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On n’est pas peu surpris


de trouver, mêlés à l’âge de Le grain de sel de
Theophraste
pierre, quelques-uns des us et
coutumes du moyen âge.

Les mots lier et délier, Bonjour à tous,


Kysourouley et thignabout, Meneurs qui empestez le soufre !
sont employés par les Kanak
de l’île des Pins dans le même Enfin ! Voici venir cette première production des Ateliers des
sens que nos aïeux. Les sorts J.T.P… Production annoncée, espérée, promise, attendue, réclamée
jetés, les envoûtements au et... désormais disponible !
cimetière, sont comme on les
a vus en France au temps Notre page d’accueil sur le site www.echodelunivers. vous a
d’Urbain Grandier. déjà expliqué qui nous sommes, et quels sont les projets que nous
caressons (car nous sommes des sensuels, oui , nous caressons nos
La victime de l’envoû-
tement est mangée, c’est-à- projets !). Trêve de préambules, voici donc le tout premier scénario
dire dépérit jusqu’à sa mort que nous vous proposons… Son auteur, Julien Clément, nous a
prochaine. fait le grand honneur de nous le confier, afin que nous le mettions à
votre disposition. Il a son originalité et son histoire, la première étant
Louise Michel, due — en plus du talent de l’auteur, il va sans dire ! — à la seconde.
Légendes et chants de gestes kanak, Je m’explique…
1885

Le scénario que vous allez lire, puis proposer à vos joueurs, a


remporté le 1er prix du premier concours de scénarios lancé par
Développements Huysmans sur le Yahoo-group Maléfices. Suite à cela, il a été proposé
ludiques : en aventure inédite aux participants de la Convention Maléfices de
Provins, en mai 2006.
Atelier des JTP
Remerciements particuliers à Ces tests multiples ont amené l’auteur à remanier quelques points
Fabien Hamm et aux valeureux de détails de sa première mouture, ce qui a occasionné le délai entre
testeurs-cobayes de la Convention la convention provinoise et la mise en ligne… Mais maintenant, qu’il
Maléfices 2006 de Provins est revu, corrigé, proposé à tous dans sa forme définitive, et il est
temps de revenir au scénario lui-même
Les illustrations appartiennent à
leurs auteurs respectifs. Elles ont
Le thème du concours était “La France et ses colonies”. Ceci,
été trouvées sur Internet ou sont
issues des archives personnelles
déjà, vous explique pourquoi le titre de l’aventure vous a paru si…
des intervenants.Il n’y a ici aucune étrange. C’est qu’il n’est pas rédigé en français, mais en langue kanak !
volonté mercantile de spolier les Ce dernier mot vous indique qu’il se déroulera donc en Nouvelle-
droits d’auteurs. Calédonie. L’esprit du Meneur de Maléfices, déjà, est en train de
s’emballer : Nouvelle-Calédonie, bagne, déportés, Commune et
Communards, et, pourquoi pas, Louise Michel… Tout juste ! Mais il
Maléfices vous réserve aussi d’autres surprises…

Car assez vite se fait jour une autre question : mais au fait, c’est
est un jeu de rôle de quoi, le fantastique, de Maléfices, transposé chez les Kanaks ?
Michel Gaudo et Bonne, excellente question ! Julien l’a exploré pour vous, et je ne
Guillaume Rohmer. vous en dirai rien ici pour vous en laisser le plaisir de la découverte.

Bonne lecture, donc et surtout… bonnes parties !…


Ce scénario
est non officiel. Théophraste Vignemesle.
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SOMMAIRE
Avant-propos ........................................................................................................................... 04

Prologue ............................................................................................................................ 05

Acte I : Numbo ....................................................................................................................... 06

Sur la plage abandonnée .................................................................................................. 06


Chez Donne-au-vent ....................................................................................................... 07
Sur la place centrale de Numbo .................................................................................... 08
Chez Tellier .................................................................................................................... 09

Acte II : Conséquences .......................................................................................................... 10

Que faire ? ....................................................................................................................... 10


Numbo en ébullition ....................................................................................................... 10
expédition punitive.......................................................................................................... 11
Au théâtre ce soir........................................................................................................... 13

Acte III : Second meurtre...................................................................................................... 14

Une facheuse habitude .................................................................................................... 14


Chaud débat à Numbo ...................................................................................................... 14
Louise Michel ................................................................................................................. 14
Face à leur conscience .................................................................................................... 16

Acte IV : Mystères K anak ..................................................................................................... 18

Hors de Numbo ................................................................................................................ 18


La rencontre avec un Bao .............................................................................................. 18
La rencontre avec Andia ................................................................................................ 21
La visite du village Kanak............................................................................................... 22
Les vampires attaquent ! ................................................................................................ 26

Acte V : Dénouement ............................................................................................................ 27

Un peu de réflexion ........................................................................................................ 27


Les pistes ......................................................................................................................... 27

Contexte, Personnages & Aides de Jeu ................................................................ ................ 30

La Commune .................................................................................................................... 31
La Nouvelle-Calédonie dans maléfices ......................................................................... 39
La presqu’île Ducos ........................................................................................................ 42
La révolte kanak de 1878 ................................................................................................. 51
Le théâtre et Hernani................................................................................................... 54
Les protagonistes ............................................................................................................ 56
Aide de jeu 1 : journal
Aide de jeu 2 : lettre de tellier
Aide de jeu 3 : affiche administrative
Aide de jeu 4 : récapitulatif des informations de l’acte IV
Aide de jeu 6 : les choix finaux

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AVANT-
Si je vous dis, cher Meneur, que pour ce nouveau scénario vos
joueurs vont devoir laisser au placard leurs habituels personnages et en
créer de nouveaux, je ne vous surprends pas, n’est-ce pas ? En effet, il

PROPOS
semble s’agir d’une tradition maléficieuse solidement établie ! Toutefois,
vous admettrez sans peine que, dans le cadre de ce scénario, nous ne
pouvons absolument pas faire autrement.

Tout d’abord, la date. En effet, ce scénario se déroule en 1878.


Notes pour le Date inhabituellement précoce pour un scénario Maléfices bien que, dès
Meneur de Jeu l’origine, le jeu prétende couvrir la période 1870-1914. Il faut néanmoins
Et les femmes ? bien avouer que la plupart des scénarios couvrent plutôt la période de la
Belle Époque vers 1900-1914. Il serait par conséquent étonnant que
Historiquement, les dépor- vous ayez des personnages aptes à l’aventure pour la date qui nous
tées sont toutes au camp de la baie intéresse.
de l’ouest, et ce depuis un ordre
de 1875 de la pénitentiaire, Ensuite, le lieu. Notre scénario se déroulera en effet outre-mer et
soucieuse de morale. plus précisément en Nouvelle-Calédonie. Difficile d’imaginer en 1878
un lieu plus lointain et inaccessible aux habituels personnages parisiens
Cependant, il y a quelques fréquentant les assemblées du Club Pythagore !
autres femmes sur la presqu’île :
les femmes de déportés venues À ces contraintes de temps et de lieu s’ajoute l’habituel problème
rejoindre leurs maris sont toutes du lien entre les personnages. Pour que le scénario fonctionne, nous avons
dans le village de Tindu, tout besoin d’avoir sous la main des personnages qui, non seulement, se
comme quelques orphelines connaissent de longue date mais ont, qui plus est, développé entre eux
envoyées sur l’île par notre chère des liens d’amitié solides, ainsi qu’avec quelques PNJ importants.
administration en 1874 dans le
but avoué de favoriser les Enfin, pourquoi se le cacher ? Nous aimons nos joueurs que nous
mariages locaux des colons. Les avons soigneusement choisis pour toutes leurs qualités humaines (qui a
femmes des gardiens et du dit : parce que ce sont les seuls qui veulent bien jouer avec nous ?). Mais
personnel administratif se trouvent parmi celles-ci, tous ne possèdent pas une grande connaissance historique
quant à elles à Numbo dans la de notre période préférée et ne pensent donc pas toujours à doter leur
zone réservée aux gardiens. Enfin, personnage d’un contexte à la fois réaliste et original, n’est-ce pas ? Alors,
il convient de citer aussi les 5 on va quelque peu leur forcer la main…
soeurs affectées à l’infirmerie du
camp. Les choix du sexe, de l’âge (un personnage ayant moins de 25 ans
serait tout de même peu crédible dans notre cas de figure), de la profession,
Pour les besoins du jeu (et des origines familiales… sont laissés entièrement libres.
parce que nous aimons plus que
tout avoir des joueuses autour de Par contre, les personnages partagent tous, sans exception, la même
notre table !), nous ferons une histoire durant les 8 dernières années de leur vie. Habitant Paris en 1871,
entorse à l’Histoire en permettant ils ont tous été séduits par la tragique aventure de la Commune, se donnant
aux déportées de rester à Numbo corps et âmes à la défense de leurs idéaux progressistes.
avec leurs camarades masculins à
condition qu’ils soient mariés. Il Un dernier mot avant de commencer, concernant le mot “kanak”.
suffit de les affecter à la distribution La règle habituelle en ce qui concerne le terme « kanak » est de le laisser
de l’eau, mais « après livraison » invariant quand il est utilisé en adjectif. Seule son utilisation en nom propre
dans les structures où elles peuvent pourra recevoir une marque du pluriel (les Kanaks). Ce sont ces règles
avoir une place, par exemple au qui ont été adoptées dans ce scénario.
dispensaire (en tant qu’infirmière
ou cuisinière, par exemple…).

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PROLOGUE
passés ici, tu ne parviens toujours pas à te faire à cette
brusque montée du soleil le matin sur cette fichue
presqu’île de Ducos, Nouvelle-Calédonie”.
Arrêtés par les troupes « versaillaises » lors de la Etonnement des personnages...
“semaine sanglante” qui met fin à l’expérience
Communarde, les personnages sont tous réunis au En fait, ils ont été condamnés à la déportation
Camp de Satory prés de Versailles. en enceinte fortifiée. Les personnages débarquent
en Nouvelle-Calédonie en 1872 et y sont confinés sur
Ils viennent de passer en jugement, cela s’est la presqu’île Ducos avec de nombreux autres
assez mal passé pour eux et ils attendent anxieusement acteurs majeurs de la Commune tels Rochefort (qui
le verdict dans une grande salle parmi une vingtaine néanmoins s’évade avant que ne débute ce scénario !)
d’autres Communards (où du moins d’autres personnes ou Louise Michel. Sans parler des Kanaks !
arrêtées et considérées comme tel.) Inutile bien entendu
de songer à s’échapper, ni même à envisager un plan À Ducos, donc, les personnages tentent de
pour cela. Bref, on attend, et c’est le moment de faire reconstruire, dans des conditions bien précaires, une
connaissance. Chacun y va de sa petite histoire et confie nouvelle vie avec l’espoir, chevillé au corps, d’être un
aux autres ses déceptions et surtout ses angoisses d’un jour autorisés à rentrer en Métropole. Les joueurs sont
lendemain qui ne s’annonce pas particulièrement rose. libres, en concertation avec le Meneur, de choisir
l’occupation de leur personnage sur Ducos (voir
Soudain, la porte s’ouvre et un officier entre, contexte). Toutefois, le Meneur devra veiller à ce que
accompagné de deux gardes. Au hasard, il apostrophe tous les personnages aient nécessité, pour cette activité,
un prisonnier : “Toi ! Qu’as -tu fais ?” Le malheureux de résider au village de Numbo. De plus, au moins
s’explique selon son tempérament (crainte, deux des personnages (par exemple ceux dont les
gémissements, peur, bravade, mépris, etc...). joueurs n’ont pas d’idée ou d’envie particulière)
Invariablement, l‘officier prononce les mots terribles : devront travailler à l’exploitation d’un certain Donne-
“AU MUR !”. au-vent.

L’homme est aussitôt saisi par les gardes et sort, Ce Donne-au-vent est un solide colon australien
suivi de l’officier. Quelques minutes plus tard, le bruit d’origine irlandaise (en fait : Patrick Donovan).
d’une fusillade déchire le silence de mort qui s’est Contrairement aux personnages, il est libre, et
installé dans la salle. Pas besoin d’être un génie pour l’administration pénitentiaire lui sous-traite la fourniture
comprendre qu’il s’agit là d’un peloton d’exécution... en eau potable de toute la presqu’île : en effet, celle-ci
L’officier revient et recommence. Encore. Et encore. ne comprend aucune source d’eau potable. Il doit donc
aller chercher, avec un chariot tiré par des boeufs, de
Vient fatalement le tour des personnages. Prenez pleines citernes d’eau à Nouméa (15 km) et ensuite
les chacun à leur tour, à part, pour leur décrire ce qu’il répartir dans des tonneaux les rations d’eau entre les
se passe sitôt franchie la porte : un long couloir sombre déportés et les différents services pénitentiaires de
avec une ouverture donnant sur une cour, tout au bout. Ducos. Pour cela, il a obtenu le droit d’employer (pour
Il fait semble-t-il grand soleil dehors... Lorsque le joueur un salaire de misère, bien sûr) des déportés. Cela fait
franchit cette ouverture, il est ébloui par la lumière. de cette modeste concession une petite affaire plutôt
Glissez-lui alors à l‘oreille : “Non, décidémment, tu ne rentable pour le colon.
pourras pas t’y faire...”. Passez alors à un autre joueur,
non sans bien entendu avoir simulé la fameuse Si vous souhaitez vous simplifier la tâche, vous
fusillade. Toute tentative de rebellion est aussi ici vouée pouvez aussi décider que tous les personnages seront
à l’échec. employés chez Donne-au-vent. Cela pose quelques
problèmes de crédibilité car il est peu probable que
Vous l’avez bien compris, l’idée de ce petit des femmes ou des vieillards soient employés à cette
prologue est de permettre aux personnages de tâche physiquement pénible mais on peut imaginer que
sympathiser entre eux et de leur faire croire qu’ils vont, Patrick Donovan a aussi besoin de personnel pour tenir
dans les minutes qui suivent, mourir. Il n’en est bien à jour le registre des distributions ou ce genre de
évidemment rien... choses…

Terminez cette introduction en reprenant la En tout cas, faites en sorte que les personnages
dernière phrase que vous avez dite individuellement ne s’éparpillent pas en occupations trop diverses afin
à chaque personnage : “... Non, même après six ans de pouvoir former deux groupes cohérents à l’Acte 1.

-5-
ACTE I : Notes pour le Meneur de Jeu
En fait, le premier événement n’est pas vraiment

NUMBO inhabituel mais doit vous permettre de donner aux


joueurs un certain nombre de renseignements,
notamment l’existence de tels supplétifs
indigènes employés par l’administration pénitentiaire,
Notes pour le Meneur de Jeu tout particulièrement pour poursuivre d’éventuels
Dès ce début d’aventure, montrer la carte des évadés ; et donc, conséquence directe, la
lieux aux joueurs s’avère utile : en effet, ils sont censés complexité des relations blancs/indigènes sur
bien connaître la géographie locale, avec laquelle ils la presqu’île… Précisez également que la tribu dont
ont pu se familiariser, en quelque 7 années !… Un sont issus ces Kanaks « européanisés » a fini par
descriptif poussé de la presqu’île et un plan sont fournis installer un véritable village kanak sur la presqu’île
dans les Aides de Jeu et Annexes. Ducos, au nord de Numbo.

Un petit déjeuner sur la plage ? Et pourquoi pas


Sur la plage abandonnée... un buffet à volonté et un concours de Beach Volley ?
En effet, j’entends déjà quelques esprits chagrins
En ce petit matin de Juillet 1878, tous les reprocher à mon camp de déportés de ressembler d’un
personnages se retrouvent pour sacrifier à un de ces peu trop près à un Club Med’, en à peine plus
petits rituels de sociabilité sans lesquels la déportation contraignant… et ils n’auront pas tout à fait tort ! Vous
leur serait très certainement encore plus insupportable. verrez en effet que durant tout le scénario les
En effet, comme tous les matins, ces vieux amis se personnages, tout prisonniers qu’ils soient, auront une
retrouvent sur le sable fin de la plage de Numbo où, grande liberté d’aller et venir à leur gré sur Ducos
autour d’un petit feu de brindilles, ils vont savourer un
mauvais café et un peu de pain rassis en guise de petit
déjeuner. On parle peu autour du feu, car chacun a Pourquoi cela ? Tout d’abord, il ne faut pas
bien peu de nouvelles à raconter. Alors, on regarde la oublier la situation d’exception que vos personnages
mer qui, elle non plus, ne change pas beaucoup, jour vont bientôt découvrir : dans le cadre de l’insurrection
après jour, mais est au moins porteuse de rêves, kanak, une étrange solidarité s’est réellement et
d’évasion pour certains audacieux, d’amnistie pour la historiquement créée entre victimes et bourreaux, pour
plupart. s’unir contre la menace immédiate représentée par les
guerriers d’Ataï… allant jusqu’au combat côte à côte,
Dans ces austères conditions, il suffit de peu de comme les joueurs pourront l’expérimenter plus loin !
chose pour faire un événement notable. En cette
première matinée, notons en deux : L’autre raison est purement ludique : pas très
rigolo de simuler la vie dans un camp de déportation
- 1/ le petit groupe de personnages voit passer, en jeu de rôle ! Encore moins rigolo quand vous
le long de rivage, deux guerriers kanak, voulez, en plus, résoudre les énigmes posées par le
partiellement habillés à l’occidentale (un scénario…
chapeau, une chemise…) mais équipés des
armes traditionnelles, et qui, sans dire un mot, Pour autant, le Meneur soucieux de rendre plus
passent près d’eux ; les personnages ne fidèlement l’ambiance oppressante du camp pourra
prennent pas peur car ils reconnaissent très vite jouer sur plusieurs éléments typiques de ce genre
deux des Kanaks employés par l’administration d’endroit comme :
pénitentiaire ;
— des appels nombreux, pénibles et, si possible,
- 2/ un des personnages (au choix du Meneur) a inutilement matinaux (si vous avez fait votre
réussi à se procurer la veille au soir un service militaire, vous voyez bien de quoi je
exemplaire de ces petits journaux de peu de veux parler…)
choses que les déportés réussissent à diffuser
avec les moyens de bord, sous le regard méfiant — ainsi que des gardes invariablement
de l’administration pénitentiaire ; la lecture de désagréables et brutaux, usant de la menace
ces rares nouvelles devrait animer quelque peu (pouvant aller jusqu’à une bonne mise en
le petit déjeuner (voir annexe 1). joue…) et de l’invective comme ils respirent…

-6-
Passé ce trop rare bon moment, le soleil étant On peut imaginer que, alors que le chariot
déjà haut dans le ciel chargé de Ducos, les personnages brinquebalant de l’irlandais s’éloigne, les personnages
doivent se rendre à leur poste de travail. Par se retrouvent dans l’embarras le plus profond : les
conséquent, sauf s’ils travaillent tous pour Donne-au- voilà sans moyen de subsistance, avec la perspective
vent, les personnages se séparent en deux groupes : d’être rationnés en eau potable et, peut-être, celle
l’un va directement chez Donne-au-vent ; l’autre, on moins réjouissante encore de se voir massacrés par
le verra, s’arrêtera sur la « place centrale » de Numbo. quelques sauvages belliqueux !

Chez Donne-au-vent Notes pour le Meneur de Jeu


En fait, l’eau sera acheminée à Ducos dès le
Lorsque les personnages concernés arrivent sur lendemain par un petit navire venant de Nouméa. N’en
leur lieu de travail (voir plus haut qui est ce Donovan),
dites cependant rien et laissez paniquer les
sans doute peu enthousiastes à l’idée de soulever
personnages, c’est bon pour l’ambiance (et amusant
quelques fameux bidons d’eau durant leur journée, ils
pour vous)...
ne peuvent qu’être interloqués par le spectacle
inhabituel qui s’offre à leurs yeux. C’est alors qu’ils sont plongés dans de sombres
discussions sur leur avenir que les personnages voient
Au lieu de faire décharger, comme de coutume, arriver Simonin, le facteur de la presqu’île. L’homme,
son vieux chariot tiré par deux boeufs, le pittoresque âgé d’une bonne cinquantaine d’années, est un déporté
Donne-au-vent est en train de beugler avec son très comme eux mais, de l’avis général, il a une place des
mauvais français, enrichi de quelques termes d’argots plus avantageuses, tant l’arrivée de courrier depuis la
australien, sur les compagnons d’infortune des métropole est rare. Aujourd’hui, toutefois, on devine à
personnages, qu’il presse d’y charger des fûts vides, sa mine réjouie qu’il n’occupe pas sa journée en
des malles, et quelques autres rares instruments longues promenades oisives, mais qu’il possède
nécessaires à son petit commerce. Les personnages, quelques précieuses lettres à distribuer à ses
tancés pour leur habituel retard, sont sommés de les y compagnons. Le facteur se dirigeant vers eux, les
aider sans attendre. personnages peuvent légitimement espérer des
nouvelles de leurs proches mais, hélas, ils doivent
Une fois cela fait, Donne-au-vent attele deux déchanter lorsqu’il leur demande si leur compagnon
mules puis grimpe sur son chariot, se saisit des rênes Tellier se trouve parmi eux.
file direction plein est, laissant les deux boeufs habituels
dans leur enclos... Augustin Tellier, lui aussi dépor té de la
Commune, est bel et bien un des collègues des
Il est encore temps pour les personnages d’obtenir personnages, habituellement employé aux tâches les
quelques explications de la bouche de leur employeur. plus pénibles de l’entreprise de Donne-au-vent, tant
Si aucun d’entre eux n’en prend l’initiative, un de leurs sa force physique est réputée. Tellier est aussi un de
compagnons de travail le fera. Mi -jurant, mi - leurs bons amis, avec lesquels il partage parfois le rituel
s’étranglant, Donne-au-vent réussit à faire comprendre du petit déjeuner sur la plage ; en effet, il combattit
qu’il quitte Ducos pour se réfugier à la ville, Nouméa. autrefois à leurs côtés, sur les mêmes barricades
Il craint trop pour sa sécurité et ses quelques biens pour parisiennes.
rester ici, sur une terre isolée, et à proximité de laquelle Toutefois, ce matin, Tellier ne se trouvait ni sur la plage
vivent des Kanaks. Il ne sait combien de temps durera (ce qui lui arrive souvent, car il vit un peu à l’écart du
son exil, mais il ne reviendra pas avant que l’armée ait village) ni, de façon plus surprenante, à son poste de
maté la révolte de Ataï et ses hommes. Ce qui donne, travail.
en « Donne-au-vent » dans le texte :
« Vont tous venir nous killer, ces sauvages. Everybody Peut-être a-t-il été informé des plans de Donne-
! Moi, je suis libre. Free, you know ? So, bye-bye.. Et au-vent et ainsi n’a-t-il pas jugé utile de se déplacer ?
pour mon retour, I’ll be back ben… quand l’army aura D’autres, moins conciliants, pourront pointer la
fait son job pour mater Altaï et ses boys !… ».” fâcheuse habitude qu’a Augustin Tellier de s’enivrer la
nuit, dès qu’il peut mettre la main sur un peu d’alcool…
Les personnages viennent donc de perdre leur
gagne-pain et devront aller mendier ce dernier auprès Embêté de devoir ainsi courir à l’écart du village,
de l’administration pénitentiaire, à moins de trouver alors que tant de compagnons attendent avec
un autre moyen de subsistance (inutile de préciser que impatience des nouvelles de leur famille, Simonin
le code du travail sur Ducos est des plus sommaires !). demande aux personnages de bien vouloir remettre

-7-
son unique lettre à Tellier dès qu’ils le verront. Sitôt la assemblé en tenue de combat. Les paquetages forment
lettre donnée, il part faire sa tournée. une audacieuse pyramide, et les hommes inspectent
une dernière fois leur arme : bref, les soldats sont sur
Si les personnages refusent, le facteur se montrera le pied de guerre ! Autour d’eux, les déportés, peu
moins sympathique et fera d’abord remarquer aux habitués à ces démonstrations de force, regardent la
personnages qu’ils sont désormais désœuvrés, et scène d’un air mi-moqueur, mi-inquiet.
peuvent donc être réquisitionnés à toute tâche, s’il les
dénonce à l’administration pénitentiaire... Mais Les autorités sont plutôt avares d’explications et
rassurez-vous, dans tous les cas, les joueurs, impatients l’officier commandant la compagnie (le commandant
de voir l’intrigue véritablement débuter, devraient avoir Boisdefres), monté sur son cheval, finit par donner
la puce à l’oreille avec cette absence de Tellier et avoir l’ordre de marche à la petite troupe qui, au pas
envie d’aller vérifier par eux-mêmes s’il n’est pas arrivé cadencé, s’éloigne en direction de l’est.
quelque chose à leur compagnon. Supposons donc
que les personnages finissent par accepter la lettre (voir Au même moment, un des fonctionnaires de
annexe 2) et se mettent doucement en route vers la l’administration pénitentiaire finit de placarder une
case de Tellier. Pour cela ils doivent passer par le centre affiche qui donnera aux personnages les raisons de ce
du village où ils retrouveront, le cas échéant, l’autre remue-ménage (voir annexe 3).
groupe.
On peut supposer que les informations qui s’y
Sur la place centr ale de trouvent vont susciter un débat intense au sein du
village, et même entre les personnages, sur la conduite
Numbo à tenir devant cette situation nouvelle.
L’autre groupe de personnages (s’il existe bien
De plus, la tension doit être palpable, et certains
sûr) n’aura pas, lui non plus, été très loin dans sa
compagnons d’infortune des personnages émettent à
tentative de rejoindre son poste de travail. En effet, les
voix haute des craintes sur leur survie face aux attaques
distractions sont trop rares pour ne pas assister, toute
kanak redoutées ; Valletot par exemple, ancien
affaire cessante, à l’inhabituelle agitation qui s’est saisie
communard connu pour son intransigeance (voir PNJ),
de l’espace dégagé de terre battue que l’on appelle
imagine un complot qu’il présente sans détour à ses
pompeusement la « place centrale ».
camarades, juché sur une caisse en guise d’estrade :
Un groupe assez important de soldats de « Voyez compagnons ! Voyez le nouveau plan des
l’Infanterie de Marine (environ 80 hommes) y est autorités versaillaises pour nous supprimer

-8-
définitivement sans se salir les mains ! Ah, que le coup pénitentiaire et donc de s’inquiéter pour sa sécurité.
est bien pensé ! Vous pensez bien, camarades, qu’en Toutefois, en raisonnant un peu, en pensant qu’il est
retirant ces soldats de notre bagne, on le désigne aux presque impossible de s’enfuir de la presqu’île, on peut
assauts meurtriers des sauvages ! Mais nous ne nous se rassurer en concluant qu’il doit tout autant être
laisserons pas faire, camarades, nous ne nous difficile d’y aborder…
laisserons pas tuer sur place ! Nous allons leur montrer, En arrivant devant la modeste case de Tellier, les
à ces beaux messieurs, comment se bat un personnages ne distingueront ni mouvement, ni bruit.
communard ! » . Sans doute Augustin dort-il encore après une nuit de
libations ? Hélas, en poussant le tissu déchiré et sale
La tirade de Valletot suscite à la fois tenant lieu de porte d’entrée, ils voient se dessiner
applaudissements enflammés de certains et murmures devant eux un tout autre scénario : Tellier gît sur la
inquiets de désapprobation des autres… Au sein même terre battue de sa case, dans une horrible mare de sang
de la communauté des anciens communards, la tension encore frais.
monte.
Le premier réflexe des personnages sera
C’est justement au cours de ce discours que les certainement de vérifier s’ils peuvent encore faire
personnages de l’autre groupe, attirés par l’agitation, quelque chose pour leur vieux compagnon… mais bien
rejoignent les premiers (s’il n’y a qu’un seul groupe, ils sûr, il est trop tard. L’affreux état dans lequel se trouve
arrivent un peu plus tôt pour assister au départ des sa dépouille permet de juger de la violence de l’assaut
soldats et au début de la tirade de Valletot). Après s’être qu’il a subi :
fait expliquer la situation et avoir échangé leurs
premières impressions sur la situation, les personnages - sa poitrine, tout juste recouverte d’une chemise
pourront judicieusement convenir qu’ils n’ont rien de ouverte et en lambeaux, est meurtrie par une
mieux à faire que de se rendre chez Tellier… ne serait- plaie étroite mais profonde ;
ce que pour le mettre au courant de ces évènements.
- le crâne est fracassé et sa cervelle partiellement
étalée sur la terre battue où elle se mélange avec
Chez Tellier la flaque de sang ;
Pour se rendre chez Tellier, il faut donc s’écarter
quelque peu du village (voir plan). Ce n’est l’affaire - enfin, élément le plus stupéfiant, le bras droit
que de quelques minutes de marche, ce qui est est sectionné… et manquant !
suffisant pour se sentir à l’écart de l’administration Bref, on peut conclure à un meurtre !

-9-
ACTE II : Numbo en ébullition
Dans tous les cas, une fois qu’ils seront revenus
CONSEQUENCES à Numbo, la révélation du crime, qu’elle soit
directement le fait des personnages ou qu’elle
provienne des autorités, aura l’effet d’une bombe au
Que faire ? sein de la petite communauté des déportés.

Pour certains, à l’image de Valletot, c’est la preuve


Par motivation réelle de leur personnage ou par que les rebelles kanak rôdent aux alentours de la
déformation ludique des joueurs, la première réaction presqu’île et attendent le moment propice pour frapper.
du groupe devrait être de faire une rapide enquête sur Tellier ne serait alors que le premier d’une longue série
les lieux du crime. d’inévitables victimes !

Ceux-ci n’apprennent pas grand’chose : pas de D’autres, moins enflammés et surtout plus intimes
trace de lutte, pas de traces de pas à l’extérieur mais avec la victime, avanceront une autre hypothèse ;
par contre quelques gouttes de sang (qui ne forment ainsi, Balzenq (voir PNJ), évoquera un contentieux
pas pour autant une piste lisible), un mobilier des plus qu’aurait eu Tellier avec Oundjo, un jeune Kanak
sommaires (un trou dans la terre battue pour quelques vivant au village « européanisé ». Mystérieux,
vêtements et une bassine remplie d’ustensiles de Balzenq ajoutera que ce dernier avait même de
cuisine) qui ne permet pas de dissimuler le moindre sérieuses raisons de lui en vouloir à mort et que cela
indice… devait, selon lui, de toute façon finir mal.

L’examen du corps, on l’a vu, est plus riche En public, pour une fois sobre, il ne voudra pas
d’éléments parlants. Un médecin pourra confirmer que en dire plus « pour ne pas nuire à l’honneur d’un
la mort a dû être donnée par un seul et habile coup vieux compagnon de la Commune ». Toutefois, en
d’une arme blanche, à lame large et pointue, qui a privé, les personnages, s’ils se montrent prévenants
causé la plaie profonde à la poitrine. avec « l’alchimiste » (pourquoi pas en lui achetant une
ou deux bouteilles de son exécrable alcool de
Bref, tout cela dessine le scénario d’une attaque niaouli ? ; le niaouli est une plante caractéristique de
soudaine, menée par un efficace guerrier kanak reparti, Nouvelle-Calédonie), réussiront facilement à lui en faire
pour une obscure raison, avec le bras droit de Tellier dire plus.
(les gouttes de sang à l’extérieur le donnent à penser).
Notes pour le Meneur de Jeu
L’autre source de renseignements peut, bien sûr,
Ce qui suit est l’exacte vérité et tient donc lieu
être la lettre adressée à Tellier. Le pauvre n’en aura plus
d’explication à ce qui s’est passé chez Tellier.
besoin désormais, et les personnages peuvent la lire
sans dommage. C’est d’autant plus le cas que, comme
ils l’auront constaté dès le début, l’enveloppe est Selon lui, une vraie amitié s’était installée au fil
ouverte et la lettre a déjà été lue par l’administration des ans entre Tellier et le jeune Kanak. Leurs relations
pénitentiaire (pratique courante). tenaient à la fois du rapport père/fils et de Robinson et
Vendredi, mais les deux semblaient y trouver beaucoup
D’ailleurs, des personnages indélicats auront de plaisir, apprenant l’un de l’autre…
peut-être déjà profité des quelques minutes de marche
en brousse pour lire discrètement celle-ci. Dans tous Jusqu’au jour où, Tellier, tourmenté par le
les cas, même si elle contient une étourdissante nouvelle manque de femme et le désespoir (et aussi, mais là
pour tous les déportés, elle ne peut pas, à priori, Balzenq ne dira rien, par les vapeurs du poison que
expliquer le meurtre (et à posteriori non plus l’ « alchimiste » lui fournit régulièrement), l’ancien
d’ailleurs…). communard tenta d’abuser physiquement du jeune
Kanak. Celui-ci réussit à s’enfuir, mais il n’eut de cesse,
Ceci fait ou non, il est urgent de prévenir les dès lors, de supprimer l’auteur de l’offense. Cela se
autorités : celles-ci ne sont guère étouffées par les passait il y a environ deux semaines, et c’est Tellier lui-
scrupules, et les personnages feraient de merveilleux même qui a confié sa honte à son vieux compagnon
suspects s’ils tardaient trop à révéler le crime ! Balzenq (sous le serment du secret, bien entendu…).

- 10 -
Quelle que soit la teneur du débat au sein de la Notes pour le Meneur de Jeu
communauté des déportés, il va de soi que la tension
Vous aurez compris que, pour plusieurs raisons,
y est encore montée d’un cran. D’ailleurs, c’est d’un
les cas de conscience se trouvent au cœur de
œil des plus méfiants que les bagnards regardent, sans
ce scénario. Ah, quels délicieux moments que ces
un mot, les deux Kanaks supplétifs (les mêmes que le
cas de conscience rôlistiques ! Voici de véritables
matin sur la plage) traverser le village pour se rendre à
petites fractures dans l’interprétation des joueurs : que
la caserne. Quand ils en ressortent, quelques minutes
doit faire ou penser mon personnage placé devant un
plus tard, ils partent sans un regard vers leur propre
tel dilemme ? Les cas de conscience sont plus que
village.
des temps forts durant lesquels se joue le déroulement
du scénario, ce sont des moments où se joue l’identité
On peut supposer qu’ils ont discuté du cas délicat
et l’épaisseur psychologique d’un personnage.
du jeune Oundjo avec le capitaine Duroy,
Le présent scénario vous donne, en fait, deux cas de
responsable militaire de la presqu’île après le départ
conscience pour le prix d’un.
de son supérieur le matin même. Ce Duroy veut agir
sans tarder, et ainsi prouver sa capacité à administrer
Ainsi, dès le début, les personnages, tous anciens
Ducos en climat de crise. Il fait sonner le rassemblement
de la Commune, devront rejouer le cas de conscience
devant la caserne et s’adresse, la voix pleine de
historique que connurent les déportés confrontés à la
tremolos, à la foule excitée des déportés.
révolte des Kanaks en 1878 : doivent-ils répondre
à leurs convictions politiques qui devraient les
Il explique en substance que la mort de leur
conduire à soutenir les opprimés que sont les indigènes
camarade est limpide, qu’il connaît le coupable, que
kanak ? Préféreront-ils répondre à leurs réflexes
celui-ci n’a rien à voir avec les rebelles d’Ataï, et qu’il
communautaires et jouer ainsi la carte de la
va être châtié sans tarder pour empêcher toute
solidarité avec les autres Blancs, menacés par la fureur
« contagion » de la violence sur la presqu’île.
des “cannibales” ?
En conséquence de quoi, il décide sans tarder
À la fin du scénario, lorsqu’ils auront démêlé le
de mettre sur pied une expédition punitive, qui devra
vrai du faux, et qu’ils sauront avec quasi-certitude qui
trouver le coupable et le punir. Étant donnée la
est le coupable des actes odieux commis sur la
situation exceptionnelle, le capitaine reprend à son
presqu’île Ducos, un second cas de conscience devrait
compte les dispositions de l’administration pénitentiaire
surgir : doivent-ils dénoncer leur abject
(voir affiche) et sollicite l’aide des déportés… donc aussi
compagnon aux autorités pénitentiaires ? Ne pas
celle des personnages ! Selon leurs convictions, ceux-
le dénoncer risque de faire retomber la volonté de
ci peuvent donc :
vengeance des colons sur les Kanaks ; cela renvoie
donc chaque personnage à ses précédentes
- se joindre à l’expédition punitive en compagnie
interrogations. Mais, plus égoïstement, dénoncer le
de quelques soldats (ne serait-ce que pour
coupable ne risque-t-il pas de jeter un sérieux
“surveiller” cet “agité” de Valletot...);
voile d’ombre sur l’ensemble des déportés de
- se porter volontaires pour assurer la surveillance
la Commune ? Cela tomberait vraiment mal au
du village, en remplacement de soldats
moment où la Métropole commence à envisager une
réquisitionnés pour l’expédition ;
amnistie générale !…
- ne rien faire (!), ce qui peut attirer sur eux le
mécontentement des autorités (cela sera
néanmoins beaucoup plus excusable pour un Le récit de cette expédition devra, bien entendu,
personnage féminin ou très âgé que pour un être adapté selon les décisions des joueurs Toutefois,
solide gaillard en pleine force de l’âge !). que les personnages y participent directement ou que
Valletot, qui lui y participe activement, leur en fasse le
Aux joueurs, donc, de décider du destin de leur récit détaillé au retour, cela ne change finalement pas
personnage ! grand’chose aux informations suivantes…

Expédition punitive En début d’après-midi, le capitaine Duroy prend


la route qui mène au village kanak avec une trentaine
Duroy fait remettre un armement sommaire aux d’hommes : une douzaine de soldats et le reste
déportés volontaires (des armes blanches, des sagaies composé de déportés volontaires. La tension en
Kanak et un fusil avec deux balles pour six hommes). chemin est plus que palpable pour différentes raisons :

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— quel va être l’accueil du village kanak ?
— n’est-ce pas une diversion pour attaquer le Notes pour le Meneur de Jeu
village affaibli (dixit Valletot) ? Et si les personnages, volontaires pour
— les déportés ne vont-ils pas utiliser leurs armes l’expédition et donc armés, en profitaient pour
sur les soldats ? s’évader ?
Finalement, la petite troupe arrive au village
kanak et y est reçue par le vieux chef. Celui-ci, habillé Quelle drôle d’idée ! La pénitentiaire n’est pas
de sa plus belle redingote et d’un képi fourni par la si inconsciente : il est à peu près impossible de
pénitentiaire, fait bon accueil, avec ses guerriers, aux s’évader de Ducos, fusils ou pas fusils.
soldats et aux déportés volontaires.
Si les personnages tentent de forcer l’étroit
Après un rapide dialogue avec le capitaine, il passage où la presqu’île rejoint la Grande Terre, ils
désigne un endroit un peu à l’écart du village et la devront prendre d’assaut des batteries d’artillerie (voir
troupe, précédée des deux supplétifs de ce matin, fond contexte) pour finalement se retrouver dans les
de façon implacable sur le repaire du fuyard. Lorsqu’il alentours de Nouméa, plus grande concentration de
voit, au loin, qu’il a été trahi par ses frères, il tente de militaires et de gendarmes de l’archipel ! S’ils profitent
s’enfuir dans les broussailles. La poursuite s’engage, de leur armement pour fausser compagnie au reste de
mais elle est inégale : un homme et ses armes blanches l’expédition, il ne reste alors que la mer comme porte
contre trente autres et leurs fusils ! de sortie… Inutile de saisir cette occasion pour cela :
les déportés peuvent à tout moment se jeter dans la
Le jeune Kanak finit par s’écrouler, le corps criblé mer s’ils le souhaitent. Précisons simplement que celle-
de balles. Une nouvelle palabre s’engage entre le ci grouille de requins, que les alentours de Ducos sont
capitaine et les deux supplétifs ; elle semble cette fois- constellés d’îlots sur lesquels se trouvent des fortins
ci concerner la rapide découverte du bras manquant ou des batteries d’artillerie, et qu’en temps normal, un
de Tellier dans la case du mort… Finalement, il est navire de guerre patrouille dans le secteur !
décidé d’abandonner là la dépouille et de rentrer sans
tarder au village, pour en réorganiser la défense. Il est donc vraiment impossible de s’évader ?
Non. Henri de Rochefort, le célèbre directeur du
En début de soirée, le retour des volontaires au journal La Lanterne, réussit avec quelques
village est triomphal. Valletot explique à qui veut compagnons ce tour de force en 1874 ! Mais il faut
l’entendre qu’il n’a laissé à aucun « versaillais » le soin préciser que Rochefort avait les moyens de financer
de venger Tellier et qu’il a lui-même administré le coup un plan considérable comprenant l’arrivée d’un navire
fatal. Personne ne pourra vraiment confirmer ce fait, venu d’Australie pour prendre en charge les fuyards…
compte tenu du chaos de la poursuite.

- 12 -
Au théâtre ce soir... Notes pour le Meneur de Jeu
1/ Notre honnêteté légendaire, ainsi que le scrupuleux
Malgré l’amertume de certains déportés (dont, respect de l’Histoire que nous aimons trouver à
peut-être, les personnages…), la soirée s’achève dans Maléfices, nous amènent à vous signaler
une certaine liesse. En effet, malgré le danger toujours qu’historiquement parlant, le théâtre de Numbo a été
présent, le capitaine Duroy décide d’accorder le droit détruit par un cyclone le 23 février 1876, sans mention
aux déportés, pour les remercier de leur collaboration, de reconstruction, selon nos recherches. Mais ce point
de faire fonctionner ce soir leur théâtre. Car, oui : il y de détail ne saurait nous empêcher d’utiliser ici ce lieu
a un théâtre à Ducos ! très particulier et riche d’atmosphère, qui de plus joue
un rôle si important dans cette histoire…
Vous trouverez dans les Aides de Jeu et Annexes
un descriptif du théâtre ainsi qu’un bref résumé de la 2/ Attention ! Ce passage du théâtre peut vous paraître
pièce qui va s’y jouer. anecdotique mais il n’en est pas moins aussi essentiel
pour l’intrigue que délicat à mettre en scène. Il faut en
Alors que la quasi-totalité des soldats et quelques effet que vous réussissiez, sans trop insister afin de ne
déportés volontaires renforcent la garde autour du pas éveiller les soupçons de vos joueurs, à faire
village, tous les autres, personnages compris, se passer l’idée que les acteurs disposent, pour
retrouvent donc dans l’enceinte en plein air devant la les besoins de leur mise en scène d’une denrée
scène pour se détendre mais aussi, plus ou moins rare dans le village : une arme blanche !
consciemment, pour se replonger dans une ambiance En effet, pour éviter le ridicule d’une épée en
plus occidentale. Louis-Paul Morin, le déporté auto- bois, Morin a préféré remplacer, avec l’accord du
désigné directeur du théâtre (voir PNJ), a choisi de faire capitaine (qui leur a bien distribué des fusils le jour
jouer Hernani de Victor Hugo. Ou plutôt, des même…), le poignard de Don Ruy Gomez par un court
fragments d’Hernani. bâton surmonté d’une vieille baïonnette dont le fer,
bien réel, reflète les feux de la rampe et rend sa mort
En effet, se faisant envoyer, feuillet par feuillet, le dans l’acte final bien plus dramatique. Vous pourrez
texte de la pièce par des amis restés en métropole, ainsi évoquer cette substitution d’arme non pas comme
Morin n’a pu encore rassembler le texte intégral. Qu’à un élément important en soi, mais plutôt comme un
cela ne tienne ! Les acteurs, recrutés parmi les déportés, exemple parmi d’autres de la débrouille des déportés
liront aux spectateurs des résumés des épisodes pour mettre en scène, malgré tout, une véritable pièce
manquants ! avec costumes, décors… et accessoires.

Et puis, le plus important, pour les déportés 3/ Pour vous y aider, nous avons placé dans les
soumis à cette vie rude, c’est de se rassembler autour Annexes un résumé des actes de la pièce et ce même
d’un divertissement commun et raffiné. Ainsi, à s’ il n’est questions ici, que de la toute fin de la
l’entracte, les personnages auront-ils le loisir de faire à pièce…
nouveau le point sur la situation passée et présente
avec quelques personnalités du village : Balzenq, 4/ Vous pouvez, si vous le désirez, introduire pendant
Valletot… Morin également qui, encore en costume cet épisode le Fou dont nous parlons dans la partie
de Don Ruy Gomez, se mêle aux spectateurs pour PNJ. Il est cependant discret et disparaitra aussi
jauger du succès de la pièce. subitement qu’il est apparu dans la foule.

Cet entracte pourrait même être l’occasion, pour 5/ Autre fait important mais devant passer pour
des personnages audacieux, d’approcher le capitaine totalement anecdotique : Morin et Valletot se
Duroy qui a décidé, avec quelques gardes du corps, parlent à la fin de la pièce.
d’honorer de sa présence la représentation, en signe
d’appréciation des efforts faits par les déportés
volontaires. Après avoir assisté à la mort spectaculaire de Don
Ruy Gomez, tout le monde se lève pour applaudir à
Cela n’a rien d’obligatoire, mais éventuellement tout rompre les comédiens, et tout particulièrement
ils peuvent avoir déjà des doutes/révélations/demandes Morin, leur vedette, directeur et metteur en scène. Passé
à soumettre à l’autorité de Ducos. C’est alors une ce délicieux moment où chacun aura oublié la mort
occasion rêvée, qui ne se reproduira peut-être pas de de Tellier et les menaces kanak, tout le monde rentre
sitôt ! dans sa case pour prendre un repos mérité.

- 13 -
ACTE III :
Les personnages doivent tout de suite
comprendre, en observant leur camarade Balzenq,
visiblement très ému, que ce meurtre est très

UN SECOND impressionnant du fait de ses similitudes avec le


précédent, dont il semblait pourtant que l’auteur ait

MEURTRE
reçu un exemplaire châtiment…

Si les personnages réagissent promptement, ils


pourront toutefois, en inspectant un peu mieux les lieux
Une facheuse habitude ! du crime, découvrir quelques différences sensibles
entre ce crime et le précédent :
Après une nuit des plus tranquilles, les
- la blessure à la poitrine est beaucoup moins
personnages rejoignent, les uns après les autres, le petit
« propre » que celle ayant entraîné la mort de
coin de plage où ils ont, comme on le sait désormais,
Tellier : elle semble être constituée de plusieurs
l’habitude de se retrouver pour leur petit déjeuner.
coups violents et répétés et non d’un seul ;
Seulement, ce matin, cela ne sera pas possible : arrivés
- si la boîte crânienne de Valletot a bien été
à proximité de la plage, ils voient les fourrés remuer et
enfoncée, sa cervelle n’a pas, elle, été répandue
un soldat en sort, les mettant en joue.
sur le sol ;
- c’est le bras gauche et non le droit qui est
Visiblement rendu très nerveux par une nuit de
manquant ;
veille, le soldat les repousse très brutalement, n’hésitant
- un drôle d’objet a été laissé sur la poitrine
pas à distribuer quelques coups de crosse aux
ensanglantée de la victime : une sorte de touffe
personnages qui tenteraient d’argumenter : il aboie
de poils roux, visiblement assemblée par la main
quelques explications sur les mesures de sécurité
de l’homme…
draconiennes mais il n’oublie pas d’y mêler quelques
allusions pleines de ressentiment au nouveau statut des
Les personnages n’auront pas vraiment le temps
déportés (notamment le fait qu’ils puissent recevoir des
de se livrer à une fouille complète de la case de Valletot
armes) ou encore au théâtre : « Pendant que ces
avant que les autorités n’arrivent, mais le mobilier
messieurs(-dames) les Communards se prélassaient au
sommaire ne semble pas, là non plus, devoir livrer
spectacle, je surveillais ces foutus cannibales, moi ! J’y
beaucoup d’indices.
ai pas eu droit, à l’air d’Annie ! Et pourtant, moi aussi
j’aime l’opérette ! ».
Chaud débat à Numbo...
Privés de déjeuner et de leur traditionnelle
escapade sur la plage, les personnages reviennent, Au bout de quelques minutes, le capitaine Duroy
maussades, vers le centre de Numbo. C’est alors que et quelques soldats en armes font irruption dans la case
leur ami Balzenq, très agité, accourt vers eux : et en font sortir les intrus sans ménagement, distribuant
« Camarades ! C’est terrible… Valletot… ils l’ont… ». là aussi quelques coups de crosse aux récalcitrants, de
La mine du vieux Balzenq en dit suffisamment long manière à leur faire bien comprendre qu’ils ne doivent
pour qu’il ait nécessité de terminer sa phrase : il est pas sortir de leur rang.
arrivé malheur à Valletot.
Maintenant en dehors des lieux du crime, les
S’ils le désirent, Balzenq les conduit sans attendre déportés, assemblés autour de la case de la victime, ne
dans la case du pauvre homme, pour découvrir un peuvent que parler entre eux pour exorciser leurs peurs.
triste spectacle, qui ne pourra que leur rappeler celui Et pour causer, ça cause ! Toutes sortes de théories
de la veille : allongé sur le sol de sa case (nettement s’affrontent pour analyser la situation. Pour simplifier,
mieux agencée que celle de Tellier et un peu meublée), retenons les trois principales :
Valletot y trempe dans une mare de son sang.
- une majorité des déportés (dont Morin, par
Plus troublants, certains faits accréditent tout exemple) incline à penser qu’il s’agit là d’un
particulièrement une filiation entre les deux meurtres : meurtre perpétré par un ou plusieurs
Valletot a été frappé par une arme d’estoc à la poitrine, guerriers kanak, pour les uns venant du
son crâne a été ouvert et surtout… un de ses bras est village proche, pour les autres débarqués dans
coupé et manquant ! la nuit sous les ordres du chef Ataï ; sous son

- 14 -
aspect assez logique, cette thèse possède Notes pour le Meneur de Jeu
pourtant bien des failles : comment ces
Les personnages, selon leur Spiritualité/
Kanaks auraient-ils réussi à passer à travers le
Ouverture d’esprit, devraient donc incliner soit vers la
cordon de sécurité des vigies ? Pourquoi
deuxième (logique), soit vers la troisième
auraient-ils frappé le seul Valletot avant de
(maléficieuse !) hypothèse. Essayez (par exemple, en
s’éclipser, alors que le village endormi était à
faisant soulever les objections par un déporté cartésien)
leur merci ? Malgré tout, faute de mieux, cela
de les écarter de la première hypothèse. Celle-ci
restera pour la plupart des observateurs la
étant l’hypothèse retenue par une majorité de
meilleure hypothèse…
déportés et, surtout, par les autorités, il est
important, pour l’intérêt du scénario que les
- compte-tenu des objections à la première
personnages s’en distinguent (sinon ils
hypothèse, il semblerait au contraire
n’auraient qu’à suivre le mouvement…).
raisonnable de penser que le meurtrier se
trouvait déjà à l’intérieur du village et
qu’il en voulait tout particulièrement à que cela importe peu au capitaine : des Kanaks, et
Valletot ; dans ces conditions, puisque les puis c’est tout ! Que ce soient ceux de Ataï ou ceux du
supplétifs kanak vont toujours passer la nuit village proche, dans tous les cas, aux yeux du capitaine,
dans leur village, il ne peut s’agir que d’un il s’agit de la même engeance, qui mérite « une bonne
soldat… ou d’un autre déporté ! Les correction pour l’exemple » ; ainsi, si ce ne sont pas
objections sont possibles : le manque les véritables Kanaks qui sont punis, les autres sauront
d’armes blanches dans le village, l’absence ce qui les attend…
d’ennemi déclaré à Valletot… mais elles
n’empêchent pas de rendre cette thèse Notes pour le Meneur de Jeu
hautement probable (et pour cause…) ; Notons bien que le capitaine Duroy se
toutefois, notons bien que personne, en-dehors, contrefiche totalement du sort de Valletot, qui n’est à
bien sûr, de personnages à large Ouverture ses yeux qu’un vulgaire communard et a donc, en tant
d’Esprit, ne soulèvera cette hypothèse dans un que tel, largement mérité son sort.
premier temps…
Par contre, que l’on vienne remettre en cause
- enfin, menée par Balzenq et quelques autres par ce crime sa capacité à défendre Ducos, lui est
déportés, une autre thèse, plus farfelue au insupportable, et il veut absolument, pour reprendre
premier abord se fait jour ; qui en voulait à sa belle autorité, organiser à tout prix une nouvelle
Valletot ? Quelqu’un lié au Kanak expédition punitive. C’est aussi pour cela que les
Oundjo ! comment a-t-il pu pénétrer et personnages auront des difficultés à « enquêter » à
ressortir du village ? Par des moyens Numbo même (voir ci-dessous).
surnaturels, dont les étrangetés du meurtre
(bras manquant, touffe de poils…) sont des À la fin de son discours, le capitaine laisse donc
preuves assez évidentes ! Il s’agirait donc entendre qu’une expédition punitive d’envergure va
d’un ami de Oundjo ou même de son être à nouveau mise sur pied dans la journée. Il laisse
fantôme, ayant bénéficié de l’aide d’un quelques heures aux déportés pour décider ceux qui
takata ! Malgré son aspect « abracadabrantes se porteront ou non volontaires puis s’en va, déjà tout
que », cette thèse a de quoi séduire des à ses préparatifs guerriers…
hommes qui, rappelons-le, vivent depuis des
années dans un environnement culturel très Louise Michel
différent du leur, et depuis quelques jours dans
Alors que le débat — auquel, on peut l’espérer,
une tension nerveuse permanente. Est-il besoin
les personnages participent activement — fait rage sur
d’ajouter que, de plus, on est là pour jouer à
la place centrale pour décider de la conduite à adopter,
Maléfices, que Diable !
une fine silhouette silencieuse, presque une apparition,
Après être ressorti de la case de Valletot, le impose le silence : c’est Louise Michel. La célèbre
capitaine Duroy, le visage rougi par la colère (ou la co-détenue des personnages était jusqu’ici restée à
honte ?), s’adresse sur un ton agressif aux déportés. l’écart des événements, car elle réside dans un
Sa harangue est très nettement dirigée contre les minuscule établissement à l’ouest de Ducos (voir PNJ).
Kanaks, accusés sans détour d’avoir commis ce Mais, ce matin, elle s’était décidée à se rendre à
deuxième crime effroyable. Quels Kanaks ? Il semble Numbo pour s’informer de la situation et, en arrivant,

- 15 -
elle apprit également le second meurtre… et la rencontrer ! Ces quatre soldats vont vous
proposition du capitaine Duroy. raccompagner jusqu’à la baie de l’ouest, et vous avez
Fidèle à sa réputation, la « vierge rouge » grimpe instruction d’y demeurer jusqu’à nouvel ordre. Je ne
sur le premier objet pouvant lui donner un peu de peux laisser des soldats vous surveiller par les temps
hauteur et, de sa voix émouvante, s’adresse à qui courent, mais je vous promets que, si l’un d’eux
l’assemblée : vous voit en dehors de votre case, il aura ordre de
vous abattre sans sommation. Vous m’avez bien
« Camarades, mes amis. Je viens d’apprendre le compris, Michel ? Cela vous laissera tout loisir de
nouveau drame qui nous touche durement dans notre recevoir tous les Kanaks que vous souhaitez… »
misérable exil. Je partage, camarades, votre rage et
votre malheur : les deux victimes comptaient au Après s’être rengorgé, il s’adresse rudement au
nombre de mes amis. Mais qu’apprends-je ? Une reste de ses hommes, suffisamment fort pour qu’un des
expédition punitive, dans la pire des traditions personnages ou un autre déporté resté à proximité
« versaillaises » a été menée hier contre un indigène, puisse entendre :
que le meurtre de ce matin semble finalement
innocenter. Et vous, mes amis, vous y avez participé ? « Si cette diablesse a raison, il nous faut changer nos
Et qu’entends-je encore ce matin ? Le capitaine, cette plans. Je reporte l’expédition. L’urgence est au
brute réactionnaire, veut encore vous amener à renforcement de la sécurité du village en cas d’attaque
renoncer à tous vos idéaux, à toute votre humanité, de Ataï… »
même ?
Face à leur conscience...
On me parle de nos amis Kanaks de Ducos. Êtes-
vous devenus fous ? Même hier, ces pauvres gens ont Notes pour le Meneur de Jeu
aidé l’expédition contre leur frère ! On me parle de Nous avons signalé dans le contexte que les
Kanaks rebelles, menés par le chef Ataï. Certains disent autres femmes sont toutes regroupées au camp de la
qu’ils pourraient nous attaquer… Je vais vous parler baie de l’ouest… et surtout séparées des hommes !
sincèrement, camarades. Oui, des guerriers de Ataï L’ordre fut ardemment combattu par certaines femmes,
sont venus à Ducos (sensation dans l’assistance). Mais dont Louise Michel, mais fut néanmoins exécuté. On
vous me voyez devant vous, n’est-ce pas ? Alors, si pourrait ajouter que le nombre de femmes est très peu
ces guerriers étaient de si redoutables sauvages, élevé sur Ducos : 6 en tout et pour tout ! On
croyez-vous qu’ils auraient épargné les femmes sans comprendra donc que le manque de femmes
défense de la baie de l’ouest ? Et dire que certains disponibles et une homosexualité mal assumée soient
d’entre vous sont prêts à reprendre les armes contre au cœur de cette intrigue.
eux !…
Alors qu’ils voient d’une part Louise Michel
Comment, vous n’êtes pas avec eux, vous les s’éloigner entre quatre soldats deux fois plus corpulents
victimes de la réaction, vous qui souffrez de qu’elle et, à l’opposé, le capitaine Duroy remonter vers
l’oppression et de l’injustice ? Est-ce que ce ne sont le camp militaire, les personnages se retrouvent entre
point vos frères ? Eux aussi luttent pour leur eux, désoeuvrés et sentant que la situation, déjà
indépendance, pour leur vie, pour leur liberté. Moi, dramatique, va bientôt basculer dans l’horreur.
je suis avec eux, comme j’étais avec le peuple de Paris
révolté, écrasé et vaincu ! » Faisons avec eux un petit point sur les réflexions
que, selon les informations disponibles, ils peuvent
Le capitaine Duroy, rouge et le souffle court, rassembler :
débouche alors sur la place, accompagné de quatre
soldats en armes : - il n’entre visiblement pas dans les intentions du
capitaine Duroy ou de l’administration
« Taisez-vous, Michel ! Mais taisez-vous donc ! Je pénitentiaire d’enquêter sur la mort de leur
vous materai moi, vous verrez ! Descendez de là camarade Valletot ;
immédiatement ! (au reste de l’assistance) Et vous
autres, dispersez-vous ! Vous n’avez donc rien d’autre - en l’absence d’une telle enquête, la tension et
à faire ? (il revient à Louise avec un sourire mauvais). la suspicion au sein de la communauté des
Puisque vous aimez les Kanaks au point d’écrire leurs déportés est à son paroxysme : certains
légendes,, je vais vous donner l’occasion de les soupçonnent les autres, d’autres reprochent aux

- 16 -
uns d’avoir participé à l’expédition punitive, les Notes pour le Meneur de Jeu
derniers reprochent aux premiers de n’avoir rien
fait… bref, les « camarades » se déchirent ; Il semble peu probable, compte tenu de
l’ensemble des arguments ci-dessus, que vos
- pour les personnages à forte Ouverture personnages restent inactifs et se contentent de suivre
d’Esprit et étant capables de raisonnement, il le mouvement imposé par le capitaine Duroy. Si
ne fait pas de doute que les Kanaks sont c’était malgré tout le cas, n’hésitez pas à interroger
innocents du crime de Valletot (et peut-être, leur conscience d’anciens communards à travers les
pourquoi pas ?, de celui de Tellier) ; pourtant, cas de conscience dont nous avons déjà parlé dans
selon toute vraisemblance, ceux-ci vont payer une note précédente. Stimulez également leur fibre
cher leur différence culturelle et leur soumission « maléficieuse » en vous servant de Balzenq et de
à l’autorité coloniale… ses théories fantastiques.

- pour les personnages à forte Spiritualité, Mais, cher Meneur, n’oubliez pas non plus que
il semble probable que ces affaires plongent ce scénario N’EST PAS un scénario d’enquête. Malgré
leurs racines dans les plus profonds mystères la présence d’un crime et d’indices, nous n’avons tout
kanak ; un tel appel d’un merveilleux exotique de même pas fait parcourir plusieurs milliers de
est, pour eux, difficile à contenir ; kilomètres à nos personnages pour les voir jouer aux
Sherlock Holmes de service ! Même si certains joueurs
- quel que soit le fin mot de l’histoire (drame soupçonnent fortement que la solution se trouve tout
fantastique ou crime sordide), il est certain que simplement à l’intérieur de la communauté blanche
le capitaine Duroy se prépare à commettre une et pas ailleurs, faites-leur bien comprendre, avec force
colossale erreur ; réussir à l’arrêter à temps, avec coups de crosse dans les côtes si besoin est,
de solides arguments, pourrait permettre aux qu’enquêter à l’intérieur de Numbo avec leur statut
personnages de mettre leur bonne volonté et de déportés, plus l’état de siège décrété par le
leur probité en avant, avec l’espoir réel capitaine, est tout bonnement impossible… pour le
d’obtenir un adoucissement de leur peine, voire moment !
une grâce ;

- si Louise Michel dit vrai sur les guerriers kanak


de Ataï, elle et ses camardes de la baie de l’ouest
sont à leur merci ;

- en tout état de cause, Louise semble en savoir


long sur les Kanaks : elle a des informations
totalement inédites sur les guerriers de Ataï ;

- il est de notoriété publique (Balzenq pourra le


rappeler aux personnages) que Louise, en
contact régulier avec les indigènes, a commencé
à rédiger un recueil sur les légendes kanak ; à
part un Kanak lui-même, elle est la seule
personne pouvant les renseigner sur les
mystères kanak ;

Aux personnages de tirer ces conclusions sur la


situation, et de comprendre que seul leur
investissement personnel pourra changer le cours d’une
histoire à l’issue par trop cousue de fil blanc.

Bref, l’avenir repose désormais sur leurs épaules


et, pour différentes raisons (état de siège à l’intérieur
du village, Louise Michel, les Kanaks…), cet avenir ne
peut que se dérouler en dehors de Numbo.

- 17 -
ACTE IV : Rencontre avec un Bao...

MYSTERES
Pour que cette rencontre ait lieu, les personnages
doivent s’aventurer le long d’une des côtes, à proximité
de la forêt ; le moment où les personnages tentent de

K ANAK
se rendre au campement de Louise Michel à la baie de
l’ouest ou celui où ils en reviennent est idéal.

Alors qu’ils cheminent plus ou moins


Notes pour le Meneur de Jeu tranquillement (selon que l’on soit la nuit ou pas, selon
Ce quatrième acte est dès lors beaucoup moins que les personnages soient sur leurs gardes ou pas…),
linéaire que les précédents. Les joueurs sont libres de les personnages tombent quasiment nez à nez avec une
faire agir leurs personnages comme ils l’entendent et colonne de Kanaks sur le pied de guerre : peintures,
vous devrez donc organiser par vous-même le coiffes impressionnantes, étuis péniens, sagaies et casse-
déroulement des évènements ci-dessous selon leurs têtes… Pas de doute, il ne s’agit pas ici de Kanaks
actions, mais aussi selon le rythme que vous souhaitez européanisés et pacifiques !
imprimer au scénario. Pour plus de facilité, l’ensemble
des informations liées à ce quatrième acte et la manière De fait, la surprise passée, les guerriers se mettent
de les obtenir sont récapitulées en annexe dans un en tête de faire passer un mauvais moment aux intrus
tableau que vous garderez à ce moment sous les yeux blancs. Devant cette attaque décidée, il est plus que
et que vous pourrez annoter au fur et à mesure de la probable que les personnages, en dehors de quelques
progression des joueurs (cf. annexe 4). coups de feu s’ils sont armés, pensent plus à fuir qu’à
résister.
Gardez bien à l’esprit que dès lors que les
guerriers d’Ataï sont sur la presqu’île, tout peut arriver. Notes pour le Meneur de Jeu
L’attaque punitive prévue de Duroy, si elle n’est pas Il s’agit bien, ici, d’hommes du grand chef rebelle,
empêchée, risque de déclencher un soulèvement Ataï. Ceux-ci remplissent la double mission
général des tribus “de la côte”, pour le moment encore d’accompagner Andia auprès de Louise Michel (voir
alliées à la France. Et Nouméa risque bien de se ci-dessous) et d’étudier les défenses des blancs sur la
retrouver prise entre deux fronts. Un véritable massacre presqu’île. Leur fonction dans ce scénario est
se prépare... également double : il s’agit d’une part de faire monter
la tension sur la presqu’île en confirmant leur présence
et leurs velléités belliqueuses et, dans l’immédiat, il
Hors de Numbo... s’agit de faire peur aux personnages et de les forcer à
se réfugier dans la forêt…
Compte tenu des possibles sources d’information
(village kanak, Louise Michel…), les personnages Quelle que soit l’heure réelle, plus les
doivent donc avoir compris qu’il leur faut désormais personnages s’enfoncent dans la forêt, plus ils auront
partir à l’aventure en sortant de Numbo où il règne, l’étrange sensation de voir la nuit tomber. Si on est en
qui plus est, une ambiance martiale peu propice aux plein jour, les personnages ayant une forte Ouverture
investigations. d’Esprit préfèreront penser qu’il s’agit d’un gros orage
tropical qui s’annonce.
S’échapper temporairement du village pour
s’aventurer dans le reste de la presqu’île ne présente Au bout d’un certain temps, totalement épuisés
aucune difficulté : les tâches habituelles des déportés et apeurés, les personnages pourront penser avoir
sont suspendues, les soldats ont bien d’autres choses à réussi à échapper à leurs poursuivants. C’est alors qu’ils
faire que de s’inquiéter des personnages et, enfin, le commencent à discuter de la meilleure conduite à tenir
cordon de sécurité autour de Numbo est prévu pour que surgit devant eux, sans un bruit… un guerrier
empêcher les Kanaks d’entrer… pas les déportés de kanak !
sortir ! Il suffira donc que les personnages aient
l’intelligence de franchir ce cordon de vigies plutôt de Grand, puissant, le corps recouvert de cendre
nuit et à un endroit où un de leurs camarades déportés formant de mystérieux symboles sur sa peau d’ébène,
s’est porté volontaire, et cela ne posera pas de problème le Kanak semble très différent des guerriers auxquels
(sinon, à nouveau quelques coups de crosse…). les personnages viennent d’échapper. Pourtant, lui

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aussi porte les armes traditionnelles et la tenue de personnages ne manqueront pas d’en identifier la
combat mais il n’a pas l’air agressif. Au contraire source : le vent qui souffle depuis la mer proche agite
même… Sa présence silencieuse est assez lénifiante les branches des arbres de la clairière, et fait par
aux yeux des personnages ayant une forte Spiritualité. conséquent s’entrechoquer les dizaines de squelettes
humains qui y sont accrochés !
Notes pour le Meneur de Jeu
Comme ce sera le cas tout au long de cette Notes pour le Meneur de Jeu
plongée dans les mystères kanak, les personnages Un jet de Fluide réussi par vos soins, dans le
européens ne pourront jamais être complètement sûrs plus grand secret, permettra d’avertir le personnage
de ce qu’ils ont vécu : expérience spirituelle, ou simple en question qu’il ressent une puissante présence
confrontation inattendue avec une culture radicalement magique.
différente ? Entre nous, nous pouvons bien en
convenir, cher Meneur : ici, les personnages vont être Pendant que les personnages s’habituent au
confrontés à un Bao, un être surnaturel que l’on peut, spectacle de ce cimetière kanak, le guerrier cendré s’est
dans notre langage d’européens, assimiler à une lui confortablement installé, accroupi sur ses talons, au
divinité. Qui plus est, ce Bao, Païmé, est un Bao de la milieu de la clairière. Il regarde les personnages d’un
Mort ! Autant dire que, quoi que fassent les air plutôt narquois et semble attendre qu’ils disent ou
personnages, (tirer, frapper…), le Bao sera toujours fassent quelque chose. Comprenant par la force des
inexplicablement sauvé (esquive miraculeuse, choses qu’ils doivent briser la glace, que peuvent dire
parade…). De plus, il ne tirera aucune rancœur de nos personnages ? On peut supposer deux types de
ces actes violents, et la rencontre se poursuivra questions :
normalement…
- d’abord la plus logique : comment peuvent-ils
Toujours sans une parole, le Kanak fait signe aux
retrouver leur chemin ?
personnages de le suivre et commence à s’enfoncer
dans l’obscurité de la forêt. Perdus, il est fort probable
- mais s’ils comprennent qu’ils ont affaire à un
que les personnages acceptent de suivre ce Kanak
personnage plutôt familier des choses de la mort (mais
pacifique qu’ils assimileront sans doute à un de ces
où vont-ils chercher tout ça !?), les personnages
Kanaks européanisés (bien qu’il n’en ait guère
pourraient aussi questionner le Kanak sur les rites
l’allure !) qui peuplent Ducos.
mortuaires, la cannibalisme, les revenants…
Notes pour le Meneur de Jeu
Si les personnages refusent de le suivre, vous À la première question, le Bao Païmé ne répondra
ferez jouer un jet de Spiritualité. Les personnages d’abord rien, se contentant de lever les yeux au ciel,
réussissant ce test seront irrésistiblement attirés par laissant les personnages se demander s’il les nargue
l’invitation de Païmé. ou s’il les invite à méditer sur les squelettes accrochés
aux branches.
Après quelques minutes de marche dans une
forêt toujours plus dense et toujours plus obscure, les À la deuxième série de questions, les
personnages, à la suite du mystérieux guerrier, finissent personnages pourront par contre être surpris d’entendre
par déboucher sur une clairière éclairée par quelques le son de la voix calme et grave du Kanak qui parle
torchères disposées de loin en loin, clairière traversée parfaitement la langue de la côte. Il pourra leur
par un étroit ruisseau qui disparaît très vite dans les apprendre tout ce qui est récapitulé dans la colonne
fourrés. ad hoc de l’annexe 4. Si on le lui demande, il révèlera
qu’il s’appelle « Païmé ».
Le spectacle offert par cette clairière est tout à fait
saisissant : le sol en est tout simplement jonché de Enfin, après avoir parlé, si les personnages posent
crânes, tibias et autres ossements indiscutablement ou reposent la première question, il leur indiquera le
humains ! ruisseau et la direction qu’il faut suivre : en le longeant,
les personnages devraient, selon les mots du Kanak,
De plus, les personnages seront très vite attirés « trouver leur destin ». Après avoir dit cela d’une voix
par le bruit étrange qui, partout, les environne : cloc, grave et sans humour, le Kanak traverse la clairière, et
cloc ; cloc, cloc. En levant les yeux et en laissant leur disparaît très vite dans la noirceur de la forêt : il est
regard s’acclimater à la demi-pénombre, les rigoureusement impossible de le suivre.

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Si les personnages suivent le ruisseau dans le sens dans bien des mythologies, le fleuve qui conduit au
désigné, ils trouveront en effet une sorte de sente, grâce royaume des morts. En langue kanak, on appelle celui-
à laquelle ils peuvent progresser à une allure ci le Ti Ondoué. Sur ce point, Païmé n’a donc pas
raisonnable dans la forêt tropicale. Toutefois, deux menti : il conduit les personnages vers leur destin à
choses pourraient interloquer des personnages tous ! Mais sans doute nos personnages préféreraient-
attentifs : ils que ce destin soit le plus lointain possible, n’est-ce
pas ?
- à la grâce des rayons de la lune, ils peuvent
espérer apercevoir dans le ruisseau, flottant Si les personnages ont un tel doute, ils préféreront
entre deux eaux, de temps en temps un crâne, sans doute s’enfoncer dans la forêt, quitte à se perdre
de temps en temps un autre ossement ou à retomber sur les Kanaks belliqueux. Ils auront
humain… bref, un ruisseau peu engageant. raison : après une longue errance, ils déboucheront,
Surtout qu’incontestablement, plus les épuisés mais sains et saufs, au petit matin, sur une des
personnages avancent, plus le nombre côtes de la presqu’île.
d’ossements est élevé… alors même que l’on
s’éloigne du cimetière !? Si les personnages préfèrent poursuivre sur la voie
indiquée par le Bao, ils finiront par être attaqués par
- surtout, un joueur doté d’une bonne mémoire les esprits des morts voulant les faire basculer dans le
ne manquera pas de faire remarquer par son monde inférieur !
personnage qu’il n’est pas sensé y avoir le
moindre cours d’eau potable sur la presqu’île En effet, après avoir longuement suivi le ruisseau
Ducos. Ses camarades lui rétorqueront peut- des morts, les personnages finissent par être arrivés
être que cette eau macabre n’est à coup sûr pas suffisamment près du monde inférieur pour être tentés,
potable, il n’empêche que cela reste troublant… par des esprits, de s’y jeter définitivement ! Les
personnages, attaqués par ces spectres (qui, dans
De fait, ce ruisseau n’existe pas ! Il ne s’agit l’obscurité de la forêt, ne sont au mieux que des ombres
que d’une hallucination collective symbolisant, comme furtives), ne sont désormais plus maîtres de leurs

- 20 -
mouvements : il n’est pas trop tard pour fuir mais, pour de son maître à Louise qui, il le sait, soutient leur
cela, il faut désormais réussir un jet de Spiritualité. combat.
En effet, il ne s’agit plus de croire ou de ne pas croire : Andia a l’air très calme, et Louise s’empresse de
les esprits sont bel et bien là, et seule une foi solide rassurer ses camarades (les personnages et quelques
permettra de leur résister. autres femmes déportées, elles aussi présentes). De plus,
elle propose aux personnages venus l’interroger sur
Notes pour le Meneur de Jeu ce qu’elle sait des hommes de Ataï et des mystères
Selon votre propre « méchanceté », vous kanak, de s’adresser à une meilleure source qu’elle.
pourrez ou non accorder des chances supplémentaires De fait, Andia parle une langue de la côte dans laquelle
à vos joueurs pour sauver leur personnage en les termes de Français sont suffisamment nombreux
permettant d’autres jets de Fluide prévenant du pour la rendre tout à fait compréhensible par les
caractère éminemment « magique » du ruisseau ; ou personnages.
encore en mettant en scène la fuite panique de ceux
qui auront réussi à résister aux esprits des morts, et les Andia, assis sur ses talons auprès du feu de
cris et appels au secours de ceux qui auront échoué… brindilles entretenu par Louise, répond volontiers aux
Le tout dans l’obscurité d’une forêt inconnue ! questions portant sur l’éventuelle implication des
guerriers de Ataï dans les crimes de Numbo. Bien sûr,
Afin d’éviter l’irréparable, insistez bien sur le fait Andia n’étant pas neutre, les personnages sont libres
que l’eau a un goût fétide la première fois qu’elle est de ne pas le croire sur ce point. Étant lui-même un
bue. La seconde fois, c’est du... sang que l’on cherche puissant takata, il peut également donner toutes les
à boire. Si, malgré toutes ces préventions, un précisions possibles sur les rituels mortuaires ou
personnage échoue dans tous les jets accordés ou qu’il sacrificiels (voir annexe 4).
s’entête à vouloir boire, il est saisi par les esprits et,
concrètement, sera retrouvé mort le lendemain matin Enfin, à la demande des personnages ou même
(crise cardiaque). Cette scène ne doit pas tourner au de sa propre initiative (si les personnages ne pensent
massacre mais restez un minimum cohérent ! pas à le lui demander), Andia pourra se livrer à un
fantastique rituel de convocation d’un esprit. Lequel ?
Rencontre avec Andia... Celui de Oundjo, bien sûr !
S’ils finissent par se rendre chez Louise Michel,
au campement de la baie de l’ouest (avant ou après la Si on veut connaître son véritable rôle dans cette
rencontre précédente), les personnages seront plus que histoire, le mieux est encore de le lui demander, n’est-
surpris de ne pas la trouver seule, ni même avec ses ce pas ? Pour réaliser ce rituel, le takata demande à
camarades déportées. En effet, après avoir été reçus être dédommagé ; il exige que les personnages lui
très aimablement par la fougueuse communarde dans cèdent un objet ayant pour eux une grande valeur. En
sa case, spartiate et ouverte à tous vents, après avoir disant cela, il caresse le morceau d’étoffe rouge que lui
peut-être eu le temps de lui demander de ses nouvelles, a cédé Louise Michel.
un nouvel invité fait son entrée dans la case : Andia,
Notes pour le Meneur de Jeu
l’étrange barde du chef Ataï ! (voir sa description en
annexes PNJ). Nous parlons, bien entendu, d’UN seul objet et
non d’un objet par personnage. Ceux-ci doivent donc
Les personnages devraient logiquement prendre se concerter et l’un d’eux sacrifier son bien. Les
peur et ce, pour plusieurs bonnes raisons : personnages, en tant que déportés, sont bien démunis,
mais il faut préciser qu’à l’image du cadeau de Louise,
- tout d’abord, Andia a de quoi déstabiliser plus Andia n’attend pas un objet de valeur autre que
d’un européen ; sentimentale ; une photo ou un objet, souvenir d’un
être aimé laissé en Métropole, fera l’affaire.
- ensuite, si Andia est là, les guerriers de Ataï ne
doivent pas être loin ! S’ils ont joué la rencontre Si l’un des personnages accepte le marché et fait
précédente, ils savent désormais qui les a pris en chasse son sacrifice, Andia, après avoir longuement regardé
sur la côte… et touché l’objet, l’ajoute à son accoutrement avant de
se saisir de son luth si étrange. Toujours assis sur ses
- De fait, Andia a bien débarqué sur Ducos avec talons, il commence à gratter son instrument d’un air
ses farouches guerriers rebelles, mais sa mission est tout soucieux. Le son produit est fort désagréable aux
autre : il est simplement venu transmettre les amitiés oreilles occidentales et même son sinistre chat, se

- 21 -
faufilant entre les jambes, semble être perturbé. La visite au village Kanak...
Finalement, insatisfait et jurant en un dialecte inconnu,
il repousse violemment le luth, se relève et embouche
Pour se renseigner sur les mystères kanak, les
sa cornemuse à l’aspect non moins mystérieux.
personnages préfèreront peut-être s’adresser à la source
plutôt qu’à Louise Michel : en route pour le village
Si la musique qui sort de l’instrument n’est guère
kanak, installé au nord de Ducos par les Kanaks
plus agréable, elle semble bien mieux convenir au
« européanisés » servant de supplétifs à
takata. Au bout de quelques instants de cette mélopée,
l’administration pénitentiaire.
une étrange sensation se saisit des personnages
disposant d’une forte Spiritualité : une présence
Les personnages qui avaient fait le choix
dans la case ! De fait, si on y prend garde, le feu de
d’accompagner l’expédition punitive de la veille
brindilles projette sur les murs de la case les ombres de
connaissent le chemin mais, dans le cas contraire,
toutes les personnes présentes (les personnages, Andia,
Ducos n’est pas si grande et en se dirigeant au nord,
Louise)… mais aussi une ombre supplémentaire, non
les personnages finissent par le trouver.
identifiée, qui semble danser autour du feu.
La première impression que laisse ce triste village
Andia cesse de souffler dans son instrument, un
de quelques cases dans lesquelles popinées (femmes)
sourire éclairant son visage difforme. Il commence à
et piquinini (enfants) semblent peu nombreux, est
s’adresser d’une voix forte à l’ombre, maintenant
mitigée. En effet, les personnages ont beau savoir que
immobile : l’interrogatoire d’outre-tombe a
ces Kanaks se sont toujours comportés de façon amicale
commencé ! Le problème, pour des personnages à
envers les blancs, l’agitation qui semble régner dans le
forte Ouverture d’Esprit, est qu’il s’exprime dans un
village, ces hommes en armes traditionnelles ayant
dialecte inconnu et que, l’ombre ne répondant pas de
abandonné leurs oripeaux occidentaux, visiblement en
façon audible, Andia fait les questions et les réponses.
état de surexcitation, n’augurent rien de bon.
Peut-on lui faire confiance ? En tout cas, les
réponses données par Andia se trouvent
Toutefois, s’ils persistent à vouloir entrer en
résumées dans l’annexe 4.
contact avec les Kanaks, les personnages seront
relativement bien accueillis. Logiquement, leurs
À la fin de l’interrogatoire, Andia souffle à
questions devraient les faire aboutir dans la case du
nouveau quelques instants dans sa cornemuse, puis
takata local, un homme assez vieux, au physique
l’ombre disparaît et la situation redevient normale.
décharné et dont la bouche édentée offre un rictus
légèrement crispant.
Notes pour le Meneur de Jeu
Cette rencontre peut être considérée comme un Celui-ci, habitué à côtoyer les blancs de longue
Evènement d’ordre 1 contre la Spiritualité. date, s’exprime dans un Français presque entièrement
expurgé de termes bichelamar. Il fait bon accueil aux
Lorsque les personnages prennent congé de personnages et accepte sans condition de répondre à
Louise Michel, Andia semble bien décidé à rester. Sans leurs questions sur les mystères kanak, les rituels
doute ont-ils des choses à se dire à propos des mystères mortuaires… (cf. annexe 4).
kanak… ou de la Révolution !
En ce qui concerne l’agitation qui règne dans le
village, le takata se fait plus évasif, mais leur apprend
que le village s’apprête à organiser le soir même un
pilou-pilou, les fameux rassemblements rituels aussi
festifs que guerriers. Pourquoi ce pilou-pilou ? Contre
qui les hommes du village prennent-ils les armes ? Les
personnages peuvent légitimement craindre pour leur
vie et celle de leurs compagnons restés à Numbo. Le
vieux takata tente de les rassurer : ce pilou-pilou ne
serait pas tourné contre eux, mais les hommes du
village, inquiets de la tournure prise par les évènements
(crimes, expéditions, débarquement d’autres guerriers
kanak…), préfèrent se tenir sur leur garde, se
“mobiliser” comme disent les Blancs…

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Pour définitivement les rassurer, le takata fait aux Une des danses historiques, — et ils en ont de
personnages une proposition surprenante : et s’ils belles ! —, est celle-ci : une file de danseurs arrive,
restaient ce soir assister au pilou-pilou ? Il s’agit hommes et femmes, comme s’ils reconnaissaient le
d’une proposition rare destinée à honorer des terrain et en prenaient possession ; puis ils se
hôtes respectés. Pour les personnages, refuser est murmurent, avec leurs quarts de tons si doux parfois,
bien délicat, surtout dans ce contexte explosif. Pour les plus douce églogues, ils simulent la danse de pêche,
autant, est-il si facile d‘accepter alors qu’ils sont la danse des récoltes, la danse des noces, la danse de
probablement nourris d’images terribles de sauvages la mort. C’est la tribu vivant au soleil et mourant à
dansant autour de grosses marmites ? l’ombre, puis viennent d’autres encore, des étrangers,
poupouale, ils chassent et dispersent la tribu.
Si les personnages refusent, le takata sera
visiblement vexé et refusera de répondre à toute autre Il n’y a plus après eux qu’un chant triste et
question (donc si les personnages n’ont pas abordé les monotone, comme les plaintes du vent. L’orchestre qui
autres sujets avant celui du pilou-pilou, tant pis pour l’accompagne avec des branches de palmiers grattées
eux !) mais personne cependant ne lèvera le bras doucement s’harmonise bien avec ces plaintes du
contre les déportés, qui pourront quitter le village sans pauvre sauvage.
danger.
Puis il se fait un silence, tous se déploient sur une
Par contre, s’ils acceptent, ils vont effectivement même ligne, avancent du côté du nord, la main droite
vivre un moment unique. La nuit tombée, l’agitation comme pour menacer ou maudire ; en criant : Match !
qui régnait dans le village devient une véritable Match ! (mort ! mort !).
exaltation : les hommes ont sorti leurs plus beaux
atours ; armes rutilantes, masques de guerre, colliers La musique canaque, avec ses quarts de tons,
et ceintures en poil de roussette… sont exposés en ressemble au vent, aux bruits de bois, aux chants des
signe de puissance. La fête à proprement parler flots… Souvent elle est douce, quelquefois rauque,
commence à la nuit tombée, par une distribution parfois on dirait des gouttes d’eau tombant sur les
d’ignames à l’assemblée, disposée assise sur ses talons, feuilles…
autour d’un grand feu. La distribution n’oublie
personne : chacun reçoit une part de la récolte selon Des bambous frappés en cadence, une flûte de
son rang et son mérite. Les personnages masculins, en roseau, les branches de palmiers grattées, une feuille
tant qu’invités, reçoivent donc également leur lot qu’ils s’appliquent sur la bouche, tels sont leurs
d’ignames. instruments. Souvent encore, ils accompagnent en
sifflant ou en soutenant la voix sur une seule note,
Vient ensuite le temps des danses et des chants, tandis que l’air est chanté ; ces sons filés produisent
si déroutants pour les yeux et les oreilles des un effet étrange. »
Européens. Laissons Louise Michel nous décrire, avec
toute sa sensibilité, le déroulement de cette partie du La dernière partie du pilou-pilou est beaucoup
pilou-pilou : moins formalisée : chacun s’en revient vers ses tayos
(amis) pour partager en petits groupes informels, çà et
« Dans les rondes du pilou-pilou, les hommes là dans le village, la douce chaleur du feu qui continue
tournent à part des femmes, quelquefois en sens de brûler dans la nuit et surtout pour consommer,
contraire, le mouvement finit par être tellement rapide jusqu’à très tard, de grandes quantités de nourriture,
que les danseurs passent à travers la flamme sans en pendant que les chants continuent de résonner.
être atteint.
Jules Garnier, l’explorateur de la Nouvelle-
Autrefois, disent les vieillards, après des temps Calédonie en 1864, compare ce moment à celui de
où on ne se mangeait pas, il vint des temps que les l’ivresse chez les Européens : « sans consommation
grands-pères de leurs grands-pères n’ont pas vus, dans d’alcool, les Kanaks sont en effet alors en état de
ceux-là il y eut des guerres, des famines, des fêtes où, surexcitation. C’est le moment de tous les excès ».
quand les chants et les danses avaient duré une partie
de la nuit, l’un des danseurs, quelquefois plusieurs. C’est dans cette partie finale du pilou-pilou que
disparaissait ; il était comme bu par la foule. les personnages cessent d’être des spectateurs (mais
Aujourd’hui le pilou-pilou se termine par une joie comment cette orgie va-t-elle se terminer ?) pour
frénétique et l’abattement de la fatigue. redevenir acteurs.

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En effet, le vieux takata, visiblement heureux de fumantes, entourées d’ignames et de taros ; la vapeur
les avoir convaincus de rester assister à la fête rituelle, qui s’élevait de ces aliments, apportée par la brise,
les invite à le rejoindre, lui et quelques tayos prestigieux arrivait juste vers nous, et j’aurais désiré pouvoir retenir
(dont le chef du village), un peu à l’écart, autour d’un mon souffle pour ne pas aspirer le fumet d’un aliment
feu secondaire. S’ils acceptent — peuvent-ils aussi révoltant. (…)
réellement refuser ? —, les personnages voient, en
s’approchant, que le feu ne sert pas seulement à Le trou dans lequel on avait fait cuire leurs
réchauffer et à éclairer la nuit : à la façon kanak, un membres détachés à coups de hache était là ; une joie
trou a été creusé dans le foyer et sert à faire cuire farouche se peignait sur le visage de tous ces démons
quelque chose… qui exhale une bien alléchante et ils mangeaient à deux mains.
odeur ! C’est aussitôt après cette première impression
que les choses se gâtent… quand leur esprit, assez Ce spectacle était si extraordinaire qu’il me faisait
vite, réalise que le fricot est sans aucun doute l’effet d’un rêve, et j’étais tenté d’aller à eux pour leur
de la viande humaine ! parler et les toucher. Un point surtout attirait toute mon
Les personnages ont sans doute déjà compris que attention ; en face de moi, et bien éclairé par la lueur
l’on va les mettre en présence d’une scène de du foyer, se trouvait un vieux chef à la longue barbe
cannibalisme rituel. Cela doit sans doute blanche, à la poitrine ridée, aux bras déjà étiques ; il
profondément les choquer mais, déjà, peuvent-ils être ne paraissait pas jouir de l’appétit formidable de ses
rassurés : ce n’est pas eux que l’on va manger ! De jeunes compagnons ; aussi, au lieu d’un fémur orné
fait, les Kanaks ne se livrent au cannibalisme que pour d’une épaisse couche de viande, il se contentait de
des raisons rituelles traditionnelles : il s’agit de détruire grignoter une tête ; celle-ci était entière (…) ; on avait
doublement l’ennemi que l’on a tué, afin d’empêcher eu cependant le soin de brûler les cheveux ; quant à
sur sa dépouille un quelconque culte des ancêtres. Les la barbe, elle n’avait pas encore eu le temps de pousser
personnages étant les invités et non les ennemis des sur les joues du pauvre défunt et le vieux démon,
Kanaks, ils n’ont strictement rien à craindre. s’acharnant sur ce visage, en avait enlevé toutes
les parties charnues, le nez et les joues ; restaient
Pour poser l’ambiance de cet extraordinaire les yeux, qui, à demi ouverts, semblaient être
moment que peut être une expérience de cannibalisme, encore en vie.
lisons un petit extrait du récit fait par Jules Garnier de Le vieux chef prit un bout de bois
son Voyage en Nouvelle-Calédonie durant les pointu et l’enfonça successivement
années 1860 : le Meneur pourra y puiser quelques dans les deux prunelles ; on aurait pu
passages pour « corser » sa description de la scène ! croire que c’était pour se soustraire à ce
regard et finir de tuer cette tête vivante ;
« Une douzaine d’hommes étaient assis près point du tout, c’était tout simplement
d’un grand feu (…) ; sur de larges feuilles de bananier pour parvenir à vider le crâne et en
était placé au milieu d’eux un monceau de viandes savourer le contenu ; il retourna

- 24 -
plusieurs fois son bois pointu dans cette boîte osseuse, Pendant celui-ci, le personnage, tremblant de
qu’il secoua sur une pierre du foyer pour en faire fièvre, va effectivement revoir en pensées les actions
tomber les parties molles, et cette opération accomplie, de Oundjo, comme s’il se trouvait à l’intérieur de son
il les prenait de sa main maigre comme une griffe et esprit. Par ses yeux, il reverra des scènes d’amicales
les portait à sa bouche, paraissant très satisfait de cet complicités avec Tellier puis une scène évoquant le
aliment. Ce premier procédé ne réussissant pas à geste déplacé de Tellier envers le jeune Kanak et la
extraire entièrement la cervelle, le vieux sauvage dispute qui s’en suivit. Dans son délire, le personnage
expérimenté mit l’arrière de cette tête dans le feu, à verra encore une scène où ce dernier s’introduit au petit
l’endroit où il était le plus violent, de façon que par matin dans la hutte de Tellier, le tue net d’un coup de
cette chaleur intense la cervelle pût se séparer sagaie dans la poitrine puis se livre à son macabre
complètement de son enveloppe intérieure ; ce rituel : il frappe le crâne sans vie de Tellier, en fait éclater
procédé réussit parfaitement et, en quelques minutes, la boîte crânienne puis remue à l’aide d’un petit bâton
le cannibale fit sortir par les diverses petites ouvertures la cervelle avant de suçoter ledit bâton. Enfin, il coupe
du crâne le reste de son contenu. » le bras droit de sa victime à l’aide de sa hachette puis
s’enfuit. La dernière scène du délire voit Oundjo courir
Alors que l’étrange festin vient de débuter, le en haletant à travers les fourrés puis se faire atteindre
vieux takata, comme les personnages pouvaient le mortellement par deux balles de fusil.
craindre, s’approche d’eux, une écuelle d’écorce pleine
de morceaux dégoûtants à la main : il leur propose
de participer — honneur considérable ! —, au repas
Notes pour le Meneur de Jeu
rituel. Vous pouvez considérer que tout personnage
ayant vécu cela subit un Événement d’ordre 2
Bien sûr, le vieux sorcier le justifie : celui que contre l‘Ouverture d’Esprit.
l’on mange est Oundjo. En effet, ce dernier est
considéré par tous les notables du village comme un Au réveil, le ou les personnages cannibales
traître ayant jeté le discrédit sur eux auprès des si vont beaucoup mieux. Ils n’ont strictement aucun
puissants hommes blancs, mettant en danger la survie souvenir du pilou-pilou ni de leur acte, mais se
même du village sur Ducos. C’est pour cela qu’ils ont souviennent avec acuité de leur délire et peuvent le
aidé les blancs (peut-être certains des personnages ?) raconter aux autres (s’ils acceptent encore de leur
à le tuer, puis ont obtenu sa dépouille ; maintenant, parler !).
ils se proposent de le faire définitivement disparaître !
Des personnages à forte Spiritualité pourront
Mais ce n’est pas tout : à en croire le vieux takata, accepter ce récit comme étant un effet de la magie des
manger la chair d’un homme permettrait de pénétrer esprits kanak. Les autres le tiendront pour un simple
son esprit, ses pensées les plus intimes. Si les délire fiévreux. En tout cas, les premiers pourront établir
personnages acceptent de manger Oundjo, peut-être les faits suivants : Oundjo est bien coupable du crime
sauront-ils oui ou non si Oundjo est coupable des de Tellier et innocent de celui de Valletot… En tout
meurtres à Numbo ? cas de son vivant ! En effet, si on interroge le takata
sur ce point, il apparaît que le cannibalisme rituel ne
Le takata voudra bien, cette fois-ci, admettre un peut pas renseigner sur l’esprit du défunt… une fois
refus. Si toutefois un des personnages accepte, il ne se qu’il s’est détaché de son enveloppe charnelle.
passera rien, comme on pouvait le craindre…

Notes pour le Meneur de Jeu


Il s’agit d’un Événement d’ordre 2 contre la
Spiritualité : tout personnage réussissant ce jet ne
peut admettre un tel acte et de telles explications, il est
donc hors de question qu’il puisse accepter le marché.

Mais peu de temps après ce répugnant repas, le


personnage cannibale sera pris de violents maux de
ventre et de fièvres intenses. Juste châtiment ? Cela
n’inquiète pas le takata qui ne recommande qu’un peu
de repos.

- 25 -
Les Vampires attaquent... Notes pour le Meneur de Jeu
Bien qu’impressionnantes, les roussettes, qui
Notes pour le Meneur de Jeu sont frugivores, ne peuvent faire grand mal aux
Ce dernier épisode se déroulera à proximité du personnages et nous ne fournirons donc pas leurs
village de Numbo, de préférence à la fin de l’acte, par « caractéristiques ». Par contre jouez sur la panique
exemple lorsque les personnages reviennent d’un ou éventuelle des personnages, avec d’éventuels jets
plusieurs des épisodes précédents. Cet épisode peut d’Ouverture d’esprit, (manqué : panique et crainte
se dérouler aussi bien de jour que de nuit mais, pour sa vie : réussi : pas de panique, mais il faut
compte tenu de la nature des « bestioles », préférez écarter les bestioles…).
tout de même la nuit ou mieux, le court crépuscule.
Pour résumer : la vérité c’est qu’il y a ici pure
Soyons clair : rien de surnaturel ici, mais dans coïncidence, mais l’objectif du Meneur devra être de
l’état de nerfs où se trouvent les personnages, leur esprit faire croire, par ses descriptions, à une meute de
un peu troublé pourrait imaginer que leur surnom de vampires assoifés de sang qui attaque les joueurs…
“vampires” n’est peut-être pas si usurpé que cela dans Seuls les jets d’Ouverture d’esprit peuvent leur faire
ces contrées lointaines et sauvages où, déjà, les retrouver leur bon sens, comme expliqué ci-dessus.
divinités, les esprits, les rituels cannibales et les fleuves
de la mort existent ! Si, si on en a la preuve !! De toute façon, organisez un combat classique,
faites rouler les dés derrière votre écran pour simuler
Alors que les personnages s’apprêtent, avec un les attaques des vampires… bref, faites croire aux
soulagement plutôt inattendu, à regagner le lieu de joueurs que la vie de leurs personnages est vraiment
leur détention, un mouvement persistant, dans les en jeu. Laissez-les toucher, avec leurs éventuelles
frondaisons d’un fourré proche, attire l’attention du armes ou avec des branches, pierres ou autres…
plus attentif d’entre eux (celui ayant, par exemple, la quelques roussettes puis dispersez-les.
meilleure Perception).

Si les personnages décident d’explorer ce Une fois les roussettes chassées, les personnages
bosquet de banians (un arbre local), ils entendent une peuvent s’intéresser à ce qui, au cœur de ce fourré,
sorte de glapissement, et aperçoivent un chien errant avait attiré le chien pelé qu’ils ont fait fuir : c’est un
qui s’enfuit… juste avant d’être pris dans un véritable bras humain !
tourbillon de chauve-souris s’envolant, sans doute
effrayées par l’arrivée des intrus. Ces chauve-souris sont Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas
d’une taille telle que les personnages n’en ont jamais en bon état : il n’est pas en état de décomposition,
vu en Europe : il s’agit de roussettes… mais a été rogné et grignoté au point que l’os,
sympathiquement surnommées « vampires » par les sanguinolent, est maintenant apparent.
premiers explorateurs de l’île.
Un personnage ayant l’estomac solide pourra
De fait, les personnages ont vraiment dû les s’approcher un peu plus et faire les constatations
déranger puisque les roussettes, loin de s’enfuir… suivantes :
attaquent en piqué les personnages ! - il s’agit d’un bras gauche ;
- c’est le bras d’un blanc.
Ces animaux ne sont habituellement guère
offensifs mais là, ils s’accrochent dans les cheveux, les Bref, selon toute vraisemblance, il s’agit
vêtements, battant de leurs grandes ailes le visage de du bras de Valletot !
nos intrépides et même… enfonçant leurs petites dents
pointues dans les chairs tendres des Européens ! Bien Dernier détail troublant qu’un personnage ayant
sûr, même innombrables, les roussettes ont peu de des connaissances en zoologie pourra fournir (ou à
chances de faire grand mal aux personnages mais là, défaut que les personnages pourront obtenir auprès
ils sont proches d’étouffer sous leur nombre et vont d’un tiers au village) : les roussettes «vampires »
devoir se battre pour les chasser. Précisons enfin que honorent habituellement bien mal leur surnom et ne
la « bestiole » mesure en moyenne plus d’un mètre sont que de pacifiques frugivores. La “chasse à
d’envergure ! l’homme” n’est pas vraiment dans leurs habitudes...

- 26 -
ACTE IV : Le coupable du second meurtre est donc
un blanc de Numbo.

DENOUEMENT Il reste à déterminer lequel. Pour cela, les


personnages disposent de trois pistes :

Notes pour le Meneur de Jeu - qui possède une arme blanche capable de
Si vous pensez que vos joueurs ont encore perforer la poitrine du pauvre Valletot ?
besoin d’être déstabilisés, vous pouvez ajouter un
épisode croustillant à cet acte 4. Nous disions donc : - qui a pu se débarrasser du bras de Valletot dans
des déportés de la Commune, des militaires, des la brousse ?
fonctionnaires, des colons libres, des Kanaks
européanisés, des Kanaks rebelles… se partagent déjà - qui pouvait fréquenter suffisamment Valletot
le petit espace de la presqu’île Ducos. pour avoir un contentieux mortel avec lui ?

N’oublions pas d’y ajouter des déportés


kabyles envoyés là après la révolte de 1871 en
Les pistes...
Kabylie, durement réprimée par la France. Ces Kabyles
vivent là, dans le village de Tindu, au Nord de Ducos. Explorons ces trois pistes avec nos personnages :
On les dit fort habiles au maniement de l’arme blanche.
Serait-il possible que… ? • l’arme du crime : nous sommes dans un camp
de prisonniers certes assez ouvert, mais les armes ne
courent pas les rues et, paradoxalement, dans le cadre
Un peu de réflexion... de l’état de siège, il serait plus facile à un déporté
d’avoir un fusil qu’un poignard !
Lorsqu’ils reviennent à Numbo après leur(s)
expédition(s) dans la brousse, les personnages Les personnages peuvent penser qu’un soldat ou
retrouvent le village dans le même état de siège : ils le capitaine Duroy peuvent être coupables mais,
seront d’ailleurs interceptés par une vigie, et auront à toujours à cause de l’état de siège, ils n’ont guère le
nouveau tout intérêt à en sélectionner une parmi les loisir de s’absenter pour se rendre nuitamment dans la
déportés volontaires, pour minimiser les problèmes. case de Valletot ou pour aller se débarrasser de son
Dès qu’ils auront eu le loisir de prendre la température bras.
du village, ils se rendront compte que, voyant que
l’attaque redoutée ne se produit pas, le capitaine Duroy Et puis, pourquoi s’embarrasser de telles
est plus que jamais décidé à partir en expédition contre précautions pour un simple déporté, dont il serait facile
les Kanaks. Il est donc temps d’agir ! de maquiller la mort en tentative de fuite ou de
rébellion ?
Avant cela, les personnages auront besoin de
faire le point. Qu’ont-ils appris, si l’acte 4 s’est En fait, les personnages ont eu l’occasion
correctement déroulé ? d’apercevoir une autre arme blanche que celles des
Kanaks ou de l’armée : le poignard improvisé de
- Oundjo est bien coupable du meurtre de Tellier pour Don Ruy Gomez ! Il serait donc judicieux de se
les raisons supposées ; renseigner sur cette arme au théâtre.

- ni son fantôme, ni les guerriers de Ataï, ni les Kanaks Le théâtre est fermé en dehors des soirs de
de Ducos ne peuvent raisonnablement être tenus représentation et Louis-Paul Morin ne leur apprendra
responsables du meurtre de Valletot ; rien (et pour cause !…) mais tout autre déporté
participant à la troupe pourra apprendre les éléments
- les signes laissés sur le cadavre de Valletot ne sont suivants aux personnages :
pas des signes ou des rituels kanak.
- il s’agit bien d’une véritable baïonnette offerte au
Comme dirait ce bon Sherlock, une fois toutes théâtre, avec quelques autres accessoires, par un
les autres hypothèses écartées, celle qui reste est précédent officier d’infanterie désireux d’encourager
forcément la bonne, n’est-ce pas ? la création de ce théâtre ;

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- cette arme est toujours dans la remise, fermée à clef, représentation de Morin, il leur a fourni une ou deux
du théâtre. Si les personnages se débrouillent pour aller bouteilles pour la nuit… Pour autant, il ne sait rien (ou
vérifier en forçant la porte, ils la trouveront à sa place, ne veut rien savoir !…) de la nature de leurs relations.
mais visiblement nettoyée et brillante comme un sous
neuf ; Elle a été aiguisée et il ne fait aucun doute que Il ne fait guère de doutes que Morin, dans une
sa pointe, bien entretenue, pourrait tuer un homme… dispute alcoolisée, a tué de plusieurs coups de sa
baïonnette son ami Valletot puis, craignant pour sa
- seul Morin possède les clefs du théâtre et de sa remise propre vie, a tenté plus ou moins adroitement de
aux accessoires. maquiller son crime pour qu’il évoque celui de Tellier,
commis la veille. On notera que le crime était prémédité
• le bras de Valletot : compte tenu du dispositif de puisque Morin avait pris soin, avant de se rendre chez
sécurité autour de Numbo, quelqu’un sortant du village son ami, de se munir de l’arme.
avec un bras pour s’en débarrasser dans la brousse
n’est peut-être pas passé complètement inaperçu, n’est- • Morin :Morin lui-même ne dira évidemment rien.
ce pas ? Il paase ses nuits à boire après s’être approvisionner
en tord-boyau chez Belsenq. Il se saoûle
Les personnages pourront sans mal retrouver la méthodiquement “pour oublier”.
vigie la plus proche du lieu où ils ont retrouvé le bras
déchiqueté. C’est un déporté volontaire, Brizemieux, Si l’on va le trouver pendant qu’il est ivre, il sera
un vrai dur de Montmartre qui, d’emblée, refusera de difficile de lui tirer autres choses que de vagues aveux
« cafter » sans savoir de quoi il retourne. noyés dans une quantité impressionnante de
bororygmes. Il n’y a qu’une ferme discussion, avec de
Toutefois, si on lui explique bien qu’il s’agit de solides arguments et surtout lorqu’il est à jeun, qui
laver l’honneur d’un camarade sur des soupçons peut entraîner un véritable dénouement (voir plus loin).
étayés, il finira par céder et avouera avoir vu Morin
aller « se dégourdir les jambes » à proximité. Et peut- • le mobile : Pour avoir confirmation ou pour éclaircir
être bien qu’il avait un paquet d’étoffes sous le bras… le mobile, alors que Morin, une nouvelle fois, refusera
toute collaboration, quoi que disent les personnages
Par contre, il n’a pas vu de soldat, et encore moins (dans une certaine limite : voir annexe 6), il reste
le capitaine Duroy, quitter leur poste. possible de se renseigner sur Morin en consultant le
registre de l’administration pénitentiaire. Tous les
• les fréquentations de Valletot : farouche déportés connaissent évidemment l’existence de ce
communard, Valletot n’avait aucune relation avec les fichier pour le moins “indiscret”...
officiers ou les soldats avant les évènements récents ;
à priori, rien à trouver par ici. En dehors des informations notées à chaque
écrou, le registre peut aussi contenir quelques
Parmi les déportés, le champ d’investigation est renseignements sur les spécificités de chaque
large, car Valletot avait beaucoup d’amis. prisonnier, enregistrés au gré des rappor ts.
Évidemment, pour ce faire, les personnages devront
Toutefois, si les soupçons pèsent déjà sur Morin, se montrer extrêmement convaincants auprès des
il suffira de questionner des déportés sur les relations fonctionnaires du bureau de Numbo qui conservent
entre les deux hommes. ce registre (voir, le cas échéant, l’annexe 5). Cette
lecture pourra renforcer les soupçons ; mais
La plupart des déportés pourront confirmer qu’ils définitivement, aucune preuve formelle ne pourra être
étaient bons amis mais aucun ne pourra assurer qu’ils établie : cela renforcera le dilemme de la décision
s’étaient vus le soir du crime. finale des personnages.

Comme souvent, Balzenq, heureusement, sera Les personnages tiennent sans doute désormais
une précieuse source de renseignements : il sait que leur vérité sur le meurtre de Valletot (voir Valletot et
les deux hommes passaient de longues soirées Morin dans « personnages et autres figurants »). Mais
ensemble, pour la bonne raison qu’ils leur fournissait que vont-ils en faire ? Où est leur intérêt ?
à ces occasions de son fameux alcool de niaouli (c’est-
à-dire, de notoriété générale, un authentique En dehors de la mécanique du jeu, qui veut que
poison !) ; d’ailleurs, le soir du crime, pour fêter à la les joueurs « réussissent » ou non le scénario en
fois la mort du meurtrier de Tellier et le succès de la découvrant la vérité, le groupe devra avoir un vrai

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débat interne qui aboutira à une décision bien pesée Notes pour le Meneur de Jeu
car celle-ci peut transformer totalement le statut des
A nouveau, la résolution de l’acte final ne doit
personnages sur Ducos. Pour plus de simplicité, les
pas donner lieu à une minutieuse enquête. Une fois
conséquences de chaque décision sont récapitulées
revenus plus ou moins sains et saufs de l’acte 4, les
dans le tableau de l’annexe 6.
personnages ne doivent plus être freinés dans la
découverte de la vérité : ne multipliez pas les fausses
Les solutions sont multiples pour dénouer la
pistes ou les obstacles, montrez que, tout à ses
situation. Cependant, il y a fort à parier que les
préparatifs guerriers, le capitaine n’a plus guère le
personnages ne liveront pas directement Morin, ne
temps de s’opposer à leurs investigations… Cet acte 5
serait-ce que parce qu’ils n’ont finalement que de fortes
ne doit donc pas plus être un moment d’enquête que
présomptions et pas de preuves irréfutables.
les précédents : place au cas de conscience final !
Néanmoins, arrangez-vous pour leur faire
comprendre que la situation est trés grave : si
On le voit : la Nouvelle-Calédonie reste à
on laisse Duroy mener sa petite expédition, nul doute
l’époque de Maléfices une terre de grands mystères,
que les tribus Kanak de la Côte, encore fidèles à la
faisant le régal des amateurs d’exploration et de récits
France, se rallieront en masse à la cause rebelle d’Ataï.
de voyage.
Nouméa sera alors totalement à la merci des révoltés,
bain de sang et massacre assuré.
Pourquoi ne pas proposer à vos joueurs,
proposer en début de scénario, la tenue d’un (petit)
Lors des parties de la Convention de
carnet de voyage dans lequel ils pourront noter, au
Provins, deux solutions se sont dégagées :
fur et à mesure de l’aventure, les réactions de leur
personnage aux événements inhabituels qu’ils
• Aller voir Morin lorsqu’il est à jeun et lui faire
viennent de vivre. Cela permettrait d’enrichir sous une
comprendre qu’il est démasqué. Arrogant dans un
forme originale la « fiche indiscrète » de leur alter ego.
premier temps, il finira par comprendre qu’il est perdu
Une motivation supplémentaire ?
et surtout que son geste à une portée terrible pour
l’ensemble des colons de l’île. Des personnages ayant
Et pour finir, une bonne nouvelle si vous avez
un minimum de réflexion pourront alors lui faire rédiger
aimés cette histoire : l’auteur assure ici même qu’il y
une lettre d’aveux et le laisser seul face à ses
aura un jour une suite à cette aventure, avec
responsabilités. Dans la journée, on retrouvera son
les mêmes personnages ! Le fait qu’ils soient
corps en bas d’une falaise... En prenant connaissance
« enrichis » ne pourra donc que renforcer
de la lettre posthume, Duroy renoncera à l’expédition.
l’interprétation des rôles, le moment venu...
• L’autre solution implique de comprendre que Duroy
Patience donc et, en attendant, bonne partie !
ira jusqu’au bout dans sa décision de monter une
expédition punitive si rien n’est fait pour l’en dissuader.
Ceci dit, rappelons-nous qu’il n’est capitaine que depuis
quelques jours et ce parce que le commandant habituel
est parti à la tête d’une colonne d’infanterie de marine.
La troupe n’est en fait pas encore très loin, tout au plus
à quelques kilomètres au nord de la presqu’île. Un
personnage motivé pourra essayer de contacter le
commandant en allant le voir et en lui racontant ce qui
se prépare. Pas idiot, le commandant reviendra et
calmera la situation. Une enquête sera ouverte sur les
deux meurtres et nul doute que Morin finira par être
appréhendé. On peut même imaginer qu’il agira
comme dans la première solution afin de ne pas finir
sur l’échafaud.

Quelle que soit leur décision finale, qu’elle ait


des conséquences fâcheuses sur les Kanaks opprimés
ou sur leurs camarades déportés, gageons que nos
personnages auront dû, au moins une fois, « manger
leurs frères » à la façon kanak !

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