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TRADITION DES ÉTOILES ET PRATIQUE


DE L’ASTROLOGIE
DANS LE LIVRE DES CURIOSITÉS*

Emilie SAVAGE-SMITH

Dans l’un des contes des Mille et Une Nuits, le héros Qamar al-Zamān
prétend être un diseur de bonne aventure afin d’accéder au palais (et en
fin de compte à la fille du roi). Il clame1 :

Je suis le scribe, le calculateur, l’astrologue. Je suis celui qui sait ce qui


est caché, qui devine les réponses et qui fabrique des amulettes. Qui a
besoin de mes services ?

Qu’attendait-on des astrologues dans l’Islam médiéval ? Avaient-ils


les connaissances mathématiques nécessaires à l’élaboration et au calcul
d’un horoscope complet ? La plupart étaient-ils suffisamment compétents
pour utiliser des instruments comme les astrolabes et mesurer la positions
des étoiles et des planètes ? Étaient-ils capables de comprendre et d’uti-
liser des tables d’étoiles (zījs) ou des éphémérides ? Connaissaient-ils
d’autres pratiques divinatoires ? Attendait-on d’eux qu’ils donnent en
plus de leurs prévisions, des amulettes et des charmes à leurs clients
S’attendait-on à ce qu’ils mettent à jour les pensées cachées et le passé de
leurs clients ? Les astrologues de cour opéraient-ils de façon différente de
ceux des marchés ? Arpentaient-ils vraiment les rues ou les salles des
palais à la recherche de clients ? Voici quelques-unes des questions que
devraient aborder les historiens de l’astrologie.
Dans une approche préliminaire, nous allons considérer l’astrologie
telle que nous la présente un traité arabe du début du XIe siècle tradition-
nellement connu sous le nom de « Livre des curiosités ». Son titre complet

*
Traduit de l’anglais par Anna Caiozzo.
1
The Arabian Nights II : Sindbad and Other Popular Stories, Husain Haddawy (trad.),
New York - Londres, 1995, p. 197.
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234 TRADITION DES ÉTOILES ET PRATIQUE DE L’ASTROLOGIE DANS LE LIVRE DES CURIOSITÉS

est Kitāb Gharāʾib al-funūn wa-mulaḥ al-ʿuyūn, approximativement


traduit par : le Livre des curiosités des sciences et des merveilles pour les
yeux2. Après avoir discuté du rôle de la tradition des étoiles et de l’astro-
logie dans ce traité unique en son genre, nous étudierons comment
l’astrologie, dans sa forme présentée ici, reflète ou non les pratiques de
l’astrologue envers ses clients.
Le Livre des curiosités donne une vision fidèle de l’astrologie du
XI siècle car il se trouve que ce traité n’a pas été écrit par un savant. Son
e

auteur – qui n’est pas cité et reste inconnu – était un lettré largement lu,
mais n’était certainement pas un savant, et semble même avoir été autodi-
dacte, ce qui était courant dans l’Égypte du XIe siècle où il exerçait. Ainsi,
les informations que donne l’auteur sur le ciel et la terre reflètent ce qui
circulait à cette époque dans les milieux lettrés non scientifiques – en
d’autres termes, il fournit un guide unique de ce qui circulait parmi les
classes qui s’exprimaient à cette époque.
À partir d’éléments intrinsèques, nous pouvons voir qu’il a écrit ce
traité (dédié à un mécène inconnu) en Égypte fatimide entre 1020 et
10503. Pour accomplir sa tâche, notre auteur s’est inspiré, comme un
collectionneur, de toute une série de sources écrites, dont il cite plus
d’une vingtaine, auxquelles il ajouta ses propres informations. Ce
mélange de sources montre à quel point le milieu où il travaillait était
complexe et diversifié. Ce traité est essentiellement une cosmographie,
divisée en deux livres – le premier, de dix chapitres, sur les cieux, et le
second, de vingt-cinq chapitres, sur la terre. Ce dernier est illustré de dix-
sept cartes, parmi lesquelles quatorze sont uniques dans l’histoire de la
cartographie4.

2
Le manuscrit a été acquis par la Bodleian Library en 2002 et reçut la cote Arab. c. 90.
3
Quatre points permettent de dater sa rédaction entre 1020 et 1050 : 1) la Sicile y est
décrite comme étant sous domination musulmane, ce qui indique qu’il fut rédigé
avant l’invasion des Normands en Sicile en 1070 ; 2) il mentionne que les Banū
Qurrah habitent toujours les plaines proches d’Alexandrie, et puisque les autorités
Fatimides ont mené plusieurs campagnes contre eux en 1050-1051, voire les ont
bannis de la région en 1051-1052, notre auteur a écrit avant 1050 (442H) ; 3) dans le
chapitre sur Tinnīs, il est dit que six grands bâtiments pour les commerçants furent
construits en 1014-1015 (405H), portant le nombre total d’échoppes et de marchés
couverts dans la cité à 56, et pour cette raison, notre auteur a sûrement travaillé après
1015 ; 4) al-Ḥākim bi-Amr Allāh, le souverain fatimide d’Égypte et de Syrie de 996
à 1021, est cité comme s’il ne régnait plus, entraînant que notre auteur écrivit après
1020, car al-Ḥākim est mort le 13 février 1021 (27 Shawwāl 411H).
4
Il a été entièrement édité et traduit. Voir The Book of Curiosities : A critical edition,
E. Savage-Smith et Y. Rapoport (éd.), World-Wide-Web publication, mars 2007.
(www.bodley.ox.ac.bookofcuriosities).
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EMILIE SAVAGE-SMITH 235

Cependant, c’est le Livre I (Sur les Cieux) qui nous intéresse ici, car,
après une introduction discutant de la taille de l’univers (les distances à
l’intérieur de la sphère des étoiles fixes et le rayon (les dimensions) des
orbites planétaires), il consacre le reste du volume aux questions astrolo-
giques et aux croyances relatives aux étoiles. Le traité d’Hippocrate, Air,
eaux, lieux, dans sa traduction arabe, était largement étudié aussi bien par
un public de lettrés que par les médecins. Son affirmation selon laquelle
la qualité du sol, celle de l’eau, et la nature des vents et du temps influen-
cent constamment le corps humain était crucial dans l’élaboration des
notions d’une médecine météorologique ou astrologique, et d’une
médecine géographique. La justification de l’astrologie qu’apporta
l’astronome alexandrin Ptolémée dans son Tetrabiblos (littéralement
« Les quatre livres »), qui fut écrit au IIe siècle et traduit plus tard en arabe,
fut fondamentale quand l’astrologie s’imposa comme la forme de divina-
tion la plus répandue. L’influence de ces deux traités est évidente tout au
long du Livre des curiosités.
La littérature occultiste grecque de la fin de l’Antiquité fut aussi une
source d’inspiration, plus particulièrement les écrits qualifiés « d’hermé-
tiques », selon Hermès Trismégiste – qui signifie « Hermès le trois fois
très grand » en grec. Une autre source importante fut l’astrologie
indienne, et notre auteur fournit une histoire de l’essor de l’astrologie en
Inde inhabituelle, sinon unique. Suivant cette digression historique, il
prend en compte les attributs des signes du zodiaque : leur correspon-
dance avec les éléments ou les saisons ; leur influence constante, discon-
tinue ou dualiste ; s’ils sont dominés par le soleil ou la lune ; leur genre ;
leur caractère diurne ou nocturne. Il associe ensuite chaque signe zodiacal
à une planète et fournit un bref commentaire sur l’orbite des planètes et
leurs domiciles. Ces derniers sont les signes du zodiaque où les planètes
ont un pouvoir maximal (un signe diurne dominé par le soleil, et un autre
nocturne dominé par la lune).
Après ces remarques préliminaires, un nombre considérable de détails
est donné sur chaque signe dans le deuxième chapitre du Livre I. Pour ne
prendre qu’un seul exemple5 :

5
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 6a, lignes 4-9.
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236 TRADITION DES ÉTOILES ET PRATIQUE DE L’ASTROLOGIE DANS LE LIVRE DES CURIOSITÉS

Bélier : c’est le domicile6 de Mars. Il a le soleil en exaltation au 19e degré


et Saturne en chute au 21e degré7, ainsi que Vénus en exil8. Ses
« termes », d’après les Égyptiens, sont au nombre de cinq : Jupiter,
Vénus, Mercure, Mars et Saturne9. Il possède trois « visages », le premier
étant Mars, le deuxième le soleil et le troisième Vénus10. Il possède trois
maîtres des triplicités11 qui sont le soleil, Jupiter et Saturne. Il possède
trois décans (adarinajāt) qui sont Saturne, Mars et le soleil12. Il possède
trois adarijānāt qui sont la lune, Mercure et Vénus13. Il possède neuf

6
Le terme bayt (maison) est ici utilisé au sens de « domicile » ; dans chaque signe du
zodiaque, il y a une planète « en domicile », et qui y est prédominante.
7
Pour chaque planète, il existe un point (degré) le long du zodiaque où son influence
est maximale : c’est l’exaltation (sharaf). Dans le signe opposé à celui de l’exalta-
tion, la planète a une influence minimale, dite « chute » (hubūṭ). Voir Al-Qabīṣī
(Alcabitius), The Introduction to Astrology. Editions of the Arabic and Latin Texts
and an English Translation, C. Burnett, K. Yamamoto et M. Yano (éd.), Londres,
2004, p. 25 ; Kūshyār ibn Labbān, Introduction to Astrology, M. Yano (éd. et trad.),
Tokyo, 1997, p. 35 ; Al-Bīrūnī, The Book of Instruction in the Elements of the Art of
Astrology, R. R. Wright (éd. et trad.), Londres, 1934, p. 258 ; L. P. Elwell-Sutton, The
Horoscope of Asadullāh Mirza, Leyde, 1977, p. 90.
8
Le signe du zodiaque situé à l’opposé de domicile, ou maison, d’une planète est
appelé « exil » (wabāl) de cette planète. Al-Bīrūnī, The Book of Instruction, p. 257
sect. 442.
9
Le mot ḥadd, dans un contexte astrologique, signifie généralement « limite » ou
« terme ». Les signes du zodiaque sont inégalement répartis entre les cinq planètes ; la
quantité de «limites ou termes» allouée à chacune détermine la qualité de son influence.
10
Un wajh (visage) représente un tiers de signe zodiacal, soit dix degrés. Chacun des
trois «visages » d’un signe était censé être régi par une planète particulière. Al-Bīrūnī,
The Book of Instruction, p. 262 sect. 451 ; Abū Maʿšar al-Balkhī (Albumašar). Kitāb
al-mudkhal al-kabīr ilá ʿilm aḥkām al-nujūm, Liber introductorii maioris ad scien-
tiam judiciorum astrorum, R. Lemay (éd.), 9 vol., Naples, 1995, vol. 2, p. 328-340 ;
Al-Qabīṣī, The Introduction, p. 29-31 ; Elwell-Sutton, The Horoscope, p. 97-98.
11
Il parle ici du arbāb al-muthallathāt (le seigneur des triplicités), en faisant référence
aux planètes qui régissent les quatre triplicités. Le terme de triplicité est utilisé pour
désigner les signes qui sont distants de 120° le long du zodiaque. Chaque triplicité
était censée être régie par trois planètes. Abū Maʿšar al-Balkhī (Albumašar). Kitāb al-
mudkhal, vol. 2, p. 328 ; Abū Maʿshar, The Abbreviation of “The Introduction to
Astrology” : together with the Medieval Latin Translation of Adelard of Bath, C.
Burnett, K. Yamamoto, M. Yano (éds. et trad.), Leyde, 1994, sect. 1.86 ; Al-Bīrūnī,
The Book of Instruction, p. 259 sect. 445.
12
Le terme adarinajāt s’avère être une déformation du terme al-darījān, provenant du
drikan (décan) hindou. Ce dernier représente un tiers de signe (10°), ou un décan,
mais les seigneurs de ces tiers sont différents de ceux des «visages ». Les alignements
présentés dans ce traité comme adarinajāt correspondent généralement aux drikan
hindou donnés dans le Picatrix et à ceux listés par al-Bīrūnī ; voir Kitāb Ghāyat al-
ḥakīm, H. Ritter (éd.), Leipzig, 1933, p. 133-135 ; Al-Bīrūnī, The Book of Instruc-
tion, p. 263 sect. 451.
13
Le terme adarijānāt (vocalisation incertaine) est un alignement qui est autrement
non identifié. Il apparaît en conjugaison avec le terme adarinajāt et s’avère être aussi
la déformation d’un terme hindou.
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neuvièmes14 (nūhbahrāt). Dans le corps humain, il désigne le visage, la


tête et tout ce qui se trouve à l’intérieur. Il régit les cités de Babylonie, du
Fars, d’Azerbaïdjan, de Palestine, l’île de Chypre, les côtes d’Asie
Mineure, le pays des Slaves, Khilāṭ et Mossoul.

Notre auteur s’intéresse beaucoup aux influences astrologiques sur la


géographie et, au Livre II du traité (Sur la Terre), il inclut occasionnelle-
ment de l’astrologie à ses descriptifs géographiques. Par exemple, au
sujet de la grande carte de la cité de Tinnīs, une île du delta du Nil,
détruite en 1227 au cours des croisades, il dit15 :

Cette cité a été fondée quand les Poissons étaient en ascendant. Le maître
des Poissons est Jupiter, signe de grande félicité, alors que Vénus était en
exaltation. Pour cette raison, les habitants de cette ville sont remplis de
joie et de bonheur. Ils écoutent de la musique, sont toujours charmants,
recherchent le confort, et fuient tout ce qui pourrait causer de la peine ou
de la souffrance.

Il va même jusqu’à calculer l’ascendant des cours d’eau ; dans le cas


suivant, celui du Nil16 :
Son ascendant est le Cancer et le maître de ses heures est Mars. La
connaissance de ses crues se déduit de l’observation de Mars au commen-
cement de l’année : s’il est dans la plus grande partie de son orbite
(masīrihi), la crue sera excessive ; s’il est au milieu de son orbite, la crue
atteindra un niveau normal ; et s’il rétrograde sur son orbite, le fleuve sera
en déficit. Notez bien cela.

Retournant au signe du Bélier, notre auteur poursuit avec toutes sortes


d’associations utiles pour faire des prévisions, comme les couleurs, les
goûts, des émotions, les jours de la semaine et les mois. Pour les bateaux,
il est associé à la figure de proue, pour les montures animales, il préco-
nise un cheval roux-noir ; et pour l’habillement, des vêtements rouges.
Après avoir fait de même avec les onze autres signes du zodiaque, il
recommande au lecteur, qui voudrait davantage de détails, de se reporter

14
Al-Bīrūnī rapporte que les neuf parties d’un signe, appelées nuhbahr, sont très
importantes pour les Indiens ; Al-Bīrūnī, The Book of Instruction, p. 266-267 sect.
455. Il s’avère que l’auteur du traité n’a pas bien appréhendé la signification ce terme.
15
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 35b-36a, grande vignette à droite au milieu de la
carte.
16
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 42a, inscription verticale sur le côté droit de la
carte.
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238 TRADITION DES ÉTOILES ET PRATIQUE DE L’ASTROLOGIE DANS LE LIVRE DES CURIOSITÉS

à l’un des ses précédents traités intitulé al-Muḥīṭ (L’englobant) – hélas,


aujourd’hui perdu.
L’auteur s’attaque ensuite, dans les trois chapitres suivants du Livre I,
à son sujet favori : les influences astrologiques des groupes d’étoiles.
Après avoir commenté les quarante-huit constellations classiques
formées par les 1022 étoiles fixes, il énumère les onze « étoiles vues en
rêve par le prophète Yūsuf (Joseph), que la paix et la bénédiction de Dieu
soient sur lui17. » Pour autant que nous ayons pu le déterminer, ce récit est
unique dans la littérature astrologique. Dans les commentaires du Qurʾān
et dans la littérature des ḥadīth, il existe une tradition18 selon laquelle un
juif aurait demandé au Prophète à titre d’épreuve quelles étoiles Joseph
avait vues en rêve. Après quelque temps, l’ange Gabriel révéla leur nom
au Prophète qui fit venir le juif. Après que le juif eut promis de se
convertir si le Prophète lui donnait les noms exacts, Muḥammad énuméra
les noms des onze étoiles. Le juif lui confirma alors qu’il s’agissait bien
de ces étoiles là. L’usage précis de cette information pour un astrologue
n’est pas très clair.
Les (quatre) chapitres suivants du Livre I traitent des propriétés astro-
logiques d’un groupe de trente étoiles, appelées les étoiles bābānīyah. La
tradition de ces « trente étoiles influentes » est attribuée à l’antique figure
légendaire grecque d’Hermès Trismégiste19. L’auteur commence ainsi20 :

Les Perses et les Indiens racontent que ces étoiles sont des indications
sur les propriétés occultes (khawāṣṣ) émanant des cinq planètes. Quand
ces étoiles coïncident avec les positions des levers et des couchers dans
un horoscope21, ou avec les points intermédiaires22, ou sont dans les

17
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 11a, lignes 17-19. Il s’agit de jaryān (?), al-ṭāriq,
al-zayyāl (?), qābis, ʿamūdān, fayqal, al-muṣbaḥ, dhū al-farʿ, riyāb, dhū al-
nakufatayn, al-ṣawdh, le Soleil et la Lune.
18
Cette tradition est citée dans divers commentaires du verset 12 : 4 du Qurʾān ; pour
une traduction en anglais de l’une des versions, voir A. F. L. Beeston, Baiḍawī’s
Commentary on sūrah 12 of the Qurʾān. Text, accompanied by an interpretative
rendering and notes, Oxford, 1963, p. 3. À propos de Joseph et des étoiles, voir
P. Kunitzsch, « Planets & Stars » dans Encyclopaedia of the Qurʾān, J. D. McAuliffe
(éd.), 5 vol., Leyde, 2006, vol. 4, p. 106-109.
19
P. Kunitzsch, « Liber de stellis beibeniis. Textus Arabicus et Translatio Latina », dans
Hermetis Trismegisti Astrologica et Divinatoria, G. Bos, C. Burnett, T. Charmasson,
P. Kunitzsch, F. Lelli, et P. Lucentini (éd.), Turnhout, 2001, (Corpus Christianorum,
Continuatio Mediaevalis CXLIV C), p. 9-99.
20
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 11a, lignes 23-25.
21
En astrologie, ce sont les première et septième maisons de l’horoscope.
22
C’est-à-dire « mi-cieux », le début de la dixième maison de l’horoscope.
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degrés (de l’un) des deux luminaires [c’est-à-dire le soleil ou la lune],


elles indiquent l’effet favorable ou défavorable requis par leur tempéra-
ment.

L’auteur fournit ensuite la liste de ces trente étoiles, le tempérament


(mizāj) de chacune étant associé à un couple de planètes. L’influence
favorable ou défavorable de chaque étoile est celle des deux planètes
associées.
Ce chapitre est suivi de tables (composant le cinquième chapitre)
présentant le nom, une brève description et l’illustration des 229 étoiles,
qui ne sont pas issues de la tradition ptoléméenne, mais plutôt de celle des
Bédouins préislamiques autochtones qui cartographiaient le ciel (tradi-
tion des anwā). Par exemple, un groupe d’étoiles appelé awlād al-ḍibāʿ
(les Enfants de la Hyène) est dit être situé « à droite de la hyène » et est
illustré par cinq points rouges, dont deux plus gros que les trois autres23.
Ainsi, dans le Livre des curiosités trouve-t-on des étoiles ptoléméennes,
des étoiles issues de la tradition hermétique et des étoiles des Bédouins,
dessinées selon les trois traditions, ayant toutes une signification astrolo-
gique, bien que les deux derniers groupes soient privilégiés par rapport au
premier (d’un point de vue astrologique).
Les commentaires sur les étoiles fixes sont suivis de deux chapitres
sur les « étoiles pourvues d’une queue » (al-kawākab dhawāt al-
dhawāʾib) – c’est-à-dire les comètes. Le premier de ces chapitre (chapitre
6) commence avec ce qu’on l’on appelle les « comètes génériques ». Elles
ne portent aucun nom particulier, ne sont associées à aucun lieu ni aucun
moment, et ne sont pas illustrées. Par exemple24 :

Si une comète apparaît à l’est, alors [des malheurs surviendront] dans les
régions de l’est ; si [elle apparaît] à l’ouest, alors ce sera dans celles de
l’ouest ; est si [elle apparaît] au nord, alors ce sera dans celles du nord. Et
si cependant la comète apparaît au sud, des souffrances se ressentiront
partout, mais surtout au centre de la région. Quand la comète apparaît à
l’est du soleil, les événements qu’elle annonce auront lieu bientôt ; si la
comète apparaît à l’ouest [du soleil], les événements qu’elle annonce
auront lieu plus tard. Si la comète disparaît rapidement, les événements

23
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 12a deuxième rangée, à six cases de la droite. Il est
possible d’identifier les étoiles à κιθλ Bootis. ʿAbd al-Raḥman al-Ṣūfī (m. 986)
identifie les «Enfants de la Hyène » à quatre étoiles de la constellation du Bouvier
(κιθλ Bootis), alors que cinq étoiles sont présentées ici ; voir P. Kunitzsch, Unter-
suchungen zur Sternnomenklatur der Araber, Wiesbaden, 1961, n° 47.
24
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 13a, lignes 5-9.
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240 TRADITION DES ÉTOILES ET PRATIQUE DE L’ASTROLOGIE DANS LE LIVRE DES CURIOSITÉS

qu’elle annonce seront mineurs, mais si son ascension se prolonge, les


événements qu’elle annonce seront durables. La région vers laquelle la
queue est inclinée sera l’une des plus affectées par l’influence néfaste.
Seul Dieu connaît Ses mystères.

Il prend ensuite en compte l’apparition de la comète dans chacune des


constellations du zodiaque. Par exemple25 :

Si elle apparaît dans le Scorpion, d’étranges choses se produiront cette


année là. L’hiver sera humide, avec beaucoup de nuages et un temps
couvert. Dans le nord, beaucoup de sang sera versé. Dans l’ouest, de
grandes guerres et la discorde prévaudront. Il fera de plus en plus froid.
La mort, la maladie, le pillage, le meurtre redoubleront, et le viol et le vice
donneront des cheveux blancs aux parents. Cela aura lieu en ce qui
concerne les femmes. Les hommes auront beaucoup de douleurs dans
leurs testicules, leur vessie et leur dos. Les pluies, qui abîmeront les fruits,
augmenteront, suivies de glace et de neige. Il fera excessivement froid et
sec.

Ce commentaire est suivi d’une section intitulée « Les effets indivi-


duels, comme relatés par Ptolémée, quand elles apparaissent isolément »
– c’est-à-dire les comètes non associées à un signe particulier du
zodiaque. Ces comètes portent toutes des noms différents et sont illus-
trées. Par exemple26 :
Ptolémée a dit : Concernant l’apparition de cette [étoile à queue] appelée
al-fāris (le cavalier27). Son tempérament est celui de Vénus, et elle est
uniquement associée à celle-ci. Sa magnitude est identique à celle de la
pleine lune, et elle traverse rapidement le ciel. Elle a une crinière visible,
comme celle d’un cheval, et lance ses rayons vers l’arrière. Elle traverse
les douze signes du zodiaque. Quand elle apparaît, les rois et les tyrans
tombent, et beaucoup de grandes affaires sont sujettes à changement,
spécialement dans la région vers laquelle la queue est inclinée. L’expres-
sion « avoir le tempérament de Vénus » ne signifie pas qu’elle partage les
propriétés de Vénus, mais seulement qu’elle ressemble à Vénus par sa
couleur, son éclat et la manière dont les sens la perçoivent. Voilà ce à quoi
elle ressemble.

25
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 13b, lignes 2-5.
26
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 13b, lignes 19-22.
27
Ce nom, signifiant le cavalier est relatif au nom hippías figurant dans les listes des dix
comètes de la Grèce antique ; voir P. Tannery, Mémoires scientifiques, J.-L. Heiberg
(éd.), 17 vol., Toulouse - Paris, 1920-1950, vol. 4, p. 356 et Pl. II.
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La comète est ensuite illustrée (Planche 18) et désignée par ʿurf al-
faras (la crinière du cheval). Toutes les comètes n’annoncent cependant
pas des cataclysmes. Par exemple28 :
Concernant l’apparition de l’étoile connue comme al-liḥyānī (celui qui
porte une longue barbe29), associée à Jupiter : elle a de beaux rayons, brille
d’une blancheur lumineuse qui ressemble à un alliage d’argent et d’or.
Elle a une longue queue [?], mais en raison [à cause ?] de la grande taille
de sa queue, elle ne reste pas assez longtemps pour permettre aux
hommes de l’observer. Elle peut être comparée à l’image d’un homme.
Quel que soit le moment où elle apparaît sous cette forme et projette ses
rayons, elle annonce le bien-être et la fertilité dans les campagnes et la
région où elle est apparue, spécialement si Jupiter était en Poissons,
Cancer ou Scorpion. Dans ce cas, la fertilité de la terre sera importante et
la vie sera facile. Les gens se traiteront aimablement, et les actes
malveillants seront rares. Les dignitaires et les nobles seront respectés et
auront un rang élevé. Les rois aimeront les marchands et leurs sujets, qui
vivront justement et dans la prospérité. Voilà ce à quoi elle ressemble.

S’ensuit une représentation de la comète, désignée comme étant al-


liḥyānī – celui qui porte une longue barbe – (Planche 19).
D’autres comètes font encore l’objet du septième chapitre, intitulé
« Des étoiles sombres ayant de faibles lances30 dans le neuvième ciel, qui
ont d’immenses influences favorables et malveillantes ». Toutes ces
comètes sont périodiques et chacune est illustrée par un petit diagramme
d’étoiles (points). L’auteur indique qu’il fait ici la liste de « l’ensemble des
vingt-huit comètes mentionnées par Hermès comme ayant un effet profond
au moment de la naissance, parfois minant des actions sans être remar-
quées et parfois apportant le succès sans être détectées31. » Par exemple32 :

28
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 14a, lignes 6-11.
29
Ce nom, signifiant « le barbu », est relatif au nom pôgônías figurant dans les listes
des dix comètes de la Grèce antique ; voir Tannery, « Mémoires scientifiques », vol.
4, p. 356 et Pl. II.
30
L’expression al-kawākib al-khafīyah dhawāt al-ḥirāb al-marsūmah, traduite ici par
«étoiles sombres ayant de faibles lances » signifie littéralement «étoiles sombres ayant
des lances marquées (ou traçante) ». On ne retrouve cette classification des étoiles et
des comètes dans aucun autre ouvrage. L’expression commune pour désigner les
comètes et météores est al-kawākib dhawāt al-dhawāʾib (étoiles possédant des
mèches de queue), et une distinction peut être apportée entre les comètes ayant la
queue vers l’arrière (dhawāt al-dhawāʾib) et celles avec des excroissances vers
l’avant (dhawāt al-ḥirāb).
31
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 16a, lignes 2-3.
32
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 14b, lignes 19-23.
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242 TRADITION DES ÉTOILES ET PRATIQUE DE L’ASTROLOGIE DANS LE LIVRE DES CURIOSITÉS

Une grande étoile qui ressemble à une table et qui a un éclat coloré. Elle
est entourée par douze petites étoiles qui l’encerclent. Hermès a appelé ce
groupe d’étoiles al-ṣawārikh, alors que les Grecs l’appelle khūmāris (?).
Elle traverse le Bélier tous les quarante ans, mais certains disent soixante
ans. Elle fait un tour sur son orbite, alors que Saturne en fait deux. Quand
elle réside en Bélier, les personnes de ce signe sont emplis de satisfaction
et de bonheur. Ceux qui sont nés dans le premier « visage » [10°] du Bélier
seront touchés par la joie, l’allégresse, une grande autorité, le pouvoir, la
richesse et un rang élevé parmi les régnants. Voilà ce à quoi elle ressemble.

La comète est ensuite représentée par un gros point rouge entouré de


huit points plus petits.
D’une autre comète périodique l’auteur dit33 :

Trois étoiles sombres qui se lèvent au sud le long du trajet de Canopus34


au bord de son orbite. Voici ce à quoi elle ressemble [dessin de deux points
rouges]. Près de leur sillage, les suivant immédiatement, il y a d’autres
étoiles noires et obscures. Elles sont arrangées en cercle, dans une forme
d’anneau brisé, comme si elles étaient des comètes35. Elles traversent les
cieux tous les deux cents ans. Hermès les a appelées al-ṭawāliʾ (les étoiles
montantes36). Elles sont de bon augure pour tous les signes du zodiaque.
Celui qui les regarde au début de l’année ne sera affecté par aucune
maladie des yeux durant cette année, ni n’aura a souffrir de la tête, et
spécialement des yeux. Quiconque continue de les regarder ne sera jamais
aveugle. [dessin d’un demi-cercle formé de cinq étoiles]

Après les commentaires sur les étoiles fixes et les comètes, l’auteur
consacre le huitième chapitre aux astres « errants » – les planètes. Il
détaille ici scrupuleusement leurs caractéristiques et attributs. Au sujet de
la planète Saturne, il dit par exemple37 :
Saturne. Son nom persan est kayvān38 ; son nom hindou est b.sh.n.s ; son
nom grec est bāṭ.m.yās ; son nom byzantin est aqrūnus (Kronos) ; son

33
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 15a, lignes 7-11.
34
Suhayl est l’étoile Canopus (la deuxième étoile la plus brillante du ciel) dans la
constellation gréco-ptoléméenne Argo Navis : la Carène (aujourd’hui α Carinae).
35
Littéralement « comme si elles avaient des mèches de queue » (dhawāt al-dhawāʾib),
la désignation commune des comètes.
36
Ce nom n’est pas relevé dans la littérature comme le nom d’une étoile, d’une comète
ni d’un météore. Il est illustré par cinq étoiles en demi-cercle.
37
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 16a, lignes 10-25.
38
Le nom commun en persan est kayvān, parfois écrit kēvān, d’origine babylonienne ;
voir P. Kunitzsch, «Nujūm », dans The Encyclopaedia of Islam, 2em édition, C. E.
Bosworth, E. van Donzel et al. (éd.), 11 vol., Leyde, 1960-2002, vol. 6, p. 97-105,
notamment p. 101.
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EMILIE SAVAGE-SMITH 243

nom indien est al-ʿadhb. C’est une étoile masculine, de mauvais augure,
dualiste et diurne. Elle se réjouit dans la douzième39 [maison]. Son aire
d’influence se situe au 9e degré40. Sa sphère est la première sphère41. Sa
firdāriyah (période de vie) est de dix ans42. Ses grandes années durent 57
ans ; ses moyennes années durent 30 ans ; et ses petites années durent 18
ans43. Elle est en exaltation au 21e degré de la Balance, et en chute au 21e
degré du Bélier. Les parties du corps humain qu’elle régit sont l’oreille
droite, la rate (la bile noire ?), les reins, les cheveux, l’anus, les intestins,
et les os44. Son trait de caractère est la malhonnêteté. Sa nourriture tient
en tout ce qui a un goût écœurant, comme les myrobalans et autres fruits
de ce genre. Son matériau est le fer. Sa couleur est le jaune pur. Son
parfum est tout ce qui est vieux. Son goût est le salé. Ses vêtements sont
noirs et rouges. Ses animaux sont les singes, les éléphants, les loups, les
porcs, al-k.n.fāsh45 et les chats noirs. Ses oiseaux sont les corbeaux, les
aigles, les pluviers et tous les oiseaux ayant un long cou. Ses éléments
naturels sont la boue, la glaise, la grêle, la neige et les pays secs. Ses types
de paysages sont les montagnes, les rochers et les terrains accidentés. Ses
arbres sont tous ceux dont l’odeur est amère et fétide. Les activités
prospères associées à cette planète sont les activités foncières, l’agricul-
ture, l’excavation de puits ou de canaux, et l’achat de propriétés. Son jour
de la semaine est le samedi, durant la première et la huitième heure. Ses
régions sont l’Inde, les pays du Sūdān, les mers supérieures46, Babylone,

39
Chacune des sept planètes jubile dans l’une des douze divisions astrologiques du
cercle zodiacal ; voir Abū Maʿshar, The Abbreviation, p. 31.
40
Il s’agit littéralement en arabe de «la lumière derrière elle et devant elle c’est neuf »
Cela fait référence au nombre de degrés, à la fois devant et après elle, entre lesquels
elle a le pouvoir d’influer sur une autre planète ; voir Al-Bīrūnī, The Book of Instruc-
tion, p. 255.
41
L’auteur énumère les sphères, de l’extérieur vers l’intérieur. Saturne est la première,
Jupiter la deuxième, puis Mars, le Soleil, Vénus, Mercure, la Lune occupant la
septième.
42
D’après l’astrologie persane, les années constituant la vie d’une personne sont
divisées en plusieurs périodes, appelées fardārāt, régie chacune par une planète
spécifique ; voir D. Pingree, «Astrology and Astronomy in Iran », dans Encyclopaedia
Iranica, E. Yarshater (éd.), 8 vol., Londres - Costa Mesa, 1985-2008, vol. 2, p. 858-
71, esp. p. 870 ; Abū Maʿshar, The Abbreviation, p. 81 ; Al-Bīrūnī, The Book of
Instruction, p. 239 et 255.
43
Les années associées aux planètes étaient de trois types : les grandes années, les
années moyennes et les petites années. Les astrologues les utilisaient pour prédire, au
moment de la naissance, la longévité probable d’une personne ; voir Abū Maʿshar,
The Abbreviation, p. 81-82 ; Abū Maʿšar al-Balkhī (Albumašar). Kitāb al-mudkhal,
vol. 3, p. 551 ; Al-Qabīṣī (Alcabitius), The Introduction, p. 133-135 ; Al-Bīrūnī, The
Book of Instruction, p. 239 et 255.
44
Comparer Al-Bīrūnī, The Book of Instruction, p. 248 sect. 423-425, et p. 247 sect.
421-422.
45
Un animal non identifiable, mentionné aussi en relation avec la planète Vénus.
46
Probablement une référence aux mers septentrionales.
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244 TRADITION DES ÉTOILES ET PRATIQUE DE L’ASTROLOGIE DANS LE LIVRE DES CURIOSITÉS

le Fars, le Khorasan et l’Irak. Si l’année commence avec cette planète, il


y aura beaucoup de serpents, de scorpions, de renards, de lièvres, de
taupes, de porcs-épics et de toutes les espèces d’animaux nocturnes. Sa
propriété prépondérante est la froideur et la sécheresse, à cause de son
éloignement par rapport à la chaleur du soleil et à l’humidité des mers sur
la terre. Sa sphère est adjacente à celle des étoiles fixes, mais elle ne porte
aucune étoile. Sa course va de l’ouest vers l’est. Elle parcourt la sphère
en trente ans. La distance de sa sphère à la terre est de 18 090 210
farsakhs. En taille, elle se situe en dessous de Jupiter. Sa circonférence est
de 16 392 farsakhs. Elle est 91 fois plus grosse que la terre. Elle est en
exil en Cancer. Elle n’aime pas le soleil, Jupiter et Mars, mais aime
Vénus47.

Dans le chapitre suivant, le neuvième, l’auteur revient aux groupes


d’étoiles fixes, en se focalisant cette fois sur les mansions lunaires – une
série de vingt-huit groupes d’étoiles importants, proches de l’écliptique.
Ce matériel est fondé sur l’astronomie agraire préislamique, mêlée à des
traditions venant d’Inde (voire de Chine). La plupart des noms d’étoiles
et des tracés de constellations ne sont pas ptoléméens. Un exemple
intéressant dans ce chapitre est sa description et la carte schématique de
la troisième mansion de lune, qui est le groupe d’étoiles aujourd’hui
connu sous le nom de Pléiades, un agglomérat d’étoiles situé dans la
constellation du Taureau, dont six ou sept étoiles sont visibles à l’œil nu.
Au sujet de cette mansion lunaire, l’auteur dit48 :

Al-thurayyā : Ensuite se lèvent les Pléiades (al-thurayyā), un agglomérat


de six étoiles à demi nébuleuses, de la forme d’un triangle isocèle. Elles
se lèvent latéralement de leur position, en disparaissent, puis montent au
nord-ouest d’al-sharaṭayn (première mansion de lune) et al-buṭayn
(deuxième mansion de lune). Montant au nord en même temps qu’elles,
al-ʿayyūq (Capella49) est une étoile lumineuse de première magnitude, sur
l’épaule gauche de māsik al-ʿinān (le cocher, c’est-à-dire la constellation
de l’Aurige). Puis viennent de petites étoiles connues comme étant rijlā
al-ʿayyūq (les deux pieds de Capella). Une petite étoile pas très brillante
appelée al-ʿātiq (l’omoplate50), proche des Pléiades, se lève aussi en

47
Sur « l’amitié » et « l’inimitié » entre les planètes, voir Al-Bīrūnī, The Book of Instruc-
tion, p. 260-262 ; Al-Qabīṣī (Alcabitius), The Introduction, p. 105-107.
48
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 18b, lignes 4-10.
49
L’étoile qui s’appelle al-ʿayyūq en arabe est α Aurigae, aujourd’hui nommée Capella,
la sixième étoile la plus brillante.
50
L’omoplate [d’al-thurayyā] est habituellement identifié à ο Persei ou à ζ Persei, voire
aux deux à la fois.
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EMILIE SAVAGE-SMITH 245

même temps qu’elle. Vers le sud, un agglomérat d’étoiles connu sous le


nom d’al-baqar (le bétail) se lève aussi. La constellation de l’Aurige (litté-
ralement celui qui tient les rênes) est appelée ainsi car elle est située entre
les Gémeaux et la Grande Ourse. Ensuite, elle monte derrière elle vers le
nord, en direction du Lion, et aucune constellation septentrionale n’est
derrière elle, comme si elle était située entre les constellations septentrio-
nales et le zodiaque51. En raison de la laideur et de la magnitude des
étoiles dans cet astérisme, Valens l’a appelée « un démon (shayṭān)
portant des lanternes52 ». Voici ce à quoi cette mansion de lune et ses
étoiles ʿayyūqāt ressemblent : [Planche 20a/b].

Immédiatement après le paragraphe décrivant la troisième mansion de


lune, l’auteur fournit une petite « carte » la montrant parmi les groupes
d’étoiles alentour. Voir en Planche 20a l’illustration provenant du
manuscrit lui-même, et en Planche 20b un schéma explicatif.
Bien que ce chapitre soit intitulé « Des mansions lunaires, de leurs
attributs et influences occultes », l’auteur présente en fait un simple guide
pour localiser les étoiles formant les mansions lunaires et fournit de petits
schémas ou « cartes » pour aider à les retrouver dans le ciel. Il omet de
donner des prédictions. Ces groupes d’étoiles étaient encore très utilisés
aussi bien dans les formes non horoscopiques d’astrologie islamique, que
comme guides lors des changements de temps. Leur utilisation astrolo-
gique est évidente dans le Picatrix (Ghāyat al-ḥākim) et dans les traités

51
La signification de cette phrase n’est pas claire.
52
Vettius Valens est un auteur de la Grèce antique tardive (entre 152 et 162 après J.-C.)
dont les traités d’astrologie furent traduits en persan moyen puis en arabe. Bien que
les versions arabes complètes soient aujourd’hui perdues, il fut cité par beaucoup
d’auteurs arabes. Ces références particulières n’ont pas été identifiées dans d’autres
sources préservées. De nombreux comparatifs arabes sur les Pléiades furent
composés ; pour plus de 400 exemples, voir P. Kunitzsch, M. Ullmann, Die
Plejaden in den Vergleichen der arabischen Dichtung [Bayerische Akademie der
Wissenschaften, phil.-hist. Kl., 4], Munich, 1992. Parmi celles qui ont été publiées,
aucune ne compare les Pléiades à un démon (shayṭān), ni ne les trouve laides. La
comparaison à une lanterne, en revanche, était commune. Il est possible que dans
cette référence les «lanternes » soient les Pléiades et le «démon » soit le groupe
d’étoiles proche (probablement β Persei, aujourd’hui Algol, qui était appelée raʾs al-
ghūl, «la tête de la goule », une étoile prédominante au nord-est des Pléiades). Nous
remercions le professeur Geert van Gelder d’avoir pris le temps de chercher (en vain)
un proverbe similaire concernant les Pléiades. Pour en savoir plus sur Valens et
l’islam médiéval, voir M. Ullmann, Die Natur- und Geheimwissenschaften im Islam
[Handbuch der Orientalistik, I, vi, 2], Leyde, 1972, p. 281-282 ; F. Sezgin, Astro-
logie - Meteorologie und Verwandtes bis ca 430 H. [Geschichte des arabischen
Schrifttums, 7], Leyde, 1979, p. 38-41.
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246 TRADITION DES ÉTOILES ET PRATIQUE DE L’ASTROLOGIE DANS LE LIVRE DES CURIOSITÉS

du groupe de philosophes gnostiques connus comme les Frères de la


Pureté (Ikhwān al-Ṣafāʾ), tous compilés à la fin du Xe siècle, ainsi qu’en
géomancie53.
Le sujet des mansions de lune revient au Livre II du traité, dans le
vingtième chapitre sur les créatures aquatiques merveilleuses, où notre
auteur consacre une section à la confection de talismans associés à
chacune des vingt-huit mansions de lune. Par exemple, au sujet de l’une
des créatures fabuleuses associées aux troisième et quatrième mansions
de lune, il dit54 :
Une bête appelée q.r.s ayant la forme d’une femme assise jambes
croisées, avec une couronne sur la tête, des tresses pendantes, et portant
une feuille de figuier dans la main. Elle est associée au nom d’al-thurayyā
[troisième mansion de lune, les Pléiades]. Une bête appelée N.y.r.s ayant
une forme humaine de profil, se reposant sur son dos et levant ses jambes
vers sa figure. Elle tient ses cuisses serrées avec ses mains. Au dessus de
sa tête se trouve le corps d’un serpent enroulé tourné vers l’arrière. Ce
dernier est associé au nom d’al-dabarān [quatrième mansion de lune].

Bien que l’auteur ne spécifie pas s’il faut graver ou modeler les formes
de ces créatures, il existait une tradition qui décrivait les formes semi-
humaines à dessiner sur les talismans quand la lune se trouvait dans une
mansion particulière. Un traité sur les dessins talismaniques associés aux
mansions lunaires, composé au Xe siècle par l’astronome espagnol Abū
ʿAlī ibn al-Ḥasan ibn al-Ḥātim, se trouve dans un manuscrit bilingue
arabe-latin conservé à la Bibliothèque Vaticane55, mais les dessins diffè-

53
Voir Ghāyat al-ḥakīm, Ritter (éd.) ; “Picatrix” : Das Ziel des Weisen von Pseudo-
Mağrīṭī, H. Ritter et M. Plessner (trad.), Londres, 1963. Sur l’utilisation géoman-
tique des mansions de lune, voir E. Savage-Smith et M. B. Smith, «Islamic
Geomancy and a Thirteenth-Century Divinatory Device : Another Look », dans
Magic and Divination in Early Islam [The Formation of the Classical Islamic World,
vol. 42], E. Savage-Smith (éd.), Aldershot, 2004, p. 211-276. Sur leur utilisation
dans la prévision du temps, voir C. Burnett, «Weather Forecasting in the Arabic
World », dans Magic and Divination, E. Savage-Smith (éd.), p. 201-210 ; C.
Burnett, «Lunar Astrology : The Varieties of Texts using Lunar Mansions, with
emphasis on Jafar Indus », Micrologus 12 (2004), p. 43-133. Voir aussi D. M.
Varisco, « The magical significance of the lunar stations in the 13th-century Yemeni
Kitāb al-Tabṣira fī ʿilm al-nujūm of al-Malik al-Ashraf », Quaderni di Studi Arabi 13
(1995), p. 19-40.
54
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 45a, lignes 8-9.
55
Voir K. Lippincott, D. Pingree, « Ibn al-Ḥātim on the talismans of the lunar
mansions », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 50 (1987), p. 57-81 ;
Burnett, « Lunar Astrology », p. 47.
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EMILIE SAVAGE-SMITH 247

rent radicalement des créatures décrites par notre auteur. On peut aussi
observer des dessins talismaniques de mansions lunaires sur un grand
astrolabe fabriqué en 1227 (625 H) en Égypte par ʿabd al-Karīm al-
Miṣrī56 mais, là encore, les dessins sont substantiellement différents. Les
formes talismaniques des mansions de lune sont aussi illustrées dans deux
manuscrits, l’un conservé à Oxford, l’autre à Istanbul57. Il n’y a aucune
correspondance, cependant, entre les images de ces manuscrits et celles
décrites par notre auteur, si ce n’est dans un sens général : les images
décrites par ce dernier emploient des parties d’animaux similaires à celles
qu’on trouve illustrées dans ces manuscrits. L’association des vingt-huit
mansions de lune à des animaux peut aussi être observée dans un texte
illustré sur les vêtements composé en Inde au VIIIe siècle58. Dans ce
dernier, toutefois, les animaux ne sont pas particulièrement fabuleux : les
trois premières mansions, par exemple, sont respectivement représentées
par un cheval, un éléphant et un mouton.
Revenons au Livre I du Livre des curiosités. Le dernier chapitre porte
sur les tremblements de terre et secousses sismiques, les vents et ce qu’ils
présagent. Pour les vents, l’auteur s’est appuyé sur une source dont
l’auteur est cité, un certain Dīqūs59 [Andronikos ?], pour lequel un vent
violent qui se lève le sixième jour du mois copte de ṭūbeh a une signifi-

56
Oxford, Museum of the History of Science, inv. n° 37148.
57
Oxford, Bodleian Library, MS. Bodl. Or. 133, fol. 27b (seules 14 des 28 représenta-
tions des mansions de lune sont conservées), et Istanbul, Türk ve Đslam Eserleri
Muzesindeki, 1973, fol. 6b. Pour des illustrations, voir E. Edson, E. Savage-Smith,
Medieval Views of the Cosmos, Oxford, 2004, p. 40 fig. 19 ; M. And, Minyatürlerle
Osmanli-ı Mitologyası, Istanbul, 1998, p. 74.
58
London, Khalili coll. TXT 225 ; voir F. Maddison, E. Savage-Smith, Science, Tools,
& Magic, 2 vol. London/Oxford, 1997, p. 152-153.
59
L’identité de l’auteur cité est incertaine. Il est possible qu’il s’agisse d’un certain
Andurīqūs (Andronikos), l’auteur d’un traité arabe de pronostics météorologiques
classés par jours de la semaine (voir Sezgin, « Astrologie – Meteorologie », p. 310-
11). Cet Andronikos pourrait être l’érudit du Ier siècle avant J.-C. provenant de
Rhodes, ou encore Andronikos d’Athènes dont la « Tour des vents » fut décrite par
Vitruve (voir C. Hünemörder, art. « Winde, C : Windrosen », dans Der Neue Pauly, H.
Cancik, H. Schneider et M. Landfester (éd.), 2007 Brill Online). Le nom écrit ici est
Dīqūs, ce qui suggère le nom grec de Diocles, alors que dans un manuscrit arabe
contenant une copie plus tardive de ce chapitre (Milan, Biblioteca Ambrosiana, MS.
& 76 Sup., fol. 62b), il est écrit D.yās.qūr.s, ou Dioscoride, probablement en
référence au médecin d’Anazarbe (m. v. 90 ap. J.-C.), auteur d’un traité influent sur
les substances médicinales ; ce dernier, par ailleurs, une association inappropriée. Il
est également possible qu’il s’agisse d’une référence à un personnage non identifié de
la fin de l’Antiquité, éventuellement copte.
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248 TRADITION DES ÉTOILES ET PRATIQUE DE L’ASTROLOGIE DANS LE LIVRE DES CURIOSITÉS

cation spéciale60. Pour les vents qui ont lieu quand le six du mois de ṭūbeh
tombe un samedi, il dit61 :
Il [Dīqūs] dit… Quand le six de ṭūbeh tombe un samedi (al-sabt) – appelé
sh.n.s.r wār en Hindi62, shambe en persan, sábbaton en grec63, bāsh.yā [?]
en copte, sheviʿī en hébreu – les vents cette année seront violents [des
tempêtes ?], alors que l’été sera beau avec un vent plaisant, bien que
préjudiciable aux moutons. Les fruits des palmiers seront abondants, de
même que le miel et lin, le prix de la nourriture augmentera, les guerres
entre les rois seront fréquentes et le Nil sera bas. Ce sera difficile pour la
population à l’intérieur des terres, alors que les marins et marchands
feront des bénéfices, et de nombreux jeunes garçon mourront.

Maintenant, penchons-nous sur ce qui ne figure pas sans ce traité. Le


matériel astronomiquement et mathématiquement sophistiqué des traités
d’Abū Maʿshar (m. 886), une des grandes figures de l’astrologie, est
absent64. Il n’y a pas d’horoscopes, avec leurs domiciles précisément
calculés ; aucune détermination de la position précise des planètes au
moment de la naissance ou au moment de la lecture65. Mais, bien entendu,
tout au long de l’Antiquité, puis dans le monde islamique, étaient prati-
quées des formes d’astrologie plus simples que l’astrologie horosco-
pique66. Ce sont elles que le Livre des curiosités n’aborde pas.

60
Le mois de ṭūbeh est le mois durant lequel l’année du calendrier julien commence. En
d’autres termes, le 1er janvier julien correspond au six du mois de ṭūbeh dans le calen-
drier copte, qui est toujours synchronisé avec le calendrier julien. Les chrétiens coptes
ont adopté un calendrier qui débute le 29 août 284 julien (année où Dioclétien devint
empereur de Rome).
61
Bodleian Library, Arab. c. 90, fol. 22a, lignes 20-23.
62
La forme sh.n.s.r wār est une tentative raisonnable pour transcrire le mot Hindi pour
samedi, šanivar. Al-Bīrūnī le transcrit en (sanīchar wār) et établit qu’il s’agit aussi
du nom de la planète Saturne ; Al-Bīrūnī, The Book of Instruction, p. 165.
63
Le mot sābāṭān est une translittération proche du grec sábbaton, signifiant «le
sabbat ».
64
Abū Maʿshar, The Abbreviation ; Abū Maʿšar al-Balkhī (Albumašar). Kitāb al-
mudkhal ; K. Yamamoto, C. Burnett, Abu Maʿshar on Historical Astrology : The
Book of Religions and Dynasties (On the Great Conjunctions), 2 vol. [Islamic Philos-
ophy, Theology and Science : Texts and Studies, 33-34], Leyde, 2000.
65
Ne figurent pas non plus des techniques telles que l’emploi du tasyīr, la projection
des rayons ou les lots astrologiques, et il n’y a aucune marque d’intérêt pour
l’astrologie du monde ni pour les conjonctions entre Saturne et Jupiter.
66
Un certain nombre d’ouvrages byzantins traitent de la divination fondée sur les vents
(brontologia) ou sur les phases de la lune (selenodromia). La prédiction des change-
ments saisonniers ou des traditions agraires fondées sur des phénomènes naturels
comme le tonnerre, les nuages et les arcs-en-ciel fait l’objet une partie du traité
byzantin appelé Geoponica, transmis au monde islamique en tant que « Agriculture
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EMILIE SAVAGE-SMITH 249

Car l’astrologie, ou ʿilm al-nujūm (la science des étoiles) était appré-
hendée et pratiquée à plusieurs niveaux :
(1) Elle pouvait être simplement fondée, comme nous l’avons vu, sur
la visibilité d’étoiles importantes ou l’observation de la lune dans l’une
des ses mansions. Des exemples de tels pronostics seraient : « Quiconque
est né quand la première partie du Bélier apparaît au dessus de l’horizon
sera prospère, obtiendra ce qu’il cherche, sera le chef de son peuple et de
son pays67…», ou : « si la lune se trouve dans sa première mansion
(Sharaṭān), ne porte pas ne nouveaux vêtements ce jour… et ne rencontre
pas de rois ce jour68…» De telles procédures sont quelquefois citées
comme étant des electiones non-mathématiques.
(2) Un astrologue peut s’intéresser en premier lieu à la prédiction du
temps, auquel cas il peut fonder ses prédictions sur la visibilité des
groupes d’étoiles (en particulier des mansion de lune) ou sur la conjonc-
tion de planètes dans certaines portions du ciel. Cette forme de pronostic
s’appelle astro-météorologie69.
(3) Les prédictions astrologiques pouvaient être fondées sur l’appari-
tion des comètes ou sur des phénomènes géophysiques comme les
tremblements de terre ou les vents.
(4) Il existait d’autres moyens de déterminer les jours fastes ou
néfastes, fondés sur les calendriers ou des procédures calendaires
(hémérologie).
(5) L’astrologie, qui nécessite le calcul précis des positions des
planètes et la production mathématique d’horoscopes, est souvent
appelée astrologie judiciaire (ʿilm aḥkām al nujūm, « la science du
jugement des astres »), ou quelquefois astrologie catarchique. Cette forme
d’astrologie se divise en quatre catégories :

nabatéenne » (Kitāb al-Filāḥah al-Nabaṭīyah), attribuée à Ibn Waḥshīyah). Voir


Ullmann, «Geheimwissenschaften », p. 427-442.
67
Liber Alchandrei 22.1, cité dans Burnett, « Lunar Astrology », p. 45.
68
Burnett, « Lunar Astrology », p. 48.
69
Sur les sources de base sur l’astrométéorologie avant le xiie siècle, voir Sezgin,
«Astrologie – Meteorologie », p. 302-335. Alexandre Fodor a publié une étude sur un
exemple d’ensemble de textes sur la divination météorologique, ayant circulé sous le
titre malḥamah ou malāḥim et attribués au prophète Daniel, et il a présenté des
arguments intelligents concernant leur datation et lieu de réalisation – c’est-à-dire au
début du XIe siècle, sur le versant sud du Turʿabdīn, par un moine chrétien syriaque
(A. Fodor, «Malhamat Daniyal », dans The Muslim East : Studies in Honour of
Julius Germanus, G. Káldy-Nagy (éd.), Budapest, 1974, p. 84-133 et 26 p. en
arabe). Voir aussi S. Jenks, «Astrometeorology in the Middle Ages », Isis, 74
(1983), p. 185-210 ; Burnett, «Weather Forecasting ».
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250 TRADITION DES ÉTOILES ET PRATIQUE DE L’ASTROLOGIE DANS LE LIVRE DES CURIOSITÉS

(a) La détermination du destin d’un individu fondée sur les nativités


(mawālīd) – c’est-à-dire l’élaboration et l’interprétation d’un horoscope
représentant les planètes au moment de la naissance. Les historiens ont
maladroitement appelé généthlialogie cette branche de l’astrologie.
(b) La production d’horoscopes pour déterminer le cours des événe-
ments pour un pays ou une dynastie, ou même de plus longues périodes.
(c) La détermination des jours fastes ou néfastes pour savoir si des
actions doivent ou non être entreprises, fondée sur un horoscope établi
pour le jour en question. En arabe, on appelait cette méthode ikhtiyārāt
(choix ou élections70).
(d) L’élaboration d’horoscopes dans le but de répondre à certaines
questions (masāʾil). Ces questions pouvaient porter sur les pensées
intérieures (ḍamīr), la localisation d’objets perdus, un diagnostic médical,
ou tout autre sujet. Cette forme d’astrologie, habituellement appelée
« interrogations », était parfois combinée au type précédent lors de la
classification des pratiques astrologiques.
Le Livre des curiosités, comme beaucoup d’autres sources, suggère
qu’une grande partie de la population se contentait d’une forme simple,
non mathématique, d’astrologie, fondée sur l’observation d’un ascendant,
d’un certain groupe d’étoiles (plus particulièrement les mansions de
lune), et des phénomènes météorologiques comme les comètes – une
sorte « d’astrologie populaire » ou, comme Toufic Fahd l’a appelée, une
« astrologie naturelle71«. N’est-il pas possible alors que cette forme
simplifiée, non-mathématique, d’astrologie ait réellement dominé la
pratique de cet art, et que ses formes hautement techniques n’ait été l’apa-
nage que des savants travaillant à la cour ?
Une autre question à considérer est de se demander si certaines formes
d’astrologie décrites dans la littérature faisaient, en fait, partie, non du
répertoire des astrologues pratiquants, mais plutôt d’une tradition litté-
raire. Par exemple, des textes hermétiques comme les trente étoiles
bābānīyah étaient-ils réellement utilisés par les astrologues, ou étaient-ils
les restes d’un certain intérêt des auteurs médiévaux pour les sciences
antiques ?

70
Voir D. Pingree, « Eḳtīarāt », dans Encyclopaedia Iranica, vol. 7, p. 291-292 ; C.
Burnett, «Astrology », dans Encyclopaedia of Islam, 3em édition, vol. 1, p. 165-75,
notamment p. 173.
71
T. Fahd, « Nudjūm (ʿilm al-) », dans Encyclopédie de l’Islam, 2e éd., vol. 8, p. 105-8.
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EMILIE SAVAGE-SMITH 251

C’est le genre de questions que nous devons garder à l’esprit en


étudiant les preuves de la pratique (en opposition à la théorie) de l’astro-
logie. L’image est sans conteste un domaine complexe où les astrologues
faisaient preuve d’une habileté diverse. Le Livre des curiosités fournit
une bonne vision de l’astrologie en Égypte au XIe siècle – celle qui était
dominée par l’utilisation non mathématique des astérismes non-ptolé-
méens, l’observation des comètes, la présence de vent les jours propices,
et une myriade d’attributs assignés à chaque planète et à chaque signe du
zodiaque.