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B1 Oct.-_:-tu-E2015 M ü?

556-81 - F: 6,50 'E

Emma
Psychu
B:

LA NOUVELLE OBSESSION
DE LA NOURRITURE:
EORTHOREXIE

NEUROÉDUCAT
coNNAîTnE
son cEnvEA

RÉs||.|ENcE
CES OBJETS Qul FONT
SURMONTER UN TRAUMA
|v|É|v|o|nE
ÇOMMENT LES
EMOTIONS FORGENT
NOS SOUVENIRS
NEUROCHIRURGIE
DES PATIENTS VIVENT
LEUR 0 P RAT|oN
Du cER\/EAU EN |:›|REcT
Êlmmsnle cÉnÉBnA|.E
- ' SUSPICION SUR LA VALIDITÉ
DE MILLIERS D'ÉTUDES

Di EH.:É.!I'C.CPHï1l.!i'E$'ClII1.EIZlH1'$:iB.5'E.U.lH:B.5C.Hl .Ff:9üM ¢D.TElHi ?UHPF.


FCI!T.iI!ll'|1!ii.E'Ê.1\Il:?.ETH|2l.CI1:15C|'l=.EF:?1?1}'E Îièí
PARENTS, PERDUS FACE AUX tt DYS ›› ?
CES OUVRAGES
SONT FAITS POUR VOUS !

nELrN|NE EE HENPTIHHE
DELFHIH E D E H E H F Î I H HE

AIDER AIDER)

SONA ENFANT
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LSÊÊÊÊÎLNJE
ET ATTEN-|'||:
SON, ENFANT
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A LTRE A ETRE CALME ET ATTENTTF A ECRTRE -'
50 ches centre 50 ches -:entre 50 ches centre
le dyslexie |'hyper›::|ctivité et le TDAJH le dyserthegruphie
Delphine de Hemp ne Delphine de Hemptinrte Delphine de Hemptínne
WSESSSETSSBS - Septembre 2015 9I*'&235S2?S-14? - Septembre 2016 9I*'B2SS32?SSO? -Septembre 201 -S
1230 *E 12,10 I 12.90 *E

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Cerveåu
“Psv-cho
Nes:

NOS CONTRIBUTEURS EDITORIAL


ri 5'. . J-

I I'

p.14 tsr
Hugues Dug iru SÉBASTTEN
Neurochirurgien, directeur de recherche a l`unite 1051
de i'|nsen'n et directeur du departement de chirurgie
BOHLER
du CHU de Montpellier. II a obtenu I'equivaientdu prix Redacteur en chef
Nobel en neurochirurgie pour ses opérations a cerveau
ouvert che: des patients éveiiies.

Couteau, râteau
p. 33-43
Gfhrier Houde
ou cerveau ?
Professeur de psvcholo-gie à i'universit.é Paris-Descartes
et directeur du LaF'svIZtÉ (CNRS), ce specialiste du
developpement de Finteillgence chez i'enfant et des
apprentissages étudie comment les connaissances
sur ie cerveau peuvent br-É-nè cier à la pédagogie.

l n”y a que le mauvais ouvrier qui a de mauvais outils. Le bon boucher


a un bon couteau, le jardinier un hon rateau, et Pélève qui apprend...
un bon cerveau. Car c'est son outil de travail. llinstrurnent par excel-
lence de Papprentissage. Connaître cet instrurnent est la base de sa
p. T4*-31 réussite. Comment pourrait-il en être autrement?
Rornino Rinaldi Dans les classes, dispenser aux enfants une instruction sur ce qu'est
Neuropsvchoiogue ciinicienne et docteure en 1'outil qu'ils utiliseront huit heures par jour est un prérequis de base. Et le
psychologie, chef de service paramédical au sein du plus étonnant n'est peut-être pas que cela fonctionne, mais que les élèves
Grand Hopital de Charleroi, ses thèmes de recherche apprécient. Comme si le simple fait de se pencher sur cette machine donnait
portent sur les thérapies cognitives et comportementales.
les troubles du sommeil et de l`humeur. envie de la faire fonctionner. Eric Gaspar, prof de maths passionne de neu-
rosciences, met ainsi en application les découvertes de neuroscienti ques
éminents comme Stanislas Dehaene, du Collège de France. Au programme:
qu'est-ce que Fartention, la concentration, le raisonnement, la memoire?
Et application directe... sur les bancs de l*ecole.
Pourquoi ne l*avons-nous pas fait plus ti:`rt ? ll a fallu attendre clien savoir
asser. sI..u' le fonctionnement de ces trois livres de graisse et ces 100 milliards
de neurones que renferme notre boîte crånienne. Le temps des moissom est
p. 51-57 arrivé: ülivicr Houde nous explique comment le cerveau apprend å raison-
Francis Eustache ner, et nous livre des pistes porn' déjouer les erreurs de logique en classe.
Neuropsvchoiogue spécialiste de la mémoire et de ses Gary Stzis nous parle des découvertes sur les premieres étapes de Facquisition
liens avec les emotions et e sens du soi, ii dirige i'unite du nombre et du langage; Didier Tricot passe le numérique å la moulinette
de recherche-s U10?? de I'Inserm à Caen, ainsi que la des neurosciences pour savoir s'il fait tant de bien que cela aux cerveaux des
plateforme d'|magerie Cvceron, et préside le conseil
scienti que de |'CibservatoIre EEV des mémoires. enfants. Ce n'est que le debut. vous niavez pas fini d'entendre parler de la
neuro-éducation... I

H'E.'l-ùcl:ol:r|'l1ü'iE
. p. 37-62
afitii OCTOBRE 201 E
0 Dossier
.Pi '-.. 'T"I'*

É :ru
ÿšši al ii
p. 6-35

T›räC0LWr¿1rr*r=:S
NEuRo
EDUCAT N
p. Er AeTuAL|TÉs , 22 cas eL|N|ouE
a Vers un nouveau traitement
de la sclérose en plaques
'Un hyperactif
a Un cerveau de chanteur dans la lu ne
e Les oméga-3 réduisent le stress Êtonnant, mais vrai: un cas de trouble
tlc Tattcntion sans hjvpcractivité... IÎP
e Lire pour vivre plus longtemps
'G1'égor_vl'r'iicl1cI i
a Au: origines cle I'orgasme feminin
p. 38 Neueopcren
p. 28 |N|=oenAPH|E
p. II Focus CONNAITRE SUN CERVEAU
IRM fonctionnelle : un Face à la peur POUR MIEUX APPRENDRE
Les réactions de notre corps, en images.
taux d'erreurs alarmant Elena Bernard et Martin Muller Étudier lc fonctionnement des ncu roncs
aide a miernt raisonner et mémoriser
Une étude révèle une proportion
in srtup-rpnnnée de e fans positifs re. 11.30 ouEsT|oN ou Mors Ulivier I-Ioulîlé., Arnaud Caelli t Grégoire Horst
Michel Dcsmurgct
Pourquoi le temps p. 44 rNTE|=rvrEw
p. H- NEueoLoorE accélère-t-Il avec Iiäge? ff PARLER DU CERVEAU AUX
La réponse de notre etrpert.
Le renouveau james Bmadwaf ELEVES CHANGE TOUT H*
de la chirurgie éveillêe Un neuropédagogue livre son expérience.
RCELCI' ÊUHSÉÎCHL HVCC 'till CC-'1"'r*'l2 .L1 {llî|"ir-'l21"lÃI p. 33 *sean oes Er-rr=r`serENcEs Eric üaspar
un avantap,e pour opérer les tumeurs. oE Ps'rcHoLoo|E
Hugues Uufïau p. 50 oEvE¿.oPPEmENr cEnEee.AL

DANIELA
siENToT DE NE|LLEuns
p. Et] NEuaoeroLoo|E
UVADIA ELEVES ?
On a perdu le ciment Les mécanismes de la lecture et des maths
dela mémoire Les atroces experiences -I' I- permettront rfaméliorer la réussite scolaire.
Les protéines ecimcnt s qu`on supp-osait Gary Sti:
a la base des souvenirs ne seraient en fait sur l"amour maternel
pas si indispensables... Bien que cruellcs. les expériences de Harrjr p. 58 Neunoeéoeeoere
Georges Chaponthicr llarlovr ont réhabilité le role dela
LE NuMER|ouE A L*ÉcoLE,
tendresse dans les rapports liaux.
UNE AUTRE coeN|T|oN ?
*tie numéro corrporie un e'1|:a't -cfaoonnerr-Ent Ce'-.veau it- Psycho broché
Pour réussir cc tournant, les élévcs devront
etjeté en cahier intzérleur sur ia ciiiiuson kiosque France miens maitriser les compétences de base.
En couvent.-fe : EIE-etîs-imaoasf tept-en Sr-vlntelt
Anrln'-.i 'lïicnt

H'B'I-ElIcl:orI:r|'l1ü'IIE
'Uie

p. 64-T3 p. Tr'-Il--'91 p. 92-98

ÉCLATRAGES l..'l \-'I RIÊS

p. 04 neroun sus r:AcTuALrTÉ p. T4 p, 92 Lt'-.rsr Es


Anonymrser les Eorthorexie, o liflotivcr ses eleves grâce
aus intelligences multiples
terroristes: une fausse nouvelle obsession o Qui suis-je 'E
bonne rdee du manger sam o Psychologie Comp-arée
Cette mesure ne prend pas en compte les lifingérer que des graines de tournesol, o l.e Grand Livre dela négociation
mécanismes de contagion de la violence. refuser tous les aliments cuits: 1`or'thonesie a Sommeil, rythmes et psych latrie
Laurent Begue est-elle une maladie mentale? o Bouddha au temps
Romina Rinaldi des neurosciences
p. 68 A NrEorTErr
p. 82 p. 94 NEu|=rosc|ENcEs ET L|TTEeATunE
`\ Comment les émotions
*P crmrsror-Tra
- Annan forgent nos souvenirs SEH.~'LS'I`lAl"il
Pourquoi nous rappelons- nous tous DIEGUEI
oit nous étions le soir du Bataclan 'E'
Pourquoi nous avons F. Eustache, B. Desgrangcs, B. Giffard
besoin de héros et H. lÎiuiller_v Girard
Gaspard de la n uit
Ce recueil de poésies du tels' siecle
Les actes héroïques nous rebaostent le
préhgu rait les grandes découvertes
mt1r¿Lll."t'iEme si les héros ont bien changé... p.88
des neurosciences sur les rêves, au 10€*
p. Til' un r-*sv Au r.:rNr'l;NrA
Nrcpras
GUEGUEN
-~ SERGE
'S TISSEI-Hlllli
Le syndrome
Ma vi_e de Courgette: de la tête de mule
Tout nier en bloc en se eramponnant ir ses
la resrllence
.f II
opinions: cmt la téte de mule Et un peu nous
par les objets
Ii
tous, ir cause d`un drole de biais cognitill
Quand un cert'-volant aide a surmonter
la mort d'un père, on -découvre le r-file
recon structcu r des objets-souvenirs.

H'E.'I-úIcl:ol:rl'l1 "iE
D COU V ERTES
p. lb .elctrroiilá p. 12 .Focus p. 1-\IfLr:r. erlrirtrrgie rirreiiiee p. 20 Un opertíu ie cirner1tr:I'eIr1.rn.rãnroir'e p. Il Cris clinique p. Ilifnfogrnphie

Actualités
Far la rielactlon

N|ÉoEc|NE

Vers un nouveau traitement


de la sclérose en plaques ?
Une nouvelle molécule, le Glunomabii, empêche la pénétration des globules blancs
dans le cerveau des malades. Testé chez des souris, ce composé évite la destruction
des neurones par ces cellules immunitaires et endlgue l'évoIution de la maladie.
I H. r acrea et ol. ,
Neuroendothelial Hama receptors
as therapeutic targets in
experimental autoimmune
etroepltalomyelitis, Brain,
en ligne le zojuillet amo.

'I I'

...r ..l y a sh: ans, Claire, alors


âgée de 31 ans, se réveille avec
une vision trouble et une douleur
à l'oeil. Le trouble s'estompe, mais
quelques mois après. elle ressent
des picotements dans les jambes et
nit par consulter un médecin. Apres
quelques -rcrisess séparées cie
périodes d'accalmie. le diagnostic
tombe comme un couperet: elle est
atteinte de sclérose en plaques, plus
précisément de la fomte la plus fré-
quente où les svmptomes appa-
raissent. puis disparaissent. avant de
refaire surface ailleurs. Comme elie.
plus de 30 000 personnes sont
concemé-es en France. La sclérose en
plaques est la première cause d'inva-
lidité neurologique chez i'aduIte
jeune. la maladie se déclenchant
entre 15 et 50 ans. C'est dire I*espoir
que suscite le médicament qui sera
pe ut-étre développé suite aux résul-
shut erstecir tats de Fabian Docagne, du Centre
"-T.
Cyceron Er Caen, de Diego Ciemente,
ET-eI':I de l'Hopital de Tolede en Espag ne. et

N"e|.oEman:o*|s
p .ill Lo question du mais p. 32 Les insoateneitlm erpériences sur ibmoar rnotenrel
NEunoEs'rHET|ouE

ISI RETROUVEZ LA PAGE FACEBDUH DE CERVEAU E PSYCHU


Un cerveau
de chanteur
Els I* l}._I. l.-evilin el S. T. Gral`lon.
Neurocose. en ligne le 11 août coté.

de leurs collegues. Ce battement en Focalisant leurs efforts sur la bar-


effet, bloque la progression de la rière hématoencéphallque, Docagne
maladie chez les souris. et ses collegues ont identifié des
La sclérose en plaques est une récepteurs NMDA à la surface des cel-
maladie auto-immune: le systeme de lules endothéliales. il v a quelques
défense de l'organisme attaque des années, ils avaient montré que ces iÊÎ".Êo t'l`. _ir:E.i'ton
protéines dans le cerveau et la moelle récepteurs sont esuractivéss quand olcl le cerveau d'un des plus grands
épinière comme s'iI s'agissaitd'agent.s une enzyme nommée TPA s'v xe et chanteurs et compositeurs cle I"hist.oire du roclc.
infectieux. Clr ces protéines constituent les coupe. Aujourd'hui. dans un C'est dans le laboratoire du professeur Levitin, a l`uni-
la gaine de nrvéllne qui entoure les modele artificiel, in vitro, de barriere versité lvlcGili de lvlontréal, que le chanteur Sting,
prolongements des neurones etfaciilte hématoencéphalique, les chercheurs ancien leader du groupe Police et lauréat de 15
la transmission des messages nerveux. établissent qu'en se liant aux récep- Grammrv Awards. a offert son encéphaie a liceil des
Dans la maladie, les soldats immuni- teurs NMDA, cette protéase augmente scanners. L'idée était de savoir com ment un musicien
taires, les globules blancs, détruisent la pemtéabiiité du mur. lis ont alors de premier plan entend et pense la musique. Sting
la mj-,réline dans une zone du système créé un anticorps - ils l'ont nommé a donc écouté des dizaines de morceaux de jazz.
nerveux. Avec des svm ptémes variés: Glunomabii - qui bloque l*interactlon rock, tango et pop, pendant que I'lFltr-1 captalt l'actlvité
engourdlssements, douleurs, fourmil- du tl=*A avec le récepteur Nr.roA. de son cerveau.
lements. maladresse. troubles de la Dans le modele in vitro, le
vision... selon la région attaquée. Glunomabii' rétablit l'lmperméabllité LA MUSIQUE DANS LES HEURDHES
Mais pour s'en prendre a la gaine de la barriere: les globules blancs ne Les scienti ques ont observé que le cerveau
de mvéline, les soldats doivent tra- la traversent plus. Et chez des souris de Sting s'activait de façon similaire à 'écoute de
verser un mur normalement quasi atteintes de sclérose en plaques, les certains morceaux. Parmi eux, la chanson Girl des
imprenable: la barrière hématoencé- symptomes moteurs n'évoluent plus. Beatles et le tioertongo d'Astor Piazolla. Écoutez-
phalique, réseau très dense de cel- Dans leur cerveau. on ne trouve les si vous en avez l'occasion: vous éprouverez
lules dites endothéliales qui entoure presque plus de globules blancs et la alors un sentiment étrange. Comme si un lien aussi
les vaisseaux sanguins dans le cer- mvéline est moins abimée. Preuve profond qu'invisible les unissail. Leur caractére
veau. Sans que l'on sache pourquoi. que le Giunomabé ferme la baniere vocal ou instrumental differe, tout comme leur
dans la sclérose en plaques, sous hématoencéphalique. D'oi'.r un médi- orchestration et leur ligne mélodique, mais il sub-
i'effet de la réaction immunitaire, la cament envisagé pour prévenir les siste une parenté, inscrite comme en filigrane.
baniere devient pemtéable, ouvrant poussées in ammatoires des patients, C'est cette parenté que traduit l'activité cérébrale
la voie aux globules blancs. La plu- en complément des autres traite- identique de Sting lorsqu'ii les écoute. De telles
part des médicaments actuels ciblent ments. Un brevet est d'ores et déja images révèlent qu'un musicien de ce niveau fonc-
la réaction immunitaire en dehors du déposé. Reste à trouver les nance- tionne par analogies, par rapprochements de
systéme nerveux. Mais les effets ments pour développer l'anticorps et diverses mélodies et accompagnements, ces che-
secondaires. comme une diminution lancer les essais cliniques. Claire aura mins de traverse lui permanant de composer des
de la capacité à se défendre contre peut-étre un nouveau médicament paysages sonores cohérents, à la fois nouveaux
les virus, obligent souvent a l'arrét pour combattre sa pathologie. I et héritiers du passé. A quand la composition assis-
des traitements. Bérrédiete Soitfrun-Lassalle tée par IRM ? I Sébastien Boitier

l~I'B'l-DctoI:r|'l1üH
él I IJECH l..` 'ir' I*ll«l'l` E5 fileitr ilïeïi

HUTRITIDN

Les qmé a-3


redursen
le stress
I* Ul. Hirsch I]-urljll ef of.. CEN
Reports. vol. té, pp. I-ft. août Itilfr.

ous ne sommes pas égaux face aux situations


stressantes. Certains réagissent bien et conservent leur calme,
d'autres perdent leurs moyens et basculent dans I'anxlété. D'or".r
viennent ces différences? Des chercheurs de l'lnra a Bordeaux résiiientes que les autres, ne développaient pas de comporte-
et de l'lnserm à Marseille ont identl é un mécanisme cérébral de ments eanxieux S, tel le fait d'éviter d'explorer un lieu inconnu.
résistance au stress chez les souris, mécanisme lié à notre Puis les neurobiologistes ont analysé une zone de leur cerveau
consommation d'omé-ga-3. les 1 bons 1 acides gras que l'on trouve appelée neveu accumbens. qui régule les émotions et où inter-
dans les poissons gras comme le saumon, ainsi que dans les viennent les endocannablnordes. lis ont constaté que chez les
graines de noix, de colza... et dans le régime méditenanéen. souris normales [non stresséesl, les endocannabino'l'des
tvlais le chemin esttortueux entre notre assiette et notre moral. encienchent dans tous les neurones un mécanisme de plasticité
et croise notamment les endocannabinoides, des molécules cérébrale appelé dépression a long terme (LTD). Chez les sou ris
proches du cannabis naturellement présentes dans le cerveau. stressées et non anxieuses, cette plasticité ne concerne plus que
En effet. les chercheurs avaient déja montré en 2011 que moins 55 iii. et chez les rongeurs stresses et anxieux. 11%. lvlais en sti-
des souris mangealent d'oméga-3, moins leur cerveau produisait mulant la production d'endocanna bino'ldes dans le noyau
dendocannabinoïdes et plus elles étaient stressées. Les mémes accumbens des souris anxieuses, les chercheurs ont rétabli la Lro,
chercheurs viennent didentifier le mécanisme de cette action. et les animaux se sont apaisés.
13-ans leurs expériences, ils ont d'abord :stressée des souris Les oméga-3, en augmentant la sécrétion cérébrale d'endo-
en les plaçant en compagnie d'un mâle très agressif. ils ont cannabinriides, améliorent ainsi la résiste nee au stress. Ces acides
observé que malgré le stress, environ la moitié d*entre elles. plus gras n'ont pas ni d'étre rr bons rr- pour la santé. I B. SL-I..

Lire, pour vivre trouvé une mortalité inférieure


de 20 lié chez ceux qui dévoraient
plus longtemps des livres, par rapport à ceux qui
n'en lisaientjarnais. Et ce,
indépendamrnent de liinfiuence de ANS
I-jéquipe de Becca Levy; a facteurs tels que Page ou le niveau
Puniversité Yale, a trouvé la
formule de l'élixir de jouvence : il
d'r;-Études. Selon les chercheurs,
sinunerger dans un livre ent:raine
de plus: e'est
se compose de quelques centaines un certain nombre de facultés le vieillissement
de pages imprimées, à consommer cognitives, comme la supplémentaire d'un
régulierement. aprés avoir concentration, le raisomtement ou cerveau d'obèse,, par 'l-_

interrogé 3535 personnes âgées -de Pempathie, ce qui protégerait les


plus de 50 ans et observé leur neurones et pousserait à
rapport à une personne
survie au cours des 12 années développer une meilleure hygiene de poids normal.
suivantes, les chercheurs ont de vie. I Goiiieumejeequemonf s....a..L. A..-.rr-.r.r.,rr..r«..=.ra.e.-..r...›..;.s.~r:rr.›*.~urs SSI
'lzru'tuen.sIto.eilar l"urman

l~l'B'l-DctoI:r|'l1üH
PSYCHIATRIE

Mieux traiter
les psychoses
o o
Aux orlgrnes I tj. li harl-nr-al er ei.. l'lr'errrorr.
en ligne le 6juillet sorti.
de
.rr
Porgasme
o o
femlnrn
Q quoi sert l“orgasme féminin ? Le débat fait
age parmi les spécialistes, car son intérét
reproducizif est moins évident que celui de son
homologue masculin, qui propulse les gamètes
mâles jusqu'a destination. Iviihaela Pavliéev, de
i'université de Cincinnati, et son collègue ont
proposé une nouvelle hypothèse pour expliquer
son apparition. ils ont constaté que chez
d“autres especes de mammifères, le eoït
déclenche ches la femelle des décharges
hormonales similaires à celles qui se produisent
lors de lorgasme humain, et que ces décharges 'halopéridoh la cloza- et fantihallucinatoiresr des antipsv-
déclenchent l'ovulat:ion. Les chercheurs pensent pine... Ces neuroleptiques dits de chotiques. tvlais le striatum contient
que c'était aussi la fonction de liorgasme chez premiere et seconde générations, aussi une faible quantité d'lnterneu-
nos ancêtres. Eovulation sien serait déconnecté e encore nommés antipspehotiques. ro nes cholinergiques. qui sécrétent un
par la suite... le transformant en une sorte de sont prescrits en cas de psychoses autre neurotransmetleur: Pacétvicho-
vestige évolutif ! I GJ ou de délires chroniques, notam- line. Clr ces petits neurones possèdent
ment la schizophrénie. ils atténuent également des récepteurs D2, bloqués
souvent les symptomes (hallucina- par les antipsvchotiques. Emiliana
Perdons-nous tions, idées délirantes. agressivité.
retrait sociaI...i. mais comportent des
Eiorrelli, de l'lnserm, et ses collègues
ont supposé que I*inhibition de ces
la mémoire ? effets secondaires, notamment des
troubles moteurs proches des svmp-
récepteurs provoquait un excès d*acé-
tyichollne dans le striatum et sa su rex-
témes de la maladie de Parkinson: citaticn. D'où les svmptémes de epa r-
I 'externalisation de la mémoire est un spasmes musculaires, perturbations i-:lnsonisme 1. Pour le prouver, les
processus exponentiel, note Benjamin Sto rm des mouvements ou rigidité. Ce qui rreurobiologistes ont créé génétique-
de l'1.miversité de Californie. Plutôt que de conduit parfois a un arrét du traite- ment des souris n*exprimant plus de
retenir des numéros de téléphone, des textes, ment, de sorte que le patient retourne récepteurs bz uniquement sur les neu-
des dates historiques ou des noms de capitales, å ses :délires rr-_.. Comment réduire rones cho'lnergiques du striatum. puis
nous nous habituons à 1'idée que tout est stocké les effets secondaires des antipsv- ils leur ont administré de l'halopé ndol.
sur Internet ou notre ordinateur, votre notre chotiques? En comprenant par quel Résultat: les rongeurs ne souffraient
smartphone. Selon Storm, qui a réalisé une biais ils les provoquent. plus de eatalepsie lune perte de la
étude sur les pratiques des étudiants de son Les antipsychotiques bloquent contraction des muscles), alors que les
université, cette évolution s'accélére. dans le cerveau les récepteurs bz de effets antipsvchotiques persistaient.
Eextcnralisacion de la mémoire présenterait des la dopamine. un neurotransmetleur La surexcitaticn des intern eu rones
caractéristiques d'une dépendance: plus nous impliqué dans le circuit de la récom- cholinergiques par les antipsvcho-
nous ons aux supports électroniques de pense et dans le controle moteur. Cest tiques est donc responsable des
-al mémoire, plus nous avons tendance å le faire notamment au niveau du striatum que troubles moteurs indésirables. La qua-
ultérieurement, et à délester nos neurones de se projettent les neurones dopaminer- lité de vie des patients serait amélio-
cette tâche. tvlais sans un savoir stocké dans nos giques et où i'inhibition des récep- rée si l'on parvenait à museier I'activtté
S'Ê
huot enephoto
rstock neurones, peut-on encore penser? I SB. teurs D2 engendre les effets rr sédatifs rr- de ces neurones... I B. S.-I..

H'B'l-Dcl:oI:r|'llü'lI
fil I I.'lECi'l l.."'r'l-I-l~l.'I`El5i ,elcltroliíels

HEURDSCIEHCES

Lc soi vient-il
du cœur ?
I fil. Hahn liclrcln er ei.. Itleural responses to heartbeats in
Le cancrc
spontaneous thoughts,_l'ourrrel of.'lr”-errroseierrce, zïfoïfzoré. est près du
radiateur
C 'est une image d“Êpinal qui méritait d'étre
confirmée scientifiquement: c'est pres du
radiateur que l*on trouve le cancre. El: le premier
de classe, évidemment, siège au premier rang où
il boit les paroles du maître.
Le cliché est tout ce qu“il jv a de plus vrai, d“aprés
une étude menée à l'université de Salento, en
Italie. Les résultats obtenus aux exanrerrs par
2'.?0 étudiants en marketing ont été mis en
relation avec leur éloignement du tableau noir;
et une corrélation linéaire est apparue, plus
Î omment develop- Tout au long de ces tests, l'activlte nette chez les personnalités timides ct moins
pons-nous le sentiment conscient cérébrale des participants était enre- évidente pour les exnravertis. Pour liinstant, les
cl'étre au monde, en tant qu'entité gistrée par magnétoencéphalogra- psychologues pensent qu'il faudrait inciter les
unique, nous qui sommes un assem- phie. Les chercheurs se sont intéres- étudiants timides å se placer plus .ir liavant de la
blage hétéroclite de milliards de cel- sés a la réponse du cerveau aux classe, carla distance les dissuade de poser leurs
lules ? Certains chercheurs pensent battements de cceur, constituée de questions a haute voix... I S. lt.
que le sentiment de soi repose sur un sursauts d'activité caractéristiques
réseau cérébral qui surveille en per- qui se produisent quelques centaines
ui prefere le
.ill
manence les organes internes du de millisecondes aprés chaque
corps. en particulier le coeur. La consé- contraction cardiaque. a divers
quence serait un lien entre l'actlvatlon
de ce réseau et la propension de nos
endroits du cortex. ils ont constaté
que plus tamplitude de cette réponse
ronzc à Por ?
pensées él se tourner vers nous- était importante. plus les pensées des
mémes. Mariana Babe-Rebeio, Craig participants se rapportaient a eux- La rrale du 200 métres des Jerrx olympiques
Fiiclrter et Catherine Tallon-Elaudrv. du mémes. C'était notamment vrai dans a été le théâtre d“une scéne étrange. Le
Laboratoire de neurosciences cogni- le précunéus ventral et le cortex pré- vainqueur, Usain Bolt, avait Pair déçu. Alors que
tives de I*Et~ls, a Paris, ont mis ce lien frontal ventromédian, deux régions le troisième, Christophe Lemmtre, était au
en évidence pour la premiére fois. cérébrales connues pour étre impli- paradis. Eh bien, si lion en croit une récente
Dans leur expérience, 20 volon- quées dans le sentiment de soi. étude de l'université de Séoul en Corée du Sud,
taires la issalent leur esprit vagabonder A ce stade, ces résultats n'éta- Christophe Lemaitre posséde sans doute un
aussi librement que possible- Par blissent qu'une corrélation, et non tempérament heureux. En effet, l“étude
moments, un signal visuel les interrom- un lien de cause à effet. Ils apportent coréenne a montré que les personnes heureuses
paitet ils devaient alors évaluer à quel toutefois un premier argument expé- apprécient particulièrement les médailles de
point leurs pensées se rapportaient él rimental en faveur de la théorie bronze et d'argent aux Jeux olympiques. Certes,
eux. Par exemple, la phrase rr jlai soif 1- selon laquelle les contractions car- elles ne refusent pas l'or. mais elles se
se situerait tout en haut de Féchelle, diaques peuvent allumer les réseaux réjouissent volontiers de rr petites choses ». Tout
tandis que «rr il viendra me voir rr- serait cérébraux du sentiment de soi. le contraire de Pivresse des hauteurs qui aurait
un peu en dessous lil est question de Comme un lointain clin d'ceii Er fait dire a Jules César: «Je préfère éu'e premier
soi, mais aussi d`un autrel, et e il va Aristote, qui plaçait le siege de la dans mon village que deuxiéme å Rome» Il
pleuvoir rr occuperait le bas de léchelle. conscience dans le coeur... I GJ. devait étre bien malheureux... I S. H. 5-tc
ti'Ê
lrusttlerus.-'
todiclro

H'B'l-Dcl:oI:r|'l1üH
HEURDSCIEHCEE il IIEII. i..l i _ -In roll;

Pourquoi
ifentend-on plus
rien en dormant ?
IT. .-'lintlrillun el' rr L, Neural 111aJ'li'.éI“.s of
respnnsiveness lo the environment in human
sIeep,JanrnnI ofilienrnscience, 15r'nflir'1n1é
-un__

ouvene:-vous de la demlére fois que vous vous


étes endonnliej sur la plage. Vous aviez vaguement conscience ..-L.

du bruit des vagues, d'un léger souffle de vent, de la lumière


qui ltrait à travers vos paupières- Mais a mesure que vous vous électroencéphalographiq ue présentait un pic oaractérislique d'une
assoupissiez. ces sensations se sont affaiblies. Et puis. plus rien. préparation a l`action dans la zone du cortex moteur qui comman-
Pourquoi le cerveau se déconnecte-t-il ainsi de son environ- dalt la main adéquate. Autrement dit, le cerveau analysait le sens
nement pendant e sommeil ? Cest ce qu'ont étudié Thomas du mot et décidait d'appuver sur le bon bouton, méme s'il ne
Andriiion, de |'Er~ls. ii Paris. et ses collegues. Leurs résultats sug- déclenchait pas ie geste. Dans les phases du sommeil suivantes.
gèrent que cet isolementvlse a libérer des ressources cognitives le plc n'était plus observé, signe d'un plus grand isolement.
pour consolider les souvenirs et réver. L'analvse a aussi révélé que les zones cérébrales traitant les
Les chercheurs ont enregistré l'actlvité cérébrale de propriétés des sons lintensité,1'réquence...] s*allumaient toujours,
23 volontaires par électroencéphalographie, tandis qu'iIs diffu- mais que leur activité ne se propageait plus aux régions essen-
saient avec un haut-parleur des listes de mots désignant soit tielles à la tâche demandée. Ces régions étaient tantot éteintes,
un objet, soit un animal. Les sujets devaient appuyer sur un tantôt accaparées par les rêves. Le premier cas survenait lors
bouton situé a leur gauche clans le premier ces, a leur droite d'une phase où le cerveau consolide les souvenirs - ce qui laisse
dans le second. Lorsqu`ils étaient fatigués, ils pouvaient s'éndor- penser que cette extinction optimise cette consolidation. Le
mir. Les mots continuaient alors a étre diffusés. second cas correspondrait a une mobilisation des ressources
Bien sûr, les participants qui donnaient n'appuvaient plus sur pour les réves, qui ont de multiples fonctions, comme simuler les
les boutons. Mais juste aprés leur assoupissemenl. leur tracé menaces ou aiguiser la compréhension des autres. I GJ.

0 La sieste enrichit mots (et, darts une moindre


mesure, en produisent).
0 le vocabulaire lîeicplicalíon de ce phénomène et
venue d'i.m constat étrange: les
enfants faisant des nuits trop longues
ClE mütå En ITIDÎTIS Plus un bébé fait de siestes, apprennent un peu moins de mots...
' mieuit il parlera, révèle une Pour les chercheurs, cela indique que
prongnctîfl par cites étude de Puniversité d'Uitford. Chez ce n'est pas la durée du sorrnneil qui
En an lnuan 246 bébés de T å 3? mois, les compte, mais E premières phases et
ÉVÊC CIÊ5 JÊUK scientifiques ont mesuré la son caractère non fragrnenté.
é|e¢t|'gnÎqug5, fréquence des siestes et, trois et sur Condition que remplissent bien les
comparés à des mois plus tard, leurs progres en siestes, qui couvrent généralement un
Shut erstock
I?
di I I langage. Conclusion: plus ils font cycle de sommeil. À partir de deux
.leux tra t 'anne 5' de siestes (d`une durée moyerme de siestes par jour pour les tout-petits,
ejayra amie. ses am naima. al. nu. pp eset me 1 h 50), plus ils comprennent de les effets se font déjà sentir. I S.H.

l*«l'E.'l-ClIcl:i:il:i|'l1 "lE
iiiîtioifv i«:.iri*its 1-aaa

MICHEIJ DESMURGET
Directeur rie recherche ou tr*-fits. unité une 5229,
ii iïesiiiui des sciences cognitives
rl-lortffeorinerod, ii Bron (titi).

HEURE-IMÀGERIE

IRM fonctionnelle:
un taux d 9erreurs
alarmant
Un examen critique de milliers d`études
diimagerie cérébrale révèle une proportion
préoccupante de ii faux positifs ››.

L'lmagerle par résonance différences d'activité cérébrale


magnétique fonctionnelle [Inuit entre ces groupes. Sachant alors
constitue le base méthodologique qu'aucune vraie différence n'existe
de nombreuses études en neuros- et considérant une incertitude sta-
ciences. 'Chez Pbomme, cet outil tistlque de 5 lio, on devrait observer
permet d'étudier, de manière non au plus 5 'la de différences erronées
invasive, les fondements cérébraux enlïe groupes. Dr, en raison d*une
de nombreux comportements sen- modélisation inadaptée des pro-
soriels, moteurs, émotionnels ou priétés du signal traité, les logiciels
cognitifs. En bout de chaîne, on utilisés couramment dans ce
obtient typiquement l*image d'un domaine en ont produit bien davan-
cerveau dont les zones silencieuses tage: jusqu'a Tüiifiil I
apparaissent en gris et les zones Ce travail est essentiel a deux Lorsque l"on analyse aléatoirement les données -:l*|nlil
actives en couleur. La production niveaux. Scienti quement d*abord, obtenues che: des personnes au repos ine réalisant
aucune activité mentale particulière). on observe
de cette image repose toutefois sur il remet en cause plusieurs milliers souvent une activation i'ñ'g'une du dessirsl qui ne
des traitements statistiques com- d“études fondamentales et cliniques devrait pas etre la f gure du dessous). Signe i:I'un
plexes. Pour les réaliser, les cher- réalisées depuis vingt ans. probléme dans le réglage des logiciels d'enelvae.
cheurs disposent de logiciels Politiquement ensuite, il rappelle
dédiés. Curieusement, la robus-
tesse de ces derniers n'avait, jusqu'å
aux agences de financement quià
trop négliger les bases de la Aiviéuonen
présent, jamais été testée en pro-
fondeur. Une lacune sur laquelle
recherche scienti que [et plus parti-
culiérement les travaux méthodolo- L*ANALYse
viennent de se pencher des métho-
dologistes suédois. L*iclée: prendre
giques) au pro t d'annonces sensa-
tionnalistes, on s*expose a de solides ' smrisrioue _;

_|
,.4

un grand nombre cliexamens de déconvenues. liéri er, tester, vali- Cette étude ne condamne nullement l'||ii.ii en tant que
repos (le sujet ne fait rien), les der, ce n'est peut-étre pas clinquant telle. Elle montre :juste il que les approches statistiques
11

assembler aléatoirement en ni innovant, mais c'est tout simple- standards sont beaucoup trop laxistes et que des Flo:
Shu
oclt
unecrs
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groupes distincts et chercher des ment indispensable. I protocoles plus rigoureux doivent étre adoptés.
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H'E*I-Dcl:ul:il'e1ü'lG
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Manuel Ftaisonnemefrt. EU grandes notions Psychologie Psychologie


de psychologie résolution l5*,.'i0Bde statistique aa is bientraitance au Travail et des
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neunopsvchologie post-traumatique dans l`exarnen alimentaire humanistes
clinique psychologique °'rr.'v-:nr.lr:in et
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20 cas cliniques er- Schizophrénie Les thérapies introducuon o la


neuropsychologie .-î

et parahora comportementales pleine conscience


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En opérant
le patient penrlent
qu"il est évelli. _-îÎ_,_

les neurocl'|ln.|rglens
s'atlapIent eux
partlctlarltéa
cil son cerveau.
Une technique
permise par I'aboenoa
cle récepteurs de
la douleur dans
raaaa-.-hais. _ Q

H'0'l- cleblil lil


l)liC(") LÎ\'lÎ.l{'l`liS Nei.i.rologie

Lerenouveau de

Por Hugues Dufleu, neurocirirugien et directeur de recherche ri Illrrservn.

Opérer le cerveau d"un patient pendant qu'i1 exécute


en direct. des tests cognitifs: ciest. le principe de la
chirurgie éveillée, qui permet de retirer des tumeurs
autrefois intouchables... et qui révolutionne notre
conception du fonctionnement cérébral l

orsque Florence entre en Si Florence a accepté ce type d'opération, c'est


salle cI'intervention, elle est concentrée et EN BREF parce que trois éléments, dont nous avons lon-
con ante. préte a étre opérée de sa tumeur l il jf a quelques ann ées, guement discuté depuis plusieurs semaines, Font
cérébrale. Celle-ci a été diagnostiquée aprés une certaines tumeurs décidée. D'abord, sa tumeur va évoluer et risque
crise diépilepsie, il 1,' a environ trois mois... n'auralent ja mais été fort de susciter des problémes neurologiques irré-
il premiére vue, la décision de Florence de opérées, de peur versibles, voire de menacer sa vie (voir liencoclré
se faire opérer pourrait surprendre. Elle ne pré- d'abimer des régions page IF). Ensuite, notre conception du systéme
essentielles à des
sente aucun svmptiîrme depuis la crise et un fonctions comme la nerveux est en train de changer. [Tune part, llap-
bilan récent n*a pas révélé de trouble cognitif parole ou le mouvement. proche dite «localisationniste ri, selon laquelle
notable. Sa tumeur, quali ée de gliome de bas une none du cerveau réalise une fonction donnée,
grade, est prérrialigne, e*est-å-dire qulelle n“évn- I llrujourtfhui. en opérant est remise en question, et, d'autre part, nous
les patiente évéllléi, un
lue qu'assea lentement. En outre, elle infiltre dresse une cartogra Ph savons aujourd'hui que chacun a un cerveau dif-
l'aire de Broca, une zone située à l*avant du cer- de leur encéphaie ass férent, capable d'évoluer et de se réorganiser.
veau et classiquement considérée comme essen- précise pour retirerl es Nous ne considérons donc plus ti priori que des
tielle ii la production de la parole. Il jr a vingt ans, tumeurs sans provoq ua I' aones comme l'aire de Broca sont absolument
les chirurgiens n'auraient jamais retiré une cle trouble majeur. indispensables a la parole et en conséquence
tumeur dans cette région, de peur de provoquer I Ces cartagraphles inopérables.
des troubles irréversibles du langage. Un risque ont bouleversé notre Cela slgnilie aussi que pour déterminer les
d`autant plus critique pour Florence qu*elle tra- compréhension endroits où nous pouvons intervenir, il nous faut
vaille comme interpréte. du cerveau. connaitre le cerveau de chaque patient. Et c“est

CH`
H'EI-CH:'l:|urlJl'I1Él'lE
itil Il litift ll "'i' H H'I` Ii."*i N.-znmlogie
Le eeivouvraou ne ut cnreueoie eveittés

là qu*intervient le troisieme élément qui a achevé *I


de convaincre Florence. Grâce a la chirurgie La tumeur cle la patiente
éveillée, qui consiste .ii opérer le patient pendant [en .bionc sur cette leur
qu“il est conscient, nous savons maintenant iden- où ie cerveau est vu de
dessous! lnfiltralt tout
ti er précisément les zones cruciales pour les son lobe gauche. Elle
fonctions comme la motricité ou le langage, ce recouvreit notamment
I'alre cle Broca [croix
qui nous permet dléviter de les endommager lors rouge), classiquement
de Pablation tumorale. Popularisée par le neuro- considérée com me
chirurgien canadien Wilder Peni-ield dans les essentielle à la parole.
Les neurochlrurglens
années 1930, cette technique est tombée en ont pu la retirer sans
désuétude pendant plusieurs décennies, seuls provoquer de séquelle,
quelques médecins américains l'utilisa1'it encore. preuve que cette
conception est erronée.
Aprés l'avoir découverte auprés d*eux il y a une
vingtaine d'années, je l'ai introduite en France et
ciest aujourd'hui la référence pour ce type d'opé-
ration. J*ai ainsi formé quelque 350 équipes
venues de plus de 50 pays différents.
Florence a bien mesuré les enjeux, et elle a
décidé de se battre maintenant pour mieux pro-
fiter de sa vie future, en continuant a faire des
projets. Elle vient de s*installer sur la table constituent la substance blanche). Une fonction
d*opération. Nous l'endormons d“abord pour comme le langage naitrait de leur activation
ouvrir sa boite crånienne au niveau de la tumeur simultanée ou coordonnée. Lin même noeud pour-
- ce niest que plus tard qulelle sera réveillée. rait en outre participer a plusieurs fonctions selon
.Fincise ensuite le cuir chevelu au bistouri, puis les aires cérébrales avec lesquelles il dialogue ii
j*ouvre le crâne avec un foret électrique. un instant donné.
Derniere étape, je découpe les méninges, les Lors de llopération, nous devrons éviter d*en-
enveloppes de tissu qui protègent le cerveau. Ce dommager les «zones éloquentesv, c'est-à-dire
dernier est maintenant accessible. les noeuds ou les fibres impliqués dans les fonc-
tions majeures - motrices, sensorielles, visuos-
UNE IHFILTRATIDH RAHMHTE patiales, langagières, cognitives ou émotion-
La tumeur, en revanche, n'est pas visible a nelles. Du moins celles dont le cerveau ne sait
l“oeil nu, car elle ne forme pas une masse unique. pas se passer. En effet, les réseaux sont redon-
Les gliomes sont en effet constitués de cellules dants et capables d*activer si besoin des noeuds
gliales -les cellules de support des neurones - ou des sous-réseaux tt dormants xr. La destruction
dysfonctionnelles, qui proliférent et s*in ltrent d'une portion dlun réseau par une tumeur ou
partout entre les cellules nerveuses. lls déréglent une opération chirurgicale peut alors souvent
ainsi les réseaux cérébraux et déclenchent des
crises d'épilepsie, qui finissent par étre fatales.
Leur infiltration complique d'ailleurs Fopération,
car il est impossible de retirer uniquement le
gliome: il faut extraire tout le morceau de cer-
veau contaminé.
blous repérons donc notre cible avec un sys-
tème d'échographie. La zone in ltrée par le
gliome, plus dense, appar t comme une masse Dès que Pinactivation
sombre sur l*image de cerveau projetée sur un
écran de contrôle.
d'une partie du réseau neural
Nous savons déja que Fencéphale est organisé
en réseaux parallèles distribués, dynamiques et
empêche Florence de parler
interactifs (voir Fencodré page id). Ceux-oi com- ou de bouger, nous marquons
prennent un nombre variable d'épicentres ner-
veux, de petites régions cérébrales de quelques I*end__roit correspondant avec
millimètres carrés en moyenne. Ces «noeuds v du
réseau sont connectés entre eux par des faisceaux
une etiquette pour éviter de 1

de bres (les prolongements des neurones, qui le toucher lors de Popération. 1


I-l

Jufsiugucs
lau

H'E.'l-ClIcl:ol:irl1 "lE
l 1'?

étre compensée, sans entrainer de trouble cogni- l'l'ir.r_grujv.lrie ses passions, sa vie sociale. Si nous opérions un
tif. Les réseaux se réorganlsent aussi parfois à danseur, par exemple, nous testerlons de façon
plus long terme, renforçant ou affaiblissant cer- Hugues Duffau fine la cognition spatiale. Chez Florence, nous
taines connexions. savons que la zone in ltrée par le gliome est
Reapnnsutrie du proche de réseaux essentiels au mouvement, au
CHÀGUE CERVEAU EST UNIQUE tiépurternent de controle attentionnel et au langage, si crucial
Toute la dif culté est alors de localiser les neurocitirurgie ou Ctttr dans son métier. Un orthophoniste commence
zones dont l'encéphale ne saurait pas compenser de .'l«lont}1ciiier['ftdpitui donc par lui demander de compter et de bouger
la perte. Liorganisation cérébrale possede une Gui-tie-Ciiuuiioc) et le bras droit en même temps, pour tester ces fonc-
certaine régularité, qui autorise quelques conclu- directeur tie fix;-'uipe tions. Fendant ce temps-là, nous envoyons de
sions générales. Avec le neuropsychologue Plosticité du systéme petites stimulations électriques à divers endroits
nert-'eux ctsnirni, cellules
Guillaume Hcrbet, nous avons ainsi montré qu'un de son cortex, afin de les mettre temporairement
soucites et tutueurs
bouquet de libres, disposées en éventail au niveau giioies. ou sein hors circuit. Les courants perturbent la synchro-
du cortex et qui se resserrent en plongeant dans rie funité friserrn lotir, nisation des neurones, qui n'arrivent plus à tra-
les profondeurs du cerveau, est impliqué dans la ti Firutituttíes vailler ensemble. blous créons ainsi de multiples
majorité des fonctions chez tous les patients; neurosciences de «lésions virtuelles transitoires» dans le cerveau
nous l'avons baptisé le «cerveau minimal com- .-lrloru]r7ei'iier: il est i'unten .l" de Florence. Dés que nous toucherons ime zone
mun ... tvlais nous avons aussi découvert que la de Lilîrreur de Broca impliquée dans la tâche demandée - et dont les
localisation exacte des zones éloquentes varie tilt iciret Lafon. zum). réseaux n'arrivent pas a compenser instantané-
fortement selon les individus, tmp pour que nos ment la perte -, notre patiente ne parviendra plus
modéles généraux servent de base å une opéra- a Peffcctuer correctement.
tion chirurglcale. La variabilité est particuliere- Et c'est bien ce que nous observons. Alors que
ment grande chez les patients victimes d'une les premieres stimulations n'ont pas gêné
pathologie chronique et lentement évolutive, car Florence, elle siarréte soudain de bouger et de
les réseaux ont alors tout le temps de se remode-
ler. Dans le cas de Florence, la tumeur a proba-
blement progressé pendant plusieurs années,
suscitant une réorganisation massive. (Test aussi nas A1§NÉEs DE vla
ce qui explique liabsence de symptômes - tandis
que lors de lésions soudaines, suivant par exemple
GAGNEES
un accident vasculaire cérébral, les réseaux n*ont
pas le temps de s'adapter et les séquelles sont Les gliomes diffus de bas grade sont trompeurs, car leur évolution lente
souvent importantes. masque leur dangerosité. Ces tumeurs in llrent le cerveau en migrant le
Avant d'enlever la ttnneur, nous devons donc long des faisceaux de substance blanche et croissent de façon régulière,
cartographier le cerveau de Florence. L'tltlvl fonc- leur diametre augmentant d'envimn quatre millimètres par an. Elles
tionnelle permettrait tz priori de déterminer les touchent la giie iles cellules de soutien des neurones) et déreglent ainsi les
zones cérébrales qui s*activent lorsqu'elle effectue réseaux cérébraux, déclenchant des crises tfépllepole et des troubles
telle ou telle tâche, mais de nombreuses études cognitifs. Irlab ce qii les rend si dangereiees, cest surtout qu'eIles se
scientifiques ont montré que les cartes obtenues transformant systématiquement en tumeurs dites malignes. qui promesoent
par ce biais manquent de fiabilité quand les beaucoup plus vite. Sans intervention, la média ne de survie - le délai au
réseaux sont infiltrés par un gliome. Autre limi- bout duquel la moitié des patients sont décédés - n'est que de 5,9 ans apres
tation, l'imagerie fonctionnelle n'indique pas la diagnostic, comme l'a montré en 2012 Féqulpe d'0*ie Solheim, de llhitipital
quelles zones pourraient étre compensées si elles universitaire Saint-ülav, en llonrege.
étaient détruite s. Ces chiffres ont compietemem motliiie la prise en charge des gliomes. [Tune
C'est pourquoi nous optons pour une autre attitude attentiste, les médecins sont passés a une stratégie active. L'objectii est
méthode de cartographie, qui nécessite la coopé- désormais ifempéclter le passage au stade malin, en extrayant la plus grnsse
ration active de Florence. Nous la réveillons donc. partie possible tie la tumeur par une opération chirurgicale. En Ellis. les
Les produits anesthésiants ont été savamment scienti ques du Réseau d'étt|de ira nçais des gliomes ont publié la plus
dosés, de sorte qu'elle recouvre toutes ses capa- importante évaluation de cette stratégie, effectuée sur plus de mille patients. La
cités en quelques minutes. Elle se sent bien et ne médiane tie survie était alors de treize ans par rapport au premier battement et
souffre pas, car le cerveau n*est muni d'aucun de quinze ans par rapport au premier symptome i Si I'on compare aux six ans à
récepteur a la douleur. peine de I*étude norvégienne, i*inten.*ention fait plus que doubler la médiane de
Les tests sont choisis en fonction de chaque survie. Et grâce a la technique de la chirurgie éveillée, qui nous confère
patient, selon les capacités cognitives menacées une précision sans égale, 'l devrait étre possible de prolonger encore la
par la tumeur et celles qui sont particulierement survie des patients. sans nuire à leur qualite de vie.
importantes pour sa qualité de vie, son métier, III

H'E.'l-ClIcl:ol:irl1 "lE
IÎIl;IlÊl'ÎIl."'lf'I-Il1l'I`I*Il5i Nectmlogie
Le esivouvesu oc La cH|el.ieelE Èv|aL|_Ée

compter. Nous en déduisons que la zone inactivée


est cruciale a la fois pour Particuiation et le mou-
vement. Nous la marquons d'i.u'1e minuscule éti-
quette stérile, a n de la préserver lors de 1*opéra-
tion. Nous découvrirons plusieurs autres aones sir'
essentielles à l'une ou l'au1:re de ces fonctions,
voire aux deux à la fois.
Classiquement, on se serait attendu à détecter
ces zones dans l'aire de Broca. lvlais ce n'est pas
oe que nous avons observé, les régions identifiées
étant plutôt situées à divers endroits auteur de
'ii1:.,,
cette aire. L'inactivation de celle-ci n'a par ail- \I

leurs entrainé aucun trouble du langage. -_

De fait, Pomnipotence de l'aire de Broca pour --i _._

la production de la parole est aujourd*hui remise _, 1 ill 'I


"J-".""" Il
en cause. lïabord, parce que la conception loca-
lisationniste du cerveau semble erronée, comme i -:r:"f;*i:
` .
nous Pavons évoqué. Ensuite, car nous avons pré- Î.£§:.
- è
lg
_

cisé les réseaux cérébraux impliqués dans la


parole grâce à la technique de cartographie élec-
trique, et que ces réseaux n*incluent qu'assez Pinfortriation. Ces deux voies sont bien distinctes
rarement Paire de Broca. lls comprennent en dans les zones profondes du cerveau et convergent Les fondements
cårebraux dr.| langage,
revanche de nombreuses structures cérébrales en partie au niveau de certaines zones corticales. cartoyaphlés grâce il
reliées par des libres de substance blanche, (Test en s”activant de façon synchronisée que tous la chirurgie éveillee, sont
bien plus complexes que
comme nous l“avons montré en 2014 en moyen- ces réseaux permettent la production d'un dis- ce que fon croyait. Ils se
nant les localisations observées chez 165 patients. cours cohérent et porteur de sens. composent de multiples
La même année, nous avons con rmé au bloc Pour détecter la localisation précise des épi- reseaux entrecroisee,
assurant diverses
opératoire une hypothèse émise par certains neu- centres de ces réseaux ches Florence, nous fai- fonctions, comme ie
roscienti ques, à savoir liexistence d'une double sons dé ler devant ses yeux des images d*objets traitement phonologique
voie dans le langage: un réseau dorsal [sur le sur un écran d'ordinateur en lui demandant de [points rouges) ou
sémantique [points
haut du cerveau) gère le traitement phonologique les nommer. Pendant ce temps, nous continuons bleus). Sur rïnrege
des mots, tandis qu*un groupe de deux sous- d'envoyer de petits courants électriques dans son ci-dessus. les points sont
dans le lobe gauche
réseaux ventraux (à la base de Pencéphale) est cerveau. Et certaines stimulations nissent par ll l fï lli EH H"rFl!l'\l.
impliqué dans l'ana1}*se sémantique de entraîner des erreurs: å un moment, Florence dit dela coupe représentée.

UNE NOUVELLE VISION DU CERVEAU


3135-11115
a chlnrrgie éveillée a révolutionné notre connaissance du Iocalisationnisle -. interconnectées par des faisceaux de
cerveau, en livrant une série de cartes des oones qui substance blanche. Une fonction comme la parole naitrait alors de
sous-tenrlent ses rllffirentes fonctions. Hle a en particulier Fallumage simultané ou coordonne de differents epicentres
contribué a remettre en cause le principe ¢ locallsatlonnlslze 1, nerveux, voire de vastes sous-réseaux susceptibles de s'étenclre à
selon iequel une aie remplit une fonction précise, par exemple travers tout le cerveau.
l'airc de Broca anociio à la prorluclion de la parole. Ce Dans une série tféturles publiées au cours des dernieres annees.
principe a prévalu pendant plus d'un siecle et reste souvent nous avons ainsi identi é des réseaux complexes à l*origine du
enseigné au]ourd'hui. Pourtant, Il s"acoorde mai avec langage, cie la cognition spatiale, des fonctions sensorimofrlces, de
i'observation que de nombreux patients récupèrent rie lésions la vision. du calcul. de la reconnaissance des images. ries émotions
dans ces zones, ainsi r|u'avec les caries obtenues grace à la et de Pempathie. D'autres réseaux ont été découverts pour les
chirurgie éveillee. fonctions dites execuilves, telles que la mem olre à court terme, le
Celles-ci plaident plutot en faveur d'un modele fonde sur la contrôle cognitif. ou encore le jugement - pour n'en citer que
rr connectomlque 1. Selon ce modele, le cerveau est constitué de quelques-unes. Selon les patients, les zones traditionnellement
sous-circuits qui incluent des régions corlicales et profondes associées à ces fonctions constituaient ou pas ries nceurls
- bien plus petites que les aires postulées par la théorie au sein des réseaux identifiés dans ces études.
HrSIIl
ls".vin
pamsrau|rlpn”1.jl_.ino't|ñrc',Ll|:arspl.,5
31r'iug,f,

H'E.'l-ElIci:ol:i|'l1ü'iE
s chat» pour «chien v [erreur sémantique), et å un Depuis deux heures qn“elle est éveillée,
autre, sgiralea au lieu de «girafe» lferretu' pho- Florence commence à se sentir fatiguée. Nous
nologiquej. Signe que nous nous situons au devrons interrompre l'opération dans quelques
niveau de zones corticales cruciales pour les voies minutes. Bien qu'ayant retiré la totalité de la
phonologiques et sémantiques. Nous étiquetons tumeur, nous continuons à enlever un peu de
leur emplacement avec soin. tissu cérébral pour limiter le risque de rechute.
Une autre faculté essentielle å sauvegarder En effet, des cellules tumorales isolées se
chez Florence est sa capacité de passer de l'an- répandent parfois jusqu'à 2. centimètres autour
glais au français pour son métier. Ayant montré de Fanomalie visible sur les appareils d'image-
en 2009 que cette capacité est assurée par des rie. Pour chaque patient, Pétendue de la chirur-
réseaux particuliers, nous partons à leur gie est le fruit d'un compromis entre la nécessité
recherche et demandons å nouveau à Florence de de retirer le plus de tissu cancéreux possible et
nommer les objets représentés sur des images,
mais cette fois-ci en anglais. Tout va bien...
jnsqu'å ce que nous stimniions certains sites.
Florence donne alors le nom de Îobjet, mais en
Quelques semaines après
français. Elle se rend compte qu'elle ne fournit
pas la bonne réponse, mais ne parvient plus à
Pintervention, Florence ne
passer il l'anglais. La encore, nous notons la loca- présente aucun trouble du
lisation de ces zones à préserver.
Peu å peu, nous établissons ainsi la carte fonc-
langage, malgré Pablation
tionnelle du cortex de Florence. .flu final, nous ne
trouvons aucune zone essentielle au niveau de la
de son aire de Broca
région de Broca, que recouvre le gliome.
Nous voilà prêts à commencer1'ablation de la celle de préserver les zones essentielles aux
tumeur. Après avoir rassuré Florence, en lui diverses fonctions cérébrales. Parfois, cela
disant que nous allons pouvoir en enlever la implique de laisser une fraction de la tumeur.
majeure partie, si ce n'est la totalité, je commence Dans d'autres cas, on choisit d'insister.
a creuser dans la zone in ltrée. À. cinq centi- Chez Florence, nous arrivons a la li1nite: nos
mètres de profondeur, je m“a rréte : j“ai retiré toute dernières stimulations des faisceaux profonds ont
la partie de la tumeur située dans les couches déclenché des troubles de langage, comme ceux
superficielles de Fencéphale. que nous avons observé lors de l*extinction de
certaines zones corticales (des erreurs phonolo-
FRÉSERVER LE5 VDIES DE CDHHUNICATIDH Bfbffrlgrrrph fe giques ou sémantiques et un passage involontaire
llopération n'est pas terminée pour autant, au français). (Test le signe que nous devons nous
car les gliomes pénètrent en profondeur dans le G. Hefbet ei' df, arréter, a n de préserver la qualité de vie de
cerveau, en migrant le long des fibres de subs- Mapping the neuro- Florence. Grace a elle, nous avons trouvé le juste
tance blanche. Pour la suite, nous devrons avan- pla.stic potential in milieu. C"est le moment de la rendormir pour
cer pas à pas. Nous stimulerons d'abord une brain-damaged patients, refermer le crâne.
petite zone et si cela ne déclenche aucun trouble, Brain, vol. l.'i':l, À son réveil, la patiente est sereine et parle
nous la retirerons. Puis nous rép-éteroris llopéra- pp. 329-34-4, 2016. sans difficulté. Quelques troubles du langage
tion un peu plus en profondeur. H. Duffau, Resoctingdif- apparaissent dans les heures qui suivent, dus à
Si nous procédons de la sorte, c'est qu'il est fuse lovv-grade gliomas un petit oedème, qui se résorbe toutefois assez
capital de ne pas endommager les ñbres de subs- to the boundaries of vite. Il perturbera tout de même légèrement les
tance blanche qui plongent vers l'intérieur de brain functions: a nei-v réseaux et des séances de rééducation orthopho-
concept in surgical neu -
Fencéphale. Ces a autoroutes nenronales a sont en ro- oncologgjournof of nique intensive seront nécessaires pour parache-
effet essentielles au transfert de Finformation, de Neumsurgical Science. ver la réorganisation du cerveau.
sorte que le cerveau n”arrive pas il compenser leur vol. 59, pp. 361-3?'l, E015. Quelques semaines après 1'intervention,
perte. Nous l'avons découvert à partir d*observa- Florence a récupéré Fensemble de ses capacités,
H. Dltlfau, Stimulation
tions effectuées sur 231 patients lors d*opé:rations mapping of vrhitc matter et ce malgré Fablation de la région de Broca.
de chirurgie éveillée: quand nous inactivions les tracts to study brain Trois mois plus tard, elle reprendra son travail
zones qui contenaient ces fibres, cela provoquait functional conneclivily, d*interpréte. Par précaution, elle continuera à
systématiquement des troubles fonctionnels. La Nature Reviews être surveillée toute sa vie, un examen d“image-
préservation de ce aoonnectomev est donc cru- Neurofogp, vol. ll, rie cérébrale étant pratiqué tous les six mois.
ciale, d'autant plus que ces libres sont incapables pp. 255-E65, Zülå. Quatre ans après son opération, elle forme le
de se reconstituer. projet d“avoir un enfant. I

H'B'I-ElIci:oI:i|'l1ü'IIE
sa rirïicotftf ialrrrls Near-@biologie

On a erdu le ciment
e a
Par Georges Chapouthier, rreurefrioiogr'.-ufo,
directeur de recherche émérite arr r1*.'v.ft.s.

On pensait que nos souvenirs se forment quand


nos neurones renforcent leurs connexions au moyen
de protéines ai ciment :›:›. Mais des expériences viennent
de montrer qu'ils continuent à. apparaitre si fon bloque
la synthèse de ces protéines. Qu`est-ce qui les maintient?

u*est-ce qui change dans particulière du sommeil où nous «révisonsa nos


notre cerveau quand nous retenons un souve- souvenirs, une phase qu`on appelle le «sommeil
nir? L“une des idées centrales est que le souvenir paradoxal v, et qui est assez souvent associée au
se «consolide» peu il peu et passe d'un enregis- phénomène du rêve.
trement, temporaire et labile, sous forme d*im-
pulsions qui circulent dans les voies nerveuses, à ANTIBIUTIGIUES ET HÉMDIRE
un stockage plus pérenne dans un réseau de L*un des meilleurs outils pour cette démons-
connexions nerveuses cérébrales relativement tration fut l'utilisation des antibiotiques lors
stables. Pour la plupart des spécialistes de cette d*apprentissages effectués par des animaux. Les
question, cette stabilisation, assez rigide, des antibiotiques ont pour propriété de bloquer la
connexions nerveuses fait intervenir un méca- synthèse des protéines. (Test la raison de leur
nisme essentiel à l'ceuvre chez les organismes activité thérapeutique : administrées dans le
vivants : la synthèse des protéines. De fait, des corps d'un patient, elles entravent les capacités
expériences ont confirmé que cette synthèse a de croissance des microorganismes pathogènes
effectivement son importance, a la fois lorsque qui y sont présents, empéchenl par suite leur
nous sommes éveillés, quand nous exercons nos reproduction et aident donc fortement à la gué-
aptitudes de mémoire, et durant une phase rison du malade. Mais, administrées il fortes 'iii
shutcrslocl coni

Ce-rr-ä
r«r'er-o¢rar›ueo1e
doses dans le cerveau de divers animaux, elles Hfbffrlgrrrph fc expérimentaux peuvent ètre apportés è Fappui
empêchent aussi la production de nouvelles pro- de l'hypothèse traditionnelle, par exemple le
téines. Cir, les pionniers qui ont entrepris ces P. Gisquet-\terrier et ol., fait que le cerveau fabrique plus de protéines
expériences dans les années 19'.?ü et 1950, tels Tfrejourrml of.'t'eur*os- durant les périodes d“apprentissage, ou méme
Bernard Agranoff, Louis Flexner et Daniel cierices. vol. 35, le fait que certaines d'entre elles, les peptides,
Flood aux États-Unis, ou la neurobiologiste pp. llf5~2.3-llbfilfi, E015. jouent un rôle important dans le fonctionne-
Arielle Ungerer en France, ont constaté que G. Clrapoutlrler, ment de la mémoire. Ainsi on a pu montrer
Fadministration de grosses quantités d'antibio- Biologie de fe mémoire, l*action favorable ou défavorable sur l'appren-
tiques dans le cerveau entrainait, chez les ani- Cid i le Jacob. Ellfllå. tissage de divers peptides dérivés d'hormones
maux traités, que ce soient des rongeurs de ou de médiateurs cérébraux, ainsi que l*action
laboratoire ou méme des poissons rouges, d'im- amnésiante de certains peptides extraits de
portantes pertes de mémoire. Les apprentis- plantes. Il paraît donc probable que la synthèse
sages récemment acquis semblaient oubliés... protéique conserve un role fondamental dans
Ce qui laissait penser que la synthèse des pro- la mise en mémoire. Quant aux mécanismes qui
téines était nécessaire è la mise en mémoire. pourraient compléter son role dans la mémori-
Cette idée, confortée depuis lors par de nom- sation, ils restent pour le moment inconnus. Les
breux travaux ultérieurs, n'avait pas été remise connexions entre neurones, les fameuses
en cause depuis plusieurs dizaines d'années... synapses, gagnent-elles en efficacité par
C*est justement ce point fondamental que d*autres mécanismes que la fabrication de ces
viennent de mettre en question les travaux protéines? Peut-on, au sein de voies nerveuses
récents d'une équipe franco-américaine ani- redondantes, concevoir une dégénérescence
mée par la chercheuse française Pascale sélective de certaines voies qui rendrait du
Gisquet-verrier, avec ses collègues du labora- coup d'autres voies plus actives ? La recherche
toire «NeuroPSI=v CNFiS.f'université Paris-Sud, future devra le préciser.
en collaboration avec des chercheurs de l*uni-
versité lient State de Fflihio. Les chercheurs ont
entrainé des rats å éviter un compartiment où
ceux-ci recevaient un léger choc sur les pattes. incapables de fabriquer de
nouvelles proteines cérébrales,
fl
Lorsquiun composé bloquant la synthèse des
protéines leur était administré après Fappreo-
tissage, les rats pénétraient à nouveau dans le
compartiment où ils avaient reçu la décharge
les rongeurs continuent
électrique, comme s'ils avaient tout oublié cle pourtant de former de nouveaux
cette expérience déplaisante. Cependant, si on
leur montrait, avant le test, aun indice de rap- souvenirs. Et si c'était un nouvel
pels de Fapprentissage (en les replaçant briè-
vement dans le contexte où ils avaient appris,
espoir pour le traitement des
ce qui est en quelque sorte le role de la «petite
madeleine de Proust v), ils évitaient le compar-
maladies dela mémoire?
timent où ils avaient reçu le choc, exactement lvlalgré tous ces pans d'ombre, les travaux de
comme les animaux non traités aux antibio- Gisquet-\Ferrier et de ses collaborateurs suggèrent
tiques, montrant par la qu*ils n'avaient pas que certains des arguments essentiels avancés
vraiment oublié. Ces résultats étonnants lais- jusqu'a présent pour valider Fhypothèse tradi-
saient donc penser que Famnésie apparente tionnelle, à savoir lioubli produit par les antibio-
des rongeurs n'était pas due à l'effacement tiques, sont clairement a revoir. Des recherches
complet et définitif de leurs souvenirs par les a venir devront donc préciser les parts respec-
antibiotiques, mais probablement à des diffi- tives, dans les amnésies, de la synthèse protéique
cultés à les raviver. et des difficultés de rappel dues à d'autres fac-
teurs. Sur un plan plus pratique, le fait que, dans
une rrreivioine sans eeorerrves acirvreivrs:-' beaucoup de cas, les souvenirs ne soient pas vrai-
Que reste-t-il alors de Fhypothèse classique ment effacés, mais seulement dif ciles il rappe-
du role de la synthèse protéique dans la ler, suggère que des améliorations pourraient
mémoire ? Il parait peu vraisemblable que cette étre trouvées, dans le domaine thérapeutique,
fonction biochimique essentielle de Forganisme dans de nombreux cas pathologiques oil l*on avait
ne joue aucun role dans la mise en mémoire. cru à une amnésie rigide et indélébile. Et l'on
D“ailleurs, de nombreux autres arguments pense évidemment il la maladie dîitlzheimer. I

H'B'l-ElIci:ol:lcl1ü'iE
l)li CO U V li R'l"liS Cas clinique I 33

Gluãzeonv .MICHEL
Professeur de psychopoiitofogfe ri f'r:rrtiuers'ite' rie Bonferrrtt;
directeur ur oirrt de r"urrite tirzrp de Firrserrrr.

Triste et anxieux, Théo n`a pas d`amis.


Les médecins le croient dépressif.
En fait, il est dans la lune et peine it se
concentrer: Il souffre du célèbre trouble
de Fattention avec hyperaetivité... mais
sans hyperaelivitél Une pathologie dont
le diagnostic met parfois des années à étre posé.

"'l F'

u 'ei rencontré Théo pour la première EN BREF


fois de ns la salle d'ettente de notre service de
psychiatrie lnfantojuvénlle. Je me souviens I Tristesse, anxiété,
isolenrent social,
d'un garçon effacé, dont les parents parais- comportements limites et
saient tendus et nerveux. .F-.ussitét entrée dans résultats scolaires en
mon bureau, sa mère a commencé à expliquer ctrute libre? C'est une
la situation: «Nous sommes très préoccupés dépression i
par le comportement de notre ls, notamment l Sauf que dans le cas
depuis qu'il est entré au collège. s J 'observe le de Théo, ce diagnostic ne
garçon: en retrait, il semble écouter avec inté- résout rlerr. En outre, Il
rèt. C'est au tout de son père de faire la liste de n'a pas perdu toute joie
ses comportements a risques: alvlon fils a tou- de vivre et n*est pas
apathlque. Alors, que lui
jours été casse-cou -un peu comme moi å son snlve-t-ll T
ége - mais lui, depuis quelque temps, prend des
risques bien plus grands. a Théo pratique ainsi I Peu è peu se faitjour
le skateboard å haute dose. ll s'est d“abord frac- une autre réalité. Théo
turé le poignet a en tentant de passer une figure est dans la lune. il
n'a rrive pas il se
trop dangereuse s. concentrer, ce qui crée
des difficultés scolaires.
oes Feoetèrvies, ersr-r ous ess eeoetitrrissr une anxiété et une image
Puis est arrivé l'accident qui leur a donné de sol dégradée. Tout
son mal-étre en découle.
froid dans le dos: «Théo nous a fait très peur
il y a six mois. En pratiquant son Parkour [une
activité de sport urbain combinant saut et esca-
ladej, il est tombé d“un garage et, par miracle,
ne s'est cassé qu'une cheville..-›
Parkour, skateboard, mais aussi défis phy-
siques de plus en plus inquiétants. À la clé,

H'B'I-Dci:eI:r|'e1üH
IIÉCI .'ll."'i' I-Ilt'I`li5i Cor clinique
UN H"r"F'ERr!tCTIF DANS Lili LUNE

blessures multiples, membres fracturés et béma- quiil s'interdit d*intervenir en cours. Résultat: il Î
tomes au visage. Et cela ne date pas d'l1ier: tout n'ose plus aller vers les autres, se sentant jugé,
petit déja, le gamin était un habitué des mal aiméi Et cette vision de lui-méme et des
urgences...
Cln n'arrète plus les parents sur ce chapitre.
autres provoque, par une réaction en chaine, des
comportements dits d'opposition, quand ce ne
%
D'après la maman, les résultats scolaires de Théo sont pas des colères. Pour ne rien arranger, son
sont en chute libre depuis la classe de sixième. frère ainé est brillant à liécole, un vrai modèle DES
«Tous les enseignants se plaignent de ses pro- pour ses parents!
blèmes de comportement et d'attitnde, dit-elle. [lans la suite de nos entretiens, se produit un ENFANTS
C*est bien simple, Théo n*écoute pas, réagit mal beau jour un déclic. Sur son fauteuil, tendu, les Î
aux mauvaises notes, bäcle ses devoirs et semble poings serrés, Théo confesse d'une voix douce et
absent pendant le cours. Quand on le reprend, il sincère son inquiétude: «Je ne pensais pas que ayant un trouble de
Faitention sans
s'énerve ou pique une colère. Pour ses ensei- mes parents avaient autant peur pour rnoi. Moi,
hyperactlvtté présentent
gnants, c'est vraiment un enfant agacant. « je ne fais rien pour ça. C'est juste que je ne me une fomre de dépression
Alors, qu*arrive-t-il à Théo ? Je commence par rends pas compte des conséquences de ce que je mineure.
consulter son dossier médical: il siavère quiavant fais parfois. C“est plus fort que rnoi...›› Je vois
d'arriver dans ma consultation, Théo a été suivi qu'il est très loin de la nonchalance décrite par
en psychothérapie entre Page de 9 et 11 ans, et ses parents. Il est parfaitement conscient de ce
qu“on lui a diagnostiqué une dépression. qui se passe dans l'ici et le maintenant. Bt surtout
De fait, l'enfant est souvent isolé, p-eu sociable, il semble «agi a. «Je suis curieux de tout, trop
triste et abattu, il a peu d"amis à l'école et manque curieux a, me dit-il, «.i"ai tendance il zapper en
d'assurance. ét cela s'ajouterait, d'après les méde- permanence, pas uniquement les chaines de télé
cins qui l'ont examiné, une intelligence dite ou Internet, non - toutes les activités. « ii y a la
limite... Une autre facon de dire qu“il n*est pas très comme une sorte d'appétit insatiable pour toutes
futé, d'où ses difficultés scolaires... Ses compor- les sources de stimulations, au point qu'il niarrive
tements il risques? [iif cile pour l'instant de les pas a se focaliser sur l'une d'entre elles pour
rattacher il ce tableau...

UNE DÉFRESSION GUI N'EN EST FLE UNE


Le cas de Théo est étrange. Je n'arrive pas, è
oe stade, à déceler le fil conducteur qui relierait LE DÉFICIT ATTENTLONNEL
ses symptomes. Je pmpose donc de le recevoir en
entretien privé, et demande aux parents de nous
SANS HYPERACTIVITE
laisser. Je me retrouve seul avec Théo.
Je me convaincs alors que Théo souffre effec- Les perturbations de Fattentton sont généralement regroupées sous
tivement d'une fortne de tristesse et d*anxiété. Pappeliation de trouble déficitaire de l'ai'l:entton avec ltyperactivité
Line de ses phrases caractéristiques est: «Je me iTtirt.lH]. Ce demler se dé nlt le plus souvent comme un mélange
trouve nul. Je suis nul à l*école et nul aussi diin- d'lm|ruisivtté, rfhyperacltvitlé motrice et d'lnattentIon. Or le jeune Théo
quiéter mes parents. ›› ll décrit un fond continu de présente de forts troubles de l'att-entlon, mais Il n'est nl impuhif ni
tristesse ainsi qu'une faible estime de lui-méme. hyplraclif: c'est probablement pourquoi le diagnostic de TIIINI-i n'a pas
.itbanclonnant peu å peu sa première attitude initialement été posé. Toutefois, la forme cilnique « attentionneile pure 1 de
défensive, il laisse ltrer son amertume. Retenant ce trouble existe aussi, méme si elie est moins voyante et spectaculaire.
ses larmes, il évoque un sentiment de décourage- Seuls des problemes rfattention et de concerrtration la caractérisent alors.
ment: dif cultés d*endormissement, réveils pré-
coces liés à des inquiétudes vis-à-vis de son ave- lliliir'l"l'ElITlF |il.ll$ FIS H`i'F'E|i'.rilC`|'|F
nir professionnel... Le TIIWI-I est un trouble neurodéveloppemental. ce qui sig ni e que son origine
En fait, Théo supporte mal l”échec et souffre est essentiellement de nature neurologique. D'après François Bange, de l'htipital
d”une profonde disqualilication de soi. En perma- Sainte-anne, à Pads, il affecte environ 5 “ii des errfsnts :tage scolaire. Certaines
nence, il craint d'étre mis en difficulté et critiqué. hypothèses supposent qu*un déséquilibre neurochimique aitecterait le
Les remarques, les reproches, les remontrances, fonctionnement de certaines régions du cenreau (notamment, le cortex cingulaire
voire les accusations qui lui sont renvoyés sapent dorsoantérieurj sous-tendant des fonctions cognitives essentielles dans les
sa con ance en lui. Il entend toujours les mémes apprentissages. le maintien de la vigilance ou la maitrise de soi. Pour que le
remarques: «Théo travaille mal, Théo n"est pas diagnostic de TDNH soit posé chez un enfant ou un adolescent, il faut
fiable, il est maladroit, il perd ses affaires, etc. « que ces dif cultés soient présentes depuis plusieurs années et que les
En classe, il s'attend évidemment il faire des symptômes aient un retentissement dans plusieurs environnements.
erreurs, il étre critiqué et sanctionné. À tel point

N'B'l-ClIci:el:lcl1 "tE
I 35

l'approfondir, il liexception du skateboard et du tvlais de dépression, il n*est pas vraiment


Parkour. En classe, les conséquences sont évi- question. Je note soigneusement l'absence de cer-
demment désastreuses car Théo est soumis a bon tains symptdmes caractéristiques: pas d*anbédo-
nombre de stimulations, que ce soit celles de nie - la perte globale de plaisir et de joie de vivre
l'enseignant qui dispense son cours et qui requiert chez les dépressifs -, car Théo adore faire du
toute l'attention de la classe, les élèves qui chu- Parkour et du skateboard; pas d'apatl1ie ni d"évé-
chotent, un stylo qui tombe par terre, le bruit des nement négatif dans sa vie qui auraient pu pro-
voitures dans la rue... Théo n'arrive pas it écouter, voquer un changement brusque de son humeur.
à étre attentif, et ce n*est ni parce qu*il est préoc- Je lui propose donc un bilan psychologique
cupé par ses problèmes ou absorbé par sa préten- pour en avoir le cceur net. Par exemple, l*épreuve
due dépression, ni parce qu'il est incapable d'ex- dite des cubes, incluse dans le test d'intelligence
traire Finformation pertinente des bruits de la vie de Wechsler (WISC lÎ'v"] : il s'agit de reproduire il
en classe. «J*ai toujours eu du mal il me concen- l“aide de cubes colorés des motifs visuels présen-
trer, confesse-t-il, je suis beaucoup trop distrait. « tés sur des cartes. Théo a du mal. Ses capacités
impossible pour lui de prioriser son attention, de
hiérarchiser l'importance des informations
auquel il est soumis, ce qui met en difficulté sa Chez Théo, les difficultés
concentration, sa mémoire de travaill
Certains détails ne trompent pas. Pendant attentionnelles sont un facteur
que nous parlons, Théo a les pires difficultés a
garder le lil de notre conversation. il joue avec sa
d'échec et de rupture sociale,
montre, regarde par la fenétre, de sorte que je
dois sans arrét reposer mes questions et reprendre
ainsi que de dévalorisation.
De là découlent son anxreté
IJ'

le lil de mon discours. Et plus la conversation se


prolonge, plus ses dif cultés attentionnelles
apparaissent au premier plan. et sa tristesse
IJESFRIT EH MDDE I.i-'tFPlNG visuoconstructives et d'analyse visuospatiale
Le défi quotidien de Théo est de pouvoir sont altérées tant par son impulsivité [difficulté
faire abstraction des stimulations secondaires à penser avant d*agir) que par sa distractibiiité
pour ne retenir que celles qui sont essentielles. [son attention se détourne fréquemment de la
De Fextérieur, Penseignant pense que Théo est tâche). Autre facteur clé: le stress. Dès que les
dans son monde, ou qu*il ne veut ni écouter ni épreuves sont chronométrées [par exemple, des
participer, car cela ne l'intéresse pas. tvlais en tests visuels devant étre réalisés le plus rapide-
réalité, Théo n`est pas ailleurs, il veut partici- ment possible), les dif cultés de Théo redoublent.
per. Simplement, il est trop présent, présent à La pression du temps accentue ses problèmes
tout, a tous les sons, à toutes les stimulations au d'attention et de concentration. Ses résultats
point de ne pas étre disponible il lieffort cognitif s'effondrent.
qui est attendu de lui à un moment précis. Ce
que Théo va décrir'e, et qui sera concordant avec UNE INTELLIGENCE NDRHALE, HAIE
son bilan psychologique, sont plusieurs années nes Peoetèrvies ne colvcervrertriorv
diimportantes difficultés cognitives s'étendant Évidemment, je mesure aussi le QI de Théo,
de Finattention a des problèmes de concentra- n'ayant pas oublié ce qui avait été dit sur sa pos-
tion, de mémorisation et de planification. sible intelligence limite. De ce cété, aucun souci,
Toutes ces perturbations de la sphère cognitive mème s'il se montre très anxieux [il a une forte
difficilement détectables sans bilan clinique anxiété de performance). Théo a un Qt normal,
sont très invalidantes, au premier chef sur le ce n“est pas de ce cété-la quiil faut chercher l*ex-
plan scolaire. Sans compter que son entourage plication de ses résultats scolaires insuffisants.
se plaint de ses maladresses, de ses oublis qui Son raisomiement perceptif et sa compréhension
conduisent souvent ir des remontrances, voire è verbale sont satisfaisants, mais ce sont sa
des punitions de la part de ses parents et des mémoire de travail et sa vitesse de traitement des
enseignants. (ir, tout ce dont on Faccuse, il ne informations, sensibles aux problèmes d'atten-
le souhaite pas. «Je ne le fais pas exprèss, me tion, qui laissent bien davantage à désirer.
dit-il. Tout cela affaiblit son estime de soi, cau- Pour confirmer mon hypothèse diagnos-
sant une anxiété de fond évocatrice de tique, je confronte mes observations cliniques å
dépression. celles des parents et des enseignants il l'aide de

N'B'i-ElIci:oI:i|'l1ü'IIE
Ziil lIilitLÎl'i l."'i' I-Il1t'I`Ii5i Car clinique
UN HYPER- lCTlF DANS I_.!t LUNE

plusieurs outils dont l*échelle de Conners, qui dans certains cas, sur le comportement et les
vise a explorer les perturbations comportemen- fonctions exécutives: par exemple, la pratique
tales au domicile ainsi qu'a l'école telles que sportive apaiserait l'agitation motrice et amélio-
l'opposition, Fanxiété, les dif cultés attention- rerait la concentration.
nelles et l'hyperactivité. C“est en comparant les Compte tenu du caractère invalidant de ses
résultats de cette échelle remplie par les pa rents difficultés, de ses répercussions et évolutions en
et les enseignants que je mets nalemeot en évi- termes de risque diéchec scolaire, de conduites
dence la prédominance des troubles attention- accidentelles et d'éventuelles autres consé-
nels tant à l'école qu*au domicile de Théo. Ces quences délétères, une prise en charge est pro-
observations réalisées dans trois environne- posée ir Théo et ses parents. Une psychothérapie
ments différents (domicile, école et lors du bilan cognitivocomportementale visera à lui ensei-
clinique] prouvent que ces dif cultés attention- gner des stratégies cognitives utiles au quoti-
nelles ne sont pas situationnelles mais qu'elles dien grâce à des techniques d*autocontriile du
sont, comme on dit, venvahissantesaz à savoir comportement, d'autorégulation de son impul-
quielles sont une part méme du fonctionnement sivité. Un travail sur les émotions et Festime de
cognitif de Théo.
Dernière étape pour affiner l'analyse: Théo
va passer sur ordinateur le test de performance
continue (Continuous Performance Test] de
Conners, qui permet une investigation plus fine
des processus cognitifs de l"attention. Celui-ci me
confirme que Théo souffre d'une attention dif-
fuse et d*une forte distractibilité qui se reflètent
notamment par un grand nombre d*erreurs par
Le trouble attentionnel
de Théo était passe inaperçu
fl
omissions, et par des temps de réaction qui vont
s'allongeant au l de l'épreuve.
parce qu'iI y manquait
un 'rnouete os t*a'r'rervr|or«r -= oéoursev
Si Théo a toujours été considéré comme un son volet classique:
enfant réveur, «dans la lune s, et si dans la vie
quotidienne il ne fait pas ce qui lui est demandé,
Phyperactivité
ce n'est donc ni par provocation ni par refus;
mais parce qu”il souffre de profondes dif cultés soi viendra compléter cette approche, et pour
attentionnelles. Théo a un trouble déficitaire de restaurer rapidement sa concentration et
l"attention avec hyperactivité [TDA,fH, voir réduire ses dif cultés attentionnelles, je pro-
l*encadré page 24), qui était passé inaperçu pose aussi un traitement pharmacologique it
parce qu'il ne présentait pas le volet le plus clas- base de méthylphénidate (plus connu sous le
sique de ce trouble, lihyperactivité, qui prend la nom de Ritalinej. Enfin, nous convenons qu'une
forme d“une agitation permanente. série d“entretiens supplémentaires avec les
Hifi!irr,grrrjrfr ic
Chez Théo, les dif cultés attentionnelles parents sera la bienvenue pour leur apprendre
sont un facteur d'échec et de rupture sociale, it se montrer moins coercitifs avec leur enfant
G. lrlichei, Dépendance
ainsi que de dévalorisation. Une crise de et a essayer de le soutenir et de liencourager.
auxjeux vidéo et ri.
con ance que les sports extrémes viennent Théo est âgé aujourd*hui de 15 ans. il pra- Ftnternet Comprendre
diune certaine facon colmater. Théo le dira lui- tique toujours ses sports favoris, le Parkour et évoluer et truitet;
méme : il se sent valorisé par ces activités. surtout le skateboard dans lequel il a fait Dunod, 2012.
«Avec le Parkour et le skate, j'arrive a faire des encore de gros progrès. lvlais il se montre
G. lrlichei, Personnalité
choses que les autres ne font pas. ›› Les sports il désormais beaucoup plus prudent, et å ce jour et déueloppernent Liu
risques lui permettent à la fois de se sentir exis- il n'a pas encore eu de nouvel accident. En normal au patfroirgique,
ter aux yeux des copains, alors qu'il se sent outre, il a fait une croix sur les jeux de défis, et Dunod, Eilflb.
«nuls dans diautres situations, notamment è n*a pas redoublé sa classe de sixième. il est
G. lrlichei, La prise de
l'école. tvlais surtout, le TDAEH est souvent maintenant scolarisé en classe de seconde, risque ri. ibdoiescence
observé chez des jeunes pratiquant les sports a mène une vie sociale riche et est entouré de Pratique sparitue et
risques car ceux-ci apparaissent comme des nombreux amis. Son anxiété n“a pas disparu, usage de substances
moyens de canaliser Fimpulsivité, voire Fhyper- mais il parvient a la surmonter de facon auto- pg-*cire -active.
activité - et globalement Fénergie débordante nome. Il a fallu pour cela démasquer un trouble Masson, Eflül.
de ces jeunes. Des effets positifs sont ainsi notés, qui cachait bien son jeu. I

N'B'i-ElIci:eI:i|'l1ü'II
Cl GUI, je m'abonne it Cerveau 8 Psycho en fonnule Découverte : ,ji _ 'ml
Eltan-11 numéros-54€au|IaudeJ1|15o'en-usa;
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Cl 2 ans - 22 numéros - El? IE au lieu det-:lee rrnrsnr "““ “li

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Ci 3 ans- 33 numéros-135 él au lieu dc2.'l«l:5tTE p:-urrssa .'
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|rtEs cooltootlillães trittil lIItoDE DE RÈGLEMENT ICULLECTHIE ,I
gum; El Par cheque il tordre de Pour la Science
p,-g mm ¿ III Par carte bancaire
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Datedexpiratlon I I I I Clél I I I

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MUI1 E"l'l'iHll pour recevoir la ncvrslclter Comeau .5 Psycilo [il remplir en majuscule]-_
Brice is I.I1:I'lre ernall nous pc|u'n:Ir|sI.InI.|s ccrrlacla s besoin pour le ailvi devctre aborI|eme'1t.rir 'éceptlon de votre bulletin, comptez 5 semaines poI.Ir recevoir votre n' d'aI1onrré.F'assé ce délai, merci -rl'en faire la dernrride is cerrie-zl.ratpsycl1oåabc-press.ir

.l'acce|:Ite de recevoir les informations de Cerveau ii Psycho I.i OUI l.l MDN et de ses partenaires l.l OUI l.l NON
Dalai de ivialson: dans le mais sI.rlvarIt l'anreqis1rernentde vous It›11lenrevt.IJttrert:ser-réeairx ncuveaurr abonnés, valable fueqiau 31.l'ltl.I'lli en France rI1IitI'uμollaiI1eu'lquemem. Pour un alicrtnemenl il l'élra'cer, merd :le corrsule' IIIcI:'e site vnrrtv.ce'-.Ie-auetpsvcbe.I'. Cortoimanrt il
la lol 'lrrlonnalique el I beI:-t*s' :lu E-|aI'Ivler1Eli'li,vous disposez tl'.In arab daotès et de re1:t'I'lcaIltrn aux donrreet vous cencefnarri en adr-etsanl un o:›.rr er a tîarve-au-i Fsrcbo
r›r'äC0ut*" rirrI“i«:s L“rafagraphre

Face à la peur:
le corps sens
dessus dessous YEUX : FUPILLES ÉLÀHGIES.
Une araignée vous grimpe sur la main et votre IIIIDINS DE LIQUIDE LACRYHÀL

cceur s“emballe. La faute è des réactions Perception plus acéree


automatiques héritées de nos lointains ancêtres. “feux SECS

Toujours présentes aujourdhui, elles comportent


à la fois des aspects bénéfiques (+) et négatifs (-). ÈTÈTÈHE lHi'I'lUHlTPr.|N'E IHHIBE
Texte: Elena Bernard I Graphisme: Martin Müller
° Économie cl énergie
Risques d Infection accrus
Face à un danger, le système sympathique - une partie de noire système nerveux -
entraine un surcroît de performance qui peut être utile pour fuir ou combattre le
FDUHDNS RESFIFIATICIN RAPIDE
danger. De facon concomitante. les fonctions corporelles qui ne sont pas utiles sont
mises en veilleuse. Meilleure absorption d oxygène
Sentiment d`oppression sur la
poltr'ine

CCEUH: FREQUENCE AUGMENTEE


PRESSIDN SIIINGUINE ELEVEE

Meilleur apport en oxygène et


glucose aux muscles
Palpitations bourdonnements
d'orellles, fourmis dans les jambes
et les bras
RÁSYHPATHDUE

EETUMÀC :
EÀIEEE DE L ENZYME o
DIGEETIVE
Économie cl énergie
Na usée

Après la réaction enclenchée par le système sympathique. son contrepoids, le système


parasympathique, ramène le corps il son état nomral. ll est actif aussi dès la première MU5-CLES 5GlUELETTiûUES l o _
seconde du choc émotionnel et permet de rassembler ses forces avant de fuir ou de CDNTRACTES

combattre. Si une situation semble sans échappatoire, le parasynrpathique reste Préparation è la fuite ou au combat
souvent hyperactif et nous plonge dans une sorte d*état de choc avec sidération Trembiemenis crampes
et immobilité.

I'*il'E“i-tÎlIctol:iIreiÉl'1E
åi " "' " " "'I'ElJ}(:l.I1l.liEIEL £.'E"I'lIl.lL.|Ii.EDHD|l|.NT
° Évecuetipn des eprps etrangers
Q Heure r

.' H'
fr'
-ln*

1
L

-\_

- "' CCEUR: FHÉGUEHCE RALEHTIE,


PRESSION SAHGUIHE EAESE
Limite les pertes de sang
en cas cle blessure
Vertiges, évaneuissement

l' PDIJMDHS: REEPIRATIDH RALENTIE


Stabiiisatien de la respiretipn
_ Q Detresse resplreteire

*I 1* * I* * *i-||~|resT|HErvess|e:v||:mHse
Q Facnne La rune, enigme les prédateurs
° 1 Faire dans son psntalem, de peur

!,._-"""1-|_|l|îIl

-I 1 1* muscl. sauELE1'nuues eE|.¿c|-|És


' i a Perelysie de peur [peut etre une
protection peur passer inaperçu)
Q eenm ageuiane
|)|ï:c0m'|«:|rl"|=:s La question du mas;
PSTCHULUGIE

Pourquoi le temps passe-t-il


plus vite avec l'âge ?

fill

La néeonse ne
JARIES BROADWAY
Chercherrrnu département dspsjvchologie et de neurosciences de l'université de Cafifumie ri Sonia Bnrùera.

Où le temps est-il partih se de- à 50 ans, nous avons Pimpression que


mande-t-on souvent avec nostalgie, à la décennie de notre quarantaine siest
I'aul:ie dela cinquantaine. Peut-étre aves- écoulée bien plus vite que celle de
vous aussi Pimpression que vous n'avex notre vingtaine.
pas vu passer les jours, quiils se sont accé- Une telle évaluation se fonde sur le
lérés à mesure que vous preniex de lläge. nombre dlévénements que nous avons
La bonne nouvelle est que les psycltolo-
goes commencent à comprendre ce phé- C*est la mémorisé pendant un intervalle de
temps donné. Et dans l'enfance et la jeu-
nomène. .. et qu'il n”est pas inéluctable!
Les recherches scientifiques confir-
fréquence nesse, tout est neuf ! Nous vivons quan-
tité d'expériences inédites, qui nous
ment en tout cas qu'i1 est tres répandu.
En EDGE, Marc Wittmann et Sandra
des événements restent bien mieux en mémoire que des
événements plus habituels, et acqué-
Lehnhoff, alors à l'université Ludwig nouveaux, plus rons sans cesse de nouvelles compé-
Maximilien de Munich, ont interrogé
499 personnes âgées de 14 à 94 ans sur
nombreux dans tences. La vie d'adulte, en revanche, est
plus routinière. En conséquence, nos
leur perception du temps. Plus les sujets
étaient âgés, plus ils trouvaient que la
la jeunesse, premières années tendent à être surte-
présentées - et donc rallongées - dans
derniére déoennie s'était écoulée rapide- qui fonde nos souvenirs autobiographiques.
ment. En outre, les participants de plus Mais l'autre conséquence est qu'il
de 40 ans estimaient que le temps avait la perception existe une façon simple d'inverser la ten-
suivi un rythme lent dans leur enfance,
mais avait ensuite accéléré de façon
du temps. dance. En effet, plus nous peuplons nos
journées d'é-vénements marquants, plus
constante depuis leurs années d'adoles- elles nous sembleront longues tt posts-
cence jusqu'à Page adulte. évaluons les durées de façon prospec- riori. Pour combattre le sentiment d'ac-
Et pourtant, le temps présent ne tive, ciest-à-dire au moment où se célération, il nous suftit donc de conti-
paraissait pas couler beaucoup plus déroulent les événements. Dr ce qui est nuer å construire toujours plus de
vite aux vieillards qu'aux adolescents. en cause dans l'illusion d'accélération souvenirs, en nous intéressant aux nou-
Comment expliquer ce paradoxe ? Par du temps, c'est une évaluation rétros- velles idées, en développant nos compé-
le fait que dans ce dernier cas, nous pective, une fois la période terminée: tences et en explorant le monde! I

CH`
H'EI-ûr:'to|lJl'I1Éi"lE
À la conquête
de notre cerveau !
Des ouvrages clairs et instructifs
sur les mgstéres du fonctionnement
cie notre cerveau dévoilés grâce
aux neurosciences.

Comment apprend-on ? Peut-on


ttppt*e..ntlre.. améliorer les processus d'appren-
ii. r*é.sis ter* tissage? Après Piaget, Ulivier Houde
L-!.l.i_.' ti_tr_r. _i_1..e.vr_l il a élaboré une théorie révolution-
naire pour décrire Papprentissage,
notamment chez l'eniant. À laide cle
l'apport conjugué de la psgchologie
et des neurosciences, il a isolé une
fonction essentielle du cerveau :
la résistance cognitive.
tliivierHour:ié
Éditions Le Pommier - 95 p. - 1i.'i.9ti E Dans cet amusant et instructif
voyage aux confins de notre per-
Beaucoup d'histoires circulent sur ception, vous découvrirex les vrais
li".-Ê'-J"lÊl£'*l§U-1.:-r nos capacités cérébrales : nous trucs des magiciens révélés par
deux neuroscientifiques eux-mémes
se .itëota-_ n'utilisons que 1D ï de notre cer-
magiciens. Mais la magie ne marche
*.f_1ti!l_'*fr*_.*11..e`*L*!1_!r* veau, écouter Mozart permet tl'aug-
talents menter son Ul, etc. La plupart sont que parce que les humains ont des
latstlttirtelu- fausses... et nous sommes particu- processus mentaux dattention et
lièrement enclins a tomber dans le de conscience qui peuvent étre
panneau. Ce livre explique pourquoi << piratés re. Un bon magicien ne fait
nous en sommes si friantis et com- ainsi que manipuler notre cerveau et
ment étre plus attentifs aux piégés retourner a son profit son fonctionne-
_ " __ \\\\ .I 1.l.q'ir|';
qui entourent la science du cerveau. ment méme l
Stephen L llriucirnicir,
Elena Ptrsquinelli Susana Hortinez-Conde et Sandro Bioltesiee
Érrrrrons Le Prrmrrver - 2-to p. - rs s Éditions Belin - 335 p. - 21€

l.ln neurologue, un philosophe, une


coach et un land ide se rencontrent et
Lo'-l*.s..p_r1t1mette-ur débattent des neurosciences: que faut-
_j.;_ot._hes_o.i.e-r. il attendre ou bien refuser du cerveau ?
i-__L1ttn1_sl.1s_ Une entreprise apprend-elle comme
tr.. i.-t1aas;1.u un cerveau ? Nos Facultés oognitives
peuvent-elles résister à Page, voire étre
augmentées. _. ?

- '
¿.-'I
|1la.|.IIIÎ
Jean-Michel Besnier Francis Eirunelle
et Florence lšozeou
Belin
ãarrrons Le Pomme-r. res ,rr - rs s * .
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l.c Pommier
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|~l'B'l-Cllstolllilillfllli
1)|f::c0Ltv 1-1 url-:S Grandes arpetrrraa dapsyehalogte

evpériences sur

Pur* Daniela vaolla, codirectricv du irtfrorrtfoire Neurosciences


et société de Funù-rersfté oie Pnvfe, en Italie, efjou mfisile scfenfr}'i'que.

Bien que discutables éthiquement, les expériences


de Harry I-Iarlovr ont apporté la preuve que
la tendresse est essentielle au développement
dlun enfant, bouleversant les préceptes
pédagogiques de son époque.

uelle est la nature de EN BR]:.`l*` laboratoire ne dispose que de singes - des


l*amour'f Giu*est-ce qui le détermine des les pre- macaques. C'est ainsi qu'i1 entre dans le monde de
I Au début tlu
miers jours cie la vie ? Comment étudier ce sen- itltt' siècle, on pensait la primatologie, a laquelle il doit son succés, mais
timent tie façon expérimentale? Le psychologue qu'u ne mére n'avalt pour aussi sa réputation d*exp-érimentateur peu attentif
américain Harry Harlovv, dans les années 1950, seule fonction que de a Péthique et aux droits des animaux...
s'est attaché à répondre å toutes ces questions, de nounir sa progéniture... À l'époque, on s"intéresse beaucoup à la nature
façon originale mais peu scrupuleuse. blé en 1905 I Hals en plaçant des du lien entre une mére et son enfant, et à ce qui le
et mort en 19-S1, Harlotv a une vie instable et bébés macaques avec rend a la fois inévitable et essentiel. Mandaté par
complexe. Ses parents, rtlonxo Harlow Israel et ties meres artificielles, l'tIirgani.sation mondiale de la santé, le psycho-
Mabel Israel, appartiennent àla petite bourgeoi- Harry Harlovv a montré logue britannique John Bowlby enquête sur les
sie de l'Iovva, un État américain trés agricole. Son que les contacts et enfants r-«abandonnés» aprés la Seconde Guerre
les jeux sont essentiels
père, qui aurait voulu devenir médecin, n'est au développement mondiale. Il valide ainsi la théorie de l"attache-
qu“un petit «inventeur du dimanche rr. Sa mére, harmonieux ties petits. ment: un lien solide entre mére et enfant est
quiil décrit comme une femme froide, s'occupe nécessaire au développement normal de ce der-
néanmoins des quatre garçons. il Sans amour. les bébés nier. Mais quelle est sa nature?
Harry étudie à Stanford dans le laboratoire de souffrent de graves
troubles psychiques
Lewis Terman, un psychologue qui travaille sur le DES ENFANTS EH MÊNGUE DÎÀMDUH
quotient intellectuel des enfants et sur le dévelop- I Des lors. la conception À la même période, un autre psychologue bri-
pement du test de Stanford-Binet, un des instru- de la maternité a changé. tannique, James Robertson, tourne un court docu-
ments les plus célèbres pour mesurer Pintelligence. Il ne suffit pas de nounir mentaire sur les effets immédiats et dévastateurs
son enfant; il faut aussi
1.
Ternian suggère alors å Harlow dlabanclonner son le cajoler et |*aimer. observés chez un enfant âgé de 2 ans séparé de sa
nom de famille, Israel, qui évoque des origines mère. Le lm reprend les théories d'un des élèves
juives que Harlow ne posséde pas, et lui conseille de Sigmund Freud, le psychanalyste américain
d“accepter un poste d*enseig11ant å l'université du cl”origine hongroise René Spitz, qui avait déjà
|r|
4-1
Wisconsin a Madison. décrit dans les armées 1930, ches des enfants pla-
1
1
1
Harlow s*installe la-bas en 193D avec l*inten- cés en orphelinat, les symptomes de la dépression
aston-s'dacrtbbriacphanu tion de mener ses expériences sur des rats, mais le «anaclitiquea et de llshospitalismev, deux graves

H'E“I-Dctol:r|'I1ü'lG
Je I IIIi*i.`Îi`.'I IJ ir' Ii H' I' I-I iii Gro.nde.s expériences depsjrciroiogíe
LES INSULITENAELES EHPÉHIENCES SUR |_'£irl*rIiiÎIiJl? MÀTERNEL

psychoses liées è la privation de la figure mater- Cir ce niest pas le cas. Les bébés macaques
nelle. Mais ce point de vue ne fait alors pas l'una- passent le plus clair de leur temps nichés darts les
nimité. Certains pensent que le lien mère-enfant «bras rr de la poupée en chiffon et ne s`approchent
repose sur la fonction nourricière de la mère et n*a de la boîte en métal que pour manger. Et ce com-
rien à voir avec l*amour ou les sentiments. Ce portement est précédé de plusieurs journées de
serait un pur instinct animal, qui viserait a satis- souffrance: les mamans naturelles hurlent et
faire le besoin physiologique de se nourrit. désespèrent; les nouveau-nés, seuls dans leur cage
Un comprend que les années 1930 à 1950 ne avec les mères artificielles, présentent des signes
sont pas toujours roses pour les enfants... Les d`anxiété, cherchent sans relâche leur vraie
experts considèrent que Péducation doit sdrtout maman et ne se résignent à approcher les mères
porter sur Papprentissage de la discipline; il ne de substitution qu*au bout de quelques jours.
faut pas prendre dans ses bras un bébé qui pleure Harlovv triomphe: ce n`est pas la nourriture qui
pour éviter de le gâter; et il faut le coucher et le détermine Pattachement, mais le toucher, qui véhi-
nourrir à horaires réguliers pour le préparer à cule le besoin d'amour des petits et les soins mater-
devenir un individu fort dans un monde dif cile. nels. rrtriotts ne sommes pas surpris de découvrir
Le psychologue américain John Broadus Watson que le contact est une variable importante et néces-
écrit méme, dans son manuel d*éducation: able saire a l'affection et a l'amour, mais nous ne nous
les gåtex pas. Ne les embrasser. pas pour leur sou-
haiter une bonne nuit. Faites une petite inclinai-
son du buste et serrex-leur la main avant
d'éteindre la lumières Heureusement, les résul-
Harlow montre qu'une demi-
tats des expériences de Harlow avec les macaques heure d'interaction sociale
vont renverser toutes ces idées.
par jour avec un enfant
DES MÈHE5 DE SUBSTITUTIUH EH CIHIFFDH
À l'université du Wisconsin, les colonies de
lui évite de graves psychoses
macaques sont nombreuses et pleines de vitalité,
plusieurs singes naissent chaque année et gran- attendions pas à ce qu'il supplante de façon aussi
dissent en général dans le méme lieu que leur absolue la variable de la nourriture rr, précise-t-il.
mère. Mais pour comprendre Pattachement des Mais le toucher n*explique probablement pas
bébés à leurs mères, Harlow isole les nouveau-nés tout. Un autre facteur, lié à la vue, intervient cer-
dans des cages où il leur propose deux mères U tainement. Les mères arti cielles ont un visage
rr arti cielles» de substitution. La première est un Un bébé macaque stylisé, avec deux boutons pour les yeux et un trait
- ou humain - qui
mannequin doux et chaud, doté d'une fausse grandit sans contact potu' la bouche. Que se passe-t-il si on le remplace
mamelle totalement vide. La seconde est une avec sa mère ou tout par la téte d*un vrai singe ? [fou la deuxième expé-
machine, une sorte de boîtier métallique muni autre adulte Iul rience de Harlovr: il demande à un collègue de
procurant de i'amour
d'une tétine qui permet aux petits de se nourrir. et cle Pattentlon fabriquer tm masque de singe réaliste. Cependant,
Si le besoin de s*alimenter détermine Pattache- soutfrira, a Page adulte, le petit macaque destiné à cette expérience naît
cle troubles psychiques,
ment, les singes devraient rester auprès de la et risque cle ne pas être plus tét que prévu et le masque n'est pas prét. Les
mère en métal qui allaite. Ll |IEl'EI'l'li H û år scientifiques le placent alors dans une cage avec
1 I-`
une mère artificielle sans visage. Quand ils xent
"'--.L
nl -' I en n le masque sur la poupée de chiffon, la réac-
,J “í_

tion du petit singe surprend tout le monde: pani-


.-F".-I
qué, il détmit la téte du mannequin pour tenter de
-..'
retrouver sa maman sans visage. Le deuxième
déterminant de Pattachement, la vue, dépend
1'*
donc de ce que le nouveau-né voit au cours des
premiers instants de sa vie, un phénomène connu
sous le nom d'empreinte.
Les travaux de Harlow commenoent alors a étre
jugés trop cruels, même par ses pairs: les prises
-n.
-n_
cinématographiques qu'il tourne lui-même sont
éloquentes et suscitent des élans d“empathie envers
'_-._
11'-I:

_ _: -ll' les macaques brutalement attachés aux soins de


o"Çμr_ 'Ir' ._ leur mère. Mais cela fait aussi émerger quelque
_ . l

.μ .1 chose de nouveau et puissant: la démonstration

H'B'I-DctoI:r|'llü'H
que le nouveau-né a des besoins bien plus com-
plexes que la simple faim, et que la nécessité d'ai-
mer quelqu`un le conduit à s'attacher mème a une LE MOUVEBIENT
marionnette de chiffon privée d”expression.
Dans le laboratoire de Harlow, après l'euphorie << ANUHALISTE ››
des premières années, on commence i-1 relever les
conséquences néfastes, sur le long terme, d“une choque année. les mouvements rr snimallstesrr américains se donnent
privation sociale précoce. Un est à la n des rendezarous devant le Centre de recherche sur les primates
années 1950 et Les premiers petits macaques ont de l'université du Wisconsin à lrlarllson - la structtre où Hariovr menait
grandi. Les animaux présentent alors tous les ses expériences - pour un sit-in tm peu particulier. li s'agit d'une cérémonie
signes de graves troubles psychiques, en particu- de $hiv'ah, empruntée au ritetunéralrelult, en présence de rllaainas
lier d'une psychose autistique, avec automutila- de singes on peluche. lioltiectlf de l'.rlnimoi Liberation Front est de dénoncer
tion: les visiteurs découvrent de pauvres bètes, la recherche sur les animaux, les primates en particulier.
repliées sur elles-mémes, qui se mordent les doigts Harlow est en partie responsable tie la naissance tiu mouvement animallste,
jusquia se les arracher. Lorsque Harlovr décide de notamment a cause de sa façon peu diplomatique de conduire et de décrire
vérifier le comportement des femelles une fois ses expériences. ii nommait par exemple ses cages d'isoiemer|t les r puits tiu
devenues mères, il ne réussit pas a les faire s'ac- désespoir s, et les dispositifs de contention des femelles forcées it se reproduire,
coupler: elles refusent tout contact avec les mâles les rr rèteliers è viol rr, aujourdhui, la recherche sur les primates, avec lesquels
et se révèlent extrèmement agressives. nous partageons 94 a 99 % tie notre génome selon les espèces.
est sérieusement encadrée. Le laboratoire de Harlorrv est encore actif,
|:ex|=rérr|e|vce ou v|oL mais aunm nouveau-né- n'est plus séparé de sa mère pour étre
Après plusieurs tentatives infructueuses, condamné aux soins peu chaleureux d'une boite en fer-blanc...
Harlow prend alors une décision très contestée:
il attache les femelles a n que les mâles puissent
s'accoupler avec elles. Il baptise le protocole: En 1958, à la n de son discours devant le
expérience du viol. Dès lors, ces femelles sont des président de Passociation psychologique améri-
mères terribles: certaines tuent leur petit å la caine, Harlow projette les lms de ses petits
naissance, d'autres le maltraitent ou l'ignorent singes aux prises avec leurs mères en chiffon et
totalement. De toute évidence, la présence de en métal. voici le texte accompagnant les images
mamans arti cielles n*est pas sufñsante pour que et publié ensuite par llérrtericarr Psychoiogilst:
les macaques deviennent des adultes équilibrés. «Les besoins socioéconomiques du présent et les
Harlow découvre ensuite un troisième détermi- défis socioéconomiques du futur ont conduit les
nant de l*at1:achement, après le toucher et la vue: femmes américaines a remplacer, ou du moins, à
le mouvement. ll répète ses expériences avec des menacer de remplacer, les hommes américains
mannequins capables de se balancer; l'état des dans la science et l'industrie. Si la situation per-
macaques s*améliore alors. Et s*il ajoute également dure, la question de Péducation des enfants se
30 minutes de contact et de jeux avec un vrai singe, posera inévitablement. rr
les petits grandissent normalement. ainsi, une
demi-heure d'interaction sociale par jour évite les LES HDMHIES AUSSI PEUVENT MATERHEH
psychoses les plus graves. La nouvelle se répand sil est rassurant, étant donné la tendance
comme une traînée de poudre, notamment dans sociale actuelle, de constater que l'homme amé-
les institutions pour l'enfance comme les écoles et ricain est physiquement doté de tout ce qui est
les orphelinats. Nourrir, loger et blanchir les réellement nécessaire pour lui permettre de faire
enfants ne suffit pas à en faire des adultes sains; il jeu égal avec la femme américaine dans une acti-
faut aussi les «cãliners et surtout, jouer avec eux. viré essentielle: l'éducation de leurs enfants.
.*'i.ujourd'hui, aucun comité d'éthique n*accepte- Nous savons que les femmes des classes labo-
rait ces expériences de privation maternelle. rieuses ne doivent pas nécessairement demeurer
Harlow déclarait n'éprouver aucun sentiment pour a la maison en raison de leur nature de mammi-
ses animaux... Mais il souffrir toute sa vie de graves fère; il est possible que, dans un futur proche,
épisodes dépressifs et fut méme soumis å des élec- l'allaitement du nouveau-né ne soit plus considéré
trochocs pour tenter de guérir. Pourtant, nous lui comme une nécessité, mais comme un luxe, une
devons fidée selon laquelle mème les mécanismes forme de consommation coûteuse, peut-étre
psychologiques primordiaux peuvent et doivent réservée aux familles les plus aisées. Mais quel
étre étudiés expérimentalement. Son intuition per- que soit le cours que prendra l'Histoire, il est
mit de démanteier une vision de la maternité qui réconfortant de savoir que nous sommes désor-
modelait toute la société occidentale. mais conscients de la nature de l“amour.›> I

H'E.'l-ClIctol:r|'l1 "iE
_
Dossier

co AÎTRE
SON CERVEAU

.Par üiivier Houde, ãrnaud Cechia et Grégoire Borat.

. Les scientifiques décortiquent le fonctionnement


du cerveau et commencent å en informer les
. professeu rs et les élèves. ils livrent des outils
précieux pour mieux apprendre et mieux enseigner.

EN BREF
I Pour compter et lire,
l'entant doit savoir
inhiber certains
automatismes mentaux.
I Une partie du cenreau,
le cortex préfrontai,
remplit cette fonction.
5a forme diffère ti*un
ous les organes du corps imposent leurs enfant à i"autre à la ITS
lois a notre santé. C'est le role de la médecine expérimentale naissance, mais des
cie les découvrir. De méme, le cerveau, organe cie la pensée techniques éducatives
permettent de le muscler.
et de Papprentissage, impose ses lois il l'éducation. C'est le ,1
,_-

role des :nouvelles sciences de Péducations de les décou- I En connaissant


vrir, en lien avec Pimagerie cérébrale et la psychologie expéri- les rr lois rr du cerveau,
mentale du développement. Le cerveau est rr l*organe qui les enseignants espèrant
proposer de meilleures
apprend rr. Ce sont des millions de cerveaux qui, chaque jour, stratégiasd'apprerrlissaga, -._

vont à l'école. Dr, liangle mort de i`Éducation nationale reste adaptées à disque Prtšionsdetguescmtouyb er s
encore le cerveau des élèves! Mieux connaitre ses lois et les enfant. EJ

H'E.'l-EiIctol:r|'l1ü'lE
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CU'."t5"l1rlÎTRE SUiir' CERlf'E.r=lU PO[Hit MIBllUt'.=lPPRE.Nr'DRE

ro-I contraintes individuelles permettrait aux ensei- Biographie mais plus ou moins écartés spatialement dans
gnants de comprendre pourquoi certaines situa- chaque ligne. Jusqu'à Page de T ou B ans, l'enfant
tions d'apprentissage sont efficaces, alors que Dlivier Houdé, Ama ud considère qu*il ay a plus de jetons là où c*est plus
d“autres ne le sont pas. Cachia et Grégoire Borst long» (rangée la plus écartée), ce qui est une
Gest ce qui manque aujourdhui pour lutter I erreur d'intultion perceptive. La réussite après
contre l`échec scolaire. Les «dispositifs sociaux» Pmfetseurs de Page de '.1' ans (r-:méme nombre de jetons dans les
ne suf sent pas. Un éduque encore en 2016 rr en tt itrniversiiefinns- deux rangées rr) traduisait selon Piaget le passage
aveugle rr, c'est-à-dire en manipulant les entrées Descartes et cirercfreurs du stade perceptif prélogique au stade de la pen-
(pédagogies en classel et les sorties [résultats aux ou Lr1:bororoir'e sée logicomathématique concrète.
de ,rxjpobologie dn
évaluations), sans connaitre les mécanismes Nous avons repris cette tâche en enregistrant
développement et de
internes du cerveau humain qui apprend. Feïducotiorr. de lbrtfonr par imagerie par résonance magnétique fonction-
(LoPs§uDEj, au t'3.'v.lI.'.5-“. nelle [tslvtfl Pactivité cérébrale de jeunes volon-
nas etèvas au Laaoanroiaa Olivier Houde dirige taires des écoles (âgés de 5 à 10 ans). Les résul-
Les progrès en la matière sont toutefois très ce laboratoire tats ont révélé que l'exercice mobilisait non
récents. En France, notre équipe a publié la toute seulement les régions du cerveau dédiées au
première recherche d*imagerie cérébrale réalisée nombre [le cortex pariétal), mais aussi celles du
avec des jeunes volontaires des écoles mater- cortex préfrontal dédiées a l'inhibition des auto-
nelles et élémentaires en 2011. Il s*agissait d'ex- matismes: ici, liautomatisme cognitif est que, en
plorer ce qui change dans le cerveau des enfants, général, la longueur varie avec le nombre (voir
âgés de 5 a 10 ans, quand ils apprennent le prin- Fencodré ci-dessousl. D'où une révision de la théo-
cipe de conservation du nombre. rie de Piaget, qui pensait que seul le rr nombre rr
Pourtant, tout a commencé au Kit* siècle avec fà savoir le cortex pariétal) évoluait d'un stade à
la théorie des stades de Pintelligence de Jean l'autre: il faut ajouter le role clé de l'inhibition
Piaget (1596-1930), qui a profondément marqué cognitive préfrontale comme mécanisme du
la psychologie, le monde de Féducation et le développement de Fintelligence ches l'enfant.
grand public. Pour tester la conservation du D'autres exemples d'exercices scolaires, étu-
nombre, Piaget plaçait llenfant devant deux ran- diés en laboratoire, corroborent cette loi d'appren-
gées de jetons de méme nombre (T par exemple), tissage par l'inhibition. Ils sont issus d'un

A QUEL AGE UENFANT sarl*-IL INHIBER UNE PENSÉEfr


Dans la tacite dite de conservation du nombre, les enfants doivent iihiser I'automatisme appris selon lequel rr plus c'est long, plus il y
indiquer dans quelle rangée il y a le plus de jetons, sachant que la en a rr. En enregistrant leur activité cérébrale pendant qu'ils réalisent
longueur totale des lignes varie, mais pas la nombre de jetons. Seuls i*exercIce, les auteurs ont montré que le cortex prélrontai des enfants
ceux agés de plus de 'I ans en moyenney parviennent, car ils savent qui ne font pas tI'en*eur s'active davantage que celui des plus jeunes.

-H.

La tache de conservation du nombre Ê Litctiutte cérébrale des enfants


I- J .F J

. ...............................

Dans cette expérience, on demande è i'eniant s'ii y a atriant de jetons . Les jeu nes âgés de plus
au-dessus et au-dessous de la ligne noire. Â gauche, c*est un simple É de 1' ans en moyenne,
constat d'égaIité, sans piège. il droite, les jetons sont espacés: pour i qui réussissent cette seconde
répondre correctement, i'enfant doit inhiber fassociation automatique ; triche, par rapport è ceux
entre longueur et nombre. qui se trompent, activant
r davantage leur cortex
psriétal. dédié au nombre, .,__ -I ,M
i et leur cortex préirontai, ile:m-tnso
IIIIIII IIIIIII
............................................................... .. Îr. .-..-._..-.-.-..-.-.-..-.-.-..-.-..-.-.-..
_____________________________ tiétiiéå l'inhibition- A
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aller-retour du laboratoire il l"école. Par exemple, _ _- rr* ::- -_' tr".


une erreur importante observée a l'école élémen- _;_. _ 'L '-."t | ' Rui"
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_,I'Î .r . _ -___-_ _, __ ,___ ___ _ __ ___ __ J!,___*I|.fi:___'______ __. ..- _

oir les jeunes doivent activer l'automatisme, juste ,-_. `ifl_._ ,. "Z 'i _
après Pavoir inhibe. En d*autres termes, s*"ils réus- 'F-1 l.|I_- ' _|::|i ___ _ _ _ _. -_ _ __ _ _ __________

sissent l“exercice ci-dessus, ils auront dû inhiber 'i'_ _ __ __ H __:_______


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Fautomatisme de l'addition et mettront alors un
peu plus de temps dans l*exercice suivant quand Aire de la tonne visuelle _-dll". ' ._ 'Î`__
Faddition fonctionne. Le temps de levée de l'inhi- I aa s laurrrsataa sm ras '- -A:&“"“*i*“"
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i
bition nous donne ainsi rétrospectivement une Réseau de la lecture -e`îI.*i i'
mesure très précise de ce processus, qui prend en
moyenne moins d'une demi-seconde.
autre exemple, en orthographe: fréquenunent, I
les jeunes d“école élémentaire font la faute «je les Pour distinguer le Cir un animal est le méme quelle que soit son
manges rr. Ce n'est pas qu*ils ignorent la règle selon vba du nde et le ups du orientation par rapport à un axe de symétrie.
laquelle il n'y a pas de ess a la première personne rrq 1 quand il lit. I*errfant Pour discriminer les lettres en miroir, notre cer-
doit inhiber un
du singulier pour les verbes du premier groupe, automatisme selon veau apprend donc å inhiber ce biais cognitif.
mais ils sont incapables d'inhiber Pautomatisme ieq uei un objet est Nous avons récemment démontré expérimenta-
identique dans un miroir.
rrsurapprisrr suivant: «après "les", je mets un "s". rr Cela se passe dans Paire lement que tant les adultes que les enfants, incon-
La tentation est ici trop grande pour eux, en raison de la forme visuelle sciemment, doivent toujours résister è la généra-
de la proximité du terme =-lesrr dans la phrase. des lettres et des mots lisation en miroir.
fen bieti), qui s*active
L'enfant doit donc apprendre å inhiber, grâce il son en méme temps que
cortex préfrontal, cette réponse dominante et auto- les autres régions LE CERVEiitU RECYCLE DES NEURCINEE
matique, pour avoir la exibilité d*appliquer ime du réseau de la lecture PDUH LE5 NDUVEAUI ÀFPHEHTISSÀGES
fen vert).
autre stratégie de son répertoire orthographique. l_.a loi d'apprentissage du cerveau est ici: «recy-
Cln pourrait croire que cela ne concerne que les clage neuronal + inhibition:-rr. Cela se passe, pour
enfants. Mais combien d'e-mails ne reçoit-on pas la lecture, dans une région de la voie ventrale de
de collègues ou amis qui écrivent rrje vous le direz rr 1'hémisphère gauche que nous avons identi ée en
au lieu de r-je vous le dirai»-_ C*est exactement le réalisant une métaanalyse d'Il=tMf sur plusieurs
méme défaut d'inhibition frontale, renforcé par la centaines d'enfants: Paire de la forme visuelle des
rapidité de liécriture électronique. lettres et des rnots (voir lrrfigure ci-dessus).
Cette loi du rr recyclage + inhibition» est sans
Elil Mã'l"l-IS, EH URTHCIGRAFHE, EH LECTURE... doute valable aussi pour les maths, en particulier
.après les maths et l'orthographe, la lecture, quand il est nécessaire d*inhiber certaines dimen-
une compétence pour laquelle il est essentiel de sions spatiales non pertinentes (telle la longueur
comprendre comment le cerveau fonctionne. Un dans la tache desjetons de Piaget), qui se super-
sait que les apprentis lecteurs, comme les lecteurs posent ou se jouxtent avec les régions du nombre
experts, doivent toujours éviter de confondre les dans le cortex pariétal, au niveau du sillon intra-
lettres dont l'image en miroir constitue une autre pariétal_ Nous testons actuellement ce cas. Mais
lettre: par exemple, «bv et vd rr ou «pe et vga. nous supposons déjà que le cortex préfrontal
Cette difficulté est renforcée par le fait que, pour intervient à longue distance pour inhiber dans le
apprendre a lire, le cerveau doit, ainsi que l'a cortex paríétal les dimensions spatiales non per-
montré le neuroscientifique français Stanislas tinentes et activer les régions du nombre.
Dehaene, recycler des neurones initialement uti- Il ne suffit donc pas d'apprendre et de
lisés pour identifier les objets de l*environne- connaître les règles en maths (comptage, arith-
Sl1nltcr'Êi
.toclt.com.- ment: les animaux par exemple. métiquel, en français (lecture, orthographe), II*

H'B'I-EiIctoI:|rl1ü'IIE
D-USSIEII niais.-oeoucanon
CUNN.-IÎTRE SUN CERVE.-iUPU'[LR ri*lIE[Lï.-1lPPRENDRE

5" .. ' _ __i" .r jeu, il siagit par exemple d*inhíi1-er sa réponse (c'est-
-zi ._ l '*- . J . à-dire de ne pas appuyer sur l'écran tactile] quand
il I `,l' 1'- 'hr' . il 1 .-- et r,
iii_ J \1- on entend un signal stop. Il y a bien entendu des
Ê
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'I-I'1.
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' .__'l\.__\.'
- if "“** conditions contríåles sans apprentissage de ce type.
¿,__` r" J.' :- Cette étude [au cours de laquelle seront réalisées
r \fr i
la J ue"
_ trois nue] porte sur 150 enfants. Nous aurons les
I*-H,rs _ ' 'I .iii L la '_ L *sil rf/`í*Î`* i premiers résultats d“ici Noël - et les résultats com-
IÎ- '__"'¿' 1.F plets en 2019. Mais nous imaginons déjà que les
È1.--*"':"* io. ff.*-- fé',. . ' *L1-Êsí
.1 I

i'
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enfants entraînés seront plus performants que les
Hémisphère gauche Hémisphère droit autres lorsqu"il faut inhiber un automatisme de
réponse dans un probléme cognitif ou scolaire, et
I Gyrus cingulaire I Gyrus paracingulaire que leur cortex préfrontai sera plus actif.
Un autre programme de recherche tout å fait
grâce àla pratique, la répétition, etc., comme cela G nouveau porte non pas sur les lois fonctionnelles
se fait souvent à1'éco1e; il faut également dans Tous les enfants n'ont pas du cerveau, telles que nous venons de les voir,
certains cas v éduquer» le cortex préfrontal, c“est- le même oerveau: cette mais sur les contraintes structurales précoces. Il
a-dire apprendre a inhiber les automatismes du ima e montre les s'agit de la forme des sillons du cerveau de chaque
diftåentes tonnes que
cerveau. C*est ce que l'un de nous, Dlivier Houdé, peut prendre une enfant observés en imagerie par résonance magné-
a appelé la résistance cognitive. struci:.|re importante pour tique anatomique ou structurale. Pour finstant,
Fapprentissage, le gyms
cingulaire. Chaque petit nous avons découvert ime grande variabilité d'un
éououen Le coltrex |=-eé|=eoHraL faisceau bleu représente enfant å l'autre (voir ln gure ci-contre). Ces diffé-
Tant en France qu'au Canada (l'-équipe d'.é.de1e Io trajet du gyrus rences ont-elles un sens cognitif? Dit autrement,
cingulaire ou
Diamond à Vancouver notamment), des expé- paracinguiaie d'un cette variabilité anatomique, qui se met en place
riences dïnterventions pédagogiques pilotes de ce enfant. Ur, sa forme peut in utero, est-elle en partie prédictive des perfor-
type sont aujourd*hui menées dans les éooles pour irrfiuer sur la capacité de mances cognitives et scolaires des enfants au cours
oaiui-ci à bloquer des
exercer le «controle cognitifs, capacité que l*on reponses réflexes du développement? Voilà une nouvelle façon de
désigne aussi à travers le terme de fonctions exé- erronées pour élaborer' comprendre les relations entre inné et acquis.
une réponse plus
cutives. Ces interventions sont directement issues adapté-a. Différentes
de la meilleure oompréhension que nous avons des pédagogies pourraient IJIHFLUEHCE DE LL FDRHE DU CERVEÀU
mécanismes d“apprentissage du cerveau: recy- donc étre envhagéas C“est ainsi que nous avons découvert, en colla-
selon le profil oérehral
clage neuronal, inhibition cognitive... Par deoitaque apprenant boration avec Jean-François Mangin du Centre de
exemple, on propose aux élèves une tåche de recherche Neuroåpin, que Panatomie du cerveau
logique (comme le calcul des billes de Léo), puis in ue sur le contrôle cognitif, compétence essen-
on les entraine à inhiber leur idée première en leur tielle pour Fapprentissage et la réussite scolaire
demandant de s'exercer avec un rr attrape-pièges e. comme nous venons de le voit avec l'inhibition. Un
Ce dispositif est une planche didactique avec un motif particulier du cortex cingulaire antérieur,
espace hachuré, symbolisant la aone inhibitrice, situé sur la face interne du cortex préfrontal,
où ils doivent glisser le carton qui correspond a explique environ 20 il-t des performances d*enfants
leur premiére réponse automatique. âgés de 5 ans dans une tâche qui permet de mesu-
En imagerie cérébrale, nou.s avons mis en évi-
dence lc changement qui se produit dans le cer-
veau des élèves lorsqu*ils passent, au cours de
% rer le controle cognitif: le test de Snoop. Les petits
doivent dire le nom d*un animal dont la téte et le
oorps sont parfois ineongruents [en conflit). Mais
oette tache, d'un mode perceptif facile, automa- oosoccés c'est le corps qui compte. Dés lors, l*enfant doit
tisé mais erroné, à un mode logique, difficile et
exact. Les résultats indiquent un basculement très
DESENEANTS inhiber son premier réflexe (qui est de se baser sur
la téte pour identiiier l'animal]. C'est un test de
net des activations cérébrales de la partie posté- _ détec.tion de conflits et d*inhibition.
rieure du cerveau au cortex préfrontal - c'est la Ces capacités cognitives, qui se déploient au
dynamique inverse de Pautomatisation. lors d'une tâche cours du développement, sont donc liées pour
de «controle oognitifs
Aujourd'hui, nous menons avec des élèves une bonne part à une contrainte anatomique
seraient déterminés par
volontaires de CM1 et crvia un large programme de la iorme de leur oerveau précoce: le piissement du cerveau dans la boite
suivi de l'irnpact sur le cerveau et les apprentis- à la naissance. crãnienne qui détermine la forme des sillons.
sages scolaires d'un entraînement quotidien au lilais les mais doués C'est ce que l'on appelle les motifs sulcogyraux,
mécanisme d'inhibition sir tablette tactile du rant naiureliernent progressent notre cerveau étant constitué de gyrus (les mon-
un mois. hious avons conçu un jeu éducatif repo- en grandissant tagnes] et de sillons [les vallées). Ce relief se
sant sur ce processus o priori «bon pour le cer- et en s'eni:raïnant. met en place lors de la construction du cerveau
veau»-, en particulier le cortex préfrontal. Dans ce chez le fœtus. Le bébé est donc doté de cette PD.CNRS
'L''EI
-"CEi'i.

H'B'I-EiIci:oI:r|'alü'IIE
organisation a la naissance, de sorte que cer-
tains enfants acquièrent plus facilement diverses
aptitudes cognitives comme l'inhibition.
Selon la structure
En allant encore plus loin, nous avons con rmé
cette prédiction anatomique par un suivi des
mémes enfants a la fin de l`école primaire, en uti-
de leur cerveau,
lisant la méme version de la tâche de Stroop et une
version plus complexe, adaptée à leur niveau: le
Stroop lecture, par exemple identifier la couleur
les enfants ont des
du mot rouge écrit en vert. lienfant doit inhiber
l'automatisme de lecture du mot écrit et répondre besoins différents
en matiere
avertis. Dans ce cas, le motif préfrontal interne in
(cortex cingulaire antérieur] explique encore envi-
ron 20 tl-in des performances des jeunes.
Tout n'est cependant pas déterminé a la nais-
sance! Car B0 *lé de la variabilité restent dus à
divers facteurs environnementaux tels que les
d'apprentissage
expériences, Péducation ou des éléments socio-
économiques. Néanmoins, ces résultats montrent
que selon les caractéristiques de leur cerveau, aux phénomènes d'apprentissage chez l'homme,
les enfants ont parfois des besoins pédagogiques en particulier les élèves.
différents en matiere d'apprentissage du Parlera-t-on bientot de neuropédagogie? Les
controle cognitif. Dr, cette aptitude pourrait étre professeurs des écoles sont-ils suffisamment infor-
améliorée grâce à un entrainement spécifique, més de ces découvertes récentes ? Non, pas encore,
comme celui de l'attrape-pièges ou du signal méme si l'intérét pour la neuroéducation va crois-
stop sur tablettes. ainsi, c'est un champ scienti- sant, un peu partout. il ne s*agit toutefois pas
que nouveau qui s*ouvre, å l*interface de l'ana- Bffrffographfc d“imposer des méthodes aux professeurs. L*tdée est
tomie cérébrale, de la psychologie du dévelop- simplement qu'ils s'approprient ces connaissances
pement cognitif et de l'éducation. E. .lrh et oi., inhibition nouvelles sur les lois et oontraintes du cerveau. La
ofthe mirror-gene- pédagogie reste un art, mais peut-étre gagnerait-
PRÉVDIR LEE PERFDRMAHCES SCCILMRES raiixation pmccss in elle à s'appuyer sur des données scientifiques
Forts de ces premiers résultats, nous avons très reading in school-aged actualisées. En retour, le monde de Péducation,
children,jonmof of
récemment testé ce type de contrainte structurale Experimental' Child informé qu*il est de la pratique quotidienne - l“ac-
précoce dans le domaine de la lecture, un appren- Psj.*cfro-logo, vol. i-t5. tualité de la pédagogie -, peut suggérer des idées
tissage scolaire et culturel fondamental. Nous pp. 15?-155, 2016. originales tfexpérimentation. Ces découvertes
avons déjà vu que, pour cet apprentissage, l“une commencent aussi à être enseignées aux étudiants
A. Cachia, G. Horst et
des régions principales d*intérét est faire de la oi. , The shape of the des nouvelles Écoles supérieures du professorat et
forme visuelle des lettres et des mots qui oorres- anterior cingulate de l'éducation (esse) en France. Mais ciest le tout
pond a un sillon particulier du cerveau: le sillon cortex (ACC) contributes début! Beaucoup reste a faire.
oocipitotemporal latéral de fhémisphére gauche. to cognitive control Revenons, pour finir, sur le controle cognitif
Nos analyses indiquent que, dans ce cas aussi, efficiency et en particulier la capacité cliinhibition du cortex
la forme (la brisurel de ce sillon prédit les perfor- in pre-schoolers. préfrontal. Nous avons montré que c*e st un s pré-
mances dans un test de lecture réalisé par des joarnei of£'ognin've dicteur s puissant de la réussite scolaire tout au
enfants âgés de 9 ans. Ces travaux se poursuivent Neurosciertce, voi. ZE, long du cursus académique. En outre, les enfants
actuellement en collaboration avec Stanislas pp. se-los, son. apprécient beaucoup qu'on leur explique, dès la
Dehaene de Neuroåpin sur une autre base de D. Houdé et ai., maternelle et l'école élémentaire, comment fonc-
données qu*il a acquise, de manière à voir si le Functional MRI study tionne leur cerveau. Nous le faisons régulière-
résultat se con rme. of Piagefs conser- ment pour expliquer dans les écoles les projets de
Ainsi, qu'il s'agisse des lois de fonctionne- vation-of-nu mb-er recherche du laboratoire. Cette information aux
task in prcschool and
ment du cerveau qui apprend (recyclage, inhibi-
schn-nl-age children: jeu nes est une demande des comités d“éthíque qui
tion...) ou des contraintes structurales [motifs .-"L neo -F'ia,|.;ei.ian examinent en amont tous les projets de ce type,
sulcogyraux), pour la première fois dans Phis- approach.Joumoi of en particulier ceux qui utilisent l`1a|u. tvlais cette
toire, on peut réellement parler de sciences de Hrqverimerttof Child « initiation au cerveau ›› est aussi utile et doit étre
Péducation au sens fort du terme. Il s'agit de Psychofojgμ, vol. llil, poursuivie au college et au lycée. Car à tout åge,
neuroéducation. Plus exactement, ce sont des pp. 332-34-h. Eilil. un jeune qui sait comment son cerveau fonc-
neurosciences développementales appliquées tionne comprend mieux et apprend mieux! I

H'E.'l-CiIci:ol:r|'l1 '1E
2 ERIC
GASPAR
Professeur de mothémctiqaesou .{vcéepabi'icjcon-Frunço¿s-
Champollion de Lattes G1.) et créo.terrr' doprogromme
de netrroédtrcoiion Neurosup.
__μ___,.-**"'

professeur de mathématiques
et, depuis une dizaine
d*annéea, passionné de
neurosciences. \Fous en
aves tiré une méthode de
pédagogie qui rencontre un
succes grandissant. Ã quoi
attribue:-vous cette réussite?
(Test assez facile à comprendre: un
pilote de Formule 1 ne doit-il pas
connaitre le fonctionnement de sa voi-
ture pour en tirer les meilleures per-
formances? C*est la méme chose pour

H'B'I-DctoI:|sl1üH
I 45

et comparaisons ; 3] a besoin de répé- vent cinq formules å apprendre:


titions pour mémoriser ; 4) fait volon- celle du carré, du rectangle, du
tiers des prédictions ; 5) gère son at- niangle, du losange et du parallélo-
tention et sa concentration de façon gramme. Clr si on les examine atten-
uctuante. Le principe d“économie tivement, on s'apercoit qu*elles dif-
d`énergie, par exemple, se traduit par ièrent de parle vocabulaire spécifique
Comme un un fait bien connu, å savoir que nous les accompagnant (base, etc.]. tvlais
pilote de aimons opérer des regroupements de
plusieurs informations. Ainsi, noire
elles peuvent aussi étre simplement
séparées en deus groupes: car trois
Fomruie 1 doit cerveau retient plus facilement 5
nombres à 2 chiffres que 10 chiffres
d“entre elles ne requièrent de ne
faire qu'une multiplication, et pour
connaître le séparés. Ciest ce qui explique, par
exemple, qu“il nous soit plus facile de
les deux autres il s`agit de faire une
multiplication puis une division par
fonctionnement retenir des numéros de téléphone par deux. Ici aussi, procéder par catégo-
de sa voiture 'I
paires de chiffres que sous forme
d'une série de chiffrm isolés. En créant
risarion permet d'aider l'élève à
mieux mémoriser en ne surchar-
un eleve gagne
.I"\
des paires, nous avons la possibilité de geant pas le cerveau.
retenir 5 éléments, et non 1[i.
å connaître La neuroéducation profite-
Comment ce principe peut- t-elle à tous les élèves
celui de ses il être exploité cie facon indifféremnrerrtï
neurones concrète en classe?
Dans fapprentissage des langues vi-
Gui, mais elle est surtout intéres-
sante pour ceux qui sont à la re-
vantes, lorsque fenseignant souhaite cherche de stratégies méthodolo-
qui apprend ou enseigne : connaitre la faire comprendre aux élèves que cer- giques simples. Elle est aussi vitale
façon dont fonctionne le cerveau, au tains verbm irréguliers (to begin, qui pour ceux qui sont au bord de
moins dans ses grands principes, est se conjugue au prétérit ilcgon et au liécceurement du système scolaire
un avantage indéniable. Eévidence participe passé, began] se conjuguent car ils s'aperçoivent que de telles
étant simplement rappelée ainsi, l“in- corrune d*autres [to drink, dronic, stratégies ne sont pas si éloignées de
térét des auditeurs est immédiate- drunitl, il pourra créer un cahier de ce qu*ils font dans leur vie quoti-
ment éveillé, qu'ils exercent dans le verbes irréguliers et demander aux dienne. Eapprentissage devient alors
milieu de la transmission des connais- élèves de noter; en page 1 au fur et à plus naturel et développe leur
sances ou pas [parents d“élèves, sala- mesure qu“ils seront rencontrés au con ance en eux. Cela permet de
riés d'eni:reprises, simples citoyens, cours de fannée, tous les verbes qui «récupérer» ceux qui n'ont pas de
etc.). lfobjeciif de mon projet Neuro- se conjuguent de la même manière repères ou qui trouvent que la dose
sup est de tirer bénéñce des avancées (accompagnés d'un dessin, c*est en- de travail demandée est trop coû-
des neurosciences pour créer, dévoiler core mieux). Bref, de les regrouper teuse en énergie, ce qui est moins le
ou faciliter des ponts entre les don- explicitement. Cela permet aux élèves cas si on les met sur des rails natu-
nées théoriques et le quotidien de la de connaitre un verbe et sa conjugai- rels pour le cerveau. Ce qui ne veut
classe. Il ne s'aglt pas de u'ouver une son {to begin), et savoir que to begin, pas dire que d'autres ne s'accom-
méthode miracle qui ferait réussir tout drink et sing se trouvent par exemple modent pas de méthodes plus coil-
le monde, mais de faire connaitre aux sur la même page fera le reste du tra- teuses en énergie pour leur cerveau
étudiants et aux enseignants les règles vail. De cette façon, ils n'ont pas l'im- et réussissent très bien, bien enten-
de base du fonctionnement naturel du pression d*avoir mémorisé plusieurs du. Il n*y a pas de bomre ou de mau-
cerveau. Car notre outil de navail en verbes, mm un seul. vaise méthode.
classe, c'est bien lui, rappelons-le !
Le principe de regroupement Les neurosciences vont-
üueiies sont les grandes est-li propre aux langues, ou eiies alors nous permettre
règles du fonctionnement peut-il e'epplic|uer il d'autres d'-apprendre plus vite
cérébral dont s'inspire la matieres ? et sans peine?
neuroéducation i' En réalité, c'est une propriété u'ans- Il faudra toujours passer un mini-
Le fonctionnement du cerveau est très versale du cerveau, que l'on va ren- mum de temps pour assimiler les
complexe, mais pour nous il est im- contrer aussi dans d'autres matières. concepts appris en cours. Parfois,
portant de retenir quelques régles. En maths, prenons l'exemple de les neurosciences nous monu'ent
Le cerveau: 1) tend à économiser de Papprentissage des formules d'aire méme qu`il faudrait en prendre da-
Pénergie; 2] procède par associations des polygones. Les élèves ont sou- vantage. J"en veux pour exemple .Ie

H'E.'l-ClIctol:|ce1 '1E
-lé I D-UBSIEII rrerreoeorrcanon
rr PARLER DU CERVEAUALT ÊLÈi*'ES C'Hr-iNG.E T 'UT.e

se-I cette phrase si souvent entendue en sance... Mieux: la connaissance ré- Vous proposes donc une sorte
classe quand le maitre a ni d'expo- activée de cette manière est eréen- cl'évaiuation continue?
ser un concept: «Tout le monde a codée» dans le cerveau, c*est-è-dire Justement, ce n'est pas perçu
compris? Dui? .alors on passe à la qu*elle fait fobjet d“une réécriture comme une évaluation par les
suite i s Certes, il y est parfois obligé plus profonde, qui assurera son sto- élèves i Pour eux, ciest une cagnotte,
è cause de la surcharge des pro- clrage à la fois plus solide et plus comme dans un jeu vidéo, où l'on
grammes. Mais depuis cinquante ans, durable. Deuxième avantage de ce amasse des points, où l'élève n*a pas
il est admis par les enseignants et les dispositif: chaque élève participe à besoin d'attendre une semaine pour
corps d`inspection qu'une fois que l'exercice, alors que si lion pose une retenter sa chance fle prof peut re-
Pélève a compris, Pacte d*apprentis- question ouverte, en général ce sont faire un test dans la méme heure),
sage est terminé. Cir les neuros- tout au plus deux ou trois élèves qui où fon apprend immédiatement de
ciences nous montrent très facile- répondent, les autres se contentant son erreur, ce qui est très efficace
ment que la compréhension et la d*observer passivement. Troisième pour encoder une donnée. ici, la
mémorisation sont deux étapes dis- avantage: les élèves sont placés note sur deux points devient un
tinctes de Papprenrissage et que dans une situation ir la fois apaisée outil d*apprentissage dynamique,
cela ne sert pas à grand-chose de et ludique, béné que à leur atten- non anxiogène, et non une évalua-
comprendre une donnée si on ne la tion. Sans compter qu'ils aiment tion. Bien entendu, parallèlement je
mémorise pas, puisque Pohjectif fi- souvent se comparer, ou com- conserve les évaluations plus clas-
nal sera de la restituer. prendre po1.u'quoi leurs camarades siques, au grand dam des élèves.
ont répondu différemment.
Comment peut-on s'assurer À cété de le pure
que les élèves ont bien acquis De quelle facon évalue:-vous mémorisation, que peut-on
la compétence qui a fait la portée de cette méthode? imaginer pour faire progresser
Pohjet du cours? Bien entendu, après le vote des Papprentissage de la pensée
Eune des stratégies, que je propose élèves, je reviens sur le sujet de la et du raisonnement?
dans la formation Neurosup, est la leçon, ou je demande à un élève de La neuroéducation propose de ce
suivante: après le «Ça va? Tout le motiver sa réponse. Mais surtout, point de vue des pistes pour com-
monde a compris? ii, il s'agit de pas- cette étape des cartons est suivie prendre pourquoi certains élèves
ser par une petite vérification plutot diune troisième que jiai appelée ont du mal à établir des raisonne-
détendue, en utilisant par exemple - ash tests. il s*agit de deux ques- ments en mathématiques. Le
des petits cartons rouges et verts que tions (portant sur le méme thème), concept important à cet égard est
je disnibue à tous les élèves. Devant dont la rép-onse est volontairement celui de cerveau probabiliste et de
la classe, j*énonce alors quelques courte [une ou deux lignes) notée cerveau prédictif. Le neurcscienti-
affirmations en lien avec le cours chacune sur un point. Puis je ra- fique Stanislas Dchaene a montré
dont on vient de parler. Les élèves masse les copies, je donne la solu- que dès leur plus jeune åge, les
doivent lever leur carton rouge ou tion, et les élèves savent tout de enfants raisonnent naturellement
leur carton vert pour indiquer si suite combien ils ont obtenu de comme de petits statisticiens. Par
chaque af rmat:ion est, selon eux, points. À noter que les élèves sont exemple, des enfants de 1 an
vraie ou fausse. prévenus de cette étape dès l“étape peuvent prévoir une probabilité
Cette phase de retour sur le cours et d'explication. future mais aussi une probabilité
d'interaction avec liexposé de la le- Ce triptyque suit la notion de uc- passée. Cela s'observe par une ex-
çon a de multiples avantages. D'une tuation attentionnelle abordée au- périence: présentez è un bébé de B
part, elle permet aux élèves de véri- paravant avec les élèves. Sur une mois une urne de face opaque
tablement savoir s*i.ls ont retenu les échelle attentionnelle graduée de 1 contenant des boules rouges et
connaissances de façon opération- à lil, nous commençons ainsi par 5 blanches. Tirez quatre boules et
nelle, et s'ils sont capables de les minutes d*explication de l'ensei- étalez-les devant lui. Mettons qu'il
utiliser; en mettant ce savoir en rela- gnant [disons T sur l“échelle d“at- y en ait trois rouges et une blanche.
tion avec des cas concrets et en le tention), puis B minutes de révision Puis, soulevex la face opaque de
mobilisant. Résultat: il se crée des détendue avec les cartons [4 d'at- 1'urne pour lui montrer toutes les
allers-retours entre la mémoire de tention), et en n 2 minutes pour boules. Si l'enfant constate qu*il y
travail des élèves et leur mémoire è les questions [lil d'attention). Et a la aussi nettement plus de rouges
long renne. Un comprend poru*quoi : les effets sont au rendez-vous: que de blanches, son regard ne s'y
ils doivent en effet faire travailler dans les classes les plus difficiles, attarde pas [car le temps de regard
leur mémoire de travail pour traiter mes collègues sont stupé és par le est considéré comme une mesure
la question, et leur mémoire à long calme qu`ils arrivent il obtenir pen- fiable du degré de stupéfaction de
terme pour convoquer la connais- dant 15 minutes d“af lée. l“enfant). En revanche, s*il constate

H'B'I-EiIctoI:r|'e1ü'IIE
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'o
si-8 l D-ü 5lEH rrsrreoéoucarron
rr PARLER DU CEHi*'.EL-tU.-l[Lï .É'LÈi*'ES CH.-lNG£' T UT.e

Il-I quiil y a beaucoup plus de boules


blanches que de rouges, Penfant
observe longuement la collection, Dans bien des cas, les
car ccla ne con rme pas sa prédic-
tion! Eintérét de ces observations
est de montrer que dès le plus
professeurs appliquent
.ill
jeune âge, le cerveau établir des
inférences dites bayésiennes (la
formule de Bayes est une formule
deja, sans s'en rendre
de probabilité très connue en ma-
thématiques). Il recherche ce qui a
pu ètre la cause de ce qu'il observe.
compte, les règles
Savoir cela va étre essentiel pour
aider les élèves en classe à tenir
de la neuroéducation
des raisonnements.

Concrètement, comment cela


Le discours scienti que
se traduit-il dans un cours de
maths?
Un des gros problèmes auxquels
fait alors écho en eux
sont confrontés les enseignants en
mathématiques est le suivant: un parallélogrammem Puis, a la Tout simplement. Dr, ce genre de
lorsqu'ils domrent Pénoncé d'un manière du bébé statisticien, ils choses s'apprend. Il suffit par
problème qui prend la forme d”une remontent dans le passé et éta- exemple de proposer une séance
question unique [par exemple: blissent la liste des propriétés pos- d'exercices ir question unique, où
si Montrer que la figure ABCD est un sibles qui permettraient d'aboutir à Pobjectif n*est pas de répondre à la
parallélngramme is), seule la moitié ia conclusion d'un paralléiogramme question rnais de dresser la liste des
de la classe produit généralement Pinstant d'après [des propriétés -propriétés suffisantes possibles-
Pune des bonnes réponses. Mais si qualifiées de suffisantes, en maths). suspectes» qui peuvent mener a la
le professeur donne une question llétabiissement de cette liste, telle question posée, de barrer certaines
intermédiaire, comme: «Montrea une liste de suspects dans une en- de ces possibilités parce qu'elles
que les vecteurs AB et DC sont quête policière, est leur secret in- sont sans rapport avec Pénoncé,
égauxa, avant la question «en dé- conscient. Ensuite, ils observent les etc. Bref, de remonter dans le passé
duire la nature de ABCD--, alors éléments qui sont donnés dans comme dans une enquéte policière.
tout le monde y parvient. Pénoncé et notent ceux qui, parmi Cette similitude avec le monde des
la liste des suspects, y figurent. enquêtes policières leur parle évi-
Gala signi e-t-il qu*ii tout tvlais les autres élèves n'ont pas le demment au plus haut point, et
proscrire les exercices è réflexe de suivre cette démarche débloque bien des situations.
question unique, sans aide d'enquéte il rebours car ils ne se
préliminaire? Pimaginent souvent même pas. Ce Reste le problème de
Non, surtout pas, car réussir celles- sont eux qui vont pro ter de l`ap- le concentration: la
ci est Pobjectif final. En revanche, proche neuroéducative. neuroéducation offre-t-elle
et on le voit ici, tous les élèves dé- des clés pour améliorer cette
tenaient la connaissance que Péga- Est-ce le problème récurrent capacité che: les élèves ?
lité des vecteurs est l'une des mé- du jeune dont on dit qu'il sait Dui, à condition de leur parler de la
thodes qui déterminent un sa leçon mais qu'il ne seit pas il fluctuation attentionnelle =-› dont ils
parallélogrammc. Simplement, la lire Pénoncé? doivent faire preuve cn classe, exac-
moitié de la classe ne savait pas Dui et non ! Cela signifie surtout tement comme leurs sportifs préfé-
qu*il fallait (ou que c'érait du moins que Pélève en difficulté ne voit pas rés. À partir d'une vidéo d'un match
une possibilité) passer par les vec- le rapport entre liénoncé et la ques- de tennis par exemple, il est facile tic
teurs. En fait, les élèves qui réus- tion car il ne détecte pas de mot-clé leur faire d'abord percevoir qu'il n*y
sissent a répondre sans aucune (pour lui) dans Pénoncé. Pour reve- a pas une seule attention mais quiil
aide font inconsciemment la re- nir au problème du parallélo- en existe plusieurs types (attention
cherche des causes possibles qui gramrne, s'il ne trouve pas le mot externe, interne, étroite, large): en
mènent è un parallélogramme. Ils rr vecteurs dans Pénoncé, il ne pen- regardant de telles vidéos, on s'aper-
se disent: v Un me demande si c*est sera pas à passer par les vecteurs... çoit facilement que Pattention du

H'E“l-tÎlIctol:rce1 '1E
-fl?

joueur n*est pas la méme lorsqu*il pour cette raison que je vais vous
sert, se déplace, frappe la balle, at- dormer les éléments par colonnes,
tend la balle, ou se repose.
Explore ton score par paquets s, alors quelque chose
Avec les élèves, il s*agira aussi mr college d“inédit se produit chez eux. Prrgu-
I __ ._,..,._.,_, pr -..-- r;:'.J'L'-'*
I. _: I.. HI:--ll__._ :|.._||-
d'aborder la question des degrés menté par un angle scientiiique et
d'attention. Et pour cela, le profes- . * 'Î.Î' . non plus subjectif ou personnel, le
seur peut les aider en accrochanr .-
conseil passe mieux. Les élèves
une grosse pastille de couleur deviennent intéressés, en éveil, et
(rouge, orange, verte) et leur de- sont bien plus disposés ir accueillir
mander de se placer sur le niveau cette recommandation. En fait, dès
attentionnel correspondant (très que Pon prononce le mot cerveau,
fort, asser. fort, moyen) selon le ils sont fascinés.
moment du cours. Ainsi, je sors le T W Autre avantage: les jeunes sont
rouge quand je veux une attention Du mème autour: ravis quand le professeur d'une
maximale au moment de Pexplica- le petit livre qui explique autre matière leur dit la méme
tion d“un nouveau concept ,', puis le aux élèves comment chose. Cela brise le mythe de mul-
mieux utiliser son cerveau
panneau orange lorsque je vais pour réussir à l'école tiples règles et méthodes diffé-
compléter la notion par des consé- [Éditions Belin, rentes, propres a chaque matière,
112 pages, 11,50 Q).
quences qui en découlent ou par qui se démultiplieraient encore
des anecdotes; et je passe au vert plus selon la personnalité de Pen-
pour des exercices qui prennent seignant.
plus de temps et ne peuvent pas
requérir durablement une atten- O Certains enseignants
tion maximale. Il faut tenir compte SUI? LE WEB verraient d'un mauvais
du fait que les élèves risquent de oeil Pempriae croissante
s'épuiser s*ils veulent maintenir Ir-'irléos postées sur le site des neurosciences sur
une concentration maximale en du Collège de France. leur métier. S'agit-il
permanence. ils doivent apprendre sur le cerveau bayésien : pour eux de défendre
ir jongler avec leur degré d'atten- https:iiwvnv.coIlege-de- leur pré carré, leur matière
tion, è en rester maitres. Bien en- francafr. et leurs méthodes?
tendu, je ne parle pas lè des élèves La vérité est étonnante car cette hos-
qui ne souhaitent pas étre attentifs tilité est rare. Les réfractaires for-
parce qu“ils préfèrent bavarder ment en fait une toute petite mino-
avec leur voisin. rité. Dans les quelque 200 éta-
blissements où j*ai dispensé des for-
Des enseignants utilisent déjà mations, les neuf dixièmes des ensei-
certaines des règles que vous gnants sont tout aussi enthousias-
über, sans avoir besoin de Bibiiogrtrpilic més que les élèves par cette
passer par les neurosciences. approche. Principalement, parce
Finalement, è quoi sert de F. Eustache, La neuro- qu'ils appliquent déja ces règles à
parler du cerveau? éducation : in mémoire des degrés divers sans s'en rendre
Se référer aux neurosciences donne au cceur de ibpprentè- compte. Le plus souvent, il ne
sage, Udile jacob, Zillfl. manque presque rien pour qu'une
des arguments pour conseiller une
méthode aux élèves. Le problème E. Gaspar, Expiose ton classe permrbée trouve un élan col-
est que si Penseignant leur de- score ou coiiege. Belin. lectif incluant le professeur qui parle
mande de suivre une méthode, ils 2015. du cerveau. nujourd'hui, le grand
ont tendance a établir un amalga- E. Pasquinelli, dé sera de faire accepter progressi-
me entre le conseil qu'on leur .tion cerverrrt, ce vement ces apports des neuros-
donne et la personnalité de Pensei- héros - .iiytires et réalité, ciences par Pirrsiitution de PÉduca-
gnant. lis se disent: «Le prof a sa Le Pommier, 2015. tion nationale. Mais je crois que
facon de faire, mais il n'est pas J.-C. Lachaux, nous y arriverons, car les remontées
moi. Cette méthode ne me convient Le £.'err-*enufnnomi1uie, des enseignants qui les ont testés
donc pas obligatoirement.s- Mais Odile jacob. Zillã. sont à la fois si positives et si nom-
dés Pinstant où ce méme ensei- ü. Houtlé, Résister; breuses qu*elles vont finir par débor-
gnant leur dit: -«Le cerveau aime Le Pommier, 201-t-. der les décisionnaires les plus
les regroupements, et c*est donc conservateurs. I

H'B'I-DctoI:rcelü'H
III*-_ À

DOSSIER ||H.||wEm.|cA11u||
" μ

. Les recherches en neurosciences proposent


des pistes pour identifier les jeunes enfants
. qui risquent de présenter des troubles de
Papprentissage à l'école. Objectif: renforcer
leurs aptitudes en lecture, écriture
et mathématiques, des le plus jeune âge.

Por Gary Stiit, rédacteur en chcfir Scientific .›'-iimerican.

ucas itronmiiler, âge de E mois, a la tete


couverte d'un casque de 128 électrodes. Face e lui, un expé-
rimentateur fait des bulles de savon pour le distraire. iilais
Lucas e liair calme et content. Il faut dire qulil se rend souvent
EN BREF dans ce laboratoire de l'université Rutgers dans le New Jerseï
depuis qu'il a 4 mois. Donc aujourcl`hui, rien clianorrnal.
l Les neurosciences Comme lui, plus cle 1 Düil autres enfants aident April Benasich
commencent à révéler
ce qui se passe dans et ses collègues à savoir s'il est possible de prévoir dès le plus
le cenreau des enfants jeune âge cle futurs troubles du langage, qui seront facteurs
iorsqu'iis apprennent de dif cultés d'apprentissage à l'école élémentaire.
à lire, écrire, compter... Comment fait Benasich? Comme d'autres scientifiques,
il Un cherche ainsi e elle utilise des techniques cllenregistrement cérébral pour
détecter les tout-petits déchiffrer les mécanismes neurobiologiques qui sous-tendent
qui risquent de souffrir Papprentissage. Mais de nombreuses questions restent en sus-
de troubles du langage pens. Quelle est la capacité tl*un nouveau-né å traiter les sons
et de la lecture. et les images ? Celle-ci joue-t-elle un role dans Papprentissage
i Le but est de propose fi des lettres et des mots? Existe-t-il un lien entre la faculté
des la maizemelle, ties dlattention cllun tout-petit et sa réussite scolaire ? Comment les
exercices personnalisés éducateurs peuvent-ils développer les compétences sociales
pour améliorer les des enfants, également indispensables en classe?
facultés cognitives
et les chances En cherchant å comprendre comment le cerveau apprenti,
de réussir e l'école. les neuroscienti ques enrichissent les connaissances issues
des trauaurt des pédagogues et psychologues cognitifs. La
I Attention toutefois «neuroéducation» va encore plus loin: elle a pour ambition
à ce que les techniques
ci*entrainen1ent cérébral d'offrir de nouvelles méthodes pédagogiques pom' préparer au
soient validées mieux les tout-petits à la lecture, l'écriture, Parithrnétique et
i'oitelnslru
ïsr-iLïatLonci|.,lncpo.no scientifiq uement. à la vie en collectivité, cles le début cle leur vie et jusqulau:-t

H'B'I-DctoI:rrllü'H
53 l D-USSIEII neueoeoucanox
ara.-vrrîiros.uaratscesELEvas s

premières classes de l'école élémentaire. Car c“est


La neuroeducatron a
Il-I .I U
a ce moment-la que leur cerveau est le plus =< plas-
tique ››, le plus apte a changer.
o o Q o
Les travaux de Benasich reposent sur des élec-
troencéphalographies qui enregistrent Pactivité
électrique du cerveau des bébés grâce à des
pour ambltlon d offrir
casques munis dlélectrodes et posés sur leur
crâne. Objectif: traquer des anomalies de percep-
tion des sons. Pourquoi? Parce que, comme le
de nouvelles methodes
rappelle cette ex-infirmiere (qui, depuis, a obtenu
deux doctorats i), c'est une aptitude cognitive
nécessaire å la compréhension du langage, cette
pedagoglques pour
faculté étant elle-méme à la base de l*apprentis-
sage de la lecture et de l'écriture. Pour ce faire,
preparer au mleux les
elle se concentre sur un moment bien particulier
de l'actlvité électrique cérébrale, qu“elle appelle
Pinstant etilt! ››. ll s'agit d'une phase de transition
touepetits àla lecture,
.J
abrupte, qui se manifeste par une forte oscillation
et qui indique que le cerveau a détecté quelque
chose de nouveau (voir Fencodré page ci-contre).
Pecriture et les maths
PERCEVDIR CDRRECTEMEHT LE5 SCIHS
Benasich et ses collègues font écouter au bébé guise de récompense. Résultat: les bébés qui
un son de fréquence et de durée données. Puis, ils suivent cet entrainement sont capables de détecter
changent sa fréquence et observent Pélectroencé- d“in mes modulations sonores, et ce de facon
phalogramme: plus le bébé perçoit bien le nouveau beaucoup plus précise et rapide que les petits non
son, plus Pinstant -s tiltl s [la forte oscillation] est entraînés. Selon Benasich, ce jeu devrait donc étre
rapide. En revanche, une réponse électrique tar- bénéfique aux bébés présentant des anomalies de
dive signifie que le cerveau n'a pas détecté assez perception des sons, leur évitant peut-étre des
vite le nouveau son. Les chercheurs ont alors mon- troubles du langage quelques années plus tard.
tré qulim tel résultat sur Pencéphalogranune à Page
de 6 mois prédispose à des troubles du langage vers LE SENS DU NOMBRE EST IHHÉ
llãge de 3 à 5 ans, puis à des troubles de la lecture. Dans le domaine des mathématiques aussi, on
En effet, si cette mauvaise perception des sons per- tente d'entrainer le cerveau des tout-petits. Le
siste avant Pentrée à l*école élémentaire, elle re ète pionnier dans ce type de recherches est Stanislas
souvent des anomalies de développement dans les Dehaene, professeur au Collège de France et cher-
circuits neuronaux qui permettent de distinguer cheur au centre l'~leuro5pin. ll a montré que les
les unités sonores du langage. Dr si un enfant n"ar- nourrissons ont déjà une certaine notion du
rive pas à entendre assez vite des sons proches nombre. Cette aptitude, présente dès la naissance,
comme «das et apas, il ne peut pas séparer les repose sur des circuits cérébraux bien particuliers
syllabes correspondantes a écrites» dans sa téte et et leur permet d`évaluer approximativement une
a des dif cultés pour apprendre à lire. En outre, les quantité d'objets, voire de les compter quand il nlv
enfants ayant des problémes précoces de percep- en a que 3 ou 4. Par exemple, ils repérent systé-
tion des sens réussissent moins bien les tests psy- matiquement, parmí 2 rangées, celle qui comporte
chologiques du langage huit ou neuf ans plus tard. le plus de bonbons. De méme, si Fexpérimentateur
En diagnostiquant assez tôt les troubles des cache 5 objets derriere un écran puis 5 autres, les
apprentissages, Benasich espere bien les éviter. bébés manifestent leur surprise slils nlen
Comment? Grâce à un entrainement approprié. découvrent que 5 lorsque llécran est retiré [ils
En effet, à condition d'être stimulé, le cerveau est passent alors plus de temps à les regarder). Avec
capable de se mo-di er à nlimporte quel âge, mais llimagerie cérébrale, Dehaene a mis en évidence
surtout durant les premières années de vie. la région du cerveau impliquée dans le nombre et
En 21314, avec son équipe, elle a mis au point la reconnaissance approximative des quantités : le
un jeu qui entraine le bébé à réagir å de subtils sillon intrapariétal du cortex cérébral.
changements sonores: s'il tourne la téte ou bouge Cette capacité est partagée par de nombreuses
les veux de maniére adéquate, c'est-à-dire au especes animales, tels les dauphins, rats, pigeons,
moment où le son change, une vidéo se lance en lions, singes. Et également chez llétre humain

H'B“I-CiIctul:rrl1 '1E
I 53

ainsi, méme 1orsqu'íl est apparemment dépourvu


de systeme de comptage. Ainsi, l'équipe de
Dehaene et du linguiste Pierre Pica au crras l'a STIMULER LE LANGAGE
observée ches les Munduruku, un peuple indigène
de la forét amaaonienne. Ceux-ci effectuent des DES LE BERCEAU
calculs approxîmatifs. Soumis a des tests, les
adultes reconnaissent la rangée contenant le plus Des scienti ques ont développé un test pour repérer, parmi les bébés qui ont
de points, avec quasiment le même taux de réus- une audition normale, ceux qui n'ont pas une perception cérébrale optimale
site que les Français. En revanche, lorsque 4 objets des sons [en houti. Et ils ont mis au point un jeu éducatif pour préparer les
sont retirés diun groupe de 6, la plupart dlentre tout-petits il Fapprentissage du langage, de l'écriiure et de la lecture (en bus).
eux ne peuvent pas dire combien il en reste.
Pour Debaerre, si cette compétence innée est
La perception cérébrale des sons
défaillante, l'enfant risque de souffrir de dvscal- Les chercheurs de l'université F-lutgers mesurent l'activité- électrique cérébrale
culie: il ne pourra pas acquérir les compétences
des bébés grâce a un casque muni d'électrodes. Tout d'abord. ils leur font entendre
de base en mathématiques à l*école élémentaire. un son de haute fréquence in) pour obtenir un profil d'onde cérébrale fd poucne).
Ce trouble de Papprentissage de Parithrnétique, Puis ils intercalent un son de fréquence différente la), ce qui provoque une modification
qui oonoerne 3 a '.7 life des enfants, fait l'objet d'une
rapide de l'onde cérébrale [nommée instant -ir iilil si quand le cerveau détecte
attention bien moindre de la part des éducateurs le changement fd droite)- Une réponse plus lente ou plus faible a ce changement
que la dyslexie, qui perturbe Papprentissage cle soudain de son prédit parfois de futurs troubles du langage.
la lecture. Pourtant, les dif cultés sont réelles.
Selon une étude publiée dans la revue américaine
Séquence sonore 1 Séquence sonore 2
Science en 2011, e les personnes souffrant de dvs- Son A Silence Son A Son B
calculie gagnent en général moins diargent, ont
plus de problèmes avec la police et sont en moins
bonne santé ». lvlais selon Ilehaene, il est possible Temps _,... Temps _;..
de renforcer le sens du nombre chez les tout-
Activité éiectriq ue 1 Activité électrique 2
petits par un entrainement cérébral.

nes Jeux o'e|~|rn.nir«|E|ue|~|T cénéanat Temps -1'* Temp”-P ...... :nets nt uro
PGUR LE5 ENFANTS DÈ5 Lil MATERNELLE
Son équipe a conçu un logiciel éducatif pour
Le jeu éducatif pour les nourrissons
faciliter Papprentissage de Parithmétique, que
Les bébés peuvent alors améliorer leur perception sonore tout en s'amusant avec lejeu
llenfant présente des dif cultés ou non (voir le
que les chercheurs ont mis au point. Le nourrisson apprend a tourner la téte lorsqu`il
gurepoge 54). La course aux nombres s'adresse
entend le son e fé gauche) mais ne doit pas bouger quand c'est le son A fd droite).
aux petits âgés de 4 à El ans. Le jeu présente des
Lorsqu'il réussit, il regarde une vidéo en guise de récompense- Progressivement,
nombres sous diverses formes, par exemple des tas
le rythme de changement de son augmente et le petit doit réagir de plus en plus vite.
de pièces en or. Le joueur doit choisir quel tas
contient le plus de piéces avant que l*avatar de Son A Son H Son A
Z Pordinateur ne les lui vole. Lejeu s'adapte automa-
1-1
versj-' tiquement aux performances des enfants et, dans
les niveaux les plus élevés, le jeune doit résoudre Récompense si le bébé ------------, i Le bébé ne cloit pas
des additions ou des soustractions pour savoir quel tourne la téte au son El ` tourner la téte
est le tas qui compte le plus de piéces. Clbjectif:
automatiser le traitement des quantités et llarith-
métique simple, de façon que le calcul devienne r
I
_ r

facile et ne nécessite plus autant d'attention. r____ " " I


Ce logiciel, traduit en huit langues, est gratuit
en ligne (voir Sur le Web) et a été téléchargé par
des milliers d'enseignants dans le monde entier.
Dehaenc a lancé une étude aupres de l UDG enfants I
4-
pour déterminer si ce jeu (ainsi que d'autres en I

cours de développement dans son laboratoire] 1.

permet d'éviter la dvscalculie chez les enfants à


risque, et du moins de renforcer le sens du nombre
chez les autres. Les résultats de cette étude sont
Ruti.`.l
lÈ'
*'etol,
srt
laC-nrjsgefhrerna_jsiotnisnuesirlin
-cjheenerifstie, trés attendus. l-I*

H'B'l-EiIctoI:|l'l1ü'IIE
54 I D-DSSIEII xetleoéoucnnon
ar.e.vrrîrrne.mercceuessiteves :r

*el I
Le course ouxnernbres
est un jeu qui renforce
GQ U le sens inné du nombre.
Des le maternelle. les
enfants doivent repérer
le pics gros tas de pièces
ci'or en un temps limité
fd gouchel. Si la réponse
est correcte, i'avat.ar de
rerrfant (ic-I. le dauphin)
se déplace de 5 cases,
correspondant au plus
gand nombre de pieces
id ciroflej. L'ordlnateur
avance alors cle detot
cases. Si i'errfent se
trompe. c'est Firnnerse.
Le gagnant est celui qui
franchit le ilg ne cl'errlvée
en premier.

Lecture, écriture, mathématiques: tous les ressources nancières de la population, ainsi que
apprentissages reposent sur ce qulon appelle les pour réduire le taux de criminalités, comme ils
fonctions exécutives, à savoir Pattention, la le révèlent dans une étude parue en 2011 dans la
mémoire, le controle des émotions, la maitrise de revue américaine The Proceedings of the National
soi. .. Au laboratoire, on peut évaluer ces aptitudes, Academy of Sciences.
notamment avec le test dit du marshmallow.
En 19'?2, dans une célèbre expérience menée a JDUEH D*UN INSTRUMENT DE IHIUSIDUE
lluniversité Stanford auprès de jeunes enfants, le Iles découvertes en neurosciences confortent
psychologue Walter lvlisehel leur donne le choix de cette idée: la maitrise de soi est un atout pour
manger un bonbon tout de suite ou dien recevoir réussir à l'école et dans la vie. li-'tais pour étre tm
deux sliis sont capables d”attendre qu'il revienne bon élève, il nlest pas forcément nécessaire d*ap-
dans la pièce. Ainsi, en suivant a long terme les prendre à résister å la tentation d'un marshmal-
jeunes, lvlischel a montré que ceux qui ont su lovr ou de participer à un jeu de roles... Suivre
patienter réussissent ensuite mieux, en moyenne, une formation musicale est suf santl Plusieurs
à l'école et dans leur vie professionnelle. équipes de recherche ont montré que la pratique
d'un instrument de musique s'avère payante en
INDISFENSAELE HAÎTRISE DE SDI classe car elle développe Pattention, la mémoire
Alors, peut-on renforcer les fonctions exécu- de travail et la maitrise de soi. Donc tous les
tives? C*est tout l*enjeu du programme éducatif ingrédients d'un bon apprentissage i
Tools of the mind (Les outils de fintelligence), pro- C'est notamment ce qula révélé Péquipe de
posé aux États-Unis et au Canada, et testé avec Nina Kraus du Laboratoire de neurosciences cogni- ï

succès dans des quartiers pauvres où les enfants ne tives de llaudition å l'université I'-iorthvvestern.
réussissent pas aussi bien à l'école que ceux des Cette neuroscientifique a été élevée par une mère
quartiers aisés. Ce jeu de réles développe la mai- musicienne, qui lui parlait dans sa langue natale,
trise cle soi, Pattention, la exibilité mentale et l*italien, Elle joue elle-méme de plusieurs instru-
améliore la mémoire de travail [celle qui permet ments de musique (piano, guitare, percussionsjiz
de stocker des informations sur le court terme, par «La musique occupe encore une grande plaoe dans
exemple pour effectuer des calculs). ma vie. .. méme si je ne suis pas une grande musi-
Entre autres exercices proposés dans ce jeu, cienneiu Ciest donc tout naturellement qu'elle
un enfant peut apprendre à contréler ses impul- utilise sa formation en neurosciences pour com-
sions lorsqu'il réalise une tâche s“il explique à prendre quels sont les effets de la musique sur le
voix haute ce qu'il est en train de faire; il peut cerveau et sa plasticité.
aussi .améliorer sa mémoire de travail en s'ent1*ai- A liaide delectroencéphalographies, ltltaus a
nant å retenir des séries de quelques dessins. Les cllabord étudié la façon dont le système nerveux
techniques de maitrise de soi ont d'ailleurs séduit code la hauteur, le rythme et le tltnbre d'une com-
-'-

les économistes qui suggèrent de les utiliser position musicale. Puis elle a examiné Fimpact de
e pour améliorer la santé physique et les la pratique musicale sur le cerveau. Résultat: le fait HQu
cté
irsoot
nerol..
scovo;roictlnurHrei.on-nc-ri1.e'Ft:inuJs.neycnlons,

H'B'I-DctoI:r|'l1üH
I 55

de jouer d”un instrument de musique s'accompagne


de modifications neuronales qui augmentent la
mémoire de travail et la capacité d'écoute, ce qui CINQ mecs tteçuas
permet par exemple aux élèves d”extraire un dis-
cours cohérent du brouhaha caractéristique qui EN NEUROEDUCATION
règne parfois dans les salles de classe.
A la lumière de ces résultats, il est tentant de Des triées fermes largement répandues sur i'apprentissage rice enfants
penser que la musique améliore Papprentissage et leurs facrltés cérébrales conduisent parfois les enseignants et les parents
des enfants. Et c*est vraii Certes, de nombreuses a adopter ries principes pedagogiques enonés.
questions restent en suspens. Par exemple, quel
type de pratique augmente les performances ID E RE UE II" 1: NUUS N'UTILI5üN5 DUE Ill 'lé DE NOTRE CERVEAU
cognitives? Est-il aussi bénéfique de jouer du Le mythe des ttl *lé (parfois 20] est une légende relayée notamment par les ims
piano que de la guitare? D'écouter Mozart que trlnftless (Sans Iimitesl ou Lucy. de Luc Besson. Les intrigues tournent autour d*une
Justin Bieber? Une expérience menée :Z-1 Los substance miracle qui améliore les facultés cognitives du personnage principal:
Angeles prouve que les classes de musique aident mémoire hors norme. capacités de raisomemeot démuitipiiées... lîlr. en classe,
parfois les élèves qui vivent dans des familles il le professeur peut demander è ses élèves cle faire plus d'efforts, mais il est faux
faibles revenus. En effet, des dizaines d'enfants de croire c|ue cela active des circuits neuronator non utilisés.
issus de quartiers pauvres ont réussi leur scolarité
et se sont inscrits a l“université [ils étaient souvent rott et ue rr et noter Peesonnntrrt tsr use il une oornrrutivce
les premiers de leur famillef) après avoir participé Î
DU CERVEAU lIllliÎlIT CU DU CEIWEAU GAUCHE
å des ateliers de musique dans le cadre du projet i.'idée que la partie gauche de notre cerveau est plutôt rationnelle et la partie
Harmony. Or, en .?.lIl1-ll, itraus a enregistré Pactivité droite, artistique et intuitive, est fausse: nous utlllsorrs les deux hémisphères
cérébrale de ces élèves et montré que Papprentis- pour toutes les fonctions cognitives. D'oi| vient cette idée? Un a constaté que
sage de la musique remodèle complètement le cer- la plupan des gens tmais pas tous} traitem les tâches liées au langage iiecture.
veau des enfants de manière à améliorer leur per- écriture, résolution de problèmes...) du cété gauche, et les représentations
ception cles sons. Avec, à la clé, un meilleur spatiales, la créativité ou les émotions, du cété droit Les psychologues ont
apprentissage du langage et de la lecture. alors utilisé ces données pour en déduire des personnalités types. Ur. a ce jour.
Ces bénéfices ne s'acquièrent pas du jour au les études d'imagerie cérébrale n'ont pas prouvé que fhémisphère droit est
lendemain: il faut au moins deux ans de pratique le siège de la créativité. Elles momrent plutét que pour un certain nombre
musicale. Néanmoins, pour Kraus, pas de doute: de tâches (lecture. mathématiques). les deux hémisphères sont actifs.
e Si un jeune a le choix entre passer son temps libre
et faire un jeu sur ordinateur pour renforcer sa IDEE RE UE II" 3: NDU5 DEIFDIIS PARLER UNE LANGUE
mémoire ou apprendre à jouer dlun instrument de AVANT D EN APPRENDRE UNE ALITRE
musique, la deuxième option est celle qui lui appor- Les bébés qui apprennent deux langues simultanément, fanglais et le français,
tera le plus de bénéfices. Si vous voulez reproduire auraient un retard de développement, les deux langues se mélangeant dans leur
un solo de guitare å partir de fécoute d'un disque, cerveau. tlr des études montrent que le multilinguisme confère au contraire une
vous devez le mémoriser et le rejouer sans cesse. ›› meilleure compréhension dela stn.|cti.|re du langage... dans les deux langues!

ATTENTIDN AU BATTAGE HEDIATIDUEI rose ne us rr*-etres Hommes eruïs rennes orrr un cenvenu
Alors que les neurosciences progressent dans o|i=i= ÉRENT, D ' DU` DES CAPACITES D 'APPRENTISSAGE DISTINCTES
la connaissance des mécanismes cérébraux qui Des différences cérébrales existem bien emre hommes et femmes; elles influent
sous-tendent liapprentis sage, de nombreux scien- sur leur mode de fonctionnement iriais aucune étude n'a montré a ce jour
tifiques s'inquiètent des pouvoirs parfois exagé- des mécanismes distincts selon le sexe dans la con nexion des réseaux
rés que l*on attribue å leurs inventions. S*ils sou- neurone ux au moment de i'apprentissege.
haitent étre utiles auprès des enfants, ils sont
néarunoins conscients du long chemin à parcou- IDEE HE UE N” 5: CHADUE ENFANT A SDII FIIDFRE T"i'PE DE IiIEIiIDiIIE
rir avant que leurs travaux ne trouvent un écho i_'ldée qu'il existe plusieurs types de mémoire taudttive, visuelle] et que l'on peut
dans les salles de classe. Ils savent aussi que adapter sa facon d'apprendre selon son profil n'a pas été validée scientifiquement.
parents et enseignants sont bombardés d'une Pour cette idée reçue, comme pour d*autres, les perceptions du grand public ont
quantité de produits non testés scientifiquement ; tiévdiitrë IE Srtîl-El'lt2i?. LEI i`iEtii't'ZlS*l2ll.°tl'illi'Î'tI|i.ll?t Ulti Ffllli. qui |Jl'ÈSlClE- lEi t2 iiTilSSIüll
ou bien hautement recommandés mais qui se britannique chargée d'évaiuer la neuroéducation, appelle parents et enseignants
révèlent décevants. à avancer prudemmem: r il y a une forte demande du grand public qui attend des
Par exemple, dans le secteur cle la musique, informations sur i'a pport des neurosciences pour i'éducation.
s'est développée l'idée que l'éooute d'une sonate de Ce qui conduit il une communlction tous azimuts autour de métltodes
Mozart pouvait rendre les bébés plus intelligents. pédagogiques diverses et variées non validées scientifiquement. 1
Une af rmation contredire par la science. Les I-je

N'E.'I-CiIctol:rrl1 "IE
ss | D-lJfE5lElil rvetreoeoucnnorv
are.-'vrrîrrnsmerccscvrsaceves :r

se-I

ETUDIER MIEUX GRACE A LA MUSIQUE


.tilt

Si un jeune enfant pratique intensément un instrument de musique, Il améliorera non seulement ses performances musicales,
mais arusi sa compréhension du langage et ses fonctions cognitives, dites exécutives: attention, nrémolre de travail,
contréie des émotions, maîtrise de soi... Se concentrer régulièrement sur la musique est donc béné que aux apprentissages scolaires.

Une meilleure audition C vlt


cérébral
Les musiciens parcourent les sons plus clairement que les non-musiciens,
car ia pratique d'un instrument stimule presque tout le cerveau. Les sons -'
-<1- si
sont convertis en signaux nerveux qui voyagent de la cochlée dans 'oreille
interne. au tronc cérébral. puis au cortex, le lieu des fonctions cognitives
exécutives. Ensuite, ils rr repassent rr par le tronc cérébral et la cochlée. _ _
'
J?
Cette boucle de rétroaction permet au musicien d'rrtiiiser diverses régions
cérébrales pour produire. par exemple, la bonne hauteur d'un son.
Eenregistrement du signal électrique dans le tronc cérébral {iigne,ioune}
révèle Fextréme sensibilité du musicien vise-vis d`un son: le signal
,
'~... L
'›,
.[..<-
, "

_
cher le musicien suit l`onde sonore perçue (en rouge) avec beaucoup .r› ' ` , t r
plus de précision que celui enregistré chez le non-musicien. . È it _

lrrluslcien Hon-m usiclerl . _ *


1-Iii] _ 1-*Ill _ rr'

Son
¿i-

E
Clncie sonore perçue 6
l'rez
I Tronc- Trajet des ondes
-lîl
En _ | En cérébral sonores
signer electrique |
du tronc cérébral .
Frenr
équence
*til -til
Tempsîa- Ternpeire

EIIHÎI-"

i"ir'l'
travaux de Kraus montrent en effet qu”il ne suffit une métaanalyse parue en 2011 dans le Journal
Q
|-1"
'I'
,_
r

pas d'écouter de la musique pour obtenir des effets of Child Psychology and Psychiatry n'a révélé
EUR LE WEB
bénéfiques sur le cerveau. Il faut étre actif. aucune preuve de son ef cacité. Cette publication
Autrement dit, jouer d'un instrument de musique. a provoqué une vive réaction de Scientific
i.e jeu La course aus'
Et de façon sérieuse, car plus la pratique est inten- Learning, la société qui détient la licence de ce
nornhres p-nur dévelop -
sive, meilleure est la perception des sons. jeu. Selon elle, la métaanalyse [dont le principe perle sens du nombre
est de synthétiser les résultats de différentes chez les enfants:
LES LDGICIELS SDNT-ILS EFFICACEST études] est critiquable, notamment par le choix http :.-ir“urrvtv.iacour-
Autre exemple, présenté cette fois comme des travaux pris en compte, et ne refléterait pas setru:xnombres.comi'“rrrf '|r'af.,
ri-e'unrvageru'.rarienr.cer,evo
rv un entrainement du cerveau validé scie nti que- la réalité, car le logiciel a été amélioré depuis. home.php
ments: le logiciel éducatif Fast For Word déve- C'est toujours le méme refrain en neuméduca- Le programme éducatif
loppé par Paula Tallal de lluniversité Rutgers, tion: plus d'études scientifiques sont nécessaires Tools off.-'r.e mind [Les
lvlichael Merzemch de l“université de Californie pour conclure. Le jeu de Dehaene, La course aux outils de l"intelligence]i
a San Francisco et leurs collègues, pour des nombres, est lui-méme en t:rain d'étre révisé. Une pour améliorer les
enfants ayant des dif cultés cle langage ou cle étude a con rmé que ce logiciel aide les enfants å fonctions exécutives:
F.ri[rlti'an'lr cnsrnr c
lecture. Le principe est de les entrainer en leur comparer des nombres. Mais il reste encore à http :r'_.-itoolsoflhemintl.
présentant des sons et des mots de plus en plus démontrer que cela peut se traduire par une meil- üfgrl
rapidement, jusqu“à atteindre le débit normal de leure performance en calcul ou en arithmétique å _

la parole. Fondé sur les travaux de Benasich, l'école. Enfin, une autre étude récente a remis en
Chrunl le,jenCh
ancienne postdoctorante de Tallal, ce logiciel vise question les effets bénéfiques de la musique sur les r.
I'

ä améliorer la perception sonore des enfants. Dr, fonctions exécutives, donc sur Papprentissage. .. l `!I 'ir .

N'E.'I-lÎiIctol:re'l1 "IE
Alors comment interpréter ces résultats en Bífr ogmpbíc entrevoir les possibilités offertes par les neuros-
apparence contradictoires ? La réponse est ciences pour le futur, pour la génération Z [les
simple: la neuroéducation est un champ de Dossier La maitrise de 15-25 ans d'aujourd'hui) ou ses descendants. Dans
recherche récent. Crr, la science avance en téton- soi, Cerveau dr Psyciw un article de synthèse paru dans la revue Science
nant: une première théorie est échafaudée, n° 73, pp. 4-l-til, en 2009, le professeur de neurosciences John
contredire par une aut:re, une troisième étude janvier 2016. Gabrieli suppose que les techniques d'imagerie
venant parfois démentir les deux premières... N. Choudhury cérébrale - associées à des tests psychologiques,
Cette progression sinueuse est normale. lviais elle et A. Benasich, génétiques et à la prise en compte du contexte
n'est pas sans risques. Elle siaccompagne parfois iviaturation of auditory familial -- permetnunt, dès Page de S ans, de dépis-
d'annonces médiatiques prometteuses qui ne tra- evolred potentials from ter les enfants risquant de développer diun nouble
duisent pas les réelles avancées scientifiques. 6 to-fill months: Pre- de Papprentissage de la lecture.
Parents et enseignants sont les premières diction to 3 and 4- year
language and eognitive
victimes de cette communication inappropriée. VERS UNE EDUCATIDN SUR MESURE?
abilities. Clinical
«Je ne m'y retrouve pas dans tous ces jeux édu- D'ailleurs, une étude récente a montré quia
Neurophyrrioiogy, vol 123,
catifs, je ne sais pas lequel choisir. En plus, leur pp.32lÎl-338, Züil. l'école maternelle, Pélectroencéphalograpltie se
ef cacité n“est souvent pas prouvée. Il m*est dif- révèle plus ef cace dans le dépistage de fr.ttr.rrs
S. Dehaene, The number
ficile dans ces conditions de dire a mon direc- problèmes de lecture que les tests psychologiques
sense : How t:he mind
teur que ça marche s, explique Deborah creates mathematics, classiques. Ce check-up combiné ir une prise en
lšiebhuhn, une professeure de maths dans un Orgford Universfijr charge précoce et individualisée des enfants à
établissement d'éducatiorr spécialisée à Highland Press, 2.011. risque pourrait permettre d'éviter un certain
Parlr dans le l'-ietv Jersey. nombre de cas de dyslexie. Si Gabrieli a raison,
Les scienti ques qui passent leurs jotunées à les neurosciences apporteront une nouvelle
enregistrer l'act:ivité cérébrale le savent bien: ils dimension à la notion d'éducation pers-omtalisée :
n'ont pas encore trouvé le remède miracle pour celle dloptimiser la capacité d'apprentissage des
améliorer Papprentissage. lviais leur travail laisse enfants avant méme leur entrée è l'école. I

I I j j

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De io sensibilité cr lo douleur, cle I' niérocepiion cr ¿_ ` 't t


"' Io propriocepifon, LES FASCIAS F-Artrourr ~"-*
* Usiéopoihes et scientifiques révèlent leurs - -
secrets. Découvrez les ! - "rr
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DOSSIER rrer.rrtotoucnrrorr
I 59'

0 Le grand evirage numérique :rr de Pecole, qui est


J'

dans tous les esprits, suscite des interrogations


. persistantes. Que feront les tablettes aux cerveaux
de nos enfants? Apprendront-ils plus vite et mieux?
Du bien verront-ils leur concentration s'effriter?
Pour le savoir les résultats de recherches menées
a-1..
I'

ces dernieres années tombent è pie.

.f-*arAndré Tricot, professeur dcprgrcfrofogie


cognitirrisre, direcrfcru' du laboratoire Travail
et cognirîiorr ELLE, elvrirs, ir Frmiversiré de Touforcvc.

EN BREF Sltinner [Penseignement programmé visait a


inculquer des compétences aux élèves au travers
I Au-dela de teurs d'une série d'étapes de renforcement automati-
promesses, tablettes et
ordinateurs créent de sées), ces dispositifs ont toujours entretenu des
nouvelles exigences pou I' liens étroits avec la recherche sur les apprentis-
le cerveau des élèves. sages humains. Les chercheurs du domaine ont
été sollicités pour concevoir ces dispositifs, pour
I Ces outils engendrent
une surcharge les évaluer, parfois ils ont méme été ir Porigine
attentionnelle: difficile d'idées nouvelles, et enfin ils ont trouvé la un
de distinguer les aspects nouveau terrain pour tester expérimentalement
importants des e virage du numérique rr, leurs hypothèses sur Papprentissage humain.
informations annexes... e Llécoie change avec le numérlq ue rr, rr Le plan Plusieurs milliers d'articles rendent compte de
I Les jeunes devront numérique pour I'édur:ations: bien des choses ces travaux chaque année, publiés dans de
étre plus autonomes et tournent autour de cette question en cette ren- grands colloques internationaux et des revues
compétents pour en trée 2016 où des centaines de milliers de spécialisées. Ils permettent de déboulonner cer-
pro ter. Ce qui suppose tablettes sont mises å la disposition des élèves. tains mythes [les générations du numérique sont
des enseignements
fondamentaux pitre Avec, rappelons-le, Pobjectif d'atteindre 3,2 mil- forcément autonomes face à Papprentissage,
poussés. lions de tablettes en trois ans. l'enseignement sera dorénavant personnalisé
Évidemment, les espoirs sont de taille. Les grâce aux miracles des logiciels, les supports
critiques et les inquiétudes aussi. En l'absence de seront plus riches, stimulants, motivants...]. Et
recul, A quoi s`attendre ? Pour tenter de faire abs- pris dans leur ensemble, ils permettent de poin-
traction des nombreuses idéologies en la matière, ter à la fois les risques, les limites et les enjeux
des crispations et des utopies, un état des lieux futtus liés à Pessor du numérique dans Penseigne-
il
se doit de s'appuyer sur les nombreuses recherches ment. Partons donc pour ce tour d*horizon.
L'ob]e~ctff cle l'Education
nationale est de doter scientifiques qui ont été menées sur cette ques-
tes élèves de 3.2 million S tion. Car la préoccupation ne date pas d'hier: sous, rrrrnces. nentrre vrnruer.r.e...
de tablettes cI'ircl è 1019. Putilisation d'outils numériques dans les classes Le numérique est le énième avatar dlune
Sans avoir encore bien
analysé Pimpact cle est Pobjet de vifs enthousiasmes autant que de longue série d“innovations dans le domaine de
ces outils sur le cerveau craintes depuis une quarantaine d*années. Penrichissement des médias: depuis la photogra-
des enfants et sur Lcintains héritiers de «Penseignement pro- phie, Penregistrement sonore, le cinéma, Paudio-
la pédagogie. Encore
ÊI
'shugood
tnelcrstocl com temps de le faire? grammé v promu par le psychologue béhavioriste visuel, la réalité virtuelle et augmentée, etc., les [le

N'E.'I-Dctol:re'l1 "IS
su | D-GSSIEH ustnoéoucsnou
Le.vtménrQUE.-i r.*.ércor..s -vans LiveNouvscrrz coomrrrorv s

*il ooncepteurs de supports pour Papprentissage ont de signaler visuellement les parties de Pimage å
été faseinés par la possibilité de présenter des regarder au fur et à mesure du commentaire
phénomènes complexes a l'aide d'images dyna- audio ou écrit de l*interface numérique.
miques et interactives, des simulations, des envi-
ronnements immersifs en trois dimensions. Ce AVEC LES ÉCRAHS, PLUS DE MDTIVATIDH,
que les élèves ont du mal à comprendre quand on mais Pas |=Lus oe eésutrrrrs
le leur présente au tableau avec un feutre ou une Le numérique a suscité de nombreux enthou-
craie, on pense qu'ils vont mieux le oomprendre siasmes à propos de la motivation des élèves.
quand la qualité ou le réalisme de la présentation L'idée est que ces derniers seront beaucoup plus
auront été améliorés. intéressés lorsqu'on leur proposera de travailler en
classe avec une tablette numérique ou un ordina-
UH RISQUE DE SU HCHÀRGE teur portable quiavec une feuille de papier et un
ATTENTIDHNELLE crayon. C'est bien entendu la même idée qui était
Imaginez que les élèves doive nt comprendre avancée avec Paudiovisuel dans les années 1'.§i'?iII
Fanatomie du cerveau, ou même le fonctionne- ou avec le multimédia dans les amiées 1990. Les
ment d'un neurone. Ce type de système vivant recherches å propos de la motivation liée au numé-
complexe est extrêmement difficile a représen- rique en salle de classe donnent des résultats
ter au tableau, ou alors de façon très simplifiée. nuancés. Un gain de motivation est généralement
À supposer qu*ils y parviennent, les élèves com- constaté, de l“ordre de 10 %. Mais oe gain de moti-
prendront quelque chose de très approximatif, vation n'eni1'aîne pas nécessairement de meilleurs Difficile de savoir oil
au mieux un schéma et non pas le système apprentissages. En effet, si la motivation des regarder. de distinguer
vivant lui-méme. La tentation est alors très forte élèves est une condition nécessaire å Papprentis- I'in1p-ortant du détail,
Ioreque les
de leur présenter des images issues de PIRM sage, elie n'est pas suffisante. environnements
fonctionnelle [par exemple), statiques ou méme En outre, les élèves ne sont pas toujours les numérlq ues sont saturés
t mages. de sons et de
dynamiques. meilleurs juges de ce qui est efficace pour rnouvetnents. L'enjeu
Toutefois, le risque avec ce type de solution apprendre. Parfois, un dispositif moins séduisant eere cie fabriquer cl-es
réside dans le fait que les élèves ont alors trop est plus ef cace. C'est ce que les chercheurs ont outils qui tiennent mieux
compte des contraintes
d'informations à traiter. De fait, on s'aperçoit appelé le -- paradoxe préférence-performances. liées eu fonctionnement
quiils ne savent pas ou regarder, ne distinguent Un exemple bien connu de ce phénomène est en du cerveau. III'i
1'
s.l1| tu:|'stocl›:_-o mrb-ashVar!-'an

pas Pimportant du détail _: un phénomène encore


accentué quand les images sont dynamiques. Au
total, ils ne réussissent pas à intégrer mentale-
ment les différentes parties de l*image pour _-

construire leur propre représentation mentale.


Seuls les enfants ayant déja de solides connais- ... Io
sances dans le domaine peuvent comprendre de . IH.
telles représentations complexes ou dyna-
miques. Ces demiers ont généralement construit
ces connaissances grâce à des présentations et à
des explications au départ plus simples, élabo-
rant progressivement leur compréhension du
système complexe.
Les chercheurs du domaine ont interprété ce
type de résultats comme relevant d'un effet de sa ~*
partage de Pattention entre différentes parties
diune présentation visuelle. Il existe aujourd'hui
une littérature scienti que foumie sur les diffé-
rentes façons de lutter contre Peffet de partage
de Pattention lorsque l`on conçoit un support .*"._.r,.-* .- Q V \C
d'apprentissage. Par exemple, il peut s'agir d'in- 4- .

tégrer des commentaires textuels dans une


image, chaque commentaire se rapportant a la
partie graphique correspondante. Du bien, de
préférer les commentaires audio aux commen-
/////
taires écrits, quand cela est possible ; ou encore,
lül'

d“évaluer les progtès et les lacunes d“un élève,


Le numérique n'est doit ètre de réguler Papprentissage de celui-ci en
lui proposant un parcours, des exercices, des

pas la arantie d'un tâches adaptés à son niveau. Uespoir est alors,
grâce au numérique, de personnaliser Pappren-
tissage de chacim.

moin re effort. En Depuis le début des années 1980, cette


application de Finformatique dans le domaine
des apprentissages humains a suscité de très
termes d'autonomie, nombreux travaux. Mais réguler Papprentis-
sage d'un élève est beaucoup moins simple qu'il

de compétence et
n'y parait dès que l'on sort des domaines bien
dé nis ou une question appelle une réponse
précise, unique. Évaluer si un élève a compris

de concentration un phénomène complexe, ou s'il maitrise une


compétence de haut niveau, semble à la portée
de tout enseignant ; mais c'est extrèmement

des élèves, il crée des dif cile å programmer informatiquement. Le


dé que représente l'évaluation d“apprentis-
sages complexes par des machines a été l'objet
exigences plus élevées de collaborations très stimulantes entre cher-
cheurs en psychologie cognitive et en intelli-
gence arti cielle depuis les années 1980. Pour
autant, les résultats obtenus dans ce domaine
lien direct avec le phénomène de partage attention- ne sont pas à la hauteur des espoirs d'il y a
nel évoqué ci-dessus: l'effet des images décoratives. trente ou quarante ans. Aujourd`hui, le numé-
De nombreux supports numériques utilisent en rique est surtout utilisé pour réguler les appren-
effet des images qui n'ont pas de lien direct avec tissages à partir de QCM, de questionnaires
l*appren1:issage visé mais qui sont amusantes, déco- fermés. Dans ce type de situation, le numérique
ratives, ludiques, bref, qui montrent à Pélève å quel présente le grand intérét de pouvoir évaluer les
point c'est cool d'apprendre avec ce support, ou bien apprentissages de façon très fréquente, auprès
encore qui présentent une phomgraphie de l'auteur d*élèves très nombreux. Mais pour aller au-dela,
d“un cours multimédia au lieu de ne présenter que il faudra encore faire d*importants progrès, et,
le contenu du cours lui-mème. en attendant, les enseignants humains restent
De nombreuses expérimentations consistent irremplacables.
à comparer le méme support présenté avec ou
sans les images décoratives. Les résultats LES DEFIS DU NUMÉRIQUE:
montrent très souvent que sans les images déco- AUTDHDIIFIIE ET CDlllPÉ'l'El"~ICE
ratives la motivation des élèves décroît, mais leur Les outils numériques offrent accès à une
apprentissage s*améliore. Un autre aspect du lien multitude de supports pédagogiques et d'infor-
entre motivation et outils numériques a été mis mations, å la fois pour Facquisition des compé-
au jour récemment. Les résultats montrent que tences, les exercices pratiques et l'accès à la
Famélioration de la motivation avec le ntnnérique connaissance, qu`elle soit encyclopédique ou
dépend de la tâche réalisée par les élèves: des conçue comme matière à des exposés ou des
élèves de lycée, par exemple, vont préférer la réflexions. Cette nouvelle donne pose deux dé s:
tablette pour une tâche de lecture mais le papier celui de l'autonomie et celui de la compétence
et lc crayon pour une tâche dc rédaction. nécessaire pour traiter ces données. À lihcurc
actuelle, quelles conditions doivent étre réunies
aoaeree Lneeeenrtssaoe A cétève: pour que ces dé s soient relevés?
un oé|=| nous Les Lotslciets ou |=u'rue Voyons d*abord ce qu*il en est de l*autono-
Un des plus anciens et des plus forts espoirs mie. Le développement des outils numériques
liés au numérique concerne liévaluation et la interactifs, qui permettent à chaque élève de
régulation des apprentissages. Comment savoir faire un choix entre plusieurs possibilités è
si un élève a compris et lui proposer des exercices chaque étape de son parcours d'apprentissage,
et leçons adaptés à ce niveau de compréhension 'E' suscite de ce point de vue bien des espoirs. Un
Le but d*un dispositif numérique, s“il est capable élève qui choisit son parcours d“apprentissage, I-I*

H'E“I-Dci:ol:|I'l1 '1E
ss | D-UESIEII nsueosoucanoiv
LE .FMEHÉRIQLTE si L'ÈC-ULB - VERS UNE NULTELLE CCIt"š'NITl'Ui"r' ?

le-I qui choisit Pexercice quiil va faire, le problème exemple, un élève en début de collège doit
qu'il va résoudre, est un élève nécessairement actuellement avoir des compétences de lecteur
plus impliqué dans son apprentissage, qui bien plus élevées que celles d*un élève d'il y a
apprend ce qu'il a envie d“apprendre, de la façon trente ou quarante ans. Savoir lire un document
dont il veut apprendre. Bref, c'est un élève auto- numérique de nos jours implique de savoir éva-
nome dans ses apprentissages. luer la abilité de la source, la confiance que l'on
peut placer dans l“auteur, de croiser différents
ouioee Les Peeeuees Pas os cétève points de vue, d'intégrer des supports textuels,
Les outils numériques ouvrant ces perspec- picturaux et sonores différents. En outre, il est
tives ont été les hypermédias au début des souvent demandé aux élèves de trouver le docu-
années 1990 par exemple, ou les lvlClCICs depuis ment qu'ils vont lire. Pour y parvenir, ils doivent
le début des années 2010. Les travaux dans ce mettre en ceuvre une démarche de recherche
domaine montrent que les apprentissages en d“information, qui implique de savoir dé nir un
autonomie sont souvent extrèmement exi- but informationnel, formuler une requète, éva-
geants. Peu d'élèves arrivent à apprendre tout luer la pertinence de documents è partir de la
seuls. La plupart des enfants, des adolescents et lecture d“une liste de résultats, sélectionner le
des adultes ont besoin de guidage progressif ou les documents les plus pertinents...
pour apprendre. C'est quand ils maîtrisent bien En l*espace de quelques années, sans que l'on
un domaine de connaissance qu'ils sont capables y prète parfois attention, la lecture est devenue
d`autonomie. Si bien que les environnements une activité bien plus exigeante qu*auparavant.

iQ

DE |v|oT|vAT|oN suPPLÉMeNTA|RE
pour les élèves utilisant des tablettes en classe. Mais les apprentissages staqnent. car les supports les plus attrayants
ne sont pas forcément les plus efficaces, ce qu'un appelle le 1: paradoxe préférence-performance s.

numériques d'apprentissage peu structurés sont Ce sont donc des lecteurs plus compétents que
généralement peu efficaces, les taux d“abandon nous devons former aujourd'hui et nous devons
y sont très importants, sauf quand les élèves cela au numérique.
arrivent å s'entraider ou å se faire aider. Par La plus grande richesse des médias numé-
conséquent, il serait fatal de faire miroiter la riques, que nous avons évoquée au début de cet
promesse de l`autonomie sans fournir d'abord article, a une autre conséquence: les concepteurs
Bibliographic
aux élèves les outils mentaux et les compé- de supports d*apprentissage, qu*ils soient auteurs
tences de base pour évoluer seuls dans l'envi- de manuels scolaires, enseignants ou concepteurs
F. åmaciieu et A. Tricot,
ronnement numérique. Étonnant paradoxe que multimédias, doivent ètre aussi plus compétents. Apprendre avec le numé-
celui du numérique: en proposant plus d*auto- Concevoir une image animée ef cace sur le plan rique : rrrytfres et réatïfés,
nomie, il exige en fait une transmission entre pédagogique est sans doute l'=.me des choses les Retz.. 201-'l-.
maitre et élève plus attentive, plus poussée et plus dif ciles au monde. Le numérique, de ce point
P. il.. Iliirschner et
de meilleure qualité. Autrement dit, ne surtout de vue lè, n*est pas la garantie d*un moindre effort: J. .l. van litertlëriboer,
pas mettre la charrue avant les bteufs... il crée en réalité des exigences plus élevées. La Do learncrs really lcnuvr
Cette question soulève celle de la compé- plus grande erreur serait de penser que les choses best 'È Urban lcgcnds in
tence des élèves. C“est un fait: le développement seront plus faciles. avec ces nouveaux outils, nous education, Educational
des outils numériques a permis de prendre pouvons aller plus loin, à condition de savoir rele- ps_].1cf1.ofo_r-grat, vol. sl-B,
conscience que les élèves devraient aujourdihui ver des déi-ls plus ardus d'une certaine façon. pp. lo9-183, 2011
développer de nouvelles compétences. Par lfignorer serait une erreur qui ooüterait cher. I

H'E.'l-ClIcl:ol:r|'l1 '1E
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nos émotions et notre bien-étre

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LES BENEFICES
DU SPORT
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-ls réels par prélèvement outen-nous
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de 4.90€ par avv v
de rédutum-'_ Je cümmè-te.
ilí;' .Lli'.ÎîÎLil*éiTî'¿t“i“l2lillïîL'ël“..i.$'.'i.'iï1ii.i;iL“§2`s“.î2.`2lîîiiï.TiEgiféîiïliï i
Fusalnlormetlonseuprèsoemariéieolrssementleuncaire.
|=gUtmi5¿,Uün ,¿1_C,¿,mr,.¿._ Mm |T*rPa os amenant : Paiansnr aécusssnr |
Titulaire du compte
nas cooeaorntéss nam;
|~,|¿,m¿ Adresse I
Prgrmm Code postal |_._.__._| Ville:
M,,_,55,, . litésignation du compte ù débiter
E|C|{ltlarrIil|:atlonie1arnalioeale-:lahbanque]| . . . . . . . . . |

l i r '. l r i i l l i i r ll | i i l i r r l l r r i ll i . i l
Cade puma' l_|_l_|_l_ - -
rnmtmeiuninniunreamnlne ne-ripu moire]
'ui||;-;- ; Établissement teneur du compte
Nom:
Foorieslmclamlïooltaüit  | l l l
Adresse:
E"“i'“°b“9Hl“i'E: Code postali . . _ . 1 ville:
Ê' Date et signature Organisme Créanclet
.l'att.epte de recevoir les informatie ns cle Cenreou «E Psycho El UUI El NGN Pour la Science - 3 me Férou - 2-'5iJiIlE Paris
et de ses partenaires El GUI El NGN II” ICS Flt92EZI425Eltltl
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Cerveau I Psycho. votre ationnernent se poursuit automatiquement et peut etre interrompu par simple lettre.

EIIIJUFE Füllit LI SCIENCE - Siège social: E rue Férou. T511! Paris cedex DE - Seri au capital de 32 DEEE - HCS Fa ris I 311 '.l'B'l' 353 - Siret : 311 T51 393 tllltt 15 - lPE EE.1-I- I
ÉCLAIRAGES
p. ti-If Retour' sur' l"acirrai.il'e' p. úii nréditer p. Ti] L-'rr psp aa cirrérrra.

Retour sur lhctualité LE 'IE JUILLET, IJLUTEUH DE IIItT'l'EHTlT


de Nico est identifié. Question: faut-il le nommer?

g'T'..-

LAURENT BEGUE
Professeur depsjrchoiogie secraie ri l'université de Grenoble-rllpes.

Anonymiser
les terroristes:
une fausse
bonneidée ous sommes le 21' juillet 2016.
Deux attentats viennent d*ensangianter la
France. Plusieurs médias tte Monde, EtFtrt Tv,
Europe 1, La Cmix. RFI] décident alors de ne plus
publier les photos ou les noms complets des au-
teurs d'attentats, et une pétition pour Fanonymi-

Apparemment de bon sens, sation des auteurs d'actes terroristes recueiliera


plus de 160000 soutiens. En effet, les risques
d'une gloriflcaúon posthume des auteurs de mas-
cette mesure semble moins sacres de masse ont été soulignés par plusieurs
personnalités. Quelques joms après l'attentat de

judicieuse lorsqu”on prend Nice, le psychanalyste Fethi Benslama publiait une


tribune au lvlonde pour établir «un pacte par lequel
tous les médias s'engagent à ne mentionner les
en compte les mécanismes meurs que par des initiales, è ne pas publier leurs
photos, è ne pas damier de détails biographiques

de contagion de la violence. qui permettent de les identiiiers. Dans le mème


esprit, Richard Ftechtman, anthropologue è. l'École
des hautes études en sciences sociales, préconisait
de tenir secrètes les informations concernant les
identités des auteurs, car «dire qui était la per-
somie, raconter son passé et diffuser sa photo, c'est
se transformer en caisse de résonance du crime et
devenir l”allié objectif de Daech rr. La sphère poli-

I~l'B'I-DetoI:te'l1DH
I 65

O O O
l."AC'.TUALiTÉ LA SCIENCE L*AVE|~llR

Le 2? juillet dernier. La gloire dispensée par les Si l'on peut étre choqué
plusieurs médias, dont .te groupes diihadlstes par la estari catlon 1 des
Monde, BFM Tv, Eumpe 1, compte plus que celle tueurs de masse, leur mise
to Croix et RFI. décident obtenue dans les médias. sous silence aurait sans
de ne plus citer les noms En outre, plusieurs études doute des effets
des tenonstes auteurs de psychologie sociale ont redoutables au sein de nos
d'altentats. ilobjectii montré que la probabilité sociétés. Famii eux. la
poursuivi est double : il d*attentat augmente de propagation d'iniormations
s'agita la iois de montrer toute façon après une erronées, les théories
davantage de respect première attaque, par un du complot, voire le désir
aux victimes et à leurs mécanisme de contagion de certains de pratiquer
proches, et d'éviter les d`ordre mimétique. Flouter unejustice aveugle, en
effets de glorification les visages et taire les frappant des catégories
posthume des tueurs. noms n'y changerait entières de la population.
peut-étre rien.

tique s'est également engagée dans ce débat. Des inopportune, voire pernicieuse. Tout d'abord, la
élus, menés par le député Hervé lvlariton (Les Ré- mise en oeuvre d'tme telle mesure semble techni-
publicains), ont ainsi pressé le Conseil supérieur de quement impossible è 1'heure des médias mondia-
l'audiovisuel de sanctionner la diffusion par TF1 lisés et des réseaux sociaux. Comment empêcher
d'autoportraits valorisants de l*auteur de l'attentat la diffusion dinformations concernant les auteurs
de Nice. d”attentats depuis des pages individuelles ou des
plateformes étrangères, parfois dédiées à l'entre-
Le aut: évrree La. sTae||=|ca'r|o|v prise terroriste 'i' Ensuite, l'anonymat obligatoire et
Les tenants d“une forte régulation des informa- l'interdiction légale de diffuser des images déro-
tions concernant les terroristes fondent leur position geraient à la vocation mème de la profession de
sur deux considérations. La première relève de la journaliste, qui est d'ai:iord de publier des faits.
décence: par égard pour les victimes et leurs Cela menacerait une liberté à laquelle les démo-
proches, il conviendrait de ne pas orienter indûment craties comme la France sont extrèmement sen-
la curiosité médiatique vers im terroristes, et moins sibles. Enfin, pour certains, cette carence d'infor-
encore d'en faire des célébrités. Dans le mème esprit mation aurait de graves effets pervers: elle
que les règles qui sont pratiquées concernant la dif- contribuerait à favoriser la diffusion d'informa-
fusion d*images choquanm ou dégradantes en lien tions ettonées et les théories complotistes, dont
avec les attentats, cette retenue médiatique est l'attentat de Nice n'a récemment pas été épargné.
conçue comme une forme de respect. La deuxième Autre risque: provoquer des réactions incontrô-
raison invoque Peifet d'inspiration et didenti cation iables de citoyens que le manque d"infor*man'ons
que peuvent procurer les images et les biographies ables et le désir de faire justice pourraient pous-
des terroristes. En relatant complaisanmtent la tra- ser a agresser certains groupes ou individus,
jectoire des auteurs ou en diffusant en boucle leur comme le prophétise un haut responsable de la
photographie parfois flatteuse, n'attiserait-on pas Fondation pour la recherche stratégique.
dangereusement le mimétisme en se chargeant de
contribuer è leur héroïisatiori ? LA. CDHTÃEIDH DE LA VIOLENCE
Sans grande surprise, de nombreux grands Les objections il l'anonymisation sont parfois
médias comme France Télévisions, Libération, Le très spéculatives, et l'on ne peut s'empècher de
FrIii
anceTélévisions Figaro, ltilédiapart et Marianne ont jugé cette voie penser que les médias qui les développent sont è la I-le

I~l'E'I-DaboI:ie'l1DH
tio I lÎ:`.iÎI..1ltlHii.Gl*I5 Retour sur iirciuaiiié
ANUFPFMISER LE5 TERHURISTES : UNE FAUESE BCINNE IDÉE

III fois juge et partie. De telles réfubatíons sont éné- Comme dans le cas du suicide ou des tueries
ralement accompagnées d'un avis tranché: «Éviter de masse en milieu scolaire, la couverture média-
un effet "star Ac“' terroriste n'aum pas d`impact sur tique d'attentats terroristes, en tant que telle,
llintensité terroriste en France v, formulait ainsi de semble donc avoir un effet d“inspiration et favo-
manière catégorique un journaliste de RFI. Une riser le terrorisme. il est donc tout à fait possible
position aussi aflîrmative est-elle fondée? que outer les visages ou anonymiser les auteurs
Ciest indéniable: le terrorisme ne peut propa- ne change rien å ce funeste mimétisme.
ger la peur et désorganiser les sociétés qu'avec Cependant, cela ne règle pas la question de l'effet
l'aide des médias. En outre, il n'est pas fantaisiste incitatif de la gloire individuelle posthtune que
d”at1:ribuer a ceux-ci un effet d'inspiration. Depuis peut considérer le candidat è un attentat. Pour
plusieurs décennies, sociologues et épidémiolo- Adam Lanl-tford, de l'université dîhlabama, cer-
gistes ont constaté l'impact de la médiatisation du
suicide sur son élévation temporaire chez les ado-
lescents. Baptisé «effet Wertherv (d'après le nom
du personnage désespéré de Goethe qui aurait
inspiré des vagues suicidaires en Europe au
xvnr siècle), ce phénomène scienti quemem établi
a inspiré des directives de santé publique formali-
sées par l“CIl'vi5, visant it réduire l“incidence des
suicides par une autolimitation de leur écho
La gloire dispensée par le groupe
médiatique. Par ailleurs, une récente recherche djihadiste compte bien plus que
portant sur 2.32. fusillades ayant eu lieu en milieu
scolaire entre 1998 et 2013 et menée par Sherry la célébrité médiatique
Tovrers, de l'université d*État d*ii.riaona, con rme
la réalité de l'effet de contagion de la violence aux tains terroristes présentent effectivement les
États-Unis. Après im meurtre de masse, on observe mèmes facteurs de risque que les personnes qui
une élévation de la probabilité qu*un autre se pro- se suicident. Mais ils ne sont pas les seuls. Par
duise dans les deux semaines qui suivent. ll s*agit exemple, l*attentat-suicide est parfois contraint,
cependant de situations qui impliquent fréquem- et s'il échoue, le terroriste ou sa famille peuvent
ment des facteurs psychiatriques. Cela s*applique- ètre en danger. Du encore, dans nombre de cas,
t-il vraiment au terrorisme? C'est à cette question se faire exploser ou se faire abattre est une Bibliographie
que Michael Jetter, de l*université dïtustralie de manière de ne pas subir la torture oula prison.
l”i.Iiuest, a cherché à répondre. Pour le sociologue Farhad Khosrolthavar, la 5. Towers et al., Conta-
bannière de Daech n'al:-rite pas uniquement des gion in Mass li-Îillings
La rviéournsarrorv ou reeeoersrne personnes en situation de souffrance sociale ou and School Shootings,
ALIHIEHTE LE TERRDRISHE psychologique, mais aussi des jeunes en quète de .PLo5 0i'tT.', vol. 10,
Michael .letter a décrit les déterminants de la croisades galvanisantes, d*une vie plus intense et ellli'i'259, 2015.
couverture médiatique des actions terroristes que lieuphorie collective de massacres diini-ldèles lil. Jetller, Terrorism
par le New Foric Times, actuellement le journal le vivifie. La gloire dispensée par le groupe djiha- and the media, Bonn:
plus lu aux États-Unis. Pour 60 000 actions ter- diste, imaginaire ou non, est ce qui compte avant irrsiiirriefor rire Siuríjr of
roristes commises dans 139 pays dans le monde tout, et non la célébrité warholienne d'une photo- Labor, 2014-.
entre 1Ei?0 et 2012, il a relevé le nombre relatif graphie diffusée en boucle pendant quelques A. Lanitford, Tire rii_p.tir
d*articles mentionnant le pays étranger attaqué hetues par les médias. Notre société hyperconnec- ofrlriariyrdorrc What
un jour après Pattaque par rapport à la couver- bée et narcissique siimagine-t-elle que la quète dion Really Drives Suicide
ture médiatique de ce pays le jour précédant paradis médiatique anime les auteurs d'attentats ? iiorrriziers, Rampage
Shooters, anti Other
l'attaque. Ayant constaté que les attentats-sui- Pense-t-elle les pun.ir par Texcommunication
Self Destraciiire iifiifers,
cides recueillaient Pattention médiatique la plus cathodique? Mais c'est d“abord l*hostilité pour ce New Yo rlt : Palgrave
élevée, il a calculé la probabilité d'une autre que représente Poccident, et les fantasmagories .'vlcr'iilillan, 2013
attaque dans le mème pays au cours des sept apocalyptiques diun après-monde qui animent
ii. liielnicit E Ft. Elder,
jours suivant Pattentat relaté par la presse. l*autodestruction de la plupart des terroristes isla-
Small investment
Résultat: plus la couverture médiatique est éle- mistes. ll est donc probable que leur anonymisa- and Large Rein rns:
vée, plus la probabilité qu`un attentat se produise tion n'affecte, au mieux, les attentats qu'à la Terrorism, Media and
dans les sept jours l*est également, et plus liinter- marge. En revanche, les conséquences sociales et the liconomy. iirrropearr
valle entre l'attentat initial et le suivant s'ame- politiques d'une législation qui viserait à interdire Economic Reirieut vol. ll).
nuise, indépendamment de nombreux facteurs de nommer et de montrer les visages des auteurs pp. 963-9?'3, 2010.
géopolitiques et économiques. de terreur seraient imprévisibles. I

H'B'i-Dicl:oI:r|'l1D'IIE
iï:Ci.aiiraGirS

CHRISTOPHE ANDRÉ
rl*iédecin.p.s§i.*cfrr'atr'e ri ilfriipiiai .Êairrie-.-1 rrrre cie Paris.
Siie.' irlip :-*ífiirilir-istopirearrrire corrr

I"."'

Pourquoi nous avons


besoin de héros Le héros sacrifie tout pour les valeurs quiil défend.
Il remonte le moral et e soude ri le groupe.
Mais son riîile est-il pour autant toujours positif?

u'est-ce qu'un héros? vie aux valeurs qu“il défend (justice, L`l-listoire regorge de héros authen-
Un personnage exceptionnel par son honneur, liberté. . .]. tiques dont le courage n'a jamais été
courage plus que par sa réussite [c'est lviais au-delà des combats qu“il mène reconnu officiellement: ils n'ain'ont été
la différence avec un entrepreneur), et en pleine lumière, è quoi sert un héros que des humains courageux, tombés dans
par ses actes plus que par ses ceuvres dans les coulisses de notre esprit? Dans l'oubli. Cyrulnik raconte ainsi la vie de
(c'est la différence avec un génie). Il est son livre ivres paradis, boriirerirs héroiques, Chérif lviécheri, français d'origine algé-
un ètre humain (s“i1 était un dieu ou un le psychiatre Boris Cyrulnil-t se pose cette rienne et préfet de Limoges durant l*Ciccu-
demi-dieu, il aurait moins de mérite...) question et rappelle qu*on retrouve des pation, s'insin'geant contre les violences
bien plus fort que nous et que nos sem- héros a la naissance de toute culture de l'armée allemande, protégeant les
blables, capable d'accomplir des actions humaine. ll cite l'éCrivain René Étiemhlc: Juifs, refusant les compromissions avec
hors de portée des autres hommes. Il -i L'épopée qui relate des destins héroïques l'occupant et les antisémites, et qui nit
existe des héros victorieux et des per- apparait a l*aube historique lorsqu'un assassiné par la Iviilice ; son histoire est
huitcrsLDtu-c|t.cun1
dants héroïques: le héros n“est pas assi- groupe prend conscience de lui-mème, quasi inconnue du grand public, car il n'a . _`__

gné à la réussite, mais au courage ou au crée ses modèles et se célèbre a travers jar.-ais ae ..nei-aise... iti'ii-.va-.-.i=.», i'Hisraii-e eil

sacrifice. Car, comme le saint, il est prèt eux. s De fait, il niy a de héros que lorsqu'il est remplie de héros contestables, comme 'V1

ä sacriñer son confort, son bonheur et sa y a «héroisation» par les récits culturels. l“est aux États-Unis le général Custer, qui Iiîrenlrcvic

C“““Ei“ie_-.ein
H"B`l-Dt:'i:oI:ie'I1D'lE
Bihfirrgrrrphfe

B. Cyrulnik,
iirrmporaizirls,
bonheurs héroïques,
Gdile jacob, Billot
La vie est T. Todorov, Les insoumis,
Robert Laffont, E015.
un champ P. Pinon,
de bataille La Garric reirorriiiie,
Gallimard, 1991.

où naissent
les héros qui
meurent pour
conduisit pourtant, par orgueil et aveugle-
ment, tout son corps d'armée au massacre
que l'on vive En raison de tous ces risques liés ii
une valorisation excessive des héros,
face .ii une coalition indiemie. Borie Cyrulnik l'historien Tzvetan Todorov, dans son
Les héros sont ainsi construits et ché- ouvrage Les insoumis, préfère célébrer les
ris par leurs groupes sociaux d'apparte- qu'engendrent parfois les héros, c'est le personnes qu'il nomme des einsoumiss,
riance, car ils yjouent ime fonction impor- choix de leurs idéaux, siils sont par et dont il décrit les caractéristiques: ces
tante. Qui est souvent de remonter le exemple ceux d*une totale pureté raciale individus ne cherchent pas à ètre des
moral des individus et de forger une iden- ou diune soumission religieuse du plus héros, mais refusent de se soumettre à ce
tité au collectif. C*est pourquoi on a besoin grand nombre. Hitler était un héros pour que leur morale réprouve; et ils sont réti-
des héros dans Padversité et la difficulté. une partie du peuple allemand. Et l*en- cents à désigner des ennemis, mais s'at-
nui, c'est qu'un héros, on le suit, de près tachent seulement è dénoncer, à nommer
Foeaee une ioeiviiré au eiiiouee ou de loinl au minimum, on approuve le mal en cause et à le combattre.
iiercingétorix, par exemple, chef gau- ses actions, on s'identifie à lui; au maxi-
lois vaincu par César, devint im des héros mum, on essaye de lui ressembler, de LES HERD5 HDDERNE5, IHSDUHIS,
du panthéon républicain après la cuisante liimiter, et on lui obéir aveuglémenr... ooivenr èree Pnorètsés
défaite de 1B'?[i face à l'Allemagne: la Un autre problème est celui des Moins héroïques, plus humains, les
Troisième République naissante avait moyens nécessaires pour conduire une insoumis sont pour Todorov les nou-
besoin d*« héroïsers un glorieux vaincu, ii épopée héroïque: un héros affronte de veaux modèles a admirer et ii suivre.
son image... En temps de paix, les héros grands dangers, donc il ne doit pas hésiter Mais aussi ii protéger: refusant de recou-
ont moins de possibilités de «faire car- à utiliser de grands moyens, comme de rir à la violence, ces persomies sont expo-
rière s et sont moins indispensables. Nous recourir à la violence extrème. En n, un sées aux rétorsions agressives de ceux
nous contentons alors de stars: celles-ci dernier danger lié è Phéroïsation, c'est que contre qui elles se dressent. C'est le cas
ne font rien d`l1éro'ique, mais réussissent le héros a pour mission de défendre ou de actuellement dans les affaires Wiicileaics
dans leur boulot, qu*i1 s'agisse de sportifs, relever 1'honneur de son groupe social ou et Luxieriiis. Les lanceurs dialerte qui ont
de chanteurs, d”acteurs de cinérna ou culturel d'appa1'tenance. Pour ce faire, il dénoncé ces abus et malversations poli-
d*entrepreneurs; elles ne sauvent per- doit désigner des adversaires, des eime- tiques ou nancières se trouvent dans
sonne, sauf de l*ennui. mis, ne partageant pas les mémes valeurs. une position difficile, car menacés non
Mais une autre question peut, et doit, Un héros n*est héros que pour un groupe pas de mort mais d'autres risques bien
ètre posée a propos des héros: peuvent- humain bien précis, il n*est pas universel réels: procès interminables, ruine et pri-
ils jouer un role négatif? C*est ce que Lorsqu'un peuple ou un groupe culturel son. Le pire que l“on puisse légalement
suggère Cyrulnik: «Dites-moi quels sont est vaincu ou se sent humilié, le risque est infliger à quelqu'un en démocratie. En
vos héros, je vous dirai de quoi vous grand qu'il aspire a avoir des héros le temps de paix, méiions-nous donc des
souffrez. ii En effet, le premier problème représentant et le vengeant. héros et protégeons les insoumis... I

H'E1-Dictobellûii
ÉCLAIIL*-\G ES Un psy on cinéma
ÈH

"ii

fr
SERGE TISSERON
Pigrciriaire, olaclear en psg-'cfnifogie Hrlrr,
p.*i_ycfta.nalfi'sie, aniitersiié Paris .E-litierrril.
.-'rierirhre de Fxlcadémie des technologies.
nin-*ur.serjgeiisseron.corn

a vie e courgette
La résilience par les objets
Un cerf-volant peut-il aider à surmonter la mort
dion père il' Une canette de bière peut-elle
maintenir le lien avec une mère disparue?
Tel est l`éton nant pouvoir des objets, è la fois
porteurs de mémoire et supports de résilience.

out le monde n'a pas la chance a dit sa mère. La phrase est toujours restée énig-
d'é1re orphelin, disait Jules Renard. Quand on matique pour l*enfant. Et pour tenter de donner
découvre Flntemat dans lequel sont pris en charge une forme à cette histoire, il s'est construit un
les enfants rnisen scènedanshlovie ciet'.'.“oi.ri-get-te,
EN Blilili cerf-volant. Sur la face supérieure, il a dessiné un
on est en effettenté de lui donner raison! Les édu- I e:C0'i.lrgEi.'lE e il |iliEI't2|l.I superhéros, et sur la face inférieure, une poule...
cateins y sont tellement généreux, attentifs et affec- ses deux parents. Il en L'un de ses jeux favoris consiste a faire voler Pob-
Iecompose des images
tueux l Presque des parents parfaits l Mais quand par le truchement d'un jet de sa fenétre. Peut-ètre sa mère lui a-t-elle dit
on apprend les dif cultés auxquelles ces enfants ont cert-volant et d'une aussi que son père s'était ii envolé avec une
été confrontés, on pense aussitot quiils le méritent canette de bière. poule ›=? Plus tard, au policier qui lui demandera
bien. Car tous ont eu une histoire terrible : viol, mal- où est son père, Courgette répondra en sortant
I Ce lm nous montre
traitance, meurtre ou suicide des parents... Et ils que les objets nous de son cartable le cerf-volant et en montrant la
s*en sortent l Cin pense bien sur à la fameuse rési- aident a perpétuer le gure de superhéros qu'il y a peinte. Faute de
lience et au rfile qu'y prend l'cntourage. Mais ce lm souvenir de nos disparus savoir ou son père se trouve, et peut-ètre mème
nous mène sur une autre voie, et c'est son origina- qui il est, l“enfant a décidé de s'en créer une
lité. La capacité de résilience de Courgette, avant I Les objets nous aident image et d'attribuer a celle-ci le pouvoir d'incar-
è raviver des images
d'i'=,`:tre relayée par des humains attentifs et affec- mentales, mais aussi ii ner le disparu, un peu comme un primitif se
tueux, va s'étayer sur... des objets. les tra nsiormer et à les construit un totem et décide que la divinité dont
faire évoluer. il attend protection y a élu domicile. À défaut
AVEC PDUR TDUT EAGAGE... d“un père réel, Courgette siest bricolé une image
I Dès lors. ces supports
Courgette, de son vrai nom Icare, habite dans de mémoire permettent masculine dont il attend le mème résultat : lui
une soupente, au-dessus de Pappartement de ses aussi de mieux affronter permettre d'intérioriser une figure paternelle sur
parents. Son père est ii parti avec une poule ii, lui l'avenir. laquelle il puisse s“appuyer en cas de nécessité.

l'ii'E“I-Dci:ol:ie'eiD1E
F2 I ÉCI...-1.IIi'.AG HS l.-in psjy arr cirrérna
MA VIE DE CUURGETTE - LA RÉSILIENCE PAR LEE UEJET5

III Clest d“at1tant plus important que du ciité mater- avait dessiné à son père sur son cerf-volant, mon-
nel, les choses ne valent guère mieux. La mère de trant par la qu“il a intériorisé Pimage de celui-ci.
Courgette passe ses joinnées à regarder la télévi- Tel père s1_ir le cerf-volant, tel i-ils au bal masqué l
sion en buvant bière sur bière. Elle jette les canettes
vides tout autour d*elle et l'enfant les recueille poin' ET DE CDHMEHDRATIDH SILENCIEIJSE
s'en construire une pyramide dans sa chambre. Pour la canette de bière, les choses sont diffé-
lviais la pyramide s“effondre, les boites déboulenr de rentes. Elle semble bien témoigner diune mémoire
la mansarde qu'il occupe vers Fappartement du des- traumatique. La personne qui dépose une partie de
sous et dérangem sa mère qui, furieuse, mome pour son histoire dans un tel objet fait preuve diambiva-
punir l*enfant. Pris de panique, celui-ci ferme bru- lence. [Yun coté, elle pense qu*elle devra ti':`it ou tard
talement La trappe de sa chambre et précipite sa intégrer dans son histoire et dans sa personnalité
mère au bas de l'échellc. Ainsi meurt-elle, et ce qu'elle y a déposé, mais d`un autre côté, elle
Courgette pense qu*il l”a tuée. Il est dirigé vers un craint de siy confronter. Ainsi, Courgette joue avec
foyer d'accueil. Une fois arrivé au foyer, Péducairice son cerf-volant, mais garde la canette vide dans un
lui montre le grand tiroir dans lequel il peut ranger tiroir. Cette attitude ambiguë se retrouve dans la
ses affaires. Cin découvre alors qu'il slagit du cerf- place faite è de tels objets dans nos maisons. il la
volant fabriqué en mémoire de son père et d'ime différence de ceux qui sont un support de mémoire
canette de bière vide - souvenir de sa mère. vivante, les objets porteurs de mémoire en sommeil
ne sont pas utilisés dans la vie quotidienne. Placés
DEJET5 DE HÉHIDIRE VIVAHTE... sm' une étagère difficilement accessible ou derrière
Le cerf-volant et la canette vide constituent la glace d*une vin-ine, ils sont visibles, mais hors de
les liens ténus de Courgette avec ses parents. portée, tenus il i.ir1e distance respectable, car leur
C'est pourquoi il ne supporte pas qu'un autre pnopriétaire craint de réactiver des expériences
enfant s'en empare: ces deux objets le relient à pénibles... lviais en mème temps, il espère toujours
son passé mais lui permettent aussi de faire face pouvoir s'approprier ce qu*il y a déposé. Cette ambi-
a son avenir sans renoncer à ce qu'il a vécu aupa-
ravant. Et siils sont chacun porteur de mémoire,
ils ne le sont pas de la mème façon.
Le cerf-volant, tout d'abord, témoigne diime
mémoire consciente et vivante. Au policier qui lui
demande qui est son père, Courgette montre ce
jouet. Un enfant comme lui y voit surtout un objet
ludique, sans fonction utilitaire; mais dans nos vies
d'adulte, de miombreux objets chargés de la mémoire Un vieux fauteuil, une montre
d'un disparu ont aussi une fonction d'usage. Les
deux ne siopposent pas. Telle personne ne veut pas Ces objets maintiennent le lien
se débarrasser d'un vieux fauteuil usagé - c'est celui
dans lequel elle a toujours vn son père assis, et sur
avec les disparus. Ils sont les
lequel elle aimait tellement s'installer quand elle
était enfant. Pour telle autre, c'est ime table qui
dépositaires d'une mémoire vive
importe par~dessus tout, celle autour de laquelle la qui peut se tourner vers Pavenir
famille se réunissait pour dîner, du temps où les
enfants n'avaient pas encore quitté la manon valence aboutit it un compromis: l'objet est gardé,
Un comprend pourquoi il est si difficile de se mais pas pour ètre utilisé.
séparer de tels objets malgré l'usure dont ils La confrontation à ce type d“objet est évidem-
nissent tèit ou tard par témoigner: nous les ment facilitée si elle est rnédiatisée par un interlo-
conservons le temps quiil faut pour installer en cuteur bienveillant, ciest-à-dire par une personne
nous les représentations privilégiées que nous y qui sait .ii la fois questionner la présence de l'objet et
avons enfermées. Pour Courgette, le processus prèter lioreille aux propos amers ou tristes qu'il sus-
cl“appropriation d'une image paternelle semble cite. Courgette pennettra ainsi ii Camille de se
finalement avoir réussi ! Le gendarme attentionné confronter à ime mémoire traumatique par objet
qui vient le voir à liorphelinat y est certainement interposé. Camille ne rate en effet jamais sa cible au
pour beaucoup, mais c*est au héros du cerf-volant tir à la carabine. Elle est incroyablement précise et
qu'il choisit de s'identil`ier ii l'occasion d'un bal mas- rapide! À Courgette qui s'en étonne, elle répond que
qué organisé par le couple d`éducateurs. Il porte son père lui a appris à tirer, puis, l`air songeur et
alors sur le visage le mème masque que celui qu“il triste, elle ajoute vet puis après, après...=->, et reste

H'E.'l-Dictobellüii
T3

muette. Le spectateur sait que son père a ti.1é sa mère


qui le trompait d'un coup de fusil, puis s'est suicidé
ensuite de la mème façon, le tout devant la petite
lle. Courgette a consulté son dossier en cachette et
n'en dit rien. il faudra que la relation évolue pour
qu*il puisse ètre question de cela ent:re eux.

QUAND L'DBJET SDIGNE LE THAUHATISME


Les objets permettent aussi d'expri.mer la com-
plicité ou Paffection. C*est le petit bateau que
Courgette offre a Camille dont il est tombé amou-
reux. Ce bateau, tout indique qu'il l'a fabriqué å
partir du métal de la canette de bière qui était cen-
sée symboliser le lien à sa mère. C'est d*ailleurs au
moment où il l'offre ii Camille que celle-ci lui
raconte comment elle a échoué dans cet orphelinat
et que Courgette lui parle alors de sa propre vie.
Le plus souhaitable pour un objet de mémoire
est en effet qu“il puisse ètre intégré dans un échange
vivant. Ce travail est réalisé depuis quelques armées
par la Cité de Pimmigratiori, dans le )i'.'.lI'= arrondis- dans un parcours mémoriel : au début du film, le
sement de Paris. Elle recueille et valorise des objets Les orphelins portent cerf-volant est déjà un objet de mémoire vivante,
ayant permis à certaines personnes de passer d'une souvent un passé tandis que la canette ne le devient que peu à peu au
difficile. Leur permettre
première vie ii une existence nouvelle sur une terre de conserver des objets cours du lm jusquiè sa transformation en bateau
d'accueil. Pour l“un, c'est un instrument de musique liés a ce passé les aide et son cadeau ii Camille.
traditionnel, pour un autre, une boite d'allinnetres parfois ie liapprlvoieer. Il en va de mème des dons faits à la Cité de
du pays d*origine, pour un troisième un couteau Pimmigration. Comme la canette pour Courgette,
acheté avant le départ. En accompagnant lei.u' pro- ils ont d'abord été des reliques porteuses d'une his-
priétaire, ces objets ont aussi servi de support ii leur toire intime, le témoignage des souffrances de ceux
mémoire. À disque fois quiils ont été touchés, mani- qui les ont préservés tout au long de leur parcours
pulés et montrés, les souvenirs qui leur avaient été migratoire, parfois dans des conditions très dif -
associés ont été rernaniés. ciles. lviais en faire don, c'est accepter que d'autres
Car l*esprit ne cesse jamais de réinterpréter sa y associent leurs propres souvenirs et leurs propres
vision du monde. Le neinoscienti que américain représentations. C'est une façon de changer de
Gerald Etlehrian, notamment, a montré que le sou- regard sur eux, de lâcher prise, une manière de
venir est recréation dïine expérience passée par la dire: «Au musée maintenant de témoigner de mon
réactivation du groupe neuronal frayé par l'événe- parcours passé, je lui passe le relais et je me tourne
ment inaugural, et que cette création nouvelle est vers l*avenir››. C'est une forme réussie de deuil.
déclenchée par une situation proche de Pexpérience liobjet donné, et la présentation publique qui en
initiale, notamment du point de vue de ses réso- résulte dans liespace du musée, clèit alors son par-
nances sensorielles et émotionnelles. ijobjet mémo- cours de mémoire personnelle ou familiale touiriée
riel constitue ce support privilégié de résonances. ll vers le passé pour l“insérer dans une mémoire
réactive sans cesse la mémoire du passé et permet sociale toiuriée vers l'avenir.
å son propriétaire de la remanier d“une façon qui C*est aussi le sens du geste de Courgette.
corresponde aux nouvelles représentations qu'il se iIi'ailleurs, il choisit d'offrir cet objet è Camille
fait de lui-mème et du monde. Les récits successifs devant une étendue d'eau gelée. Coiugette «brise
du souvenir métabolisent peu ii peu son caractère Hrfrtragrapfire la glaces - un geste hautement symboliquel - et
traumatique et le rendent utilisable pour de nou- place le petit bateau à mi-chemin entre eux deux,
velles élaborations imaginaires. Ce qui ne pouvait 5. Tisseron. (Îornrrient comme un lien. En se séparant volontairement de
ètre d*abord que revécu peut alors ètre raconté, daté tmprit vient aux objets, cet objet dont il a transformé fapparence, Courgette
et dépassé. La réminiscence brutale et invasive de Paris, PUF, Eülti. modifie l'image qu'il a de lui-mème et le sens mème
Fexpérierice traumatique, revécue a chaud comme E. Edelman, Brigiii.-1 ir; de son histoire : les canettes de bière liont privé de
si la situation était actuelle, fait place à une évoca- Briiiiarit_,l"1r'e: on the sa mère, il est maintenant celui qui en fait don è un
tion qui confirine son statut de souvenir. .ilfiatiier of.*l›iiriri, New ètre cher. Il indique par là qu'il tourne son regard
De ce point de vue, le cerf-volant et la canette Torlt. Basic Books, l992. ailleurs et qu'il est capable de renoncer a ce qu'il a
ccaninenora-au de Courgette incament deux moments différents irrémédiablement perdu. I

H'B'i-Dicl:oI:ie'llD'IIE
F-I*

nouvelle obsession
du manger sain
Por Homina Rinaicli, neuropsjlchologoe clinicienne, chefde scn iceporoméríicol'
ou sein du Grondfftipitol de Lfhrnicroi etjonrnolùtc selentÿiqoe.

N'ingércr que du ris brun ou des graines de tournesol,


refuser tous les aliments cuits: obsédées par le désir d'étre
cn bonne santé., de plus en plus de personnes s'imposent
un régime aussi da.ngereu:t qu'arbitrairc. Uorthorcztic
est-elle une maladie mentale Ê*

n 2003, une partie liorthorexie. Décrire pour la première EN BRi_*.`l*`


clu monde s'émeut cle la mort de Hate fois en 199? par le médecin américain
Pour I'orthore1tic| ue,
Finn. une jeune professeure de yoga Steven Bratman sous le terme ti“ortho* une seule préoccupation:
australienne, qui depuis des années rexiu nervosu [du grec orthosfdroit ou ne pas soulller son corps
s'astreignait a un régime clétox correct et orexifappétitj, cette «mala- par des aliments impurs.
constant lui procurant un sentiment de die ›= est définie comme une tendance
bien-étre et de pureté. Ce régime, hélas, obsessionnelle et pathologique a l`inges- Le temps passé
è surveiller son
lui a malheureusement fait perdre trop tion dialiments «sains a, ou en tout cas alimentation devient
cle poids. li est alors évoqué comme la considérés comme purs (une conception impossible è maitriser.
cause de son décès à Page de 34 ans. Ce qui varie d'une communauté alimentaire La personne s'lsoIe
qui étonne å i”-époque, c“est que cette à l“autre]. Liabsence de critères diagnos- socialement et se met
en danger physiquement.
jeune lille n'avait aucune préoccupation tiques précis a rendu dif cile, dans un
pour son poids. Contrairement à une premier temps, les publications scienti- Cette obsession proche
personne souffrant dianorertie mentale, ques sur ce sujets Depuis 2004, et du Toc comblneralt
Kate n'était pas obsédée par la quantité, méme s'il n'esiste toujours pas de cri- anltiété et troubles
mais la qualité de ce qu'elle ingérait. tères officiels car ce atroub1e==n'appara'it de la flexibilité cognitive.
Toujours au début des années 2000, pas dans les classi cations reconnues Les in religions
des scientifiques commencent a publier des maladies mentales comme le DSM et alimentaires 1 créent-alles
des articles sur un concept qui ne tar- le CIM, plusieurs études de cas et syn- une communa ularisation
tiera pas å atteindre le grand public: thèses de recherches ont été validées de la société?

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Troubles du comportement offrnentoire
L'lÎlRTHCJFiE}ilE, i'~lCll.l"u"ELLE UBSESSIUN DU MANGER SAIH

scienti quement et permettent une pre- composante dans les histoires relatées : un différencier ces deux pathologies, les
mière approche rigoureuse de ce phéno- problème somatique, jusqu'ici incurable, points communs étant aussi abondants
mène qui questionne nos sociétés. trouve sa solution dans les choix alimen- que les différences, par exemple la préoc-
taires et, par suite, les aliments deviennent cupation pour la nourriture, une tendance
TRDUBLE ALIMENTAIRE DU MEHTAL? la seule voie de salut. au perfectionnisme ou une culpabilité en
Steven Eratman dé nir l'orthorexie Au cours des examens passés à l'höpi- cas de transgression du régime.
comme une tendance obsessionnelie è tal, le jeu ne homme se montre très coopé- Notamment, la conviction que presque
manger sainement, qui met principale- ratif avec les psychiatres et psychologues toutes les nourritures sont malsaines peut
ment liaccent sur la qualité, la composition et avoue quiil souffre de son poids et de conduire l'orr_horexique à resl:reindre son
et la «pureté» des aliments consommés. son état de santé, qu“il ne cherche pas à se alimentation au point de rentrer dans une
Cette obsession peut concerner les ali- faire du mal, que son apparence n'est pas qualification d'anorexie.
ments eux-mèmes, mais aussi leur cuisson, importante pour lui, mais qu'il lui est
les contenants (de la céramique ou du bois, impossible de se détacher diune diète oes conséousncss
plutot que du métal), ou encore la façon de pure, car il considère qu'il faut traiter son PHYEIDLDGIGIUES GRAVES
manger ou l'heure a laquelle les aliments corps comme un temple où lion choisirait Aujourd'hui, la prévalence de liortho-
sont ingérés. Dans un article paru en 2015 avec précaution ce qui y est entreposé. Il rexie reste méconnue. Les différentes
dans la revue Psychosomorics, une équipe ne peut admettre que c'est cette rigueur études font état de chiffres extrèmement
américaine décrit le cas diun jeune alimentaire qui est dangereuse pour lui. disparates, allant de 2 à 25 'lé de la popu-
homme, ingénieur, admis dans une unité Dans de pareils cas, la perte de poids lation, parfois mème å 50% lorsque les
médicale spécialisée dans le traitement inquiétante et la malnutrition peuvent critères sont très lâches. A quoi ressemble
des personnes sous alimentées. Souffrant faire penser a une maladie mentale bien la vie diun orthorexique? Qu'il s*agisse de

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nes Art-|LJ_ÈrEs er ,F-""' * :.μ'F"_-

nes otsrsrtcteus
SERAIENT
ORTHOREXIQUES.
La Pnoeonrlon nous ts nesre
ne ut eosuumon r euoone
suit éwttuée. _ ,É

de problèmes cardiaques, gastriques, oonnue: l'anorexie. La psychologue clini- frugivorisme (ne manger que des fruits),
osseux, hépatiques et métaboliques; les cienne Marta Varga et son équipe de l'uni- de crudivorisme [fruits et légumes crus),
médecins remarquent son discours désor- versité Semmelweis en Hongrie s'inté- d'alimentation vivante [graines germées,
ganisé ct suggèrent un suivi psychiatrique. resscnt depuis plusieurs années å algucsj, dc crusinisme [aliments crus ou
Ce suivi montre que le patient ne souffre l'orthorexie; dans un article de synthèse cuits à moins de 50 “(2), dans tous les cas
pas de psychose, et révèle en outre que ses paru en 2013 dans la revue Eating and la nourriture prend une place prépondé-
idées bizarres ne concernent que la nour- Weight Disorders, ces chercheurs font res- rante dans la vie des personnes concer-
riture (il parle par exemple des propriétés sortir les similitudes et les différences qui nées, ãi travers le temps passé à cuisiner,
magiques des brocolis). Ses problèmes ont existent entre anorexie et orthorexie. mais aussi à s'inforn1er et à penser à la
commencé à la suite de constipations pour llorthorexie, à la différence de lianorexie, nourriture. Par ailleurs, une extrèmc res-
lesquelles il se rend chez un homéopathe. ne comporte pas de préoccupation parti- triction dans les choix alimentaires mène
Celui-ci lui fait naturellement prendre culière pour le poids, d*artention à la quan- presque systématiquement a une restric-
conscience de l'importancc des choix ali- tité dialiments ingérée, ni de rituels autour tion des quantités ingérées ou en tout cas terslock.to1o
-r

mentaires. .. À partir de là, lejetme homme de la nourriture. L'image de soi serait éga- de Papport nutritionnel quotidien, et donc E

a.u.-'s
ne cesse de reslzeindre les alimenm ingé- lement préservée et Forthorexie ne serait à une forme de sous-alimentation et a
nés, mais aussi la manière de les ingérer par ailleurs pas plus présente chez les une inévitable perte de poids. En 2015,
(en divisant les portions pour que les nutri- femmes que ches les hommes - contraire- des chercheurs australiens ont ainsi
ments soient délivrés tout au long de la ment a ce qui se passe avec Panorexie. publié les résultats d'une étude menée sur
journée). Dn retrouve souvent cette Néartrnoins, il reste di icile en pratique de plus diun an, dont le but était de È!f.lrltai rrîkina

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En définissant trie
manière unique tie «bien
mangera. i'orti1orexic|ue
traoerait en quelque sorte
_*-1
'Sfa ,
son chemin riens
i'lmmense variété cfoffres
nubftionnelies qui nous rtf" lili.
tieeonente de plus en
plus. iilais ce faisant. il se
condamne in y passer
encore plus tie te.-nus... |.=*'.` È .lllmllllålil * 1 \d
comprendre le contexte culturel de jeunes de soi, la préoccupation pour Papparence,
femmes pratiquant des choix alimen- la représentation du corps, la qualité des
taires restreints; certaines notamment relations ou encore le perfectionnisme.
ayant reçu un diagnostic de trouble ali- Leurs résultats pointent vers une relation
mentaire, mais ne souhaitant pas recou- positive entre les scores cl'orrl1orexie et la
rir å un traitement. Cet article, intitulé tendance au perfectionnisme ainsi que la
Healthy Anorexie: the complexity of core préoccupation pour le poids et le style
in dtsordered eating, cite plusieurs témoi- d'attachement. Les personnes ayant un
gnages de tels choix alimentaires res- style d'attacl1ement sécure seraient ainsi
treints. Charlotte relate la façon dont moins susceptibles d'obtenir de hauts
Pobsession de la qualité mène inévitable- scores d'ord1orexie... Dune le fait que le
ment a la restriction de la quantité: «Je perfectionnisme et liattachement insécure
continuais à retotnuer vers le garde-man sont aussi présents dans lianorexie ou la
ger, essayant de trouver quelque chose à boulimie, de telles données interrogent
manger qui réponde aux critères de ce qui plus largement sur la place de Panxiété
est sain. Et je pouvais trouver une raison dans cette maladie.
de ne pas le faire pour chaque aliment;
que ce soit les antioxydants, les ñbres, ENTRE TDC El' ANDREIIIIE
l'index glycémique, les conservateurs, les Lianxiété, mais aussi les attitudes de
colorants, le sucre... enfin vous voyez contrôle au sens large. Déja en 2004, la
bien. Rien dans ce garde-manger niétait professeure de diététique a liuniversiré
suffisamment bon pour queje le mange. ss dinrizona Iviarlirta Cartwright rapportait,
En dehors de liaspect purement soma- dans un article dédié à la complexité des
tique, c'est aussi dans le champ du psy- troubles alimentaires, que les conduites
chique qu'un retrouve des similitudes alimentaires orthorexiques pouvaient
entre liorthorexie et les autres troubles avoir un effet calmant, réduire le stress,
des conduites alimentaires cotnme Pano- voire mener à ut1 sentintent de sérénité et
1
rexie ou la boulimie. Une étude récente de de spiritualité chez les personnes souf-
Marta Barnes et lviarie Caltabiano, deux frant de troubles alimentaires.
1-1
chercheuses australiennes, décrit ces Nancy Koven et Alexandra Abry,
recoupements. Ces chercheuses ont pro- deux chercheuses en psychologie du
posé å un large échantillon de personnes Bates College aux États-Unis, poussent
«saines» de répondre a plusieurs ques- le raisonnement plus loin en proposant
tionnaires en ligne dont lunl
évaluait la que certains symptomes de liorthorexie
irsILen-iotl-r':Jklcx.i:sI5|c›lrunchu›"lia tendance è Forthore e, d“autres l*estime ressemblent également it ceux retrouvés

H'E'I-Dctolslilü
'l`.r'oabiet du comportement affrnentaire
UURTHDREHIE, NCIUVELLE CIBSESEICIN DU MANGER SAIH

dans les troubles obsessiormels compul-


sifs. Ainsi, les personnes souffrant d'or-
thorexie affirment penser constarmrlent à
la nourriture, mème dans des situations
qui ne le justifient pas; en ce sens, elles
présenteraient une forme de symptome de
«pensées intrusivesa, également observé
chez les personnes souffrant de Toc - par
Juger son corps comme
exemple, obsédé-es par la nécessité de se
laver les mains toutes les deux ou trois
un temple parfait et pur traduit
minutes. Ainsi, l'obsession de la pureté un surinvestissement du soi, qui
chez les orthorexiques pourrait ètre liée å
une certaine fomte de peur de la contami- exclut de facto tout caractère
nation, très obsessionnelie et compulsive.
Ce qui fait que, pour Koven et abry, lior-
social de la nourriture
thorexie peut ètre placée au croisement
de l'artorexie et des troubles obsessionnels
compulsifs. Dans cette optique, les dif - comme une personne qui serait constam- uniquement de trois a quatre cuillères de
cultés se retrouveraient non seulement au ment au régime, l'intrusion de pensées riz brun par jour et de légumes frais
niveau psychoaffectif, mais aussi sur tm liées à la nourriture ou a limage de soi depuis trois mois. Lorsqu'il se présente a
plan cognitif, avec un pro l cognitif mixte peut venir bloquer le traitement, le main- l"hi`:`lpital universitaire Guro en Corée, il
lui aussi, entre anorexie et Toc. tien et la mise à jour de liinformation en souffre de nombreux problèmes cutanés,
mémoire de travail. .. la vie de la persolme cardiaques, gastriques, etc. L'absence de
une Ftsxlaluré MENTALE Atréeés s'organise alors autour de lialimentation, protéines avait mis en danger ses fonc-
Le profil neuropsychologique ortho- et tout le reste en pãtit. tions rénales, une grave carence en carbo-
rexique serait caractérisé par de moindres Parfois, la situation se fait plus alar- hydrates avait impacté son métabolisme
performances dans des tâches impliquant mante. Ainsi, en 2013, plusieurs membres sanguin et osseux et son pronostic vital
la exibilité mentale, l'attention aux sti- du National institute of Mental Health était fortement engagé par le syndrome
muli externes et la mémoire de travail. publiaient une lettre è l'éditeur dans la de réalimentation, une complication qui
Selon iioven et Abry, ce profil serait cohé- revue Schizophrénie Research soulignant peut siavérer fatale chez les personnes
rent avec les symptomes observés dans la possibilité que les troubles alimentaires, sous alimentées qui sont nourries a nou-
Pordtorexie. Le manque de exibilité men- dont Forthorexie, puissent siinscrire dans veau par voie entérale ou parentérale.
tale re éterait la rigidité cognitive autour les si es avant-coureurs de la schizophré- Des conséquences non moins impor-
des conduites alimentaires. Les dif cultés nie. šrpartir du cas d'tme patiente ortho- tantes peuvent èu'e retrouvées sur un plan
d'artention aux stimuli externes tradui- rexique ayant développé une psychose, ils social et psychique. La rigidité des choix
raient quant å eux le surinvestissement du émettent Fhypothèse que ce changement alimentaires couplée à une intolérance
soi (on fait plus attention à tout ce qui se des habitudes alimentaires serait la tra- pour ceux des autres provoque générale-
passe en soi, au détriment de ce qui se duction diune rupture darts la perception ment un isolement social - réel ou perçu-,
passe à l'extérieur] et les troubles de la de soi, et le controle sur la nourriture ce que rapportent plusieurs jeunes lles
mémoire de travail résulteraient d'une dif- serait alors une façon de compenser la prises en compte dans le projet «Healthy
eulté å garder en mémoire autre chose perte de maitrise de soi caractéristique anorcxia ››. Comme Lucy, 20 ans, qui
que les pensées et préoccupations liées il d“un début de psychose. explique quielle préfère cuisiner chez elle
la nourriture et a l'image de soi. et manger chez elle, seule de préférence et
La rigidité cognitive qui en résulte se ousno La saturé Reno tvtntnoe que, lorsqu'elle doit sortir avec des amis au
traduit alors par l'impossibilité de dévier Cette tendance à falimentation ultra- restaurant, elle préfère manger avant et ne
du mo-de d'alimentation que lion s'est xé, saine et les resnictions qu'elle engendre rien commander sur place. Le discours
quand bien mème celui-ci siavérerair nocif ne sont pas sans conséquences. Parmi les diabolisant et culpabilisant des personnes
(et donc, contre-productif par rapport à plus notoires, les différentes études de cas qui suivent un régime alimentaire particu-
l'objectif de base), comme c'était le cas du rapportent généralement des complica- lier est parfois lui aussi un handicap social,
jeune ingénieur décrit plus haut. Le fait dc tions médicales et sociales. Les complica- ou en tout cas un frein a la fonction sociale
juger son corps comme un temple parfait tions somatiques sont dues a la restriction de se retrouver autour diun repas. il est
et pur traduit bien ce surinvestissement des nutriments, la malnutrition ou le alors difficile pour la personne de com-
du soi, qui se fait généralement aux jeûne; comme ciest le cas pour un autre prendre pourquoi ses proches continuent
dépens des autres, puisque le caractère jetme homme, dont la situation est décrite a manger ce quielle-mème considère
social de la nourriture est purement et par une équipe coréenne en 2011. Ce der- comme un poison. Cette culpabilisalion se
simplement exclu de la logique. En n, nier avait pris la décision de se nourrir mèle bien entendu a une culpabilité

i'*i'E.'l-ClIci:ol:rrl1 "iE
vis-a-vis de soi-mème dans le cas où le par exemple. On recense en effet å la fois
régime alimentaire viendrait a étre trans- plus de troubles alimentaires chez les
lil. \large et al., Evi- gressé, avec toutes les conséquences que véganes et végétariens [9 des 25 partici-
dence and gaps in the l'on peut envisager sur liestime de soi et pantes du projet « Health anorexia rr, soit
literature on orthorexia l'humeur. 60 ira, contre une prévalence de 3 'lé dans
nervosa, Ear. and ii-“bright la population générale), ce qui s'expli-
Disortf., vol. 1S,pp. 103- orérérrcrens, seonrrrs. véortnes... querait par le fait que ce mode dialimen-
lll. 2013. De fait, la forme du discours que l'on tation légitimise la restriction alimen-
lil. Ill. C rtvrright, Eating tient sur lialimentation est un terrain pré- taire pour soi, mais aussi aux yeux des
disorder emergencies: paratoire à liorthorexie elle-mème. Selon autres. Il est plus acceptable de manger
understanding the ime étude publiée en 2003 par une équipe moins ou de refuser un plat parce quion
medical eomplexities of italienne, le trouble serait très présent est végétarien... comme c'est aussi plus
the hospitalized eating
(avec une prévalence de presque 30 vir] facile quand on est intolérant au gluten.
disordered patient, Crit.
chez les athlètes. Une autre équipe de Arguments éthiques, arguments de
Care r"'*r'trr's. Carr, Norrîfr
slrrr., vol. lfr, pp. SL":-530, chercheurs, allemands cette fois, retrouve santé et restriction: qui précède qui?
2004-. des proportions plus importantes chez des
diététiciens; ce qu'on observe aussi chez DIFFICILE DIAGNUSTICI
L. iii. Donlnl et ai..
firthnrexia ncrvosa:
des étudiants en médecine et chez des Sur base des critères formulés à l'ori-
validation of a diagno- artistes, selon des études de chercheurs gine par Steven Eratman, une équipe de
sis questionnaire, Eat de l'université Haceteppe è Ankara. Par chercheurs italiens a créé une échelle
iiferjghr Dr'sord, vol. 10, ailleurs, mème chez des «non-sp-écia- composée de 15 questions telles que
pp. ZB-32, 2005. listes rr, la tendance augmenterait propor- «Pensez-vous que manger sainement
T. Irl. Dunn et 5. Bratman, tionnellement avec la fréquence des exer- permet d'augmenter l'esrime de soi? ››,
Un orthorexia ncr- cices physiques selon une étude publiée «Est-ce que vos choix alimentaires sont
vosa: A review of the en 2008 par une équipe de chercheurs conditionnés par votre préoccupation
literature and proposed suédois. Le culte du corps et l'obsession de pour votre santé?», ou encore a5eriez-
diagnostic criteria., fiat la santé ou de liimage de soi en facteurs vous disposétel å dépenser plus d“argent
Hefrav., vol. 21, pp. il-if, ambiants seraient donc l'origine d'une pour manger sainement? « (voir le ques-
2016. tendance plus marquée à développer des tionnaire page Stll. La personne interro-
conduites orrhorexiques? gée répond å ces questions sur une
Pas seulement. Parfois, il est aussi échelle de 1 [pour vjamais rr) a 4 (pour
question de l*teuf et de la poule, comme «toujours rr), et obtient au total un score
avec lialimentation non seulement saine, variant de 15 à 60 points. Les auteurs de
mais qui trouve aussi une justification cette échelle, appelée Drtho-15, ont
éthique: le véganisme et le végétarisme alors estimé la limite des comportements

r /
I*
Les personnes qui
passent beaucoup
de temps à entretenir
leur corps sont exposées
ill iiorthorexle car
elles se po-sont plus
fréquemment la
-\._ question cie ce qui est
bon ou mauvais pour
leur organisme. Un souci
qui reste bénéfique tant
qu*iI ne devient pas
Ê',
Luml
shuitentocl lcaom c-ob
obsesslonnel.

H'B'i-Dcl:oI:r|'llü'IIE
"l*'IIi (;iLiiÎi'l`II}I]iHl\lE Îltl ftfes till c Hl¿',UUFfBl'llEl'lf tlrll§l7l6ltl't1.ir'E
EURTHGHEKIE. HDLIVELLE *DEEESSIDH DU MANGER SAIN

'L Iiiluancl vous mangez, faites- E. Series-vous rlisposele] a 'I"i. Pense:-vous que manger E. Vous sentez-vous
vous atlen on au nombre dépenser pitre pour tie la nounlture saine coupable lorsque vous ne
da calorlas contenues dans manger plus sainement? change votre style de vie mangas pas asaas
votre nourriture? IIEEE-".'IlEI (ia frórμence cle vos sainement?
IÎEEEEEJ sorties. la fréquentation de
Em vos amls...lt
IIEII IEEE IIE.;.""'.i.'r."EI
EEEIUI Em EEIEJI
1. Passez-vous pllrs de trois
2. llluantl vous entres dans heures parleur a penser 11. Pense:-vous que la plupart
un magasin cfaiinentalion. i cie la nourriture? cles aiinents que nous
-eee-s-vous clåaorientélefi' iïîiîfiiiîl 12 . Pennes-vous que consommons a|.1ourcl'hui
E il î consommer des aliments sont melaalns?
EE'F..".i.'r."-"."uIl sains pounait améliorer
Em votre apparence?
EÊEIEE Em]
EEEEIE
Em [IEEE
S.Pouves-vuusvnusoctrerfnr
3. Au cours cles trola rlamlara rleaécartsparrapportaun
mois. avez-vous été régime? 15. En ce moment. elles-vous
****°..,....“*.¢l:rc.““
nourrihrre?
EEEEE seuils) quantl vous prenez
vos repas?

EEEUE la I'
gg
EIEIEI
Iïîîril
IIEEEH
B. Pense-s-vous que votre
IIEIEE
humeur a un impact sur votre
comportement almentakei'
4. vos choix alimentaires EEEÎEE
sont-lis conrltlonnés par
votre souci cfltna un bonne Em
sarrté?
E îiî
Em
10. Perrsas-vous que la
conviction cla manger
uniquement des cho-sas
saines augmarna l'astlma
Et llluanti vous mangez. tla sol?
le goût compte-t-I plus EÈEE
que la qualité?
Em
Em [IEEE

Source: l. lvl. Donlnl et ol.. Clrlrlorexla nervosa :


validation of a diagnosis questionnaire, Eot llrleighr
cream.. vrs. 1o. an. ra-az. zoos.
«sy1nptdrnes=-=- sont rarement en danger

PETIT LEXIQUE ORTHOREXIQUE vital, mais qu'il faut commencer à s'in-


quiéter si un sujet siisole socialement et
développe des problèmes de santé.
CRUDIVORISIIIE: n'lngérer que des aliments crus pour conserver les nutriments et éviter
certains effets néfastes (et encore mal déflnlsj de la cuisson. Les rrudlvores peuvent être LES HELIGICIHS ALIMENTAIRES
omnivcres, fruglvores. granrveres ou liquidarlens luniquement jus et smoothlesl. Diun autre coté, on ne peut nier que
FRUGNDRISHE: ne manger que des fruits (parfois tueillis moins de 15 minutes nous vivons dans une société pathogène
auparavant, pour conserver les antioxydants). qui, dans un contexte dianxiébé, peut éle-
GRAHIVURISIIIE: ne manger que des graines ltournesol, luzeme, all, olgnonl, volre ver les impératifs spirituels, esthétiques,
germées (pour absorber de r rénergie vivante rj. voire alimentaires au rang de priorités
absolues et sécréter des compulsions.
VÉGAHISIIIE: ne consommer aucun aliment issu de l'animal ou de son exploitation.
Certains auteurs, comme Linn Haman,
PALÉO: alimentation très faible en carbohytlrates qui exclut les céréales, les légumineuses parlent d'hygiénisme pour qualifier cette
et les produits laltlers et engage a ne consommer que des aliments non transformés tendance de nos sociétés. Il siagirait d*une
(viande et poisson issus de llères courtes, frults et légumes de saison, oléagineux, bonnes construction sociale de la santé, domi-
graisses comme l'avocat ou l'huile de cocoj. nante dans nos sociétés occidentales, cen-
HIACRDHUTRITIDH: consiste a définir un taux d'ingestion pour chaque macrcnutriment trée sur l*efforr et la promotion de l'hy-
(protéines, lipides, glucides) et a manger en conséq uence. giène et extrèmement présente dans les
llllICR0llIUTRlTllIl|l: allmematlon basée sur des suppléments alimentaires pour vlser un médias. Cette nouvelle conscience de la
état de santé optimale, ou recherchant la présence de certains micronutrimerrts santé. qui voit le jour au début des années
(antioxydants, oméga-3, vltamlnes minéraux, etc). 1920, remet la responsabilité de cette
dernière sur les épaules de l`individu. Elle
CHROIll0ilUTRITIOiI: pratique alimentaire fondée sur des moments d'ingestion en fonction
devient une affaire personnelle, un
de la qualité de la nourriture (gras le matin, léger le soir, sucré vers 15 heures).
devoir, qui doit ètre atteint en se concen-
.IEIIIIIE lllTERlrll'lTEllT: consiste a prévoir au moins 15 heures de jeûne chaque trant sur son corps et en le traitant avec
jour etfou à jeüner totalement deux jours par semaine. discipline et morale. Le problème, comme
le souligne une étude canadienne parue
en 2012 dans la revue Appetite, c'est que
« normaux» à un score de 40. En deçà, la un impact de Porthorexie sur la vie quo- la recherche constante d*information,
personne peut étre considérée comme tidienne et la santé, seulement 1 'lé d'un couplée aux contradictions et a l'instabi-
orthorexique. Depuis la parution de cet échantillon de presque 500 étudiants lité des rr avis d'experts rr, génère beau-
outil, les études concernant la prévalence souffrirait réellement de ce tmuble. coup dianxiété dans la population. Les
de Forthorexie se sont multipliées. individus sont alors responsables de leur
Cependant, la plupart des mesures se MALADIE IIHEIIITALE UU ECICIALE? santé alimentaire tout en étant baignés
sont avérées problématiques pour deux Uinclusion d“une catégorie diagnos- dans un système alimentaire complexe,
raisons. La première, c'est Pabsence tique supplémentaire au sein des classi- opaque, contradictoire et où les solutions
d'autre mesure pour évaluer l'orrhorexie. fications des maladies mentales est un proposées pour retrouver la santé sont
Dr, la qualité principale d'un test imesu- choix délicat, tant l“impact sur Pidenti - provisoires et pour la plupart inefficaces.
rer ce qu'il est censé mesurer] est en cation, la gestion et la prise en charge La surmédiatisation de ces messages
général évaluée par comparaison avec des personnes concernées s`en trouverait étant pour beaucoup dans la tendance
d'autres tests évaluant la méme chose. En fondamentalement modifié. En ce sens, qu'ils créent.
Pabsence d'autres échelles, cette mesure il est dif cile de fenvisager dans tm futur Néanmoins, au-dela du questionne-
est impossible. Deuxièmement, les ques- proche. car les critères diagnostiques ment sur la validité scientifique du
tions seraient trop globales, de sorte que sont à améliorer et de meilleures mesures concept et la responsabilité de notre
le test engendrerair trop de faux positifs. restent a dé nir. Néanmoins, c.es obs- société envers celui-ci, a nous de nous
La raison évoquée étant quien général, tacles, inhérents à la naissance diun interroger sur liintérèt diune reconnais-
un élément important dans le diagnostic concept, ne doivent pas nous engager à sance diagnostique de Forthorexie. A qui
des maladies mentales est l'impact des adopter des attitudes extrêmes au regard proliterait la peur, opposée, de tomber
conduites sur le plan social, profession- de liorthorexic. lIl'un cfrté, on ne Peut dans des habitudes de vie « trop saines ef'
nel et personnel. Dr dans Péchelle Drtho- ignorer les conséquences que de tels L'orthorexie n'est-elle quiun pan du lobby
15, aucun item n'évalue cet aspect. L*une comportements peuvent avoir. Plus ces des industries agroalimentaires qui nous
des dernières études en date, parue en diètes sont restrictives et difficiles à engage il nous détacher de la qualité des
février 2016 dans la revue Eating and suivre, plus elles ont du succès, souligne aliments que nous ingérons? Une
Weight Disorders, indique que si lion Bratrnan; concédant que la plupart des controverse qui, somme toute, nien est
considère a la fois le score à l'Drtho-15 et personnes présentant ce genre de elle aussi quia ses débuts. I

H'E.'l-ClIcl:ol:|rl1 "iE
ss M ÊHIUÉFE

Comment les
'motion for
nos sou I1lI"
Par F. Eustache, E. Desgranges, E. Giffard et E. Guillerv-Girard, unité Inserm
l.-'toii'-EPHE-l.»'h'IC«iEN.. i't"e.uropspehol'ogr'e et imagerie de Ia mériter're frurnrrirre, ri Caen.

Pourquoi nous rappelons-nous tous où nous étions


lejour des attentats du 11 septembre 2001?
Les neuroseienti ques ont découvert des liens
entre émotion et mémoire au coeur de nos neurones.

ttentats du 11 septem- (Test pourquoi la mémoire joue un rôle


bre 2001 à Hevr iforlt, de Paris en 2015, de Nice déterminant dans la construction de l*identité.
le 14 juillet 2016: des moments impossibles à EN BREF Elle représente notre relation au temps qui
oublier, chargés en émotions négatives. Mais Un mémorise tl*autant passe: le passé, le présent, mais aussi le futur,
aussi les déjeuners que votre grand-mére vous pré- plus une situation r|u'elIe avec la faculté de se projeter dans l*avenir. La
parait tous les dimanches, la salle d*accouchement est riche en émotions mémoire «conserve == des informations autant
où vous avec vu naître vos enfants: d'autres sou- positives ou négatives. qu'elle les asélectlonnev; et c'est en partie au
venirs riches en sensations positives. La vie est travers du filtre des émotions que s”opére ce tri,
De même, u n
ponctuée de moments émotionnels forts, d'événe- événement traumatique pour aboutir à une représentation cohérente de
ments tristes, parfois tragiques, mais aussi de ressurgit plus facilement soi et du monde.
situations heureuses, positives. Leurs effets sur Iorsqu*on se sent mal. et Outre les situations extrêmes suscitant un
Félaboration de la personnalité sont parfois béné- un souvenir agréable sentiment intense, les travaux scientifiques
lorsque tout va bien.
fiques, parfois délétéres [comme lorsqu*un enfant suggèrent que même une émotion modérée
subit un grave traumatisme psychologique), mais Les interaclions entre facilite la mémorisation. Pourtant, pendant des
jamais négligeables. Tout ce que nous vivons et deux centres cérébraux, siècles, philosophes et scienti ques ont opposé.
mémorisons participe à ce que nous sommes. l'amvgtlaIe et raison et émotions, pensée logique et senti-
l'hlppocümpe,
Uidentité correspond à la conscience que l“on expliqueraient ces liens ments, considérant les seconds comme une
a de soi, une représentation et une entité que l*on entre nos émotions et entrave au fonctionnement des premiers. Ils
parvient progressivement a dégager de l'en- noire mémoire. ont longtemps essayé de les séparer. Ainsi, les
sernble de ses comportements et de ses senti- études scienti ques sur La mémoire, menées
ments. Elle forge en partie la personnalité, les par Hermann Ebbinghaus au xix" siècle, por-
caractéristiques ou traits d'un individu que l'en- taient sur des syllabes sans signification pro-
tourage perçoit. Toutes deux, identité et person- noncées par un individu «isolés de son envi-
nalité, se construisent selon les événements que ronnement. Aujourd'hui, les neurosciences ont
l'on mémorise, plus ou moins bien en fonction des montré au contraire que les émotions, et la
émotions qui leur sont associées. façon dont nous les percevons ches autrui et les

Cern-ä
r«i'ai-oeraauso1c
I*
La plupart cles
événements que nous
vivons sont associee
à une émotion, plus
ou moins intense, qui
intervient dans leur
mémorisation. Ces
souvenirs iorgent en
partie notre identité.

-sí-

_-.J

xl'

ut crsioelacom
.-lfiafrnofre
corrrrrrsr-rr Les Éraorrorvs |=or-'user-rr' Nos souvsrvres

échangeons, sont nécessaires au fonctionne- - lviais sous l'effet d'un sentiment, un troisième
ment cognitif, en particulier a la mémoire, et à paramètre change: notre expérience subjective
la construction de notre identité. et notre pensée. Par exemple, une personne qui
Les émotions provoquent différents change- est stressée parce qu'elle a peur de mal faire
ments physiologiques, comportementaux et sub- mémorise toutes les situations où cela se produit,
jectifs. Longtemps, les chercheurs ne se sont inté- notamment au travail, de sorte qu'e1le ne se com-
ressés qu“aux manifestations corporelles: porte plus de la méme manière ; sa personnalité
modification des fréquences cardiaque et respi- peut alors étre modifiée, elle ne communique
ratoire, du débit sanguin, de la transpiration plus avec ses collègues... üù sont intégrées toutes
cutanée... Puis les réactions comportementales ces transformations ?
ont fait Pobjet d'investigations; sous l'effet des (Test dans une partie du cerveau appelée svs-
émotions, nous agissons et anticipons un mouve- térne limbique que les érnotions et les souvenirs
ment et nos expressions faciales et vocales se rejoignent. Ce svstéme comprend un ensemble
changent. ijorganisme réagit ainsi rapidement à de structures dont Pamvgdale et Fhippocampe.
un stimulus. Par exemple, si nous sommes Des élements clés qui peuvent être airérés indé-
effrayés, nous fuyons - ou nous combattons. pendamment dans certaines pathologies (voir
Fencodré ci-contre).
Comment les émotions interagissent avec la

naux zoNEs _ mémoire? Elles facilitent à la fois -rl“enco-dage a,


la «consolidation» et le «rappels des souvenirs.

CEREBRALESCLES Uencodage est l*étape qui permet à une informa-


tion d'entrer dans la mémoire. Plusieurs études
ont montré que si une émotion est associée à un
Amvgdale ren vert) et hippocampe feu rouge), *"'*"“l"9'“"*`* "“PP°““'P° stimulus, on est davantage attentif à ce dernier,
au cceur du cerveau, sont des structu res essentielles qui est donc mieux «encodé v. Un deuxiéme fac-
pour, respectivement, les émotions et les souvenirs. teur qui améliore l'encodage est la pertinence de
C-es structures interagissent souvent. mais pas Pinforrnation pour une personne donnée: plus
toujours... l.'équipe du neurobiologiste Antonio l'événement est en accord avec nos objectifs à un
Damaslo a rapporté le cas d'une patiente atteinte de moment particulier, plus il nous satisfait, voire
la maladie d'UrbaclHH'ied1e. qui provoque une nous fait plaisir, et plus nous le retenons. En n,
calcification compléte de Famvgdale mais épargne la rareté d*une situation fortement émotionnelle
l'hippo-campe. Cette personne, une Américaine de implique une notion de surprise qui accroît l'at-
30 ans. ignorait la peur et était incapable de lire cette tention et la vigilance. Ainsi, un stimulus est
émotion sur le visage d*autrui - car son amvgdale ne fonctionnait plus -, mais d'autant mieux mémorisé que nous y sommes
elle était nonrralement intelligente et se souvenait de tout- car son hippocampe attentifs, qu*il est pertinent ou rare. Dans ce cas,
était intact. Toutefois. son attitude envers les autres était surprenante: non il provo-que une myriade d'émotions.
seulement, elle était agréable et joyeuse, mais elle semblait aussi avide d*entrer en
contact avec toute personne qui Fapprochair. Elie se faisait facilement des amis, Les Étapes oe La rrrérvroersarronr
avait beaucoup de liaisons amoureuses. se Iaissarrt souvent abuser par ceux a qui Que se passe-t-il dans le cerveau? Différents
elle accordait toute sa confiance. «Sansa amvgdale, elle avait donc une personnalité travaux ont montré que l'amj,rgdale s*active lorsque
extravertie, voire extravagante. lirntoine Eechara, professeur de psvchologleà l'on présente des images ou des mots déplaisants å
l'université de Californie du Sud. et ses collegues se sont quant a eux penchés des sujets. Toutefois, il semble que liimplication de
sur tmis patients: le premier présentait un dysfonctionnement de l*a mvgdale, cette structure cérébrale dépende plus de l'inten-
également dû a la maladie d'iJrl:racir-tliiietlret le deuxieme soutirait d'une atteinte sité du stimulus que de sa evalencea, c'est-à-dire
de |'hipp-ocampe liée a une démence neurodégénérative: et le troisième avait une s'il est agréable ou désagréable. En 2004, les neu-
lésion des deux structrres, à cause ri*une encépbaiite [une in ammatlon cérébralej. robiologistes Elisabeth Warrington et Suearme
Les chercheurs leur ont montré. ainsi qu'il un sujet sain, des diapositives colorées. Corltin ont bien mis en évidence ce phénomène;
dont l'une, bleue. était associée a un son effrayant. Quand ils leur présentaient elles ont em'egistré Pactivité cérébrale de partici-
ensuite la diapositive bleue, sans le son, leur réaction dliférait; la personne non pants pendant qu'ils mémorisaient des mots émo-
malade était eifravée [c'est un ré exe dit de peur conditionnée). tandis que celle tionnellement positifs et intenses, et des mors émo-
atteinte d'une lésion de famvgdale n'avait pas peur, mais se souvenait d'avoir vu tionnellement négatifs, mais peu intenses. Puis
l'image. Chez le patient souffrant d'une lésion de lhippocampe, c'était I*inverse: elles évaluaient comment les sujets recomtaissaient
il avait peur. mais n'avait aucun souvenir - conscient- dela diapositive. les termes. Résultat: plus les mots étaient chargés
Et la personne cher qui étaient endommagées les deux structures, en émotions - positives dans ce cas -, plus Pamvg-
amvgdale et hippocampe, ne réaglssait pas. dale s*aciívait et plus les participants s`en souve-
naient, comparés aux termes négatifs.

H'E.'l-ClIctorI:r|'l1 "lE
Ces effets, comme nous l“avons dit, concernent événement public marquant, largement partagé,
l'encodage des souvenirs. Mais après cette pre- par exemple lors des attentats du 13
mière phase où ils entrent dans notre mémoire, les novembre 2015 ou du 14 juillet 2016 (à condition
souvenirs font llobjet dlun deuxième traitement cle ne pas avoir été directement impliqué, ce qui
nommé consolidation. Une information, quelle correspondrait à une autre forme de mémorisa-
qu'elle soit, n'est en effet pas stockée immédiate- tion, plus traumatisantej. Uimportance de la
ment, et un certain temps est nécessaire a n situation, l*effet de surprise et la charge émotion-
qu'elle soit stabilisée. Au cours de cette phase de nelle associée permettent de mémoriser le
consolidation, le souvenir est encore labile: la contexte précis au moment de Papprentissage: le
«trace mnésiquev peut alors étre renforcée ou lieu où l”on se trouvait, ce qu“on faisait, ce qu*on
affaiblie. Et les émotions interviennent à nouveau a ressenti, comment on a réagi...
å ce moment-là.
LEE SUUVEHIRS *I FLASHS*
LES ÉHDTIDHS .i!'r.Hi'.îRElilT LES SDUVEHIRS Ces souvenirs ashs portent souvent sur des
Un certain nombre de travaux, dont ceux de événements très si:ressants qui peuvent alors pro-
James lvtcüaugh à l“université de Californie, ont voquer un syndrome de stress post-traumatique. En
révélé que le rappel d'informations émotionnelles tant que tel, le stress est la plupart du temps utile:
est meilleur que celui de données neutres, surtout e*est une réaction psychologique, physiologique et
si cette récupération a lieu quelques heures ou netuobiologique d'alarme et de défense, que l“orga-
quelques jours après leur encodage (voir Fencddré nisme développe face à une agression ou à une
page Bé). Preuve qu`un délai de rétention est menace pour protéger son intégrité physique et
nécessaire et que l*étape de consolidation est psychique. Un focalise alors son attention sur la
optimisée par l'émotion associée au stimulus. situation menaçante, de sorte que les capacités
Comment expliquer ce phénomène? Les émo- mentales ainsi que les ressources physiologiques
tions favorisent la consolidation des traces mné-
siques vin deux mécanismes notamment: le par-
tage social (on a davantage tendance å parler Nous ne nous souvenons pas de
d'une situation émotionnelle que d*un événement
la même maniere des différents
\

neutre] et les ruminations mentales [on se rap-


pelle plus souvent un fait troublant ou agréable).
En ce qui concerne la troisième phase, la récu-
événements qur jalonnent notre
pération en mémoire d`un événement, elle est ni-
butaire des étapes d“encodage et de consolidation.
vie 1 selon les émotions qui leur
Les émotions augmentent non seulement le rappel sont associées.
d'une information, mais aussi sa précision; on
parle de «majoration» émotionnelle. Lorsqulune pour l'afl`ronter augmentent. Mais dans certains cas
situation a rme composante émotionnelle légère à d'expériences traumatisantes, le stress est si intense
modérée pour un sujet, par exemple le jour de que la réaction n'est plus adaptée et perdure, ce qui
l'obtention de son permis de conduire, Pactivation engendre parfois un syndrome de stress post-irau-
progressive de l'amygdale stimule Thippocampe, matique: en Europe, presque 2 persormes srn' 100
ce qui augmente la précision du souvenir. En sont concernées au cours de leur vie.
revanche, si l*émotion gagne en intensité, par Cir certains des symptômes de ce trouble sont
exemple on a un accident de voiture lors du pas- liés a la mémoire. Le patient souffre de revivis-
sage du permis de conduire, llactivation de l'amyg- cences involontaires de l*événement: souvenirs
dale augmente jusqu'a ce qu'une inversion se pro- intrusifs, réves d'angoisse, hallucinations. Ces
duise: l'bippocampe est partiellement inbibé. D'oir états provoquent un sentitnent de détresse, car le
une perturbation de la consolidation du souvenir, sujet revit les aspects sensoriels et émotionnels de
notarnrnent de ses aspects contextuels, et donc de la situation comme s'ils se reproduisaient dans le
son rappel: on peut oublier qui était présent dans présent. Le patient évite, volontairement ou pas,
la voiture å ce moment-lå. tout ce qui lui rappelle le traumatisme, a des dif-
Nous ne nous souvenons donc pas de la méme ficultés à se souvenir de certaines caractéristiques
manière des différents événements quijalonnent de l'événement et a des croyances négatives sur
notre vie, selon les émotions qui leur sont asso- lui-méme et sur le monde. Hypervigilance, réac-
ciées. Les souvenirs «flashs» illustrent bien ce tions de sursaut et troubles du sommeil jalonnent
principe. Ce sont des souvenirs vivaces des cir- son quotidien: sa vie est profondément perturbée,
constances durant lesquelles on a vécu un ainsi que sa façon de penser.

I'*il'E.'l-ClIctorI:r|'l1 '1E
.-i-iafrnofre
corrrrvrrsr-rr' Les Éraorronrs For-trssrvr Nos souvsrvres

Les troubles de la mémoire dans ce syndrome La théorie la plus aboutie est celle de la double
correspondent a la fois ir une augmentation et à représentation, proposée par le psychologue bri-
une diminution de certains aspects du souvenir: tannique Chris Brewin et ses collègues. Elle repose
la vivacité des flash-baclr et des cauchemars sur Fintégration des souvenirs conscients et incons-
contraste avec la faible capacité des patients a se cients de Pévénement. Un déséquilibre entre un
rappeler consciemment d'autres détails de la situa- encodage excessif des informations sensorielles et
tion. Ce qui correspond å des distorsions dans une faible représentation du contexte (temps,
l'encodage de l'événement. Les détails centraux espace] serait en cause. Deux systèmes inter-
sont mieux mémorisés que les aspects contextuels. viennent: llun dit «de mémoire perceptive rr, l'autre
Par exemple, attaquée a Parme blanche, une vic- «de mémoire contextuelles. Le premier met prin-
time se souvient souvent du couteau, car elle y a cipalement enjeu Pamygdale et encodé les aspects
été très attentive, mais rarement du visage de perceptifs et émotionnels de Pévénement dans un
l'agresseur. Comment expliquer ee phénomène ? cadre de référence -ségocentrérr. Ces données ne

LE

DANS LA MÉMORISATION ›
on se souvient en général mieux d'une situation chargée
Événement
HEUTRE

î
-
__ _
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1:
_ _ _ _
'-
,Événement
ElrlCiTIûl'~ihlEL

1 . _ _

en émotions - positives ou négatives - que d'un événement .,_ _ _

-r .-. _
'.'*_rI"
r '-.
'1 -1

anecdotique ou neutre. En effet, plus un fait est rare et important _.

pour nous, de sorte qu'il nous procure des sensations et sentiments _ -",_-_.--
agréables ou déplaisants. plus on y préte attention, ce qui améliore _ l'-ioradrénallne
son encodage et sa consolidation en mémoire, et facilite par voie __
_'"'«r~"'
._ HÈ
de conséquence son rappel. Les études de patients présentant .__ _ ,_ _, .__ 'ri
r. '“t̀.-
des lésions cérébrales et les travaux de neuro-imagerie révèlent
Plmportanoe des hormones de stress iadrénailne, noradrénaline,
cortisol notamrnentj et du système hippocampe-amygdaie, au centre
*til
't_.tliîfiÎ`iWi"s* -ip ippocarnpe " .,, -"'_"_`-5-l-""*

' H ff 'lrfišgl-li
du cerveau, dans la mémorisation des informations émotionnelles. * I'_ Système
I ir"-|p_a:th|qu,E ______________________:
Les patients qui ont une lésion de Famygdaie, une petite région cérébrale
richement connectée à d'a utres aires. v com pris l'hipp-ocampe, réagissent
toujours de façon physiologique aux stimuli émotionnels, mais ne
béné cient plus de leur charge émotionnelle pour les mémoriser. James rrtirénaiine
irictiaugh et Larry Cahiii, de funiversité de Californie è Irvine, ont étudié . _ rl
comment les hormones de stress renforcent la consolidation en mé moire
d`une situation qui provoque leur sécrétion. Ils ont montré cher des Glande
participants qu'un événement émotionnel entraine i`actlvation de médullosurrenaie ,
famvgdaie, puis celle du systéme nerveux dit sympathiq ue. qui provoque Noradrénailne
a son tour la sécrétion de ces hormones, notamment de l'adrénailne ,. - centrer
et de la noradrénaline. par la glande médullosurrénaie [située audessus
des reinsj. De sorte que des récepteurs adrénergiques sur le nerf vague _ '' pif
[rr reliant: fabdomen au cerveau) sont activés, ce qui permet, après
plusieurs étapes, la libération de noradrénaline dans diverses régions
cérébrales, dont famygdale. Cette homrone stimule alors les récepteurs
ï _ i }
rr, -_-l- _
_ C _ `lllll _.¿~*ï,r
noradrénerglques de famygdale, qui amplifie la consolidation rrl rl . r *'-iq f
r
delinfomration émotionnelle en interagissant avec fhippocampe. Rain
\li ' ` il I * 'L _
I I li '-'rr,|':-lm|lr'.l_"'*
Au contraire, quand un événement est neutre, il est encodé au niveau ml

de l'hippocampe sans sécrétion des hormones du stress ni activation -73, _'_.-I"

de l'amvgdale et des structures llmbiques associées. ll est alors moins


bien retenu. Eamygdaie et les structures llmbiques modulent donc
la consolidation des souvenirs chargés en émotions, sans toutefois
étre indispensables. `
_ÎL.
CrirÊ.'1etlhuattr:stiro-cL.nul'L-"I'jflnca_rpIt.a.r't

H'E.'l-ClIctorI:r|'l1 '1E
sont pas accessibles de façon intentionnelle, mais [Washington est la capitale des États-Unis] et sur
sont réactivées par des états internes ou des indices soi [je suis quelqu'un de plutét tirnidel.
environnementaux et se traduisent par des images Les souvenirs autobiographiques sont le socle
mentales dif ciles à exprimer. Le second dépend de notre identité, mais ils ne sont pas gés dans
de l'hippo-campe, qui enregistre le contexte spatial le temps. Ils sont constamment réinterprétés,
et temporel de l'événement dans un cadre de réfé- modi és, reconsolidés, selon nos aspirations et
rence «allocentréa [extérieur å soil. Contrairement nos objectifs. Uintensité émotionnelle joue un réle
aux informations perceptives, ces aspects peuvent majeur dans ces différentes étapes. lviais la
étre rappelés de façon intentionnelle et consciente, valence du sentiment [s'il est plaisant ou pas)
et sont facilement verbalisables. intervient également. Par exemple, une personne
Le syndrome de stress post-traumatique cor- souffrent d'un stress jeune se rappelle souvent mieux un stimulus
respondrait donc à un faible encodage du contexte post-traumatique au négatif que positif et c'est l'inverse chez les sujets
de la situation, ce qui entraînerait une «décontex- cours de leur vie, ce qui plus âgés. Probablement parce que ces derniers,
tualisationr- lors du rappel. Ainsi, le souvenir ne affecte profondément le temps leur restant à vivre diminuant, cherchent
serait accessible que de façon involontaire vie des limage qu*iis ont davantage les grati cations immédiates et recons-
images perceptives détaillées, s“exprimant par des tl'eux-mérites. truisent les événements du passé de façon plus
flash-bacl-t ou des cauchemars et faisant revivre a agréable que les personnes jeunes.
l'individu les aspects émotionnels du traumatisme
comme si la menace était encore présente. HEUREUX. Cilii RETIEHT MIEUX
Les résultats obtenus en imagerie cérébrale Les événements Ptarsanrs
renforcent cette théorie. En effet, chez les patients, De façon plus générale, la récupération d'un
on observe une hyperactivation de l'amygdale, événement en mémoire dépend de la représenta-
souvent associée à une atrophie de l'hippo-campe. tion que l'on se fait de soi: elle est meilleure
lviais on ignore Porigine de cette dernière: est-ce quand le souvenir est cohérent avec notre iden-
une catrse ou une conséquence du syndrome ? On tité. .Si une personne a tme image positive d'elle-
constate également une réduction du volume et de lt Bordeaux du 19 au méme, les expériences plaisantes sont plus sus-
llactivation des cortex préfrontal médian et cingu- 25 septembre: ceptibles d*étre en accord avec ce qu“elle est et
laire antérieur qui sont impliqués dans l'évaluation la deuxième édition de donc plus facilement rappelées. À l'inverse, les
des émotions. Ces régions ne réguleraient plus la Semaine de la mémoire, patients souffrant de dépression ou de stress post-
llamygdale, alors trop active, d*où une altération organisée par traumatique ont une faible estime d*eux-mémes
du fonctionnement de Fhippocampe. Er donc un Pobsenratoire Ei2'ii de et se remémorent davantage les faits négatifs,
souvenir de la peur associée à Févénement plus la mémoire. Conférences, voire oublient ou nient les souvenirs agréables.
élevé que celui de son contexte. projections, ateliers. Les émotions ont donc un rfrle potentiellement
signatures sur les thèmes déclencheur et modulateur de la mémorisation,
Les souverrrras Foerservr rvoree roerrrrrré du souvenir, des émotions, mais elles n*expliquent pas totalement la recons-
Un autre domaine où les émotions intera- de la maladie difirlrheimer.. truction du souvenir sur le long terme. Celle-ci
gissent fortement avec Pidentité est celui des sou- Programme : dépend d'aspects plus fondamentaux de notre
venirs autobiographiques. Ce concept a été forgé semainedelamemoire.ir personnalité et de notre identité. Le philosophe et
par le psychologue britannique Martin Conway. Il neuropsychologue américain Stanley Klein a ainsi
souligne les liens entre mémoire et identité, et prop-osé une représentation du soi complémen-
s'inspire de la distinction entre mémoire épiso- taire de celles de Tulving et de Conway. Comme
dique et mémoire sémantique proposée par le Tulving, il distingue les aspects épisodiques des
psychologue Endel Tulving. La mémoire épiso- aspects sémantiques, mais va au-delà en séparant
dique est celle des événements personnellement la mémoire sémantique personnelle «classique ››,
vécus et situés dans un contexte précis, que l'on F. Eustache, c'est-à-dire les connaissances générales («.le suis
appelle couramment « souvenirs «_ Conway insiste .fliérnoire et émotions. professeur et je sais conduire rr), et La mémoire de
sur le fait que, pour devenir un souvenir épiso- Le Pommier, 2016. notions beaucoup plus abstraites et fondamen-
dique, une situation doit s'inscrire dans notre par- H-|r'Le
tales sur soi («.le suis une persorme horméte--ji.
cours de vie. C'est, par exemple, le jour de l*obten- corrscicrtcc et identité, Cr not:re identité repose sur cette double repré-
tion du baccalauréat ou du permis de conduire: Du no-d, Etllfl. sentation de la mémoire sémantique, la première
avec un imaginaire associé, le symbole de liberté F. Eustache étant relativement stable dans le temps, la seconde
par exemple, et une signification pour le groupe et B. Desgranges, beaucoup plus modulable, notamment en fonction
social, ces événements remplissent presque une Les Chemins de fo des situations a forte charge émotionnelle que nous
fonction de rite initiatique dans notre société. mémoire, vivons. Un individu égoïste peut ainsi devenir
Quant à la mémoire sémantique, elle correspond Le Pommier, 2012. altruiste suite à un événement qui l'aura marqué au
aux connaissances générales sur le monde plus profond de son étre. ifinverse est aussi vrai. I

H'B'l-ElIctorI:r|'l1ü'lIE
Les clés du comporiemrort

NICOLAS GUEGUEN
Directeur du Laboratoire difrgorromie
des st-siéntm. froiierrterri de Firrforrrtorion
et comportcrnent (r.i'i.STrl'.'l ri lfrrnncs.

Le syndrome de la

Il nie t.out en bloc, refuse févidence,


se cramponne it ses opinions en tordant. la réalité...
Qui est-ce '? Peut-étre vous, it en croire
certaines experiences de psychologie.

échauffement clima- EN BREF phénomène quali é de biais de confirmation d'hy-


tique, Iaissez-mcri rire! Vous avez: vu le mois de pothèse - ou simplement de biais de confirmation.
mal c|u*on a eu? Peut-étre avec-vous déjà entendu lious traitons toutes Ce demier fait partie des nombreux biais cognitifs
les infomtations d'une
un climatosceptique proférer ce type d'« argu- façon biaisée en faveur qui orientent nos pensées ou nos opinions a notre
mente. Clbnubilé par sa conviction que llhomme de nos opinions initiales, insu. Et ce, bien que les gens siimaginent en géné-
n“a aucune in uence sur la planète, il ne retient un phénomène ral très rationnels, selon de multiples sondages!
alors que les quelques jours de pluie qui ont psychologique nomme
biais de con rmation. HDU5 VDYOHS LE I'tilûliiDE
assombri la lin du printemps dans sa région et
oublie les semaines ensoleillées qui les ont précé- Ce biais est TEL DUE NDU5 CFiD`li'Cil~i5 GiLl*lL EST
dés. Quant aux statistiques à l'échelle mondiale omniprésent et peut Une expérience menée en 1985 par François
et aux innombrables études scienti ques démon- avoir des conséquences le Poultier, de Puniversité de Rennes 2, illustre à
trant la réalité du changement climatique, elles néfastes dans les quel point nos idées préexistantes changent en
domaines politique.
sont impuissantes à le faire changer d*avis. Un roi judiciaire ou médical. profondeur la façon dont notrs percevons le monde
de llentétement, donc? et le comportement des autres. Ce chercheur a
Sans doute, mais nous le sommes tous un peu. L*imagerie cérébrale divisé les participants de son étude en deux
Les recherches en psychologie révèlent en effet montre que nous nous groupes: aux membres du premier groupe, il
laissons alors bien plus
que nous accordons une place plus importante aux guider par nos émotions annonçait qu*un enfant souffrait de troubles psy-
informations qui confirment nos opinions préexis- que par notre raison. chologiques, tandis qu'il ne disait rien de spécial
tantes et que nous négligeons ou minimisons aux membres du second groupe. Il a ensuite mon-
celles qui les contredisent ou les nuancent. Un tré à tous une vidéo de Penfant en train de jouer.

H'E*l-tÎlIctorl:rl'I1Él"lG
Les clés dn. comportement
Le svrvoeoras os La TÊTE ne Murs

Les sujets qui le croyaient perturbé se sont alors


mis a considérer ses comportements les plus ano-
dins comme problématiques, cherchant partout
des signes qui con rmeraient leur idée initiale Tentïends P fs
d“un enfant perttubé. Une peluche jetée au loin, Ce quetμ me
par exemple, devenait un signe dagressivité, alors
que les autres participants voyaient plutét dans ce dis rrLCrrS-›- \JRI
geste une marque de dynamisme.
De façon générale, les travaux scientifiques
montrent que le biais de confirmation est omni-
présent dans nos vies. Du fait des stéréotypes, de \__/""
notre éducation, de rumeurs entendues, de -H-

croyances diverses, nous avons très souvent une


opinion préexistante. Et mème quand nous n'en
avons pas, nous nous en forgeons une dès les pre-
mières informations reçues. Une expérience
menée dans mon université a ainsi révélé que si
un responsable des ressources humaines lit un cv
commençant par deux réussites professionnelles
puis un échec, il estimera le candidat plus perfor-
Rester sourd aux arguments
mant et compétent pour le Poste que si l*échec est
placé en premier. Il se forge en effet l'idée d'un
adverses active les zones
bon candidat et néglige ensuite les informatiom du plaisir dans notre cerveau.
qui contredisent cette opinion. Quand vous sou-
haitee convaincre votre interlocuteur, commen-
cea donc par vos meilleurs arguments! n'hésitent pas a proférer approximations et
contre-vérités: méme si leurs pa roles sont ensuite
PEU IMFDRTE LA FIAEILITÉ DE5 ARE-UMENT5 contredites par des arguments fiables, elles gar-
Le plus inquiétant est que même des informa- deront une certaine in uence sur les électeurs...
tions particulièrement ables échouent à nous faire Le biais de confirmation est aussi un souci
changer d'avis. C'est ce que montre une expérience majeur pour les médecins, car plusieurs études
menée en 2010 par hiyhan Brendan, de l'université montrent qu'il risque de fausser leur diagnostic.
du Michigan, et Jason itei er, de l'université d*É`.rat En 2002, Viel-ri Leblanc et ses collègues de lluni-
de Géorgie. Les participants lisaient d'abord un versité de Toronto ont par exemple présenté la
communiqué attribué au président américain description d`un patient å des internes et des étu-
Georges W. Bush, stipulant qu'il avait la certitude diants en médecine, en leur proposant un dia-
que Saddam Hussein disposait d'armes de destruc- gnostic faux mais crédible. Les sujets ont approuvé
tion massive susceptibles de tomber dans les mains cette hypothèse dans 65 'té des cas et ont réinter-
de terroristes. Puis ils recevaient une seconde prété la majorité des signes cliniques ambigus
dépéche, supposée émaner de la cut: elle précisait pour la confirmer. Ainsi, quand on suggérait un
que le dictateur ne possédait pas ce type d'armes cancer du foie, une peau bronaée était prise pour
et qu'il était prouvé que les installations et le com- un signe de jaunisse (une maladie fréquemment
bustible nécessaires ir leur fabrication avaient été associée à ce cancer), alors méme que d'autres
détruits. Des questionnaires ont alors montré que symptômes contredisaient cette explication.
ces contradictions ne changeaient en rien l'opinion Autre domaine dans lequel unjugement objec-
des participants sur le sujet. tif serait capital: le domaine judiciaire. Mais la
Si les informations de la cin, qui dispose de encore, le bât blesse. Liexpérience menée en 2003
moyens considérables pour vérifier ses sources et par Saul Kassin et ses collègues du Williams
documenter ses dossiers, n'avaient aucun effet, College, dans le Massachusetts, révèle à quel
imaginez la difficulté å convaincre vos collègues point l'opinion initiale des juges et des jurés peut
et amis du bien-fondé de vos idées è partir de influencer un verdict... et conduire nombre d*in-
quelques informations glanées dans le journal ou nocents en prison! Certains participants for-
sur internet. Combien de fois avec-vous fait chan- maient un groupe de suspects et la moitié d*entre
ger d'avis votre interlocuteur au cours du mois eux devait prendre une clé cachée dans une pièce
écoulé ? Probablement assez rarement. il niest pas pour ouvrir un meuble et siemparer de 100 dol-
étonnant non plus que certains politiciens lars ; l”autre moitié se contentait d“entrer dans la

H'E.'l-ClIctorI:r|'l1 "iE
pièce sans subiiliser llargent. Chaque suspect était derrière le lecteur vidéo? a, tandis que les autres
ensuite interrogé par un membre d'un second étaient bien plus neutres (« Est-ce que vous savez.
groupe, qui jouait le role d*enquéteur et devait quelque chose à propos de la clé qui était cachée
déterminer s'il était coupable. derrière le lecteur vidéo 'B aj.
Dès le départ, certains enquéteurs soupçon- Par la suite, les informations qui ne nous
naient fortement la personne qu`ils interrogeaient, conviennent pas sont laissées de cété, tandis que
car on leur avait dit que quatre suspects sur cinq celles qui sont ambigués sont réinterprétées.
avaient commis le larcin. À l'issue de Pinterroga- En 2006, l*équipe de Drew Westen, a l'université
toire, ils l'ont alors jugée coupable dans 42 i'-la des d'Emory, aux États-Unis, a cherché à comprendre
cas, contre seulement 19 U.-tr pour les enquéteurs qui ce qu“il se passe alors dans le cerveau. Les psycho-
penchaient à l*origine pour l'innocence du suspect. sollicités dans logues ont enregistré l*activité cérébrale des par-
Pire, ils se sont montrés plus insistants, allant une expérience ont ticipants - des sympathisants démocrates et répu-
réinterprété les signes
jusqu'à proférer des menaces. En conséquence, les blicains - par IRM fonctionnelle, tandis qulils leur
cliniques en faveur d'une
personnes interrogées ont manifesté des signes de hypothèse initiale. faisaient écouter des discours où Georges W. Bush
nervosité... aussitot interprétés comme des preuves Î et John Kerry se contredisaient. Bien sûr, les par-
de culpabilité -y compris par des «ju résv indépen- ticipants n'ont remarqué que les contradictions du
dants, comme l'a révélé une phase ultérierne de candidat qu'ils ne soutenaient pas. Plus intéres-
Fexpérience. au final, les enquéteurs soupçonneux sant, leur activité cérébrale a révélé qu'ils se lais-
n“étaient pas plus perspicaces: ils se trompaient saient guider par leurs émotions pour analyser les
aussi souvent que les autres sur la culpabilité réelle discours. Drew Westen a ainsi déclaré: «Nous
du suspect, innocentant moins de coupables mais n“avons vu aucune augmentation d*activité dans
accusant davantage d'innocents. les aones cérébrales du raisonnement. Ce que
Certes, la motivation n*était pas la même que nous avons vu, à la place, c'est l'actlvatlon d`un
dans une situation réelle. Tous les participants réseau lié aux émotions, incluant des circuits
étaient des étudiants de Puniversité et Penjeu d'un impliqués dans la régulation émotionnelle et des
succès [a convaincre de son innocence ou à trouver circuits liés à la résolution des con its.››
le coupable] n*était pas une prime ou la prison,
mais... un bon pour un repas gratuit à la cafétéria! IJIRRÉSISTIBLE PLAISIR DEAVUIR RAISDH
Néanmoins, ces résultats suggèrent que le biais de Les chercheurs ont également constaté que
confirmation peut fausser un interrogatoire : mème les zones cérébrales de la récompense et du plai-
quand un suspect est innocent, la moindre incohé- sir s'allumaient dès que les participants avaient
rence dans son histoire, le plus petit signe d'émo- abouti à la conclusion souhaitée. Pour Drew
tion seront interprétés par fenquéteur dans un sens Westen, c“est le signe que chaque fois qulun
qui renforcera sa conviction initiale. D'autres n'a- conflit cognitif est résolu en faveur de notre idée
vaux ont montré Pin uence du biais de con rma- li. Brendan et J. lieifler, initiale, nous ressentons un petit sentiment
tion à différents stades d*une enquéte, révélant par When corrections fail: agréable, qui nous poussera ir rechercher ce
exemple que des enquéteurs chevronnés jugent un the persistance of politi- résultat par la suite. D'autres travaux ont montré
témoin moins fiable siil contredit leur intuition ini- cal misperceptions. Po- que nous retenons mieux les informations qui
tiale sur la culpabilité dlun suspect. litical Beftovtor, vol. 32, con rment nos convictions initiales par rapport
pp. 303-330, 2010. à celles qui les infirment. En conséquence, ces
LE TRÀITEIHIEHT DES IHFGRIVIÀTIDHS E51' S. lrl. Itassin et oi., Beha- convictions ne font que se renforcer.
Fausse .it Tous Les niveaux vioral confrrmation in Si nous nous laissons aveugler par notre opi-
Comment expliquer que méme les profession- the interrogation room: nion préexistante, c'est donc parce que nous éprou-
nels les plus expérimentés se laissent abuser, que on the dangers of pre- vons du plaisir à la conñrmer. Mais prendre le
suming guilt, Lrnv end'
méme les informations les plus fiables ne nous temps de se demander si nous aurions fait la méme
Hu mon Befrovior, vol. ZE
parviennent plus ? Il semble que le biais de confir- pp. 13?-203, E003. analyse sans cette opinion, voilà sans doute le plus
mation fausse le traitement des données à tous sûr moyen de trouver la vérité. Ciu mieux encore,
D. L. Hamilton et
les niveaux: aussi bien leur recherche que leur chercher ce qui peut contredire notre hypothèse
R. it. Giffard, lllusory
interprétation et leur mémorisation sont biaisées. correlation in inter- - aussi désagréables les contre-arguments soient-ils
La simulation d*interrogatoire menée par l'équipe personal perception: å envisager. Bien avant que les recherches en psy-
de Saul itassin illustre a quel point nous cher- a cognitive basis of chologie ne mettent en évidence le biais de con r-
chons des preuves de ce que nous pensons et non stereotypic ju dgments, mation, Darwin passait pour porter en perma-
des informations objectives: les enquéteurs qui journal ofE.Jqrer'trrterr - nence sur lui un camet dans lequel il notait toutes
croyaient les suspects coupables leur posaient des tel' .Social Psjrrc-ftoiogμ, les observations problématiques pour sa théorie,
questions particulièrement orientées, du type vol. 12, pp. 392--'l-0Î'I l9'i'fr. afin de les examiner en profondeur. Une habitude
« Comment avec-vous trouvé la clé cachée qui ne lui a pas trop mal réussi... I

H'B'l-ElIctorI:r|'l1ü'lIE
À N À LYS E
Por ifémníqoe Goran

.-.

iritottver ses élèves


griltr -rn! Intclligrnrrr-
muluplcs
,,,,,_ _;.,,,..,_,__,
' r. . |rrla,_..,. I .|-- .

'I-I' '.""'"'=.' SCIENCE VIE


qui sors-Je?
1 Q 0 Ci sr:.*:'.“.: :_ '.:t.=_'.t CDGNITIDH
ENSEIGNEMENT Psychologie comparée
liilotlver ses élèves grâce aux lnteiligences multiples de jacques Foucfoù'
de Renoudfíeymenfea De Boeck
HD
r Presses universitaires de
Paris Ciuest

artout. toujours. la motivation. ou encore son absence Dans ce livre, vous


constituent un des enjeux majeurs de i*écoie, une _ entendre: parler de
thématique au cceur de toutes les préoccupations. rr- Dès la PEYCHGLDGI E pigeons superstitieux, de
première page de ce livre, Pobjectif est posé: il s*aglt de Gui sui:-jo? chiens menteurs, cie
donner i'envie d'apprendre aux élèves. Et Renaud iteymeuien Collectif chimpanzés mécaniciens,
First
présente ici de nouveaux outils pour y parvenir, en s'adaptant è de bonobos artistes...
chaque enfant. lviais que nous disent
Son ouvrage commence par dresser un état des lieux des théories Avez-mus le sens de ces comportements sur
de la motivation et des méthodes pédagogiques élaborées depuis l'humour? Êtes-vous l'intelIlgence des
le début du tcx* siècle jusqu'a aujourd'hui. Par exemple, les perfecticnniste ? Cruel animaux? À quel point
méthodes dites actives, mises en oeuvre par des organismes comme dormeur étes-vous? 'voici peut-on parier è leur
l'école Montessori. visaient déja a mieux prendre en compte les queiq ues-u ns des propos de pensée, de
spé-ci tés des élèves. lviais ce que propose l'auteur ici, c'est cle 25 thèmes sur lesquels conscience ? Jacques
sappuyer pour cela sur la théorie du psychologue américain Howard cet ouvrage vous propose vauciair présente ici les
Gardner, selon laquelle nous aurions huit formes tfintelligence (voir de faire le point. Tous différentes réponses
Les neurosciences ont découvert B intelligences, Cerveoudr sycho, tournent autour d'un sujet apportées par le monde
rt' EB, 2015). Il s'agit par exemple des intelligences linguistique, qui ne devrait pas scienti que. Ii insiste au
logicomathématique. interpersonnelle... manquer de vous passage sur les dif cultés
L*idée de Renaud iteymeulen est de fournir aux élèves des exercices intéresser: vous-mème. è étudier la cognition en
adaptés à leurs points forts (leurs rr irrteliigences dominantes si, a n À chaque chapitre, un i'absence de langage.
qu'ils découvrent le goût du succès et le plaisir d'apprendre. Son court texte d*introciuction lviais les animaux en sont-
ouvrage regorge de tels exercices. Leur application passe bien sûr donne quelques ils vraiment dépourvus?
par une connaissance accrue de chaque enfant. informations L'auteur souligne
ritinsi, l'auteur élabore une approche originale et appliquée de la épidémiologiques et astucleusement le cété
théorie de Howard Gardner. Son souci de transmettre un savoir scierrti ques, avant une arbitraire de telles
exploitable est tel qu'il va jusqu'è nous donner des conseils sur... la série de questionnaires. ai rmations: « Gardner a
façon de lire son propre livre! Efintéressants entretiens pu distinguer chez les
L'ouvrage se cidt sur 20 ches destinées a guider la mise en avec des experts chimpanzés plus de
oeuvre cle cette approche et utilisables de l'école primaire complètent cet ouvrage. soixante sonorités
jusqu*au lycée. Bref, une vraie boite è outils pédagogique, qui grâce auquel vous ferez diverses. Est-ce qu'ils
devrait ètre précieuse pour tous les enseignants désireux de d'une pierre deux coups: parlent? s
ré échir è leur pratique. balayer un certain nombre
iriléroniquie Go.-os est directrice oi'écorie dbppiicotion de thèmes majeurs de la
et coordinatrice o i'Écoie superieure du professorat psychologie, et apprendre
et de i"écir.rccrtion (ESFEJ de Créteil-UPEC. è mieux vous connaitre.

N'B'l-Clctolalilü
CO U P DE CCE U R
Parüuílleumejmzquemont

.-.. 1.1.1.--| |.
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1...-.vi les-I in .nv-.lolll in uen-

--. !'Jl"*'~if.- I. -FHL JL J-

NÉG0CléT'0N Î '`
medecins
Sommeil, rythme: HEURDSCIEHCEE
et psychiatrie Bouddha eu temps des neurosciences
dïsobe e Poirot et dejames fingsfand Dunod
Carmen Schröder (din)
D u nod
u'il est loin. le temps où Herbert Benson. un des pionniers
PEYCHDLDGIE On ne compte plus le de l'étude scienti que de la méditation, 1 faillit étre renvoyé
Le Grencl Livre nombre de travaux de la Harvard Medical School parce que son chef estimait
de le négociation scientifiques qui inadmissible qu'un docteur perde son temps sur ce qu'il
de JH. Bercq 'et al., quaiifiait d*absurdité hippie › ! Aujourd'hui, cette pratique est
Evroiles con rment cette intuition
simple : le sommeil est au analysée par les chercheurs du monde entier, qui passent le
centre de la santé. Et en cerveau des moines bouddhistes au crible des IRM ou cherchent é
ue vous souhaitiez particulier de la santé i*exploiter pour améliorer le bien-étre et soigner les maladies
Qvendre votre mentale. pourrait-on mentales.
appartement, demander ajouter, car il est altéré James líingsland. journaliste scienti que au quotidien britannique
une augmentation a votre dans bien des maladies The Guordion, livre Ici une enquete passionnante sur cet
patron ou juste choisir un psychiatriques. pour ne engouement. Apres avoir relaté les origines du bouddhisme.
restaurant avec votre citer que i'addiction ou la altemant informations historiques et extraits des textes sacrés. il
conjoint, il vous faudra dépression. Au final, ce entre dans le vif du sujet: la méditation de pleine conscience.
manier les subtils ressorts sont 30 à 50 95 des Celle-ci 1 met en jeu un effort conscient pour vivre le moment
de la négociation. C*est adultes qui se déclarent présent en s*abstenant de tout jugement, en reconnaissant les
ce que vous proposent victimes d'un trouble du pensées, sentiments et sensations à mesure qu'ils surviennent et en
d*apprendre les auteurs sommeil. Les les acceptant pour ce qu'ils sont- 1
de ce livre, à travers ces professionnels de la Si cette pratique intéresse autant les chercheurs. c'est qu'ils lui ont
trois exemples et bien santé ont donc toutes les trouvé une longue liste cie béné ces. Elle pennet par exemple
d*autres. Cet ancrage chances d'v étre d'améliorer le contréle de Pattention et de lutter contre le stress. la
dans des cas concrets confrontés un jour ou dépression, la douleur chronique, l*addiction... Sans la présenter
fait toute la force de ce i*autre. Ce livre devrait comme une solution miracle, James Kingsiand estime qu'eiie
texte. qui n'en oublie pas leur permettre de s'v ir pourrait contribuer a “déboguer" l'esprit humain, é corriger des
pour autant de les préparer au mieux, en les défauts qui se sont accumulés au cours de son évolution. 1
éclairer par des guidant aussi bien dans Son ouvrage impressionne notamment par la richesse de ses
considérations les classi cations variées références scienti ques. distillées dans un style agréable et vivant.
théoriques, issues par que dans les diagnostics Autre point fort : les exercices pratiques de méditation qui
exemple de I'étude des et les thérapies terminent certains chapitres. Précisons en n que l'auteur réussit a
biais psychologiques ou possibles. raconter cette rencontre entre traditions religieuses millénaires et
de la théorie des jeux science moderne sansjamais tomber dans un spiritualisme New
À lire si vous avez Age. Aprés la lecture de son livre, méme les plus farouches
l'lmpression de vous matérialistes d'entre nous devraient étre tentés par une petite
E5559; Sïãtémagquemem séance en pleine conscience i
marcher sur les pieds. Guillaume Jcrcquemorrt estjournaliste Er Cerveau il Psycho.

H'B'I-CI-tzilnlelilü
l 95

SEBASTIAN DIEGUEZ
Clterciteer en neurosciences au Laboratoire
de sciences cogrtifives ei neurologiques
dei'aniversiredeFribonr;a, en Sn.~'sse.

1° ela ne it
Unpoète dévoile
la mécanique des rêves
Dans un recueil écrit au xix* siecle, le poete
Aloysius Bertrand a exprimé toute lietrangeté
J"

des reves. Un caractere bizarre que


les neuroscientifiques commencent à expliquer...

rophéties occultes. messages cryptée. Alojrsius Bertrand (IBDT-1841) - de son vrai nom
éveil d'un moi interdit et inconnu... Les rêves, Louis Jacques Napoléon Bertrand - en livre un
ces étranges manifestations nocturnes de la exemple frappant avec le poeme v. Un reve a, extrait
conscience, ont toujours alimente les tan- du recueil Gaspard de la nuit (Gaspard étant un
tasmes. Phénomènes universels, ils ont inspiré EN BREF personnage ctif cherchant à comprendre l'art].
aussi bien les poètes que les savants, et ce de I i.'ceuvre dïtleysius Florence Duntora, de l'université Paris-Diderot, v
maniére beaucoup plus intriquée que toute autre Bertrand illustre les traits voit un écho des préoccupations savantes de
expression de la vie mentale. Le désir de leur essentiels des rêves: liépoque. Ce texte met en effet en scéne certains
trouver un sens ct1lminera avec la publication de omniprésente des traits marquants des réves, comme leur richesse
L'Irrterprétut1`on des rêves par Freud en 1899, au émotions, chronologie en émotions ou leur caractère décousu. Des traits
i'loue, variations dans
retentissement considérable. l'incarnatlen du que les chercheurs du EDF siecle avaient décrits ou
Cette approche ne correspond pourtant ni aux décrironr peu aprés, et qui seront précisés et expli-
premiers pas de la science des reves, il v a pres de I Le poete s"lnspire ainsi qués plus tard par les neurosciend ques modernes.
200 ans, ni à ses développements plus récents. Au des scienti ques de son
époque, votre anticipe
début du xix" siècle, on s'inréresse moins a «inter- leu rs découvertes. un Poere ouaué
pnéter» les songes qu*å en décrire, le plus précisé- Alovsius Bertrand consacre sa vie å Gaspard de
ment possible, le fonctionnement et le contenu. Les I Prés de deux siecles la nuit, qui sera son unique recueil. L'ouvrage ne
chercheurs collec onnenr alors les récits de reves plus tard. les études parait quien 1342, juste apres sa mort, dans l'indif-
d'imagerie expliquent férence générale. Bertrand a d*ailleurs été consi-
et tentent de percer les lois qui les gouvernent. les blrrerles qu'il décrit
À Pépoque, la quête d'une connaissance objec- en dévoilant le déré comme tm des «oubliés du dix-neuvième
tive se méle aux expérimentations littéraires les fonctionnement du siècle v par le journaliste littéraire Forruné Calmels
plus folles. Le poete et critique littéraire di_ionnais cerveau endormi. dés... 1361! Si son oeuvre, dans laquelle on voit II*

H'E'I-Dctolalilü
96 l

aujourdhui Pinveoirion du poème en particulières, faisant fort usage de Joseph Delboeuf ou Hervev de Saint-
prose, reste relativement confiden- tirets et d'espaces, indiquent it la fois Denvs, insisteoont sur Pinstabilité du
tielle, elle a toujours exercé une puis- ruptures et continuités. En n, la soi onirique, qui change de place et de
sante fascination chez ses admira- perspective du rêveur semble osciller role au gré des circonstances. Alovsius
teurs. Aprés sa disparition, Bertrand au cours du récit: d'abord observa- Beruand est cette fois en avance sur
est rapidement redécouvert par teur distant et passif, il devient acteur la science, car il a décrit cette instabi-
Baudelaire, qui s*en inspire pour ses à la n du troisieme paragraphe, où lité avant euxi
Petits Poèmes en prose: aC'est en l'on apprend que le «criminel» qui Dans le courant du sit* siècle,
feuilletant po1_tr la vingtième fois au apparait dans le deuxiéme n'est autre les chercheurs constituent des
moins, écrira-t-il, le fameux Gaspard que lui-méme. «banques» de réves, dont l“étude
de la nuit, dlélovsius Bertrand [...], Dès le début du Jibi* siècle, les permettra de con rmer et quanti-
que l'idée m'est venue de tenter scienti ques notent que ces éléments fier les caractéristiques des songes.
quelque chose d'analogue. v Le sont caractéristiques des songes. Un découvre par exemple que les
recueil impressionnera par la suite En 1820, le médecin et anatomiste émotions négatives 1,' sont deux fois
dïsurres poètes de renom, tel français Moreau de la Sarthe plus fréquentes que les ressentis
Mallarmé, ainsi que les surréalistes remarque ainsi la richesse sensorielle positifs. Est aussi con rmée i'exis-
et le compositeur Maurice Ravel, qui des réves, avec une prééminence tence de songes impliquant une
en tirera une piece pour piano. d'impressions visuelles et auditives bilocarion, c*est-à-dire oit le rêveur
Cette fascination siexplique à la - les sensations tactiles, gustatives ou est observateur et acteur en méme
fois par la perfection formelle de olfaciives étant bien plus rares. Il sou- temps, ou oscille entre ces deux
i'teuvre, concentré de trouvailles et ligne aussi Pomniprésencc des émo- positions - méme si ce phénomène
d'audaces stylistiques, et par son tions, le plus souvent négatives. Un ne survient que dans 3 % des rêves.
atmosphère fantasmagorique. Une peu plus rand, d'autres pionniers fran- [ie façon générale, nous nous
atmosphere qui emplit le poeme cophones de l'étude du réve, tels représentons nous-mémes dans plus
«Un réve v, habile tentative de modé-
lisation et de réduction aux traits les
plus marqués de cette expérience si
banale, et pourtant si mystérieuse, EXTRAIT
qu'est le réve. _

R.

AU GRAND BAIAR DE5 RÈVE5 LE REVE DÈÂLOYSIUS BERTRAND


Le texte, qui dépeint une mise a
mort nocturne, foisonne des ie il était nuit. Ce furent d'abord, - ainsi ]'ai vu. ainsi je raconte, - une abbaie aux murailles
départ de sensations et d'émotions. iécardées pu la Iune,- rateforét peroéede sertiiarstorluetot, -etle ||lorinout"qroullant
Les deux premiers paragraphes tlecapeaetdecitapeatur.
enchainent ainsi les impressions Ce furent ensuite, - ainsi fai entendu, ainsi je raconte, - ie glas ftltébre d'une cloche
visuelles, puis auditives [aainsi j'ai auquel répondaient les sanglots funébres d'une cellule, - des cris piaintifs et des rires
vu, [...] ainsi j'ai entendus-}, le tout ferocas dont frlssonrtatt chaque feuille le long d'une roméo, - et les arteres bourdonnantes
inspirant tm ressenti macabre. Mais des pénttens noirs qui accompagnaiertt un crirnlnel au stqtplice.
ce qui frappe surtout, note Florence
Dumora, c'est le caractére à la fois Ce furent errlin, - ainsi s'acheva le rêve, aitsi je raconte, - un moine qui explrett couché
décousu et cohénent du poeme, qui dans le cendre des agonlsans, - une jeune flle qui se débattalt pendue atnt branches diun
semble intégrer plusieurs tableaux china. - Et moi que la bourreau Iialt ichevali sur las rayons de la roue.
différents dans un a montage en Dom augustin, le prieur déhutt., aura, en habit de cordelier, la honneurs de la chapelle
parallèles. Le flou de la chronologie lld ilii, il Hi llirll , qlli HI! llïll ii I ltldl, rl HEEHIE lrii il lll lill rübi
est accentué par l'alternance des d'innocance, entre queue cierges de cire.
temps de conjugaison (présent, passé
simple, plus-que-parfait...). Les Heis mai, la barre du bourreau s'étatt, au premier coter, brisée comme tat verre, les torches
phrases semblent guidées par des des pénttens noirs s'éteient ételntes sous des tonens de pluie, la foule s'était écoulée avec
associations de sonorités, de sensa- les ruisseaux dibordia et rapides, - et je μoursuivais trauiras songes vers le reveil
tions ou de termes appartenant au ' Uest il Dijon, de temps imrnérnoriel, le place aux exécutions.
méme domaine sémantique (acapes
et chapeaux v, «barre du bourreau =-r, r Un réve 1. extrait de Gaspard de la nuit, Fia mmariorl, pp. 209-210, 2005
u chapelle ardente [...] blanche robes {ii.u.L.e.: la note et l'anhographe particulière de cenalns mots
et «torches des p-énitens noirs rr), La CD|TB$jZl i'ilIlBllll BIJ ÎEKÎE üi`l§|li'lBll
ponctuation et la mise en page très

H'B'I-Dctoluilü
de 90 % de nos reves. l*~Ious y sommes compte, diune part, du caractère
presque toujours acteurs, dotés d'une social et interactif des reves, er,
personnalité et d'une apparence d'autre part, des libertés que peuvent
proches de la réalité, et accompagnés y prendre la chronologie et le soi.
d'autres personnages. En moyenne, Loin diétre une fantaisie inutile,
un reve contient en1:re 3 et 5 per- ces libertés seraient à la base diune
sonnes. Liinstabilité du soi y prend des fonctions du reve. Selon certains
parfois des formes spectaculaires, le chercheurs, celui-ci permettrait en
reveur pouvant echanger de corps» effet diexercer nol:re capacité à nous
et se retrotnrer a la place diun autre! mettre a la place des autres, essen-
Comment expliquer les multiples tielle à la vie sociale. À cet égard, il
hixarrcries des reves ? au xtx* siècle, est diune puissance sans égale,
Moreau et d'autres supposent qu'ils
sont le siège d'associations mentales
anarchiques, où une sensation, une
idée, un souvenir, en amene diautres
Pendant le rêve les régions
de proche en proche. Pendant le som- cérébrales assoclees à la localisation
meil, ces associations se produiraienr
hors de tout contrôle de la volonté. du soi dans l'espace et le temps,
Récemment, plusieurs études d'ima-
gerie ont con rmé Pexiinction d'une
ainsi qu'à la distinction entre soi
zone coordinatrice du cerveau pen-
dant le reve: réalisées dans une
et autrui, sont comme endormies...
phase du sommeil quali ée de som-
meil paradoxal, où les reves sont par- puisqu'il fait vivre plusieurs person-
ticulièrement fréquents et complexes, nages et brouille les frontières entre
elles ont montré que le cortex dorso- eux et nous. D'autres fonctions, non
latéral préfrontal est alors désactivé. exclusives, ont été proposées. Le reve
Eir cette :-:one est impliquée dans servirait par exemple a simuler les
Pattention, le contrôle volontaire et menaces, d'où la prééminence des
Pordonnancement des idées. ._ émotions négatives. Et c'est efficace!
En 2013, Péquipe d'Isabelle Arnulf,
Le ceeveau eeveult de lihfipital de la Pitié-Salpétrière a
En revanche, les régions impli- Hibfiogruph ie Paris, a ainsi montré que des étu-
quées dans la gestion des émotions, diants qui revent diéchouer à un exa-
telle liamygdale, ainsi que les aones Iii. Desseiiles et ai., men ie réussissent mieux ensuite.
occipitotemporales, concernées par Cognitive and emotio- Pom' Sophie Scltsvartx, de l'hôpi-
la vision et 1'audition, sont suracii- nal processcs during tal universitaire de Geneva, cette
vées. Ces données expliquent a la dreaming: A neuroima- plongée dans la mécanique du réve a
fois la richesse sensorielle et affec- ging view, ifortsciousnms un étrange air familier. En 2000, elle
tive des reves, leur caractere désor- EF Cognition, vol. 20, relevait la continuité entre Papproche
pp. 998-III]-i}8,20ll.
donné, et Pincapacité du reveur il moderne et celle du xot'-* siècle. Pour
prendre conscience des incohé- F. Dumora, .-'itloysius elle, ces deux périodes sont séparées
rences quiil rencontre. li-crirand, Un Reve: par le hiatu.s dû a Pessor de la psycha-
Pordinaire fantastique,
liinstabiiité de la représentation nalyse, qui sintéressait it déchiffrer
ütrante: art et littera-
du soi et des autres dans les reves du turefaniustíques. n” 37, le contenu caché des reves plutôt qu`à
sommeil paradoxal s'exp1iquerait pp. 5?-T0. 3015. leur structure apparente, et a celui du
également par les particularités de béhaviorisme, qui a délaissé l'expé-
5. Schvrartr, A historical
liactivité cérébrale. Les régions impli- rience consciente pour se cantotuter
loop of one hundred
quées dans la conscience d'autrui et years: Similaritics a l'étude des conditionnements. Si les
la cognition sociale restent en effet helnvcen lïlth cen- pionniers de i'étude du reve ne dispo-
très actives, tandis que le cortex tury and contemporary saient pas des techniques d'imagerie
pariétal inférieur, associé a la locali- dream research, moderne, ils pouvaient en revanche
sation du soi dans l'espace et le temps, Dreamirrg, vol. lil, compter sur toute la puissance intros-
ainsi quia la distinction entre soi et pp.55 lié, 2000. pective et évocat rice d'auteurs
autrui, se désengage. Voila qui rend _ comme Aloysius Bertrand. I

I~i'B'I-Dctolrrilü
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TéI:0'15541B4D0

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Cerveau Er Psycho
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Virginie Dodeler
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