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Audit dans les établissements publics au Maroc

A la suite des nombreux scandales financiers de la dernière décennie,


certains ont prétendu que les systèmes de contrôle des organisations publiques
pourraient se révéler défectueux et que des réformes semblables à la loi
Sarbanes-Oxley seraient nécessaires au sein des organisations publiques pour
éviter des désastres comparables (Brown 2005, Roberts et Candreva 2006). Les
conseils d’administration des sociétés d’Etat ont ainsi vu leurs responsabilités
s’accroitre de façon importante en matière de gestion des risques et contrôle
interne. Ainsi, face à cette situation, une refonte totale et radicale du principe de
contrôle dans le secteur public s’impose en transformant le contrôle de moyen
classique en un contrôle d’efficacité. Ce dernier se réalise par une création et
une structuration de la fonction d’audit au sein du secteur public marocain.

Il est donc essentiel que les services d’audit public soient structurés de façon
adéquate et que les pouvoirs accordés aux auditeurs soient suffisamment étendus
pour leur permettre d’atteindre ces objectifs. Ceci nous invite à nous interroger
sur le rôle de l’audit dans l’instauration des pratiques de la bonne gouvernance
et l’amélioration de la gestion public au sein de l’administration marocaine ainsi
que sur sa contribution à la performance et l’efficacité de la gestion public.

Pour répondre à ces interrogations, il conviendra de souligner que l’audit


public joue un rôle essentiel dans la bonne gouvernance au sein des
administrations publiques selon L’IIA (I) et qu’il est mené par des
professionnels internes et externes qui savent reconnaitre toute l’importance
d’une gouvernance solide (II). Ainsi, Ils sont fondamentalement motivés par sa
contribution au succès et a la performance de leur organisation (III).

I- Rôle de l’audit public dans la bonne gouvernance au sein de


l’administration publique :

La gouvernance est devenue un mot-clé dans le vocabulaire des conseils


d’administration et des directeurs générales, pour autant sa signification peut
parfois être confuse. En principe, la gouvernance désigne tout simplement les
processus et les structures conçus pour aider l’organisation publique à réaliser
ses objectifs, maitriser les risques identifiés et détecter ceux qui lui encore
inconnus.
L’IIA considère que l’audit public joue un rôle essentiel dans la bonne
gouvernance au sein des administrations publiques car il donne avec objectivité
une assurance en évaluant et en rendant compte de l’efficacité des processus de
gouvernance, de management des risques et de contrôle conçus pour aider
l’organisation publique à atteindre ses objectifs stratégiques, opérationnels,
financiers et de conformité.

Donc, L’audit public est la clé de voûte d’une saine gouvernance dans le
secteur public en offrant une évaluation objective, impartiale et efficace de la
gestion des ressources publiques et en vue d’obtenir les résultats escomptés. Les
auditeurs aident les organisations à agir de façon responsable et garder la
confiance des citoyennes et autres parties prenantes.

Dans ce cadre, l’audit public renforce les rôles de surveillance, d’information


et de prévoyance de la bonne gouvernance. En jouant ces rôles, les auditeurs
protègent les valeurs fondamentales de l’État. En fournissant des services de
surveillance, d’information et de prévoyance, les auditeurs du secteur public
aident à s’assurer que les gestionnaires et les fonctionnaires mènent les affaires
publiques de façon transparente, juste et honnête, en faisant preuve d’équité et
de probité, tout en effectuant leur propre travail conformément aux normes
d’intégrité les plus rigoureuses.

II - Les institutions de l’audit public : Internes et Externes

Fonctionnant en toute indépendance au sein de l’organisation publique,


l’audit public est mené par des organes de contrôle internes (a) et externes (b)
qui savent reconnaitre toute importance d’une gouvernance solide. Ils ont
également une connaissance approfondie des systèmes et processus métiers.

a) L’audit public exercé par les organes du contrôle internes relevant du


ministère des finances :

Le ministère des finances tel qu'il existe aujourd'hui, contrôle en plus les
recettes et dépenses de l'Etat, les opérations effectuées par les collectivités
décentralisées ou par tout organisme bénéficiant du concours financier de l'Etat
ou d'une collectivité publique. Ainsi, l’audit est mené par trois organes du
contrôle à savoir le contrôleur général des engagements de dépenses de l’Etat
(CED), le comptable de la trésorerie générale et l’inspecteur générale des
finances.
1- Le contrôleur général des engagements de dépenses (CED) :

Le contrôle général des engagements de dépenses de l’Etat est l'une des


premières institutions de contrôle des dépenses publiques créées au Maroc dès
1921. Ce contrôle est assuré pour l'Etat par le contrôleur général des
engagements de dépenses nommé par dahir sur proposition du ministre des
finances. Ce dernier a pour attributions : le contrôle de l'engagement, de
l'ordonnancement et du paiement des dépenses publiques, le contrôle des
recettes publiques, le contrôle de la clôture des comptes budgétaires, et le
contrôle du placement des fonds publics et des opérations de trésorerie.

Cet organe effectue un contrôle de régularité. Il vérifie les pièces et la


conformité aux procédures de la dépense. C'est un contrôle sur pièces qui
s'effectue avant la dépense. Mais, au terme de l'article 11 du décret relatif au
CED, le contrôle de la régularité budgétaire consiste à s'assurer de :

 L’exactitude de l'imputation budgétaire et des calculs,


 La disponibilité des crédits,
 Le respect des lois et règlements d'ordre financier,
 Et de s’assurer aussi que l'engagement annuel est non fractionné et
n'engendre pas des répercussions sur les années ultérieures.

2- Le comptable de la trésorerie générale :

Les comptables de la TG sont tenus, en matière de marchés de l'Etat, de


veiller au respect de la réglementation, notamment les dispositions qui
réglementent l'exécution desdits marchés après engagement. La mission
primordiale du comptable est le contrôle de la validité du marché. Ce contrôle
s’effectue en veillant à ce que les clauses contractuelles facultatives et
obligatoires du marché public figurant dans un marché soient strictement
observées et respectées.

Après avoir réalisé le contrôle des clauses contractuelles du marché public et


bien évidemment avant de procéder au paiement, l'article 11 du RGCP exige le
comptable d'effectuer un double contrôle : le premier porte sur la régularité de
l'ordre de paiement, et consiste à s'assurer notamment de la qualité de
l'ordonnateur, de la disponibilité des crédits, de l'exactitude des calculs de
liquidation et le respect des règles de prescription. Le second contrôle porte sur
l'identité et la capacité juridique du créancier, ainsi que le caractère libératoire
du paiement.
3- L’inspecteur générale des finances :

Le dahir du 14 avril 1960 a érigé l'IGF en un corps supérieur de contrôle


rattaché directement au ministère des finances. Au terme de l'article 2 du même
dahir, elle est chargée : d’effectuer les vérifications des services de caisse et de
comptabilité, deniers et matières, des comptables publics et de façon générale,
des agents de l'Etat et des collectivités locales, de contrôler la gestion de ces
comptables et de s'assurer de la régularité des opérations enregistrées dans les
comptes des ordonnateurs de recettes et de dépenses publiques et de tous
administrateurs.

A cet effet, les inspecteurs des finances interviennent seuls ou en équipe


sous la responsabilité d'un chef de mission ou en plusieurs équipes sous la
responsabilité d'un coordinateur.

b) L’audit public exercé par les organes du contrôle externes au


ministère des finances :

Outre la mission d’audit exercé par les organes relevant du ministère des
finances sur le secteur public, d'autres corps de contrôle interviennent en la
matière à savoir :

 La cour des comptes ;


 La cour régionale des comptes ;
 Le parlement.

Ces organes effectuent un contrôle a posteriori qui s'exerce après le paiement


définitif des dépenses « marchés de l'Etat ». Il ne peut, en principe ni modifier
une opération en cours ni revenir à une situation antérieure. Son objet est surtout
de dénoncer les irrégularités passées, en vue d'en éviter la répétition.

1- La cour des comptes :

Le contrôle juridictionnel du secteur public est assuré par la Cour des


Comptes. Cet organe a été institué le 14/12/79, en remplacement de la
Commission nationale des comptes. La Cour des comptes est chargée d’assurer
le contrôle supérieur de l’exécution des Lois de finances, de s'assurer aussi de la
régularité des opérations de recettes et de dépenses des organismes soumis à son
contrôle en vertu de la loi et en apprécier la gestion, de sanctionner, le cas
échéant, les manquements aux règles qui régissent lesdites opérations et De
rendre compte au Roi de l'ensemble de ses activités.

2- La cour régionale des comptes :

Dans le cadre de la politique de décentralisation et de déconcentration et en


vue d’améliorer la gestion des Collectivités Locales, en 1996, la Constitution a
également prévu la création de Cours Régionales des Comptes qu’elle a
chargées d’assurer le contrôle des comptes et de la gestion des Collectivités
Locales et de leurs groupements.

Dans la limite de son ressort, la Cour régionale a pour attribution de juger les
comptes et contrôle la gestion des collectivités locales et contrôle également
l'emploi des fonds publics reçus par des entreprises, autres que celles citées ci-
dessus, des associations, ou tout autres organismes bénéficiant d'une
participation au capital ou d'un concours financier quelle que soit sa forme de la
part d'une collectivité locale, d'un groupement ou de tout autre organisme
soumis au contrôle de la Cour régionale.

3- Le parlement :

Dans la vie parlementaire en matière budgétaire et financière, le contrôle des


deniers publics se matérialise par l'usage des questions qui permettent
d'interroger les ministres sur l'activité de leurs services et sur la gestion de leurs
crédits ou à propos de certains projets prévus dans le plan de développement. La
loi de règlement et le contrôle a posteriori du parlement est le moyen le plus
efficace reconnu par le droit positif marocain à la chambre des représentants
pour contrôler la manière dont sont dépensés les deniers publics, ainsi que les
projets exécutés par voie de marchés dont la réalisation doit être conforme aux
prévisions de la loi de finances.

III – L’audit public, garant de l’efficacité et la performance de la gestion


publique :

La performance de la gestion publique n'est possible pour une administration


que si le contrôle garantit trois critères :

- L'économie : se procurer les ressources à moindre coût,


- L'efficience : utiliser les ressources de la manière la plus productive ;
- L'efficacité : capacité à se comporter conforment aux objectifs de
l'entreprise.
Ce sont les trois objectifs de l’audit public de performance.

Un audit public efficace contribue à la performance des administrations par la


maîtrise des risques, par l'amélioration des processus de gestion, par la
maintenance d'un contrôle interne lui-même performant. A cet effet la cour des
comptes apprécie la réalisation des objectifs assignés, les résultats obtenus ainsi
que le cout et les conditions d’acquisition et d’utilisation des moyens mis en
œuvre.

L'administration publique dans sa gestion globale faire face à des situations


imprévisibles, à des aléas fréquents. Il n'est pas toujours facile de les maîtriser,
dans ces conditions d'incertitude. C'est pourquoi le rôle de l'audit est
particulièrement important dans ce secteur. L'auditeur interne doit posséder des
compétences sociales (facilité de contacte et de communication) qui leur
permettent de mettre en valeur leurs compétences techniques. Le responsable de
l'audit interne doit s'informer auprès du management et du conseil, du rôle
attendu de l'audit interne dans le processus de management des risques de
l'administration.

Dans ce cadre, sa majesté le Roi feu Hassan II a adressé au premier ministre


dans une lettre royale de 19-07-1993 ( cette lettre concerne l’audit des
entreprises publiques, encore propriété de l’Etat) visant une recommandation de
la nécessité de soumettre aussi bien la décision que la gestion de ces
établissements à un audit rigoureux et efficace permettant de donner une image
exacte sur leur situation financière, tout en proposant les voies et les moyens
susceptibles de leur assurer la meilleure gestion possible et la moins onéreuse.

Conclusion :

L’audit public renforce la gouvernance grâce a des missions fondées sur une
approche par les risques qui donnent une assurance et des points de vue sur les
processus et structures qui mèneront au succès de l’organisation. A mesure que
les risques augmentent et deviennent plus complexes, le rôle de l’audit est
susceptible de s’étendre a d’autres domaines, tels que la gouvernance des
risques.

Alors que les organisations font face a un éventail croissant de risques


générés par les nouvelles technologies, le contexte géopolitique, la cybersécurité
et les innovations de rupture, un audit interne dynamique et agile peut être une
ressource indispensable pour renforcer une gouvernance saine et pour améliorer
la gestion publique.