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Revue Philosophique de Louvain

Michel Pêcheux, Les vérités de La Palice. Linguistique, sémantique,


philosophie
Jean-Marc Gabaude

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Gabaude Jean-Marc. Michel Pêcheux, Les vérités de La Palice. Linguistique, sémantique, philosophie . In: Revue
Philosophique de Louvain. Quatrième série, tome 78, n°37, 1980. pp. 159-160 ;

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Philosophie des sciences, épistémologie et logique 159

la philosophie générale où un certain pragmatisme entre en jeu. Le


second est fondé sur la théorie allant de soi. La vérité devient preuve qui
seule peut nous satisfaire. L'A. parle même de modèle fonctionnel qui, au
bout de multiples analyses, répond à toutes les exigences sur les plans
scientifique et philosophique, et emporte de ce fait notre conviction. La
question ontologique est pratiquement écartée et P. Devaux se livre de ce
point de vue à une critique serrée des thèses aristotéliciennes sur la vie, la
substance et la finalité. L'influence de l'empirisme logique de l'école de
Cambridge est aussi manifeste dans toutes les autres contributions de cet
ouvrage. Même en histoire, l'A. reconnaît le pragmatisme de l'historien
pour fixer le critère d'intelligibilité des événements historiques, ce qui
écarte assez vertement la philosophie de l'histoire. Il pousse également le
souci de la référence jusqu'à reproduire sa traduction d'un texte classique
de Russell datant de 1905, et qui explicite de celui-ci sa conception de la
connaissance, la dénotation se rétrécissant en l'acception limitée de
description par périphrase, et cela sous l'influence de Frege, bien que
Russell tienne à lier logique et langage ordinaire. On voit tout l'intérêt de
ce recueil pour la recherche en logique.
André Reix.

Michel Pêcheux, Les vérités de La Police. Linguistique, sémantique,


philosophie (Théorie). Un vol. 13,5 x 22 de 280 pp. Paris, Maspero, 1975.
Prixibr. 35 FF.
Voici une analyse althussérienne de la sémantique, critiquant tant
l'idéalisme métaphysique qu'empirisme et formalisme alliés dans le
néopositivisme et, en outre, dénonçant la réinscription de ce dernier dans un
matérialisme historique dévié en humanisme. La sémantique qui, au
même titre que phonologie, morphologie et syntaxe, se prétend partie de
la linguistique et, comme telle, science, constitue plutôt le point nodal où
se condensent les contradictions organisant aujourd'hui la linguistique
dans ses diverses tendances. Celles-ci concourent pour manifester et, en
même temps, recouvrir ces contradictions, notamment entre tendance
formaliste-logiciste et autres tendances (tendance historique et
linguistique de renonciation), la langue comme système se trouvant contradictoi-
rement conjointe à la fois à l'«histoire» et aux «sujets parlants» (p. 15).
L'A. entreprend des recherches en vue de contribuer au développement et
à l'explicitation de ces contradictions sur une base matérielle dans le
matérialisme historique. La sémantique investit toujours dans de la
philosophie; il importe de s'en rendre compte, ainsi en démasquant
l'idéologie néo-positiviste et l'idéalisme du sens originaire. L'A. propose
les prémisses d'une théorie du discours fondée sur l'articulation de la
linguistique et de la théorisation marxiste des processus idéologiques et
160 Comptes rendus

scientifiques. Le philosophe sera intéressé notamment par la critique de


la notion de sujet, lequel se dédouble en locuteur «libre» et en porteur
«universel» de la scientificité. Pour le marxisme, ce redoublement, réel en
tant qu'idéologique, c'est-à-dire le sujet, ne saurait être qu'effet d'un
procès sans sujet ni fin : procès de la production des connaissances et
procès de la lutte des classes requièrent l'intervention d'agents supports
interpellés comme sujets par le champ idéologique qu'ils reproduisent.
D'où une lutte sans fin entre dégagement de positions scientifiques
matérialistes et occultation idéologique. L'A. insiste sur la catégorie de
reproduction! transformation des rapports de production dans laquelle
jouent des conditions idéologiques. Cette étude critique, très suggestive à
plus d'un titre, de la sémantique avance un corps d'hypothèses pour
«passer au matérialisme».
Jean-Marc Gabaude.

Dominique Lecourt, Pour une critique de l'épistémologie


(Bachelard, Canguilhem, Foucault) (Théorie). Un vol. 20x11,5 de
136 pp. Paris, Maspero, 1974. Prix : br. 14 FF.
Écrite après les quatre études qui composent ce recueil d'analyses
fines et pénétrantes, l'introduction en justifie marxistement le
rassemblement. Car, malgré les différences entre Gaston Bachelard — objet des
deux premières études [«De Bachelard au matérialisme historique»,
«Épistémologie et poétique. (Étude sur la réduction des métaphores chez
G. Bachelard)»] — , Georges Canguilhem et Michel Foucault,
différences qui interdisent de parler à leur sujet d'une «école» épistémologique,
D. Lecourt discerne en eux trois un trait commun, leur «non-positivisme»
radical (p. 7). Le présupposé philosophique de la plupart des épistémolo-
gues, tant anglo-saxons que soviétiques, s'avère, au jugement de l'A., peu
ou prou positiviste et se résume dans le slogan : «une science de la science
est possible». L'histoire des sciences se téléologise alors en évolution,
comme l'avait souligné Michel Fichant (M. Fichant et M. Pêcheux, Sur
l'histoire des sciences, Maspero, 1969). Tandis que non-positivisme et
anti-évolutionnisme de nos trois auteurs «tiennent au lien qu'ils
reconnaissent entre l'épistémologie et la pratique effective de l'histoire des
sciences. Lien, ou, pour mieux dire, unité...» (p. 14). Une lecture
matérialiste des trois auteurs, tout en étant fidèle à leur intention tant
non spiritualiste que non positiviste, confirme d'une part que
l'épistémologie ne peut qu'être historique, permet d'autre part de penser
le contenu positif tes trois œuvres, leurs limites et leur relatif échec, échec
que seul le matérialisme historique permet de dépasser. Ainsi manque-t-il
à Bachelard de référer l'histoire des sciences à une théorie des idéologies et
de leur histoire, défaut qui entraîne le recours au psychologisme.