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How Emotions Work by Jack Katz


Review by: Alexandra Bidet
Sociologie du Travail, Vol. 45, No. 1, AGRICULTURE ET ALIMENTATION: NOUVEAUX
PROBLÈMES, NOUVELLES QUESTIONS (Janvier - Mars 2003), pp. 144-146
Published by: Elsevier Masson SAS
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/41928910 .
Accessed: 28/06/2014 17:58

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144 rendus
Comptes /Sociologie
dutravail
(2003)135-167

Jack Katz, How EmotionsWork


, The Universityof Chicago Press, Chicago and
London, 1999,407 p.

Le champdes émotionsa étérécemment l'objetd'uneattention croissante, toutparticu-


lièrement au seinde la sociologieanglo-saxonne1 . En se saisissantdesémotions, JackKatz
ne faitpas seulement droità un objetlongtemps tenuaux margesdes sciencessocialeset
souventréduità un ensemblede manifestations aussi éruptivesqu'évanescentes.Son
explorationquasi naturaliste des émotions nous mène au cœurde la vie sociale, en
dessinantunesociologiedu corpsqui s'avèred'embléeune sociologiegénérale.En nous
présentant un corpsout of controlet omniprésent, un corpsirréductible à l'instrument
transparent qui habiteimplicitement les approchesrationalistes de l'action,les émotions
appellent unquestionnement d'ordreplusgénéral: qu'advient-il si l'on se risqueà prendre
au sérieuxle rôle du corpsdans l'action? L'ouvrageconstitueainsi une contribution
majeureau renouveaudes fondements de nos théoriesordinairesde l'actionet mène
notamment unediscussionaussi subtileque serréede la tradition interactionniste et de la
microsociologie des situations.
S'il peutse lirecommeune netteavancéedansle projetmaussiend'un inventaire des
« techniques du corps», l'ouvragede J.Katz s'inscritd'aborddansla droiteligned'une
traditionidentifiée,de GeorgeHerbert Mead à HowardS. BeckeretErwingGoffman, sous
le vocabled'École de Chicago.Sa postureméthodologique signeà elle seuleunefiliation
profondément goffmanienne : soucieuxde prévenir toutpsychologisme, J.Katz confère
uneplacecentrale au cadresituationnel etauxvariations intrasituationnelles desémotions;
loindu romantisme des situations « exceptionnelles », il choisitde les appréhender dans
leursformesles plus saisissableset quotidiennes; écartantle registredes généralités
abstraites,il adopteuneposturenaturaliste, saisissantles émotions dansl'épaisseurde leurs
mouvements concrets.Abordant successivement la colère,la honte,les pleurset le rire,il
nousplongeau cœurdesmoments de ragedesconducteurs automobiles de Los Angeles,du
gémissement d'une enfantfaceà sa première activitéscolaire,des pleursd'un meurtrier
lorsd'uninterrogatoire de police,ou encoredes riresdes famillesparcourant la galeriedes
miroirs déformants duJardin d'acclimatation, etdes moments de honteles plusquotidiens.
Moyennant uneremarquable inventivité méthodologique, chaqueémotionse trouvealors
appréhendée commeun ensemblede manifestations corporellesdoué d'un mouvement
propre,d'une « carrière» : les subtilesvariations musicalesd'une plainte,les inflexions
sonoresd'un rire,les formesd'altération de la parole,l'orientation fluctuante des regards,
etc. En bon entomologiste, le sociologuedes émotionsnous offrealorsune saisissante
plongéeau seindes possibilités expressives etesthétiques du corpshumain.
Que touteémotions'offreainsicommeunemodification de l'engagement corporelen
situation ne relèvetoutefois pas seulement d'un partiprisméthodologique. Cela engage
chez J.Katz unethéorieunifiée des émotions , qui enveloppeuneprofonde critiqued'une
stricteapprocheen termesd'activitésituée.Que la honteait chez J. Katz le statut

1Cf.notamment, Patricia etRuwen La couleur


(dir.), despensées.
Sentiments
, émotions,
Paperman Ogien
Raisons
intentions, n°6,EHESS,Paris,
pratiques, 1995; dansdeschampsderecherches cf.James
particuliers,
« L'artdela protestation
Jasper, », in: Lesformes
collective del'action Raisons
collective, n°12,
pratiques,
EHESS,Paris,2001etJean-Claude
Kaufmann, Le cœurà l'ouvrage.
Théorie
del'action
ménagère,Nathan,
1997.
Paris, Onpeut aussiconsulter
defaçon plusgénéraleÉmotionetaffectivité,
ALTER, n°7,1999.

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paradigmatique chez E. Goffman


qui revient à l'embarrasrésumele déplacement qu'im-
pose au cadreinteractionnistela priseen comptedes émotions: ellesexigentde penserla
socialitéà partir
de la corporéitéetnonplusde la seulevisibilitémutuelle.
La perspective
de J.Katz consisteen effetà tenirVémotion pouruneexpérience de partenpartsociale.
Entenduecommele surgissement en situationd'une corporéité problématique, toute
émotiona partieliée avec la honte.Contrairement à l'embarras, qui résulte de la vulnéra-
bilitéintrinsèque des situations aux « offenses virtuelles » et appelleuneffort constant de
présentation de soi, la honte est le produit d'une « chute » affectantnotre corporéité
elle-mêmeetentravant radicalement notrefacultéd'agir.Accorderun statutparadigmati-
que à la honte,c'estainsiaffirmer que touteémotiontranscende la situationoù elle surgitet
dépasse un « travaildes impressions » : elle manifeste une rupture de notreentrelacement
sensuelet corporelimmédiatavec le monde,ce fondement d'ordinaireinvisiblede nos
engagements pratiques et interactionnels, cette base sensuelle etaffective de notreidentité
qui transcende toute situation On
particulière. comprend ici la valeur heuristique des
émotionspour J. Katz : ces ruptures de notreentrelacement sensibleavec le monde
témoignent a contrario de l'importance et de la profondeur de l'engagement corporelque
la
requièrent parole et les interactions sociales ordinaires. On ne sauraitdès lorspenser
l'actionsituéesansêtresimultanément attentif à l'insertion corporelle qui en estle liantet
la condition même; la socialitécommencedansl'élémentmêmede la corporéité.
Les pleurs,le rireetla colèresontalorsautantd'usagesesthétiques du corpstravaillant
à restaurernotreinsertion enunmondeallantde soi,ce fondement invisiblede touteparole
et de touteaction.Devenirspossiblesde la honte,ces émotionsdépassentcommeelle le
simplejeu rituelpourtémoigner de la nature« viscérale» et incarnéede notreactivité
:
quotidienne pleurer, rire et se mettre en colère,voilà pourJ.Katz autantde façonsde
métamorphoser les bases sensuelles de nos engagements, autantde manièresde s'inventer
en se reliantà nouveauaux autreset à soi-même.
Qu'untravailcollectif de production d'uneinvisibilité descorpssoitainsiau principe de
touteinteraction socialeetde touteactivitépratiqueestd'un grandintérêt pourla sociolo-
gie du travail.Son analysedes émotionsconduiten effetJ.Katz à documenter sanscesse
une mêmequestion: « Whatis necessaryso thatpeopleact together ? » C'est un riche
tableaude la valenceesthétique des activitéscorporellesles plus ordinaires qui nousest
alorslivré.Ce travailproprement esthétiqueapparaîtalorsau principe mêmede l'efficacité
de touteactionsurle mondecommede toutecollaboration : le « style» ou la « grâce» du
mouvement signeunentrelacement sensuelavec le monde,unelégèretéetuneinvisibilité
de nos corpsen situation, qui est notrepremierappui pragmatique et faitla socialité
foncière de notrefacultéd'agir.
Novateur, l'ouvragede J.Katz l'est résolument en abordantsurun moderadicalement
empirique les plusgrandesinterrogations de la théoriede l'action,etenpensantla socialité
à partirde la corporéité de l'actionplusque des seulesarènessymboliques etrituelles.On
saisitalorsaussitoutl'intérêt de cetteexploration dutravaildesémotions pourla sociologie
des activitésde travail.Qu'il s'agissedes liensqu'entretiennent l'esthétique et l'efficacité
dans l'action,de l'analysedu mouvement commerapportà soi et engagement corporel
dansle monde,ou encoredes déplacements que le conceptde collectivebodyofactionfait
subiraux figures de la sécurité,de la créativité,des sociabilitésetde la collaboration dans

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le travail,
forceestbiende constater
que cettetraversée
desémotionsmodifie profondément
notreregardsurles activités
corporelleshumaines,parmilesquellesla paroleelle-même.

AlexandraBidet*
LaboratoireTravailet mobilités
, CNRS-Université Paris X,
200, avenuede la République , 92000 Nanterre,
France
Adressee-mail: alexandra.bidet@noos.fr

* Auteurcorrespondant.

©2003Éditions etmédicales
scientifiques Elsevier
SAS.Tousdroits
réservés.
PII:S0038-0296(02)01 3 10-9

Paul Rabinow, Le déchiffragedu génome. L'aventurefrançaise, Odile Jacob,


Paris, 2000, 274 p. Traductionfrançaise

En décembre1993,le Centred'étudesdu polymorphisme humain(CEPH), premier


laboratoirede génomiqueen France,publiaitvictorieusement la première cartephysique
du génomehumain.En 1994,il étaitsurle pointde finaliser un projetde collaboration
commerciale avec unestart-up américaine, MilleniumPharmaceuticals, en vuede trouver
la base génétiquede certainesformes de diabèteetde bénéficier
des applications thérapeu-
tiquesde cettedécouverte.La contribution principaledu CEPH devaitêtresa banque
d'échantillonsgénétiques collectésauprèsdes famillesde diabétiquesfrançais.Cependant
le projetdéclencharapidement unevivepolémique,et le gouvernement françaisfinitpar
intervenirdansla controverse pourinvalider l'accord,en faisantvaloirqu'il étaithorsde
questionde céderà uneentreprise américaine commerciale
l'exploitation d'untrésor quasi
sacré,à savoirces milliersd'échantillonsde matérielgénétique,collectésparle CEPH au
nomde l'avancéede la médecineauprèsde famillesfrançaises volontaires.
PaulRabinow,professeur d'anthropologie à Berkeley,nousinviteà uneethnographie de
ce rendez-vousmanquéentrela recherche publiquefrançaise et le capitalaméricain, dans
unouvrageà la foispassionnant etdéroutant, dontle titreoriginal- FrenchDNA - se fait
l'écho provocateur «
de cette affairede l'ADN français». Bien plus que le récitde
l'aventurefrançaisedu séquençagedu génomehumain,ce livrea pourambition d'ouvrir
uneréflexion anthropologique sur« les formesde la modernité » révéléesparles biotech-
nologies,à la lumièred'un événement particulier.En cela il s'inscritdans l'ambitieux
programme déjà ouvertparl'anthropologue dansle champdes biotechnologies (Rabinow,
1996a ; Rabinow,1996b).Parailleurs,le choixde la Francecommeterrain « exotique»
privilégiépouranalyserla manifestation de ces « formesde la modernité » avaitdéjà été
opérépar l'auteur dans French Modem (Rabinow,1989). FrenchDNA meten évidence
l'existenced'un malaiseéthiqueet historique en Franceconcernant la manipulation des
élémentsconstitutifs de la vie,qui aurajoué un rôleau moinstoutaussi important dans
l'échecde la collaborationque le conflitinterne au CEPH ou les craintes du gouvernement
à de
français l'égard l'hégémonie américaine. Cettedémonstration n'estcependant pas le

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