endosser. En 1991, à un journaliste n’est pas cité plus que cela par les jeunes artistes, pourtant
lui demandant ce que ça lui faisait «d’être un artiste prompts à dégainer les sources de leurs travaux, ni davan-
reconnu et très médiatique», César répondait, boudeur : tage par les jeunes commissaires, toujours prêts à exhumer
«Connu de qui ? J’ai 70 ans et le plus grand musée de mon des figures un peu oubliées, ni même par les galeries, qui
pays, Beaubourg, ne m’a jamais exposé.» Fausse modestie n’hésitent pas à remontrer Julio Le Parc, Raymond Hains,
d’un artiste qui enchaîne les expositions dans le monde Jacques Villeglé. La faute à qui, à quoi ? À cette célébrité
entier, couvert d’honneurs jusqu’au Japon où il reçoit le encombrante qui empêche quiconque de prétendre sortir
Praemium imperiale ? Ou bien expression d’une blessure César de l’ombre, lui qui ne l’a jamais connue ? Ou bien à la
profonde et sincère ? César, en tout cas, n’ignore pas le difficulté à faire face aux questions ouvertes par la succes-

74 I Beaux Arts
Les Compressions
Blu Francia 490
Il n’y a pas qu’une espèce
de Compressions : César a modulé le rôle
de la presse et son propre pouvoir
de décision, jusqu’à cette ultime série
de 1998 où la tôle broyée fut renvoyée
à l’usine Fiat pour y être peinte
uniformément aux couleurs métallisées
de la marque.
1998, compression d’automobile, tôle peinte,
170 x 84 x 80 cm.
RÉTROSPECTIVE l CÉSAR

«J’ai eu plusieurs vies, plusieurs maisons,


plusieurs époques. Je ne renie rien. Je demande seulement
qu’il y ait plusieurs lectures.»

sion et dont la presse s’est régulièrement fait l’écho ? Plus


sûrement au fait que l’œuvre de César est un «feuilleton à
rebondissements» (Éric Troncy, encore). Feuilleton qu’il
faut suivre de près si l’on veut saisir toute l’originalité d’une
sculpture qui fut, dès la fin des années 1950, adoubée par
Picasso, avant d’entrer dans le giron critique d’un Pierre
Restany et des Nouveaux Réalistes (dans les années 1960),
pour aujourd’hui être reconsidérée à l’aune du minima-
lisme américain.
César, en 1988 : «J’ai eu plusieurs vies, plusieurs maisons,
plusieurs époques. Je ne renie rien. Je demande seulement
qu’il y ait plusieurs lectures : on y trouvera l’académie, le
besoin de renouvellement, le quotidien, le témoignage face
à la civilisation industrielle, l’abstraction, la fascination des
matières nouvelles, mon désir de remettre de l’ordre, mon
besoin de détruire, de reconstruire.» L’exposition déroule
les épisodes : les Fers soudés, les Compressions, les
Empreintes humaines, les Expansions, les Enveloppages,
moins connus, qui consistent à plier autour d’objets des
feuilles de Plexiglas chauffées avant qu’elles ne se figent en
plis et drapés baroques et translucides. Enfin, les fontes de
fer, recyclages de pièces anciennes, viennent réaffirmer
une revendication de l’artiste : «refaire des choses nou-
velles», selon le titre de deux de ses dernières expositions,
l’une à Cluny et l’autre à Dijon.

Sculpteur au four et au moulin


Les différents types d’œuvres ne se succèdent pas en
ordre linéaire au cours de la carrière de César. Le rythme des
épisodes est plutôt celui auquel obéit une matière toujours
plus malléable à mesure des traitements qu’on lui inflige.
Chauffer, souder, assembler, refroidir, compresser, pulvéri-
ser, colmater, couper : le répertoire des gestes et des expéri-
mentations techniques de César est interminable. César est
un sculpteur au four et au moulin, c’est-à-dire qu’il est de
ceux qui, besogneux, prennent en charge toute la chaîne de
fabrication, de la récupération du matériau à sa transfoma-
tion, à sa retransformation. De ceux qui, les mains dans le
cambouis, n’ont pas le temps de s’interrompre pour théori-
ser. L’intelligence de la main… Casque de soudeur remonté
sur le crâne, les moustaches au poil, la faconde méridionale,
il reçoit la télévision française en juillet 1969, un an après
Mai 68 donc. Le journaliste lui demande s’il s’intéresse «à
la société, aux théories, tout ça…». Et César de répondre :
«La société m’intéresse, mais les théories ne m’intéressent
Les Empreintes humaines pas. Je ne suis pas un théoricien. Vous savez, pour travailler,
il ne faut pas trop penser. Parce qui si on pense trop, on ne
Le Pouce fait plus rien. Pour travailler, il faut avoir un certain degré
Le Pouce, chez César, est une ode au travail manuel et le signe optimiste de bêtise. Parce qu’être trop intelligent peut vous empêcher
que l’art est en prise avec le réel le plus tangible. Monumental, aussi de travailler, non ? Enfin, j’imagine. Heureusement
quand il est installé dans l’espace public (en l’occurence devant
le Centre Pompidou, le temps de l’exposition), il peut aussi se décliner pour moi, je ne suis pas tellement intelligent. Comme ça je
en format poche (ou presque) comme dans cette version cristalline. peux consacrer des heures à faire un certain travail sans
1989, cristal de verre, édition Baccarat, 42 x 23 x 23 cm. réfléchir.» Sans doute, César force le trait. Il s’est un peu

76 I Beaux Arts
Les Fers soudés
Aile
César commence dans l’art avec des Fers soudés,
évoquant, dans le méli-mélo de chutes de métal
aux reflets chromatiques variés, des espèces
animales ou bien des «ailes», motif qui défie
la lourdeur du matériau.
1955, fer soudé, tôle, 167 x 103 x 44 cm.
RÉTROSPECTIVE l CÉSAR

«Pour travailler, il faut avoir un certain degré


de bêtise. Parce qu’être trop intelligent peut vous empêcher
aussi de travailler, non ? Enfin, j’imagine.»
mêlé de théorie quelques années auparavant, en adhérant Aujourd’hui, oui, on commence à se rendre compte que
au mouvement des Nouveaux Réalistes, réunis par Pierre son œuvre doit être affranchi du cadre trop étroit du Nou-
Restany sous la bannière de «la beauté de la nature urbaine, veau Réalisme. Bernard Blistène, directeur du musée natio-
industrielle et publicitaire». nal d’Art moderne en charge de l’exposition : «En insistant
Pour le critique d’art à peine trentenaire à l’époque, «la sur “la découverte de la nature industrielle et urbaine”, sur
ville, la fabrique, le tissu du quotidien, le monde indutriel, l’appartenance de ces œuvres à l’univers technologique,
la voiture, la production de masse deviennent» dans les Pierre Restany occultait la dimension formaliste de ces
œuvres des artistes qu’il défend «une source de poésie et masses parallélépipédiques qui préfigurent, deux ans à
de langage». Très loin du lyrisme futile et fuyant de la pein- l’avance, les recherches des sculpteurs minimalistes.» Les
ture de chevalet, celle de l’École de Paris, alors dominante, Compressions, est-il ainsi suggéré, pourraient n’être plus
les Nouveaux Réalistes se saisissent d’un monde en pleine vues seulement comme des carcasses de bagnoles écrasées,
transformation. On a compris depuis que César, déjà bribes d’un réel cabossé, mais bien davantage comme des
reconnu à l’époque, servit de caution à ses compères. formes géométriques compactes, des blocs stressés, raides
Arman le reconnut sans façon, déclarant : «César nous ser- et autonomes. Des sculptures valant pour elles-mêmes,
vait de caution sérieuse. C’était un vrai artiste, lui, un type pour leur solidité et pour leurs effets de surface compliqués :
sérieux, vous voyez. Restany était ravi. Ravi. Tu te rends quand la ligne d’un pare-chocs vient s’enrouler autour
compte de l’aubaine ?» d’une portière surmontée d’une aile, la sculpture se fait abs-
traite et sa peau, ridée, devient un dessin. Voire «une pièce
musicale», selon l’artiste Lilian Bourgeat qui, en 1996,
assista César pour son exposition à Cluny : «Devant les
Les Enveloppages Compressions, on entend résonner les crissements métal-
liques de la casse qui les a fabriquées. Ces œuvres me rap-
pellent Box with the Sound of Its Own Making (1961) de
Robert Morris [une boîte en bois émettant le son de sa fabri-
cation, enregistré par l’artiste conceptuel américain]. J’ad-
mire aussi le Pouce parce qu’il renvoie à la préhension de
toute chose, aux gestes des hommes préhistoriques pei-
gnant avec leurs doigts.» A contrario, si Caroline Mesquita,
récente lauréate du prix Ricard avec des assemblages de
morceaux de métal, a pu être «intriguée par le travail de
César, c’est pour ces gestes de sculpture où il n’y avait
presque aucune action de la main : la mousse semblait se
sculpter d’elle-même et les objets se métamorphosaient
dans la compression. Les résultats formels sont incroyables.»

Palette industrielle
Les résultats chromatiques ne le sont pas moins. César
fut aussi un grand coloriste. Dans son ultime série, la Suite
milanaise compresse 15 Fiat, avant de les renvoyer à l’usine
de Turin pour qu’elles soient repeintes dans les couleurs
laquées et métallisées de la gamme de la marque italienne,
couleurs qui donnent leur nom à chacune des pièces (Verde
Wembley 396 ou Shock Red 165). On pourrait gloser sans fin
sur ce protocole. Il revient à laisser la main et la palette à
l’industrie et à ses cahiers de tendances. Il revient aussi à
livrer une version pimpante et glamour des Compressions
dont la peau avait plutôt pour coutume de gercer, de s’écail-
ler et d’encanailler la sculpture, pour qu’elle soit de rouille
et de d’os (les fers donnent forme à des squelettes de créa-
tures). Quoi ? César ne serait plus seulement ce sculpteur
métallo, manuel, massif ? C’est l’un des enjeux de l’expo-
Enveloppage
sition : montrer que l’œuvre, délestée de la superbe et de la
Avec les Enveloppages, César donnait voix, disait-il, au «langage organique
de la matière […]. Ce qui compte, c’est la beauté de la matière, et toutes les matières faconde de son auteur, fait bloc et pèse de tout son poids. Q
sont précieuses quand je leur parle : le pneu, l’or, le papier, la tôle.»
1971, machine à écrire et Plexiglas, 40 x 40 x 50 cm.
Visitez l’exposition en vidéo sur… www.beauxarts.com

78 I Beaux Arts
Les Expansions
Expansion – Bouilloire
Les Expansions, réalisées initialement en public et sous une forme éphémère,
seront pérennisées par l’artiste, après qu’il a découvert comment durcir
la mousse de polyuréthane. César, affutant sa technique, a toujours été avide
de nouveaux matériaux.
1967, mousse polyuréthane, fer blanc, 41 x 39 x 22 cm.

César dans son atelier avec un masque en plâtre


du cardinal de Richelieu, en 1994.

Des découvertes et des chefs-d’œuvre «César


La rétrospective»
Au Centre Pompidou, les 50 années de création de l’artiste, mort à 77 ans, sont déroulées à travers 130 pièces jusqu’au 26 mars
présentées dans un espace débarrassé des cimaises afin que l’exposition entretienne un rapport franc et Centre Pompidou
place Georges Pompidou
transparent avec la ville, comme celui que César avait noué avec le réel urbain. Organisée autour des grands 75004 Paris • 01 44 78 12 33
cycles de l’artiste (des Fers soudés aux Compressions, des Expansions aux Empreintes humaines agrandies), www.centrepompidou.fr
ponctués de chefs-d’œuvre (la Victoire de Villetaneuse de 1965, la Compression Ricard de 1962, le Sein – dont Catalogue éd. Centre
le modèle était une danseuse du Crazy Horse –, sans oublier le Pouce ou les Expansions), la rétrospective Pompidou • 256 p. • 39,90 €

laisse place aussi à quelques pans moins connus de l’œuvre, notamment les Enveloppages. 9Hors-série Beaux Arts
Éditions • 60 p. • 9 €

Beaux Arts I 79
EXPOSITION l NATIONAL GALLERY
Jusqu’au 18 février

Le gris, couleur
à sensations
En peinture, la grisaille, loin
d’être dépressive, se révèle être
une formidable couleur, complexe
à souhait, et riche de possibilités
pour les artistes. Démonstration
à la National Gallery de Londres
dans une sobre exposition
où Ingres mais aussi Dürer,
Mantegna et Gerhard Richter
se déclinent en nuances de gris.
Par Sophie Flouquet

Jean-Auguste-Dominique Ingres
et son atelier
Odalisque en grisaille
Non, ceci n’est pas une vulgaire photocopie
en noir et blanc de la Grande Odalisque.
Il s’agit bel et bien d’un choix délibéré
de la part d’Ingres que de revisiter
son chef-d’œuvre dans cette version
en grisaille hautement sensuelle.
Vers 1824-1834, huile sur toile, 83,2 x 109,2 cm.
EXPOSITION l LE GRIS, COULEUR À SENSATIONS

Jan Van Eyck


Diptyque de
l’Annonciation
(l’Archange
Gabriel et la
Vierge Marie)
Inspiré par
la préciosité
des retables de
dévotion en
ivoire, Van Eyck
peint cette
Annonciation
sculpturale tel
un trompe-l’œil
virtuose qui
déborde du cadre
contraignant
de son diptyque.
Vers 1433-1435,
huile sur bois,
38,8 x 23,2 cm
(panneau de gauche),
39 x 24 cm
(panneau de droite).

lus abstraite. Plus troublante aussi que sa implacable modernité. Étonnamment, il ne fut jamais livré

P version originale en couleurs. Qu’a donc voulu


signifier Ingres (1780-1867) lorsqu’il a lui-
même reproduit en grisaille, et dans un format
plus petit, sa magistrale Grande Odalisque
(1814), conservée au Louvre ? Dix ans après avoir livré sur
toile son idéal de beauté féminine, le maître n’a pas précisé
quelles étaient ses motivations lorsqu’il s’est adonné à un
à Caroline Murat, reine de Naples et sœur de Napoléon Ier, à
qui il était destiné, et demeura dans l’atelier de l’artiste
jusqu’à sa mort, en 1867, sa famille le conservant jusqu’en
1937. Accroché aux cimaises du Metropolitan Museum de
New York dès l’année suivante, il devint une œuvre clé pour
de nombreux peintres américains, de Willem de Kooning à
Kerry James Marshall, lequel avoue déceler en cette oda-
tel exercice, non pour copier simplement son chef-d’œuvre lisque une fascinante «pure image». Les gris subtilement
– il en réalisa cinq versions différentes – mais pour le distillés y révèlent la quintessence du dessin ingresque.
peindre dans cette palette restreinte de noirs et de blancs.
Cette odalisque aux mille nuances de gris était-elle desti- Esquisse ou œuvre autonome ?
née à définir très précisément les jeux d’ombre et de lumière Une même force d’abstraction s’exprime dans l’étude de
de son tableau, servant ainsi de guide pour les artisans qui draperie exécutée par Albrecht Dürer (1471-1528) plusieurs
allaient la reproduire en gravure ? A-t-elle été peinte pour siècles auparavant. Cette femme vêtue du costume tradi-
l’enseignement des nombreux assistants qui gravitaient tionnel des Pays-Bas, vue de dos, isolée sur un fond noir,
autour de son atelier ? Qu’importent les certitudes relatives devient, en quelques traits à l’encre rehaussés de blanc, un
à ces intentions putatives : ce nu, que le peintre a pris soin monumental volume aux plis cassés, une sculpture fanto-
de dépouiller de tous ses attributs orientalisants originels, matique. Simple esquisse réalisée en souvenir d’un voyage ?
l’abstrayant totalement de son contexte, demeure d’une Plaisir égoïste de l’artiste qui affirme là sa virtuosité ?

82 I Beaux Arts
Albrecht Dürer Tête de femme
L’un des plus stupéfiants dessins de Dürer. Cette monumentale tête de femme, aux carnations polies telle
une figure de bronze, est magnifiquement modelée à la brosse grâce à de subtiles touches de blanc.
1520, dessin au pinceau à l’encre noire et grise, rehaussé de blanc sur papier, 32,4 x 22,8 cm.

Beaux Arts I 83
EXPOSITION l LE GRIS, COULEUR À SENSATIONS

Célestin Joseph Blanc Tête de jeune fille


Alors que la photographie commence à s’imposer,
Blanc tente avec cette peinture hyperréaliste
de rivaliser avec ce nouveau médium.
1867, huile sur bois, 26,7 x 21,6 cm.

Qu’ils soient de la main de Jan Van Eyck ou de Giovanni


Bellini, ces fascinants dessins suscitent toujours les mêmes
interrogations. Sont-ils de savants travaux préparatoires,
des études destinées à poser les contrastes, à tenter des
clairs-obscurs et expérimenter des volumes qui seront tra-
duits en couleurs sur panneau ou toile ? A contrario, sont-
ils des créations achevées ? La qualité technique de certains
de ces dessins, parfois datés, signés ou monogrammés – ceux
de Dürer notamment –, tout comme leur statut d’objets col-
lectionnés par des amateurs avertis laissent supposer qu’ils
ont pu être pensés de manière autonome. L’atteste cette
autre feuille de Dürer, encore lui : une sculpturale tête de
femme dont aucun équivalent n’a été retrouvé dans ses créa-
tions en couleurs. Ses traits brossés magistralement, a priori
sans travail préparatoire, confèrent à ce visage aux yeux clos
un effet de matière proche du métal poli. Le dessinateur sur-
passerait-il l’orfèvre ou le bronzier ?

Inverser l’échelle des valeurs


L’histoire de l’art s’est nourrie de ces incessants débats
Albrecht Dürer sur la supériorité supposée de telle ou telle pratique. Ce
Femme en robe néerlandaise vue de derrière (Étude de drapé) paragone, ou comparaison (parallélisme) entre les arts,
Les études de draperies sont un sujet de prédilection pour les artistes. revivifié à la Renaissance, aura constitué un étonnant
Sous le crayon de Dürer, elles en deviennent des œuvres abstraites à part entière. moteur pour la création. Au Moyen Âge, ce combat se place
1521, pinceau et encre noire rehaussée de blanc, arrière-plan au pinceau et encre noire,
sur un terrain spécifique, celui de la théologie. La peinture
sur papier préparé gris-violet, 28 x 21 cm.
et ses sujets sont religieux. D’où l’utilisation de la couleur
dans un crescendo précis, alors que la grisaille – le noir est
encore assimilé au démon – cadre l’espace, orne les pan-
neaux extérieurs des retables, met en condition avant la
confrontation au sacré, traité quant à lui en couleurs.
Quelques exceptions sont suffisamment singulières pour
être relevées. Ainsi des précieuses miniatures que Jean

84 I Beaux Arts
Eugène Carrière Maternité (Souffrante)
En restreignant délibérément sa palette à cette grisaille brune, traitée dans un épais sfumato, le peintre symboliste veut exprimer l’angoisse
profonde qui anime cette Mater dolorosa moderne, qui a pris les traits de sa femme tenant sa fille aînée dans ses bras.
Vers 1896-1897, huile sur toile, 81,3 x 65,4 cm.

Beaux Arts I 85
EXPOSITION l LE GRIS, COULEUR À SENSATIONS

Pucelle (mort en 1334) peignit en noir et blanc dans le Livre Comme en témoigne Van Eyck, c’est bien là que se situe
d’heures de Jeanne d’Évreux, réservant la grisaille aux la grande affaire du gris : il est un formidable outil pour riva-
scènes de la Passion du Christ, soit l’acmé du manuscrit. liser avec la sculpture. Au XVIe siècle, dans le sillage de
Jan Van Eyck se détache tout autant des préjugés religieux Leon Battista Alberti ou de Léonard de Vinci, les peintres
lorsqu’il peint la Vierge et l’archange Gabriel en deux s’attachent à démontrer la prééminence de leur art, produit
figures tridimensionnelles débordant largement du cadre de leur intellect et non de leurs seules mains. L’enjeu est
de leur diptyque. Van Eyck a enfreint la règle : ses grisailles majeur car il s’agit d’affirmer la place de l’artiste dans la
constituent le sujet principal de ce retable de dévotion, société comme acteur des arts libéraux et non mécaniques.
l’Annonciation. Peindre ou dessiner dans une gamme D’où cet attachement à le prouver par le biais de peintures
chromatique restreinte, même aussi austère que celle d’un hautement illusionnistes. Parmi les cadors de cette ten-
mélange de noirs et de blancs, s’apparente alors à un geste dance, citons l’Italien Andrea Mantegna qui, fasciné par les
d’émancipation, à un acte libérateur qui permet à l’artiste marbres antiques qui surgissaient alors du sol romain,
de se concentrer sur une esthétique purement formelle. Or modèle ses figures en utilisant ce que Pline l’Ancien avait
cette extrême réduction des moyens chromatiques n’est appelé color lapidum, la couleur de pierre. D’autres artistes
pas synonyme de simplicité, bien au contraire. Procéder vont se spécialiser dans cette technique du trompe-l’œil en
ainsi tout en nuances, en dégradés, par variations de tons, grisaille – qui s’avère aussi plus abordable pour des ache-
requiert une grande maîtrise technique, un savant dosage teurs ou commanditaires moins fortunés, les pigments
des noirs inspiré souvent du savoir-faire des graveurs. demeurant un matériau onéreux – tel l’oublié Martin-
L’Allemand Hendrick Goltzius (1558-1617), très réputé en ce Joseph Geeraerts (1707-1791), réputé pour ses copies de bas-
domaine, s’est illustré avec de rares et étonnants grands reliefs antiques ou de sculptures monumentales de ses
formats de pen paintings, ou copies au crayon sur toile, de contemporains. Lorsqu’on les observe de loin, l’illusion est
ses propres gravures ! Une manière, en somme, d’inverser parfaite ! Troubler la perception, c’est ce qui semble avoir
l’échelle des valeurs, cette hiérarchie des arts, quand la gra- tout autant animé Eugène Carrière (1849-1906) lorsqu’il a
vure est censée n’être qu’un art de reproduction. peint cette émouvante maternité figurant sa femme et sa
fille aînée, floutées comme elles pourraient l’être sur une
photographie surexposée. Échappant au naturalisme de
la représentation, le symboliste s’attache à la suggestion
d’un état psychologique, d’un trouble qui nimbe cette
madone moderne à l’aura tourmentée par la crainte de la
mort. Nul hasard si l’esthétique de Carrière marqua
quelques pionniers de la photographie, dont le pictorialiste
américain Edward Steichen (1879-1973).

La «couleur idéale» de Gerhard Richter


Tel un médiateur entre les arts, le gris brouille ainsi les
pistes. Même sentiment avec le portrait d’un autre oublié
de l’histoire de l’art, Célestin Joseph Blanc (1818-1888). Sa
jeune fille figurée de profil comme sur une médaille à l’an-
tique, à la texture veloutée, est-elle une photographie ou
une peinture ? Pour le regardeur, le doute existe. Une telle
ambivalence a séduit jusqu’à l’Allemand Gerhard Richter,
confessant sa passion pour le gris : «Je pense que le gris est
une couleur importante – la couleur idéale […] pour les
états d’âme et les situations qui nous affectent.» Le grand
portrait de Helga Matura assise sur les genoux de son fiancé
puise lui aussi son inspiration dans la photographie, avec
laquelle il veut pourtant garder ses distances. Sauvagement
assassinée, la prostituée avait fait la une des magazines
allemands dans les années 1960. Richter a réutilisé l’une
des images de ce fait divers, volontairement peinte sans
contours nets et précis. L’artiste en convient : le gris est à la
fois objectif et ambigu. Il est une couleur entre le visible et
l’invisible. Peindre en grisaille prend alors un sens que lui
Martin Joseph Geeraerts Jeux d’enfants avait sûrement attribué Ingres : il offre la possibilité de
Sculpture ? Grand maître de l’illusionnisme, l’artiste flamand tester les limites de la peinture en faisant exercice de
s’était fait une spécialité de ce type de peinture imitant virtuosité, certes, mais avant tout en brouillant la percep-
avec brio les bas-reliefs à l’antique. À s’y méprendre.
tion de l’image. Aiguisant ainsi, toujours davantage, le
Vers 1740-1790, huile sur toile, 140,5 x 101,5 cm.
pouvoir de l’imagination. Q

Pour aller plus loin… www.beauxarts.com

86 I Beaux Arts
Gerhard Richter
Helga Matura et son fiancé
Richter a souvent réduit sa palette
chromatique. Ici, il verse dans les gris
floutés pour cette œuvre de sa série
de photo-peintures. «Je n’ai jamais
trouvé quelque chose qui manquait
dans une toile floue. Au contraire,
vous pouvez y voir beaucoup plus
de choses que dans un tableau exécuté
avec une extrême netteté.»
1966, huile sur toile, 200 x 100 cm.

Ni blanc ni noir
À la National Gallery
de Londres, comme toujours,
tout est parfait. Les œuvres sont
somptueuses, l’accrochage
est au cordeau. Certes.
Mais cette exposition déçoit
par son propos un peu court,
son approche trop formelle,
son titre décalé («Monochrome,
peindre en noir et blanc»),
laissant délibérément de côté
l’histoire et la complexité de
ces deux couleurs, pourtant
passionnantes. Heureusement,
des ténèbres émerge une
belle surprise, cette vision
du gris dans l’art, sans toutefois
l’expliciter véritablement.
Car si le noir avait été le vrai
sujet n’auraient été oubliés
ni Goya, ni Redon, ni Matisse,
ni même Pierre Soulages.
Étrange parcours dont
l’on sort brutalement, réveillé
par la salle psychotrope
d’Olafur Eliasson, éclairée
de vifs néons… jaunes.

«Monochrome, Painting
in Black and White»
> Jusqu’au 18 février
National Gallery • Trafalgar
Square • Londres
+44 20 77 47 28 85
www.nationalgallery.org.uk
> Du 21 mars au 15 juillet
Museum Kunstpalast
Ehrenhof 4-5 • Düsseldorf
+49 211 56 64 21 00
www.smkp.de

Catalogue éd. National Gallery


240 p. • 19, 95 £

Beaux Arts I 87
EXPOSITION l GALERIE TEMPLON
Du 13 janvier au 10 mars

Entretien avec Pierre & Gilles

«Bernard Buffet nous


a beaucoup marqués»
Vous pensiez avoir tout vu, tout lu sur le duo le plus scintillant
de l’art contemporain français ? Leurs derniers travaux exposés chez
Daniel Templon, à Paris, devraient vous surprendre… Rencontre.
Propos recueillis par Alain Quemin

Gilles : Pour ma part, j’ai été élevé dans une famille très reli-
gieuse. L’un de mes frères est moine, l’une de mes tantes était
nonne, et j’ai été moi-même enfant de chœur ! Avec mes
parents, nous visitions toutes les cathédrales et les églises.
Pourtant, à 18 ans, en arrivant à Paris, j’ai mis la religion de
côté. C’est ce voyage en Inde qui a produit une réconciliation.
Ce qui nous a fascinés, c’est que la religion y est présente
dans la vie de tous les jours : les acteurs de cinéma y sont
presque des divinités. Et la religion chrétienne à Goa est
quelque chose de stupéfiant. Imaginez sainte Thérèse de
Lisieux recouverte de couleurs et de paillettes !

Quelles ont été vos autres influences ?


Gilles : J’ai grandi au Havre. En toute logique, mon père
aimait beaucoup les impressionnistes. Nous allions très
souvent voir des expositions à Paris, j’allais au Louvre et,
40 ans (Pierre & Gilles) très jeune, le premier peintre qui m’a marqué, c’est Bernard
2016, acrylique sur photographie imprimée par jet d’encre sur toile
et encadrée, 123,5 x 102 cm.
Buffet : j’achetais des petites cartes postales, des reproduc-
tions dont je tapissais les murs de ma chambre : il me faisait
rêver. Petit à petit, j’ai découvert de nombreux autres
Dans l’espace de la galerie Templon où sont exposées artistes et, vers 15-16 ans, le pop art, Andy Warhol, Martial
vos nouvelles œuvres, le premier tableau est celui Raysse, Niki de Saint Phalle, la photographe Diane Arbus…
d’un homme en train de prier. L’iconographie Le cinéma, aussi, m’a beaucoup marqué.
religieuse est, depuis longtemps, très présente dans Pierre : Je suis originaire d’une plus petite ville de province :
votre travail. Avez-vous été élevés dans la religion ? la Roche-sur-Yon. C’était donc le cinéma qui me passion-
Pierre : Au catéchisme, j’aimais ces histoires de saints nait, les boutiques dans lesquelles j’achetais des portraits
qui faisaient voyager. J’adorais aussi la Sainte Vierge. Un de vedettes, la plupart signés de Sam Lévin, que j’adorais.
jour, elle m’est même apparue alors que je venais de me J’avais découvert toute une pile de vieux Cinémonde des
brûler ! Mais toute cette influence religieuse, nous l’avons années 1950 et 1960. Le cinéma, je le vivais à travers ces
redécouverte ensemble quand nous nous sommes rendus magazines, ces photos. Ce sont les premières images qui
en Inde. L’approche très colorée des Indiens nous a donné m’ont marqué. Ensuite, en tant que photographe, j’ai
l’envie de créer des images de saints. découvert Helmut Newton et Guy Bourdin.

88 I Beaux Arts
Comment avez-vous découvert
l’Américain James Bidgood,
icône underground des
années 1960, considéré
comme l’un des inventeurs
de l’esthétique gay ?
Gilles : Quand je suis arrivé à Paris à
18 ans, j’étais plutôt solitaire et je me
rendais souvent aux séances tardives
de la Cinémathèque, où l’on projetait
des œuvres assez rares. Une fois, alors
que j’y étais allé pour voir un film de
Warhol, la Cinémathèque a annoncé
qu’elle n’avait pas pu en obtenir la
copie et qu’ils allaient donc passer
un long-métrage jamais montré en
France, Pink Narcissus (1971), le chef-
d’œuvre homoérotique de Bidgood,
autoproduit et tourné durant sept ans
dans son appartement. Ça a été le
choc de ma vie. Il n’était pas signé
James Bidgood mais Anonymous.
J’ai été complètement fasciné par ce
film, où je retrouvais ma sensibilité.
Pierre : Le film est sorti un an plus tard
à Paris, mais seulement dans de
toutes petites salles. Plus tard, nous
avons rencontré à New York James
Bidgood. Il souhaitait nous connaître
et était adorable.

Pour votre nouvelle exposition,


pourquoi avoir choisi ce titre :
«Le temps imaginaire» ?
Gilles : Dans le mot «imaginaire», il y a le mot «image», c’est Faut-il y voir un hommage ? La Mort
un élément très important dans notre œuvre. Ce thème Gilles : Oui. Pour moi, Bernard Buffet est un artiste très de Bernard
allait aussi avec nos créations car nous réinventons le Buffet
moderne. Dès mes 18 ans, je suis allé voir toutes ses exposi-
(Alexandre
monde, nous sommes dans un temps imaginaire. Mais tions. Il a été décrié, mais il nous a beaucoup marqués.
Guillaume)
simultanément, comme dans tout notre travail, nous Pierre : C’est vrai que notre hommage est quelque peu 2017, acrylique
reflétons également le temps présent, le quotidien. Ici, mortifère, mais nous avons voulu nous imprégner de sa sur photographie
l’exposition s’ouvre sur un soldat de l’opération Senti- démarche, qui est assez terrible. imprimée par
jet d’encre sur toile
nelle. Certaines œuvres font référence à la place de l’islam et encadrée,
en France aujourd’hui, ou mettent en scène des vedettes Ce n’est donc pas un tournant dans votre œuvre ? 134,5 x 93,5 cm.

actuelles. Gilles : Non, nous ne pourrions pas produire uniquement


des pièces de ce type, aussi noires, car notre approche
L’œuvre la plus étonnante dans ce nouvel ensemble revendique également une part de légèreté. Si, parfois,
est la Mort de Bernard Buffet. Mais il est difficile d’y nous sommes graves, il reste primordial que notre travail
reconnaître votre style… reflète notre vie et la vie en général, dans toute sa
Gilles : Vous trouvez ? diversité. Q Découvrez
notre
Pierre : Gilles a vraiment peint à la façon de Bernard Buffet. portfolio
«Pierre & Gilles – Le temps imaginaire» Pierre &
Nous avons utilisé son vocabulaire, accentué les lignes Gilles sur…
du 13 janvier au 10 mars • galerie Templon • 30, rue Beaubourg
droites… Nous sommes complètement entrés dans son www.beaux
& impasse Beaubourg • 75003 Paris• 01 42 72 14 10 arts.com
univers. www.templon.com

Beaux Arts I 89
DOSSIER

Dorothea Tanning
Eine Kleine
Nachtmusik
[Petite musique
de nuit]
Shining avant l’heure ?
La quatrième épouse
de Max Ernst
produit des images
cauchemardesques
qui retiennent
l’attention d’André
Breton, mais peinent
aujourd’hui à entrer
dans l’histoire de l’art.
1943, huile sur toile,
40,7 x 61 cm.
Femmes artistes :
la fin du cauchemar ?
De Paris à Metz, de Los Angeles à Málaga ou Barcelone,
un flot d’expositions consacre enfin des monographies
ou des shows thématiques aux grandes oubliées de
l’histoire de l’art. Les femmes sortiraient-elles réellement
du placard ? Beaux Arts Magazine fait le point.
Par Emmanuelle Lequeux
DOSSIER l FEMMES ARTISTES

Si le courant d’André Breton provoqua une


grande vague d’amour, il ne fut pas vraiment précurseur
du Mouvement de libération des femmes !

hiver, érigée au rang de pionnière d’un art textile en plein


come-back. C’est la grande mission que s’est dorénavant
donnée Nicholas Fox Weber, directeur de la Josef & Anni
Albers Foundation, située dans le Connecticut. «L’essentiel
de notre travail se concentre désormais sur la reconnais-
sance d’Anni, car Josef n’a plus guère besoin de nous»,
confiait-il récemment. Impossible de continuer à considé-
rer celle-ci comme la simple élève de l’influent professeur
du Bauhaus. Mais son destin nous rappelle que, même au
sein des avant-gardes les plus libérées du XXe siècle, le
deuxième sexe restait sexe faible.

Orientées vers la classe de tissage


Anne Monier ne manquait pas de le souligner lors de
l’exposition «L’esprit du Bauhaus» aux Arts décoratifs en
2016, dont elle était l’une des commissaires : «Au Bauhaus,
la réalité n’était ni toute rose ni toute noire. Les femmes
étaient les bienvenues, elles y avaient des possibilités que
n’offraient pas les autres écoles. Mais, à la fin, on les orien-
tait quasi systématiquement vers la classe de tissage.» Celle
où Anni Albers brilla de tous ses feux, parfois au grand dam
des hommes. «Car, manque de chance, c’était ces femmes
qui ramenaient l’argent : leurs tissus se vendaient plutôt
bien au marché de Noël !, poursuit Anne Monier. Elles s’or-
ganisèrent donc très vite elles-mêmes pour dynamiser
leurs cours.» Marianne Brandt, elle, parvint certes à s’infil-
trer dans l’atelier métal mais pour s’y faire bizuter,
contrainte par ses collègues à travailler le métal en fusion.
«Quant aux “femmes de”, elles étaient très actives, mais
Gala travaillant sur le Rêve de Vénus, photographiée par Eric Schaal en 1939. dans l’ombre, précise la commissaire. Lucia Moholy, en
photographiant le quotidien de l’école, nous fournit une
énorme base documentaire, mais l’on réalise aujourd’hui
que son mari Moholy-Nagy a posé son propre nom sur pas
l fut un temps où «elles» n’avaient pas vraiment de

I
mal de ses images…»
nom. C’était «Elles», tout simplement. «Elles», une Une autre femme de… ? Anna-Eva Bergman, magnétique
famille indifférenciée, déchirée, infiniment vaste. Un poétesse de l’abstraction, qui eut le malheur (pour sa noto-
océan qui ne faisait guère de vagues. Quand l’exposi- riété d’artiste) de vivre longtemps auprès de Hans Hartung.
tion «elles@centrepompidou» fut montée à Paris, en La fondation Hartung Bergman travaille de nos jours d’ar-
2009, avec 350 œuvres de 150 artistes femmes, le débat fit rache-pied à la sortir de l’oubli, et vient récemment d’an-
rage. Pourquoi les enfermer dans un ghetto, quand il s’agi- noncer la donation d’une centaine de ses œuvres au musée
rait avant tout de les en sortir, s’inquiétaient les uns ? À tra- d’Art moderne de la Ville de Paris (MAMVP), qui les dévoi-
vers cette sélection garantie à 0 % de testostérone, après lera in  extenso en 2021. Musée décidément féministe à
des décennies d’hyperdomination masculine, l’institution l’aune du programme de nombre de ses confrères (notam-
ne cherchait-elle pas tout simplement à se dédouaner, ment son voisin le Palais de Tokyo, qui ne dépasse guère les
avant de passer vite à autre chose ? Dix ans auront bientôt 25 % de monographies de femmes), le MAMVP a consacré
passé, et quelques victoires semblent pourtant avoir été bel des monographies à Sonia Delaunay (2014), Carol Rama
et bien remportées dans cette guerre des sexes. Sans que (2015) et Paula Modersohn-Becker (2016).
les débats ne s’apaisent pour autant. Dernière «femme de…», pour clore la litanie ? Gala. Le
Femmes ? Femmes de…, surtout. Nombre d’artistes Museu Nacional d’Art de Catalunya, à Barcelone, offrira
sortent enfin de leur strict statut d’épouse, et l’année 2018 une exposition l’été prochain à la muse d’Éluard, puis de
s’annonce comme un moment phare pour leur réhabilita- Dalí. Une première, tant la belle Russe a longtemps été
tion tardive. Il suffit de citer quelques-uns des événements réduite au rôle d’inspiratrice, voire de manipulatrice. Pour-
des mois à venir pour s’en convaincre. Au Guggenheim de tant, selon la fondation Gala-Salvador Dalí de Figueras, qui
Bilbao, Anni Albers, femme de Josef, est honorée seule cet orchestre le projet, elle pourrait bien réclamer, à titre

92 I Beaux Arts
Sonia Gutiérrez
Y con unos lazos me izaron
[Et ils m’ont hissée avec des cordes]
Enchaînée, brimée, sans visage
donc sans identité : la Colombienne
Sonia Gutiérrez, à l’honneur à l’exposition
«Radical Women» de Los Angeles,
résume-t-elle la condition de la femme
artiste avec cette œuvre des années 1970 ?
1977, acrylique sur toile, 150 x 120 cm.
DOSSIER l FEMMES ARTISTES

En matière de collections ou d’expositions,


les questions restent fougueuses entre les adeptes de l’infiltration
douce et les défenseurs des stricts quotas.

Leonora Carrington And Then We Saw the Daughter of the Minotaur [Puis nous vîmes la fille du Minotaure]
Certes, ses forêts énigmatiques et ses frottis de couleur doivent beaucoup à Max Ernst, son amant d’avant-guerre.
Mais Leonora Carrington lui apporta beaucoup en retour, notamment sa culture des mythes et légendes qu’elle met en scène
dans ses toiles, comme va le rappeler l’exposition «Couples modernes» au Centre Pompidou-Metz.
1953, huile sur toile, 60 x 70 cm.

posthume, le statut de coauteur, tant elle participa de près l’apport mutuel, résume Emma Lavigne, directrice du
à nombre de créations dudit Avida Dollars. Il faudrait citer musée, très engagée sur ces questions. Il s’agit de rappeler,
encore Hannah Höch, dont l’exposition «Dada Africa», en par exemple, combien Gabriele Münter a influencé Kan-
ce moment à l’Orangerie, dévoile l’explosif talent de dinsky, alors qu’elle est oubliée de toutes les grandes expo-
photomonteuse longtemps restée dans l’ombre de son sitions sur l’expressionisme. Ou ce que Leonora Carrington,
compagnon Raoul Hausmann. Mais aussi Leonora Carring- à travers son incroyable culture du conte et des mythes
ton, amante de Max Ernst, Dora Maar, aimée de Pablo anciens, a apporté à Max Ernst, alors qu’on ne retient sou-
Picasso, ou encore Unica Zürn, poupée de Hans Bellmer… vent que son rôle de mentor à lui.»
Toutes ces surréalistes à qui le musée Picasso de Málaga
rend hommage actuellement, dévoilant les créatrices Hilma af Klint, abstraite avant Kandinsky
cachées derrière le mythe de la muse. Car si le courant d’An- Peut-on aller jusqu’à penser, fort de cette liste, que l’his-
dré Breton provoqua une grande vague d’amour, il ne fut toire de l’art se met enfin à l’écriture inclusive ? La question
pas vraiment précurseur du Mouvement de libération des reste sensible et les discussions, fougueuses, entre les
femmes. Le Centre Pompidou-Metz, au printemps, s’atta- adeptes de l’infiltration douce et les défenseurs des stricts
chera également à évoquer ces artistes négligées à travers quotas, les activistes masquées et les «rehausseurs» de
l’exposition «Couples modernes». «Pas question de se débat. «Je dois avouer que, lorsque j’ai été chargée avec
contenter de rassembler les œuvres de monsieur et d’autres conservatrices de monter l’exposition “elles@
madame, mais de montrer l’infusion de l’une à l’autre, centrepompidou”, je n’étais guère emballée par l’idée, se

94 I Beaux Arts
Sandra Eleta
Edita (la del plumero) [Edita (au plumeau)], Panamá, de la série la Servidumbre [la Servitude], 1978-1979
Un des enjeux du combat féministe est de fusionner avec les luttes d’autres minorités,
ainsi que le souligne la série la Servitude de l’artiste panaméenne Sandra Eleta.
1977, photographie noir et blanc, 48,3 x 48,3 cm.

Beaux Arts I 95
DOSSIER l FEMMES ARTISTES

souvient Emma Lavigne. Mais ce qui m’a convaincue, c’est


ce constat, très angoissant : il y avait alors dans nos collec-
tions à peine 8 % d’artistes femmes. Quand il s’agit de les
promouvoir, on le fait toujours à dose homéopathique : où
est Aurelie Nemours, par exemple, alors qu’il s’agit de
consacrer une grande exposition à l’abstraction ?» Même
question pour la Suédoise Hilma af Klint, entre autres :
quand viendra le temps de la considérer enfin comme l’une
des grandes pionnières de l’abstraction, elle qui s’y adon-
nait dès 1905, avant que Kandinsky ou Malevitch ne
commencent même à songer à abandonner la figure ?

«Girl, was ist das?»


Grâce à la campagne d’acquisition lancée à l’occasion de
l’exposition «Elles», le pourcentage d’artistes femmes a tout
de même joliment augmenté dans les collections du Centre
Pompidou, pour atteindre aujourd’hui un cinquième envi-
Hilma af Klint The Birch [le Bouleau] ron. Pas vraiment la parité ? «Tout va néanmoins dans le
Persuadée de communiquer avec les esprits de l’au-delà, Hilma af Klint bon sens, c’est extraordinaire que Beaubourg ait eu le cou-
produit dans le secret de sa maison de Stockholm de sublimes abstractions, rage de faire une telle exposition, après avoir tant délaissé
parmi les premières qu’ait enregistrées l’histoire de l’art. Mais elle
les femmes, se persuadait à l’époque la combattante Orlan.
ne montrera que ses anodines toiles de bouquets de fleurs, exigeant
que sa peinture abstraite ne soit dévoilée qu’après sa mort, en 1944. Pour moi qui suis post-, alter-, néo-féministe, qui suis
Ce qui n’aidera pas à la reconnaissance de cette stupéfiante pionnière. contre toutes les discriminations, l’argument du ghetto est
1922, aquarelle sur papier, 17,3 x 24,9 cm. absurde. Nous avons besoin d’actions symboliques.» «Nous
posons ce critère pour mieux le dissoudre», promettait une
autre des conservatrices alors chargées du projet, Camille
Morineau. Y a-t-elle trop bien réussi au Centre Pompidou ?
La voilà en tout cas à la tête d’une nouvelle institution, la
Monnaie de Paris, où elle est arrivée à l’automne 2016 avec
«Pour moi qui suis post-, alter-, une idée phare : valoriser les femmes artistes en leur

néo-féministe, qui suis contre toutes dédiant une grande exposition collective tous les deux ans
et, bien sûr, des monographies. Dont acte avec, en cette
les discriminations, l’argument rentrée, «Women House», dédiée à la déconstruction du
domestique par des féministes de tout poil, des années
du ghetto est absurde.» Orlan, artiste 1960 à nos jours.

Les écoles d’art mollement mobilisées contre le harcèlement sexuel


Le 3 novembre dernier, Françoise Nyssen, ministre de la Culture, invitait aucun cas n’était remonté jusqu’à lui. Pour l’aider à mieux entendre,
les 99 établissements d’enseignement supérieur dont elle a la tutelle le collectif s’est attaché à recueillir des témoignages – une vingtaine –
à œuvrer en faveur de l’égalité homme/femme et de la prévention des concernant quatre ou cinq professeurs. A priori, pas d’actes gravissimes,
violences et du harcèlement sexuels. Le ministère mettait aussi en place mais des remarques lourdes, des sous-entendus graveleux, des gestes
une commission chargée d’analyser la situation. Car, en ce domaine, déplacés. Sensible à cette initiative, la nouvelle directrice des études,
l’histoire va bien lentement ! En 2013, une commission du Sénat alertait l’artiste Joan Ayrton, a pris les choses en main, tout en demandant
déjà sur les cas de harcèlement sexuel en écoles d’art. L’Association de préserver pour l’instant l’anonymat des personnalités incriminées :
nationale des écoles supérieures d’art en avait pris acte, avec «Notre école est en première ligne, avec un passif assez lourd, mais je
une charte engageant les établissements à mettre en place des peux assurer que toute l’équipe de direction est aujourd’hui fermement
outils pour faciliter les signalements. Mais un grand retard a été pris déterminée à agir. Chaque signalement donnera lieu à une convocation,
en regard des efforts faits par l’Université, où plus d’un tiers des et des mesures seront aussitôt prises. Mais nous ne sommes ni la
institutions se sont déjà dotées de cellules destinées à recevoir la parole justice, ni la police, ni des psychologues. C’est pourquoi j’ai contacté
des étudiantes. C’est très loin d’être le cas dans les écoles d’art. le collectif Clasches, qui s’occupe de ces questions dans l’enseignement
Les artistes en devenir semblent ne pas attendre que les grosses supérieur.» Aguerrie à ces situations, cette association permettra
machines ne bougent. Aux Beaux-Arts de Paris, un collectif de quatre dès janvier aux jeunes femmes de parler en toute confiance, «alors
étudiantes a ainsi lancé une pétition en réaction aux mots malheureux qu’elles se montraient méfiantes vis-à-vis du pouvoir symbolique d’une
du directeur, Jean-Marc Bustamante, déclarant que, jusqu’à présent, institution qui jusque-là ne les a pas écoutées», conclut Joan Ayrton.

96 I Beaux Arts
«Faut-il attendre que toutes
ces femmes soient grands-
mères pour être reconnues ?»
Emma Lavigne, directrice
du Centre Pompidou-Metz

Au Centre Pompidou, la politique volontariste qui


accompagna «Elles» a fait long feu : sans être indifférent
à la cause, Bernard Blistène, directeur du musée national
d’Art moderne, avoue refuser de tenir compte de ce critère
dans les comités d’acquisition. «Bien sûr, il nous faut
encore aujourd’hui combler de vraies lacunes. Nous avons
par exemple fait entrer dans les collections Maria Lassnig,
qui était scandaleusement absente, la Nigériane Otobong
Nkanga, ainsi que Edith Dekyndt, Pia Camil, mais encore
Etel Adnan, Geneviève Claisse, Sheila Hicks.» Cette der-
nière aura d’ailleurs droit à sa rétrospective en mars pro-
chain. Elle aura 84 ans. Et se souvient encore avec amuse-
ment de ce jour, dans les années 1950, où Josef Albers, son
professeur, s’était exclamé devant ses œuvres : «Girl, was
ist das ?» Elle ne lui en a jamais voulu car c’est lui qui, peu
après, lui permettait d’obtenir une bourse afin d’arpenter
l’Amérique latine. Il l’avait aussi présentée à un éminent
professeur français, Henri Peyre, qui avait averti la jeune
ingénue : «Mademoiselle, si vous voulez être une vraie
femme cultivée, vous devez découvrir la France. Mais ne
me décevez pas, nous ne donnons jamais de bourse à une
femme.» Il fallait le caractère bien trempé de Sheila Hicks
pour ne pas renoncer à sa vocation, ni au voyage qui
l’amena chez nous, pour cinq décennies ! «Mais faut-il
attendre que toutes ces femmes soient grands-mères pour
être reconnues ?», regrette Emma Lavigne.

Guerrières solitaires d’Amérique latine


C’est hélas le cas de la plupart des artistes révélées par la
stupéfiante exposition «Radical Women», présentée en ce
moment au Hammer Museum de Los Angeles autour de
120 femmes du continent sud-américain. Des guerrières
solitaires, des anonymes quasiment, des «pionnières invi-
sibles», comme les qualifient les commissaires Cecilia
Fajardo-Hill et Andrea Giunta. Au Chili, au Mexique, au
Venezuela ou en Argentine, elles ont créé dans l’ombre,
défiant tous les pouvoirs en place, de la simple phallocratie
aux dictatures les plus terribles. «Toutes ont contribué de
façon extraordinaire au champ de l’art contemporain, mais
elles ont été marginalisées et occultées par l’histoire de l’art
dominante et patriarcale, soulignent les commissaires. Au
fil de nos recherches, nous avons souvent été découragées
par le peu d’information que l’on trouvait sur ces artistes,

Hannah Höch
Für ein Fest gemacht [Fait pour une fête]
Où la compagne du Dada Raoul Hausmann se révèle
aussi douée que lui, si ce n’est plus, dans l’art du collage.
1936, collage sur papier.

Beaux Arts I 97
DOSSIER

l’oubli qui pesait sur elles. On nous a aussi opposé toutes


sortes d’arguments pour nous convaincre de renoncer : les
femmes artistes auraient déjà gagné la reconnaissance
qu’elles méritaient, le projet confirmerait le préjugé d’une
Amérique latine machiste, c’était à la fois non pertinent et
d’un autre âge de dédier une exposition uniquement à des
femmes, etc., etc.»

Résistantes à des siècles d’asservissement


Toyen (Marie Mais l’équipe a tenu bon. Cinq ans de prospection, d’en-
Cerminová)
quêtes quasi policières, de voyages réalisés par des dizaines
Repos
Compagne du surréaliste d’experts ont été nécessaires pour dresser cet extraordi-
tchèque Jindřich Štyrský, naire panorama. Si quelques-unes des 120 Latino-Améri-
Toyen fut adoubée par caines rassemblées sont déjà considérées à l’égal de leurs
Breton dès l’entre-deux-
confrères, telles les Brésiliennes Lygia Clark et Lygia Pape,
guerres. Ses énigmes
à la Magritte sont à les Argentines Marta Minujín et Liliana Porter, nombre de
l’honneur dans la leurs sœurs sont de véritables révélations. Leur œuvre
magnifique exposition sur témoigne d’une résistance à tout crin aux sociétés de
le surréalisme et les femmes
au Museo Picasso de
contrôle et d’asservissement qui ont régi le continent des
Málaga. années 1960 aux années 1980. En Argentine, Graciela Car-
1943, huile sur toile, 109 x 52,5 cm. nevale ne craint pas d’emprisonner littéralement les visi-
teurs de son exposition, parabole sans fard du sanglant
régime du général putschiste Onganía, qui régna de 1966 à
1970. Au Chili, Roser Bru, Luz Donoso ou Cecilia Vicuña
s’opposèrent frontalement à Pinochet, rendant à travers
leur art un visage aux milliers de disparus. À nous, désor-
mais, de leur rendre leur nom. Q

Linda Nochlin (1931-2017), à l’origine d’une discipline en plein essor :

«L’histoire de l’art féministe est là pour produire du trouble»


ourquoi n’y a-t-il pas eu de grandes artistes «L’histoire de l’art féministe est là pour produire du trouble,

«P femmes ?» En posant cette question dans un essai


publié dans ArtNews en 1971, Linda Nochlin
fit l’effet d’une bombe. Why Have There Been No Great Women
pour remettre en question, écrivait-elle en 1988. On ne devrait pas
la confondre avec une variante ou un supplément à l’histoire de
l’art canonique. À son plus fort, une histoire de l’art féministe
Artists? décortiquait en effet tous les obstacles opposés est une pratique transgressive, anti-establishment, destinée à
aux femmes artistes, de la Renaissance à nos jours, et inaugurait mettre en cause nombre de principes majeurs de la discipline.»
une discipline nouvelle : l’histoire de l’art féministe. Disparue Dont acte, clament aujourd’hui ses nombreuses descendantes.
le 29 octobre dernier, à l’âge de 86 ans, l’historienne de l’art
américaine laisse un grand vide derrière elle, mais aussi
de ferventes héritières. Dénonçant dans l’art un point de vue
uniquement «blanc, occidental et masculin», cette spécialiste
du XIXe siècle français, notamment de Courbet, n’eut qu’un désir :
abattre «les certitudes magistrales». Quand elle entre en
féminisme, au début des années 1970, tout est encore à inventer :
théorie, méthodologie, orientation des recherches. «Il ne
s’agissait pas, pour moi, de produire un grand récit mais
de me donner les moyens de comprendre et de contextualiser Linda Nochlin
devant une œuvre
des interrogations nées de l’observation des œuvres d’art»,
de Philip Pearlstein
expliquait celle qui s’est formée au contact de Roland Barthes de 1993,
et de Michel Foucault. En 1976, au Los Angeles County Museum la représentant
of Art, elle élabore à partir de ses premières recherches avec son second mari
Richard Pommer.
l’exposition fondatrice «Women Artists (1550-1950)», l’une
des premières jamais consacrées aux artistes femmes,
aujourd’hui encore un modèle. Idem pour «Global Feminisms:
New Directions in Contemporary Art», réalisée en 2007 au
Brooklyn Museum, qui fait bouger la tectonique des plaques de
l’art contemporain en constituant une cartographie nouvelle.

98 I Beaux Arts
Sandra Orgel
Linen Closet
[Armoire à linge]
Organisée en 1972
à Los Angeles par la très
féministe Judy Chicago
–accompagnée de Miriam
Shapiro –, l’exposition
«Womanhouse» était
dévolue aux installations
et performances d’artistes
femmes : une étape clé
dans leur combat pour
la reconnaissance et
l’élaboration du féminisme
dans l’art.
1972, vue de l’installation.

2018, année
de la femme
dans les musées
«Radical Women
Latin American Art
(1960-1985)»
jusqu’au 31 décembre
Hammer Museum
10899 Wilshire Blvd
Los Angeles
+1 310 443 7000
www.hammer.ucla.edu
«Women House»
jusqu’au 28 janvier • Monnaie
de Paris • 11, quai de Conti
75006 Paris • 01 40 46 56 66
www.monnaiedeparis.fr
9 Hors-série Beaux Arts
«Dada Africa
Sources et influences
extra-occidentales»
jusqu’au 19 février
Musée de l’Orangerie
place de la Concorde
75001 Paris • 01 44 77 80 07
www.musee-orangerie.fr
«Somos plenamente
libres – Las mujeres
artistas y el surrealismo»
jusqu’au 28 février
Museo Picasso
Palacio de Buenavista
Calle San Augustín, 8
Málaga • +34 952 12 76 00
www.museopicassomalaga.org
«Sheila Hicks
L’art du textile» du 7 février
au 30 avril • Centre Pompidou
place Georges Pompidou
75004 Paris • 01 44 78 12 13
www.centrepompidou.fr
«Couples modernes»
du 28 avril au 20 août
Centre Pompidou-Metz
1, parvis des Droits de l’Homme
57000 Metz • 03 87 15 39 39
www.centrepompidou-metz.fr
«Gala Dalí»
du 6 juillet au 14 octobre
Museu Nacional d’Art de
Catalunya • Palau Nacional
Parc de Monjuïc • Barcelone
+34 93 622 03 60
www.museunacional.cat
ENQUÊTE

Salvator Mundi
Les dessous de
la vente du siècle
400 millions de dollars ! Record absolu aux enchères, cette huile
sur bois, exécutée vers 1500 et attribuée à Léonard de Vinci,
a relégué au second plan les doutes de certains experts du maestro.
Retour sur un «miracle» de 65 centimètres de haut.

Par Daphné Bétard

ew York, 15 novembre 2017. Chez Christie’s, lement» 179,3 millions de dollars en 2015 –, en ferait presque

CI-DESSOUS
N au Rockefeller Center, la salle, archicomble,
est en ébullition. La tension monte d’un cran
à chaque nouveau chiffre énoncé par un
commissaire-priseur survolté : «Give me
two hundred million… Two ninety? Now we’ve got three
hundred  million…» Les enchérisseurs sont au téléphone.
Chacun retient son souffle avant une explosion d’applau-
oublier un détail pourtant essentiel : rien aujourd’hui ne
permet d’affirmer que le tableau est bien de la main du
génie florentin. Il est, au contraire, très loin de faire l’una-
nimité parmi les spécialistes, un grand nombre d’experts
considérant qu’il s’agirait plutôt d’une œuvre d’atelier.
Prudents ou trop frileux, donc à peine entendus, leurs pro-
pos n’ont été que vaguement relayés par acquis de
Le 15 novembre,
chez Christie’s, dissements et d’acclamations lorsque le dernier coup de conscience, relégués au second plan.
à New York, marteau tombe : 400 millions de dollars (382  M€ frais
les représentants compris), en moins de vingt minutes, du jamais-vu ! Les Bientôt exposé au Louvre Abu Dhabi
des enchérisseurs
applaudissent
médias du monde entier reprennent alors en boucle et en Car Christie’s a su mener son affaire de main de maître,
ce record en chœur le même titre : «Salvator Mundi de Léonard de Vinci d’après un plan de communication parfaitement rodé,
vente publique. devient la peinture la plus chère au monde.» soulignant le caractère exceptionnel de ce Christ à l’œil
Salvator Mundi Léonard de Vinci, vraiment ? L’hystérie autour de ce nou- vague émergeant des ténèbres telle une apparition pour
devient l’œuvre
la plus chère veau record du marché de l’art, pulvérisant le précédent bénir l’humanité, unique tableau encore en main privée
au monde. – les Femmes d’Alger de Picasso étaient parties pour «seu- du plus illustre génie de la Renaissance (dont le corpus
se limite à une vingtaine d’œuvres). Dans les heures qui
suivent l’événement, chacun y va de son commentaire,
s’enthousiasmant ou s’inquiétant de l’indécence du
marché. Dernier coup de théâtre : le 6 décembre, le Louvre
Abu Dhabi a tweeté qu’il allait exposer le tableau prochai-
nement – l’établissement récemment inauguré présente
actuellement un chef-d’œuvre de Léonard, la Belle Ferron-
nière, déposé par le Louvre parisien pour deux ans.
Le prêteur de Salvator Mundi ne serait autre, selon le
New York Times, que le prince Bader Ben Abdullah Ben
Mohammed Ben Farhan Al-Saud, proche de Mohammed
Ben Salmane, le nouvel homme fort d’Arabie saoudite,
dont il aurait pu être l’intermédiaire. Information démen-
tie dans la presse saoudienne. L’acquisition dans une
monarchie islamique, où les images saintes sont pros-
crites, d’un tableau figurant un Christ représenterait en soi
une révolution. Le site Artprice.com a depuis précisé que
le prince Bader se serait associé à des fonds d’investisse-
ment anglo-saxons.

100 I Beaux Arts


ENQUÊTE l LÉONARD DE VINCI

Salvator Mundi avant restauration


Mais comment un tableau qui pose toujours autant
question a-t-il fini par être vendu comme un Léonard de
Vinci avéré et ainsi devenir un enjeu géopolitique inter-
national ? Les arguments avancés pour son authentifica-
tion sont-ils rationnels ou s’agit-il d’un formidable coup
d’esbroufe ? Et qui en serait l’auteur si ce n’était le maître
florentin ? Il convient de s’interroger sur les dessous d’une
vente record, ses zones d’ombre et ses secrets.

Des maladresses indignes de Léonard


Depuis ses origines, l’œuvre est auréolée de bien des
mystères. Mentionné dans la collection de Charles Ier d’An-
gleterre au XVIIe siècle (sans qu’on ne sache, déjà, s’il s’agis-
sait d’un tableau de Léonard ou de son atelier), Salvator
Mundi disparaît de la circulation dès la dispersion de la
collection après la révolution de Cromwell, en 1649, pour
ressurgir vers 1900 ; il est alors considéré comme une
œuvre de la main d’un suiveur de Léonard. Vendu dans les
années 1950 pour 45 livres sterling, ce tableau très abîmé
– balafré même – retient pourtant l’attention de deux mar-
chands new-yorkais, Alexander Parish et Robert Simon,
qui en font l’acquisition en 2005 pour 10 000  dollars
(9 000 euros). Les deux hommes vont alors faire un pari
fou : miser sur une possible réattribution. Pour cela, ils
prennent leur temps. Afin d’authentifier l’œuvre, ils font

Si de nombreux spécialistes
demeurent sceptiques, son exposition
par l’un des plus grands musées
du monde va tout faire basculer.

appel à l’historien de l’art Martin Kemp, professeur à mière fois que le tableau est exposé publiquement après
Oxford, titulaire de la chaire de la Renaissance, qui valide restauration. Confiée en 2005 à Dianne Modestini, à la tête
l’œuvre en 2008. Nul n’est pourtant infaillible puisque, en du département de conservation de la New York University,
2009, ledit Kemp authentifie un dessin sur vélin, la Belle l’intervention a consisté à ôter des couches de vernis et à
Princesse, comme un Léonard, œuvre dorénavant rejetée repeindre les parties trop endommagées. Si bien que le
par la majorité des experts, aucun musée n’acceptant de Christ est réapparu miraculeusement. Beaucoup trop,
l’exposer. Qu’importe, les vendeurs peuvent désormais selon plusieurs professionnels qui jugent cette restauration
mettre en avant une autorité scientifique. Une première tellement lourde qu’elle rend désormais impossible de se
étape, essentielle, a donc été franchie. En 2013, le tableau prononcer sur une possible attribution à Léonard ! C’est ce
est acquis pour 80 millions de dollars chez Sotheby’s par le qu’affirme d’emblée Carmen Bambach, conservatrice au
marchand d’art suisse Yves Bouvier, qui le revend au Russe Metropolitan Museum of Art de New York, qui y voit plu-
Dmitri Rybolovlev, patron de l’AS Monaco, pour 127,5 mil- tôt la main d’un de ses élèves, Giovanni Boltraffio, avec de
lions de dollars. L’histoire est connue : les deux hommes se très légères interventions de Léonard. D’autres, tels Frank
retrouvent aujourd’hui devant les tribunaux, le premier Zöllner, auteur d’une imposante monographie publiée
reprochant notamment au second sa commission déli- par Taschen, ou Charles Hope, ancien directeur du
rante. Mais un palier vient d’être gravi et le tableau est Warburg Institute, à Londres, restent prudents mais ne
maintenant considéré d’un autre œil. Si de nombreux spé- soutiennent pas l’attribution. Quant à l’historien de l’art
cialistes demeurent sceptiques, son exposition par l’un des Carlo Pedretti, éminent spécialiste de Léonard, son
plus grands musées du monde va tout faire basculer. C’est silence est éloquent. Mais que valent ces non-dits et que-
en effet au sein de la National Gallery qu’il gagne définiti- relles de spécialistes au regard d’un marché de l’art de plus
vement en crédibilité. En 2011, l’institution organise un en plus avide de rares chefs-d’œuvre ? Adoubé par le
parcours sur les années milanaises du peintre. L’œuvre y musée, le tableau est désormais prêt pour la grande vente
figure comme un authentique Léonard, sans la prudente que la machine Christie’s va orchestrer sans états d’âme.
mention «attribué à» pourtant de mise quand des incerti- Pourtant, trop d’inexactitudes demeurent, trop de mala-
tudes demeurent. Le musée fait un joli coup : c’est la pre- dresses aussi, pour attribuer fermement ce Salvator Mundi

102 I Beaux Arts


Réflectographie infrarouge de Salvator Mundi Réflectographie infrarouge du Christ de Salai

Un élève de Léonard serait-il


le véritable auteur de Salvator Mundi ?
S’agit-il d’une œuvre de la main de Vinci ou de celle
de son disciple Salai, comme le soutient Jacques Franck ?
Pour le spécialiste, les épais tracés de contour
sous-jacents (révélés par l’infrarouge) sont des signes
qui ne trompent pas : ils sont typiques de Salai…
De modeste condition, Salai («petit diable») fut recueilli
à l’âge de 10 ans par Léonard, qui le surnomme ainsi
en raison de sa propension à voler ou casser les objets.
Il devient son disciple puis un artiste confirmé au sein
de son atelier et son principal collaborateur au moment
où Salvator Mundi est peint. Pour Jacques Franck, Salai
pourrait aussi être l’auteur de la fameuse copie de la
Joconde conservée au Prado dont la restauration récente
avait révélé qu’il s’agissait d’une œuvre d’atelier exécutée
à côté et en même temps que l’original. Très proche
de Léonard, Salai aurait obtenu du maître, juste avant
sa mort, qu’il lui cède la Joconde et d’autres peintures
afin qu’il les vende pour une fortune à François Ier.
CI-CONTRE
Andrea Salai (Gian Giacomo Caprotti) Le Christ
1511, huile sur bois, 57,5 x 37,5 cm.

Beaux Arts I 103


ENQUÊTE l LÉONARD DE VINCI

«La conception simpliste du dessin Afin de répondre aux commandes, il s’appuyait sur ses élèves
et disciples, qui suivaient ses cartons ou réalisaient des
est incompatible avec le génie copies du maître. L’auteur de Salvator Mundi pourrait donc
bien être l’un d’eux. Jacques Franck penche pour son prin-
d’anatomiste de Léonard.» cipal collaborateur de l’époque, Andrea Salai (v. 1480-1524),
de son vrai nom Gian Giacomo Caprotti, entré à 10 ans dans
Jacques Franck, expert l’atelier de Léonard, modèle de certaines œuvres et dont la
beauté androgyne est à l’origine de spéculations faisant de
à Vinci. C’est la thèse que défend Jacques Franck, expert lui l’amant de Léonard. Le spécialiste a fait le rapproche-
mondial de la technique vincienne rattaché à la fondation ment entre Salvator Mundi et un Christ signé de Salai (daté
Pedretti. Pour lui, si le tableau émane bien de l’atelier du de 1511) conservé à Milan. Mises côte à côte, les réflecto-
génie florentin, il ne peut pas être de sa main, ou alors à graphies infrarouges des deux œuvres révèlent un même
moins de 10 %. Jacques Franck invoque ainsi une série de tracé, très épais, pour le contour du visage et le pourtour de
maladresses indignes de Léonard, «la raideur et l’absence la chevelure dans le dessin sous-jacent. «Une brutalité de
de naturel des boucles de la chevelure, un manque de trait typique de la manière de procéder de Salai et qu’on
volume du globe, les plis du vêtement dépourvus de sou- ne retrouve pas chez Léonard», précise Jacques Franck.
plesse». «Le doigt levé de la main droite du Christ suit un «Le maître aurait pu faire quelques retouches sur l’œuvre,
axe qui le fait apparaître déformé, tandis que, pour sa main comme la paume et les doigts repliés de la main droite.»
gauche (beaucoup trop petite pour être au premier plan), Attribué à Salai, Salvator Mundi n’en serait pas pour
la conception simpliste du dessin est incompatible avec le autant indigne d’intérêt. Mais il ne se serait pas envolé à plu-
génie d’anatomiste de Léonard ». Aucun doute à ses yeux : sieurs centaines de millions de dollars ! Autant d’éléments
la composition de Salvator Mundi est «trop systématique que le Louvre doit prendre en considération pour la rétro-
et archaïsante» pour être de sa main. Jacques Franck rap- spective prévue en 2019 à l’occasion des 500 ans de la mort
pelle également qu’à l’époque où l’œuvre aurait été peinte de Léonard. L’établissement parisien saura-t-il faire preuve
(les années 1500-1510), l’artiste était déjà accaparé par ses de la sagesse qui s’impose ? Interrogé sur RTL, son président
recherches d’ingénieur militaire et avait commencé à tra- Jean-Luc Martinez a d’ores et déjà déclaré qu’il souhaitait
vailler sur trois de ses plus grands chefs-d’œuvre, la Sainte le voir figurer dans l’exposition. Un échelon de plus dans la
Anne, la Joconde ainsi que la Bataille d’Anghiari (détruite). reconnaissance de cette peinture très controversée ? Q

Restaurer Léonard de Vinci : mission impossible ?


einture très endommagée au cours du temps pour être présentable,
P Salvator Mundi a été considérablement retouché. Trop ? Selon divers
spécialistes, cela fait obstacle à toute attribution à Léonard avec certitude.
Or restaurer un Léonard relève presque de la mission impossible tant sa
fameuse technique du sfumato, constituée de couches infimes de peinture
superposées les unes sur les autres et composées au final de vernis colorés,
s’avère délicate et fragile. Il est donc difficile de distinguer la frontière entre
le vernis protecteur et les vernis colorés de Léonard et d’empêcher que ceux-
ci soient dissous par les solvants employés par les restaurateurs. Chaque
intervention est une opération à haut risque. La National Gallery de Londres,
les Offices à Florence et le Louvre s’y sont risqués récemment, avec des
résultats plus ou moins réussis. État des lieux.

Léonard de Vinci Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant jouant avec


un agneau, dite la Sainte Anne Vers 1503-1519, huile sur bois, 168 x 130 cm.

2010 • La Vierge aux rochers : une intervention excessive 2011 • Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant jouant
Après dix-huit mois de travaux, la National Gallery de Londres avec un agneau : une opération abusive
dévoile sa version de la Vierge aux rochers (la première, beaucoup plus Plus interventionniste que prévue, la restauration de la Sainte Anne
envoûtante, est conservée au musée du Louvre) une fois de plus nettoyée a suscité une vive polémique en 2011, suivie de la démission
après la restauration radicale de 1948. Modérément jauni, le vernis de deux membres éminents du comité scientifique constitué
protecteur aurait donc été très aminci, sans véritable nécessité. pour l’occasion, Jean-Pierre Cuzin (ancien directeur du département
L’œuvre est à présent d’une luminosité clinquante. Justifiée ou non, des peintures du Louvre) et Ségolène Bergeon Langle (ancienne
cette nouvelle intervention a hélas entraîné l’effacement d’une partie responsable de son service de restauration). Pour cette dernière,
essentielle du coin externe de la bouche de l’Ange, grave atteinte le principe de précaution n’a pas été respecté avec, pour résultat,
à la perspective anatomique et au léger sourire conçu par Léonard. la disparition de certains modelés des visages féminins.

104 I Beaux Arts


Salvator Mundi : les détails qui tuent
Les yeux La draperie
Le regard L’étoffe
ensommeillé sur l’épaule
du Christ vient du Christ
de l’effacement est raide
probable des et infantile.
glacis de terres Rien à voir
qui formaient avec les draperies
l’iris des yeux, sublimes
matières de Léonard.
très vulnérables
en cas
de nettoyage
agressif.

Les doigts levés La sphère


Quelque chose Léonard était
cloche dans obsédé par
ce croisement la représentation
de doigts. La du relief.
rotation du majeur Or, ce globe
sur lui-même est est dépourvu
anatomiquement de volume,
impossible. souligne l’expert
Une erreur que Jacques Franck.
Léonard n’aurait
jamais commise.

2015 • La Belle Ferronnière : 2017 • L’Adoration des Mages :


une restauration édifiante l’exemple à ne pas suivre
La guest star du Louvre Abu Dhabi s’est refait faire Il aura fallu cinq ans et demi de travaux (2012-2017)
une beauté en 2015 avant d’être exposée à Milan pour massacrer définitivement ce tableau inachevé
puis envoyée dans l’émirat. Dans les ateliers de Léonard, conservé au musée des Offices
du Centre de recherche et de restauration des de Florence. La couche d’ébauche brun orangé
musées de France (C2RMF), l’intervention subtile voulue par l’artiste a visiblement été retirée
et délicate d’Agnès Malpel lui a redonné son éclat au terme d’une erreur d’interprétation
sans rien altérer de la suavité troublante de son des études scientifiques de la couche picturale.
visage, avec un allègement des vernis plus modéré. Le tableau a perdu sa cohérence esthétique
et technique, l’esquisse magistrale de Léonard
n’est plus. La brutalité du résultat est stupéfiante.
2016 • Saint Jean Baptiste :
un résultat mitigé
Le Saint Jean-Baptiste, lui aussi conservé au Louvre, 2018 • Bacchus :
summum du sfumato, a été confié en 2016 une intervention en cours
aux mains expertes de Regina Moreira, qui a su Dans les ateliers du C2RMF, Bacchus, œuvre
redonner au visage son caractère, faire ressortir de l’atelier de Léonard (peint entre 1510 et 1515),
sa chevelure, la croix et la peau de bête du saint. est depuis la fin de l’été très discrètement
Mais le comité scientifique, gêné visiblement par le en cours de restauration, à la demande du Louvre.
caractère monochrome de cette œuvre en camaïeu Fallait-il lui ôter les attributs ajoutés en 1688
de brun doré et espérant retrouver une improbable pour transformer saint Jean en Bacchus ?
carnation rose, a choisi de pousser plus loin D’après nos informations, le musée aurait résolu
l’amincissement des vernis. Résultat : le contraste de les conserver, les supprimer impliquant
entre le bras et le visage est trop marqué. L’œuvre, une trop grosse prise de risque. Espérons que
devenue plus lisible, s’avère aussi moins lumineuse. cette sage décision ne soit pas remise en question.

Léonard de Vinci Saint Jean Baptiste


1513-1516, huile sur bois, 69 x 57 cm.

Beaux Arts I 105


RÉTROSPECTIVE l LA PANACÉE
Jusqu’au 14 janvier

Jacques Charlier,
l’esprit farceur
L’artiste belge est l’objet d’une première rétrospective en France,
à Montpellier. Une immersion jubilatoire dans l’œuvre décapante
de ce pionnier du courant conceptuel européen, qui n’a eu de cesse
de se moquer de l’art, de son marché et de ceux qui l’animent.
Par Judicaël Lavrador

est une photo de vernissage, un soir contemporains se réapproprient tout – objets, publicités,

C’
CI-DESSUS

de 1975 au Palais des Beaux-Arts de rebuts… – en se contentant de les signer, il fera de même. Né en 1939
à Liège où il vit
Bruxelles. Trois dames bien mises, Il insère donc sur les cimaises des galeries d’art non seu- et travaille,
saisies de profil, chignon enrubanné lement ces photos de labeur mais aussi toutes les traces de Jacques Charlier
dans un bonnet, verre (vide) en main, la routine besogneuse du STP, ainsi énumérées dans le (photographié
se poussent du coude et affichent une moue circonspecte catalogue par l’historien de l’art Jean-Michel Botquin : ici en 2014),
connaît un regain
quand elles lorgnent les œuvres d’On Kawara. À vrai dire, «Des lettres, des communications, des essuie-plumes, des d’intérêt grâce
le cliché de Jacques Charlier ne montre rien de ce que ces buvards et papiers de table, des listes de signatures de pré- à sa rétrospective
spectatrices zyeutent. Ce n’est pas le sujet de ses photogra- sence (entrée à 8 heures, sortie à 16 h 45), les tirages de ses à la Panacée.
phies. Ce qui l’est, en revanche, c’est le monde de l’art, son propres plans de route, des documents souvenirs à propos CI-CONTRE
système, ses manies, ses mondanités, son public, plus ou d’événements importants de la vie professionnelle, un pot Cultirelire,
moins convaincu, mais aussi ses esbroufes, ses pensées de départ, par exemple la mise à la retraite de M. Merciny série les Fessées
creuses, ses prix records. En un mot : son cirque. ou celle de MM. Herman et Tenret, un voyage en groupe Mettant
à Anvers, organisé par la caisse de solidarité du STP.» en scène des
Un autodidacte érudit Un matériel sympathique mais dérisoire qui revendique
trajectoires
d’artistes
Jacques Charlier, né en 1939 à Liège, prend un malin plai- un aspect humain. Car Charlier n’est pas un «appropria- ambitieux,
sir à endosser le rôle du clown triste de l’art contemporain tionniste» comme les autres. En faisant les fonds de tiroirs losers ou
en se lançant, au cours des années 1960, dans un travail à la de son service pour garnir les murs des galeries d’art, il truqueurs dans
un monde semé
fois sérieux et décapant, satirique et érudit, aux marges de n’oublie ni ne se substitue aux personnes, aux employés, d’embûches,
l’art. Charlier préfère, en effet, des formats «mineurs et déri- aux ouvriers qui ont fait le boulot. Pour mieux expliquer Charlier braque
soires», note Nicolas Bourriaud, directeur de la Panacée, l’originalité et l’engagement de sa démarche, il la compare l’attention
sur les coulisses,
qui consacre une rétrospective à l’artiste. Soit des photo- aux «sculptures anonymes» de Bernd & Hilla Becher, ces
pas très
graphies, documents de travail, bandes dessinées et pein- photos d’ouvrages industriels (châteaux d’eau ou hauts reluisantes,
tures que l’institution montpelliéraine présente dans un fourneaux). Il en dit ceci : «Ce sont bien des outils indus- de l’art.
accrochage strict, à la manière de l’art conceptuel. triels qui ont été réalisés par des ouvriers monteurs, conçus 2014, acrylique sur
toile, 120 x 100 cm.
Jacques Charlier est un autodidacte qui fera de son bou- par des ingénieurs, manipulés par des ouvriers, possédés
lot et de celui de ses collègues au Service technique provin- par des patrons, tous ces gens ont un nom.»
cial (STP) de la ville de Liège, où il travaille de 1957 à 1977,
une œuvre à part entière. Voilà donc, sortis du bureau, des Perruque blonde et fausse moustache
documents destinés à l’élaboration de projets d’améliora- L’artiste en défenseur du prolétariat. Et en cauchemar
tion de voirie, d’égouttage, de normalisation de cours d’eau des artistes établis, dont il va gentiment moquer les manies,
ou d’implantation de zones industrielles là où il n’y a pour les discours ronflants, le narcissisme machiste dans des
l’heure que des champs de betteraves ; des clichés bruts dessins et des Photos-sketches hilarants. Dans la série de
destinés à un usage professionnel, un enregistrement banal caricatures Cent sexes d’artistes, réalisée entre 1969 et 1975,
de la morne réalité des travaux publics et des paysages il dessine une galerie de pénis stylisés qui illustre en un
tristes à mourir. Charlier, d’un claquement de doigts et petit dessin coquin le travail des plus grands créateurs de
dans un éclair de génie, se dit que puisque les artistes son époque. Christo ? Un zizi emballé. Claes Oldenburg ?

106 I Beaux Arts


Beaux Arts I 107
RÉTROSPECTIVE l JACQUES CHARLIER

Chez Charlier, le comique


de situation et les bons
mots sont rattrapés par
le voile de mélancolie
et de désenchantement
devant un monde de l’art
incapable de s’extraire
du système marchand.

Un zizi en plastique qui se dégonfle comme une baudruche. Sur le tard, dans les années 1990, Charlier s’attaque à la CI-DESSUS

peinture avec une série de pastiches qu’il faut lire au second Parcours
Andy Warhol ? Un zizi sur ressort qui surgit de sa boîte
de l’art, série
(Campbell) comme un showman. degré. Il détourne Lucio Fontana et ses toiles fendues en
la Route de l’art
Avec un sens aigu du grotesque, Charlier paie aussi de sa livrant une version recousue, mais c’est à coup sûr pour se Inspirées pour
personne et, dans un roman-photo, se met en scène en moquer de ceux qui font profession de pastiche – on pense une large part
clown, perruque blonde trop longue et fausses moustaches. à Maurizio Cattelan entaillant ses toiles d’un Z qui signifiait de l’imagerie
«Zorro» (titre d’une série datant de 1995). des dessins et
Il incarne un artiste à l’enthousiasme si vif et à l’inventivité
des caricatures de
si débridée que les concepts qui en naissent paraissent tou- presse, les œuvres
jours un peu bancals. À l’image de ce Photo-sketch où, Un La Bruyère moderne de Jacques
farceur, il explique que, ne trouvant pas le sommeil, il s’est De même, le Belge s’empare des gimmicks de l’art géo- Charlier gardent
aussi les traces de
mis à compter les moutons, mais que ça ne marchait pas. métrique abstrait (dans la série Peintures fractales) ou
l’art conceptuel.
Alors, «une nuit, souffle-t-il, j’ai commencé à compter tous postimpressionniste (la série les Quatre Saisons), établis- 2017, acrylique
ceux qui ne s’endorment pas à cause de l’art». Et de sant au fil de ses ensembles une espèce d’immense cata- sur toile, 100 x 120 cm.

conclure, dans une ultime bulle, hilare : «Depuis, je fais de logue de choses vues, déjà trop vues, et qui reviennent CI-CONTRE
l’art pour insomniaques.» encore et encore, non plus avec l’évidence éclatante du Sexes d’artistes
sublime, mais avec les teintes un peu fanées et forcées de Grivois, fripon,
Pasticher les pasticheurs la farce bouffonne. Restait à ce La Bruyère moderne, mora- couillu : quand
liste piquant des mœurs d’un milieu dont les attitudes et Charlier
De l’art, en tout cas, qui empêche les artistes de se
entreprend de
reposer sur leurs lauriers. Charlier remet tout en cause, les contradictions se prêtent vite à la caricature, restait portraiturer les
y compris le motif traditionnel du paysage. Sous un donc à Charlier à écrire des aphorismes. C’est fait avec ces grands artistes
arbre, l’énergumène moustachu affirme que «certains quelques Suggestions pour provoc de table ou faux bruit à des années 1970,
il vise sous la
font de l’art facilement en trouvant leur inspiration là», lire dans le catalogue de La Panacée comme un impertinent
ceinture, certes.
dans la campagne, et décide en conséquence de plonger bréviaire. En les apprenant par cœur, on peut à coup sûr Mais il vise juste.
dans une piscine afin d’y trouver «l’idée terrible et pleine briller aux dîners de vernissage, mais aussi s’en faire virer 1969-1975,
de profondeur». Chez Charlier, le comique de situation aussi sec. Qui osera celui-ci ? «Il faut toujours acheter aux encre sur papier,
planches issues
et les bons mots sont rattrapés par le voile de mélancolie artistes quand ils sont pauvres. Quand ils sont riches, ils de Articide Follies,
et de désenchantement devant un monde de l’art inca- vendent aux riches et deviennent cons.» Q 1975.

pable de s’extraire du système marchand et des diktats


de la communication. La bande dessinée la Route de l’art «Un art sans identité – Jacques Charlier» jusqu’au 14 janvier
La Panacée • 14, rue de l’École de Pharmacie • 34000 Montpellier
(1976) montre ainsi comment un artiste conceptuel tente
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«Jacques Charlier – Peintures en tous genres»
vage». Peine perdue, le monde de l’art – critiques, cura- jusqu’au 30 décembre • galerie Lara Vincy • 47, rue de Seine
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108 I Beaux Arts


EXPOSITION l MUSÉE DU QUAI BRANLY
Jusqu’au 1er avril

La stupéfiante beauté
des Moches
L’exposition «Le Pérou avant les Incas», au Quai Branly, met à l’honneur
une civilisation méconnue, dirigée parfois par des femmes, qui a laissé
derrière elle de sidérantes céramiques… Son nom ? Les Moches !
Par Daphné Bétard

n homme-crabe encore sous l’effet de subs- exposition réjouissante, Santiago Uceda Castillo, archéo-

U tances hallucinogènes, un canard agressif


aux airs de Daffy Duck, un guerrier en tenue
de combat futuriste… Bienvenue chez les
Moches (prononcez motché) ! Incroyable
mais vrai : ces céramiques expressives et grimaçantes à sou-
hait ont 1 500 ans. Découvertes sur la côte nord du Pérou,
elles ont été créées par des artisans visiblement très inspi-
logue et directeur du musée Huacas de Moche au Pérou
– inauguré en 2010 à côté du site Huaca de la Luna, près
de la ville de Trujillo –, la culture mochica reste l’une des
plus fascinantes d’Amérique du Sud.

Des prêtresses et des reines vêtues d’or


Très créative, elle témoigne aussi d’une grande sophis-
rés qui, plutôt que de produire de banales bouteilles, tication technologique. Organisés en petits États territo-
cruches, tasses ou assiettes, ont préféré élaborer des œuvres riaux érigés autour d’un centre cérémoniel où résidait
d’une grande inventivité plastique, à l’effigie d’animaux, l’élite, les Moches ont développé une architecture de plus
de divinités ou de leurs semblables, voire les trois à la fois. en plus complexe au cours des siècles. Les sites récem-
Ces créations extraordinaires, qui n’ont aujourd’hui ment fouillés, comme Huaca de la Luna, ont révélé des
rien perdu de leur pouvoir de sidération, avaient sombré vestiges de temples décorés selon un programme icono-
dans l’oubli jusqu’à ce que des fouilles archéologiques graphique élaboré, des systèmes hydrauliques chargés
menées au cours des trente dernières années ne les d’alimenter d’immenses vallées-oasis, des villes et des
révèlent au grand jour. Et permettent de mieux connaître villages dotés de palais, de rues et de places.
ces cultures d’avant l’ère inca, celles des Moches ou Sans oublier les tombes royales : celles de San José de
Mochicas (dont les premières traces remontent au début Moro, notamment, ont confirmé que, dans certains États,
de notre ère et disparaissent au VIIe siècle), mais aussi, le pouvoir gravitait autour de prêtresses et de reines,
avant eux, des Cupisniques (apparus 1 000 ans avant vêtues d’or. Leurs souvenirs se donnent à voir dans toute
J.-C.), et, après eux, des Lambayeques (de 600 à 1 100) et leur magnificence au Quai Branly, au fil d’un parcours qui
des Chimús (de 1 100 à 1 532). Ce sont ces derniers qui montre le travail scientifique mené par les archéologues
seront détrônés par les Incas. Pour le commissaire de cette autant qu’il nourrit l’imaginaire des visiteurs.

110 I Beaux Arts


Timbale – Huaco-portrait avec turban et cache-cou
Troublante avec ses figures réalistes peintes, la céramique mochica est l’élément le plus révélateur des mœurs de cette culture préinca. Elle met
en scène des divinités, des créatures surnaturelles, des animaux, des guerriers ou des personnages de haut rang, à l’instar de ce portrait d’un cie-quich
(«grand seigneur») plus vrai que nature. Découverte sur le site Huaca de la Luna, cette timbale-visage au clin d’œil désopilant a emporté son secret
dans la tombe. On sait néanmoins que ce type d’objet était façonné à l’occasion de la mort d’un seigneur pour affirmer la continuité de la lignée.
Moche III (300-400 ap. J.-C.), céramique modelée et peinte, 18 x 14,3 x 16,1 cm.
EXPOSITION l LE PÉROU AVANT LES INCAS

«Du début de notre ère


à 600 ap. J.-C., la côte nord
du Pérou est le théâtre
du développement de
la culture mochica,
l’une des civilisations
les plus remarquables
du Nouveau Monde.»
Santiago Uceda Castillo,
commissaire de l’exposition

Bouteille à anse-goulot en étrier


représentant un canard guerrier
C’est une pièce unique en son genre, probablement
la plus délirante des œuvres à découvrir au Quai Branly.
Non seulement pour son air de famille troublant avec
le personnage de dessin animé Daffy Duck, mais aussi
pour son extraordinaire état de conservation.
Moche IV (500-600 ap. J.-C.), céramique modelée avec incrustations
de nacre, 23,5 x 13,5 x 22,5 cm.

Bouteille à anse-goulot en étrier – Prêtre en prière Cruche ornée d’une raie et surmontée du dieu
Méfiez-vous de son air calme. Ce prêtre aveugle, des montagnes à corps de crabe
au visage couvert de scarifications figurant oiseaux, félins, Cet être hybride à l’air halluciné – a-t-il abusé des
poissons, vagin et pénis, n’hésitait probablement pas feuilles de coca ? – rappelle l’importance des divinités
à trancher la gorge des guerriers vaincus afin de fertiliser de la mer (associées à la lune) et des montagnes
la terre avec leur sang. (liées au soleil) dans les cultures préincas.
Moche III (300-400 ap. J.-C.), céramique modelée et peinte, 19,7 x 12 x 21 cm. Moche III (300-400 ap. J.-C.), céramique modelée et peinte, 21,7 x 15 x 13,8 cm.

112 I Beaux Arts


Cruche représentant une fellation
Les Mochicas étaient-ils obsédés par le sexe ? Probablement, mais pas au sens où on l’entend aujourd’hui. Les nombreuses céramiques
décorées d’images de coït, de sodomies et de fellations découvertes dans les sépultures sont liées à des cultes funéraires et des sacrifices.
Hantés par la peur de la sécheresse, les Mochicas invoquaient ainsi la fertilité et la bonne marche des saisons. Inutile donc de voir dans cette cruche
une banale scène érotique. Cet objet affriolant liant le sexe et la mort était destiné à accompagner le défunt dans l’au-delà.
Moche IV (500-600 ap. J.-C.), céramique modelée et peinte, 15,1 x 7,6 x 20,8 cm.
EXPOSITION l LE PÉROU AVANT LES INCAS

«Grâce à l’iconographie des temples,


on peut établir un rapport entre
la consommation de feuilles de coca
par les guerriers et un rituel nocturne
de sacrifice humain.»
Santiago Uceda Castillo, commissaire de l’exposition

Maquette de la place
du palais Chan Chan
Temples à plateformes et palais
monumentaux : l’architecture
était envisagée comme symbole
de pouvoir. Cette maquette du Chimú
tardif (1350-1532 ap. J.-C.), épargnée
par les pillards, nous plonge au cœur
du palais Chan Chan, édifice
complexe à l’accès sécurisé,
doté de places accueillant
cérémonies et festins
offerts par les seigneurs.
Chimú tardif (1350-1532
ap. J.-C.), bois et textile,
40,5 x 41 x 48,5 cm.

300 céramiques, parures, couteaux cérémoniels…


«Le Pérou avant les Incas»
Outre les délirantes céramiques qui ont fait la réputation des Moches et autres cultures jusqu’au 1er avril
musée du quai Branly-Jacques Chirac
préincas, le musée du quai Branly réunit les trésors d’or et de cuivre mis au jour par 37, quai Branly • 75007 Paris
les archéologues au pied de la cordillère des Andes, sur la côte nord du Pérou, dans des 01 56 61 70 00 • www.quaibranly.fr
tombeaux miraculeusement préservés du pillage. Ceux de rois et reines, seigneurs, prêtres Catalogue édité chez Flammarion
et prêtresses, qui, avant de rejoindre le royaume des morts, étaient parés de leurs plus 22 p. • 45 €
beaux atours : diadèmes, sceptres, bannières, pectoraux et ornements. Trois cents pièces
et deux mille ans d’histoire pour dire la splendeur des civilisations disparues.

114 I Beaux Arts


Bouteille à anse-goulot en étrier – Guerrier accroupi tenant sa masse et son bouclier
Pilier de cette société très hiérarchisée, identifiable à son casque, sa masse et son bouclier particulièrement graphique, le guerrier moche
part à la conquête de nouveaux territoires autant qu’il assure le maintien de l’ordre. Ici, il s’agit d’un personnage haut gradé, comme l’indiquent
ses ornements d’oreilles et sa tenue sophistiquée. S’il perdait son combat, il pouvait finir immolé pour servir d’offrande aux dieux.
Moche IV (500-600 ap. J.-C.), céramique modelée à incrustations, 22,7 x 21,9 x 24,3 cm.
PUBLI INFO

COLLAGES / FIFAX S’ÉDITE ! LES FAITS GRAPHISME, EN VOL


HELENE ANGELINA DU HASARD ILLUSTRATION, ET EN CHANT
heleneangelina.com À l’occasion de son 20e Exposition d’art contemporain numé- PEINTURE Jusqu’au 17 mars 2018
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Jakob édite ses quatre artistes
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phie, réalise des collages, fabrique Le musée Médard, dédié aux arts et
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ments, des livres uniques. De flâ- technologique perçue à l’heure vrir l’exceptionnel cabinet du biblio-
couleurs un monde situé entre
neries dans les rues aux rêveries réalité et imaginaire. Ses peintures du numérique sont au cœur de la Collectif pluri-disciplinaire au phile Louis Médard (1768-1841).
en forêt, la nature comme la ville figuratives abordent le thème des prochaine exposition centrale de croisement de la direction artis- Dans l’exposition En vol et en chant,
inspirent ses créations. Ses collages grandes villes et de l’architecture. la Biennale internationale des arts tique et de l’illustration, Mecca est la splendide Histoire naturelle des
ludiques révèlent des compositions Le coffret d’Art qui lui est numériques au CENTQUATRE- spécialisé dans l’identité visuelle, oiseaux de Buffon est présentée
aux reflets surannés idéalisant consacré est édité à seulement 99 PARIS, «Les Faits du hasard». Une et la réalisation de fresques. Lors
d’événements variés, ils pré- en parallèle à d’autres formes de
une féminité poétique et mutine. exemplaires. Il contient une série façon pour l’homme de reprendre
sentent des expositions et des per- perception visuelle et sonore : l’ap-
Prochaine exposition au printemps d’estampes signées et numérotées la main sur la machine ?
2018, Vivienne Art Galerie, Paris 2e. formances live. proche musicale de Bernard Fort,
par l’artiste et une encre originale
Pour voir leur travail et les contac- celle plastique de Laure Essinger
pour l’édition limitée.
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sur la tranche est protégé dans de Jean-Marie Granier.
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ABC DE LA RICHARD PEDUZZI, EIFFEL BY FIFAX VODOU SOLO HOUSES


CRÉATIVITÉ LÀ-BAS, C’EST 16 décembre - 24 février 2018 AU FÉMININ PAR OFFICE KGDVS
DEHORS Des mythes originels aux femmes Expérience architecturale
La coquille du nautile est reconnue (suivi de L’odeur du théâtre) Lorsque Philippe Coupérie- Eiffel d’aujourd’hui en afrique de l’ouest inédite, Espagne
comme un archétype graphique fait découvrir à l’artiste Fifax les
idéal, grâce à la beauté de sa « fers » bruts datant de 1893, allé- Pour sa première exposition à Insolite et avant-gardiste, la se-
Un récit intime des moments clés
spirale. gorie « eiffelliene » par excellence, thème, de mars à octobre 2018, conde maison du projet SOLO
de la vie de Richard Peduzzi, cet
Son architecture pluricamérale il s’en empare immédiatement. le Château Vodou met en lumière HOUSES initié par Christian
homme qui dans les années 1960
offre un cadre parfait pour identi- Mise en équilibre et sertis des la place de la femme et des divi- Bourdais se fond dans la nature
s’est détourné de son atelier de
fier les neuf clefs qui permettent une mythiques rivets, chaque pièce nités féminines en pays vodou. sauvage du matarraña en Espagne.
peintre pour l’espace théâtral, celui
première approche des processus peinte, nickelée ou patinée de- Les caractères et les spécificités En forme d’anneau, toute en
où il a pu “construire sa peinture”.
créatifs. vient une pièce unique, symbole des déités du panthéon vodou, transparence et dotée de façades
Les dessins, photographies et
Ces clefs sont développées dans du génie de Gustave Eiffel. leur esthétique, mais aussi l’his- coulissantes, elle est d’une liberté
maquettes qui accompagnent
Les structures apparaissant : toire des Amazones du Royaume absolue. Sur une surface de 1600m2
l’ouvrage ABC de la Créativité. ce texte manifeste sont mis en
«Titanic » l 38 x L 38 x H 70 cm et du Dahomey et le quotidien des comprenant un patio avec pis-
regard avec tout ce qui nourrit
«Yellow cab » l25 xL 25 x H 40 cm prêtresses seront à découvrir, à cine, la Solo Office des architectes
son inspiration : l’architecture, belges Kersten Geers et David Van
l’histoire de l’art, la musique, Strasbourg.
Severen, fait disparaître les limites
l’opéra, le jazz, la littérature, le entre extérieur et intérieur.
cinéma, la photographie, mais aussi
des souvenirs d’enfance, des lieux,
des rencontres.

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N O 403 Janvier 2018

Pages coordonnées par


GUIDE DES EXPOSITIONS Emmanuelle Lequeux

Tadanori Yokoo
Fancy Dance, 1989

MUSÉES &
CENTRES D’ART

118
Quoi de neuf
en janvier ?

119
Trois raisons d’aller
visiter le Louvre-Lens

120
Notre sélection
d’expositions en France

122
Cap vers le Japon !

124
Millet superstar

126
Louise Bourgeois,
douleur au poing

128
Málaga, l’odyssée
des utopies

GALERIES

130
Nos 3 coups de cœur
Japan attacks !

122 Acide pop violemment politique, l’art japonais s’est complètement


réinventé après le désastre d’Hiroshima. Le Centre Pompidou-Metz
revient sur sept décennies durant lesquelles l’archipel s’est battu
pour retrouver son autonomie.

Beaux Arts I 117


L’ACTUALITÉ DES MUSÉES & CENTRES D’ART

Quoi de neuf en janvier ?

2Les grands
projets
rouennais
C’est l’effervescence à Rouen.
Outre la récente convention Vue de l’exposition «Stéphane Calais – Un nouveau
printemps» à la Passerelle, en 2014-2015.
de partenariat passée avec
le Centre Pompidou, la création
d’un espace de conservation

3
mutualisé et la rénovation À Brest, le premier
du musée des Beaux-Arts pour centre d’art labellisé

1 Fécamp ouvre
son musée des Pêcheries
Quinze ans après le lancement du projet, le musée
des Pêcheries de Fécamp a ouvert ses portes le 8 décembre
2013, la métropole annonce
la création du pôle Beauvoisine.
À l’horizon 2021, le musée
des Antiquités et le Muséum
d’histoire naturelle, situés dans
«d’intérêt national»
Une douzaine d’expositions par an, huit
salariés, 550 000 € de budget… Installée,
depuis 1988, dans un ancien hangar à
bananes de 4 000 m2 en plein cœur de Brest,
le couvent des Visitandines,
au sein de l’ancienne sécherie de morue, réhabilitée par vont fusionner après des la Passerelle est le premier centre d’art
Basalt Architecture. Une opération qui a coûté 16 M€. travaux d’un montant de 15 M€. à obtenir le label «Centre d’art contemporain
Labellisées «Musée de France», les Pêcheries ont pour La scénographie, entièrement d’intérêt national». «Un symbole très fort
particularité d’associer, sur plus de 4 700 m2 et sept niveaux, repensée, intégrera les dans une région qui a été traumatisée
des collections de beaux-arts (avec notamment des œuvres nouvelles technologies. par la fermeture du centre d’art le Quartier
de Jules Noël, Maximilien Luce ou Émile Schuffenecker) Grande nouveauté : la création à Quimper en 2016», explique Étienne
à d’autres liées à l’histoire maritime de la cité normande d’une Galerie des enfants (de Bernard, le directeur du lieu. Ce nouveau
qui «fut, du XVIe à la fin du XXe siècle, un port de grande 18 mois à 10 ans), sur le modèle label, instauré par arrêté en mai 2017
pêche morutière». L’ensemble est rehaussé d’un magnifique de celle de la Cité des sciences dans le sillage de la loi «création» de 2016,
belvédère à 360° avec vue imprenable sur la mer. et de l’industrie à la Villette. vient reconnaître l’engagement et les actions
Près de 70 000 visiteurs sont attendus chaque année. http://musees-rouen-normandie.fr des centres d’art contemporain au cœur
L’exposition inaugurale est consacrée au photographe des territoires. Une belle récompense pour
François Kollar, du 21 janvier au 29 avril. les 30 ans du centre d’art breton.
www.musees-normandie.fr/-musee-de-fecamp www.cac-passerelle.com

4Le renouveau du musée


d’Art moderne de Paris
Le musée d’Art moderne de la Ville de Paris
a dévoilé le nouvel accrochage de ses collections.
Profondément remodelé, ce parcours chronologique
met en lumière les donations et achats
récents. Il s’articule autour de salles thématiques,
du fauvisme et du cubisme décoratif jusqu’à
la peinture d’aujourd’hui. Parmi les nouveautés :
l’intégrale de la Suite Vollard (100 gravures
réalisées par Picasso entre 1930 et 1937), la salle
«Dalla natura all’arte» sur la matière dans les années
1950 et la confrontation Hartung/Zao Wou-Ki.
L’accrochage contemporain fait la part belle
à la peinture, donations de la Karel Appel Foundation
et du galeriste Michael Werner. www.mam.paris.fr
Entre la Symphonie colorée et la Tour Eiffel de Robert Delaunay, tournent les Disques de Fernand Léger. Françoise-Aline Blain

118 I Beaux Arts


MUSÉES l LE MUSÉE DU MOIS

Vue de la Galerie du temps.

X LENS • MUSÉE DU LOUVRE

Trois raisons d’y aller


Le Louvre-Lens, situé dans l’ancien bassin minier du Pas-de-Calais, fête ses cinq ans
d’existence. Comme s’il fallait un prétexte supplémentaire pour se convaincre de le visiter !
Un accrochage régulièrement renouvelé Des expositions temporaires
évoquant 5 000 ans d’histoire audacieuses
Désormais bien ancrée dans son territoire, Soumis à des pressions de plus en plus fortes, les
l’architecture de verre et de lumière imaginée par établissements parisiens jouent la carte de la grande
l’agence japonaise Sanaa abrite 200 chefs-d’œuvre monographie. Il semblerait que des musées comme
À VOIR des collections nationales. Réunis sur les 3 000 m2 le Louvre-Lens représentent de nouveaux espaces
«Musique ! Échos de la Galerie du temps (dont l’accès est gratuit), de liberté pour les conservateurs. En témoigne
de l’Antiquité»
jusqu’au 15 janvier les peintures, sculptures et objets d’art racontent la dernière exposition sur les frères Le Nain, qui
«Heures italiennes
5 000 ans d’histoire, toutes civilisations confondues, n’hésitait pas à s’aventurer sur le terrain délicat
Chefs-d’œuvre des s’appuyant sur le concept d’universalité dont des attibutions d’œuvres. L’institution compte
Hauts de France» le Louvre Abu Dhabi s’est largement inspiré. multiplier les manifestations pluridisciplinaires.
jusqu’au 28 mai
Déposées par la maison mère, les œuvres sont Après l’art persan au printemps prochain, Lens
99, rue Paul Bert régulièrement renouvelées. À l’occasion de accueillera un parcours sur l’amour, à travers l’art
62300 Lens ses 5 ans, le Louvre-Lens présente 43 nouveaux et la littérature, de l’Antiquité au XIXe siècle, avant
03 21 18 62 62 arrivants parmi lesquels des trésors nationaux une exposition en septembre 2020 sur le noir.
www.louvrelens.fr
récemment acquis (tels les pleurants du tombeau
du duc de Berry du XVe siècle), des toiles signées Une médiation culturelle au top
À LIRE
Pisanello, Murillo, David, Ingres ou Greuze. C’était l’enjeu fondamental : s’adresser à tous
9Guide Tout le Louvre-Lens
Beaux Arts Éditions • 148 p. La scénographie permet une proximité avec les les publics. Il suffit de se promener dans la Galerie
14,95 € œuvres que peu de musées offrent aujourd’hui. du temps, où officient les médiateurs, pour constater
que la mission est réussie. Plutôt que des audioguides
et gadgets multimédias, Lens a misé sur une équipe
pédagogique motivée et ultracompétente, capable
de capter l’attention du plus grand nombre – familles,
scolaires, retraités, bébés, adolescents, demandeurs
d’emploi et tous ceux qui avaient déserté, voire
jamais mis les pieds au musée (c’est le cas de 4 %
des visiteurs). Résultat : 42 % des visiteurs reviennent
au Louvre-Lens, dont la fréquentation annuelle
s’élève à plus de 440 000 entrées – quand le musée
des Beaux-Arts de Lyon ou le Centre Pompidou-
Metz n’en comptent que 300 000 à 330 000.
Daphné Bétard

Beaux Arts I 119


MUSÉES l EXPOSITIONS

Éric Pougeau X MARSEILLE • MUCEM JUSQU’AU 23 AVRIL.


Couronne mortuaire
Fils de pute, 2001 Tout sur le roman-photo,
de Fellini à Hara-Kiri
Plus gros succès éditorial de l’après-guerre
(un Français sur trois en lisait dans les années 1960
et Nous Deux tire encore à 330 000 exemplaires
par semaine), le roman-photo n’avait curieusement
jamais fait l’objet d’une exposition. Méprisées,
parodiées, dénoncées tant par l’Église que par
les intellectuels et les communistes, ces «petites
mythologies sentimentales» révèlent aujourd’hui
une profondeur insoupçonnée. Et si ce «cinéma
du pauvre» avait inventé un genre plus riche en
rebondissements – sociaux, politiques, esthétiques –
Couverture de que prévu ? Et si 2017 était l’année de son entrée
Nous Deux n° 1277, définitive au musée ? Né en Italie en 1947, on l’a vu
«l’hebdomadaire au printemps faire une première incursion au
qui porte bonheur», musée de l’Histoire de l’immigration dans le cadre
en 1971.
de l’exposition «Ciao Italia !». Le voilà de retour au
Mucem, qui lui consacre un show absolument inédit,
«Roman-photo» réunissant le Professeur Choron et Chris Marker,
7, promenade
Robert Laffont
Coluche et Jacques Derrida, Satanik et Jean Seberg,
13002 Marseille Dalida et Guy Debord… Difficile d’imaginer casting
X PARIS • FONDS AGNÈS B. JUSQU’AU 10 JANVIER. plus dépareillé, mais puisqu’on vous dit que l’amour
04 84 35 13 13
www.mucem.org fait des miracles ! Natacha Nataf
Le mauvais genre, cet art majeur
«Mauvais genres», c’est l’émission bien nommée de France Culture,
tout entière dédiée à ces garnements de l’art que sont les genres
mineurs, dans la littérature, le cinéma ou la BD. Vingt ans que
l’équipe s’acharne à défendre sur les ondes séries Z, black metal
et imageries dissidentes. Amoureuse de toutes les marges,
agnès b. a convié ses chroniqueurs à concocter une exposition,
à l’occasion de cet anniversaire. Polar érotique ou fantasy débridée,
voilà une étonnante digression autour de ce qu’ils définissent, sans
jamais le théoriser, «comme un miasme et une vibration tour à tour
grisante, vertigineuse ou angoissante, une sorte de grâce malsaine,
de swing glauque». On ne saurait mieux résumer l’univers
envoûtant de Jean-Luc Verna, David B ou Mirka Lugosi, tous ces
artistes à qui «Mauvais genres» a dans le passé dédié une
chronique, et qui se retrouvent aujourd’hui autour d’un hommage
à la poétesse occultiste Marjorie Cameron : sorcière en majesté
dans une exposition aux allures de sabbat. Emmanuelle Lequeux
«À mon seul désir – 20 ans de “Mauvais genres”»
17, rue Dieu • 75010 Paris • http://europe.agnesb.com Photo réalisée pour le roman-photo Il Figlio rubato [l’Enfant volé], en 1967.

X PARIS • MUSÉE PICASSO JUSQU’AU 11 FÉVRIER.

Un año de amor avec Picasso


1932, comme si on y était. Jour par jour, consciencieusement, l’agenda est effeuillé,
en un de ces audacieux systèmes curatoriaux dont raffole Laurent Le Bon.
Le président du musée Picasso n’a-t-il pas déjà accroché l’une de ses expositions
par ordre alphabétique des artistes présentés ? Mais la contrainte a du bon, et
Oulipo retrouve finalement ses petits. Car l’exposition convainc dès les premiers
jours de l’année. Pendant les vacances d’été, on ne lâche rien. Et à la Saint-Sylvestre,
on repartirait bien pour 1933, tant l’on a eu l’impression, au fil du parcours,
d’approcher au plus près du processus de création de l’artiste. De rentrer dans
l’intimité de son œuvre, de Paris au château de Boisgeloup, de baigneuse en joueur
de flûte, d’un amour à l’autre. Documentant précieusement sa vie de tous les jours,
le quinqua conquérant semblait dès cette époque travailler pour l’avenir. Pour lui,
pas de quotidien. Il nous donne ici une leçon d’art, mais aussi de vie. E. L.
«Picasso 1932 – Année érotique»
5, rue de Thorigny • 75003 Paris • 01 85 56 00 36 • www.museepicassoparis.fr
Nu couché, 4 avril 1932

120 I Beaux Arts


MUSÉES l EXPOSITIONS Par Emmanuelle Lequeux

SUCCÈS
& ÉCHECS

La Collection Lambert en Avignon, avec Down


And Out, Out And Down… (1971) de Lawrence Weiner.

Collection Lambert, Avignon


«Agnès b. – On aime l’art…!!»
À Du 6 juillet au 5 novembre

Nombre d’entrées par jour Cumul des entrées

265 30 000
Quatre mois de succès ! Depuis sa réouverture
en 2016, la Collection Lambert affiche le sourire
avec une hausse de fréquentation de 45 %.
Eikoh Hosoe Simon: A Private Landscape, 1971-2012
14e Biennale de Lyon
X METZ • CENTRE POMPIDOU JUSQU’AU 5 MARS. «Le dôme»
À Du 20 septembre au 5 novembre

Cap vers le Japon ! Nombre d’entrées par jour

1 689
Cumul des entrées

69 279
Quitte à se sentir lost in translation, perdu dans un monde absolument
étranger, autant avoir un bon guide ! C’est ce que propose le Centre Pompidou- Beau succès pour le dôme géodésique réactivé
Metz avec sa remarquable exposition consacrée à l’art japonais contemporain. de Richard Buckminster Fuller, qui accueillait
Regard 100 % nippon sur l’archipel : pas question de cultiver un exotisme à Lyon Clinamen v2 de Céleste Boursier-Mougenot.
de pacotille, mais plutôt de saisir de l’intérieur les paradoxes de cet empire
de complexité. Le parcours s’ouvre en 1970, avec l’Exposition universelle Musée de l’Orangerie, Paris
d’Osaka, à travers laquelle le pays tout juste remis de la guerre réaffirme «Dada Africa»
son autonomie culturelle. Les membres de Gutai moquent la course en avant  Du 18 octobre au 19 février 2018
du progrès, la danse butô prône un retour aux racines... Alors que la bombe
Nombre d’entrées par jour Cumul des entrées
est tombée du ciel, les artistes sont convaincus que la renaissance passe
par un ancrage dans le sol. Retour de l’animisme, du vernaculaire, besoin de 2 314 94 877(au 3 décembre)
fusion avec la nature.
Petit démarrage, en deçà des chiffres de
En talons aiguilles sur la Lune l’exposition «Tokyo/Paris – Chefs-d’œuvre
du Bridgestone Museum of Art», qui avait accueilli
Le pays peine encore à se remettre d’Hiroshima, comme le rappelle ce 420 798 personnes en 118 jours.
stupéfiant corps de mère-squelette, poussant un cocon-berceau, sculpté par
Tetsumi Kudo. Mais quel corps, aujourd’hui, pour les générations d’otakus
qui passent leur vie dans leur chambre, devant l’ordinateur ? Quelques vidéos Musée des Impressionnismes, Giverny
en donnent une vision aussi terrifiante que fascinante, à commencer par «Manguin»
ce jeune homme qui s’invente une machine pour avoir ses règles, comme
 Du 14 juillet au 5 novembre
ses copines. Ou cette gamine qui crée un mécanisme pour laisser des traces Nombre d’entrées par jour Cumul des entrées
de talons aiguilles sur la Lune ! Des vertiges electro du collectif Dumb Type aux
travestissements de Morimura, l’exposition compose bien sûr avec les icônes. 695 80 000
Mais elle en livre souvent une version étonnante. Ainsi de ce Murakami des Après deux années de hausse exceptionnelle,
années 1980, alors engagé dans son temps : un monochrome rouge sang sur le musée de Giverny affiche un léger recul
lequel défilent des petits soldats de plomb. Loin du kawaii, plus près du Japon. E. L. (170 000 visiteurs en 2017). Manguin, «le peintre
«Japanorama» 1, parvis des Droits de l’Homme • 57020 Metz
voluptueux» du fauvisme, fait ainsi moins bien que
03 87 15 39 39 • www.centrepompidou-metz.fr Gustave Caillebotte (127 513) et Joaquín Sorolla
(105 123) en 2016.
> À voir aussi : Dans le cadre de la saison japonaise, l’exposition d’architecture
«Japan-ness» (jusqu’au 8 janvier), ainsi que de nombreux spectacles vivants.

122 I Beaux Arts


MUSÉES l EXPOSITIONS
EN BREF
Par Stéphanie Pioda

Bourg-en-Bresse / H2M
Espace d’art contemporain
L’Afrique que présente le centre d’art H2M
est plurielle, avec sept artistes revendiquant
tous un double héritage : l’un plonge dans les
racines de cultures ancestrales, l’autre se
nourrit d’influences occidentales. Cependant,
cette lecture janusienne disparaît face
à la singularité des œuvres, des peintures
à la symbolique bambara d’Amadou Sanogo
aux silhouettes textiles fantomatiques
d’Ismaïla Fatty, en passant par les portraits
photographiques de Zanele Muholi. Une
exposition intelligente dans un lieu artistique
à suivre de près.
«Afrique d’aujourd’hui. – Engagement,
conscience, spiritualité» jusqu’au 14 janvier
5, rue Teynière • 01000 Bourg-en-Bresse
04 74 42 46 00 • www.ac-ra.eu

Dreux / Centre d’art contemporain


départemental l’ar[T]senal
Au cours de ses voyages, Rachid Khimoune
a posé un regard singulier sur la grande variété
des bitumes et… des plaques d’égout, dont
il a effectué des moulages. Ses sculptures
intègrent les motifs ainsi prélevés, devenant
L’Homme à la houe, vers 1860-1862
alors comme des stèles antiques. L’artiste
X LILLE • PALAIS DES BEAUX-ARTS JUSQU’AU 22 JANVIER. cherche à «voir ce que l’on ne voit plus,
à regarder autrement, dans la magie et
le rêve». Il récupère également des éléments
Millet superstar de rebut auxquels il donne ses lettres
de noblesse en les intégrant à ses œuvres
«En réalité, il n’a jamais peint que des souvenirs», disait de Jean-François Millet en bronze. Un univers atypique et poétique.
(1814-1875) le poète et critique Charles Frémine. Souvenirs rustiques de «Rachid Khimoune» jusqu’au 1er avril
paysans qui tuent le cochon, d’un repos bien mérité à l’ombre d’un arbre après 5, place Mésirard • 28100 Dreux • 02 37 38 87 54
une journée de labeur, de sa grand-mère priant dans les champs à la tombée www.dreux.com/lartsenal
de la nuit… S’appuyant sur les travaux de l’historienne Chantal Georgel,
le Palais des Beaux-Arts de Lille consacre au peintre de la vérité sa première Quimper / Musée des Beaux-Arts
rétrospective depuis quarante-deux ans avec des chefs-d’œuvre – des deux Avec Pierre Soulages, il partageait une amitié
peintures de Millet qu’il conserve, les Glaneuses et l’Angélus, Orsay a accepté sincère peut-être liée à leur origine commune
de prêter le second – et d’autres plus inattendues, comme l’Homme à la houe, du Sud-Ouest, mais aussi cet amour pour
paysan hagard embrassant de son regard l’immensité de cette campagne qui l’art roman et pour le noir. André Marfaing
le dévore, ou le Bain de la gardeuse d’oies, jeune fille dévêtue au bord d’une a exploré cette «non-couleur» à l’extrême pour
rivière, effleurant l’eau du bout de son pied avec pudeur. Et aussi de nombreux créer un univers sans références avec le monde
dessins révélant un virtuose du pastel. «Voir, c’est dessiner» : tel était extérieur, sa solution pour «réinventer la
son axiome favori. Au fil de cet accrochage tout en subtilité, la figure humaine peinture». Les noirs dialoguent avec les blancs
se dissout dans le paysage. «Les femmes et les hommes se retrouvent et jouent des oppositions vide/plein, lumière/
engloutis par la nature», résume Bruno Girveau, le directeur du musée. obscurité dans une grande économie de
moyens, jusqu’à atteindre un absolu avec ses
Un paysan devenu emblème du pionnier américain toiles noires barrées d’un rai de lumière blanche.
«L’œuvre tardive de Millet est plus complexe, plus synthétique. Ses recherches «André Marfaing – Peintures et lavis»
jusqu’au 26 mars • 40, place Saint-Corentin
s’orientent vers ce qu’on peut comprendre de l’infini.» Il en résulte des toiles
29000 Quimper • 02 98 95 45 20 • www.mbaq.fr
à l’atmosphère étrange et fantastique comme le Printemps, subjugante éclaircie
après la pluie, ou la Nuit étoilée, peut-être la plus belle de l’histoire de l’art
qui inspira à Van Gogh la sienne. Millet fut une référence pour de nombreux
artistes (Redon, Gauguin, Seurat ou Dalí) et connut un succès phénoménal
aux États-Unis. Ses paysans devinrent l’emblème du pionnier américain,
influençant des peintres, photographes et cinéastes, tels Edward Hopper,
Walker Evans et Terrence Malick, comme nous l’enseigne le deuxième volet
de ce vibrant hommage à un artiste unique et inclassable. D. B.
«Millet» Place de la République • 59000 Lille • 03 20 06 78 00 • www.pba-lille.fr
> Catalogue : éd. RMN-Grand Palais • 256 p. • 35 €
> À lire : Millet par Chantal Georgel • éd. Citadelles & Mazenod • 400 p. • 189 €

124 I Beaux Arts


MUSÉES l EXPOSITIONS À L’ÉTRANGER

Lacs de montagne, 1997

X NEW YORK • MUSEUM OF MODERN ART JUSQU’AU 28 JANVIER.

Louise Bourgeois, douleur au poing


L’art était comme le sang qui coulait dans ses veines : un principe vital. Rouges, donc, sont souvent
les dessins de Louise Bourgeois que réunit le MoMA de New York en un panorama beau à pleurer.
Les artères s’y font racines, les cellules prolifèrent, les épidermes se teintent d’écarlate…
Chaque œuvre est comme un organisme qui défend sa propre existence, un domicile de l’indicible
douleur. Certes, il n’est ici donné à voir que des éditions : pointes sèches travaillées à l’encre de couleur,
lithographies rehaussées de gouaches, linogravures immenses ou livres brodés. Mais tous ces
multiples sont dotés d’une force unique, et démontrent l’inventivité perpétuelle de cette grand-mère
indigne. Au fil de sa longue carrière, plus de sept décennies, celle que l’on connaît surtout comme
une immense sculptrice fit tourner ses obsessions en rond, voire en bourrique, sur le papier :
histoire d’éviter que la névrose ne gagne, que le drame ne l’emporte. Art is a guaranty of sanity
– «L’art est une garantie de santé mentale», clamait-elle.

Les affres d’une vie de femme et d’artiste


De Sainte Sébastienne, harcelée de flèches, en digressions sur la Bièvre, rivière de l’enfance,
le parcours rappelle magnifiquement qu’elle a couché sur la feuille les affres de sa vie d’artiste
longtemps déconsidérée, d’enfant négligée, de «femme de», de mère douloureuse. Autour d’une
Spiral Woman, 2003 de ses araignées fétiches, qui s’impose dans le patio du musée, une série de grisailles démontre
son incroyable talent de graveuse : les formes végétales y prennent taille humaine, dévoilées
par une technique de frottis à l’éponge qui invente mille nuances de gris. Bref, trente-cinq ans après
«Louise Bourgeois – An Unfolding
Portrait» 11 W 53rd Street • New York
avoir enfin révélé son existence à un monde de l’art resté jusque-là indifférent, le MoMA continue
+1 212 708 9400 • www.moma.org à tisser un lien très fort avec la grande Louise, en attendant l’ouverture prochaine de sa fondation
> Catalogue : éd. MoMA • 248 p. • 47 € à Chelsea, dans la maison où elle passa une grande partie de sa vie. E. L.

126 I Beaux Arts


MUSÉES l EXPOSITIONS À L’ÉTRANGER

Peter Doig 100 Years Ago, 2001

X MÁLAGA • CENTRE POMPIDOU JUSQU’AU 2 MARS 2020.

L’odyssée des utopies


Le Centre Pompidou est né d’une utopie. S’étendre à Málaga, c’était aussi, pour l’institution,
accéder à l’un de ses rêves. C’est donc tout naturellement aux utopies modernes que la petite sœur
andalouse consacre son deuxième accrochage des collections du musée national d’Art moderne.
Un florilège, qui met un accent particulier sur les artistes espagnols, comme Julio González,
et se dote d’un passionnant chapitre architectural. «Tout va bien», insiste dès l’entrée
Jean-Michel Alberola, dans une fresque pleine d’ironie qui mêle fantasme du western et référence
à Jean-Luc Godard. Mais, prévient aussitôt le collectif Equipo Crónica, né sous le franquisme,
l’utopie moderne dont nombre d’artistes se sont faits les porte-parole a souvent viré à la
catastrophe. Pour preuve : leur toile où sculpture futuriste et abstraction constructiviste flottent,
désemparées, sur fond de ville tentaculaire. Toute l’exposition oscille ainsi, comme le siècle
passé, d’espoirs fous en tragiques désillusions. Pour incarner les premiers, la fameuse tour
de Tatline, qui s’élève vers un avenir meilleur, et le film Kino-glaz de Dziga Vertov, clamant les vertus
de l’agriculture planifiée à la soviétique. Ou encore les Arkitekton de Malevitch, ces architectures
de papier destinées à dessiner l’avenir des villes. Mais cet avenir ne viendra jamais.

Pénélope plus portée sur l’amour libre que sur la tapisserie


Peint en 1933, au moment où Hitler arrive au pouvoir et fait fermer le Bauhaus, un Développement
en brun de Kandinsky anticipe les drames à venir, avec des couleurs sourdes et terre qui n’avaient
auparavant pas voix au chapitre dans ses toiles. La Chute d’Icare de Chagall, parabole de la Fuite
évoquant l’exil du sculpteur juif Jacques Lipchitz aux États-Unis, en 1940… En quelques œuvres,
le siècle défile, avec ses matins rouges et ses aubes charbon. Un film hilarant de Martial Raysse,
tourné en pleine frénésie soixante-huitarde, tente bien de réveiller la flamme, mais ce retour
Pierre Huyghe
d’un Ulysse ridicule auprès d’une Pénélope très portée sur l’amour libre dit bien la fin promise
This Is Not a Time For Dreaming, 2004
des grandes idéologies. Pas vraiment raccordé au reste du parcours, mais passionnant, le secteur
«Architecture» de l’exposition s’attache, plutôt qu’aux rêves de grand soir, à l’espoir d’un monde
meilleur envisagé de façon très pragmatique. Hôtel de ville sous bulles conçu pour la cité belge
d’Oostkamp par Carlos Arroyo dans une ancienne usine de Coca-Cola dont il a fondu les bouteilles
«Les utopies modernes»
pour créer un plafond nuageux, habitats flottants ou sous-marins imaginés par Jacques Rougerie, Pasaje Doctor Carrillo Casaux, s/n • Muelle Uno
architecture participative inventée par l’agence colombienne de Giancarlo Mazzanti : les architectes Puerto de Málaga • +34 951 92 62 00
évoqués pensent aux aujourd’hui qui chantent, plutôt qu’aux lendemains. E. L. http://centrepompidou-malaga.eu

128 I Beaux Arts


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GALERIES l EXPOSITIONS
Nos 3 coups de cœur

Julien Mignot Ideas on Ghosts, série 96 Months, 2017

Galerie Intervalle
Julien Mignot, paysagiste
du temps qui passe
Vallées embrumées de givre, routes sans fin, salons en attente, montagnes
pelées… Chaque mois, entre 2009 et 2016, le photographe Julien Mignot
a sélectionné une de ses images. Il compose aujourd’hui à partir de ce choix
une sorte de journal intime de ses errances. Un monde au charme sourd,
magnifiquement servi par de petits tirages Fresson qui rendent à la perfection
Anne-Marie Faucon Palette, 2015
le grain de ce temps qui passe. Une main qui s’enfuit, un cimetière qui s’impose,
un hôtel qui s’allume… L’ensemble se donne aussi à lire au fil d’une
Ici.gallery projection diapo, soulignée par un texte lu par Jeanne Balibar, et une playlist
Du nouveau à Belleville ordonnée par la chanteuse Jeanne Added. Deux voix de rocaille, qui
Ici, c’est là-haut, sur les hauteurs de Belleville, à Paris. s’accordent à merveille à ces images neigeuses. E. L.
«96 Months – Julien Mignot» jusqu’au 10 février • 12, rue Jouye-Rouve
Une toute nouvelle galerie, voisine de Marcelle Alix,
75020 Paris • 01 43 15 94 58 • www.galerie-intervalle.com
Emmanuel Hervé et Intervalle [lire ci-contre], qui vient
d’ouvrir à la fin novembre avec une exposition qui augure
bien de l’avenir. Cora Djedoui et Nicolas Gimbert,
ses créateurs, se sont en effet choisi un parrain aussi
détonnant qu’efficace, en la personne de Claude Lévêque. Galerie Michel Rein
Le fameux plasticien, qui raffole sortir des sentiers battus, La révélation
a rassemblé pour ce petit lieu destiné à se spécialiser Edgar Sarin
dans le multiple une dizaine d’artistes, de Claude Closky
De la prochaine exposition d’Edgar Sarin,
à Harmony Korine en passant par Bruno Perramant.
nous savons peu de chose. Et de l’actuelle (au
Tous sont représentés par de petits formats, qui dessinent
CCC OD de Tours, jusqu’au 4 février), à peine
un univers marqué de mélancolie. «Ici est l’endroit idéal
plus, sinon qu’ensemble elles tisseront des liens
pour la libre interrogation, l’immersion dans les convulsions
silencieux, aussi secrets que ses sculptures
de l’intime et les pas de côté dans la forme», résume-t-il
enfouies sous une terre sacrée en Arménie
pour défendre son florilège. S’il ne fallait retenir qu’un
ou ses Concessions à perpétuité, chef-d’œuvre
artiste ? La jeune Giulia Andreani, à n’en pas douter,
inconnu qui ne se révélera qu’après sa mort.
qui dans ses trois dessins porte le bleu qui la caractérise
Évoquant les douces épures de Brancusi,
à son point de fusion. Emmanuelle Lequeux
ses abstractions de laiton, ou ce socle en chêne
«Double Trouble – Sur une proposition de
Claude Lévêque» jusqu’au 20 janvier • 8, rue Jouye-Rouve
(autel couvert de sang de bœuf) sur lequel
75020 Paris • 09 87 38 67 63 • www.ici.gallery apparaît en majesté un tambourin, figurent
parmi ses pièces les plus liturgiques. Les autres,
en attente d’activation par quelques initiés,
confirment que «l’œuvre, dans sa totalité, n’est
CI-DESSUS visible par personne». En prélude à son solo show chez Michel Rein, le maestro de 28 ans,
Edgar Sarin lauréat de la bourse Révélations Emerige, a composé Dans son cou la main d’une mère.
Le Sage, peu importe,
Où il est question «du cosmos bancal que l’on prend pour le monde, […] des conservateurs
vue de l’exposition
au CCC OD de Tours,
E202, […] de l’eau de vos yeux et du bruit que cela fait souvent». La suite est à lire au
2017 hasard des rues du Marais, où le poème s’affichera en toute sauvagerie. Natacha Nataf
«Edgar Sarin – Dans son cou la main d’une mère» jusqu’au 3 février
42, rue de Turenne • 75003 Paris • 01 42 72 68 13 • www.michelrein.com

130 I Beaux Arts


WEEK-END CULTUREL l 36 HEURES À…

Vienne,
un parfum 1900

Ville aux innombrables musées, l’ex-capitale impériale regorge de palais de toutes époques.
Mais 2018 sera moderniste en diable : un siècle après leur disparition, Gustav Klimt, Egon Schiele
et leurs camarades font l’objet d’une vingtaine de manifestations culturelles. Un événement.

¼ Samedi / 12 h
Tout l’or de la Sécession
Le modernisme viennois est né en 1897 lors de
l’exposition de la Sécession, courant artistique qui
rêvait d’un art total. Elle réunissait notamment
l’architecte Otto
Wagner (1841-
1918), le peintre
Gustav Klimt
(1862-1918) et le
designer Koloman
Moser (1868-1918).
La ville leur rend
un hommage
appuyé tout au
long de l’année
(à partir du mois ¼ Samedi / 14 h Stucs et white cube
de février). Le tissu
urbain conserve Klimt et ses camarades accordaient une grande importance à la
de nombreux décoration murale. Dans le somptueux Kunsthistorisches Museum
témoignages (dont le cabinet de curiosités a rouvert en 2013 après onze ans
de leurs interventions. Commencez à midi pile de travaux), Klimt a peint les médaillons sur la voûte de l’escalier :
devant le carillon de la Hoher Markt et ses douze observez ces figures féminines inspirées de l’Égypte antique,
personnages [ill. ci-dessus] dessinés par Klimt, de la Grèce ou du Quattrocento, dans lesquels on reconnaît clairement
son frère Ernst et Franz Matsch. Puis jetez un coup sa patte. Après vous être fait un torticolis au nom de l’art (une
d’œil aux atlantes de Jože Plečnik sur la façade passerelle sera installée en février à cet effet), réconfortez-vous au café
de la Zacherlhaus (Brandstätte 6), avant de conclure sous un autre plafond vertigineux. À quelques pas de là, la ville
par le pavillon de la Sécession, conçu par Otto a créé le MuseumsQuartier. S’y est notamment installé, dans un
Wagner, avec son emblématique couronne dorée et, parallélépipède blanc et austère – parfait contrepoint aux stucs
à l’intérieur, la Frise Beethoven de Klimt. Pour tenir abondants de l’architecture habsbourgeoise –, le Leopold Museum
le coup, faites une halte au célèbre stand de saucisses [ill. ci-dessus]. Il conserve la bagatelle de 32 Schiele – la plus grande
Bitzinger devant l’Albertina ! collection au monde. Plus jeune que les autres artistes du modernisme
Secession Friedrichstrasse 12 • www.secession.at viennois, le peintre est lui aussi mort en cette terrible année 1918,
Bitzinger Albertinaplatz • www.bitzinger-wien.at terrassé par la grippe espagnole à l’âge de 28 ans.
Programme de l’année moderniste 2018 Kunsthistorisches Museum Maria-Theresien-Platz • +43 1 525 24 0 • www.khm.at
www.modernismeviennois2018.info Leopold Museum MuseumsQuartier • +43 1 525 70 0 • www.leopoldmuseum.org

132 I Beaux Arts


Par Rafael Pic

¼ Dimanche / 15 h
Voir les Klimt du Belvédère
Attention, il peut être «inférieur» ou «supérieur» :
¼ Samedi / 18 h Boire un G’spritzter au Loos Bar le palais du Belvédère, construit pour Eugène de
Savoie au début du XVIIIe siècle, se dédouble… Passez
Moins connu que ses pairs, Adolf Loos (1870-1933) est un architecte au premier, qui montre des expositions temporaires
mythique, ennemi de l’emphase décorative (Ornement et Crime est (récemment une confrontation Vienne-Zagreb), mais
le titre d’un de ses ouvrages). Il a bâti dans la ville plusieurs boutiques n’oubliez surtout pas le second, qui abrite la plus belle
d’une étonnante sobriété, dont le tailleur Knize, un écrin rêvé pour collection de Klimt. N’y cherchez plus le Portrait
s’offrir un veston : tout est resté en l’état, des placages aux poignées d’Adele Bloch-Bauer I, acheté par le magnat Ronald
cuivrées des tiroirs. S’il vous reste des fonds après ce pèlerinage, Lauder après avoir été restitué à ses propriétaires
l’étape suivante est tout indiquée : le minuscule Loos Bar, ausi appelé légitimes spoliés pendant la guerre, mais savourez
American Bar. Un comptoir, trois alcôves de cuir vert, le portrait ce qui reste, largement époustouflant : 24 tableaux,
de son ami écrivain et noctambule Peter Altenberg, des vitres d’onyx… dont Judith et Holopherne et le célébrissime Baiser.
L’atmosphère est rendue encore plus suggestive par les volutes En sortant, accordez un au revoir ému à Vienne
de cigarettes : à Vienne, on peut fumer dans certains bars en sirotant en contemplant les perspectives impeccables des
son G’spritzter, mélange de vin blanc et d’eau gazeuse. jardins à la française. L’Empire avait de la majesté…
Knize Graben 13 • +43 1 512 21 19 • www.knize.at Belvedere Prinz-Eugen-Strasse 27 • +43 1 795570
Loos Bar Kärntner Durchgang 7 • +43 1 512 32 83 • www.loosbar.at www.belvedere.at

¼ Dimanche / 9 h Café viennois sous les palmiers


La question des cafés viennois est épineuse. Le célèbre Café Central est
évidemment le marqueur de la Belle Époque, avec sa salle au format
cathédrale. Dès le matin, les touristes patientent devant : Zweig et Freud
auraient-ils encore plaisir à y lire Die Presse ? Préférez donc une
alternative, comme le café Prückel, repaire d’étudiants. La décoration
actuelle date des années 1950, mais ses volumes témoignent du passé
1900. Mieux encore : le Palmenhaus [ill. ci-dessous], installé depuis
1998 dans les serres ouvertes en 1902 pour l’empereur François-Joseph.
En sortant, passez voir les papillons dans la serre contiguë puis poussez Y aller : Vols directs au départ de Paris, Lyon, Nice, Nantes,
Marseille, Toulouse, Bordeaux.
jusqu’à l’Albertina, qui renferme en son palais une colossale collection
Site de la ville : www.vienna.info/fr
de dessins de Schiele, rarement montrés en raison de leur fragilité.
Deux hôtels
Café Central
Herrengasse 14 Ruby Lissi Fleischmarkt 19 • +43 1 205 55 180
+43 1 533 37 63 www.ruby-hotels.com
www.cafecentral.wien > Ouvert au printemps dans un esprit bohème (décoration
à base de coffres, de raquettes et de vieux téléphones),
Café Prückel
il partage curieusement l’entrée d’un bureau de poste.
Stubenring 24
Bien placé, non loin de la cathédrale. À partir de 75 € la nuit.
+43 1 512 61 15
www.prueckel.at Motel One Elisabethstrasse 5 • +43 1 585 05 05
www.motel-one.com
Palmenhaus
> Hôtel design et lumineux, idéalement situé à côté de
Burggarten
l’opéra et du café Museum, fréquenté par des générations
+43 1 533 10 33
d’intellectuels. Parfois un peu bruyant, mais ses tarifs
www.palmenhaus.at
sont très convenables. À partir de 80 € la nuit.
Albertina
Trois restaurants
Albertinaplatz 1
+43 1 534 83 0 Julius Meinl Graben 19 • +43 1 532 33 34
www.albertina.at www.meinlamgraben.at
> C’est un temple de la gastronomie viennoise. Après avoir
examiné les empilements de délicatesses sucrées et salées,
prenez une table au premier étage et dégustez un carpaccio
¼ Dimanche / 11 h Éloge de la beauté pour tous ou un parfait à la noix de coco en observant l’animation
du Graben, la grande artère chic. Menu à partir de 39 €.
Au MAK, découvrez les couverts, la vaisselle, les meubles et les tapis Motto am Fluss Franz-Josefs-Kai 2 • +43 1 25 255 10
produits par les ateliers Wiener Werkstätte, pionniers du design www.mottoamfluss.at
moderne. Retrouvez-y Josef Hoffmann ou Koloman Moser, deux des > Il ressemble à un bateau sans en être un, et permet de
figures les plus brillantes du mouvement Sécession, mais aussi manger les yeux sur le canal du Danube. Conçu par l’agence
BEHF, il vaut pour son design et propose une cuisine
Max Laeuger ou Leopold Forstner. Le musée offre des scénographies internationale (risotto au safran, épaule de veau braisée).
inventives – notamment à la galerie des chaises, tout en ombres Heuer am Karlsplatz Treitlstrasse 2 • +43 1 890 05 90
chinoises. Ne manquez pas le carton préparatoire à la frise du palais www.heuer-amkarlsplatz.com
Stoclet, à Bruxelles, par Klimt. Le café-restaurant Salonplafond mérite > Un restaurant au concept très «locavore» : des accords
ont été conclus avec des fermes proches pour la fourniture
une visite, rien que pour ses schnitzels (escalopes panées) et son
de filets de truite ou de champignons de couche, qui poussent
extraordinaire plafond à caissons. sur le marc de café fourni par le restaurant ! Déco simple
MAK Stubenring 2 • +43 1 711 360 • www.mak.at avec bocaux sur des étagères… Plat du jour autour de 15 €.

Beaux Arts I 133


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« L’Instrumentarium » et « Düsseldorf mon amour »
du 14 octobre 2017 au 1er avril 2018

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de parcours : 3 h 08. tgv-lyria.com
LES EXPOSITIONS À VOIR
AUX MUSÉES D’ART
ET D’HISTOIRE EN 2018
«Barthélemy Menn» du 2 mars
au 8 juillet au Cabinet d’arts graphiques

© MAH Genève / Photo : F. Bevilacqua.


MUSÉE D’ART ET D’HISTOIRE DE GENÈVE

Une fenêtre sur le monde

© MAH Genève / Photo : J.-M. Yersin.


Les Musées d’Art et d’Histoire permettent de faire le tour de la planète sans quitter les rives du lac Léman…
Mais la grande institution genevoise, distribuée en quatre lieux différents, garde ses attaches locales :
en 2018, elle accordera un traitement particulier à Ferdinand Hodler, maître de la peinture moderne.

A
u pluriel ou pas ? Les deux, mon général ! Les Musées d’Histoire est aussi très attentif à la culture suisse, sur plus
d’Art et d’Histoire de Genève forment une petite de cinq siècles. Le chef-d’œuvre de Konrad Witz, la Pêche BARTHÉLEMY MENN
Autoportrait au chapeau de paille,
galaxie culturelle depuis déjà plusieurs siècles. Ils miraculeuse (1444), première représentation réaliste du pay-
vers 1867 [détail]
comprennent un cœur battant, le Musée d’Art et d’Histoire (au sage local, voisine sans souci avec les Félix Vallotton, Alberto
singulier, donc) et ses collections encyclopédiques, et trois Giacometti et Ferdinand Hodler des temps plus récents…
satellites de grande importance : le Musée Rath, tout premier 2018 sera d’ailleurs une année dédiée à Hodler : pour mar- «Hodler//Parallélisme» du 20 avril
au 19 août au Musée Rath
musée des beaux-arts en Suisse inauguré en 1826, la Maison quer le centenaire de sa mort (le 19 mai, dans son apparte-
«Hodler et le mercenaire suisse :
Tavel, d’origine médiévale, et le pôle constitué par le Cabinet ment du quai du Mont-Blanc), de nombreuses manifestations
du mythe à la réalité» du 28 septembre
d’arts graphiques et la Bibliothèque d’art et d’archéologie. sont prévues. La principale, montée en collaboration avec le au 30 décembre au Musée d’Art et d’Histoire
Inauguré en 1910, le Musée d’Art et d’Histoire conserve Kunstmuseum de Berne, ville natale de l’artiste, explorera le «L’esprit de Hodler dans la peinture
aujourd’hui quelque 650 000 objets de tous lieux et toutes thème du parallélisme, qu’il avait développé dans une genevoise» du 28 septembre 2018
époques, permettant aussi bien de s’initier à la civilisation fameuse conférence en 1897. D’autres, s’appuyant sur le au 24 février 2019 à la Maison Tavel
pharaonique (avec un magnifique Livre des morts de la Basse fonds à disposition (145 tableaux, 800 dessins et un trésor «Ferdinand Hodler dans les livres
Époque) et à l’orfèvrerie byzantine que de savourer les por- méconnu, ses 241 carnets, véritable creuset créatif), se pen- et sur Internet» du 5 novembre 2018
traits raffinés de Jean-Étienne Liotard et les créations contem- cheront sur sa vision du mercenaire suisse, remettront à au 26 mai 2019 à la Bibliothèque d’art
et d’archéologie
poraines de Markus Raetz ou de John Armleder. Plus de l’honneur son premier maître, Barthélemy Menn, ou s’inté-
> Musée d’Art et d’Histoire
6 200 peintures, 1 400 sculptures, mais aussi 800 instruments resseront à sa diffusion planétaire à l’heure d’Internet. Des
Rue Charles-Galland, 2
de musique, 23 000 objets d’arts décoratifs, 20 000 montres, parois vertigineuses de la Jungfrau au miroir scintillant du lac Genève • +41 (0)22 418 26 00
pendules et bibelots… sans oublier les belles feuilles du Cabi- de Thoune, Hodler a contribué à consolider une certaine image Fermeture le lundi
net d’arts graphiques, et les 500 000 titres, dont 6 000 livres de la Suisse : un sanctuaire de la nature, libre et sauvage. www.mah-geneve.ch
précieux, de la Bibliothèque d’art et d’archéologie, il y a là de Charles Flours www.facebook.com/mahgeneve
quoi assouvir tous les appétits de culture ! Le Musée d’Art et d’Histoire fait partie
Universelle, riche, l’institution sait également se montrer de l’association Art Museums of Switzerland
généreuse. Lorsque le musée de Schaffhouse fut détruit par (AMOS) dont les onze autres membres sont :
les bombardements lors de la Seconde Guerre mondiale, elle Fondation Beyeler (Bâle), Kunstmuseum
Basel (Bâle), Museum Tinguely (Bâle),
lui offrit deux œuvres. Au printemps 1939, elle participa à
Kunstmuseum Bern (Berne), Zentrum
l’opération de sauvegarde des trésors du musée du Prado, à Paul Klee (Berne), MAMCO (Genève), Musée
Madrid, contribuant à les soustraire aux derniers combats de de l’Élysée (Lausanne), LAC (Lugano),
Fotozentrum (Winterthour), Kunsthaus
© MAH Genève / Photo : B. Jacot-Descombes.

la guerre civile espagnole. L’exposition qui s’ensuivit, fré-


quentée par 400 000 visiteurs, permit de voir à Genève les (Zurich), Museum für Gestaltung (Zurich).
chefs-d’œuvre de Velázquez et de Goya avant leur retour au Tout savoir sur les musées AMOS :
suisse.com/artmuseum
pays, imposé par la victoire de Franco. Enfin, ses réserves
accueillent actuellement plusieurs centaines d’objets archéo-
logiques du musée de Gaza ainsi que des biens culturels issus
du trafic illicite, confisqués par le ministère public de la Répu-
blique et Canton de Genève et en attente de restitution. FERDINAND HODLER
Ouvert, comme on le voit, sur le monde, le Musée d’Art et Le Lac de Thoune aux reflets symétriques, 1905
franceculture.fr/

Vous ne @Franceculture

devinerez
jamais
avec qui
vous allez
déjeuner LA GRANDE
TABLE.

aujourd’ 12H
Olivia
Gesbert
hui.

L’esprit
d’ouver-
ture.
N° 403 Janvier 2018

Pages coordonnées
MARCHÉ & POLITIQUE CULTURELLE par Armelle Malvoisin

138
ILS FONT L’ACTU
Axel Vervoordt :
l’esthète ouvre son
musée-promenade

140
LA TRIBUNE DE…
Damien Leclère,
commissaire-priseur

L’ÉVÉNEMENT
142
LA COTE DE L’ART
L’art d’investir dans
la pierre (préhistorique)
La collection
Rockefeller
sera vendue 144
TENDANCE
aux enchères Quand la photographie
sort du cadre
après une tournée
mondiale
ncarnation du rêve américain,
146
I le nom de Rockefeller renvoie
au patriarche John D. Rockefeller,
self-made man de l’industrie pétrolière
CONSEILS D’ACHAT
3 figures de la
photographie en 3D
ayant amassé une fortune jamais
égalée depuis : plusieurs centaines
de milliards de dollars. Suivant
son exemple, son dernier petit-fils,
David, disparu en 2017 à l’âge de
148
ADJUGÉ !
101 ans, utilisa son nom et sa richesse 3 enchères fraîches
à des fins philanthropiques. Il laisse
derrière lui une immense collection
d’art qu’il souhaitait disperser
au profit d’œuvres caritatives en faveur
de la culture, la recherche médicale,
les causes environnementales
et l’éducation. En attendant une série
de vacations qui démarrera au
printemps 2018 à New York, Christie’s (est. 30 M€), deux toiles pointillistes Pablo Picasso
de Seurat et Signac (est. 25 et 12 M€), Fillette à la
organise à Hong Kong, Londres
corbeille fleurie
et Los Angeles une exposition un tableau cubiste de Juan Gris
1905, huile sur toile,
itinérante des lots phares de la (est. 12 M€) ou encore une superbe 154,8 x 66 cm.
collection : un Picasso de la période Vague de Gauguin (est. 4 M€), Estimation :
rose [ill. ci-dessus] ; une Odalisque rien que pour la partie art autour de 60 M€
de Matisse (record pour l’artiste impressionniste et moderne.
si elle atteignait son estimation Un avant-goût de ce qui se présente
de 42 M€), des Nymphéas de Monet comme la vente du siècle. A. M.

Beaux Arts I 137


POLITIQUE CULTURELLE l LES ACTEURS
Ils font l’actu
Up
Vitalie Taittinger
Diplômée de l’École d’art
Émile Cohl à Lyon, elle a rejoint
Axel Vervoordt
la maison de champagne familiale Galeriste, commissaire d’expositions,
Taittinger il y a dix ans. Aujourd’hui architecte d’intérieur et collectionneur belge
directrice communication et
marketing de la marque, elle vient d’être élue
présidente du Frac Champagne-Ardenne. CI-CONTRE
Axel Vervoordt photographié devant
un Tapiès, artiste à qui il a dédié une exposition
Neil Beloufa
au Palazzo Fortuny, à Venise, en 2013.
Après Mathieu Mercier en 2007
et Isabelle Cornaro en 2016,
c’est une nouvelle fois un artiste
qui concevra l’exposition du
20e prix de la fondation d’entreprise
Ricard, en septembre 2018. Né en 1985, L’esthète ouvre son musée-promenade
Beloufa a fait partie de la sélection en 2010
et a été honoré d’un solo show en 2014. Son style, théâtral et épuré, fait dialoguer par-delà les siècles une idole
Anne-Catherine Robert-Hauglustaine
cycladique, un Anish Kapoor et le souvenir d’une performance Gutai.
À la tête du Conseil international À retrouver à Kanaal, la «petite ville» qu’il vient de créer près d’Anvers…
des musées (ICOM) depuis 2013,
elle a été nommée à la direction ntiquaire, marchand d’art Kanaal (baptisé ainsi en raison du
générale du musée de l’Air
et de l’Espace du Bourget. Entre
2000 et 2007, elle a piloté le département
des expositions et des éditions au musée
A contemporain, architecte
d’intérieur et collectionneur
flamand, Axel Vervoodt vient, à 70 ans,
canal qui borde le site) est aujourd’hui
un lieu unique en son genre, avec
ses espaces d’exposition permanente
des Arts et Métiers, à Paris. de réaliser un rêve en inaugurant, avec et temporaires de la fondation
son fils Boris, Kanaal : une ancienne Vervoordt, des workshops et des
Camille Llobet malterie reconvertie en immense showrooms, près de 100 appartements,
La jeune artiste (née en 1982) espace culturel et résidentiel, à 12 km des bureaux, un auditorium, un
est la lauréate du prix Jeune d’Anvers. L’aventure de cette «petite restaurant, un marché de produits frais
Création du 1er festival biennal ville à la campagne», comme il aime et bio, une boulangerie artisanale…
consacré à l’image en mouvement l’appeler, a démarré il y a dix-huit ans.
Movimenta, à Nice, avec une vidéo James Turrell dans une
À la recherche d’ateliers et d’espaces
remarquée au Salon de Montrouge, chapelle du XIXe siècle
Voir ce qui est dit. Ce prix lui permet de stockage, ce galeriste réputé, qui
d’intégrer la collection du Frac Paca. expose dans les plus grandes foires, de Axel Vervoordt compte sur la qualité
la Biennale Paris à Tefaf (Maastricht), des expositions pour faire venir
Élisabeth Lebovici tombe par hasard sur un site industriel les amateurs d’art et professionnels
L’historienne et critique d’art a reçu pour lequel il a le coup de foudre. du monde entier : «Kanaal est assez
le prix Pierre Daix 2017 pour son Il y imagine aussitôt un complexe différent d’un musée à visiter.
ouvrage Ce que le sida m’a fait combinant habitations, commerces et C’est une promenade unique dans une
– Art et activisme à la fin du
espaces d’exposition, en collaboration cité où l’on vit aussi une expérience
XXe siècle). Créé en 2015 par François
Pinault en hommage à Pierre Daix, ce prix avec plusieurs architectes, dont très spirituelle, en résonance avec
doté de 10 000 € récompense un ouvrage Tatsuro Mikile, avec qui il partage une les œuvres présentées», précise-t-il.
d’histoire de l’art moderne et contemporain. même passion pour le wabi – au point Sa collection compte notamment
qu’il consacrera un livre une œuvre monumentale d’Anish
BIO EXPRESS (éd. Flammarion, 2010) Kapoor, exposée dans un ancien silo
à ce concept esthétique à grain, une installation de James

Down
1984
Achat du château japonais valorisant Turrell en majesté dans une chapelle
de ‘s-Gravenwezel la simplicité, l’authenticité du XIXe siècle, un ensemble Gutai
près d’Anvers.
et la beauté dans et des œuvres du groupe Zero,
2007 l’imperfection. ou encore des bouddhas thaïlandais
Bernardo de Mello Paz Première exposition
L’homme d’affaires qui a fondé au Palazzo Fortuny à Venise Propriétaire des premiers des VIIe et VIIIe siècles. De quoi
l’institut Inhotim au Brésil et création de la bâtiments en 1999, rester zen, ou le devenir… A. M.
– le plus grand musée à ciel Vervoordt Foundation. Vervoordt devra encore
ouvert d’Amérique latine – 2014 patienter dix années avant À VOIR
a écopé de neuf années de prison Ouverture d’un espace «Lucia Bru» et «El Anatsui»
d’acquérir l’ensemble
pour blanchiment d’argent. La sœur du à Hong Kong. jusqu’au 13 janvier
collectionneur a également été reconnue du site (à réhabiliter) et les
2017 «Saburo Murakami» jusqu’au 17 mars
coupable et condamnée à cinq ans Ouverture des espaces permis de construire pour Kanaal • Stokerijstraat 19 • Wijnegem
et trois mois de détention à domicile. d’exposition à Kanaal. de nouveaux bâtiments. Belgique • +32 355 33 00 • www.kanaal.be

138 I Beaux Arts


MARCHÉ l LES ACTEURS
L’œil du
La tribune de… collectionneur

Philippe Méaille
Damien Leclère
Commissaire-priseur à Marseille et Paris
Détenteur du plus important fonds
mondial Art & Language, collectif
précurseur de l’art conceptuel

Commissaire-priseur, « Un souvenir d’enfance ?


L’arrivée d’un Rubens
à la maison…»
un métier durable
Qu’est-ce qui
Anachronique, le monde des enchères ? Plutôt avant-gardiste, a déterminé votre
premier achat ?
en ce monde où le vintage lutte contre le «tout jetable». J’ai commencé
par constituer
une bibliothèque
orsque, à la fin des

L
de livres d’artistes
années 1990, j’ai décidé de et de monographies
devenir commissaire-priseur, au début des années
nombre de mes proches n’ont 1990, lorsque je faisais mes études
pas caché leur stupéfaction : à Paris. Le marché de l’art traversait
alors l’une de ses crises les plus graves.
pourquoi choisir une profession
Paradoxalement, c’était une période
anachronique, menacée par fantastique pour rencontrer les acteurs
l’évolution de la législation majeurs. Les premières œuvres que
européenne, la globalisation j’ai acquises étaient des vidéos et ou
du marché de l’art et l’essor des des pièces d’art conceptuel. Mais j’ai
nouvelles technologies ? À leurs toujours été au contact d’œuvres d’art :
mes parents étaient collectionneurs.
yeux, je m’apprêtais à commettre
Je me souviens notamment de
une sorte de suicide professionnel… l’arrivée d’un Rubens dans notre maison
Depuis, les années ont passé et notre familiale. Ce tableau m’a ensuite
profession a déjoué ces sombres été donné à l’âge de 19 ans et il est
pronostics. Elle est toujours là, aujourd’hui accroché dans l’une des
Rembrandt Bugatti Panthère
bien vivante, et pleine de projets. salles du château de Montsoreau-
Bronze à patine brun foncé fondu en 1907, longueur : 58 cm.
Adjugé 780 000 € par Damien Leclère, le 12 juin dernier, à Drouot. Comment l’expliquer ? Certains musée d’art contemporain, que j’ai
fondé en Val de Loire en 2016.
évoquent, non sans raison,
le dynamisme de confrères qui, plutôt que s’arc-bouter sur leur statut, ont préféré voir Qu’aimez-vous dans le collectif
dans les mutations en cours des opportunités à saisir. Au fil de ma carrière, j’ai toutefois Art & Language ?
acquis la conviction que ce succès collectif tenait aussi au fait que, loin d’être désuet, Fondé en Angleterre dans les années
notre métier est en adéquation totale avec les valeurs émergentes de notre époque. 1960 par Terry Atkinson, David
Bainbridge, Michael Baldwin et Harold
Il faut cesser de s’inquiéter pour l’avenir de la profession Hurrell, Art & Language est un projet
gigantesque, qui a tenté de reformuler
Voici quelques années, le sociologue Michel Maffesoli observait que «la postmodernité
et d’interroger la nature de l’art,
se trouve marquée par un retour à l’archaïsme, un attachement au passé, au dépassé, en réunissant jusqu’à 50 participants !
au fondamental» (le Rythme de la vie – Variations sur l’imaginaire postmoderne, 2004, Ces artistes ont pris des risques
éd. La Table ronde). Et il précisait que «cela se manifeste notamment par une façon insensés en développant des aptitudes
de s’habiller et de se meubler». Les commissaires-priseurs et leurs clients se retrouvent nouvelles et en réintégrant dans
sans nul doute dans ce diagnostic. En marge d’une société du «tout jetable», ils affirment le monde de l’art les sciences dures,
la philosophie, la sociologie…
leur inclination pour le durable et le singulier : les œuvres de créateurs, d’artisans, de
designers ou même de simples objets manufacturés devenus rares. Cette quête exprime Où peut-on voir votre collection ?
un rapport renouvelé au temps. Plongés dans un monde où tout se veut éphémère, périssable Elle était conservée depuis 2010 au
et interchangeable, nos contemporains veulent redonner du sens et de la profondeur aux Macba, à Barcelone mais l’instabilité
choses. Or, telle est aussi la fonction du commissaire-priseur, qui ne manque pas de politique en Catalogne m’a amené
«raconter» les œuvres. Comme l’a écrit Pierre Léonforte dans l’Express, en 2005, «les objets à prendre la décision de la rapatrier en
[vintage] s’inscrivent dans l’époque comme les maillons d’une longue chaîne affective, au France. Actuellement, une sélection
d’œuvres fait l’objet de deux expositions,
même titre que les meubles hérités de nos grands-parents». Il faut donc cesser de s’inquiéter
l’une au musée des Beaux-Arts
pour l’avenir des ventes aux enchères : loin de représenter une pratique anachronique, d’Angers [«Collectionner – Le désir
elles sont emblématiques de la postmodernité. Elles viennent de très loin mais, pour cette inachevé» jusqu’au 18 mars], l’autre
raison même, sont à l’avant-garde du nouveau monde qui naît sous nos yeux. D. L. au CCC OD de Tours [«Art & Language
– Ten Posters» jusqu’au 24 février].

140 I Beaux Arts


MARCHÉ l LA COTE DE L’ART

L’art d’investir dans la pierre Que s’offrir


à partir de 100 € ?
À la portée de tous, les outils de la préhistoire en pierre taillée
ou polie sont un domaine de collection à découvrir, à condition
d’être sélectif. Avis aux chasseurs de silex.
a grande majorité des

L
pierres préhistoriques
passent inaperçues,
sauf pour un œil averti,
et se chinent pour quelques
dizaines d’euros. Seule une
infime quantité (moins de 5 % Pointes de flèches
de la masse retrouvée) sort d’Afrique subsaharienne
Néolithique (6 000-1 800 av. J.-C.), silex et jaspe,
du lot et présente un intérêt
h. 2,6 à 6 cm. Lot adjugé 400 €, Millon, Paris, 2016.
pour la collection. Il faut tenir
De 100 à 5 000 € *
compte de la qualité du
matériau (sa couleur et sa
forme taillée), des dimensions
(de préférence plus de 10 cm)
Biface cordiforme
et du lieu d’origine (les silex
à bord tranchant
français sont très cotés). Acheuléen (700 000-300 000 av.
Autre critère déterminant : J.-C.), France (Aisne), silex
marron, h. 26,7 cm. Vendu autour
la dimension sculpturale
de 90 000 €, galerie David
de l’objet. En vedette, le biface Ghezelbash, Paris.
Bifaces de la du paléolithique, en silex ou en quartzite, est une sorte de couteau De 300 à 100 000 €
collection Henri Jouillé suisse servant à la fois de pic, de couteau, de racloir et de grattoir
(1886-1968) aux chasseurs-cueilleurs. On trouve d’intéressantes pièces entre
Acheuléen (700 000-300 000 500 et 2 000 €. Comptez dix fois plus pour un très beau modèle.
av. J.-C.), silex ou quartzite.
Adjugé entre 1 000 et 58 000 € Pour un chef-d’œuvre du genre, les prix peuvent s’envoler à
pièce, le 27 juin 2016, à Drouot 100 000 € en transaction privée.
[lire encadré ci-dessous]. Hache dite
Le cristal de roche et le jaspe africains sous-cotés «carnacéenne»
Ve-IVe millénaire
Chaque période de la préhistoire possède sa pierre star. Pour le av. J.-C., France
paléolithique, les bifaces de l’acheuléen (700 000-300 000 av. J.-C.) (golfe du Morbihan),
jadéite, 11,5 cm.
et du moustérien (300 000-50 000 av. J.-C.) sont parmi les plus Vendue autour de
recherchés. Remontant à la période solutréenne (22 000-19 000 10 000 €, galerie
Gilgamesh, Paris.
av. J.-C.), le silex en «feuille de laurier» tire son nom de sa forme
De 1 000
caractéristique très complexe. Assez rare, il vaut souvent plus
à 100 000 € *
que le biface. Au néolithique (6 000 à 1 800 av. J.-C.), avec le
développement de l’agriculture et sa sédentarisation, l’homme
fabrique des haches polies, souvent pour l’apparat. Les plus
belles sont les haches bretonnes en jadéite (importée des Alpes),
à plus de 10 000 €. Même si elles sont moins bien taillées, les pierres
d’Afrique sont à apprécier pour la beauté de leurs matériaux,
comme le jaspe ou le cristal de roche. Moins connues, elles sont
sous-cotées (entre 100 et 5 000 €). À l’exception des couteaux
cérémoniels égyptiens en silex de la période prédynastique
(au néolithique) qui atteignent facilement plusieurs dizaines
de milliers d’euros. Cher âge de pierre… A. M.

Les bifaces les plus chers au monde sont français !


Provenance Vailly-sur-Aisne, civilisation acheuléenne (700 000-300 000 av. J.-C.). Lots issus
de la collection Henri Jouillé, vente du 27 juin 2016 à Drouot (maison de ventes Millon, Paris). Couteau cérémoniel égyptien
Période prédynastique, Nagada III (vers

< 58 000 € Biface micoquien en quartzite marron 35,5 cm


3 200-3 000 av. J.-C.), silex blond, h. 21,6 cm.
En vente autour de 70 000 €, galerie
David Ghezelbash, Paris.
49 000 € Biface subovalaire en silex marron 26,3 cm De 2 000 à 80 000 € *

* Fourchette d’acquisition constatée


12 900 € Biface amygdaloïde en silex marron 24,5 cm
en 2017 aux enchères ou en galeries.
MARCHÉ l TENDANCE
Variété d’impressions
et d’expressions
Serge Najjar avec Atelier Relief
Silent Geometry
2017, impression jet d’encre sur papier monté
sur Diasec et sur acrylique, édition de 3 exemplaires,
60 x 60 x 11 cm. Atelier Relief, Bruxelles.
5 000 €

Gabriela Morawetz Magnetic Field


2012, émulsion argentique sur miroir et verre
convexe, pièce unique, diamètre : 20,5 cm,
profondeur : 4 cm. See+ Gallery, Pékin.
1 800 €

Quand la photographie
sort du cadre
En relief, pliée, imprimée sur divers supports, la photographie Paula de Solminihac Black Bark #4
2016, empreinte naturelle sur un tirage jet d’encre,
se déploie dans l’espace, en volume, tous azimuts. pièce unique, 20 x 30 x 5 cm. Galerie Dix9, Paris.
2 000 €
l’occasion de la 2e édition du festival Photo Brussels qui se tient

À dans la capitale belge jusqu’au 20 janvier, Atelier Relief présentera


sur le parcours off de la manifestation son travail de collaboration
avec Karel Fonteyne, Ismael Moumin, Serge Leblon, Nagib Chtaib
Anouk Kruithof
et David Uzochukwu. Depuis 2015, Atelier Relief, à Bruxelles, est le lieu
Concealed
où ces photographes ont conçu et fabriqué des «reliefs», soit des variations
Matter(s) #06
sculpturales de leurs images. «Celles-ci cessent d’être des objets plats, 2016, bras de caméra
elles se changent en volumes, en espaces façonnés. Elles sont découpées, de surveillance
et impression sur latex,
puis reconstruites : le papier est collé sur le métal, le bois, le verre acrylique»,
pièce unique,
résume son fondateur Farid Issa. Le photographe libanais Serge Najjar 50 x 18 x 30 cm.
[ill. ci-dessus] s’est laissé convaincre : «Même si je crois qu’une photographie Galerie
Escougnou-Cetraro,
doit se suffire à elle-même – sans artifices, ni effets additionnels –, j’ai Paris.
choisi de travailler avec Atelier Relief parce que ce sont des sculpteurs de 4 000 €
photographies. Ils démembrent l’image et la reconstruisent en modifiant
son support. C’est en cela que leur travail est intéressant. L’image
est repensée à travers une nouvelle forme. C’est un discours nouveau.
La forme accompagne le fond. Une création nouvelle est née.»

Une nouvelle approche plasticienne


Au salon Paris Photo en novembre dernier, nombre de photographes
et de plasticiens ont présenté leurs œuvres en trois dimensions, en
explorant des techniques très différentes, à l’instar de Nathalie Boutté,
Christiane Feser et Aurélie Pétrel [lire p. 146]. Cette dernière présentait
également le fruit de ses recherches au salon Approche, un nouveau
satellite de Paris Photo qui mettait en lumière l’importance de la photo
dans le champ de l’art contemporain, notamment par l’impression sur
Stevens Dossou-Yovo Variation
supports très variés comme la tôle, le tissu, le cuir, le verre, l’aluminium,
2017, impression numérique sur acier, pièce
le bois ou la résine. Loin des clichés habituels, la créativité débridée unique, 66 x 111 x 17 cm. Galerie Detais, Paris.
des artistes n’a pas fini d’éveiller notre curiosité. A. M. 8 000 €

144 I Beaux Arts


MARCHÉ l CONSEILS D’ACHAT

3 figures de la photographie en 3D
Bouleversant l’approche traditionnelle du médium, elles élaborent des techniques
originales qui ouvrent le champ à la tridimensionnalité. Explications.

Christiane Feser
Lumière découpée-pliée
House III, #1/4 Pour sa série d’«objets photo» intitulée Partition,
2017, impression la photographe allemande Christiane Feser, 40 ans, procède par étapes.
sur acier, édition
de 1 / 3 + 2 épreuves
Partant de papiers qu’elle découpe et qu’elle plie, elle compose des formes
d’artiste, 100 x 100 cm. géométriques répétitives, qu’elle photographie ensuite à la lumière naturelle
ou au flash pour créer des ombres. Enfin, elle découpe et plie à nouveau les
tirages qui en résultent pour les métamorphoser en objets photographiques.
Christiane Feser est représentée à Francfort par la galerie Anita Beckers.
«Objets photo» entre 10 000 et 20 000 €

Aurélie Pétrel
Photo-tôle
Dépassant le champ de la photographie
classique pour embrasser l’installation,
l’œuvre d’Aurélie Pétrel, 37 ans, ne cesse
de questionner l’image, ses processus
de production, sa (re)présentation, ses usages.
Elle multiplie les expérimentations sur différents
supports comme des objets en métal, des plaques
de verre ou des films adhésifs qui sont ensuite montés
directement sur des volumes transparents. Ses installations
photographiques s’assimilent à des sculptures traitant des tensions
entre le réel et son double photographique. Aurélie Pétrel est
représentée par la galerie Ceysson & Bénétière (Saint-Étienne-
Luxembourg-Paris-New York). Partition 67
Entre 1 500 et 80 000 € pour une grande installation 2017, impression à jet d’encre pigmentaire, 140 x 200 x 3 cm, pièce unique.

Nathalie Boutté
Duvet de papier
Au cœur d’une recherche sur la matière
et le volume, Nathalie Boutté, 50 ans, revisite
le médium à sa façon, à partir de photographies
anciennes (XIXe-début XXe siècle) qu’elle choisit
dans des collections publiques ou privées. Patiemment,
elle reconstitue l’image retenue avec de fines languettes
de papier découpé qu’elle assemble par collage
en dégradés de couleur, de manière à former un véritable
plumage de papier. Les tableaux créés sont surprenants
de réalisme. Le relief obtenu ajoute de l’émotion à la
photographie originale. Nathalie Boutté est représentée
à Paris par la galerie Magnin-A. A. M.
De 7 000 à 30 000 € selon les formats

Les Jeunes Aveugles


2017, papier japonais et encre, 157 x 107 cm, pièce unique.

146 I Beaux Arts


Hervé Di Rosa
à la Viuva Lamego
Portugal, 2014-2017
Exposition jusqu’au
12 janvier 2018

La galerie est fermée


pour les fêtes de fin d’année
du 22 décembre 2017
au 2 janvier 2018
Photo © Victoire Di Rosa

Galerie Louis Carré & Cie


10, avenue de Messine, Paris 8
Tél. 01 45 62 57 07 www.louiscarre.fr
MARCHÉ l ADJUGÉ !
L’addition
3 enchères fraîches
Osenat • Fontainebleau • 19 novembre
10 grammes d’or impérial
Dans une vente bellifontaine sur le thème de l’Empire, un lot
a mobilisé toute l’attention : provenant de la couronne de laurier
de Napoléon Ier lors de son sacre en 1804, une feuille d’or 62 500 €
s’est envolée à 625 000 € au profit de deux acheteurs chinois. Joseph-Charles Roëttiers
Juste avant la cérémonie, le futur empereur avait essayé sa Écu d’or représentant Louis XV
couronne. La trouvant trop lourde avec ses 44 feuilles d’or 1740, monnaie frappée à 50 exemplaires, 5,7 cm.
(correspondant au nombre de victoires remportées), il avait Drouot, Paris, 20 novembre.
demandé à l’orfèvre Martin-Guillaume Biennais de l’alléger. Ce
dernier préleva six feuilles qu’il offrit à chacune de ses six filles.
C’est la première fois qu’il en passait une aux enchères. Un
souvenir historique d’autant plus précieux que la couronne
+
fut fondue en 1819 avec les autres attributs (le sceptre, le globe
et la main de la justice) et réduite en lingot.
Martin-Guillaume Biennais
Feuille de laurier provenant de la couronne
du sacre de Napoléon Ier
1804, 9,2 x 2,5 cm, poids : 10 gr.
625 000 € Estimation : 100 000 à 150 000 €

Artcurial • Paris • 7 novembre


Le masque quasi mortuaire 58 500 € (record)
de Montherlant Speedy Graphito
Art is Fight
Plusieurs œuvres antiques ayant appartenu à Henry de
2014, technique mixte sur papier
Montherlant étaient à l’honneur d’une vente d’archéologie.
marouflé sur toile, 179 x 130 cm.
En particulier cet étrange masque de guerrier romain, Tajan, Paris, 7 novembre.
trouvé en Lorraine en 1908. Il avait été acquis plus tard par
l’écrivain, passionné d’art romain, qui s’en était entiché au point
de vouloir se faire enterrer avec, comme il le déclara en 1954
dans une émission de télévision. Mais à sa mort en 1972,
l’État français ne lui a pas accordé cette dernière volonté, suite
+
à la mobilisation d’archéologues lorrains vent debout contre
la disparition de ce rare vestige gallo-romain. Acquis 117 000 € 112 500 €
par un marchand européen, le masque de Montherlant
pourrait être prochainement classé «trésor national», ce qui Étienne Carjat
entraînerait une interdiction de sortie du territoire. À suivre… Charles Baudelaire
1865, tirage albuminé,
Masque de casque romain 24,2 x 18,7 cm.
Ier-IIe siècle, bronze, h. 19 cm.
Sotheby’s, Paris,
117 000 € Estimation : 60 000 à 80 000 € 10 novembre.

=
Sotheby’s • New York • 16 novembre
Ferrari pied au plancher
On trouve de drôles de choses dans les grandes ventes d’art contemporain de New York :
un tableau de Léonard de Vinci chez Christie’s, une Ferrari de Michael Schumacher
chez Sotheby’s… Le marché de l’art mondialisé attire de plus en plus de nouveaux Ferrari F2001
acheteurs fortunés en quête de reconnaissance sociale via l’acquisition d’œuvres 2001, voiture de course
iconiques. Aussi les auctioneers diversifient-ils leur offre avec de nouveaux trophées Formule 1, châssis 211.

pour milliardaires. Telle cette Ferrari, adjugée plus de 6 M€, avec laquelle le pilote 6,3 M€
allemand a gagné de nombreuses courses, dont le Grand Prix de Monaco en 2001 : Estimation :
un record mondial aux enchères pour une voiture de Formule 1. 3,5 à 4,5 M €

233 500 €
Émile Bernard
Nature morte aux pommes
et aux pots bretons
Vers 1887, huile sur toile, 44,8 x 62,8 cm.
Sotheby’s, New York, 15 novembre.

148 I Beaux Arts


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Place Georges Pompidou 30-32, rue de l’Université 04 27 46 65 60 6, avenue du Château de Malmaison Albert Renger-Patzsch
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36, rue de Seine • 75006 Jack London Place Georges Pompidou • 75004 Étranger résident
Institut du monde arabe 01 46 34 61 07 • galerie-vallois.com dans les mers du Sud 01 44 78 12 33 • centrepompidou.fr La collection Marin Karmitz
1, rue des Fossés Saint-Bernard Richard Jackson Jusqu’au 7 janvier André Derain – 1904-1914, Jusqu’au 21 janvier
place Mohammed V • 75005 The French Kiss la décennie radicale
01 40 51 38 38 • imarabe.org Jusqu’au 23 décembre METZ Jusqu’au 29 janvier Monnaie de Paris
Chrétiens d’Orient Centre Pompidou-Metz 9 Hors-série Beaux Arts 11, quai de Conti • 75006
Deux mille ans d’histoire Galerie Louis Carré & Cie 1, parvis des Droits de l’Homme Photographisme 01 40 46 56 66 • monnaiedeparis.fr
Jusqu’au 14 janvier 10, avenue de Messine • 75008 57000 • 03 87 15 39 39 Ifert, Klein, Zamecznik Women House
Carte blanche 01 45 62 57 07 • louiscarre.fr centrepompidou-metz.fr Jusqu’au 29 janvier Jusqu’au 28 janvier
à Tahar Ben Jelloun Hervé Di Rosa à la Viuva Japan-ness Modernités indiennes 9 Hors-série Beaux Arts
Jusqu’au 7 janvier Lamego – Portugal (2014-2017) Architecture et urbanisme Jusqu’au 19 mars
Jusqu’au 12 janvier au Japon depuis 1945 César Musée de la Chasse
Maison européenne Jusqu’au 8 janvier Jusqu’au 26 mars et de la Nature
de la photographie Galerie Martel-Greiner 9 Hors-série Beaux Arts 62, rue des Archives • 75003
5-7, rue de Fourcy • 75004 6, rue de Beaune • 75007 NÎMES 01 53 01 92 40 • chassenature.org
01 44 78 75 00 • mep-fr 01 84 05 62 49 • martel-greiner.fr Carré d’art Domaine départemental Sophie Calle et son invitée
Zhong Weixing / Claude Quand la mode rencontre Place de la Maison Carrée de Chamarande Serena Carone
Mollard / Pierre Passebon / la sculpture 30000 38, rue du Commandant Arnoux Beau doublé, Monsieur
Pascal Maitre / Piero Livio / Jusqu’au 30 décembre 04 66 76 35 70 91730 • 01 60 82 52 01 le marquis !
Brodbeck & de Barbuat carreartmusee.com chamarande.essonne.fr Jusqu’au 11 février
Jusqu’au 7 janvier Galerie Pierre-Yves Caër Supports / Surfaces Yassine Mekhnache
7, rue Notre Dame de Nazareth Les origines (1966-1970) Jusqu’au 14 janvier Musée Guimet
Mémorial de la Shoah 75003 • 01 42 78 39 41 Jusqu’au 31 décembre 6, place d’Iéna • 75116
17, rue Geoffroy l’Asnier pierreyvescaer.com Domaine de Rentilly 01 56 52 53 00 • guimet.fr
75004 • 01 42 77 44 72 Chisato Tanaka PONT-AVEN 1, rue de l’Étang Carte blanche
memorialdelashoah.org Jusqu’au 13 janvier Musée de Pont-Aven 77600 Bussy-Saint-Martin à Jayashree Chakravarty
Shoah et bande dessinée Place Julia • 29930 01 76 21 13 41 • fraciledefrance.com Jusqu’au 15 janvier
Jusqu’au 7 janvier Galerie Semiose 02 98 06 14 43 Hôtel du Pavot 2 Images birmanes
54, rue Chapon • 75003 museepontaven.fr Jusqu’au 4 février Trésors photographiques
Musée de l’Homme 09 79 26 16 38 • semiose.fr La modernité en Bretagne du musée
17, place du Trocadéro Taroop & Glabel Jusqu’au 7 janvier Espace fondation EDF Jusqu’au 22 janvier
75116 • 01 44 05 72 72 Jusqu’au 23 décembre 6, rue Récamier • 75007 Enquêtes vagabondes
museedelhomme.fr SAINT-PIERRE- 01 53 63 23 45 • fondation.edf.com Le voyage ilustré
Nous et les autres RÉGIONS DE-VARENGEVILLE La belle vie numérique ! d’Émile Guimet en Asie
Des préjugés au racisme Centre d’art contemporain Trente artistes, de Rembrandt Jusqu’au 12 mars
Jusqu’au8 janvier BOURG-EN-BRESSE Matmut à Xavier Veilhan
Monastère royal de Brou 425, rue du Château • 76480 Jusqu’au 18 mars Musée Jacquemart-André
Palais Galliera 63, boulevard de Brou • 01100 02 35 05 61 73 9 Catalogue Beaux Arts 158, boulevard Haussmann
10, avenue Pierre Ier de Serbie 04 74 22 83 83 matmutpourlesarts.fr 75008 • 01 45 62 11 59
75116 • 01 56 52 86 00 monastere-de-brou.fr Charles Fréger Fondation Louis Vuitton musee-jacquemart-andre.com
palaisgalliera.paris.fr Georges Michel Fabula 8, avenue du Mahatma Gandhi Le jardin secret des Hansen
Fortuny – Un Espagnol à Venise Le paysage sublime Jusqu’au 7 janvier 75116 • 01 40 69 96 00 La collection Ordrupgaard
Jusqu’au 7 janvier Jusqu’au 7 janvier fondationlouisvuitton.fr Jusqu’au 22 janvier
VILLENEUVE-D’ASCQ Être moderne – Le MoMA à Paris 9Journal d’expo Beaux Arts
Palais de Tokyo CHANTILLY LaM Jusqu’au 5 mars
13, avenue du Président Wilson Domaine de Chantilly 1, allée du Musée 9 Hors-série Beaux Arts Musée du Louvre
75116 • 01 81 97 35 88 7, rue du Connétable • 60500 59650 • 03 20 19 68 68 Quai du Louvre • 75008
palaisdetokyo.com 03 44 27 31 80 musee-lam.fr Grand Palais 01 40 20 53 17 • louvre.fr
Carte blanche à Camille Henrot domainedechantilly.com De Picasso à Séraphine 3, avenue du Général Eisenhower François Ier et l’art
Jusqu’au 7 janvier Le Massacre des Innocents Wilhelm Uhde et les primitifs 75008 • 01 44 13 17 17 des Pays-Bas
Les mains sans sommeil Poussin, Picasso, Bacon modernes grandpalais.fr Jusqu’au 15 janvier
Jusqu’au 7 janvier Jusqu’au 7 janvier Jusqu’au 7 janvier Irving Penn 9 Hors-série Beaux Arts
Jusqu’au 29 janvier Dessiner en plein air

150 I Beaux Arts


Variations du dessin Petit Palais Galerie Semiose LANDERNEAU MOULINS
sur nature dans la première Avenue Winston Churchill • 75008 54, rue Chapon • 75003 Fonds Hélène & Édouard Leclerc Centre national
moitié du XIXe siècle 01 53 43 40 00 • petitpalais.paris.fr 09 79 26 16 38 • semiose.fr pour la culture du costume de scène
Jusqu’au 29 janvier Andres Serrano Eugène Leroy Les Capucins • 29800 Quartier Villars
Théâtre du pouvoir Jusqu’au 14 janvier Du 6 janvier au 17 février 02 29 62 47 78 Route de Montilly • 03000
Jusqu’au 2 juillet L’art du pastel fonds-culturel-leclerc.fr 04 70 20 76 20 • cncs.fr
Reliures précieuses dans De Degas à Redon Galerie Thaddaeus Ropac Libres figurations – Années 80 Artisans de la scène
les collections de la BnF Jusqu’au 8 avril 69, avenue du Général Leclerc Jusqu’au 2 avril La fabrique du costume
Jusqu’au 2 juillet 9 Hors-série Beaux Arts 93500 • 01 55 89 01 10 • ropac.net Jusqu’au 11 mars
Gilbert & George LE HAVRE
Musée du Luxembourg Philharmonie de Paris Jusqu’au 20 janvier Musée d’Art moderne NANCY
19, rue de Vaugirard 221, avenue Jean Jaurès André Malraux Musée des Beaux-Arts
75006 • 01 40 13 62 00 75019 • 01 44 84 44 84 Galerie Xippas 2, boulevard Clemenceau • 76600 3, place Stanislas
museeduluxembourg.fr philharmoniedeparis.fr 108, rue Vieille du Temple • 75003 02 35 19 62 62 • muma-lehavre.fr 54000 • 03 83 85 30 72
Rubens Barbara 01 40 27 05 55 • xippas.com Comme une histoire… Le Havre mban.nancy.fr
Portraits princiers Jusqu’au 28 janvier Waltercio Cardas Jusqu’au 18 mars Lorrains sans frontières
Jusqu’au 14 janvier 9 Hors-série Beaux Arts Jusqu’au 3 février Les couleurs de l’Orient
9 Hors-série Beaux Arts LENS Jusqu’au 2 avril
Galeries RÉGIONS Louvre-Lens
Musée Maillol 99, rue Paul Bert • 62300 NANTES
59-61, rue de Grenelle Galerie Anne Barrault AIX-EN-PROVENCE 03 21 18 62 62 • louvrelens.fr Musée d’Arts
75007 • 01 42 22 59 58 51, rue des Archives • 75003 Hôtel de Caumont Musiques ! Échos de l’Antiquité 10, rue Georges Clemenceau
museemaillol.com 09 51 70 02 43 3, rue Joseph Cabassol • 13100 Jusqu’au 15 janvier 44000 • 02 51 17 45 00
Pop Art galerieannebarrault.com 04 42 20 70 01 Heures italiennes – Chefs- museedartsdenantes.
Icons That Matter Stéphanie Saadé caumont-centredart.com d’œuvre des Hauts-de-France nantesmetropole.fr
Jusqu’au 21 janvier Du 13 janvier au 17 février Botero dialogue avec Picasso Jusqu’au 28 mai Nicolas Régnier
9 Hors-série Beaux Arts Jusqu’au 11 mars Jusqu’au 11 mars
Galerie Charron LILLE
Musée Marmottan Monet 43, rue Volta • 75003 ARLES Palais des Beaux-Arts ORLÉANS
2, rue Louis Boilly • 75016 06 69 36 25 32 • galeriecharron.com Musée départemental Place de la République • 59000 Les Turbulences-Frac Centre
01 44 96 50 33 • marmottan.fr Vicenta Valenciano Arles Antique 03 20 06 78 00 • pba-lille.fr et dans neuf lieux d’exposition
Monet collectionneur Trangression Presqu’île du Cirque romain J.-F. Millet – Rétrospective 88, rue du Colombier • 45000
Jusqu’au 14 janvier Jusqu’au 17 février 13635 • 04 13 31 51 03 Jusqu’au 22 janvier 02 38 62 52 00 • frac-centre.fr
arles-antique.cg13.fr Biennale d’architecture
Musée de l’Orangerie Galerie Daniel Templon Le luxe dans l’Antiquité Tripostal Marcher dans le rêve d’un autre
Place de la Concorde 30, rue Beaubourg • 75003 Trésors de la BnF Avenue Willy Brandt • 59000 Jusqu’au 1er avril
75001 • 01 44 77 80 07 01 42 72 14 10 • danieltemplon.com Jusqu’au 21 janvier 03 20 14 47 60 • lille3000.eu
musee-orangerie.fr Pierre & Gilles Performance ! REIMS
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Sources et influences Frac Franche-Comté Pompidou (1967-2017) 5, place du Général Gouraud
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Degas Danse Dessin Galerie Karsten Greve BORDEAUX Dialogues France/Mexique SÈTE
Hommage à Degas 5, rue Debelleyme CAPC Jusqu’au 5 mars Centre régional
avec Paul Valéry 75003 • 01 42 77 19 37 7, rue Ferrère • 33000 d’art contemporain
Jusqu’au 25 février galerie-karsten-greve.com 05 56 00 81 50 • capc-bordeaux.fr MAINVILLIERS 26, quai Aspirant Herber, • 34200
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Du 10 janvier au 24 février Jusqu’au 4 février de l’agriculture La tempête
Musée Picasso Beatriz González 1, rue de la République Jusqu’au 11 mars
5, rue de Thorigny • 75003 Galerie Lelong & Co Jusqu’au 25 février 28300 • 02 37 84 15 00
01 85 56 00 36 13, rue de Téhéran • 75008 lecompa.fr Musée international
museepicassoparis.fr 01 45 63 13 19 • galerie-lelong.com Institut culturel La fin des paysans ? des Arts modestes
Picasso Juan Uslé Bernard Magrez 50 ans après l’ouvrage 23, quai Maréchal de Lattre
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01 56 61 70 00 • quaibranly.fr Virginie Barré – Bord de mer, Centre Pompidou-Metz CCC OD
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9 Hors-série Beaux Arts 45, avenue George V • 75008 musee-unterlinden.com Jusqu’au 5 mars Klaus Rinke
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Le Pérou avant les Incas Lydie Arickx Jusqu’au 22 janvier 1 bis, rue des Trinitaires 9 Hors-série Beaux Arts
Jusqu’au 1er avril Jusqu’au 20 janvier 03 87 74 20 02 Art & Language: Ten Posters
ÉVIAN-LES-BAINS fraclorraine.org Jusqu’au 24 février
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d’histoire naturelle 3, rue du Cloître Saint-Merri Musée de Grenoble Agnès Fornells
57, rue Cuvier • 75005 75004 • 01 42 74 67 68 5, place de Lavalette • 38000 Jacques Charlier
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Beaux Arts I 151


Le prochain numéro paraîtra jeudi 25 janvier

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Washington. Coll. Musée de Pont-Aven / Photo © Didier Robcis. Coll. Musée Condé, Chantilly / © RMN-GP
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Département artistique P. 55 Coll. particulière / Courtesy Applicat-Prazan, Paris. © John Kasnetsis. P. 56 © Parisienne de
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Londres 2017 / © The Estate Dorothea Tanning. P. 92 © Eric Schaal / © Fundació Gala- Salvador Dalí,
Comptabilité fournisseurs Figueres, 2017. P. 93 Coll. Museo de Arte Moderno La Tertulia, Cali / © Sonia Gutiérrez. P. 94 Coll.
Malik Bennini – Beaux Arts & Cie • 3, carrefour de Weiden • 92130 Issy-les-Moulineaux particulière / © Leonora Carrington. P. 95 Courtesy Galería Arteconsult S.A., Panama / © Sandra Eleta.
P. 96 © Stiftelsen Hilma af Klints Verk. P. 97 Coll. Institut für Auslandsbeziehungen e. V., Stuttgart. P. 98
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Though the Flower Archives housed, Penn State University Archives. P. 100 © AP Photo / Julie Jacobson
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Directrice pôle hors captif : Hedwige Thaler * (47)
Lara Vincy, Paris. P. 109 © Jacques Charlier. P. 111 Coll. Museo Huacas del Valle de Moche, Universidad
Nacional de Trujillo, Trujillo / © Ministère de la Culture du Pérou. P. 112 Coll. Museo Huacas del Valle de
Médiaobs • 44, rue Notre-Dame des Victoires • 75002 Paris • 01 44 88 97 70 Moche, Universidad Nacional de Trujillo, Trujillo / © Ministère de la Culture du Pérou. Coll. Museo Huacas
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Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Paris / Photo Claude Germain. P. 113-115 Coll. Museo Huacas del
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