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M o u l o u d M a mm e r i

-jpofogues
- L é g e n d e s r e f i l e uses
■La ‘F oi
Cd r é s i s t a n c e à fa c o n q u ê t e c o l oni al e

Editions Mehdi
5 3 0 .0 0

Poèmes Kabyles
Anciens
ISB N : 9 7 8 - 9961 - 8 3 4 - 4 8 - 0
D L : 1 3 0 5 -2 0 0 9

© Librairie François Maspero, 1980.


© Éditions la Découverte et Syros, 2001.
© Éditions Mehdi, Algérie, 2009.
Mouloud Mammeri

Poèmes Kabyles
anciens

T extes berbères et français

Editions M ehdi
BP 309 Boghni Tizi-Ouzou
T él: 0770 30 59 79
Introduction

Les deux textes, berbère et français, qui se font ici vis-à-vis sont
censés dire la même chose. J ’ai tenté de donner des vers originaux la
traduction française la m oins infidèle possible. P ourtant, à qui a
l’usage fam ilier des deux langues, il suffit d ’une lecture rapide pour
s’apercevoir que les deux versions poursuivent en réalité deux
discours distincts.
Les différences — ou bien plutôt la différence — ne sont pas dans
la form e : la correspondance term e à term e est pour l’essentiel
respectée. Elle est dans le sens et la valeur que prend chacun des
deux ensembles, si bien que l’on assiste à cet étrange résultat de deux
textes dont les éléments de détail coïncident et l’expression globale
diffère. C ette constatation, faite après étude achevée, a apporté un
éclairage essentiel et servi de fil conducteur à l’analyse qui suit.
On peut naturellem ent m ettre ce constat d ’hétérogénéité sur le
com pte d ’une insuffisance d ’analyse et poser com m e postulat qu’à
un certain degré de conceptualisation ou de profondeur deux
discours qui sont censés rendre la mêm e réalité se rejoignent.
Si l’étude qui suit aboutit à une conclusion différente, c’est que le
projet n’en est pas d ’ordre purem ent scientifique. D ans l’espace
intem porel et l’atm osphère stérilisée où se déroule l’analyse
abstraite, faite en cham bre (autant dire en laboratoire) par un savant
inconcerné, il est loisible de dégager et suivre à la lettre des règles de
m éthode qui, par un glissem ent plus ou m oins inconscient,
deviennent des conditions de validité. M ais les poèmes ici rapportés
ne sont pas pour moi des docum ents indifférents, des pièces dont la
seule valeur com ptable est d’argum entation. Ils vivent, ils font partie

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des réalités qui donnent un sens à l’existence du groupe qui les a
créés et, à travers lui, à m on existence. Ils sont engagés drastique-
m ent (et, d ’aventure, dram atiquem ent aussi) dans la pratique sociale
dont dépendent pour une grande part la couleur et la densité que
notre vie et celle de nos enfants prendront. Cette valeur existentielle
pour moi passe l’autre sans com paraison possible. Il se peut que,
selon les canons de l’épistémologie reçue, cette condition biaise les
conclusions ou les hypothèses ici proposées. Si je prends ce risque,
c’est parce qu’en même temps je suis persuadé q u ’une vision exté­
rieure et hérétique est plus prégnante qu’une docile application des
normes dégagées par une culture allogène.
D ’autant qu’à dire vrai l’expérience, loin d ’être singulière,
intéresse une grande partie du m onde, en particulier le m onde
récem m ent décolonisé. L ’apparent paradoxe est m aintenant bien
connu : ce n’est pas pendant la période coloniale que les cultures
traditionnelles connaissent les m utations les plus décisives, avec les
risques que cela encourt (y com pris celui d ’une totale disparition).
C ’est après l’indépendance acquise.
En effet, le dém antèlem ent violent des sociétés autochtones par
l’agression coloniale n’a pas du tout eu pour effet (com m e on s’y
attendrait) d’accélérer leur évolution, voire d’initier leur révolution,
mais au contraire de les figer dans la rigidité de structures dites
traditionnelles et en réalité anachroniques. L a raison en est
évidente : le postulat d ’une tradition im m uable, concrètem ent
définissable de l’extérieur, intervient com me élément d’une stratégie
plus ou m oins consciente et com me notion sécurisante. L’autre
rendu transparent par l’analyse, et aussi fossilisé, condam né à
l’immobilité des choses, devient p ar là m anipulable, il cesse d ’être
imprévisible.
Cette vision cohérente et sim ple est naturellem ent un leurre (pour
le visionneur quelquefois, mais pour les visionnés à to ut coup), car
qu’est-ce qu’une tradition à qui on a enlevé toutes les sources vives
d ’existence, toutes les conditions qui non seulem ent lui perm ettaient
d’être m ais aussi la dotaient d’im agination, de possibilités d’ad apta­
tion, voire d ’invention ? Q u’est-ce sinon une form e vide et, dans le
moins m auvais des cas, un décor vain, un jeu creux, parce
qu’adonné à la m ascarade il voit le m asque, m ais oublie ce qui le
conditionne ?
Sur ce plan, curieusement, les deux projets contradictoires du
colonisateur et du colonisé aboutissent au même résultat : un im m o­
bilisme outrancier ; le prem ier parce qu’il voyait dans Panachro-
nisme et le caractère onirique de la tradition un gage d’inefficacité, le
second parce qu’il cherchait dans un conservatism e rigoureux,
form aliste, quelquefois régressif aux termes mêmes de sa propre
culture, un moyen de sauvegarder une identité tragiquem ent
menacée.
La réalité est naturellem ent plus nuancée. La résistance même a
évolué, consentant à l’événement la dose de concession com patible
avec le m aintien de l’essentiel. En ce qui concerne en particulier le
dom aine qui nous occupe ici, elle est allée s’effilochant un peu plus à
chaque génération, à m esure que s’étiolaient les institutions et les
hommes qui en assuraient l’existence.
Le processus de décom position s’est, peut-on dire, effectué en
trois étapes. A la veille de la guerre de libération algérienne, il était
clair qu’il était très avancé et qu’à vrai dire on assistait aux dernières
passes avant l’estocade finale. Mon adolescence a coïncidé avec les
brandons des derniers feux. J ’ai vu m ourir les derniers vieillards
pour qui le sens de l’existence et sa valeur résidaient encore dans les
vers am oureusem ent conservés.
A près la conquête de la K abylie, devenue effective en 1857, les
hom m es continuent de faire vivre les genres et les pensées anciens,
p ar m éconnaissance d ’autres formes d ’expression. Pas pour long­
tem ps. La catégorie des poètes prestigieux, dont le rôle dans la cité
était souvent de prem ier plan, disparaît peu après : grosso m odo au
lendem ain de la révolte de 1871.
La fin du siècle produit encore de grands talents (H adj M ohand-
ou-A chour, M oham m ed Larbi Ikaabichen, Ism aïl Azikiw) et deux
poètes de génie, encore que très différents l’un de l’autre : Cheikh
M ohand-ou-E lhocine et Si M ohand-ou-M hand. M ais cette seconde
période, c’est-à-dire en gros le demi-siècle qui sépare les deux
guerres (1871 et 1914), apparaît com m e un prolongem ent dégradé
de la prem ière : elle est en quelque sorte (et com m e souvent en ce
cas) en retard sur l’événement. A plus d’un titre, on peut même dire
que les deux plus grands créateurs de cette période sont une
survivance ; ils sont les derniers fruits, prestigieux m ais condam nés,
d ’un systèm e qui continue de prévaloir par l’effet de la vitesse
acquise, aussi com m e un cadre refuge ou de com pensation, mais
dont en réalité les sources de régénération sont taries.
On le verra clairem ent à la période suivante. A près la Première
G uerre m ondiale, les conditions de la colonisation vont produire
leur plein effet. Ludique ou ignorée, la poésie est cette fois réellement
menacée. Elle survit chétivem ent dans le répertoire, chaque jo u r plus

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détérioré, d ’am eddahs1 de second ordre, dans les litanies convention­
nelles des sizains d ikr2. Le talent de deux disciples de Si M ohand
(Yousef-ou-Lefki et Bachir Amellah) ne suffit pas à sauver ces restes
de la dégradation.
Je suis venu à l’étape avant-dernière de cette lente désagrégation.
J’avais la chance de me trouver au bout d’une chaîne de transm is­
sion privilégiée. M ais aussi j’avais conscience d’être le maillon
faible, celui qui risquait de céder parce qu’à partir de moi à peu près
aucune des conditions qui avaient permis la survie de ces poèmes
n’existait. Les vieillards qui les vivaient et les faisaient vivre
quittaient la scène, souvent longtemps avant de quitter la vie. La
génération d ’hom m es m ûrs qui les rem plaçait était, sans qu’elle le
sût très bien elle-même, à la fois différente et moins concernée. Tous
ou presque étaient bilingues, quelquefois trilingues. Beaucoup
avaient vécu de longues années à l’extérieur, coupés du pays, de sa
pratique et de ses normes. Une dém ographie galopante, de nou­
veaux besoins, les conditions devenues draconiennes d’un pacte
colonial qui durcissait à l’usage leur laissaient beaucoup m oins de
loisirs qu ’à leurs pères, m oins de désir aussi de continuer les pra­
tiques anciennes. Les jeux, jad is passionnants, de la cité étaient
devenus ou nuls ou m écanique dérisoire depuis que de toute façon
les acteurs avaient perdu l’initiative politique.
Il était tem ps de happer les dernières voix, avant que la m ort ne
les happe. T an t qu’encore s’entendait le verbe qui, depuis plus loin
que Syphax et que Sophonisbe, résonnait sur la terre de mes pères, il
fallait se hâter de le fixer quelque part où il pût survivre, même de
cette vie dem i-m orte d’un texte couché sur les feuillets m orts d’un
livre.
Par chance, le pouvoir colonial, m isant sur une éventuelle division
du peuple algérien, avait opté pour une scolarisation relativem ent
(encore que m odestem ent) plus poussée en K abylie. Les premières
écoles ont été ouvertes dès 1883. C ’est-à-dire à une époque où le
souvenir et souvent les productions de l’époque ancienne étaient
encore vivaces. On ne saurait assez souligner le m érite des premiers
lettrés — en particulier des instituteurs et, parm i eux, un fervent

1. C h a n te u rs am b u lan ts qui se p ro d u isen t d a n s les m arch és, ou font du p o rte à


p o rte à trav ers les villages, co n trairem en t au x afsihs anciens d o n t la visite était un
véritab le événem ent.

2. P etites stro p h es de six vers à sujet religieux ou m o ral.

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berbérisant : Si Saïd Boulifa, prem ier éditeur de Si M ohand — qui,
pieusem ent, ont rempli des cahiers d ’écoliers avec des vers dont
pourtant leur form ation n’était pas faite pour leur donner le goût.
N ous avons encore quelques-uns de ces recueils m anuscrits qui
rem ontent à la fin du x ix e siècle et pouvaient, par conséquent,
contenir des pièces de beaucoup antérieures. Le présent recueil est
donc le produit d’une oralité m itigée3. C om m e tel, il partage le sort
de la société dans lequel il est né, et à laquelle il est destiné.
L’équivoque même sur laquelle il se fonde est la m arque de son
authenticité. S’il était écrit en berbère pour les Berbères, il eût été
différent. Iî n’eût pas distrait artificiellement (com m e il le fait) le
texte poétique de son contexte existentiel, il n ’eût pas arbitrairem ent
coupé l’une de l’autre les valeurs éthique et esthétique, il n’eût pas
ainsi entassé pêle-mêle les pièces et les genres dans l’ordre formel,
c’est-à-dire faux, d’un inventaire. Il eût (et pas seulement en filigrane)
rétabli le riche environnem ent qui donnait à certaines de ces
productions leur profondeur et leur densité.
En effet, dans leur culture d’origine, chacun de ces poèmes est un
tout ; il a une valeur singulière, il a un visage, un nom , une histoire et
souvent un destin. Égarés, à leur corps défendant, dans les us, les
outils et les canons d ’une culture où ils font figure de m onstres
insolites, ils subissent nécessairem ent les effets d’une m anipulation
qui, mêm e avec les meilleures intentions, équivaut à leur m ort. Le
dépaysem ent dans le livre leur enlève toute substance, les prive de
tous les harm oniques de la transm ission vivante, qui est eux autant
que la suite m orte des m ots qui les com posent. Le sens épuise la
valeur du vers écrit : il est ce q u ’il veut dire, com m e de la simple
prose. Quelquefois aussi, il est vrai, il est ce qu’il suggère, m ais la
suggestion m êm e ne dépasse pas les possibilités m esurables du sens
et de la m usique. Le vers d it p ar un hom m e à des hom m es, en des
circonstances données, souvent au cours d’un rite où la ferveur de
l’attente orchestre et m ultiplie les réussites de la réalisation, dépasse
de p a rto u t les lim ites form elles d ’un texte.
M ais je n’avais pas le choix. L’histoire me pressait de plus en plus
instam m ent. A un systèm e artificiellement bloqué par la colonisa­
tion, l’indépendance avait redonné la mobilité. L’adm inistrateur

3. J ’ai co n su lté des m an u scrits de N a ro u n , d ’Ib azizène, in stitu te u rs, to u s deux


d ’a v a n t 1913, d e m o n g ran d -o n cle O a n a (m o rt en 1909), de m on père (1871-1972),
d ’un m a ra b o u t, A c h a b M o h am m ed -o u -E lk h id er, d ’A tb an e S lim ane, to u s d e la tribu
des A it Y enni.

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parti, l’ancien colonisé est acculé aux options. Les parties les plus
caduques de sa manière d ’être, il les m aintenait à force et, pour ainsi
dire, à bout de bras. Il ne peut plus désorm ais arguer de son im puis­
sance ni échapper à la nécessité de définir lui-même son destin. Il est,
qu’il le veuille ou non, contraint de répondre de lui pour lui. D échi­
rantes ou non, les révisions sont le pain quotidien des lendem ains de
l’indépendance.
Ainsi en est-il pour la société kabyle et sa culture. Celle-ci était
pour l’essentiel orale ; elle ne l’est plus4. Elle était relativement
insulaire ; elle a cessé de l’être. Ces deux traits expliquent en grande
partie la phase p ar où elle passe aujourd’hui. Pendant un siècle de
colonisation, la production poétique a été en gros l’application des
factures et des genres anciens aux expériences nouvelles5. Puis
brusquem ent, en dix ans d’indépendance, sont apparues non seule­
m ent des formes mais aussi une inspiration inédites. On écrit des
pièces de théâtre (en prose ou en vers). On en tra d u it6. On tente en
poésie une expression inconnue jusque-là. A partir des racines
anciennes, on crée de nouveaux term es. Des journaux, le plus
souvent de facture artisanale, paraissent, de plus en plus nom breux.
Cette ferveur ou ces recherches en ordre dispersé risquaient de
fonder l’illusion des com m encem ents absolus. Une m utation est
toujours une naissance nouvelle et l’illusion com m une des prophètes
est q u ’il n ’y avait que néant avant eux. C ’est naturellem ent toujours
erroné. On m ute, mais à partir de quelque chose qui, souvent à l’insu
des néophytes, informe leur nouvelle foi, car, pour que ces créations
nouvelles soient possibles, il a bien fallu que quelque chose arrivât
du fond des siècles ju sq u ’aux créateurs actuels et leur m énageât des
structures d’accueil, ne fût-ce que l’instrum ent d’expression.
Mais sans doute par-delà lui y a-t-il autre chose encore. C ’est
pour aider à le dégager que j ’ai entrepris de recueillir ces poèmes.
Ce faisant, je sais q u ’aux term es de la science dont eût dû relever
cet ouvrage je blasphèm ç. C ’est tard que j ’ai découvert l’anthropo-

4. A vrai d ire, elle ne l’a ja m a is été entièrem ent. En p a rtic u lie r, une c aste de
clercs (les m a ra b o u ts) y a ssu ra it un m inim um de littéralité. U n certain n o m b re de
poèm es o n t été écrits en alp h ab et a ra b e et ré p a n d u s ou conservés ainsi, tel
« E lm o u rsel ».

5. Les d eu x p restigieuses exceptions de Si M o h a n d et de C h eik h M o h a n d sont


peu p ertin en tes à l’échelle d u groupe.

6. M o h a m m e d , p re n d s ta valise de K. Y acine, jo u é en k ab y le à T u n is, au cours


d ’un festival de th é â tre u n iv ersitaire, a ob ten u le 2 e prix.

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logie. Je ne sais s’il en est que ces exercices d ’école, y com pris les
plus sophistiqués ou les plus apparem m ent rigoureux, satisfont. Moi
qui étais le sujet de l’exercice, non son auteur, ni a fo rtio ri son
bénéficiaire, l’im pression d’assister au déroulem ent d’un discours
sans rap p o rt avec la m atière s’im posait à moi ju sq u ’au vertige.
Longtem ps, j ’ai voulu m ettre tan t de répugnance sur le com pte de
l’espoir déçu ; peut-être obscurém ent de la nouvelle science atten-
dais-je le m iracle : par exemple, qu’elle nous légitim ât ou rehaussât
aux yeux des autres et, pourquoi pas, aux nôtres.
M ais non, le péché n’était pas d’intention., il était d ’essence.
Ce n ’était pas tellement les constructions extérieures qui étaient
défaillantes. C ertains avaient mis une intelligence visiblem ent très
déliée au service d ’une inform ation inquisitoriale im placable. Ce
devaient être les bases qui étaient m al fondées. A utrem ent, on ne
pouvait pas expliquer que, sur des m orceaux de docum ents sûrs,
m inutieux, on pût asseoir des conclusions aussi étrangères à la
réalité qu ’elles étaient censées rendre.
Dès lors com m ença de m’effleurer le soupçon que l’ethnologie
n ’était que le m ythe que les tribus d’Occident bâtissaient à leur
usage particulier, et dont nous n ’étions que le prétexte. T out de
même que nos am ousnaw (sages) avaient aussi pour fonction de
résorber l’insolite et de le rendre perm éable à nos catégories
fam ilières, les ethnologues, am ousnaw tronqués de l’O ccident, nous
enrobaient des rets de leurs raisonnem ents pour nous exorciser,
ram ener notre étrangeté à leur raison, qui était la raison. Le
grouillem ent des pleuplades ethnologiques est signe d’incom plétude,
de développem ent arrêté ou à to u t le m oins retardé sur la voie royale
de l’histoire, celle qui aboutit à l’Occident chrétien. Mieux : la vision
réductrice était en même tem ps thérapeutique. Au term e de la civili­
sation brillante auquel elles étaient parvenues, les tribus d ’Europe
s’aperçoivent qu’elles souffraient aussi de leurs m aux, dont tous
n ’étaient pas guérissables par le m oyen des catégories grecques.
Alors elles ont découvert (ou inventé) des hum anités m iraculeuse­
ment im m unisées contre les maladies qui les affectaient. Elles sont
allées traq u an t les paradis perdus de p a r le monde. Com m e les
peuplades qu’elles finirent p ar refuser d’appeler « prim itives », elles
ont im aginé des fables pour guérir, des fables à la vérité tran sp a­
rentes, com m e il sied aux sham ans de peuples qui, depuis longtemps,
ont laissé m ourir en eux le sens de la nature, la perception des
sym boles et des correspondances. C e qu’aisém ent je lisais à travers
un verbe qui tendait à devenir ésotérique (com me celui des vrais
sham ans) était à peu près ce qui suit.

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Avant leur prochaine et inévitable m ort, les peuplades ethnolo­
giques peuvent servir à éclairer les hommes, les vrais, les civilisés,
sur les tem ps de leur passé sauvage. Leur sim plicité rend leur lecture
plus aisée, pour nous bien sûr, car les acteurs eux-mêmes se vivent
mais ne se voient pas, ou plutôt ils se voient faussem ent, à travers le
prisme déform ant des fables et des m ythes dont ils enrobent le réel à
défaut de le résoudre et de le dominer. Incapables d ’élucider
l’opaque, ils le mythifient et, ce faisant, se mystifient. M ais nous, à la
fois étrangers, savants et arm és, heureusem ent som m es là pour
dém onter la m écanique, décoder le systèm e et aux sauvages mêmes
expliquer leur sauvagerie. De toute façon, nous ne pouvons plus être
taxés d ’oubli, nous avons comblé la lacune : nous avons délimité la
réserve indienne off-limits, où des hum anités provisoires peuvent
continuer de m ourir, pendant qu’ailleurs se déroulent les jeux haute­
ment rationnels de la vraie civilisation.
A la belle harm onie de ce système, il est à la vérité quelques
accrocs. Il n ’est pas toujours aisé de plier des réalités hum aines dans
le lit de Procuste d’une construction réductrice. La réalité violentée
quelquefois hurle et regimbe aux cadres préparés pour qu’elle y
coule sa m ouvance. Q u’à cela ne tienne ! Il suffit de faire intervenir
dans le système, à titre de com posante com plém entaire, plus
m alaisée à m anier mais en définitive m esurable, donc prévisible, une
dimension nouvelle : la diachronie. Que ceux que la simple mention
de la m obilité des hommes épouvante ne s’effraient pas cependant.
C ar la diachronie n’est pas l’histoire, entendez par là qu’elle n’est
pas inventive quant au fond, que le projet des hom m es ne s’y inscrit
jam ais qu ’à titre d ’illusion subjective. Il arrive parfois que les
Barbares croient faire leur destin, voire même qu’ils donnent cette
impression à un observateur superficiel, m ais l’hom m e de science
sait que cette agitation stérile, ce vain sentim ent de puissance et de
liberté se déroulent sur fond de déterm inism es contraignants. La
liberté, le pouvoir d’agir sur un destin collectif, c’est le lourd
privilège de l’hom m e d’O ccident, les autres ne sont jam ais que les
protagonistes inconscients d ’une harm onie préétablie.
De découvrir que l’ethnologie n’était que le discours m ythique de
la tribu ennemie eût dû am adouer en moi le traum atism e premier. Il
l’aggrava dans la m esure où un silence total, quand il n’équivalait
pas à un assassinat dans l’ombre, laissait du m oins aux oubliés des
chances d’une récupération ultérieure. L a nouvelle science, en
opérant sur le terrain même de notre intimité, la violait, la m enaçait
dans son être. Ouverte ou feutrée, l’agression nous acculait à la
réaction, à tout le moins à la réponse. Les intéressés, et pour cause

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(ils avaient d ’autres chats à fouetter), ne se doutaient même pas du
m auvais coup qu’on perpétrait contre eux dans l’om bre. Mais
nous ?... N ous, c’est-à-dire la petite cohorte des voleurs de feu.
N otre rôle est évidem m ent d ’empêcher que le crime se com m ette,
fût-ce dans l’ombre. Après avoir usé de divers m oyens puisés dans
l’arsenal du savoir prestigieux qui nous éblouissait les yeux, vite il
nous est apparu que la seule m éthode qui risquât d’aboutir était de
renverser la perspective de la science occidentale à notre égard. Elle
m archait sur la tête (du moins selon notre code), il fallait la remettre
sur les pieds. N os poèmes entraient com m e des choses m ortes, des
argum ents dans l’édifice conceptuel que la société d ’Occident
érigeait dans le double but de nous réduire et de se com prendre. Elle
avait, pour ce faire, élaboré un instrum ent (ce qu’elle appelle une
m éthode scientifique) dont l’efficience avait été largem ent éprouvée
par ailleurs. Les effets q u ’elle en obtenait la satisfaisaient sinon
pleinement, du moins de façon largem ent déterm inante et, comme
toujours en ce cas, elle appelait objective et applicable à tous la
science q u ’elle avait ainsi de façon idiotique élaborée pour elle.
M ais nous, sujets de cette objectivité supposée, étions dans le plus
com plet désarroi. C e n ’était pas seulement notre épiderm e ou nos
sentim ents qui étaient heurtés, c ’était notre raison. D ans ces
abstraites géométries, aim antées vers des visées à nous insolites,
dans cet échantillonnage à la dérive, dans ces lam beaux déchiquetés,
que restait-il encore de ce qui pour nous faisait le sens et la joie de
l’existencc ? Après les affres du doute, il fallait se résigner à
l’am ertum e de la certitude : il n ’y a pas de m éthode innocente et
l’objectivité n ’est souvent, dès q u ’on parle des hom mes, que le
paravent de nos préjugés, de nos nostalgies ou de nos intérêts.
Dès lors, la conclusion ressortait d ’elle-même. Que nous em prun­
tions des procédés opératoires, soit (c’est souvent une nécessité),
m ais il fallait chaque fois assortir le choix de la perception lucide
des présupposés. Et de toute façon le dessein dernier, la m ainm ise de
sens, c ’est à nous-mêmes et à ce qui restait de notre passé, même
m eurtri, qu ’il fallait les dem ander.
C ’est à ce retournem ent du processus que j ’ai tenté de procéder
ici. Je sais ce que l’entreprise garde d ’ambiguïté. J’ai conscience
d’œ uvrer dans une période de transition, où certaines possibilités
(peut-être certaines audaces) me font défaut. M ais j ’ai espoir de
préparer le lit à des desseins plus radicaux et qu’un jo u r la culture de
mes pères vole d’elle-même.
C ar c’est de propos délibéré que je me suis placé dans le droit fil
de cette culture, dans ce q u ’elle a d ’essentiel (car la forme ou les

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conditions de réalisation peuvent changer, pourvu que continue de
souffler l’esprit qui meut la masse).
Jadis, les aèdes am bulants, les assemblées, les réunions consti­
tuaient des canaux naturels à la fois de création et de com m unica­
tion. C ertains ont disparu, l’efficacité des autres a beaucoup décru.
M ais (on le verra plus loin) une des norm es de la civilisation où ces
poèmes sont nés est que la culture n ’est pas seulem ent un héritage
reçu, c’est aussi un projet assum é. Voilà pourquoi publier ces
poèmes, c’est continuer le projet poursuivi pendant des siècles par
les générations qui les ont créés.
J ’étais encore enfant quand j ’ai com mencé à recueillir les
premiers, sans autre dessein que de les conserver. Je n’ai pas cessé
depuis. D urant mon adolescence et dans m on âge mûr, j ’ai été les
quêtant avec passion, avec d’autant plus de passion que quantité
d’indices m ’en m ontraient la fragilité. Je suis resté des heures à
écouter des am ousnaw dérouler de longues harangues émail lées de
citations poétiques. Beaucoup des pièces, que je consigne ici comme
des docum ents m orts, sont venues à moi magnifiées, inscrites dans le
dense contexte d’une culture hors de laquelle ils sont mutilés et
éteints. C ertains se sont inscrits dans mon esprit avec le tim bre
même de la voix m aintenant m orte qui me les a un jo u r révélés.
Aucune analyse, avec des instrum ents élaborés ailleurs et, fût-ce
inconsciem m ent, pour d’autres desseins, ne p o u rra prévaloir contre
cela, qui n’est pas seulem ent une expérience vécue m ais une raison
d’exister.

Une fois arrêtée la perspective nouvelle dans laquelle allait


s’engager l’étude, et p ar là même désam orcé le risque de distorsion
idéologique sous-jacent à l’usage d ’une m éthode, il devenait possible
d’en m ettre en pratique les procédés et du même coup d’en tester la
valeur.
E t d’abord celle de toutes qui, aux yeux des chercheurs classiques,
était considérée com m e la voie royale : l’histoire. C ar c ’est là que gît
la déficience le plus volontiers soulignée des sociétés ethnologiques.
D ans l’impossibilité pour leurs générations successives de concevoir
un projet qui ensuite se déroulerait dans le tem ps, à travers des
péripéties repérables, datables, des nom s, des faits, tout un appareil
de précisions qui en rend la connaissance irréfutable et éclairante.
Était-il possible pour nous aussi d’échapper à la m alédiction
ethnologique du présent intem porel, de replacer des événements

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précis dans une perspective historique ? De ce point de vue, la
situation se présentait de façon peu encourageante. A peu près
aucune des pièces recueillies n’était datée, la m arge d’indécision
pouvant aller de quelques années (pour les productions les plus
récentes) à quelques siècles (pour les genres à sujet général, qui sont
les plus nombreux).
Pour ces derniers, les points de repère sont proprem ent inexis­
tants : les sujets sont de tous les tem ps, il n ’y a pas de nom d’auteur.
La langue même est d ’un secours incertain : il y a une koïné
poétique sur laquelle la plupart des poètes s’alignent, et de toute
façon le translateur ne reproduit pas nécessairem ent la forme
originale, il tend à régulariser les tournures idiotiques, qui sont
naturellem ent les seules révélatrices.
M ais, même pour les poésies qui, pour avoir eu un rapport
quelconque avec l’événement, devraient être datables, on reste assez
démuni. On attribue à un poète prestigieux des pièces qui manifeste­
ment ne sont pas de lui7. On « nationalise » des productions
étrangères8. O n abrège des poèm es longs9. On interprète ou simplifie
les passages difficiles10.
Surtout, à m esure que les années passent, la fa m a popularis pour
diverses raisons (stratégiques, sentim entales, intellectuelles) restruc­
ture le passé. La m anipulation est le plus souvent inconsciente, mais
en faussant les données elle risque de fausser aussi les conclusions.
C ela reconnu, il restait possible de tenter une dém arche historique
et, à l’issue, d’évaluer les bénéfices qu’on en aurait tirés. Les données
en ce dom aine, relativem ent nom breuses et précises pour la période
récente (grosso m odo celle qui a suivi la conquête française, c’est-à-
dire environ le milieu du x ix e siècle), deviennent beaucoup plus
incertaines pour la période m oyenne (approxim ativem ent les x v n e et
x v m e siècles), pour cesser presque absolum ent pour les siècles
antérieurs au x v ie.
Les deux guerres m ondiales ont donné lieu à un nom bre restreint
de poèmes sans grande portée. En com paraison, la cam pagne de

7. P a r ex em p le à Y o u sef-o u -K aci des poèm es sur les « b u reau x ara b e s », à Si


M o h a n d d ’a u tres su r la P rem ière G u erre m ondiale.

8. P a r exem ple à M o h a n d -o u -R am d an e A it N ab et un poèm e de L arbi Ait


B ejaoud (n° 47), au risq u e d ’en rendre deux vers (17 et 18) incom préhensibles.

9. P ar exem ple le n° 23, p oèm e réduit à six vers au lieu de trente q u atre, pour
lui d o n n er la m êm e fa c tu re q u e le poèm e précédent.

10. P a r exem ple le n° 63 : m a a z u l dénué de sens, p o u r m ansul.

17
M adagascar (1896), où des K abyles ont été enrôlés comme
convoyeurs, a suscité davantage l’inspiration des poètes. Yousef-ou-
Lefki, disciple et continuateur de Si M ohand, m eurt en 1955. La
génération précédente s’est éteinte au début du siècle : H adj
M ohand-ou-A chour après 1913, Si M ohand en 1906, le cheikh
M ohand-ou-Elhocine en 1902. La tradition (et en grande partie
H anoteau) a gardé le souvenir de toute une pléiade de poètes
contem porains de la conquête française (1 8 3 0 -1 871): M ohand
M ousa des Ait O uaguennoun, M ohand Saïd des Ait M elikech,
M am m ar des Ihasnawen. Au-delà, nous avons des nom s, mais
assortis de repères imprécis : il est difficile de dire à quelle époque
vivaient Sidi M hem m ed-ou-Saadoun, Ahm ed A rab d ’Ighil H em m ad,
Larbi Ait Bejaoud, Sidi K ala, voire le plus grand de tous, Yousef-
ou-K aci. Difficile, m ais non impossible. On peut par exemple,
concernant ce dernier, arriver par une série de recoupem ents à
établir l’époque à laquelle il vivait avec une précision relative :
probablem ent à cheval sur le x v n e et le x v m e siècle” , son âge adulte
ayant dû couvrir en gros la prem ière moitié du XV IIIe.
Dans l’état actuel de nos connaissances, il n’est pas possible
d’arriver à une précision plus grande. M ais cette m arge d ’im préci­
sion est-elle vraim ent décisive ? A utrem ent dit, hors la satisfaction
érudite de pouvoir fixer deux (ou plusieurs) dates précises, quel
bénéfice tirerait-on d’une localisation plus étroite de Y ousef dans le
temps ? Probablem ent peu de chose. C ar on sait par ailleurs que
cette période (celle com prise entre le x v ie et le x ix c siècle) fut un
temps de relative stabilité. Aucun événement historique décisif,
aucun changem ent social déterm inant (le phénom ène m araboutique
y com pris) n’est venu affecter une société kabyle qui, pour l’essen­
tiel, se présentait ainsi.
A l’intérieur, une m osaïque de tribus, indépendantes non seule­
ment du pouvoir central mais aussi l’une de l’autre. C hacune d’elles
est faite d’un nom bre restreint de villages (de trois à vingt), qui sont
les vrais centres de la vie civique. A l’extérieur, l’É tat deylical, avec
lequel l’ensemble du pays kabyle entre dans des rapports ambigus,
tour à tour ou tout à la fois antagoniques et convergents, dans la
m esure où les tribus dans le même tem ps reconnaissent au makhzen
d ’Alger une sorte de légitimité sym bolique et lui refusent toute
emprise concrète. P ar l’entremise des grandes fam illes djouad (les
plus renom més étant les Ait Kaci), quelques familles m araboutiques

11. V oir la n o tice su r Y ousef-ou-K aci, en tête de la 1" partie.

18
habilem ent m aniées12 et par-dessus tout la constante référence à la
solidarité islam ique13, le pouvoir essaie de m ordre sur le bastion
d ’un pays kabyle dans le principe hostile, m ais dont les franges
peuvent être contraintes à com position quand le rapport des forces
est en leur défaveur.
Sur le plan politique donc, la donnée fondam entale est cette
dualité à la fois antagonique (l’État turc est senti com m e une
contrainte q u ’il faut com battre) et com plém entaire (le lointain sultan
d ’Istanbul a la charge du m onde islam ique tout entier). Sur ce
schém a de base, le détail de l’événement peut se projeter avec des
péripéties diverses, m ais sans jam ais affecter quant au fond la nature
même du phénom ène.
Or, une étude des poèm es de Y ousef poursuivie dans cette pers­
pective fait ressortir cette réalité avec une clarté à laquelle, à notre
sens, la chronologie ne peut rien ajouter de décisif. On trouve en
effet représentés dans ses vers les trois term es de cette conjoncture
historique : la république libre, qui dans la m ontagne continue de
s’adonner aux jeux traditionnels, exaltants et m eurtriers, de
l’anarchie codifiée ; le systèm e et les prestiges d ’un É tat turc
d’envergure internationale, mais vigoureusem ent contré sur le plan
intérieur ; entre les deux, la formule hybride, am biguë des pays de
piém ont, lieu de la confrontation entre les deux m ondes, entre les
deux m odes précédents, dont le sym bole visible est la caste des
djouad, tour à tour fourriers de l’É tat turc parm i les tribus irrédentes
ou cham pions de la liberté contre l’em prise du pouvoir central.
Prem ière aporie, du m oins en term es de logique grecque, la
littérature classique présente les deux prem iers de ces États comme
fondam entalem ent antagoniques, exclusifs l’un de l’autre. Un groupe
était ou m akhzen (et donc soum is aux contraintes et plus rarem ent
aux avantages de l’autorité, en to u t cas toujours taillable et
corvéable à m erci) ou sib a 14 (et donc dissident et hostile). Or,
Yousef, selon l’occasion, le contexte, prône l’un ou l’autre des deux
term es, quelquefois dans le même poème. Le plus bel éloge qu’il

12. L a p lu p a rt des fam illes m arab o u tiq u es de K ab y lie sont arriv ée s à peu près en
m êm e tem p s q u e le p o u v o ir tu rc (fin du x v i', d éb u t du x v n ' siècle), au q u el elles se
so n t, au d éb u t su rto u t, so uvent opposées.

13. C e tte m an ip u latio n id éologique a été une c o n sta n te du pouvoir o tto m an dans
toutes les p a rtie s de son em pire. L ’histoire en a à plusieurs reprises dém ontré
l'efficacité.

14. Le term e m êm e est p ris d an s la term inologie p o litiq u e m aro cain e, m ais le
p h én o m èn e est au ssi bien algérien.

19
croit pouvoir décerner à des citoyens d ’une république libre de la
haute m ontagne, c’est de les com parer aux T urcs, les mêmes Turcs
contre lesquels il s’élève quand ils s’attaquent à l’indépendance de sa
propre tribu par Ait K aci interposés :

C ’est aux Turcs de B ab-A zoun


que j e les compare.
La même am biguïté se retrouve dans Y ousef à l’égard de l’aristo­
cratie djouad. Q uand il s’agit des Ait K aci, agents du pouvoir turc
en K abylie, il les com bat :

Ben A li a bafoué
L a protection que j ’avais accordée15
L evez-vous et fra p p e z inconscients A i t Jennad !
Par contre, pour l’aristocratique m ais libre fam ille des Izwawen, il
n’a pas assez de termes élogieux :

Vers les Izw aw en fils de lions va et parle.


Il est vrai que, contrairem ent aux Ait K aci, les Izwawen n’ont pas
partie liée avec l’appareil d’un É tat toujours senti com m e oppresseur
et despotique. Il n’en reste pas moins que leur seule existence est une
menace contre les libertés ancestrales : c’est parm i eux que le
pouvoir central recrute ses futurs aghas et bachaghas, utilisant ainsi
contre les républiques du haut pays le charism e dont elles ont été
elles-mêmes les dispensatrices imprudentes.
M ais, à la fois statistiquem ent et par la qualité de l’accent, l’É tat
qui m anifestem ent excite la ferveur du poète, c’est celui de la tribu
indépendante. On verra plus loin sous quelle forme. Com m ent
s’expliquent ces juxtapositions hardies ? Incohérence, opportunism e
ou faux problèm e ? Il semble que l’aporie soit levée dés l’instant où
l’on se souvient que Y ousef lui-même est du pays interm édiaire, celui
qui se trouve plus ou moins mal installé à la frontière des deux
m ondes qui se le disputent, tant par la géographie qu’idéologique-
ment. Les Ait Jennad, d’un côté, touchent à la plaine que peuvent

15. D an s le co d e rép u b licain libertaire (ici prem ière form ule), la ru p tu re de


Yanaya, acco rd ée p a r un hom m e à un autre, est un m o tif grave d ’h ostilité qui peut
aller ju s q u ’à la guerre.

20
parcourir les arm ées du dey ou la cavalerie m akhzen des djouad.
M ais, de l’autre, ils sont appuyés à tout le bastion com pact des
tribus irrédentes, où les jeux de la liberté d’antan peuvent se donner
libre cours. D ’un côté sont les allées de la servitude, assorties il est
vrai d’échappées com plém entaires (le m onde islamique) ou antago­
niques (la chrétienté) sur le vaste monde, de l’autre s’étend le lieu de
leurs nostalgies : la liberté anarchisante des petits É tats à l’horizon
étroit, m ais où la densité et la qualité de la vie sont des avantages
sans prix, la « m ontagne de la dignité » (adrar l-laaz).
C ’est à leur corps défendant que les petites républiques de la
m ontagne sont intégrées dans le systèm e d’une autocratie militaire
centralisée16, en général, après un ou plusieurs conflits armés. 11 y a
antagonism e en ce sens que pour elles les deux avantages de la
liberté et de la m ondialité sont inconciliables. M ais, à tout prendre,
elles préfèrent encore renoncer aux bénéfices de la civilisation pour
s’épargner les contraintes de la servitude. Surtout quand, et c’est le
cas de la tribu de Yousef, elles sont placées au point de rencontre des
deux m ondes. C ontraintes d’entrer, sporadiquem ent et selon des
m odes divers, avec un degré différent d ’aliénation, dans l’ordre et les
idéaux d ’un É tat autocratique, elles ne sont pas du tout résignées,
elles gardent non seulement le souvenir m ais, autant qu’elles
peuvent, les pratiques d’une liberté enivrante, du reste à portée de
balle, puisque les prototypes vivants pèsent sur leurs frontières du
poids de leur exemple et de leur dédain à peine voilé.
M em bre d’un groupe tam pon, en vivant les dangers, les incerti­
tudes et les am biguïtés, Y ousef les reproduit aussi dans ses vers. A
côté de la dure nécessité des Turcs, les nostalgies mal éteintes, à
fleur de peau, ardentes quelquefois, de la coûteuse m ais exaltante
anarchie d ’antan, avec com m e terme m édiat cette espèce d’État
hybride que représentent les djouad, qui tentent d’allier les vertus
républicaines à l’efficacité et aux tentations d’un pouvoir établi.
Cette perspective médiate, si elle était fondée en droit, aiderait en
effet à com prendre un des aspects de la poésie de Yousef, sa
polyvalence (du moins quand on s’en tient à la lettre des poèmes),
m ais au sens et à la valeur des vers qu’apporte-t-elle d’essentiel qui
ne s’y trouvât déjà ?
Encore som m es-nous là en quelque sorte à l’horizon moyen de
l’histoire algérienne : les XVIIe et x v m e siècles, pour lesquels il est

16. R . M o n ta g n e a étu d ié un phénom ène iden tiq u e q u a n t au fond ch ez les trib u s


chleu h du Sud m aro cain (L e s B erbères et le M a k h z e n dans ie s u d d u M a ro c , A lcan,
P aris, 1930).

21
encore possible d’avoir quelques données localisables. Plus loin, on
ne peut plus procéder que par déterm ination de périodes assez
larges, où les références ponctuelles font à peu près entièrem ent
défaut. Ainsi peut-on affirmer que les poèmes religieux sont
d’époque relativem ent récente, du moins la plupart d’entre eux. On
peut fixer au moins une limite a quo pour ceux d’entre eux qui
relatent la légende dorée d’un saint dont par ailleurs l’histoire même
remaniée est connue17. O utre quelques éléments repérables (plutôt
rares), cette conclusion se fonde sur des indices tirés de l’idéologie
explicite des textes qui nous sont parvenus. En effet, à quelques
exceptions près18, l’islam des poèmes religieux est l’islam de la
période de décadence qui a suivi la chute des A lm ohades ; il est
même à peu près sûr que la plupart des poèmes, dont beaucoup sont
d’inspiration m araboutique et un certain nom bre com posés par les
m arabouts (en quantité plus grande que leur proportion réelle dans
la masse des laïcs), sont postérieurs à l’établissem ent du m ouvem ent
m araboutique en K abylie, c’est-à-dire en gros le x v ie siècle.
Le dogm e est d’une pureté toute relative. L’islam est surtout celui
des m arabouts, une série de pratiques volontiers mêlées de
croyances thaum aturgiques .ou païennes. Des anecdotes m iracu­
leuses ou épiques tiennent lieu d’histoire. Les saints sont les
m arabouts : M oham m ed même n’est quelquefois que le plus grand
d’entre eux. Une idéologie m ilitante, plus m ilitante qu’idéologique,
antichrétienne et, quelquefois, anachroniquem ent antijudaïque.
Quand elle ne fuit pas dans les m ythes d’un passé plus onirique que
réel, la poésie s’enfonce dans la désespérance d ’une philosophie
pessimiste ou le rigorism e form aliste de pratiques censées garantes
d’orthodoxie.
Ces caractères sont m anifestem ent ceux de la période m oyenne
(x v c au x ix e siècle), c’est-à-dire de l’époque de la décadence. D epuis
que la découverte de l’Am érique et des causes internes de stagnation
ont fait perdre à l’islam l’initiative historique q u ’il avait possédée au
Moyen Age, la pensée, cessant d’être créatrice, s’est repliée sur
elle-même. L’adage déclare « fermées les portes de la recherche
personnelle ». Alors com m ence l’âge scolastique des sommes,
c ’est-à-dire du savoir clos. Depuis q u ’Espagnols et Portugais, ayant
achevé la reconquista, portent la guerre en M aghreb même, un islam

17. A insi le p o èm e de Sidi Y ah ia des A it Aïdel est n écessa irem en t p o sté rieu r à
l’arriv ée d u sa in t en K abylie.

18. V oir n°* 88, 89 et 92.

22
acculé à la défensive se crispe sur les croyances adventices du
m araboutism e, !e refus de l’ouverture ou de l’innovation, l’émiette-
ment tribal sécurisant.
Le pays kabyle en particulier reçoit (surtout au xvie siècle) une
quantité considérable de m arabouts, la plupart venus du Sud
m arocain, et qui finissent' par réaliser un véritable quadrillage de la
région. Us inspireront peu ou prou la littérature religieuse : quand ils
n ’en seront pas les auteurs, ils en dicteront l’esprit. La valeur
littéraire sera très inégale, le dessein prem ier étant ici l’édification.
On peut, pour les com m odités de l’exposé, distinguer trois genres
de poésie religieuse : un, m ystique et personnel, expression souvent
rem arquable de sentim ents originaux, est le plus rare. Un autre, fait
de sortes de petites épopées qui relatent les exploits militaires ou
dram atiques des héros islamiques, ceux de l’histoire classique
(O m ar, Y aala, Ali surtout et le Prophète), ou les saints locaux ; c’est
le genre plus particulièrem ent dit taqsit. Un autre enfin, le plus
abondant, et qui se renouvelle sans cesse, est constitué par une
masse de sizains d’édification, chantés le plus souvent (mais non
nécessairem ent) sous forme de litanies par des groupes d’exécutants,
en particulier les confrères des ordres religieux ; c’est le genre dit
dikr.
Le prem ier s’oppose à l’ensemble des deux autres par sa fonction,
ses caractères, souvent sa valeur. M ais les taqsit et les sizains dikr
sont de beaucoup les plus nom breux. Aussi les plus répandus ; les
deux derniers genres sont infiniment plus populaires que le prem ier
qui, vu ses difficultés (tant dans l’inspiration que dans la forme),
reste le fait d’une m inorité. Cette distinction va, ainsi qu’on tentera
de l’établir plus loin, fournir un élément de base à l’explication d ’un
aspect im portant de la société kabyle aux siècles moyens.
La m asse des docum ents, ici considérable, peut se répartir en
deux groupes : les longs poèmes taqsit et les sizains dikr.
Parm i les premiers, un fonds classique — « H istoire de Joseph »,
« La M ort de M oïse », « Le Sacrifice d ’A braham » — appartient au
dom aine m aghrébin com m un. Un lot, plus divers et moins générale­
ment répandu, est constitué par la geste d ’A li19 plus encore que par
les m iracles et les épreuves du Prophète. Une série de récits édifiants,
apparem m ent entièrem ent inventés, dont en tout cas on ne discerne
pas l’origine, tels les taqsit du cham eau (Taqsit bbw elyem ), du Juif
converti (bbuday isteslem), de la D am e sage (l-lhadqa ikeysen),

19. L o in tain é c h o de la p réd icatio n fatim ide d o n t les K ab y les K e ta m a o n t été le


fer d e lan ce a u x 's iè c le .

23
de l’esclave calom niateur (A k li alem m am ), de la gazelle (ta yza li),
etc. Enfin, quelques poèmes consacrés aux m arabouts locaux : Sidi
Y ahia des Ait Aïdel, les deux cheikhs M ohand.
La m asse des sizains dikr est pratiquem ent illimitée, parce qu’à
côté d’un lot généralem ent répandu en existe un grand nom bre
beaucoup plus mobiles, qui naissent, m eurent ou ne subsistent q u ’en
des zones restreintes, au gré des circonstances.
La plupart de ces productions, tan t taq sit que dikr, sont
anonym es. La valeur en est très diverse : « Joseph » est un
chef-d’œuvre, « A braham » une honnête et difficultueuse création,
certains dikr condensent en six vers bien frappés to u t un poids de
vérité et de profondeur, la plupart sont des variations m oyennes
autour de thèm es devenus com m uns.
Les deux genres, prolifiques tous les deux, ont fini par acquérir
une sorte de facture conventionnelle. Les héros des taqsit vivent leur
foi dans le dram e, ils m anifestent tous une espèce d ’exaltation
euphorique et contagieuse. Ils sont im pavides, prom pts au sacrifice
et néanm oins invulnérables, ils se battent à un contre cent et
néanm oins sont toujours victorieux, ils sont bons ju sq u ’à la faiblesse
avant l’épreuve, indom ptables pendant. On le voit : ce sont les
caractères classiques de toutes les épopées, pas nécessairem ent
primitives. Peut-être s’ajoute-t-il ici un dessein d ’édification plus naïf
et envahissant.
Le genre était certainem ent populaire et panm aghrébin : il en
existe une série d’exemples en arabe dialectal. La tram e, les senti­
ments, à quelques variantes de détail près, se retrouvent assez
sem blables d ’un poème à l’autre.
Le poèm e de W asisban (peut-être une déform ation de Oued
Sisbane) qui relate un épique com bat entre m usulm ans et chrétiens
(par ailleurs non attesté dans l’histoire) peut en fournir un exemple.
Les m usulm ans ont tué le m ari et les frères d’une noble dam e
chrétienne, qui dés lors fixe com me condition à qui veut l’épouser
que d’abord il la venge en tuant au m oins trois m usulm ans
notoires : Ali, H am za et le Prophète lui-même.
Effectivement, un roi chrétien qui prétendait à sa main lui amène
bientôt le cadavre de H am za, q u ’il a tué en com bat singulier.
Q uand la bataille s’engage entre vingt mille chrétiens et sept cents
m usulm ans, Ali est absent : il est à quarante jo u rs de m arche. Le
com bat dure des jo u rs ; à la fin, il ne reste plus que soixante-dix
m usulm ans, dont certains sont blessés. M oham m ed en vient à
regretter l’absence de son neveu.
Loin de la bataille, Ali mène bonne vie. Il est couché et, en

24
s’éveillant, s’étonne de voir que son cheval piaffant d’im patience a
creusé de son sabot un trou si profond q u ’il y est englouti, seule sa
tête dépassant. Il com prend que M oham m ed est en danger, va
détacher le cheval, prend en croupe son épouse F atim a, fille du
Prophète, et s’élance : il couvre en deux heures la distance de
quarante jo u rs qui le sépare du lieu du com bat.
A son arrivée, il s’enquiert d’un certain nom bre de com pagnons.
Ils sont tous m orts. On délibère sur la m éthode de com bat : indivi­
duel (yiw en y e ry iw e n ) ou en masse (d'ahum m u) ? Ali entre au cœur
de la mêlée. Les chrétiens tom bent par pans entiers devant lui. Ceux
qui restent vont rendre com pte au roi, qui, reconnaissant là les coups
d’Ali, sort le com battre en personne. La bataille dure trois jours. Le
roi chrétien porte la noble dam e en croupe.
C haque fois qu’Ali va frapper, la dam e intervient en criant :
« Dieu est son g arant ! » (fellas R ebbi). Ali aussitôt baisse le sabre.
Au bout du troisièm e jo u r, le Prophète s’étonne qu’un adversaire ait
pu tenir si longtem ps devant son invincible neveu ; il lui conseille de
prendre lui aussi F atim a en croupe. Ce qu’il fait. Q uand il va
frapper, la dam e de nouveau s’écrie : « Dieu est son g arant ! » M ais
Fatim a lance le youyou strident qui exalte Ali. Le sabre d ’Ali fend
en deux le cavalier, le cheval, et va se ficher au sol qui se plaint :
« Et moi, que t’ai-je fait ? »
D onc une vision apparem m ent triom phaliste. M ais les taqsit
religieuses ne sont pas toutes de ce type. Il en est un autre très
répandu et qui rend un tout autre son. Les héros y sont aussi des
modèles de courage et de foi, ils sont aussi confrontés à des épreuves
hors de l’ordre com m un, ils en triom phent aussi m ais à quel prix
(souvent la m ort) et surtout... surtout de quelle victoire navrante
ju sq u ’à l’absurde. Y aala est l’enfant unique de sa mère ; quand les
m usulm ans vont com battre l’infidèle, ils exigent de l’em m ener avec
eux. Q uand ils reviennent, vainqueurs, la mère cherche son fils parmi
eux, en vain, car lui ne reviendra pas. A illeurs, M oïse s’offre à aider
des anges à creuser une tom be sur le bord de la route, m ais le trou
est-il assez grand ? Le m ort a justem ent à peu près la taille de Moïse.
Il entre pour voir : la m esure est juste... car la tom be est pour lui.
D ans un autre poème, le K halife O m ar, renom m é pour sa justice,
apprend que son fils, prenant du bon tem ps avec une femme, s’est
laissé enivrer par elle. La sanction légale est de cent coups de bâton.
O m ar la fait exécuter ; malgré les supplications de son fils, le
K halife presse l’esclave qui frappe, au centièm e coup l’enfant meurt.
Sans doute ne fait-on pas nécessairem ent de bonne littérature
avec de bons sentim ents, mais toutes ces m orts im m éritées, pire :

25
odieuses ! Pourquoi ces preux, ces prophètes et ces saints ne par­
tent-ils pas dans la gloire et la joie du retour à D ieu, comme tant
de vers appellent la m ort ?
C ar les sizains dikr, en principe destinés à rappeler aux hommes
les vérités consolantes de la foi, ne dégagent pas une impression
différente. Le thème préféré, rebattu, ressassé ju sq u ’à la hantise, c’est
la m ort. Et, curieusem ent, non pas la m ort sereine, voire heureuse,
du croyant qui y va comm e à la porte ouverte sur l’éternité. Non,
mais la fin cruelle, la déchirante séparation de ceux qui s’aiment,
l’adieu à une vie que les lèvres déclarent à satiété vallée de larm es et
que le cœur quitte dans les affres, la m ort « amère com m e le lau­
rier » ( i-tarzagant am-milili).
Il suffit d’entendre com m ent elle est présentée dans les sizains
dikr :

Un jo u r on creusera ma tom be
A l ’aide d'un p ic on en taillera les parois
On bâtira les m urs
A v e c un m ortier boueux
On t ’emportera m a tête aimée
Tu auras la terre p o u r oreiller et tu v pourriras.

Et dans les taqsit :

L e laveur m e prendra m e posera


Il m e jettera sur la planche
M a cape m on burnous
Il les jettera au loin
D oucem ent am i procède avec précaution
Je suis tout endolori com m e m eurtri p a r la m eule [...]
Je ne verrai p lu s qui j ’aim e il ne m e verra plus
A v a n t notre rencontre au jo u r du jugem ent.

La dernière note intervient vraim ent com m e un ressouvenir de


dernière minute.
D ’autant que l’autre thèm e com m un des sizains dikr, c’est l’adm o­
nestation puritaine, greffée sur une vision désespérée de l’existence.
D u moins de l’existence présente. Depuis l’époque bénie du Prophète
(des prophètes), lieu de toutes les grâces com me de toutes les vertus,
celles-là volontiers présentées comme le produit direct de celles-ci, le
m onde a dégénéré et il em pire chaque jour. De tous les siècles, le
x iv e (de l’hégire, qui a comm encé en 1882) a été présenté dans les

26
prédictions com m e devant être le plus pervers. A la place de la foi
naïve se sont installés l’incroyance, les calculs intéressés, Pégoïsme.
Peut-être l’heure (entendez celle de la fin du monde) est-elle proche ?
Il n’y a point d’issue en vue, ni de m iséricorde à attendre. La seule
attitude à adopter, c’est non seulement une aveugle application des
règles (les subsidiaires et autres additions à la limite de l’hétéro­
doxie, autant que les fondam entales), m ais une sorte de refus morose
de la vie, en attendant la grande délivrance. Les exemples ici sont
innom brables20.
On est dès lors amené à chercher s’il n’existe pas de cause
com m une qui explique à la fois le triom phalism e systém atique des
premières pièces et le pessimisme souffreteux et rigoriste des
secondes. Ici intervient l’histoire sous la forme relatée plus haut. S’il
est vrai q u ’après l’effritement des grands em pires (abbasside en
Orient, alm ohade au M aghreb), la découverte de l’Am érique, la
nouvelle route des Indes par le sud de l’Afrique, les invasions
mongoles, bientôt la chute de G renade se conjuguent pour détourner
vers d ’autres voies le com m erce international, affaiblir la puissance
politique du m onde islam ique et le réduire bientôt à la défensive,
alors on explique aisém ent l’aspect particulier pris par l’inspiration
religieuse dans la poésie kabyle. C ar sans le vouloir expressément,
c’est cet islam -là que les poèmes religieux propagent. Les deux a tti­
tudes que l’analyse décèle s’expliquent désorm ais comme deux
réponses diverses à une même agression de l’histoire. C ar le type à
prem ière vue m ilitant et triom phaliste apparaît comm e une réaction
de fuite ; tous les héros positifs, si l’on peut risquer cet an achro­
nisme, appartiennent à un passé depuis longtemps révolu : les débuts
idéalisés de l’islam , ou une époque biblique encore plus m ythique et,
à vrai dire, souvent confondue avec la précédente. On se sauve de la
laideur et des cruautés du présent dans les fantasm es d ’un âge d ’or,
fait de désirs refoulés sur le fond de quelques souvenirs sélectifs et
remodelés.
Q uand on ne fuit pas dans le rêve, on se console par l’interpréta­
tion m étaphysique. Deux idées simples mais efficaces : puisque tout
doit m ourir, à quoi bon tro p s’inquiéter d ’un m onde par essence
condam né ? Et de toute façon une intelligence suprêm e déterm ine
l’événement, selon des principes à nous im pénétrables.
D ans la pratique, l’ignorance et le doute appartiennent à notre

20. D a n s l’é ta t actuel de l’inform ation, il est m alh eu reu sem en t im possible de
d a te r les siz ain s d ik r p o u r déterm iner si la vision pessim iste q u ’ils exprim ent est le
p ro d u it d ’une ép o q u e ou une loi du genre.

27
nature d'hom m e comme la chaleur tient au feu. La seule voie qui
reste ouverte est celle d ’un rigorism e désenchanté.
Tout se passe comme si une société qui sent qu’elle n’a plus prise
sur l’histoire interprète ses propres blocages en termes de destin.
D ans une espèce de réaction m asochiste, elle tourne contre elle-
même la conscience irritée de son im puissance, attribue ses échecs
ou ses m anques à une application insuffisam m ent stricte des rites et,
faute de pouvoir agir sur les événem ents, bat sa coulpe et exige
d’elle-même encore plus de tension absurde ou de crispation scléro­
sante. Elle a renoncé aux affres du doute, aux risques de la quête (et
donc à ses chances), pour le m onolithism e d’une foi qui confond la
pureté de l’intention avec la rigidité de la pratique.
Tout cela, que l’on retrouve dans les poèmes à sujet religieux,
serait inexplicable si l’histoire ne venait lui apporter un éclairage
décisif par l’image qu’elle rend de ces siècles m oyens de l’islam.
Il est probable que la très grande m ajorité des pièces de cette
veine qui nous sont parvenues ne rem ontent pas plus loin que,
disons, le x v ie siècle. Elles sont pour ainsi dire m odernes et portent
la m arque de cette relative m odernité. Il est difficile de rem onter plus
loin et, par exemple sur la période im m édiatem ent précédente,
d’avancer quoi que ce soit de précis, faute de docum ents. On peut
seulement raisonner par conjectures et ce sera le dernier élément que
l’histoire m aghrébine sera susceptible de fournit'.
Des historiens, en particulier maghrébins, ont tenté de m ontrer
com m ent l’histoire m aghrébine obéit à une espèce de m ouvem ent
pendulaire qui la fait osciller entre des périodes d’intégration relati­
vement poussée (où la réalité d’un État et d’une civilisation tend à
s’im poser à l’ensemble du pays) et des périodes d’éclatem ent (où le
pays profond fait revivre l’éparpillem ent de ses groupes quelquefois
minuscules et revenus aux ressourcem ents anciens). D e fait, on
discerne assez bien à l’époque où nous som mes parvenus (le
xv* siècle environ) une de ces périodes charnières où le m ouvem ent
du pendule historique s’inverse. En effet, les grands em pires unitaires
du Moyen Age berbère (A lm oravides, A lm ohades, M érinides) et les
grands royaum es qui les ont par la suite m onnayés (M érinides,
Zeyanides, Hafsides) s’effritent. En Algérie, le dernier en date aura
été le royaum e ham m adite de Bougie. A la place se dessine un émiet-
tement plus ou m oins poussé de la société m aghrébine, un m ouve­
ment de retribalisation, que sans doute la lente mais continue
expansion hilalienne a revigoré et qui, dans le cas des groupes
berbères, se présente aussi com m e un mouvem ent de récupération
(ou de recréation) d’une identité culturelle éprouvée par plusieurs

28
siècles et plusieurs formes de colonialism e étranger. Le temps d ’Ibn
K haldoun (x iv e siècle) peut être considéré com m e la charnière entre
ce que schém atiquem ent l’on peut appeler l’époque des empires et
celle des tribus ; il apparaît clairem ent dans l’œuvre du grand
historien que le m ouvem ent d’empiétem ent de celles-ci sur ceux-là
est suffisam m ent avancé pour q u ’il en soit fait m ention dans un
ouvrage historique. Deux siècles plus tard, les « royaum es » de
K oukou et de Béni-Abbès conjugueront dans des limites étroites les
souvenirs déjà adultérés d ’un ordre étatique révolu avec la réalité
d’É tats déjà tout pénétrés de valeurs tribales.
Peut-on rem onter plus loin que ces visions, si imprécises soient-
elles, du M oyen Age m aghrébin ? Il semble que non, qu’à partir de
là toute conjecture devienne hasardeuse. D ans cette nuit rendue
totale par le m anque de docum ents, à peine peut-on inférer de
l’existence de la flûte libyque ou de l’évocation p ar Salluste des
guerriers m arocains de Bocchus passant toute une nuit à chanter la
veille du com bat, que, jadis comme aujourd’hui, poésie et m usique
étaient intim em ent mêlées chez les Berbères.
Au term e de cette analyse historique, si m alaisée fût-elle, on peut
tenter d ’estim er la valeur des apports. Il semble que le bénéfice en
aura été surtout de rem ettre en perspective les poèmes ici recueillis,
en quelque sorte de les relativiser. Ils portent la m arque d ’un tem ps ;
de là à dire qu’ils en sont le produit, il n’y a qu’un pas. Les
ethnologues l’ont franchi.
Cette conclusion va contre l’intime conviction des sujets eux-
mêmes. Illusion classique, dira-t-on : lors même qu’ils sont mus,
souvent étroitem ent, par des m écanism es contraignants, les groupes
comme les individus ont toujours l’im pression, fausse, qu’ils
œuvrent dans une entière liberté. M ais, pour être contingente, pour­
quoi une attitude serait-elle nécessairem ent erronée ? Singulièrement
dans le dom aine des valeurs et des interprétations du m onde, une
prise de position est toujours liée aux conditions objectives dans
lesquelles elle est née et seule un ethnocentrism e n aïf attribue une
valeur absolue à une contingence particulière. Toute expérience est
vraie qui a été vécue par des hommes.
Q u’im porte après to u t q u ’une vision pessim iste du destin soit en
partie le produit d ’une histoire décadente ? La hantise de la m ort,
l’am our m ystique, la fuite de la réalité dans le m ythe sont-ils des
vérités d ’un seul pays ou d ’un seul tem ps ? Celles-ci peuvent
em prunter provisoirem ent l’habit d ’un terroir et d ’une époque ; m ais,
par-delà les couleurs dont la singularité d’une histoire les habille, ce
qui fait leur valeur profonde c’est ce par quoi elles s’entendent sur

29
l’universel fonds de nos douleurs et de nos espérances. Ceux qui
disaient les unes et les autres, en des termes qu’ils croyaient valables
pour tous, en définitive n’avaient pas tort, et dans ce cas c’est le
relativism e historique des historiens classiques qui est lui-même
relatif.
Si l’hypothèse d’une poésie com posée aux siècles moyens du
ressourcem ent tribal est fondée, il faut tout de suite lever une
objection : celle de la diversité d’origine des poèmes ici recueillis. Si
la société kabyle est réellement cette m osaïque de groupes étroits
dont chacun se pense com m e un absolu, le seul sujet pertinent
d ’étude est la production d ’un seul de ces groupes, le plus restreint, ie
plus caractérisé possible. Or, c’est une formule tout à fait différente
qui a été adoptée ici. Les poèmes ne viennent pas tous du même
endroit : ils intéressent pratiquem ent toute la région où le kabyle se
parle. L’aire en est donc relativement considérable : de la côte médi­
terranéenne (Yousef-ou-Kaci) au versant sud du D jurdjura, de la
région de Tizi-Ouzou à la limite orientale de la Petite K abylie (Sidi
Kala). Et voilà violée la sacro-sainte loi de la focalisation m aximale
de l’étude anthropologique.
D ’autant qu’à cet inconvénient s’ajoutent pour l’aggraver les
préjugés particuliers de l’ethnographie m aghrébine, pour qui le pays
kabyle d’antan était une m osaïque de groupuscules mutuellem ent
exclusifs et qui ne pouvaient entretenir entre eux que des rapports
d ’hostilité ouverte ou sourde. On change de m onde en passant de
l’un à l’autre et ce qui est vérité en deçà de la frontière peut n ’être
plus valable au-delà.
C ’est de propos délibéré que j ’ai été à ren co n tre de ce qui était
devenu règle indiscutable. Je voudrais m ontrer que cela n ’est pas le
résultat d’une option fortuite ou arbitraire, m ais un choix dicté par
la nature mêm e de la réalité que je vivais avant de la soum ettre à
l’analyse. D ’autant qu’au départ mon inform ation rem plissait, sans
l’avoir cherché, les conditions optim ales : elle était puisée dans un
seul groupe, mieux, presque auprès d ’un seul inform ateur, il est vrai
privilégié. Puis, obéissant aux lois du genre, telles q u ’elles sont dans
le groupe (et non point telles que les exige une anthropologie dont à
cette époque j ’ignorais ju sq u ’à l’existence), j ’ai été quêtant d’autres
exemples de la sagesse dont les élém ents déjà recueillis me donnaient
l’avant-goût.
Vite j ’ai fait la constatation, rem arquable, que d’un groupe à
l’autre un même ensemble de poèmes, pour ainsi dire classiques, se
retrouvait : « H istoire de Joseph », « La M ort de M oïse », « Le
Sacrifice d’A braham », M ohand-ou-M hand, le cheikh M ohand,
30
quelques sizains soit dikr, soit profanes. Les variantes, quand elles
existaient, étaient le plus souvent insignifiantes.
A ce fonds com m un un groupe pouvait ajouter un petit nom bre de
pièces qui lui sont particulières, en général parce qu’elles se
rapportent à des événements locaux. Elles dépassent rarem ent un
niveau moyen, car des poèmes consacrés à l’histoire d ’un groupe
précis acquièrent une audience très large et souvent pankabyle dès
l’instant que le génie d’un poète les a magnifiés et en quelque sorte
dotés d ’une dim ension universelle. Ainsi de Yousef-ou-Kaci.
Cela pour le corpus pour ainsi dire moyen.
A un degré plus haut, les sages (am ousnaw ) disposent eux aussi
d’un lot com m un, où les mêmes vers reviennent pour illustrer les
mêmes situations ; les auteurs sont moins populaires, m ais plus
prisés des connaisseurs : H adj M okhtar Ait Saïd, Larbi A it Bejaoud,
Sidi K ala, Sidi M hem m ed-ou-Saadoun, H adj R abah...
A ce phénom ène inattendu on peut tenter de trouver des causes
concrètes. La prem ière et la plus apparente étant qu’au sein de cette
société dite atom isée il y a d’actifs agents de com m unication.
En prem ier lieu les poètes eux-mêmes, ceux du m oins qui le sont
de profession. Leur statu t social même les dote d ’une certaine
imm unité : leur vocation est de traverser tous les groupes, auxquels
ils proposent à la fois leurs œuvres personnelles et celles de leurs
devanciers. Cela même quand (et c’est le cas de Y ousef par exemple)
ils s’avouent publiquem ent les hérauts d ’un groupe précis : ils
peuvent sans crainte se rendre même dans le groupe ennemi, car leur
fonction les couvre.
Cette m obilité est évidem m ent précieuse. Au sein de ces entités,
dont beaucoup de m em bres m ouraient à l’endroit qui les avait vu
naître, souvent sans avoir atteint l’horizon pourtant étroit que leurs
yeux contem plaient toute une vie, le poète c’était une image du
dehors, le héraut d ’une form ule autre, et bien que l’éloge de la
puissance m ilitaire turque n’apportât que déplaisir aux auditeurs
d ’une tribu anarchique, surtout quand c’était Y ousef qui le faisait,
lui qui venait de l’autre côté de l’horizon, on ne l’en écoutait pas
moins.
L’autre agent actif (et à vrai dire équivoque) de relations entre
groupes, c’étaient les m arabouts. La caste tout entière tissait sur le
pays kabyle un réseau serré de groupes fam iliaux de tous les types,
depuis les grands aristocrates prospères et craints ju sq u ’aux gueux
besogneux et plus ou moins laïcisés, m ais tous unis par le com m un
prestige de leur appartenance supposée à la lignée du Prophète.
Leurs alliances, leurs actions, souvent leur prestige traversent les

31
groupes auxquels ils s’im posent en se superposant. C ’est eux qui ont
répandu, de façon plus ou m oins concertée, la com m une idéologie
d ’une orthodoxie islam ique très largem ent mitigée de berbérité. Ils
ont l’apanage quasi exclusif de l’instruction et, par voie de
conséquence (aussi parce qu’ils disposent de plus de loisirs),
s’adonnent volontiers à la poésie. Ils peuvent en particulier la
transcrire et donc la répandre : ainsi en a-t-il été d ’« Elmoursel » et
probablem ent d ’autres poèmes.
De la troisième catégorie enfin, celle des am ousnaw , il sera plus
longuement question par la suite.
M ais, à tout prendre, ces causes sont secondaires et quelquefois
occasionnelles. Une analyse plus poussée m ontre que ce qui est à
reconsidérer, c’est la notion même de société à la fois insulaire et
atom isée qu’aurait été la société kabyle à la veille de la conquête
française (et d ’ailleurs toute société sem blable à celle-là). Des
conditions géographiques d’abord, sociologiques ensuite, plaident en
effet en faveur d’un certain isolement : un bastion m ontagneux
difficilement accessible, excessivement m orcelé, sans voies de com ­
m unication autres que des chemins m uletiers m alaisés, une société
de type segm entaire, sans É tat, faite de la juxtaposition de groupes
très restreints qui se posent surtout en s’opposant et dont seuls la
religion ou le danger extérieur peuvent faire l’unité occasionnelle­
ment.
M ais q u ’en était-il dans la réalité ? T out d’abord, cet extrême
isolement n’est pas viable. La nourriture nationale kabyle est le
couscous, norm alem ent introuvable dans une m ontagne qui n’est pas
productrice de céréales. On a pu qualifier d’absurde l’économie
kabyle traditionnelle, où l’on consom m e des mets à base de farine
dans une m ontagne faite pour l’arbre et l’herbe. M ais, contraints de
se procurer dans la plaine les céréales qui leur m anquaient, les
Kabyles devaient com pter avec l’au-dehors et jad is il n’était pas rare
qu’un m ontagnard s’associe avec un paysan de piém ont, l’un offrant
sa terre et l’autre son travail, des bêtes et éventuellem ent de l’argent.
Plus récem m ent, des A rabes d’A um ale ou de Sidi-A ïssa traversaient
les cols, à la fin de l’été, avec leurs cham eaux chargés de blé qu’ils
allaient vendre dans les villages kabyles.
Par ailleurs, la montagne était tributaire de la ville pour un certain
nom bre d ’objets m anufacturés, en particulier le plus précieux d’entre
eux : les arm es. On allait chercher les canons de fusil à Tunis,
l’argent et la poudre à Alger, où l’on vendait l’huile.
Politiquem ent, ces irrédents qui accueillent les troupes turques les
armes à la m ain, quand elles veulent entrer dans la « m ontagne de la

32
dignité », reconnaissent au pouvoir d’Alger une sorte de légitimité
sym bolique.
M ais c ’est surtout la religion qui dotait ces petites républiques
d ’une dim ension universaliste. Au point que l’on peut dire que le
sentim ent d ’appartenance d ’un individu sautait tout de suite de
l’horizon tribal, à portée de regard et de course, au grand ensemble
de l’oum m a islam ique, aux contours im précis mais très vigoureuse­
m ent sentis, par-delà l’entité plus controversée, moins intériorisée,
d’une nation algérienne en principe représentée par l’autorité
deylicale d ’Alger. Aussi bien les clercs, agents actifs de socialisa­
tion, propagent abondam m ent les valeurs de celle-là, et presque pas
du tout les visées de celle-ci, sau f quand les deux perspectives se
recoupent ou coïncident. Annuellem ent, des pèlerins se rendent aux
lieux saints de l’islam : pour la plupart, ce sera leur seul contact avec
l’extérieur durant toute leur vie. Ainsi le m onde d ’« Elmoursel »
s’étend-il du Sind à l’A tlantique, de l’Espagne à l’Abyssinie, en
passant par le M aroc, les hauts plateaux algériens, le Sahara, la
Tunisie, l’Égypte, le Soudan, la Syrie, l’Irak, la Turquie, l’Inde,
même si ces nom s n ’évoquent que des réalités im précises dans
l’esprit du poète qui les cite.
A vrai dire, on ne peut que m odérém ent s’en étonner. Ce bastion
réputé im prenable n’a pas plus de 400 kilom ètres dans sa plus
grande dim ension. Il est à portée de m éhalla, d’école, de confrérie, de
visée politique. Il est vrai qu’il est un peu en marge de la routine de
l’histoire : en particulier, les contraintes de la plaine l’épargnent ;
voire même, il sert de refuge à ceux qui fuient des conditions qu’ils
trouvent inacceptables dans le bas pays. M ais aussi l’histoire l’a
intégré souvent : les Quinquégentiens sont un choc en retour de la
m ontagne contre un ordre rom ain qui pesait sur ses franges (ou bien
même tentait de la pénétrer : D jem âa Saharidj). Au M oyen Age, les
Z ouaoua vont aider les K etam a à im poser la dynastie fatim ide :
c’est déjà une entreprise à l’échelle du m onde. Plus tard, ils vont
participer à la civilisation ham m adite de Bougie. Au mom ent où
l’islam en perte de vitesse va rem ettre entre les m ains des Turcs le
soin de défendre la foi, m aintenant m enacée, deux royaum es kabyles
(K oukou et Béni-Abbés) vont tenter de prolonger la vie d ’une nation
algérienne de partout démantelée. C ’est d’une garde de Z ouaoua que
ses deys de plus en plus algérianisés vont s’entourer et, quand les
troupes françaises débarqueront à Sidi Ferruch en 1830, des contin­
gents kabyles (les mêmes qui com battent les troupes des janissaires)
vont descendre pour défendre Alger contre cette agression venue de
l’extérieur.

33
Force était donc, à la fin de l’analyse de ce second élém ent, de
conclure à une confirm ation des résultats dégagés par la prem ière
investigation. L’autorité turque, surtout adm inistrative et m ilitaire, a
eu pour effet en K abylie une sorte de retour aux sources et comme
une revivification de l’état enchanté d’avant l’histoire, ses am puta­
tions et ses dram es. M ais, naturellem ent, ce ne pouvait pas être un
retour m écanique au bonheur d ’avant la naissance. L ’histoire a, dans
l’intervalle, opéré dans les vies, les consciences et com m e le souvenir
collectif des hom m es. La replongée donne donc à la vie des
individus à la fois profondeur et authenticité, dans la m esure où ils
sentaient confusém ent que dans l’ordre existant l’accession à une
réalité sociale plus vaste ne se pouvait faire qu’au prix d’un
renoncem ent à soi, c’est-à-dire au prix d’une aliénation absolue.
Si bien q u ’ici aussi la m éthode de l’école est déficiente et
réductrice. Être soi, oui, être entre soi, voire, n’être que soi, c’est une
formule sans grand sens pour la tribu la plus perdue de la forêt
am azonienne, mais pour un groupe qui depuis deux mille ans
participe aux rem ous d ’une histoire agitée, c’est un non-sens.
Aucun des m em bres de la société où ces poèm es ont été recueillis
n ’est capable de les réciter tous, ni même une notable partie. Mais il
en sait l’existence, et que quelqu’un dans le m onde, en définitive
familier, qui l’entoure les connaît et les dit. C ette connaissance, en
quelque sorte en creux, en est une aussi, dans la mesure où le
m anque est perçu com me tel et le chaînon m anquant assum é,
com m e faisant partie du patrim oine au même titre que les poèmes
effectivement sus ; tant il est vrai que la culture n ’est pas seulement
un lot d’éléments existants, m ais aussi une som m e de projets
revendiqués. Seule cette vision, tout entière projetée vers l’au-delà
d ’une culture en expansion, en projet était vraie, le repli souffreteux
des ethnologues sur la désespérance d ’un enclos étroit étan t tout au
plus un procédé com m ode de réduction de l’étrange.
H restait à tester la validité du principe qui fonde en anthropologie
le choix du groupe lé plus restreint possible. Il est aisé à cerner ; la
perception en est pour ainsi dire plus réelle, sans l’ap parat des
éléments m édiats rendu nécessaire p our les grands ensembles par
leur volume même. Surtout, les dim ensions réduites du groupe en
font une unité plus intégrée, plus proche de l’unité physiologique
d’un être vivant. C ’est dire que, comme pour celui-ci, on peut en
expliquer la nature par le rôle d ’un certain nom bre d’organes
spécifiques et les rapports qu’ils entretiennent entre eux et avec
l’ensemble. La tentative (il faudrait presque dire la tentation) fonc-
tionnaliste s’im posait donc ici d’elle-même. J ’y ai cédé.
34
Un certain nom bre de pièces peuvent être considérées comme
fonctionnelles par définition : ce sont les fameux chants du travail.
Cette considération est passablem ent théorique, car des chants du
travail il n ’y en a quasim ent pas. Il y a bien quelques vestiges épars,
mineurs tant par les dim ensions que p ar l’inspiration, en général
figés, im personnels, excluant à peu près toute possibilité de création,
quelquefois archaïques par la langue, de toute façon confinés à des
rôles purem ent conventionnels : couplets des travailleurs com m u­
nautaires des tiw izi11, berceuses, chants des batteuses de lait,
formules des faiseuses de philtres ; à un degré plus élaboré, éloges
rituels des jeunes m ariés. Quelle que soit leur authenticité ou leur
valeur de docum ent, ce sont des genres m ineurs et vécus com m e tels
par les usagers eux-mêmes.
D ’une fonctionnalité un peu particulière sont les poèmes qui ne
dem andent à la fixité du vers que le rôle de conservation qui
norm alem ent revient à l’écrit dans les sociétés lettrées. Le genre en
était très répandu, à peu près tout événem ent notable, surtout quand
il intéressait la collectivité, donnant lieu à création plus ou moins
durable, plus ou moins valable.
M ais déjà ici la fonctionnalité est de nature ambiguë. Il est rare, et
à vrai dire à peu près impossible, que la seule utilité du vers en ce
cas soit de garder le souvenir d’un événement m ém orable. En réalité,
la sensibilité de l’auteur, sans doute plus ou m oins le reflet de la
sensibilité collective, intervient d’une façon ou d’une autre dans cette
interprétation versifiée. Il dépendra souvent du talent du poète que sa
com position dépasse les limites quelquefois étroites de l’événement
qui lui a donné lieu ; à la limite, on peut faire de la grande poésie sur
des données épisodiques.
M ais, à ce point où l’invention peut prendre des proportions qui
outrepassent de loin le prétexte qui l’a suscitée, peut-on encore parler
de fonctionnalité au sens étroit du term e ?
Il en est de même d’un genre très particulier de com position, la
joute poétique, qui semble se prêter de! façon privilégiée à
l’explication fonctionnaliste, ta n t p ar le cadre bien défini qui lui sert
de support que p ar sa forme conventionnelle. La jo u te a lieu pendant

21. T ra v a u x qui, vu leur volum e ou leur difficulté, so n t assu rés par la


c o m m u n a u té to u t en tière au profit d ’un m em bre du g roupe. E n p articu lie r tra n sp o rt
de m eules, d e p o u tres, co n stru ctio n de m aiso n s, voire trav au x ag rico les co m m e la
m oisso n , le ram a ssa g e des o lives, etc.

35
les fêtes. Le caractère form aliste de la procédure, la régularité du
scénario triphasé font de Ihenni la donnée rêvée de l’analyse
fonctionnaliste. C ar on voit im m édiatem ent la tentante explication
à laquelle invite une cérémonie, où la règle d ’un jeu relativem ent
élaboré souligne les symboles et les significations.

Dans une société segm entaire relativem ent pure, la fête et la


guerre sont les deux faces d’une situation de coexistence fondam en­
talem ent semblable. Lors même que l’on donne ou reçoit des
épouses, on continue d’entrer avec l’autre dans des rapports de
conflictualité voilée. Ici, la violence est par définition exclue, mais
non point toute opposition, parce que cela à la limite équivaudrait à
une perte de toute identité. La fête, c ’est ce qui permet de se poser
devant l’autre (de s’opposer à lui) en faisant l’économ ie des morts.
Dans Ihenni, on joue la guerre pour n’avoir pas à la faire, on s’en
purge rituellement dans les figures d ’un jeu convenu, on évacue dans
les mots les charges d’agressivité que le type d’organisation
segmentaire de la société sécrète pour ainsi dire par condition.
P artant de la considération d ’un cas privilégié, com m e celui de
Ihenni, on peut extrapoler et poser comme postulat que, tout de
même que le m ythe résout le donné dans un systèm e de correspon­
dances significatives, la poésie résoudrait dans le verbe les tensions,
les manques ou les blocages de ce type précis de société, ou bien, ce
qui en réalité revient au même, en véhicule de façon inconsciente les
valeurs dont la som m e constitue l’idéologie du groupe.
Ainsi peut-on tenter de m ontrer qu’on trouve en Yousef-ou-Kaci
un interprète à la fois fidèle et génial des valeurs de la société
segmentaire, telle q u ’on la trouve décrite dans la littérature
classique.
Avec lui, le systèm e (en particulier le m écanism e de la solidarité
tribale) fonctionne presque à la perfection. A l’intérieur du groupe, le
poète, à l’instar d’autres individus ou catégories sociales, rem plit une
véritable fonction. Les guerriers défendent le groupe, les am ousnaw
élaborent les valeurs, les m arabouts m anipulent le m onde des forces
surnaturelles, le poète, lui, orchestre le tout, en donne, à l’usage tant
dom estique qu’externe, une image m ilitante.
C ar Yousef est le poète avoué d’une tribu : les Ait Yenni. Chacun
l’admet, lui-même à l’occasion le proclam e :

Entre les A it Y en n i et m o i les dés sont jeté s


E ux sont à m oi et m oi c ’est clair j e suis à eux !

36
C ’est un poète partisan, c’est-à-dire partial. Ii ne s’en cache pas :

Ces trois villages22


Pour m oi n ’ont p o in t d ’égal.
C om m e les autres membres de la tribu, il réagit en termes de
solidarité m écanique. Il est le propagandiste conscient d ’un groupe,
sinon tout à fait d’une cause. D ans l’éloge, il ne recule devant aucune
hyperbole. Nul bien entendu ne s’y trom pait, et personne ne prenait
réellement au sérieux des déclarations com m e celles-ci :

L eurs parangons
C e sont les Turcs qui hantent les mers.
N o u s devons chanter leurs louanges
Tous ju s q u ’à ce que nous soyons au tombeau.
C ’était sim plem ent la règle du jeu. Le poète interprète avec une
liberté abusive ju sq u ’aux faits les plus évidents :
« T aourirt-el-H adjadj est à une journée de m arche... et ils [les
adversaires! la convoitaient. »
Dans la réalité, cette journée représente à peu près une heure. Un
sizain im m ortalise le nom et la valeur d ’A m eur Ait M hemmed, chef
du parti favorable aux Ait Yenni. M ais le parti était m inoritaire, et
de la masse des habitants et de leurs chefs on ne saura jam ais rien,
pas même le nom 23.
L’interprétation des événements est toujours partisane. Q uand une
attaque des Ait Yenni échoue, c’est la volonté de Dieu ; quand une
autre, deux jours plus tard , réussit, c’est grâce à la valeur des
com battants24.
Ici, la poésie est arm e, on la crain t et, de fait, elle peut de l’arm e
avoir ju sq u ’à la vertu m eurtrière. Un guerrier qui, pour se distinguer
au com bat, avait pris un habit bleu voyant a préféré se tenir dans un
endroit défilé le jo u r du com bat. Y ousef com pose six vers là-dessus,
cela suffit pour que, la fois suivante, le m anteau bleu se portât loin
en avant... Il n ’en est pas revenu, m ais il avait lavé l’opprobre du
décri d’un poète. C orollairem ent, l’éloge fait de soi dans un poème

2 2 . Les A it Y enni étaien t à l’origine form és de tro is villages.

23. C f. n u 17.

24. C f. n os 22 et 23.

37
était hautem ent prisé. L’expression consacrée pour dire de quelqu’un
qu’il se distingue, c’est : « L’aède l’a m entionné dans un poèm e25. »
Yousef lui-même dit des Ait Yenni :

M o i j e ne leur mesure p o in t l'éloge16.

M ais, plus encore que ce rôle patent, il y a, latente ou déclarée,


toute une idéologie tribale dans Yousef.
Une des bases de ces sociétés sans État ni hiérarchie, c’est la
parfaite égalité des m em bres, et donc un des dangers m ajeurs la
désunion, les conséquences désastreuses des prétentions de chacun à
faire prévaloir ses options, son groupe, ses intérêts :

D is-leur l ’union paie


Q uand l ’un est dém uni q u ’un autre aille à son secours.
D ieu rende étem elles
Votre fra tern ité votre entente
P uissiez-vous vous estim er l ’un l ’autre
E t chacun pou rvo ir à son frère.
Des formules comme :

L es A it-Y e n n i
O ù un seul com m ande
sont plus des vœux inquiets que des constatations. C ar, ailleurs, le
poète prie :

Q ue la jalo u sie tom be


E t q u ’il voie leur fra tern ité retrouvée.
Et d ’abord le fait même que ce soit le groupe qui soit réellement
existant. Les individus, quand ils sont m entionnés, sont ou des
m arabouts (m ais les m arabouts sont en quelque sorte hors jeu dans
le systèm e segm entaire laïque) ou les représentants d ’un clan. Il est
rem arquable que, dans les quelques trois cents vers que Yousef a
consacrés aux Ait Yenni, il n ’y ait que trois nom s : deux m arabouts,

25. Iw w i-l-id u m ed d a h di teqsit.

26. Cf. n" 24.

38
cités l’un pour sa science l’autre pour son prestige, et un chef de
parti, m ais celui-ci n’a d ’autre valeur que d’être justem ent le
porte-étendard d’un clan. De lui personnellem ent on ne sait rien, que
son efficience ; il est :

Lion dans une fo rê t de jeu n es plants.


A utant et plus que lui, ce qui com pte c’est le groupe que l’on voit
se profiler derrière lui et qui en définitive est sa raison d ’être, car :

Ses frères sont oiseaux de proie


N u l ne m anque le jo u r du com bat.
Une autre vertu, vitale dans ces républiques atom isées où les
résolutions les plus graves se prennent dans des assemblées, c ’est la
justesse du jugem ent :

Q uand une parole n ’est pas droite ils l'écartent


Ils ne cueillent p a s la graine mauvaise.
Les vertus q u ’on exige de l’individu sont celles qui perm ettent au
groupe de subsister ou de s’étendre :
— le sacrifice :

Jeunes, vieillards ou adultes


T ous quand on les appelle répondent présent27

— la valeur guerrière :

L e jo u r du com bat quand on en vient aux m ains


Chacun com m e le lion rugit
P orte m on salut aux guerriers à la ceinture garnie de
balles
E t qui ignorent la p eu rw
— le respect des engagem ents :

27. N " 26, vers 43 et 44.

28. N° 25, vers 45 et 46.

39
Ils sont hom m es de parole29
Ils ne trahissent ni ne se dédisent
Une fo is q u ’ils ont p ro m is30
— la constance :

Les gens de Tigzirt


Im pavides sous les balles31
— la préférence donnée à l’acte sur la parole :

Je loue l ’hom m e d ’action32.

A première vue donc, une illustration quasi parfaite des thèses


fonctionnalistes. Il suffit pourtant de pratiquer les restes, même
réduits, de la poésie de Y ousef pour constater à quel point cette
interprétation est réductrice, com m ent, vraie p ar certains côtés, elle
risque, en privilégiant un aspect somme toute partiel de sa création,
d’en donner une vision étriquée, schém atique et qui ignore l’essen­
tiel.
Et d ’abord, prem ière entorse au tribalism e enchanté des ethno­
logues, Yousef est étranger au groupe dont il s’est fait expressém ent
le héraut. Il est par naissance des A it Jennad, avec lesquels les Ait
Yenni qu’il a élus et qui l’ont adopté ont peu à voir. On ne sait pas
com m ent s’est opérée cette rencontre, que Y ousef dit providentielle ;
les Ait Yenni sont, dit-il :

Les am is fam iliers


A v e c qui j ’ai grandi depuis des tem ps anciens

Par ailleurs, un autre sujet de prédilection de Yousef, ce sont les


Izwawen de la région de Tizi-O uzou. O r, les Izwawen, nous l’avons
vu, représentent le second type d’organisation de la société kabyle
au temps du poète, celle des zones de piém ont où un pouvoir à la

29. N° 26, vers 7.

30. N° 2 6 , vers 35 et 36.

3 1. N ° 2 6 , vers 4 5 .

32. N ° 26, vers 53.

33. N ° 26, vers 31 et 32.

40
fois dynastique et personnel tente de se substituer à l’anarchie
organisée des tribus du centre.
Un pouvoir à la vérité équivoque, puisqu’il peut être, selon les
circonstances, le fourrier des visées du pouvoir central (c’est le cas
des Ait K aci) ou le défenseur des libertés tribales, mais qui, malgré
cette am biguïté (ou à cause d’elle), représente to u t de même une
forme plus évoluée d ’organisation sociale. Enfin, nous avons vu que
Yousef lui-même, quand il veut faire l’éloge des A it Yenni, ne trouve
pas de référence plus prestigieuse que celle du pouvoir turc. C ’est
une habitude, presque un tic : les Ait Yenni sont Turcs de
Bab-Azoun, T urcs des Indes (entendez d’Asie), Turcs qui hantent les
mers.
Alger, puis l’Asie, puis, plus loin encore, les océans, voilà ce
qu’aux citoyens d ’une m inuscule république, pratiquem ent bloquée
au milieu d ’un m assif m ontagneux difficile, le poète propose comme
points de mire.
D ’autres ont souligné ce caractère de la tribu m aghrébine, voire
plus généralem ent islam ique34, dont la segm entarité est im pure dans
la m esure où elle n’ignore pas (où au contraire elle suppose)
l’existence d’un É tat centralisateur, vigoureusem ent com battu, mais
néanm oins reconnu com m e porteur d’une légitimité d ’une autre
essence (religieuse en particulier).
On ne saurait assez insister sur ce dernier point. Le poète n’a pas
seulement fonction d’intégration d’un groupe étroit, il en étend aussi
l’horizon, il en projette la visée ju sq u ’où les m oyens m atériels des
hommes des tribus ne peuvent norm alem ent atteindre. Le jeu tribal
n ’est pas (m algré le schém a classique) seulement activité introvertie,
crispée sur l’exiguïté d ’un dom aine au-delà duquel com m ence
l’étranger qui est souvent l’ennemi, il est aussi proposé sous une
form e qui n’est pas celle de l’agression à un environnem ent dont on
reconnaît l’existence positive et dont on sollicite la reconnaissance,
voire l’adm iration, par le moyen d’un verbe véhicule de valeurs
sym boliques, comme si, contrainte de défendre au plus près des
frontières vite atteintes, la tribu poursuivait en profondeur une visée
plus am ple et tentait d ’échapper sur le plan des signes à l’étouffe-
ment que lui im posent ses structures.
Au term e donc de cette tentative d ’explication fonctionnaliste, il
apparaît que le poète même qui eût dû être (et qui par certains côtés

34. C f. en p a rtic u lie r E. G ellner , S a in ts o f th e A tla s .

41
est effectivement) le représentant type de la poésie tribale ne l’est en
définitive que de façon très impure et dans les limites d ’une vision
réductrice. Encore avec Yousef som mes-nous en plein dans la
période enchantée de la société tribale (à cheval sur le x v n e et le
xvm e siècle).
D ’autant que les interventions de l’histoire peuvent fournir un
élément quelquefois im portant d’indéterm ination et en quelque sorte
fausser le jeu. Cela s’est produit au moins une fois pour la société
kabyle à époque récente.
En effet, tant q u ’il s’agit des siècles m oyens, c’est-à-dire de cette
période d’au moins quatre siècles qui a précédé la conquête fran­
çaise, l’explication de la poésie kabyle en termes de fonction, pour
boiteuse et insuffisante qu’elle soit, offre au moins les apparences
d’une certaine cohérence. L a société kabyle a dans l’ensemble atteint
une sorte de profil d’équilibre, qui y rend les changem ents suffisam­
ment lents pour donner à l’ensemble la fam euse im pression d ’im m o­
bilité des sociétés dites froides. L’ignorance des événements histo­
riques aidant, on se trouve presque en face du sujet idéal pour
explication fonctionnaliste. Il est même probable q u ’une connais­
sance plus étendue et plus précise de l’histoire de la Kabylie pen­
dant cette période eût peu modifié les conclusions, dans la mesure
où ce qui aurait changé au cours du temps, c’étaient les figures du
jeu, la règle dem eurant identique. L’ordre n’était certainem ent pas
serein, m ais il était régulier, donc à la rigueur décodable.
Sur ces architectures, quelquefois très délicates, l’agression
coloniale du milieu du X IX e siècle va opérer non seulement avec une
brutalité inusitée, m ais surtout com m e un élém ent violemment
allogène, perturbateur et à la limite délétère, justem ent parce que
hors de la règle du jeu.
J’ai essayé de m ontrer ailleurs35 com m ent la conquête coloniale,
en brisant les rigides cadres tribaux d ’antan, a certes atom isé un
corps social jadis sécurisant, m ais aussi a libéré l’individu des
contraintes anciennes, souvent astreignantes jusq u ’à l’ankylose.
H asard ou expression d ’un déterm inism e plus profond, cette libé­
ration a pu se m anifester de façon éclatante en deux dom aines, en
partie grâce à la valeur des deux hom m es de génie qui lui ont donné
forme : le lyrism e personnel (avec Si M ohand-ou-M hand) et le
lyrisme prophétique (avec Cheikh M ohand-ou-Elhocine). Il est pro­

35. M. M a m m e r i , L es Isefra, p o è m e s de S i M o h a n d -o u -M h a n d , M a sp ero , P aris,


1969, in tro d u ctio n .

42
bable que la notoriété et l’action de l’un com me de l’autre n’auraient
été ni aussi étendues ni aussi profondes si la brutale conquête
coloniale n’avait créé les conditions m atérielles et psychologiques de
leur succès.
C ar le lyrism e m ohandien est détaché de toute attache avec un
groupe précis. Icheraïwen, dont il est, n ’intervient q u ’à titre épiso-
dique dans ses vers. Le dram e très éprouvant dont il sort (son père,
un des chefs de la révolte de 1871, a été fusillé) est à l’échelle de
l’Algérie tout entière, voire de l’islam. Son inspiration est à la
mesure de cet élargissem ent : il s’adresse à tous les Algériens, voire à
tous les homm es, dialogue avec le destin et avec Dieu. Il est déjà à
l’échelle du monde.
Je com pte m ontrer dans une prochaine étude com m ent la voca­
tion de Cheikh M ohand, d ’abord née et grandie au sein des
structures anciennes, soudain s’en détache (très précisément pendant
et au lendem ain de la révolte de 1871, qui constitue la charnière
décisive) et, rom pant avec le form alism e étroit des vieilles
disciplines, se libère et rejoint la source d’un prophétism e vivant, qui
tente de résoudre les problèm es les plus essentiels en les transcen­
dant par le verbe et les valeurs d’un ordre supérieur, intemporel,
hum ain, du tout indépendant des classifications segm entaires, de
partout dépassant la chétive portée des petits m arabouts locaux.
On ne saurait assez insister sur le caractère rem arquable de ce
m ouvem ent de la seconde m oitié du x ix ' siècle. Au m om ent où la
défaite entraîne aussi la disparition des autorités anciennes (ou leur
dém ission), où un vide dangereux se crée dans l’ordre des valeurs et
du sens à donner à un m onde qui sem blait trah ir de partout, la
société kabyle a trouvé en son sein deux individus dont le talent
supérieur a su créer les instrum ents sym boliques de restructuration
d ’un m onde éclaté.
J’ai ailleurs brièvem ent rapporté com m ent les deux hommes, aussi
contrastés p ar la nature qu’égaux p ar le génie, se sont un jo u r (le
seul) rencontrés, reconnus et mutuellem ent adm irés. On peut
regretter que leur entreprise soit restée sans lendemain : de toute
façon, les données objectives de l’ordre colonial les avaient en partie
créés, m ais la politique consciente de l’ordre colonial ne pouvait que
leur interdire toute postérité. Ils n’en ont point eu, et c’est d’un autre
événement capital, l’indépendance algérienne, que viendront les
conditions d ’un nouvel essor. On ne saurait néanm oins m énager son
adm iration aux deux esprits qui, dans des conditions particulière­
m ent dram atiques, ont imprimé aux valeurs et au verbe de la société
où ils étaient nés la m utation décisive qui lui a perm is de survivre.

43
Au terme de cette partie de l’analyse, il apparaît donc que la litté­
rature kabyle n’est, pas plus qu’une littérature plus élaborée, tribu­
taire d’une explication fonctionnaliste qui en épuiserait toutes les
résonances. Ce qui ressort au contraire, ce sont les homologies
fondamentales. Si l’on met de côté la fonction très générale de toute
littérature dans n’im porte quel groupe social (une fonction justem ent
trop générale pour q u ’on pût la traiter avec un minim um de rigueur
et de précision), force est de revenir à la société berbère elle-même et
de tenter d ’expliquer sa littérature de l’intérieur, tel que le groupe
l’appréhende et la vit. Peut-être le point de vue des K abyles sur leur
propre littérature est-il au moins aussi valable et éclairant que le
regard extérieur qui, en tentant de la saisir, la désagrège. Peut-être,
en prenant au m ot les utilisateurs (et créateurs) de ces productions, y
réintroduira-t-on un sens qui, sans cela, s’envole en fumée ou se
rapetisse à un point tel que l’attachem ent quelquefois passionné qui
leur a été porté pendant des siècles devient une aberration. Au vrai,
c ’est de langage qu’il faut changer.
Si l’on adopte cette perspective nouvelle, la prem ière donnée qui
d’abord s’impose est que la civilisation kabyle traditionnelle (et, à
vrai dire, la civilisation berbère tout entière) était une civilisation du
verbe. N on pas seulement parce que l’inexistence pratique de l’écrit
hypertrophiait du même coup la valeur de la parole, mais par choix
ou par vocation. D ’autres peuples se sont exprim és dans la pierre, la
musique, le com m erce ou les mythes. Ici, la parole a valeur
éminente, voire despotique.
On cite des m ots, une grande partie de la culture courante est faite
de cela. Une seule phrase suffît parfois à résoudre une situation
difficile. On se bat pour des mots. D ans les assem blées, la parole est
maîtresse. Le proverbe dit : « Qui a l’éloquence a tout le m onde à
lui36. » Le m aître du dire (bab n wawal) est souvent aussi le m aître
du pouvoir et de la décision (bab n rray). On peut payer d’un poème
une dette. On aime donner à un beau geste la consécration d ’un beau
dit, et à vrai dire c’est usage courant et presque obligé.
Dans cette optique, la poésie apparaît com m e le degré le plus
éminent, le plus exalté (exaltant) d ’une pratique par ailleurs

36. B u y ile s m ed d en a k w ines.

44
com m une. L’analyse du système ancien des valeurs que l’on va
tenter d’établir m aintenant va le m ontrer de façon concrète.
En effet, l’échelle des codes de la société traditionnelle com portait
pour ainsi dire trois paliers non seulement inégalement accessibles,
mais aussi inégalement répartis. Au plus bas, lew qam , la voie droite,
est en principe à la portée de tous et donc exigible de chacun. A
l’étape interm édiaire, taqbaylit est le code kabyle de déontologie.
Tout en haut enfin tam usni, que l’on peut rendre très approxim ative­
m ent par la sagesse, une sagesse à base de science. De celui qui agit
selon lew qam , on dit d argaz I-laali (c’est un honnête hom m e) ; de
celui qui se conform e à taqbaylit, d argaz tout court (c’est un
homme) ; et l’adepte de la tam ousni est un am usnaw (un sage).
Le rapport qui lie à la poésie chacune de ces trois conditions est
différent : un argaz l-laali peut ne pas connaître un seul vers (encore
que la chose soit rare), un argaz en connaît norm alem ent quelques-
uns, un am ousnaw non seulement est tenu d’en savoir le plus grand
nom bre m ais à l’occasion en compose.
L ew qam , en effet, s’applique à la vie quotidienne. 11 est la somme
d’un certain nom bre de vertus m oyennes, de règles et conventions
qui perm ettent le fonctionnem ent optim um ou désirable de la vie du
groupe. C ’est un idéal plus social q u ’individuel.
Taqbaylit est d ’une nature toute différente. La différence n ’est pas
seulement de degré, elle est d ’essence. Elle suppose une participation
active de l’individu, un effort de dépassem ent quelquefois exacerbé
et que n’im pliquent pas nécessairem ent les vertus plus prosaïques de
lewqam.
Le term e réfère surtout à la vertu considérée ici comme prim or­
diale : le nif, l’honneur. Le n if c’est le sentim ent de ce que vous vous
devez, et par voie de conséquence de ce que l’on vous doit. Exigeant
ju sq u ’à la cruauté, om brageux, pointilleux quelquefois ju sq u ’au
byzantinism e dans l’interprétation des « cas », le nif, s’il est exigé de
tous, s’exerce surtout dans les circonstances extrêmes. Alors il
pousse aux sacrifices les plus décisifs, quelquefois les plus cruels,
souvent dans une aura d’exaltation barbare, que la rigueur des
conditions et la nature de l’enjeu (il y va souvent de la vie)
em pêchent d ’être purem ent ostentatoire. Il y a tout un code du nif,
souvent subtil, qui, sauf quelques cas classiques, dem ande à être
chaque fois interprété.
M ais taqbaylit consiste tout autant à rendre à l’autre tout ce qui
lui est dû. De là des règles im pératives d ’hospitalité, fût-on person­
nellement dém uni, de solidarité, fût-on personnellem ent étranger à
l’objet du litige.

45
Dans ce sens, taqbaylit c ’est le respect des règles souvent strictes
qui régissent les rapports de la vie sociale, non pas tant dans sa
pratique journalière que dans les circonstances solennelles. Il y a des
règles de l’amitié (au sens kabyle du term e, plus institutionnel que
sentim ental, plus social qu’individuel), de l’hospitalité.
L’argaz fait face aux amis et aux ennem is : le même verbe
s’applique aux deux (i\qabal ihbiben, i[qabal iâdaweri), il est
courageux (d bab ggiyil, ikkat uzzal), il tient table ouverte
(iccecéay). Il n’a pas seulement les qualités de Yargaz l-laali, par
prétérition des travers, mais aussi les qualités positives, actives de
quelqu’un qui contribue par son action personnelle à la concrétisa­
tion d’un idéal. A la limite, il tend davantage à être un héros qu’un
simple homme de bien. D ans la mesure où sa conduite est dictée par
le respect de valeurs apparem m ent gratuites et souvent aux dépens
de ses intérêts m atériels, il contribue à donner un sens à l’existence
de tous, y com pris de ceux qui personnellem ent ne peuvent pas (ou
ne veulent) suivre comme lui la voie ardue.
Au degré le plus haut de la hiérarchie se trouve am ousnaw 37.
Com m e pour taqbaylit, la notion n’est pas seulement hiérarchi­
quement supérieure, elle est aussi qualitativem ent différente.
D ’abord en extension : appeler taqbaylit un idéal38, c’est en
reconnaître explicitement les limites, comme si les valeurs cessaient
d ’avoir cours en dehors du groupe. A l’intérieur mêm e de la société
kabyle, la caste des m arabouts ne s’y sent pas astreinte.
La tam ousni, au contraire, s’adresse à tous les hom mes. Bien sûr,
elle s’exprime en langue berbère, elle puise ses exemples, ses
procédés et peut-être plus subtilem ent certaines de ses valeurs dans
le contexte de la culture qui l’a sécrétée. Il n ’en reste pas moins
qu’elle a vocation universaliste. L’am ousnaw c’est l’hom m e qui tente
d’accéder à la vérité la plus générale, en quoi to u t se fonde et qui
peut se proposer à tous.
On ne naît pas am ousnaw , on le devient, car tam ousni suppose
une longue pratique doublant un long apprentissage. Ici, la
différence entre l’argaz et l’am ousnaw est évidente : taqbaylit est de
l’ordre de l’action, elle consiste surtout en la pratique d ’un code ; la
mise en œuvre exige évidemment un m inim um de réflexion, ne

37. D ’une racin e qui signifie « sa v o ir » ; la confusion de la sagesse avec la


science se retro u v e d an s d ’au tres langues et d ’au tres civilisations.

38. T a q b a ylit est le fém inin de l’ad je c tif qui signifie « kabyle » et veut d o n c dire
littéralem en t « la voie k ab y le ».

46
serait-ce que dans l’effort d ’application du code à chaque cas parti­
culier, m ais pour l’essentiel l’argaz connaît chaque fois la règle du
jeu, il n’a charge que de l’appliquer.
En regard, tam ousni est autant de l’ordre de la science que de
l’ordre de l’action. Les am ousnaw anciens ont fait l’effort d’analyser
les situations. Le prem ier soin du néophyte sera donc d ’« apprendre
les exemples », c’est-à-dire les vérités déjà dégagées p ar ses devan­
ciers.
Voilà pourquoi la possession du verbe (particulièrem ent de cette
forme élaborée du verbe qu’est le vers), éventuellem ent nulle chez
argaz l-laali, circonstancielle et sélective chez argaz, est indispen­
sable à l’am ousnaw , car le vers, nous l’avons vu, constitue l’écriture
d’une société pratiquem ent illettrée ; il sédimente et fixe les expé­
riences anciennes.
Voilà pourquoi aussi, d’une génération à l’autre, les am ousnaw
form ent (et ils en ont conscience) une chaîne qu’il est vital de
continuer. La briser quelque part revient à annihiler d ’un coup
toutes les créations des générations antérieures. De là le soin inquiet
que, sur la fin de leur âge, les am ousnaw m ettent à se trouver un
successeur, souvent à l’instruire.
Cette solidarité à travers le temps se retrouve aussi dans l’espace.
La tam ousni ne connaît pas de frontières. L’ensemble des am ousnaw
ont conscience de former, par-delà les limites des petites républiques
aux dim ensions étroites auxquelles ils appartiennent, un groupe uni
par un projet com m un. Ils cherchent la com pagnie les uns des autres
(ggalasen), profitent de toutes les occasions pour rencontrer les
am ousnaw les plus réputés, dont la notoriété s’étend souvent bien
au-delà de leur groupe d’origine. Ils vont de tribu en tribu, de m arché
en m arché, quêtant la tam ousni et, ainsi qu’ils disent eux-mêmes,
« apprenant » les uns des autres. Il n’y a pas de limite à un savoir que
ses conditions matérielles de réalisation condam nent au disparate et
à l’occasionnel. Le proverbe dit : « O n apprend ju sq u ’à l’âge mûr, dit
l’un, ju sq u ’à la m ort, dit l’autre39. » Ainsi finit-il par se constituer une
espèce de « som m e » de la tam ousni, dont on retrouve d’une région à
l’autre non seulem ent les éléments souvent sem blables, m ais surtout
une espèce de clim at dans la m ouvance duquel un am ousnaw évolue
et à l’occasion crée.
Au vrai, c’est cette « somme » que ce livre eût dû être, mêlant

39. Irm a y as y iw e n : ih effed a rd y i m y u r ; irma y a s w a y cd : ih ejfed a rd im m et.

47
« T A M U S N I » ET SON ENVIRONNEMENT

L ’e n v i r o n n e m e n t h i s t o r i q u e L ’e n v i r o n n e m e n t c u l t u r e l

1. L e tem ps des États

x v ie siècle : ro y au m es de
- K oukou
— B eni-A bbés

2. L ’â g e d e s t r i b u s

x v i ' - x i x ' siècle : p ério d e turque xvit' - x v ii i' siècle : Y ousef-ou-K aci

x v i' siècle : arrivée m assivf des m arab o u ts de K abylie


1748 : ex h éréd atio n des fem m es
3. L ’é p r e u v e c o l o n i a i . e

1830 : ch u te d ’A lger
1857 : prem ière co n q u ête de la K ab y lie

1871 : soulèvem ent natio n al C h eik h M o h an d -o u E lhocine


(vers 1 8 4 3 1 9 0 1 )
Si M o h a n d -o u -M h an d
(vers 1845-1906)
1883 : p rem ières écoles laïques
en K ab y lie

4. L e tem ps présent

1962 : in d ép en d an ce d e l’A lgérie


T amousni : c h a în e locale T amousni : r é po n d a n ts ex t ér ie u r s

Sidi Q a la (P e tite K abylie)*


M ouh A it M e ssao u d ( x v m ' - x i x ' siècle) L arbi A it B ejaoud (A it M anguellet)
XVIIIe siècle

M o h a m ed A ra b A it C h alal M oham ed O uali C h e rif


(P etite K abylie)
M o h a n d -o u -R a m d a n A it N abet H ad j M o k h ta r A it S aïd
(A it Bou A kkach)
A rezk i A it M a am m er (1 8 3 0 -1889) H ocine A ït H adj A rab
1 (A it O uasiO
S alem A it M a am m er (1 8 7 1 -1 9 7 2 ) M ohand S aïd A it E lhadj
\ (A ït B o u d rar)
S aïd O u zen n o u ch
Sidi L o u n a s (1 8 8 5 -1 9 7 0 )
(A kbil)
H ocine A ït B achir
(A it M anguellet. Vers 1850-1940)

* E n tre paren th èses, le nom


du groupe d ’origine.
selon les cas le récit d ’événements exem plaires, les vers, les p ara­
boles, les souvenirs personnels40. J ’ai différé une réalisation qui eût
paru tro p insolite. M ais, même ainsi gauchie, celle-ci reste dans le fil
de la tam ousni.
Je dois dire qu’un hasard heureux faisait de moi en ce dom aine un
témoin privilégié. Mon père, Salem A it M aam m er, de la bouche de
qui je tiens beaucoup de ces poèmes, était lui-même un des derniers
tenants de la tam ousni. Il est m ort centenaire en 1972. Son unique et
prestigieux disciple, Sidi Lounas A it Sidi A li-ou-Y ahia est m ort en
1970, m ais il était depuis longtemps seul et plus adm iré que com pris
ou suivi. Je l’ai sur la fin entendu prononcer une de ses dernières
harangues, encore toute constellée des tropes anciens, devant un
auditoire jeune qui l’entourait d ’un respect plus affectueux que
réellement concerné. M on père lui-même avait été à l’école du sien,
Arezki (1830-1889), et aussi de quelques am ousnaw , alors plus
nom breux, de la génération qui avait vécu les deux guerres contre
l’occupation française (1857 et 1871). Arezki avait une quarantaine
d’années quand le prince incontesté des am ousnaw d ’alors,
M ohand-ou-R am dane Ait N abet41, lui transm it en ces term es
l’héritage de la tam ousni : « Jusqu’ici, je répugnais à sortir de la
tribu, de crainte qu’un sage étranger y venant n’y tro u vât personne
qui pût lui donner la réplique : aujo u rd ’hui, tu es là, je peux m ourir
en paix. » M ohand-ou-Ram dane avait été un des chefs de la guerre
de 1871. Bien avant cette date, alors q u ’il était jeune encore,
M ohand A rab Ait C haalal, déjà âgé, lui avait passé le flam beau à
peu près dans les mêmes m ots : « M aintenant que tu es là, je peux
disparaître. » Plus loin, la tradition a gardé le souvenir d ’autres
am ousnaw dont l’enseignement ou l’exemple est encore vivant :
M ouh Ait M essaoud42, qui a sans doute vécu au x v m e siècle, est un
de ceux-là.
Cette chaîne, bien sûr, n ’est pas unique. D ’autres am ousnaw de
nature ou de valeur diverses contribuaient avec ceux-là non seule­
ment à perpétuer l’héritage, mais aussi à l’agrandir.
Cela pour la seule tribu des A it Yenni. M ais, naturellem ent,
chacune des tribus environnantes pouvait offrir « sa chaîne »

4 0. T ao s A m ro u ch e d an s L e grain m a g iq u e (M asp ero , P a ris, 1966) a, p o u r ainsi


d ire d ’in stinct et co m m e m ue p a r le sentim ent qu’elle av ait du sujet, p résen té une
com p o sitio n en p artie co n fo rm e à la m éthode trad itio n n elle.

4 1 . V oir n ° 5 6 .

42. Voir n° 4 0 et s.

50
d ’am ousnaw , dont la notoriété s’étendait plus ou m oins loin. Si bien
que dans le tem ps et dans l’espace était réalisée comme une constel­
lation de la tam ousni, encore étayée sur ses limites par des activités
de nature différente, m ais qui entraient dans un systèm e d’enrichisse­
ments réciproques avec elle, comme la poésie, les prophéties, la
prédication des clercs, l’enseignement des confréries.
Ce retournem ent de la perspective est naturellem ent un péché
d’hérésie ethnologique. Il fallait de toute façon être l’hérésiarque de
quelqu’un, ou, de façon plus positive, choisir ses fidélités. J ’ai de
propos délibéré élu le côté de ceux qui ju sq u ’ici étaient sans voix.
Justem ent pour leur en donner une si faible, si contrainte fût-elle.
C ’est pour cela que, contrevenant à toute m éthode classique, au lieu
de déduire la tam ousni au terme d ’une longue, prudente et, si
possible, rigoureuse analyse, je pars d’elle délibérément.
Je ne me dissim ule pas toute l’am biguïté et en quelque sorte le
caractère im pur de l’entreprise. Une m aintenant longue pratique de
la culture des autres (qui tend de plus en plus à être la culture univer­
selle) fait de moi un porteur peut-être plus perverti qu’averti.
M ais même ce risque d’hérésie est prévu dans le code de ceux dont
je tâche ici de faire souffler l’esprit.
C ar tam ousni n’est pas un cadre clos. O uverture sur la vie, elle
l’hum anise et en intègre à mesure les cas inusités. L a presque totalité
des am ousnaw ont été les partisans résolus de la liberté kabyle
contre l’entreprise coloniale43. Tous ont usé de leur verbe, de leurs
conseils, souvent de leurs arm es pour com battre l’agression. Mais,
après la défaite, ils ont tenté avec des fortunes et sous des formes
diverses de faire entrer les données nouvelles dans le cadre des
valeurs et des concepts anciens. L ’un d ’eux, chargé d ’une m agistra­
ture occulte tolérée mais non reconnue par les autorités coloniales,
décréta que les émigrés qui revenaient dans la tribu seraient
exemptés d ’am ende pendant quarante jours parce que, durant leur
absence, ils avaient été soumis à un genre de vie différent de celui de
la taqbaylit.
C ar l’ouverture est un des caractères essentiels de la tam ousni.
L’am ousnaw considère qu’une sagesse étrangère ne peut pas contre­

43. Q u a n d , en 1830, les K abyles envoyèrent des co n tin g en ts défendre A lger


co n tre les tro u p es fran çaises, ceux des trib u s ci-co n tre étaient co n d u its p a r H adj
M o k h ta r A it S aïd (A it B o u ak k ach), H ocine O u zen n o u ch (A kbil), H adj A m ar Ait
K aci (A it A ttaf), A li Ait Y ousef-ou-A li (A it B oudrar), Ali A it M o h am m ed O ukaci
(A it O uasif), Ib rah im -o u -A h m ed A it Ibrahim (A it Yenni). V oir no tice sur H adj
M okhtar.

51
dire la tam ousni, au m oins quant au fond. Elle peut en offrir des
variantes exotiques, m ais implicitement il est adm is qu’à ce niveau
l’étranger ne peut pas être étrange. Voilà pourquoi les am ousnaw
recherchaient entre autres la com pagnie des lettrés, pour des
desseins d’édification religieuse certes, m ais aussi par désir d ’enri­
chir la tam ousni de toute la sagesse incluse dans les livres. Les plus
récents opéraient de même avec les livres fran çais44.
Aussi les am ousnaw les plus grands ne se contentent-ils pas
d’acquérir un savoir et de le transm ettre. Souvent ils tirent de
l’expérience, la leur et celle des autres, des élém ents d ’extension,
d ’approfondissem ent. Alors ils coulent à leur tour en vers frappés
comme des m axim es le fruit de leurs réflexions personnelles, car
tam ousni est par définition prégnante. Q uand le cours des événe­
ments lance au groupe un défi insolite, c’est à l’am ousnaw que
revient la tâche de l’intégrer à un ordre familier ou logique. Le
dram e certainem ent le plus décisif que la société kabyle eût vécu
depuis des siècles a été la conquête coloniale du milieu du
x ix e siècle. Une partie de l’énorm e popularité des poèmes de Si
M ohand, qui avaient évidemment d ’autres titres à la célébrité, vient
de ce qu’ils opéraient cette réintégration de l’inédit dans un code
accessible, rétablissant p ar le verbe et dans le dom aine des signes un
ordre que la réalité violait.

On peut s’interroger sur les chances de succès de l’entreprise en


un siècle où les mass m edia, une prodigieuse accélération du rythm e
du progrès scientifique en même tem ps qu’une concentration de plus
en plus rigoureuse des instrum ents du savoir condam nent l’expres­
sion à l’usage de deux ou trois (et bientôt d’une seule) langues
planétaires.
D ’autant que, pour le berbère, cette condition de culture seconde
n ’est pas neuve ; elle lui a, au contraire, été imposée com m e un
péché originel presque depuis les débuts de l’histoire45. Avec les

44. C f. n° 10.

45. A la co u r de M a ssin issa, la langue des relations in tern atio n a les sem ble avoir
été le punique. C ’est en latin q u ’o nt écrit sa in t A u g u stin , T ertu llien , A pulée, saint
C y p rien , F ro n to n . P o u r l’ép oque islam ique, nous av o n s le tém o ig n ag e averti d ’Ibn
K h ald o u n : « On ne peu t signaler avec précision [les g uerres et les victoires des
Z e n a ta ], vu le p eu de so in q u’ils ont m is à en con serv er les d étails. L a cau se de cette
négligence fut le g ran d p ro g rès que fit l’em ploi de la langue et de l’éc ritu re ara b e s à
la suite d u trio m p h e d e l’islam ism e : elles finirent par p rév alo ir à la c o u r des princes

52
conséquences que cela implique et en particulier celle-ci en quoi se
fondent toutes les autres : l’existence durant plus de deux mille ans
d ’une culture d ’abord étrangère, puis légitimée, parce que c’était
celle des tenants du pouvoir, interdisait à l’expression berbère des
dom aines entiers qui, même s’ils n’étaient pas les plus authentiques,
étaient toujours les plus prestigieux — la politique, les sciences,
l’histoire, l’idéologie et d’une façon générale toutes les disciplines
nobles. Ainsi s’opérait dans les faits et pendant des siècles une sorte
de division des dom aines, réservant à la culture allogène le soin de
rendre les plus éminents et confinant la culture berbère dans
l’expression des activités idiotiques (et donc condam nées) ou
secondaires (et donc sans effet), une culture des m arges ; et si des
personnalités hors pair ont réussi, en général épisodiquem ent, à lui
donner les caractères d ’une grande culture, c’est effet du hasard. De
toute façon, cela ne peut déboucher sur rien parce que, au moment
où les conditions objectives ou fortuites am ènent la culture du
peuple berbère au seuil de cette m utation décisive, elle rencontre
l’arsenal tout prêt d ’une culture officielle, doublem ent arm ée des
instrum ents m atériels que le pouvoir politique met à sa disposition et
du poids sym bolique que lui confère une légitimité qu’elle défend
avec d’autant plus d’acharnem ent q u ’elle la sait contestée.
Il convient cependant d ’apporter ici une addition essentielle, qui
introduit dans cette perspective historique un changem ent im por­
tant. Un élém ent crucial de différenciation, dû à la dernière agres­
sion coloniale, est intervenu qui a de façon décisive changé la règle
du jeu et fait que la situation actuelle de la culture berbère n’est pas
la simple reconduction d ’un état m illénaire sous des formes renou­
velées.
On connaît assez la thèse qui fait de l’antagonism e m akhzen-siba
un des m oteurs de l’histoire du M aghreb, quels que soient par

indigènes et, p o u r cette raiso n , la langue b erbère ne so rtit point de sa rudesse


prim itive.
A ussi, d an s les tem p s an ciens, la ra c e zen atien n e n’eu t ja m a is un roi qui
ait en co u rag é les écriv ain s à recueillir avec soin et à enregistrer l’h isto ire de sa
natio n ; elle ne co n n u t point les beaux m o n u m en ts que p o sséd aien t les h a b ita n ts des
villes et d u litto ra l, p arce q u ’elle n ’eut p as de liaiso n avec eux. V ivant au fond des
d é s e rts |...], elle négligea le soin de sa p ro p re h isto ire au p o in t d ’en laisser to m b er
une g ran d e p a rtie d an s l’o ubli. M êm e q u a n d elle eut fondé des ro y a u m e s, elle ne
nous en c o n se rv a que de vagues renseignem ents ; in d icatio n s q u e l’h istorien
intelligent rech erch e p a rto u t, bien heureux encore q u an d il peut en suivre les traces,
afin de les tirer de l’a b a n d o n où on les avait laissées » ( I b n K h a l d o u n , H isto ire
des B erbères, III, trad . S lane, p. 305 et 306).

53
ailleurs les prolongem ents idéologiques ou l’interprétation, souvent
antithétique, qu’on lui donne. Ce qui était chez Ibn K haldoun
évolution cyclique d ’un rythm e ternaire, fatalem ent déterm iné, va
devenir chez les historiens coloniaux une sorte de confrontation
irréductible de deux mondes opposés dans l’essence46. A quoi
s’opposent les interprétations anticolonialistes plus ou m oins marxi-
santes ou m arxiennes : ainsi la thèse de la com plém entarité des
économies sédentaire et pastorale, dont justem ent l’agression
coloniale est venue briser l’équilibre47 ; ou, plus récem m ent, les
théories des historiens nationalistes qui, dans leur désir de com battre
l’idéologie colonialiste, apostasient une forme d’organisation poli­
tique et sociale qui n ’a probablem ent jam ais existé telle qu’ils la
reconstruisent.
Sans doute convient-il de s’attarder davantage sur cette dernière
forme.
La thèse est connue. L’État m aghrébin, du m oins pendant la
période islamique, était fondé sur le consentem ent de la com m u­
nauté, qui pouvait l’accorder rituellem ent (cérém onie de la beïa) ou
le refuser et entrer ainsi en état de siba. L ’existence, patente ou
latente, de ce choix définissait la règle du jeu de l’histoire
maghrébine. Il était toujours proposé aux individus et plus encore
aux groupes. L a distribution des deux m odes dans l’espace et la
chronologie était affaire de conjoncture.
Une accom m odation supplém entaire de cette thèse fait de la
forme étatique et centralisée du M oyen Âge islam ique non seule­
ment un état supérieur d ’évolution, m ais surtout un état dernier. Le
pendant, déjà stigm atisé sous la dénom ination en réalité norm ative
de tribalism e, est défini en termes d ’hérésie et de régression. Il est le
lieu de toutes les négations, de toutes les puissances destructrices de
l’histoire m aghrébine48, la tentation toujours proposée et la régres­
sion toujours néfaste au m onde enchanté de l’enfance, au passé
anté-historique, anhistorique. Une histoire adulte commence par sa
réduction.
Telle est la thèse qui sous-tend, plus ou m oins explicitem ent, la
pratique politique des gouvernem ents m aghrébins actuels, si bien

4 6. L ’asp ect p resq u e p rim a irem en t idéologique de la thèse, en ta n t q u ’elle justifie


l’im position d e l’o rd re co lo n ial, est tro p évident p o u r q u ’on le souligne.

4 7 . C f. Y. L a c o s t e , Ib n K h a ld o u n , naissance de l'histoire, p a s s é du tiers m o n d e,


M asp ero , P aris, 1966.

48. C o n trairem en t à la thèse d ’Ib n K h ald o u n p o u r q ui la trib u , d estru c tric e des


civilisatio n s, est au c o n tra ire m o teu r et rég én érateu r d ’histoire.

54
que la poésie berbère — et, par-delà elle, la culture berbère tout
entière — récupère le statut secondaire qui a été le sien depuis les
débuts de l’histoire.
Je pense cependant qu’il est erroné de dire que ce statut de culture
tolérée en face d’une autre, savante et seule légitime, soit la simple
reconduction d ’une condition m illénaire sous des formes modernes.
Et d ’abord (et ceci n’est pas le m oindre argum ent), après l’ordre
colonial, il n ’y a plus de zones refuges possibles : l’avion, les routes,
le transistor ont pratiquem ent supprim é les m ontagnes, les déserts,
tous les lieux ingrats m ais préservés où une culture pouvait survivre,
voire se développer. Ensuite parce que les instrum ents d’analyse
élaborés par les sciences de l’hom m e ont m aintenant acquis une
sûreté telle qu’ils ont au moins l’avantage d’avoir mis en évidence le
caractère fortuit, relatif, toujours historiquem ent déterm iné et de
toute façon scientifiquem ent indéfendable de toute dom ination
culturelle.
Si bien que, dans le même temps que les progrès m atériels et
techniques les exposaient de façon cette fois critique aux agressions
extérieures, les cultures m arginales ou dominées disposaient aussi
des instrum ents décisifs de leur libération.
Le tem ps n’est plus où une culture pouvait se tuer dans l’om bre,
par la violence ouverte, et quelquefois avec l’acquiescem ent aliéné
des victimes. En ce siècle de m onde rapetissé, où les contraintes
d’une civilisation technicienne tendent à niveler la vie des hommes,
désorm ais la som m e des variantes civilisationnelles fait peau de
chagrin (peut-être l’ère n’est-elle pas loin où nous pourrons les
com pter sur les doigts de la m ain) ; il n ’est pas vain d ’en pouvoir
sauvegarder le plus grand nom bre. D ’autant que, parm i celles qui
restent, les plus répandues tendent de plus en plus chaque jo u r à se
rapprocher d ’un patron unique. Il n ’y aura bientôt plus d’échappa­
toire au m onde rond, huilé, astiqué, m onochrom e et désespéré que
nous nous forgeons.
Ce n ’était pas là la m otivation prim itive de ce recueil. M ais de la
rencontrer a renforcé le sentim ent que j ’avais déjà de l’urgente néces­
sité de l’entreprise. Il convenait de recueillir ces poèmes non seule­
ment parce qu’ils sont tissés à notre vie indissociablem ent, mais
aussi parce qu’ils véhiculent les canons et les idéaux d’une manière
d’être particulière et q u ’à ce titre on doit préserver en ce tem ps d’uni
form isation planétaire.
M ais, naturellem ent, le projet n ’est pas d’hypostasier ce qui a un
jour et de façon contingente été. A ucune vision passéiste n ’a présidé

55
à l’élaboration de ce recueil. Il se veut, au contraire, tourné vers
l’avenir et com m e un palier d’élan.
Tant les valeurs que les formes ici contenues ne sont des absolus :
elles com portent toute une part d’éléments contingents, imposés à
elles par une histoire souvent contrainte. M ais, p ar beaucoup de
côtés, elles dépassent ces limites étroites. Il ne s’agit point de propo­
ser Yousef-ou-Kaci ou Cheikh M ohand com me des m aîtres, mais
comme de prestigieux exemples. Les trahir quelquefois, c’est souvent
leur être le plus fidèle, dans la mesure où ce qui im porte c’est plus
l’esprit que la lettre de ce qu’ils ont créé. L’essentiel est bien de tenter
pour ce siècle (m ais avec des instrum ents infiniment plus perfec­
tionnés) ce qu’ils ont réalisé pour le leur. Ils en ont sur le plan des
valeurs et de l’expression (fût-il superstructurel) prolongé et amplifié
l’existence ; quelquefois même, ils ont aidé à sa survie dans les con­
ditions d’une histoire bloquée, comme firent Si M ohand ou Cheikh
M ohand. Etre fidèles à eux, c’est être m odernes résolum ent, enter la
création sur les problèmes ou les visées de la réalité de ce temps,
dût-on dans le détail abandonner (ou dépasser) quelques-unes des
valeurs anachroniques qu’une histoire aliénée leur avait trans­
mises.
C ar là est l’essentielle interrogation. Q u’est-ce qu’une culture
vraie sinon un instrum ent de libération ? Pour que la culture berbère
de ce tem ps soit un instrum ent d’ém ancipation et de réelle désaliéna­
tion, il est nécessaire de lui donner tous les m oyens d’un plein déve­
loppement. Elle ne peut pas être une culture de réserve indienne ou
une activité m arginale, plus tolérée qu’adm ise. A ucun dom aine ne
doit être en dehors de sa prise ou de sa visée. Rien de ce qui est
humain ne doit lui être étranger, c’est un M aghrébin de l’antiquité
qui l’a écrit, en latin il est vrai.
De toute façon, il me plaît de croire que si les am ousnaw dont j ’ai
en faible partie recueilli la tradition revivaient, ils reconnaîtraient
cette œuvre com m e leur. J’ai vu m ourir le dernier d ’entre eux. A la
ferveur que je m ettais à « apprendre de lui », je suis sûr qu’il eût
approuvé cette entreprise. Q uoiqu’il l’eût probablem ent jugée en
deçà de l’inaccessible akm é et surtout très im pure. Im pure parce
qu’insuffisamment tissée aux fibres mêmes de m a pensée et de mes
actes, parce que j ’ai traité com m e lettre m orte la m ouvante pensée
qui eût dû informer la vie, la mienne et celle des hom m es et des
femmes qui, vivant dans le même tem ps et les mêmes lieux que moi,
n ’avaient pas eu loisir d’apprendre comme moi.
Cette intime fusion avec les hom m es et les jours, c’est, de tous les
caractères de la tam ousni, le plus dram atique. Tiraillé entre les exi­

56
gences idéales de la tam ousni et les servitudes et les manques de la
pratique du m onde, l’am ousnaw n ’arrive à rétablir un équilibre sans
cesse menacé qu’au prix de Pécartélem ent de son existence ou d ’une
héroïque tension.
Cette double fidélité fait son dram e et sa grandeur ; un distique
célèbre dit :

A quoi bon cette tam ousni ?


E lle augm ente m es tourm ents49.
Ce qui fait le tourm ent des am ousnaw , c’est le sentim ent qu’ils ont
d’être investis sans possibilité (ni désir) de fuite. Un des plus presti­
gieux d’entre eux dit :

Peut-être est-ce malédiction paternelle


Q ue m on lot soit les discours nocturnes
Vienne la nuit tous
D orm ent en paix
Bien ou m al couverts
F ors m oi à qui les pensées pèsent
A n ’en p ouvoir mais !50

Ce recueil avait pour dessein de prolonger l’écho des


longues nuits où Hadj M okhtar et ses pairs ont senti peser sur leur
esprit et sur leur cœur le poids des pensées essentielles.

A lger, m ai 1976

49. U m -as rty i tm u sn i y a ?


I-yid -rn a d urrifen.

50. Cf. n° 49.

57
Tazwart

Tabrat i M uhed A zw aw ff ttnusni

I kecc a M uhed Azwaw t-tezzyiwin ik adlis-a, ad ak d-yefk yiwen


wudem n tm usni, ad ak d-iqqim t-tagejdit, ad ak d - i f t a l e s ayen
gan d wayen nnan imezwura inek. M ’ara t-walin medden am m ar ad
ilin wid ara d ak yinin :
— Tigi t-tihkayin n zikenni, t-tim ucuha n Teryel iyess ssedhuyen
arrac, i w acu d ay nfaant tm ucuha n zik, i nekwni s at-tura ? Egg
tim ucuha n zik i yat zik ; nekwni d arraw bbw assa, assa deg irgazen
ulin s aggur rsen degs, assa deg isufag semliliyen tam urt y e r tm urt
illan ayda d y a t deg ya n tallit, assa deg yiwet takurt tezm er
atzebbw a tam dint tam eqqw rant deg gw esm enyer n tit.
In’asen :
— Tam usni tekka nnig teswiâin. U r ttilit a r’ay im edhac d
arrac issedhec uclaw a, ismenyafen arelluc aberreqm uc i yitij ireqqen
ney i wewrey yuli uyebbar.
In ’asen :
— Awrey yif arelluc, ulac akw n teqrint garasen : awrey kkes-as
ay ebbar ad yirriq, arelluc cwit ma icellef it d acellef ad iddegdeg
t-ticeqfatin tizraraqin.
In’asen :
— Awer tedru yidwen ay at-tura am seklu mi gezmen izuran : di
tazzw ara zegzaw yifer is, di teswiât sellaw ider. Ttejra m ebla izuran
leqrar is t-tam ettant. Awer tilim ay at-tura d isekla w ar izuran.

59
In’asen :
— T am acahut d ajlal n tmusni, kkes ajlal iwakken ad-d-dher
temsirt yellan ddaw as, acku...

Acku tam usni, y a s tettabaa lewqat, ur teqqin ara yersen s um rar


ur geffm en lemqas. Si tallit y er tayed tefbeddil tussna,
tam usni ur te.tbeddil ara. Si tallit ar tayed ay getbeddilen di
tm usni d ssifa n sufella, macci d ixf n daxel.
M aca, tay aw sa tis-snat, a Azwaw, tam usni m acci d lwert kan,
macci d agwni mi d-zzin leswar. Awan n tm usni d antag t-tikli yer
zdat. M a tgid as algam tenyid-J.
A Azwaw, ur as tegg ar’algam i-tmusni. A nida t-issawed lgehd
ufud is tawid-f, ma s-aggur egg tam usni attali s-aggur ; ma s-itran
g-as abrid s-itran, m a awan-is d asemhelleq i-ddunit d w ayen illan,
anef i tmusni atsemhilleq i ddunit.
T ayaw sa tis-krad, tam usni, a Azwaw, d asafu.
D asafu n tafat : egg asafu ad ifu izuzef tillas.
Tamusni d asafu n w uryu : egg asafu ad issery ayen irkan, d
wayen iblan, d wayen ur nesâi izuran. G -as-d asaber yef-fayen ilhan,
yef-fayen ilhan deg berdan d am sebrid m acci d am entran.
Tam usni d asafu : wa yeftak-it i-wa, iwakken a-d-yezg dayem
yaala, urgin yef}.endella ney yulwa ney iqqim am y errus di
tesga.
Hedrey yem m ut u m y ar aneggaru d-ittaw in abrid n tm usni :
Nebbwi tafekka-s y er uzekka ideg ara yentel. Mi nerr’akal felias
nuyal-ed, nefmesmuqal am -m israan la d-iffakw i. Indel usafu
garaney isseg d nettagwem tafat.
Assen, a Azwaw, i k-id m m ektiy, i s-nniy : — Ay im aazzan
ggibbwas, y u rw at attuyaiem d inehyaf n-kullas si tm usni t-tm uyli
tayezzfant, t-tulya bbul d laaqel. M m ektiy k-id, m m ektiy-d akw
tisutw in ara d-im m len. A m usnaw aneggaru nnetl it, d aa nentel
yides tam usni ? U lac tijm uyaa d igrawen ideg a ra thefdem tam usni
akken }:-hefden imezwura nnwen. T ura tam usni tu y a l s-idlisen.
Degm i y-uriy adlis-a i-kedc, a Azwaw, t-tezzyiwin ik ad ak d-iqqim
t-tagejdit i-wsenned, t-tagejdit i-lebni.
A mur amezwaru

Yusef-u-Qasi

Prem ière p a rtie

Autour de
Yousef-ou-Kaci
Yusef-u-Qasi

Seg A t-G w aret (wiyad qqaren seg-Gwbizar) n A t Jennad. Ur


nezr’ ara anw a lweqt ideg ilia, imken ger tlem m ast 1-lqern sbaatac
t-taggara 1-lqern tm entac si Sidna Aisa. Di lweqt is m acci kan d
am edyaz, d bab n rray, d am usnaw . A nda tella ddaaw a isaaben ney
meqqwren d nejta i Jqeddimen A t Jennad a-f-id ifru, am a
gar-asen d At-Qasi n Tem da 1-Leblad, am a garasen t-teqbilin
nniden, am a bbw agarasen nitni.
Q qaren asmi yem m ut yezn as azekka deg-gid, deg-giwen udernu
n tidekt, acku ugaden a-t-akwren, imi d bab 1-lbarakka, mekkul
taddart teb y a ad intel deg-gwakal is. Igwra-d kra yeqqar inger, ala
tihdayin ay d-igga, kra yeqqar isaa mmis qqaren as Aali.
Almend isefra d-igga nezm er a-d-nini Yusef d laalam a M aaqliyya
taqdim t n tm urt nney di zzm an n qbel A rum i. T am usni d Imizan
nettaf deg-gefyar is d wid ilhan di lweqt is. Ilaq bnadem ad
yaalem s-wakka iwakken ur iyelled ara deg-gwefran nnsen, ad ifru
degsen ayen illan d laaqliyya 1-lweqt seg-gwayen illan t-tam usni a
dima.
D acu 1-lmaana y e j t a f bnadem deg-gefyar G gusef-u-Qasi ?
Zzm an is d zzm an ggiyil. T am urt tebda t-tiqbilin t-tuddar, lesfuf d
iderm an ; kul am dan, kul azem m al sanda tessaw ed lezm ert is
yawed. Lehkwem n Tterkw yellan di Lezzayer ittusem m a
tam urt taqbaylit texda-t, y a s akk’akka yetfaarad a-d-yecc segs
di ledraf (ideg llan At Jennad). Tirrugza d lefham a t-tm usni i-glaq
bnadem a ten yerr s-ayen im aanen ney y er berra, Leqbayel
bbwassen ffarran ten s-amennuy bbw agarasen, azemmal
s-azemmal ney am dan s-am dan, bexlaf kra n tillay qlilit.

62
Yousef-ou-Kaci

On peut considérer Yousef-ou-Kaci des A it Jennad comme le


représentant typique de la poésie d ’un âge : celui qui a précédé
l’occupation de la K abylie p ar les troupes françaises au milieu du
x ix e siècle.
Il n’est pas lettré ; la poésie chez lui est un don. Ses tables des
valeurs, ses connaissances sont celles des hommes com m uns de son
temps.
Son expérience ne dépasse pas le cadre som m e toute restreint
d’une vie tribale, dont l’horizon le plus lointain est représenté par
l’État deylical d ’Alger, ou plutôt ses agents locaux. Son génie, sa
m aîtrise du verbe dans une société où le verbe est prim ordial, sa
condition de poète qui fait de lui un interm édiaire privilégié et quasi
fonctionnel le désignent tout naturellem ent pour les relations
« internationales » non seulem ent de son groupe, les Ait Jennad,
m ais éventuellem ent des groupes voisins. Parallèlem ent, un accident
historique, qui est en réalité la m anifestation en surface d ’une
exigence profonde de la société de ce tem ps, a fait de lui le héraut
d ’une tribu étrangère, les Ait Yenni, à une époque particulièrem ent
décisive de son histoire.
C ar Yousef a vécu à l’époque bénie de l’ordre que l’on peut
com m odém ent m ais très im parfaitem ent appeler tribal. On dispose
en effet d’inform ations dont le recoupem ent permet de le situer avec
une certaine précision.
La tradition le fait contem porain de la guerre intertribale qui a été
le sujet de beaucoup de ses poèmes, et pour laquelle Belkacem ben
Sedira donne la date de 1612, sans qu’on sache très bien où il a puisé

63
Yusef-u-Qasi

Seg A t-G w aret (wiyad qqaren seg-Gwbizar) n A t Jennad. Ur


nezr’ ara anw a lweqt ideg ilia, imken ger tlem m ast 1-lqern sbaatac
t-taggara 1-lqern tm entac si Sidna Aisa. Di lweqt is m acci kan d
am edyaz, d bab n rray, d am usnaw. A nda tella ddaaw a isaaben ney
meqqwren d nejta i tqeddim en A t Jennad a-f-id ifru, am a
gar-asen d At-Q asi n Tem da 1-Leblad, am a garasen t-teqbilin
nniden, am a bbw agarasen nitni.
Q qaren asmi yem m ut yezn as azekka deg-gid, deg-giwen udernu
n tidekt, acku ugaden a-t-akwren, imi d bab 1-lbarakka, mekkul
taddart teb y a ad intel deg-gwakal is. Igw ra-d kra yeqqar inger, ala
tihdayin ay d-igga, kra yeqqar isaa m m is qqaren as Aali.
Almend isefra d-igga nezmer a-d-nini Yusef d laalam a 1-laaqliyya
taqdim t n tm urt nney di zzm an n qbel A rum i. T am usni d lm izan
nejtaf deg-gefyar is d wid ilhan di lweqt is. Ilaq bnadem ad
yaalem s-w akka iwakken ur iyelled ara deg-gwefran nnsen, ad ifru
degsen ayen illan d laaqliyya 1-lweqt seg-gwayen illan t-tam usni n
dima.
D acu 1-lmaana yejtaf bnadem deg-gefyar Ggusef-u-Qasi ?
Z zm an is d zzm an ggiy il. Tam urt tebda t-tiqbilin t-tuddar, lesfuf d
iderm an ; kul am dan, kul azem m al sanda tessaw ed tezm ert is
yawed. Lehkwem n Tterkw yellan di Lezzayer ittusem m a
tam urt taqbaylit texda-t, y as akk’akka y e ^ a a ra d a-d-yecc segs
di ledraf (ideg llan At Jennad). T irrugza d lefham a t-tm usni i-glaq
bnadem a ten yerr s-ayen im aanen ney y e r berra, Leqbayel
bbwassen ftarran ten s-am ennuy bbw agarasen, azem m al
s-azemmal ney am dan s-am dan, bexlaf kra n tillay qlilit.

62
Yousef-ou-Kaci

On peut considérer Yousef-ou-Kaci des A it Jennad comme le


représentant typique de la poésie d ’un âge : celui qui a précédé
l’occupation de la K abylie par les troupes françaises au milieu du
x ix e siècle.
Il n ’est pas lettré ; la poésie chez lui est un don. Ses tables des
valeurs, ses connaissances sont celles des hommes com m uns de son
temps.
Son expérience ne dépasse pa:; le cadre som m e toute restreint
d’une vie tribale, dont l’horizon le plus lointain est représenté par
l’É tat deylical d ’Alger, ou plutôt ses agents locaux. Son génie, sa
m aîtrise du verbe dans une société où le verbe est prim ordial, sa
condition de poète qui fait de lui un interm édiaire privilégié et quasi
fonctionnel le désignent tout naturellem ent pour les relations
« internationales » non seulem ent de son groupe, les Ait Jennad,
m ais éventuellem ent des groupes voisins. Parallèlem ent, un accident
historique, qui est en réalité la m anifestation en surface d’une
exigence profonde de la société de ce tem ps, a fait de lui le héraut
d’une tribu étrangère, les Ait Yenni, à une époque particulièrem ent
décisive de son histoire.
C ar Y ousef a vécu à l’époque bénie de l’ordre que l’on peut
com m odém ent m ais très im parfaitem ent appeler tribal. On dispose
en effet d’inform ations dont le recoupem ent permet de le situer avec
une certaine précision.
La tradition le fait contem porain de la guerre intertribale qui a été
le sujet de beaucoup de ses poèmes, et pour laquelle Belkacem ben
Sedira donne la date de 1612, sans qu’on sache très bien où il a puisé

63
Irna ilaq bnadem ad inadi ansi sen d-ekka i Lejdud nney lihala
nni, iw akken ass nniden attennejbar m a yella w ayen ideg txus ; ulac
atan war asafar. Ihi di teswiât nni lehkwem d lerzaq t-tyerm a llan di
tem dinin d luda isseg d-irwet wugar 1-Leqbayel di îfayet zdat
yenbazen iberraniyen yeswayen tam urt nney achal d abrid. Asmi
ttuhersen lejdud nney s-adrar, ideg yugar Ixelq rrezq, ideg ddula
ulac akw, uyalen tmimbwaten bbw agarasen, arm i tazm ert nnsen
akw truh deg-wmihfer n gmas y er gmas.
Imi leqraya ulac (bexlaf leqraya d-ikkan si berra) iw âar i-wemdan
bbwassen, i tebyu tili tm usni-s, ad isuk tit is akin i-wayen illan
zdates kan, ad izzger asekkud is si tm eqlac n teqbilin y e r tm usni
tahraw ant, tin izduklen T am azy a m erra ney aad talsa yakw.
W alakin y as akken llan im ukan ideg issuref Yusef-u-Qasi leqmid n
teqbilin, issegmed armi d ayen i tent izduklen ney ayen yaanan ilsan
anda ma llan. D inna deg-gwid nessen ur t-icbi hed.
Di tehrayt di lweqt ideg idder Yusef ur izm ir ara a-d-yawi kra
bbwebrid nniden, m ulac ula d ahesses ur as thessisen ara. M aca
y a s akken atas n tyaw siw in i-gellan di tm edyazt is s-wazal nnsent d
am eqqran, t-tim eyri i-yat zik t-ti.meyri i-yat tura.

64
une inform ation aussi précise1. Il est probable cependant que Yousef
est venu plus tard, car il cite dans ses vers comm e déjà intégrés aux
Ait Yenni les trois villages qui ne s’y sont adjoints qu’après les
hostilités ; pas beaucoup plus tard cependant, car le souvenir des
exploits passés est encore très vivace dans ses vers. En réalité, les
com bats n’ont pas cessé brusquem ent à la fin des hostilités ; il a dû y
avoir encore sporadiquem ent des engagem ents, dont Yousef a pu
être le tém oin et q u ’il relate dans ses vers.
D ’un autre côté, H anoteau, citant quelques vers de lui, le situe à la
fin du x v m e siècle, naturellem ent sur les indications plus ou moins
fidèles de ses inform ateurs2. La m arge d ’indécision est donc de plus
d’un siècle.
M ais d’autres indices perm ettent de résorber en partie l’écart.
Ainsi le poète a eu à faire p ar deux fois au caïd Ben Ali de la célèbre
famille djouad des O ukaci. D ans la généalogie des Ait Kaci dressée
par R in n 3, on trouve trois personnages de ce nom. Le plus récent
(Ben Ali III), chef des contingents kabyles qui se sont opposés aux
troupes françaises en 1856, est évidem ment à exclure. Restent son
arrière grand-père (Ben Ali II) et le grand-oncle de ce dernier (Ben
Ali I). L’ordre de filiation s’est fait selon le schém a suivant :

K aci-ou-H enda

Ben Ali I A li-ou-K aci


I
Saïd

A h m e c f^ ^ ^ Ben Ali II

Ali Benali M ohd A m eziane


I
Am er-ou-M ohd

Ben Ali III H adj M ohd Ameziane

1. II n ’est pas im p o ssib le que l’a u te u r ait consulté un m a n u sc rit des m a ra b o u ts


de T a o u rirt M im o u n qui lui o n t p a r ailleu rs co m m u n iq u é un des poèm es de Y ousef
(ici n° 24).

2. « V e rs la fin du siècle d ern ier |H a n o te a u écrit au m ilieu du x ix '] ,


Y o u sef-o u -K assi, poète et c h a n te u r renom m é de la con féd ératio n des A it D jenad... *
( H a n o t e a u et L e t o u r n e u x , L a K a b y lie et les co u tu m e s k a b yles. C h a la m e l, 1869,
t. II, 1 " sectio n , ch a p . 16.)
3. R in n L., R e v u e africaine, 1898 (p. 318).

65
Si l’on pose que le chef de la résistance de 1856 n ’a pu jouer ce
rôle que si déjà à cette époque il était adulte, il faut situer sa
naissance vers le début du siècle. Si l’on prend com m e mesure
moyenne trois générations en un siècle, le second Ben Ali serait né
vers le début du x v m e et le prem ier vers le milieu du x v n e siècle.
A utres contem porains de Y ousef : les deux m arabouts de T aourirt
M imoun cités dans ses vers, Sidi R abia et A hm ed-ou-Elm ouhoub,
tous les deux descendants à la deuxième génération du fondateur de
la lignée, Sidi A li-ou-Yahia. O r on sait p ar ailleurs q u ’E lm ouhoub a
été l’instigateur de la construction de la mosquée de T aourirt
M imoun par des artisans d’Alger vers 1630. Son fils Ahmed,
contem porain de Yousef, avait une certaine notoriété au m om ent ou
le poète en parle ; c’est donc déjà un adulte.
Enfin, sur un autre contem porain de Yousef, nous avons une date
précise. M ouh A it M essaoud, en effet, a représenté les A it Yenni à la
réunion des notables qui a consacré l’exhérédation des femmes le 21
décembre 17484. D ans une société volontiers gérontocratique
comme était la société kabyle, il faut supposer que M ouh était au
moins quinquagénaire. Il serait donc né à la fin du x v n e siècle. Or, il
appelle Yousef dadda, ce qui laisse entendre que celui-ci était plus
âgé que lui. On peut donc présum er que le poète est né aux environs
de 1680.

Le monde de Y ousef est à la fois biblique et agité. Une violence


institutionnelle y domine, à la fois lutte pour l’existence, jeux
chevaleresques, gestes tour à tour barbares ou hum ains profondé­
ment.
Le schém a de la vie aux temps yousefiens est sim ple : les Ait
Jennad sont gens de montagne. M ais, en réalité, ils tirent beaucoup
de leur subsistance de la plaine des A m raoua q u ’ils jouxtent. D ans
la plaine sont les cham ps de blé, de petits pois, indispensables à leur
nourriture, les terrains de parcours de troupeaux nom breux, les
chevaux. La plaine est donc un com plém ent indispensable à leur
subsistance.

4. a P arm i les gens des Beni Y enni, on rem a rq u a it le ch érif, l’h o n o ra b le Sidi
M oham m ed A m ezian e, et les ak al de so n village, sa v o ir : M o h a m m e d ben J a b e r, El
H ocine ben M a m m a r, M oham m ed ben M essaoud... » ( H a n o t e a u et L e t o u r n e u x ,
op. cit., t. III, actes divers.)

66
Toute leur histoire et leurs particularités viennent de cette
situation à la frontière de deux mondes : d’un côté la m ontagne des
tribus pauvres, belliqueuses et libres qui se battent à pied, vivent
d’orge, de glands, de fruits, d ’huile ; de l’autre la plaine à blé et aux
troupeaux des A m raoua, relativem ent riche, sur qui le pouvoir du
dey d ’Alger exerce une autorité épisodique par l’interm édiaire de la
famille des djouad O ukaci, capables d ’aligner des cavaliers relative­
ment nombreux.
Les deux m ondes s’opposent avec des fortunes diverses, les Turcs
à l’aide de leurs fourriers, djouad et m arabouts, tentant de pénétrer
ou briser la m ontagne, les tribus défendant farouchem ent, souvent
au prix du dénuem ent, voire de la famine, une liberté démunie mais
réelle.
La situation n ’a pas que des désavantages. Sur le plan écono­
m ique, leur rôle de zone interm édiaire fait la prospérité de leur
marché du lundi (Letniyen A t Jennad), où en particulier les
m ontagnards viennent échanger leur huile contre le blé de la plaine.
Sur le plan politique, les Ait Jennad sont les défenseurs de
l’indépendance tribale contre les menées du pouvoir central : ils sont
aux prem ières loges de la lutte, ils sont la ligne avancée du front de
la liberté, ce qui ne va pas toujours sans dom m age mais les pare
d’un prestige certain.
D ans la pratique, les O ukaci usent de la force quand ils le
peuvent ; ils ont une cavalerie ; les autorités turques les fournissent
de fusils « algériens » qui sont de bonne qualité, de m unitions,
probablem ent aussi d’argent pour payer d ’éventuelles collabora­
tions. Le reste du tem ps, ils com posent avec les irrédents. Ils usent
de leur contrôle de la plaine, où en période norm ale les m ontagnards
descendent cultiver des céréales, en particulier du blé, et que l’on
peut toujours leur interdire au risque de les affamer. Un m oyen au
moins aussi efficace, c’est le jeu sur la partition binaire de la société
kabyle, les O ukaci appuyant l’un des deux sofs contre l’autre.
Par ailleurs, leur position interm édiaire oblige les A it Jennad à
avoir une politique « internationale ». Ils traitent d’un côté avec
l’État turc p ar Ait K aci interposés ; de l’autre, et sur un pied
d’égalité, avec les tribus irrédentes : A it O uaghlis, Ait Yenni,
Tikobaïn. P our tous les événements m arquants de la vie du groupe,
et tout particulièrem ent dans ses rapports avec l’extérieur, le
représentant désigné est Yousef-ou-Kaci, à la fois aède, poète,
am bassadeur et hom me politique, en un m ot am ousnaw .

67
A. Akw d A î Qasi

1. Agraw iderwicen

At Jennad tnayen nitni d At Qasi a f uzay ar. Di zzm an nni At


Qasi d Iqeggad n ddula taterkw it illan di L e jja y e r.
Yibbwas ifka yas-d Uterkwi lam er i-iqayed At Q asi inna yas :
— Ad iyi tged abrid, ad gezmey di tm urt A t Jennad y e r Tem gut
ad-d awiy ssin asy ar.
At Jennad slan, m wafaqen belli m ’ara Ü-yerr Sqayed yu rsen ur
ihedder hed m enyir Yusef u Q asi. Lqayed isnejm aa At Jennad di
T fu y alt5 anejm aa 1-lxir, inna yasen :
— Aawqey degwen s At Jennad, tugim ad iyi txedmem. T ura ad
ii tefkem abrid ar Temgut.
Intq-ed Yusef inna yas : — U r ak-t nejtak ara.
Inna yasen lqayed : — Serrhey awen tebbwim -d irden
seg.-gwzayar. Lhemdulilleh kan ur tesâim ara tilaw in ara ten iniwlen.
Y erra yas Yusef, inna yas :
— T-tidet a lqayed. N ekw n’ ur nesâi y ara tilaw in ara ten
iniwlen, lam aana kwenwi day ur tesâim ara irgazen ara ten iccen.
Tura awufan a ten id niwlent Tiâam raw iyyin, a ten necc nekwni, d
nekwni ay gwulmen.
Inna yas lqayed :
— Sahha, lemmer yelli dda M uhend Ssaâid, imi d am cum , welleh
ma tehya kwen dagi T aaryac, m a yekfa kwen w asif agi Iâaryacen.
Imi d amehbul nekkini, aqli zw arey-d di laaqel, ul’ i wen xedmey
ara.
Inna yas Y usef :
— Ay urbihen ik ! Ala M uhend Ssaâid ay tesâid d aderwic,
wam m a nek agraw agi yakw deg tessikided n A t Jennad d iderwicen.
Yaawed lqayed inna yas :
— Ihi ur iyi teffakem ara abrid ar Tem gut ?
— Ur ak netjak ara.

5. A t Jen n ad fn e jm a a n ,, m a a yili d an ejm aa l-lxir di Sidi M unsur, m /ta yili d


am erzi di T fu y alt. D egm i s-eqqaren : « Di Sidi M en su r bu n n ey y a yawi-} id, di
T fu y alt bu therci yaw i-( id. »

68
A. A vec les Ait Kaci

1. L ’assem blée des fous

Les Ait Jennad disputaient la plaine du Sebaou aux Ait Kaci,


appuyés sur les tribus m akhzen A m raoua6. Le gouvernem ent turc
leur ayant un jo u r dem andé par l’interm édiaire des Oukaci un
passage à travers leur territoire vers les bois du T am gout7
nécessaires pour la construction des bateaux, les Ait Jennad
déléguèrent Yousef-ou-Kaci pour répondre en leur nom par un refus.
— Je vous ai pourtant laissé cultiver le blé dans la plaine. Par
bonheur, vous n’avez pas de femmes qui sachent en faire de bonne
cuisine.
— Il est vrai, dit Yousef, nous n’avons pas de femmes pour
accom m oder le blé de la plaine, mais vous, vous n ’avez pas
d’hommes pour le m anger. Si bien que la solution est que vos
femmes préparent le blé pour nos hom m es.
— Ah ! si ce fou de M ohand Saïd8, mon grand frère, était là !
M ais vous avez la chance d ’avoir affaire à moi, qui ai la faiblesse
d’être raisonnable.
— H eureux homme, dit Yousef, qui n ’as de fou que M ohand Saïd.
Que dois-je dire, moi, qui ai avec moi l’assemblée des Ait Jennad
que tu vois ?... Tous des fous !
— Soit, dit le caïd, bientôt va venir le temps de cultiver les pois.
Le caïd, ayant rendu com pte du refus des Ait Jennad, reçut du
gouvernem ent des m unitions et l’ordre de réduire les récalcitrants ;
on prom ettait en outre cinquante réaux pour toute tête coupée que
l’on ram ènerait.
A l’époque des sem ailles, les Ait Jennad descendirent cultiver les
pois dans la plaine. Les hommes étaient dispersés quand les

6 . A m ra o u a : trib u s m ak h zen installées p a r le po u v o ir tu rc d a n s la plaine du


S ebaou.

7. T a m g o u t : m o n tag n e boisée de la ch aîn e litto rale du D ju rd ju ra (cu lm in a n t à


1 2 7 8 m au sud d ’AzefToun), d ite T am g o u t Ibehriyen, p o u r la distin g u er de
T a m g o u t lg aw aw en , po in t c u lm in an t de la ch aîn e sud du D ju rd ju ra .

8. M o h a n d S aïd O u k aci : l’identité de ce p ersonnage, si du m o in s le nom


ra p p o rté est le bon, n’a pu être établie.

69
— I-W terkwi d gmat-wen ?
— Ulac A terkw ’ i-y-inigen. A syar uâwij ctiq it.
— A nnger ggemmat-wen, ad-d-awed tyerza ugilban (acku
agilban xeddm en-t A t Jennad deg-w zayar, #aam m iden asen
yem nayen At Q asi a-d-subben seg-gwedrar a-t zraan din).
Iruh lqayed ar Uterkwi di L ej^ayer inna yas :
— At Jennad aâsan iyi. Ugin annaaddi di tm urt nnsen.
Inna yas Uterkwi :
— A ta rras 1-Le??ayer, awi-t. Win y ugin ad ixdem neyt-ej,
awit-ed aqerru yis, mkul aqerru a-wen-fkey xemsin. (X em sin n
teryalin ney n duru, assen atas).
Tebbwd-ed tyerza ugilban. Subben ifellahen ar u zay ar. A t Qasi
âussen ten id. G-giwet teswiât im nayen uççayen nneylen-d ff A t
Jennad, kul am nay itubâ it wuççay, u leslah nnsen d leslah
1-Le£fayer d lâalit. Afellah d-mlalen truqqin degs, im iren ad-d
rsen seg-gwâudiw a-s kksen aqerru, arm i bbwin xem sa u rebâin
iqerra deg-giwen was. Twehcen A t Jennad.
Iâadda wayen iâaddan. Nnan as At Jennad : — A-d nerr ttar.
U rgan armi d ass 1-legmaa, tebra-d taklit A t Q asi i-w qdar, tebbwi-t
ad yeks deg-Gweglagal. At Jennad berrzen-d, nehren aqdar,
ssawden-t armi d Umayen, zlan k ra din. A r Jberrihen : — Y yaw ay
A t Jennad attaw im aksum . Im ir im egran t-tferyin rhan ten
deg-gwedrar A t Qdiâ. A r J;}awin iqecwalen bbweksum.
Lexbar ibbwed y e r Legmaa, anda yella lqayed A t Qasi. N nan
as : — Aqdar bbwin-t At Jennad.
Inna yas : — U m baad ?
N nan as : — Ala tistan tileqqaqin, imi thejibent akw t-tyugwin,
i-d yeqqimen.
Inna yas : — M acci d X ufac ay bbwin. (X ufac d yiwen si Tgersift,
sersen aqerru yis a f ikufan). D iâajm iyen kan ay bbwin. A nef iy-At
Jennad iârar ad llxelxen aksum . Inâal akka d w akka nnsen m a d
wig’i d im danen. Yak d iâarrum en ay bbwin. A zekka d ssebt, ad
ruhey ar ssebt A am raw a ad-d awiy m eyya.
Teqqim ddaaw ’ akken.

70
cavaliers m akhzen, chacun suivi de son lévrier, surgirent. Ils tira ien t
sur to u s ceux qui se présentaient sur leur chemin, puis d e s c e n d a i e n t
de cheval pour couper les têtes : ils en réunirent q uarante ce jour-là*
Les Ait Jennad ulcérés cherchaient l’occasion de se venger. Un
vendredi, une bergère noire des Ait K aci ayant fait sortir son
troupeau, ils razzièrent toutes les bêtes, les égorgèrent et appelèrent
la tribu au partage de la viande. La nouvelle en parvint au caïd, Qul
se répandit en injures, mais préféra en rester là 9.

9. Le p ro b lèm e de l’ex p lo itatio n d es b o is ( la k a ra sta ) p o u r la m a rin e est restée


une p ré o c c u p a tio n c o n sta n te du g ouvernem ent tu rc, qui a u d éb u t s’a p p ro v isio n n a'^
d an s la rég io n d e Bougie o u d a n s l’E dough. Vers la fin cep en d a n t, il s ’é ta it to u rn é
vers les fo rê ts d e chênes zen de l’A kfadou (v o ir note 27) et du T a m g o u t des Ait
Je n n ad av ec des fo rtu n es diverses.
V oici p a r exem ple la curieuse lettre écrite p a r !e d ern ier dey, H u ssein P a c h a , o ù <1
d it en tre a u tres : « Q u e D ieu trè s h a u t conserve l’h o n o rab le B oudjem a O ukaci et
A n ia ra O u b ra h im ain si que to u s les cheikhs, nos fils, les m a ra b o u ts et to u s les g er,s
de la djem âa^ d es Beni D jen n ad , g ran d s et petits. Q ue le sa lu t so it s u r vous .
A u jo u rd h u i, ô n os fils, n o u s d ésiro n s q u e v o u s v o u s o ccu p iez av ec n o u s de la coupe
des bois q u e n o u s av o n s besoin de p re n d re ch ez vous... V ous n o u s p rêterez a '115*
votre c o n c o u rs p o u r la g u erre sainte... C elui q ui voudra la b o u rer dans la Planie
p o u rra lab o u rer... E n v o y ez-nous deux n o tab les de la d jem âa et d es c h e ik h s
intellig en ts... » L es A it Jen n ad lui a y a n t opposé un refus, H ussein P a c h a fit r a z z ie r
ia p lain e. Les h o stilités se p o u rsu iv iren t q u elq u es années. En 1825, Y ahia A g h /J>
a y a n t d écid é d en finir, co n d u isit c o n tre la trib u une expédition qui é c h o u a d ev an t
A b iz a r, m ais réu ssit p a r ru se à co u p er quinze têtes et à faire deux p r is o n n ie r s ( a
c ette ép o q u e, les A it Je n n a d peuvent alig n er à peu près q u atre-v in g ts c a v a lie (S)’

71
— I-W terkwi d gmat-wen ?
— Ulac A terkw ’ i-y-inigen. A syar uâwij ctiq it.
— A nnger ggemmat-wen, ad-d-awed tyerza ugilban (acku
agilban xeddm en-t A t Jennad deg-w zayar, ftaam m iden asen
yem nayen At Q asi a-d-subben seg-gwedrar a-t zraan din).
Iruh lqayed ar Uterkwi di L ej?ayer inna yas :
— At Jennad aâsan iyi. Ugin annaaddi di tm urt nnsen.
Inna yas U terkw i :
— A ta rras 1-Lezyayer, awi-t. W in yugin ad ixdem neyt-e}:,
awit-ed aqerru yis, mkul aqerru a-wen-fkey xemsin. (X em sin n
teryalin ney n duru, assen atas).
Tebbwd-ed tyerza ugilban. Subben ifellahen a r u zay ar. A t Qasi
âussen ten id. G-giwet teswiât im nayen uççayen nneylen-d ff At
Jennad, kul am nay itubâ it wuççay, u leslah nnsen d leslah
l-L e^jayer d lâalit. Afellah d-mlalen truqqin degs, imiren ad-d
rsen seg-gwâudiw a-s kksen aqerru, armi bbwin xem sa u rebâin
iqerra deg-giwen was. Twehcen At Jennad.
Iâadda wayen iâaddan. Nnan as A t Jennad : — A-d nerr ttar.
Urgan armi d ass 1-legmaa, tebra-d taklit A t Q asi i-wqdar, tebbwi-t
ad yeks deg-Gweglagal. At Jennad berrzen-d, nehren aqdar,
ssawden-t armi d Ilm ayen, zlan kra din. A r fberrihen : — Y yaw ay
A t Jennad attaw im aksum . Im ir imegran t-tferyin rhan ten
deg-gwedrar A t Qdiâ. A r #aw in iqecwalen bbweksum.
Lexbar ibbwed y e r Legmaa, anda yella lqayed A t Q asi. N nan
as : — A qdar bbwin-t At Jennad.
Inna yas : — U m baad ?
N nan as : — A la tistan tileqqaqin, imi thejibent akw t-tyugwin,
i-d yeqqimen.
Inna yas : — M acci d Xufac ay bbwin. (X ufac d yiwen si Tgersift,
sersen aqerru yis a f ikufan). D iâajm iyen kan ay bbwin. A nef iy-At
Jennad iârar ad llxelxen aksum . Inâal akka d w akka nnsen m a d
wig’i d im danen. Yak d iâarrum en ay bbwin. A zekka d ssebt, ad
ruhey ar ssebt A am raw a ad-d awiy m eyya.
Teqqim ddaaw ’ akken.

70
cavaliers m akhzen, chacun suivi de son lévrier, surgirent. Ils tiraient
sur tous ceux qui se présentaient sur leur chem in, puis descendaient
de cheval pour couper les têtes : iis en réunirent quarante ce jour-la.
Les Ait Jennad ulcérés cherchaient l’occasion de se venger. Un
vendredi, une bergère noire des Ait K aci ayant fait sortir son
troupeau, ils razzièrent toutes les bêtes, les égorgèrent et appelèrent
la tribu au partage de la viande. La nouvelle en parvint au caïd, qui
se répandit en injures, m ais préféra en rester là9.

9. Le p ro b lèm e de l’ex p lo itatio n d es bois (la k a ra sta ) p o u r la m arin e est restée


une p ré o c c u p a tio n c o n sta n te du g ouvernem ent tu rc, qui au début s’a p p ro v isio n n ait
d an s la région de B ougie o u d a n s PE dough. Vers la fin c ep en d a n t, il s’était tourné
vers les fo rêts de chênes zen de l’A kfadou (voir note 27) et du T a m g o u t des Ait
Jen n ad avec des fo rtu n es diverses.
Voici p a r exem ple la curieuse lettre écrite p a r le dernier dey, H ussein P ach a, où il
dit en tre a u tres : « Q ue D ieu très h au t conserve l’h o n o rab le B oudjem a O u k aci et
A m ara O u b ra h im ainsi q u e tous les cheikhs, nos fils, les m a ra b o u ts et to u s les gens
de la d je m â a des Béni D jen n ad , g ra n d s et p etits. Q ue le salu t so it su r vous !
A u jo u rd ’hui, ô nos fils, n o u s d ésiro n s que vous vous occupiez avec n o u s de la coupe
des bois que n o u s av o n s besoin de p ren d re chez vous... V ous n o u s prêterez ainsi
v o tre c o n c o u rs p o u r la g u erre sainte... C elui qui voudra la b o u rer d an s la plaine
p o u rra lab o u rer... E n v o y ez-nous deux n o tab les de la d jem âa et des cheikhs
intelligents... » Les A it Jen n ad lui a y a n t o p p o sé un refus, H ussein P ach a fit razzier
la plaine. Les h o stilités se p o u rsu iv iren t quelques années. En 1825, Y ahia A gha,
ay a n t d écidé d ’en finir, co n d uisit co n tre la trib u une expédition qui é c h o u a devant
A b izar, m ais réu ssit p ar ru se à c o u p er quinze têtes et à faire deux p riso n n iers (à
cette époque, les A it Je n n ad peuvent aligner à peu près q u atre-v in g ts cavaliers).

71
2. U siy-d rekbey a f ttmaa

Yusa-d useggwas 1-laz, ajrad yuy tam urt. At Qasi yursen igran,
truhun-d yursen imegguga. N nan as yibbwas At Jennad i Yusef :
— Ruh ar leflani n At Qasi d sseltan, a-k-d yeflc tasaat ggirden
atterrtihed, kecc d am eddah n nnbi, ur-k id itta rr’ara.
Iruh Yusef :
— A c’i-k id icqan akka, a dda Y usef?
Inna yas : — A leflani, ruhey-d ad ii tefked tasaat ggirden, tezrid
At Jennad ifuk iten ujrad, lluzen ;
Inna yas : — A-wen irnu Rebbi. Ur iqqid ara wefwad iw f-febrid d
ii teqdaam ar Tem gut. Ad ak fkey tasaat ? Welleh alam m a tectaqed
taqnuct !
— A hya leflani, kecc d sseltan : tiserfin, imegguga, aklan,
taklatin.
Ihi fkan as-d ayrum , tazart, imi Jiteymumuden ibawen.
Inna yas : — Therm iyi takurt nn’ ara ssum tey m a cciy-f.
— A c’ara k issiwden ar At Jennad, kecc hafi ?
Inna yas : — Mi-d usiy rekbey af ttm aa ; tu ra m ’ara-y uyaley
ad rekbey af uybel.
N nan as : — Ruh ad ig Rebbi ur ak nâiwed a ra tizri.
Iruh, iâadda A glagal. ibbwi lgiha n zelmed, arm i yebbwed ar
yiwen um kan qqaren as A im a G gem nayen ? Yaf-en din yiwet txunit
qqaren as Taw diât, rb aa tyugwin, rb aa ixem m asen.
— A dda Yusef, ac’ i-k id yecqan ?
Inna yas : — Ruhey ar leflani n A t Q asi, delbey degs tasaat
ggirden, yerra yi lebher d aqerqar, inna yi : xati.
Tenna yas : — D nek ara-k-yefken tasaat, irn’ard atîensed.
Zlan as ikerri, ccan, swan, ixem masen, arraw is, tislatin. Azekka
nni fkan as-d sin iserdyan, yiwen irkeb fellas, wayed iâabba ta sa a t10.

10. Q q aren assen i-d yebbwi Y usef a f T ew diât :

A srn i d d d u n it tecbeh A R e b b i herz arraw is


K u l y iw n n ilb a a ta m tilt is T ejfarew ta zd a y l H m er
N s iy ar T ew d iâ t m e sk in l T tejra leltabaa a za r is (m a c a z. n° 35).

72
2. Fam ine

Quelque tem ps après une invasion de sauterelles ayant provoqué


la disette, les Ait Jennad conseillèrent à Y ousef d ’aller trouver le
caïd Oukaci pour obtenir de lui du blé : « Tu es poète, il n’osera pas
te re fu se r.»
M ais, quand Yousef se présenta devant lui, le caïd lui opposa une
fin de non-recevoir : « J ’ai encore sur le cœ ur l’affaire du Tam gout et
votre refus de laisser traverser votre territoire. » Le caïd lui fit servir
de la galette et des figues, que Y ousef refusa.
— Et com m ent pourras-tu t’en retourner ju sq u ’aux Ait Jennad
sans avoir rien pris ?
— En venant, dit le poète, j ’étais m onté sur l’espoir ; je m’en
retourne monté sur le chagrin.
Sur le chem in du retour, Yousef passa près de la dem eure d’une
femme du peuple, aisée, qui l’invita à descendre chez elle et, ayant
appris sa déconvenue, lui donna au départ les huit mesures de blé
qu’il escom ptait et deux mulets pour lui servir de m onture et porter
les provisions.

73
3. Kkret attewtem

Yibbwas nnejm aan A t Jennad di T fuyalt iwakken ad frun m’ad


nnayen a f uzayar. Zik at U bizar dim a d im ezw ura yer tigi. Assen
kkren-d nnan as : — Nekwni ur ne£tekki y ara di tedyant
bbwassa. A t A ader diyen nnan as : — U la d nekwni nexda.
Ikker Yusef-u-Qasi :

K k r e t attew tem
A y A t Jennad ur n a a rif
Begset u l’anda tefrem
77i f M u h en d A zw a w lyir
K r ’akka yed d er iffuseggem
T lif m a nkesb it axir.

4. Igwra-d Berfaer

Inna yas diy :

A b iz a r uyalen d Iflisen
A t Y aader d Izerxfaw en
Igw ra-d Berber d M ira
A d wtey agejdur yessen.

74
3. L evez-vous el frappez

Les A zouaou, famille de djouad de T ikobaïn, sont plus souvent


les rivaux que les alliés des Ait K aci de T am d a11. Les uns et les
autres essaient de gagner l’aide des tribus environnantes. Les Ait
Jennad tiennent réunion pour décider du parti à prendre.
Les avis étant partagés — en particulier les deux villages d’Abizar
et d’Ait A ader étaient opposés à la guerre —, Y ousef dit :

L evez-vous et fra p p ez
Inconscients A it Jennad
A rm ez-vo u s car où trouverez-vous refuge
M ieu x vaut M ohand A zo u a o u que d ’autres
T ant q u ’il vit q u ’il est dans la voie droite
I l vaut m ieux l ’avoir com m e allié.

4. Il m e reste Berber

Il dit aussi :

L es gens d ’A b iza r sont devenus des Iflisse n 12


Les gens d ’A a d er des Izerkhfaouen
Il m e reste Berber et M ira 13
P our m ener avec m oi le grand deuil.

11. T ik o b a ïn : viilage des A m ra o u a (voir n ° 14 et s.) où résidait la fam ille des


A zo u ao u .
T a m d a : village des A m ra o u a , cen tre des A it K aci.

12. iflissen 1-lebhar : trib u voisine des A it Je n n a d , à l’ouest de leur te rrito ire , sur
le litto ra l d e la M éd iterran ée.

13. A it A a d e r : village des A it Je n n ad . Izerk h fao u en : trib u voisine des Ait


Jen n ad . B erber et M ira : deux villages des A it Je n n ad , p a rtisa n s de la guerre m ais
to u s les deux petits.

75
5. Tabzert

Yiwen lweqt A t Jennad .ttaken tabzert i A t Q asi, m kul yiwen d


ayen i-s-d-ebbwi ggirden ney bbwayen nniden.
Yibbwas Yusef-u-Qasi iruh ad iwet deg At Y anni. A t Jennad nne-
jm aan, nnan as : — T abzert agi ttu rr ary, tu ra ad as nuqqem lqanun
rrbaa rrb a a 14 i-tyuga. Ruhen y u r lqayed A ali, nnan as akka, iqebl
asen.
Ibbwd-ed Yusef seg At Yanni, hkun as. Inna yasen :
— A tin txedm em !
N nan as : — Ayen ?
In n a yasen : — A kka yejfusem m a tqeblem tabzert, m azal laar
f-fiârar nnwen.
N nan as : — Ih’am ek ?
— Anfet iyi kan, d nek ara d-ifrun tam salt-a.
Iruh Yusef yer A al’-u-Qasi, ihedr as arm ’ifuk, ibbwi yas-d asefru,
sin ifyar is ineggura d wi :

A B en A a li hader im anik
N n a n -i ssyadi yehrem .

Inna yas Lqayed Aali : — d lehram ?


Inna yas : — D lehram .
Ihi nek lehram ur-d ikeccem ar’axxam iw.
Seg-gwassen ikkes akw tabzert yef A t Jennad.

6. Laanaya d adrar n nnar

Ruhen kra n &teggar n At W aylis ad zzenzen zzit di


L ej^ayer. Ifka yasen laanaya Yusef-u-Qasi, iwakken ad aaddin
di tm urt is. Bbwden ar Tem da, di tm urt A am raw a, iâarra ten Ben
Aal’At Qasi.
Ihi yerza yas i Y u seflaan ay a. Iruh um edyaz isnejm aa At Jennad.
Ikcem agraw s-taajart useyw en (ney ggeylel) deg-wqerru yis. La

14. rrb a a n tery alt - â a c ra surdi.

76
5. Im pôts

Il arrivait que les Ait Jennad fussent contraints de payer un impôt


aux représentants de l’autorité turque, en particulier pour acquérir
ainsi la possibilité de cultiver dans la plaine. Un jo u r que Yousef
s’était absenté, la tribu alla négocier avec les O ukaci un changement
dans la conception de l’im pôt : ils dem andèrent que dorénavant la
contribution de chacun, au lieu d’être déterm inée par les agents
préposés à cette fonction p ar le gouvernem ent, fût fixée uniform é­
ment à un quart de réal par attelage.
A son retour, Yousef, mis au courant de l’accord intervenu,
m anifesta une totale désapprobation :
— Parce que, par cet accord, vous reconnaissez la légitimité de
l’im pôt qui pèse sur la tribu.
Il prom it d’aller lui-même réparer l’erreur. Il se rendit donc auprès
de Ben Ali O u k aci15, auquel il adressa un poème dont seuls les deux
derniers vers nous sont parvenus :

Ben A li prends garde


L es clercs m ’ont dit que ce que tu fa is là est illicite.

On dit que le caïd renonça de ce jo u r à percevoir cet impôt.

6. L ’anaya est un volcan

Pour aller vendre leur huile à Alger, des m archands de la tribu


voisine des Ait O uaghlis16 devaient traverser la vallée du Sebaou. Ils
avaient dem andé pour cela la protection (anaya) de Yousef, qui la
leur avait accordée. Q uand les m archands arrivèrent sur le territoire
des A m raoua, le caïd Ben Ali O ukaci les fit dévaliser. Yousef

15. Ben Ali O u k a c i : voir no tice sur Y ousef-ou-K aei.

16. Ait O u ag h lis : trib u d e la région de B ougie, sur la rive g au ch e de l’oued


S ahel.

77
sen ihedder i-y A t Jennad armi yuy al ibbwi yasen-d asefru ixetm it
akka :

D dur-a nedda d ffeggar


irza y a y laanaya Ben A a li
M a nsers as nugad lâar
m a nrefd if b e z z a f um ri
Laanaya d adrar n nnar
L âaz degs i-geffili.

7. Cwituh ne#aaddi fellas

C w ituh neftaaddi fella s


A w ’ibyan a d y ess y im y u r
M a d atas ur-t-neggaga
am m ar w ’iteddun m eyrur.

78
provoqua une assemblée des Ait Jennad, à laquelle il se présenta la
tête ceinte d ’une corde en guise de turban, en signe de deuil. Puis il
fit à l’assem blée une harangue qui se term inait ainsi :

Cette sem aine j ’ai accom pagné des m archands


Ben A li a brisé m on anaya
L ’adm ettre c ’est encourir l ’opprobre
L e relever c ’est s'exposer à trop d ’épreuves
V a n a y a est un volcan
M ais en elle g ît l ’honneur11.

7. D e peu je ne me soucie

D e peu j e n ’ai cure


S i tel veut y chercher la gloire
M ais dans les affaires d ’honneur j e ne puis céder
A bon entendeur salut.

17. C e c o u rt p oèm e a é té r a p p o r t é p a r H a n o t e a u e t L e t o u r n e u x , op. cit., t. II,


1" sectio n , c h a p . 16.
B. Akw d At Jennad

8. Lukan seg-W bizar meqqar

Yibbwas yiwen si Hendu imlal-ed Yusef-u-Qasi. Ib y ’ 'a d


isqecm aa yides, inna yas : — Yyay annem m aabbar a dda Yusef.
Yerr as-d um edyaz d-um atu :

L u kan seg-W bizar m eqqar


ssyadi lehrar
si z ik nnsen d im nayen
Im i si H endu laqrar
m a yed ley-k d lâar
m a teydeld iyi d âarayen.

9. Bu tu eg za

Lqanun win ilsan di ttrad abernus ixulfen di nnul, m acci d amellal


kan, ad innay di lebraz, m acc’ anda yedreg. Yiwen ils’ abernus
azegzaw, iruh s im enyi, la-di-ikkat seg-geyzer. Ibbwi-d fellas
Y usef :

Yiwen d bu uzegza nâaql it


seg-geyzer ay-d-ixutel
M a yella d uhdiq neffer it
abrid w ayed ard iqatel
M a yella d u n g if nem m el it
ad fe lla s sew w bey Imaqel.

80
B. A vec les Ait Jennad

8. D ilem m e

A un hom me de H endou18 qui l’avait, par m anière de plaisanterie,


défié à la lutte :

Passe encore si tu étais d ’A b iz a r 19


N o b les seigneurs
D epuis toujours chevaliers
M ais tu es de H endou nul recours
C ’est honte de t ’abattre
H o n te deux fo is d ’être abattu p a r toi.

9. A u m anteau bleu

La coutum e était que, quand on avait pris un burnous de couleur


(au lieu du burnous blanc ordinaire) pour le com bat, on se portât
aux endroits les plus exposés. O r, un homme qui s’était enveloppé
dans un burnous bleu (ou vert) s’était tenu dans un défilé le jo u r du
com bat. Y ousef com posa ces vers d’avertissem ent :

D e loin vêtu de bleu on le reconnaissait


Q ui guettait du fo n d d ’un ravin
S 'il est sage j e tais son nom
M a is que la fo is prochaine il com batte
S ’il est sot j e le décrierai
J e com poserai des vers sur lui.

18. H endou : village des A it K o d ia (A it Jennad).

19. A b iz a r : p rin cip al village des A it Je n n ad , à l’ex trém ité ouest de la tribu.

81
Izzi-d imenyi nniden. Yuyal bu uzegza. Innuy di lebraz. W ten-t
id, nyan-t.

10. A seq q if nni deg .tyimin

T abuduct deg nessikid


adrar um niâ
Yam alah a H en A {-fi-Sâid
netfa d Uwdiâ
M i ruhen ad qqim en Iwahid
m i kkren jm iâ
A s e q q if nni deg ( yim in
tura y e m y id degs rrbiâ.

82
La fois suivante, le bleu-vêtu partit, com battit en des endroits où il
était très en vue... Ce fut aussi son dernier co m b at20.

10. « C e tem ps ne se retrouvera plus »

T aboudoucht apparente à nos y e u x 21


E st le m ont du salut

Las où es-tu H and A i l S i S a ïd


E t toi A o u d ia 22
Vous vous asseyiez ensem ble
Ensem ble vous vous releviez
D ans le hall où vous siégiez
M aintenant l'herbe pou sse22.

20. C o u tu m e attestée en co re au m ilieu du x ix 's iè c le . A insi, lo rs du com bat


d ’A ïn Z a o u ia (1 851) en tre Bou B aghla et les tro u p es fran çaises : « A vingt pas
derrière lui (B ou B a g h la | ven ait son k halifa... reco n n aissab le à son b u rn o u s vert »
(N . R o b i n , « H isto ire d u c h érif Bou B aghla », R e v u e africaine, 1 8 8 1 ) .

21. T ab o u d o u c h t : village de la trib u Ait Ighzer (A it Jennad).

22. C es deux p erso n n ag es sont inconnus p a r ailleurs. Une fra c tio n des Izarazen
(A it Je n n ad ) p o rte le nom d e A it Si Saïd.

23. Salem A it M aam m er d isa n t ces vers les faisait lui-m êm e suivre de cette
citatio n de V oltaire p o u r souligner l’identité de l’in sp iratio n : « C e tem ps ne se
retro u v era plus où un duc de La R o ch efo u cau ld , l’a u te u r d es M a xim es, au so rtir
de la c o n v ersa tio n d ’un P ascal ou d ’un A rn a u d , allait au th é â tre de C o rn eille »
(E ssa i su r les m œ u r s, ch a p . 32).

83
C. Akw t-teqbilin

11. A kw d A t W aylis

Ruhen kra n At W aylis ad sewwqen Letniyen A t Jennad 2A. Mi-y


uyalen bbwin rebaa tsaayin ggirden, aabban tent yef rebaa
zzwayel, uyen abrid 1-Larbaa n A t W aylis. Zzw ern asen A t Jennad,
aarran ten, kksen asen zzwayel d yirden. Bbwden yer At W aylis,
hkan asen ayen idran, nnan asen : — Lemmer nsaawej tili y-enyan.
N nejm aan A t W ay lis, nnan-as : — Ay isem U jennad ara nettef dagi
ala timezla, m bla ccraa, m bla accem m a. Zik naadel yidsen,
£tawin zzit syurney, ne^tawi-d irden syursen, âuzzen ay
nâuzz iten, assa xdemn ay akka.
At Jennad la tnadin amek ara xedmen, nnan as : — Ala Yusef
i-gzemren af-t-ifru. Ruhen yures, inna yasen : — ddaaw a ya ur
as zmirey ara. N nan as : — Ala kecc i-s-izemren. Inna yasen : — Ihi
ad ii tayem taam am t tajdit, aqendur ajdid, isebbaden.
U yen as ten, iruh, tad d art tejjak it i tayed arm i yebbwed At
W aylis. Medden la .tfemcukkuten d acu-t. W erdin tebbwd it yiwet
tm ettut, tenna yas : — Rwel. At W aylis la JJemcawaren fellak, m a
d Ajennad ak-k-nyen15.
Inna yas : — Anw’i d aqerru n taddart agi n W ewrir ?
Tenna yas : — D A am er W aali 26.
Yerr yures umedyaz. Inna yas A am er W aali :
— Acu tebyid ay am y ar ?
Inna yas : — 7 î uwe??ay-d yurek.
Ibbwi-t s axxam , ccan, swan, ihku yas Yusef acu t-id ibbwin, inna
yas : — T ura nek d leflani. M aan a yurek a-sen tinid.
A zekka nni, akken tefrari, idda yides ar tejm aâit. Iddm -ed Yusef
am endayer, inteq yel-lyaci :

24. L etniyen ta q d im t n ey L etniyen ufella.

2 5. A ssen i-s in n a yiw en U jennad :


U belleh a r-k a zn e y a ttir
m ’a tte c b u d d bu tili
A g g w a d ik y e r A l Jen n a d
sa l y e f legw ad irkweU i
Y u s e f m e sk in y e /w a h b e s
am ca fâ a -s ala R ebbi,
26. W iyad q q aren d H end-u-M uhend.

84
C. A vec les tribus

11. A vec les A it O uaghlis

Des m archands Ait O uaghlis venus acheter du blé au m arché des


Ait Jennad furent dépouillés p ar eux. Les Ait O uaghlis jurèrent de
m ettre à m ort tout Ait Jennad qui s'aventurerait sur leur territoire.
Les Ait Jennad, désireux de traiter l’incident à l’amiable,
dépêchèrent Y ousef auprès des A it Ouaghlis. Le poète se fait
indiquer par une femme la demeure d ’un notable écouté, qui finit par
le reconnaître et le prend sous sa protection.
Le lendem ain à l’aube, Yousef, précédé de son hôte, se présente
incognito sur la place et comm ence à réciter des vers. La place
s’em plit à mesure d ’auditeurs adm iratifs. A la fin, le poète dit :

85
— Awladi, ma ulac uyilif, a wen-d awiy kra.
Nnan as : — D ya d ayen iyef netnad’ ay am yar.
Ar-d ttawden lyaci yiwen yiwen armi teccur tejm aâit, Yusef
mazal la yekkat. Baqi la t.temcukkuten degs medden, wa yeqqar
as : d Ajennad, wa yeqqar as : ala. Armi-d inteq um edyaz inna yas :

1 A s m i terbeh ddunit
ar wanida k-ihw a ddu
D i Letnayen n A t Jennad
dinna ay-d ibda laadu
A weylis si zik d ahm r
m acci d yiw en ad as y e h k u

7 Belleh ar-k azeny a ttir


abrid ik A k e ffa d u
A am er W aali deg-Gwewrir
d A te r k w i di Bareddu
U lam m a nexdem tuhsift (ney : tuqsihl)
abrid-a ilezm ay laafu.

Suyen At W aylis : — A-kwen ixdaa Rebbi, ziy d Ajennad wagi.


Iddem A am er W aali abernus is, idegger it fellas, inna yas : — Awin
aa t-innalen ! R ebaa zzwayel d rebaa tsaayin ad-d uyalent. Nekwni
annuyal am -m assa am-midelli.
N nan as : — Yah ? D w ag’ i-d kullfen At Jennad ?
Inna yasen : — Dwa ay d Yusef-u-Qasi.

86
1 A ux jo u rs heureux d ’antan
O n p o u v a it aller où bon sem blait
Puis au m arché des A it Jennad
O nt com m encé les troubles
L es A it O uaghlis sont de toujours nobles hom m es
A qui le dire qui déjà ne le sache

7 Par D ieu oiseau sois m on messager


Va vers l ’A k fa d o u 27
Puis à A o u rir23 chez A m a r O uali
Turc du palais du B a rd o29
Q uoique nous ayons com m is une fa u te
I l fa u t cette f o is q u ’on nous pardonne.

On allait prendre à parti le poète quand son hôte le couvrit de son


burnous, signifiant par là qu’il le prenait sous sa protection. Devant
l’étonnem ent général, A m ar révéla l’identité du poète : « Cet homme
est Yousef-ou-K aci. »
Les Ait Jennad rendirent le blé confisqué. La paix de nouveau fut
rétablie.

27. A k fad o u : col d e la p artie o rien tale du D ju rd ju ra sur le chem in qui m ène des
A it Je n n a d aux A it O u ag h lis.

28. A o u rir : village des A it O u aghlis.

29. P alais c o n stru it d a n s la banlieue d ’A lger p a r un prince tunisien exilé,


actu ellem en t tra n sfo rm é en m usée. Si l'au th en ticité de ces vers est reco n n u e, cette
incise fo u rn it un repère ch ronologique.

87
12. A kw d A t W agennun

M x allafe n At Jennad d At W agennun f yiwen lmecmel n tkessawt


ilia garasen. Yawd-ed Y usef yufa-n aam m ur n tem kwehyal ssya,
wayed ssya. Inteq y e r At Jennad inna yasen : — M ’ad iyi tefkem
rray ? Nnan as : — rray neflka-t i Rebbi nefka yak-t. Yerr y e r At
W agennun, isteqsa ten, rran as-d akken. Inteq Y usef :

Ssalam u aalikum
a ssyadi ssam âin
Taddart m i m echur y isem
a y A t Q ubâin
N u sa -d ansehhi ttiâd
annettixxer i txeddiâin
A nn essew w ’illan y e ffu d
ifellahen a-tzerriâin
A lb a a d deg-gwalbaad isud
R eb b i yeggew w iz tiswiâîn
M aday tugim
anhell R e b b ’ ad ay iâin.

13. A kw d Y eflisen

A tn a begsen-d Iflisen
s A b iza r a d nnayen

T iyta b b u zza l ifn ay


tazeddam t nugar iten

Idelli nennuy nefra


assa n u ya l d atmaten.
12. A vec les A it Ouaguennoun

Les Ait Jennad et les Ait O uaguennoun30 se disputaient un


pâturage. Ils allaient en venir aux m ains, puis décident de s’en
remettre à Yousef. Le poète, prenant la parole :

S a lu t à vous
hom m es qui m ’écoutez
Village réputé
de Tikobaïn31

N o u s som m es venus asseoir un accord fe r m e


L o in de toute traîtrise
D ésaltérer qui a s o if
L es paysans qui sèm ent
L e p o u vo ir est m obile
Transitoires sont les fa veu rs de D ieu
Q ue si vous dites non
A lo rs D ieu nous assiste.

13. A vec les Iflissen

L es Iflissen ont pris les arm esi2


P our attaquer A b iza r

Ils ont p lu s d ’armes


M ais nous p lu s d ’allant
H ier nous nous som m es battus puis nous voici
[réconciliés
A u jo u rd 'h u i nous som m es frères de nouveau.

30. Ait O u ag en n o u n : tribu voisine des A it Je n n ad , au sud ouest de leur


territo ire.

3 1. T ik o b a ïn : v oir note 11. C es vers sem blent indiquer que les deux p arties ont
choisi T ik o b a ïn co m m e tiers p our régler leur différend.

32. [flissen : voir note 12.

89
D . Akw d Izwawen

14. A zw aw G gezw aw en

Lian Yezwawen n Tqubâin j;nayen nitni d A t Q asi, d legwad i


sin. Am eqwran nnsen d Azwaw Ggezwawen.
Yibbwas iruh Yusef ad iwet y u r A t Q asi, yensa din. A zekka nni
yekkr-ed, irra y e r Yezwawen ad iwet day y ursen. Deg-gwebrid
imlal d kra 1-lyaci n A t Q asi, qqim en as i lm al Ggezwawen a-t
quccen. Ihar amek ara yexdem : ad yini ? yezzenz ; ad iqqim ?
ixdaa. Akken ibbwed inteq y e r W ezwaw inna yas :

Belleh ar-k azeny a ttir


ar W ezw aw fe h m a laaref
A â d a w d aaqqal
a d a k iqsed a su lef
G rebbi l-lexyal
i-gecca tibhirt yilef.

Azwaw ifhem im aana. Inteq y e r A t Q ubâin : — yalleh s


iâawdiwen, rekbet.
Akken achal arm i d yibbwas inna yas udeggwal is i W ezwaw :
— Ad ruhey ad ak-d awiy laan ay a n At Qasi. Inna yas : — Ruh.
Mi-d yuyal inna yas : — Bbwiy-d laan ay a s ccert. Inna yas
W ezwaw : — D acu n ccert ? Inna yas : — A truhed ar leflani n At
Qasi s llebsa n tm ettut. Inna yas Uzwaw : — Ad ak yaafu Rebbi.
Irkeb yef-fuâaw diw . Iruh in y a win m echuren akw deg At Qasi.
N yan-t ula d nejt,ta. Qbel ad iruh inna yasen i wid t-isteqsan :

I f f i r ad m m te'i d A zw a w
w a l’ad â ic e j d H lim a.

Igga-d mmis, qqaren isaa abernus iruc s ddheb.

90
D. A vec les A zouaou

14. Plutôt m ourir A zou aou

Les A zouaou investis com me chefs de Tikobaïn, au même titre


que les O ukaci l’étaient de T am da, entraient avec eux dans des
rapports soit d’alliance soit de rivalité.
Yousef, lors d ’une tournée, se rendit d ’abord chez les O ukaci, puis
de là chez les A zouaou à Tikobaïn. En cours de route, il rencontra
des hom m es des O ukaci en em buscade pour razzier les troupeaux
des A zouaou. Yousef, perplexe, se dem andait s’il devait avertir ces
derniers. Il se tira d ’affaire à son arrivée en adressant ces vers à ses
hôtes :

Par D ieu oiseau que j e t ’envoie


C hez A zo u a o u D is-lui E ntends-m oi esprit perspicace
L 'en n em i fertile en stratagèmes
A tte n d l ’occasion d ’attaquer
C ’est près de l ’épouvantail
Q ue le sanglier ravage le jardin.

A zouaou, saisissant le sens de ces vers, com m anda aussitôt à ses


cavaliers de se m ettre en selle...
Plus tard, le beau-frère d ’A zouaou s’entrem it pour le réconcilier
avec les O ukaci. Il se rendit chez eux et revint bientôt avec les condi­
tions que les O ukaci m ettaient à l’accord : qu’A zouaou se présente à
eux en habits de femme. A zouaou rem ercia son beau-frère pour ses
bons offices.
Peu après, il se rendit chez les O ukaci à cheval, tua leur chef,
avant d ’être lui-même tué. A vant son départ, comm e on lui dem an­
dait le but de son équipée, il avait répondu : « J ’aime mieux m ourir
A zouaou que vivre H alim a » (H alim a est un nom de femme).

91
15. Am tnina di zzerzur

M uhend Bbw ezw aw ahrur


um lih m babas A am er
Ur ak issugut lehdur
deg-gul is i-gferru ccwer
A m tnina d i zzerzur
akken i-gxeddem ney kter.

16. W in yaaran w ayed a-t-idel

A lehm am ar k nceyyaa
neqqel deg-gifeg ik aajel

y e r Yezw aw en arraw n ssbaa


hder siwel
W essi ten f tagm af tenfaa
win yaaran w ayed a-t-idel
A wi yu fa n B u C cnayaa33
ard as im el
L h i f n tagmaf iwaar
issewrat ddel
A adaw en attebbren fella s
ad fe lla s sewwqen yedder.

33. Yiwen deg-G ezw aw en ism is H m ed ; seg-gw akken a n d a tella tecn aay t
a-t-id yaw i q q arcn as : H m ed bu ccn ay a a.

92
15. Epervier parmi les étourneaux

M o h a n d des A zo u a o u
D igne fils de son père A m a r
E st avare de paroles
Les décisions il les p ren d à part lui
Epervier p a rm i des étourneaux
A in s i est-il ou p is encore.

16. Que le frère habille son frère

Va ram ier m on messager


Prends ton vol hâte-toi

Vers les A zo u a o u race de lions


parle-leur et dis
Veillez sur la fra tern ité vous vous en trouverez bien
Q ue le frè re revête son frè re nu
A h rencontrer le Valeureux34
E t lui dire
D ures sont les peines causées par des frères
E lles engendrent la honte
Elles livrent à la loi des ennem is
Q ui décident p o u r vous de votre vivant même.

34, A hm ed, ainsi su rn o m m é à cau se de scs exploits.

93
E. Akw d At Yanni

17. Ssbaa di tezg* um eyrus

Zik ilia deg G aw aw en yiwen lâarc qqaren as lâarc Ubelqasem .


U yalen m zebbw aan garasen, bdan, kul tad d art terna y e r laarc i-s
yehwan. Di Tew rirt 1-Lheggag, yiwet di tudrin nnsen, llan sin lesfuf,
yiwen irr’ akka wayed akka. A qerru n ssef iddan d At Yanni ism is
A am er At M hemmed. Ibbwi-d fellas Yusef :

A a m e r u M hem m ed a Ixetyar
a ssbaa di tezg ' um eyrus
A tm a te n is bhal ttyar
ass n ttrad hed ur ixus
A t Yanni sm edn as leqmar
a yt rray deg-giwen ufus.

18. Tufeg ttnefxa di ttnasif

Imi tebda tad d art y e f sin, kul lâarc ikkr-ed ad-d inhel
yef-fidenn-is, ulam m a qbel ayenni ur m saadaw en ara. Ikker ttrad
anda ur ilaq. Q qaren d Yusef i-d yebbwin assen :

A lexbar i-d yennulfan


aâudubilleh y a la tif
Tarwa l-legwad nnuyen
atm aten tebdi4 a n n i f 35
A m zzebra ger ifdisen
tufeg (inefxa di Ifn a s if}i.

35. Ney : A l Y a n n i y a k w d A t W a s if
36. N ey : T errez nn esba d i Hnasif.

94
E. A vec les Ait Yenni

17. Partisan

La tribu Oubelkacem ayant éclaté, les villages qui la com posaient


sont allés s’intégrer chacun à la tribu de son choix. Celui de
T aourirt-el-H adjadj était partagé en deux partis : le plus nombreux
voulait rejoindre une tribu voisine, l’autre, dirigé par Ameur Ait
M hemmed, voulait s’intégrer aux Ait Yenni. Sur ce dernier, Yousef
com posa les vers suivants :

Excellent A m e u r A it M h em m ed
L ion dans une fo r ê t de jeu n es p la n ts
Tes frères com m e des oiseaux de proie
L e jo u r du com bat sont tous là
Les A it Yenni t ’ont p rêté m ain-forte
En gens à décisions unanimes.

18. U ne guerre fratricide

Chacune des deux tribus soutenant ses partisans, la guerre éclata.


On attribue à Y ousef ce court poème :

L ’étrange nouvelle qui vient de paraître


M on D ieu préserve-nous
L a guerre a éclaté entre enfants de nobles
C hacun défendant son honneur
Telle l ’enclum e battue des m arteaux
La fie rté brisée en deux a volé en éclats.

95
19. G edha s Ibarud lexzin

M’aa yekker ttrad ilaq kul yiwen ad iheggi Ibarud. Yibbwas


Yusef-u-Qasi ittef tacullit l-lbarud at-t-izzenz di L arbaa At W asif,
iqqim di tebburt n ssuq. A ta yusa-d yiwen si tad d art A t Rbah
(M âarc U belqasem ) inna yas :
— Achal aw ren-a a ameddakwel ?
Inna yas : — Siwem
Inna yas : — A-k fkey îJmen.
W erdin yebbwd-ed yiwen Uwasif, inna yas :
— Achal lbarud-a a dda Y usef?
Inna yas : — A mmi ata uâardi ya yefka jtm en.
— O ? nek fkiy ak buâacrin.
Cwit akka atay a Uyanniw :
— Amek Ibarud a dda Y usef?
— Atna iâardiyen-a yiwen ifka .tjmen, wayed buâacrin.
Irnu yas di ssum a U yanniw nni, irnu Uwasif, uyalen wa irennu
Vef-fa armi t-ssawden tlata-u-nefs, assenni atas. Inteq Y usef inna
yasen :
— Tura a tarw a berka. U l’ay ternum . Lbarud ad awen t-bdiry.
Inetq-ed U rbah : — Ad ibdu y e f tlata.
Inna yas Yusef : — W ah ! A nnect-a d ayen ibanen. Amek ? Tefkid
ssum a irn’ ur tejtaw id a ra ? Argu kan ad sellkey wigi.
Iddem Y usef ar i^ektili yiwen w aâbar i-W w asif yiwen
i-W yanniw, arm i yfuk. Inteq U rbah :
— I wayla-w ?
Inna yas : — Argu kan. Ayla-k ha-t deg-gwecwari. Ticki ad ruhe-y
a-k-t id awiy.
Ayen deg la tfem xasam en, lyaci yezzi-d la ifhessis. Iiuâa
ten Yusef inna yasen :

Gedha s Ibarud lexzin


f/a/ey di tizi l-lyila31

37. NeY :

A Ibarud a bu u m eq ya s
a w in issfalen i tizz a

96
19. G loire à la vieille poudre

Yousef vendait de la poudre au m arché quand arrive un homme


du village des Ait Rbah 38, qui, croyant que l’outre q u ’il avait devant
lui contenait de la farine, la m archande com m e telle. Sur ces entre­
faites se présentent deux autres clients, l’un des Ait Yenni, l’autre
des A it O uasif, tribus alors en conflit justem ent à propos de la dé­
volution des villages O ubelkacem . Ils se m irent, par point
d’honneur, à enchérir l’un sur ' ’autre jusqu’au m om ent où You­
sef, jugeant trop élevés les prix qu’on lui proposait, arrêta la
surenchère, ajoutant qu’il allait partager la poudre par parts égales
entre les deux com pétiteurs. L’hom m e des Ait R bah réclam a aussi
sa part. Yousef lui dem anda d ’attendre, fit le partage en deux, puis,
s’adressant aux spectateurs nom breux qui étaient là, dit :

G loire à la vieille p o u d re
M on recours au jo u r critique

38. V illage d e l’an cien n e trib u d es O u b elk acem .

97
D A y a n n iw akw d U w asif
i-t im zayaden s leyla
L uka n am-M erbah m eskin
(ili t-icca d lâula.

20. M m is n taggalt aras

La ikkat yibbw as Yusef. Akken ifuk tluâa-t id yiwet taggalt tenna


yas : - I mmi, ayen ur t-id cekkred ara ? Yerr as :

M m is n taggalt aras
ur itfagw ad tirsasin
Ur ikka t ur ifwexxir
ur itfadded di tyaltin

Ur tefrih wergin yem m a s


ur teqrih a-t-id awin.

21. N e y ijeylaf

Uyalen-d yibbw as At Yanni seg m enyi. R ran-d yidsen im errza d


lmeggtin, zzlen ten deg-giwet tejm aâit, Yusef akken yehder. M azal
kkiren ata yebbwd-ed yiwen inna yasen : — N esyers-ed Ifetna
nekwni d At A aysi, m ehsub yer Igiha nniden, yili tam ezw arut m azal
tefri. Inteq um edyaz inna yas :

W eyya k a rrsas
taw id abrid aardi

N ey ijeyla f
widen ifnusun ger wulli

Tegged ilm ezyen


ad yessen nqabel A t A a ysi.

98
Un Yenni et un O u a sif
Enchérissant l ’un sur l ’autre se la disputaient
Quant l'Arhah le pauvre
Il l ’aurait mangée com m e farine.

20. Im pavide sous les balles

Le dram e n’est pas seulement tragédie, il est aussi jeu. A une


femme qui se plaignait que le poète n ’eût point parlé de son fils dans
ses vers :

L e bel enfant de la veuve


E st im pavide sous les balles
Il n ’attaque ni ne recule
N i ne se profile sur les crêtes
Sa mère ja m a is n'a connu la jo ie
N i la douleur qu'on le lui ram ène m ort.

21. Sur deux fronts

Les actes d’un individu, dans une société où il n’y a pas de


pouvoir politique constitué, engagent tout le groupe. A u retour d’un
com bat, on avait étendu sur la place les m orts et les blessés quand la
nouvelle arriva qu’à l’autre bout de la tribu on avait déclenché un
autre conflit. Y ousef était là.

D e grâce p lo m b des balles


S o is clém ent

Tue les pleutres


Q ui s ’abritent au m ilieu du troupeau
M ais préserve les jeu n es guerriers
Que nous puissions les opposer aux A it A isi.

99
22. A ss n ftlata

A addan rbaa iseggwasen si ttrad, tam a ur tugim tayed. Yibbwas


(deg-gwas n tflata) zedmen At Yanni f tad d art n Tew rirt
1-Lheggag, rran ten id yexsimen nnsen ur d-bbwin ara. Ibbwi-d
Yusef :

W in ur n-hdir
A s s n Hlata tam eddit m i-d ccuddu

K u l tiym ert la-d tteggir


k u l azniq la-d iserru39
I tin ur ib yi R eb b i
âaddi-k m ’ atneghed a z m 40

39. « S ru » s tm a z iy t y u re s sin inum ak :


1°— « ili ssbeh an d a n kra. »
2°— « xdem s laajlan . y iw el. h ir »
S tm aziy t llan tla ta w aw alen inum ken « ili ssbeh » :
1° « sru » = « ili ssbeh » s tm aziy t n W atlax A lem m as
S tsiw it n tm urt m M aser, « asru » = « ssbeh »
2° « nzi » = « ili ssbeh ». tan zit = ssbeh s tm acey t.
« tan zeg t » = ssbeh s tcaw it.
S teq baylit « yenzi-k ixir » = « sb ah elx ir ». « nm enzu » ~.
am ezw a ru deg-gw atm aten.
3° « fu » = « ali ay-as ». s tm aziy t n W a tla s A lem m as. s tcelhit.
s tm acey t atg...
S tm aceyt « tufat » = « ssbeh », S teq b ay lit atg... « lafat » -
tty a.

40. S tm a c e y t « nges » = berrez. wwet s uqerru

100
22. Mardi

Après quatre ans de guerre indécise, les Ait Yenni, pour en finir,
décident d ’attaquer un m ardi. Ils sont repoussés.

A h n ’avoir pas été là


M a rd i soir quand on en vint aux mains
C haque coin dégorgeait des hom m es
C haque rue de grand m atin en grouillait
M ais sans la volonté de D ieu
Peut-on ébranler le rocher ?

101
23. A ss l-lexmis

Azekka nni 1-larbaa aawden anejm aa. Fran ad uyalen i wzekka


nni. Ass l-lexmis aawden zedmen, hewsen tad d art, hudden-f,
sseryen-t. Ffyen xemsa u sebâin 1-lmeggtin. Inna yas um edyaz :

i.l Belleh a ttir m a d w ’iserrun*1


ddu deg llyag42
A t Yanni lâaz n tudrin
sellem -i y e f at wagus mehrag

u .5 A s s l-lexm is m ay sert zzin


ikker waâjaj
Ibda Ibarud l-lexzin
la yeffen ta j43
X e m sa u sebâin ay geylin
y as y e fT e w rirt l-Lheggag

ni. 1J A r id-a m azal ten din


i te m b w e tta f4
yer taassast ggaren aawin
k u ly u m d asrag
Ulac tifrat yiw en ddin
y as m a tekna ney atteggag

iv. 17 A ttir yu fg en iâalla


ifer h u zz it
H ebsen legwad lem dilla45
hed m a n z e n it
A sse n ur irbih sslam
m i m yugen ttrad n tw a yit

41. « sru » : z. zl. 39.


42. « llyag » : ijla u n am ek bbw aw al-a.
4 3 . « ntej » : a h a t t-ta ly a nniden n « nteg ».
44. « m bw ettej » : a z a r bbw aw al d « te j » = u ry u . Z. s teq b ay lit : « itij »,
« ifettiwej ».
45. Ijla u nam ek is, ney a h a t : « la âa d la » = d ay em , kultas.

102
23. Jeudi

M ercredi, il y eut une réunion, où fut décidée une nouvelle


attaque pour le lendemain. Le village est enlevé. Yousef com ­
posa :

I. 1 Oiseau par D ieu sois m atinal


Va dès l ’aube
C hez les A it Yenni l ’honneur des tribus
P orte m on salut aux hom m es toujours armés

II.5 Jeu d i ils ont encerclé le village


A u m ilieu des nuages de poussière
L a vieille poudre
S ’est m ise à crépiter
Soixante-quinze guerriers sont tom bés
P our la seule Taourirt-el-H adjadj

ni. 11 Ils y so n t encore aujourd'hui


A u m ilieu des éclairs des coups de fe u
Ils prennent des provisions p o u r la garde
C haque jo u r harnachent leurs m ontures
P oint de quartier une seule issue
L a soum ission ou la ruine

iv. 17 Oiseau au haut vol


D éploie les ailes
Vers les guerriers valeureux enfermés tout le jo u r
E t que nous ne voyons plus
L e jo u r f u t fu n e ste
O ù ils se sont livré un com bat désastreux

103
v.23 Tlatin hesbey kam la46
ssarden sem m dit
A y geylin deg ttw ila47
y e f teqbaylit
K ra b b w iy e tte fh e d l-îyila
icca ten ttrad m sakit

vi.29 T frey-k a w ahed Ihennan


L leh wer nettis
D â a y -k s sshab lâayan
A a li d yerfiq en is
Tegd ay deg Igennet am kan
jm a a akka d-nefhessis

24. T aq sit tam ezw arut

Cwit seg ifra ttrad iruh Yusef ad iwet di tad d art At A abbas deg
A t W asif. Yufa-n izw ar it yiwen um edyaz ism is Belqasem. Ibda la
ikkat, jm aan as sebâa fjaabgat n zzit, arm ’ ata yiwen ifly-ed seg-
gwexxam is, isteqsa wi la ikkaten, nnan as : d leflani. Inna yas : D
ac’i-t-id ibbwin yurney ? N e # a d ahbib A t Y anni. Yak d nefj’i d as
innan :

46. A m a n A t Y an n i k an m e n y ir ixsim en nnsen (im i deg-w fir 9 y en n a-d xem sa u


sebâin), am a y ezd u k el dagi sin isefra win d-in n an w a.
47. « ttw ila » = ab eck id ay e z z fa n (w in isaan se b â a rrb ati).

104
v .23 Ils étaient trènte en tout
Lavés et refroidis
C om bien de longs fu s ils sont tom bés
P our l ’honneur kabyle
L ’instant critique les a saisis
L a guerre les a dévorés pauvres d ’eux

vi.29 D e grâce D ieu unique


Inaccessible au som m eil
Je te p rie p a r les nobles hom m es
Par A li et ses frères d ’arm es48
A u Paradis accueille-nous
Tous tels que nous voici assem blés49.

24. Peu après

Yousef s’étant un jo u r rendu à A it A bbas, village des Ait Ouasif,


trouva un autre poète (Belkacem) déjà sur les lieux. Il se produisit à
son tour et on lui ram assa sept charges d’huile ( 1 120 litres). Sur ces
entrefaites, quelqu’un nouvellem ent arrivé sur la place dit à haute
voix son étonnem ent de voir au village Y ousef qui, com m e chacun
savait, était l’ami des Ait Yenni. N ’est-ce pas lui qui a dit :

48. Ali : fils d ’A b o u -T aleb, lui-m êm e frère d ’A b d a lla h , père du P rophète


M o h a m m e d , c h a m p io n légendaire de la foi.

49. S o u rce : S alem A it M a am m er ne c o n n a issa it que les vers 5 à 10, dont


d ’ailleu rs les deux p rem iers étaien t ainsi m odifiés :

W in u r neh d ir
/ I s s l-lexm is ta m ed d it m i tem b w etta j

san s d o u te p o u r d o n n e r au sizain exactem ent la m êm e form e que le précédent.


Le p o èm e, tel q u ’il se tro u v e ici, a été re tra n sc rit su r un m a n u scrit a ra b e d ’un
m a ra b o u t d e T a o u rirt M im o un. O n peut se d e m an d er s’il s ’ag it réellem ent d ’un
m êm e p o èm e. L a rim e ch an g e tro is fois (tn-qj, p u is a-it, puis an-is). E n co re le vers 1
est-il h o rs série. M ais m êm e si l’on co n sid ère le siz ain final com m e une conclusion
classiq u e su rajo u tée, il sem ble qu’on ait affaire à deux poèm es (1 -1 6 et 17-28). Ce
qui ex p liq u erait que le n o m b re des m o rts soit de so ix a n te -q u in ze d a n s la prem ière
p artie et tre n te d a n s la seco nde, à m oins de co n sid érer qu e le prem ier chiffre
con cern e à la fois les m o rts A it Y enni et ceux de leurs ad v ersaires.

105
A belleh ar-k azeny a ttir
ssbeh zik huzz afriwen
Tlata tuddar nni
u ryessen t aadley yiw en

Ihi :

Tlata tuddar kejfunt


ssin ur zegger sani.

Inna yas Belqasem : — M a yeby’ ad iwet, ad-d-iwet qbel deg At


Yanni. Isla yas Yusef inna yas :

N e k d A t Y a n n ig ren t tesyar
nitni inu nek baney nnsen
N e k ur lliy d aheqqar
nitni ssnen ay-d ffaken
A t uqerm ud akw inu
at lesduh n Belqasem .

N nan as : — Ya ? W am m a kr’akka d ak nejm aa n zzit m azal ul ik


idda d At Yanni. Ihi uheq win d win zzit agi m a tebbwid-f. Iâared
um edyaz ad as-d rren zzit, ugin. Akken arm i d tthur.
Akken iwala sked anw ’ abrid ur asen-d ibbwi m azai ttfen deg-
gwawal nnsen, iddem, ibbwi abrid y e r A t Yanni. Ilehhu yefj:awi d
ifyar.
Ikka w asif ger A t A abbas d At Yanni. Si ta d d a rt arm i d asif
yebbwi-d :

106
Par D ieu oiseau sois m on messager
E t de grand m atin bats des ailes
Vers les trois villages50
A q u o i j e ne trouve p o in t d'égal

M ais :

Trois villages sont vite jin is


E t de là ne va nulle part.

Belkacem ajouta que si Y ousef voulait venir se produire chez les


Ait A bbas, il devait critiquer les Ait Yenni. A quoi le poète
répondit :

Entre les A it Yenni et m o i les dés sont je té s


Ils sont à m oi et m o i c ’est clair j e suis à eux
M o i j e ne leur m esure p o in t l’éloge
E t eux savent m e p a yer de retour
A m o i sont tous les toits à tuiles
A Belkacem les m aisons à terrassesS1.

Le poète aussitôt se leva et prit le chemin des Ait Yenni.


Une rivière sépare ces derniers des Ait A bbas. Y ousef com posait
en m archant. Entre le village et la rivière, il fit les vers suivants :

50. A v an t le co n flit, les A it Yenni étaien t effectivem ent com posés de trois
villages : T a o u rirt M im o u n , Ait L a rb a a , A it L ahcen.

51. Ces vers su p p o sen t q u’à l’ép o q u e les m aisons des A it A b b a s étaien t à
terrasses. Elles so n t a u jo u rd ’hui à tuiles, m ais il reste encore d a n s les villages de la
région les plu s p ro ch es d e la m on tag n e b eau co u p de m aiso n s à terrasse s.

107
1.1 B ism illeh annebdu lhasun
a ihadeq fhessis
K k a te y Imaani s rrzun
ssakw ayey Igis
M a d zza a y m nni ten ifraggun
issen deg-gul is

ii.7 Belleh a (tir m a d w ’iserrun52


k k e r ssbeh lehris
L em b a t adrar n A t Betrun
res di tlem m ast is
T int asen am m ar ad kukrun
ad-d igwri îaaz s l/edl is

n i. 13 I win ur islik waldun


a c ’ay d lem nâ is ?
M elt-i d a c’ ara t-ikfun
g-gwas illan d uhrisn
ur l i[{fuku tfehhlil d zzbun
ahlil-k a win ur nebgis.

iv. 19 D acu d ssebba n tirwassi


arm i msababen ?
U fiy ten âaddan tilas
iâdawen zaden
Tawrirt-l-lheggag tikli bbwas
ar (- (faîbaben

v.25 L a tfem degdagen kullas


lakayen tfyelben
Taddart tehden ar Usas
hudden yeyraben
M e k k u l wa yegga lhara-s
ruhen irkw el saben

52. « Sru » : z. zi. 39.


5 3 . N ey : w e h m e / d ac'ara r-ifdun
seg Igil urthis

55. « tirw as » : si « ir » ( = u r nelhi ara ) + ass. A m « tirg a ra » : si « ir # + ta g g a ra .

108
i.l A insi j e m 'en vais préluder p ar D ieu
Q ue l ’avisé m ’écoute
Je com pose les apologues avec art
J'éveille le p euple
M o i le p reux qui place m es espoirs
E t m a confiance en lui

ii .7 Oiseau de grâce hâte-toi


L ève-toi de grand m atin
A rriv e la nuit sur la m ontagne des A i t B etroun54
E n son plein centre
D is-leur de bannir toute crainte
A la fin l ’honneur p a r la grâce de D ieu leur échoira

in . 13 C ar celui que le p lo m b des balles ne sauve p a s


Où sera son salut
Q ui dites-m oi l ’épargnera
A u jo u r critique
Suppliques ni flatteries ne le préserveront
Pauvre de to i si tu es désarm é

iv. 19 Q uelle f u t la cause du conflit


Celle qui lui donna prétexte
C e f u t j e pense les prétentions
A b u sives des ennem is
E ntre Taourirt-el-H adjadj et eux il y a une journée de
[m arche57
E t ils la convoitaient

v.25 C 'étaient des heurts quotidiens


M ais à la fin ils ont été vaincus
L e village a été détruit de f o n d en com ble
Ses m urs abattus
C hacun abandonnant sa m aison
A lla it à l ’aventure
54. A it B etroun : co n féd ératio n d o n t font partie les Ail Y enni.

57. A m p lificatio n p o étiq u e : cette « jo u rn ée » d a n s la ré a lité , fait à peu près deux


heures.

109
VI. 31 L em m er d imsaafen berka ddwas
rray a-t-sewwben
i.'..i
L am a a n 'A lb a a d d laadda s
m ti-t-helled ard ibbwaaben56

vii.35 L leh la iyelb ik a rrsasi9


a zza a y m ifnuben
Issay i babis tissas
w ’a ra -kya a m m d en ?
Iflarra laad' ar tilas
Igahel n-ne([a ay t-iddben.

Dagi yezger Yusef tasift. Ssyin arm i d A t Yanni yebbwi-d :

vm.41 D h u -d d îmersul
belleh a ttir ma d w ’ifsusen
A brid ik m ellul
ers Iwad zger iftisen
Sellem aala S tem b u l
A t Y a n n i lem bat yursen

ix .47 y ur ayt Im aaqul


d aw al n sswab ar t-kem sen
Ur degsen am ehbul
yas win ihedqen yessen
M a habben-k s wul
m a trud a-k-id- ssedsen

x.53 Uheq Im enzul


d kra y eyra n deg kwerrasen
Y a kw d nnbi n a su l
d ugellid i-y-d iâussen

56. Iqder xussen sin y efyar ger 32 d 33.

59. N ey : L leh la iy e b b n -e k a n s a s

110
vi.31 S ’ils avaient été p lu s accom m odants à quoi bon les
[querelles
Ils auraient suivi la voie de la raison
U
M ais tels sont quelques-uns que
Plus on les supplie et p lu s ils regim bent58

vii. 35 Q ue rien ne t ’avilisse p lo m b des balles


R ecours du guerrier
Tu sèm es l ’effroi
Car qui p e u t t ’affronter sans crainte
Tu reconduis l ’ennem i ju s q u ’en ses bornes
Tu dom ptes l ’insensé.

Le poète arrive alors devant la rivière, la traverse et, de là


ju squ’au prem ier village, com pose :

v m .4 1 Porte m on message
P our D ieu oiseau sois léger
B lanche est ta route
D escends dans la rivière traverse la vallée
E t p o rte m on salut à Istanbul
A u x A it Yenni ton gîte p o u r la nuit

ix.47 Ils so n t gens de sens


Q ui retiennent les sages paroles
P arm i eux p o in t d ’insensé
M a is seulem ent des hom m es de m esure de savoir
Es-tu leur am i vrai
Ils fe r o n t succéder le rire à tes larmes

x.5 3 J ’en ju r e p a r la révélation


P ar ceux qui lisent dans les livres
Par le Prophète
Par le Souverain M aître notre gardien

58. P a r ces vers, le poète sem ble av o ir épousé ce qui est m anifestem ent
l’idéologie d u p o u v o ir (celui des deys d ’A lger), p o u r qui les trib u s k ab y les irrédentes
étaien t su rto u t un g ro u p e de récalcitra n ts.

111
Ur âadiley fe fh u l
d w id illan d afrasen.

Ibbwed Yusef yer At Yanni, ikcem tad d art n Tew rirt m-M im un,
iluâa ten akka :

x i.59 Ssalam u âalikum d a ssyud60


A y t Tterkw L eh n u d
ultacen n at « balek ttriq -»61
R ebb ' ard awen idum
ternum tagm af d {fufiq
A r tefm aâuzzum
kulha ye f gm as iriq

xii.66 A s m i llan lehm um


te lia tagm af ur tefriq
A y a n n iw m aâlum
ifreh win t-isâan d ssdiq
ggan-d akw ssm um
d i lâarac hed ur intiq

xni.72 A win m i tefdum


ay agelîid a irafiq
A win ur nesâi adrum
te[tarrad win zuren rqiq
D â a y-k s H m idun
s in f ay ddnub s ffelhiq.

N nan as : — A Y usef d ac’akka ?


Ihku yasen. Berrhen di tuddar n At Y anni, iw akken ad-d iruh
lyaci ad ihess i w m edyaz Yusef. Iwet. Jm aan as zzit arm i d sebâa
ttaabgat d kra.
Q laan tam eddit yer tad d art ideg iwet um edyaz. Mi ttaqrib
ad-d-iyli yid, zzin i tad d art si tlata idisan. C eggaan yer lam in n tad-

60. « d » deg-w fir-a u r y u re s a ra unam ek.


6 1 . « u ltac » (s tterk w it : « yo ld ac ») d aask riw aterkw i.
« balek ttriq » : (s ta a r a b t : egg ab rid ), a k k a iq q aren laask er n T te rk w i ly a c i,
m ’aa lehhun deg zen q an 1-Lejzayer.

112
Je ne m ettrai ja m a is sur le m êm e p ie d les preux
E t la lie des hommes.

Le poète arrive au village de T aourirt M im oun, où il trouve les


hommes assemblés sur la place. Il s’adresse à eux :

x i.59 S a lu t à vous lions


Turcs d ’A sie
O ustachis à qui l ’on cède le pas
D ieu rende à ja m a is perdurables
Votre fraternité votre accord
Votre am our m utuel
Que chacun p o u r son frè re com patisse

x i i .66 A u tem ps des épreuves


Sans fissu re était votre fra tern ité
Les A it Yenni étaient renom m és
On recherchait leur alliance
La trace de leurs coups se retrouve partout
N u l ne pouvait se dresser contre eux

x i i i .72 Éternel Dieu


R o i m on protecteur
T o i qui n ’as p o in t de clan
T o i qui rabaisses les puissants
Je t ’im plore par M o h a m m ed
A ccorde-nous le ju s te pardon de nos péchés.

On dem anda à Y ousef la cause de son ém otion. Il conta sa


mésaventure. On envoya alors un héraut faire le tour des villages et
inviter tout le m onde à venir écouter Y ousef arrivé dans la tribu. Le
poète chanta. La quête d ’huile qu’on lui fit dépassait les sept charges
qu’il venait de perdre.
Le soir un contingent se dirigea vers les Ait A bbas. Sur place, il se
scinda en trois groupes qui entourèrent le village ; puis on envoya
dem ander à l’am in du village s’il était décidé à rendre l’huile dont le
poète avait été dépouillé. L’am in invita à dîner quelques hommes de
sa connaissance et fit rendre l’huiie.

113
dart nnan as : — La-k iqqar leflani d leflani d leflani n at leflani m’
ad-d rrem zzit ? Bdan A t A abbas la-d teffyen. A r ffarran akka d
w akka ; sani rran ad w alin tak u rt bbw abbu usebsi la teftafeg deg
genni (assen ulac girru, d asebsi kan i-gellan). Irr-ed lam in inna ya-
sen-d : — Int asen i leflani d leflani d leflani n at leflani, assa imensi
nnwen yuri, ruht-ed a-n-tawin zzit.

25. T aq sit tis-snat

1.1 K k e r ssbeh qbel rrkaal


a bu legnah a-k-nazen
M aday tey rid deg lewlat62
afriwen ik ard nhezzen
L em b a t ik d e g A t Yanni
ddar l-laaz deg Gawawen

h .7 Laarc nni tfu kn a zen


degsen ddin degsen ttaa
A s n ttrad m ’ara begsen
ttsu kku n deg laadu rrwaa
M i sen-d ger ise j a-t-megren
izger fellasen ddaa

in.13 y ur at laamara tewzen


A l Lehsen akw ed A t Larbaa
N -nitn ’ i-ge(meggizen
senteqqiden deg ssnaa
M i dir Iqul a-t-gelzen
ur jem m a a n y ir zzerraa

iv. 19 Bu legnah serrun65


neqqel deg ifeg ik ured

62. A la d a i-gella w aw al-a, ur iyw assen ara unam ek-is.


65. « Sru » : z. zl. 39.

1 14
25. Après

1.1 Lève-to i avant la prière de l ’aube


Oiseau ailé pour que j e t ’envoie
S i tu es expert en errances
D éploie tes ailes
A rrive la nuit aux A it Yenni
L ’honneur des Z o u aoua63

u .7 Tribu émérite
P ar sa f o i sa p iété
Q uand ils ont p ris les armes p o u r le com bat
Ils sèm ent l ’effroi p a rm i leurs ennem is
L a victoire s ’ojfre et ils la saisissent
Car ils ont la fa v e u r divine

n i. 13 Ils ont bonne m esure d ’armes


L es A it Larbaa et les A i t Lahsen
Ils p èsen t les actes
Ils étudient les techniques64
Ils dédaignent les dits insensés
Ils rejettent l ’ivraie

iv. 19 O iseau aux ailes rapides


Prends ton vo l et va

63. Z o u a o u a (en k ab y le Ig ao u ao u en ) : co n féd ératio n du cen tre de la K abylie,


dont font p artie les A it Y enni. Les p o p u latio n s du v ersan t sud d u D ju rd ju ra
appellen t ain si p a r extension to u tes les p o p u latio n s du v ersan t nord.

64. L ’a rtisa n a t (en p articu lie r l’arm u rerie, la bijouterie et la forge) é ta it très
dévelo p p é ch ez les A it Y enni et p articu liè rem en t d a n s ces deux villages.

115
L em bal Taw rirt-m -M im un
akm in fellasen i-gaaqqed
S e lle m -iy eflq u b b a l-lemdun
fellasen i-glaq anmegged

v.25 S idi H m ed nethella zr-it


U -Lm uhub izem
L ew laya tarebbanit
bab l-lxir igem
Taddart is urgin tecm it
rray idebber a-t-ixtem

vi.31 S id i Rrabaa bu txeslit


a lhafed nnajem
Bab l-leqwran d lehdit
isseyray dyem
D awal is S id i imelleh it
w ’iby u y e k re h ney yasem .

D agi yekkr-ed M uh at Lem saawd si Tew rirt m -M im un, inna yas :


— A dda Yusef, atn a dag’ at Tew rirt 1-Lheggag ; m ’ ur tn-id cekkred
ar’ ula d nitni ad cchen. Izzi um edyaz yiwen ubrid di tgertilt nn’ ideg
iqqim, iwet di tegdemt, inna yas :

vu. 37 R eb b i ay ayt Imehdur


Taqsit a-f-nebdu y e flfa
Sm u zg u tet6*fe h m e t lehdur
a kw en sseyrey di Imaarifa
A r d awen berrze'f lum ur
am -m idrim en di sselfa

68. « Sm uzget » : qr. « am ezg » = « am ezzuy ». asgw et is d « im e/.pan » ney


« im ejjan ».

116
G îter la nuit d Taourirl M im oun
É tai de l ’honneur
Porte m on salut d la m étropole des villes
D ont il fa u t pleurer les épreuves

v.25 Sois diligent rends visite à S id i A hm ed


O u-E lm ouhoub le lion
Saint p a r la grâce de D ieu
E t bienfaiteur généreux
S on village ja m a is n ’a connu l ’opprobre
Car il m ène à terme ses décisions

vi .31 L ’ém érite S id i R abia66


Clerc très puissant
E st versé dans le K oran les hadiths61
Il les enseigne sans répit
Il est doué du don de bien dire
M algré la haine et m algré l ’envie.

En cet endroit, quelqu’un fit rem arquer à Yousef qu’il n ’avait pas
fait mention des gens de T aourit-el-H adjadj, qui se trouvaient
m aintenant parm i les assistants. Le poète fit une fois le to u r de la
natte sur laquelle il évoluait et, ad o p tan t un autre systèm e de rimes,
enchaîna :

vil.37 Par D ieu assistants


C e p o èm e j e vais le préluder en « f a »10
P rêtez-m oi l ’oreille com prenez m es dits
Je vous enseignerai la sagesse
J e fe r a i p o u r vous toutes choses
A u s s i distinctes que des pièces de m onnaie dans une
[bourse

66. A h m ed -o u -E lm o u h o u b et R a b ia so n t des m a ra b o u ts de T a o u rirt M im oun,


petits-fils d ’A li-o u -Y ah ia, le fo n d ateu r de la lignée, venu de la S ag u ia E lh a m ra
(su d -o u est m a ro c a in ) au x v i's iè c le .

67. Les recueils de tra d itio n s du P ro p h è te o n t fini par don n er lieu à une véritable
science.

70. L ettre de l’alp h a b e t ara b e qui co rre sp o n d à / , ici p u rem en t sym bolique.

117
VIII .43 Tawrirt l-Lheggag mechur
y is m is di teqbal kaffa
S e lle m -iff a t wagus yeccu r
ur fhezziben i Ixufa
W ahed leklam d in y e q q u r
ay din y as tidef d ssfa69

ix.49 Lâarc illan y e ffu zu r


am zun d L kaaba Cr(fa
Ifettel it bab l-lum ur
taqbaylit ar din tekfa
M i âarrden ssy u d Iwuâur
a n h e llR e b b ’ a -d y a w i ccfa

x.55 S id i A a l’ a Ibaz y ife n ddyur


ay ucbih deg ssffa
I f ban ye f-fu d m ik nnur
t-taneslit deg ccerfa
Q erben-k a sidi Iwuâur
fr u ten ilezm ik kra

xi.61 Jlrey -k a Lleh Imechur


a bab n tezm ert teqwa
D âay -k s sshab ’ at wucbur
D A ali yeddben nnsara
L gent annezderf leqsur
âatq ay si Igahennama.

69. N ey : ur din y as...

118
v in .43 D e Taourirt-el-Hadjadj le nom est célèbre
E st la sainte K aaba
Salu t aux hom m es bien armés
Q ui ignorent les hésitations la peur
D o n t les décisions sont inébranlables
E t qui sont toute vérité et toute fra n ch ise

ix.49 O n rend visite à leur tribu


C om m e on va à L a M ecque
L e maître des choses les a distingués
Ils ont parfait le code kabyle
S i des obstacles s ’interposent à leur valeur
Im plorons D ieu q u ’il y pourvoie

x.55 S id i A l i fa u c o n de tous les oiseaux71


L e p lu s beau p a r la prestance
T on visage a l ’aura
Q ue les chorfas ont de naissance
L es em bûches te pressent de partout
Résous-les tu y es tenu

x i.61 D e grâce D ieu louangé


E t très puissant
Je t ’invoque p ar les com pagnons''2 à la lance
Par A li7i dom pteur des infidèles
Fais que nous habitions les palais du Paradis
E t sauve nous de la géhenne.

71. M a ra b o u t de T a o u rirt-e l-H a d ja d j, inconnu p a r ailleurs.

72. Les c o m p a g n o n s du P rophète, pieux (et preux) défenseurs de I’


26. Taqsit tis krad

i.1 A lehm am ar kn ceg g a a


neqqel deg gifeg ik sehheP4
M ’attekred lewhi n tzallit
ssbeh zik y bu Yesser15
L em b a t ik deg-gat Yanni
ultacen f-feg w lim n nnm er

h .7 D ayt um eslay d ukyisen


m i nnden y e f laadu y e k k e r
Y akw d ssnaa d egfassen nnsen
ayen tehw agedyaser
A ha! laadda y ursen
din ay tella Leçzayer

ni. 13 A win i ten idyaaw essen


A R e b b ’ ahbib a-k neffer76
yer A t Larbaa d A t Lehsen
adfellasen idum sser
A r d iyli nnhas garasen
ad hedrer-f i tagm af tesker

iv. 19 M a y lin di te zg ’ a-(-fersen


A y t m edheb tserrer
[-}
A la R e b b i sennigsen
Laarc nni yessager78

v.23 N n a n -i m edden A niwer


A afsih bded ar-k nsal

74. Sehhel : deg w nam ek anesli, ruh seg g w ed rar s a z a y a r (y e r ssah el) ; dagi d
win i glaqen, ack u ilaq as i ttir ad-d isub si ty a ltin A t Je n n a d s asif.
75. N ey : m a d a h b ib y e r B u Yesser.
y bu : u r d-iqqim a ra u m yag-a a m m a r ad y il t- ta ly a tis sn a t n jb u ?).
76. « J j e r », isseg d ik k a « su te r » d « m m ter », = d leb ; ixulef « t.ter « (s
« r » ufay) = jq irrew .
78. Iqder xussen sin ify ar ger 2 0 d 21.

120
26. Longtemps après

R am ier sois m on messager


Prends ton vol et plane
L ève-toi à la prière de l ’aube
D e grand m atin prends le chem in de l ’i sser
Fa va passer la nuit chez les A it Yenni
O ustachis sur des peaux de tigre

11.7 Ils sont hom m es éloquents et sages


Vainqueurs de leurs ennem is
L eurs m ains savent fabriquer
Tous les outils en abondance
Ils sont experts en armurerie
On s ’y croirait à A lg e r77

ni. 13 T o i qui de loin les gardes


D ieu aim é j e te prie
F ais que sur les A i t Larbaa et les A i t Lahcen
Ta grâce demeure
Q u ’ils ne se ja lo u sen t plus
E t que j ’assiste à leur fra tern ité retrouvée

iv .19 Ils sont défricheurs de fo rê ts


Ils p ortent des fu sils incrustés
l-l
Dieu seul est supérieur
A cette tribu com blée

v.23 On m ’a dem andé Où vas-tu


Poète attends que nous nous enquérions

77. V oir no te 64.

121
— y er A t Y a n n ’ aazm ey i sjfer
uyey abrid nefyaw al
A n h e llR e b b ’ ad ay yesser
yur yehbiben d nemyaacar

vi.29 A sse n d asaadiyedher


tegr a y-d Iqwedra nem lal
B bw dey s ihbiben nâucer
d-nem yussan si zik n lhal

vil.33 D Tterkw izedyen îebher


ay-asen ufiy d Imitai
Ur degsen lexdaa u nnker
siw ed ard ak hedren aw al
Fellasen i-glaq anhedder
ar naw ed akw seddu w akal

vin. 39 A y ahm am ar-k nceyyaa


neqqel deg ifeg ik delq as
Jm a a ten am rabed aqbayli
k u l adrum terzudfellas
W in tehwaged a d -yin ’A q li
m e zzi m w eqqer d aterras

ix.45 A y adlil aajl-i tikli


T igzirt isebbren i irsas
M i ddm en zzn a d yer t f u l f 9
yas a yt leghad im eydasso
Ssin tâaddid a ttir
S A g w ni h-H m ed Ikw eyyas

x. 51 A brid yer ta d d a rtyu li


Tawrirt m uhaben s tissas
C ekkrey bnadem afâali
tefban ger medden ccâara-s

79. T afuli : seg gw em yag « fel » (s tefran sist : d éb o rd er, env ah ir).
80. A m ey d u s -, a ru m i, im i ten y ettse n zik deg gw am an iw akken a ten seb y en
belli tfekkin di dd in n S idna A isa (s tefransist : bap tiser).

122
j ’ai dessein de m e rendre chez les A i t Yenni
S u r la route j e presse le p as
Je prie D ieu q u 'il m e garde la fa v e u r
D e m es am is fam iliers

VI. 29 L e jo u r f u t béni et clair


Où les destins nous unirent
Où j ’en vins à m e jo in d re aux amis
Q ue j e connaissais de longtem ps

vn.33 L es Turcs qui hantent les mers


S o n t à m es y e u x leurs ém ules
Ils ne trahissent ni ne renient
L a parole donnée
A eux doivent aller nos louanges
Jusqu'au jo u r de notre m ort

v iii .39 R am ier p o rte m on message


A tire-d’aile prends ton vol et va
Rassem ble-les m arabouts et K abyles
R en d s-to i dans tous les groupes
Tous répondront présent
Q u ’ils soient je u n e s vieux ou adultes

ix.45 P uis oiseau m on tém oin hâte-toi


Vers Tigzirt qui im pavide sous les balles
S ’arm e p o u r l ’attaque
E t la guerre contre l ’infidèle
D e là oiseau
R ends-toi vers le sage A g o u n i A h m e d

x.51 L e chem in m onte ensuite vers le village


D e Taourirt qui sème l ’effroi
Je loue en eux des hom m es d ’action
E ntre tous reconnaissables

123
Lew qam din ay ge((ili
ayl Ixiryu g a r atas

x i.5 7 A s n ttra d d eg g w em lili


kulw a la inedder am yilas
W in tehwaged a -d y in A q li
herz iten a Lleh war atm assi
A y agellid m ulani
a win illan d aassas
Lgennet annezdey lâali
kra ihedren da aafu yas.

81. Sin y efy ar agi (5 9 d 60) ad yil rn an , ack u tjem cab in d 43-44,
ta s e d d a rt degs 8 y efy ar, m acci 6 kan am -m im esdisen nniden.
Pourvus de droiture
Et de biens à profusion

xi.57 A u jo u r du com bat


C hacun com m e le lion rugit
Tous ceux que tu appelleras répondront présent
Préserve-les Dieu sans second
R o i m on maître
N otre gardien
Fais que du Paradis nous habitions les hauts palais
E t pardonne à tous les assistants.

125
F. Isefra nniden

27. Yusef d Maammer Ahesnaw

Imlal yibbw as y e r tad d art n At Lehsen deg A t Yanni Yusef-u-


Qasi d yiwen um edyaz isem is M âam m er A hesnaw seg Hesnawen.
Ruhen ad m jadalen s isefra. Gren taseq q art w’aa yebdun, tsah-ed
M âam m er, inna yas :

M âam m er

1 N n a n -i ya a b a Y u s e f 1
ssn ey-t-d ssid n Ssehra
M aday gella d lâaref
a nnem m ïksab i tussra
M a ïkecm it leghel y e x r e f
annem cettab iqerra

Yusef

7 A ngabik ar bu Imedmer
d bu leqsad n zzit
Izz an am gud iketter
ayla-s irefd it
Y u s e f issed lem dam er
ar-t ifâanad bu tkufit
M i-d iddem ssegs terrewrew
ur degs izid n tallit*3

M âam m er

15 A s i f m B ubhir iwâar
winna ur izegger uterras

82. A a b a : zid n nig w iy ad , faz.

83. N ey : a tte k fu deg y a n tallit.

126
F. Autres pièces

27. Joute poétique

Yousef, rencontrant un jo u r un autre poète (M am m ar) dans un


des villages des Ait Yenni, engage avec lui une jo u te poétique. Le
sort désigne M am m ar pour entam er la joute.

M am m ar

1 On m ’a d it Y o u s e f hors pair
E l j e le sais lion des sables
S ’il est sage
N o u s nous épargnerons
M ais si une fo lle dém esure l’habite
N o u s nous arracherons les cheveux

Yousef

7 Q ui te pousse à affronter l ’hom m e aux silos


E t aux jarres pleines d ’huile
Q ui a planté arbres à fo iso n
E t trône sur sa fo rtu n e ?
Y o u se f a entassé des silos
L e voilà en butte à l ’hom m e à la p etite couffe
Q ui s'affale dès q u ’on y p u ise un peu
Parce q u ’elle ne contient guère de grains

M am m ar

15 R u d e est le B oubhirM
Q ue nul ne traverse à pied

84. B oubhir : affluent gau ch e du S ebaou, q u ’il rejoint un peu après F réh a. O n y
trouve un m a ra b o u t renom m é.

127
M cubâad d lâud im cem m er
m i-t iw et iqelb as lehlas
A ssa tegr as-d lâinser
isseg d-}}agwment tullas

Yusef

21 N e k am Iwad Lherrac
m aalum m ’aa-d ifkerkir
M i-d ihm el iddem akw legyac
kra bbw in t-iâaden laxir
Tegr as-d iyzer Ixecxac
iffurqad ifâinsir

27 A zrem m uhabet lhara-s


s i z ik m sedhir
M aalum a Ihenc bu tsuqas
teggid di m edden akw nnfid
A ssa tegr as-d ibelhekkac
//// um ulab i({effir

M âam m er

33 C udden-t m ekrus
d im dehheb izuzar
N a yt Ikabus
b e x la f im dehheb n teytar
I-s-d iffyen di W ad D hus
afus deg-wfus
Iterkw iyen zdan-d adar
D ad d a k d A terkw i Igamus
ixerz // ssahel adrar
Tura tegr as-d bu ttnus
iby ’ ad y ides yem ya g a r

128
I l n ’est pas ju sq u 'a u cheval sellé
Q u ’il n ’abatte et ne desselle
E t voilà q u ’on lui oppose la source
O ù viennent puiser les jeu n es filles

Yousef

21 J e suis tel l ’oued El-H arrach83


Q ue l ’on voit dévaler de loin
Ses crues em portent les armées
I l m et à m al tous ceux qui le défient
Voilà q u ’on lui oppose le ruisseau c h é tif
Q ui im bibe ses rives et suinte

27 D u serpent le repaire est craint


On le connaît de tout tem ps
O n sait reptile à dards
Q ue tu as laissé tes traces sur p lu s d ’un
E t voilà q u ’on t ’oppose des têtards
Les lézards ont donc appris à siffler

M am m ar

33 Ils ont m o n té et noué


L ’étendard aux fra n g es d ’or*6
Les guerriers aux pistolets
E t aux fo u rrea u x dorés
Puis ils l ’ont sorti vers O ued D h o u s87
Ils allaient la m ain dans la m ain
E t du m êm e p a s les guerriers turcs
T on m aître est Turc p uissant
Q ui a soum is plaines et m onts
E t voilà q u ’on lui oppose
Un présom ptueux

85. E l-H a rra c h : petit fleuve qui se je tte d a n s la m er une q u in zain e de kilom ètres
à l’est d ’A lger.
86. L’éten d ard levé est un des thèm es classiq u es de la poésie héroïque.

87. O ued D h o u s : n o m que prend l’oued Sahel su r le territo ire des A it Y aala.

129
44 C clayem b b w eyd ’atarus
m i gger im i brant tinzar
Tam da um alus
ku l ayrus hat d in yu g a r
T ugw ed a rrehba ukerrucss
teqqim ed a tin ujenjar

Yusef

50 Tignew t m a yuli-[ sshab


deg furaren
hadrut ad ctiqen ttyab
lebhur yem qen
[...) ard inneqlab
ard as isud

56 A zzebra innum en aysab


tin m echuren
|...) ar te(neqlabw
m ’aa d as zewren
Titra te[xab ur tefrab
ur tefhar deg m esm aren

62 A Iqaseh yellan d A arab


deg-gedraren
Tnnum ifnay s weysab
deg dewwaren
A ssa m i tbeddled a zzm a n
d a x e r f i-t id iqumren

68 A zg e r acerq’ u ry a a n a d
m 'a d ak iqren91
Itfa k tayet i laatab
deg zayaren
D eg s [...]
tegr as-d ahguz ansab
ikessen deg geqdaren

88. Ney : u x erb u c (= de figues gâtées).

89. Ixus d a yiw en w aw al.

9 1. N ey a m m a r ad y il : ihren ? (= il est rétif)-


44 Sem blable au chien velu errant
B ouche en avant et m useau bas
Ou à la mare fa ngeuse
O ù traînent les vieilles peaux
G lands à l'étal vous trouvez preneur
E t vous êtes délaissées fig u es noires90

Yousef

50 Q uand en février
Les nuages couvrent le ciel
Prenez garde elles languiront après le soleil
Les eaux des m ers profondes
El les tempêtes
s V déchaîneront

56 L 'enclum e habituée aux coups


C o m m e chacun sait
Tressaille
Q uand on la bat de partout
Voilà que sans avoir été dém olie elle est devenue inutile
E t ne se soucie p lu s des clous

62 R u d e bédouin
D es m ontagnes
H abitué à com battre avec acharnem ent
P arm i les cam pem ents
M aintenant que les tem ps so n t changés
D es m outons t ’affrontent

68 L e b œ u f des provinces orientales sans rival


E t sans pair
Prête l ’épaule au labeur
D ans les plaines
Il [...]
Voilà q u ’on lui oppose la brebis perdue
A u milieu du troupeau

90. Le co u sco u s de g lan d s de chêne était un p lat de d isette, les figues noires
passent p o u r être les m eilleures de to u tes.

131
75 A ttaleb yerban lektab
ifnadaren
Ifqeddim en yel Imehrab
deg gid meqqwren
Innum ijebbed leqlam
win itnudren
L a ifqam ar ukeffab
ccix i-t id isseyren.

Dagi yekker yiwen um rabed n taddart, Sidi Lewnis (w iyad qqa­


ren : Sidi Lmehfud) At Sidi Saadi, iferq iten, inna yasen : — T ura
dayeb, berka-kwen, uheq jeddi m a tâaw dem as. A yen tejm aam tfer-
qem-t di sin92.

28. Y u sef d Muh A t Lem saaw d

Iruh yibbw as Muh At Lemsaawd seg At Yanni yur Yusef-u-Qasi


deg At Jennad, iwakken ad-d ihfed syures tam edyazt. Mi gebbwed
inna yas :

M uh A t Lem saawd

A dadda Y u s e f ay ungal94
ay i x f l-lehl is
Tecbid ttaleb l-lersal
iyran d i Wedris
Ul iw fe lla k d amaalal
A w i k-isâan d ccix is.

92. Iqder ru h en as i teq sit-a k ra ggefyar (m d. afir 72), a c k u g w ran-d sin nniden ur
iban san d a m a n deg-gw ayen d-iqqim en :
N e k d afsih d A je n n a d
s y u r R e b b ' i-d u y e y isem

9 4. S tm a c e y t « ta n g a lt» d am esiay d-ibbw i b n ad em s lm a a n a (s te f ra n s is t:


sy m b o le, allusion).

132
75 L e clerc qui tient sur ses genoux le livre
E t y porte les y e u x
Q ui se rend à la m osquée p o u r la prière
D e l ’aube encore ténébreuse
E t sans cesse m anie la p lu m e
E st ceint de lumière
E t voilà que l'élève se lève p o u r affronter
L e maître qui l'a enseigné.

En cet endroit, un m arabout du village se leva pour arrêter la


joute93.

28. M étier et inspiration

Mouh Ait Lem saoud, voulant s’initier à la poésie, va trouver


Yousef à A bizar et introduit sa requête ainsi :

M ouh

D adda96 Y o u se f maître des sym boles


P rince des poètes
Tu es com m e le taleb qui a étudié le K oran
A O udris97
M o n cœ ur malade de toi
Voudrait t ’avoir p o u r maître.

93. O n tro u v e d a n s H a n o t e a u , op. cit. ( 2 e p a rtie , n° 9), une au tre jo u te entre


Y ousef et M o h a n d -o u -A b d allah de A zouzen (A it Iraten).

96. T itre que l’on d o n n e aux frères aînés et, p a r extension, aux hom m es plus âgés
que soi.

97. O u d ris : célèb re z a o u ia fondée sur le territo ire des Illoulen O u m alo u (village
Ait A li-o u -M o h am m ed ) p a r Si M o ham m ed O udris.

133
Irra yas

Yusef

C ebbay w ’ur nekkat uzzal


icm et wagus is

A m -m in isennden s-uffal
d win ay d letkal is
N e f afsih deg Imitai
ur nessefruy seg g ix f is95.

95. Irra y a s Y u sef i M uh Al L em saaw d s usefru icban win iwimi yesla


(am esd is s tm ey ru t : al-is).

134
A quoi Y o u s e f répondit

Yousef

D e l ’hom m e sans courage on p eu t dire


Q ue sont laides les armes
Il est com m e celui qui prend appui sur une férule
et en fa it son étai
A in s i du poète
Q ui ne trouve p as l ’inspiration en lui-même.

135
29. A d yefk zzin igrawen

A y i x f iw deg nessem sad


ilik d aheddad
ad y e fk zzin igrawen
L gis ad d ek isenteqqad
ay agi deg musnawen.

30. A d yefk d zzin d aqusis

1 A y ix f iw a bu fferyis
W iyya k a lhabel stehfed
A d y e fk d-zzin d aqusis
wi y e f iwgeb atlehned
Testehzam qbel ur teqris
a k ra y e lla n d amrabed

1 Im la l ssini d ufdis
w ’ idm aan Ifayda fa y e d
A y agellid ur nettis
!frey-k a Lleh taalm ed
K u lh a tfekd as Iheq is
ur itfay hed ccayed.

136
Les cinq pièces qui suivent sont attribuées à Yousef.

29. On pèsera tes m ots

M o n esprit que sans cesse j'aiguise


S o is expert
C ar tu parleras au milieu des assem blées
O n pèsera tes m ots
Vois com bien de sages sont là.

30. En cercle autour de toi

1 M o n esprit sois m esuré


D e grâce insensé procède avec précaution
Q uand les hom m es fe r o n t cercle autour de
Tu devras chanter qui mérite de l ’être
C ’est avant l ’action que vous avez fa illi
M arabouts

7 L a fo n te a trouvé m arteau p o u r la battre


Q uel bénéfice en attendre
R o i inaccessible au som m eil
A lla h qui sais j e t ’invoque
D o n n e à chacun son dû
Q ue nul n ’en ait davantage.
31. Kra bbwi d-nedda nyurr it

1 Yefrn wul hed ur t-iwit


issen a la-d immalen
L gil agi d am entit
a! laarad ad iqlilen
K ra bbw i d-nedda nyurr it
lehbab nney ad akw rewlen

7 Teggam aney-d tamâarit


di leswaq medden Ifalen
A d u n tagm at nezzenz it
ur d-yeqqim was mellulen
Theslem a ssehm a n teyrit
ay aqbil iffureklen
M i d Ssaâid ulac it
A tm as t-tarbaat medlen.

32. Ilia Ibaad m a isufer ddu

1 Ilia Ibaad m a isufer ddu


m a tella ccedd’ ak-k imnaa
A d yefk igzem am yeddu
nef} ’ i-ghem m el d afara
I lefhel m ’a d a k irdu
m a ya a d el Igid d Ikaraa

1 A Ibaad am m um essendu
deg gir wal i getwella99
A d ak issefrah laadu
a sen issebdad Im edlaa100
D i ddunit ur k-ifeddu
di laxert ur k-iccafaa

99. N ey : ala lâib ideg itwelia.

100. L m ediaa : d a s y a r bu terk ab in issalayen yer ta a ric t, ilia deg-gw aw al :


Im edlaa g g aad aw en , d a rg a z d-if[uqqim en ab rid i y aad aw en iw akken a-d
kecm en.

138
31. N o s am is s’envoleront

I S i m on cœ ur pleure sans q u ’on l ’ait blessé


C ’est q u ’il sait ce qui l ’attend
C ette génération est fa ite d ’hom m es vils
Rares y sont les honnêtes gens
N o u s avons trahi tous nos alliés
Tous nos am is s ’envoleront

7 Vous nous avez légué l ’opprobre


O n parle de nous dans les marchés
N o u s avons bradé la fraternité
I l n ’est plus p o u r nous de jo u r blanc
Vous êtes dans l ’im passe et exposés aux coups
On fo u le aux pieds votre tribu
D epuis que Saïd n ’est p lu s là9S
Ses frères sont com m e enterrés.

32. Il est deux sortes d’hom m es

1 Tel s'il part en voyage suis-le


I l te tirera des m auvais pas
P our toi il se fe ra briser com m e tige
Toujours p rêt à aller de l ’avant
C ar le brave peut-il déroger
E t le preu x est-il l ’égal de l ’hom m e vil

7 Tel autre com m e l’outre au babeurre


N e rem ue que fa d e s propos
Il com blera tes ennemis
I l leur tendra l ’échelle
Il ne te sauvera p as dans ce m onde
I l ne te sera d ’aucune aide dans l ’autre

98. O n ig n o re quel p erso n n ag e le poète désigne ici.

139
13 Yir Igar m i-k iffaadu
iberra ssegs axxi ccraa
D leb di R e b b ’ a-t ihdu
ney ja n e b segs n ih qlaa
A m m em kan A k e ffa d u
degs izem degs aqettaa.

33. U rarey ssbeh

N nan as yibbw as A t Yanni i Yusef-u-Qasi : — A dda Yusef, di


tm edyazt ur-k y if hed. Ur-k y if ara leflani (llan w id iqqaren d Sidi
M hend-u-Saadun). A m ek arm i nejfa yejzalla d nnbi daher ? kecc
ala. Irra yasen Y u sef:

1 Urarey ssbeh
nwiy ulac tam eddit
N ezh a nmerreh
la nlaab deg tem yerrit
Sslaf n sseh
d sslaf y e fk a nnbi ngelz it

7 T yu rr iyi m m lerwayeh
tessa-d lemtareh
nek yiley ddunit teftim
Z iy e n win tetbaa tyed l it
tefyur w ’illan d aye c c im 102.

102. X em sa isefra y a g ’ ineggura q q aren G g u sef-u-Q asi, m a c a ur iban a r a m a


t-tide.t. L a d y a uttu n 32 (ilia Ibaad...) llan wid iqqaren n Sidi R ra b iâ A t Sidi
A am er (seg-gat C eb la). U ttu n en 29, 30 d 31 ur izri hed acu n te d y a n t i ten id ibbw in.
M a d asefru an eg g aru ixulef ta rra y t G gusef.
y e f Sidi R ra b iâ z. n ° 6 1 .

140
13 Un voisin m échant qui se dresse contre toi
L e droit m êm e l'abandonne
Prie D ieu q u ’il l ’amende
O u bien fu is va décam pe
C ar il est co m m e la fo r ê t d ’A k fa d o u 101
Brigands et fa u v e s s ’y côtoient.

33. J’ai m usé le matin

Les Ait Yenni ayant fait un jo u r rem arquer à Y ousef que dans ses
vers il n ’était question que de ce m onde, contrairem ent à ceux de
Sidi M hem m ed-ou-Saadoun103, lequel, quand il allait faire ses
prières, voyait de visu le Prophète, Y ousef dit :

1 J ’ai m usé le matin


O ublieux q u ’il y eût un soir
J ’ai jo u é gai lé
Pris bon tem ps au leurre de ce m onde
A lo rs que de prière vraie il n ’est
Que la prière en ton nom P rophète et j e l'ai négligée

7 L e m onde m ’a leurré de ses parfu m s


Il a tendu sous m oi ses tapis
E t j e l ’ai cru éternel
M ais vrai il suit abat
E t trom pe le distrait104

101. A k fad o u : v oir no te 27.

103. Sidi M h e m m e d -o u -S aad o u n : voir n° 92.

104. C es vers, attrib u é s p a r d ’au tres à R a b ia A it Sidi A m er (cf. n. 61)


sont assez peu de la m an ière de Y ousef. C f des accen ts cu rieu sem en t sem ­
blables d a n s ces vers de D a rra s ben Ism aïl, un des in tro d u c te u rs du
m alék ism e au M a g h re b : « - J ’ai été négligent, et le trép as m a rc h a it sur mes
tra c e s, je n ’av ais point de v iatiq u e et le voyage à faire était long. — Je gratifiais
m on c o rp s d ’un vêtem ent m oelleux, et m on co rp s ne p o u v ait é c h ap p e r au vête­
m ent d e l’épreu v e. — Je me vois étendu d an s le lieu de l’épreuve, ayant
p ar-d essu s m oi la p ierre du to m b eau et p a r-d e sso u s le fossé... - C o m m en t
alo rs m e c o m p o rte r, m on D ieu, avec le feu qui éprouve ? E t, ton feu, la pierre
la plus d ure ne lui résiste p as... » (in Ali A l d j a z n a i , Z a h ru t alâs).

141
AaV u-Yusef

Llan wid iqqaren Yusef-u-Qasi isaa mmis Aali-u-Yusef, ula


n-ne^ta yessefruy, m aca ur ibbwid ara am babas.

34. Y if ad irrez ad yaw i lâar

Deg-giwen uxxam !-legwad uyen tannum i £temzawagen kan gara-


sen, ur ftaken taqcit i lyir, ur d ^tawin si berra. Ihi yiwet di tullas nn­
sen ismis Zineb tuy argaz, seg-gwexxam nnsen, yuyal ibra yas-d.
Teqqim achal. Yibbwas tceggaa yem m as yer A ali-u-Yusef tenna
yas : — M a tezbezged din, asettel ik da.
Iruh-ed, tehku yas, tenna yas : — A zekka ssbeh zik ffey y e r te-
jm aayt, a-n-tafed tlata yelmezyen, dayem akken i fyim in, win mi
twalad llebsa akka d w akka, d ne.tjta, hedr as. A zekka nni yefîey
Aali y e r tejm aayt, y a f iten in, iqqim , inteq-ed y ers yiwen inna yas :
— M rehba ! m a tqesded-d a aberrani ? Y aaqel it A ali d win, inna
yas :

1 N e k d afsih seg A t Jennad,


cekkrey w ’illan d Ixetyar
Taqcict m i sem m an Zineb
t-turqim î am lizar
X edben-f-id si m k u l Imedreb
Iqeggad lekbar

142
Ali-ou-Yousef

Le fils de Yousef-ou-Kaci n’avait pas le génie de son père. Il ne


m anqua cependant pas de talent.

34. Plutôt le dédit que l’opprobre

D ans une famille de djouad (nobles), où l’on avait coutum e de


m arier garçons et filles à l’intérieur du clan, Zineb épouse son jeune
cousin qui peu après la répudie. Au bout d ’un temps assez long, la
mère de Zineb fait venir Ali et lui confie le soin de résoudre le
différend. Le lendemain à l’aube, Ali sort sur la place, y trouve le
jeune hom m e et lui adresse ces vers :

1 Poète des A it Jennad


Je chante les hom m es distingués
L a je u n e Zineb
B lanche com m e linge fin
A été de partout dem andée
Par les chefs les p lu s grands

143
7 T e fk a y i d u m d rrateb
terna twennaa deg lebzar
A r tara d kecc ay teryeb
/xilek sem m d as leqtnar
A rgaz yellan d Imedheb
y i f ad irrez a d y a w i laarm .

Yuyal irra-d wergaz tam ettut is.

35. T ettarew tazdayt fjtmer

Izwawen n T qubâin (z. nos 14, 15 d 16) ssawden arm i di


tnayen-u-se,ttin yidsen deg gwexxam. T ay rast m ’aa teccar tessufuy.
Asmi gebbwed lweqt bdan. A m yar nnsen akw, ism is A zw aw , iqqim
wehdes nef.ta t-tm ettut is, qqaren as T uhrict m ezziyet fellas, akw d
w arraw is d im ezzyanen, ack’ arm i meqqwer i ten isaa. Q qaren wes-
ser atas arm i, seg gwakken yezzif ccaar n tam m iw in is,iyelli-d f-fal-
len is, iccuddu-t s llxid s anyir is.
Assen bbwden di sej^tin, d lweqt n tyerza ; ruhen akw medden ad
kerzen, netta yeqqim di tejm aayt, ur izmir ara. A ttay a T uh­
rict teffy-ed :
— A Azwaw !
Inna yas : — A nâam !
Tenna yas : — A qlay di se#in, d lweqt n tyerza.
Inna yas : — Z riy.
Tenna yas : — Tebbwi yi-d tedmi-w deg gw ayla nney am kan 1-
Imudaa leflani a-t nekrez d irden, wihin t-tim zin, w a d Ibecna, w’ ad
iqqim d lbur.
Inna yas : — U r zm irey ara.
Tenna yas : — Ad awiy am enzu deg gw arraw ik, ad ruhey ad neb-
bhey i-yfellahen.
Inna yas : — Ruh.
Terkeb aserdun truh. Mi-d u yal tam eddit, tufa-d A zwaw di te­
jm aayt, iqqim n e# a d kra m medden, ideg ilia A al’ u-Yusef, deg gu-

105. Sin ify ar a g ’ ineggura qqim en-d d anzi.

144
7 Elle m ’a donné p o u r salaire un douro
M ’a servi cuisine aux épices choisies
Ses vœ ux vont encore à toi
D e grâce réponds-y
Car l'hom m e de noble race
Préfère le dédit à l ’opprobre106.

Le jeune hom m e reprit Zineb pour femme.

35. N oble sang ne peut m entir

A zouaou des Izouaouen était trop vieux pour vaquer encore aux
travaux dans ses cham ps.
Quand vint l’époque des labours d’autom ne, ce fut sa femme,
surnom m ée T ouhricht (l’Avisée), qui, prenant son fils aîné en croupe
sur son mulet, descendit diriger les travaux des m étayers. Q uand elle
revint des cham ps, au milieu de la journée, elle trouva Ali-ou-Yousef
sur la place avec son m ari. Dès q u ’il la vit, Ali s’adressa à
A zouaou :
— A zouaou, puis-je dire ?
— Dis !, répondit Azouaou.
T ouhricht aussitôt arrêta son m ulet et Ali dit :

106. Il est très in co n v en an t de ch an g er de fem m e sans raison im périeuse. Ces


deux d ern iers vers so n t p assés en proverbe.

145
dem tessen it. Im yaren qqaren : ifsihen m ensubit yer law leyya. Ak-
ken-d dal Tuhrict, inteq Aali :
— A Azwaw, ad-d iniy ?
Inna yas : — Ini-d.

Inna yas Aali :

A R e b b iz y e z f as lâamer
T uhrict akw d warraw is

D zzw a g is ay d im hekker
d bab n ttabaa-y ukyis

Te[farew ta zd a yt {{mer
ttejra tettabâa azar is.

3 6 .1 y a t T aq q a

Yibbwas Yusef-u-Qasi akw d mmis A al’u-yusef ruhen di sin ad


wten di T aq q a n At-Yehya. Ib y a Y usef ad ijerreb mm is, inna yas :
— Tura tad d art qrib a-f-nekcem, gab-ed acu aa d asen nini m’ara na-
wed. Ibbwi-d Aali asefru ya :

A ttir ucbih n rremqa


h u zz iferr ik
N e b y a tazegraw t ne{qa
y e r lg u fa f
aam el Im eqsud yer Taqqa

Jebbden zzn a d
teddun f y iwet ddefqa
D eg-gwas n ttrad
kra bbw in ten yaaw den yelqa.

146
Prolonge m on D ieu les jo u rs
D e ! A visée et de ses enfants

E lle est épouse choisie


Frappée du sceau de la sagesse

L e dattier p orte des dattes


Car telle la racine tel l ’arbre101.

36. É loge de Taka

Un jo u r que Y ousef et Ali se dirigeaient vers le village de Taka, le


poète, pour éprouver son fils, lui dem anda de préparer quelques vers
qui leur serviraient d’introduction quand ils entreraient. Ali
com posa ces vers gauches :

Oiseau au regard perçant


B ats des ailes

J ’aimerais te voir fa ire la traversée


Vers lg o u fa fot
S u r le chem in de T a ka 109

C e sont des tireurs émérites


Ils attaquent d'un seul élan
A u jo u r du com bat
L eurs ennem is trouvent m âle encontre.

107. C es deux vers so n t passés en proverbe.

108. I g o u fa f : village (de la trib u des Ait B ouchaïb) voisin de T ak a.

109. T a k a : village des Ait Y ahia d a n s la région d ’A in -E Ih am m am (M icheiet).

147
37. D ul iw ays d ccix iw

D ul iw ays d ccix iw
abrid iyer in h ’ ar-t ayey
D ul iw ays d afrag iw
abrid y e f i-ihud ttixrey.

38. I Lâarbi-u-M usa (n A t Yitnm el)

1 A ttir ucbih n irasa


tizi W w ekfadu ruh f e l
T aânud sani k-nw essa
lem bat ik deg A t Yim m el
Q sed yer Lâarbi-u-M usa
bu leklam ziden am lâasel

7 A r-k id im m ager s tadsa


b ite d d y a f w ’ibyart yew sel
A wer t-tem m ager nnekw sa
di laanaya n nnbi Imursel.

39. I Sidi B aaziz Izerruqen

1 N e k d lefsih ne[meggiz
ncekker legw ad ilaqen
W ’illan d Igid a-t nhib
ifâuddun ijferriqenn0
Ur ak âannuy aguliz
nek reggwley seg m ectaqen

ÜO. N e y : i[(uddun ilferriqen.

148
37. Guide et mentor

M on cœ ur est m on guide
L a voie q u ’il m ’indique j e la suis
M o n cœ ur est m on m entor
L a voie q u ’il m ’interdit j e la fu is.

38. Éloge rituel

1 Oiseau à la blanche tête


Va p a sse le col d ’A k fa d o u 112
A u x lieux que j e t'aurai prescrits
A u x A i t Im m e lin p o u r y passer la nuit
C hez Larbi-ou-M ousa
A u x paroles douces co m m e m iel

7 II t ’accueillera avec jo ie
En sa demeure ouverte à qui veut s'y rendre
Épargne-lui toute contrariété m on D ieu
P ar la grâce du Prophète ton envoyé.

39. A utre éloge rituel

1 P oète sagace
Je loue les nobles qui le m éritent
J ’aim e l ’hom m e bien né
Sagace et sensé
Je ne vais p o in t cherchant les pauvres hères
Je fu is les gueux

1 12. A k fad o u : voir no te 27.

113. A it Im m el : g ro u p e de p o p u latio n s de la rive dro ite de l’oued S ahel, au


sud-est d ’El K seu r.

149
7 A d c e k k r e y S id iB a a ziz
Ixetyar deg Zerruqen
M aalum ed ay am nay u y y i z " 1
ugin lehbab a -kfarqen
A tm aten ik d ddheb ubriz
m aana d kecc i gm aacuqen.

111. « A guliz » d « u y y iz » : u r nessin a r’ an am ek n sin w aw alen -a.

150
Je louerai S id i Baaziz
L e m eilleur des Z e rro u k [U
Preux chevalier tu es notoire
Tes amis ja m a is ne sont repus de toi
Tes frères sont or fin
M ais c ’est toi que l ’on prise.

1 14. Izerro u k en : un village de la tribu A touch (A it O u ag en n o u n ) p o rte ce nom .

151
Muh A t Lemsaawd

40. Lukan attebbrey yibbw as

M uh At Lem saaw d issefruy ula d nejta (z. n° 28).


Yibbwas yiwet n tad d art n lgiran nnsen terza yasen laanaya i-y
At Yanni. N nejm aan deg giwen um kan qqaren as Taxuxt, ad mca-
waren d ac’ara xedmen. (K ra qqaren d lmal i-yasen ukren i-y At Sidi
M uhed Syir, axxam ggem rabden n A t Yanni). K ra imal yer ttrad,
kra yesm enyaf lehna ; im ezwura qqaren a f ineggura d idrimen ay
ccan. R ran awal yer M uh A t Lem saaw d ; inna yas :

1 A y i x f iw ignen yesraa
ur-k ziden iy u ra f
T idef yesgag i( tpnaa
tu ya l d rrefraf
M t' ara d ihder legmaa
tneggzed qaraa
k u lw a y u y a l d a allaf

8 A d zery ahbib d i li}[aa


d ccbab nni a xla f
In y as ad infaa
d i lehza a-t n a f
Izw ir-i hed ifka rrbaa
iqleb ixxenvaa
taqbaylit tu y azraraf

152
Mouh A it Messaoud

40. Plaidoyer pour la guerre

Les habitants d’un village étranger ayant violé l’anaya (protec­


tion) des Ait Yenni, une assem blée se tient pour décider de l’oppor­
tunité d’une expédition. C ontre le parti de la paix, accusé d’avoir été
stipendié par l’ennemi, M ouh A it M essaoud consulté donna ainsi
son avis :

1 M o n esprit assoupi assom m é


Tu n'as p o in t été assez trituré
L a cupidité a banni la vérité
E nvolée au vent
Q uand l'assemblée se tient
D resse-toi prends bien garde
C hacun est avide

8 II m 'arrive de voir un am i avant l'épreuve


C 'est un fra n c jeu n e hom m e
M e dis-je il sera utile
En cas de besoin il sera là
Q uelqu'un passe avant m oi qui le stipendie
A u ssitô t il se rétracte se récuse
L 'honneur kabyle est déchiqueté

153
B ettu deg tuddar yew qaa
y u za nnhas b e zza f
K ra itezzu kra iqellaa
ttuqten iâangaf
C cukten m edden lebdaa
kulw a d gm as im xa lla f

Sslaf y e jk a nnbi m k u l as
rray d aqissi
Ilia U yanniw d asalas
itegg ddrasi
I[ruz laadu deg gw am m as
hed m ’ a-t iâasi
Tura yenduder uyilas
Ihiba tekks as
tegr as arebbi tixsi

W in m i-f-id igga babas


tebna d lâarasi
Tura day deg fqayas
y u y a l d am âasi
A d y e ë c a d yagw ar fella s
anqerreb ttam as
s tn ezd u yt deg lemrasi

L u kan attebbrey yibbw as


anneg tiyersi
A nnaw ed lâad' ar tilas
a nneyz anressi
Ssbeh ad ay d -y a f f tibbw as115
anqerreb ttam as
a - d y a flk id ur ihsi

A â d a w ihba-t nnhas
iccidd’ ifessi
Ifn a y ttrad d amessas
L h ib a ulaci

T ib b w as : ur iffw assen a ra unam ek bbw aw al-a.


L es villages sont divisés
L 'en vie y règne
L 'u n sèm e l ’autre arrache
L es sots foiso n n en t
L e doute sévit
L ès frères sont désunis

B éni sois-tu Prophète chaque jo u r


D écider c ’est prévoir
Jadis les A it Yenni étaient l ’étai
Ils battaient à plate couture
Leurs ennem is brisés en deux
N u l n ’osait les affronter
L e lion m aintenant éclipsé
N 'inspire p lu s l'effroi
Une brebis lui tient tête

C elui qui tenait de son père


P ouvoir bien assis
M aintenant p o u r accorder sa confiance
Regim be
Il va m anger p lu s q u ’à satiété
N o u s allons aller près de lui
E t nous réfugier dans son havre

S i un jo u r j ’avais le p o u vo ir
Je nouerais l'affaire
N o u s irions ju sq u 'a u x frontières de l'ennem i
Y installer des tranchées
A u m atin il nous y trouverait
N o u s l ’aborderions
I l tom berait sur un stratagèm e qu ’il n ’aurait p o in t prévu

L 'en vie habite nos ennem is


Ils f o n t ils défont
Ils m ènent une guerre insipide
Sans gloire
M a dm aan t i f rat d layas
m a d ’ ur nemhedras
m ulac lem gaz im n u ksin i.

Qqaren akken ihder akka Muh At Lem saawd, uzzafen w arrac,


ruhen sseryen taddart nni d asen irzan laanaya, kemmlen uraren tiq-
qar di Aadni.

41. I tefsiht yuyen akw sar


Iruh-ed yibbw as ad iwet yiwen um edyaz ism is Hend-u-Ssaadi.
Mi gfuk icred a-t cceccen s wudi, m acci s zzit. Inteq M uh A t Lem ­
saawd inna yas :

Y ya w annexdem iherqan
a-d nerr ssw aybi
A la a ra f ifhessisen
(tennitt iyi

I tefsiht y u y e n akwsar
ihefd if H end-u-Ssaadi
G gw exxam is u r y u fi z z it
y ur m edden la icerred udi.

42. D latnin d am eksa


Muh At Lem saaw d di lâam er is rebâin iseggwasen ur izwig ara.
Atas i geqqim d lam in n taddart (ulam m a di Iweqt nni Jbeddilen la-
min mkul seggwas ney m ’ atas kul rbaa iseggwasen ney xemsa).
yas akken d lam in ikess nnuba n taddart. Yibbwas m m ugrent-e#
id tulaw in mi-d uyalent si ta la irra-d nnuba, izedm-ed isyaren.

116. N ey : w alay rray d im nuksi.

156
F oin de la p aix q u ’ils escom ptent
S i nous n ’entrons pas dans la mêlée
L ’accord est à ja m a is exclu.

Les jeunes gens présents poussèrent le cri de guerre, marchèrent


contre le village ennemi q u ’ils brûlèrent.

41. U n poète exigeant


A un poète qui réclam ait une cuisine au beurre et non à l’huile,
selon la coutum e, M ouh Ait M essaoud dit :

A llo n s défricher les fo rê ts


E t ramener d'abondantes m oissons
Sages qui m 'écoutez
Prêtez-m oi une oreille attentive
L a poésie p o u r son m alheur
E st échue à H and-ou-Saadi
L eq u el chez lui ne trouve pas d ’huile
E t chez les autres réclame du beurre.

42. Berger e t., m agistrat


M ouh Ait M essaoud était amin du village et, quoiqu’à cette
époque la m agistrature fût annuelle, il le dem eura longtemps. M algré
cela, il allait à son tour faire paître le troupeau du village. Un jo u r
que des femmes revenant de la fontaine l’avaient rencontré avec son
N nant as : — A dda M m u, am ek arm i kecc d lam in, la tkessed
nnuba, la-d zeddm ed isyaren ? Irra yasent-ed :

D addat-kw ent M m u ik s ’aqdar


izedm -ed asyar
s axxam is wer din lâar.

158
troupeau et son fagot de bois, elle lui en firent la remarque. Il
répondit :

O ncle M ouh m ène paîlre le troupeau


I l ram ène du bois
En sa m aison : est-ce honte ?

159
A mur wis sin

Zzman ggiyil

D eu xièm e partie

Le temps des cités


Les Ait Jennad sont gens de piém ont et, com m e tels, contraints de
pactiser avec un ordre étranger au leur et à vrai dire antinom ique :
celui d ’un État centralisé, dont l’arm ature adm inistrative et militaire
s’impose avec des fortunes diverses à un ensem ble de groupes
indifféremment considérés com m e raya (sujets, tributaires). Ils sont
aux avant-postes de la liberté, mais ce n’est pas toujours sans risques
ou dom m ages pour eux. Leur environnem ent im m édiat les met en
contact d ’un côté avec la dure réalité d ’un pouvoir établi qui tente de
leur im poser sa loi, et de l’autre avec le groupe irrédent des tribus
indépendantes de la haute m ontagne, qui leur propose la tentation
toujours présente de l’ancestrale berbérité. Ils com posent avec
celle-là, mais leurs vœux vont vers celles-ci. Le plus prestigieux
d’entre eux, né dans leur pays interm édiaire, choisit de partager le
destin d ’un groupe de l’anarchie en un tem ps où il était quasi
impossible d’échapper aux parcages impératifs de la société
segm entaire.
Du pays préservé sourd le chant profond de l’ancestrale liberté.
C ’est celui-là qui, à traits par nécessité généraux, va être évoqué
m aintenant.

Là, loin du pays soumis au pouvoir central ou directem ent


confronté à lui, continue de se jouer le jeu grisant des oppositions
binaires. Il s’agit bien d ’un jeu. Il y a des figures et une règle. La
victoire n’entraîne pratiquem ent aucun avantage matériel : en parti­

163
culier, on n’annexe pas de territoire. La plupart du tem ps, on se bat
pour le nif, pour l’honneur, c’est-à-dire quand un groupe estime que
la règle du jeu des rapports entre unités égales a été violée à ses
dépens. La somme d’intelligence et d ’énergie dépensée aux jeux
souvent subtils et apparem m ent vains des villages (qui ne sont pas
sans rappeler les rivalités des anciennes cités grecques) est certaine­
ment sans com m une mesure avec les enjeux m atériels presque
toujours m odestes et le plus souvent inexistants. M ais le code des
valeurs était certainem ent très différent de celui des estim ations
mercantiles (par gain et perte chiffrés) des sociétés dites développées.
Chacune de ces entités m inuscules qu’étaient les cités anciennes se
considérait comm e un état souverain, en quelque sorte un absolu.
Les événements où elles étaient engagées peuvent paraître de
modeste envergure à l’aune d’une autre estim ation des enjeux ; pour
les intéressés, il n’en était rien. Et, à vrai dire, l’étalon de jugem ent
ici n’im porte guère. On peut sur un événem ent véniel engager tout un
destin et essayer à travers lui de répondre aux interrogations essen­
tielles, les mêmes qu’en des civilisations plus prestigieuses des
hommes de plus vaste renom ont tenté de dénouer : où com m encent
les droits de l’individu, où finissent ceux du groupe ? Com m ent
résoudre les cas conflictuels ? A quelles conditions une vie
mérite-t-elle d’être vécue ? En quelle extrém ité faut-il préférer la
risquer et la perdre ?
Cette partie n’est donc une chronique que par l’habit extérieur.
Par le fond, elle est actuelle, elle est à vrai dire de tous les temps.

164
43. A heddad 1-Lqalus

T addart 1-Lqalus tura trab. Q qaren asmi-t m azal tebded, ilia degs
yiwen uheddad isaa cci, im a yures tam ettut tzad di ssifa. Yibbwas
qqimen kra 1-lyaci la heddren di tejm aayt, inetq-ed yiwen inna yas :
— Lem m er ad iyi tcehhdem , ad-d kksey i w heddad tam ettut is.
N nan as : — I kecc s laaqel ik ?
Inna yasen : Reggemt iyi kan ard ad ii tcechhdem . Reggemn as.
Iruh yer tejm aayt n ccraa, inna yasen :
— Sliy i w heddad ibr’ i tm ettut is n tlata fi tlata.
Ihi yekks as-J: ccraa. Aqliyi nek byiy a H -ay ey .
N nan as : — D lm uhal !
Inna yasen : — D ayen zran medden.
N nan as : — Awi-d inagan.
Iruh ibbwi-d widen akken s ireggmen di tejm aayt. Cehhedn as.
Tajm aayt tehkem tebra tm ettut. Truh. Yay if urgaz nni. yer taggara
uyalen armi kksen iwheddad ula t-tiferkiwin is.
Telia di tad d art 1-Lqalus yiwet tem yart tegwra-d wehdes, ur tesâi
hed. Tebbwd-ed tefsut ; bdan medden la teffyen yer tferkiwin nnsen.
Ar tam y art nni, ack’ ula w uyur tegg axxam is. A ssen truh s aheddad
tru yas. Inna yas :
— M a tebyid ad am gey ttawil.
Tenna yas : — Lem m er atxedm ed tinna...
Inna yas : — Ad am xedmey tasekkw art aa yejfekkwiren axxam
im si berra.
Di lweqt nni tibbura ftekkwirent kan si zdaxel. At taddart, akken
walan tam yart, mi tsekkw er tabburt is atruh, bdan ar-d ^azzalen ye.r
uheddad iwakken ad asen ixdem tisekkw arin si berra ula d nitni.
Ixedm itent, m aca mkul yiwet yuqm as snat tsura, yiwet igga-J yu-
res.
Yibbwas am esbatli nni t-tm ettut is txuss iten tm es, inna yas i
tm ettut :
— Ruh awi yay-d times syur uheddad
Tenna yas : — A nnay ! Anwa udem iyes ara t-qabley ?
Inna yas : — N niy am ddem aceqquf truhed.
Truh. Mi tebbwed ur tnebdat n tebburt tebded, teggum m ’ atqer-
reb. A heddad iwala-d tili, inna yas :

166
43. Le forgeron d’A kalous

Au village d ’A k a lo u s"7 habitait un riche forgeron, mari d’une


jolie femme. Un jo u r que les hom m es devisaient sur la place, l’un
d ’eux se fit fort de ravir au forgeron son épouse pourvu que, le
mom ent venu, les autres tém oignent en sa faveur. Ils jugèrent
d ’abord le projet insensé, puis finirent par s’y rallier.
L’hom m e se rendit auprès du conseil du village, auquel il annonça
qu’il avait entendu le forgeron répudier sa femme par trois fois, selon
le rite. Celle-ci était donc libre et il allait, lui, l’épouser. Devant
l’étonnem ent des conseillers, il offrit de présenter des témoins. Tous
ceux qui avaient été avec lui sur la place vinrent confirmer ce qu’il
avait avancé. Le conseil décréta le divorce effectif. La femme dut
partir et, peu après, l’hom me l’épousa. Pour com ble, on finit par
enlever au forgeron ju sq u ’à ses terres.
D ans le village vivait une vieille femme, restée seule, sans parent
pour habiter avec elle la grande maison où elle dem eurait. Quand le
printem ps arriva, les villageois se mirent à descendre dans leurs
cham ps, sau f la vieille qui, n ’ayant personne à qui laisser la maison,
dem eurait au village. Elle vint un jo u r s’en plaindre au forgeron qui
lui offrit de lui confectionner une serrure que l’on pouvait fermer de
l’extérieur (à cette époque, les portes ne ferm aient que de l’intérieur).
La serrure fut bientôt faite ; la vieille ne se tenait pas de joie.
Les habitants d’A kalous, voyant que la porte de la vieille fermait
de l’extérieur, vinrent tous trouver le forgeron pour avoir des
serrures sem blables. Ce qu’il fit, en prenant soin de garder à chaque
fois des doubles.
Un jo u r qu’ils m anquaient de feu à la m aison, le nouveau mari
dem anda à sa femme d’aller en chercher à la forge. Elle tenta de
faire valoir qu’elle n’aurait jam ais le front de se présenter devant son
ancien m ari. En vain !
Il la m enaça. Elle partit. Arrivée près de la porte de la forge, elle

117. T im esg id a L kalo u s : village de la région d ’A in-E I-H am m am (M ichelct)


d an s la co m m u n e d ’Iferhounen.

167
— Qerrb-ed.
Tenna yas : — D nek !
Inna yas : — N niy am qerrb-ed
Tenna yas : — Nniy ak d nek. U r ii-d aaqiled ara.
Inna yas : — Zriy d kem, qerrb-ed.
Tekcem , tenna yas :
— Acu la txeddm ed a bu nnkuz ?
Yerr as s tm eyrut agi (« uz ») :

X e d d m e y i m edden akw Ixir


nek d aheddad siL q a lu s

Ul iw iffagw em ineqqel
ata d i Ihem ur ixus

Tuld-ills Imehna d Imerta


afw ad iw yer daxel isus

A kw en (frey a law liyya


A tM r a w akw d A t A a m s
A q li la neggrey azduz
ay at R e b b i g t as afus119.

T uyal tm ettut s-axxam. Inna yas urgaz is :


— Acu yam d-inna ?
Tehku yas, taaw d as ifyar d as-d inna uheddad. Inna yas :
— Teftaked awal i bu tirgin !
T tam a 1-Lqalus tella yiwet tad d art tem saadaw yides ; bbwden
arm i qrib f-xlin. Iruh yibbw as uheddad yer yem debbren n tad d art
nni, inna yasen :
— Ayen idran yidi tezram -t. T ura m a tebyam ad awen-d zzenzey
taddart, a-f-texlum
Nnan as : — Amek ?

118. A led : ur itfw assen a ra unam ek bbw aw al-a.

119. Q q im en-d sin y efy ar-a d anzi.

168
s’arrêta, n ’osant entrer. Le forgeron, voyant son om bre sur le seuil,
lui dem anda d’approcher.
— C ’est m oi, dit-elle.
— Eh bien, approche.
Elle répéta :
— C ’est moi, tu ne m ’as pas reconnue.
— Je sais que c’est toi, dit-il, entre.
Elle approcha.
— Que veux-tu ?
Elle crâna :
— Quel stratagèm e prépares-tu ?
Il lui répondit en vers (et sur la rim e que la question elle-même
com portait) :

J e suis le serviteur de tout le m onde


M o i le forgeron d ’A k a lo u s

M o n âme bouleversée
S u b it des épreuves à n'en p o u vo ir mais
M o n cœ ur est m eurtri écrasé
T out m iné par-dedans

D e grâce saints
D 'A it M eraou et d ’A r o u s 120

A l ’arme que j e fo u rb is
H o m m es de D ieu adaptez un manche.

De fait, à l’arm e que le forgeron fourbissait, il ne m anquait que le


m anche. C ar, depuis longtemps, A kalous menait la guerre contre le
village voisin, q u ’il avait même failli détruire. Le forgeron alla
trouver les notables ennemis et leur offrit de leur livrer Akalous.
— Com m ent cela ? dem andèrent-ils.
— Que la garde que vous établissez chaque nuit pour surveiller
A kalous guette m a m aison. Q uand vous y verrez un grand feu,
prenez vos arm es et accourez.

120. A it M e rao u : v illage de m a ra b o u ts des A it Iraten , à 4 k ilom ètres de L arbaa


(F o rt-N a tio n a l).
A ro u s : v illage des A it O u m alo u (A it Iraten), siège d ’une école où on enseignait
le K o ran .

169
Inna yas : — Ilaq taassast nnwen mkul id a-n tq araa s-axxam iw ;
Mi n-tw alam yer ttaq aqajih n tmes azzelt-en.
Yiwen yid adu la issafag iqrem yad. M edden akw ttsen. A heddad
ikker, ibda-d i taddart si tterf. Axxam iyef iâadda isekkwer as tab
burt si berra. Yuli yer taarict bbwexxam is, iddem tadla ggeylel, is-
say if, isâadda J;-id si ttaq. A adaw en walan-d aqajih m baâid, az-
zlen-d s leslah. Zzin i taddart si mkul idis, m ekknen as times. Ten-
deh, tlehhu arm i-d bbwed s ixxamen im ezw ura n tad d art. L âayad ik­
ker. Win im m yen f tm ekwhelt, ad iruh ad-d-ili tabb u rt, yaf if tsekk-
wer si berra.
A ta wakken texla tad d art 1-Lqalus.

44. H ader a lâibad w’ itfaysen

Deg giwet tad d art Igawawen la jn a y e n sin lesfuf arm i yiwen issu-
fey wayed. Ggugen, mkul axxam sanda yerra. Sseg ruhen la
ftaaraden ad-d uyalen, la-d ftattafen di lamin iwakken a ten yerr.
Asmi bbwden rrb aa iseggwasen, aqerru bbwedrum nni yuqem asefru
iceggaa-t i lam in, yenna yas degs :

A y ul iw ifna-k nndab
a war ahbib
y uri adrum d akeddab
ur i(hezzib
Lâar / lusun-t d ajellab
teggn as nnsib
K u l y iw e n d wanga isab
ur sâin ttbib
A}}a tasa-w tenneqlab
la tefnehhib
Ssura-w irkwel terrebrab
y u s r iyi ccib

170
Un soir de grand vent que tout le m onde dorm ait, le forgeron se
leva et, com m ençant par un bout du village, visita toutes les portes
qu’il ferma de l’extérieur. Puis il prit une botte de paille, la passa par
la lucarne du haut de sa m aison et y mit le feu. Une grande flamme
s’éleva.
Les ennem is aussitôt accoururent. Ils entourèrent A kalous et y
m irent le feu de partout. Q uand les flammes atteignirent les
premières m aisons, les hommes réveillés se précipitèrent sur leurs
fusils. L’un après l’autre, ils venaient buter sur les lourdes portes de
frêne fermées de l’extérieur.
Ainsi disparut le village d’Akalous.

44. L uttes partisanes

L’un des deux partis d’un village ayant contraint l’autre à l’exil, le
chef des bannis au bout de quatre ans envoie à l’amin du village
cette adresse :

I l te sied de m ener grand deuil m on âm e


Privée d'am is
J'a i des partisans infidèles
Im prévoyants
Enveloppés du manteau de l ’opprobre
E t y veillant
Ils sont dispersés p artout
Sans recours
M on cœ ur en est bouleversé
R a va g é
M on corps désarticulé
Vieilli

171
L leh L leh a Yebrahim
m a n-nek a d m m tey d a yrib 121

Yuyal lam in irra tn-id, slid yiwen uxxam , iqqim-en acku d nitn’ i
d ssebba n taadaw t, nyan argaz i ssef 1-lamin deg gw akal 1-lemnaa.
U rgan arm ’ uysen. Yibbwas nnan as : A nruh ad-d nzur Yemma
X liga T ukrift (z. n° 91).
Ruhen deg gwas ugeffur d am eqqw ran. Mi bbwden nnan as : — A
Yemma X liga, ayen idran yidney tezrit-t. T ura, m aday tw alad an-
nuyal ur tm u rt nney, in’ ay-d, annargu ard iferreg Rebbi. M a tw alad
ulac n ttm aa, in’ay-d, nekw n’ annezzenz ayla nney di tad d art, imiren
rray asaadi a-t id iqeddem Rebbi. Tenna yasen : — A ssag’ ur walay
aa d awen n-iniy ; ruhet ar azekka tuyalem -d. A zekka nni kkren,
ufan itij issehseh. U yalen ur Yem m a X liga, tenna yasen :

Lâaca negga d tyim er


ccerq d tyerb ssulsen
L a reggwelen m edden akw s axxam
seg ssm um la-d i(rusen
Ssbeh nekker-d akw la y ya r
iffey Imal ad akw ksen
M i deg-wfus n Lleh ay nella
harr123 a lâibad w ’iffaysen.

Rnan cwit. Yuyal ula n-nitni yerra tn-id lam in arm i t-taddart nn­
sen.

121. A sefru y ezzif u g ar b b w ak k a, m a c a d a y a i-d iqqim en ssegs.

123. H a rr : a k k a i gelia deg-w sefru, m ehsub : hader.

172
Ib ra h im 122 par Dieu
Vais-je m ourir dans l'exil ?

L’amin laissa alors revenir toutes les familles, sau f une, qui avait
été à l’origine du conflit en tuant un hom m e de l’autre sof dans un
lieu en principe couvert par la trêve. Le dernier carré attendit onze
ans ; après quoi ses membres décidèrent d ’aller consulter l’oracle
« Mère K h ad id ja124 », vieille femme paralysée et pourvue du don de
voir, qui était retirée dans un erm itage au pied du T am gout, pic
culm inant du D jurdjura. C ’était un jour de tem pête. « Mère K ha­
didja » déclara qu’elle ne trouvait rien à leur dire. Elle leur dem anda
de revenir le lendem ain. Q uand ils se levèrent, ils trouvèrent un
tem ps radieux. Ils se présentèrent de nouveau devant la vieille
femme, qui rendit son oracle en ces vers :

H ier au soir c ’était la tem pête


L 'o rien t et l'occident étaient enténébrés
C hacun courait se réfugier en sa m aison
Tant le fr o id était v if
N o u s nous som m es levés ce m atin p lu s d ’orage
T ous les troupeaux sont allés paître
A in s i donc puisque nous som m es entre les m ains de Dieu
P renons garde nous ses créatures de désespérer.

Peu après, les derniers bannis purent eux aussi rentrer dans leurs
foyers.

122. Ib rah im : nom de l ’am in du village.

124. C f. n “ 91.

173
Lâarbi A t Bjaawd

45. U r-d nem i lhem iden

L âarb ’ At Bjaawd Bbwewrir A am er U saayd deg A t M angellat d


am usnaw . La fnayen A t M angellat d W eqbil f taddart n Tm ejjut
armi thud tad d art sebâa iberdan. Tikkelt taneggarut ttfen A t Tm ej­
ju t yer yiwet tad d art n teqbilt illan tjuw er iten, iw akken a tn-id aaw-
nen. Ilia ggugen, yuyal uyalen yer tad d art nnsen ; deg wzal ad ££aas-
san deg xerdan, deg gid ad bennun ixxamen. Si lgiha nniden im sisan
nnsen ffawden-d alam m a d yiwen um kan deg A t M angellat qqaren
as Lm isura, kkaten-d ssyin.
At M angellat, mi w alan akken, la thebbiren m ’ ad syersen lfetna
tissnat s aadaw m berra ney ala. R ran am eslay yer Lâarbi At
Bjaawd, inna yasen deg w nejm aa :

1 A y ul m i te(ban tafat
m ’ attilid seg m usnawen
Iban webrid n tifrat
nekw ni anbâad i wsawen
Ubacir y e y z -i tasrqftils
nek ëcurey as-( d afrasen

125. H m ed at B acir : a q erru n ta d d a rt n Tmejijut.

174
Larbi A it Bejaoud
A m ousnaw d’A ourir, tribu des Ait M anguellet.

45. C ontre la diversion

Les deux tribus Ait M anguellet et Akbil se disputaient le village


de T am jout. Une tribu voisine étant venue au secours de Tam jout,
les Ait M anguellet se réunirent pour délibérer de l’opportunité de la
guerre contre ce nouvel ennemi. On dem anda l’avis de Larbi Ait
Bejaoud, qui le donna en ces term es :

1 C œ ur illum iné
A giras-tu en am ousnaw
Claire est la voie qui aboutit
A lo rs évitons le chem in m ontueux
O u-B achiru i a creusé la trappe où j e devais tom ber
M ais j e l ’ai com blée

128. A h m ed -o u B achir : p rin cipal resp o n sab le de T am jo u t.

175
7 L hem d-ileddun nezra-t
a win aa-[ id isyersen
Uheq Jeddi M angellat
d ssaddaf widen i-s innden
Im i d ay-d aawjent tifrat
anneqqen d izelm aden126
I m i d A m ejjud nsaa-t
ur-d nerni lhem iden111.

46. K ulci m a iâadda nettu-t

Deg Gwewrir llan sin lesfuf, yiwen l-L âarb’ A t Bjaawd, wayed n
Lhag A t U m yar. Ssef iqwan d win 1-Lhag. Isâa L âarbi yiwet tferka
qqaren as Aima, Jtalasen degs abrid at-taddart di tefsut d unebdu.
Yuyal rran-t d abrid n dim a, fâaddin degs ula di ccetwa. K kan ayen
kkan, yer taggara yuyal d ssef 1-Lâarbi i gettuqten. Inna yas :

1 K u lc i m a iâadda neffu-t
ar A Ima rran d Imerked
Ilia webrid nâannu-t
iiseylit degs tâarred
Siw a deg wnebdu t-tefsut
yura-t baba d i Ikayed

1 A y asm i-d begsen rrtut


win tufid a dgi y éh fed
U tennah130 iruh-ed s tefrut
ar-d isu su f nseffed
Ssaâid iddm -ed Imeslut
ffy - e d a L â a rb ’ attem ted

13 N e k d azrem isseblaan Ihut


di c cetw ’ ard iknunned

126. D eg-gw aw al y elia : A k-k iqqen R ebbi d ayeffus.

127. Sin ifyar a g ’ in eggura qqim en-d d anzi.

130. U ten n ah : d akli si ssef n L hag A t U m y ar.

176
7 N o u s savons quelles épreuves nous attendent
S i nous déclenchons la guerre
J'en ju re p ar Jeddi M anguellet129
E t les saints qui l ’entourent
L ’issue ne sera pas tout unie
N o u s devons com poser avec la nécessité
E t puisque nous avons cette m audite Tam jout
É vito n s de nouvelles tribulations.

46. Serment

A A ourir, il y avait deux sofs : celui de Larbi, m inoritaire, et celui


de H adj Ait O um ghar. Il en résultait toutes sortes d’avanies pour
Larbi ; en particulier, on utilise toute l’année dans sa propriété
d’A lm a un chemin qui norm alem ent n’était ouvert q u’à la belle
saison. M ais un jo u r vint où le sof de Larbi devint le plus puissant.
L’am ousnaw com posa alors ces vers :

1 L e passé j e l ’ai tout oublié


M ais p as A im a réduit en bourbier
Un chem in s ’y trouvait que nous em pruntions
Une porte le barrait
S a u f au printem ps et en été
Un acte de m on père le spécifie

7 Puis un jo u r la valetaille s'est dressée


L e prem ier venu essayait sur m o i ses fo rc e s
O utennah s'est arm é d ’un couteau
J ’essuyais ses crachats
S a ïd a pris une m assue
Sors Larbi et tu es un hom m e m ort

13

129. Je ddi M anguellet : saint ren o m m é des Ait Manguellet.

177
Irra im anis zun y e m m u t
win iâaddan d ar-t irked
A r -d iffey unebdu t-tefsut
w ’ iqam en ad as-d iâarred131

19 T int as i-Lhag n A y t U m yar :


Tin teb yid ncqileh ar tili
M a d a y teb yid d laafya
Ihem ul'i-d-nessali
M aday tebr( id d Ifetna
xem sa-u-sbaayn deffiri.

Mi gesla s w aw al-a Lhag at U m yar, iceggaa-d yer Lâarbi inna


yas : — annefru s Ixir.
Irra yas Lâarbi :

25 G gulley lezzm ey limin


ayen illan deg-gul nessen
L em leh attegw d acebbw ad
d qedran ard issisen
Tifrat nek idek ur telli
ar tesled s yezgaren llsen.

47. Mi sen nniy a $ a Iqebla

L âarb’ At Bjaawd iferru ger medden. Yibbwas m xallafen At


Tesga m-Me!lul, yiwet di tuddar n At M angellat. Ikcem Làari
ddaawa n e$ a d lyaci yellan yides, armi d asmi-d irra s lexbar belli
ggan-t wehdes, inna yas :

A d a w e n h ku y lejrida
ay arrac iw ezwazen

131. Sin ifyar nniden gwran-d wehh edsen deg gwehric-a :


a k k ' ay grad zik inexbut
ur ijnehcam ziy rfed
(am m a r ad yil txus tse dd art m erra ney ugar).

178
E t fa i t le m ort
O n l ’écrase en passant
M a is vienne le printem ps et l'été
Q ui p e u t lui barrer la route

19 A H a d j des A it O um ghar va dire


Q ue ce que tu désires soit
S i tu veux la p a ix
Q u ’avons-nous à tirer de la guerre
M a is si tu veux la guerre
Soixante-quinze guerriers m e suivront.

Ces vers furent rapportés à H adj qui envoya des propositions de


paix. M ais Larbi, encore éprouvé, lui fit dire :

25 J'a i fa it un serm ent fe r m e


Car j e connais m on cœ ur et ce q u ’il enferm e
L ’on fe ra des crêpes de sel
E t des sauces de goudron
L ’on tondra les bœ ufs
A v a n t q u ’avec toi je fa s se la p a ix 132.

47. Floué

D ans une affaire où il était intervenu avec ses partisans, Larbi à la


fin voit ceux-ci déserter sa cause. Il com posa :

Q ue j e vous conte
M ignons enfants

132. P our cette figure de style, cf. V irgile . È glogues.

179
T adyant idran abrid-a
âakkan fe lla y yergazen
ggan ay arm i nâabba
rran ay isuka ycrrzen

R n a n fe lla y rrekba
ar dessen (m iym azen
fgan m i nqettu Im edza
i-y-ufiy la d ii qqazen
N w iy s s e fiw yaâba
ssbeh z ik m i fgerrizen

S lekwabes am ttelba
win aa hazen a-t id rzen
X e w ze n akw yer taggara
knan s iâdawen [[anzen
M i sen nniy affa Iqebla
zzallen s A g em m u n Izem

M ennay a w ’ isâan baba


d watm a widen iherrzen
A d ii kkaten s nnuba
s taakkw zin ad ii yerrzen
D ils iw i-d yebbw in lada
m ennay awi-t ixerzen

Tasga m -M ellul tem duba


seg ddbub la / âawazen
A m jeb b w a n i d rrduba
akken i (fem hebbw azen.
M a dernière aventure
J ’ai été flo u é par des hom m es
Q ui m ’ont laissé harnacher m es bêtes
A rrim er des sacs bien pleins

1 Puis sont m ontés sur la charge


A v e c des rires m oqueurs des clins d'yeux
C eux dont j e réglais les affaires
Creusent m a trappe sous mes yeu x
Je croyais m on p a rti hors p a ir
A les voir se préparant de bon m atin

13 A m anier le fu s il et tels des tolbas133


Faire m ouche à chaque coup
M a is à la fin ils ont tous fa it fa u x bond
Ils se sont rendus à l ’ennem i soum is à lui
E t quand j e leur disais Voici L a M ecque
Ils priaient vers A g u em o u n I z e m 134

19 A h si j ’avais père
Et frères vigilants
Ils m ’auraient battu à tour de rôle
R o u é de coups
M a langue m ’a attiré cette avanie
Puisse-t-elle être cousue

25 Tasga M elloul est travaillée133


D e troubles de veillées
C o m m e quand vent du nord et du sud
S ’affrontent13*'.

î 33. Les talism an s des to lbas so nt censés être infaillibles.

134. La prière se fait en M a g h reb vers l’est. A g uem o un Izem est décalé
rapp ort à l’est d ’Aourir. Ce n ’est d o n c pas la b onne direction.

135. T a s g a Melloul : village des Ait Manguellet où Larbi est intervenu.

136. Le poèm e est a p p ar em m en t incomplet.


48. N aam er ssuq di .ttaasif

Ikker umerzi deg giwen ssuq qqaren as Ssuq 1-Lhed ger At W asif
d At Yanni. Ssuq izdukel akw tiq’o ilin i-s-d izzin, ideg Jfekkin At
M angellat. Ibbwi-d fellas L âarb’ At Bjaawd :

1 A y agellid ur nettis
a win i-{ id iâussen
H e k m A y a n n iw d U w a sif
b e z z a f di L h e d ssuqsen
N a a m er ssuq di //n a sif
lejdud nney d wigi nnsen

7 Yessebbw a y-d S id i le x rif


lerzaq yures i- d }fasen
Tura ggan a y-d din H n i f
win yegw ran degs a-t hewsen
A d y a y m ’ara-d iffiz z if
s iqerra nney d wigi nnsen

13 D llem m a sked w ’ur-t Iq if


am sshaba d im yettsen
N nm a ra tebbw d-ed ar a s if
rran ssuq yer deffirsen
M ti neqqw el d ’a ttiz z if
tekker ar ty e zza nni nnsen

19 Tarewla ulah degs Ih if


hib fe lla y hib fe lla s en
A r b a h y e zg a -d di {[nasif
m a d yib b w a s ad yefs âassen.

182
4 8 . M a rch és

1 R o i inaccessible au som m eil


T o i qui veilles sur tout
A p a ise les A it Y enni et les A it O u a sif
Déchaînés à E lhad
Un m arché avait été ouvert entre nous tous
Par nos pères et les leurs

7 Dieu nous prodiguait ses grâces


On y vendait de tout
Voilà q u ’ils en ont fa it A h n i f 137
Q uiconque s ’_y attarde est enlevé
L es pierres sifflent
S u r nos têtes et les leurs

13 L a lance transperçait plus d ’un


C o m m e dans les com bats entre m usulm ans et infidèles
La mêlée s ’est étendue ju s q u ’à la rivièren t
Laissant le m arché derrière elle
C haque fo is q u ’on en sortait nouveau cri de guerre
On se battait ju sq u e dans les jard in s de la vallée

19 II n ’y avait plus de scrupule à fu ir


P our nous com m e p o u r eux
L es A it R bah s'interposaient139
C o m m en t les épargner toujours ?
137. A h n i f : forêt sur les bords de l’oued Sahel, alors déserte, p a r c o u r u e par les
b rigand s et les fauves, mais jad is prosp èr e ; la région avait q u a r a n t e villages,
ch acun sous l’autorité d ’un chef appelé d jo uad, tous d ép en dant d ’un c h ef suprême
appelé azen k a t. Une longue disette a dispersé les habitan ts. Seuls sont restés les
exploitan ts des salines, réfugiés à Sebkha et dont une fraction a gardé le nom
d ’I/enk aten.

138. Le m a r c h é du had se tenait prés de la rivière dite plus tard Souk Eldjema,
sur le territoire des Ait Manguellet.

139. Voir note 38.

183
Lhag Lmexfar A t Sâid
Si Tirwal n At B uâakkac

184
Hadj Mokhtar A it Saïd

Q uoique né vers la fin du x v m e siècle, et donc témoin de la


conquête coloniale de l’Algérie, Hadj M okhtar est le type de
l’am ousnaw traditionnel. C ’est qu’en 1830, quand les troupes fran­
çaises entrent dans Alger, il est déjà un notable. En effet, avec
Hocine O uzenouch140 (pour les AkbiO, Hadj A m ar O ukaci (pour
les Ait AttaO, Ali Ait Yousef Ouali (pour les Ait Boudrar), Ali-ou-
M oham m ed O ukaci (pour les Ouasif) et Ibrahim -ou-A hm ed (pour
les Ait Yenni), c’est l’un des chefs des contingents zouaoua qui sont
allés défendre Alger contre les troupes coloniales. A ce titre, il ne
pouvait pas être très jeune, d ’autant q u ’à cette date il a déjà fait le
pèlerinage de La Mecque, qu’il est d ’usage de n’entreprendre
qu’assez tard.
A m ousnaw réputé, chef de parti et amin du village, Hadj M okhtar
est engagé profondém ent dans l’histoire de son temps. Contre
certains retournem ents spectaculaires et inattendus (en particulier
celui de Si Eldjoudi, m arabout des Ait Boudrar, qui d’abord figure
avec lui à la tête des contingents zouaoua en 1830), il dem eurera
toute sa vie fidèle à ses convictions (cf. ici même n° 52). En 1851, il
est un des chefs des fantassins zouaoua qui, à l’instigation du chérif
Bou Baghla, mènent une action contre les cavaliers m akhzen des
Abid Cham lal.
A partir de 1852, il devient l’ennemi personnel de Si Eldjoudi,

140. H o cin e O u zen ou c h , mort plus que centenaire le 2 dé cem bre 1874, est
donc né vers 1770.

185
49. Inza yi lehdit llil

Lhag Lmex.tar iferru ger medden. Yibbwas iruh ad ifru yiwet


ddaaw a, ur-d ikcim ara armi d udem n ssbeh. Truh-ed tm ettut is
a-s-d lli tabburt, tenna yas :
— Ay argaz, tâatteld-en.
Inna yas : — Armi t-tura i-f nefra
Tenna has : — Tezrid ay argaz ? T ura kecc t-tag’ i d ddunit ik.
Tetyim id tijm uyaa, tferrud ger medden. Nek annec-t agi ur as zmirey
ur iffiy felli. Lemmer d atan ad sebrey ar tehlud ; lemmer d inig ad
rguy ar-d uyaled ; lemm er d azfuf ad as naw ’ ard yaaddi. Imi kecc
akka kullas... T ura nek arm i d assa berka yi.
Inna yas Lhag Lm exjar :

A a n iy d b a b ’ iy ’ idaan
in z a y i lehdit llil
Ttsen akw medden hennan
am m idlen am m ur ndil

D nek ay d bu inezm an
arm i d iyi âabban s Imil.

50. N essen ssw ab neqqar it

F ehm et a ssam âin


a kra d ayefhessisen

186
nommé par la puissance coloniale bachagha sym bolique des
Z ouaoua avec mission d’am ener la soumission effective de la confé­
dération. Il est, avec Hocine Ait Hadj A ra b 141 de Tikichourt et
H adj Boudjema Ait Y aakoub des O uadias, un des chefs de la résis­
tance. Il le restera ju squ ’à la défaite.

49. V ocation

Un jo u r que Hadj M okhtar rentrait chez lui avant l’aube, au


retour d’une réunion qui avait duré toute la nuit, sa femme en venant
lui ouvrir lui reprocha ses absences continuelles. Hadj M okhtar
répondit :

Peut-être est-ce m alédiction paternelle


Q ue j ’aille voué aux discours nocturnes
Q uand tous dorm ent en p a ix
C eux q u i sont couverts et ceux qui ne le sont pas
M o i j e suis couvert de soucis
A p loyer sous la charge.

50. D éfinitions

C om prenez-m oi vous
Q ui êtes ici à m ’écouter

141. A m o u s n a w célébré de T ik ich o urt (Ait Ouasif). Cf. une présentation du


per so nnage p ar le colonel R obin : « ho m m e très intelligent, a y an t à un degré
rem arq u a b le le don de la p arole et qui jouissait d ’une gran de influence d ans tous les
Z o u a o u a ». ( R o b i n , « Histoire d u C h é rif Bou Baghla », art. cité.)

187
N e([aw i-d Imaanat
l-lefhul iggalasen
N ettabâa ccirât
d-eggan ssy a d ’ iwufqen
N se ll i ssurat
bbwaw al r-R eb b ’ âazizen
N ferru Iwehlat
ger ddalem d w ’ifdelmen
A b r id n tifrat
if[awi t id Imumen

N essen sswab neqqar it


fih e l medden ad ay mien.

51. L âay ar ad-d idher s ttul

A s m i nem lal di Sum m er


ne[heddir seg giwen bbul

N ennejm aa deg Gexlïgen


liant sut Tesga m -M ellul
W ’ innan L hag L m ex\ar dir-it
lâayar ad-d idher s ttul.

52. T tbiâa inu am m ugertil

J'xilek a Iqelb ay u m m il
d hed ur-k ihm il
Ifaken ak medden akw iles
J ’use des paraboles
D es experts qui ont beaucoup appris

Je suis les leçons


D es maîtres qui suivent la Voie
Je suis a tte n tif aux sourates
D e la parole du D ieu bien-aim é
Je résous les litiges
E ntre qui a tort et qui a raison

C ar les solutions
L ’h om m e aux intentions droites les trouve
Je sais la Voie j e la dis
Sans besoin q u ’on m e la m ontre

51. La vérité éclatera

Lorsque nous nous som m es rencontrés à Soum eur


N o u s parlions d ’un seul cœ ur
N o u s avons tenu conseil à Ikhlidjen
En présence des fe m m e s de Tasga M ello u l142
Q uiconque m e critique
Sache q u ’à la fin la vérité éclatera.

52. Telle la natte

D e grâce cœ ur ballotté
N u l ne t ’aime
O n te paie seulem ent de belles paroles

142. Sou m eur : village des Ait Itto u rag h, rendu célèbre par l’héroïne Lalla
F a d m a (voir no te 403) qui y résidait. Ikhlidjen : village des Ait O u m a lo u (Ait
Iraten). T a sg a Melloul : village des Ait Manguellet.

189
Ttbiâa inu am m ugertil
ur teffem biddil
f yiw en w udem ard iqqers

A â d a w nefqabal it g g iy il
w a l’ ad as nehtil
ff e h b ib ad ccey times.

53. Lm âallem inegger ye.tqis

F ehm et a ssamâin
a k r a y i- d izzin d aqusis
A Ibâad ifheddir
s rryem izerrâa ils is
A Ibâad isihriw
lm âallem inegger yefqis.

54. Ssbeh i nezzwer aaggu

Cerken At B uâakkac d A t Budrar yiwen ccmel n tkessaw t deg


gwedrar. Mi-d ibbwed M aggu a-t bdun garasen. Yiwen useggwas
tebbwd-ed tefsut, nnan as At Budrar : — Aseggwas-a fihel m a nebda
ccmel, a ten negg kan akka m xam m a, w’ibyun yeks. Ayen akken ?
Acku lmai ugaren ten At Budrar. N nan as At B uâakkac : — Ad
nnayen imeksawen. N nan as At Budrar : — ur fnayen ara. ggen-};
akken.
Ulin imeksawen s ad rar ad ksen. K ra bbussan bdan am ennuy.
Bdan d iccer, uyalen d aakkw az, taggara d azru, yuyal sawien-d yer
tuddar. At B uâakkac byan af-t-frun s lxir. N nejm aan d A t Bu­
drar. At Budrar ugin tifrat 1-lxir. Ikker um ennuy. T nayen armi
adrar akw herren-t At B uâakkac. At Budrar, mi w alan akken, rran
y e r Lhag Lm exfar.Inna yasen :

N eq q im di legmaa nem sal


nedâa ten s Lleh annefru

190
M o n hum eur à m oi est telle la natte
Q ui toujours m ontre
L a m êm e fa c e ju s q u ’à l ’usure

Les ennem is j e les affronte à découvert


N o n par traîtrise
P our un am i j e mangerai le feu .

53. T el le maître artisan

C om prenez-m oi hom m es qui m 'écoutez


A ssis en rond autour de m oi
Tel discourt
E t sèm e ses prom esses à tout vent
Un autre prend du cham p
E t com m e un m aître ouvrier m esure avant de tailler.

54. Pâturages

La tribu de H adj M okhtar (A it Bou A kkach) partageait avec une


tribu voisine des pâturages dans la m ontagne, qu’ils se répartissaient
chaque année à la belle saison. Les bergers s’étant un jour pris de
querelle, les Ait Bou A kkach proposèrent un accord à l’am iable que
leurs adversaires repoussèrent. La guerre éclata et l’avantage revint
aux A it Bou A kkach qui occupèrent la totalité du pâturage. Leurs
adversaires eurent alors recours à H adj M okhtar, qui au milieu de sa
réponse dit ces vers :

N ous avons siégé délibéré


N o u s leur avons dem andé p a r D ieu un arrangement à l ’amiable
A b rid r-R ebbi d amellal
win s-ixdan ad yefs ilqu
A r y a s win iss izerrilh a lw
nekw ni ssbeh i nezzw er aaggu.

Dagi kra yeqqar irra yas-d yiwen U budrar s usefru yenm eyran
ula d nefta s « u », am min 1-Lhag Lmexfar ; ay-d iqqimen ssegs ala
sin ifyar ineggura :

yas R eb b i wergin neccid


nekw ni nusa-d yer laafu.

W iyad qqaren asefru d as-d irra U budrar d wa :

Uhdiq ilian d lâaref


issen am kan ideg istehfid
U n g u f y u y -e d tiluta
arm i d-yu y deg tit unfid
Talw aht tehdag ssensal
im i d ttaleb ur / -ihfid
W alakin m azal lhal
yas R e b b i wergin neccid.

55. T lata dduâat

Yibbwas di lweqt ggiger igzem Lhag Lmex.tar di tm azirt ggiwen.


Taferka tw aa yer tejm aayt, iwala-t id bab bbw ayla. Inebbh-ed fellas
m baâid : — A nw a w ahi, ad ig Rebb’ ur tu y a le d a r a . Inna yas Lhag
Lm exfar : — Ad ig Rebbi ur uyaley a ra yer yir rray. Ikemmel inna
yas winna : — A cu la txeddmed dinna, ad ig Rebbi ur-d zzid ara.
Inna yas Lhag Lm exfar : — Ad ig Rebbi ur-d zziy ara si Igennet.
Inna yas wergaz nni : — K adaw akkadak m ’ur teqqim ed din.
Iqqim yer lqaa Lhag Lmex.tar. Arm atay a w ergaz la-d if.tazzal.

143. N ey : N e kw n i ur nebyi ccwal.

192
C ar blanche est la voie de D ieu
Qui s ’en écarte s ’en repent
E t à q u i laisse passer l ’occasion nous disons
Que nous com ptons quant à nous dès le m atin sur les fatigues.

D ’aucuns disent q u ’en cet endroit quelqu’un lui répondit par un


poème sur la même rime que celui de H adj M okhtar et dont on n’a
gardé que les deux derniers vers :

D ieu seul est infaillible


N o u s venons fa ire am ende honorable.

D’autres rapportent ainsi le poème par lequel il lui fut répondu :

L ’hom m e avisé et versé dans les paraboles


Sait en quel lieu il sera en sûreté
L e sot lui em prunte les bas-fonds
Où ses y e u x sont estropiés
II fa u t enduire d ’argile la planchette
S i aucun écolier n ’y apprend sa leço n 144
M ais il n ’est p o in t trop tard
Car D ieu seul est infaillible.

55. T rois vœ ux

H adj M okhtar traversait un cham p planté d ’une orge déjà haute.


Le propriétaire, l’ayant vu de la place du village, se mit à Pinvectiver
de loin :
— Q u’as-tu à traverser mon cham p ? Puisses-tu ne pas t’en
retourner de là !
— Puissé-je ne pas retourner aux décisions m auvaises, dit Hadj
M okhtar.
— Que fais-tu là ? Puisses-tu n’en pas revenir.

144. A m es ure q u ’ils ap prennent les versets qu ’ils écrivent sur des planchettes,
les élèves des écoles c oraniq ues enduisent celles-ci d ’argile blanche.

193
Akken d-ibbwed yaaqel Lhag Lm exjar, iqqim yer Iqaa, yuyal di ftel-
biba : — A dda Lhag, di laanaya-k aafu yi, ur-k id aaqiley ara. Inna
yas : - A mmi, aafiy ak, d nek i d ddalem , aadday ak deg giger.
Inna yas : — Ihi, m a tsemmehd iyi, dâu yi s lxir.
înteq Lhag Lmexfar inna yas :

R iih a k-k imnaa R ebbi


si Ihecmat inebgawen

A w e r tesâud tam ettut


iy e f [yennin im eksawen
A wer tesâud dderga
iy e f ttebbiren yaadawen.

194
A mur wis kra4

Lemtul

T roisièm e p a rtie

Apologues
— Puissé-je ne pas revenir du P aradis, répondit H adj.
— A ttends-m oi là, dit l’homme.
H adj M okhtar s’assit. L’hom me arriva bientôt en colère. Quand il
fut assez près, il reconnut H adj M okhtar et se confondit en excuses ;
— H adj, pardonne-m oi, je ne te reconnaissais pas.
— C ’est moi qui suis fautif, dit H adj. J’ai traversé ton cham p sans
t’en avertir.
— Si tu m ’as pardonné, Hadj, adresse pour moi une prière à
Dieu.
H adj dit :

Va que D ieu te préserve


D e la honte des h ô tes145
D ’une épouse
Q ui inspire les chansons des bergers
D ’enfants
Q ui suivent les conseils des ennemis.

145. L a c o u tu m e im posait de recevoir d ignem ent les hôtes, fût-on personnelle­


ment com p lètem en t dém u n i. A cet effet, ch aq ue famille avait to ujo urs en réserve
qu elques pro du its en prévision des visites imprévues.

195
Le genre gnom ique est à la fois prolifique et varié. Il n’est même
pas possible d’en présenter dans des lim ites étroites un échantillon­
nage suffisant. En l’absence d’une typologie qui reste à faire — et
dont du reste l’utilité serait purem ent didactique —, on peut suggérer
quelques distinctions grossières.
Form ellem ent, le genre peut aller du proverbe (en général un
distique) au long apologue (cf. n° 78 : 277 vers).
Du point de vue de la pratique sociale, les poèm es gnomiques
rem plissent une triple fonction. Us constituent d’abord un ensemble
de préceptes qui servent de systèmes de référence et éventuellement
de guides d ’action. En second lieu, ils interviennent de façon quasi
obligatoire dans le discours soutenu, com me ornem ent et peut-être
plus encore avec valeur d ’argum ent, com m e si la mise en forme était
par elle-même épreuve de vérité. En dernier lieu, et pas toujours
secondairem ent, la valeur esthétique du dit est à considérer, sans
qu’il soit toujours facile de la distinguer de la valeur éthique, comme
si la beauté était incom patible avec l’erreur.
Le genre gnom ique de toute façon n’est pas figé. L’ensemble des
valeurs est connu et reconnu de tous, m ais la pratique non seulement
y apporte chaque jour une illustration (fût-ce a contrario : cf. le
thème abondant et vivace des valeurs niées ou oubliées), elle peut
éventuellement l’enrichir aussi. Il y a toujours quelqu’un pour
insérer l’expérience dans le tissu de mots bien agencés ; c’est très
souvent le fait des am ousnaw ou des poètes professionnels ; il y a
même des spécialistes du genre (Bou A m rane, Sidi K ala), voire des

199
Hedrey s yimaniw nnan as deg w nejm aa n tad dart i yiwen umus-
naw mi g e k f am eslay : « A leflani, tigi t-tim ucuha n at zik. Nekwni
macci d arrac ad ay tessedhud s tm ucuha ». Ihi tedra t-tm ucuha
nney tiqdim in am Tunes n Ccix M uhend : kul yiwen d ayen i-s illan
deg gui yaf-it degs. W in ijnadin asedhu t-tatu t di tm ucuha yufa-ten
degsent, win ibyan tam usni d leqraya ggwtent.
Zik, imi taqbaylit ur te,twaru yara, heddren medden s lem tul, ack’
ulac di tm eslayt awalen iwimi qqaren s tefransist « abstraits » (s tma-
ziyt : imadwanen). Lkw etra 1-lemtul bnan f tarm it, w a yeggagga ten
id i wa, iwakken ayen sâaddan im ezw ura ur asen ifruh ara i-yneg-
gura, ad asen-d iqqim t-tam sirt.
Igwra-d, di lweqt-a deg nella, lemtul imezwura ilha m a netm ektay
iten id, yif it m a nerna yersen, yif it akw ma nezdukel iten nitni t-
tmusni taâlay an t t-tussna tatrart. Acku ur m sexdan ara lemtul iqdi-
men t-tussna bbw assa ; m adw a m kul wa deg gwemkan is ; am m ar
ad y il yugar akken m wafaqen akken m nafaqen.
Irna, akken ibyu yili, yas tbeddel tesw iât, iâadda Iweqt nnsen ney
n kra degsen, ilaq a ten id nefm ektay, tam ezw arut am -m etm atart bb-
wayen d-snulfan im ezw ura nney, tissnat imi di tm eslayt llan degsen
wid iâaban. Di tehrayt laaqliyya n lkw etra degsen taâ n a akw tim ura
d akw lewqat.

200
cycles146 ; tout le monde s’y livre peu ou prou. N aturellem ent, la
distinction ici faite entre caractères éthique, esthétique et historique
est de pure forme ; la réalité n’offre que des exemples polyvalents.
Le genre est aussi alimenté par une source plus sophistiquée où
l’on peut soupçonner (sans pouvoir l’affirmer) l’influence des clercs,
où en tout cas se décèlent les traces de rapports plus ou moins
directs avec des genres attestés en d’autres points du dom aine
m éditerranéen (fable, apologue, conte). En effet, la (n° 77) ou les
(n° 78) leçons peuvent s’insérer dans le corps d’un apologue, qui ne
leur sert pas seulement de prétexte ou d ’illustration, et dont certains
atteignent les dim ensions d’un dram e élaboré, passible d’une explica­
tion certainem ent plus profonde que la simple traduction littérale ne
le laisse voir ici.

146. On peut, avec les aventures du c h aca l, écrire un véritable « R o m a n de


C h a cal ».

201
56. D i ttahra tafukt acraq

A Mil albâad l-leswaq


yur m edden rran-t d amserri
D i ttahra tafukt acraq
di Ibadna d ttiam sari
Id d u kel laadu d ssdiq
iwhel leyzel ur ifsi.
M uh ed u R em da n At N abet

57. W issen tameddit sani

A y am ekraz n tleclac
texlid m a tergid im y i
A y aseggad l-lehnac
win d ssem ay-d itfawi
W ’ ilâaben ger txenfyac
wissen tam eddit sani.
A amer Azkuk

2 02
56. « Q uos vult perdere Jupiter... »

L a s sur telle décision


Q ui paraît belle aux y e u x
L ’apparence est lumière et fe u
E t le fo n d noires ténèbres
On ne distingue p lu s l ’am i de l ’adversaire
L e m écanism e est bloqué sans recours.
M o h a n d - o u - R a m d a n e A i t N a b e t 147 {Ait Yenni)

57. Qui sèm e le v en t..

A sem er brindilles sèches


c ’est fo lie d ’attendre q u ’elles poussent
A chasser des serpents
on ne rapporte que venin
A jo u e r avec le fe u
sait-on de quoi le soir sera fa it.
A m a r A z k o u k ( A it W a g h lis )

147. O r a t e u r célèbre (v. in t ro d u c ti o n ) ; un des prom ote urs de l'insurrection


nationale d e 1871. C ’est lut en particulier qui a p ron o ncé devan t les tribus
rass em blées d u centre de la K ab y lie le premier d isc o u rs « p ou r » la guerre.

203
58. Lhan m a seg giw en ar sin

Z z iy am gud s ttaqa
di litfaa medden swasin
H em m ley adriz m a ineqqa
y ir Im edheb ur-t nessin
A k k e n ihbiben iheqqa
lhan m a seg giwen ar sin.

59. Llan ihbiben I-lechur

L lan ihbiben l-lechur


llan ula iseggwasen
Llan a rd fm in laamur
lehbab m ’ara mgalasen.
M hensaayd At Lhaô

60. Ihbiben yezdukel n nif

Llan sin yehbiben di tm urt ufella kulci icerk iten, lâam er mxalla-
fen deg gwaccem m a. Yibbwas tferq iten yiwet ddaaw a, mkul wa d
abrid d-ibbwi. Akken ur as ufin ara 1-lufeq, inetq-ed yiwen inna yas :
— A nruh ar Ben A al’ A crif ad ay d-ifru. Ruhen, hkan as i Ben
AaPAcrif, inna yasen : — A tarw a, tigi ur asent ssiney ara. A y sent
izemren d Ccix Ubelqasem. Ruhen ur Ccix U belqasem , hkan as
day, inna yasen-d :

204
D ans l’impossibilité de présenter tous les thèmes de la poésie
gnomique, on en a choisi deux, du reste classiques : l’am itié (n os 58 à
61) et la dém esure (nos 62 à 65).

58. P as plus d’un ou deux

J ’ai p la n té des p lants nom breux


E n terrain m euble tous les hom m es se valent
M a is j ’aim e q u ’une fê te soit choisie
J ’évite d ’indignes partenaires
A in s i des amis
I l n ’en fa u t pas p lu s d ’un ou deux.

59. A m is d’un jour, am is de toujours

Il est des am itiés qui durent des m ois


I l en est m êm e qui durent des ans
I l en est aussi qui durent toute la vie
E ntre com pagnons qui ne se quittent pas.
M h e n d S a ï d A i t E l h a d j 148 ( A i t B o u d r a r )

60. A m is que l’honneur joint


Deux amis jad is très unis se sont un jo u r trouvés en désaccord. Ils
sont allés régler leur différend auprès du m arabout Ben Ali C hérif149
qui se déclara incom pétent et les renvoya vers le pieux cheikh
O ubelkacem 150, lequel trancha en ces termes :

148. A m o u s n a w célèbre de T ala-n -T a zart. O n trouve d an s H a n o t e a u , op. cit.,


trois poèm es de lui (2 e partie, n° 1 : « Ighil n tsed da », n° 2 : « Ait Rb ah », n" 3 :
« Ighil H e m m a d »).

149. Ben Ali C h é rif : famille m a r a b o u tiq u e de C h ellala (Illoulen O u sam m cur),
descendants du c h é r if Ben Sidi M o u s a ; zao uia célèbre.

150. C h eik h O u b e l k a c e m : ancêtre é p o n y m e d ’une famille m arab o u tiq u e de


Boujelil (voir n ote 198).

205
1 A Ihanin keëc d lla tif
a bab l-lqedra âalayert
Uheq kra izedyen H n if
law leyya widen i s innden
S y is m ik a Ben A a l’A c r i f
d ssellah Igawawen
7 N e k bdiy Usas si llif
da isub da d asawen
Ssber gm as d a y ilif
win t-isâan welleh ar islem
lh b ib en y e zd u k e l n n if
d lâar m a yexd â a yiw en.
C c ix U b e l q a s e m

61. L ehbab tethibbid ay ul

L ehbab tefhibbid ay ul
k ka n garaney isaffen
A brid isâab irna idul
lacci d kra d-ffalen
A R e b b ’ ahbib f s i cckul
abrid a d âaddint wallen
A n z e r lehbab at Imul
igadfella y d~i([alen
A d ihlu Iqelb amâalul
m ebla tira d iseflen.
S i d i R r a b i â A t S i d i A a m e r (seg A t Cebla)

62. L eyna n T bufarest

Telia Tbufarest tlehhu deg zenqan di L e ffa y e r, tfaken as medden


Iwaadi. Yibbwas imlal if id yiwen iminig, yuyal-ed si lyerb, la
ilehhu y e r tm urt. Neffa zik d igellil y u y al isâa. Tenteq yers
tenna yas : — A am aazuz, fk iyi taryalt.
Inna yas : — A T abufarest, tary alt atas. Ad am fkey kan frank.

206
C om patissant tu es m iséricordieux et tout-puissant
J'en appelle aussi aux saints de H n if
E t des lieux qui l ’entourent
A toi Ben A li C h érif
A vous saints des Z ouaoua
J ’ai tout p esé depuis le début

J ’ai p ris toutes les directions


L es peines sont sœ urs de la constance
M ais p a r D ieu en celle-ci g ît le salut
L es am is que l ’honneur a jo in ts
C ’est honte que l ’un d'eux faillisse.
C h e ik h O u b elk a ce m

61. M on cœ ur m alade guérira

Entre les am is aimés de m on cœ ur et m oi


Les crêtes s ’interposent
D u r et long est le chem in
E t par-delà leurs fo rc e s
Baissez les obstacles D ieu aim é
Q ue mes regards aillent par-delà la route
E t voient les am is diligents
Q ui de nous toujours s'enquièrent
A lo rs m on cœ ur m alade guérira
Sans remèdes et sans talismans.
S id i R a b i a A i t S id i A m a r ( A it C h e b l a )151

62. Fleur de fenugrec

Un hom me, jad is pauvre puis enrichi, revenait d ’O ranie, où il


faisait du com m erce, en K abylie. A Alger, il rencontra une « femme
de Dieu » qui lui dem anda une aum ône qu’il jugea exagérée. Devant

151. Ait C h e b la : tribu de la confédération des Ait Sedqa.

207
Tenna yas : — Ala, nek tary alt ay byiy.
Inna yas : — Ih ’ ad ii tedâud
T enna yas : — A am aazuz, nek d leyna ay ssney ad yenniy.
Inna yas : — Ruh, ur ixsir wara, m a d leyn’ ay tessned, yenni-d.
Tenna y a s :

A y ajeggig n tfidas
a win iss tfuraren
Ify ir win m i gwran wussan
wala win im i zwaren.

Iqqim-ed seg gwassen d awal.

63. Ttejra-k y u d f it inaras

A tafat i-k-d izzakan


ar-k id i[wali
Irra-k d m ensulaya
ar-k id issali
Ttejra-k y u d f i[ maras
ur tu k id aad m i teyli152.

64. A m m ar a-k tezri nnefxa

Seg iceggex Sidi M uhed W aal’ Acrif, 2 fu ru n -t medden atas. yer


taggara seg gwakken ttuqten, ur izm ir ara a ten izer yiwen yiwen, ad
qqimen ar-d innejm aa lyaci, ad ruhen iqeddacen is a ten derraan f
sin idurra wa iqubel wa. Imiren ad-d iffey nefta s-yim an is, ad iâaddi
di tlem m ast, ur inetteq yer hed, ur-d inetteq yers hed.
Yibbwas akken-d nnejm aan, la heddren lyaci bbw agarasen,

152. U r ittwassen a r a u m e s k a r usefru ya.

208
son insistance, il finit par céder à la condition que la vieille femme
fît pour lui une prière à Dieu. L’inspirée déclara qu’elle ne savait
pas faire de prière, mais que par contre elle pouvait chanter. Il
accepta. Elle dit :

F leur de Fenugrec
D o n t on jo u e
M ieu x vaut être heureux à la Jîn
Q u'au départ153.

63. Le ver était dans le fruit

O la lumière q u 'il134 te m ontre


Pendant q u 'il te surveille de loin
Il fa it de toi le c h e f suprêm e115
Il t'exalte
M ais le ver rongeait ton arbre
E t il a chu sans m êm e que tu t ’en aperçoives.

64. Le baisem ain

Les pèlerins qui se rendaient chez Ben Ali C hérif ont fini par être
si nom breux que le m arabout avait décidé de ne plus les recevoir
individuellem ent. Sim plem ent, quand tous étaient rassem blés, ses

153. Il n ’y a a p p a r e m m e n t aucun rapport entre le premier distiqu e et le second.


Ce procédé, que les poètes su rréalistes se sont étonnés de trouver en kabyle, est
fréquent en particulie r d an s les courts poèm es lyriques (izlan).

154. Il s’agit ici de Dieu.

155. M a n su la g h a : titre de la hiérarc hie militaire turque.

209
inetq-ed yiwen inna yas : — A ssag’ ad-d snetqey ccix, ad ay-d ihder.
Aarden medden a-t id qerraan, yugi. Ruhen-d iqeddacen. Lyaci uq-
men sin idurra. Ifîy-ed ccix. La-d ilehhu ger idurra. Akken-d ibbwed
almend bbwergaz nni, iluâa t : — A naam a ccix’anaam a ccix ! Inné-
qlab yers ccix. Ikemmel inna yas : — A naam a ccix nekw n’ uiac
kecc ulac.
Ibded Sidi M uhed W aali, yewhem. Ikemmel urgaz deg wmeslay
inna yas : — A naam a ccix, annect agi 1-lyaci d-yusan yerk, m acci d
udem ik kan i ten id ibbwin. Mkul yiwen d ayen t-icqan, w a d atan,
wa d dderga, wa d inig, wa t-taadaw t, w a d nnesba. K eccini, mi-d
ffyed, ad-d âaddid garaney atruhed. Inna yas cpix : — Akk i-gsar a
mmi ? Inna yas : — A kka. A naam a ccix lem m er ad iyi tsam hed ad
ak-d iniy. Inna yas : — Ini-d. Inna yas :

Thella deg-gw ’ ay-k ifkan


a win m i ssudunen afus
Irkw el lâibad msawan
d R ebb ’ i-greffden yesrus
A m m ar a-k tezri nnefxa
adg g en adriz ik m essus156.

65. K ra bbw-ijehlen yeggug

Iruh yibbw as yiwen um edyaz ad iwet deg giwet taddart. Aaggnen

156. Deg w n a m e k icban w a ye n n a y a s w ay ed :

A d ak-d ssufyen aman


deg gwezru maday âabbwlen
A y t Ixir dima iâamer
suter sser ad ak-t fk e n
A d ak-t id cudden ar ccfer
m i tetkebbred ad ak-t kkscn.
Ccix M uhend si lgiha-s :
W ' ibyan ad issgem yilqiq
w'ibyan ad y u zu r yirqiq.

210
hommes leur faisaient form er deux rangs entre lesquels le saint
passait sans adresser la parole à personne.
Un jour, un visiteur excédé se fit fort de le faire parler.
Effectivement, dès que le cheikh fut à sa hauteur, il l’interpella, lui
reprocha son indifférence à toutes ces préoccupations rassemblées et
à la fin lui dit en vers :

Veille sur la grâce que tu as reçue en don


Toi dont on baise les mains
T ous les hom m es sont égaux
C 'est D ieu qui hausse ou rabaisse
Prends garde que la fie rté t ’habitant
Un jo u r tes fê te s soient délaissées.

De ce jou r, Ben Ali C hérif fit vœu de voir un à un tous ceux qui
venaient en pèlerinage à sa z a o u ia 157.

65. L e poète et le caïd

Les habitants d’un village avaient, selon la coutum e, désigné celui

157. Cf. d a n s le m êm e o rd re d ’idées :

P o u r to i ils [/es saints] fe r o n t ja illir l ’eau


D e la p ierre s ’ils le veulent
Ils o n t des b iens en ab o n d a n ce ch a q u e j o u r
D e m a n d e et ils te don n ero n t
Ils les p e n d ro n t d tes cils
E t dès q u e tu t ’enorgueillis ils te les enlèveront
Et le cheikh M o h a n d lui-mêm e :
Q u i veu t p o u sser h a u t se rende tendre
Q u i veu t être g ro s so it d ’a b o rd m ince.

211
at taddart w’ aa-s iheggin imensi. A m edyaz la ikkat, m azal ifuk, ata
yebbwd-ed lexbar belli lqayed atay a ula d nefj;a yer tad d art ; ilia la
yettseggid, ittf it id yid. Ihi ilaq ad as swegden imensi ula d nefta.
N nan as i win iheggan i wmedyaz : — Imi taabbw led d y a zdukl iten.
Lqayed ibbwd-ed. Iruh ad yecc imensi. Iw ala netja d um edyaz aa
yeqqim. Iwexxer inna yas : — U r te{.{ey a ra nek d um eddah. Inteq
um edyaz inna yas :

A win yesdaden afeirug


fe h m e y f r r a y ik dir it
A y zriy deg at ssrug
at rrkub terna trihit
S kra b b w ’ ijehlen yeggug
igga-d tarwa-s i tw ayit.

66. A -t nesseyra di Im aani

Yiwen um eddah iffawi yides mmis. Isla i w m rabed la yeccet-


tim degs. Inna yas :

N e k m a bbw iy y id i m em m i
nnan-i medden isuleh
A - t nesseyra di Imaani
w a l’ ad-d iffey d imfelteh
M a c c ’ am m em rabed ur ney ri
ger medden iban d Ifayeh.

212
d’entre eux qui allait préparer le repas du soir à un poète de passage.
Sur ces entrefaites arrive la nouvelle que le caïd qui chassait dans les
environs allait lui aussi passer au village, où la nuit l’avait surpris.
On décide de confier au même hom m e le soin de recevoir aussi le
caïd. M ais, le soir venu, celui-ci refuse de s’asseoir devant le même
plat qu’un m eddah. Le poète dit :

Chasseur de perdreaux
Tu erres j e le vois
Car com bien n ’ai-je p as vu de cavaliers m ontés
A v e c étriers et babouches de cuir
Passer les bornes et disparaître
P our le m alheur de leurs enfants.

66. Clerc et ... illettré

Un m arabout, par ailleurs illettré, ayant reproché à haute voix à


un poète de prendre avec lui son fils partout où il allait, s’attira cette
réplique :

J e prends m on fils avec m oi


E t on m ’a dit que c ’était fo r t bien

Je lui enseigne les leçons


P lu tô t que de le voir perdu
E t sem blable au m arabout illettré
D e qui l ’on dit q u ’il est inutile.

213
Sidi Qala
g At Jlil

67. Agem m ay

Yuqem Sidi Q ala yiwen usefru yef isekkilen n tâa ra b t, m kul asek-
kil s yefyar is. M aca ala sin isekkilen i-d iqqimen ssegs.

(ini) Mim

bâad as i wâadaw aqdim


s agerjum i-k i(qeddim
m a y u fa -k ur ak ihlim

(ini) Waw
bâad i wdeggwaî bu tirtaw
d lexwal i-gcebbu wayaw.

214
Sidi Kala
Un poète gnomique des Ait Jlil158

67. A bécédaire

Sur les lettres de l’alphabet arabe, Sidi K ala, m arabout et clerc, a


com posé un poèm e dont il n’est resté que les deux lettres « m » et
« ou » :

D is « m »
F uis un vieil ennem i
C ’est à ta tête q u ’il en veut
Q ue l ’occasion se présente il ne t ’épargnera pas.

D is « ou »

É vite un beau-frère chassieux


C ’est aux oncles que le neveu ressem ble15y.

158. T ri b u d e Petite K aby lie, au sud-ouest de Bougie, sur Sa rive


droite de l’oued Sahel. D e Sidi K ala, on tr ou ve un po èm e dans
H a n o t e a u op. cit.. ( 2 e partie, n° 6 ).

159. Cf. P . G a l a n d - P e r n e t , 1972, po èm e n° 38 : « A d ini'/ lif »,


présenté p ar le t r an slateu r lui-mêm e c o m m e du genre ancien (am arg
aqd im ).
H n ’est pas im poss ible que to ute intention d id actiq ue ne soit pas
exem pte de ce genre de poème, d u m oins à l’origine ; elle semble
av oir entièrem ent disp aru tant ici q u e d a n s le p o èm e chleu h, pour
laisser place à un ab écédaire prétexte à enfiler des m axim es sans
autre ra p p o rt avec la lettre que les besoins de la rime.

215
68. D dw a usem m id

D dw a u sem m id t-tim es
di ccetw ’ ur tesâi nnuba
A n eb d u teqqim wehdes
alam m a tella ssebba.

69. U r ineqq ur issidir

Ifgalla lâabd ur izm ir


ar iddehm ir
irna aw ehhed ggiles
Ur ineqq ur issidir
R e b b i fra n t-ed akw yures.

70. A drim ur tehbis texrit

A y ul am ehbul yexlan
berka-k asuget bbwawal

Berka lem hibba l-lxalat


/âaddint bhal lexyai
A d rim ur tehbis texrit
ur-t / âuddu d rraselmal.

71. Berka-k asuget n tiy ta

L lh id m i-t ibda iceqqiq


nef [a y e fk a -d limara

Lhila icerreg ifelliq


leqrar is d leksara
M i-k ifat ttbax n llsiq
berka-k asuget n tiyta.
68. Le remède au froid

L e remède au fr o id c ’est le fe u
Toujours là l'hiver

Vienne l ’été et il est délaissé


S a u f en cas de nécessité.

69. Faible et présom ptueux

L ’hom m e être fa ib le est présom ptueux


Il se pavane
A d o re D ieu en paroles
M ais il n ’a p ouvoir ni de m ort ni de vie
Car D ieu décide de tout.

70. Illusions

C œ u r vain et distrait
A sse z de te répandre en paroles
A sse z de l ’am our des fe m m e s
I l p a sse com m e une om bre

L'argent que tu n ’as pas serré dans ta bourse


N e le com pte p a s p a rm i tes biens.

71. Le vase fêlé

Une lézarde sur un m ur


C 'est un avertissem ent

Une fê lu re sur un vase


C ’est prélude de cassure
Q uand ta soudure est refroidie
A quoi bon m ultiplier les coups.

217
72. Lm edheb yugar cci

N n i f ik m aday t-fkid
a l' ibbwas i gefâici

Iâdawen a-k inin telhid


iw a k k ’ a d iggwet lyaci
Ixxam en yelhan ahfid
L m edheb yugar cci.

73. Lgid d ikaraa

L g id m a txedm et-t yibbw as


ma ur-k iyn i d ak-k isser
Lkaraa xdem aseggwas
am y ir bnadem nnaker

F k as kan ad y e c c atas
ya a d el m a thud ney taâmer.

74. K ra n tin ixdem wemcum

A m e k sa itubâ it llum
m a iyfel welleh ar idlem

Tim es ma tendeh g w zem zum


m i tekcem ly a b ’ atteynem
K ra n tin ixdem wem cum
siwa seg gw sâad' ityerrem.
72. Mieux vaut bonne renommée

Ton honneur si un jo u r tu le vends


Sache q u ’il n'a qu'une seule vie

Tes ennem is te loueront


A fin de grossir leurs rangs

M ais les nobles m aisons à l ’encontre


Préfèrent à la fo rtu n e le renom.

73. Bonne terre et sol ingrat

Un seul jo u r de travail sur une bonne terre


P roduit récolte décente sinon abondante
M ais un an de travail sur un so l m échant
C ’est com m e servir un ingrat

Pourvu q u ’il se gave


Peu lui im porte que l ’on construise ou démolisse.

74. Pasteurs

L e berger est responsable


Ses négligences p a r D ieu sont condam nables

Car le fe u qui p ren d à la brindille


P eut embraser toute la fo r ê t160

E t le m al que le m échant fa it
C ’est l ’hom m e de bien qui le paie.

160. Cf. le p roverb e chinois: «Une étincelle peut m ettre le feu à


toute la plaine . »
Par « berger », on désigne évidem m ent les chefs des différents
groupements.

219
75. Win iqqazen i gmas lly

Win iqqazen i gm as llyem


izg as-d m ebâid isilq il

Z d a t medden d ddalem
yur R ebbi tew zen tweqqit
N effa d ahnin d rrahim
a-t isderbez ismenâ it.

76. T la ta tem sal

D acu i gzedyen luâur


d Ibaz akw d im iâ n if

D acu i gzedyen lyaba


d izem akw d u h ellu f
D acu i gzedyen tudrin
d uhdiq akw d w u n g u f
J'xilek a Ibaz
ur ii [(agga s im iâ n if
A y izem
ur ii ffagga s ahelluf
A y uhdiq
ur ii nagga s unguf.
7 5 . Justice im manente

C elui qui à son frère creuse la fo sse


L a fa it profonde et de loin la surveille

A u regard des hom m es est injuste


D ieu a ju g é son fa it

Car dans sa grande bonté


A la fo s s e il arrache l ’un et condam ne l ’autre' 61.

76. T riades

Q ui habite les endroits escarpés


L e fa u c o n et la chouette

Q ui habite la fo r ê t
L e lion et le sanglier
Q ui habite les cités
L ’avisé et le sot
D e grâce fa u c o n
N e m 'abandonne pas à la chouette
Lion
N e m ’abandonne pas au sanglier
A visé
N e m ’abandonne p a s au sot.

161. D ans une lettre écrite en fra nçais à Salem Ait M a a m m e r , son maître
puis son c o m p a g n o n en t am o usni, Sidi L o u n as (voir Intro duction) a cité ces
vers en ber bèr e, puis les a fait suivre de la trad u ctio n su ivante :

C e lu i q u i creuse à so n fr è r e u n e to m b e
I l se m et au loin et a tte n d le d o m m a g e de son dit p arent
L a p o p u la tio n l'appelle B ru ta l
E t D ieu a déjà p e n s é et ju g é so n f a it
I.e C réa teu r Ja it sa u v er celui à q u i le piège est tendu
E t f a i t to m b e r d ed a n s celu i q u i l'a creusé.
Certains att rib uent ces vers à A m r a b e d Saïd de Tililit (Ait Manguellet).

221
Tamacahut n tsekkurt

77. Tamacahu.t n tsekkurt

I A sidi bab uyanim


ay uhdiq fh e m thessis
Telia tezdayt di Ssehra
hekkun i-g yezzifyiyef-is
L b a z iâac sufella
tasekkurt g zuran-is

7 Iq q im alm i d yiw en was


im cawar d warraw-is
A m ek ara y ex dem isteqsa
i tin izedyen ar rrif-is

II Ik k r-e d umeqqwran degsen


isella deg-gwawal-is
Fk-iyi-} a b a b ’ af-f-eccey
di lebher ney bu rric-is

15 Inna y a s G edha s m em m i
m acci d ssyada bbukyis
A d nadin iâabbwamen
ad mlilen d rric-is
A d y a w e d lexbar ledyur
lbaz icca tagaret-is

21 Ik k r-e d ulem m as degsen


isella deg-gwawal-is
F k-iyi-f a bab’ a[-f-eccey
di tesraft ney bu rric-is

25 Inna y a s G edha s m em m i
m acci d ssyada bbukyis
A d-d-iqqw zl useggwas n rrha
k u lw ’ ad ifqed tasraft-is
A d y a w e d lexbar ledyur
lbaz icca tagaref-is

222
Le dit de la perdrix

77. Le dit de la perdrix

I Scribe
avisé entends-m oi
Il y avait au désert un palm ier
A u haut fa îte
S u r les palm es vivait un fa u co n
Près des racines une perdrix

7 L e fa u c o n un jo u r
D élibéra avec ses enfants
C o m m en t fa ire dites-m oi
A v e c celle qui habite près de nous

II L ’aîné se leva
E t dit
Père laisse-la-moi m anger
A la m er je jettera i ses plum es

15 L e fa u c o n dit H olà m on fils


Ce n ’est pas là chasse avisée
D es nageurs dans leurs ébats
V ont trouver ses plu m es
E t la nouvelle parviendra aux oiseaux
Q ue le fa u c o n a m angé sa voisine

21 L e cadet se leva
E t dit
Père laisse-la-mol m anger
D ans un silo j'en fo u ira i ses plum es

25 L e fa u c o n dit H olà m on fils


C e n ’est pas là chasse avisée
L ’heure de m oudre viendra
C hacun ira à son silo
E t la nouvelle aux oiseaux parviendra
Q ue le fa u c o n a m angé sa voisine

223
31 lkkr-ed um ejtuh degsen
isella deg-gwawal-is
Fk-iyi-[ a b a b ’ af-t-eccey
ad zw irey g rric-is

35 Inna y a s Gedha s m em m i
Tagi d ssyada bbukyis
M a m m utey g g iy-d laamara
baba-k irgel-d amdiq-is
W ' iccan IhejV ar / ifak
isuk ta la b a f yim i-s.

224
31 L e plus jeu n e se leva
E t dit
Père laisse-la-moi m anger
Par les plum es je com m encerai

35 L e fa u c o n dit Bien dit m on fils


Voilà une chasse avisée
S i j e meurs j e n ’aurai pas laissé place vide
M on rôle désaffecté
Car qui a m angé la perdrix
D o it passer une étoffe de laine sur sa bouche.

225
Taqsit 1-ledyur

78. Taqsit 1-ledyur

Q qaren, asmi tekker attejweg tnina, nnejm aan akw ledyur, mkui
wa yebya a-t-yay. Shedren-d lewhuc nniden d inagan. N nan as i
Tnina : — xtir win tebyid. Tenna yas : — hdert-ed, mkul yiwen deg-
wen a-d yaw ’ ayen issen. Im iren ad w aliy. N nan as : — N teq ay isyi,
d kecc ay d am eqqwran.

Isyi

1 Tartina m ’ ad iyi tayecl


d nek i d aardi 1-ledyur
L m akla-w ad am-f-mley
d aksum win ziden i Ifatur
Llebsa-w lady a tezrid
d ccac yuraden Imeqsur

Irna yenna yas :

Inna y i baba cfiy as


7 C cbaha ggiger d im y i
ccbaha n tefsut d iyi
ccbaha unebdu t-tirni
ccbaha l-lexrif t-tilwi
ccbaha n ccetwa t-tim essi
L q u m icerred Iw er/ i

226
Le dit des o iseau x

78. Le m ariage de T anina

L’oiseau merveilleux T an in a162 ayant décidé de se m arier, les


prétendants affluent. Pour les départager, T anina organise un
concours : elle épousera celui des oiseaux qui aura rapporté le dit le
plus beau. On appelle comm e tém oins quelques bêtes des bois et le
concours com m ence. On donne d ’abord la parole à l’oiseau le plus
vieux :

Le percnoptère

I Veux-tu m 'épouser Tanina


Je suis des oiseaux le p lu s sage
M a nourriture apprends que
C ’est viande douce à m anger
M o n vêtem ent c ’est n ’est-ce p as
Tulle blanc lavé et brillant

Le percnoptère dit encore :

M o n père j e m ’en souviens m ’a dit


1 La grâce d ’un cham p c 'est ce qui y pousse
La grâce du printem ps le p etit lait
La grâce de l ’été la m oisson
La grâce de l ’autom ne ses fru its
Et celle de l ’hiver le f e u 163
Le m onde réclame l ’im possible

162. T a n in a (quelquefois assimilée, sans doute à tort, à tamiUa : la tourterelle ?)


est une es pèce non identifiée, une sorte de Phénix do n t la valeur est surtou t
sym bolique. Voir cep en d a n t n° 15.

163. Une séquence de m étap h o res se m bla ble s se retrouve cu rieusem en t dans
saint Aug ustin , avec cette conclusion extrap olée : « Ht la be auté de toi-mêm e c’est
ton âme. »

227
wi-y ibyan ur-t nebyi
sswab
iyab
A wufan rrsem ur yefxab
u ry e ffilifa ru q ger lehbab

T anina
17 Tenna ya s R u h awlidi
ur qqim ey d aanqur
B âad syenni
berka-k Ikwetra l-lehdur
A k s u m ur tezli tefrut
ur-t-tetfey a gm a merikur

Nnan as : — Nteq ay igider !

Igider

23 Tanina m ’ ad iyi tayed


d nek i d ssid l-ledyur
L m akla-w ad am-[-mley
d aksum win ziden i Ifatur
M i nekker anyerreb ancerreq
d lektub ig nefnadur

T anina
29 Tenna y a s R uh awlidi
ur qqim ey d aanqur
B â a d syen n i
berka-k Ikwetra l-lehdur
A k s u m ur tezli tefrut
m a teccit-t a gm a m enkur

Nnan as : — Nteq ay abâuc !

228
T el nous aime que nous n ’aim ons pas
M orte
E st la voie droite
Les principes ne devraient p a s être abolis
N i les am is désunis

Tanin a
17 D it Va am i
Je ne suis pas laissée pour com pte
Éloigne-toi
E t assez de vaines paroles
L a viande que le couteau n ’a pas égorgée
J e ne la mange p a s elle est im pure164

Les oiseaux dirent : — Parle, aigle !

L’aigle

23 Tanina veux-tu m ’épouser


Je suis le prince des oiseaux
M a nourriture apprends que
C ’est viande douce à manger
Q uand je prends vers l ’est ou vers l'ouest
C ’est com m e si j e lisais dans les livres

T anina

29 D it Va am i
Je ne suis pas laissée p o u r com pte
Éloigne-toi
E t assez de vaines paroles
L a viande que le couteau n ’a p o in t égorgée
C ’est péché de la manger

Les oiseaux dirent : — Parle, insecte !

164. Le percnoptére se nourrit de char ognes . Selon le do g m e islamique, la chair


d’un an im al qui n ’a pas été rituellement égorge est illicite.

229
A bâuc

Y e n n a y i baba cfiy as
Im sihrem wer din y e x lif

— N teq a lebhem !

Lebhem
Yenna y i baba cfiy as
36 Tam azirt m m yeb rid en 165
L m â a rn yesqerbuben
T am ettut m m yerbiben
Tarewla ay ihbiben

— Nteq a tirellil !

Tirellil
Y e n n a y i baba cfiy as
40 Tlata tem sal ssrunt igenni
W in ikecm en s agraw
ur issin ad iselli
W in iruhen ad ya kw er
deg gid ar ifyenni
Ccada r-Rrebbi
s w ayen ur nezri

— Nteq ay am cic !

Amcic
Yenna y i baba cfiy as

47 Tlata tem sal ssrunt amcic


Win y u y e n y ir tm ettut
atternu ffnefcic

165. Ibriden : d asgwet am ed y az a m zu n ggwten iberdan ugar.

230
L ’in secte

M on père j e m ’en souviens m 'a dit


L 'im p ie ja m a is ne prospère

Parle, bête de som m e !

La bête de somme

M on père je m ’en souviens m ’a dit

Un cham p traversé de chem ins nom breux


Une charrue branlante
Une fe m m e avec des enfants d'un prem ier lit
A m is fu y e z-le s

Parle, chauve-souris !

La chauve-souris

M on père j e m ’en souviens m ’a dit


Trois choses fo n t pleurer le ciel
Celui qui se rend à l ’assem blée
E t ne sait p a s parler
Celui qui va voler
L a nuit et se m et à chanter
C elui qui tém oigne
D e choses q u ’il n ’a p o in t vues

Parle, chat !

Le chat

M on père je m ’en souviens m ’a dit

Trois choses fo n t pleurer le chat


C elui qui a épousé laideron
Q ui fa it la difficile
Win isâan ttrika
lâayal ad ccen lehcic
Win isâan y ir dderga
yin ’ as sâiy aqcic

Nnan as : — Nteq ay izem !

Izem

Y e n n a y i baba cfiy as

54 A tm aten m ’ara dduklen


walan-d iâdawen
zgan-d m ebâid am yilas
M a Jkan rray i yiw en
y ili d Ifahem
t-tacdat n nnbifellas
A kerrad m a ikecm iten
atterwi deg giwen was

Nnan as : — Nteq ay izirdi !

Izirdi
62 I[ru wul ye[ru izirdi
f f i n ur nelli d aheqqi
di tejmaâit ad iccernenni
M i-d hder tidej
ad i((egwnenni
ad irwel s axxam
ad ijfer aqerru-s am m in inisi

Nnan as : — N teq ay acerreqraq !

A cerreqraq

69 Win izew g en yir zzw ag


ilezm it ttlaq
A m m a r ad as-d egg
llufan d aleqqaq

232
L ’hom m e riche
D ont la fa m ille se nourrit d ’herbes
Le père de m échants enfants
Q ui se vante d ’avoir un fils

— Parie, lion !

Le lion

M on père j e m ’en souviens m ’a dit


54 D es frères unis
A u x y e u x de leurs adversaires
S e profilent au loin com m e des lions
S ’ils laissent à un seul le soin de décider
E t q u ’il soit sagace
L e prophète sera avec lui
M ais q u ’un calom niateur s ’interpose
E t tout est détruit en un jo u r

— Parle, putois !

Le putois

62 L e cœ ur du p u to is déplore
L 'injuste
Q ui sur la place se vante
E t à l ’heure de la vérité
Se recroqueville
S ’enfuit vers sa m aison
E l s ’y cache com m e un hérisson

— Parle, rallier !

Le roi lier

69 Q ui a j'ait mariage m al assorti


D oit rompre
A v a n t que sa fe m m e lui laisse
Un enj’a nt tendre

233
N n an as : — N teq a y azrem !

Azrem

73 Ifru w u lyefru wezrem


f tagmaf iffemxallafen
f lehbab iffem yekcafen
f-fin ikkaten deg-gwin i-t yifen

Nnan as : — Nteq ay itbir !

Itbir

77 A y a re zg ik a fa a l Ixir
ur y effw a t ur iffudeggir

Nnan as : — Nteq ay abuâam m ar !

A buâam m ar
Y e n n a y i baba cfiy as
79 Tlata tem sal degsent jfem yiz
Tam ettut deg giri bbwergaz
nef fa ad y ers ifneggiz
W inna yen/an di tm urt is
idmaa ism is ad y aâziz
W in ittam âan Igennet
tazallit lâamer i-s y u n iz

N nan as : — N teq a lâallaqa !

L âailaqa

86 Ccbaha n tzem m urt d aaqqa


ccbaha bbw em nay d ttelqa
W i-f y u y e n d i Ibext yelqa
ula y-s-d-eg lehdaqa

234
- Parle, serpent !

Le serpent

73 L e cœ ur du serpent déplore
L es frères désunis
L e s am is indiscrets
L ’hom m e qui critique qui vaut m ieux que lui

— Parle, pigeon !

Le pigeon

77 Q uel n 'est pas ton bonheur hom m e de bien


Tu n ’es ni attaqué ni bousculé

— Parle, épervier !

L’épervier

M o n p ère j e m ’en souviens m ’a dit

79 Trois choses m éritent réflexion


L a fe m m e mariée
Q u ’un tiers convoite
L 'exilé
Q ui com pte voir son nom honoré
L ’h o m m e qui espère le Paradis
Sans s ’être ja m a is p rosterné p o u r la prière

Ils dirent : — Parle, loriot !

Le loriot

86 La grâce de l ’olivier c ’est l ’olive


Celle du cavalier la chevauchée
Celui à qui le destin est contraire pâtira
M algré ses bonnes m anières

2 35
N n an as : — N teq a sib b u s !

Sibbus
90 W ' iwalan ttâam drus166
ye c c cw it izm ed agus

N nan as : — N teq ay abuheddad !

A buheddad

92 C cbaha n tm ettut d lewlad


ccbaha n tm ekw helt d zzn a d
ccbaha bbw exxam d Ibab
ccbaha n ddunit d lehbab

N nan as : — N teq a ttebbib !

Ttebbib

96 A c ’ara y in i ttebbib
A qerru-w ikfa si ccib
f tm ettut isâan arbib
tasa-s kulyu m am m eyrib
D eg gw exxam attefâatfib
yas attili d nnaqib

N nan as : — N teq a ttebbiba !

Ttebbiba

102 L h a r’ ur nesâi tibbura


ur tegganed ara tanafa
W in aa-d yin in
f k iyi ttlaba-w tura
Win aa yefken yelli-s di lhara
yib b w a s y u m a y e n a-d nadi Ihila

166. N ey : b n a d em illan d a m eky u s.

236
Ils dirent : — P arle, roitelet !

Le roitelet

90 Quand, tu vois qu 'il y a peu à manger


Prends-en p eu serre ta ceinture

Ils dirent : — Parle, m ésange !

La mésange

92 L a grâce de la fe m m e ce sont ses enfants


Celle du fu s il sa détente
Celle de la m aison sa porte
E t celle de la vie les am is

Ils dirent : — Parle, huppe m âle !

La huppe mâle

96 Q uoi dire
C e qui fa it m a tête chenue
C 'est la fe m m e qui a m beau-fils
Elle est toujours une étrangère
M algré ses peines à la m aison
E t en fû t-elle l ’intendante

Ils dirent : — Parle, huppe femelle !

La huppe femelle

102 D ans une m aison sans porte


P oint de som m eil
Q uoi répondre à qui dit
R en d s-m o i tout de suite m on argent
Une fille mariée dans le quartier
R eviendra chaque jo u r fu re te r dans les plats

237
N n an as : — N teq a y iblinser !

Iblinser
108 L e h r a m d a setta f
win d-izewgen seg gir lasel
ar ani y e b y u y is y is
taggar’ a-s-t-id sseydel

N nan as : — N teq ay azukertif!

A zukertif
112 Tlata tem sal degsent Ih if
W in d-iseggden
a d y ili w e r y e ttif
W in aa yesbedden lyerd
nef fa wer t-ilq if
W in rnan Igiran is
d win ay d Ih if

N nan as : — N teq a nntir !

N ntir

119 Ccbaha n tm ettut d zzrir


ccbaha n tm eyra d zzhir
ccbaha n tm ekw helt d ddkir

N nan as : — N teq ay ijirmed !

Ijirmed
122 Tlata tem sal usem yaarred
W ’ isâan axxam am ejtuh
N e f fa ar iâ a n ed

238
— P arle, ib lin ser167 !

L ’iblinser

108 C 'est noir péché


D e prendre fe m m e de basse extraction
Tu as beau réaliser
Un jo u r elle te détruit tout

— Parle, merle !

Le merle

112 Trois choses peinent


Celui qui va à la chasse
E t revient bredouille
C elui qui dresse une cible
E t la m anque
C elui que ses voisins dom inent
Voilà la peine

— Parle, n etir169 !

Le netir

119 L a grâce de la fe m m e ce sont ses perles


L a grâce d ’une fê te ses bruits
La grâce d ’un fu s il son acier

— Parle, ver de terre !

Le ver de terre
122 Trois choses sont pure encom bre
C elui qui a m aison m enue
E t y amène des invités

167. Ib lin ser : o iseau non identifié.

169. N e t i r : an im al n on identifié.

239
W ’ isâan iyil d aqucah
Ihem m a degs iqerred
Win isâan y ir xenfuc
ne{{’ ar icerred[6B

Nnan as : — Nteq ay afalku !

Afalku

129 A c ’ ara y ini ufalku


T uudayt ur tejfuku
yas rrsas m ’a a y e d d u k k u

N nan as : — N teq a tagerfa !

Tagerfa

132 D R e b b ’ i-graden s w akka


im i-y cciy lamana
W in ixeddaan d i ddunit
u ry e ife k k i di R ebbi
wala di lum m a

N nan as : — N teq a mergwed !

Mergwed

137 A c ’ara y ini mergwed


S liy s ddunit tenhed
Lgirra a{(a tuy-ed
A g u jil w uyur aa ibedd
A y la -s f(aken-t i ssed
N e ffa d awray am Iwerd
d a y ’ i-gesdaafen m ergwed

168. N ey :
(123) win ur nesâi axxam
(125) win isâan y ir tagmaf
(126) n ef;' ar ikerred.

240
C elui qui a courage court
E t va cherchant querelle
C elui qui a fille laide
E t exige grosse dot

— Parle, vautour !

Le vautour

129 Q ue dira le vautour


L a lâcheté ne sauve pas
M a is bien les balles qui crépitent

— Parle, corbeau !

Le corbeau

132 A in s i l ’a voulu D ieu


Puisque j ’ai gardé ce q u ’on m ’avait confié110
L ’h o m m e m alhonnête en ce m onde
N ’appartient ni à D ieu
N i à son p eu p le111

— Parle, dorm eu r172 !

Le dorm eur

137 Q ue p e u t dire le dorm eur


L e m onde j e vois est renversé
L a tem pête sévit p a rto u t
Q uel sera l ’étai de l ’orphelin
O n je tte ses biens à l ’eau
P endant q u ’il se fa n e com m e rose
Voilà ce qui fa it dépérir le dorm eur

170. L a légende ra p p o rte que le co rb eau est devenu n o ir p o u r avoir renié un


dépôt.

171. É v id em m en t, le peuple par excellence qui est l’o u m m a islam ique.

172. M ergw ed : an im al non identifié.

241
N n a n as : — N te q a ta b !

Tab

144 Z iy ddunit tefnexrab


m i d ddkir la yefneqlab
L heq si ddula iyab
n S id i  um er Ben X et tab

— A c’ ara-d inid ay ajehm um ?

Ajehmum

A c ’a ra -d y in ’ ujehm um ?
148 Â udubilleh
seg gw in ur nessin ad im m eslay
ne}}’ar ifqem qum
ney w ’iqum ren sseltan
y iV ur isâi Iqum

— A c’ ara-d inid a tikkuk ?

Tikkuk

A c ’ ara-d y in i tikku k ?

153 A q liy i cbiy Im enkuk


R re zq m i-d ibbwa m ecruk
win iêcan kra m ebruk
A rg a z issuguten ccbuk
y ib b w a s a-t rren d anehruk174

— A c’ aa-d inid a azerzur ?

174. N ey : d a h e m u k ?

242
— P arle, p etit d u c !

Le petit duc

144 Vrai le m onde va à vau -l’eau


P uisque l ’acier p lie
M o rte est l ’équité depuis le tem ps
D ’O m ar Ben E lkh etta b m

— Q ue dis-tu, merle ?

Le merle

Q uoi dire ?
148 L o in de m oi
Celui qui m alhabile à parler
B afouille
O u bien celui qui se dresse contre le roi
Sa n s avoir de partisans

— Que diras-tu, coucou ?

Le coucou

Q uoi dire ?
153 J e suis fru stré
L e s fru its dès q u ’ils sont m ûrs so n t partagés
H eureux qui a p u en avoir un peu
M a is qui se p la ît aux intrigues
Un jo u r restera seul176

— Q ue dit l’étourneau ?

173. D eu x ièm e k halife o rth o d o x e ap rès M oham m ed. II é ta it renom m é pour sa


justice.

176. Sens dou teu x .

243
Azerzur
A c ’ a a -d y in i uzerzur ?
158 A rg a z illan d Imechur
iffak Iheq ix e tt’i Igur
ur iëôehhid s zzu r
d ayen i-ghelken d i leqbur

— A c’ aa-d inid a amergu ?

Amergu
A c ’ aa-d y in ’ umergu ?
16 2 C cbab yellan d lâali
y e n n u m ijebbed asedru
tu r a y u y a l am y e s y i
win illan seddu w ezru173
Im i d Iqern rebâatac
aybub yeq q w el d afalku

— A c’ aa-d inid ay aasfur ?

A asfur

A c ’ a a -d y in i uâasfur ?
168 Ccbab yellan d Imechur
yerra im anis d Imedrur
iruh la ikerrez d i Ibur
Lâinser n tagm af yeq q u r

175. Q r. taqulhu} b b w arra c :


Z a rellu
H m a rellu
T it b b w a y ze n am alu
T essed w i
T eb b ed w i
T eéc ifrax i bururu
B u ru ru y e h b e s w ezru
F k as z z it a d ihtu
F k as lem leh a d iru.

244
L ’étou rn eau

Q uoi dire ?

158 L ’h o m m e de renom
E st ju s te il n'opprim e p a s
I l ne rend p a s de fa u x tém oignage
C ause de grands tourm ents dans la tom be

— Que dit la grive ?

La grive

Q ue p e u t dire la grive ?

162 L e je u n e guerrier valeureux


H abitué à appuyer sur la détente
E st m aintenant co m m e le charognard
E m prisonné sous la p ierre177
En ce quatorzièm e siècle118
L a bécasse est devenue vautour

— Que dit le passereau ?

Le passereau

Q uoi dire ?

168 L e je u n e guerrier renom m é


S ’est fa it hum ble
I l va cultiver terre ardue
C ar tarie est la source de la fra tern ité

177. A llu sio n à une co m p tin e (dite zarellu) que les en fan ts c h a n te n t en ag itan t
des t i s o n s : « L ’œ il de l’o g r e / A sa u té, t r e s s a u t é / I l a m an g é les en fan ts du
hibou / D u h ib o u em p riso n n é so u s la pierre / Si tu y m ets d u sel il m o u rra / Si tu y
m ets d e l’huile il g u érira. »
178. Le x iv ' siècle islam iq u e, qui a co m m en cé en nov em b re 1882, passe d an s la
cro y an ce p o p u la ire p o u r être celui de la p erte de to u tes les valeurs. Il est p ro b ab le
que ce p assag e est une in terp o la tio n récente d a n s un poèm e certain em en t plus
ancien.

245
k u l ahbib ard ak-k idur
Im i d Iqern rebâatac
a n e fk a n w ’ibyun y im y u r

— A c’ aa-d inid a ttaw es ?

Ttawes

A c ’ aa-d y in i ttawes ?
17 5 Ccbab yellati d imheiles
ffasen-d medden yures
Iï? u x x u yasen s yiles
ziy zzuga-s tettulles
m i-d b b w i ssm id a-t-teftel
terr it akw d berkukes
A rg a z a a y ilin wehdes
m ig e s l'i ddhis ad ibges
w ten-t n a n -d ix fin e s
tam eddit a -d y a w i nnqes

— A c’ aa-d inid a tasekkurt ?

T asekkurt

A c ’ a ra-dini tsekkurt ?

185 W in ur netfâaddi di tebburt


win ibennun m ebyir takurt
winna hesb it t-taqrurt

— I kem a taq u b aat ?

T aqubaat
A c ’ ara-d ini tqubaat ?

188 A rgaz ur nesâi tarbaat179

179. N ey :
(1 8 8 ) I w in ur nesâi tarbaat
a yen aa y e q q im iqjm aayt.
E t tes amis cherchent à te nuire
En ce quatorzièm e siècle
Laisse s ’élever q u i veut

— Que dit le paon ?

Le paon

Q uoi dire ?

175 L e je u n e guerrier équipé


D evant ceux q u i viennent à lui
S e glorifie en paroles
M ais au vrai sa fe m m e a la berlue
A v e c de la sem oule fin e
Elle fa i t du gros couscous
L ’h o m m e sans parents
S ’arm e au m oindre bruit de querelle
I l reçoit un coup qui lui fra ca sse la tête
E t revient le soir hum ilié

— Que dira la perdrix ?

La perdrix

Q u e dira la perdrix ?

185 Q ui n ’aim e p o in t la voie royale


E st co m m e qui bâtit sans briques
I l raisonne co m m e une p etite fille

— Et toi, alouette ?

L’alouette

Q ue dira l ’alouette ?

188 L ’hom m e qui sans partisans

247
ar iccettin di tejm aayt
yib b w a s a-t wten s txeddaat

N nan as : — Siwel ay aazzi ?

A azzi

A c ’ ara isiwel uâazzi ?

191 N e k k in i ism iw m ezzi


Ccbaha bbwergaz d ilem zi
ccbaha n tm ettu i d Iwali

— I kecc a A am er Suksan ?

Aam er Suksan

194 C cbaha bbwergaz d llsan


ccbaha n tm ettu t d ilewsan

— I kem a tajquqt ?

Tajquqt

19 6 T am ettut m m tehluqt
yib b w a s ad-d arew tafelquqt

— A yen akw deg la heddren akka ledyur, lbaz iqqim m ebâid issu-
sem . N nan as : — I kecc a lbaz ? A ta ur-d ntiqed ara. Inna y a s :

Lbaz

198 Tanina m 'a d iy i tayed


d n ek i d ssid l-ledyur
L m akla-w ad am -f m ley
d a ksum n thejlef a h m r

248
Intrigue sur la pla ce
Un jo u r recevra des coups à l ’im proviste

— Et toi, rouge-gorge ?

Le rouge-gorge

Q ue dira le rouge-gorge

191 M in c e est m on nom


L a beauté de l ’hom m e c ’est sa jeunesse
Celle de la fe m m e sa parentèle

— Et toi, A m ar Souksan180?

A m ar Souksan

194 L a beauté de l ’hom m e c ’est l ’éloquence


La beauté de la fe m m e ses beaux-frères

— Et toi, ta jk u k t181 ?

La tajkukt

196 L a fe m m e aux petites dînettes


Un jo u r créera des avanies

Pendant to u t ce temps, le faucon se tenait silencieux, loin du


groupe. On l’interpella : « Toi seul n’as rien dit, faucon. »

Le faucon

198 S i tu veux m ’épouser Tanina


Je suis le prince des oiseaux
M a nourriture apprends-le
C ’est de la bonne chair de perdrix

180. O n ne sait plus à quel o iseau s ’applique ce so b riq u et.

181. A n im al n on identifié.

249
M i fella s tebrek tit iw
af-(-ëcey lajl is m eksur

Teqqim T nina tâawweq : mi tmuqel di ssifa d isyi i gmellulen,


Ibaz berrik ; mi tmuqel deg guzzal, yif it Ibaz. T w ala ten m nam aren,
tenna yasen : — L iant tlata temsal. W in tent id yufan d win a r’ ayey.
Nnan as : — D acu tent ?

Tanina

204 Tenna y a s A d ii tem lem


a n w ’i d a d y a y yife n idyayen
a n w ’ i d asyar yifen isyaren
a n w ’ i d a ssy ife n akw ussan

Lbaz

208 A d y a y yifen idyayen


t-tisirt yezza d en ssm id
A s y a r yife n isyaren
d zza n usw id
/I s s yifen akw ussan
d ass l-lâid

Tenna yas : — N teq a igider ?

Igider

214 U l’ i wen y i n ’ igider


Iheddr-i b a t ’ arm i wesser
Tanina yeb b w i-f lbaz
win illan d uhdiq yennser

Tenna yas : — I kecc ay isyi ?


Inna yas : — T im enn’ a tent id iniy, m a d jjw ag d lbaz ara yjewgen
yidem, aalxater ne#a yekkat uzzal.
Tenna yas : — Ini-d.

250
Q uand m on regard a fo n d u sur elle
Je la dévore m ettant fin à son destin

T anina était perplexe, car le percnoptère est plus beau : il est


blanc alors que le faucon est fauve. Si bien qu’à la fin elle proposa de
prendre pour époux celui d’entre eux qui résoudrait trois énigmes.
« Lesquelles ? », dirent-ils. T anina dit :

T anina

204 Je voudrais savoir


Quelle est la p lu s belle pierre
L e plus beau bois
L e p lu s beau jo u r

Le faucon

208 L a pierre la p lu s belle


C ’est la m eule qui m o u d la sem oule
L e bois le p lu s beau
C ’est le noir chêne zen
L e p lu s beau jo u r
C ’est l ’A ïd

T anina dit : — Et toi, aigle ?

L ’aigle

214 L ’aigle n 'a rien à dire


M on père m ’a enseigné ju s q u ’en sa vieillesse
Tanina est échue au fa u c o n
Q ue les sages s ’éclipsent

T anina dem anda : — M ais toi, percnoptère ?

251
Isy i

218 A d y a y yifen idyayen


d adyay n hejr ssaâid
A s y a r y ife n isyaren
d leqlam iss ïkteb ffu h id
A s s yifen akw ussan
d ass ig qqim en ihbiben Iwahid

224 Terr as lewgab s leqyas


ur as-d uriw aatur

Tanina

y as kecc a lbaz ay ruday


tit inu hed ur-} iccur

Lbaz

228 A d d u d inu y e f zzan


illan zd a t lehjur
Lâac iw hat deg gwedrar
anida zedyey luâur
L m a kla inu
d aksum l-lhejla m m hrur
M i-{ ddm ey deg gwaccaren iw
a f-fc c e y lajl is m exsur

Tanina

236 Tenna y a s R u h awlidi


n e k k in ’ ur âazim ey i nnqur
W in i-d-i yebbw in yecreh
assag’ i nejm ey lum ur

Igider

240 W in iwten u zza l


a-s qqaren medden ijur

252
L e percn op tère

218 L a pierre la p lu s belle


C ’est celle de la K a a b a lB2
L e bois le p lu s beau
C ’est le stylet qui écrit les saints livres
L e jo u r le p lu s beau
C ’est celui que des am is passent ensem ble

224 T anina répondit avec m esure


Sans buter sur les m ots

Tanina
C ’est toi seul fa u c o n que j e veux
N u l autre ne com ble m es désirs

Le faucon

228 Je perche sur les chênes zens


D evant les rochers
M on nid est dans les m ontagnes
P arm i les p ic s escarpés
M a nourriture
C ’est chair épicée de perdrix
Je les saisis dans mes serres
E t les mange triste est leur destin

Tanina

236 D it Va am i
Je ne suis p a s là p o u r les arguties
Q ui m ’épouse est bien heureux
A u jo u rd 'h u i seulem ent j e p e u x décider

L’aigle

240 Q ui se bat avec courage


Passe p o u r violent

182. K a a b a : au tel sacré de L a M ecque.

253
Win ur nw it uzza l
a-s qqaren medden yeqber
Tanina yebbw i-f lbaz
W ' ibyan ad iddu y e k k er

T anina

246 Win ijewgen


ijweg s telt m eyya
M a isâa aqcic a d y u y a l
d ccawec di lemhella
M a isâa taqcict
A ttay rebâa m eyya
Jjw ag n n x a ala
M a isâa aqcic
ad ifnadi f tebbura
M a isâa taqcict
s tm u zu n t ney s Ibara
leyla ur as iffa f ara

Igider

258 I m i d ddunit tnegger


Igil agi d im ekw fer
W in icceccen
inin as issager
W in iwten u zza l
nnan as d imenger
W in irewlen
inin as d im debber
D d u n it tebna
y e f lehya d sser
s n id a n tm ellalt
ay tjegger

254
Q ui ne se bat pas avec courage
Passe p o u r pusillanim e
Tanina est échue au fa u c o n
Il ne reste p lu s q u ’à p artir

Tanina

246 Q ui veut se marier


D o n n e m e dot de trois cents douros
S ’il a un garçon
I l sera officierin dans l ’armée
S ’il a une fille
S a dot sera de quatre cents douros
N e fa is p a s de mariage vil
Car si tu as un garçon
Il ira m endiant de porte en porte
S i tu as une fille
On l ’épousera p o u r un sou ou p o u r rien
M ais ja m a is p o u r une fo r te dot

L’aigle

258 Périssable est le m onde


E t im pie cette génération
Q ui tient table ouverte
On le dit prodigue
Q ui fa it preuve de courage
P asse p o u r un flé a u
Q ui fu it
P asse p o u r prudent
L e m onde repose
S u r la pudeur et la discrétion
Une pellicule d ’œ u f
L e teintlM

183. C h a o u c h : titre d e l'arm ée tu rq u e, ici à valeu r su rto u t sym bolique.

184. A llu sio n à une légende inconnue.

255
Isyi

270 Â u h d e y -k a ccbab
ur hdirey sswab
alamma t-tagwni(
ggum Ihisab

Qqaren seg gwassen i geggugem yisyi.


Ufgen akw ledyur. Iqqim lbaz t-tnina. Yebbwi-J s axxam is. Yuy
if. Mkul ass ittseggid as-d. Mi-d inya ttir, ad as ikkes ul d uqerru, a
ten yecc. Ayen d-igwran a-t yefk i Tnina.
Yibbwas tenna yas :
— A Ibaz, kulci tebbwid iyi-t id, lam aana ayen ilhan di ttir dayem
ttekkset-t.
Inna yas : — Yah a yelli, ak k ’i gella lhal ? Ihi assa yessawed
Rebbi taqdiât im yuri.
Tenna y a s : — Ayen ?
Inna y a s :

274 L em m er teb yid attecced


aqerr’ akw d wulawen
ur tefyim id ara
ger y e sy a n d igetfiwen.

Iddem if ger w accaren is, ihuzz ij. abrid, isrekw m aj i}. Tem m ut
Tnina.

256
Le p ercn op tère

270 A m is j e fa is vœu
D e ne p lu s ja m a is dire la sagesse
Jusqu'au jo u r
D u ju g e m e n t dernier

C ’est, dit-on, de ce jo u r que le percnoptère est devenu m u et185.


Les oiseaux s’envolèrent, laissant seuls T anina et le faucon. Le
faucon chaque jo u r ram enait des oiseaux, dont il enlevait la tête et le
cœur pour lui-même, laissant le reste à sa com pagne.
Après s’être tue longtem ps, T anina finit p ar se plaindre de ne
jam ais m anger le cœ ur ni la tête du gibier.
— Vraim ent ? dit le faucon. Eh bien, Dieu a mis aujourd’hui un
term e à ta vie avec moi.
— Pourquoi ? demanda-t-elle.
— Parce que :

274 Q ui veut m anger


L a tête et le cœ u r du gibier
N e reste p a s
P arm i les corbeaux et les percnoptères.

Le faucon prit T anina dans ses serres, la balança une fois puis
l’é c ra sa 186.

185. L’exp ressio n co n sacrée est iggugem am yesyi : m uet com m e un


p ercn o p tère.

186. D an s sa liv raiso n n° 83 du 3 ' trim estre 1964, le F ich ier p ério d iq u e d’A lger
a d o n n é d eux versio n s de « T a q s it 1-ledyur» ainsi que le dénouem ent.

257
AaliAamruc
«

n At M eddur

79. K katey iteddem w a sif

A al’ A am ruc ilia yezga yekkat deg A t Y aala. Yibbwas iruh ad


iwet deg Gwegwni G geyran. Ibda la-d ijtawi. Iw ala igad i-s-d izzin
la heddren bbw agarasen, ur-d lhin ara yides. Ibeddel asen ssenf, yas
akken kifkif, ur ibeddel w ara. Issusem . Inetq-ed yiwen, inna yas :
-- A dda Aali, kec wwet kan ; imensi-k ihegga. Yerr as-d um edyaz :

Z ik m eddftey deg A t Yaala


yer nnm ur izedyen H n if

M i bdiy serrftey-d i lluya


yas s s e if la-d i{(illif
Tura qqw ley-d s A g w n i G geyran
kk a te y iteddem wasif.

258
AU Amrouch
Les tribulations d ’un poète

79. A utant en em porte le vent

Ali A m rouch est un poète de profession. Il n’a pas l’im portance


sociale d ’un Y ousef ou-K aci, m ais ce n’est pas non plus un simple
am useur187.
En se produisant un jour dans un village où il n’avait pas coutum e
d’aller, il s’aperçoit que ses auditeurs, occupés de leurs propres
affaires, ne l’écoutent guère. Il n’a pas plus de succès en essayant de
changer de thèm e. Il décide alors de se taire. Q uelqu’un l’invite à
continuer, ajoutant que de toute façon le poète n’avait rien à
craindre : son dîner était déjà prêt. Ali rétorqua :

Jadis je m e produisais chez les A it Yaala


L es tigres d A h n i f 88
A p eine avais-je entam é un air
Q ue les pièces d ’argent pleuvaient
M e voici à A g o u n i G ueghranm
Je dis A u ta n t en em porte le vent.

187. On trouve dans H a n o te a u , op. ci!., un poème d’A'i Amrouch (3' partie,
n° 8).
188. A it Y aala : trib u du v ersan t sud du D ju rd ju ra , au-dessus d ’EI Esnam .
A h n if ; v o ir n o te 137.
189. A gouni G u eg h ran : village des A it B o u c h en ach a, région de B oghni.

259
80 . A y din d luquf

Ikkat Aali deg At Yaala. Yiwet tm ettut tsell as-d, teby’ at-t-ay,
tenna yas : — Ruh, sutr iyi deg m aw lan iw, ad iyi tayed. Iruh Aali
aî-t-issuter. Mi bbwden ar taâm am t, credn as-d ayen iwim ’ ur izm ir
ara. Inna yas : — A nnect-a bezzaf, ur as zmirey ara. Inna yas babas
n tm ettut : — m ’ak k ’ a-f-tawid, m ulac ak-k-ihenni Rebbi ihenni yay.
Bettlen si jjw ag nni.
Ssin yer da iruh yiwen urgaz d am erkanti ad issuter tam ettut.
Ayen d-as-d cerden di taam am t ifka-t. Yay ij.
yer tag g ara A al’ A am ruc yuyal idderyel. L am aana yas akken
m azal itm eddih am zik. Yibbwas irra yer tad d art deg tella tm ettut
nni. La yekkat ; tesla yas-d tm ettut ; taaql it id ; tenna yas i wergaz
is : — Ddu yidi yer tejm aait ad waliy am eddah agi la yekkaten.
Idda yides. Tufa-n din Aali, nefta yedderyel, ur-f id iw al’ ara.
Tenteq yers :

A fsih bu le k lu f
ifyurrun tidm a s ssda
Tagm ert m m le h fu f
m i âadlen algam d ssrug
Bbwin-} at llh u f
igad ikesben ayla
Iq q im u m esh u f
i-s innan b e z z a f uya.

Akken i-s isla um edyaz, yaaqel tayect, irra yas s-usefru iwimi aa-
dlent tm eyra d usefru mi yesla :

U sem ha m em hus
b e x la f llif d nnesba
T itbirt y e f rrfu f
taalgef deg nnexba
A y din d lu q u f
w am m a laamal d Ixayba.

26 0
80. Le mariage d ’un poète

Une jeune femme, séduite par les chants du poète, le poussa à


aller dem ander sa main. Ce q u ’il fit. M ais, Ali ne pouvant pas payer
la dot q u ’on exigeait, le m ariage n ’eut pas lieu. Puis, un homme
riche ayant dem andé sa main, la jeune femme l’épousa.
P ar la suite, le poète perdit la vue. Il continuait néanm oins son
métier d’aède. Un jour qu’il s’était rendu au village même où était
m ariée la jeune femme, celle-ci l’entendit, sortit sur la place et lui dit
en vers :

Poète intrigant
Tu séduis les fe m m e s de tes accords
L a ju m e n t harnachée
Bridée et sellée
A été em portée p a r les hom m es aux fin s vêtem ents
E t p o urvus de fo rtu n e
E t le pauvre hère est resté
Q ui a ju g é qu'on lui dem andait trop.

Le poète aveugle ne la voyait pas, m ais il reconnut la voix et


répondit :

Clair est son nom


F ait de voyelles limpides
E lle est colom be au haut des toits
Ou statue sur son piédestal
M ais... c ’est tout apparence
C ar p a r sa conduite elle est laide.

261
Maammer9 Ahesnaw
«

81. Taqsit n tqecm aat

1 L aalam d cudden legyus


lya c' u la m m a yiw en
A t laadda ta? p rit
am zun d ujfal ay refden
A t tram il izga uhewwes
m i wten atem m ' a-t-zeglen

1 T telj iwten isx itlif


asign ’ur illi

262
Mammar des lhasnawen 190

81. Parodie

Ce texte est l’exacte parodie des poèmes courtois classiques, tous


bâtis sur le même schém a : l’armée a levé l’étendard, m ais la neige
bloque le noble châtelain qui, condam né à l’oisiveté, songe à la
femme aimée et lui envoie p ar un oiseau un m essage d’am our. La
conclusion varie : ou bien le poète est satisfait, ou bien il continue de
traîner sa nostalgie.

1 L es armées ont hissé l ’étendard


E t de soldats... p o in t
Elles ont de beaux fu s ils algérois
A u s s i résistants que... fé r u le 191
Elles sont fa ite s de tireurs inlassables
Q ui lorsqu’ils visent une chaumière... la m anquent

7 L a neige fo lle qui tombe...


Sans nuages

190. lh asn aw en : trib u des Ait A ïsi, d an s les environs de T izi-O u zo u .


De M am m ar-o u -A li des lh a sn a w e n , on trouve un poèm e d an s H a n o t e a u , op.
cit. ( l re p artie, n° 15 : « M ort d u caïd tu rc de B ordj-S ebaou », vers 1824). Cf. aussi,
ici m êm e, n ° 2 7 .
191. L ’ex p ressio n co n sacrée est : « peu résistan t com m e la férule ».

263
Ikn a am aday issa-t
ibded ur iyli
Ihbes Imal di Tiklat
ksant akw wuîli

A lehm am ifer zw i-t


neqqel deg-gifg ik yli
Tajaalt ik ad ak-( nekm es
ffm en ur illi
A r tteggwalt habbey s-w ul iw
t-tazidant am milili.

82. Amedyaz d ccetwa

A m edyaz

C cetw a ur nesâi iaaqel


af(a tebda-d s tura
H eggay tam âict d uzeqqur
âaggney i m edden ttam m a
A gguren ag' ar nestaam el
ur degsen telli Ixedma

C cetw a

N e k ad ak-d yedley adfel


ara-k ireglen tabburt
L m a l ik ad ak-t nyey
attaâyu txeddem tefrut
Plie et couche les ronces
Qui... restent dressées
A T ik la t192 elle a condam né les troupeaux à l ’étable
En sorte que... toutes les brebis sont allées paître

13 Ram ier... replie les ailes


Prends ton essor et... tom be
Je t ’ai réservé ton salaire
Et... j e n ’ai p a s un liard
Va vers... la belle-mère aim ée de m on cœ ur
E t douce... com m e le laurier193.

82. Le poète et l’hiver

Le poète

1 L ’hiver dém ent


A déjà com m encé
J ’ai préparé provisions et bois
A tout le m onde j ’ai fa it dire
Q ue tous ces m ois j ’allais fa ire co m m e si
Je n ’y avais rien à fa ire

L’hiver

7 Je vais fa ire tom ber la neige


Q ui bloquera ta p o rte
Tu seras contraint de tuer tes bêtes
L e couteau aura fo r t à fa ire

192. T ik la t : un h am eau de la rive gauche de l’oued S ahel, non loin d ’E! K seur,
porte ce n o m (on y tro u v e les ruines de l’ancienne T u b u su p tu s) ; m ais s ’agit-il ici de
lui ?
193. L’ex p ressio n co n sacrée est : « a m e r com m e le la u rie r» .

265
A m edyaz

A d a m rewley s A y e n ju r
anida-d cerreq tafukt
A d e jl im m 'a a -d iyelli
ad am t-tesseblaa akw tm urt

C cetw a

A tit uhuli
t-tim ital ik i-f ixellun
B abak n-teggid yud en
ku lyu m haat deg wnezgum
Y em m a k la tmegger mejjir
haaf s tiqqad yer Ikanun194

A m edyaz

A d ruhey arL eç?ayer


tam urt m Bab A azzun
A n -n -ttekkiy am m izim er
adrim annaabb’ i wserdun
A -d nawed anketter m egzer
A y e n deg udnen ad hlun

C cetw a

Iw im i-k heggay Yesser


iâôan i ty e zz ’ akw leqrun
A -k ism aarred am m em der
sseg la f din am meqjun

A m edyaz

N e k ay lliy d igider
ur ffe k k iy deg at ttnun

N ey : k u ly u m la-( ted d zen legnun.


Le p o ète

11 Je fu ir a i à A g h en jo u rl9S
Où le soleil brille
A m esure que ta neige tom bera
Elle fo n d ra au sol

L ’hiver

15 Πil de bouc
Tu es de ceux qui ruinent tout
Ton père que tu as laissé malade
Chaque jo u r s ’inquiète
Ta mère se nourrit de feu illes de m auve
Toute couverte de cautères au coin du f e u 196

Le poète

21 Je vais m 'installer à A Iger


Près de la p o rte B ab-A zoun
A dem eure co m m e l ’agneau dans la bergerie
J ’aurai de l ’argent p ar m onceaux
A m on retour nous fe ro n s beaucoup de potage
E t leurs m aladies guériront

L’hiver

27 P ourquoi crois-tu q ue j e t ’aie préparé l ’I sser


Q ui a rogné les angles de toutes les vallées
I l se dressera devant toi co m m e un m ur
Tu pourras toujours aboyer devant

Le poète

31 Tel l ’aigle
L es querelles m esquines ne m ’atteignent pas

195. A g h en jo u r : un village des A it Z m e n zer (A it A ïsi) p o rte le nom


d ’A q u en jo u r.
196. E xp ressio n p éjo rativ e : être couvert de cau tères veut d ire que l’on n ’a rien à
faire.

267
A s i f annerg’ ard izzer
ard as qqaren akw laayun
M i d y e b rir annem bw iw el
itij ibded y e f îeqrun
A n eb d u a-t id nezger
acu m i ye zm e r um eybun
A n id a kem je n b e y texlid
f lehdem i tebnid Usas
M a d kem tell cchur i tlid
tezg id -d felli d axem m as
A -d y a w e d yebrir uqsih
aw ed y e rB u jlil tint as.
L a rivière j ’attendrai q u ’elle baisse
Q ue toutes ses sources tarissent
En avril j e m e m ettrai en route
Q uand le soleil sera haut dans le ciel
C e sera l ’été j e traverserai la rivière
Q ue pourra-t-elle alors la pauvre
39 Où j e vois que tu es vain
C 'est que tu bâtis sur des ruines
Tu n ’as droit q u ’à trois m ois après tout
C o m m e m on quintenier'91
A v r il chaud viendra et
Tu iras à B oujelili9S y conter tes p ein es199.

197. L ’h iv er a d ro it à une p artie de l’an n ée com m e le m étay er au q u in t a d ro it à


une p a rt des réco ltes.
198. V illage d es Béni A b b és sur la rive d ro ite de l’oued S ah ei, près de
B éni-M an so u r.
199. Ce dialogue sur le mode plaisant rappelle la coutume, attestée ailleurs, de la
lutte rituelle entre l’hiver et l’été : « épisode dramatique qui consiste d’une part dans
la lutte entre des représentants de ces deux saisons, d’autre part en un long dialogue
versifié dont chaque personnage entonne successivement une strophe » (Mircea
El ia d e , T ra ité d 'h isto ire des religions, VIII). Cf. aussi V ir g il e , E glogues, 3 et
T h é o c r i t e , Id y lle s, 5.

269
A mur wis ukkuz

Tiqsidin

Quatrième partie

Légendes religieuses
83. Sidna Yebrahitn Lxalil

Taqsit annebd’ a-f-nedker


f Sidna Yebrahitn L xa lil
W ’illan d Ifahem ihesses
Iccecda d lebd’ ur y aâdil
In eb g ib b u d em
ya â d el ne}}a d igellil

Thedr-ed lâid tam eqqwrant


idleb d i R e b b i ffeh lil
R e z q ii s Ifedl ik
ay ahnin tegd-i ttaw il

Tenteq Iqedra r-R ebbi


tenna y a s Z lu Sm aâil
Ig u z i tthegga
tasebfnt bbwas l-lâid

Y ttki-d seg nnum


yer zzu g a -sy a w i ddalil
Thedr-ed lâid tam w eqqrant
delbey di R e b b i ttehlil
R e z q ii-d s Ifedl ik
A y ahnin tegd-i ttawil
83. Le sacrifice d ’Abraham

N o u s allons entam er l'histoire


D ’A b ra h a m l ’am i de D ieu
I l avait des hôtes chaque jo u r
E ntre les notables
E t les pauvres
I l ne fa is a it p o in t de distinction

L a fê te du sacrifice approchant
I l dem anda à D ieu de le réjouir
F ais-m oi bénéficier de ta grâce
D ieu bon et p ourvois-m oi

L a Toute-Puissance divine répondit


E lle lui dit Égorge Ism aël
T on sacrifice sera licite
L e m atin du jo u r de la fê te

A son réveil
I l alla conter son rêve à son épouse
L a fê te du sacrifice approchant
J ’ai dem andé à D ieu de m e réjouir
D e m e fa ire bénéficier de sa grâce
E t dans sa bonté de m e pourvo ir
Tnetq-ed Iqedra
tenna y i Z lu Sm aâil
Iguz i tthegga
tasebhit bbwas l-lâid
Tenna y a s Z lu-t
N esdaa i sid nney atwil

Y uy as taqendurt
iwennaa-s gg Itfasil
Y yay a m em m i
ass' annessireds leysil

(D dan tallit)

Iluâa-t id bu thila
d am yar icaben isim lil
Inna y a s A y aqcic
m a d kecc i d Sidna Sm aâil
H edrey i wheddad
m i gerha Ihend iffettil

B abak d a xed d a â
yaabbw el ak-k izlu s leqtil
Inna y a s X z u -t
a m m i winna d nnaâil
A n w ’ ara yezlu n m m is
Yebrahim m ‘ ad izlu Sm aâil

(R nan am ecw ar)

Iluâ-t id bu thila
d agerfiw i-s-d isawel
In n a y a s A y aqcic
ma d kecc i d Sidna Sm aâil
H edrey i wheddad
m i gerha Ihend itfettil
21 L e D ieu puissant prenant la parole
M ’a dit d'égorger Ism aël
En sacrifice licite
L e m atin de la fê te
E lle dit Égorge-le
N o u s som m es soum is à notre Seigneur c'est L u i qui sait

27 II lui acheta une robe


Belle et bien taillée
Viens m on fils
N o u s allons aujourd’hui nous laver nous purifier

(Ils firent une étape200)

31 L e M alin interpellant Ism a ël


S o u s les traits d ’un vieillard chenu
L u i dit E nfant
E s-tu Ism a ël
J ’ai vu de m es y e u x le forgeron
A ig u iser la lame et la rendre coupante

37 Ton père traîtreusem ent


Veut t'égorger
A b ra h a m dit M audis-le
M on fils c ’est Satan le réprouvé
Q ui ja m a is a égorgé son fils
A b ra h a m peut-il égorger Ism a ël

(Ils firent encore une étape)

43 L e M a lin interpellant Ism a ël


S o u s la fo r m e d ’un corbeau
L u i dit E nfant
E s-tu Ism aël
J ’ai vu de m es y e u x le forgeron
A ig u iser la lame et la rendre coupante

200. C ette fo rm u le répétée sem ble en deh o rs du texte p oétique et d ite u n iquem ent
pour é c lairer l’au d ito ire.

275
R wel a f babak
u la y y e f a k -k izlu s leqtil
In n a y a s X z u - t
a m m i winna d nnaâil
A n w ’ ara yezlu n m m is
n e ff’ ad iqqim d agujil

(R nan am ecw ar)

lïu â -t id bu thila
d adrar i y as-d isawel
Inna y a s A y aqcic
ma d keàc i d S id n a Sm aâil
H edrey i wheddad
m i gerha Ihend iffettil

B abak d a xeddaa
dag ara-k izlu s leqtil
T xilek a baba
a ssbaa iraaden iciqer
L e m m e r d laabd
ihedr-ed lady ’ a-t nenker
W agi d adrar A araja
ifban y e f fu d m is Iher

Inna y a s T-tidef
a m m i buddey d-aa-k nenker
Irba-t deg rebbi-s
izri-s iyleb laanaser
Tas a-s tehlales
ay aw hid d-rebbay m eqqw er

Inna y a s Belleh a baba


la teqqared dgi lâaqel
N eb b eh ajenwi
yer w em sed ard isettel
Taânud agerjum
anida-k-d iban lefsel
49 Sauve-toi
Ton père veut t'égorger
A b ra h a m dit M audis-le
M on fils c ’est Satan le réprouvé
Q ui ja m a is p e u t égorger son fils
E t rester orphelin de lui

(Ils firent encore une étape)

55 L e M alin interpellant Ism a ël


S o u s la fo r m e d ’une m ontagne
L u i dit E nfant
E s-tu Ism aël
J ’ai vu de m es y e u x le forgeron
A ig u iser la lam e et la rendre coupante

61 Ton p ère traîtreusement


Va t ’égorger ici-m êm e
Ism a ël d it D e grâce père
L io n rugissant au haut de l ’escarpem ent
S i c ’était un hom m e
Q ui avait pris la parole j e l ’aurais renié
M a is c ’est ici le m ont A ra fa 201
Q ui ne saurait m entir

69 A b ra h a m d it C ’est la vérité
C o m m en t le nier m on fils aim é
I l le p rit
S u r ses g enoux en pleurant
Son cœ ur tressaillit
L e fils unique que j ’ai élevé est m aintenant grand

15 Ism a ël dit Père p a r D ieu


Tu dis que tu es sage
A ig u ise le couteau
C ontre la pierre q u ’il coupe
P uis cherche dans le cou
L 'articulation

201. A ra fa : une des crêtes de la ligne de h a u te u rs d o m in an t la plain e du mêm e


nom à une v ing tain e de k ilo m ètres à l’est de L a M ecque. C ’est là q u e se d éro u len t
les p rin cip ales cérém o n ies du pèlerinage annuel.

277
y urek ddbiha
am m ar UzV ad ak texser
Fihel akw arruz
ur ffagw ad a-k nerwel
Jm aa ledyab ik y urek
u la y y e f ak-k nyegger

A m m a r a-k terdel tzallit


bbucbih nnbi ttaher
Sba a d fe lli y e m m a
ur te fw a ï ur thedder
N e f fa t t-tam edhuct
tarw iht tesxerb as lamer

Itte k k a q f ujenwi
iffi yeq q w el as f ddher
Jibril âalih ssalam
seg lëennet ay-d inuder
Y uzn as axerfi
d aberkan deg nnwader
Izla -t i tthegga
idleq i w uzyin n nnder

Lailaha il Elleh
A w hid ur trebba yem m a s
Ib d a tam urt d iy allen
itte f igenni mebla isulas
yefr ay a L leh m a nedneb
jm iâ a kka -d nefmehsas.
81 Prends garde
Q ue ton égorgemenl ne soit p a s licite202
Inutile de m 'attacher
N ’aie pas peur j e ne me sauverai pas
R etrousse ton vêtem ent
P our ne p o in t le salir

87 E t rendre illicite la prière


A u nom du Prophète im peccable203
Éloigne m a mère
Q u ’elle ne m e voie pas
É m o tive com m e elle est
L e spectacle p e u t lui troubler l ’esprit

93 A bra h a m appuya L e couteau


S e retourna
G abriel sur lui soit le salut
L e contem plait du Paradis
I l lui envoya un m outon
N o ir
A braham Végorgea
E t relâcha le bel enfant

101 D ieu hors duquel il n ’e stp o in t d ’autre D ieu


Unique que nulle mère n ’a élevé
Q ui as partagé la terre p a r p a n s
E l soutiens les d e u x sans colonnes
Pardonne-nous nos péchés
Tous tant que nous som m es ici204.

202. II y a des règles précises p o u r le sacrifice ritu el, voire le sim ple
égorgem ent.
2 03. L a tra d itio n p o p u laire, faisan t fi de to u te co n sid ératio n ch ronologique,
su b o rd o n n e to u s les p ro p h ètes au dernier d ’en tre eux : M oham m ed.
2 0 4 . Le sacrifice d ’A b rah am est brièvem ent évoqué d an s le K o ra n (so u rate
X X X V II, versets 1 0 0 et s.) : « L o rsq u ’il [Ism aël] fut p arv en u à l’âge de
l’ado lescen ce, son p ère lui dit : ” M on enfant, j ’ai rêvé que je t ’offrais en sacrifice à
D ieu. R éfléch is u n peu , q u ’en penses-tu 7 — 0 m o n p ère, fais ce que l’on te
co m m an d e ; s ’il p la ît à D ieu, tu m e verras su p p o rte r avec ferm eté.” Et q u an d ils se
furent to u s deux résig n és à la volonté de D ieu et q u ’A b ra h a m l’eut déjà couché, le
front co n tre terre, n o u s lui criâm es ? ” O A b ra h a m , tu as cru à ta vision, et voici
com m en t n o u s réco m p en so n s les vertueux. ” » S ur ce can ev a s assez sim ple, les
exégètes e t l’im ag in atio n p o p u laire o n t brodé.

279
84. Taqsit n Sidna Yusef

S sla f y e fk a nnbi Laadnan


s lâad l-lehwa f rre f
S lâad n tm urt d igenwan
d ttejra igezm en te x le f
âad l-lebhur d iselman
d lerwah si m k u l c c d e f

il. 7 B ism illeh ard bduy inan


fh e m a w ’illan d laaref
C cix y e fte b b in lexwan
ccitan m ’ad yefs ix d e f
N e y win zeddigen am -m am an
taxlift n Sidna Y u s e f

ni. 13 Ik k r-e d d aqrur d am ezzyan


iruh di targit y e tle f
Isn a a t as lerbayeh illan
lhanin Im u c e n e f
Seggedn as waggur dy e tra n
di tegnaw ay-d iw eq q ef

iv. 19 Ik k r-e d tasebU t ican


yer baba-s ay-gessuref
— A d a ls e y lehdityedran
B ab n sseh m ’ad itxew w ef?
Seggedn-i waggur d yetran
di tegnaw i-d gan s s e f

v.25 Sidna Yaaqub zzin Leqw ran


d a m ya r icab iw ellef
Ifesser asen-d Imanam
— W a d s s e r h e d m ’a -t-ikcef
Y u s e f ad y u y a l d sseltan
a d fella s iddu w a lef

280
84. Histoire de Joseph

i.l Préludons par toi Prophète A d n a n ite 2üs


P ar la pluie sur le bord des toits
Par la terre et le ciel
Par l ’arbre qui coupé repousse
Par les mers et p a r les poissons
Par les âm es de tout lieu

il. 7 Je com m encerai p ar le nom de D ieu


Q ui est sagace m ’entende
C ar le maître qui enseigne aux disciples
Satan peut-il fo n d re sur lui
O u sur l ’hom m e p u r com m e l ’eau
C o m m e était Joseph

iii . 13 Jeune enfant encore


E n rêve il s ’égara
L e D ieu bon et exalté
Étala ses biens devant lui
L a lune et les étoiles se prosternèrent devant lui
I l trônait dans le ciel

iv. 19 II se leva le m atin troublé


E t se hâta vers son père
Je vais te conter la chose co m m e elle est
L ’h o m m e véridique peut-il rien appréhender
L a lune et les étoiles se so n t prosternées devant m oi
E n rang dans le ciel

v.25 Jacob ornem ent d u K o ra n


Vieillard chenu et expérim enté
L eu r expliqua le rêve
C eci est un secret prenez garde de le divulguer
Joseph sera roi
I l aura une garde de m ille hom m es

205. A d n an : an cêtre ép o n y m e des A rab es se p ten trio n au x , d escen d an ts d ’Ism aël


selon la légende, d o n t faisait p a rtie la trib u du P rophète.

281
vi. 31 A tm aten is segm ’ ay-s sîan
imiren ay-d bdan s s e f 06
N nejm aan deg ddiwan
ar heddren deg le h s a y e f07
— Y u s e f ad y u y a l d sseltan
n ekw n ifella y d im seq q ef

vu.37 Ssbeh begsen-d i Ihiwan


izm er R e b b i ad yefs ilte f
A t lem kw ahel am -m izerm an
dâan-d ad iddu Y u s e f
— A-t-nherreb deg Imidan
m i-gw et IhejV a[-[-ixdef

viii .43 Inaam uzidan n llsan


ibges iby ’ ad issuref
T ikli m m ilayen ay ddan
ibâad y e f tem dint c c d e f
Gren-t deg Ibiryelqan
ucebhan deg lew sa yef

ix.49 Idegger it id uqersan


s ifassen is izzi y e tte f
ala s-icellex idudan
di tlaba la-s-d itellef
— A rra lehdid s lâajlan
annedbeh Sidna Y u s e f

x.55 I y li deg Ibir iqwan


deg-gwaman i~d-ithewwef
Llafâa d adrar ityan
tem m uger it id a t-t-xdef
Jibril d bab l-lehsan
m b a a yd i-t-id iccelqef

xi.61 R eb b i d bab n tezm ert iqwan


Jibril yu m r-ed yer-s s Ix e f

206. N ey : B d a n la céu d d u n s s e f
207. N ey : K u l y iw e n Iqelb is y e k n e f

282
V I . 31 D ès qu ’ils eurent entendu
Ses frères com m encèrent à conspirer
Ils se réunirent
Et se mirent à récriminer
Joseph va devenir roi
E t nous dom iner

vn.37 A u m atin ils harnachèrent une bête de som m e


D ieu sauve Joseph
Ils avaient des fu sils venim eux208
Ils dem andèrent à prendre Joseph avec eux
N ous allons l ’exercer sur le terrain
A chaque perdrix q u ’il tirera il fe ra m ouche

vin.43 L e je u n e hom m e aux paroles suaves acquiesça


Il s'arm a il avait hâte de partir
Ils parcoururent deux m illes
J u sq u ’à ce q u ’en un lieu éloigné de la ville
Ils jeta ssen t dans un p u its p ro fo n d
L e bel enfant

ix.49 L e p lu s brutal le poussa


Joseph se retournant s ’accrochait avec les mains
L 'a u tre essayait de lui fa ire lâcher prise
Joseph s ’agrippait à ses vêtem ents
D onnez vite un couteau
Q ue j'égorge Joseph

x.55 I l tom ba dans le p u its abondant


I l pataugeait dans l ’eau
L ’hydre com m e une m ontagne gigantesque
V int à sa rencontre p o u r le saisir
M ais Gabriel com patissant
D e loin l ’attrapa

xi.61 D ieu tout-puissant


A u ssitô t donna à G abriel des ordres

208 . Sic.

283
— G as-d Ihigab yef-fam an
am m ar a-t id y a w e d cc d e f
A -t-gaaled seg-gw ’ithayan
aatq it ur ixdim a y y e f

x ii.67 Llafâa idub-it leym a m 209


tu ya l am tezdit ted â a f
Sebaa snin ay din k ka n
netfat d Sidna Y u s e f
Seg-w gellid w ’ibbwin laman
ur izm ir ad itxew w ef

x m .73 T am eddit m i-d twellan


fe rh e n -d hed ur-d iy u le f
Sidna Yaaqub isteqsan
— A nida n-teggam Yusef110
U l iw yeëâur d Ixufan
tasa-w la traad la tn eccef

x iv .79 Iq u b l it yiw en d aalayan


tban y e ffu d m is tesd ef
— Y u s e f ur izm ir i-yberdan
yer deffir i-getxellef
M a yeq q im m a bqa laman
uccen iqesd-ed a su lef

xv.85 L aam ala irced sseltan


—A r d iy-d nnejm aam a s s e f
H errben-d am zun d im enyan
di lyaba ibda u ca w ef
Ttfen-t-id m bla Imidan
huzza n -d ddib s -u k e rre fn

x v i.9 1 Iggul as Uheq Leqw ran


d Iheggag sbaayn a le f
D uw ftid Lleh i-f-incan
winna i-f-ibnan tew q ef

2 09. N ey : L la fâ a m i din y e lla n


2 10. N ey : A a n i d a y n-teggam Y u s e f ?
2 1 1 . N ey : m eb la Ibarud d u k w e lle f

284
M ets un paravent entre l ’eau et lui
Q ue le fl o t ne l ’atteigne p a s
Sauve-le de la m ort
Épargne-le il est innocent

xii.67 Une vapeur f i t fo n d re l ’hydre


Q ui devint m ince com m e un fu sea u
Joseph et elle
Passèrent là sept ans
Q ui a la caution de D ieu
N ’a rien à craindre

xni.73 L e soir ses frères revinrent


Jo y e u x nul d ’eux n ’était triste212
Jacob leur demanda
Où avez-vous laissé Joseph
M o n cœ ur est p lein d ’appréhension
M es entrailles crient affolées

xiv.79 L 'u n d ’eux un grand l ’affronta


L a noirceur se lisait sur son visage
Joseph ne p e u t p a s fa ire de longs trajets
I l a dû rester en arrière
E t s ’il s ’est arrêté quelque part nul doute
L e chacal n ’attendait que cette occasion

xv.85 L e roi213f i t proclam er dans la p rovince


Une levée en masse
E n rangs co m m e des soldats
Ils se m irent à battre la fo r ê t
Ils prirent le chacal sans le fo rc e r
D ans un sim ple piège

xvi.91 L e chacal f i t serm ent p a r le K oran


Par les soixante-dix m ille pèlerins de L a M ecque
Par le D ieu unique qui érigea le m onde
D ro it sur ses bases

212. P ar c o n tre d a n s le K o ra n : « Le so ir, ils se présen tèren t devant leur père en


p leu ran t. »
213. Il s’agit d e Ja c o b .

285
X d a a y-k a nnbi di laman
ma jegghey Sidna Y u s e f

xvii .97 Sidna Yaaqub zzin Leqw ran


d am yar icab iw ellef
Ul is yeccur d Ixufan
tasa-s traad la tn eccef
M i-f y erra yeflbesran
seg-gwassen i-getkeffef

xvin. 103 Taalm ed a Lleh akken tsar


ayen ikka di Ib iryeyd es
Ttaqfan iyleb am esm ar
ney afrux ifirelles
Leqdaa ay-t irnan d ssber
ahnin a-t-id iwanes

xix. 109 Yiwen was ruhen ffeggar


deg-gwnebdu m acci d M eyres
Itij yefsen ay-d ineqqer
w ’i{fafaren ad itfehres
L a (nadin y e f lebnader
Ibir bedden s -ix f ines

X X . 115 D ddlu m i-t id idegger


llxid icudden yeq yes
Ifragu belleh a -d ya ca r
s Ih irf a-t-id issukes
Lgid segmi-d itfaker
idda-d Y u se f zdaxel ines

XXL 121 Tfajer segm i y h e k k er


laaqel icyeb \frawes
— A c u k a hada Ixater ?
b yiy-k athedred anhes
— K kes-iy-in Iqjer ik m w eqqer
y ur R ebbi nnsib ik y ekm es

x x i i . 127 Ikks-it id y u li-t wadal


yas izri la-d ilfifîf

286
Je n ’ai p o in t trom pé ta confiance Prophète
J e n ’ai p o in t défiguré Joseph

x vn.97 Jacob ornem ent du K oran


Vieillard chenu et expérim enté
A vait le cœ ur p lein d ’appréhension
Ses entrailles criaient affolées
I l pleura abondam m ent
E t de ce jo u r devint aveugle

x v iii. 103 Tu sais m on D ieu ce qui est advenu


E t ce que Joseph endura dans le p u its
I l était maigre com m e un clou
Ou un hirondeau
M a is la constance a raison des épreuves
D ieu com patissant est là p o u r l ’aider

x ix .109 Un jo u r des m archands fa isa ie n t route


C ’était l ’été ce n ’était p o in t mars
L e soleil dardait sur eux ses rayons
L o t ordinaire du voyageur
E n cherchant des p o in ts d ’eau
Ils arrivèrent au bord du p u its

x x . 115 Ils lancèrent le seau


A v e c une corde bien adaptée
E t attendirent q u ’il s ’em plisse
P our le retirer avec art
L e noble Joseph s ’en aperçut
E t rem onta dedans

xxi. 121 Q uand le m archand l ’aperçut


S on esprit se troubla
— Q ui es-tu voyageur
Parle que j e t ’entende
— Tire-m oi de là grande sera
Ta récom pense auprès de D ieu

x x n . 127 I l le retira tout couvert d ’algues


E t les y e u x pleins de larmes

287
A k s u m ireqqen am iehlal
y u y a l am zerzur udâij214
Itm ehhen lgid ur ( iklal
ziy R e b b ’ ihedder it i-lh if

x x i h . 133 Yaanu ssuq ibbw ed it deg-w zal


iqsed yer bab n ffe k lif
Irra-t deg-wfus i-wdellal
a r y e s s ifnadi d-lew stf
Iq b ed degs geddac n rryal
ar ugellid ur n a a rif

xxiv. 139 Ssura tbedd am lexyal


ta ksu m t is tecba le w sif
A B la l a la-s-d isawal
ur-t-yaaqil d m m is n c c r if
Sseltan illan seg m ejhal
irza-t R eb b i di tfn a s if

xxv.145 — A n n eb n u Iberg s waqjal


a dya y aabbi-d a le w sif
D R e b b ’ t d bab l-letkal
kfati lebrug s ttsa q if
Im ir kfan y ir wussan
yaaql-it d m m is n c c rif

xx vi. 151 Ur t issin hed wi-t-ilan


d aw hid i-n-iggan y e m m a s
Irr it yer Iberg laalyan
Iseggeb as seg lm una-s
Ifreh m i kfan y ir wussan
ssura y e b y ’ a-t-id as

xxvn.157 B u Iqed igman s Im izan


tam zurt is ted d ‘ al am m as
T im m i d Im idad iym an
tit d qjeggig tem m ihw as

214. N ey : irra-t L leh b h a l le w s if

288
S on corps ja d is brillant co m m e un astre
A v a it la maigreur de l ’étourneau
Car le noble enfant avait enduré d ’intolérables peines
M ais telle était la volonté de D ieu

xxiii . 133 L e m archand arriva au m arché en p lein m idi


E t se rendit chez le prép o sé aux ventes
I l m it Joseph entre les m ains du crieur
Q ui le prom ena de-ci de-là
P our le vendre com m e esclave
E t fin it p a r le céder à un p rix élevé
A u roi qui ne se doutait de rien

x x iv .139 I l était tel un épouvantail


I l avait la peau noire
L e roi l ’appelait B la P 15
Ignorant sa noble ascendance
M a is dans ses errements
Il subira le châtim ent de D ieu

x x v .145 — B âtissons vite le palais


L a pierre à toi de l ’apporter esclave
M a is D ieu est le meilleur garant
L e palais f u t bientôt couvert
L es m auvais jo u rs prirent fin
O n reconnut la noble race de Joseph

xxvi. 151 N u l ne savait qui était


C et enfant p riv é de sa mère
L e roi le m it dans une haute dem eure
Où il lui prodigua les m ets
Joseph voyait avec jo ie la fin des jo u rs m auvais
I l voulait voir revenir sa beauté

xxvn.157 Taille bien proportionnée


C heveux tom bant ju s q u ’à la taille
Sourcils d ’encre noire
Y eux brillants com m e fleu rs

215. N o m d u se rv iteu r n o ir du P ro p h è te (É thiopien converti un des perm iers).

289
A se d su x ir n Iwizan
d sser y effuddum fella s

xxvm .163 Z zu g a ugellid i-t-yezran


di ssura-s y u d e f Iweswas
Taanu-t yer Iberjj laalyan
tefw ehhim deg ssffa-s
A r tefreccid d i tsednan
deg fa ssen xedm en lem bwas

x x ix . 169 Tsaw el A ccbab am ezzyan


ccaara n tzibba uyilas
D aay k s-Elleh i-[-yencan
d ne}!' i-/-ibnan tqas
R n iy ak nnbi Laadnan
a kw d rebaa Ixulqfa s

x x x . 175 A Ixetyar y ife n akw irban


ihub w aaziz ifk a y a s
F teh fe lla y Ibiban
tesresd ay lebni y e f Usas
C ehhdet a kra da yellan
m a llan ddnub m han as

x x x i. 181 (Inna y a s ) — Isem Y u s e f i y i rran


a k k ’ i-iy-uran deg-wkwerras
Ur a m telliy Ibiban
ur lliy d bu tirwas
R e b b ’ar Im endad iwala n
h>’ izran abrid ix d a y a s

xx x u .1 8 7 T e n tabburt lehdur kfan


yer daxel i tezdem fella s

290
E t dents de perle
I l était tout grâce

x x v iii. 1 63 L a reine le vit


S o n corps se m it à frisso n n er
E lle alla dans le haut palais
A dm irer sa beauté
E lle exhortait ses suivantes
Q ui m aniaient des couteaux sans s ’en rendre com pte216

xxix. 169 E lle s'écria B e l enfant


A la crinière de lion tâcheté
Je te prie p a r D ieu créateur
Qui a construit le m onde harm onieux
Par le P rophète A d n a n ite 217
Par les quatre khalifes

xx x . 175 Tu es de tous les je u n e s gens le p lu s beau


D ieu qui t ’aim e t ’a com blé de ses grâces
O uvre-m oi grandes les voies
A sso is m on bonheur sur des bases fe rm e s
Portez-en tém oignage vous toutes qui êtes ici
Ses péchés s ’il en est sont absous

xxxi.181 (Il dit) J ’ai nom Joseph


A in s i ai-je été inscrit dans les livres
Je ne t ’ouvrirai p a s les voies
Je ne suis p as un pervers
D ieu est là qui voit
L ’hom m e qui sachant la loi l ’enfreint

x x x ii .187 Sans p lu s qjouter m o t elle enfonça la p o rte


E t se précipita à l ’intérieur

216. C e p assa g e o b sc u r fait allusion à un épisode plus clairem en t ra p p o rté dans


le K o ra n (so u ra te X II, versets 3 0 e t s.) : « Les fem m es de la ville se ra c o n ta ie n t
l’av en tu re en d isa n t : ” | ...| Elle est v raim en t d a n s une fausse ro u te.” L orsque la
fem m e d u seig n eu r en ten d it ces p ro p o s, elle en v o y a des inv itatio n s à ces fem m es,
p rép ara un b a n q u e t et d o n n a à ch acu n e d ’elles un co u teau ; p u is elle o rd o n n a à
Joseph de p a ra ître |...| ; et q u an d elles l’eurent vu | ...| , elles se c o u p a ie n t les
doigts... »
217. V oir n o te 2 0 5 .

291
T em m ey as ftq e n d u r t isfan
tegg limara g-lkeswa-s
Y u se f d ccater yellan
izzi iqleb irwel as

x x x i i i . 193 Ul y e c è w ihba-f watan


teggul atterced zzuga-s
C ehhden-d inagan sehhan
— Lxelq-a yaadda tilas
A -t-seggned kecc d sseltan218
ney ard a-t-tqerded s rrsas

x x x iv . 199 Irr it yer Ihebs bbw am an


ulac ta m hadditfellas
Jibril aalih ssalam
dim a fella s d aassas
L m una-s seg-gwayen i$fan
s yur R e b b ' ay t-id tfa s

x x x v .205 Yurga ugellid Imanam


ur ifhim hed Imaana-s
Yufa rbaatac n testan
sbaa zaydin sbaa nqas
La (m eâéant tiden iqebbwan
Y u ki-d ya a b ed tinexsas

x x x v i.2 1 1 Ijm aa-d ttelba yeyra n


d kra irefden akwerras
— A r d a ls e y lehditidran
fe h m a w ’illan d amehhas
Ugadey g w ra n -d yir wussan
iby a R e b b ’ ad iy ’iqas

xxxvii.217 Ufiy-en rbaatac n testan


sbaa zaydin sbaa nqas
La fm eâëant tiden iqebbwan
ya a zem R e b b ’ ad iy ’iqas
Ulac wi-l-id issefran
s-kra yellan di Ihekma-s

218. Ney : a-t-seggned di Ihebs bbwaman

292
Elle le saisit par son m anteau éclatant
Y laissant une m arque
Joseph agile
F it volte-face et lui échappa

x xxm . 193 L e m al habitait son cœ ur débordant


Elle ju ra d ’exciter son époux
D es tém oins sûrs jurèrent
Q ue cet être avait p a ssé les bornes
Em prisonne-le tu es le roi
Ou bien fa is-le m ettre à m ort

x x x iv . 199 L e roi le f i t je te r dans une geôle pleine d'eau


Où il ne p o u va it espérer nul secours
M ais Gabriel sur lui soit le salut
C ontinuait de veiller sur lui
I l lui procurait des m ets choisis
D e la p a rt de Dieu

x x x v .205 L e roi f i t un rêve


Q ue personne ne p u t expliquer
I l avait vu quatorze vaches
S ep t grasses et sept maigres
L es vaches grasses s ’entredévoraient
L e roi s ’éveilla soupirant

x x x v i.211 II réunit les savants clercs


E t tous ceux qui lisent dans les livres
Je vais vous conter le fa it
E sprits perspicaces entendez-le
Je crains p o u r m a fin des jo u rs m auvais
E t que D ieu m e châtie

x x x v ii.217 J ’ai vu quatorze vaches


S ep t grasses et sept maigres
Les grasses s ’entredévoraient
D ieu sans doute veut m e châtier
N u l dans tout le royaum e
N ’en p u t donner l ’explication
xxxvm ,- A y-gellan din d i Iquman
223 ya a d el w em nay d ut erras
D a m ezzya n ney d amweqran
hed ur as issin leqyas
L a staaggiben g Imanam
ur ifhim h ed Imaana-s

xxxix.229 Yenteq lew zir d in yella n


yer sseltan yesfeh m as
— Yella yiw en deg mesjan
win d laaref di Ikw eyyas
M a a lu m iferrez iberdan
ccirat sehlent fella s

x l 23 5 In n a y a s —A wi-d ukan l
tarw iht affa di [feqdas
Ceggaat yures s-lâqjlan
sufyet-e[[-id seg m ehbas
M a ifu k-iyi seg yweblan
aqli d lew zir seddaw-as

x li. 241 Y usa-d Y u s e f ar as rejaan


yefra -f ssbaa bu tissas
L y a c i nni din yellan
akken m a llan sellem n as
Y u s e f y u y a l d sseltan
neffa d lew zir seddaw as

xlii.247 F eh m et a kra da yellan


kulw a yefragu Iqesma-s
y ur ugellid i-f y encan
a gxeddem R e b b i di ssenâa-s
T a m ettu t nn i-tyezra n
ziy tura y a s d zzuga-s

xun.253 Y usa-d useggwas yu lw a n


y u z a -d yer m edden lexsas
C cer y u y -e d k u l am kan
kulw a yefn u b y e f tarwa-s

xliv.257 M aser tucbiht l-lbiban


Sidna Y u s e f di //nasfa-s

294
x x x v iil 2 2 3 D e tant d ’hom m es
Cavaliers fantassins
Jeunes vieux
N u l ne savait le m ot de l ’énigm e
Ils étaient perplexes
E t ne com prenaient p a s

x x x i x .229 L e vizir qui était là


D it au roi
P a rm i les prisonniers il y a
Un hom m e savant et sage
I l a la réputation de résoudre
E t déchiffrer aisém ent les énigm es

x l .235 L e roi dit A la bonne heure


C ar j e suis dans l ’angoisse
E n vo yez vite le chercher
P arm i les prisonniers
S ’il m e tire de ce pas
Je consens à être vizir sous lui

x l i .24 1 Joseph vint On lui soum it le cas


E t le p reu x hom m e le résolut
Tous ceux qui étaient là
L u i fire n t acte d ’allégeance
I l devint roi
E t le roi devint son vizir

x lh .247 A d m ire z vous tous qui êtes ici


A chacun le destin
A lui fix é p a r le Créateur
D ieu dans ses desseins avait voulu
Q ue la fe m m e qui avait rendu visite à Joseph
D e v in t son épouse

x l i i i .253 Su rvin t une année de disette


Où l ’on m anquait de tout
P artout la fa m in e sévissait
C hacun se m it en quête de nourriture p o u r ses enfants

x liv .257 En la ville d ’Ë g yp te aux belles portes


Siégeait Joseph

295
Ixed d em deg lemdamer
i m edden ad agwen fella s
B bw den-t id at ileym an
ya a q el arraw m babas

x l v .2 6 3 Yeqleb s axxam s laqjlan


lihala tbeddelfellas
Isum a-t id ufuhan
Iblis yellan d am enhas
— S atm atn ik izwar qedran
m hu ten deg giw en was

x l v i .269 Ix za -t idehb ufuhan


iyerreq it seg ttam as
I t t e f lektub ayen illan
deg rebbi-s irb’ akw eir as
Yezra Igennet n ed w a n
ifm u q u l deg ffnasfa-s

x l v h .2 7 5 Isteqsa legyus wilan


m ekku l w ’ad-d im el Igadda-s
Sidna Yaaqub m ay-s nnan
— L a d y a m a m azal tarwa-s ?
M a yed d er tegm as lehsan
m a y e m m u t seddqet fella s

X L vni.281 D w idak nn ’i-ty e n y a n


R e b b i yeb b w i-d Iqisas
Isteqsa ten a f Igiran
yerna tam yart ggem m a-s
Yenna yasen acu tebyam
nwan ad agwen fella s

x l ix .2 8 7 Icred aqcic d a m ezzya n 219


— yas win ay byi y a -d y a s

21 9 . N ey : M a teb b w im iyi-d a m e z zy a n

296
I l f i t construire des silos
A fin d ’y vendre du blé
L es caravanes vinrent à lui
Il fin it par reconnaître ses frères

x l v .26 3 II retourna en hâte au palais


T out bouleversé
Satan l'im pie l ’aborda
Plein d'intentions m auvaises
Tes frères ont été odieux
Anéantis-les d ’un coup

x l v i .2 6 9 II m audit l’im pie qui s'enfuit


L oin de lui
I l ouvrit tous les livres
E n p o sa un sur ses genoux
L e paradis des B ienheureux apparut
A ses y e u x clairement

x l v i i .27 5 II se m it à interroger les caravanes


C hacun devait dire son ascendance
Q uand il entendit le nom de Jacob
A p ropos dit-il ses enfants sont-ils tous vivants
S ’il vit prenez bien soin de lui
S ’il est m ort fa ite s p o u r lui des aum ônes

x l v i i i .2 8 1 Ils avaient voulu le tuer


D ieu lui donnait l ’occasion de se venger
I l s ’enquit des voisins
E t de sa vieille mère
I l leur dem anda ce q u ’ils voulaient
L eu r intention était d ’acheter du blé

x l i x .28 7 11 exigea leur je u n e frère'1'1'


C ’est lui que j e veux voir

221. V ar. :
S i vous m 'a m e n e z le jeu n e enfant
Il s’agit n atu rellem en t d e B enjam in, dont le nom ne figure p as d a n s le K o ran tout

297
A tta w im seg gwayen illan
lerzaq attâabbim kullas
M a tugim ccer iban
int as a-d cehhdent tullas120

l.2 9 3 Q qw len-d ulah accem m a


lhan d waabad n tnexsas
L erhal werrken-d isuka
nitni rrwi rekben fella s
Sw ayes ara nqabel laayal
a Ihejna deg gir seggwas223

li.2 9 9 Sidna Yaaqub m ay-s nnan


isud laabd m a ihess as224
— N w iy ur-d ggim lam an
si Y u s e f iyaben ur-d i([as
F ka n as laahud isehhan
s rrsas ad qablen fella s

lu . 305 T tm ana d i m k u l m kan


Ih if m a yaadda fellas
Idelb it id sseltan
d Iwageb annesber i Ihekma-s

2 20. N ey
M a u r-d id d i laz iban
d ccer a lteb n u m fe lla s
223. N ey
yerrzen tiyra r a k k e n llan
n itn i rrw i rekben fe lla s
B b w in abrid s in ezm a n
a m e k ara qablen babas
224. N ey la-s heddren ur issem has
ney ic â q f tcehm it tasa-s

298
J e vous donnerai de tout
Vous em porterez des biens chaque jo u r
M ais si vous ne voulez pas votre m alheur est assuré
D ussent les jeunes fille s intercéder p o u r vous222

l . 293 Ils s'en retournèrent sans rien


E t soupirant sans cesse
L es caravanes revenaient chargées
E t eux m ontaient leurs bêtes
C om m ent allaient-ils affronter leurs fa m illes
A h épreuves d ’une année fu n e s te 226

u .299 Q uand ils eurent f a i t à Jacob leur rapport


I l refusa de les entendre221
Je pensais toute fia n c e m orte
A p rè s Joseph disparu
Ils lui fire n t alors la prom esse fe rm e
Q u ’ils allaient de leurs balles228 protéger Benjam in

lii.305 Q u ‘en tout lieu il serait en sûreté


N u l m alheur ne l ’atteindrait
L e roi le dem andait
I l fa lla it bien obéir à ses ordres

co m m e il m an q u e d an s ce poèm e. C e p en d an t, en a rriv a n t à ce vers, un des


tra n sla te u rs, Sidi A h m ed , ajo u te de lui-m êm e : m eh su b d S id n a L y a m in ( c ’est-à-dire
B enjam in).
2 2 2 . V ar. :
S ’il ne vien t p a s votre m a lh eu r est assuré
V o u s co n n a îtrez la fa i m
D a n s le co d e ta q b a y lit, on ne repousse p as une d em an d e in tro d u ite p a r une
fem m e.

2 2 6 . V ar. (2 9 5 -2 9 8 ) :
T o u s rappo rta ient des charges
E t eu x m o n ta ie n t leurs bêtes
Ils fa is a ie n t ro ute so u c ieu x
C o m m e n t allaient-ils a ffro n ter leur père
2 2 7 . V ar. :

Ils parlu ien t il ne les éco u ta it p a s


ou :

S o n c œ u r éch a u d é le rendait f o u
228. Sic.

299
Y a k y u y a l seg gw ’ issethan
m i kettren tu zzm a fella s

Iffey di tem dint w ’illan


icidd-ed tarbaat atas
Iseggb asert di thellan225
— m m ’ a-t-terrem d alem m as
F e k t iy i lâahd isehhan
di Ix u f atqablem fella s

liv .317 Taggara m i-d twellan


bbw in-d abrid s wehwas
yer M aser ucbih l-lbiban
Y u s e f ires d i (fnasfa-s
Q esden-t uzidan n llsan
irtâam ad agwen fe lla s

lv .323 T texm im yed d a d i tteqlan


y e z z i yer w exdim im i as
— X d e m lebyi-k d i Ikilan
atterred zzya d a fella s
A d innehsab si Ixeyyan
a-t itte f ccrâa im ehbas230

lvi .329 Ihedr-ed Iqebd l-letman


k u lw ' ad-d im ud si sselfa-s
L y a c i am Iwidan
axdim iwqaa d i lexlas
Q ellben zzya d a w ’isâan231
kksen-f id g g sselâa-s

225. Ney T e zra m a y i d i y e d ra n

230. N ey
S se lta n ilâa a xed d a m
ata tk il i d thirfa-s
— M ' ara tâ a d d id ar Imizart
a m e z zy a n n n i ze g g d as
W ' ib b w in z z a y e d d i Ikilan
a-t i t t e f ccrâa im ehbas
231. Ney U kren zz y a d a w ’izran

300
Jacob fin it p a r avoir honte et céder
A leurs objurgations nom breuses

l u i .311 II alla p ar la ville


R ecruter une troupe nom breuse
I l leur prodiguait les recom m andations229
Vous m ettrez m on fils au milieu
Faites-m oi la prom esse fe rm e
Q ue dans le danger vous le défendrez

liv .3 1 7 Ils fin ire n t p a r partir


Ils dévoraient la route
Vers la cité d ’É gypte aux belles portes
O ù siégeait Joseph
A u doux parler Ils se présentèrent devant lui
Il accepta de leur vendre du blé

i.v.323 Préoccupé p a r la pesée


I l se tourna vers le préposé et lui dit
P our la pesée fa is à ta guise
D o n n e à cet enfant p lu s que sa ju s te p a rt
Q u'il soit déclaré voleur
E t em prisonné selon la loi132

lv i.3 2 9 L e m o m en t de p a yer venu


C hacun devait ouvrir sa bourse
D evant les fle u v e s d'hom m es
L e préposé aux com ptes était débordé
E n cherchant les excédents
I l en trouva chez Benjam in

229. Var. :

V o u s sa v e z ce q u e j 'a i enduré

232. Var. (325-328) :


L e roi dil au préposé
A u p esa g e
Q u a n d lu arriveras à ce je u n e enfant
D o n n e -lu i p lu s q u e sa p a rt
E t q u i a p ris p lu s que so n droit
S era em p riso n n é selon la loi

301
l v ii.3 35 Ibbw i-t yer Iberg lâalyan
isdill it a f Ibadna-s
A r as ihedder y efru
itniren i-t y aaqel d gm as
Ih k u y a s ayen yedran
isal f-fe m y a r m babas

lv iii .341 Isteqsi-t a f Igiran


akw t-tem yart ggem m as
Ik k s-e d taqendurt n ccan
t-tin i-d ifka d limara-s
R ran-f id deg sselâa
yer daxel yerrzen fella s

lix .347 T am dint urâad i-f walan


s axxam tqeddem rriha-s
Sidna Yaaqub mi-} israh
ibda la inedder am yilas
M aday m aëci d ccitan
Y u s e f tebbw d ii-d rriha-s

l x .353 F ekn as taqendurt n ccan


isse lf iw udm is atas
Ifeth as R eb b i Ibiban
assen i-gefrez id y e f fas
Usan-d lehbab akken llan
s Iferh akw rzan fella s

l x i .359 Izzi-d s w udm is ican


laaqel is m i-d isk e fk e f
Inna y a s A tarwa zw iret
yer w a n d a yezd ey Y u se f
T ik li n telt chur akter
di ssaa i-f issuref

lvii .365 Ferhent lem luk deg genwan


im lal d babas Y u s e f
A la s-ihedder ar ifru
âadem n ss a q y a J f n e f
Ih k a y a s leybayen atas
ay gedrqn d y e m c e n n e f

302
lvii .335 Joseph l ’em m ena dans le haut palais
E t lui révéla la vérité
I l pleurait en parlant
C ar il avait reconnu son frè re
I l lui conta ce qui s ’était p a ssé
E t s ’enquit de son vieux père

lv iu .341 D es voisins
E t de sa vieille mère
I l p r it un m anteau d ’apparat
L e leur rem it co m m e signe de lui
Ils l ’enfermèrent dans les sacs
Q u ’ils ficelèrent solidem ent

lix .347 Ils n ’étaient p as encore en vue de la ville


Q ue déjà le parfum de Joseph parvenait à la maison
Jacob le percevant
S e m it à rugir com m e un lion
S i ce n ’est p o in t ruse de Satan
J e sens le p arfum de Joseph

lx .353 O n lui rem it le m anteau d'apparat


Il se le passa sur le visage plusieurs fo is
D ieu alors lui ouvrit les y e u x
E t de ce jo u r il distingua la lumière de l’om bre
T ous ses am is vinrent
L u i témoigner leur jo ie

l x i .359 I l tourna vers eux son visage bouleversé


S o n esprit était troublé
I l dit E nfants passez devant
J u sq u ’aux lieux où Joseph habite
L e trajet était de trois m ois
Ils le couvrirent en une heure

lxii .365 L es anges dans les d e u x se réjouissaient


Car Joseph avait retrouvé son père
En contant il versait des larmes
P lus abondantes que la pluie sur le bord des toits
I l d it toutes les peines
Q ue dans son m alheur il avait endurées

303
lxiii .371 Inna y a s Sebr a m em m i
R e b b iy e fk a -d asu lef
A tm aten ik ass ' a-tn m huy
s s s if akw a-ten nherref
Iguw b it id s w awal
m m is yellan d lâaref

l x i v .37 7 ln n a y a s X z u ccitan
nâal Iblis ad ak y a n e f
L qadaa d ssber i-t yernan
nekw ni d i Lleh ay n e tte /
R eb b ’ ar Im endad iwata
neyra tnacci daa n e tle f

lxv .383 R ran nnzah d am eqqwran


y e f Ixil ibda u c a w e f
Igenw an sebâa tmura
ferh en s Sidna Y u se f
A h n in iddm it yer rrehma
d i Ihew d n nnb ’ i-d ic u c e f

lxvi .389 f x ile k a Lleh m ulana


ahnin i-f ibnan tew q ef
D â a y-k in s lam biyya
sshaba d Sidna Y u s e f
Taâfud i kra yellan da
d i Ihewd n nnb ’ ad-d ncucej13

233. N ey : S i jfirdus a d -d n x e r re f
L lan igad ikefTun ta q sit s tse d d a rt 60, i y e f ren n u n ta s e d d a rt agi ta n e g g a ru t :
A y a g ellid a Ihennan
a win Iferzen id y e f f a s
D â a y -k in s a t W asisban
d kra y e lla n d aassas
L g e n n e l a n n e zd e y rredw an
kra ihedren da aafu ya s.

304
l x i i i .37 1 Jacob dit Patience m on enfant
D ieu nous donne une bonne occasion
Tes frères j e vais aujourd’hui m êm e les anéantir
L es décapiter au sabre
I l reçut cette réponse
D e son sage fils

l x i v .37 7 M audis Satan


Q u ’il parte loin de toi
L a constance a raison des épreuves
Car en D ieu g ît notre fia n ce
I l est devant nous et nous voit
N o u s avons lu les livres C om m en t nous en écarter

l x v .3 8 3 Ils fire n t une g ra n d efête


A v e c fa n ta sia s caracolantes
L es d e u x les sept terres
S e réjouissaient p o u r Joseph
Q ue D ieu enleva au Paradis
P our l ’y baigner à la source du Prophète

l x v i .3 8 9 D e grâce A lla h notre m aître134


D ieu grand qui as créé le m onde et le m aintiens
J e t'invoque p a r les prophètes
P ar les com pagnons de M o h a m m ed p a r Joseph
A cco rd e ton pardon à tous ceux qui sont ici
E t fa is q u ’à la source du Prophète un jo u r nous nous
[baignions235.
234. U ne au tre v ersio n d e « Jo sep h » se term ine avec la stro p h e 60, suivie de
cette co n clu sio n :
R o i b on
Q u i a s d istin g u é du j o u r la n u it
J e t ’in v o q u e p a r les c o m b a tta n ts de W asisbane
P a r to u s les sa in ts
F a is q u e n o u s h a b itio n s le P aradis B ien h eu reu x
E t p a rd o n n e à to u s ce u x q u i so n t ici.
2 3 5 . V ar. :
F a is q u 'u n jo u r n o u s cueillions les fr u i ts du Paradis.
L’h isto ire de Jo se p h se tro u ve d a n s le K o ran (so u rate X II, dite de Joseph) :
« N ou s allo n s te c o n te r la plu s belle histoire q u e nous t’ay o n s révélée dans ce
K oran ... » Elle a d o n n é lieu d an s l’ensem ble du M ag h reb à de nom breuses versions
p o p u laires ta n t en p ro se q u ’en vers : voir p a r exem ple une v ersion b erab er d an s V.
L o u b i g n a c , É tu d e su r le d ialecte berbère des Z a ïa n , L eroux, P aris, 1925 ; une
autre d an s E. L a o u s t , T extes berbères d u M a ro c, L arose, P aris, 1949.

305
85. Sidna M usa

Bism illeh annebdu ({elya


taqsit a-f id nsam i
T a h ka yt f Sidna M usa
m i ffaqrib ad itweffi
Yiwen was deg tafrara
A r wedrar ibda tikli

ix.7 Y a f tarbaat l-lm uluka


deg gw akal qeddm en tirni
Sslam d Iwageb i-t y erra
— A c u txeddtnem a wigi ?
N n a n as N e fy iz azekka
i weyrib m ebla Iwali

ni.13 Inna ya s M a iâum ccyw el


ad xedm ey liy'ur sahni
N n a n as C cyw el yella
m a d ' ara tqeddm ed tirni
A ram i yebges M usa
ikcem azekka s lebni

iv. 19 A rm i-t kfan irkwelli


isweb d Ixedma l-lâali
— A M u s 'a y r ib im m uten
netfu Iqis ur-t id nebbw i
Inna y a s A h y a lem luk
ur ii tezrim d ayefli

v.25 M a d Iqis i tehdagem


m a tebyam a-t id naw i
( nnan as) — M i teffid deg ccbiha
am zun akka d keëcini
Iqas im anis M usa
k i f a te y zi a tehri

vi.31 Ik k e r ad-d ijfey


nnan as H da sani
Q im a M usa
R e b b i yurek i-d ifqissi

306
85. La m ort de M oïse

Préludons au nom de D ieu


Pour entam er l ’histoire
D e M oïse
A u x approches de sa m ort
Un jo u r à l ’aube
I l se dirigeait vers la m ontagne

n.7 I l rencontra un groupe d'anges


Q ui creusaient la terre l ’ouvrage était avancé
I l leur adressa le salut de rigueur
— Q ue faites-vo u s là
— N o u s creusons la tom be
D ’un étranger m ort sans personne

in. 13 — S i la tâche est trop lourde


J e suis p rê t à participer à l ’œ uvre p ie
— L a tâche est lourde
S i tu veux y m ettre la main
M oïse se prépara
P uis se jo ig n it à ceux qui construisaient la tom be

iv .19 Ils eurent bientôt term iné


L e travail était bien fa it
— M o ïse de l ’étranger m ort
N o u s avons oublié de prendre la m esure
— Anges
M e croyez-vous négligent

v.25 S ’il vous m anque la m esure


Je vais vous l ’apporter
Ils dirent A te voir
C o m m e ça on dirait toi
M o ïse se m esura à la tom be
M êm e longueur m êm e largeur

vi.31 I l allait se lever


L es anges dirent A tten d s Où vas-tu
R este M oïse
C ’est toi que D ieu vient chercher

307
Inna ya s A hya lem luk
i Im ut îaxeddaat wim i

vu .3 7 N nan as L a jl ik y e b b w e d
a c ’ ara-k nexdem nekw ni
— gget i y ’a d rzu y s axxam
y e m m a d Iwageb a-s nini
N e k [Jrih ad ii-tefkem
ad m w adaay d Iwali

vin .43 N nan as Ih a M usa


f k ay lâahd r-Rebbi
Inna y a s N iy a lem luk
lexdaa ur dgi y e lli
Ur lliy d bu tirwas
ur ffiliy d afetni

ix.49 N nan as R uh nserrh ak


y urek ssaa n tikli
Ib b w i abrid s lyila
udm is icuyeb innuyni
A ffa y a teffy-ed yem m a s
m ba a yd i-d tger tiyri

x.55 Tw ala-d udm is ican


— A c u -k icuyben a m em m i
U dm ik ican
am zun tsufred di lyali
M aday d ttlab ' a y-k icqan
ad f k e y azeyyani

x i.61 Inna y a s W uh i kem ifnan


d R e b b ’i-d y u zn e n yuri
Tenna y a s A hya m em m i
tilid d argaz aaqli
N n b i d sshaba m m uten
xellaad a kecc d nekkini

308
II dit A nges
Pourquoi la m ort félo n n e

vii .3 7 Ils dirent Ton heure est arrivée


Q ue pouvons-nous y fa ire
— L aissez-m oi retourner à la m aison
Je dois avertir ma mère
D onnez-m oi perm ission
D ’aller dire adieu à ceux que j'a im e

viii .43 Ils dirent M oïse


Jure-nous par Dieu que tu reviendras
Il dit A n g es
Je ne connais n i la félo n ie
N i les ruses
Je ne m e révolterai pas

ix .4 9 Ils dirent Va tu as perm ission


D ’une heure
Il se m it en route le cœ ur angoissé
L e visage bouleversé et triste
Voici venir sa mère
Q ui l ’appela de loin

x.55 E lle voyait son visage défait


— Q ui t ’afflige m on fils
Tu as les traits tirés
D e qui voyage en plein hiver
S i des dettes te donnent souci
Voici m es pièces d ’argent

xi.61 I l dit C ’est bien de cela que j e m 'inquiète


N o n c ’est D ieu qui m ’appelle
Elle dit M on fils
Sois sensé
L e Prophète et ses com pagnons sont m orts236
E t nous resterions ici toi et m oi

23 6 . P o u r l'a n a c h ro n ism e , voir note 203.

309
XII. 67 Iruh s axxam
yer z z u g ' u k u d i[fili
Twala udm is ican
— A c u -k icuyben a aremli
M aday d ttla b ’ a y-k icqan
ssdaq i kesbey wim i

xni.73 Inna y a s Tagi d Imut


ta n a g a n t am m ilili
S sy a yer tthur
ad ifeireg m ulani
lië u r w ul is seg gurfan
teyli d i Iwaad im etti

xiv.79 Inna y a s X z u ccitan


wagi d lirad r-Rebbi
Tenna y a s Zelgen wussan
d ugujil d-ggid m ezzi
In n a y a s R u h sakw i-t id
annem m iryab tam uyli

x v.85 Truh tm ettui ar dduft


— K k e r ay agujil m em m i
A q c ic illan d i Caftait
inteq s iqedra r-Rebbi
Inna y a s A h y a y e m m a
s wawal terhid iyi

xvi.91 T ennid iy ’ay agujil


baba ata da ttam i
Tenna y a s A lhabel yexlan
d lexyal i gbedden a k k e n n f137
N e ((' ad im m et
igg a y-d d iyriben nekw ni

xvii.97 In n a y a s Ssm ah yelh a


ayen nekka d (fani

23 7 . N ey ssu ra ibedden a tte y li

310
x ii .67 I l entra dans la m aison
O ù était la com pagne de sa vie
En voyant son visage décom posé
Q ui t ’afflige lion de sables dit-elle
S i des dettes l'inquiètent
Q u ’ai-je à fa ire de ma dot

xni.73 I l dit C 'est la m ort


A m è re com m e le laurier
D ’ici le début de l ’après-midi
D ieu aura accom pli ses desseins
L e cœ ur débordant de colère
Elle se m it à verser des torrents de larmes

x iv .79 I l d it M audis Satan


C ’est la volonté de D ieu
E lle dit Funestes sont les jo u rs
Tu laisseras un tout jeu n e orphelin
Il dit Va le réveiller
Q ue nous nous repaissions de la vue l ’un de l ’autre

xv. 85 L a mère alla vers le berceau


— L ève-toi orphelin m on fils
L ’enfant qui était dans les langes
D e par la grâce de D ieu p rit la parole
I l dit M ère
Un m ot de toi m e navre

x v i.91 Tu m ’as appelé orphelin


E t voici m on père près de m oi
E lle dit Cervelle fo lle et vaine
C ’est une om bre qui se tient là debout238
T on père va m ourir
E t nous laisser seuls ici

xv n .97 M o ïse dit II fa u t que nous nous pardonnions


T out le tem ps que nous avons passé devait fin ir

238. Var.
S o n corps m a in ten a n t d e b o u t va to m b er

311
F aruq y u sa -d s tmara
ala ssber ay d lâali
M a tellid d ult lehlal
tarwa d arn-d ggiy suni

xvm. 103 Jru n ssh a b ’akken llan


idher ttlam deg g w za l qayli
B qaalaxir a tarwa
Im uluk pragm -i

xix.107 Ib b w i abrid s Ixejfa


y a w e d yer rr if l-lebher
T bed d tezruf di tfn a tfa
s ta a kkw a zt i-[ yencer
Y q f ttir zdaxel ines
dinna ay gga Ivfer

x x .113 I t t e f rrebaa deg gw qam um is


d azegzaw icba lexder
Inna y a s W agi d ttir
igaal as S id i leqrar
N e k la {hebbirey i m em m i
i-n ggiy deg laam ayer

xxi. 119 Isk e d ifw ehhim M usa


d i Ifedl n S id i R e b b i
Ttir di lebher iâic
x e llik a m m is d Ifani
— S em m h iy ' a S id i daay ak
y e f n ek ixedm en tagi

x x ii. 125 Y a w i abrid s Ixejfa


irra-f i Iwaad im etti
A rm i yeb b w e d s azekka
issader i Iqed is iyli
L a fw ehhim en Im uluka
deg ifa a d ur as ixdi

312
C elui de la séparation est venu en cette nécessité
Seule la constance sied
S i tu es une digne fe m m e
Prends soin de l ’enfant que j e te laisse

xvin. 103 L es com pagnons239 pleuraient


L a nuit tom ba en plein jo u r
A d ie u enfants
L es anges m ’attendent

x ix . 107 l i s e hâtait sur la route


A r r iv é au bord d ’une mer
I l vit un rocher au m ilieu des eaux
I l le fra p p a de son bâton
Un oiseau parut
Q ui avait élu là sa demeure

x x . 113 II tenait en son bec


Une herbe d'un beau vert
M o ïse pensa A cet oiseau
D ieu a pourvu
E t m oi j e m ’inquiète p o u r m on enfant
Q ue j ’ai laissé dans l ’abondance

x x i .119 II ne se lassait p a s d ’admirer


L a grâce divine
Un oiseau p o u va it vivre au m ilieu de la m er
Q ue dire de son fils au m ilieu du m onde
P ardonnez-m oi m on D ieu j e m 'hum ilie
D ’avoir agi ainsi

xxii. 125 S u r la route il se hâtait


E n versant des torrents de larmes
I l arriva près de la tom be
E t s ’y laissa tom ber tout du long
L es anges admiraient
Q u ’il n ’eût p o in t fa illi au rendez-vous

239 . Il s’ag it n atu rellem en t (et a n ach ro n iq u em en t) des c o m p ag n o n s du P rophète.


V oir n o te 203.

313
xxm.131 A taya Im elk isum a-t
s adqr l-lgid a-t inher
Inna y a s T ixxer syinna
ur din d-beddu tixxer
A y e n k k iy dgem a m m leyrur
y er L ka a b ’ i-guli ider

xxiv. 137 Iruh Imelk isuma-t


taabbut n Igid a}-} inher
Inna y a s B a a d syenni
ur din d-beddu tixxer
A y e n k k iy deg m m leyrur
teffak // ne}fat tesber

xxv. 143 Iruh Imelk


S afus l-lgid a-t issyer
Inna y a s B aad syenni
ur din d-beddu tixxer
A y e n k k iy akw di m m leyrur
ya s leqlam ideg inegger

xxvi. 149 Iruh Im elk


s im i n Igid a-t issyer
Inna y a s B a a d syenni
ur din d-beddu tixxer
A s m i lliy deg m m leyrur
ye n n a ssw ab inha Im enkwer

xxvn. 155 Iruh Imelk


s iles n Igid a-t inher
Inna y a s T ixxer syinna
ur din d-beddu tixxer
A y e n k k iy deg m m leyrur
ya s leslaf} ideg ihedder

xxvni. 161 Truh Im ut


yer tit l-lgid a-} tessyer
Inna y a s T ixxer syinna
ur din d-beddu tixxer
A y e n k k iy deg m m leyrur
di lektub tezga tnuder

314
xxin.131 Un ange vint
L u i prendre le p ie d p o u r le couper
M oïse dit Écarte-toi
N e com m ence pas par là va
T out le tem ps que j ’ai p a ssé dans le m onde trompeur
C e p ie d m ontait à la K aaba et en descendait

XXIV. 137 L ’ange s ’en p rit


A u ventre q u ’il voulut meurtrir
M o ïse dit Éloigne-toi
N e com m ence p a s p a r là va
T o u t le tem ps que j ’ai p a ssé dans le traître m onde
I l se p riva it p o u r donner aux autres

x x v .143 L 'ange s ’en p rit


A la m ain q u ’il voulut paralyser
M o ïse dit Éloigne-toi
N e com m ence p a s p a r là va
T out le tem ps que j ’ai p a ssé dans le traître m onde
Elle ne cessait de tailler des crayons

xxvi. 149 L ’ange s ’en p rit


A la bouche p o u r la dessécher
M o ïse dit Éloigne-toi
N e com m ence p a s p a r là va
T out le tem ps que j ’ai passé dans le traître m onde
E lle n ’a cessé de recom m ander la vertu et de condam ner
[le vice

xxvn.155 L ’ange s ’en p rit


A la langue q u ’il voulut fig er
M oïse dit Écarte-toi
N e com m ence p a s p a r là va
T o u t le tem ps que j ’ai passé dans le traître m onde
Elle n ’a cessé de prôner le bien

x x v n .1 6 1 L a m ort s ’approcha
D es y e u x p o u r les ternir
M o ïse dit Écarte-toi
N e com m ence pas p a r là va
T o u t le tem ps que j ’ai p a ssé dans le traître m onde
Ils n ’ont cessé de regarder dans les livres

315
x x ix . 167 T m h lm u t
ar y i x f l-lgid a-t-tessyer
Inna ya s T ixxer syinna
ur din d-beddu tixxer
A y e n k k iy dgem a m m leyrur
seffin hizeb i-d iketrer

x x x . 173 L m e lk iâarreg s igenwan


s A gellid bab l-lamer
— M usa d argaz l-laali
ay ansi t-nebda y e zw e r
In n a y a s G edha s M usa
d ahbib m acci daa-t nenker

xxxi. 179 R u h et ar Igennet \ftrdus


ar wanida ggw ten letmar
A -n tafem irehm a tewsaa
tnadim deg laam ayer
ad as-d aw im tadeffaht
ad \ffey iruh bla laaser

x x x n . 185 L m e lk y u y a l s igenwan
ar wanda wejden letmar
T-tadeffaht seg nnaayem
t-tazegzaw t bhal lexder
Y e ttf if M usa deg gw fus is
israh if idda laamer

x x x in . 19 1 S eb h a n k a W ahed Iw ahidu l
a win ifm zen ijebber

2 41. N ey i tse d d a rt m erra :

A R e b b ' a tg ed i Im ut iw
a m tin n S id n a M u sa
A /u s y e t t e f ta d effa h t
rruh id d a d i laadsa
D k r a ihedrn da aafu y a s
re zq a y a S id i rrehm a.

316
xxix. 167 L a m ort s ’approcha
D e la tête pour la dessécher
M oïse dit Écarte-toi
N e com m ence p a s p a r là va
T out le tem ps que j ’ai p a ssé dans le traître m onde
E lle n ’a cessé de répéter les soixante chapitres du
[.K oran240

xxx. 173 L ’ange s ’envola dans les d e u x


Vers D ieu le m aître de toutes choses
— M oïse est un hom m e accom pli
Par quelque côté que nous le prenions il est ardu
D ieu dit Gloire à M oïse
I l est notre am i sans conteste

x x x i. 179 A lle z au Paradis


L à où les fr u its abondent
Vous y trouverez am ples provisions
Parcourez-le
R apportez-en une p o m m e
L ’âm e de M oïse sans affres s'envolera

xxxii. 185 L ’ange repartit vers les d e u x


A u lieu où l ’on trouve de tous fru its
Il en rapporta une p o m m e
Toute verte
I l la m it entre les m ains de M oïse
Q ui la huma... et son âm e s ’envola

x x x n i. 191 Gloire à loi Unique sans second242


Q ui éprouves et guéris

2 4 0 . S ic.

242. V ar. :

F a ites m o n D ieu m a m ort


S e m b la b le à celle de M o ïse
Q u i p e n d a n t q u 'il tenait à la m a in u n e p o m m e
A vu so n â m e s ’en vo ler d a n s un éternuem ent
A to u s ceu x q u i so n t ici p a rd o n n e z
S eig n eu r et réservez vos grâces.
C o m m e le récit de Jo sep h (v oir n o te 235), la légende de la m ort de M oïse connut
au M a g h reb une g ran d e p o p u larité : voir en particu lier une version b erbère d an s E.

317
Daay -k s sshab ’ akken llan
rniy ak nnbi ttaher
Ternhud ddnub i ssam âin
helley R e b b ’ ad ii yesser.

86. Taqsit bbwely

Sslaf âalik d isem ik zid


itekkes ttesdid
seg-gul yelian d imxegges
sslaf y e fk w ’ur-t-nefqid
m azalt d am ejhul yedles
Win ur neddi d ugeüid
y a k y u n e f i-webrid
win hesb it d lemfelles
A m -m in isewwqen m ebâid
a-d-yagew rrbeh ula yess

Yiw en was ssbeh lejdid


nnbi nney usâid
y u y it lhal di Imegles
Iqqim d sshaba Iwahid
jeb d en -d y e f Igennet t-tmes
A r ihedder isenteqqid
bu leklam zid
kulha d Ifayda yekm es
J e t ’invoque p a r les com pagnons
Par le Prophète im peccable
E fface les péchés de tous les assistants
D e grâce m on D ieu préserve-moi.

86. La légende du chameau244

Je prélude p a r T o i D o u x est ton nom


I l décape
L es cœ urs roui liés

Q ui ne prélude p o in t p a r Toi
E st p lo n g é dans les ténèbres de l ’ignorance
Q ui ne suit p o in t la voie de D ieu
Vit dans l ’égarement
E t la ruine

I l est com m e celui qui va loin


A c h e te r des denrées et n ’a rien

11 Un jo u r de grand m atin
N otre P rophète bienheureux
Tenait séance

I l était avec les com pagnons


Ils devisaient du Paradis et de l ’E nfer

Il parlait distinguait
D o u ce était sa parole

L a o u st , C ou rs d e berbère m arocain (dialectes du M aro c cen tral), R a b a t, 1924 ;


une a u tre en ch leu h et en prose d a n s A. R o u x , R é cits, con tes et légendes berbères
en tach eih it, R a b a t, 1942.

244. L égende ap p arem m en t sans ra p p o rt avec la b ataille du ch am eau des


prem iers tem p s de l’islam .

319
Isla i laayad ifretâid
indeh A Selm an Ifares

L exbar l-laayad err-t-id243


aw ed yer Ibab thesses

23 M i d-ikker ssbaa ucekrid


ur d in y e z h id
s tazzla ya a jel ifures
Im m u g er ibaayr tbaan-t-id
nnsara ddan-d deffires

Y u y a l y e f udem i-wbrid
ifru yeëéeh h id
— F uket-iy ' i-lgiha l-lxales
M ti d rrsul qesdey-t-id
tw egb-iyi îgennet J f tm es

33 S sla f âalik d ddayem


ar-k in nessirem
m a tella teyw zi l-laamer
A Ixetya ryifen nnaayem
win inyati f a d irna ccer
y e ffa s m i ihujer weîyw em
yer sshaba laasaker

40 Inna y a s A nnbi L hacem


nek neffedlem Vh
Ibatel iw b e z z a f m weqqer

243. E rr-t-id : dagi « t » d aw sil usrid w ar « i ». z. : m azal-ten ; a-ten-ixzu


in âal-ten ; ak w di tm a z iy t ta q d im t isem ugellid Y ugurten ( = y u g a r iten).
246 . A k k a !

320
I l entendit un bruit
E t appela Selm an le Persan2AS

Q u'est-ce que ce bruit


Va ju s q u ’à la p o rte et écoute

23 L e lion intrépide s'élança


Sans attendre
D ans une course rapide

I l rencontra un cham eau poursuivi


P ar des chrétiens qui le serraient de près
L e cham eau s ’accroupit sur le chem in
E t se m it à se lam enter p renant D ieu à tém oin
Sauvez-m o i au nom du P rophète fid èle
Puisque j e veux aller vers lui
L e Paradis m ’est dû non l ’E nfer

33 B éni soit ton nom à ja m a is


Tu es le but de m a course
S i du m oins D ieu m e prête vie
Tu es le bien le plus précieux
Tu as raison de la fa im de la s o if
Ce jo u r donc le cham eau vint chercher refuge
A u p rès des com pagnons com battants de la f o i

40 II dit P rophète H achém ite247


J e suis la victim e innocente
D e traitem ents injustes

245. S elm an A lfarisi, P ersan converti, devenu co m p ag n o n du P ro p h è te. F igure


très p o p u la ire , en p articu lie r d an s l’Iran islam isé, d o n t il est devenu co m m e le héros
n a tio n a l. P asse p o u r un des fo n d ateu rs de la m y stiq u e m usulm ane (soufism e).

24 7 . H ach e m : a rrière-g ra n d -p ère du P rophète.

321
B e n h u f d udem n Ihem
tin i-d -iy’ ixdem
m i lliy yures neffaaser

Iketter iyi ffaab irna zzd em ,


iwqaa-f rrdem
hulfay i ddher iw yekser

Iyu cc-i f-fu d e m ik nefhem


daym i d-njuneb nwexxer

51 — M eh n im ed i tm ezliw t n Ihem
am bunadem
gw aad ay ibaayr la cer
In n a y a s nnbi L hacem
— D dem t-e} ad ikcem
y e r  ic a tu zy in t n nnder
tw essim nezzeh al-t-ekrem
yurw at at-t-teksem
am er at-t-tegg a d y e n s i ccer

60 B e n h u f udem n Ihem
m i d-iqeddem
yer sshaba laasaker

Irra sslam yefsen yelzem


— Ta txedm ed a nn b i texser
T eccid ibaayr m ebla dderhem
ssy a g ’ i-gefban lehqer
Inna y a s A -t-enqewwem
ayen iswa at tayed kter
Inna y a s A rg a-d-neqleb
lehl iw a-tn id nciwer

M a m dan s way ’ a-t-nexdem


tu r ’ ad ak d-errey s-lexbar

322
B e n h o u f face de m alheur
En est l ’auteur
C h ez lui j'éta is écrasé

I l m ’a gavé de fa tig u e de coups


M ’a écrasé
J'en ai le dos rompu

C ’est à cause de toi j e le sais q u ’il m e poursuit de sa


[haine
A u s s i l ’ai-je f u i

51 II est péché de t'égorger


C om m e il l ’est p o u r un être hum ain
R e ste cham eau loin de toute peine
L e P rophète H achém ite dit
Em m enez-le
Près de la belle A ïc h a 2iS

Veillez à ce q u ’elle prenne soin de lui


N e l ’abandonnez pas
D e peur q u ’elle le laisse la nuit sans nourriture

60 M a is voici B e n h o u f le visage de m alheur


Q ui s ’approche
D es com pagnons com battants de la f o i
I l leur adressa le salut de rigueur
Ce que tu viens de fa ir e Prophète est m alhonnête

Tu t ’es em paré d ’un cham eau que tu n ’as pas p a yé


C ’est p ure m arque de mépris

L e Prophète dit Faisons un arrangement


F ixe un p rix Q uel q u ’il soit j e te donnerai p lus
B e n h o u f dit A tte n d s que je revienne
Je vais consulter les miens

Pour voir s ’ils sont d ’accord


Je vais tout de suite te rendre la réponse

248. A ïch a : seco n d e fem m e du P rophète.

323
Iruh d webrid yendem
y u g i ddrahem
sella tem sal i d-idker

— M a tnidam tig ’ a tent nexdem


m ulac adriz d Im enkwer
T it n B u b ker a f-n a a d em
irna anqeddem
s adar n Sidna À um er

Iles n  a tm a n a-t-negzem
d uyeffus n A ali H ider
Lalla F atjm ’ a-f-neddem
lehrir is a-t-nwedder
R n u L m a d ir i a t-nehdem
m i d -ig a deg leqm ayer

Sshaba kulw a yetbessem


nnbi garasen am leqmer
I f (ali nnur d i ssm ayem
hekkun itij neffa kter

Iluâa-t nnbi Lhacem


— H der tkellem
a B u b ker keô d ccater

A tradid tit attaadem


y e ffib a a y r a k-k nciwer

Inna y a s A nnbi L hacem


yas ruh qeddem
taqbaylit teswa akter
73 M ais en route il changea d ’avis
I l ne voulait p lu s d ’argent
M a is posa six conditions
O u vous les acceptez
O u il y aura bataille et grand tum ulte
J e veux que l ’œ il d ’A b o u -B a kr soit crevé
E t p u is
B risé le p ie d d ’O m ar

81 L a langue d ’O tm an coupée
A insi que la m ain droite d ’A l i 249
Je veux m ’emparer de F atim a250
Déchirer ses habits de soie
E t enfin détruire M édine
L a belle
E t les com pagnons de sourire
A u m ilieu d ’eux le Prophète resplendissait
C o m m e la lumière du plein été
E t éclipsait le soleil m êm e

91 L e Prophète H achém ite dit


Parle
A b o u -B a kr à l’esprit agile

Veux-tu que l ’on te crève l ’œ il


Pour le chameau Quelle est ton opinion
A b o u -B a kr dit Prophète H achém ite
Va attaque
L ’honneur ka b yle251 exige davantage

249. A b o u -B ak r, O m a r, O tm an et Ali devaient être plus ta rd les q u a tre khalifes


o rth o d o x es.

250. F a tim a : fille d u P ro p h ète et de K h ad id ja, fem m e d ’Ali. D ’elle descendent


tous les ch o rfa s.

251. Sic.

325
Iruh d webrid yen d em
y u g i ddrahem
seffa tem sal i d-idker
— M a tm d a m tig ’ a tent nexdem
m ulac adriz d Im enkw er
Tit n B ub ker a f-n a a d em
irna anqeddem
s adar n Sidna À umer

Iles n  a tm a n a-t-negzem
d uyeffus n A ali H ider
Lalla F atim ’ a-(-neddem
lehrir is a-t-nwedder
R n u L m a d in ’ a f-nehdem
m i d-zga deg leqm ayer

Sshaba ku lw a yetb essem


nnbi garasen am leqmer

If/ali nnur di ssm a yem


hekkun itij nef (a kter

Iluâa-t nnbi Lhacem


— H der tkellem
a B ubker ke ë d ccater

A tra d id tit attaadem


y e ffib a a y r a k-k nciwer

Inna y a s A nnbi L hacem


yas ruh qeddem
taqbaylit teswa akter
73 M a is en route il changea d ’avis
I l ne voulait p lu s d ’argent
M a is posa six conditions
O u vous les acceptez
Ou il y aura bataille et grand tum ulte
Je veux que l ’œ il d ’A b o u -B a kr soit crevé
E t p u is
B risé le p ie d d ’Omar

81 L a langue d ’O tm an coupée
A insi que la m ain droite d ’A l i 249
Je veux m ’emparer de F atim a2,0
D échirer ses habits de soie
E t enfin détruire M édine
L a belle
Et les com pagnons de sourire
A u m ilieu d ’eux le Prophète resplendissait
C o m m e la lumière du plein été
E t éclipsait le soleil m êm e

91 L e Prophète H achém ite dit


Parle
A b o u -B a kr à l ’esprit agile
Veux-tu que l ’on te crève l ’œ il
Pour le cham eau Quelle est ton opinion
A b o u -B a k r dit Prophète H achém ite
Va attaque
L ’honneur ka byle251 exige davantage

249. A b o u -B ak r, O m a r, O tm an et Ali devaient être plus ta rd les q u a tre khalifes


o rth o d o x es.

250. F a tim a : fille d u P ro p h ète et de K h ad id ja, fem m e d ’Ali. D ’elle descendent


tous les ch o rfa s.

251. S ic.

32 5
W al' ibaayr a-t-ensellem
im i yurney i d-ihujer

101 Iluâa-t nnbi L hacem


- H der tkellem
a À um er kec d im hekker

A tradid adar ad yaadem


y e f ftbaayr a k-k nciwer

Inna y a s A nnbi L hacem


yas ruh qeddem
taqbaylit teswa akter
W al' ibaayr a t-nsellem
m i y u m en s nnbi ttaher

111 Iluâa-t nnbi Lhacem


— H der tkellem
a À atm an kec d im h en er
trudad ils-ik ad igzem
y e f ftbaayr ak-k nciwer

Inna y a s A nnbi Lhacem


yas ruh qeddem
taqbaylit teswa akter

W a l' ibaayr a-t-nsellem


u la y y e f aneffuâayyer

121 Iluâa-t nnbi L hacem


— H der tkellem
a ben â a m m ’A a liH id e r
trudad afus ad yaadem
F a tim ’ a}-{-iddem
lehrir is a-t-iwedder

326
N o u s ne pouvons p a s abandonner le chameau
I l s ’est réfugié près de nous

101 L e Prophète H achém ite dit


Parle
O m ar à l ’esprit perspicace

Veux-tu que l ’on te coupe le p ied


P our le chameau Quelle est ton opinion

O m ar dit Prophète H achém ite


Va attaque
L ’honneur kabyle exige davantage

N o u s ne p o u vo n s p as abandonner le chameau
P u isq u ’il croit en le Prophète im peccable

111 L e Prophète H achém ite dit


A llo n s parle
O tm an noble esprit
C onsens-tu à avoir la langue coupée
Pour le cham eau Quelle est ton opinion
O tm an dit Prophète H achém ite
Va attaque
L 'honneur kabyle exige davantage

N o u s ne p o u vo n s p a s abandonner le chameau
N o u s serions sujets à la réprobation

121 L e Prophète H achém ite dit


A llo n s parle
A li m on cousin232

C onsens-tu à voir ta main coupée


F atim a prise
Ses habits de soie déchirés

252. Ali était fils d ’A bo u -T aleb, frère d ’A b d allah , lui-m êm e père du Prophète.
Voir no te 48.

327
R n u L m adin ' af-f-ihdem
m i d-zga di leqm ayer

S id ’A a li m i yetbessem
seg-gir lexsem
ur t-yaagib lehdit inetqer

Iggul s R e b b i ddayem
ar ten nedhem
yas nek sshaba ulayyer

A tlezrem tin ara sen nexdem


ger tthur akw d laaser

Idsa w elyem yetbessem


icerreg ccerb is incer

Izra imanis d i Z e m ze m
di Igennet irw ’ amenter

Inna y a s nnbi Ihureb


— A bnu Taleb
as l-legmaa yeffujaras
m a tergid ssebt d Ihed
iw im i selhen d im eydas
Sid i A ali y e k k e r yerkeb
irr’ am eqsud yel lhara-s

L alla F atim a tneggeb


twessa lew kil d aassas
E t détruite M édine
L a belle

129 A l i sourit
Ces propositions insensées
E t incongrues le piquaient
I l ju ra Par l'Éternel D ieu
N o u s les enfoncerons
N o n m o i seul sans les com pagnons
Vous verrez ce q u ’ils subiront
Entre les deux prières de l ’après-midi253

137 L e cham eau rit


E t de ce jo u r garda la lèvre fe n d u e
Il se vit soudain près de Z e m ze m 2u
Puis errant au Paradis

141 L e P rophète d ’H oreb2SS dit


F ils d ’A bou-T aleb
I l fa u t profiter du vendredi
S i tu attends sam edi et dim anche
C ’est aux chrétiens q u ’ils seront favorables
A li m onta à cheval
Pour aller en sa maison

Fatim a m it son voile


E t f i t au gardien des recom m andations

253. D o h o r : p rière d ’une heure de l’après-m idi. A ser : prière de tro is heures et
dem ie environ.

254. Z em zem (p u its de), dit aussi « puits d ’Ism aël » : puits sa c ré de L a M ecque
au sud -est de la K a a b a . L o rs du pèlerinage annuel, les hadjis boivent de son eau
p réserv atrice. A la su ite d ’une rév élation, A b ra h a m co n d u isit sa fem m e A gar et son
fils Ism aël au d ésert où il les ab an d o n n a. Ils allaien t m o u rir de so if q u a n d jaillit
dev an t eux m ira cu leu sem en t une so u rce qui d ev ait fo u rn ir plus tard l’eau du puits
de Z em zem , a u to u r d u q u el vinrent s’installer plus ta rd les trib u s A m alékites.

255. H o re b : au tre nom d u S in a ï (m ais le texte est ici peu sûr).

329
— M a tw alam ay neffeyleb
yelqet Ibab htilt as

y e f ibaayr m i y-d-inuseb
Im ut attagw arfellas

15 4 L alla Fatim a terkeb


tebbw ed Imelâab
tem m uger akli d aras
Tesnaat as lexb a ryeyreb
— A ta y ’A ali bu tissas
Inna y a s A rg’ a-d-nerkeb
ur t-fnayey d aterras

161 Inna y a s A hya ben Ikelb


y a s ruh dheb
A ali ur illi d bu tm enqas
Yargu arm i d m iy e rk e b
iw et ben Ikelb
truh d i sserg ted a a ya s

S id i A ali m i-t-id iryeb


truh tiyta-s xayeb
di Iqaa sebâa turdas

170 Lalla Fatim a terrebreb


tejâar A A ali a x ya r nnas

arm i d ass' ay-k-njerreb


iqubel ik yiw en u terras

S id i A ali m ti d-yeqleb
isla-d i llqayeb
izzi-d s w udem am yilas
S i tw enz ’ i-t id igerreb
inefd it tebda ssura-s

330
S i vous voyez que nous som m es battus
Prenez soin de barricader la porte
Car le chameau en choisissant notre alliance
Va causer bien des m orts

154 E lle m onta à cheval


A rriva sur le cham p de bataille
O ù elle vit un nègre de belle apparence

E lle lui apprit la nouvelle qui le stupéfia


A li le redoutable était là
Il dit A ttends j e vais prendre m on cheval
Je ne veux p a s l ’affronter à p ie d

161 A l i dit F ils de chien


Va pars
A li n'est pas un lâche
I l attendit q u ’il revînt m onté
L e nègre fra p p a
S on coup fra p p a la selle en pure perte

Puis A li attaqua
M ais le trait alla s ’enfoncer en vain
D e sept em pans dans la terre

170 Fatim a dépitée


E t en colère dit A li le p lu s valeureux des hom m es

C ’est la prem ière fo is que j e te vois


A ffro n te r un seul hom m e

En revenant A li
E ntendit le reproche
Il f i t volte-face et tel un lion
Prit son ennem i p a r le toupet
E t l’abattit le dém em bra

331
Ik k e r laayad terrebreb
m e k k u l wa ijuneb
ja r iy y a twennaa di llbas
Tenna y a s A bnu Taleb
ayen teb yid a-k id y a s
Inna y a s Welleh m a neskaddeb
nebya anteyyeb
tarbaat im ejhal atas

Teqleb yer w exxam terâed


tesqed iyli-d Iweswas
M i d-iffey urgaz is iydeb
udem l-lm eyreb
ixaq ikres tawenza-s
In n a y a s A sidi A ali qleb
la a rxed m ey ndem y as

Inna y a s A hya ben Ikelb


berkak aqezzeb
cehhed tegged tikerkas

X u d Imencer m en yed reb


ar aw al nni d layas

Ik k e s-d s s if is si Iqelb
iwet ben Ikelb
m n a se f i-gebda ssura-s

Irw a ayen iyefiqelleb


am ejhul d ayen ay d ddwa-s
17 9 Cris et tum ulte s ’élevèrent
C hacun fu y a it de son côté
Une aimée vint parée
E lle dit Fils d'A bou-Taleb
D em ande ce que tu veux tu l ’auras

Il dit par D ieu j e ne m entirai pas


J e veux dom pter
L ’armée des infidèles

187 E lle s ’en retourna bouleversée


D ans l ’abattem ent et l'angoisse
S o n maître sortit plein de haine
L e visage noir
L e cœ ur serré l ’air dépité
Il dit A li retourne-t'en
Je regrette l ’acte honteux que j ’ai com m is

194 A li dit Fils de chien


A sse z de tromperies
Professe l ’islam renie l ’erreur

l - l 256
M ais quant à prononcer la fo rm u le ja m a is 257
A l i dégaina
F rappa le fils de chien
E t le fe n d it en deux

202 II avait eu ce q u ’il avait m érité


Tel est le sort qui attend l ’im pie

2 5 6 . Ici un vers, a p p a rem m en t en ara b e d ialectal, d o n t on n ’a p a s pu é ta b lir le


sens.

25 7 . L a p ro fessio n de foi islam ique : « Il n’y a de D ieu q u e D ieu et M oham m ed


est son P ro p h è te. »

333
Ik k e r laayad kulw a yerkeb
yer A a li H ider zzin as
Ib d a ten irkwe! si rrqayeb...

207 D e lb e y -k a Lleh ddayem


a bab n tezm ert tezw er
D a a y -k in s a tB n u H acem
d kra yezg a n deg wkerrer
R e z q ay Igennet nnaayem
jm a a akka da nehder.

334
A u milieu des cris ils m ontèrent à cheval
E t entourèrent A li
Il leur coupa les jarrets à tous258...

207 Éternel D ieu j e t'im plore


T oi qui es tout-puissant

Je t ’invoque p a r les H achém ites


P ar tous les récitateurs du K oran

Réserve-nous les biens du Paradis


T ous tant que nous som m es ici.

2 58. Le poèm e est év idem m ent inachevé. II a été pris à deux so u rces : une orale
(Salem A it M a am m er : vers 1 à 137 et 2 0 7 à 212 et une écrite (m an u scrit de G an a
Ait M aam m er). D ’au cu n s l’a ttrib u e n t (san s d o u te à to rt) à M o h an d Saïd des Ait
M elikech (v o ir n° 101).

335
A m ur w is sem m us

Limon

Cinquième partie
D ans les légendes précédentes, le merveilleux a sans doute autant
d’im portance que le dessein avoué d ’édification. Simplement, les
héros de la légende sém itique, à caractère presque exclusivement
religieux, occupent tout le cham p qui en d ’autres cultures revient à
des types différents : le guerrier, le sage, le saint, etc. Il s’agit là en
quelque sorte d ’une m ythologie classique, qui puise ses sources en
deux dom aines qui dans l’im agination populaire ont fini par se
fondre en un : la légende biblique (en particulier les trois
« prophètes » : A braham , Joseph et Moïse), la légende islam ique (en
particulier groupée autour de deux personnages : d ’une part le
Prophète et ses com pagnons, d’autre part Ali et ses im parables
prouesses).
L’ensem ble avait fini par constituer un corps de légendes codifié,
que l’éloignem ent géographique et chronologique, les miracles
conventionnels, le caractère hors pair des héros (à la limite entre
l’héroïque et le divin) reléguaient dans une zone relativem ent étroite
et ludique ; pour beaucoup, c’était de la littérature.
M ais, quelles qu’en soient par ailleurs les raisons (fonctionnelles,
historiques ou les deux), la religion constituait aussi une part
im portante de la vie quotidienne du groupe. Les K abyles ont
consacré à la façon dont ils la vivaient une notable partie de leur
production poétique.
C ontrairem ent aux légendes évoquées dans la partie précédente,
les thèmes ici traités ne sont pas ceux d ’un islam classique, mais la
foi telle qu’elle est réellement vécue par l’im agination populaire,
celle où les saints et miraculeux intercesseurs entre A llah et ses

339
créatures tiennent une grande place, celle où les pratiques et les
valeurs m ystiques ou thaum aturgiques tendent de plus en plus à
envahir la nudité rationaliste de la tradition coranique.
M algré la brève (et prestigieuse) exception de « tjuhid »
(n° 87), l’aspect le plus rem arquable du genre est que la vie pèse ici
de tout son poids de chair sur les élém ents d ’une vérité im person­
nelle parce que révélée. A u vrai, la pratique quotidienne et la
production qui la rend ou la sublim e donnent vie à un corps de
doctrine qui sans elles ne serait justem ent que cela. D e là, contraire­
m ent au prosaïsm e didactique de quelques-unes des tiqsidin
précédentes (celle d ’A braham par exemple), la valeur littéraire
ém inente de quelques-unes de celles qui suivent.
H istoriquem ent, ce type semble être la résurgence de plus en plus
envahissante de croyances et d ’attitudes anciennes face à l’ortho­
doxie d ’une religion im portée, avec toutes les form es de com prom is,
d’osm oses, voire d’équivoques, que le contact pouvait provoquer
dans la réalité. Les m arabouts les plus renom m és ont presque tous
com m encé clercs et fini thaum aturges ou prophètes. Ainsi en est-il
ici même de Sidi M hem m ed-ou-Saadoun (cf. n os 92 et 97). Mais
l’exemple le plus probant et en même tem ps le plus prestigieux est
celui du fondateur de la confrérie R ahm ania, dont on ne sait plus
très bien lequel est chez lui le plus essentiel, du charism e et de la
science.
Sidi M hemm ed ben A bderrahm an ben A hm ed Bou K obrin est né
entre 1715 et 1728 dans la tribu des Ait Smaïl. Il suivit d ’abord les
cours de la zaouia de Cheikh G o u arab (A it Iraten), puis alla à Al­
ger parfaire son instruction. En 1740, il va faire le pèlerinage de La
M ecque, au retour s’arrête au C aire, où il suit pendant de longues
années les cours de M oham m ed Ben Salem A lhafnaoui, grand
m aître de l’ordre des K helouatia, auquel il se fait lui-même initier.
Le m aître le charge de m issions de propagande aux ïndes et
surtout au Soudan, avant de lui donner l’o rdre de rentrer en Algérie.
Il vient s’installer aux Ait Smaïl (1770) et y prêche avec grand
succès. Il fonde l’ordre des R ahm ania qui bientôt s’étend à toute la
Kabylie et au-delà. Il va ensuite enseigner à la mosquée du H am m a
près d’Alger. A ccusé de schisme, il com paraît devant un conseil
d ’oulém as présidé p ar le mufti malékite H adj Ali Ben A m iné pour y
justifier ses prétentions et pratiques extatiques (révélations,
songes...). Les populations du D jurdjura m anifestant leur soutien à
Sidi M hem m ed, le gouvernem ent turc, peu soucieux de susciter une
situation aux conséquences imprévisibles, fit rendre un arrêt
favorable au cheikh.

340
Sidi M hem m ed revint aux A it Smaïl ; six mois plus tard, il réunit
ses adeptes et leur désigna pour son successeur Sidi Ali Ben Aissa
Almaghribi. Il m ourait le lendemain de cette investiture (1793).
Pour éviter de créer un pôle de rassem blem ents dans une zone
largement irrédente, le gouvernem ent turc résolut de récupérer à
Alger les restes du saint. U n groupe de khouans algérois se rendit
aux A it Smaïl à cet effet. Il se heurta à l’opposition déterminée de la
population, m ais prétendit néanm oins avoir rapporté le corps du
saint qui fut inhum é au H am m a, où on lui construisit une koubba et
une m osquée. Les Ait Smaïl soutinrent quant à eux que les restes de
Sidi M hem med se trouvaient encore dans la tom be quand ils
l’ouvrirent, ce qui valut au saint son surnom de Bou Kobrin
(l’hom m e aux deux tombes).

P endant quarante-trois ans (1793-1836), Sidi Ali Ben Aissa pré­


sida aux actions de l’ordre et lui donna une grande extension. A sa
m ort, les troupes françaises sont déjà depuis six ans en Algérie.
L’ordre se fractionne en branches rivales ju sq u ’à ce qu’en 1844 Sidi
el Hadj A m ar (voir note 406) devienne grand m aître de l'ordre. La
position est difficile. Face aux menées chaque jo u r plus envahis­
santes de l’armée coloniale contre le bastion kabyle, dernier m or­
ceau de terre algérienne encore indépendant, il va anim er la résis­
tance. Après la défaite de 1857, il va se réfugier à Tunis, d ’où il
continue de diriger la confrérie.
Sidi M hem med Eldjaadi de Sour Elghozlan (A um ale) le remplace
nom inalem ent à la tête de l’ordre, m ais les K abyles, m éconnaissant
son autorité, portent de plus en plus leur allégeance au m okadem de
Sedouk, Si M oham m ed A m eziane (cheikh A heddad), qui finit par
être le chef effectif de la.confrérie.
La défaite française de 1870, l’instauration d’un pouvoir civil en
Algérie, l’octroi de la citoyenneté française aux Juifs algériens par le
fameux décret Crém ieux poussent le chef le plus prestigieux de
l’aristocratie djouad, le bachagha El M okrani (H adj M ohand Ait
M okrane), à initier un m ouvement insurrectionnel. Pour donner à
l’entreprise une large assise populaire, il sollicite et finit par obtenir
l’adhésion du vieux cheikh Aheddad. C ’est pratiquem ent le dernier
acte de la résistance algérienne.
M algré l’issue m alheureuse et les conséquences très lourdes de la
guerre, l’événem ent avait prouvé à quel point le type de pratique et
d’idéologie réalisé par le cheikh était adapté, sans doute plus que
n’auraient pu le faire la prédication orthodoxe d ’un dogme ou le type
de pratique et d ’organisation qui y sont liés.

341
8 7 . T a q sit n tfuhid

1 S sla f fe lla k la-âedla


leh d u rfella k ay zidit
ay u tw il

4 S sla f s lâad n tira


yu ra -f159 ttelba inesx-if
S id i X lil "

1 A b rid -a ugadey nelqa


m i Iheq m -m edden n teff it
ur-t-negdil

10 Ixleq lebhur s-zzyada


itte f it260 Lleh s-e\fedl is
u r in n y il

13 Ixleq igenwan i sbaa


ur sen y u q q im tagw ejdit
w a l’ awsil...

88. T aq sit l-lwafat

1. 1 B ism illeh annebdu llsasi


Ihemdulilleh a-t necker

2 59. A m taw a u s u f (— Jt) d usgw et (tira) t-ta su re ft ta m e d y a z t.

26 0 . Im ta w a u s u f (— it) d usgw et (lebhur) u la d a (z. zl. 259).

342
87. Méditation sur l’unité de Dieu

1 L o u é sois-Tu sans répit


D o uce est la parole dite sur T oi
Très sagace

4 L o u é sois-Tu au nom de la parole écrite


Par les clercs et redite
P ar S id i K h e lil261

1 C ette fo is j e le crains nous p a y o n s le p rix de nos fa u te s


C ar nous fo u lo n s aux pieds le droit des hom m es
O uvertem ent

10 II162 a créé des mers sans nom bre


E t p a r sa grâce les retient
D e déborder

13 H a créé les sept d e u x


Sans colonne
N i raccord263...

88. L e poète évoque sa m ort

i.l A u nom de D ieu ce sera m a fo n d a tio n


L ouange à D ieu m on action de grâce267

26 1 . A u te u r d ’un tra ité de ju risp ru d en ce classique au M ag h reb , Sidi K helil est


m o rt v ers 1568.

262. D ieu.

263. O n peut reg re tter que le ra p p o rte u r (Salem A it M aam m er) ne co n n aisse que
ces q u in ze vers d ’un poèm e q u ’il d it lui-m êm e être b eau co u p plus long et q u ’il tenait
de son père. T a n t la lan g u e que le ry th m e (7-7-3) et l’in sp iratio n sont ici orig in au x .

2 6 7 . D eux fo rm u les classiques de la liturgie islam ique.

343
W in ibyan ur ifmerrit
abrid n [fu b a yen jer
L e fw a y e d yu r R e b b i ggw tit1(A
yas win ur n e b y ’ ad ittjer

h .7 D sslaf y e fk a nnbi hess-i


f k - i tim ejjef anyeru>
S Ihem d a d dek nesm isi266
k u ly u m a d d ek ncekker
J m e n s’ a-k g e y d im ekli
ssbeh zik ad y e fk nefter
L m u re d ik ilha i tissi
y i f kra yellan d lâinser

n i. 15 Y i f iyi k e c ë udi n trusi


d ccahed n tzizw it ney sskw er
D lyella deg leyrusi
kra turew ttejra yetm er
F k iyi-d a nnbi Ixum si
f tyuga-k nek d am dafer

iv .2 1 A q l i f f Ibab d ssa si
w i-k iqesden ad iâam m er
K fu y i-d m aday uiansi
ay axezngi l-lm edm er
y n u y i ddheb leflusi
leyna ur itbaa lefqer

v.27 S ferh-i nezzeh sseds-i


tint iy i K e c c d imherrer
M en n a y w ’ iddan d usufi
iyew w er abrid ar M aser
Issired i gneggsen y u m s-i
ad ihug a d iâasker

2 6 4 . « ggw et » d am y ag aq d im = ttu q e t. Isseg d -ik k a « suget » di : « issugut


aw al ».

265. « tim ejjet » d unti n # im ej » = am ezzu y .

266. « sm isi » u r-d iqqim a r a di teq b ay lit (m a c a z ret s tm a c e y t t-tcelhit


« ism as » = im w aw el).
A qui veut éviter les tourm ents
L a voie de la résipiscence est tracée
Car innombrables sont les grâces de D ieu
P our qui veut les fa ire fructifier

Prophète p ar qui j e prélude écoute


Prête l ’oreille à m on appel
Je ressasse ton éloge
C haque jo u r j e te rends grâces
Tu es m on repas du soir et celui de m id i
A l ’aube tu es m a nourriture prem ière
Tu es la réserve d ’eau bonne p o u r la s o if
P lus douce que toutes les sources

ni. 15 Tu m ’es p lu s doux que beurre fo n d u


P lus que rayon de m iel ou que sucre
Plus que les produits des vergers
Q ui pendent m ûrs aux arbres
P rophète fa is de m oi ton m étayer
L e servant de ton attelage

rv.21 M e voici à ta p o rte m endiant


C ar qui vient à toi s ’en reva com blé
P ourvois à m on dénuem ent
G ardien des silos
F ournis-m oi ju s q u ’à satiété d ’un or
Q ui ne connaît p o in t l ’épuisement

v.27 D onne-m oi la jo ie p leine le rire


D is-m o i Tu es libéré
A h partir avec les hom m es saints
E t prendre le chem in du Caire
A lle r laver souillure im pureté
A L a M ecque com m e un com battant de la fo i

345
vi.33 L aka yen z za d ixuss-i
waaren fe lli tnqc n cher
Tanefsit tefâakkis-i
tetfaru y i deg ddrayer
Teqqar A wlidi sinf-i
tura m azal-k d ssy e y y e r268

vu .39 T u r ’ ata ccib im ells-i


tam art deg gudem tqesser
A se d su icebhen y e k k s-i
ils iw iddubbez iâakker
A ta xlan igumas-i
am agiw yedrem yen xer

viii.45 Z ik asm i lliy d afsusi


tazm ert tella dgi tufer
U lam m a bâadent yessi
n te d d ’ a-tent id nyafer
tu r’ iz r ’iw ibutellsi
w ’ illan m baâid ur-t izer

ix.51 T a â kkw a zt d eg w yeffu s-i


tezw ar s Iqedm ’a-f nedfer
Tafat yer tedduy tekks-i
tiziri ttebbaa leqmer
Z za y e y am zun d Ikursi
m i qqim ey âagzey i w tixxer

x.5 7 A R ebbi gew w ez nnqays-i


âafu kra xedm ey yexser
A y essai iddem isers-i
y e f lluh ad ii yen ter
A jella b d ubem us-i
m baâid aa tn id idegger

xi.63 N e th e ll’ aw lidi says-i269


senniney ized iyi Iher

268. m azal-k : aw sil u srid « k » m b la « i » a m di : y u g u rten , iften. (zret d a y n° 86,


zl. 243).

269. « say es » : q r. s tm a c e y t « ayes » : lhu s lex m ata (aller à p a s d e loup).

346
vi. 33 M ais j e n ’ai ni les m oyens
N i la fo r c e de marcher douze m ois
M on cœ ur devant m o i dresse les obstacles
E t dénom bre les épreuves qui m 'attendent
I l dit Laisse donc
Tu es je u n e encore

vil. 39 M a is m a tête est toute chenue


L a barbe rare sur m es jo u e s
J ’ai perdu le rire de m es dents
M a langue est lourde et transie
M es mâchoires sont décharnées
M es jo u e s creuses et rentrées

viii.45 Jadis lorsque j ’étais leste


Q uand m a fo rc e était épanouie
Bien que mes filles fu sse n t loin
J'allais leur rendre visite aux fê te s
E t m aintenant ma vue trouble
N e distingue plus personne s ’il est un peu loin

ix .51 L a canne dans m a main droite


Va devant et j e suis
L a lumière q u i m e guidait s ’est éteinte
Sans lune il n ’est p o in t de nuit claire
Je suis aussi pesant q u ’un siège de bois
J ’ai peine à m e relever lorsque j e suis assis

x.57 M o n D ieu pardonnez à mes manques


A b s o lv e z m es péchés
L e laveur des m orts va m e prendre et m e déposer
S u r la civière sans m énagem ent
M a djellaba et m on burnous
I l les jettera au loin

x i.6 3 Prends garde am i procède doucem ent


Je suis tout endolori meurtri

347
Jebden-d tfu b d asusi
serredn iyi deg Imehcer
U ysey w ’aâzizen y a y s-i
ar y u m lehsab annem zer

x ii.69 f fr e y - k a wahed lew hid


m ulana a rfaa qader
D a a y-k s at hel Ssusi
d kra yefruzen ijebber
L gennet annezdey lâali
ad degs nili di !eqseri n .

271. T aq sit l-lw afat inna-t M uhed A a ra b A t C a a la l i-m m is B uxalfa, {-innan


i-W rezqi A t M a am m er, f-innan i-m m is Salem , yakw si T e w rirt m -M im un.
On tire un linceul venu du S o u s270
O n m ’étend sur une bière
J e ne verrai p lu s ceux que j ’aim e ils ne m e verront plus
A v a n t le jo u r du jugem ent

xn .69 D ieu unique sans second je t'im plore


M aître puissant et exalté
J e t ’invoque par ceux qui lisent S o u si272
P ar les saints qui poignent et qui soignent
F ais q u ’au Paradis altier
N o u s habitions des palais.

270. Sens ici in certain .

272. Sousi : a u te u r d ’un tra ité d ’astro n o m ie et d ’un a u tre de m ath ém atiq u es, qui
étaien t enseignés d an s les éco les coraniques.

349
Hmed Aarab Ggiyil h-Hemmad

89. Lm ursel

Taqsit 1-Lmursel ibbwi-J; id yiwen um edyaz Im ceddalen, si ta d ­


dart Ggiyil h-H em m ad, isem is Hm ed A arab . A m edyaz iqder iyra
ney xerjum igules, acku atas bbw aw alen n ta â ra b t i gellan di teqsit
(di lihala bbw assen imeslayen ur nell’ ara di teqbaylit uiansi nniden
ten id yawi bnadem).
Q qaren Hmed A arab G giyil h-H em m ad icab ur isa’ ara n dderga.
Yibbwas di tnafa ibedd-ed yers lmelk, inna yas : — Lem m er at-
dekred R ebb’ a-d sâud aqcic. Ikker um edyaz, ibbwi-d taqsit ; yuyal
isaa aqcic. Seg gwakken wesser, igaal cwit kan i-s m azal di ddunit,
irra-d ism is uraad im m ut, yuqem as i mmis isem Hmed.
M eqqwer H m ed, ibbwed d azrabhi. Yibbwas la i.tjurar di tejm aâit
ne#a d w arrac, arm ’ ata iâadda-d rrkeb izaalak. Zzewren-d taallam t
tazegzaw t, win f-issudnen i,t{usemma iâahed nnbi, ad ihug aseggwas
nni. M a yexda, iqqim ur-d ihug ara, d latem d ddnub, qqaren as :
icca aâwin i nnbi. Akken isla Hmed i ym enduyar, tzem m arin d izaa­
lak la cennun :
Ya zze y y a ri
lehbab usari
âaia M u h em m ed

immey f taallam t issudn if.


Yuyal-ed rrkeb di lexrif. Yeddu Hmed. Ruhen hugen.
Mi-d uyalen lheggag Hm ed ur-d iddi y ara. Isteqsa ten Hmed

350
Ahmed Arab d'Ighil Hemmad

89. L’Envoyé

Ahmed A rab était déjà très vieux et n ’avait pas d ’enfant quand il
vit en songe un ange lui prom ettre que, s’il faisait un poème à la
gloire de D ieu, un fils lui naîtrait. Le poète com posa sur le sujet un
poème qui ne nous est point parvenu. U eut bientôt un fils auquel,
convaincu que lui-même allait m ourir bientôt, il d onna son propre
nom 273, Ahmed.
L’enfant grandit et, quand il fut adolescent, s’engagea dans une
troupe de pèlerins qui devaient se rendre à La M ecque dans l’année.
Le m om ent venu, il p artit avec ses com pagnons.
Q uand les pèlerins revinrent, Ahm ed n’était pas avec eux. Ils
racontèrent q u ’arrivé à La M ecque il avait été tellem ent ébloui par la
pom pe de la m ilice turque qui assurait la garde des lieux saints qu’il
s’y était engagé.
D ouze années passèrent. La treizième, quand les pèlerins se
préparèrent à p artir pour La M ecque, le poète leur dem anda de
s’enquérir d’Ahm ed. U com posa à cette occasion ce poème,
chronologiquem ent le second, m ais qui passe aujourd’hui pour la
prem ière partie d’« Elmoursel ».

273. C o u tu m e co u ran te : à l’en fan t posth u m e (aw daa), on don n e le nom de son
père.

351
A arab, nnan as : — M mik igguga d aaskriw yur Tterkw ; Teffy-ed
lemhella s ttbul d lbuq d lemlef, idhec, iruh igguga yursen. Di lweqt
nni d Tterkw i gettkellfen f lehkwem n tm ura Gginselmen m erra. D
laasker nnsen i gej:,tâassan f Iheggag di Lkaaba.
Iqqim Hm ed A arab t-tm ettut is deg w yilif d am eqqw ran. Ar
tragun, aseggwas ittabaa wayed, arm i bbwden tnac. Wis tlettac,
mi-y u'/alen Iheggag, iwessa ten um edyaz, inna yasen : — Z ret m’ at-
tafem lexbar n Hmed. Imiren ibbwi-d taqsit-a :

Lm ursel. A m ur am ezw aru : qbel lm ut n H m ed.

1.1 Sslaf y e fk a nnbi tiaher


a nnw ayri
A rrsul bu y ise m yecher
rzu-d y ri
W ans-i m i ggugerj nfusel
tem naad-i seg letwari

ii.7 A ttir im cebbeh n ddyur


ilik d ttari
T ilid d ahbib a-k nam er
awi lexbari
A anu ccerq zger i Ibuhur
ssfin ’ atteddu g leswari274

ni. 13 D Sken d riyy ’ ard ak tedher


axxam axxam i
A anu tam dint m -M aser
zin t leswari
T aw ded yer Igamaa n Zher
a-n-tafed achal d lqari21s

2 74. N ey :
isajfen nnig lehwari
(et les rivières par-dessus les m aisons)
2 7 5 . N ey :
geddac n alef d Iqari
(avec des m illiers d ’étu d ian ts)
N ey :
tneyya u xemsin d Iqari
(où so n t ce n t cin q u an te étu d ian ts)

352
I

Par toi j e prélude P rophète im peccable


E t rayonnant
E n vo yé au nom réputé
Visite-m oi
Sois avec m oi au jo u r du dernier départ
É pargne-m oi les épreuves

n .7 O iseau de tous les oiseaux le plus beau


Sois m on courrier
L ’am i qui porte mes vœ ux
E t m on message
Vers l'orient par-delà les mers
L à où le navire accoste le long des quais

m. 13 A lexandrie t'apparaîtra
M aison par m aison
Puis va vers L e Caire
A ux beaux remparts
J u s q u ’à E l A zh a r
O ù tu trouveras une fo u le d ’étudiants

353
iv. 19 A brid yer C cam yeh jer
ddu deyw ri
Lfèamaa h-Hsen im zeyyen
awi-d lenwari
S ellem -i y e f sshaba lehrar
S id i A abdellq M ya w ri

v.25 yer tem dint deg iâusker


y ize m asehri
L u ka n d ur i y ’ixdaa nehder
H m e d iyurr-i
Idda g zzehw a l-laasker
ihha zu n y e jfe k k ir-i ?

vi.31 R eb b a y-t id arm i m weqqer


tura inekr-i
Tasa-w te n c e f la thedder
la tefqerri
Izri-w am tegnaw yefsah
am lehwa deg tebrari116

vii.37 A ta wul-iw la ifru


la ism idri
y e r daxel i-gehba Ixater
hed ur izri
U yent-i tlufa nesber
a n ta t’ u r y id i nedri ?

viii.43 Isu s ufw ad iw inxer


cbiy awri (ney : ayw ri)
A q V am m iccan hennegyar
urda y e b ri219
Y uli-d y e f udm iw leyyar
aqV am m ulab axedri

2 7 6 . N ey :
(33) ata y iz ri-w la i{ru
la ism idri
tit-iw am ennda n te/su t
n ey leh w a deg tebrari

279. u rd a : a k k a !

354
iv. 19 D e là le chem in f u it vers D am as
Tout droit
D e la m osquée du beau H assan211
R apporte des fleu rs
P orte m on salut aux saints im peccables
A S id i A bdallah M e g h a w r f 78

v.25 Va vers la ville où s ’est enrôlé


L e lion des sables
A hm ed a enfreint le pacte
Q ue nous avions conclu II m ’a trahi
P longé dans les plaisirs de la vie militaire
H é quoi L u i souvient-il de m oi

vi.31 J e l ’ai élevé ju s q u ’à ce q u ’il f û t grand


E t m aintenant il m e renie
M on cœ ur dém ent crie
E t lam ente
M es y e u x pleurent com m e ciel d ’orage
Ou p lu ie de printem ps

vii.37 D a n s m on cœ ur les larmes tom bent


Une à une
Il est en dedans hanté
Sans que nul le voie
J ’ai su b i toutes les peines
Laquelle ne m ’a p o in t affecté

vm .43 M es entrailles sont verm oulues minées


C o m m e cœ ur de sureau
C o m m e l ’hom m e qui a bu un poison
E t ne s ’en est point relevé
J ’ai la p eau du visage altérée
C om m e celle d ’un lézard vert

2 77. L a m o sq u ée de H assan : s’agit-il ici de la grande m osquée om eyadc


c o n stru ite au v i i i ' siècle p a r le khalife A lw alid 1 " su r l’em p lacem en t de l’ancienne
église S ain t-Jean à D a m a s ?

278. S ain t p e rso n n ag e n o n identifié. P eut-être faut-il co m p ren d re a m y a r i,


c’est-à-d ire d es A it O u m g h ar ; M oulay A b d allah B elhosayn des Ait O u m g h ar, à
40 k ilo m ètres d e M a rra k e c h , était le m aître spirituel de M oulay B rahim , p atro n de
la ville. Il resterait à ex p liq u er p ourquoi ce passage d ’O rient en extrêm e O ccident.

355
ix .4 9 Y aam ' u sekku d iss nzerr
indel y iz r i
I x f iw icab ikesser
seg twesri
M e y y a u xem sin cher
ikm el laadad ur t-nezri

x.55 R ecdey-} s i Tm ellaht Leqser


A k k ’ ar A t ye b ri
K ra bbwin d-ijban âamer
la t-nefqirri
[■■■}

xi.61 A r ne}(al deg ({eggar


n a yt ubeqri
L a rennuy deg zze y y a r
n n n b ’ aherri
W 'izran lyayeb a Ixettar
a w ’islan s kra ixebbr-i

x n .6 7 Jem m ley kw n id a nnsa w ddker


ay at R eb b i
m iy sshaba lehrar
ayt ucburi
Terrm -i-d lhag a-t-nzer
J x ile k a R e b b i qebl-i

xiii. 7 3 A y agellid a nnader


a m ulani
D â a y -k s sshaba lehrar
B ubker d A a li
T arud iruh d im heirer
la n ek la kra da yuri.

356
ix .49 A veugles sont mes y e u x qui voyaient
É teint m on regard
M a tête est chenue battue
D e vieillesse
C ar voici cent cinquante m ois
Bien com ptés que je ne l'ai vu

x.55 J ’ai lancé mes exhortations d ’E lK s e u r no


A u x A it G hobri 281
A tous les longs voyageurs
J ’ai posé des questions 282
[...]

xi.61 J ’ai interrogé


L es m aquignons
A u s s i les pèlerins qui ont visité
L e tom beau du Prophète
Q uelqu'un de vous voyageurs a-t-il vu l ’absent
S i vous avez quelque nouvelle donnez-la-m oi

xii. 67 J ’en appelle à vous hom m es ou fe m m e s


D e D ieu
E t à vous nobles com pagnons
A rm é s de la lance
R a m en ez à m oi le hadj que j e le voie
D e grâce m on D ieu exaucez-m oi

xin.73 R o i qui vois tout


M o n maître
Je t ’im plore p a r les nobles com pagnons
Par A bou-Bakr et A H
S a uve m on âm e
E t celle de ceux qui sont ici près de m o i283.

280. El K seu r : gro s b o u rg nori loin de B ougie, sur la rive g au ch e de l’oued


Sahel.

281. A it G h o b ri : trib u de la p a rtie orientale du D ju rd ju ra , su r les h au te u rs qui


d om in en t l’oued B o ubhir (v o ir n o te 84).

282. C e tte stro p h e est p ro b ab lem en t am putée des deux h ep tasy lla b es finals.

283. L a d ern ière stro p h e provient d ’un cah ier m an u scrit, m ais ne se trouve dans
aucun e des d eu x versio n s o rales qui o n t servi à é ta b lir le texte d ’« E lm oursel ».

357
Mi-d uyalen lheggag rran-d axbir. N nan as : H m ed im m ut. Iffey
lâasker n Tterkw ad atraren tarb aat Ibedwiyen la yesqittaayen i
lheggag, m lalen, m yuttafen, wten-d Ibedwiyen, leqfen H m ed, immut.
Ar ijru H m ed A arab t-tm ettut is arm i ddreylen i sin.
D ag’ a-d nales tahkayt, am m akken J-id jâaw aden. Yibbwas di
tnafa dayen ibedd-ed lmelk wis m ertayen yer Hm ed A arab, inna
yas : « Lemmer atm eddhed nnb’ ar m eyya (m ehsub m eyya tsed-
darin) a-k-d awiy H m ed a-t-tezred. Ikker um edyaz, ihka yas i-t-
m ettut is. T enna yas : — Yalleh, bdu !. Ibdu H m ed A arab ar-d
iftawi am ur agi wissin n teqsit 1-Lmursel. T aseddart tettabaa
tayed, arm i yebbwed y e r tis tlatin (afir 180), ikecm-ed lmelk, isself
asen i-wudem nnsen i sin, llint wallen nnsen. M uqlen, w alan zdatsen
nnâac, izzel degs lmegget, mi qerrben yers ufan d Hmed. A r ssik-
kiden degs, arm i t-rw an s tm uyli, ixfa lexyal zdat wailen nnsen,
qqimen.
Imiren ikemmel Hmed A arab taqsit is arm i tfuk.

Lemdeh wissin

1.1 Sslaf y e fk a Imursel


zzin cci m al d ssaxya
B u nnur icâal
seg-gudm is izw ar tiya
T aw jit d ifelfel
zeggw ayet am lehmuregga

n .7 F ellak ay neffkel
attinid A q li aya
Tem naad-i seg lehwel
u zekka isaab m raya
A s m ’ ara nfasel
ar k-afey a nnbi d laanaya

ill 13 A r d f(r e y lefdel


d ssahib Im ahiyya
B u nnur Igamel
yures laadad lesm iyya
hegben-l lihayel
m ehsubil rbaayn m eyya

358
Les pèlerins à leur retour rapportèrent la nouvelle : un groupe de
l’arm ée turque, chargé de la garde des lieux saints, s’était porté
contre une bande de Bédouins qui détroussaient les pèlerins dans le
désert. Pendant l’engagem ent, Ahmed avait trouvé la mort.
Les deux vieillards pleurèrent leur fils m ort ju sq u ’à en devenir
aveugles tous les deux. Puis une nuit, de nouveau, le poète vit en rêve
le même ange se présenter à lui et lui prom ettre que s’il com posait un
poème de cent strophes à la louange du Prophète, il allait lui
rapporter Ahm ed et il le verrait.
Ahmed A rab se leva et com posa le poème suivant, chronologique­
ment le troisièm e, m ais qui passe pour la deuxième partie
d ’« Elm oursel ». Il avait fini la trentièm e strophe au milieu de la nuit
quand l’ange à nouveau se présenta. Il leur passa la main sur les
yeux, qui s’ouvrirent. Ils virent devant eux une civière avec le corps
d’A hm ed. Q uand ils se furent repus de la vision, elle disparut.
Ahmed A rab continua son poème, dont nous n’avons probablem ent
gardé q u ’une partie.

II

1. 1 J e prélude par toi E n vo yé


Tu es beauté biens richesse et générosité
Lum ière éclatante
Ton visage resplendit
Tes jo u e s de p im en t rouge
O nt l ’éclat du crépuscule

ii.7 E n toi repose m on espoir


D is-m oi M e voici près
Préserve-m oi des affres
D e la tom be amère et âpre
A u jo u r du grand départ
P rophète sois m on protecteur

m . 13 J ’im plore l ’incom parable


M aître des m ystères
L a lumière éclatante
A u x nom s innom brables
On en a fa it le com pte
E t trouvé quatre mille

359
iv .19 Sseltan Ikam el
m u l zzeh w a Im aweyya
A a z z a waâjel
am weqran deg laalya
K u lc i s lem fasel
ila-{ i lazaliyya

v.25 L eqlam idewwel


iffaru Iquluhiyya
M i yers isawel
R e b b i y u zn -e d llaya
In n a y a s Y ekm el
tarud xa tem lam biyya

vi.31 M u h em m ed lefdel
ssahib ddehraw iyya
W iyes ara njem m el
andakwen a hel nniyya
Ized yen lejbel
iâamren Ixaliyya ?

vn.37 A d (fr e y at wedfel


at-Tem gut deg laalya
A y t udrar lekhel
izerren k u l tniyya
D a yt trihit d w uzzlan
irekben ssruj dehbiyya

viii .43 R u h tejbud A sw e l


aryergazen Z w a w iyya
Gedh ’ a y t lem kw ahel
at-tit terma f-lu ra ya

360
rv.19 II est le Parfait Souverain
L e M aître de la jo ie
L ’A im é l ’E xalté
L e Suprêm e l ’A ltier
L e grand ordonnateur de tout
J u sq u ’à l ’éternité

v.25 L e kalam écrivant à m esure les versets


En vint à Q oulouhia1M
A lo r s le Prophète s'adressa à D ieu
Q ui f i t descendre un verset
O ù il dit C om plète est la révélation
Tu es le dernier des prophètes185

v i.3 1 M o h a m m ed l ’Excellent
L e M aître de la vérité évidente
Q ui évoquer encore
Où êtes-vous hom m es de naïve fo i
Q ui habitez les montagnes
E t peuplez les déserts

vil.37 J'invoque ceux qui habitent les neiges


D e l ’altière T am gout 286
L a m ontagne som bre
Q ui contem ple tous les cols
Ils sont chaussés de babouches et armés de fe r
Ils m ontent sur des selles dorées

viii.43 Prends p a r A s o u e l rends-toiim


C hez les Zouaoua
G loire aux porteurs de fu sils
L ’œ il toujours sur la mire

2 8 4 . Q o u lo u h ia : texte non identifié.

2 8 5 . D o g m e fo n d am en tal de la religion islam ique : M o ham m ed a clos le cycle


des p ro p h ètes.

28 6 . T a m g o u t, en berbère : pic, h a u teu r (cf. le pluriel T im g ad , nom d’une


ancien n e ville ro m ain e d e l’A urès). Il y a deux pics T a m g o u t en K ab y lie : T am gout
îb eh riy en en K a b y lie m aritim e e t T am g o u t Ig ao u ao u en d a n s la chaîne du
D ju rd ju ra . Il s’ag it ici d e la seconde, p o in t c u lm in an t de la ch aîn e, aussi appelé
L alla K h ed id ja, d u n o m d e la sa in te an ach o rète qui y vivait (voir n° 91).

2 88. A souel : lieudit d an s la ch aîn e du D ju rd ju ra , au-dessus des Ait Y aala.

361
H e d m ’ad ak izgel
m i wtert adrar teddu ccedya

i x .49 S id ’A ali a lefhel


d u-M usa m azal-t ihya 287
D ccix im sebbel
u-M ensur d u-Buyehya
W edris zin nnwel
y itt iyi nek cakiya

x.55 Jzri-w yed d eryel


iccur am zun d ssanya
Ul iw iqqenter
t-tas' i-y-igan aya
D leb d a yen d el
ahlil w ’ur nesâi dderya

xi.61 A d tfrey at w enzel


d ifellahen d i Iwedya
Izelgen Imenjel
si ssbeh ar laacwiyya
Ur sâin aqeggel
tidi ssegsen am ddalya

xn.67 Leçpayer tefdel


zzin lebrug Iqawya
G e d h ’ a yt ihem bel
igad iddben rraggaa
R zan Igahel
Sduben Sebbanya

2 87. M a zal-t : z. zl. n° 243.

362
Infaillibles tireurs
Q ui fo n t voler en éclats la roche visée

ix .49 P ieux Sid i A li


O u-M ousa toujours vivant 289
E t toi cheikh voué à la f o i
S id i M ansour 290 et toi O u-Bouyahia 291
T o i Oudris ornem ent du cam pem ent292
S ecourez-m oi j ’en appelle à vous

x. 55 M es y e u x aveugles
C oulent com m e auges pleines
J e suis oppressé
A in s i le veut m on cœ ur
A ja m a is éteint
A beau parler qui n ’a p o in t d ’enfant

x i.6 1 J ’invoque les paysans à la gaule


Q ui vivent dans les plaines
E t m anient la fa u c ille courbe
D u matin au soir
Sans trêve
L a sueur coulant de leur fr o n t co m m e sève

x i i .67 Souveraine est A lg er


A u x beaux et puissants bastions
G loire aux porteurs d ’étendards
Q ui ont dom pté la roture 293
B risé l'infidèle
R é d u it l ’Espagne 294

2 8 9 . Sidi A li-o u -M o u sa : z a o u ia des M a a tk a s d o n t le fo n d ateu r est venu de


S ag u ia E lh a m ra (R io de O ro ) au i x ' siècle de l’hégire ( x v i' de J.C .). L a k oubba
c o n stru ite au x v m e siècle p a r le bey M o h am m ed E l-D eb b ah a été brûlée en 1852
p a r le général P élissier et reco n stru ite l’année suivante.

2 9 0 . Sidi M a n so u r : sa in t des A it Jen n ad , arriv é de S ag u ia E lh a m ra au x v ic


siècle ; zao u ia renom m ée, au village de T im izar.
2 9 1 . A it B o u y a h ia : village des A it D o u a la (A it A ïsi) où se trouve le saint
ren o m m é d ’A kal A b erk an e.
29 2 . V o ir n o te 97.
293. R a y a : en sem b le des sujets du sultan d ’Istanbul.
294. L’E sp ag n e est un des g ran d s a d v ersa ires de la p u issan ce turque en
M é d ite rran ée o ccid en tale a u x v i' siècle.

363
x ih .73 y e r lyerb ay nehm el
abrid inu L em d iyya
A r d dduy s errjel
y ur lecyax at leqraya
yu r a yt Ijedwel
a t lurad dm itiyya

x iv . 79 S id i A a y s a a fd e l
bu qwebrin tniniyya
yers i-gteddu jjm e ï
ddu ke ë d zza w iy y a
A c h a l yers n jjm e l
bu qwebrin ssehriyya

xv.85 S id i A am er u-A ar
dderya-s d Ifatya
W annuy a nnw ayel

d Laarban d i kulliyya
D rrijal nnxel
iteffen ttem riyya

xvi.91 D ccix Sm aâil


Ben A abdeireh m a n iyya
Yessek ara nessyel
im c e ire f hader llaya

364
xiii .73 P uis vers l ’O ccident j e m ’élance
Su r le chem in de M édéa
Je m e rendrai à p ie d 193
C hez les doctes clercs
M aîtres des talismans
E t de la m ystique D am iettaine 296

xiv.79 Vers S id iA ïs s a saint ém inent


A u x deux tom bes291
Vers qui vont les caravanes
A v e c les tolbas
C om bien de cham eaux se rendent
Sur ses tom bes au désert

xv.85 S id i A m a r-o u -A r29t


Tes enfants sont des braves
Je vous invoque Ouennougha aux cam pem ents nom-
[breux299
Bédouins de partout
H o m m es des palmeraies
Q ui vous nourrissez de dattes

x v i.9 1 C heikh Sm a ïl
Ben A bderrahm an 301
J ’en appelle à toi
Très vénéré qui veilles sur la parole révélée

295. Un p èlerin ag e est plus m éritoire q u an d il est fait à pied.


296. N o u red d in e A d d im y ati (ou, brièvem ent, le D em iati), x m e siècle, est l’auteur
d ’un poèm e célèb re en p articu lie r en A frique du N o rd , la « K a c id a D am y itia en
lam », su r les n o m s de D ieu, d o n t ch acu n est censé posséder des vertus m ystiques.
D e n o m b reu x c o m m en taires en o n t été faits, d o n t le plus célèbre est celui d ’A hm ed
A lb u rn u si Z a rro u k , m y stiq u e m aro cain m ort en 1493.
2 9 7 . Sidi A ïssa ben M hem m ed, illustre sain t d o n t le to m b eau au sud de Sour
E lg h o z la n (ex -A u m ale), su r la ro u te de B ou-S aâda, é ta it un lieu de pèlerinage
fréquenté. D es anges so n t venus enlever son c o rp s et le placer d a n s une autre
k o u b b a plu s à l’est.
298. Sidi A m ar : p erso n n ag e non identifié.
299. O u e n n o u g h a : région de collines d an s les B ibans, entre B ou-A réridj et
A um ale.
301. Sidi M h em m ed Ben A b d e rra h m a n des A it Sm aïl : voir no tice de la 5 ' partie
et no te 4 4 2 .

365
yer W egw ni qibel
A t B ubhir akw d qidya

x v i i .9 7 A m c e d d a l lewwel
ay at tm urt y e f zza w liyya
A y t W a d Ssahel
d a yt H n if Iwaliyya
A r tekksem lebxel
yitt-i : d asehlan uya

x vin. 103 Jem m el ccerfa


n B ehlal Im aw iyya
D a y t zzn a d icâal
a y t Imecta Iqawiyya
Ur isâi îem tel
yer uheddad ssqaw ya

x ix .109 A r d dduy ttw el


M zita d R lennya300
Leqser at laaqel
a y t ssebxa Ihesniyya
itef[en laasel
A t S id i Brahem saxya

xx. 115 L y u t d lefhel


d eddula n a yt Baya

300. N e'/ : hel n n ey y a.

366
P uis j e passe à A g o u n i K ibeP 02
C hez les hom m es de B oubhir et d ’E lkid ia 303

x v ii. 97 M a is avant tous les autres j ’invoque les Im cheddalen 304


A u p a y s des m onticules
Près de l ’oued SaheP0i
H o m m e s saints de A h n i f 306
O tez-m oi d ’affliction
Secourez-m oi cela vous est fa c ile

xvin. 103 A sse m b le tous les chorfas


D e BahlouP01
A rm é s de fu sils aux gâchettes brillantes
A u x m écanism es puissants
D ’acier à q u i l ’armurier a donné
Une trem pe incom parable

x ix. 109 J e m e rends droit


A M zita la pieuse 308
Vers le sage E l K seu r 309
A la belle sebkha
E t les m angeurs de m iel
L es généreux A it S id i B rahem 310

xx. 115 P reux est le saint patron


A u s s i puissant que les A it B a y a 311

302. A g o u n i K ibel : lieu n on identifié.


303. E lk id ia : ce n o m n ’est peut-être q u ’un pluriel irrégulier de kadi.
3 0 4 . Im ch ed d alen : trib u du poète, su r le v ersan t sud du D ju rd ju ra , au-dessous
du col d e K o u ilal.
305. O ued Sahel : rivière qui longe le pied sud du D ju rd ju ra et se je tte d a n s la
M éd iterran ée près de B ougie.
306. A h n if : v oir n o te 137.
307. C h o rfa d e B ahloul : village de m a ra b o u ts des A it G h o b ri à prés de 5
kilom ètres d ’A zazg a.
308. M zita : p a rtie du H am za, région de B ouira.
309. El K seu r : voir n o te 280.
310. Sidi B rahem : san s d o u te les O uled Sidi B rahem , d a n s les environs de la
zao u ia ra h m a n ia d ’E lham el (B o u-S aâda).
311. A it B aya : in co n n u s p ar.ailleu rs, sa n s d o u te des d y n astes régionaux (leçon
ici peu sûre).

367
L a kka ten y e f ttbel
d Iqedra Iw ehdaniyya
y u r R e b b i yew sel
izerr nnbi di rrewya

x x i. 121 Tfrey A tA a y d e l
d S id i H m ed-u-Yehya
R n iy L eqbayel
d kra b b w ’ iluzem lehya
D ddheb lehnayel
m ’atnaared a Sid i Yehya

x x ii. 127 A tA a b b a s hellel


M risa qbel A a tiyya
D ccerq k u l n nzel
Im adayen k u l bniyya
d L habac lekhel
laabid S udaniyya

x x m . 133 Illulen d lasel


tezw ar asen ccerfiyya
D ihbïben l-laamel
y e f ifru Iqelb iw yaya
yer W eqbu siwel
G eldam an leqbayliyya

x x i v .13 9 A t W a y lisya a d el
la ceôëan m eb yir rrya
A d rnuy A t Y em m el
A y t M z a l Im aatniyya

368
Q u i battent tam bour
E t d o n t la puissance est sans pair
I l se tient près de D ieu
I l voit de ses y e u x le P rophète

x x i.121 C hez les A it A ïd e l j ’invoque


S id i A h m ed -o u -Y a h ia 311
E t aussi les K a b yles
E t tous ceux p o u r qui la pud eu r fa it loi
Ils sont bijoux d'or
S id i Yahia sois leur protecteur 3,3

x x ii.127 J e supplie les A it A b b a s 314


Port avant A tia 315
Tous les hauts lieux de l ’Orient
L es villes de toute architecture
L es noirs A b y ssin s
L e s esclaves soudanais

xxhi .133 Les Illoulen de haute lignée 316


E t de noblesse ancienne
A im e n t l ’action
M o n cœ ur après eux languit abondam m ent
Puis lance ton appel vers A k b o u
E t la kabyle G ueldam an 317

xxiv. 139 A ussi vers les A it O uaghlis319


A la large hospitalité
A in s i que les A it Im m e l320
L es A it M z a l 321

31 2 . Sidi A h m ed -o u -Y a h ia : sain t p erso n n ag e des A it A ïdel.


31 3 . Sidi Y ah ia : célèbre m a ra b o u t des A it A ïdel.
314. A it A b b as : trib u d e Petite K.abylie.
31 5 . A t i a : une trib u O u lad A tia se trouve entre C o llo et l’oued K ebir
(em b o u ch u re d u R hum m el).
3 16. Illoulen O u sam m er : tribu de P etite K abylie, d a n s la vallée de la Soum am .
31 7 . G u e ld a m a n : h au teu rs d o m in a n t la rive d ro ite de l’oued Sahel à l’est
d ’A kbou.
319. A it O u ag h lis : voir n" 1 1.
32 0 . A it Im m el : voir n o te 1 13.
3 2 1 . A it M zal : trib u de Petite K abylie.

369
D A y t Lgelgel
A t Q ulu at B jaya

x x v . 145 A t lebher am nnhel


ayt nnur d eg -gulyedya
M i aazm en atterhel
Ikw ejfar deg iaadya
L em helV atdebbel
s aadaw atw et lya zya

xxvi. 151 S tem b u l itw ekkel


iz g a - d f Im aliyya
B er T terkw ka m el
ur ssirten laarbiyya
A r xeddm en Ifaal
irgazen n Skendriyya

xxvii.157 Y usa-d lehnayel319


d i sb a a yid sen daya
A t w a d 'im xe lx e l
igad terkeb lihala
A aw essen asakel
d rbaa lu ku l di ddenya

x x v ih . 163 yer lyerb nsawel


nnuqaba telt m eyya
D sseyyah d ccm eP u
rebâiti di C cam iyya
Ur xeddm en lecyayel
sahen am Im aw iyya

xxix . 169 L exya r d war lem tel


xem sa u aacrin d i Ikem m iyya
Yess ay tnezzel
lehwa seg ssm aw ya

318. Y usa-d : ak k a.

324. N ey : IbudaV irk w e l (tous les possédés).

370
L es hom m es de D jidjelli
D e Collo de Bougie

xx v . 145 D o n t les p o rts grouillent de bateaux


Q uand le cœ ur plein de lumière
Ils o n t décidé de se lancer
C ontre les infidèles
L ’armée va tam bour battant
S u s à l ’ennem i

xxvi. 151 Ista n b u l a été préposée


A la garde de l ’islam
T out le p a y s turc
Ignore l ’arabe
Ils sont hom m es d ’action
L es habitants d ’A lexandrie

xxvii.157 Ils so n t arrivés les [...J 322


A sept seulem ent
L es inspirés
Possédés de l ’am our de D ieu
Ils gardent le [...]
L es quatre préfets de l ’univers 323

xxv in .163 Je hèle vers l ’O ccident


L es trois cents saints
Tous les inspirés errants
A u nom bre de quarante [ ...] 326
Q ui ne vaquent à nuls travaux
E t vont vaguant com m e l ’eau

xxix. 169 P a rm i eux s ’en distinguent


Vingt-cinq qui sont sans égal
Ils fo n t tom ber
L a pluie du ciel

322. leh n a vel, co m m e aux vers 142 Im a a tn iy y a , 161 a sa k el : m ots de sens


inconnu.
323. T o u te la stro p h e 27 (p eu t-être m al tran sm ise ) est de sens obscur.
326. L e tex te b erb ère (s’il a été fidèlem ent rap p o rté ) dit a en S yrie » ; m ais cela
c o n tre d ira it le v ers 163.

371
N n a b a t d i rrmel
yessen ay tetfebbwa (fakya

x x x . 175 B elleh a ttir neqqel


ad ak aruy lebriyya
yer B eyd a d herwel
rbeh fe lli lemzegga
T in t as a-d-yaajel
A abdelqader a a sfe y y a ns

x x x i. 181 A d Urey at Imehfel


at L k a h f ahel n niyya
T tsen d i Iqeztel
ur m m uten d Ihiyya
D Ikelb Iqatel
ism ines Q itm iriyya

x x x ii. 187 T a m d in t l-Lm ursel


L m a d in a lya lya
Lâiraq d ccm el
D L e h n u d d S sen d iyya
D at lebqaa irkwel
a kken llan akw s nnw aya

x x x iii. 193 A d ( fr e y zin t nnw el


L ka a b a Iw estaniyya
yers akw ay tehm el
Iheggag si m k u l ta w ya m

325. D ag i i-d-yekcem Im elk s-n n aac n H m ed.


3 31. A m m ar a d yili a m tm a c e v t « ta y w a » ( = descendance).

372
G erm er les plantes dans le sable
E t m ûrir les fr u its

x x x .175 D e là p a r Dieu oiseau envole-toi


J e vais rédiger p o u r to i un message
Va vers B aghdad à tire-d’aile
J e t ’en serai reconnaissant
D is-lui H âte-toi
A b d elka d er 327 sois m on gardien12S

xxxi. 181 J ’invoque le groupe


P ieux des S ep t D orm a n ts 329
C ouchés dans la poussière
Toujours vivants
E t le chien meurtrier
A p p e lé K itm ir 330

xxxii. 187 J'en appelle à la ville de l ’E n vo yé


M édine la précieuse
A tout l ’I ra k
L ’I n d e et le S in d
E t p a r toute la terre
A tous les hom m es de f o i

xxxiii. 193 J ’invoque la perle des stations


L a K a a b a centre du m onde
Où affluent
L es pèlerins de toute race

327. A b d elk ad er E ld jilali, dit « le su ltan des sa in ts », g ran d m aître de to u s les


ordres m y stiq u es, né et m o rt à B aghdad (1077 -1 1 6 6 ).
328. C ’est, d it-o n , ap rè s ce vers que l’ange est en tré avec la civière p o rtan t le
corps d ’A hm ed.
329. A llu sio n à la légende des Sept D o n n a n ts d ’E phèse co n ten u e d a n s le K oran
(so u rate X V III, v ersets 8 à 25). P o u r éch ap p e r aux p erséc u tio n s de D ecius
(249-251), sept je u n e s ch rétien s d ’E phèse se réfugient d an s une g ro tte près de la
ville. Ils n e se rév eillèren t que sous T héodose (3 79-395), p o u r du reste m o u rir peu
après. L eu r so m m eil p o u r le K o ran a u ra it duré tro is cent n e u f an s (verset 24). Les
tom b eau x su p p o sés des Sept D o rm a n ts so n t devenus des lieux de pèlerinage et de
v énératio n à p a rtir d u VIe siècle. U n d ’eux se tro u v a it en T ra n sjo rd a n ie .
33 0 . K itm ir : n o m d u chien q ui a acco m p ag n é les D o rm a n ts, su r le nom bre
desquels le K o ra n n e se p ro n o n ce pas (tro is, cin q ou sept ?).

373
W ’ issarden ye y se l
im ha la ddnub la ssiyya

x x x iv . 199 A âazza wacÿel


a win ur nesâi tizzya
D aa y-k s L m u rsel
seg-gudm is izw ar tlya
A k k a nehder da aafu y ay
aatq ay s i Igahennama

332. Iq d er u r tekm il a ra teqsit. A tni k ra gg efy ar nniden q q aren ten -id :


di ta z z w a ra :
A kwen id bedrey irkwel
s Imejmul a lawliyya
di tse d d a rt 19 :
At-lacciw tn mlewwel
U lad S idi X aldiyya

374
Q ui s ’y lave et s ’y purifie
E fface tous ses péchés toutes ses peines

x x x iv . 199 A im é et glorieux333
T o i qui n'as p o in t d'égal
Je T ’im plore p a r l ’E n v o y é
A la fa c e rayonnante
A nous tous qui som m es ici pardonne
E t sauve-nous de la géhenne334.

33 3 . A ttrib u t classiq u e de D ieu en islam .

3 3 4 . Il reste d ’« E lm oursel » quelques au tres vers coupés du texte.


V ers le d éb u t :

Je vous nommerai tous


Saints sans en oublier un
D a n s la stro p h e 19 :
Vous qui portez des cornes bigarrées
Ouled Sidi Khaled
(L es O u led Sidi K h aled so n t un groupe m arab o u tiq u e de la région de T iaret.)

375
y e f Lm ursl ggan-d im ezwur’ aw al, a-t id nales akken t-id #al-
sen. Q qaren : m a yella lbâad deg gw em kan 1-lxuf, yili yessen taqsit
1-Lmursel, m i-| id inna ad im naa ur-t i$ay ur-t ibellu. D Imitai,
m a la y e ||a fa r w erbaa, ilaq, mi-d ihder ad ttsen, win J-issnen
degsen a -4 id yini, m ulac ddnub fellas d am eqqw ran.
Q qaren ilia yiwen um eksa ikess tajlibt is di Ssehra. M kul tam ed-
dit, qbel ad ittes, a-d yini Lm ursel. N e g ’ ad-d i£tawi taqsit, ssur ad
itezzi i-tejlibt ; mi tfuk teqsit, ssur idewwer, yemdel. Yiwen yid
am eksa yebbw i-t yides qbel af-t ifuk. Iqqim ssur illi s w annect akken
ixussen i teqsit attekm el. Iruh-ed wuccen, yufa tabburt nni di ssur,
ikcem, ar ixenneq deg gulli. A m eksa yendekwal-ed si tnafa, immek-
ti-d t-teqsit ur-jt ifuk ara, ikemmel ayen d-iqqim en degs. Skud isawal
ssur ye,tkemmil, idewwir arm i yemdel. U ccen irza deg gulli ayen
ibya ; iruh ad-d ifïey ; inuda tabburt, ur-J: y u fa ra . A m eksa yuki yi­
des, y ettf it.

90. Di laxert ulac iehbab

Iqqim yibbw as di tejm aâit mmis n gm as n H m ed A arab, ism is


A w daa. La ihedder iccekkir im anis, iqerren im anis yer aam m is, iq-
qar as : ifey-t. A ta yebbwd-ed Hm ed A arab, isla yas, iluâa at-tej-
m aâit inna yasen :

Sem hesset a tqjm aâit


cehhdet a ccayeb d ccbab

376
Le poèm e d ’Elm oursel a été introduit aux Ait Yenni sous forme
m anuscrite par un m arabout de T aourirt M im oun. Le m anuscrit a
disparu et la tradition orale qui a conservé vingt-trois strophes de la
2 e partie est probablem ent incom plète333.
La nature du sujet a contraint le poète à introduire un nom bre de
termes arabes relativem ent grand : Ahmed A rab, s’il n’était pas
lettré lui-même, devait à tout le m oins fréquenter des lettrés.
L a traditio n fait un devoir à tout homm e qui voyage en groupe de
dire « Elm oursel » avant de dorm ir s’il le connaît, la récitation ayant
pour vertu de préserver de to u t danger. On rapporte à ce propos
l’histoire du berger qui, conduisant son troupeau à travers le désert,
chaque soir avant de dorm ir récitait « Elmoursel ». Au fur et à
m esure que le poème se déroulait, un rem part s’élevait en cercle
autour du troupeau. Au dernier vers, le rem part se ferm ait, le berger
pouvait dorm ir tranquille. Un soir, vaincu par la fatigue, il s’était
endorm i avant d ’avoir achevé la récitation : le rem part resta béant
de la partie m anquante du poème. Le chacal en profita pour entrer
par la brèche. M ais le berger, s’éveillant brusquem ent, se rappela
qu’il n’avait pas achevé la récitation. Il se mit à dire les vers
m anquants... Le rem part se ferm ait à mesure. Le chacal repu
chercha en vain une issue et fût pris336.

90. « Je sais ce que je vaux » (Corneille)

Sur la place d ’Ighil H em m ad, un jour le neveu d ’Ahmed A rab,


A oudaa, se vantait et, com parant ses mérites à ceux de son oncle, ne
les trouvait pas inférieurs. Ahmed A rab, arrivant sur ces entrefaites,
surprit A oudaa au m om ent où il parlait de lui. Le poète, se tournant
vers l’assem blée, dit :

A ssista n ts écoutez-m oi
E t vieux ou jeu n es p o rtez témoignage

33 5 . Si p a r « cen t » l’on en tend cent d istiq u es, la 2 ' p artie se rait com plète (elle en
a ici 102). S’il s’a g it de cent stro p h es (meyya iseddarin), il lui m an q u erait
q u aran te-six stro p h e s (2 7 6 vers). D e to u te faço n , les vers isolés qui nous sont
p arv en u s so n t la p reu v e que la version ici rap p o rté e est incom plète.
33 6 . U n e pièce d e th é â tre tirée d ’« E lm oursel » a été jo u ée avec succès p a r une
tro u p e de sc o u ts alg érien s en 1945.

377
Ur tenfaa Ihedra s rrya
di Ictxert ulac lehbab
M a ya a d el W ewdaa
d wefsih M uh en d A arab.
C ar de quoi servent les vaines paroles
E t après la m ort y-a-t-il encore des parents
A o u d a a dites-m oi est-il l ’égal
D u p oète M ohand A r a b 337.

3 37. A h m ed et M o h a n d , tirés de la m êm e racin e, sont deux nom s


id en tiq u es du P ro p h è te.
Yemma Xliga Tukrift
seg Im ceddalen

91 . L hila yexzen yessen

R uhen yibbw as kra n ttelba seg G aw aw en a-d zuren Yemma


X liga T ukrift di lxelwa deg tejtjili ddu Tem gut. Lehhun deg gwe-
brid heddren, inna yas yiwen : — A m ek arm i nekwni n ey ra, anruh
ad-d nzur taderw ict ur ney ri lherf di lâam er is. In n a yas wayed : —
La qqaren ts a a sin iqelwacen, d akniwen, d widen i-s-d iqqaren ac’
ara yedrun. W issetlata yenna y as : — D y ’ at-J njerreb anzer ma
t-tidej. Mi nebbw ed a-s nin’ a-y-d zlu yiw en degsen, ad iban
ac’ara-d ini. Yemm a X liga di lbatina tesla yasen.
Bbwden, ufan-,t in ur tsirt la tezzad. U r-d rfid ara yakw s wallen is
yursen. Inteq yiwen, inna yas : — A Yem ma X liga, nusa-d yurem si
lbaad, nekwni d Igaw aw en, iwakken a kem nzur, kem ata la tezza-
ded, ur-d lhid a ra yakw yidney. T erra yasen-d :

380
Yemma Khedidja

91. Clercs et saints

L ’épisode qui suit illustre une opposition théorique fondam entale


entre deux conceptions de la religion en islam : l’orthodoxe, fondée
sur la lettre du K oran et des docteurs de la foi ; la m ystique, plus
populaire, dans laquelle les pratiques extatiques, les saints et autres
hom m es de D ieu jouent un grand rôle. Le pouvoir de ceux-ci est
d ’ordre charism atique : ils peuvent être, et ils sont souvent, comme
c’est le cas ici, parfaitem ent illettrés.
Des tolbas zo uaoua338, allant rendre visite à la sainte femme Lalla
K hedidja dans son erm itage de T am gout339, disputaient en cours de
route de l’orthodoxie, à leur avis douteuse, de leur geste, Yemma
K hedidja n ’ayant jam ais lu un verset du K o ran 340. L’opinion
publique attribuait le don de voyance de la sainte à deux chevreaux
qu’elle possédait, et qui lui soufflaient les réponses aux questions que
les pèlerins lui posaient. Aussi les tolbas décidèrent-ils de dem ander
à Y em m a K hedidja, pour l’éprouver, d ’égorger en leur honneur un
des deux anim aux.
Ils trouvèrent la sainte en train de tourner la meule de son moulin
à bras. Elle ne s’interrom pit point et ne leva mêm e pas les yeux sur

3 3 8 . Z o u a o u a : v oir no te 63.
3 3 9 . T a m g o u t des Z o u a o u a : voir n o te 286.
3 4 0 . Y em m a K h ed id ja é ta it une derwich (inspirée de Dieu).

381
J x ilw a t a sya d i lâulam
taw im abrid m i-t-ssnem
ô g e t R e b b i deg c c y w e l is
ad y e g s id ’ i-gestehsen
N e ffa d ahnin d irahim
Ihila y e x ze n yessen

Inteq ttaleb inna yas (yef tm eyrut ggefyar-a yezw aren) :

A Y em m a X lig a T ukrift
aqlay nusa-d akw yurem
yas hesb ay seg gwarraw im
akniw en attezlu d yiw en

T erra yas :

A R e b b i jk - e d am eëëim
deg g e n n ’ a d y e g aalawen
A tterg el T izi k-K w ilal
d ttilin Igaw aw en
T am u ssn i nnsen d a y ilif
lem hibba nnsen d asawen
M a tebbw im -d azal n sin
aaddit attezlum yiw en.

382
eux. U n des tolbas lui en faisant la rem arque, Yemma K hedidja,
to u rn an t toujours sa m eule341, lui répondit :

D e grâce m essieurs les clercs


P uisque vous savez la loi suivez-la
E t laissez D ieu en ses desseins
Faire ce q u ’il croit bon
I l est le C om patissant le M iséricordieux
I l sait en quel lieu il pla ce ses dons

A quoi un des tolbas répondit lui aussi en vers et sur la même


rime :

M ère K hadidja la Percluse 342


N o u s voici venus à toi
Considère-nous com m e tes enfants
E t en notre honneur égorge un des deux chevreaux

Yem m a K hedidja rétorqua alors par ces vers restés célèbres :

F aites m on D ieu tom ber la neige à gros flo c o n s


J u s q u ’à fa ire des voiles dans le ciel
Q ue soit bouché le col de K o u ila l343
P ar où viennent les Z ouaoua
C ’est souci de les connaître
E t épreuve d ’être leur am i
S i vous avez le p rix des deux chevreaux
Vous p o u v e z en égorger un344.

3 41. L es fem m es ch a n te n t o rd in airem en t en to u rn a n t la m eule du petit m oulin à


bras.
34 2 . S u rn o m d e Y em m a K h ed id ja, san s d o u te à cause de son âge.
343. C ol au pied d u T am g o u t (1 578 m ) qui fait co m m u n iq u er le p ay s Z o u ao u a
av ec le v e rsa n t sud d u D ju rd ju ra.
3 44. T exte ra p p o rté avec des v arian tes p a r H a n o t e a u , op. cit., p. 281 et s., avec
la n o tice su iv a n te : « C ’était une sa in te m arab o u te de la trib u des Im ch ed d alen , qui
p en d an t le siècle d ern ier h ab itait d an s le D ju rd ju ra d a n s une m aison isolée située au
pied d u pic qui p o rte son nom . D e toutes les trib u s, on se ren d ait en pèlerinage à son
erm itag e. »

383
Sidi Mhend-u-Saadun
o

Sidi M hend-u-Saadun iruh-ed si Ssagya lhem ra di lqern tta si


Ihijra (16 si Sidna  isa). Itnessel di Tgem m unt A azzuz, w alakin
ilehhu y ef tm ura, ur ifyim i y ara deg giwen um kan, d Imitai iqqim
kra 1-lweqt di Tew rirt at M angellat.

92. Ssuq n Sidi Mhemmed

Iffey d am eddah d am sah ; gmas ixeddem ddunit is. Sseg ur aadi-


len a ra am diq d-ebbwin, bdan. Sidi M hem m ed iznuzu di tm urt is,
gmas itfay if.
Assen terba-d tm ettut is (ney tislit is, tam ettu t n mmis H edduc
mi-d saa M uh U hedduc), iruh ar ssuq ad as iqdu, neffa asurdi ur illi
di lgib is. Ibbw ed ar tebburt n ssuq, yufa-n aqcic d azrabhi, inna
yas : — A Sidi M hem m ed, m eddeh iyi cwit f nnbi.
A W saadun m edh-ay kra
ul iw seg wnezgum ja h e d
Inna yas : — A mmi, m ecyuley, yuri kra n ssw aleh a-tent-id-qduy
si ssuq.
Inn a yas : — Irn a d kec ay-s-innan : awer d-iftattaf dgi w azzu ard
as m eddhey nnbi. Irra yas Sidi M hem m ed (s tm ey ra nni iyes d-inteq
weqcic) :

384
Sidi Mhemmed-ou-Saadoun

92. Le marché miraculeux

Sidi M hem m ed-ou-Saadoun, m arabout venu à pied de Saguia


E lham ra (Rio de Oro), sans doute à la même époque qu’un autre
m arabout célèbre, Sidi Ali-ou-M ousa (ix e siècle de l’hégire),
s’installa à T aguem ount A zouz (A it Aïsi), m ais dans la pratique
passa sa vie en pérégrinations à travers villages et villes, dans un but
pieux. Il m ourut assassiné au cours d ’une de ses randonnées.
P ar am our m ystique de Dieu et de son Envoyé, Sidi Mhemmed
avait fait vœu de chanter les louanges du Prophète à quiconque le
lui dem anderait, « fût-ce un genêt de la route ». Par m épris des
biens de ce m onde, il avait vendu tout ce q u ’il possédait. Un jo u r
que sa femme avait accouché, il se rendit au m arché pour y faire les
em plettes d ’usage343. A la porte, un jeune hom m e l’arrêta et lui
dem anda de lui réciter un poème à la louange du Prophète. D evant
les réticences du saint, il lui rappela le vœu q u ’il avait fait. Sidi
M hem m ed, se rendant à cet argum ent, aussitôt s’exécuta.
Vers le soir, le m arché com m ençant déjà à se vider, le poète prit
congé de son auditeur et alla procéder à ses achats.
Il se rendit d ’abord à l’étal des m archands de céréales :

3 45. D ’au tre s d ise n t q u e c’est H ad o u ch e , un des tro is fils du sa in t, qui a eu un


en fan t : M o u h -o u -H ad o u ch e (G en evo is , Fichier de documentation berbère, 1972).

385
Z id it leklam
y e f R m l M uhem m ed
I-y-iggan aahdey R eb b i
m a ittef-i w a zz' annebded
A r ifmeddih Sidi M hem m ed arm i yelha was, izzi yer weqcic inna
yas : — A mmi, ssuq tu ra qrib ad ifru, ad ruhey ad zrey m ’ an-n
ssiwdey kra. Ikcem ssuq, yaadda yer rrehba n ennaam a.

Seg-girden la-d sawalen


— A W saadun S id i M h em m ed
A w lid i sellk ay anruh
n ekw n i t-tam eddit nezreb
M a d adrim
A ta tefkid-d s zza y e d
Inna y a s Gedha s rrsuî
d sahebna M u h em m ed

Y aaddi s aaric :

S eg-w ksum la-d sawalen


— A W saadun S id i M h em m ed
A wlidi serreh ay anruh
Tura t-tam eddit nebâed
M a d adrim
A ta tefkid-d s zza y e d

Sawlen as-d akken si m kul rrehba netta yeqqar as :

Gedha s-'errsul
d sahebna M u h em m ed

T aneggarut d rrehba n zzwayel :


S eg serdan la-d-sawalen... atg
Ibbwi-d aserdun, yaabba yas-d ayen akw d as-d-fkan, yali-d. Ziy
aqcic nni i-s-innan : « m eddeh iyi », d lmelk. M i kkren izwar it yer
ssuq, iwessef im anis d ssifa n Sidi M hem m ed, m kul rrehba bbwayen
ilaqen ibded yers arm i d as yuy si kulci.
Tam eddit uyalen-d imsewwqen. T am ettut n gm as n Sidi M hem­
med teqqim ar ttaq, la d-Jmuqul. T w ala Sidi M hem m ed izzuyr-ed
aserdun, tuzzel ar tn u t is, tenna yas : — A taya w ergaz im, ibbwi-d
aserdun, yaab b a yas-d si mkul rrbeh, kwenwi ttm en ur-t-sâim ,

386
D e la halle aux blés on appelait
— S id i M hem m ed-ou-Saadoun
D e grâce libère-nous
L e soir tom be nous som m es pressés
Q uant à l ’argent
T u nous en as donné en trop
I l dit Gloire au Prophète
M o h a m m ed notre am i

Puis le poète se rendit au quartier des bouchers :

D e l ’étal des bouchers on appelait


— Sidi M hem m ed-ou-Saadoun
D e grâce laisse-nous partir
L e soir tom be nous habitons loin
Q uant à l ’argent
Tu nous en as donné en trop

La même scène se répète à peu près à tous les étals. Les derniers à
appeler Sidi M hemmed furent les m aquignons. Le poète prit un
m ulet sur lequel il chargea toutes ses emplettes. C ar le jeune homme
à qui il avait tout le jo u r chanté les louanges du Prophète était en
réalité un ange qui, ayant pris ses traits, l’avait précédé au m arché et
avait acheté to u t ce dont il avait besoin.
L a belle-sœur de Sidi M hemmed, le voyant de loin venir, alla
trouver la femme du poète : « Ton m ari revient avec un mulet
chargé. Il a sûrem ent em prunté pour faire toutes ces emplettes. Vous
allez être contraints de vendre ju sq u ’à votre m aison. » La femme de
Sidi Mhemmed se leva aussitôt et vint à la rencontre du poète :

387
alam m a tezzenzem axxam atruhem atzedyem aacciw . T am ettut
tem m ugr argaz is ar tebburt :

A W saadun bu ddyun
tebbw id-d irden d uksutn
i-wserdun m aday t-nedm aa346
Id d em tabuqalt
yer Ixelwa nni deg ifrekkaa
Yufa-n rrsut
izwar it id yer Imudaa

Inna y a s :
— A W saadun zzw a g ik
yer tm es aa teddu qadaa

Inna y a s :
— B aadek a rrsul
ur ii xeddaa
Z zw a g Usaadun
anseg i k k ’ ard at-t-etbaa
Tigi d Ixalat
d sut laadad nnaqes
D ccitan i-f-id isuman
izw ar if id ar yiles

Inna y a s :
— R u h i w udm ik aafiy as
aafiy i-lwaldin ines.

T am ettut, mi-s tesl’ i w ergaz is la ihedder, yili tezra u r illi hed di


Ixelwa, tru h atm uqel si ccqayeq, tw ala Ixelwa tfeggeg si tafat. Akken
d-iffey Sidi M hemm ed tenna yas : — Wi gellan yidek di Ixelwa ?
Inna yas : — urtsaad anw a. Tenna yas : — D alley-en, w alay-en
Ixelwa tfeggeg. Inna yas : — d nnbi nney. T enna yas : — bbwiy ak-d
Rebbi m’ur ii-t-id wessfed am ek ilia.
Inna yas : — Qim ad am iniy.
Yawi y as-d taq sit a :

346. Ney :
/ weksum maday t-nedmaa
kec ternid iyi-d aserdun.

388
O u-Saadoun toujours endetté
Tu as acheté blé et viande
M a is le m ulet qui s ’y serait attendu
L e poète p rit sa gargoulette
E t se rendit au lieu isolé de ses prières
I l y trouva le Prophète
Q ui l'y avait précédé
— O u-Saadoun ta fe m m e
Ira droit en enfer
L e p o ète dit
— P rophète fo in de ce dessein
N e m ’abandonne p a s
L a fe m m e d ’O u-Saadoun
O ù q u ’il aille sera avec lui
A in s i sont les fe m m e s
Elles ont la raison courte
Car c ’est Satan
Q ui d ’abord vient sur leur langue

Le Prophète dit : « Va, je lui pardonne pour l’am our de toi, et je


pardonne à ceux qui l’ont engendrée. » La femme de Sidi Mhemmed,
sachant que son mari était seul dans l’oratoire, s’étonna d’entendre
ce bruit de conversation. Elle alla regarder par les fentes de la porte
et ne vit rien qu’une grande lumière. Elle attendit que Sidi Mhemmed
fût sorti pour lui dem ander avec qui il parlait. Le saint finit par céder
et lui dire que la lum ière qu’elle avait vue était l’aura du Prophète.
— Décris-le-m oi.
— A ssieds-toi, lui dit Sidi M hemmed pour se conform er à son
vœu et il se mit à chanter :

389
i.l D sslaf y efk a ssi nazel
d k r ' ay y e fk in z e l
igenwan sebâa tm ura
A rrasul win aazizen
m m ley y efk a n n b ’ im ira 347
M ’ a d fe lli tertfud lehzen
laanaya-k ilezm if kra

n .8 Uheq win i k-iâuzzen


ifettel ik f Imesrira
R n iy ifellahen ikerrzen
a l w ayla ikennzen tura3iS
Ur ii y ife n Ikenz kenzen
y ur R e b b i ulah tihila

m . 14 D sslaf y efk a bher lufa


d Usas a k-k zzew rey i llhid
A rrsul a je d d n ccerfa
am kan ik h ed ur t-ibbw id
M a d a y necyw el d lewsafa
rrsul ad degs nefleffid

iv .20 A dar im cebbeh ddrifa


tinid d ttrab ur t-irkid
T idi ines aa d laifa
a f tesseblaa tegw nif tezrid
M ig e q q im n n b ' ar teffa
tesw a f u r f sekden w iyid

v .26 A fu s d urdib n Ikeffa


âadem n zzeb d a ney ccm id
T am art am zun d lleffa
d lehrir b â a d fm a cid
T it d aneccab f l y a f a
uglan d Iguher f llxid
U dm is d lebraq m a i f a
zzin l-lwegh is aarid

3 47. « Im ir » ney « am ir » (gt. im iren) ur-d iqqim di teq b ay lit a la di « im ircnni »


ak w d « a k k a m ira » ( = a k k a + am ir + a). S tm a c e y t izga : z. « ar am ir iyen » (= au
rev o ir) ; « an im ir » ( = en co re, o u p a s encore).

348. Q q aren belli d gm as a y d-ilh a ak k a.

390
i.l G loire à Toi messager
E t d ton message
Par les d e u x p a r les sept terres
P rophète aim é
D e qui cette fo is je suis hanté
Banniras-tu de m oi le deuil
Tu le dois d tes fidèles

ii. 8 J ’en ju re p ar qui t ’a donné prestige


E t préém inence sur le m onde
Par les paysans qui labourent
E t possèdent et thésaurisent m aintenant 349
Q u'ils n ’ont p o in t meilleur trésor que m oi
N u l calcul ne prévaut sur Dieu

ih . 14 G loire à toi océan de béatitude


B ase de m on édifice
Prophète père des chorfas
D e qui nul n ’atteint la hauteur
S i j ’entreprenais de décrire
L e Prophète j e dirais

iv.20 II a p ie d élégant et beau


Q ui ja m a is dirait-on n ’a fo u lé la poussière
S on urine est-elle souillure 350
Q uand la terre tu le sais la boit
Q uand le Prophète s ’accroupit le sol s'ouvre
E t l ’absorbe sans que ja m a is personne l ’ait vue

v .26 D o uce est la p a u m e de sa main


P lus que beurre et plus que cire
S a barbe est fin duvet
O u soie peignée
S o n œ il flè c h e sur l ’arc
Ses dents perles enfilées
Son visage éclair qui luit
Im m en se est la beauté de son teint

349. P ar o p p o sitio n aux fidèles qui p o sséderont d an s l’au-delà.


350. L ’ex p ressio n co n sacrée est que la religion est au-dessus des lois de la
p ud eu r (en ara b e : la hya fi ddin).
391
vi.34 W in izrqn nnbi y e fix fa
s Ikam al ard im m el isid
A r d iflejlij iffafa
y e f rrsul icbu Imarid
Isebbel deg Imsaafa
lem hïbba m -m edden akw tism id

vil .40 D â a y-k a bab l-lufa


s laibad urgin neccid
D a a y -k in s ccurafa
a y t nnur izga yejfid
Lgennet annezde) lyurfa
y u m lehsab a n n b ’ ar k-nyid.

93. Kuihed yef-flnnis maadur

Sidi M hem m ed d lam in n taddart. Yibbwas adeggwal is ibbwi-d


ad yefk Iheq. Isdafell fellas Sidi Mhemmed iwakken ur t-itfak ara.
Llan igad s innan : m acci d lheq ! Inteq Sidi M hem m ed, inna yas :

A y at w ul icba Ifetta
d netfa y e tfa y aggur
A y at zzn a d f Imecta
at lheq gerrzen lum ur

M i d-ikker assa di lâita


kuihed yef-finnis maadur.

392
v i.34 Q ui revoit le Prophète q u ’il a d ’abord p erd u 351
D evient du tout possédé et fo u
I l vit p a rm i les visions les transes
I l est malade de l ’E nvoyé
Il renonce à tous les liens
I l trouve fro id es toutes les am itiés

vii.4 0 M aître des béatitudes j e t'implore


Par les hom m es qui ja m a is n ’ont fa illi
Par les chorfas
Toujours débordants de lumière
Fais que du Paradis nous habitions les hautes salles
A u jo u r du ju g em en t Prophète prends p itié de nous.

93. P artialités

Sidi M hemmed était amin (maire) du village. Un jour que son


gendre avait mérité une amende, il avait fait en sorte de l’en
dispenser. C om m e on critiquait cette attitude, Sidi M hemmed dit :

Vous dont le cœ ur d ’argent


Brille com m e un clair de lune iS3
Vous dont les coups portent ju s te
E t dont les voies sont équitables et droites
A u jo u r d ’hui que nous en som m es aux disputes
I l est hum ain que chacun protège les siens.

351. C e vers fait allu sio n à l’épisode rap p o rté d a n s les deux poèm es suivants :
Sidi M h em m ed , a y a n t inju stem ent favorisé un de ses p aren ts, s’est vu ab an d o n n é
par le P ro p h è te, qui ju sq u e -là venait ch aq u e fois prier avec lui d an s son erm itage
(Ixelwa).
353. V ers o b sc u r. Il fau t lire sans d o u te : nef/a yetfay am maggur.

393
94. Lfaeq anida t-walan

Ilia zik Sidi M hemm ed i.t.talla d nnbi daher. Seggwasmi yexdem


akka ur d-iffiy yers nnbi di Ixelwa ad izzall yides (zr. n° 92 afir
34). Yuki Sidi M hem m ed ansi s d-ikka uya. Iddem ixelles lextiyya
udeggwal is, inna yas :

L a w liy y ’ anida (filin


âaddlen ur sedlulusen 352
L heq anida t-walan
k ka ten a-t id ssuksen
D ihbiben ney d idulan
rennun yas si ddem m a nnsen.

Y uyal arm i sen yenna Sidi M hem m ed i-w atm aten is d wid
s-ittilin : win aa taw dem d nek ay d nnayeb nnwen, win aa
kwen id yaw den d nek aa t-iqablen.

95. Icqa yi iâabd amenhus


B uddy as i lâabd y e f y im i
iheddren dgi yesrus
N e k d ekkrey-k a L hacim i
ils iw igeççem am Imus

Y a k m i sfiy y id e k a lyani
icqa y i lâabd amenhus.

96. D lxir ays d am extaf

D lxir ays d a m e x ta f
itekkes seg-gul Ixiq

3 5 2 . Sediules : ur i^ w assen a ra unam ek b bw aw al-a.

394
94. Im partialités

D e ce jour, le Prophète cessa de venir prier près de Sidi


M hemmed dans son oratoire, com m e il le faisait jusque-là. Le poète
en com prit la raison, paya l’amende de son gendre et à ce propos
com posa :

L es saints où q u ’ils soient


Pratiquent l ’égalité non l ’injustice
O ù que le droit leur apparaisse
Ils travaillent à le fa ire prévaloir
F ût-ce contre leurs am is leurs parents
A u besoin ils paient du leur.

95. Q u’im porte l’envieux

M audite soit la bouche


Q ui de m oi m édit à fo rc e
M o i P rophète j e te loue
M a langue nuit et jo u r te glorifie
Q uant à l ’égard de Toi qui com bles j e suis sans
[reproches
Q ue m ’im porte l ’envieux.

96. Le bien est la gaule

L e bien est la gaule


Q ui du cœ ur fa it choir toute angoisse

395
Itegg abrid i w xew w a f
igren di lebher leym iq
Targa n ssâad ziy tella
seddu tm urt la d-fxerriq
B bw in-f a t hel nniyya
igad ikesben laatiq.
I l fra ie la voie à l'hom m e épouvanté
P longé dans la m er sans fo n d
Tant il est vrai que la source du bonheur
Sou rd de dessous terre
E t va à ceux q u ’habitent la f o i naïve
E t la miséricorde.
Lemdeh n nnbi

97. Lem deh n nnbi

1 Y usr iy i Ihub nek daqey


deg-gul ihull-i
A m u m e n c u f ay heddrey
ixerb lâaql-i
B e x la f y e fk a nnb ’ ay sahey
d kec ay hem m ley
tifd-i lehbab d Iwali

8 Fellak i la fâaw azey


ayen a rrasul-i
S udm ik i byiy a-n-ruhey
zza d ixuss-i
N w iy tura m i t-cekkrey
a-d-yawed ar yuri
A -d-yas s axxam a-t-zrey
ad y i n ’A -k-dem ney
am diq i k-ihw an aqli.

39 8
Éloge m ystique du Prophète

9 7 . É loge m ystique du Prophète

1 L ’am our m ’a décharné oppressé


II sèm e dans m on cœ ur le trouble
Je vais tenant des propos fo u s
L ’esprit bouleversé
Pour toi seul Prophète j e vais errant
C'est toi que j ’aime
Plus q u ’amis et p lu s q u ’alliés

8 Pour toi j e veille les nuits


N ’est-il pas vrai m on E n vo yé
J ’aurais voulu venir contem pler ta fa c e
S i j ’en avais les m o yen s 354
M ais j e m e dis En fa isa n t m aintenant son éloge
Il viendra à m oi
J u s q u ’en m a m aison où j e le verrai de m es yeu x
E t il m e dira J e suis ton garant
En quelque endroit que tu veuilles aller j e suis là355.

35 4 . Cf. n° 88, vers 33. Le pèlerinage à L a M ecque était une en trep rise à la fois
longue et coûteuse.
355. Le p oèm e est p ro b ab lem en t inachevé.

399
Lhag Muhend Aacur
seg  azziizen, At yiraten.

98. Taqsit n Ccix Muhend-u-Lmextar (1909)

Ccix M uhend-u-Lm exJar im rabden n T ensaw t (deg At Yanni)


i£tak lurad n ttariq a tarehm anit. Im m ut as n 13 Jw an 1909 (24 si Ju-
m ad am ezw aru 1327 si Ihijra).
As deg im m ut, iruh-ed lhag M uhend A acur insa di Tensaw t, azek-
kanni yuli yur Salem A t M aam m er, i sin yidsen d ixuniyen n ccix.
Yufa-n tarb aat. L a Jm eslayen, nnan as : — a lhag M uhend, asmi
yem m ut Ccix M uhend-u-Lhusin, tebbwid-d fellas taq sit telha, ahat
ula t-tu ra tzem red ad-d-aw id tayed ff Ccix M uhend-u-Lmexj:ar. Iruh,
yibbw as yuyal-ed, ibbwi yas-d i-Salem 30 ifyar im ezw ura n teqsit-a,
inna yas : — w aqila ula t-tagi attew qem , m a iweqm-if Rebbi. Yura
ten Salem. Rnan cwit, yibbwas Sliman Im ceddalen n Tew rirt m-Mi-
m un, ula n-netjta d axuni n ccix, ifka yas-d yiwen U yiraten taqsit
tekm el beiii d nefja i-t-ixedmen. Yura-t Sliman : 30 ifyar im ezw ura
aadlen d wid yura Salem, u ssin yerda ifFy-ed uxbir d lhag M uhend
A acur i-gkemmlen taqsit ibda. A dris-a yetbaa win yura Slim an Im-
ceddalen.

400
Hadj Mohand Ouachour351

98. O raison funèbre du cheikh M ohand-ou-Elm okhtar ( 1909)

L ’auteur a com posé deux oraisons funèbres du même type : une


de 135 vers sur le cheikh M ohand-ou-Elhocine m ort en 1902358 et
celle-ci. Le cheikh M ohand-ou-E lm okhtar de T ansaout (Ait Yenni)
était un des chefs de la confrérie R ahm ania, dont le poète était
adepte. Il est m ort le 13 juin 1909. C ontrairem ent au premier, ce
poème a été com posé à la dem ande des autres khouans du cheikh,
qui voulaient perpétuer sa mémoire. Tous les deux tém oignent de
plus de talent ou d ’éloquence que de naïve ém otion. Ils sont tous
deux de la com position en neuvains, devenue classique au cours du
x ix e siècle359.

3 5 7 . H ad j M o h a n d O u a c h o u r, m o rt en 1913, est le fils d u poète M aam m er-n-


S aay d i, d o n t H a n o t e a u , op. cit., a ra p p o rté quelq u es poèm es.
35 8 . L ’o ra iso n fu n èb re d u ch eik h M o h a n d -o u -E lh o cin e d o it figurer d a n s un
recu eil à p a ra ître co n sa c ré au cheikh.
3 5 9 . V oir à ce su jet M . M a m m e r i , Les Isefra, poèmes de S i Mohand-ou-Mhand,
op. cit., in tro d u c tio n .

401
1 .1 Sslaf yefk a nnbi nhem m l it
s lâad n zzit
ifettel L leh lyeffar 356

5 lâad usigna t-tm eqqit


s lâad n tm ehrit
rekben sshaba lehrar
Tem naad ay seg Uemrit
ndelb-en talwit
y u m lehsab baad aney i nnar

n . 10 B ism illeh ar nebdu lehdit 361


a kra da ffennit
f ccix M uhend-u-Lm ex(ar

Ib b w i-d abrid tageldit


ur t-y w i ddunit
w ’idkem Lleh d Ixetyar362
Tusa-d txedaat tebbwi-t
s lâibad nefwali-t
ur nezm ir a-d-nerr (}ar

m. 19 A s n [flata tasebhit
usan-d at-trihit
bbw den-d adrar azayar363
A x u n i la d-iflehtit
am tm eddelw it
izri-s s le b k ’ am -m anzar

356. Di tsuref ideg in n a : « u ttini w a zzay tu n i » (s w aza r d uzem m ur).


3 6 1. Y ibbw as la d -iq q ar Salem A t M a am m er taq sit-a zd at L h ag M uhend,
iw akken a-s-d yini m ’ur ixuss w ara degs. M i-d ibbw ed s afir-a in n a y as : « Bism illeh
ar neb d u lh ad it... » In n a y a s L hag M uhend : « A la a m m i, m acci lh a d it, lehdit. Lhadit
a la win r-R asu l E lleh i-gellan ! ».
3 62. N ey : ihab il saheb lyeffar (le C lém ent l’aim e).
363. N ey : Kul taddart ibbwed if lexbar (la n ouvelle é ta it p arv en u e dans
to u s les villages).

402
1. 1 P réludons p a r toi Prophète aim é
A u nom de l ’huile
D istinguée p a r le D ieu de p ardon 360

A u nom du nuage et de la goutte d'eau


A u nom de la chamelle
M o n tée p a r les nobles com pagnons du Prophète
Épargne-nous les tribulations
A ccorde-nous le salut
A u jo u r du ju g em en t préserve-nous de la géhenne

ii. 10 A u nom de D ieu j e vais com m encer m on dit


A ssista n ts prêtez-m oi l ’oreille
S u r le cheikh M ohand-ou-E lm okhtar
I l a suivi la voie royale
L e m onde ne l ’a p o in t séduit
Car qui invoque D ieu n'a p o in t d'ém ule
L a traîtresse m ort est venue le ravir
E t nous regardions
Im puissants

iii. 19 Un m ardi m atin 364


L es porteurs de babouches 365 sont venus
D e la plaine et des m onts
L es khouans arrivaient haletants
Versant des larmes
A torrents

360. A llu sio n à la so u ra te X C V du K o ran , qui com m ence par le verset : « P ar le


figuier et p a r l’oliv ier... »
364. Le ch eik h M o h a n d -o u -E lm o k h tar est m o rt un m ard i, com m e le cheikh
M o h a n d -o u -E lh o cin e.
365. C et ind ice vestim en taire m arque généralem ent (m ais non exclusivem ent) les
gens d e religion.

403
C cix nefhibbi nuys it
teqqw l as tm en zit
ruhet besslam ’ a zziy y a r

iv .28 D eg A t Yanni ur d-ibâit


m u q el tajaddit
si c c u r a f i d-yuy azar366

S i Tensaw t ar Taxabit
bu lxir ihubb it
bu ccer iw t as am esm ar
W ’îbyan lurad is y uy it
bu n n iyya ikubr it
y aam er ttelba s lenwar

v.37 C cix iâus tazallit


d im ’am tzizw it
itekkes deg g u i leyyar

M a iqqim d i tm sellit
lehdur is zid it
di Ibasir’ i-gefnadar ...

vi.43 Ifx a la f deg tnefsit


m m is iseby it
si te m z ’ i-gegmer lenwar
L â ilm m babas ibbwi-t
ttariqa txedm it
im if-id igga w em yar

366. C cix M u h en d-u-L husin d a q b a y li, ccix M u h en d -u -L m ex far d am rab ed .

404
L e cheikh que nous aim ions nous ne le verrons plus
Une dalle le recouvre
A lle z repartez en p a ix pèlerins

iv.28 II était sans pareil p a rm i les A it Yenni


Par son ascendance
I l rem ontait au Prophète

D e Tansaout 367 à T akhabit36S


I l affectionnait l ’hom m e de bien
I l entravait le m échant
C hacun p o u v a it entrer dans son ordre 369
I l honorait les âm es croyantes
C onférait l ’éclat à ses disciples

v.3 7 II guettait l’heure de la prière


A chaque instant psalm odiant com m e l ’abeille bour-
[donne
I l dissipait la brum e des cœurs
A s s is dans l ’oratoire
I l tenait de d oux propos
Car il lisait dans le livre du destin [...]

vi .43 II rte cédait p o in t à la tentation


I l a initié son fils 310
A cueillir dès l ’enfance les fle u rs de la sainteté

L 'en fa n t acquit la science de son père


E t versa dans la m ystique
Léguée p a r le vieux cheikh

367. V illage d u ch eik h .


368. A u tre n o m d e T ao u rirt-el-H ad jad j.
369. Le ch eik h é ta it un des chefs de la hiérarc h ie ra h m a n ia (voir in tro d u c tio n à
la 5 ' p artie).
370. C h eik h M o h am m ed , m o rt en 1948, a co n tin u é la tra d itio n de son pére,
appelé C h eik h A m g h ar (le vieux cheikh) p o u r le d istin g u er du fils.

405
W inna t-ihubben iduâ it
Igennet tdem n it
ccix M uhend-u-Lm exfar

vil.52 Issey ra deg Ifunun


ttelba rennun
fzaden g Imaarifa

Ih k e m laabad s Iqanun
ula di Igunun
idleb teggn as ccfiâa
A nda y e ll’ ad y ers Ihun
d eddnub ad m hun
yaâna ffuba s ssfa

vin. 61 T arw iht isbaad as lefnun


Iqut d Imesnun
ttikw a l ited d ’ i lehfa
S i B ubhir ar Buhinun
ur isâi Iqanun
yu rez ddunit di ttaifa
D aâcuc kan ay s-bennun
iz r ’ ad d akw fn u n
ddunit-a d Igifa

ix. 70 Ttelba ijewwden Qalun


di ta s’ ad frun
a Ifahmin di Imaarifa

406
Q uiconque aim e et suit
L e cheikh M ohand-ou-E lm okhtar
E st assuré du paradis

vil.52 L e cheikh enseignait toutes les matières


A ses étudiants qui progressaient
E t acquéraient chaque jo u r plus de science 371
Il décidait selon la ju stice
L es dém ons m êm e
Cédaient à ses intercessions
Où q u ’il f û t on allait à lui
E t les péchés étaient remis
Tant sa piété était sans taches

viii.61 A son corps il refusait les délices


M angeait sec
E t parfois allait les pieds nus
D e B oubhir3'12 d B ou-H inoun 373
I l ne rencontrait nul obstacle
I l m aîtrisait le m onde en un clin d ’œ il
Il habitait une chaum ière
Car il savait que tout est transitoire
E t que charogne est cette vie

ix .70 L e s clercs versés dans K a lo u n 374


Versent en secret des larmes
Sages vous m ’entendez

371. C o n tra ire m e n t au cheikh M o h an d -o u -E ih o cin e, le cheikh M ohand-ou-


E lm o k h ta r d e v a it sa sain teté au ta n t à sa science th éologique q u ’à ses vertus. En
p articu lie r, il en seig n ait rég ulièrem ent (cf. vers 36).
372. B o u b h ir : v o ir note 84.
373. B o u -H in o u n : village des A it Z em enzer (A it Ai'si).
374. K alo u n : au teu r non identifié, sa n s d o u te un ju risco n su lte.

407
L a f y a b e n law liyya Ibennun
yellin am cilm um
h u d fella y a Imustafa
D a w i leqlub ad hlun
a ccix B en Sehnun
n ehlek tlezm ik ccfaa.
L es saints bâtisseurs s ’en vont
Ils choient com m e fleu rs d ’orme
Prophète élu viens à notre secours
Soigne nos cœ urs q u ’ils guérissent
C heikh B en Sahnoun31>
N o u s som m es malades intercède p o u r nous.

375. Ben S ah n o u n : an cêtre de la fraction m a ra b o u tiq u e des Isah n o u n en (A it


O u m a lo u des A it T raten ).

409
A mur wis sdis

Arumi

Sixièm e ^partie

La résistance
à la conquête coloniale
yef At Qasi

99. Ay asm i ggugen A t Q asi I

A y asm i ggugen A t Qasi


nnejlan ddan laqrar
I ten isgugen d A ru m i
tam eddit lew hi l-lâaser
IU ’ a-kw en isebber R e b b i
iktal u m u d ur ider.

100. Ay asmi ggugen At Q asi II

A y a sm i ggugen A t Q asi
nnejlan ddan s Iqis
I ten isgugen d A rum i
isrej itn id lâabd is
IW a-kw en isebber R e b b i
iktal u m u d ur inyis.

101. D At Qasi ay d im aw lan

D A t Q asi ay d imawlan
d ihernak cban lehnac
A t ibeckad d ituyan
kulw a s llebsa n wultac
D im ehbas zedyen K a ya n
w ' icedhan Tam da ulac.

412
Déploration sur les A it Kaci

99. Exil I

L a s sur le jo u r où les A it K a ci ont été exilés


B annis sans laisser de trace

Ils ont été pris par les Français


Vers le milieu de l ’après-midi
D ieu vous 376 donne constance
C om ble est votre m esure et elle n ’a p o in t versé.

100. Exil II

L a s sur le jo u r où les A it K a ci ont été exilés


Bannis selon un plan bien arrêté
Ils ont été pris p ar les Français
Prévenus
D ieu vous donne constance
C om ble est votre m esure et sans faille.

101. Tamda I

L es A it K a c i étaient des maîtres


R edoutables com m e des serpents
Ils portaient longs fu sils yatagans
E t costum es de janissaires
M aintenant prisonniers ils habitent C ayenne
Q uiconque languit après T am da sache q u ’elle est
[m orte311.

37 6 . V ous : les A it K aci.


37 7 . T a m d a : résid en ce des A it K aci.

413
102. Ixaq wul iw

Ixaq w ul iw
iby ' a d isub yer Tem da

yer A i Q asi
ar at rrekba l-laya
Llqhlhed
amzurt ur âaddan ara.

103. Weyyak a Sâid hess iyi

W eyya k a S â id hess iyi


m uqel gg A t Q asi
ur illi h ed akken llan

S i tizi arm i t-tizi


hed ur ten i(âasi
s Ib a m d i-f id hellan

A s m i sen irad s trusi


cw it d iyisi
negren gw ran-d a l’ aklan.

414
102. Tam da II

M on cœ ur nostalgique
Veut aller à Tam da

C hez les A it K a ci
D e princière équipée
M a is las
T o u t est co m m e s ’ils n ’avaient ja m a is été.

103. Du col au col

S a ïd j e te p rie écoute-m oi
R egarde les A it K a c i
Jadis sans pairs
D u co l au col™
N u l ne leur fa is a it fr o n t
L a poudre fo n d a it leur p o u vo ir
Q uand l ’heure est venue de leur chute
Il a suffi d ’une fê lu re
Et... rien il ne reste d ’eux que leurs serviteurs.

378. Le b a c h a g h a lik d u S eb ao u ; d o m ain e des A it K a c i, s'éten d ait a p p ro x im a ti­


vem ent d u col d ’A k fad o u à celui de T izi-O u zo u . L eur influence s’ex erçait en réalité
b e a u c o u p plu s loin.

415
Muhend Ssaâid Amlikc

Q qaren belli M uhend Ssaâid A m likc bbw exxam n Sidi Aa-


li-u-A abdella di tad d art Iâaggacen d ccix im edyazen 1-lweqt is. Ur
iteffey w albaad degsen d am edyaz alam m a isaadda kra 1-lem tihan
zdates. Iq q ar as : — W in aa-{ issefrun ar m eyya, ad as sidney.
Degm i im edyazen 1-lweqt nni m erra, mi-d ihder ad -d awin lfa,tiha,
qbel ad bdun tiyta, qqaren as : — Lfafiha akken i-s inna Sidi
M uhend Ssaâid... (z. day Lhag R abeh n° 105).

104. Ma neqqim a k k ’ ur nerbih

1 .1 S si al y e fk a nnb ’ ay ucbih
s lâad n ttesbih
s lâad n s s e f g Imehreb
Ssla( n ttrab deg w zerzih
m i yefm errih
di tekw sart ilm ecfali

416
Mohand Saïd des A it Melikech

M ohand Saïd Ou Sidi A li-ou-A bdallah 379 des Ait M elikech380, en


son tem ps prince des poètes, détenait une sorte de m aîtrise. Pour être
reconnu poète, il fallait com poser un poème de cent distiques qu’il
jugeait avant de donner une investiture sym bolique mais appréciée.

104. Une lutte inégale

i .1 G loire à toi Prophète clair


Par le chapelet
P ar les rangs de prieurs dans les m osquées
G loire à toi p a r la poussière qui dans les sentes
Va vient
E t dévale les pentes en ondoyant

3 79. O n tro u v e d a n s H a n o t e a u , op■ cit., q u a tre poèm es de M o h an d Saïd ( l ,e


p a rtie , n° 2 : « E xp éd itio n du m aréch al B ugeaud d an s l’o u ed S ahel » ; n° 11 :
« In su rre c tio n de 1856, co m b a ts des 3 0 se p tem b re e t 4 o c to b re ch ez les A it Bou
A d d o u » ; 3 ' p a rtie , n° 1 : « D es m ariag es » ; n° 10 : « P oèm e du genre a m o u r
c o u rto is »).
380. T rib u d u v ersan t sud du D ju rd ju ra , so u s le col de T iro u rd a .

417
S lâad u yelm i y e ffih
iksa deg ccih
s lâad izerzer di Z ab

n. 10 R nu ttaleb m i yeccerrih
ul is d unsih
m i y e r ba zdates lektab
A y ul iw ilik d unsih
d sslaf y efk a zzin letyab
Irwala s ix fif lemdih
m h as d nnsih
am m in iheggan lektab

ïii.18 Taqsit imiren attim lih


ad iy li w ’ innum en j)dab
Lâalam i-d icud wuqbih
Fransis n n ’ akeddab
Yaâna-d A m likc s zzd ih
ay-d ibbw i ssek ay A ârab

iv. 24 D i T eblazt ay-d iffm tih


iy il m eskin d ’ara ntab
D A m likc ay gekkaten aqrih
d n itn ’ igeddben amsaab
M m is n Tgaw awt umlih
tem naa-y si Ibab y e f Ibab

v.3 0 Tam eddit iffey ffebrih


teyya m azekka anyab

418
Par les m outons errants
Q ui p aissent l ’armoise
P ar les gazelles du Z a b 3Sl

ii. 10 A u ssip a r les com m entateurs 382


A u cœ ur p u r
Q ui tiennent sur leurs genoux les livres
Sois p u r m on cœ ur
E t prélude p a r le B ien-V êtu 383
F ais cette fo is ton vers léger33*
Travaille-le avec soin
C o m m e une lecture de K oran

m . 18 Ton p o èm e alors sera beau


A fa ire choir les danseurs extatiques 385
L ’étendard a été levé p a r le brutal
E t m enteur Français
E n tum ulte il a fo n d u sur les A it M elikech
A m e n a n t com bien d ’A rabes avec lui 386

iv. 24 II ravageait Tablazt3*1


C royant nous briser le pauvre
M ais les A i t M elikech sont indom ptables
Ils réduisent les récalcitrants 388
L es Zouaoua gens d ’honneur
N o u s ouvraient leurs m aisons p o rte à p o rte 389

v . 30 Un soir le héraut a proclam é


Q ue le lendem ain nous allions émigrer

381. Z a b : partie de l’A tlas sa h a rie n , au sud-ouest de l’A urès.


382. Du K o ra n et des livres saints.
383. Le P ro p h ète.
384. C a r les risq u es sont m ain ten an t g ran d s : c ’est la prem ière fois à n otre
c o n n a issa n c e q u ’il est fait m ention d ’une au to cen su re d an s la poésie.
385. Les d an se u rs de certain es confréries vont souvent ju s q u ’à l’épuisem ent.
38 6 . C a v a lie rs m ak h zen des régions d éjà soum ises.
387. P iém ont au sud-est des A it M elikech, où le rcsistani Bou B aghla fut lue et
d écap ité le 26 d écem b re 1854.
388. La belliq u eu se trib u des A it M elikech a fourni une résistan ce ach arn ée.
389. Les trib u s atta q u é e s en v o y aien t fem m es et en fan ts chez les insoum is.

419
R za n Iqum n Sutih
iy li w ezrem f-fu m u la b
A x x i wennâan as leqdih
ass l-lexm is ibda rrhab

vi.36 Ibda Ibanid itfintih


rrsas la iqelleb d aqlab
A sse n n i win ur nejrih
d A w a n n u y yas a d isab

vii.40 A y am ney d-iffyen d um lih


am alah teylid a ccbab
A m z u n d Im esk ay gefrih
ta | ...] l-lfetta wweksab
A h a t d i Igennet i(merrih
ad fe lla s iz z e f laatab

viii.46 N eq q el deg gifg ik isrih


a ttir m ' atzerbed d-azrab
S id i A ali siw el ay ucbih
nekw ni yid es nem m iysab
A R eb b i f k aney ttesrih
ad-d izzi useggwas nsab

ix .52 M a neqqim a k k ’ ur nerbih


âud ddunit tenneqlab
D m m is n Tgaw aw t um lih
d Illulen ay d Ikwellab
R w a n igudar acrih
cciâa tebbw ed yer Zab

x.58 A d tfr e y rrja lA frih


ad rnuy seffin hzab
D kra iqqaren ttesbih
atnaared a B en X etta b

420
N o u s avons brisé la race de S o u tih 390
C o m m e des serpents fo n d a n t sur des lézards
N o u s l ’avons repu de fe u
Jeu d i l'épouvante l ’a gagné

vi.36 L a p oudre claquait


L e s balles abattaient
L e s seuls qui s ’en sont tirés ce jour-là
C e so n t les O uennougha 391 ils p euvent fu ir m aintenant

vil .40 Un guerrier s ’est distingué


L a s le beau je u n e hom m e est tom bé
Il avait parfum de m usc
Éclat d ’argent
Il est m aintenant au Paradis
L oin de tout tracas

viii.46 Prends ton vol et plane


Oiseau Te hâteras-tu
A p p elle le bel A l i 392
A v e c les Français nous m enons un com bat acharné
D ieu fa is-n o u s vivre encore
Un an que nous repartions en guerre

ix. 52 C ar si nous restons ainsi notre état est insupportable


C ’est com m e si le m onde était renversé
L es Zouaoua sont de noble race
L es Illoulen 393 des étaux
Ils ont rassasié de chair les aigles
L e bruit en est par\>enu ju s q u ’au Z ab

x. 5 8 Je vous invoque gens d ’A fr ih m


E t vous les soixante chapitres du K oran
Vous qui dites le chapelet
E t toi O m ar Ben E lkh etta b m

390. P erso n n ag e n on identifié.


39 1 . O u e n n o u g h a : v o ir no te 299.
39 2 . A li : v oir n o tes 48 et 252.
393. Illo u len O u sam m eu r : trib u du v ersant sud, à l’est d es Ait M elikech.
39 4 . A frih : village de m a ra b o u ts des A it Atdel.
395. O m a r Ben E lk h e ttab : tro isièm e khalife o rth o d o x e, célèbre p o u r sa ju stice.

421
B y iy i W ru m ’ ad itih
ad fe lla s sudden leklab

x i .64 L aalam azeggway n ccrut


winna d-icud Ufransis
y e f d-edda ly a zy a l-lâasker
m arican d ssersur is
Tasebhit m a za l tecriq
ibda la ineddeh ttebl is

xn.7 0 Bu tqubbef texder196


ik k e rfu n g u di laazib is
M a d i ijuneb iwexxer
w ’ara ih u d d e n ff arraw is
S id i L m w ejfeq zzin lebcer
amalah irya lâarc is

x iii. 76 Tim rabdin su t Iguher


m xelta ihud uxxam is
ya s lehfa m i tent injer
k u l y iw e t idub uksum is
L a reggwlent ger lem xaleq
lehgab ibeddel am kan is

xiv.82 A n n ed leb rrjalJerjer


d k ra y e y ra n d i W edris
S elk aney seg Iwehla
ur nelV ara d aabar is.

396. W in d-ib b w in ta q sit iq q ar d a d Sidi A ali-u -A a b d ella .

422
Faites que les chrétiens tom bent
D évorés p a r les chiens

X i. 64 11 a les fra n g es rouges le drapeau


Q ue les Français ont hissé
L ’attaque est m enée p a r la troupe
L e m aréchal et ses chasseurs
L e m atin avant le lever du soleil
S o n tam bour a com m encé à battre

x n .70 [S id i A li-ou-A bdallah]39'1 A la verte coupole


L e fe u a pris dans ta métairie
S i tu te retires loin de la mêlée
Q ui défendra tes enfants
S id i E l M o u fo k à la belle prestance 398
L as l ’incendie a dévoré ta tribu

xiii.76 Tes maraboutes parées de perles


Q uand ta m aison a été détruite ont pêle-m êle
F ui leurs pieds nus blessés
L eur peau meurtrie
P arm i les hom m es
L eurs voiles tout défaits 399

xi v. 8 2 J ’im plore les saints patrons du D jurdjura


T ous les tolbas d ’O udris400
Tirez-nous m on D ieu de cette épreuve
N o u s n'en avons p a s la mesure40'.

397. Sidi A li-o u -A b d allah : m a ra b o u t des A it M eükech, an cêtre du poète.


3 98. Sidi E! M o u fo k : p e rso n n ag e inconnu.
399. C o n tra ire m e n t aux fem m es kabyies, ies m a ra b o u te s sont voilées.
4 00. O u d ris : v o ir n o te 97.
4 0 1 . Le p o èm e a été tra n sc rit d ’un m a n u sc rit com posé au d éb u t du siècle (avant
1913) p a r un in stitu te u r des A it Y enni. Il se tro u v ait déjà d an s H a n o t e a u , op. cit.
( 1 " p artie, n° 11). Il a été n éan m o in s re p ro d u it sous sa form e prem ière ; il co n stitu e
ainsi u n e b o n n e illu stra tio n des d ép erd itio n s que peuvent accu ser des d o cu m en ts de
litté ra tu re o ra le . En p a rtic u lie r, un nom p ro p re, o rig in al d an s le poèm e rap p o rté par
H a n o te a u (vers 38), a été rem p lacé parce que le personnage n ’é ta it p as co n n u dans
le g ro u p e de l’a u te u r d u m an u scrit.

423
Lhag Rabeh

Lhag Rabeh si Tew rirt m -M usa u A am er (A t M ehm ud) ilia zik d


analm ad n M uhend Ssaâid A m likc (z. n° 104). Asmi y e b y ’ ad as
isiden ccix is, issefra taqsit arm i d 170. Mi gebbwed y e r 151 ibded
ur as y u f a r’ amek aa t-isem sadaa, inna yasen i yigad la s-ifhes-
sisen : — D ag ’ ulac lem gaz is !
Zik, mi d-ihder ad ibdu am eddeh, ad as yini akken i-s qqaren akw
im edyazen 1-lweqt nni : — Lfajtiha... akken i-s inna Sidi M uhend
Ssaâid... Y uyal yer taggara m echur yism is ula n nefta. A rm i yiwen
w as iruh ad ibdu, yenna yas : — Lfa,tiha... akken i-s inna weqcic
Lhag R abeh si Tew rirt m-M usa... Q qaren seggwassen, i gebyu ya-
wi-t id, ikks as sser i wayen d-iqqar, ur as Jhessisen a ra m edden am
zik.

105. Z d a t lberg Ggeslan

Qbel ad-d ikcem U rum i tam urt nney s yiyil, isem m a Ssi Lgudi
(seg A t Budrar) d b acay a Igawawen, iwakken as ten id issexdem.
Seggwakken lyaci fïeyn as-d d ixsimen, iruh s Iw adiyen, ibna din yi­
wen lberg qqaren as Lberg Ggeslan.
Ilia Sidi Lhag A am er d lem qeddem n Sidi A abderrehm an n At
Sm aâil. Seggwakken t-hersen Irum yen, iruh ad izdey di tad d art n
Bwaderrehm an deg A t W asif. A r d-ijtas yers lyaci. Sseg A rum i sim-
mal la d-i#az, dduklen akw a-t rren, ideg im debbren d Sidi Lhag
A am er, Ccix G gw aarab (z. zl. 405), L alla F ad m a n Summer. Zed-

424
Hadj Rabah

105. D evant le bordj des Islan

Les événem ents qui ont donné lieu au poèm e des Islan ont eu lieu
en 1856.
Après la m ort de Belkacem O ukaci (1854), les autorités
coloniales tentent de réduire le bastion kabyle, demeuré seul
indépendant, en intervenant dans les querelles intestines, en
resserrant le blocus, au besoin par des actions armées. Ainsi
nom m ent-elles bachagha des Z ouaoua Si Eldjoudi, adversaire rallié.
L’autorité du bachagha est pratiquem ent nulle et bientôt l’hostilité
contre lui est si poussée qu’il est contraint de quitter son village et

425
men f lberg G geslan, hewsen-t. Mmis n Belqasem A t Q asi, Muhend
A m w eqran, i^tekk’ akken dinna.
Yuzzl-ed Iqebtan Difu si D draa 1-Lmizan s yem nayen 1-lgum
iw akk’ ad im naa Ssi Lgudi. Yers di Tizi n J|lata. Dehm en feîlas
Leqbayel. îrwel ar Buyni, yaared a-d yerr din f yim anis. Tebâan-t,
hubben fellas. lâaw ed irwel abrid n D draa 1-Lmizan. D dan akken di
laaqab is. Tbbwed Difu yer lberg, ikcem, irra-d f yim anis tiburra.
Zzin as Leqbayel i lberg.
Irum yen ceggaan si L e ffa y e r lejninar Y usuf s yiwet ddifizyu
l-lâasker d leslah s Ikwetra. N nuyen legwahi bbwaggur.
Mi hewsen lberg G geslan, ikker Ccix G gw aarab, inna yas : — Ma
yella da w albâad ggefsihen ad ay-d yawi y ef ak ka yedran. Ikker
Lhag R abeh (yella din) inna yas :

1 Ssla( y efk a lmu.sta.fa


a rrsul bu lewgeh im newwer
Leqsa a-} nebdu f f Ifa
fe h m a w ’illan d ccater
F flh e m nni zd a t l e x r f
ger A t Yaaqub d A t A a m e r

426
d ’aller se faire construire près des O uadia le bordj dit des Islan.
C ontre lui se constitue un réseau actif de résistance, autour en
particulier de Sidi Hadj A m ar (voir note 406), Cheikh G ouarab
(voir note 405), Lalla Fadm a de Soum eur402, Sidi M oham m ed Ben
A bderrahm an des Ait M ansour. Sidi H adj A m ar com m ence par
réconcilier les deux sofs rivaux des O uadias (A it A m ar et Ait
Y akoub), puis attaque et prend le bordj de Si Eldjoudi (24 août
1856). M ohand A m okrane O ukaci, fils de Belkacem, est parm i les
assaillants.
Cette action, ainsi que le signalent les officiers coloniaux,
m arque un tournant décisif dans l’histoire de la résistance : « La
guerre, écrit l’un d ’eux, prend un caractère particulier ; elle n ’a plus
lieu de so f à sof, mais bien de soumis à insoumis » (lettre du
capitaine D evaux, com m andant l’annexe de D ra-el-M izan, au
colonel com m andant le cercle de Tizi-O uzou, 24 août 1856).
Le capitaine D evaux, accouru de Dra-el-M izan avec un goum de
secours, est repoussé. Il s ’installe à Tizi-n-Tléta où il est de nouveau
attaqué. Toutes les tribus jusque-là contraintes à la soumission font
défection. D evaux recule ju sq u ’à Boghni où il tente de livrer bataille.
Il est contraint de battre en retraite ju sq u ’à Dra-el-M izan où il
s’enferme. « Chez les K abyles, écrit le com m andant Robin, ce fut
une ivresse générale. »
Il fallut appeler d ’Alger le général Y usuf com m andant une
division et un matériel considérable pour dégager la place après un
mois de com bats.
Après la prise du bordj des Islan, le cheikh G ouarab dem anda s’il
n ’y avait pas dans l’assistance un poète qui pourrait chanter cette
journée. H adj R abah se leva :

1 G loire à toi Prophète élu


E n v o y é au visage de lumière
J ’entam e m on p o èm e en «f a -»403
E sprits agiles entendez-m oi
S u r l'engagem ent d'avant l'autom ne
E ntre les A i t Yakoub et les A it A m a r 404

4 0 2 . M a ra b o u te célèbre p a r son don de voyance et sa beauté. F ut l’âm e de la


résistan ce d e 1857. F aite p risonnière, elle m o u rra en 1863 d a n s le c a ïd a t des Beni
S lim an e o ù on l’a v ait exilée.
40 3 . L ettre de l’alp h ab et ara b e c o rre sp o n d a n t à / , ici p urem ent sym bolique.
4 0 4 . A it Y ak o u b et A it A m ar : les deux sofs rivaux des O u ad ias.

427
7 L a fgallan deg tin u m it
a d y a g w a r w a d if leqcer
B en A a ra b m echur y is m is
lem qam xedm en zzeyya r
S i z ik âalay rrateb is
netfa d S id i L h a g A a m e r

13 A y a n n iw iketîr-ed Igis
bu tm ekw helt tezga t aamer
A m eh m u d iban lasel is
yer lberg m i-d ikkerker
W ’ ihedren d i L b erg Ggeslan
yura-t R e b b i d imherrer.

428
7 N o u s avions fa it serm ent qu 'il y aurait chez les roum is
P lus de m oelle que d ’os
D e Ben A ra b le nom est illustre 403
E t la zaouia toujours em plie de pèlerins
So n prestige de toujours f u t grand
C o m m e celui de S id i E lhadj A m a rAM

13 L es A i t Yenni on t am ené des contingents nom breux


E t des armes bien munies
D es A i t M a h m o u d on connaît la noblesse
Ils o n t dévalé vers le bordj
T ous ceux qui o n t p a rticipé à l ’action des Islan
S o n t inscrits p a r D ieu au nom bre des élus401.

40 5 . C h eik h Sedik O u g o u a ra b : sa in t fo n d a te u r de l’école c o ran iq u e de


T a c h e ra h it aux A it Iraten . L a z a o u ia é ta it renom m ée p o u r son enseignem ent.
4 0 6 . Sidi El H a d j A m a r : septièm e m o k ad em de la con frérie R a h m a n ia . Né vers
1806, e n tre en fo n ctio n en 1843. D o n n e à l’o rd re un g ran d essor, to u s ceux qui
refu sen t l’o rd re c o lo n ia l v en an t à lui. C a u tio n n e le soulèvem ent des G u e c h to u la en
1848, so u tien t en su ite le m o u vem ent de Bou B aghla. C o n tra in t de fuir la z a o u ia des
A it S m aïl, v a se réfu g ier ch ez ses ad ep tes de B o u -A b d erra h m an (A it O uasif). Un
des chefs d e la g u erre d e résistan ce à l’o ccu p atio n fran ç aise de la K ab y lie en 1857
(av ec F ad m a -n -S o u m e u r et C heikh G o u a ra b ). A près la défaite, se réfugie à T unis,
d ’o ù il co n tin u e à d irig er l’ordre.
4 0 7 . U n e a u tre form e d u poèm e su r le bordj des Islan p a r le m êm e a u te u r se
tro u v e d a n s H a n o t e a u , o p . cit. ( 1" partie, n u 9 : « In su rrec tio n de 1856, co m b at au
m arch é des O u a d h ia s »). C es vers ne s’y tro u v en t pas. La version de H an o teau , plus
lo n g u e (52 vers), sem ble a v o ir été co m p o sée ap rès les événem ents.

429
Muhend m-Musa A wagennun

106. A sm ’ ara yaben at-tism in

Irum yen kecmen-d tam urt 1-Le^fayer tikkelt tainezw arut di 1830.
Ar ttayen tim ura t-temdinin yiwet yiwet. Teqqim tm urt I-Leqbayel
t-taneggarut, ur-f id kcimen ara armi d 1857. M aca qbel 1857 bdan
tqerriben-d cwit cwit deg w zayar, ideg ilia Belqasem At Qasi di
tazzw ara inufq iten, yuyal, asmi iwala A abdelqader-u-M hidin iyli
di M aasker (di 1847), ula d n e^a istaaref s lehkwem ur izmir ar’
ad yerz. ô g a n -t Irum yen d b acaya n A am raw a. U r yaattel a ra ir-
ra-d s lexbar belli, akken rkaan idarren nnsen, la kkaten ad as
kksen lehkwem n tidej, a-s ggen kan lexyal.
Yibbwas iruh um edyaz M uhend m -M usa A w agennun yer At
Qasi. Inteq yers Belqasem inna yas : — Awi yay-d kra yef lihala
yagi deg nella. Inna yas M uhend m -M usa :

A R e b b i rr a y-d tiyallin
sut ssbib ye d d a l tuyat

430
Mohand Mousa des A it Ouaguennoun

106. Quand m ourront les jaloux

Poète national, témoin désespéré puis désenchanté de la conquête


coloniale408.
L’occupation de la K abylie est intervenue concrètem ent en 1857.
M ais le m assif du D jurdjura était, depuis longtem ps, m éthodique­
ment investi de tous les côtés. En particulier, le pouvoir colonial
avait reconnu Belkacem, de la famille noble des O ukaci, com m e
bachagha de la plaine de Tizi-O uzou. M ais Belkacem s’aperçut vite
que l’autorité tendait de plus en plus à faire de lui un exécutant sans
pouvoir réel et bientôt sans prestige. Aussi les O ukaci vont-ils en
1857 conduire la résistance kabyle aux troupes françaises.
Un jo u r que le poète M ohand M ousa était chez eux, Belkacem lui
dem anda de dire quelques vers sur la situation telle q u ’elle paraissait
à ses yeux. Le poète répondit :

M o n D ieu rendez-nous les ju m e n ts


D o n t les longues crinières couvrent les épaules 409

4 08. D e M o h an d M o u sa, on tro u v e d an s H a n o t e a u , o p. cil., deux poèm es ( l rc


partie, n° 8 : « In su rrec tio n des A m ra o u a en 1856 » ; 3 ' partie, n° 19 : « Isetra »)■
40 9 . C o n trairem en t aux g uerriers des trib u s de la m ontagne qui étaient presque
to u s des fan tassin s, les O u k aci et les trib u s m akhzen de ja d is d isp o saien t d ’une
cav alerie qui leur assu rait d a n s la plaine un av an tag e certain.

431
Yessent i gecbeh lekm in
fxelli/ent d i Iwedyat (ney : i neccerrig)
A s m ’ ara y a ben at tism in
a-y wten w idak nekkat.

Inteq Belqasem inna yas : — A rgu, berka ! U heq Sidi Sseddiq ma


taaw ett as !

107. T am u rt akw tenza

ï. 1 Sslaf fe lla k laâdla


a-k gey d lâula
a rrsul ay adrar uhsin
A bu nnur içba ibunda
m i gezw ar ttya
ney lejjer m i-d ifâallim
A r tecfâad deg Igil-a
tam urt akw tenza
w lad lemdareb akw y lin

ii. 10 T int as i ssid n Ssehra


m a iwala Igur-a
ul is ad fe lla y yih n in
Ifn ay im hujar tasa
iddan di ssfina
m i-d wet Im u j’ a-f walin

m. 16 Telia z ik Le?payer thenna


d T terkw lekwranda
b e x la f aâwijen usekkin

432
E lles servaient aux belles em buscades
O u p o u r couper à travers la plaine

L e jo u r où les hom m es à l ’honneur ja lo u x ne seront


[plus410
C eux que nous battions nous battront.

107. Ordre nouveau

i.l Q ue le prélude se fa s s e en ton nom sans répit


Sois m on viatique
Prophète bastion ardu
Ta lumière rayonne
E t s ’annonce de loin
C o m m e l'aube qui pointe
Intercède p o ur cette génération
L e p a y s tout entier est bradé
Tom bées sont toutes les hautes lignées

ii. 10 D em ande au Seigneur des déserts


S ’il voit cette oppression
Q ue son cœ ur p o u r nous s ’attendrisse
Ils ont m eilleur courage les exilés4' 1
Q ui ont pris le bateau
E t regardent fo n d re sur eux les vagues

a i . 16 A Iger ja d is vivait en p aix


A v e c les fie rs Turcs
A u x sabres recourbés

4 10. Il s ’agit des O u kaci et. d ’une fa çon générale, de tous les résistants à
la co nq uête étrangère.
4 1 1 . Un certain n o m b re de K ab y les, p o u r ne pas su b ir la loi des c o n q u é ra n ts,
ont préféré aller s’é ta b lir en te rre d ’islam , en p articu lie r en Syrie.

433
Tura izedy if lekw m anda
s Igur d zzya d a
iqdaa d i medden akw tism in

i v . 22 A m alti yeb d a Ixedma


abrid iwetta
s Im esha y akw d ugelzim

Iqdaa abrid yer Lxecna


abehri zzehw a
Ixil lekrares [âaddin

v.28 Ibna lberg d i luda


s Igir i gwetta
i L eq b a yel ard m cetkin
B u sseyy ’ a-t-tadef tawla
ibded d i ddlala
y e h se l di tin ur ixdim

v i. 34 Seg Sabaw ar Taburga


Im al akw yura
rnan arrac la [rebbin
Im eqw ranen deg A a m ra w a
ssabun tarda
ucci d ssm id ifneqqin

W i y u fa n abrid yer trewla


iqqim di tmurt-a
m a ixetta-t welleh ur-t idlim.

434
M aintenant elle est occupée p a r des officiers
Oppresseurs injustes
E t qui ont nivelé tout le m onde

iv .22 L e M altais 412 s ’est m is à l'ouvrage


Traçant des routes
A coups de truelle et de p ioche
I l a ouvert la voie vers E l K h ech n a 413
D a n s la brise et l ’allégresse
C hevaux et diligences passent

v.28 II a construit dans la plaine un palais


C répi à la chaux
Pour que les K a b yles y viennent plaider
L a jiè v re p ren d les accusés
M is à l ’encan
Chargés de crimes q u ’ils n ’ont point com m is

vi. 34 D u Sebaou à Taourga


Il a enregistré tous les anim aux
L es enfants en bas âge
L e s grands du p a y s A m ra o u a 414
Jadis usaient de savon
D e fin e sem oule p o u r leurs m ets
Q uiconque trouve la voie de la fu ite 415
E t reste en ce p a y s
S ’il est condam né c ’est p a r D ieu justice.

4 12. L a c o lo n isa tio n av ait attiré des M éd iterran éen s d ’origine diverse.
4 13. El K h e c h n a : g ro u p e de p o p u latio n s en tre l’Isser et l’H a rra c h .
41 4 . S ebao u : riv ière qui prend sa so u rce d a n s la p artie o rien tale d u D ju rd ju ra,
trav erse d ’est en o u est la plaine de T iz i-O u zo u et se je tte d a n s la M éd iterran ée à
l’o u est d e D ellys.
T a o u rg a : v illage o ù résid aien t les d jo u ad A it M a h id in e .
A m ra o u a : terre m ak h zen d ’environ vingt m ille h ectares d an s la plain e qui entoure
T iz i-O u zo u . C o m p re n a it seize sm a la s (environ 50 0 chevaux), parm i lesquelles
T a m d a , T ik o b a ïn , T a o u rg a , C h a m lal.
4 1 5 . V oir n o te 411.

435
108. Lehkw em -a yeq w a s ddraa

Sslaf y e fk a nnbi m ucaâ


m i-k bedrey nenfaa
a n s u l bu rrkub t-trihit
A win y e f d-nezled a ccraa
d isem ik la idejfaa
aw hid L leh ifettel ik
A k - k afey a nnbi d amcafaa
deg g id m 'ara ndaa
a sm ’ ara qqw ley ddu tnezlit

L ehkw em -a y e q w a s ddraa
w ' izem ren a-t im naa
s y iy il is hed m a iqerrâ it

W ’ isâan alag a-t imnaa


ifka-t di Ikwelfa
iruh yer  u d a yéb b w i-t

N etfa ku ly u m di Imehna
d im etti dim a
tarwa-s gw ran-d i tw ayit416.

109. Day guqa lwerd ?

Iceggaa yibbw as Belqasem A t Q asi yer M uhend m -M usa. Mi-d


ibbwed inna y as : — La-k iqqar lhakem Irum yen : ini yi-d tiqsidin
tessned n teqbaylit, a-k gaaley. Inna yas M uhend : — R uh ar azekka
ad ak-d rrey s lexbar, ad xemmey. A zekka nni inna yas Belqasem :
— a M uhend m -M usa m a tefrid d rray ik ? Inteq um edyaz inna yas :

416. U r tek m il a ra teqsit.

436
108. Le règne de l’arbitraire

(Poèm e inachevé sur le même thème)

G loire à toi P rophète illustre


C ’est p ro fit de dire ton nom
E n v o y é aux babouches passées dans les étriers
P rophète à qui la L o i a été révélée
Ton nom p a rto u t a cours
Car D ieu unique l ’a distingué
Sois m on intercesseur
L a nuit de m on déclin
Q uand j e serai sous la dalle

C e p o u vo ir411 est p ar trop oppresseur


N u l ne p e u t l ’affronter
N u lle fo r c e lui opposer un barrage
Q ui com pte sur l ’appui de ses enfants
L es voit enlevés
E m portés vers A o u d a 4n

I l est dans l ’affliction chaque jo u r


D a n s les larmes
E t ses enfants dans la misère.

109. Les roses sont-elles mortes ?

Un officier français fît dem ander à M ohand M ousa son répertoire


de poésies, contre rém unération. Le poète, craignant que ce désir ne
fût un ordre, dem anda un tem ps de réflexion, puis le lendemain
donna cette réponse :

4 1 7 . Le p o u v o ir co lo n ial.
41 8 . N o m d ’u n e p riso n tristem en t célèbre.

437
D ’ay guqa Iwerd a R e b b i
alam m a delbey taafert

L hila teffagw em trennu


m a n-neffat tugi tacert
M a m liy as n n b i i W m m i
awer icfaa dgi di laxert.

110. Tam urt ala tamurt nney !

T aggara, mi gw ala um edyaz A rum i yuy tam u rt irna la isqaaday


tarusi, iddem laayal is irna yer widen la yejhajaren yer ccerq, iruh
yer Tunes.
Ikka-n aseggwas ney ixus cwit, yibbw as yuyal-ed s netfa s laayal
is. Isteqsa-t A ali m-M uhed A arab seg A t Yanni, yenna yas : — a
M uhend m -M usa, u yal d-uyaled t-tarzeft kan, attuyaled alam m a t -
Tunes ney dayen atteqqim ed ? Inna yas : — A A ali ad qqim ey. — Ini
yi-d ayen ; Inna yas : — Ayen ? Inna yas : Z ik m ’aa qqaren Ibay n
Tunes, n ek yiley d Ikursi, ziy ulac din. A d ak inin : w azir Iherb, ad
as ssu y snat trakniw in ad ilâab fellasent, m ’ur-t id jm a a n ara ggiy.
Sâan wazir Ibehri, ad y ili w em dun ney tam da, m a inuda ten id iffey
d ssalem ur nniy ara. Tam urt, a A a li, ala tam urt nney.

438
L es roses m on D ieu sont-elles m ortes
Q ue j'e n sois réduit aux jle u rs d'églantier
L e vase s ’em plit se vide
M ais ja m a is ne connaît le rassasiement419
S i j e dis le Prophète au Chrétien
Q u ’il m ’abandonne dans l’au-delà.

110. D ésenchantem ents

M ohand M ousa, incapable de supporter l’ordre nouveau, finit par


s’exiler à Tunis. Il en revint au bout de quelque tem ps, désenchanté,
affecté par l’inefficacité et l’im puissance évidente d’un pouvoir
islam ique m ais sans effet420.

41 9 . C eci veut dire que la faim renaît to u jours.


420. Le beylik tu n isien é ta it parvenu à un é ta t de d écad en ce accentué au début
de la seco n d e m o itié d u x ix c siècle.
W ahed-u-sebâin

111. T aqsit n wahed-u-sebâin

i.l S sla f y efk a nnbi Lâadnan


bu yise m azidan
a rrsul a ttejra m m îili

Ifettel ik bab igenwan


isuddum en aman
ixtar ik id d lâali

W ans-i m aay y i cudden Ikeffan


ad beddley am kan
asm ’ ara bduy d Iwali

ii. 10 Belleh a kra da yellan


ay uhdiq iyran
fe h m a vv 'illan d aaqli

A q la y neyli ger Iwidan


k u ly u m d iyeblan
ddin iqqw el d Ixali
A m fe lla h am berzidan
Iqum a g ’ ihan
itij tam eddit iyli

n i. 19 A malah a ddar sseltan


axxam A t M w eqran
ikfa ffm a q ufilali
Terrzed a T am gu tya â la n
tin y ife n Iquman422
y ers ttlam deg nnzali

422. K ra bb w aw alen (d ik k an si ta â ra b t) keffun s « an » di tm e d y a z t : lxufan,


Iqum an.

440
La révolte de 1871

111. L a révolte de 1871

i.l G loire a toi Prophète A d n a n ite421


D o u x est ton nom
E n v o y é com m e un arbre om breux

Tu es l'élu du maître des d e u x


Par qui la p lu ie tom be
I l t ’a rehaussé par-dessus tout
A ssiste -m o i le jo u r où on m ’enveloppera dans un linceul
E t où changeant de demeure
Je serai séparé de ceux que j ’aime

ii. 10 Par D ieu assistants


É duqués et instruits
Vous qui êtes sages entendez-m oi
N o u s voici au confluent des eaux
Tous les jo u rs soucieux
D ans un m onde que la f o i a déserté
Fellahs ou notables
L e s hom m es d ’aujourd’hui sont dévastés
N o tre soleil s ’est couché le soir tom be

m . 19 L a s où est le palais princier


D es M okrani
Passées sont les bottes de maroquin
Tu es brisée Tam gout 423 altière
Q ui dom ines tous les alentours
E t la nuit est tom bée sur les cam pem ents

4 21. A d n an : voir n o te 2 0 5 .
4 2 3 . T a m g o u t : voir no te 286.

441
L h a g M u h em m ed A t M w eqran
d aggur ger yetran
tya b ed a ssbaa aremli

iv.28 Bu usedsu am Iwizan


rrefda utiyan
y e f uâwdiw i-geccali

M alah ay am gud n zzan


ay ucbih rebban
d eg-G w ekfad’ i-ge[}ili
Im m u t lam in l-ïbizan
iyli di lexzan
sah ay izri d lehm ali

v.37 M alah a Iwerd azidan


nef fa d zaafran
ifuk ffm e r di nnxali
A y r a d iyli di lexzan
bacaya ur iban
rrzen at ja b a d u li

aqlay di lexxer n zzm an


rrzen A t M w eqran
T e y li ssarya m M h en d A a li

vi .46 Q qwley u rferrzey asennan


seg m ettiyeq w a n
y a k m a iru Iqelb ahlili
Ib b w ’ at rrub’ iclawan
tahm ilt utayan
ifuk awladi laali

442
H a d j M o h a m m ed M okrani
L u n e p a rm i les étoiles
L io n des sables tu n ’es p lu s

iv. 28 II avait denture de perles


Yatagan au côté
E t cheval caracolant

L a s sur le beau plant de chêne zen


G randi
D ans la fo r ê t d ’A k fa d o u 424
L e roi des fa u c o n s a trouvé la m ort
A u fo n d d ’une trappe
M es larmes coulez à flo ts

v. 3 7 L a s sur la rose parfum ée


M êlée au safran
Passées sont les dattes sur les palm iers
L e lion est tom bé dans la trappe
L e bachagha disparu
Brisés les porteurs de boléros
N o u s som m es à la fin des tem ps
D échus sont les M okrani
D étruite la colonne de M éhém et A l i 425

vi.46 M es y e u x ne distinguent plus l ’épine


T ant ils ont versé de larmes
M ais c ’est à raison n ’est-ce p a s que m on cœ ur pleure
I l 426 a enlevé les porteurs de robes éclatantes
E t de yatagans
H o m m es fin is sont les preux

4 2 4 . A k fad o u : voir note 27.


4 2 5 . M éhém et Ali : vice-roi d ’É g y p te de 1811 à 1849, renom m e p o u r avoir tenté
de créer le p rem ier É ta t m u su lm an m oderne.
42 6 . Il : le p o u v o ir co lonial.

443
Tam da teqqw el d ixerban
thud d iyerban
hezn a lhara 1-lqaydA ali

Taqsit a[-[ b duy s Iqis


fh e m ay u kyis
s îm izan bdiy nndam
R ecd ey w'illan s laaqel is
m a iqegged rray is
uhdiq ifehm en leklam
T am da hudden leswar is
ggugen im aw lan is
terrzed a Iqesba n C cam

Iffy -e d jn in a r Siris
ifu k laabd is
heddrey a m edden teslam
A tas iw im i igzem i x f is
ur ixdim unkis
tasa in ’ af fa tennehzam
Curâan a kw d i Ikurdasis
kulw a s Iheq is
yaden i y ’ ixxam en n ttâam

I x f i w icab a m y ilis
u l iw ifnexsis
tugid a ttezzfed a ttïam
N u y asawen negg ubdis
Iqum-a d udnis
aaziz ubrid yer lehram
Tam da n ’est p lu s que ruines 427
M urs éboulés
T u p eu x prendre le deuil dem eure du caïd ,4/z'428

vil .5 5 Je vais entam er ce p o èm e avec art


E sp rit sage écoute-le
J ’en ai m esuré les vers

J e conjure les hom m es sensés


Q ui raisonnent
E t des m ots com prennent le ju s te sens
L e s rem parts de Tam da sont tom bés
Ses m aîtres bannis
Tu es brisé château syrien 429

viii.64 L e général C erez 430 s ’est m is en campagne


I l a exterm iné le m onde entier
H o m m e s vous entendez ce que parler veut dire
I l en a fa it décapiter beaucoup
Q ui n ’avaient com m is nul crim e
M o n cœ ur en est bouleversé
Ils ont tous passé en cour d'assises
A v e c chacun un c h e f d ’accusation
Je plains les fa m ille s ja d is généreuses

ix .73 M o n c h e f est chenu com m e toison


M o n cœ ur soupire
Tu ne veux p o in t te dissiper nuit
N o u s avons pris la voie ardue délaissant la voie plane
C ette génération perdue
A im e les chem ins du péché

4 2 7 . T a m d a : v oir no te I I.
4 2 8 . A li O u k aci : caïd d e la fam ille des O ukaci.
42 9 . L a S y rie était co n sidérée, de façon un peu m y th iq u e, co m m e un h a u t lieu de
l’islam .
430. C e rez : un des g én éraux qui o n t co n d u it la lu tte c o n tre les c o m b a tta n ts
k ab y les en 1871.

445
D ssbaa issader i wallen is
iyelb it y ifis
deg m i yaagez as leklam

x .8 2 D nnfaq i y l i - d f Ixelq is
ur nefhim îamer is
tam urt akw m i d-m hakam
S i B udw aw arm i d W edris
d ill-e d A t W aylis
S i B waârarig ar L hem m a m
Isers a y-d akw d i ssikis
yern a lexm us is
iqdaa ta xb izt i L islam

xi.91 Jum iter la d-ifqerris


iddem dduzan is
tam urt isers if di zzm a m

K u lw a ikteb Im elk is
yerna Iwacul is
itte f ay c c ifk u l axxam
W i âarqen ad iza d s i x f is
ibeddel lâaqel is
di tejm aayt i-d-innehcam

x i i . 100 A a m ra w a y e lla n d afdis


teqwa tfellaht is
irden annect iyunam
D a s if n S a y d ay d Im etl is
ggugen letm ar is
Ifakya m en ku l lawan

446
L e lion baisse les y e u x
D evant l ’hyène triom phante
L e s m ots dans sa bouche se fig en t

x.82 L a révolte s ’est répandue partout


N u l ne p eu t dire
C om m en t le p a y s tout entier s ’est levé

D epuis B oudouaouw ju s q u ’à O udris 432


J u s q u ’aux A it Ouaghlis 433 de delà la m ontagne
D e B ou-A réridj434 à M ichelet 435
Z/436 a séquestré toutes nos terres
P rélevé tribut
R éduit les m usulm ans à la fa m in e

x i.91 L e géom ètre m esure


A v e c ses instrum ents
Il a cadastré les terres
Il a enregistré toutes les propriétés
L es hom m es
A chaque fa m ille il a im posé un responsable
Q uiconque se trom pait dans ses déclarations
Parce q u ’il avait l ’esprit troublé
En pleine place était confondu

x n .100 L a plaine A m ra o u a était lourde


D e m oissons abondantes
D e tiges de blé hautes com m e des roseaux

L e Sais seul lui était com parable


M ain ten a n t exilés sont les fr u its
Q u ’on y cueillait en toute saison

4 3 1 . B o u d o u a o u : ja d is A im a , gros b o u rg à une tren tain e de k ilo m ètres à l’est


d ’A lger.
4 3 2 . O u d ris : v o ir n o te 97.
4 3 3 . A it O u ag h lis : voir note 16.
4 34. B o u -A rérid j : petite ville à l’ouest de Sétif, d a n s la plain e de la M ed jan a.
4 3 5 . A u jo u rd ’hui A ïn -E lh am m am .
4 3 6 . Le ch rétien .

447
Tura izedy if Ufransis
bdan lem seyris
thezned a Ihemra l-ledyam

XIII. 109 L aalam d-cudden at uâabruq


s ttem bur d Ibuq
bdan-d zzn a d um esm ar

L m ed fa a y e b d ’ aham q
72 an at Iguq
lm a l iruh di tnem dar
Igellil ggan-t m ehquq
leblad is m esruq
tam urt is te n z ’ ar am nar

xiv. 118 F fy e n -d yilfa n bbwebquq


Scan Ihuquq
wten d i legwamaa ttar
S i B u dw aw arm i d Sedduq
ibda-f d fa ru q
iktal tam urt d legwtar
M enkulw a yelli ssenduq
ifka -d ffecbuq
m ’ athezned a Iguhreddar

X V . 127 M alah ay aqcic n ccuq


Ibab is m eyluq
B enâabdenehm an am yar

448
A u jo u r d ’hui les Français l'habitent
A p rè s l ’avoir alloti
A u grand deuil du blé qui y p o u ssa it de saison en saison

x n i. 109 L es soldats au kép i ont hissé l ’étendard


A v e c tam bours et clairons
Ils ont inauguré les chassepots 437
L e canon tonne
Brisant les colonnes 438
D ispersant les troupeaux
Ils ont accablé de dettes les pauvres
V olé leurs terres
Vendu leurs cham ps ju s q u ’au seuil des m aisons

x iv .l 18 L es p o rcs fo sso yeu rs d ’arum ont paru


F oulant les droits
Jou a n t du tam bourin dans les mosquées

D e B oudouaoü *40 à S ed o u k 441


I l a cadastré la terre
L ’a m esurée à l ’hectare
C hacun ouvrant ses coffres
D onnait ju s q u ’a u x baguettes
D es longs fu sils endeuillés

x v .127 L a s trop aim é


V ieux B en A bderrahm an 442
O n a fe r m é les portes de ton m ausolée

4 3 7 . A lo rs q u e l'efficacité d es fusils algériens e t fra n ç a is é ta it à peu près égale


ju sq u e -là , l’em p lo i d u c h a sse p o t p a r les arm ées co lo n iales à p a rtir d e 1866 a
c o n s titu é p o u r elles un av an tag e certain .
4 3 8 . C o n tra ire m e n t aux co n tin g en ts to u jo u rs o ccasio n n els des trib u s , les djouad
M o k ran i et O u k a c i d isp o saien t d e petits g ro u p es de cav aliers réguliers.
44 0 . B o u d o u a o u : voir n o te 431.
44 1 . S edouk : v illage des A it A b b as, où se tro u v a it la z a o u ia d u cheikh
E lh a d d a d , g ra n d m a ître d e l’o rd re des R a h m a n ia et c h e f sp iritu el d e la révolte.
4 4 2 . C h e ik h Ben A b d e rra h m a n , sain t fo n d a te u r de la co n fré rie d es R a h m a n ia ,
est m o rt en 1793. L a d estru ctio n de sa k o u b b a des A it S m aïl p a r le g én éral C erez en
1871 a été d o u lo u reu sem en t ressentie.

449
S id i L m eh d i-u -Z en u q
law liya luhuq 439
atnaared a S id i A am m ar
A adaw g ze m t as laaruq
w ett-ef s Imecquq
iUa R ebb ' a-d-yerr [far

x v i.136 La a la m d-cidden at trihit


d rrekba n tetnit
A t Q asi ccbabat lehrar
M en ku lw a Ixil irekb it
algam ikecceb it
•amenda iqeddem am ecwar
A ta s i thuza tw a yit
y e y li t-tinnegnit
m a n em yug annem yihqar

xvn. 145 M uhend-u-Ssaaid yeb b w i-t


ssbaa n T m ezrit
lbaz m i seb yen lecfar
C cib ifhibbi isettel it
Ihebs ikecm it
igga y i dubey am m esm ar

K fa n legwad m sa kit
tarwa n tneslit
Ihem iyli-d d aqentar

xvm.154 L m e lk n Jebla y e k k e s it
U-M weqran yeb b w i-t
tezram -t ijebbed am esm ar

43 9 . L uh u q : ur ittw assen a r a u n am ek b b w aw al-a (a h a t : lh u q u q ?).

450
S id i M ahdi-ou-Z erouk 443
Justes saints
E t toi S id i A m m a f444 secourez-nous

D e l ’ennem i brisez les nerfs


M ettez-le en pièces
C ar D ieu est q u i nous rendra raison

xvi .136 Ils ont levé l ’étendard les porteurs de babouches


M o n tés sur de jeu n es ju m e n ts
L es A i t K a ci guerriers de noble race
T ous cavaliers experts
Q ui les rênes serrées
S e lancent dans les longues randonnées
P lus d ’un a trouvé la m ort
C o u ch é sur le dos
A lo rs honte à qui de nous trahira

xvii. 145 Ils ont p ris M ohand-ou-Saïd 445


L e lion de Tim ezril 446
L e fa u c o n aux cils teints
Ils lui ont coupé la barbe blanche à quoi il tenait
P uis ils l ’ont je té en prison
M e laissant m o i p lu s battu q u ’un clou
F inis so n t les nobles pauvres d ’eux
S u r les enfants de p u re race
L es épreuves sont tom bées p a r m onceaux

xvm . 154 Ils ont confisqué la terre d eJeb la 44S


D ép o rté E l M okrani
Q uel guerrier il était vous le savez

4 4 3 . Sidi M a h d i-o u -Z ero u k : s’agit-il des Izerouken des A it O u ag h iis ?


4 4 4 . Sidi A m m a r : il ex iste aux A it Idjer une z a o u ia de ce nom .
4 4 5 . M o h a n d S aïd : p erso n n age non identifié.
4 4 6 . T im e z ril : p etite lo calité su r les h a u te u rs d o m in a n t la rive d ro ite de l’oued
S ahel, au su d -o u est de Bougie.
44 8 . Je b la : h am eau d e T ik o b a ïn (voir note 10).

451
T -T a m d ’ ay t-tajaddit
M eqlaa iqerb it
akken i debxen lecwar
K fa n legwad m sa kit
tarwa n tneslit
yaden iy at llebsa l-leyyar

xix. 163 A y ' iggan cbiy Ik e f


izr ’iw ik e ffe f
tettuqet cehada n rrya
L e h k w e m ibda-d adeb b w ef
tam art a th effef
ur a y -d iggi zza w iya
K ra bbw in icehhden y u n e f
ttabla th e d d e f
ay-gem m uten bla sseyya

x x . 172 T a xlfft n Sid n a Y u s e f


th u d te n e fr e f
A t M w eqran sabaniya 447
K u l aâw diw iswa a le f
Igesaa i-gaalef
yessen i câerrigen Iwedya
L q esb a ihudd-if y i l e f
a Ibext im cen n ef
sah ay izri idim yefn a

x x i. 181 B acaya lbaz Ixa tef


ay itbir n rref
m alah a ssbaa bu zzenda
S i Bwaârarig ar C c le f
win itte f a -t-iw sef
ihuza ddula d Ikudya

447. S a b a n iy a : ur ib an a r a u n am ek b b w aw al-a, b e x la f m a d isem n tm u rt n


Sebbenyul.

452
T am da était le haut lieu
Près de lui M ekla 449
Partageait avec lui le conseil
Passés sont les nobles pauvres d ’eux
L es enfants de pure race
Vêtus de brocard m e peinent

xix .163 M ais ce qui m e donne com m e l ’aveugle


L es y e u x perclus
C e sont les fa u x témoignages
L es autorités se rendaient partout
Faisaient couper les barbes
E t fe rm e r les lieux saints
Q uiconque reconnaissait ce dont on l’accusait
É tait guillotiné
C om bien en a-t-on exécuté qui n ’avaient rien fa it

x x . 172 Elle a été détruite et jetée au vent


La descendance de Joseph 450
L es M okrani d ’Espagne 451
A vec leurs chevaux de m ille réaux
Bien nourris
Ils coupaient à travers les plaines
L es porcs ont détruit leur château
A h destin contraire
C ’est à raison que mes y e u x versent des larmes de sang

xxi. 181 L e bachagha fa u c o n ravisseur


R am ier de dessus les toits
L ion puissant las
D e B ou-A réridj au C h é lif
A v a it tout dom pté
S on p ouvoir était assis com m e un roc

449. M ekla : petite localité à l’est de T izi-O uzou


45 0 . D ésig n e ici les chorfas.
4 5 1 . T exte peu sûr. P eu t-être l’E spagne est-elle ici une valeur purem ent
sy m b o liq u e co m m e la Syrie du vers 63.

453
Tura yezg a -d iderref
m i d-nusa n ed a a f
ddenya te[neqlaba

x x n .190 B udaw edyakw d Y u sef


rrekba tx u le f
tit te z g a - d f luraya
K u lw a lewlad is itle f
seg wqebli y e k n e f
ib b w iy a k w at Ifedya
itij di lexzan ix s e f
tam urt a kw te n ze f
y e f nnbi i-gedra uya

xxin. 199 X frey-k a L leh m ulani


d k e c a y d Iqawi
ay agellid izemren

D a a y -k in s L hacim i
B ubker d A a li
d k r a y e y ra n izem m em
L a nek la kra da yuri
tekfu d lem hani
Igennet a d degs nnaam.

4 54
M aintenant on l ’a m is à l ’écart
Car nous som m es sans fo r c e
E t changeants sont les jo u rs

x x ii. 190 B oudaoud et Y o u s e f 52


Cavaliers émérites
Tireurs hors pair

O n t livré leurs enfants


A u p a y s du sirocco cuisant
O ù tous les otages étaient m enés
L e soleil encagé s'est obscurci
L e p a y s tout entier n ’en p eu t mais
L e tout p o u r l ’am our du Prophète

x x iii. 199 Seigneur m on D ieu j e t ’im plore


Tu es le tout-puissant
L e Souverain R o i
J e t ’invoque p a r le Prophète H achém iteiil
Par A bo u -B a kr et A li 454
Par ceux qui ont appris le K oran ju s q u ’au bout
Tant p o u r m o i que p o u r ceux qui sont ici près de m oi
F ais que les épreuves cessent
E t q u ’au Paradis nous connaissions le bonheur.

4 5 2 . B o u d a o u d et Y o u sef : p erso n n ag es non identifiés.


45 3 . H a c h é m ite : voir no te 247.
4 5 4 . A b o u -B ak r et Ali : v oir note 249.

455
Amawal

Lexique

ack u , parce que jlu (ijla, u r ijli, ijellu), se perdre


adlis (i-en), livre m aca, mais
afir (ify ar), vers m d. ( = am ed y a (im e d y aten )), exemple
ag b u r, table des matières nam ek ((ur) in u m ek , ijn a m a k , an a ­
ag em m ay , alphabet m ek), signifier
aies (y u les, u r y u lis, ijjaies, allas), n m e '/ru , rimer
répéter, raconter qr. ( = q em et), cf.
aies (ilsan ), homme (au sens : espèce slid, excepté
h u m ain e)
a m a ta r, index
a m a w a l, lexique, dictionnaire
am d an (i-en), individu
am e d y a z (i-en), poète tacaw it, le parler ckaouia
am esd is (i-en), strophe de six vers tacelh it, le parler chleuh
(sizain ) tafek k a (tifekkiw in), corps
a m esk ar (i-en), auteur ta y e rm a (tiy erm iw in ), civilisation
a m e n tra n , vagabond ta h ra y t, conclusion
am sisa (i-n), allié tallit (tillay ), période, époque
am ta w a (i-n), accord ta ls a (tilesw in), humanité
ta m a c e y t, le parler touareg
a m u r, partie
am y ag , verbe T a m a z y a , Berbérie
ta m a z iy t, 1. la langue berbère 2. le
an a lm a d (i-en), élève
an am ek (in u m a k ), sens, signification
parler béraber (M o y en -A tlas)
a n b a z (i-en), envahisseur ta m e d y a z t (ti-in), poésie
anzi (an ziten , inzan), proverbe ta m e y ru t (tim ey ra), rime
as a b e r (isu b ar), paravent, rideau tam sirt, leçon
asafeg (isufag), avion tarifit, le parler rtfain
asekkil (i-en), caractère d'écriture ta s e d d a rt (ti-in), strophe
asek k u d , vision, intelligence tasiw it, le parler de Siwa (É gypte)
aseklu (isek la), arbre ta zm ilt, note, au sens de : commentaire
asgw et, pluriel ta z w a rt (ti-in), préface
asuf, singulier tigdem t, tambour de basque
atg . ( = ar tig ra ), etc. tim e y ri, leçon, enseignement
atra r, moderne tu ss n a (tu ss niw in), science
aw an (-en), état, situation, cas
aw rey (iw ery en ), or
aw sil (i-en), affixe
azem m al, groupe u g ar n..., la plupart des...
usrid ( en), direct
uttun (-en), numéro
z. ( = zret), voyez
fu ((ur) ifu, iffu, ufu), éclairer, zl. ( = tazm ilt), note
resplendir zu zef ((ur) izuzef, izzuzuf, azuzef),
gt. (= asgw et), pluriel dénuder, dissiper

457
Amatar

Index

A a b d e lq a d e r L g ilali 372 At A aydel 368, 421


A ab d elq ad e r-u -M h id in 4 3 0 At A aysi 98, 2 6 3 , 363
A a d n i 156 At B etrun 108
A ali 23, 104, 118, 32 6 , 35 6 , 4 2 0 , 454 At B u a ak k ac 51, 184, 190
A ali A a m ru c 25S At B u d rar 51, 185, 190, 424
A ali A t M u h e m m e d u Q asi 51, 185 At B uyehya 362
A ali A t Y usef-u -A ali 51, 185 At C e b la 140, 206
A a li-m -M u h e d -A a ra b 438 At G w a re t 62
A ali-u -Q asi 76 At y e b ri 356
A ali-u -Y u sef 6 2 , 142 At lég er 451
A a rn e f A zk u k 202 At I$ u re y 189
A am er-u -M l)em m ed 37, 94 At Je n n a d 20, 40, 62, 6 7 , 76, 8 0, 132,
A am e r-W a a li 84 142, 163
A a m ra w a 66, 69, 76, 4 3 0 , 4 3 4 , 44 6 A t Jlii 214
a a n a y a 20, 78, 152, 3 58, 3 90 A t L a rb a a 107, 114, 120
A b iz a r 6 2 , 74, 8 0 , 88 A t L ehsen 107, 114, 120, 126
a d ra r 78, 82, 108, 128, 130, 25 2, 276, A t M a n g ellat 174, 182
30 6 , 360, 362, 4 0 2 At M ed d u r 258
A frih 4 2 0 A t M eh m u d 4 2 4 , 428
afsih 120, 148 A t M likc 416
A g em m u n Izem 180 A t M raw 168
A glag al 70, 72 A t M w éq ran 442, 4 5 0
A gw ni G gey ra n 258 At M zai 368
A gw n i-h -H m èd 122 A t Q asi 18, 20, 4 1, 6 2 ,6 5 , 67, 6 9 , 71,
A gw ni Q ib el 366 72, 76, 90, 4 1 2 , 4 2 9 , 4 5 0
A y e n ju r 266 A t Q d iâ 70, 81
A keffad u 71, 86, 140, 148, 4 4 2 A t R b a h 96, 182, 205
A im a g g em n ay en 72 A t S edqa 207
A ly e m 318 A t S m aayl 340
am e d d a h 10, 38 A t W ag en n u n 88
am u sn aw 13, 4 5 , 4 6 , 51, 56, 60, 67, A t W a y lis 67, 76, 84, 368, 446
136, 174 A t W a s if 51, 94, 9 6, 182, 185, 424
A q b il 51, 174, 185 A t Y a a la 129, 258, 260, 361
A qbu 368 A t Y aaq u b 4 2 0
A rezq i A t M a a m m e r 48, 50, 348 A t Y anni 36 4 0, 50, 51, 63, 67, 9 4,
A ru m i 62, 411 , 412,' 42 0 , 424, 438 106, 110, 114, 120, 152, 182, 185,
A sw el 3 60 4 0 ) , 404, 428, 438
A t A a b b a s 104, 36 8 , 449 A t Y im m el 148, 368
A t A a d e r 74 A u tm an 325
A t A a m e r 426 A w an n u y 364, 42 0
A t A a ru s 168 A w d iâ 82, 378
A t A a tta f 51, 185 A w rir A am er-u -S aay d 174

Isek k ilen isem xen m m alen ta w riq t ixutren.

459
A w rir A t W a y lis 84 Igaw aw en 94, 114, 170, 206, 380, 382,
A zefïu n 69 418, 424
A zw aw G gezw aw en 90 Igufaf 146
ly il-h -H em m ad 205, 350
ly il-n -tse d d a 205
B areddu 86 Ihesnaw en 263
Behlul 366 Illulen U m alu 133
B elqasem 106 Illulen U sam m er 205, 368, 42 0
B elqasem -u-Q asi 42 5 , 430, 436 Ilm ayen 70
B en-A al’A c rif 204 Im ceddalen 350, 366, 380
B en-A ali A t Q asi 20, 65, 76 Isehnunen 409
B erber 74 Iw adiyen 187, 424
B gayet 3 70 Ixligen 188
B u â ab d erreh m an 4 24 Izarazen 83
B u âam ran 199 Izerru q en 151
B ubhir 126, 357, 366, 406 Izerxfaw en 74
B u b ker 32 5 , 4 54 Izw aw en 20, 4 0, 9 0 , 92, 144
B udaw ed 4 54
Budw aw 44 6 , 448
B uhinun 406
B ujlii 2 0 5 , 268 Je b la 450
B w aararig 365, 44 6 , 452 Jeddi M an g eliat 176

C cam 3 54, 37 0 , 444 L aarb i at B jaaw d 17, 18, 31, 48, 174
C cix A h ed d ad 34 1 , 4 4 9 L aarb i-u -M u sa 148
C cix G g w a a ra b 3 4 0 , 4 2 4 , 428 L aarc U belqasem 94
C cix M u h e n d -u -L h u sin 9, 12, 30, 42, L b acir A m eilah 10
43, 4 8 ,'5 6 , 210; 4 0 0 , 404 Ibarud 96, 102, 4 1 4 , 4 2 0
C cix M u h ed -u -L m ex far 4 0 0 L berg G geslan 42 4
C cix U b elq asem 204 L edyur 226
lehm am 92, 120, 122, 264
L em diyya 364
F a d m a n S u m m er 189, 424 L eqser 356, 366
F a tim a 324, 3 30 L e ^ a y e r 62, 76, 120, 206, 266,
362, 4 2 6 , 432
Lgelgel 370
L hag A a m e r A t Q asi 51, 185
G e ld a m a n 368
L hag A t U m y a r 176
L hag B u jm aa A t Y a a q u b 187
L hag L m ex jar A t S âid 31, 48, 51,
H em za 24 5 7, 184
H end Af-.fi-Sâid 82 L hag M uhend A a c u r 9, 18, 40 0
H en du 80 L hag M uhem m ed À t M w eq ran 341,
H en d -u -S saad i 156 442, 450
H m e d -A a ra b G g iy il-h -H em m ad 18, L hag R a b eh 31, 4 2 4
350 L hem m am 147, 44 6
H m ed A t B acir 174 lhenni 36
H m ed b u -ccn ay aa 92 L h errac 128
H n if 182, 206, 25 8 , 366 L husin A t B acir 48
L liusin A t L hag A a ra b 48, 187
L husin U zen n u c 51, 185
Iâag gacen 4 16 L m isu ra 174
Iâazzu zen 400 L m ursei 12, 350
Icerâiw en 43 L qalus 166
Iflisen 74, 88 L xecna 434

460
M a am m er A h esn aw 18, 126, 262 Sidi H m ed -u -L m u h u b 66, 116
M a am m er n S aay d i 401 Sidi H m ed-u-Y ehya 368
M a d a g a sc a r 18 Sidi Lgudi 185, 424
M aser 29 4 , 300, 344, 352 Sidi L hag A am er 424, 428
M eq laa 452 Sidi L m ehdi-u-Z erruq 45 0
M h e n d -S aay d A t L h ag 48, 204 Sidi L w ennas A t Sidi A ali-u-Y ehya
M ira 74 50, 221
M uh A t L em saaw d 48, 50, 66, 116, Sidi M e n su r 68, 362
132, 152 Sidi M hem m ed Ben A ab d erreh m an
M u h e d -A a ra b A t C a a la l 48, 50, 348 340, 364, 424, 448
M u h e d -A m w eq ran -u -Q asi 426 Sidi M hen d -u -S aad u n 18, 31, 1 4 0 ,3 8 4
M u fie d u -R e m d a n A t N ab et 17, 48, Sidi M uhed-W aal’A e rif 4 8, 20 8
50, 202' Sidi Q ala 18, 30, 199, 214
M u h em m ed 360, 386 Sidi R ra b a a 48, 66, 116
M u h en d A zw aw 74 Sidi R ra b iâ A t Sidi A am er 140, 206
M uhend B bw ezw aw 92 Sidi Xlil 342
M u h e n d -m -M u sa A w ag en n u n 18, 430 Sidi Y ehya At A aydel 24
M u h en d S saa y d A m lik c 18, 4 1 6 , 424 Si M uhend-u-M hend 9 17, 30, 42,
M u h e n d -S saay d -u -Q asi 68 48, 52, 56
M z ita 366 S idna M usa 306 ...
S idna Sm aâil 272
S idna Y aaq u b 280 ...
S idna Y ebrahim Lxalil 272 ...
S idna Y usef 280 ..., 452
nnbi 110, 140, 148, 154, 278, 280, S saay d U zennuc 48
29 0 , 304, 308, 31 8 , 344, 352, 356, S sk en d riy a 352, 370
35 8 , 3 68, 390, 4 0 2 , 4 1 6 , 436, 44 0 Stem bul 110, 370
(lem deh n) n n b i 398 S um m er 188
n n if 94, 206, 218

Q alu n 4 06 T a b la z t 418
Q u lu 3 7 0 T a b u d u c t 82
T ab u farest 206
T ab u rg a 434
ta d d a rt 88, 102, 106, 108, 116, 122,
rrasu l 110, 352, 386, 390, 398, 402, 154, 156, 220
" 4 2 6 , 4 3 2 , 43 6 , 4 4 0 T a fu y a lt 68, 74
rra y 4 4 , 94, 110, 116, 154, 212 T ag em m u n t A azz u z 384
T a ia -n -T a z a rt 205
T am d a-l-L eb lad 62, 75, 76, 4 1 2 , 414,
444, 452
S ab aw 127, 4 1 5 , 4 34 T am ejju t 174
S aalem A t M a a m m e r 48, 50, 83, 105, T am g u t Ibehriyen 69
2 2 1 , 34 3 , 34 8 , 4 0 0 T a m g u t Igaw aw en 360, 380, 44 0
S ed d u q 448 tam u sn i 47, 51, 57, 59, 62
Sidi A a b d e lla M y a w ri 354 T a n in a 9 2, 226 ...
Sidi A ali (n T ew rirt-I-L h eg g ag) 118 T an saw t 400, 404
Sidi A ali-u -M u sa 362 ta q b a y lit 46, 104, 118, 152, 324
Sidi A ali-u -Y eh y a 66, 117 T aq q a n A t Y ehya 146
Sidi A am er-u -A ar 364 T ase k k u rt 222
Sidi A a m m a r 4 5 0 T asga-m -M etlul 178, 188
Sidi A a y sa Ben M hem m ed 364 T a x u x t 152
Sidi âu m e r Ben X e tta b 242, 42 0 T aw d iât 72
Sidi B aaziz 148 T a w rirt A t M angellat 384

461
T aw rirt-l-L h eg g ag 37, 94, 100, 108, ul 92, 108, 110, 138, 148, 168, 170,
118, 4 0 5 ' 174, 188, 206, 216, 234, 292, 310,
T aw rirt-m -M im u n 6 6 , 107, 112, 114, 354, 362, 370, 3 9 2 , 394, 4 0 4 , 414,
122, 348 418, 444
T a w rirt-m -M u sa-u -A a m e r 424 U te n n a h 176
T ig z irt 4 0 , 122
T ik lat 264
T ililit 221
T im esg id a 1-Lqalus 167
W ad D h u s 128
T im ez rit 4 5 0
W ad Ssahel 129, 149, 265, 357, 366
T iq ic c u rt 187
W ahed-u-S ebâin 4 4 0
T iq u b â in 67, 75, 88, 9 0 , 451
W asisb an 24
T irw al 184
W edris 132, 362, 4 2 2 , 44 6
tiw izi 35
tizi 96, 148, 38 2 , 4 14
T izi-h -H ib el
T izi-U zzu 40, 263
T terk w 20, 37, 4 1 , 68, 86, 112, 122, Y ebrahim -u-H m ed A t Ib ra h im 51, 185
128, 352, 358, 37 0 , 432 Y em m a X liga T u k rift 172, 380
ttir 86, 90, 9 4 , 102, 106, 108, 110, Y esm aay l A zikiw 9
118, 122, 146, 1 4 8 ,2 2 2 ,2 2 6 312, Y esser 120, 266
3 5 2 , 372 Y usef-u-Lefqi 10, 18
T u h rict 144 Y usef-u-Q asi 17 ..., 30 ..., 36, 38,
T unes 200, 438 4 0 ..., 56, 6 2, 146

462
Agbur
Tai

7 In tro d u ctio n
48 T ab leau de la tam o u sn i
59 T azw art

I - Y U S E F -U -Q A S I 61 Y O U S E F -O U -K A C I

Y u sef-u -Q asi 62 Y ousef-ou-K aci

A -A kw d A t Qasi 68 A vec les A it K aci

1 A g raw iderw icen 68 L ’assem blée des fous


2 U s iy -d re k b e y a f{ tm a a 72 F am in e
3 K kret attew tem 74 L evez-vous et frappez
4 lg w ra -d B erber 74 II m e reste Berber
5 T a b z e rt 76 Im p ô ts
6 L a a n a y a d a d ra r n n n a r 76 L ’a n a y a est un volcan
7 C w itu h ne& aaddi fellas 78 D e peu je ne m e soucie

B-A kw d A t Jennad 80 A vec les A it Jennad

8 L u k an se g -W b iza r m eq q ar 80 D ilem m e
9 Bu u zeg za 80 A u m an teau bleu
1 0 A seq q if n n i deg jy im in 82 « C e tem ps ne se retro u v era plus

C -A k w t-teqbilin 84 A vec les tribus

11 A kw d A t W a y lis 84 A vec les A it O u a g h lis


12 A k w d A t W ag en n u n 88 A vec les A it O u ag u en n o u n
13 A k w d Y e flis e n 88 A vec les Iflissen

D - A k w dIzwawen 90 A vec les A zouaou

14 A zw aw G g ezw aw en 90 P lu tô t m o u rir A zo u ao u
15 A m tn in a di zzerzu r 92 É pervier parm i les éto u rn eau x
16 W in y a a ra n w ay ed a-t-idel 92 Q ue le frère h ab ille son frère

E - A k w d A t Yanni 94 A ve c les AU Yenni

17 S sb a a di tezg ’ u m e y ru s 94 P a rtisa n
18 T u feg JJn efx a d i j j n a s i f 94 U ne gu erre fratricid e
19 G e d h a s Ib aru d lexzin 96 G lo ire à la vieille poudre
20 M m is n ta g g a lt a ra s 98 Im pavide sous les balles
21 N ey ije y la f 98 Sur deux fro n ts
22 A ss n j j l a t a 100 M ard i
23 A ss l-lexm is 102 Jeudi
24 T a q sit tam ezw aru t 104 Peu après
25 T a q sit tis-sn a t 114 A près
26 T aq sit tis-k rad 120 L ongtem ps après

F - Isefra nniden 126 A utres p ièces

27 Y u sef d M a am m er A hesnaw 126 Jo u te p oétique


28 Y usef d M u h A t L em saaw d 132 M étier et in sp iratio n
29 A d y efk zzin igraw en 136 On pèsera tes m ots
30 A d y efk d zzin d aq u sis 136 E n cercle a u to u r de toi
31 K ra bbw i d -n ed d a ny urr-it 138 N o s am is s’en v o lero n t
32 111a lb a a d m a isufer d d u 138 II est deux so rte s d ’h om m es
33 U rare y ssbeh 140 J ’ai m usé le m atin

A a l’u -Y u sef 142 A li-o u -Y o u sef

34 Y if a d irrez ad yaw i la a r 142 P lu tô t le d éd it que l’o p p ro b re


35 T effarew ta z d a y tf fm e r 144 N o b le sang ne p eu t m en tir
36 I yat T aqqa 146 É loge de T a k a
37 D ul iw ay s d ccix iw 148 G uide et m en to r
38 I L a a rb i-u -M u sa (n A t Y im m el) 148 É loge rituel
39 ï Sidi B aaziz Izerru q en 148 A utre éloge rituel

M u h A t L em saaw d 152 M o u h A it M e ssao u d

40 L u k a n atteb rey y ib b w as 152 P laidoyer p o u r la guerre


41 I tefsiht y u y e n ak w sar 156 U n poète exigeant
42 D lam in d am ek sa 156 B erger et ... m a g istra t

II - Z Z M A N G G I y lL 161 L E T E M P S D E S C IT É S

43 A h ed d ad 1-Lqalus 166 Le forgeron d ’A k a lo u s


44 H a d e r a lâ ib a d w ’ iy ay sen 170 L u ttes p artisa n e s

L â a rb i A t B jaaw d 174 L a rb i A it B ejaoud

45 U r-d n ern i lh em iden 174 C o n tre la d iv ersio n


46 K ulci m a iâ a d d a n ejju -t 176 Serm ent
47 Mi sen nniy a jja Iqebla 178 F loué
48 N a a m e r ssuq d i # n a s if 182 M arch és

L h a g L m e x ja r A t S âid 184 H a d j M o k h ta r A k S aid

49 In za yi lehdit llil 186 V ocation

464
50 N essen ssw ab n e q q ar it 186 D éfinitions
51 L â a y a r ad-d id h er s ttul 188 La vérité éclatera
52 T tb iâ a inu am m ugertil 188 Telle la n a tte
53 L m âallem inegger ifqis 190 Tel le m a ître artisa n
54 S sbeh i nezzw er aaggu 190 P âtu rag es
55 T ia ta d d u â a t 192 T ro is vœ ux

III - L E M T U L 197 APOLO G U ES

56 Di tta h r a ta fu k t ac ra q 202 « Q uos vult p erd ere Ju p ite r... »


57 W issen ta m e d d it sani 202 Qui sèm e le vent...
58 L h an m a seg giw en a r sin 204 P as plus d ’un ou deux
59 L lan ih biben l-lechur 204 A m is d ’un jo u r, am is de to u jo u rs
60 Ih b ib en y ezd u k el n n if 204 A m is que l’h o n n eu r jo in t
61 L eh b ab tefh ib b id ay ui 206 M on cœ u r m alade g u érira
62 Ley n a n T b u fa re st 206 F leu r de fenugrec
63 T te jra-k yudf-if m a ra s 208 Le ver était d a n s le fruit
64 A m m a r a-k tezri nnefxa 208 Le baise m ain
65 K ra b b w ’ ijehien yeggug 210 L e p oète et le caïd
66 A-t n e s se y ra di Im aani 212 C lerc et... illettré

Sidi Q a la 214 Sidi (Cala

67 A g em m ay 214 A b écéd aire


68 D d w a u sem m id 216 Le rem ède au froid
69 U r ineqq u r issidir 216 F aib le et préso m p tu eu x
70 A d rim ur teh b is texrit 216 Illusions
71 B erka-k asuget n tiy ta 216 Le vase fêlé
72 L m ed h eb y u g a r cci 218 M ieux v au t bonne renom m ée
73 L gid d lk a ra a 218 B onne terre et sol in g rat
74 K ra n tin ixdem w em cum 218 P aste u rs
75 W in iq q azen i g m as lly em 220 Ju stice im m anente
76 T la ta tem sal 220 T riad es

T a m a ca h u } n tse k k u rt 222 L e dit de la perdrix

77 T am acah u j. n tse k k u rt 222 Le dit de la perdrix

T a q sit l-led yu r 226 L e dit des o isea u x

78 T a q sit l-ledyur 226 Le m ariag e de T a n in a

A ali A a m ru c 258 A li A m ro u ch e

79 K k atey iteddem w asif 258 A u tan t en em p o rte le vent


80 Ay din d lu q u f 260 Le m ariag e d ’un poète

465
M a a m m e r A h esn aw 262 M a m m a r d es Ih esn aw en

81 T a q sit n tq e c m a a t 262 P aro d ie


82 A m ed y az d ccetw a 264 Le poète et l’hiver

IV - T IQ S ID IN 271 L É G E N D E S R E L IG IE U S E S

83 S id n a Y eb rah im Lxalil 272 Le sacrifice d ’A b ra h a m


84 T a q sit n S id n a Y usef 280 H isto ire de Jo sep h
85 S id n a M u sa 306 L a m o rt de M oïse
86 T a q sit b b w ely em 318 L a légende du c h a m e a u

V - L IM A N 337 LA FO I

87 T a q sit n y u h id 342 M é d ita tio n sur l’u n ité de D ieu


88 T a q sit I-lw afat 342 Le poète év o q u e sa m o rt

H m ed A a r a b G g iy il h -H em m ad 350 A h m ed A ra b d ’Ig h il H em m ad

89 L m ursel 350 L ’envoyé


90 D i lax ert u la c leh b ab 376 « Je sais ce q u e je vaux »

Y em m a X lig a T u k rift 380 Y e m m a K h e d id ja

91 L hila yexzen yessen 380 C lercs et sain ts

Sidi M h e n d -u -S aad u n 384 Sidi M h e m m c d -o u -S aad o u n

92 S su q n Sidi M h em m ed 384 Le m a rc h é m ira cu leu x


93 K u ih ed yef-fin n in s m a ad u r 392 P a rtia lité s
94 L heq a n id a t-w alan 394 Im p artialités
95 lc q a yi L â a b d am en h u s 394 Q u ’im p o rte l’envieux
96 D Ixir ay s d a m e x ta f 394 L e bien est la gaule

L em deh n nnbi 398 É lo g e m y s tiq u e du P rophète

97 L em deh n n nbi 398 É loge m y stiq u e du P ro p h è te

L h ag M u h en d A a c u r 40 0 Had(j M o h a n d O u a c h o u r

98 T a q sit n C cix M u h en d -u -L m exJar 400 O raiso n fu n èb re du C heikh


M o h a n d -o u -E lm o k h ta r

466
VI - A R U M I 411 LA R É S IS T A N C E À LA
C O N Q U Ê T E C O L O N IA L E

y e f A l Q asi 412 D ép lo ra lio n su r les A il K a c i

99 A y asm i ggugen A t Q asi I 412 Exil I


100 A y asm i ggugen A t Q asi II 412 Exil II
101 D A t Q asi ay d im aw lan 412 T am da I
102 Ix aq w ul iw 414 T a m d a II
103 W ey y ak a Sâid hess iyi 414 D u col au col

M u h e n d S sa â id A m likc 416 M o h a n d S aid d es A it M elikech

104 M a n eq qim a k k ’ ur nerbih 416 U n e lu tte inégale

L h ag R abeh 424 H adj R abah

105 Z d at lberg G g eslan 424 D evant le bordj des Islan

M u h e n d -m -M u sa A w ag ennun 430 M o h a n d M o u sa des A it Ouaguennoun

106 A s m ’ a ra y a b e n at-tism in 430 Q u an d m o u rro n t les jaloux


107 T a m u rt ak w ten za 432 O rd re nouveau
108 L ehkw em a y eq w a s d d ra a 436 Le règne de l'a rb itra ire
109 D ay g u q a Iw erd ? 436 L es roses sont-elles m o rtes ?
110 T a m u rt ala tam u rt nney 438 D ésen ch an tem en ts

YVahed-u-sebâin 44 0 L a ré vo lte de 1871

11 ! T a q sit n w ah ed u-sebâin 440 L a révolte de 1871

467
Achevé d ’im p rim é s u r les presses
de l’im p rim e rie Brise - M arine
B ordj El B ahri-A Iger
T él.: 071.11.10.18
Poèmes Kabyles Anciens

A ucun des m em bres de la société où


ces poèm es o n t été recueillis n ’est
capable de les réciter tous, ni m êm e une
Mouloud M ammeri
(1917-1989), écrivain
m ajeur d u XXe siècle,
notable partie. M ais il en sait l’existence, nous a laissé une œuvre
et q u e q u e lq u ’u n d ans le m o n d e, en littéraire considérable
d é fin itiv e fam ilier, q u i l’e n to u re , les — romans (L’opium et
connaît et les d it. » Ces poèm es épiques, le bâton), nouvelles
p o litiq u e s, h ag io g rap h iq u es, g n o m iq u es (Escales), théâtre (Le
de l ’an cienne société berbère de K abylie joehn ou la preuve par
(celle des trib u s e t des cités) o n t été neuf), traductions (Les
recu eillis « av an t q u e la m o rt ne les Isefra de si-Mohand) —
h ap p e ». D es m a ra b o u ts de K ab y lie d u et de très nombreuses
X V Ie siècle à la d o m in a tio n tu rq u e p u is études sur la culture
coloniale ju sq u ’au d é b u t du X X e siècle, la berbère.
poésie berbère v éh icu le les canons et les
idéaux d ’une cu ltu re ancestrale.
L’e sth é tiq u e de c ette tra d itio n orale est
ici consignée, p o u r sa pro p re sauvegarde,
p ar écrit : « Le te m p s n ’est p lu s où une
c u ltu re p o u v ait se tu e r dans l ’om bre, par
la violence o u v e rte , e t q u e lq u e fo is avec
l ’acq u iescem en t alién é des v ictim es. En
ce siècle d e m o n d e ra p e tissé , où les
c o n tra in te s d ’u n e c iv ilis a tio n te c h n i­
cien n e te n d e n t à n iv e le r la vie des
h o m m e s, d é so rm a is la so m m e des
v arian tes c iv ilisa tio n n e lle s fait peau de
c h a g rin ; il n ’est pas vain d ’en p o u v o ir
sauvegarder le p lu s g ra n d nom bre. »

EDITIONS MEHDI ISBN: 978-9961-834-48-0


BP-309 Boghni Tizi-Ouzou D ép ôt Légal: 1305-2009
Tél:0770 30 59 79

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