Vous êtes sur la page 1sur 5

Appel à communications

XXXIIIe Congrès de l’Association canadienne de traductologie


en collaboration avec l’ESIT, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 (France)

« Traductions, traductrices, traducteurs, interprètes


et subversion »

Western University (London, Ontario)


1-3 juin 20201

En sciences politiques, la subversion est souvent connotée négativement, car elle impliquerait
une forme de destruction. Du latin subversio, la subversion est en effet l’« action de bouleverser,
de détruire les institutions, les principes, de renverser l’ordre établi » (TLFi, 2012) au moyen
d’une action sur l’opinion des citoyens, par laquelle les valeurs d’un ordre établi sont remises
en question, contredites ou renversées. La fiche de Termium consacrée au terme classe celui-
ci dans les domaines de la « guerre psychologique et des « théories et doctrines politiques », et
la définition qui y figure rappelle celle que nous venons de voir : « Action ou ensemble
coordonné d’actions de toutes natures ayant pour but d’affaiblir la force militaire, la puissance
économique ou la volonté politique d’une autorité établie en minant le moral et la loyauté de
ses membres ou la confiance qu’on peut leur accorder […] » (OTAN, dans Termium, 2015)
afin de faire s’effondrer l’ordre établi. Ces définitions comportent des mots ou locutions tels
que « bouleverser », « détruire », « renverser », « remettre en question », « affaiblir » ou
« miner », qui évoquent une certaine violence. Pour résumer, la subversion vise généralement
à attaquer sournoisement les institutions et à démoraliser le peuple afin de détruire une autorité
établie.
Cependant, la subversion peut aussi servir à modifier positivement les valeurs d’un système
socio-politique ou religieux en les remettant sainement en cause. Par exemple, les poèmes en
traduction subversive produits lors de la période décabriste au début du XIXe siècle étaient
destinés à renouveler le système tsariste en place. Certains poèmes illustraient les injustices du
système et d’autres faisaient la promotion d’une constitution libérale (Baer 2010). Les
traducteurs russes n’étaient pas neutres; ils étaient engagés dans une lutte qui faisait appel à
leurs ingéniosité et créativité. Leurs traductions subversives servaient d’alternative au système
dominant et d’amorce à une révolution du mode de pensée. C’est cette acception plutôt
positive du terme qui a tendance à se retrouver dans les recherches traductologiques portant
sur la relation entre traduction et pouvoir.
La question de la subversion a de fait été abordée dans les études sur les relations entre
traduction et pouvoir (voir p. ex. Tymoczko et Gentzler, 2002), mais aussi dans celles qui
s’intéressent aux liens entre traduction et résistance (voir p. ex. Tymoczko, 2010), et
l’Université de Porto a organisé en 2013 un colloque sur le thème de version et subversion
littéraires (« Version, Subversion: translation, the canon and its discontents »). Toutefois, la
subversion n’a à ce jour pas encore fait l’objet d’une réflexion approfondie et focalisée, tout

1 Dates à confirmer par la Fédération des Sciences Humaines du Canada.

1
en étant large, à l’exception, peut-être, de The Subversive Scribe (1991), dans lequel Suzanne Jill
Levine, traductrice littéraire, explore sa collaboration avec des écrivains révolutionnaires
latino-américains qui affrontaient les tabous sexuels et culturels de leurs cultures respectives,
considérant l’acte créatif qu’est la traduction comme une forme de « (sub) version » (Levine,
1984, p. 85). Or, les courants de recherche traductologiques abordant la subversion ne se
limitent pas à la politique et à la littérature, mais englobent plus généralement tout champ qui
implique la culture (Álvarez et Vidal, 1996) et qui exige de la créativité. Ils partagent l’idée
qu’on ne peut comprendre la traduction sans tenir compte de la subjectivité des traducteurs et
de leurs traductions et que les traductions peuvent être manipulées dans un dessein subversif
(voir p. ex. Lefevere, 1992).
Contrairement au mythe de la traductrice et du traducteur neutres, soumis et dociles, les sujets
traduisants, comme tout être humain d’ailleurs, sont empreints d’une subjectivité inscrite dans
la culture et dans l’histoire (Fournier-Guillemette, 2011). Des chercheurs ont constaté la
traduction subversive pratiquée dans l’ex-URSS ou dans l’Italie fasciste (Delisle 2003), à
l’époque victorienne au Royaume-Uni (Merkle 2010; O’Sullivan 2010), en Amérique latine
(Bastin, Echeverri et Campo 2010) et en France à l’Âge classique (Ballard et D’hulst 1996),
pour n’en identifier que quelques exemples. En traductologie, cet intérêt pour la subversion se
manifeste ainsi surtout depuis le début des années 1990, et de diverses façons. L’heure est
venue de développer une réflexion élargie sur la place de la subversion dans la
traduction/interprétation et le rapport que les traducteurs/interprètes entretiennent avec les
pratiques subversives de leur profession.

Nous proposons quelques axes de réflexion, qui ne se veulent pas exhaustifs :

Approche traductologique centrée sur :


 le produit (traduction, discours interprété; études de cas de subversion négative ou
positive);
 le processus de subversion (y compris la manipulation); démarches subversives;
 l’agent (sujet traduisant, y compris les interprètes, écrivains-traducteurs plurilingues);
 les normes (positionnement des traducteurs/interprètes par rapport à la norme, qu’elle
soit linguistique ou institutionnelle; rapports entre subversion et transgression).

Approches traductologiques interdisciplinaires, abordées dans la perspective :


 du politique (ou des politiques);
 de la socio-psychologie;
 de l’idéologie;
 de la créativité (p. ex. littéraire, sémiotique)

Approches critiques, abordant notamment :


 les relations entre activisme et subversion;
 les relations entre résistance et subversion;
 les définitions et limite(s) du concept de subversion et de ses dérivés (subversif/ve);
 la neutralité du traducteur et de l’interprète.

2
Les communications devront se limiter à 20 minutes auxquelles s’ajouteront 10 minutes de
questions. Votre proposition (en français ou en anglais) devra contenir les deux documents
suivants :
 Un résumé en format Word de 300 mots, qui sera inclus dans le programme du
colloque.
 Le formulaire ci-dessous dûment rempli. Ces renseignements ne serviront pas à évaluer
la qualité de votre proposition; ils seront inclus dans la demande de subvention au
Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).
Veuillez noter que les participants peuvent également proposer une session thématique de 3
ou 4 communications. Chacune des propositions de communication qui fera partie de la
session devra être conforme aux consignes précisées ci-dessus et envoyée aux co-
organisatrices.
Veuillez envoyer votre proposition, d’ici le 15 septembre 2019, aux co-organisatrices, Isabelle
Collombat, Fayza El-Qasem et Denise Merkle, à l’adresse suivante : act.cats.2020@gmail.com.

Nom, Prénom

Pays de l’affiliation

Affiliation

Diplômes (commencez par le plus récent et précisez la discipline)


MAXIMUM 4 LIGNES

Postes récemment occupés ainsi que ceux ayant un lien avec l’évènement (commencez par le plus récent)
MAXIMUM 5 LIGNES

Publications récentes et celles se rapportant à l’évènement (commencez par la plus récente)


MAXIMUM 10 LIGNES

Titre et résumé de la présentation (100 à 150 mots)

3
Justifiez la pertinence de votre présentation dans le cadre du thème du colloque (100 à 150 mots)

Références
Álvarez, Román et M. Carmen África Vidal (1996). Translation, Power, Subversion. Clevedon (R.-
U.), Multilingual Matters.
Baer, Brian (2010). « Literary Translation in the Age of the Decembrists: The Birth of
Productive Censorship in Russia ». In D. Merkle, C. O’Sullivan, L. van Doorslaer et M. Wolf,
dirs. The Power of the Pen: Translation and Censorship in Nineteenth-century Europe. Vienna/Münster,
Lit Verlag, pp. 213-239.
Ballard, Michel et Lieven D’hulst (1996). La traduction en France à l’Âge classique. Villeneuve
d’Ascq (Nord), Presses universitaires du Septentrion.
Bastin, Georges, Alvaro Echeverri et Angela Campo (2010). « Translation and the
Emancipation of Hispanic America ». In M. Tymoczko, dir. Translation, Resistance, Activism.
Amherst/Boston (USA), University of Massachusetts Press, pp. 42-64.
CNRTL (2012). « Subversion ». TLFi. En ligne : https://www.cnrtl.fr/definition/subversion
Delisle, Jean (2003). « L’histoire de la traduction ». Forum, 1, 2, pp. 1-16.
Fournier-Guillemette, Rosemarie (2011). « La traductologie : entre littérature et linguistique ».
Postures, Dossier « Interdisciplinarités/Penser la bibliothèque », 13. En ligne :
http://revuepostures.com/fr/articles/fournier-guillemette-13 D’abord paru dans Postures,
Dossier « Interdisciplinarités/Penser la bibliothèque », 13, pp. 81-94.
Lefevere, André (1992). Translation, Rewriting and the Manipulation of Literary Fame. London/New
York, Routledge.
Levine, Suzanne Jill (1991). The Subversive Scribe: Translating Latin American Fiction. Minneapolis
(USA), Graywolf Press.
Levine, Suzanne Jill (1984). « Translation As (Sub) Version: On Translating Infante’s Inferno. »
SubStance, 13, 1, 42, pp. 85-94. DOI: 10.2307/3684106
Merkle, Denise (2010). « Secret Literary Societies in Late Victorian England ». In M.
Tymoczko, dir. Translation, Resistance, Activism. Amherst/Boston (USA), University of
Massachusetts Press, pp. 108-128.
O’Sullivan, Carol (2010). « Margin and the Third-person Effect in Bohn’s Extra Volumes ». In
D. Merkle, C. O’Sullivan, L. van Doorslaer et M. Wolf, dirs. The Power of the Pen. Vienna and
Münster, Lit Verlag, pp. 119-139.
Travaux publics et Services gouvernementaux Canada (2019). « Subversion (2015-11-03) ».
Termium Plus. En ligne : http://www.btb.termiumplus.gc.ca/tpv2alpha/alpha-
fra.html?lang=fra&i=1&srchtxt=SUBVERSION&index=alt&codom2nd_wet=RG#resultre
cs

4
Tymoczko, Maria, dir. (2010). Translation, Resistance, Activism. Amherst/Boston (USA),
University of Massachusetts Press.
Tymoczko, Maria et Edwin Gentzler, dirs. (2002). Translation and Power. Amherst/Boston
(USA), University of Massachusetts Press.