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DR M ARC H AVEN

LE MAITRE INCONNU

CAGLI()STR()

ÉTUDE HISTORIQUE ET CRITIQUE

SUR LA HAUTE MAGIE

oUvRAGE oRNÉ DE DIx-HUIT GRAVURES,

PORTRAITS, VUES OU FAC-SIMILE DE DOCUMENTs

DORBON-AINÉ

19, BoULEvARD HAUssMANN, 19

PARIS

E S , PORTRAITS, VUES OU FAC-SIMILE DE DOCUMENTs DORBON-AINÉ 19, B o U L E
E S , PORTRAITS, VUES OU FAC-SIMILE DE DOCUMENTs DORBON-AINÉ 19, B o U L E

-

CACLIOSTRO

PoRTAIT DE LA GALERIE HIsToRIQUE DU MUsÉE DE VERsA11.LEs

oRAvÉ PAR LECLÈRE

- CACLIOSTRO PoRTAIT DE LA GALERIE HIsToRIQUE DU MUsÉE DE VERsA11.LEs oRAvÉ PAR LECLÈRE
- CACLIOSTRO PoRTAIT DE LA GALERIE HIsToRIQUE DU MUsÉE DE VERsA11.LEs oRAvÉ PAR LECLÈRE

LE MAITRE INCONNU

C A G L I OST RO

AVANT-PROPOS

e E me souviens toujours d'un article de journal paru au

xx° siècle et donnant d'un contemporain une biographie SAS ornée de la reproduction de sa photographie. Celui qui,

s'occupant du personnage en question, retrouvera dans cent ans ce

journal, pourra-t-il ne pas classer cette étude parmi les plus im

portants de ses documents ?Or le cliché était celui d'un inconnu,

ne ressemblant même pas au héros de l'histoire, et la biographie

faisait naître à Constantinople, dans un harem, celui qui avait vu le jour, fils de simples cultivateurs, dans un village, en France. J'ai

heureusement oublié le reste.

Cagliostro ; si

de telles erreurs peuvent s'imprimer de nos jours et se répandre si

facilement, si nous vivons au milieu des événements contempo

rains sans pouvoir en apprécier le caractère, souvent même sans en avoir connaissance, dans quel brouillard d'illusions, dans quel

monde de fantaisie devons nous être plongés relativement au

Ce souvenir m'a poursuivi pendant que j'étudiais

passé ?

Lorsqu'on s'occupe d'un homme qui a joué dans l'histoire un

rôle quelque peu important, on se trouve en présence de difficul tés bien grandes provenant de l'éloignement, du parti pris, des opi

nions admises. La partialité des contemporains prend d'autant plus

d'importance que le temps, en s'écoulant, rend le contrôle plus

impossible ; une opinion générale, le plus souvent celle du livre le

plus attrayant ou le plus répandu, s'établit et, dès lors, tout écri

I

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2

LE MAITRE INCoNNU, cAGLIosTRo

vain amené à parler du fait historique ou de l'homne qui laissa

un nom, s'en tiendra à ce jugement, définitif selon lui, parce que

la masse

peu

peu sanctionné

paresse

crédulité.

C'est

qui est arrivé pour Cagliostro,

pour lui plus que

pour tout autre

qui l'observaient

pondérés

car, son temps déjà, ceux qui voyaient agir,

l'interrogeaient, lorsque c'étaient des esprits

philosophiques, avouaient qu'il était impossible

porter un jugement sur lui (1)

dieu

nité (2). Nul n'a suscité plus

plus fureurs,

certains

révéraient comme un

l'huma

d'autres

haïssaient comme pire ennemi

dévouements, nul n'a provoqué

nulle personnalité n'est restée plus énigma

qui

tique, même pour ses intimes, même pour les magistrats

échut lourde tâche

juger.

Aussi, sur lui plus que sur tout autre, les calomnies sont

accumulées, les légendes ont couru. Dès son vivant

dait

les répan

après

mort, les haines religieuses qui sont les plus tenaces

survivent

tombe, l'ont poursuivi. Les historiens ont été

frappés par

brusque apparition

cet homme veille

Révolution mais, ne trouvant aucun résultat évident

diat ses actes, rien qui expliquât son rôle, renonçant

immé

com

prendre, ils l'ont bientôt délaissé comme un personnage épiso

dique sans importance

ment, une opinion s'est imposée qu'on peut retrouver aujourd'hui

littérature s'en est emparée et, finale

dans tous les livres, qui est devenue classique force d'être repro

duite. Enlevé l'histoire pour devenir un type légendaire, demi

sorcier

comte

demi-prestidigitateur, escroc brillant

Cagliostro est un personnage qui

bouffon,

classe entre Robert

Macaire Polichinelle dans musée des fantoches (3).

Bien des esprits Cagliostro charmant

restent

leur suffit

connaître

magicien impres

Gérard Nerval ou

(1)

Vere aenigma est iste,

quo non licet judicare

Liber memorialis

Caleostro. Venetiis. S. A. in-8, 36. (Trad. franç.

Cagliostro. Paris, 191o, in-16, Cagliostro Strasbourg.

86) Cf.

Lettre

M. Haven. L'Evangile

Blessig,

Weisstein.

Breteuil, Meiner pensaient ainsi

«. eines Mannes., den ich gerne der

ganzen Welt verdächtig machen möchte. Meiner. Briefe uber die Schweiz.

partie ;in

Mirabeau. Lettre sur MM.

Cagliostro. Berlin, 1786, in-8,

(3) C'est presque l'expression textuelle du Joseph Prud'homme anglais

Ibidem

qu'on appelle Carlyle. Frasers Magazine.Juillet, 1833, pp.

28,

Août 1833, pp. 132

155.

e Carlyle. F r a s e r s Magazine.Juillet, 1 8 3 3 , pp.
e Carlyle. F r a s e r s Magazine.Juillet, 1 8 3 3 , pp.

AVANT-PROPOS

3

sionnant d'Alexandre Dumas ; mais ceux qui ont entendu parfois

des paroles de vie, qui ont senti,- fût-ce une heure- un monde

de mystères les entourer, ne peuvent se contenter de cette notion superficielle; ceux-là demanderont davantage. Pour retrouver,

s'il est possible, le vrai Cagliostro, pour acquérir une connaissance plus adéquate de son esprit, que pouvons nous donc faire ?

Avant tout, nous adresser à de meilleures sources. Qu'existe-t-il

sur Cagliostro ? D'abord, et en grand nombre, des pamphlets éma

nés, soit de ses adversaires dans les procès qu'il eut à soutenir et,

en particulier, lors de l'affaire du Collier; soit des ennemis person

nels qu'il avait su se faire par sa grande liberté de parole, par l'ori

ginalité de ses actes ; soit enfin du Saint-Office qui, lors de sa cap

ture, sachant tenir en lui un des chefs patents ou secrets de la

franc-maçonnerie, a voulu faire coup double : d'une part, salir à

tout jamais la mémoire de ce représentant des idées libérales qui

bouillonnaient alors dans bien des cerveaux ; d'autre part, faire

retomber sur l'ordre tout entier le discrédit jeté sur le grand-maître

de la maçonnerie égyptienne.

La Vie de J. Balsamo, publiée par les soins du Saint Office comme

chef-d'œuvre de

et Morande, de

M"° de la Motte pâlissent à côté de ce réquisitoire (1); et cependant

une apologie de son action inquisitoriale, est un

haine et d'hypocrisie ; les libelles des sieurs Sachi

ces trois personnages n'avaient pas ménagé Cagliostro.

Mais,

perfectionnée par le Saint-Office, l'œuvre prend une autre

ampleur : tout ce qu'on pouvait recueillir de plus diffamatoire chez les auteurs précités, s'y trouve joint à ce que l'inquisition a pu

arracher de compromettant à Cagliostro et à sa femme, par les

promesses ou les tortures (2). Qu'on ajoute à cela tout ce qu'en 1791 l'imagination de prêtres

italiens, effrayés par la Révolution française, pouvait inventer contre

la franc-maçonnerie en général et contre le fondateur d'un rite

et on aura une idée de la violence de ce

mystique en particulier,

(1) Nous parlons de Sachi et de ses démêlés avec Cagliostro dans notre chapitre V: STRASBoURG, p. 95 sqq. Nous étudions Morande dans notre

chapitre VIII : LoNDREs,

chapitre VII, p. 174 sqq. bien que l'histoire ait suffisamment démasqué et flétri ces deux derniers personnages pour que nous eussions pu nous dispenser même de réfuter leur assertions intéressées.

p. 2o7 sqq. et M"° de la Motte, dans l'affaire du Collier,

(2)Cf. RoME, p.244.

intéressées. p. 2o7 sqq. et M"° de la Motte, dans l'affaire du Collier, ( 2 )
intéressées. p. 2o7 sqq. et M"° de la Motte, dans l'affaire du Collier, ( 2 )

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LE MAITRE INCONNU, CAGLIOSTRO

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libelle. L'habileté avec laquelle l'auteur, jouant sur les mots, confond à dessein religion et catholicisme, athéisme et hétérodoxie, libéralisme

et scepticisme, fait que le lecteur, insensiblement, est amené à le sui

vre, à adopter ses conclusions, s'il ne s'observe et ne découvre la ruse.

Non seulement le livre est un réquisitoire haineux, non seule

ment il fourmille d'erreurs dans ce qui est vérifiable (1), et d'inven tions dans les portions impossibles à contrôler, mais encore, dans

le développement de sa thèse, l'auteur tombe dans de telles contra

dictions qu'elles sautent aux yeux et que le traducteur français de l'ouvrage, cependant hostile à Cagliostro, n'ayant que mépris et

ironie pour lui, n'a pu s'empêcher, en certains endroits, de signaler

ces contradictions révoltant la justice et même le bon sens (2).

Donc presque rien à prendre dans la Vie de J. Balsamo, pas plus

que dans les pamphlets antérieurs ; et si nous avons à les citer, nous

ne devrons le faire qu'avec beaucoup de précautions. Nous en

dirions autant des autres biographies, isolées ou intercalées dans des ouvrages généraux (3), qui, pour la partie documentaire,

s'appuient toutes sur le petit livre, tissu de mensonges et de sottises,

que la Chambre apostolique a fait imprimer à Rome. La publication

documents Fontaine par l'érudit M. Campardon (4) a engagé

quelques écrivains à s'occuper de Cagliostro. M. Funck-Brentano

des

fait

premier,

avec impartialité. Un auteur moderne (5)

repris

tion des pamphlets anciens, est tout imprégné du même esprit

sujet; mais son livre,

l'inverse du précédent

l'imita

haine qui

dicté Vie

Balsamo

père jésuite Marcello.

(1) Rien que dans les questions fait concernant les périodes

vie

Cagliostro sur lesquelles nous avons des documents officiels - dix ans environ

–j'ai

pu relever plus de trente erreurs positives de dates, de noms, ou d'événe

ments. On voit quelle confiance accorder aux récits

dans lesquels l'auteur donné plus libre carrière encore

toute rectification étant impossible pour cette période inconnue.

jeunesse de Cagliostro

son imagination,

(2) Dans l'avertissement, pp.

v,

cru devoir s'excuser de traduire

sentence condamnant Cagliostro, quel qu'il fut,

avoue que sa

raison se soulève devant les considérants du saint-Office, devant les cris des

inquisiteurs, réclamant encore, en 1791, du sang pour protection de

église catholique

mort

82.

sainte

romaine. Cf. Notes

pp. 96, 86,

(3) Christian. Histoire de

magie. P. Furne, gr. in-8, pp. 17o, sqq.

- Figuier. Histoire du merveilleux. Paris, 1861, in-16. Tome IV, pp.

sqq.

(4) Campardon. Marie-Antoinette

procès du collier, P., Plon, 1863,

pp. IO, sqq.

(5) D'Alméras. Cagliostro. P., 19o4, in-16.

c è s d u collier, P., Plon, 1 8 6 3 , pp. IO, sqq.
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AVANT-PROPOS

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D'autre part, nous avons à éliminer, pour arriver à un Cagliostro

vrai, les costumes et les décors dont les romanciers ont surchargé

le personnage. Alexandre Dumas, Gérard de Nerval, J. de Saint

Félix (1), pour développer un type déjà merveilleux par lui-même,

ont ajouté à sa vie et aux traditions restées courantes sur lui des

traits appartenant à d'autres personnages de l'histoire ou de la

légende. Déjà, du temps de Cagliostro, des chroniqueurs accumu

laient à plaisir l'invraisemblable sur le merveilleux. C'est ainsi que

dans plusieurs pamphlets de l'époque on trouve le récit suivant :

« Cagliostro s'arrêta avec un cri de surprise devant un crucifix de bois sculpté :il ne pouvait comprendre comment l'artiste, qui cer

tainement n'avait pas vu le Christ, avait pu atteindre à une ressem

blance si parfaite.

Vous avez donc connu le Christ ?

Nous étions ensemble du dernier bien. Que de fois nous

nous promenâmes ensemble sur le sable mouillé, au bord du lac de

Tibériade.Sa

voulu croire : il a couru les rivages de la mer; il a

de lazzaronis, de pêcheurs, de loqueteux : et il a prêché - mal

en est advenu

voix était d'une douceur infinie Mais il ne m'a pas

ramassé une bande

tournant vers son domestique

Tu

souviens du soir

Jérusalem où l'on crucifia Jésus

Mais

Non, Monsieur. Monsieur sait bien que

domestique avec une profonde révérence

suis

son service

que depuis 1.5oo ans (2)!»

Ces histoires, celle

rajeunissement d'une soubrette redevenue

petite fille, celle du banquet des ombres (3), circulaient son

temps. De Gleichen,

honnête homme explique que c'étaient

des charges, inventées par des farceurs (4): les uns, très conscients,

(1) J. de Saint-Félix. Aventures de Cagliostro. P., Hachette, 1855, in-16.

(2) Funck-Brentano. L'affaire du collier. P., Hachette, 19o2. 89.

(3)

Mémoires authentiques. P., 1686, in-8, pp. sqq. - Gagette Utrecht, du

août 1787.

(4) De Gleichen. Souvenirs. P., 1868, in-16, pp. 125-126. Lord Glower, qui est

l'avait peut-être pas inventée spéciale

Bœuf sur les cours

même histoire attribuée au

comte de Saint-Germain. L'anecdote du rajeunissement exagéré vient aussi de

Saint-Germain

l'auteur avéré

charge précédente,

ment pour Cagliostro, car, dans

Chronique de l'OEil

de Louis XIV Louis XV. (Ch. XXII) on trouve

celle du crucifix

trouve dans

Magie de Cagliostro, 1789,

18.

XIV Louis XV. (Ch. XXII) on trouve celle du crucifix trouve dans Magie d e Cagliostro,
XIV Louis XV. (Ch. XXII) on trouve celle du crucifix trouve dans Magie d e Cagliostro,

6

LE MAITRE INCoNNU, cAGLIosTRo

cherchaient à tuer par le ridicule le prestige entourant l'homme

aux pouvoirs exceptionnels ; d'autres confondaient de bonne foi les

histoires, et, du moment que Cagliostro était alchimiste ou guéris

seur, cela suffisait pour qu'on lui attribuât les transmutations d'un

chevalier Borri, les œuvres d'un Gualdo ou les terribles mystères de

l'esprit Gablidone (1). Enfin ses propres disciples, ses admirateurs, en qui la crédulité

supprimait tout jugement, acceptaient avec enthousiasme toutes les

histoires nouvelles et les colportaient en les déformant encore (2).

De toutes ces légendes, de ces exagérations et de ces maladresses

s'est bâti peu à peu le personnage mythique du magicien Cagliostro :

les littérateurs, qui l'ont reçu très défiguré, l'ont encore altéré et

cela. Non pas que nous ayons à

nous avons à tenir compte de

chercher des documents chez les romanciers, mais parce que ce n'est pas avec l'image préconçue de leur Cagliostro de fantaisie devant les yeux que nous devons aborder notre étude, et aussi parce

qu'il faut ne pas oublier que, déjà, dans les récits des contempo

rains, cette déformation du personnage commence à se produire.

Nous venons de voir tout ce que nous devons rejeter comme

d'erreurs, calommies et légendes qui, malheureusement, ont

entaché

inspiré seules la plupart des écrivains ; nous restons en présence :

1° Des renseignements donnés, des appréciations fournies par des

témoins compétents, gens ayant vécu dans son intimité ou voya

geurs de passage, notant le soir les impressions de leur visite à Cagliostro (3).

(1) Cf. Gazette de Leyde, n• 72

du 9 septembre 1785.- Ma correspondance,

73, 2 septembre 1785 et Essai sur la secte des Illuminés. S. L., 1789, pet.

in-8°, pp. 129-134.

« A la fin de chaque mois, disait-on, il s'enfermait pendant quarante-huit

heures et, en sortant de cette retraite, il envoyait vendre chez un orfèvre un

lingot d'or qui était toujours plus fin que celui des louis. » Souvenirs du duc de

Lévis, cités in : Chaix d'Est-Ange, p. 6 (2) Ses amis et ses défenseurs lui ont causé autant de mal que ses ennemis ; des bavards inintelligents ont fait supporter à Cagliostro le nouveau ridicule de leur propre sottise. (3) Encore faut-il tenir compte, dans l'examen des ces textes, de la prévention qui devait s'élever dans tous les esprits sérieux, chez tous les personnages officiels, contre un individu qui se présentait avec une allure aussi extraordinaire, dont les paroles troublantes, les actes étranges heurtaient souvent le bon ton du xviiiº siècle. Beaucoup voyaient en lui le bateleur ; bateleur si l'on veut, mais bate leur comme celui du livre de Thoth : amusant charmeur pour les enfants, dont les gestes symboliques rappellent en même temps aux sages les vérités éternelles.

e n m ê m e temps a u x sages l e s v é
e n m ê m e temps a u x sages l e s v é

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AVANT-PROPOS

7

Les pièces conservées à l'occasion des enquêtes officielles ;

ces derniers documents pouront nous fournir des dates et des textes

très précieux (1).

3° Les correspondances personnelles, lettres publiques, requêtes

et factums divers écrits par Cagliostro, ou sous son contrôle direct (2)

et qu'on a systématiquement négligés. Son Mémoire contre le Procureur général, en particulier, a été ridiculisé et incompris ;

le public lettré regardé comme un vain roman

cependant

trer

auraient vu que Cagliostro s'y révélait aussi clairement que dans

dédaigné.

les critiques, mieux avisés, s'étaient efforcés

ces écrits,

séparer les faits

péné

sens

les symboles,

ses actes, que ses pages

décriées éclaircissaient singulièrement

bien des côtés obscurs de leur héros.

Textes officiels, références

contemporains impartiaux, lettres

requêtes écrites par Cagliostro, voilà donc les seules sources, peu

saines, où doive puiser un critique scru

lumière

abondantes, mais claires

puleux, désireux

rétablir dans forme

dans

véritables

figure

guérisseur des incurables,

intéressante du prophète

l'ami

Révolution,

Lavater, du maître

Cardinal de Rohan.

Telle n'a pas été, malheureusement,

conduite des historiens ;ils

s'en sont tenus aux pamphlets,

scandaleuses,

amusants

chroniques

citer. Cela leur suffi ils n'ont pas

nombreux,

riches

cherché plus loin

quelques-uns ont interrogé parfois

défenses

rains,

Cagliostro ou les souvenirs d'observateurs contempo

fut nollement

d'un esprit déjà prévenu (3).

(1) Nous voulons parler des actes suivants

Interrogatoire

Lettres ministérielles de 1783. Débats du procès du Collier

Bastille.

Verdict du

mai 1786, pièces conservées aux Archives

Bibliothèque de l'Arsenal.

(Cf. Bibliographie,

fin de

livre).

(2) Plusieurs mémoires, rédigés par Mº Thilorier, ont été inspirés,

même,

dit-on, écrits partie en italien par Cagliostro. Cf. Gagette

du mars 1786.-Borowski. Cagliostro, einer der merkwürdigsten Abentheuer.

Leyde,

Königsberg, 179o, in-16, p.

(3) Un excellent auteur, M. Funck-Brentano, dans son livre sur l'Affaire du

dû s'occuper de Cagliostro; mais n'en parle qu'incidemment, pour

quelques mois de

peu; d'autre part, suivant en cela l'opinion banale,

sonnage original, amusant, de son étude

en lui attribuant volontiers des anecdotes douteuses. En un mot n'a pas

penétré plus avant dans l'âme de son personnage - n'avait pas

n'a pas craint d'en accentuer les traits

Collier

vie pour un fait auquel Cagliostro ne fut mêlé que fort

vu en Cagliostro

per

faire,

est vrai

et, par conséquent,

n'a pas été amené chercher

éclaircir des points

e n Cagliostro per faire, est vrai et, par conséquent, n'a pas été amené chercher éclaircir
e n Cagliostro per faire, est vrai et, par conséquent, n'a pas été amené chercher éclaircir

3

LE MAITRE INCONNU, CAGLIOSTRo

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Aussi, ni les biographies pleines des mêmes erreurs, des mêmes

calomnies, ni les notices superficielles insérées ça et

pages consacrées par des esprits plus éclairés

Cagliostro

même

donnent

lui une idée approximative. Odieux escroc, naïf illuminé, délicat

manieur d'âmes, grossier lourdaud, on nous présente, pour celui

Cagliostro, cent personnages divers, peu

rapport avec ses actes,

dont aucun satisfait l'esprit

bien plus,

même auteur,

quelques lignes

distance,

craint pas

sous des traits absolument contradictoires

dépeindre

Le bon sens se révolte

nous

lire ces sottises.

Tout est donc

refaire

une vie

Cagliostro, autrement

conçue, s'impose historiquement. C'est

personnage pour me créer une conviction que j'ai vu

essayant d'étudier

nécessité

recherches nouvelles,

près les événements

l'ai vu grandir

s'éclairer

vie

dois

déclarer,

caractère

pénétrant plus

cet homme,

mes yeux;je me sentis, dès lors, poussé

parler

lui par un autre sentiment que par un simple intérêt

curiosité me crus devoir

faire.

douteux

ces réserves, c'est certainement

sur Cagliostro.

détruire des calomnies qui ne touchaient rien

qui

été écrit de mieux,

son sujet. part

plus impartial

détruire des calomnies qui ne touchaient rien qui été écrit de mieux, s o n sujet.
détruire des calomnies qui ne touchaient rien qui été écrit de mieux, s o n sujet.

CHAPITRE PREMIER

PREMIERS VOYAGES - L'AVENTURIER

s3E récit allégorique donné par Cagliostro de son enfance,

ce qu'il disait de ses voyages, n'a été pris à la lettre et

- accepté tel quel par personne sans doute ; presque tous

ont considéré cette histoire comme un moyen prétentieux de se

rehausser dans l'opinion des hommes ; ses ennemis se sont aus

sitôt efforcés de chercher une origine plus naturelle à Cagliostro,

des détails plus terre à terre sur sa jeunesse, désireux de le prendre

ainsi en flagrant délit d'invention et d'annuler par leurs protesta tions l'impression grandiose que produisaient sa bienfaisance et

ses merveilles.

Sachi, le premier, annonça qu'il s'appelait Thiscio, qu'il était né

à Naples, fils d'un cocher ; qu'il avait été perruquier, avait exercé

ensuite, ici et là, les métiers les plus méprisables. D'autres le décla

raient juif portugais ; M* de la Motte reprit et réédita ces récits.

Plus tard, Morande et le commissaire Chesnon découvrirent en lui

Joseph Balsamo, publièrent sur son compte des aventures de jeu

nesse suffisantes à le déconsidérer à tout jamais. Autre histoire,

mêmes tendances, même richesse de détails, documents aussi sûrs

en apparence. Cette seconde version eut plus de succès encore que

la première et se répandit vite, grâce au Courrier de l'Europe. On la

retrouve presque chez tous les historiens.

Le but de ces romans, de ces publications était le même : il s'agissait de percer l'incognito sous lequel Cagliostro se présentait,

surtout de jeter assez de méfiance, assez d'opprobres sur la portion

inconnue de sa vie pour que sa réputation actuelle en fût atteinte ;

s u r l a portion inconnue de sa vie pour que sa réputation actuelle en
s u r l a portion inconnue de sa vie pour que sa réputation actuelle en

IO

LE MAITRE INcoNNU, CAGLIosTRo

l'histoire admise, tout devenait matière à soupçon en lui, même la

vertu la plus indiscutable.

Rien ne résiste en effet à ce procédé destructeur : la calomnie,

même la plus fantaisiste, fait naître le doute et le doute est un

dissolvant universel plus fort que celui des alchimistes. les faits

diffamatoires peuvent se détruire l'un l'autre, les suppositions ne

reposer sur rien, les fantaisies se donner libre cours : le lecteur par curiosité, par indifférence, ne s'arrête pas aux évidentes mal

honnêtetés ; il absorbe l'aliment agréable qu'on lui offre et l'œuvre néfaste est accomplie : la méfiance est entrée ; le héros tombe et

rien ne saurait le relever, de son temps ni aux siècles à venir.

C'est ce qu'on a fait pour Cagliostro : on a noirci de calomnies sa jeunesse ignorée de tous ; on a peuplé les premières années

de sa vie, qu'il voulait laisser enveloppées de mystère, d'histoires scandaleuses, d'intrigues criminelles, sans mesure, sans preuves,

sans scrupule, et c'est par cette sorte de préface que débutent tous

les biographes de Cagliostro. Nous ne les suivrons pas dans ce

chemin ; certes, nous étudierons, nous aussi, les différentes hypo

thèses offertes sur la naissance et la vie inconnue de Cagliostro,

mais nous le ferons à la place qui convient à cet examen, c'est à

dire après l'avoir suivi pas à pas dans son existence, depuis l'heure

où sa vie est historiquement connue (1), jusqu'à son dernier jour.

Nous aurons ainsi, à l'inverse des pamphlétaires intéressés ou des critiques irréfléchis, un type positif d'homme, un être vrai à com

parer avec les images de fantaisie qu'on a présentées au public

pour combler le vide de cette période inconnue, au lieu de partir

comme eux de suppositions, de faits mal établis pour créer un per

sonnage de roman, dont ensuite le reflet trompeur jetterait sans

cesse sur l'homme que nous verrions parler et agir, une ombre de méfiance injustifiée.

En passant ainsi du connu à l'inconnu nous croyons procéder

d'une façon plus scientifique et plus équitable ; nous évitons aussi

des longueurs et des redites ; car, pour juger la valeur des diffé

rentes hypothèses présentées, il importe de connaître ceux qui les

ont émises, et c'est en suivant Cagliostro dans ses travaux, dans ses luttes, à Strasbourg, à Paris, à Londres que nous aurons à parler

(1) En Angleterre, en 1777, à l'âge de 33 ans environ.

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PREMIERs voYAGEs - L'AvENTURIER

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3

de ceux qui, les premiers, ont voulu porter la main sur le voile

mystérieux dont il s'entourait.

Sans nous attarder à rechercher dès maintenant si, effective

ment, Cagliostro visita l'Égypte, s'il passa par Rhodes avant d'aller

qu'un seul

séjour

puisqu'en aucun ces lieux Cagliostro

plus grande

partie

festé,

à Malte, s'il naquit à Messine ou ailleurs, s'il ne

Naples, toutes choses bien secondaires

notre avis,

s'est réellement mani

puisque, d'autre part, nous considérons

ses déclarations comme des énoncés symboliques (1),

nous commencerons notre étude

l'apparition Cagliostro

Londres,

que nous avons des documents, venant soit

1777, parce que c'est

partir

cette date seulement

lui, soit

ses

adversaires, mais précis

discutables.Avant son séjour

Londres,

est bien quelques événements

vie

Cagliostro qui appar

tiennent déjà l'histoire

ses travaux avec grand maître Pinto, amateur

tique, son mariage

semblent établis

son séjour

Malte (2),

science hermé

Rome, son amitié avec chevalier d'Aqui

no (3), un voyage qu'il

Espagne (4) sont des faits reconnus

par lui, acceptés par ses adversaires qui les ont confirmés bien

qu'ils

aient dénaturé les détails. Nous devons donc les admettre

les indiquer. La jeunesse Cagliostro fut mouvementée;

voyagea

bonne heure dans l'Europe occidentale

mais,

ses travaux,

cette époque

comme aucun témoignage palpable n'est resté

qu'aucune référence nette

ne nous est parvenue,

d'œuvres analogues

ceux qui l'ont connu

qu'en aucun ces lieux

n'accomplit

celles qui l'ont fait connaître plus tard, nous

(1) Nous disons

plus grande partie, car tout n'est pas purement symbo

lique comme nous l'expliquons plus loin.

(2)

Les renseignements venus de Malte confirment l'arrivée dans cette île,

ans

signalement correspond

vers 1766, d'un prêtre sicilien accompagnant un jeune homme de

dont

avec

chevalier d'Aquino.

celui

Cagliostro

Ma Correspondance,

Cf. Borowski, Cagliostro. etc.,

qui voyagea ensuite

59, juillet 1786. -

31.Le prêtre décoré de l'ordre de Malte, qui

aurait beaucoup voyagé

(3) Mémoires pour conte

gliostro fit en 1783 un voyage

Orient,

serait appelé Puzzo, l'enfant Michaé

Cagliostro. P., 1786, in-16, pp.

19. Ca

Naples pour assister chevalier d'Aquino

mOurant.

(4) Mémoires pour comte

Cagliostro, p.22. Don Luis

Lima Vasconcellos,

grand prieur de Majorque, frère de don Jaime de Majonès de Lima

ambassadeur d'Espagne (1747-1764) était

Sotomajor,

disciple de Cagliostro. Souvenirs de

III, pp. 223 sqq.

marquise

Créqui. P., 1834, vol. in-8,

u v e n i r s d e III, p p . 2 2 3
u v e n i r s d e III, p p . 2 2 3

I2

LE MAITRE INCONNU, CAGLIOSTRO

ne pouvons, si nous ne voulons tomber dans

nous reprochons aux autres, que citer ces quelques indications

générales admises à juste titre, par les auteurs, sans nous y arrêter davantage. Ces voyages, qui durèrent plusieurs années, l'ame

nèrent enfin à Londres, en 1777, et ce fut le début véritable de

le même défaut que

sa carrière.

a m e nèrent enfin à Londres, en 1777, et ce fut le début véritable de
a m e nèrent enfin à Londres, en 1777, et ce fut le début véritable de

CHAPITRE II

PORTRAIT - L'IMPOSTEUR

sE comte de Cagliostro, tel qu'on le connut en Europe de

| 1777 à 1787, était un homme de taille peu élevée,

3-4 plutôt au-dessous de la moyenne (1), aux épaules car

rées, à la poitrine large et bombée, donnant l'impression de

vigueur et de santé ; la tête puissante était couverte de che

veux noirs ondulés, flottants et rejetés en arrière (2); il la portait droite, souvent même un peu renversée, ce qui laissait

voir les lignes d'un cou rond, musclé, remarquablement gra

cieux (3). Contrastant avec l'ampleur de la poitrine, les mains et

les pieds étaient petits, les attaches fines (4). Un embonpoint nais

sant, qui s'accentua seulement dans les dernières années de sa vie,

ne lui enlevait rien de sa vivacité ; sa démarche était alerte, volti

geante (5) et révélait une richesse de vie, une énergie musculaire

(1)Cinq pieds un pouce (!) dit le policier Bernard dans le Courrier de l'Europe. No 29, 1787.Cf. Evangile de Cagliostro, P. 191o, p.85. - Ein paar Tröpflein aus

dem Brünnen. 1781, p. 2.- De Gleichen. Souvenirs, p. 135.

(2) Cf. Langmesser. Jacob Sarrasin. Zurich, 1899, p. 54. Remarque faite par Schmidt.

(3) On peut le constater sur le portrait de Chapuis et sur le buste de Houdon, tous deux reproduits dans ce livre.

(4) Gedike et Biester. Berliner Monatschrift, T. IV, juillet-décembre 1784.