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Jean Garrabé, François Kammerer (dir.

)
CLASSIFICATION
FRANÇAISE
DES TROUBLES
MENTAUX
R-2015 Sous la direction de
Correspondance et transcodage Jean Garrabé

CLASSIFICATION
➤ CIM10
François Kammerer

P eu avant sa disparition en 2012, Roger Misès initia le


projet d’étendre à tous les âges de la vie le modèle de la
Classification française des troubles mentaux de l’enfant et FRANÇAISE
DES TROUBLES
de l’adolescent (CFTMEA) qu’il avait élaboré. Appliquant cette
méthode attentive à la compréhension du sujet et à son évolution
dynamique, un groupe d’experts a construit le volet « adulte »

MENTAUX
permettant la réalisation de cette nouvelle Classification
française des troubles mentaux (CFTM R-2015) dont la dernière
version, éditée par l’INSERM, datait de 1968.

R-2015

Classification française des troubles mentaux • R-2015


D’utilité reconnue par la majorité des organisations profes-
sionnelles de la discipline, l’innovation principale de la CFTM
R-2015, par rapport aux classifications internationales actuelles,
réside dans l’extension à l’âge adulte du principe d’une approche
diagnostique­qui prend en compte des repères à la fois dimen-
sionnels et catégoriels.
Correspondance et transcodage
Les psychiatres disposent ainsi d’un outil exhaustif de commu-
nication avec tous les professionnels, l’ensemble des usagers et
➤ CIM10
les autorités de santé, reflétant de manière spécifique la culture
nosographique et la réalité des pratiques psychiatriques du
monde francophone. Sous la direction de
Enrichi d’une version numérique (ebook) permettant une naviga- Jean Garrabé
tion dynamique et intégrale dans la CFTM R-2015, cet ouvrage
a été pensé pour un usage professionnel quotidien grâce à un
François Kammerer
transcodage systématique de la Classification internationale
CIM 10, un glossaire et un index global facilitant les recherches.

Préface de Jean-François Allilaire, secrétaire perpétuel adjoint de


l’Académie nationale de médecine.
Les auteurs : Michel Botbol, Jean-Yves Cozic, Jean Garrabé, Bernard
Gibello, François Kammerer, Patrick Landman, Bernard Odier,
Michel Patris, Christian Portelli, Jacques Sédat, Alain Vaissermann.

ISBN : 978-2-8109-0406-8

37 €
F215455
www.presses.ehesp.fr

Imposition.indd 1 07/12/2015 15:53:16


Classification française
des troubles mentaux R-2015
Correspondance et transcodage ➤ CIM 10

Sous la direction de
Jean Garrabé
François Kammerer

2015
PRESSES DE L’ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SANTÉ PUBLIQUE
Toute reproduction, même partielle, à usage collectif de cet ouvrage est strictement interdite sans
autorisation de l’éditeur (loi du 11 mars 1957, code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992).
© 2015, Presses de l’EHESP – Avenue du Professeur Léon-Bernard – CS 74312 – 35043 Rennes Cedex
ISBN 978-2-8109-0406-8
www.presses.ehesp.fr
SOMMAIRE

Préface, Jean-François Allilaire............................................................................................................................................... 5


Liste des auteurs du volet adulte de la CFTM R-2015................................................. 11
Avant-propos, Jean Garrabé et Roger Misès ............................................................................................ 13
Présentation de la CFTM R-2015, Jean Garrabé ......................................................................... 15
Mode d’utilisation et conventions de présentation de la CFTM
R-2015 pour l’âge adulte ...................................................................................................................................................... 21
Présentation générale ......................................................................................................................................................................... 21
Les deux axes......................................................................................................................................................................................................... 23
Le multiplicateur X................................................................................................................................................................................... 27
Conventions de présentation............................................................................................................................................. 29
Synopsis de la CFTM-R2015 .................................................................................................................................................. 31
Classification francaise des troubles mentaux (CFTM R-2015).
Table de concordance ................................................................................................................................................................. 33
Axe I. Catégories principales................................................................................................................................................. 34
Axe I. Catégories complémentaires ....................................................................................................................... 42
Axe II. Catégories des facteurs associés ou antérieurs, éventuellement
étiologiques ..................................................................................................................................................................................................... 51
Glossaire du volet concernant l’âge adulte de la CFTM R-2015.......... 65
Axe I. Catégories principales................................................................................................................................................. 65
Axe I. Catégories complémentaires ....................................................................................................................... 105
Axe II. Catégories des facteurs associés ou antérieurs, éventuellement
étiologiques ..................................................................................................................................................................................................... 136
Index alphabétique................................................................................................................................................................................... 163
Sources .................................................................................................................................................................................................................................. 243
Bibliographie .......................................................................................................................................................................................................... 245

3
PRÉFACE
Quelle place dans la nosographie psychiatrique
mondiale pour la classification française
CFTM R-2015 ?

Jean-François Allilaire1

I l pourra paraître absurde à certains, au sein comme en dehors de la com-


munauté scientifique et professionnelle, de considérer que cela a encore
du sens, à l’ère de la mondialisation, de tenter de confronter une pratique
diagnostique soignante ancienne et éprouvée, fondée sur une conception
classificatoire intellectuellement et culturellement forte, mais qui pouvait
sembler dépassée, avec d’autres pratiques nosologiques plus modernes fon-
dées sur des conceptions plus récentes dont la pertinence statistique s’est
globalement imposée même si elles sont restées encore aujourd’hui l’objet
de nombreuses critiques et même d’objections méthodologiques. Si ces der-
nières ont a priori les mêmes objectifs nosologiques et thérapeutiques, on
sait aujourd’hui qu’elles restent à leur insu porteuses de nombreuses carac-
téristiques culturelles dont on ne doit méconnaître ni l’existence ni les consé-
quences qui en biaisent l’objectivité, alors même qu’elles tendent à être
considérées comme un standard mondial.
Plusieurs motifs à l’appui de la démarche des auteurs de cette nouvelle
Classification française des troubles et maladies (CFTM R-2015) peuvent être
cités, chacun pouvant à lui seul en justifier la légitimité : en améliorer les
qualités métrologiques (spécificité et sensibilité) sans renoncer à la fidélité
inter-juges, réduire ses défauts et imperfections sans éliminer les critères
subjectifs, tenter de repousser les limites inhérentes à toute classification
quelle qu’elle soit et la rendre plus performante, etc.
Mais c’est par ailleurs un défi singulier que celui de la Classification française
des troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent (CFTMEA) sur laquelle
s’appuie la CFTM R-2015, car elle se fonde sur une conception non pas phy-
siopathologique mais psychopathologique de la psychiatrie, c’est-à-dire sur

1. Professeur émérite de psychiatrie à la Pitié salpêtrière, secrétaire perpétuel adjoint de


l’Académie nationale de médecine.

5
Classification française des troubles mentaux – R-2015

le choix privilégié d’un certain niveau d’observation clinique en psychiatrie,


choix paradoxal dans une époque ou le champ médical est fortement
dominé par la recherche de classifications plus scientifiques, voire physiopa-
thologiques.
Historiquement, c’est à la suite du Congrès mondial de psychiatrie à Paris en
1950 que l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM)
avait pris la décision de travailler autour de Pierre Pichot et Raymond Sadoun
à l’élaboration et la construction d’un outil de classification francophone
compatible avec la 8e version de la Classification internationale des maladies
(CIM 8). Ce premier instrument comprenait 20 catégories et fut mis en appli-
cation à partir de 1968. Raymond Sadoun le qualifiait de «composite», c’est-
à-dire mélangé et hétérogène, avec deux objectifs principaux : d’abord pro-
poser des items permettant de prévoir l’évolution des entités ; et ensuite
disposer d’un système permettant d’expliciter, voire expliquer aux parte-
naires de la psychiatrie, autrement dit à la société en général, les différentes
catégories de tableaux cliniques que l’on pouvait rencontrer. D’ores et déjà
on savait que le plus important n’est pas l’instrument lui-même, mais bien
les critiques et l’argumentation qu’il permet d’échanger pour expliciter et
affiner la description des situations cliniques.
C’est lors du Congrès mondial de l’Association mondiale de psychiatrie
(WPA) à Honolulu en 1977 que la communauté psychiatrique internationale
décide, par une résolution de l’assemblée générale, de travailler au rappro-
chement de toutes les classifications en usage et à leur concordance avec le
chapitre V (F) de la CIM. C’est ainsi que l’association américaine se met au
travail et produit dès 1980, à partir du DSM II, le DSM III dont on connaît
maintenant la descendance avec la version IIIR du Disease and Statistical
Manual (DSM IIIR), puis le DSM IV, le DSM IV-R et enfin en 2015 le DSM V.
Cette révolution méthodologique intéresse alors les psychiatres de tous les
continents, très au-delà de l’Amérique du Nord : elle va connaître un tel suc-
cès qu’elle se généralise très vite et inspire la nouvelle classification de l’Orga-
nisation mondiale de la santé (OMS) sous la forme de la CIM 10. Et c’est ainsi
que le travail entrepris depuis 1950 par l’INSERM va progressivement être
abandonné, en même temps que l’antenne OMS de l’hôpital Sainte-Anne à
Paris est fermée.
Fidèle à notre tradition critique européenne, et conformément à ses respon-
sabilités d’ancien président de l’association mondiale, Pierre Pichot ne man-
quera pas de souligner très vite, outre le caractère « néo-Kraepelinien » de
l’instrument, un certain nombre de particularités curieuses. C’est par
exemple la disparition des catégories si françaises des bouffées délirantes et
celle des délires chroniques, ou encore la question de l’élargissement extrême

6
Préface

de la catégorie « épisode dépressif majeur ». On peut aussi citer d’autres


aspects techniques de l’instrument dont la logique a fini par aboutir à la
multiplication de nouvelles entités dans les versions successives du DSM,
sorte de dérive classificatoire comparable à celle que l’on avait connu avec
les monomanies d’Esquirol à la suite de l’éclatement de la vieille conception
de l’aliénation mentale de Pinel.
Aujourd’hui, nous pouvons nous réjouir qu’un groupe de psychiatres français
– d’abord autour de Roger Misès, qui a élaboré les révisions successives, y
compris celle de 2012, de la CFTMEA, puis autour de Jean Garrabé pour la
psychiatrie des adultes –, ait eu le courage, pour ne pas dire l’audace, de
reprendre les éléments en sommeil depuis près de cinquante ans, pour réor-
ganiser un volet adulte actualisé qui, adossé à la CFTMEA R-2012, forme la
CFTM R-2015 présentée ici.
Les auteurs insistent sur sa maniabilité et soulignent son abord « clinician
friendly » puisqu’elle a été effectivement fondée à partir de l’approche cli-
nique et psychopathologique, avec une optique et une orientation délibé-
rément psychodynamiques au sens large du terme.
La philosophie générale de l’instrument est donc à l’opposé de l’athéorisme
de principe des DSM : elle tient à ce que l’outil est basé non sur le recueil des
symptômes et leur regroupement à la manière des Research Diagnostic Criteria
(RDC) ou critères de diagnostic pour la recherche, mais s’appuie d’abord sur
la saisie clinique des caractéristiques globales du fonctionnement mental du
patient tel que le clinicien peut les appréhender dans une approche ouverte
du tableau, intégrant les différents aspects de la séméiologie observée et
visant à mettre en cohérence et à mieux relier le versant psychologique et le
versant symptomatique. Toute la question est ici de savoir si, à l’avenir, l’utili-
sation de cette classification pourra se faire indépendamment ou non des
références théoriques explicites, et peut-être surtout implicites, des praticiens
en fonction de leur formation et de leurs choix théoriques.
Ajoutons qu’au-delà de la saisie du fonctionnement mental observé qu’il
s’agit de capter, l’enjeu est de cerner l’organisation au sens de la structure
dominante telle qu’elle apparaît à l’instant t mais qui évoluera au gré des
principales dimensions cliniques.
En témoigne l’importance donnée à la pathologie limite qui y fait figure de
paradigme : celle-ci y est clairement privilégiée, car elle est l’illustration même
de la difficulté moderne du diagnostic psychiatrique pour de nombreux cas
trop vite classés comme « psychotiques ou autres », à l’époque où les
instruments classiques étaient construits pour détecter des formes typiques
au détriment des formes cliniques plus complexes de par la présence de

7
Classification française des troubles mentaux – R-2015

comorbidités ou de l’évolutivité singulière des regroupements symptoma-


tiques. C’est ici que prend toute sa valeur la possibilité de classifier provisoi-
rement le cas considéré en code zéro2, en attendant qu’un diagnostic de
fonctionnement puisse être posé par exemple devant un syndrome de
Diogène qui n’a pas encore fait la preuve de sa dimension d’organisation
compulsive ou de désorganisation psychotique.
Ce choix d’un processus de décision accessible d’emblée exclusivement aux
seuls cliniciens expérimentés (psychologues cliniciens et médecins) est très
différent pour ne pas dire opposé à la construction des DSM qui se présentent
comme des outils manipulables par n’importe quel soignant quelque peu
formé à la clinique, voire même à n’importe quel évaluateur exercé à l’instru-
ment, indépendamment de toute formation médicale ou psychologique.
Soulignons ici toute l’importance du glossaire détaillé que comporte cette
CFTM R-2015, particulièrement riche et précis, capable de restituer l’épaisseur
sémantique et les nuances de la langue d’usage pour chaque mot ou signe.
La question des limites respectives entre l’objet propre de la psychiatrie (les
troubles proprement dits) et l’objet de la psychologie médicale (plus proche
de la psychopathologie quotidienne) mérite d’être posée : ces niveaux d’ob-
servation différents doivent être pris en compte et il faut savoir respecter et
accepter leur indépendance relative comme les relations d’interdépendance
qui existent néanmoins entre, d’un côté, ces objets distincts et, de l’autre, le
sujet-patient. Il reste et restera essentiel, pour l’avenir de toute tentative
d’approche physiopathologique en psychiatrie, de savoir faire les bons choix
conceptuels si l’on veut espérer intégrer les données des neurosciences et en
faire, à terme, une véritable paraclinique rattachant de façon scientifique-
ment valide le niveau de ces données au niveau d’observation qui est celui
de la clinique psychiatrique.
Trois remarques pour conclure :
– Les auteurs n’ont-ils pas «mis la charrue avant les bœufs» en proposant
une classification sans effectuer des travaux expérimentaux préalables ?
Pour les autres classifications internationales récentes, on sait que l’objec-
tif de ces travaux était fondé autant sur le souci de fidélité inter-juges que
sur la validité intrinsèque des critères retenus. On en connaît le résultat
qui présente l’inconvénient d’avoir laissé hors champ la majeure partie
des caractéristiques subjectives de l’approche clinique, ce que cherche
justement à corriger ce nouvel outil. Néanmoins, de tels travaux devraient
être réalisés dans un proche avenir.

2. Voir le mode d’utilisation, p. 21.

8
Préface

– Peut-on raisonnablement considérer l’approche psychopathologique


comme un niveau d’intégration satisfaisant du catégoriel et du dimen-
sionnel ? De ce point de vue, quelles leçons tirer, pour cette classification,
de l’échec relatif de l’intégration du dimensionnel dans le DSM V qui est
finalement, comme ses versions antérieures, un instrument foncièrement
catégoriel contrairement au projet de ses concepteurs ?
– Enfin, quand et à quelles conditions cette classification pourra-t-elle
s’appeler « classification francophone » plutôt que « classification fran-
çaise» ? Seul l’avenir nous le dira…
Souhaitons à la CFTM R-2015 une diffusion et une utilisation larges. Elle doit
démontrer qu’elle peut apporter effectivement aux praticiens et aux auto-
rités de santé, au-delà des classifications mondialisées, un outil complémen-
taire ou alternatif intéressant, capable de clarifier et d’améliorer la qualité et
l’efficience des pratiques psychiatriques dans le monde francophone.
Septembre 2015
LISTE DES AUTEURS DU VOLET ADULTE
DE LA CFTM R-2015

Michel Botbol Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’ado-


lescent, Brest
Jean-Yves Cozic Psychiatre des hôpitaux, Brest
Jean Garrabé Psychiatre honoraire des hôpitaux, Paris
Bernard Gibello Professeur émérite en psychopathologie,
Faucogney-et-la-Mer
François Kammerer Psychiatre d’exercice libéral, Paris
Patrick Landman Psychiatre d’exercice libéral, Paris
Bernard Odier Psychiatre des hôpitaux, Paris
Michel Patris Professeur émérite de psychiatrie, Strasbourg
Christian Portelli Psychiatre des hôpitaux, Boulogne-Billancourt
Jacques Sédat Psychanalyste, Paris
Alain Vaissermann Psychiatre honoraire des hôpitaux, Paris

Remerciements
Les auteurs remercient le professeur Didier Cremniter pour ses indica-
tions sur les traumatismes (catégorie 4), et Aurélie Capobianco, le doc-
teur Laurent Delhommeau, Olivier Douville, Jean-Baptiste Legouis,
Claire Nahon, les docteurs Olivier Schmitt, Dominique Tourrès et
Dominique Wintrebert pour leurs apports dans la rédaction des caté-
gories concernant les troubles névrotiques ou les troubles spécifiques de
l’organisation de la personnalité et des états limites (catégories 2 et 3).
Les auteurs remercient également le professeur Maurice Corcos, pour
son soutien et son accueil à l’Institut mutualiste Montsouris.

11
AVANT-PROPOS
Pour une classification française
des troubles mentaux de la personne

Jean Garrabé1 et Roger Misès✝2

P aru dans le n° 208 de La Lettre de psychiatrie française en mai 2012, ce


texte constitue la première annonce publique du projet, avec l’ensemble de
ses perspectives. Il est contemporain de la toute première réunion de lancement
qui s’est tenue chez Roger Misès.
La récente publication de la révision de 2012 de la Classification française des
troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent (CFTMEA) prenant principa-
lement ses repères dans le chapitre V (code F) de la 10 e révision de la
Classification internationale des maladies (CIM-10), et sa présentation à des
sociétés constituées en majorité de psychiatres d’adultes, a amené un groupe
d’entre eux, universitaires, publics ou privés, à penser qu’il serait intéressant
de construire dans le même esprit une nouvelle classification applicable aux
adultes, en s’inspirant principalement des travaux, déjà engagés sous l’égide
de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui prennent en compte la
personne dans sa totalité et particulièrement sa subjectivité.
Sous cet angle, celle-ci permettrait d’établir des correspondances avec les
catégories de la Classification internationale, dont la 11e édition est en pré-
paration, et cela non seulement avec le chapitre V (code F) mais aussi avec
les autres chapitres de la CIM où figurent des facteurs personnels ou d’envi-
ronnement favorisant l’apparition de troubles mentaux qui sont souvent
négligés. Le recours à un transcodage permet de renseigner simultanément
les deux classifications lors de l’enregistrement des données demandées par
les départements d’information médicale.
Cette nouvelle classification devrait, elle aussi, privilégier l’abord clinique et
psychopathologique, en d’autres termes, mettre en premier l’abord

1. Psychiatre honoraire des hôpitaux, président d’honneur de l’Évolution psychiatrique.


2. Professeur émérite de pédopsychiatrie à l’université Paris Sud, membre d’honneur de
l’Association française de psychiatrie.

13
Classification française des troubles mentaux – R-2015

dimensionnel avant l’abord catégoriel sans pour autant négliger celui-ci.


L’importance donnée à la relation de personne à personne entre le praticien
et le sujet dans cet abord pourrait contribuer au développement de cette
«médecine de la personne» que l’OMS a entrepris de promouvoir au niveau
mondial et qui avait été précédée, on l’a peut-être oublié, par la psychiatrie
de la personne préconisée après la Seconde Guerre mondiale, en réaction
au sort fait aux malades mentaux.
Une autre raison militant en faveur de l’élaboration de cette classification
française centrée sur la personne serait de mieux analyser les remaniements
d’ordre psychopathologique, qui se produisent à l’entrée dans la vie adulte
sous l’influence de multiples facteurs biologiques, familiaux, d’environne-
ment, etc. et de préciser, pour ceux dont l’évolution se poursuit à cet âge,
sous quelle forme elle se fait, tantôt dans le sens d’une fixation ou d’une
décompensation, tantôt dans celui de remaniements favorables.
Il apparaît aussi qu’une telle classification faciliterait la transmission des
connaissances dans cet art difficile qu’est le suivi au long cours des personnes
souffrant de troubles mentaux en risque d’évolution chronique.
Nous avons l’espoir que ce projet intéresse des psychiatres d’adultes, des
psychologues cliniciens et d’autres praticiens, non seulement en France et
dans les pays francophones, mais aussi dans ceux où ont été publiées des
traductions de la CFTMEA, ses utilisateurs pouvant en faire ressortir l’intérêt
auprès de leurs collègues qui s’occupent de personnes plus âgées.
PRÉSENTATION DE LA CFTM R-2015

Jean Garrabé

L orsqu’en 1977, lors du 6e Congrès mondial d’Honolulu, fut adoptée par


l’Association mondiale de psychiatrie une résolution demandant aux
sociétés nationales de psychiatrie qui disposaient d’une classification des
troubles mentaux de la réviser pour la mettre en conformité avec le chapitre
F(V) de la CIM alors en vigueur dans les pays membres de l’OMS à Genève,
seule l’American Psychiatric Association procéda à la révision de la 2e édition
de son Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux et publia, en
1980, la 3e édition (DSM III), qui fut traduite et publiée en français en 1983.
Elle s’accompagnait de la reproduction du chapitre V(F) de la CIM 9
(« Troubles mentaux : glossaire et guide de classifications en concordance
avec la 9e édition de la Classification internationale des maladies»), qui était
celle alors en usage dans les pays membres de cette organisation internatio-
nale fondée en 1948.
En France par contre, l’INSERM ne procéda pas à la révision générale de la
Classification française des troubles mentaux, laquelle, datant de 1968, était
en concordance avec la 8e édition de la CIM. Seul un groupe de pédo-
psychiatres, sous la direction du professeur Roger Misès, avec la collabora-
tion du docteur Nicole Quémada du Centre collaborateur OMS de Paris,
publia une Classification française des troubles mentaux et de l’adolescent
(CFTMEA), avec des révisions périodiques correspondant avec les 8e et
9e éditions successives de la CIM. À noter que la CFTMEA a été traduite en
plusieurs autres langues que le français, notamment l’espagnol, ce qui fait
qu’elle est utilisée par de nombreux pédopsychiatres d’Amérique latine.
En 2012 est ainsi parue aux Presses de l’EHESP, toujours sous la direction de
Roger Misès, la 5e édition de la Classification française des troubles mentaux
de l’enfant et de l’adolescent R-2012 avec correspondances et transcodage
CIM 10. Les auteurs ont particulièrement veillé à rechercher les correspon-
dances non seulement avec le chapitre V(F) de la CIM pour l’axe I, mais aussi,
pour l’axe II, avec les autres chapitres de la CIM, où figurent des « facteurs

15
Classification française des troubles mentaux – R-2015

associés ou antérieurs, éventuellement étiologiques », qu’ils soient géné-


tiques, biologiques, sociaux, d’environnement, susceptibles de provoquer les
troubles mentaux répertoriés, puisque l’utilisation correcte de la CIM exige
que dans ces cas soient codées simultanément dans deux chapitres les deux
catégories diagnostiques concernées. En outre, un système de transcodage
permet aux départements d’information médicale (DIM) de transcrire auto-
matiquement en codes CIM les codes CFTMEA des catégories diagnostiques
retenues.
La présentation de la CFTMEA R-2012 à l’ensemble des psychiatres français a
fait naître l’idée d’une nouvelle Classification française des troubles mentaux
qui ne se limiterait pas à ceux observés dans l’enfance et à l’adolescence, mais
qui se poursuivrait jusqu’à ceux apparaissant aux autres âges de la vie. Cela
présente notamment l’avantage de suivre l’évolution chez l’adulte de troubles
reconnus dès l’enfance ou l’adolescence, ou mis en évidence a posteriori par
l’anamnèse. Pour ce faire, la continuité avec la CFTMEA est nécessaire, même
si des nouvelles catégories peuvent être ajoutées pour des troubles mentaux
qui ne se manifestent, eux, que lors d’étapes ultérieures de la vie.
Une des caractéristiques fondamentales des phénomènes psychopatho-
logiques, quel que soit l’âge où ils apparaissent (enfance, adolescence, âge
adulte ou vieillesse) est qu’ils évoluent dans le temps selon des modalités
diverses, survenant tantôt de manière aiguë à l’occasion de « crises »,
d’« accès », d’« épisodes » plus ou moins brefs, tantôt se développant plus
lentement et insidieusement avec une succession de prodromes, de
moments féconds, d’intervalles libres, de «rémissions» spontanées ou, sous
l’influence de la thérapeutique, de périodes de stabilisation, de «rechutes»
ou la survenue, selon une fréquence plus ou moins nette, de nouveaux épi-
sodes. En se basant sur ce seul critère, il est possible de classer simplement
les maladies mentales en «aiguës» et «chroniques» en précisant toutefois
pour ces dernières à quel stade d’évolution on se trouve (Verlaufspsychiatrie
d’E. Kraepelin1).
Mais à cette dimension diachronique de la psychopathologie, il est nécessaire
d’en adjoindre une autre, synchronique, puisque si l’examen clinique d’une
personne souffrant de troubles mentaux à un moment donné de son exis-
tence et dans des circonstances particulières, permet de constater l’existence
d’une symptomatologie à cet accent instant précis et de formuler ainsi un
diagnostic au temps t, le suivi ultérieur montre qu’il est en constant remanie-
ment avec l’apparition de nouveaux symptômes, et qu’il peut être nécessaire

1. Psychiatrie basée sur l’étude de l’évolution des troubles.

16
Présentation de la CFTM R-2015

de modifier la catégorie diagnostique initialement retenue en tenant compte


des modifications séméiologiques constatées. Ces changements de la symp-
tomatologie peuvent être dus soit aux premières mesures thérapeutiques
prises qui ont entraîné une sédation des symptômes initiaux, soit à l’évolution
naturelle de la maladie. La catégorie diagnostiquée l’est au temps t, celui de
l’examen clinique, que ce soit en urgence, lors d’une consultation ou une
hospitalisation, et elle peut et doit être modifiée en fonction de l’apparition
d’éléments séméiologiques nouveaux ou inapparents lors du premier examen,
voire sous l’effet de la thérapeutique entreprise ou des résultats d’examens
paracliniques complémentaires demandés après le premier examen mais qui
ne permettent pas à eux seuls de formuler un diagnostic. Il est aussi nécessaire
de tenir compte des effets secondaires indésirables des traitements, voire de
leur iatrogénie éventuelle. Ces éléments abordent indirectement la question
de l’exclusivité des catégories. À ce sujet, il sera simplement rappelé le propos
de Sir Aubrey Lewis dans la CIM 8 : «Comme de toutes les manières les mala-
dies ne sont que des abstractions, il n’est pas étonnant que les entités nosolo-
giques dont s’occupent les psychiatres aient des limites imprécises et se che-
vauchent.» La CFTM rend particulièrement compte de ce constat en permet-
tant - et c’est l’une de ses spécificités - de combiner une seule des catégories
principales, mutuellement exclusives, avec une multitude de catégories com-
plémentaires, non exclusives, assurant ainsi des possibilités diagnostiques très
finement discriminantes.
Le début de la plupart des manifestations psychopathologiques décrites
cliniquement coïncide dans le temps avec des périodes ou des phases du
développement normal de l’individu aux divers âges de la vie (sevrage, fin
de la première enfance, scolarisation, puberté, adolescence) et chez l’adulte
(engagement dans une vie de couple, procréation, crise du milieu de la vie,
ménopause, fin d’activité professionnelle, vieillissement), ces périodes étant
toutes marquées par l’intrication de facteurs biologiques individuels et de
facteurs sociaux et culturels, liés à l’environnement familial et collectif. Mais
si la recherche et l’analyse de ces facteurs sont essentielles, il n’est pas possible
de les intégrer dans l’axe I d’une classification des troubles mentaux fondée
sur leur clinique et la psychopathologie. On sait que la CIM de l’OMS com-
prend, outre le chapitre V (F) (Troubles mentaux et du comportement), de
nombreux autres chapitres puisqu’elle en comprend 22 au total, où sont par
contre répertoriés, classés et codés soit des maladies somatiques associées
à ces troubles, soit ces facteurs étiopathogéniques potentiels ou avérés. La
règle d’utilisation de la CIM, trop souvent oubliée, est qu’elle ne doit pas se
faire en utilisant uniquement les codes correspondants aux catégories dia-
gnostiques répertoriées dans le seul chapitre V (F), mais en codant également
dans les autres chapitres où figurent ces facteurs lorsqu’ils sont constatés.

17
Classification française des troubles mentaux – R-2015

Il serait d’ailleurs souhaitable qu’à l’inverse, lorsqu’est diagnostiquée une


maladie somatique codée dans un de ces autres chapitres, le médecin note
aussi si elle s’accompagne de troubles mentaux répertoriés dans le
chapitre V (F).
La révision de la CFTMEA publiée en 2012 a été principalement suscitée par
la décision des pouvoirs publics d’imposer pour le recueil d’information
médicalisé pour la psychiatrie (RIM-P), version du programme de médicali-
sation des systèmes d’information (PMSI), l’obligation d’un codage des dia-
gnostics en référence aux catégories diagnostiques de la CIM 10 (chapitre V),
ce qui excluait la CFTMEA et obligeait tout praticien qui tenait à cette der-
nière à recourir aux deux classifications, opération complexe et fastidieuse
dans les conditions de la pratique quotidienne. Le groupe de travail s’est
donc engagé dans la réalisation d’un véritable transcodage qui laisse au cli-
nicien la possibilité d’utiliser les catégories de la CFTMEA, la mise en corres-
pondance des données étant assurée automatiquement par les logiciels mis
en place dans les DIM. Ces modifications respectent la spécificité de la
CFTMEA, tout en instituant un transcodage qui répond à la fois aux exi-
gences administratives et peut faciliter l’accès des équipes françaises aux
publications internationales.
Dans la CFTMEA R-2012, un soin tout particulier a aussi été apporté à repé-
rer dans les autres chapitres autres que le V (F) de la CIM 10 des données
pour l’enfance et l’adolescence, et à les faire figurer dans le manuel pour
permettre au praticien de les coder, sans avoir à les rechercher à chaque fois,
ce qui nécessiterait un temps incompatible avec la pratique quotidienne.
Il nous est apparu opportun de procéder de même pour cette nouvelle
Classification française des troubles mentaux (CFTM R-2015) qu’a élaborée,
depuis l’année 2013, un groupe de travail réunissant des psychiatres de
diverses orientations théoriques et ayant des modalités d’exercice différentes,
dont certains ont auparavant participé aux travaux de révision des éditions
de la CFTMEA.
Cette CFTM R-2015, avec son transcodage complet en CIM 10, prend donc
le relais de la Classification française de 1968. Elle est formée de deux volets :
d’une part, le volet de l’âge adulte nouvellement cré, et, d’autre part, la der-
nière version de la CFTMEA en usage depuis 2012. Ainsi constituée, la CFTM
R-2015 est destinée avant tout à servir d’instrument de communication dans
l’activité clinique, la recherche clinique en psychopathologie et dans la trans-
mission des données demandées par les autorités sanitaires. Certaines des
catégories diagnostiques retenues y sont définies à partir des descriptions
historiques de maladies mentales ou des théories qui ont jalonné l’histoire

18
Présentation de la CFTM R-2015

de la psychiatrie. Nous voyons dans le texte même de cette présentation qu’il


faut tenir compte de l’histoire pour ce qui est des classifications psychia-
triques. Nous n’avons pas voulu non plus abandonner de manière systéma-
tique un certain nombre de dénominations dites «traditionnelles» qui sont
rappelées dans le glossaire. De même, nous n’avons pas éliminé tous les noms
propres qui ont été donnés à des symptômes ou des syndromes éponymes.
Une classification destinée au clinicien devant être d’une utilisation simple,
cette présentation est donc suivie d’un «mode d’utilisation». Après la pré-
sentation des catégories diagnostiques, le glossaire précise le sens de certains
termes employés pouvant prêter à confusion, et l’index alphabétique permet
d’accéder rapidement au codage CFTM et à sa transcription CIM. Les critères
d’inclusion et d’exclusion ont été soit repris de la CFTMEA R-2012, pour ceux
qui s’observent dès l’enfance ou l’adolescence, soit en correspondance avec
ceux de la CIM 10 pour ceux qui n’apparaissent qu’à l’âge adulte.
Il est essentiel de garder à l’esprit que le présent travail constitue avant tout
une transition, celle de l’extension de la CFTMEA à la clinique psychiatrique
de l’âge adulte afin de remettre en fonction une CFTM vouée à être révisée
dans un proche avenir, en fonction des avis de la profession et de la révision
en cours de la CIM 11.
Septembre 2015
Jean Garrabé, François Kammerer (dir.)
CLASSIFICATION
FRANÇAISE
DES TROUBLES
MENTAUX
R-2015 Sous la direction de
Correspondance et transcodage Jean Garrabé

CLASSIFICATION
➤ CIM10
François Kammerer

P eu avant sa disparition en 2012, Roger Misès initia le


projet d’étendre à tous les âges de la vie le modèle de la
Classification française des troubles mentaux de l’enfant et FRANÇAISE
DES TROUBLES
de l’adolescent (CFTMEA) qu’il avait élaboré. Appliquant cette
méthode attentive à la compréhension du sujet et à son évolution
dynamique, un groupe d’experts a construit le volet « adulte »

MENTAUX
permettant la réalisation de cette nouvelle Classification
française des troubles mentaux (CFTM R-2015) dont la dernière
version, éditée par l’INSERM, datait de 1968.

R-2015

Classification française des troubles mentaux • R-2015


D’utilité reconnue par la majorité des organisations profes-
sionnelles de la discipline, l’innovation principale de la CFTM
R-2015, par rapport aux classifications internationales actuelles,
réside dans l’extension à l’âge adulte du principe d’une approche
diagnostique­qui prend en compte des repères à la fois dimen-
sionnels et catégoriels.
Correspondance et transcodage
Les psychiatres disposent ainsi d’un outil exhaustif de commu-
nication avec tous les professionnels, l’ensemble des usagers et
➤ CIM10
les autorités de santé, reflétant de manière spécifique la culture
nosographique et la réalité des pratiques psychiatriques du
monde francophone. Sous la direction de
Enrichi d’une version numérique (ebook) permettant une naviga- Jean Garrabé
tion dynamique et intégrale dans la CFTM R-2015, cet ouvrage
a été pensé pour un usage professionnel quotidien grâce à un
François Kammerer
transcodage systématique de la Classification internationale
CIM 10, un glossaire et un index global facilitant les recherches.

Préface de Jean-François Allilaire, secrétaire perpétuel adjoint de


l’Académie nationale de médecine.
Les auteurs : Michel Botbol, Jean-Yves Cozic, Jean Garrabé, Bernard
Gibello, François Kammerer, Patrick Landman, Bernard Odier,
Michel Patris, Christian Portelli, Jacques Sédat, Alain Vaissermann.

ISBN : 978-2-8109-0406-8

37 €
F215455
www.presses.ehesp.fr

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