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Histoire générale de l'Afrique

Etudes et documents 4
D a n s cette collection :
1. Le peuplement de l'Egypte ancienne et le déchiffrement de l'écriture méroltique
2. La traite négrière du XVe au XIXe siècle
3. Les contacts historiques entre l'Afrique de l'Est, Madagascar et l'Asie du Sud-Est par les
voies de l'océan Indien
4. L'historiographie de l'Afrique australe
L'historiographie
de l'Afrique australe
Documents de travail et compte rendu
de la réunion d'experts
tenue à Gaborone, Botswana,
du 7 au 11 mars 1977

(Unesco
Publié en 1980
par l'Organisation des Nations Unies
pour l'éducation, la science et la culture
7, place de Fontenoy, 75700 Paris

Imprimeries réunies de Chambéry


I S B N 92-3-201775-X
Édition anglaise: 92-3-101775-6
© Unesco 1980
Préface

E n 1964, la Conférence générale de l'Unesco, dans le cadre des efforts déployés


par l'Organisation pour favoriser la compréhension mutuelle des peuples et
des nations, a autorisé le Directeur général à prendre les mesures nécessaires en
vue de l'élaboration et de la publication d'une Histoire générale de VAfrique.
Des colloques et des rencontres scientifiques, consacrés à des sujets
connexes, ont été organisés au titre des travaux préparatoires. Les c o m m u -
nications présentées et les échanges de vues qui ont eu lieu sur toute une série
de sujets lors de ces réunions constituent les éléments d'une documentation
scientifique de grande valeur à laquelle l'Unesco se propose d'assurer la plus
large diffusion possible en la publiant dans le cadre d'une collection intitulée
« Histoire générale de l'Afrique. Etudes et documents ».
Le présent ouvrage, qui constitue le quatrième volume de cette collection,
contient les communications présentées lors de la Réunion d'experts sur l'his-
toriographie de l'Afrique australe, tenue à Gaborone, Botswana, du 7 au
11 mars 1977, à laquelle ont participé quatorze spécialistes. O n y trouvera
également le compte rendu des débats auxquels elles ont donné lieu.
Les auteurs sont responsables du choix et de la présentation des faits
figurant dans cet ouvrage ainsi que des opinions qui y sont exprimées, lesquelles
ne sont pas nécessairement celles de l'Unesco et n'engagent pas l'Organisation.
Les appellations employées dans cette publication et les données qui y
figurent n'impliquent, de la part de l'Unesco, aucune prise de position quant
au statut juridique des pays, territoires, villes ou zones, ou de leurs autorités,
ni quant au tracé de leurs frontières ou limites.
Table des matières

Introduction 9

Thèmes de discussion 11

Première partie: L'historiographie de l'Afrique australe


Problèmes de l'historiographie de l'Afrique australe,
par L . D . Ngcongco 17
Les traditions historiographiques de l'Afrique australe,
par David Chanacwa 25
Remarques sur l'historiographie récente de l'Angola et du Mozambique,
par René Pélissier 47

Deuxième partie: Recherche et enseignement sur l'histoire de l'Afrique australe


La place de l'histoire de l'Afrique australe dans les programmes scolaires :
une synthèse, par Balam Nyeko 59
La recherche au Botswana, par A . C . Campbell 67
L a promotion des études historiques à l'Université nationale du Lesotho,
par Elleck K . Mashingaidze 69
La recherche historique au Malawi, par J. B . Webster 75
La recherche historique au Swaziland, par N . M . Bhebe 77
L'enseignement et la recherche sur l'Afrique australe au Royaume-Uni,
par S. Marks 79
La recherche historique à l'Université de Zambie,
par B . S. Khrishnamurthy 85

Troisième partie: Réunion d'experts sur l'historiographie de l'Afrique australe


Ouverture de la réunion 89
Résumé des débats 91

Annexes
1. Liste des participants à la réunion 111
2. Bibliographie, établie par S. Marks 112
Introduction

Sur la recommandation du Comité scientifique international pour la rédaction


d'une Histoire générale de VAfrique, l'Unesco a organisé, avec le concours de
l'Université d u Botswana et du Swaziland, une réunion d'experts sur l'histo-
riographie de l'Afrique australe. E n recommandant la tenue de cette réunion,
le comité visait un double but: d'une part, obtenir des informations complé-
mentaires pour la mise au point des chapitres relatifs à cette région et, d'autre
part, encourager une recherche concertée et la publication d'ouvrages sur
l'histoire de l'Afrique australe.
Plusieurs documents de travail, qui sont reproduits dans cet ouvrage,
avaient été préparés en vue de faciliter la discussion. L e premier est d û à
L . D . Ngcongco, professeur à l'Université d u Botswana et d u Swaziland, qui
traite des problèmes de l'historiographie de l'Afrique australe et souligne le
déséquilibre entre la recherche et les études sur l'histoire des groupes africains
autochtones, notamment avant qu'ils ne soient entrés en contact avec les groupes
d'immigrants blancs, d'une part, et, d'autre part, celles consacrées aux acti-
vités des minorités blanches immigrées dominant politiquement cette région.
Le professeur Ngcongco passe en revue la littérature existant sur le sujet,
résume les informations disponibles concernant les cultures de l'âge d u fer
dans la région et en tire des conclusions au sujet des migrations des peuples
de langue bantu d'Afrique australe.
Le D r Chanaiwa, professeur associé d'histoire à l'Université d'Etat de
Californie, Northridge (Etats-Unis d'Amérique), consacre son étude à l'his-
toriographie de l'Afrique australe contemporaine (hormis le M o z a m b i q u e et
l'Angola) et distingue diverses traditions dans cette historiographie: la tradi-
tion impériale, celle des missionnaires, l'africaine, la colonialiste et la tradition
libérale/révisionniste. II présente aussi des propositions pour l'orientation
future de l'historiographie de l'Afrique australe.
Le professeur René Pélissier, de l'Université de Paris, cherche à identifier
les grandes tendances des ouvrages historiques qui ont été consacrés, au cours
du dernier demi-siècle, à l'Angola et au M o z a m b i q u e , et présente des sugges-
tions en vue de l'amélioration de l'historiographie de ces deux pays.
Quant au professeur Balam Nyeko, de l'Université Makerere, il souligne
10 Introduction

la nécessité d'accorder une place importante à l'enseignement de l'histoire de


l'Afrique australe dans les programmes scolaires et universitaires, afin que
l'Afrique retrouve sa dignité dans la période postcoloniale. E n outre, dit-il,
l'histoire contribue à l'édification nationale. L a communication de M . N y e k o
et les informations fournies par divers participants à la réunion en ce qui con-
cerne l'enseignement et la recherche sur l'histoire de l'Afrique australe sont
groupées dans la deuxième partie de l'ouvrage.
Enfin, on trouvera dans la troisième partie le compte rendu des débats
auxquels ont donné lieu les grands thèmes de la réunion, ainsi que les recom-
mandations soumises par les experts au Directeur général de l'Unesco.
Thèmes de discussion

Préalablement à la réunion, l'Unesco avait envoyé aux experts invités les sug-
gestions ci-après concernant les grands thèmes de discussion.

Les mouvements de populations et les structures du pouvoir

L'histoire de la région étant largement dominée par les mouvements de popu-


lations, les experts, après avoir passé en revue les différentes thèses en présence,
pourraient faire le point sur cette question, et notamment établir les phases et
l'ampleur des mouvements migratoires. A cette fin, ils pourraient recourir aux
données linguistiques, car elles contribuent grandement à la connaissance de
l'histoire. U n e attention particulière devrait être accordée à l'étude des ethno-
nymes et des toponymes. E n effet, les traditions orales ont retenu les n o m s de
lieux qui ont marqué les différentes étapes de l'implantation des groupes
ethniques dans la région.
A partir des nombreuses études qui ont été publiées sur la conception,
l'organisation et le développement du pouvoir dans cette région, les experts
pourraient s'efforcer de tirer au clair les structures politiques et l'organisation
économique et sociale qui ont marqué l'évolution des différents Etats de la
région; ils pourraient en particulier étudier la formation des Etats, ainsi que
les systèmes d'échange établis entre ces derniers.

L e fer et l'agriculture dans l'évolution de l'Afrique australe

D e nombreuses recherches ont été menées sur l'apparition du fer et ses réper-
cussions sur les systèmes agraires de la région. Les experts pourraient examiner
les rapports éventuels entre les cultures de l'âge du fer et les civilisations actuelles
et faire le point de la question compte tenu des différentes thèses en présence.
12 Thèmes de discussion

Les interventions étrangères et leurs répercussions


sur l'évolution de la région

Après avoir étudié le peuplement et l'organisation politique, économique et


sociale de la région, les experts pourraient examiner les différentes thèses rela-
tives à la rencontre de l'Afrique australe avec le m o n d e extérieur, depuis les
premiers contacts côtiers jusqu'aux structures contemporaines, en passant par
la résistance à l'occupation et à l'implantation des régimes coloniaux. L'accent
pourrait être mis sur les interventions étrangères et sur les transformations
qu'elles ont provoquées dans l'évolution des structures politiques, écono-
miques, sociales et culturelles de l'Afrique australe.

L a place réservée à l'enseignement de l'histoire de l'Afrique


et en particulier de l'Afrique australe

Etant donné que tous les experts invités viennent d u milieu universitaire, il
devrait leur être aisé de faire le point sur le rôle et la place réservés à l'enseigne-
ment de l'histoire de l'Afrique et en particulier de l'Afrique australe. L'histoire
contribue en effet à la prise de conscience au niveau national et au niveau du
continent. Les experts pourraient illustrer par des exemples concrets la place
de plus en plus importante qui est réservée à l'enseignement de l'histoire natio-
nale et de l'histoire de l'Afrique dans le système éducatif, depuis l'école pri-
maire jusqu'à l'université.

Définitions idéologiques; affrontements des idéologies


et problèmes concrets: indépendances, bantoustans, etc.

Les experts pourraient examiner les thèses et les idées en présence dans la
phase de décolonisation de cette région, en accordant une attention particulière
aux mouvements de libération ; ils pourraient étudier également le rôle joué
par le panafricanisme, l'Organisation de l'unité africaine et les Nations Unies.
L'accent devrait être mis sur les solutions concrètes envisagées dans certains
pays, telles que les indépendances, les bantoustans, etc.

Inventaire critique de la production scientifique


dans les différents pays de l'Afrique australe
et des moyens de l'améliorer

Les experts venant des pays de la région soumettront à l'examen de la réunion


la liste des travaux ainsi que les projets de recherche de leurs institutions dans
Thèmes de discussion 13

le domaine de l'histoire. Dès leur arrivée à Gaborone, ils remettront au secré-


tariat de la réunion les documents qui seront discutés sous cette rubrique.

Etablissement d'un programme de recherche à m o y e n terme

A u vu des projets de recherche présentés par les différentes institutions et


compte tenu des points qui seront soulevés au cours de la réunion et qui
demanderont à être approfondis, les experts pourraient établir u n programme
de recherche à moyen terme et de publications et proposer des moyens de
coordonner les recherches des différents centres, chacun gardant, bien sûr,
son autonomie.
Première partie
L'historiographie
de l'Afrique australe
Problèmes de l'historiographie
de l'Afrique australe

L. D . Ngcongco

Les problèmes de l'historiographie de l'Afrique australe sont essentiellement


liés au climat politique de la région. L a société actuelle de l'Afrique australe
résulte de l'interaction de deux grands courants culturels, à savoir les peuples
africains indigènes et les groupes blancs immigrés. C'est la raison pour laquelle,
pendant des siècles, les recherches historiques ont été menées à partir de
l'hypothèse que le passé des groupes indigènes africains n'était pas digne d'être
étudié parce que leur culture était restée statique. E n conséquence, les histo-
riens ont accordé toute leur attention aux activités des minorités blanches
immigrées en Afrique australe qui dominaient politiquement cette région. D ' o ù
un grave déséquilibre dans le volume des travaux portant sur les deux groupes.
Alors que l'Afrique du Sud a été (pendant u n certain temps du moins)
la région d'Afrique qui suscitait la littérature historique la plus abondante, les
travaux consacrés aux sociétés noires indigènes sont restés rares, en particulier
pour la période qui a précédé leurs contacts avec les groupes de commerçants
ou d'immigrants blancs. Parce que les sociétés noires étaient généralement
considérées c o m m e extérieures, o u au mieux périphériques, par rapport au
principal centre d'intérêt des études historiques sur l'Afrique australe, il s'est
instauré une tradition historiographique extrêmement restrictive qui a été
maintenue avec une telle ténacité, une telle obstination, que m ê m e la tempête
qu'ont provoquée dans le m o n d e occidental les défis lancés par Trevor Roper
n'a pas sufli à tirer les historiens de l'Afrique australe de leur sommeil séculaire.
L a tendance à centrer les travaux sur le passé de la minorité blanche d o m i -
nante a été renforcée par les positions rigides des universités sud-africaines (et
des maisons d'édition sud-africaines en général), qui ne reconnaissent pas la
valeur des sources n o n écrites pour les reconstitutions historiques. L e rejet
délibéré de l'apport de disciplines auxiliaires c o m m e l'archéologie, l'anthro-
pologie physique et sociale, la linguistique, qui est inhérent à ce point de vue
étroitement disciplinaire, n'a pas seulement privé l'historiographie de l'Afrique
australe de toutes les idées et innovations qui ont enrichi les travaux effectués
dans d'autres régions du continent; il a contribué, dans une très large mesure,
à maintenir la partialité des études historiques locales, imposant par conséquent
18 L. D. Ngcongco

aux futures générations d'historiens africains le poids de ce que le professeur


Ranger a très justement appelé « les distorsions résultant de l'autorité tyran-
nique des sources dont ils disposent » (Ranger, 1968).
M ê m e dans le c h a m p très restreint des archives disponibles, nous cons-
tatons une sélection troublante dans l'utilisation des sources.
A quelques exceptions près, les historiens professionnels ont eu tendance
à commencer leurs ouvrages avec les événements relatés dans les sources écrites
hollandaises, qu'elles fussent conservées en Afrique du Sud ou en Europe, ce
qui a eu pour effet de privilégier le x v n e siècle, considéré c o m m e le point de
départ, pour la région, de la période historique. O n sait aujourd'hui que c'était
une grave erreur. Les riches archives portugaises, qui ont tant contribué à
la compréhension de l'histoire de nombreuses sociétés d'Afrique de l'Est
— en particulier le long des côtes — et qui ont également éclairé l'histoire pré-
coloniale des sociétés du Zimbabwe, de l'Angola et du Mozambique, ont été
systématiquement négligées par les historiens sud-africains.
C o m m e l'ont suggéré quelques spécialistes éminents (Wilson et T h o m p -
son, 1969), le refus des historiens professionnels d'utiliser certaines sources
antérieures aux documents hollandais du x v n e siècle pourrait s'expliquer par
la volonté délibérée de soutenir le système socio-politique. Mais m ê m e ceux
qui voulaient vraiment rompre avec les traditions restrictives du passé ont été
incapables de le faire. C'est peut-être parce que les chercheurs sud-africains
qui étudient l'histoire de leur pays sont surtout des Blancs, et que, m ê m e si
l'on n'empêche pas expressément les Noirs de faire des recherches, on ne les
aide pas à s'y livrer en toute liberté.
Dans l'étude de l'histoire sud-africaine, notamment en ce qui concerne
les sociétés africaines traditionnelles, les historiens les plus novateurs ont tra-
vaillé à partir des compilations d'historiens amateurs c o m m e A . Bryant,
G . E . Cory, D . F. Ellenberger et J. C . Macgregor, W . C . Holden, S. M . M o l e m a ,
T . Soga, G . W . Stow, G . M . Theal et A . W o o k e y . Des spécialistes c o m m e
Martin Legassick, Shula Marks, William Lye et Gerrit Harinck — dont les
travaux sont rassemblés dans l'ouvrage intitulé African societies in Southern
Africa — ont remanié et interprété ces livres anciens qui, tout en utilisant des
traditions orales recueillies au xixe siècle, reposent sur un certain nombre
d'hypothèses non scientifiques (Legassick, 1969) et se présentent sous la forme
« d'œuvres quelque peu romancées, qui mêlent les faits et lafictionet auxquelles
fait défaut l'appareil technique des ouvrages d'érudition » (Thompson, 1969).
C o m m e nous l'avons dit, ces compilations ont fait l'objet d'une masse consi-
dérable de travaux critiques et analytiques, principalement dans les départe-
ments d'histoire d'un certain nombre d'universités des Etats-Unis d'Amérique,
du R o y a u m e - U n i , du Canada et d'autres pays étrangers, ainsi que dans quelques
universités du continent africain.
L'analyse rigoureuse de ce corpus de traditions, ainsi que la comparaison
Problèmes de l'historiographie 19
de VAfrique australe

minutieuse avec d'autres sources, publiées ou non, se développent et donnent des


résultats encourageants. Il convient de souligner encore une fois que la plupart
de ces travaux se déroulent en dehors de l'Afrique du Sud. Pour de n o m -
breuses sociétés d'Afrique australe, il n'existe guère d'études scientifiques du
genre de celles qui ont été consacrées par Jan Vansina aux populations de la
région du Congo, par D . P. A b r a h a m aux Shona, par B . A . Ogot aux Luo du
Sud, par I. K i m a m b o aux Pare et par M . S. Kiwanuka aux Baganda. M ê m e
si la contamination des traditions orales par les traditions déjà recueillies pose
un problème grave, il n'en est pas moins désolant de constater que les étudiants
des universités sud-africaines ne préparent ni thèse ni monographie sur ce
sujet. M ê m e dans le cas des études dont la remise à jour est en cours, le pro-
blème de la chronologie de la période à laquelle se rapportent les traditions
orales n'a pas été sérieusement abordé.
Dans d'autres régions d'Afrique, l'apport de l'archéologie a beaucoup
contribué à élargir les horizons de l'histoire africaine, mais en Afrique du Sud
la recherche archéologique est inégalement répartie. E n Zambie et en Rhodésie,
les fouilles archéologiques ont connu un développement remarquable avant
l'indépendance. Parmi les principaux archéologues qui ont travaillé dans cette
région, on peut citer D e s m o n d Clark, R . Summers, Keith Robinson, D . W .
Phillipson, J. C . Vogel, Peter Garlake et T . N . Huffman.
Jusqu'au milieu des années soixante, l'archéologie de l'âge du fer en
Afrique du Sud était très en retard par rapport à celle de la Zambie et de la
Rhodésie. L e développement des fouilles sur les sites de l'âge du fer est dû
surtout à Revill M a s o n , de l'Université d u Witwatersrand, qui a travaillé
dans le Transvaal, et, dans une moindre mesure, à Robin Derricourt, qui a
travaillé sur la côte du Transkei. Si les recherches sur l'âge du fer en Afrique
du Sud sont restées assez limitées, elles ont été fructueuses, car elles se sont
orientées vers l'archéologie économique plutôt que vers l'archéologie cultu-
relle. En d'autres termes, on a p u distinguer dans ce cas ceux qui mettaient
l'accent sur la technique dans leur recherche d'une description objective'de
ceux qui se considéraient c o m m e des spécialistes en sciences sociales, cherchant
à résoudre le problème de m o d e de vie des populations au m o y e n de modèles
fondés sur les données disponibles, m ê m e s'ils reconnaissaient que celles-ci
étaient incomplètes.
N o u s savons que, jusqu'à une période située quelque deux mille ans
avant la nôtre, différents environnements physiques ont donné naissance à de
grandes variantes régionales des cultures de la fin de l'âge de la pierre, c o m m e
celles de Wilton Smithfield et de Nachikufuan. Cette division des cultures de la
fin de l'âge de la pierre entre Wilton Smithfield et Nachikufuan semble corres-
pondre plutôt à des régions écologiques qu'à des différences ethniques ou
linguistiques entre les San et les Khoi tels que nous les définissons aujourd'hui.
C o m m e le fait observer Inskeep, l'archéologie de l'Afrique centrale et australe
20 L. D . Ngcongco

suggère une évolution semblable dans toute la région ; on ne trouve nulle part
d'indices prouvant que les chasseurs-cueilleurs de lafinde l'âge de la pierre
ont découvert indépendamment la métallurgie, la culture des plantes et la domes-
tication des animaux (Inskeep, 1969).
Inskeep fait remarquer ensuite que les premières manifestations histo-
riques et contemporaines de l'âge du fer se situent dans les sociétés de langue
bantu. Les premiers établissements de l'âge du fer semblent empiéter sur ceux
de lafinde l'âge de la pierre et se confondre avec eux. L'expansion vers le
sud au début de l'âge du fer peut être retracée grâce à la datation par le car-
bone 14. Entre le Limpopo et le Zambèze, la plus ancienne date connue se
situe entre les années 20 ± 80 av. J . - C . sur les pentes nord du plateau du Z i m -
babwe (Calder's Cave).
Sur l'escarpement sud-est, Mabveni date de 180 ± 120 de notre ère. A u
sud du Limpopo, le site le plus ancien est celui de Silver Leaves près de Tza-
neen, à la limite nord-est du plateau sud-africain: il est daté de 270 ± 55 de
notre ère. O n a trouvé sur le m ê m e site d'autres poteries datant de 330 et
1100 de notre ère.
Plus au sud, deux sites de l'âge du fer datent approximativement de la
m ê m e période. Sur le bord oriental du plateau, au Swaziland, la date d'un site
connu sous le n o m de Castle Cavern a été fixée à 400 ± 60 de notre ère; et
celle d'un site de Broederstroom, dans le district de Brits au Transvaal (à
l'ouest du Witwatersrand) à 460 ± 50 de notre ère.
La datation des poteries trouvées sur les sites de Silver Leaves indique
que l'âge du fer a c o m m e n c é en Afrique du Sud à la m ê m e époque que dans les
pays au nord du Limpopo, mais que des populations négroïdes s'étaient instal-
lées au sud du Limpopo dès le m e siècle de notre ère. Ces dates et ces trouvailles
permettent aussi de penser que la série de Silver Leaves et les autres sites plus
méridionaux ( c o m m e Castle Cavern) ne sont pas des phénomènes isolés.
A ces découvertes sont venues s'ajouter, principalement grâce à Ehret
et à ses étudiants (de l'Université de Californie, à Los Angeles), des preuves
linguistiques qui semblent confirmer les autres indices de la diffusion de la
culture du début de l'âge du fer dans la région centrale de l'Afrique du Sud.
Erhet et son équipe (utilisant u n corpus modifié de 90 mots spécialement
adapté à partir des 100 mots universels de Morris Swadesh) ont étudié les
corrélations entre deux groupes de langues de la région centrale de l'Afrique
du Sud. U n de ces groupes comprenait les dialectes shona, très différents,
parlés entre le Limpopo et le Zambèze, et l'autre les dialectes sotho, nguni,
tsonga, chopi et venda — ce dernier groupe étant désigné sous le n o m de langues
bantu du Sud-Est. Selon Ehret, les premières populations de langue shona se
seraient développées dans ce qui est actuellement la Rhodésie, tandis que les
proto-Bantu du Sud-Est se seraient implantés plus au sud, probablement dans
le nord du Transvaal.
Problèmes de l'historiographie 21
de l'Afrique australe

Ehret et ses collaborateurs ont trouvé la corrélation la plus forte entre le


venda et le shona (55%), puis entre le tsonga et le shona (41 %), suivi du chopi
(38%), du sotho (37%) et du nguni (35%).
Pour eux, le fait d'avoir mis en évidence que les Shona et les Bantu du
Sud-Est forment des sous-groupes distincts sur le plan linguistique indique
l'existence de deux centres de diffusion de la langue bantu vers des zones plus
vastes de l'Afrique du Sud-Est. Les corrélations entre le shona et diverses
langues du groupe bantu du Sud-Est leur paraissent prouver que le proto-
nguni et le proto-sotho-tswana se sont diffusés rapidement depuis leur région
d'origine où sont parlées les langues sotho, chopi, tsonga, qui restent encore
actuellement confinées à la basse vallée du Limpopo, c'est-à-dire au nord-est
du Transvaal. E n revanche, le nguni et le sotho-tswana se sont largement diffu-
sés sur les deux versants de la chaîne du Drakensberg. Il est intéressant de
comparer la thèse de Ehret et l'hypothèse d'histoire linguistique formulée par
Guthree Greenberg pour expliquer la diffusion des langues bantu dans l'Afrique
subsaharienne.
Si les déductions tirées de la linguistique historique nous amènent à
émettre l'hypothèse d'une période prolongée d'interaction entre les groupes de
langue shona, venda et tsonga dans la région située entre le Zambèze et le
Limpopo (c'est ce que suggère Monica Wilson pour le nguni — voir Wilson
et T h o m p s o n , 1969), nous devons examiner la question du nombre élevé de
mots apparentés c o m m u n s aux groupes linguistiques sotho et nguni, ainsi que
des ressemblances considérables constatées dans des pratiques c o m m e la filia-
tion patrilinéaire, la circoncision et la polygamie.
D ' o ù pourraient provenir les ressemblances fondamentales entre les
langues, les coutumes et les formes d'organisation socio-politique, sinon du
type d'interaction qui se serait maintenu entre les groupes shona, sotho, venda
et tsonga? D ' u n autre côté, on est frappé de voir que tous les autres groupes
possèdent des totems pour indiquer les lignages, alors que les Nguni, en règle
générale, n'en ont pas. D e plus, les clans nguni observent une stricte exogamie
(tout c o m m e les Shona), alors que les intermariages sont non seulement pos-
sibles, mais parfois recommandés parmi les populations sotho-tswana, venda
et tsonga.
Aujourd'hui, presque tous les historiens reconnaissent que les cultures
de l'âge d u fer en Afrique du Sud ont été l'œuvre d'agriculteurs et de pasteurs
de langue bantu qui produisaient leurs aliments tout en continuant à chasser
les animaux sauvages et en exploitant des mines. Ces groupes bantu étaient
également experts en métallurgie. C o m p t e tenu de toutes ces données, il semble
bien que ces h o m m e s , qui ont été les premiers à introduire le fer en Afrique
australe, étaient les ancêtres des sociétés actuelles de langue bantu de cette
région et qu'ils sont venus du nord.
Il ne serait pas inutile à ce stade, d'examiner brièvement l'évolution qui
22 L. D. Ngcongco

s'est produite à la fin de l'âge du fer. U n certain nombre de tendances observées


au début de cet âge se sont maintenues jusqu'à la fin. Mais les établissements
étaient, en général, plus importants. Certains indices montrent que les popu-
lations de la fin de l'âge du fer tiraient de l'agriculture et de l'élevage
une plus grande partie de leurs ressources. N o u s avons la preuve d'une
exploitation étendue des minerais de cuivre et de fer affleurant au sud du L i m -
popo, alors que l'or était principalement travaillé au nord-est et au sud-est
de la Rhodésie. U n exemple célèbre est constitué par la culture de Leopard's
Kopje, en Rhodésie. Cette culture étaitflorissantevers le IXe siècle de notre
ère, et ses sites les plus connus sont ceux de K h a m i , près de Bulawayo,
et de M a p u n g u b w e dans la vallée du Limpopo, juste à la limite du Transvaal.
E n Afrique du Sud, la fin de l'âge du fer est représentée par des sites de
la zone Magaliesburg-Witwatersrand, qui sont caractérisés par de nombreux
établissements entourés de murs de pierre (Mason, 1974). Mais, c o m m e pour
le début de cette période, les données concernant la fin de l'âge du fer sont très
insuffisantes. E n ce qui concerne la zone Magaliesburg-Witwatersrand, M a s o n
et son équipe ont découvert que la continuité culturelle entre le début et la
fin de l'âge du fer les autorisait à parler de ce qu'ils ont appelé l'âge du fer
moyen.
D'après cette classification, l'âge du fer m o y e n se situerait « approxima-
tivement entre l'an 1000 de notre ère et les années 1500 à 1600 » (Mason, 1974).
Cet âge du fer m o y e n est représenté par les villages dégagés dans la région
d'Olifantspoort, à Melville Koppies et à Platberg (près de Klersdorp). L a taille
de ces villages varie entre une dizaine et une vingtaine de huttes, disposées
suivant un plan à peu près circulaire ou elliptique, qui étaient peut-être entou-
rées d'une palissade de bois ou d'épineux. Les huttes elles-mêmes avaient à peu
près deux mètres de diamètre et un sol de torchis ou de terre battue. Les
vestiges trouvés dans ces villages comprennent des poteries diverses, des dents
de bovins, de moutons o u de chèvres, des outils de fer et, en certains endroits,
« des grains de millet carbonisés bien conservés ».
Les cultures qui se situent, selon M a s o n et son équipe, à l'âge d u fer
m o y e n semblent donc bien avoir été le fait des communautés de langue
bantu de l'Afrique du Sud, et presque certainement des peuples sotho-tswana.
L a localisation de ces sites de l'âge du fer m o y e n , les grandes huttes regroupées
en petits villages ou en hameaux, m ê m e si les murs de pierre n'étaient pas encore
très nombreux à cette époque, tout cela paraît confirmer l'impression donnée
par les traditions orales des peuples sotho-tswana, qui affirment que leur pays
d'origine se situait près de Rathateng, au voisinage du confluent des fleuves
M a d i k w e et Crocodile.
Suivant la classification de M a s o n , la fin de l'âge du fer, dans la région
de Magaliesburg-Witwatersrand, à c o m m e n c é vers le début du xviie siècle.
Le plus ancien site de la fin de l'âge du fer date du milieu du xvi8 siècle (1550
Problèmes de l'historiographie 23
de l'Afrique australe

environ). C o m m e on l'a vu, les villages de la fin de l'âge du fer étaient beaucoup
plus étendus que ceux du début ou du milieu de cette période. Sur le site d'Oli-
fantspoort, datant du milieu du xvie siècle, M a s o n et son équipe ont dégagé
au moins quatre-vingt-huit huttes bien conservées, sur un total de cent vingt
dont les vestiges formaient des tertres bien marqués au-dessus du sol (Mason,
1974). L'architecture des villages de la fin de l'âge du fer semble avoir été plus
complexe; en effet, les archéologues travaillant sur la section 20/71 d'OIifant-
spoort ont constaté que les sols des huttes de la fin de l'âge du fer étaient sou-
vent divisés en deux compartiments, séparés par des portes coulissantes. Les
fouilles effectuées sur la section 32/71 du site de Platberg ont montré une nette
correspondance entre la disposition des établissements préhistoriques de l'âge
du fer et celle d'un kgotla bakwena moderne, celui de Bpo-Ntloedibi, à
Molepolole.
D e u x autres cultures de la fin de l'âge du fer avaient été identifiées pré-
cédemment par M a s o n . Il s'agit des cultures de Uitkomst et de Buispoort,
n o m m é e s d'après leurs sites. O n a constaté que les sites uitkomst étaient con-
centrés dans la partie centrale du sud du Transvaal, près des sources de l'Odi
(Crocodile), au voisinage de la ville moderne de Pretoria. Les sites de la culture
de Buispoort, qui sont beaucoup plus denses, ont été trouvés principalement
à proximité des districts de Rustenburg et de Zeerust, c'est-à-dire dans la
région que les traditions des Sotho-Tswana désignent c o m m e leur centre de
dispersion. Les sites uitkomst remontent à une période comprise entre 1060
et 1650. Le premier site buispoort remontait, pensait-on, à 1350 environ, mais,
c o m m e il a été déjà signalé, un travail récent de M a s o n et de son équipe a permis
de dater du v e siècle la section 94/73 du site buispoort de Broederstroom (Mason,
1973).
Après avoir réexaminé les traditions recueillies chez les Sotho-Tswana,
Martin Legassick a établi une correspondance géographique entre la culture
de Buispoort et le groupe de lignages kwena-hurutshe, ainsi qu'entre la culture
de Uitkomst et le groupe de Kgala-Pedi (Legassick, 1969).
La chronologie qui se dégage des recherches incomplètes et fragmentaires
menées sur l'âge du fer au sud du Limpopo semble confirmer celle qui ressort
des traditions orales des peuples sotho-tswana, bien que la chronologie de
l'âge du fer ait fait reculer celle de la zone située au sud du Limpopo jusqu'au
milieu du Ier millénaire de notre ère. Les dates fournies par les généalogies
royales situent aux xive et x v e siècles la fondation de plusieurs Etats sotho-
tswana; on peut supposer que ces indications générales ont trait à l'apparition
des royaumes sotho-tswana, mais il ne faut pas confondre la formation d'Etats
centralisés avec l'établissement initial des peuples sotho-tswana au sud du
Limpopo, probablement bien des siècles auparavant. Et il n'est pas dit non
plus que ce soit là le premier exemple de formation d'Etats.
24 L. D. Ngcongco

Conclusions

Quelles conclusions provisoires pouvons-nous tirer de ce qui précède ? S'il est


encore trop tôt pour se prononcer définitivement sur les migrations des peuples
de langues bantu d'Afrique australe, o n peut cependant affirmer que la date
la plus fréquemment mentionnée et la plus généralement admise pour l'âge
du fer en Afrique d u Sud est le Ier millénaire de notre ère. Il est maintenant
indubitable que les peuples qui ont apporté les cultures de l'âge du fer en Afrique
du Sud étaient pour l'essentiel d'origine négroïde et qu'ils sont venus du nord.
Les traditions de la poterie indiquent des contacts entre les premières socié-
tés de l'âge du fer en Afrique du Sud et celles de la Zambie et du Malawi (Nko-
pe), et m ê m e des sociétés établies aussi loin au nord qu'à Kwale, dans le Kenya.
D e plus, M a s o n a constaté des rapports entre la poterie de Broederstroom et
celle de communautés vivant dans les régions côtières du Natal et du Transkei,
tandis que Derricourt a soutenu que, du point de vue archéologique, les ressem-
blances entre les poteries de la côte du Transkei et celles de N C Z (c'est-à-dire les
poteries pré-zouloues des populations travaillant le fer au Natal) indiquent clai-
rement un déplacement vers le sud des Nguni du Cap (Derricourt, 1974). D'après
ces indices et d'autres dont nous avons parlé plus haut, il semble très probable
que les peuples qui ont formé par la suite les deux groupes distincts des Nguni et
des Sotho-Tswana étaient réunis à une certaine époque (du moins au début de
l'âge du fer en Afrique australe). Il reste à résoudre les problèmes de chronologie.
L'étude des migrations bantu en Afrique australe se heurte toujours à
de nombreuses difficultés. Si les Nguni et les Sotho étaient réunis à une cer-
taine époque, quand et o ù se sont-ils séparés? Quels chemins ont-ils suivis
dans leurs migrations vers le sud? Q u a n d ont-ils franchi le Limpopo? Les
Nguni ont-ils traversé le Limpopo avant ou après les Sotho (étant donné que
l'on pense que les ancêtres des Nguni occupaient le site de Castle Cavern)
vers le V e siècle de notre ère?
D e m ê m e , nous ne savons toujours pas pourquoi les sociétés des débuts
de l'âge d u fer ne semblent pas, pour la plupart, avoir connu l'élevage. D a n s
quelle mesure les données disponibles confirment-elles l'opinion d'Oliver et
Fagan, selon laquelle les Nguni résultent de la fusion d'« un groupe de culti-
vateurs et de pêcheurs, anciennement matrilinéaire... et d'un groupe patri-
linéaire de pasteurs qui détestaient l'idée de manger du poisson»?
U n e autre difficulté tient au fait que la plupart des données archéologiques
obtenues sur des sites de l'âge du fer au sud du Limpopo, c'est-à-dire sur les
hautes terres du Transvaal et dans certaines zones de l'Etat libre d'Orange (à
l'ouest du Drakensberg), se rapportent aux Sotho-Tswana. D'autres recherches
archéologiques restent à faire dans les régions situées entre la chaîne d u Dra-
kensberg et l'océan Indien, ainsi qu'au sud du Mozambique, au Botswana,
au Lesotho, au Swaziland et en Namibie.
Les traditions historiographiques
de l'Afrique australe

David Chanaiwa

Cette étude se propose de fournir une analyse de l'historiographie des Etats


actuels de l'Afrique australe: Afrique d u Sud, Botswana, Lesotho, Swaziland,
Namibie, Zimbabwe, Zambie et M a l a w i l . Le Comité scientifique international
ayant demandé que cette étude se limite à vingt pages, nous avons fait un essai
de classification afin de maîtriser et de délimiter ce qui, autrement, pourrait
apparaître c o m m e très confus o u dispersé2. Sur la base des hypothèses et atti-
tudes fondamentales des auteurs, de leurs thèmes principaux, de leurs méthodes,
de leurs sources, de leur terminologie et du public auquel ils s'adressaient, nous
avons donc distingué, dans l'historiographie de l'Afrique australe, diverses
traditions — impériale, missionnaire, coloniale, africaine et libérale-révision-
niste. Pour éprouver la validité de cette classification, nous nous s o m m e s con-
centrés sur les sujets les plus importants et les plus durables de l'histoire de
l'Afrique australe : par exemple, la civilisation Zimbabwe, la révolution zouloue,
le colonialisme, le grand Trek, le racisme et le nationalisme.
Pour prévenir tout risque de simplification excessive, nous tenons à sou-
ligner que ces traditions ne sont pas nécessairement exclusives et bien déli-
mitées. Certaines d'entre elles recouvrent les m ê m e s sujets; par exemple, les
traditions impériale, missionnaire et colonialiste sont concernées par la révo-
lution zouloue, et les traditions africaine et libérale-révisionniste par le racisme.
Et, dans chaque catégorie, les auteurs présentent des divergences de style, de
terminologie et de tempérament. E n outre, certaines traditions ont changé
avec le temps et les circonstances. Mais il y a, dans chacune d'elles, u n climat
sous-jacent d'opinions, d'hypothèses et de solidarité qui justifie la catégori-
sation et la généralisation. N o u s avons également apporté une profondeur
historique en étudiant les traditions à travers trois périodes de l'historiographie :
1800-1900, 1900-1950, et 1950 à nos jours.

L a tradition impériale

L a principale caractéristique de l'historiographie impériale est son orientation


européenne. William Greswell dans Our South African Empire (1885), Sir
26 David Chanaiwa

Harry Johnston dans British Central Africa (1897), Eric Walker dans A history
of Southern Africa (1928), John S. Galbraith dans Reluctant Empire (1963),
et Ronald Robinson, John Gallagher et Alice D e n n y dans Africa and the
Victorians (1968) ont tous traité l'histoire de l'Afrique australe c o m m e u n
prolongement de l'histoire européenne, et plus particulièrement c o m m e un
aspect de l'Empire britannique depuis 1783. Les historiens de l'Empire ont
essentiellement étudié l'impérialisme britannique en Afrique australe c o m m e
faisant partie de la politique internationale de l'Europe. Selon l'un d'eux,
Arthur Percival Newton, «les destinées de l'Afrique australe se sont forgées
au sein de l'Empire britannique, et leur configuration s'est modifiée sous l'in-
fluence des forces qui ont affecté l'ensemble»3. Pour des raisons d'impérialisme,
la majorité de ces auteurs mettent l'accent sur l'évolution politique en Europe
et les intérêts stratégiques concernant la route maritime du C a p vers les Indes
(par ex., Robinson et Gallagher, 1968).
Ils expliquent la dynamique interne de l'histoire de l'Afrique australe
avant tout du point de vue du colonialisme, du nationalisme et de personnages
éminents tels que Rhodes et Kruger (Walker 1934 et 1953, Millin 1933, Lockart
et Woodhouse 1963, et Marlowe 1972). Ils traitent les missionnaires c o m m e des
agents bien intentionnés de l'Empire et des intérêts britanniques. John A . H o b -
son dans The war in South Africa (1900), John Harris dans The cartered millions:
Rhodesia and the challenge to the British Commonwealth (1920) et Henry
Labouchere dans Truth insistent sur les « conspirations » et les machinations
rapaces de l'oligarchie financière, qui, disent-ils, entraînaient la Grande-
Bretagne dans les guerres coloniales et l'exploitation inhumaine des Africains.
Mais, qu'ils fussent Jingoïstes, Little Englanders ou « négrophiles », les
historiens de l'Empire ont généralement traité les Africains c o m m e des élé-
ments de l'environnement (au m ê m e titre que la terre, la mer, les rivières et
les minéraux) qui ont influé sur le développement de l'Empire britannique.
Après avoir proclamé que le premier objet de sa recherche était les « causes
politiques profondes» de l'unification de l'Afrique du Sud, Newton ajoute:
« Les affaires indigènes ne sont évidemment pas comprises dans cet exposé,
bien qu'elles aient souvent une incidence économique » (Newton 1924, p. xxi).
Greswell s'excuse auprès de ses lecteurs de ne donner qu'un aperçu schéma-
tique des cultures san, khoi khoi et sotho, en expliquant: « Cette référence aux
races cafres m ' a amené à interrompre légèrement la continuité historique de
mes chapitres par un tableau général des aborigènes d'Afrique australe *. »
C e prétendu tableau général n'est en fait qu'une suite d'extraits, livrés tels
quels, de récits de missionnaires, d'explorateurs et de colons.
Les historiens de l'Empire ont justifié l'ingérence et l'intrusion tant impé-
rialistes que coloniales dans les sociétés africaines (zoulou, ndebele, bemba,
ngoni, etc.) en mettant fortement l'accent sur les guerres « tribales », le c o m -
merce des esclaves et la « sauvagerie » (Johnston 1897, Greswell 1885, Newton
Les traditions historiographiques 27
de l'Afrique australe

1924, Millin 1933, Marlowe 1972). Aussi l'expansion britannique est-elle


traitée soit c o m m e une annexion destinée à empêcher qu'une zone déterminée
(par exemple le Natal o u l'Afrique centrale) ne soit prise par u n ennemi euro-
péen potentiel (Portugais, Allemands ou Afrikaners) et utilisée contre les Bri-
tanniques, soit c o m m e une intervention et une « pacification » humanitaires
ayant pour objet d'éviter que les Africains et/ou les Boers n'entrent en guerre
au détriment d'eux-mêmes et des Britanniques. Mais, en tant qu'observateurs
« distants », ils ont aussi idéalisé la « mission civilisatrice de la race britan-
nique » et de la tutelle impériale. Bien qu'ayant c o m m e les missionnaires et les
colons, des idées racistes pseudo-scientifiques sur l'infériorité supposée des
Noirs, ils pensaient que 1'« indigène civilisé » était capable de progresser et de
se perfectionner.

L a tradition des missionnaires

L a tradition des missionnaires fut l'une des formes les plus importantes de
l'historiographie pendant la première et la deuxième période. Historiquement,
les missionnaires et, dans une moindre mesure, les explorateurs furent les
premiers Européens à observer, noter et étudier l'histoire, la culture et les
langues africaines. C'est pourquoi les autres traditions dépendent, pour une
large part, des archives des missionnaires pour ce qui est des sources « pri-
maires ». Il est donc important de comprendre à la fois la nature et les limites
de l'historiographie des missionnaires.
Les missionnaires de la première période étaient des produits d u racisme
pseudo-scientifique et d u chauvinisme culturel de l'Europe 6 . Se qualifiant
eux-mêmes d'avant-garde de la « civilisation chrétienne », ils se représentaient
souvent c o m m e des serviteurs intrépides de Dieu, surmontant toutes sortes
d'obstacles dus au climat et aux « indigènes » grâce à leur supériorité raciale,
spirituelle, morale et technologique •. Le missionnaire était censé tenir un jour-
nal et faire de la propagande en faveur des missions étrangères auprès des dona-
teurs de la métropole. Les lecteurs attendaient les récits des succès retentissants
de l'Evangile dans la lutte contre le « paganisme » sur le « continent noir »
et cherchaient à ressentir les frissons de ce que devait être la vie « au-delà de
la civilisation ». C o m m e l'a souligné Cairns, le missionnaire était « . . . déchiré
entre les exigences de la vérité, les nécessités d u prosélytisme et ses sentiments
defidélitéenvers les martyrs... 7 ». Il avait donc des intérêts dans l'assassinat
historique, culturel et racial des Africains. L e refus o u la caricature de la civi-
lisation africaine conférait à l'entreprise des missionnaires u n but, u n sens et
une signification. C'est pourquoi l'historiographie des missionnaires de cette
période se caractérisait par le journalisme sans scrupules et l'ethnographie à
sensation.
28 David Chanaiwa

Pour Robert Moffat, Mzilikazi était « un sauvage au sommet du pouvoir


et un tyran sanguinaire et impitoyable » 8. A u x yeux du Révérend T h o m a s
M o r g a n T h o m a s , dans Eleven years in Central South Africa (1873), les Ndebele
étaient «des descendants dégénérés de C h a m » ; pour le Révérend D . Fred
Ellenberger, dans son History of the Basuto: ancient and modern (1912), les
San étaient des « sauvages absolument irresponsables » (p. 7) et les Sotho
« gémissaient depuis des siècles sous le joug de la sorcellerie » (p. 248). L'Afri-
cain était dépouillé de son histoire, de sa culture et de son humanité et accusé
de cannibalisme, de polygamie, de superstition et de sorcellerie ; pour le
distinguer c o m m e « noble sauvage », on avait inventé un vocabulaire spécial.
N o n seulement les missionnaires souscrivaient à l'idée d'impérialisme
c o m m e les historiens de l'Empire, mais ils la percevaient en termes théologiques
c o m m e une justification de la prophétie biblique (Mackenzie 1887, Moffat
1842, Carnegie 1894). Ils voyaient Dieu dans l'Histoire ou, plutôt, l'Histoire
c o m m e Dieu. D a n s Missionary labours and scenes in Southern Africa, Moffat
affirme que « . . . l'Evangile d u Christ est le seul instrument qui puisse civiliser
et sauver tous les habitants et toutes les nations de la terre » (p. 11). Le Révé-
rend François Coillard, auteur de On the threshold of Central Africa, prétend
que la British South Africa C o m p a n y ( B S A C ) représente « la force, la civili-
sation et le christianisme ». Puis il ajoute: « D a n s cette grande lutte européenne
pour le contrôle de l'Afrique centrale, l'Angleterre prend des mesures éner-
giques afin de s'assurer la part du lion. Devons-nous la condamner? Faut-il
s'en réjouir ou le déplorer? Qui peut déchiffrer l'avenir? L'important est de se
rappeler que, au milieu des soubresauts des nations, c'est Dieu qui règne *. »
Par déduction théologique, les missionnaires concluaient que les Africains
n'avaient pas d'histoire puisqu'ils n'avaient pas de « concept de Dieu », et,
ainsi, ils sanctifiaient l'impérialisme par la justification divine. L'invasion par
les colons des territoires zoulous, ndebele, xhosa, bemba et ngoni était une
«guerre sainte» contre le «paganisme» (Carnegie 1894, Bryant 1911). L a
destruction et la désorganisation des sociétés africaines étaient annoncées
c o m m e des progrès. « L'époque tumultueuse et aventureuse est révolue, et
l'on assiste chaque année à de grands changements parmi ces peuples primitifs.
La civilisation est en train de modifier l'ensemble de la condition sociale des
indigènes, et l'ancien ordre tribal est en voie de disparition10.» Ainsi, les
missionnaires entouraient l'impérialisme d'une aura d'utopisme et d'univer-
salisme religieux.
Les missionnaires avaient une vue ambivalente du colonialisme. Cer-
tains d'entre eux, c o m m e John Moffat et David Carnegie, préféraient l'expan-
sion coloniale à l'expansion impériale, car ils estimaient que la première était
plus efficace, plus réaliste et donc plus rentable u . Mais, en général, ils accor-
daient plus d'importance à la tutelle humanitaire et à l'administration impé-
riale que la moyenne de leurs concitoyens. Parmi ceux-ci, certains, c o m m e
Les traditions historiographiques 29
de l'Afrique australe

John Philip et John Mackensie, prirent le parti de « lutter » pour les « droits
des indigènes » i a . Leur ambivalence provenait du fait qu'eux aussi, c o m m e les
écrivains impérialistes et colonialistes, croyaient en la supériorité « inhérente »
à la race et à la culture blanches et qu'ils considéraient la colonisation, le
commerce et le christianisme c o m m e des alliés inséparables (Philip 1828,
Livingstone 1866, Mackensie 1887, Howitt 1838). C'étaient des philanthropes
aux idées larges qui cherchaient à adoucir les contacts culturels entre le colo-
nisateur et le colonisé.
Ils étaient préoccupés, en premier lieu, par les mauvais exemples que
donnaient (aux Africains) les éléments irreligieux et matérialistes des popula-
tions d'immigrants. Ils s'opposaient à l'expansion incontrôlée et à la brutalité
des colons ainsi q u ' à l'exploitation des Africains. D a n s Colonization and
Christianity, William Howitt déplorait « le mal monstrueux et universel c o m -
mis par les Européens à rencontre des aborigènes de chacune des régions o ù
ils se sont installés ». D a n s Austral Africa, losing it or ruling it, Mackensie
dénonçait la « . . . politique répressive d'une certaine catégorie de politiciens
coloniaux... la conquête, la spoliation et la dégradation perpétuelle de tous les
gens de couleur » (p. 493). Il proposait une formule pour une colonisation de
l'Afrique centrale contrôlée par la métropole, définissant m ê m e la structure et
la fonction du gouvernement. Hostile à Cecil Rhodes, à la B S A C et aux m o n o -
poles, il souhaitait que le gouvernement britannique organisât la colonisation,
fixât des prix pour la terre (obtenue par la conquête), accordât des prêts à
faible taux d'intérêt, perçût des impôts et finançât la construction de routes,
de chemins de fer et de barrages.
L'historiographie des missionnaires se modifia légèrement au cours de
la deuxième période — 1900-1945 — o u période coloniale proprement dite.
Les missionnaires convertissaient alors les Africains écrasés et soumis, dont les
dieux et les esprits s'étaient révélés impuissants et avaient pu être vaincus et dont
la culture avait été anéantie. Les missionnaires et leurs convertis étaient en
sécurité; quant aux coutumes africaines, considérées c o m m e non chrétiennes,
elles étaient interdites par des décrets coloniaux. E n outre, il y avait de n o m -
breuses industries européennes pour prendre en main les sociétés africaines.
D a n s cette atmosphère détendue, les missionnaires perdirent n o n seulement
certains de leurs traits messianiques et agressifs, mais encore entreprirent,
avec de bonnes intentions, quoique u n peu au hasard, d'étudier le passé
africain.
Leurs motifs étaient d'abord d'ordre utilitaire: il s'agissait d'« éviter
les erreurs les plus dangereuses par pure ignorance de la véritable nature des
rites ou des superstitions (africains) » 1 3 . Certains missionnaires espéraient aussi
atténuer, en les condamnant, les préjugés, le racisme et l'exploitation euro-
péens, notamment après l'unification de l'Afrique du Sud et les victoires crois-
santes de l'apartheid, et après l'instauration d'un gouvernement colonial en
30 David Chanaiwa

Rhodésie d u Sud. Ils espéraient influencer les commissaires de district, les


colons, les autres missionnaires et les Africains instruits. « C e livre s'adresse
à ceux qui peuvent influencer le développement des Africains, aux autorités
qui s'occupent d u problème dit indigène, et aux Africains instruits14...»
D'autres missionnaires voulaient réellement entreprendre une historiographie
du passé africain. « L'importance de cet ouvrage ne sera peut-être pas pleine-
ment perçue à l'heure actuelle; mais sa valeur durable sera mieux appréciée
dans cent ans: les historiens d'origine indigène, qui commenceront alors à
apparaître, nous sauront gré d'avoir consigné ici pour la postérité le tableau
de la civilisation simple de leurs ancêtres16. » Ces premiers africanistes, ban-
touistes o u ethnographes ( c o m m e ils s'appelaient eux-mêmes), se mirent à
« étudier » l'histoire africaine et à observer les caractères physiques, psychiques,
sociaux et moraux des Africains, ce qui donna lieu à une prodigieuse produc-
tion littéraire.
Mais, en dépit de leurs objectifs déclarés, les missionnaires écrivirent
l'histoire africaine conformément aux attitudes, aux curiosités et aux théories
(par exemple, la théorie chamitique) de leur temps. D a n s leur pharisaïsme
d'experts promus par eux-mêmes à ce rang, ils négligèrent les traditions orales
africaines, s'en tenant aux conjectures, aux ouï-dire et aux récits d'autres mis-
sionnaires, d'explorateurs et de colons. Ils continuèrent à traiter l'histoire
africaine c o m m e une « civilisation simple », utilisant la m ê m e terminologie
qu'auparavant (sauvages, barbares, primitifs, etc.). L a religion était supersti-
tion et les royaumes, tribus. E n fait, o n a l'impression qu'ils décrivaient l'his-
toire de l'Afrique pour prouver que les Africains ne possédaient pas de civi-
lisation et qu'ils avaient « besoin » d u christianisme et de l'européanisation.
Ils percevaient rarement des différences entre les Africains, qui n'étaient, à
leurs yeux, qu'une masse de « païens ». Rois, soldats, accoucheuses, artisans
et sorciers africains étaient tous considérés en bloc c o m m e des agents des
ténèbres historiques, issus de la « malédiction de C h a m ».

L a tradition africaine

Comparativement, l'historiographie africaine est celle qui s'est le plus modifiée


de la première à la dernière période. L'historiographie de la première époque
était essentiellement une version africaine de la tradition des missionnaires.
Ses auteurs étaient des intellectuels chrétiens, instruits dans les écoles des
missions et tributaires des presses à imprimer des missionnaires14. 11 s'agissait
d'abord et avant tout de prêtres et d'enseignants psychologiquement coupés
de la culture africaine et, par conséquent, d'eux-mêmes. Ainsi, John Tengo
Jabavu (1859-1921), le célèbre fondateur et rédacteur en chef de Imvo Zabant-
sundu, était u n méthodiste fervent, Tiyo Soga (1829-1871) fut le premier pas-
teur presbytérien ordonné en Grande-Bretagne, et Walter B . Rubusana (1851-
Les traditions historiographiques 31
de l'Afrique australe

1916), premier m e m b r e africain du Conseil provincial du C a p , était un pasteur


congrégationaliste. Ils acceptaient le colonialisme c o m m e u n état de fait,
admiraient l ' h o m m e blanc pour son pouvoir, sa richesse et sa technologie,
et acceptaient l'infériorité culturelle supposée de la race noire17.
Ils souscrivaient à l'universalisme et à l'utopisme des missionnaires, et
voulaient, au sein du système colonial, élever les Africains jusqu'à la « chré-
tienté civilisée » grâce au christianisme, à l'éducation et aux écoles profession-
nelles. Mais, contrairement aux missionnaires, ils étaient également influencés
par la doctrine de l'autodétermination économique noire de Booker T . W a s -
hington et par le panafricanisme de l'Eglise épiscopale méthodiste africaine.
Ils fondèrent des confréries (par exemple l'Ecole professionnelle chrétienne
zouloue et la Business League bantu du Natal de John Langalibalele D u b e ) ,
ainsi que des journaux et des groupes musicaux, copiés sur le « modèle de
Tuskegee ».
Q u a n d ils écrivaient, ils étaient motivés, semble-t-il, par des raisons
intellectuelles ou religieuses, et non par la conscience de l'histoire africaine.
Ils traduisirent des œuvres anglaises d'inspiration religieuse en dialectes afri-
cains. Ainsi, Tiyo Soga traduisit Pilgrim's progress en xhosa (U-Hambo Lom-
Hambi), Rubusana traduisit Steps to Christ de E . G . White, Samuel Edward
Krune Mghayi traduisit Aggrey of Africa (U-Aggrey wase Afrika) de E . W .
Smith. Ils écrivirent des poèmes tirés de thèmes européens, à côté de récits
sur l'histoire et les coutumes africaines et de proverbes (par ex. U-Tywala de
Tiyo Soga). Ils composèrent aussi de la musique (principalement des hymnes),
c o m m e Amaculo ase Lovedale (l'hymne de Lovedale) de John K n o x B o k w e ,
le fameux Nkosi Sikeleli I-Africa (Dieu bénisse l'Afrique) d'Enoch Sontoga,
et le célèbre Ulo Thixo Omkhulu, Ngose Zulwini (Le Seigneur haut dans le ciel)
de Ntsikana. O n assista aussi, pendant cette période, à une prolifération de
journaux africains: Imvo de Jabavu, Leselinvana de la mission du Lesotho,
Indaba de Lovedale, Isigidimi de William Wellington G q o b a , Izwi La Bantu
(La voie du peuple) de Nathaniel Cyril Mhala, etc.
D a n s l'ensemble, ces Africains écrivaient des ouvrages religieux et
didactiques destinés aux Noirs instruits et au m o n d e des Blancs, missionnaires
ou libéraux. Ils composaient des sermons sous la forme de poèmes, de romans
et de musique. A l'instar des missionnaires, ils étaient opposés à la polygamie,
au paganisme, à la superstition et à la sorcellerie, et ils ne voyaient ni Dieu ni
grandeur dans le passé africain. Ils espéraient faire entrer les Africains dans le
m o n d e des Européens, et avaient foi en eux-mêmes, dans le christianisme, les
missionnaires et les Blancs libéraux. N o n seulement ils négligèrent l'histoire
africaine, mais encore ils ne perçurent pas les réalités du colonialisme. Toutefois,
bien que leurs œuvres ne soient pas historiques, elles sont inestimables du
point de vue historiographique dans la mesure où elles révèlent l'histoire sociale
et intellectuelle de l'Afrique australe au xixe siècle.
32 David Chanaiwa

Les intellectuels africains de la deuxième période appartiennent à l'ère


coloniale proprement dite et en sont le reflet. Ils ont connu en tant qu'obser-
vateurs o u participants, les guerres frontalières, la guerre contre les Boers,
la rébellion zouloue (1906), les soulèvements ndebele-shona, la rébellion barwe,
et la première guerre mondiale. Plus important encore, ce sont eux qui ont
supporté le plus lourd fardeau du colonialisme, avec son apartheid, ses lois
discriminatoires, son travail obligatoire et ses humiliations. Ils étaient entourés
de frères africains victimes du « problème noir », qui, selon la description de
Davidson D o n Tengo Jabavu, étaient alors « sans terre, sans droit de vote, des
esclaves, des parias, des exclus sociaux dans leur propre pays, sans aucun
avenir possible » 1 8 . Leur œuvre se caractérise par le fait qu'elle est un témoi-
gnage presque direct sur l'époque, par la conscience raciale qui s'en dégage,
et par « u n sentiment croissant de défiance vis-à-vis de l'autorité de l ' h o m m e
blanc, une perte de foi dans ses protestations de bonnes intentions, et une perte
de confiance dans la vieille protection bienveillante de la constitution bri-
tannique » 1 9 . C e fut l'époque des revendications non violentes des Africains
concernant les droits civiques — illustrée par le South African National
Congress, la Southern Rhodesia Native Welfare Association et le Northern
Rhodesia African Congress — et celle du syndicalisme, du séparatisme et de
l'éthiopianisme.
Les pensées et les actions de ces Africains visaient essentiellement à expo-
ser et à corriger (espéraient-ils) les « restrictions imposées aux indigènes » et,
par conséquent, à produire une historiographie à tendance réformiste. U n des
livres les plus fameux de cette période, Native life in South Africa, before and
since the European war and the Boer rebellion (1916), de Solomon Tshekiso
Plaatje, traite de l'histoire du Land Act et de la ségrégation en Afrique du Sud.
Son objectif était de présenter « le tableau sincère d'une triste situation dans
lequel, malgré toutes ses insuffisances, je m e suis efforcé de décrire les diffi-
cultés des indigènes sud-africains confrontés à une loi très étrange, de façon à
être entendu le plus aisément possible des lecteurs sympathisants » (p. 11).
Davidson D o n Tengo Jabavu écrivit The black problem (1920), Criticism of
the native bills (1935) et Native disabilities in South Africa (1935). Quelques
ouvrages, c o m m e The South-Eastern Bantu (1930) et Ama-osa: life and customs
de John Henderson Soga, Mekhoa le Maele a Basotho (Coutumes et proverbes
des Basuto) d'Azariele Sekese, et Moeti oa Bochabela (Le voyageur de l'Est)
de T h o m a s M o k o p u Mofólo, traitaient des traditions et des coutumes afri-
caines. Les auteurs de cette deuxième période continuèrent à écrire des poèmes,
des romans et de la musique, ainsi qu'à faire paraître des journaux africains,
c o m m e ceux de la première époque. Ils écrivirent aussi des autobiographies
et des biographies (par exemple, U-Shembe de D u b e , John Tengo Jabavu de
Jabavu et Chaka de Mofólo).
D ' u n e façon générale, leur historiographie oscillait entre l'élitisme et
Les traditions historiographiques 33
de l'Afrique australe

l'action de masse, l'espoir et le désespoir, la modération et le militantisme. Ils


se considéraient c o m m e les mieux informés de l'histoire, de la culture et des
intérêts africains. Jabavu dit « . . . il n ' y a qu'un indigène pour connaître u n
indigène ». Il déclara qu'il écrivait son livre pour les futurs chercheurs afri-
cains. « Je dis intentionnellement les chercheurs africains; en effet, quelles que
puissent être la sympathie et la générosité d ' u n Européen, il ne peut entre-
prendre une telle tâche avec la connaissance détaillée et l'enthousiasme que
seul peut posséder u n Africain, lui-même victime de la pénible situation et des
difficultés dont il est question20. » Cependant, ces historiens s'adressaient non
pas aux masses africaines de leur temps, qu'ils considéraient souvent c o m m e
composées de « paysans frustes », mais au public britannique, aux mission-
naires, aux commissaires de district et aux Blancs libéraux. Plaatje plaidait
pour la tutelle impériale « au n o m de cinq millions de loyaux sujets britanniques
qui supportent chaque jour le fardeau de l'homme noir » 2 1 . L'ambition de
Jabavu était de fournir u n « . . . exposé exhaustif et pratique d u problème
indigène par u n indigène... formulant des critiques à la fois négatives et
constructives ».
Ainsi, tandis que les missionnaires écrivaient l'histoire africaine préco-
loniale, les Africains s'intéressaient essentiellement aux lois coloniales, à leur
origine, à leur nature et à leurs effets. Ils ne recherchaient m ê m e pas les causes
du colonialisme en lui-même, de la résistance africaine, d u séparatisme et de
l'éthiopianisme. Leur dépendance à l'égard des presses des missionnaires, leur
orientation réformiste, libérale et chrétienne, et leur idéologie politique de type
élitiste empêchaient que ne se développât chez eux une véritable conscience de
l'histoire africaine22. A l'instar de leurs prédécesseurs de la première période,
des missionnaires et des libéraux blancs, ils continuaient à compter sur le
christianisme, l'éducation, le savoir-faire professionnel et la bonne volonté
humaniste pour le développement africain. Leur importance, cependant, réside
dans la vaste documentation scientifique contemporaine qu'ils réunirent sur
le fonctionnement et les effets internes du colonialisme, laquelle donne u n
aperçu historique inestimable.

L'historiographie coloniale

L a tradition coloniale est le seule qui ait été largement analysée; c'est aussi
la plus solide, celle qui reflète pleinement les réalités et les nécessités régionales
du colonialisme. J'ai m o i - m ê m e étudié l'historiographie coloniale d u Z i m -
b a b w e dans The Zimbabwe controversy: A case of colonialist historiography
(1973). F . A . van Jaarsveld dans The Afrikaner's interpretation of South African
history (1963) et Leonard M . T h o m p s o n dans Afrikaner nationalist historio-
graphy and the policy ofapartheid(1962) ont analysé l'historiographie afrikaner.
34 David Chanaiwa

L'historiographie coloniale est principalement fondée sur plusieurs facteurs


interdépendants qui peuvent être classés c o m m e suit: prédispositions — les
complexes relatifs à l'idéologie, aux attitudes et aux institutions antérieures à
la partition et à la conquête de l'Afrique australe (par exemple le racisme
pseudo-scientifique, la théorie chamitique, le calvinisme et le capitalisme);
facteurs historiques — la migration, la conquête et la soumission de peuples
autochtones étrangers, hostiles et considérablement plus nombreux (par
exemple le grand Trek, la colonne des pionniers, la guerre anglo-zoulou, la
guerre anglo-ndebele, la guerre anglo-boer et la rébellion barwe) ; conjonctures —
les épreuves et les tribulations endurées pour maintenir la suprématie coloniale
étrangère, la cohésion et la souveraineté contre le ressentiment, le nationalisme
africain et la guérilla.
Les prédispositions des historiens de la tradition coloniale étaient sem-
blables à celles des missionnaires et des historiens de l'Empire. Mais le contexte
historique et conjoncturel dans lequel ils se trouvaient les distinguait non seule-
ment des missionnaires, des impérialistes et des Africains, mais aussi des autres
colonisateurs européens d'Afrique, à l'exception de quelques-uns au Kenya
et en Algérie. Tandis que les missionnaires s'intéressaient à l'âme des « bons
sauvages » et que les impérialistes contribuaient à la « puissance de l'Empire »,
les colons volaient les terres, les troupeaux et la force de travail des Africains.
Ils devaient vaincre, déposséder et exploiter ceux-ci.
L'histoire de la première période, caractérisée par les luttes de frontière,
la spéculation, la guerre et les rébellions, fut écrite essentiellement pour justifier
les invasions, les massacres et le pillage. D a n s Downfall of Lobengula, the
cause, history and effect of the Matabele war (1894), W . A . Wills et L . T . Collin-
gridge nous demandent d'accepter « . . . c o m m e une loi le fait que, lorsque des
sauvages entrent en contact avec une civilisation avancée, des motifs de friction
doivent nécessairement apparaître, et que cela se termine toujours par l'assu-
jettissement du peuple inférieur » (p. 11), et que la guerre est une « lutte entre
la civilisation et la barbarie ».
D a n s History of the Zulu war (1880) d'Alexander Wilmot, History of
South Africa (1888) de George McCall Theal, Sunshine and storm in Rhodesia
(1896) de Frederick Courtney Selous, A century of wrong (1900) de F . W . Reitz,
The history of our land in the language of our people (1877) de S. J. du Toit, les
Africains sont invariablement présentés c o m m e « des voleurs de troupeaux »,
des « pillards sans merci », des « tribus indigènes belliqueuses », des traîtres,
des menteurs, etc. Les causes des guerres de frontière étaient toujours les vols,
la perfidie des Africains et le « massacre » par ceux-ci d'« innocentes » femmes
blanches; ou bien il s'agissait de missions de « secours » en faveur d'« alliés »
africains. D a n s History of the Boers in South Africa (1887), Theal dit que
« Tshaka gouvernait son peuple avec une cruauté à peine compréhensible des
Européens » et que « seuls des h o m m e s à la peau noire et aux coutumes bar-
Les traditions historiographiques 35
de l'Afrique australe

bares » pouvaient comprendre (p. 29). Les récits de ces guerres de frontière,
de m ê m e que ceux des pionniers missionnaires, étaient écrits hâtivement et à
chaud après les batailles et les occupations menées par des colons-soldats ou
des spéculateurs convertis en historiens. Aussi reflètent-ils l'inquiétude, l'aliéna-
tion et l'instabilité qui régnaient aux frontières, mais aussi le désir de leurs
auteurs de faire participer les lecteurs métropolitains aux dangers et aux é m o -
tions qui étaient les leurs sur le « continent noir ».
Cependant, l'historiographie en langue anglaise et l'historiographie
afrikaner différaient en ce qui concerne l'impérialisme britannique, les mission-
naires et le nationalisme afrikaner. Les auteurs d'origine anglaise (Wilmot
1880, 1894, Wilmot et Chase 1869, Wills et Collingridge 1894, et Selous 1896),
qui appréciaient la protection diplomatique et l'aide militaire britanniques,
étaient partisans de l'impérialisme mais hostiles aux sentiments humanitaires
d'Exerter Hall et surtout de la Société pour la protection des aborigènes. Ils
étaient favorables aux Anglo-Saxons et souvent hostiles aux Afrikaners. D a n s
l'introduction de Downfall of Lobengula, Selous déclare: « E n conclusion, je
dirai que l'effet politique de la conquête du Matabeleland tendra à assurer la
suprématiefinaledes Anglo-Saxons en Afrique du Sud, car les Etats hollandais
sont maintenant complètement encerclés... » (p. 12). Quant aux auteurs afri-
kaners (Du Toit 1887, Reitz 1900), ils concentraient toute leur attention sur les
« m a u x qu'enduraient les Boers par la faute des Britanniques », des mission-
naires et des Africains. Les principaux sujets de leurs récits étaient les Black
circuits, Slaghter' nek (1815), l'émancipation, le grand Trek, la «guerre de
Dingaan», l'occupation britannique du Natal, la Keate Award, Majuba,
l'expédition Jameson et la guerre anglo-boer. Leur thème central était celui
d'un « peuple élu », aimant Dieu et la paix, qui avait transformé l'Afrique d u
Sud de « désert en terre promise », qui traitait les esclaves, dans la colonie du
C a p , « mieux » qu'ils ne l'étaient « dans certaines autres possessions britan-
niques, c o m m e par exemple les Indes occidentales », et qui était persécuté par
les Britanniques en raison de l'ignorance des secrétaires d'Etat anglais concer-
nant « les affaires locales d'un continent à six mille lieues de leur expérience et
de leur entendement » et de la « conspiration de la tromperie » de la part des
agents locaux de l'Empire et, plus particulièrement, des missionnaires qui
étaient les « défenseurs aveugles de tout ce qui était indigène ». Les colons
anglais, Rhodes et la B S A C étaient généralement traités d'agents de l'impé-
rialisme britannique, et les Africains de traîtres et d'alliés des Britanniques par
l'entremise des missionnaires. Ainsi, l'historiographie afrikaner de cette période
reflète u n mélange de calvinisme, de complexe de la persécution, de mentalité
de pionnier et de racisme.
L'historiographie de la deuxième période, tant d'expression anglaise
qu'afrikaner, était fondée principalement sur les facteurs conjoncturels de
l'époque. Les colons se trouvaient alors confrontés aux problèmes caractéris-
36 David Chanaiwa

tiques de l'auto-identité et de l'autodétermination dans u n environnement


étranger et hostile. Ils avaient besoin non seulement d'historiens, mais encore
d'une tradition historique distincte qui leur soit propre; une tradition qui
serait la base de leur colonialisme particulier et qui donnerait une signification
et u n but aux individus blancs et les inciterait à une participation active. Les
dirigeants politiques allèrent m ê m e jusqu'à n o m m e r des « historiens officiels
lauréats » (par exemple Theal pour la colonie du C a p , Richard Hall, puis H u g h
Marshall Hole pour la Rhodésie du Sud). C o m m e les missionnaires, les histo-
riens coloniaux se mirent, eux aussi, à étudier le passé africain précolonial. Ils
écrivirent sur les migrations bantu, la révolution zouloue, Mfeqane, la civi-
lisation Zimbabwe, les migrations nguni et le trafic des esclaves — qui sont les
principaux sujets de l'histoire africaine d'aujourd'hui.
Mais leur approche de l'histoire africaine était négative. Leurs objectifs
étaient: a) d'écrire une histoire de l'Afrique australe blanche c o m m e neige;
b) de dépouiller les Africains de leur histoire, de leur patrimoine culturel et de
leur humanité; c) de mettre l'accent sur la lutte raciale c o m m e thème central
de l'histoire de l'Afrique australe.
U n cas typique, à cet égard, est l'historiographie coloniale de la civili-
sation Zimbabwe M . L e spectre des « ruines Zimbabwe » et le fait que le peuple
shona, qu'ils avaient prétendu coloniser pour toujours, affirmait être l'artisan
de cette civilisation ont constamment hanté les colons les plus endurcis de la
Rhodésie. E n conséquence, leurs « historiens lauréats » se sont démenés pour
prouver les origines étrangères de ces «ruines» (Hall 1905, 1909, Paver 1957,
et Bruwer 1965). Selon Hall, la civilisation Zimbabwe était « l'importation de
la culture asiatique dans sa forme la plus parfaite à la suite de l'installation en
Rhodésie des Arabes, des Perses et des Indiens qui, aux temps préhistoriques,
étaient venus y exploiter les gisements aurifères » M. Bruwer affirme que « . . . ce
furent les Phéniciens, les plus remarquables commerçants, mineurs, marins,
bâtisseurs, inventeurs, fabricants et colonisateurs de leur temps, qui firent cet
effort extraordinaire qui bouleversa la Rhodésie quelques siècles avant et
quelques siècles après le début de l'ère chrétienne » 2 5 .
Les Sémites sont censés s'être installés en Rhodésie et avoir creusé des
mines et construit des édifices en pierre entre 2000 et 900 avant J.-C. Ils auraient
dominé l'histoire de la « Rhodésie » à cette époque. Vers 900 après J . - C , nous
dit-on, les Bantu seraient arrivés et auraient provoqué l'extinction tragique
de la race sémitique et l'inévitable « cafirisation » de la civilisation Zimbabwe.
Les Sémites auraient été soit « exterminés par les Cafres », soit absorbés dans
la race négroïde par mariages mixtes, soit encore anéantis par des maladies
tropicales endémiques. Finalement, ils auraient perdu à la fois leur identité
physique et leur culture supérieure. « L a culture Zimbabwe partagea le destin
inévitable de toutes les civilisations importées sur le continent africain, que ce
fût à Carthage o u en Egypte. Aussi longtemps que la relation avec la puissance
Les traditions historiographiques 37
de V'Afrique australe

étrangère se maintenait, elles se maintenaient elles aussi, mais dès que cette
relation était compromise, elles étaient inévitablement condamnées à être sub-
mergées et à tomber dans l'oubli2S. » L a période supposée de domination bantu,
que Hall situe entre 900 et 1650 après J.-C., devint la « période bâtarde ».
Ainsi, les historiens tant britanniques qu'afrikaners transformèrent le
racisme pseudo-scientifique et le chauvinisme culturel de l'Europe du xixe siècle
en une idéologie coloniale qui, à son tour, justifiait et consolidait le colonia-
lisme lui-même. Ils traitèrent le processus historique c o m m e une simple lutte
raciale entre des êtres supérieurs blancs et des « indigènes », entre des bons et
des méchants, et entre la vie et la mort (Bell 1909, Evans 1916, Leyds 1906,
Preller 1930, 1937, et Cronje 1945, 1946, 1947). Archibald R . Colquhoun, qui
fut le premier administrateur de la B S A C au Mashonaland, déclara dans The
Africander land que, « eu égard au caractère racial de la nation, dénier cette
loi de la solidarité (anglo-afrikaner) équivaut à fermer les yeux sur tout le cours
de l'histoire... » (p. 7). Il était « absolument opposé à l'idée de mélange des
races ». Avec ses collègues historiens britanniques, il prônait la théorie dite
« de l'ardoise nette », c'est-à-dire la réconciliation entre les Britanniques et
les Afrikaners pour l'instauration d'un « patriotisme sud-africain unique et
sans réserve » 2 7 . A leurs yeux, le problème noir était « la première, la plus grande
et la plus pressante de toutes les questions difficiles qui se posent » 2 8 . C o m m e
les Afrikaners, ils condamnaient alors les « agents impitoyables et sans scrupules
de l'impérialisme (britannique) », tels Chamberlain et Milner ( M c C o r d , p . 13),
l'éducation dispensée par les missionnaires et l'urbanisation des Africains.
Les historiens afrikaners, cependant, ne répondirent que partiellement à
la « théorie de l'ardoise nette » des historiens anglais. Ils voulaient, d'abord,
corriger l'historiographie anglaise de l'époque précédente qui les avait « mal
représentés », en récrivant l'histoire de l'Afrique sud-africaine du point de vue
afrikaner (Leys, Cronje, Preller, etc.). Ils reprirent à leur manière les thèmes
créés par leurs prédécesseurs et publièrent de nouvelles bibliographies et de
nouvelles notes. L'impérialisme britannique était toujours traité c o m m e « une
s o m m e d'erreurs stupéfiantes », et l'accent était mis sur ses « méthodes bar-
bares », sa perfidie, et sur les missionnaires, qualifiés de négrophiles gênants.
Mais leur cible principale était les Africains. C o m m e celle des historiens
britanniques, leur historiographie était fondée sur la conscience raciale, à
laquelle s'ajoutait une attitude paternaliste vis-à-vis des Britanniques. Us
s'efforcèrent n o n seulement de dépouiller les Africains de leur histoire, mais
encore de prouver que les Afrikaners étaient les premiers habitants de l'Afrique
du Sud. « Les Cafres étaient des envahisseurs venus d u nord, et ils ne se mani-
festèrent qu'après que la colonie du C a p eut été occupée depuis plus d ' u n
siècle2»»; cette assertion devint le mythe central de leur historiographie, et
elle s'est maintenue jusqu'à ce jour 30 . L'infléchissement actuel est la nouvelle
insistance sur le « tribalisme bantu », par opposition à la solidarité des Blancs.
38 David Chanaiwa

Les Afrikaners, les Britanniques, les Juifs, les Allemands, et m ê m e les Japonais
sont considérés c o m m e formant une seule communauté ethnique nationale
blanche, tandis que les Africains sont subdivisés en Zoulous, Xhosa, Sotho,
Tswana, Tonga et Pedi. C'est ainsi que Rhoodie, un élève de Cronje, déclare
dans Apartheid and racial partnership in Southern Africa (1969): « D e ce qui
vient d'être dit, on peut clairement déduire que le groupe blanc est, du point
de vue numérique, la plus grande communauté ethnonationale d'Afrique du
Sud, contrairement à la croyance courante selon laquelle les Blancs constituent
une minorité31. » Pour Rhoodie, c o m m e pour ses prédécesseurs, l'histoire est
encore une « lutte raciale » (p. 7).
Dans la troisième période, l'historiographie colonialiste anglaise de
l'Afrique du Sud a été éclipsée par celle des Afrikaners. Mais l'historiographie
rhodésienne s'est maintenue jusqu'à aujourd'hui. L'historiographie de Bruwer
dans Zimbabwe, de A . J. Peck dans Rhodesia condemns (1968), de D e s m o n d
Lardner-Burke dans Rhodesia: the story of crisis (1966) et de Lewis H . G a n n
dans A history of Southern Rhodesia (1965) est sensiblement la m ê m e que celle
de Hole dans The making of Rhodesia (1926) et de Hall dans Pre-historic Rho-
desia (1909). L a seule différence tangible réside dans la plus grande subtilité
des méthodes de sélection, d'omission et de présentation, et le souci du détail
de G a n n et aussi, quoique dans une moindre mesure, de Hole, par opposition
aux méthodes plus grossières d'invention, d'argumentation et de documentation
de Hall, Peck, Bruwer et Lardner-Burke.

L a tradition libérale-révisionniste

Les racines de l'historiographie révisionniste actuelle remontent à la culture


européenne humanitaire de lafindu xixe siècle, et notamment à la « tradition
libérale du C a p » illustrée par l'octroi du droit de vote dans la province, l'Insti-
tut sud-africain des relations raciales (South African Institute of Race Rela-
tions), le South African National Congress, le Parti libéral (Liberal Party)
d'Afrique du Sud, le Parti fédéral uni (United Federal Party) de Rhodésie et
du Nyassaland, et par John X . Merriman, Jan Hofmeyr, Garfield Todd, et
Albert Luthuli32. Sa force de base a toujours été un libéralisme sud-africain
professé par des Africains, des métis, des Asiatiques et des Blancs qui ont
cherché à réduire la discrimination raciale et à octroyer des droits égaux à
« tous les h o m m e s civilisés » dans le cadre du système parlementaire colonial
existant. C o m m e l'a écrit Alfred Hoernle dans South African native policy and
the liberal spirit (1939), c'était un libéralisme qui, sans aller jusqu'au « rêve
utopique » de la « grande société universelle, dotée d'une religion mondiale,
d'une culture mondiale et peut-être d'une langue mondiale, prônée par les
missionnaires et les ' indigénistes ' philanthropes », imaginait « une autre
Les traditions historiographiques 39
de l'Afrique australe

manière de concevoir l'idéal d'universalité » dans u n m o n d e sud-africain


«multiracial» (p. xii).
Les libéraux blancs étaient d'abord et avant tout des « Européens » et
des colonisateurs. D e m ê m e que les historiens impérialistes, colonialistes et
missionnaires, ils étudièrent l'histoire d'un point de vue « eurocentrique »,
c o m m e des gens « possédant le pouvoir politique, jouissant d'une situation
sociale privilégiée et bénéficiant de la supériorité économique et culturelle dans
un pays dont la majorité des habitants étaient des non-Européens qu'ils étaient
parvenus à dominer par la conquête » (Hoernle, p p . xii et xiii). C o m m e le
souligne Hoernle, les libéraux étaient partisans de la suprématie blanche parce
qu'ils étaient convaincus qu'« aucun progrès ne pouvait avoir lieu en Afrique
du Sud si ce n'était avec le consentement du groupe blanc dominant » (p. 167),
et que l'assimilation culturelle et le suffrage des adultes entraîneraient le « rem-
placement » d'« une culture supérieure » par « une culture plus primitive »
(p. 165).
Leur historiographie est caractérisée principalement par la critique socio-
politique, fondée sur la conviction, exprimée dans Liberalism in South Africa
de Leo Marquand, que « les esprits des h o m m e s et des femmes sont les garants
de la liberté civile » (p. 52). Pendant la première période, l'historiographie
libérale, c o m m e celle des abolitionnistes et des missionnaires philanthropes,
fut préoccupée par le matérialisme, l'instinct de destruction et la brutalité d u
colonialisme et par les appels à la tutelle impériale. Ainsi, dans History of the
Zulu war and its origin (1880), Frances E . Colenso dénonce la guerre: « Les
collisions entre l'Angleterre et les peuples barbares vivant aux frontières de
ses colonies ont très probablement été provoquées d'une façon générale par
les exigences d u m o m e n t , par des troubles frontaliers et des actes de violence
et d'insolence de la part des sauvages, et par la nécessité absolue de protéger
des assauts de ceux-ci une petite population blanche terrorisée. » (P. 1.) C e ne
furent pas des causes semblables, dit cet auteur, qui amenèrent la guerre avec
les Zoulous (p. 1). D'après elle (et les révisionnistes qui l'ont suivie), Sir Bartle
Frère « provoqua la guerre parce que l'assujettissement des Zoulous et l'anne-
xion de leur pays faisaient partie d'une politique qui occupait l'esprit de
certains h o m m e s d'Etat britanniques depuis de nombreuses années » (p. 7).
La « panique » au Natal, dit-elle, fut « imposée » aux colons par « un certain
groupe de colons » qui voulait des richesses, des terres et de la main-d'œuvre,
et par des « jeunes gens » qui étaient « tout simplement fascinés par la perspec-
tive des honneurs militaires et excités par les slogans populaires prônant le
combat pour la patrie et le devoir d u soldat » (p. 6). Elle dénonça l'épisode
de Langalibelele ainsi que l'invasion du territoire des M a n g w e qui avaient été
« attaqués, tués et faits prisonniers », puis dépouillés de leurs biens « sans
l'ombre d'une raison justifiant u n tel traitement » (p. 63). Olive Shreiner, qui
« ne s'entretint jamais avec Rhodes sans se quereller avec lui » et qui s'intéressait
40 David Chanaiwa

aux Africains autant qu'aux bêtes sauvages et à la faune, condamna « la civi-


lisation du matérialisme », les destructions et la brutalité de Rhodes et de la
B S A C dans Trooper Peter Halket of Mashonoland (1897) M.
Pendant la deuxième période, l'historiographie libérale fut très proche
de l'historiographie africaine. The black problem de Jabavu ressemble à South
African native policy de Hoernle ou à The anatomy of African misery (1927) de
Lord Olivier. C o m m e celle des Africains, l'historiographie libérale se caractérisa
par u n état d'esprit donnant la primauté à l'immédiat et par l'accent mis sur
les lois et l'administration coloniales ainsi que sur 1'« impact de la domination
blanche sur la population non européenne ». Les libéraux, c o m m e les Africains,
étaient particulièrement affligés de 1'«essor inquiétant» de l'apartheid en
Afrique du Sud.
Ils étudièrent les lois, les règlements, les rapports et les livres pour
prouver des faits, des motifs et des théories leur permettant d'exposer et d'ex-
pliquer le problème noir (par exemple E . H . Brookes, The history of native
policy in South Africa until 1924 [1927], C . W . de Kiewiet, A history of South
Africa [1941], et W . M . Macmillan, Bantu, Boer and Briton [1963]). Selon
Olivier, le racisme blanc est fondé sur de « mauvais principes de théorie escla-
vagiste et d'exploitation capitaliste » émanant de cinq « complexes de peur »
concernant la concurrence dans le travail, la discrimination inversée, le métis-
sage, l'africanisation et le pouvoir politique (p. 208-226). D a n s Race attitudes
in South Africa, M c C r o n e décrit les facteurs historiques et psychologiques, et
dans Black man's burden, John Burger examine les forces capitalistes-impéria-
listes en action. Certains, c o m m e Monica Wilson dans Reaction to conquest
(1936), Isaac Schapera dans Western civilisation and natives of South Africa
(1937) et Ray E . Phillips dans The Bantu in the city (1937), s'attachent parti-
culièrement aux effets. D'autres, c o m m e David Randall Maclver dans Medieval
Rhodesia (1906), et Gertrude Caton-Thompson dans The Zimbabwe culture:
ruins and reactions (1931), relatent les tentatives faites par les colons pour
dépouiller les Africains de leur histoire; mais, c o m m e il est écrit dans The Zim-
babwe controversy (p. 123), ils remplacèrent essentiellement le mythe sémitique
par le mythe chamitique3*.
E n tant que groupe, les libéraux adoptèrent des approches interdisci-
plinaires centrées sur un problème particulier pour replacer dans leur contexte
historique et analyser les questions, controverses et conventions contempo-
raines. Etant donné leur orientation culturelle axée sur l'Europe, ils n'étaient
pas intéressés par la « culture indigène pré-européenne » en elle-même, ni par
les traditions ou les points de vue africains. Ils appliquaient les théories des
sciences sociales européennes pour expliquer un processus historique fondamen-
talement africain, tandis que l'Africain était relégué au rôle d'« indigène » et
d'objet du « processus civilisateur » européen. Ainsi, le contact culturel devint
un processus d'« occidentalisation » à sens unique dans lequel l'Africain était
Les traditions historiographiques 41
de VAfrique australe

civilisé o u tribal, instruit o u fruste, urbain o u rural, chrétien o u païen, sans


qu'il y eût échange et encore moins africanisation (Wilson 1936, Schapera
1937, Phillips 1937). Les réponses africaines au colonialisme, si elles n'avaient
pas de précédents connus dans la culture européenne et pas de théorie pour
les expliquer (par exemple Péthiopianisme), étaient souvent considérées c o m m e
aberrantes, primitives, utopiques et/ou irrationnelles.

L e révisionnisme actuel: résumé et conclusion

L e groupe constitué par les révisionnistes est u n conglomérat de Noirs, d'Asia-


tiques, de métis et de Blancs, de Sud-Africains et d'étrangers, de capitalistes,
de marxistes et de socialistes, et d'érudits vivant dans le pays o u en exil. L a
plupart d'entre eux sont de jeunes universitaires et des historiens profession-
nels, spécialisés dans les études africaines35. Les révisionnistes s'attachent
maintenant à une historiographie integrationniste qui voit dans l'histoire de
l'Afrique australe le résultat d'une interaction entre Noirs, Blancs, métis et
Asiatiques d'origines, de langues, de technologies, d'idéologies et de systèmes
sociaux différents. Ils tentent de contrer le chauvinisme culturel pseudo-scien-
tifique de leurs prédécesseurs, l'exclusivisme raciste des historiens colonia-
listes, ainsi que les préoccupations d'actualité et 1'« émotivité » des nationa-
listes 38 . Ils ont apporté d'heureuses modifications à la terminologie colo-
nialiste, remplaçant « indigènes » par Africains, Noirs o u non-Européens,
« tribus » par groupes o u sociétés, et « païens », « sauvages », « primitifs » par
traditionalistes o u paysans.
Le révisionnisme, cependant, n'est pas seulement u n phénomène nou-
veau; il reflète aussi les réalités raciales et coloniales de l'Afrique australe. A
l'heure actuelle, la grande majorité des révisionnistes sont blancs. Les révi-
sionnistes les plus anciens (par exemple Monica Wilson, L e o M a r q u a n d ,
J. S . Marias, Terence Ranger, Leonard T h o m p s o n , et L e o et Hilda Kuper)
sont ce que Philip Curtin a appelé des « recyclés » 37 : des chercheurs spécialisés
à l'origine dans les études européennes et qui se sont convertis dans les études
africaines après la deuxième guerre mondiale. Ces recyclés méritent le respect
pour avoir réalisé u n travail de pionniers et formé la jeune génération
révisionniste.
Toutefois, étant donné leur éducation et leur formation coloniales, ils
ont essentiellement perpétué 1'« autodiscipline intellectuelle et émotionnelle »
de la tradition libérale d u C a p 3 8 . Leurs préfaces et leurs introductions pré-
tendent souvent à la vérité, à l'exactitude, à la méthodologie scientifique, à
l'objectivité (au désintéressement froid), et à la perspective historique. Cer-
tains évitent les thèmes c o m m e le nationalisme africain, le panafricanisme et
les mouvements de libération sous prétexte que ces questions sont trop actuelles
et, par conséquent, trop sujettes à controverse: et ils déconseillent à u n révi-
42 David Chanaiwa

sionniste zoulou, shona ou b e m b a d'écrire sur son groupe parce qu'il m a n q u e -


rait d'« objectivité ». D'autres mettent l'accent sur la formation et l'expérience
scientifiques au point d'exclure les intellectuels noirs de leurs colloques et de
refuser qu'ils contribuent à leurs publications, sous le prétexte paternaliste
que les Noirs ne sont pas « assez qualifiés ».
Sans aucun doute, l'historien se doit de maintenir l'intégrité des normes
scientifiques, d'empêcher que l'histoire ne se transforme en plaidoyer et d'aspi-
rer au progrès de la connaissance, au-delà des exigences colonialistes ou natio-
nalistes d u m o m e n t . Mais l'excès d'intellectualisme porte toujours en lui le
risque de condescendance, d'aliénation et d'inadéquation. Il y a aussi le danger
que ces révisionnistes blancs chevronnés jouent, dans leurs rapports avec les
intellectuels africains « indigènes », le rôle colonialiste de « commissaires de
district intellectuels ». E n outre, ils risquent de perpétuer (intentionnellement
ou non) la prétendue « identité d'intérêts » entre les Blancs libéraux et les élites
africaines, qui se révéla illusoire pendant la première et la deuxième période,
et d'étouffer ainsi la nouvelle conscience historique africaine.
Mais, surtout, les révisionnistes devraient être sensibles au fait que ces
archives, journaux, rapports et monographies qui servent de base à l'étude
« scientifique » sont eux-mêmes faussés par les diverses traditions historio-
graphiques que nous avons évoquées, particulièrement en Afrique australe o ù
les préjugés des colonisateurs et les exigences des administrations coloniales
ont été des facteurs déterminants lorsqu'il s'agissait de décider ce qui devait
être relaté et sous quelle forme. Aussi notre travail d'historien et notre raison
d'être ne devraient-ils pas procéder d'un appui exclusif sur les archives du passé
et d'une froide « objectivité », mais de notre intérêt profond pour l'histoire,
le peuple et la région au sujet desquels nous écrivons. Notre aptitude à juger
avec honnêteté, équité et modération devrait être fondée autant sur notre
intégrité que sur notre formation et notre expérience intellectuelles, car elle
exige que nous fassions preuve d'humilité et que nous surmontions nos craintes
et nos préjugés qui découlent plus de nos antécédents culturels que de nos anté-
cédents universitaires.
E n conclusion, le processus historique et l'historiographie de l'Afrique
australe coloniale ont été fondés l'un et l'autre, d'une part, sur la suprématie
blanche, et, d'autre part, sur l'opposition africaine libérale à cette suprématie,
ce qui a donné lieu à des traditions divergentes et à un m a n q u e de c o m m u n i -
cation entre les intellectuels. Le révisionnisme actuel semble être u n bon départ
pour une historiographie plus saine. Cependant son succès dépend de l'intérêt
et de l'engagement des intellectuels. Les propositions suivantes pour l'orienta-
tion future de l'historiographie de l'Afrique australe ne sont que des suggestions.

Il convient de corriger l'historiographie pseudo-scientifique et exclusive des


colonialistes, ainsi que de réviser le « bantuisme » des missionnaires.
Les traditions historiographiques 43
de l'Afrique australe

Il faut éviter toute historiographie qui serait axée exclusivement sur l'Europe
o u sur l'Afrique et admettre que l'histoire est l'interaction, dans le temps,
de peuples d'origines diverses et que sa base est beaucoup plus diversi-
fiée que sa superstructure eurocentrique. Mozambique, d'Allen Isaacman,
est certainement u n b o n début. A cet égard, il nous faut faire preuve
d'esprit critique vis-à-vis de nos jugements personnels, étant donné la
corrélation existant entre l'expérience historique et culturelle de l'his-
torien et son historiographie.
Ainsi, nous devrions nous attacher à la pensée intellectuelle révisionniste la
plus récente, à sa méthodologie et à sa terminologie, nous faire part les
uns aux autres de nos découvertes et les exposer aux enseignants, aux
étudiants et aux profanes.
Il convient d'organiser davantage de colloques c o m m e la présente réunion
d'experts sur l'historiographie de l'Afrique australe, et davantage
d'échanges interpersonnels et interuniversités entre Noirs, métis, Asia-
tiques et Blancs ainsi qu'entre spécialistes de tout niveau, vivant dans le
pays o u en exil.
N o u s devrions élargir notre horizon, ne pas le limiter aux événements majeurs
et aux personnages pittoresques, mais l'étendre aux aspects culturels,
diplomatiques, juridiques, littéraires, musicaux, religieux et artistiques
de l'histoire de l'Afrique australe, ainsi qu'à la contribution historique
non seulement des Blancs et des Noirs, mais aussi des métis et des
Asiatiques 39 .
Il convient de collecter de nombreuses données orales sur les événements
passés et contemporains auprès de sociétés diverses, grandes et petites,
avant que les traditions ne s'éteignent définitivement. Parallèlement, il
faudrait éviter les pièges de la spécialisation excessive o u d u provin-
cialisme (Afrique d u Sud, Botswana, M a l a w i , etc.), qui portent préju-
dice à la cohérence et à la spécificité de l'Afrique australe. Les épisodes
principaux de son histoire, tels que la civilisation Zimbabwe, Mfecane,
le grand Trek, le travail obligatoire et le nationalisme africain, se situent
au niveau régional plus que provincial. E n bref, il nous faut une historio-
graphie qui soit intégrée, fondée sur les faits, analytique et scientifique
aussi bien qu'humaniste et pertinente.

Notes

1. Si je n'ai pas abordé les traditions du Mozambique et le l'Angola, c'est seulement en


raison de m a connaissance insuffisante du portugais; j'espère que ces traditions
seront amplement traitées au cours de la prochaine réunion internationale sur
l'historiographie de l'Afrique australe. Pour avoir des renseignements bibliogra-
phiques sur l'Angola et le Mozambique, consulter Gerald J. Bender, Portugal in
44 David Chanaiwa

Africa (Los Angeles, 1972); Instituto de Angola, Boletim bibliográfico; Margaret


J. Greenwood, Angola: a bibliography (Le cap, 1967); Mario Augusto da Costa,
Bibliografía gerat de Mozambique (Lisbonne, 1946).
2. Il s'agit ici, à m a connaissance, de la première tentative visant à traiter l'historiographie
de l'Afrique australe sur une base régionale. Il existe des études sur les traditions
coloniale et révisionniste de l'Afrique du Sud. Voir, par exemple, Leonard
M . Thompson, « Afrikaner nationalist historiography », Journal of African history
(JAH), III, 1 (1962), p. 125-141 ; F . A . van Jaarsveld, The Afrikaner's interpretation
of South African history (Le Cap, 1964); Shula Marks, «African and Afrikaner
history », J A H , XI, 3 (1970), p. 435-447 ; Martin Legassick « The dynamics of moder-
nization in South Africa», J A H , XIII, 1 (1972), p. 145-150; Stanley Trapido,
« South Africa and the historians », African affairs, 71, oct. 72, p. 444-459; et Lewis
H . G a n n , « Liberal interpretations of South African history », Rhodes-Livingstone
journal, X X V , mars 1959, p. 40-58. Je tiens à préciser au lecteur qu'il ne doit pas
juger ce débat c o m m e une condamnation de nos prédécesseurs, mais c o m m e un
exercice d'autocritique professionnelle et de clarification. Les ouvrages cités ont
été choisis pour représenter et illustrer des traditions, et non parce qu'ils étaient
nécessairement les meilleurs ou les pires dans leur genre.
3. Arthur Percival Newton, Select documents relating to the unification of South Africa
(Londres, 1968), première édition en 1924, p. xxvii.
4. William Greswell, Our South African empire (Londres, 1885), p. xv.
5. Voir H . Alan C . Cairns, The clash of cultures (New York, 1965); et David Chanaiwa,
The Zimbabwe controversy (Syracuse, 1973).
6. Voir par exemple, Robert Moffat, Missionary labors and scenes in Southern Africa
(New York, 1969); et François Coillard, On the treshold of central Africa (Londres,
1971).
7. A . C . Cairns, Clash of cultures, p. xii.
8. R . Moffat, Rhodesia National Archives, M O / 5 / 1 / 1 .
9. F . Coillard, On the treshold, p. 381.
10. Donald Frazer, Winning a primitive people (Westport, Conn., 1970), p. 7.
11. R . Moffat, John Smith Moffat ( N e w York, 1969); et David Carnegie, Among the
Matabele (Londres, 1894).
12. John Philip, Researches in South Africa (New York, 1969), vol. II, p. 327; et John
Mackenzie, Austral Africa (New York, 1969), vol. I et IL
13. Henri A . Junod, The life of a South Africa tribe (Londres, 1927), p. 8.
14. Henri P. Junod, Bantu heritage (Westport, Conn., 1970), préface.
15. A . T . Bryant, The Zulu people as they were before the white man came (New York,
1970), p. xi.
16. Voir Daniel Kunene, The beginning of South African vernacular literature (Los Angeles,
1967).
17. Voir R . Hunt Davis, «John L . D u b e : A South African exponent of Booker T . W a s -
hington», Journal of African studies, 2, 4 (décembre 1975); Shula Marks, « T h e
ambiguities of dependence: John L . D u b e of Natal », Journal of Southern African
studies, 1, 2 (avril 1975), p. 162-180; Manning Marable, « A black school in South
Africa », Negro history bulletin, 37, 4 (juin/juillet 1974), p. 258-261. Peter Walshe,
The rise of African nationalism in South Africa (Berkeley, 1971) et T . O . Ranger,
The African voices in Southern Rhodesia (Londres, 1970).
18. Davidson D o n Tengo Jabavu, The black problem, papers and addresses on various
native problems (Le Cap, 1920), p. 16.
19. Ibid., p. 1.
20. Ibid., préface.
Les traditions historiographiques 45
de V Afrique australe

21. Solomon T . Plaatje, Native life in South Africa (New York, 1969), p. 15.
22. L'historiographie de la première et de la deuxième période diffère notablement de celle
des Africains d'après la seconde guerre mondiale; ceux-ci sont influencés par le
nationalisme africain, la conscience de l'histoire et une idéologie prônant la libé-
ration. Voir par exemple Nosipho Majeke, The role of the missionary in conquest
(Johannesburg, 1952) et Mnguni, Three hundred years.
23. Pour les principaux travaux des précurseurs de l'école « diffusionniste », consulter
James Theodore Bent, The ruined cities of Mashonaland (Londres, 1893); Alexander
Wilmot, Monomotapa (Londres, 1896); Richard N . Hall, Great Zimbabwe, Masho-
naland, Rhodesia (Londres, 1905) et Pre-historic Rhodesia (Philadelphia, 1909).
Egalement Bertram G . Paver, Zimbabwe cavalcade (Londres, 1957); et Andries
J. Bruwer, Zimbabwe, Rhodesia's ancient greatness (Johannesburg, 1965).
24. Hall, Pre-historic Rhodesia, p. 478.
25. Bruwer, Zimbabwe, p. 140.
26. Hall, Pre-historic Rhodesia, p. 479.
27. J. J. M c C o r d , South African struggle (Pretoria, 1952), p. 1.
28. Archibald R . Calquhoun, The Africander land (Londres, 1906), p. xiv.
29. W . J. Leyds, Thefirstannexation of the Transvaal (Londres, 1906), p. 27.
30. Voir par exemple, N . J. Rhoodie et H . J. Venter, Apartheid (Pretoria, 1960) et Jan
Botha, Verwoerd is dead.
31. N . J. Rhoodie, Apartheid and racial partnership in Southern Africa (Pretoria, 1969),
p. 8.
32. Voir R . F . Alfred Hoernle, South African native policy and the liberal spirit (Le C a p ,
1939); et Janet Robertson, Liberalism in South Africa (Londres, 1971).
33. Voir aussi Olive Schreiner, Thoughts on South Africa (Oxford, 1901), et An English
South African view of the situation (Londres, 1899).
34. Voir aussi I. D . MacCrone, Race attitudes in South Africa (Londres, 1937); John
Augustus Ian Agar-Hamilon, The native policy of the voortrekkers (Le Cap, 1928);
Monica Wilson, Reaction to conquest (Oxford, 1936); Isaac Schapera, editor,
Western civilization and the natives of South Africa (Londres, 1937); John Burger,
the black man's burden (Londres, 1943); et Ray E . Phillips, The Bantu in the city
(Le C a p , 1937).
35. Voir, par exemple, Hennery S. Maebelo, Reaction to colonialism (Manchester, 1971)
et Allen F . Isaacman, Mozambique: The Africanization of a European institution
(Madison, 1972).
36. Voir, par exemple, la critique de Leonard Thompson concernant Majeke et Mnguni
dans « Afrikaner nationalist historiography », p. 133, note 22.
37. Philip D . Curtin, «African studies: a personal assessment», African studies review,
X I V , 3 (décembre 1971), p. 361.
38. Ainsi, des comptes rendus récents concernant V Oxford history of South Africa, vol. II
de Wilson et Thompson (Oxford, 1971), Awakening of Afrikaner nationalism de
V a n Jaarsveld (Londres, 1961), Rise of African nationalism in South Africa, de
Walshe et South West Africa under German rule de Helmut Bley (Evanstone, 1971),
signalent tous que ces ouvrages sont remarquablement bien documentés et annotés,
mais aussi que leurs auteurs ont soit négligé, soit européanisé l'aspect africain du
sujet, et ont peu utilisé les traditions orales africaines.
39. Voir par exemple J. S. Marais, The cape coloured people (Londres, 1939) et Bridglal
Pachai, The international aspects of the South African Indian question (Le C a p , 1971).
Remarques sur l'historiographie
récente de l'Angola et du Mozambique

R e n é Pélissier

Parmi les territoires d'Afrique australe, l'Angola et le M o z a m b i q u e offrent la


double particularité d'avoir eu les rapports les plus anciens avec le m o n d e
extra-africain et d'être probablement les deux pays qui ont le plus besoin d'his-
toriens pourfendeurs de mythes. Pour être bien clair, il convient de préciser
d'entrée de jeu que les observations ci-après ne visent nullement à une étude
exhaustive — qui oserait la revendiquer? — ni à la critique acerbe de ce qui
existe, mais cherchent avant tout à dégager quelques tendances de l'historiogra-
phie récente (un demi-siècle). N i les Britanniques ni les Mozambicains ne sont
responsables de certaines carences qui seront signalées, mais, bien au contraire,
ils devront en subir longtemps encore les conséquences, malgré toute la bonne
volonté qu'on leur suppose.
Le Portugal est un pays à la population restreinte ayant une langue encore
assez peu répandue parmi les africanistes étrangers. Par ailleurs, lorsque ses
ressortissants allaient en Afrique, ce n'était pas pour y cultiver les belles-
lettres, mais bien pour forcer u n destin parfois contraire en métropole. Il faut
donc louer certains auteurs portugais d'avoir fait autant avec si peu de moyens
et dans u n environnement indifférent puisqu'ils ne pouvaient guère espérer
de consécration universitaire, étant donné qu'il n'y avait pratiquement pas
d'enseignement de l'histoire coloniale, ni à fortiori africaine, dans leurs éta-
blissements scientifiques. N i de récompense financière, sauf exceptions raris-
simes. O n rencontrera donc une multitude d'amateurs bien intentionnés mais
manquant généralement de formation historique, sauf pour certains bien en
cour auprès de l'ancien régime (1926-1974). O r , ce régime avait pratiquement
insularisé l'Afrique portugaise et, c o m m e ses prédécesseurs étaient en place
en u n temps o ù les échanges intellectuels avec l'Afrique étaient réduits, o n se
heurte, lorsque l'on creuse la bibliographie historique lusophone, à u n retard
que seuls les spécialistes sont à m ê m e de jauger.
D ' u n e façon générale, la production scientifique concernant l'Afrique
lusophone — à l'exclusion des livres de souvenirs, dépositions, témoignages,
récits de campagnes militaires, rapports administratifs, etc. — peut se diviser
qualitativement en deux grandes catégories: celle des Portugais et celle des
auteurs étrangers, la place des auteurs africains d'expression portugaise étant,
48 René Pélissier

jusqu'à présent, tragiquement vide. Sauf exceptions honorables, les premiers


sont des amateurs triomphalistes dont le type le plus achevé est le missionnaire
ayant des loisirs et des crédits officiels ou l'officier-administrateur s'intéressant
aux vieux papiers épargnés par l'incurie des h o m m e s et la voracité des termites.
D a n s les deux cas, le résultat de leurs travaux est une histoire, ou, mieux, une
chronique coloniale se bornant à exalter les glorieux ancêtres d u colonisateur
et la mission civilisatrice de la métropole. A l'Africain, ces auteurs ne prêtent
de qualités que dans la mesure où elles servent à mettre en valeur celles de son
vainqueur.
C'est ainsi que l ' O v a m b o et le Nguni voient reconnaître leur courage
parce qu'il sert à rappeler celui d u c o m m a n d a n t Alves Rocadas, d u général
Pereira de Eça, de Mousinho de Albuquerque et des autres « héros » de l'escol
d'António Enes. D e la sorte, la monarchie et les deux premières républiques se
sont bâti à peu de frais une galerie de héros éponymes dont les n o m s ornaient
non seulement les plaques des rues, mais servaient également à désigner les chefs-
lieux de district et nombre d'agglomérations plus modestes 1 . O n ne saurait
mieux déposséder u n peuple de son histoire qu'en apposant en tous lieux les
n o m s des vainqueurs de ses pères.
E n d'autres termes, cette historiographie d'exposition coloniale ferait
sourire par son ethnocentrisme impénitent si elle n'avait le grave défaut d'être
aveugle sur le rôle des Africains. Pour la majorité de ces auteurs, il n'est point
de salut en dehors du modèle chrétien et européen. Faut-il s'étonner que la
plupart des historiens ignorent jusqu'au n o m du roi B u m b a au Cassange
(XIXe siècle) ou, plus près de nous, du roi M a n d u m e des C u a n h a m a (1917),
h o m m e s qui, s'ils avaient trouvé des historiens anglophones ou francophones,
apparaîtraient c o m m e des résistants africains de l'envergure de G u n g u n h a m a
ou des Cruz au M o z a m b i q u e , « redécouverts » par les auteurs anglo-
américains.
L'ethnocentrisme affiché est donc la première faille de cette production,
mais, pour des gens du sérail, elle n'est pas la plus gênante. L a grande lacune
de la production portugaise tient à ce que ces auteurs n'ont jamais voulu,
jusqu'à présent, s'intéresser sérieusement à la période contemporaine. Si nous
disposions de bibliographies acceptables, nous verrions probablement que, pour
dix ouvrages et articles consacrés à la période antérieure à 1800, nous ne trou-
vons qu'une ou deux études historiques portugaises pour les xixe et x x e siècles.
Jusqu'à une date récente, les manuels d'histoire portugais consacraient environ
la moitié, voire les deux tiers de leurs pages, à la période 1580-1640. Tout le

1. En 1974, en Angola, sur les seize capitales de district, quatre étaient des toponymes
africains, mais huit avaient reçu le nom de ce qu'on appelait naguère les « grands
coloniaux », à savoir quatre officiers, trois hommes d'Etat et un commerçant-
explorateur. Sur les quatre autres, une portait le nom d'un saint métropolitain et
trois étaient des toponymes portugais.
Remarques sur l'historiographie récente 49
de l'Angola et du Mozambique

reste était balayé par les vents de la décadence, avec quelques pics émergeant
ici et là, le début du xixe siècle étant considéré c o m m e le fond du tonneau et la
lumière ne réapparaissant qu'au x x e siècle. Cette mentalité est naturellement
en train de changer et un ouvrage c o m m e YHistória de Portugal d'Oliveira
Marques (Lisbonne, 1973) marque un tournant salutaire. Néanmoins, en ce
qui concerne l'Afrique, le mal est fait et il a marqué des générations d'intellec-
tuels africains.
Q u e l'on prenne YHistória de Angola de Ralph Delgado (Benguela et
Lobito 1948-1955) dont le quatrième et dernier volume s'arrête en 1737,
YHistória de Angola de Norberto Gonzaga (Luanda, s.d.) qui, sur 380 pages,
en consacre — si l'on peut dire — une soixantaine aux xixe et X X e siècles, le
Resumo da historia de Angola de José Ribeiro da Cruz (Lisbonne, 1940), qui
accorde un dixième de son texte à la période 1800-1940, ou YHistória de Angola
d'Alberto de L e m o s (Luanda 1929), premier et unique travail d'ensemble à
avoir été écrit par un Angolais, partout on constate la m ê m e insistance à privi-
légier la période de la conquête initiale en ignorant délibérément que la con-
quête réelle et complète n'intervient qu'au x x e siècle. Pour le Mozambique, ce
déséquilibre chronologique est un peu moins dramatique puisque le seul manuel
portugais de quelque valeur — essentiellement militaire et d u seul point de
vue portugais — YHistória militar e política dos Portugueses em Moçambique,
du général Teixeira Botelho (Lisbonne, 1936) contient un volume de plus de
700 pages pour la période 1833-1930.
E n résumé, la production portugaise ne s'intéressait qu'exceptionnelle-
ment ou superficiellement à l'histoire des Africains, et elle n'a m ê m e pas établi
les bases de l'historiographie de la période la plus importante pour comprendre
les problèmes actuels. Cette distorsion a longtemps permis à des auteurs, deve-
nus borgnes à force de se boucher les yeux, de soutenir que le Portugal possé-
dait l'Angola et le M o z a m b i q u e depuis cinq siècles et qu'une « colonisation »
aussi ancienne fondait sa légitimité sur sa pérennité. E n échange de quoi, les
Africains, puisant dans ces manuels tronqués, affirmaient avoir subi cinq siècles
d'exploitation esclavagiste. Autrement dit, il est grand temps que l'historio-
graphie lusophone abandonne ses clichés, atteigne u n niveau scientifique
plus élevé et rééquilibre ses intérêts, sous peine de laisser aux seuls auteurs
étrangers le soin d'écrire l'histoire récente, ce qui, en tout pays, paraît dangereux.
Ces deux tares de l'historiographie lusophone étant suffisamment souli-
gnées, il ne faudrait surtout pas en conclure que tout était médiocre ou anodin
dans cette production, car si l'Angola et le M o z a m b i q u e n'ont eu que rare-
ment des historiens lusophones compétents, ils disposent en revanche de c o m -
pilateurs acharnés qui ont déployé une activité parcellaire et dispersée mais
méritoire à plus d'un titre. E n fait, si les archivistes portugais avaient été aussi
libéraux et maximalistes pour l'époque récente que pour leurs siècles de prédi-
lection, ils occuperaient une place unique dans l'historiographie africaine.
50 René Pélissler

Voici quelques titres récents (moins de cinquante ans) de collections de


documents dont plusieurs n'ont aucun équivalent dans les autres pays, tout au
moins pour ce qui est de l'ampleur. Pour l'Angola, les Arquivos de Angola
contiennent, fait exceptionnel, des pièces débordant sur le xx e siècle. Egalement
utiles pour connaître ce pays sont les gigantesques collections des Monumento
missionária africana: Africa occidental (lre et 2 e série) du Père Antonio Brásio,
bien connu des africanistes de l'Ouest. O n lui doit également, avec des c o m m e n -
taires, cinq volumes de textes sur les missionnaires du Saint-Esprit en Angola
au xixe siècle, parus sous le titre de Spiritana. Monumento histórica. Angola.
(Louvain, 1966-1971) et un volume de documents sur son grand h o m m e au
C o n g o portugais (et au Mozambique): Dom Antonio Barroso. Missionário.
dentista. Missiólogo (Lisbonne, 1961). A Albuquerque Feiner, ancien gouver-
neur au Sud-Angola, nous s o m m e s redevables d'un gros volume: Angola.
Apontamentos sobre a ocupaçâo inicio do estabelecimento dos Portugueses no
Congo. Angola e Benguela (Coimbre, 1933) et de trois volumes sur le Sud-
Angola Angola. Apontamentos sobre e colonizacà dos planàltos e litoral do Sul
de Angola (Lisbonne, 1940) qui atteignent la moitié du xrxe siècle. Enfin, pour
contrer les accusations de passéisme, le poète angolais Fernandes de Oliveira
avait reçu l'autorisation de publier deux volumes de textes annotés (xixe siècle),
tirés des Archives coloniales de Lisbonne: Angolana (Lisbonne, 1968 et 1972).
E n ce qui concerne le Mozambique, la grande affaire restera l'édition
bilingue (portugais-anglais), publiée avec le concours des National Archives
of Rhodesia, des Documents on the Portuguese in Mozambique and Central
Africa. 1491-1840 (Lisbonne 1961-1971) dont le septième et dernier volume
atteint 1560. O n se rapproche un peu plus de la période contemporaine avec la
Documentaçao avulsa moçambicana do arquivo histórico ultramarino, résumée
par Francisco Santana (2 volumes, Lisbonne, 1964 et 1967) qui concerne le
début du xixe siècle. Les relaçôes de Moçambique setecentista d'Antonio Alberto
de Andrade (Lisbonne, 1955) fournissent des textes sur la dernière moitié du
x v m e siècle. Carvalho Dias dans Fontes para a historia, geografía e comercio
de Moçambique (Secuto Dezoito) (Lisbonne, 1954) et Montez dans la revue
Moçambique, documentarlo trimestral (Lourenço Marques, 1952-1957) ont
également présenté de nombreuses pièces sur le x v m e siècle.
Cette liste partielle permet de voir qu'avec d'autres collections de docu-
ments ayant également un intérêt pour les africanistes, les compilateurs portu-
gais ont réuni plus de 30 000 et peut-être 40 000 pages d'extraits d'archives en
une quarantaine d'années, ce qui est énorme. Leur effort a cependant souffert
d'un m a n q u e de coordination et de l'organisation défectueuse des archives
coloniales en métropole, sans parler de la censure politique qui s'exerçait sur
le choix des textes à reproduire. A mesure que l'on s'approchait du x x e siècle,
elle devenait de plus en plus tatillonne et exigeante, sauf, paradoxalement, chez
les archivistes militaires dont on ne saurait dire trop de bien.
Remarques sur l'historiographie récente 51
de l'Angola et du Mozambique

Cela étant, les travaux originaux et les synthèses établis par des lusophones
pâlissent quelque peu devant ceux des professionnels non portugais. L a raison
majeure tient peut-être dans cette remarque désabusée d'un très grand historien
portugais des découvertes qui disait récemment: « Les Portugais n'aiment pas
l'histoire mais seulement ses mythes. » Il faut également rappeler de nouveau
que les h o m m e s de l'art n'abondaient pas puisque les débouchés profession-
nels étaient pratiquement nuls dans le domaine de l'histoire coloniale ou afri-
caine (sauf marginalement à Lourenço Marques, mais assurément pas en
Angola).
L a production véritablement scientifique était donc relativement rare
et s'intéressait essentiellement aux explorations, aux expéditions coloniales et
aux missions. Pour l'Angola, il faut mentionner en premier lieu Ralph^Delgado,
dont Y Historia de Angola, déjà mentionnée, inachevée à sa mort, reste une mine
de données. Son ouvrage majeur demeurera probablement son imposant Ao
sul do Cuanza (2 vol, Lisbonne, 1944), tandis que O Reino de Benguela (Lis-
bonne, 1945) et A famosa e histórica Benguela. (Lisbonne, 1940) en font une
autorité — à contrôler sur certains points — pour le Centre et le Sud-Angola
jusqu'en 1940. D e journaliste, il était presque devenu un professionnel de l'His-
toire patriotique, sans qu'il en ait recueilli beaucoup de lauriers. O n citera
ensuite le capitaine Gastäo Sousa Dias dont l'œuvre posthume: Os Portugueses
em Angola (Lisbonne, 1959) atteint 1815, puis le missionnaire Silva Regó,
intronisé historiographe quasi officiel dans les dernières années du régime colo-
nial. O n lui doit A dupla restauraçâo de Angola (1641-1648) (Lisbonne, 1948)
et deux ouvrages moins fouillés, mais plus ambitieux et populaires : O ultramar
portugués non século XVIII (Lisbonne, 1970) et O ultramar portugués non século
XIX (Lisbonne, 1966). A Silva Regó nous devons surtout la fondation et la
direction du Centro de Estudos Históricos Ultramarinos dont la revue Studio
est connue de nombreux africanistes ou mériterait de l'être, car, bien que domi-
née par des auteurs missionnaires, parfois américanistes ou orientalistes, elle
a publié des articles importants sur l'Angola et le Mozambique. Le Centro
a publié également plus de soixante-dix volumes d'histoire coloniale portu-
gaise, dont plusieurs des recueils de documents précités. A cet égard, il convient
de mentionner impérativement la défunte (1974) Agencia Gérai do Ultramar,
organe d'édition du Ministère de l'outre-mer, qui, parmi une production de
qualité inégale, laissafigurerquelques rééditions et une liste impressionnante
d'ouvrages traitant de questions militaires.
Parmi les officiers-historiens, le colonel Hélio Felgas, avec son Historia
do Congo portugués (Carmona, 1958), mérite mieux que l'oubli et il ose dépasser
1920. O n en dira autant du lieutenant-colonel Almeida Teixeira et de saLunda
(Lisbonne, 1948), ainsi que de l'histoire de la conquête des D e m b o s compilée
par le capitaine David M a g n o n dans ses Guerras angolanas (Porto, 1934).
Le Sud-Angola dispose, grâce au général Ernesto M a c h a d o , d'une étude sérieuse
52 René Pêlissier

sur la crise militaire de 1914: No sul de Angola (Lisbonne, 1956). Quittant les
officiers, sans pour autant abandonner le sud, il faut mentionner Mendonça
Torres qui, avec O distrito de Moçamedes nos fases da origem e da primeira
organizaçao (Lisbonne, 1950), offre une esquisse d'histoire coloniale régionale
qui ne fait cependant pas oublier le très minutieux Ao sul do Cuanza de Ralph
Delgado, déjà mentionné. Ajoutons une histoire diplomatique pour le nord-est :
A questâo daLunda, de Eduardo dos Santos (Lisbonne, 1966).
Pour tout ce qui a trait à la résistance et au nationalisme des Angolais,
sujets naturellement tabous pendant longtemps, on ne connaît aucune syn-
thèse de valeur mais des centaines de sources primaires et secondaires.
Si l'on passe au Mozambique, la moisson parmi les lusophones est beau-
coup moins riche, bien que ce pays ait eu, dans les dernières années coloniales,
un professeur d'histoire travaillant sur le terrain. N o u s devons pratiquement
tout ce que les Portugais ont publié sur Lourenco Marques à Alexandre Lobato,
qui est l'auteur, entre autres, de: Historia da fundaçào de Lourenco Marques
(Lisbonne, 1948), Historia do Presidio de Lourenco Marques (1182-1199)
(2 vol. Lisbonne, 1949 et 1960) et Quatre estudos e uma evocacäopara a historia
de Lourenco Marques (Lisbonne, 1961). O n retrouve également ce professeur
sur le Zambèze avec Colonizaçào senhorial da Zambezia (Lisbonne, 1962),
au xvie siècle avec A expansào portuguesa em Moçambique (3 vol., Lisbonne,
1954 et 1960), au x v m e siècle avec Evoluçào administrativa e económica de
Moçambique (Lisbonne, 1957), dans l'ilôt de Mozambique, à Sofala, au
Niassa, avec Mousinho de Albuquerque, etc. Incontestablement, Lobato
est le Portugais qui possède la vision la plus complète de l'histoire coloniale
du Mozambique.
Dans la m ê m e veine luso-centriste, on signalera également les deux
volumes de l'administrateur Almeida de Eça qui, avec son Historia das guerras
no Zambèze (Lisbonne, 1953-1954) publie en amateur, mais sans œillères, un
récit cohérent et fondamental de la résistance victorieuse de la famille des
Cruz à l'occupation portugaise au xixe siècle. Plus ambitieux dans son ency-
clopédisme, le commandant Mello M a c h a d o aborde un domaine mal traité,
celui du Nord-Mozambique, avec Entre os Macuas de Angoche (Lisbonne, 1970).
O n laissera de côté les tristes compilations de Nário Costa, Simôes
Alberto Francisco Toscano et Julio Quintinha pour mentionner un auteur très
sérieux, bien connu des africanistes de l'Ouest, le commandant de marine
Teixeira da Mota, qui a élaboré, avec A cartografia antiga da Africa Centrale a
travessia entre Angola e Moçambique 1500-1860 (Lourenco Marques, 1964),
un compendium c o m m o d e de ce que l'on sait sur les explorations portugaises
en Afrique australe. C o m m e c'est un marin polyglotte, il est remarquablement
informé de ce qui se publie à l'étranger sur son thème. Cette qualité, rare chez
ses compatriotes se piquant d'être des historiens, est partagée par un ethno-
logue, Rita Ferreira, auteur de travaux bibliographiques mais aussi ethno-
Remarques sur l'historiographie récente 53
de l'Angola et du Mozambique

historiques c o m m e son Ethno-história e cultura tradicional do grupo Angune


(Nguni) (Lourenço Marques, 1974) et m ê m e son Povos de Moçambique.
Historia e cultura (Porto, 1975).
N o u s arrêterons là cette enumeration inévitablement très incomplète —
ne serait-ce que par l'omission de centaines d'articles en portugais — pour
nous tourner vers les auteurs étrangers qui écrivent pratiquement tous en anglais
et en français et qui devraient, de ce fait, être mieux connus de la majorité des
africanistes, tout au moins de réputation. N o u s nous bornerons à un simple
repérage des n o m s d'auteurs en commençant par l'Angola.
Le Congo angolais est particulièrement favorisé avec des Belges, c o m m e
Bontinck, Cuvelier et Jadin qui s'attachent aux missions catholiques, avec la
Franco-Portugaise Latour da Veiga Pinto qui étudie l'enjeu diplomatique au
xixe siècle, avec le Français Balandier et le Franco-Sud-Africain Randies,
tous deux experts en histoire sociologique, et avec le Britannique Anstey,
connu pour son travail sur les intérêts de la Grande-Bretagne au Nord-Ouest.
Le Cabinda dispose d'une histoire économique grâce à la Britannique Martin.
Le Nord-Est angolais et le commerce avec la Lunda sont sérieusement
abordés par le Belge Vellut. Les M b u n d u du Nord-Cuanza ont trouvé u n his-
torien attentif aux xviie et xviiie siècles en la personne du Britannique Birmin-
g h a m , et le Cassage dispose d'une ethno-histoire — la seule d'Angola — avec
l'Américain Miller, également compétent pour les Tschokwe.
A u Centre-Angola, les Ovimbundu sont mieux connus grâce au mission-
naire américain Childs, tandis que le Sud-Angola bénéficie de la première
histoire régionale angolaise acceptable avec le Britannique Clarence-Smith.
O n n'aura garde d'omettre la synthèse du Belge Vansina sur la période préco-
loniale, l'étude de l'Américain Samuels sur l'enseignement à la charnière du
xixe siècle, et l'histoire du Scramble vu par les Portugais due au Sud-Africain
Axelson, que l'on retrouve au Mozambique, Egalement extrêmement perspi-
caces sont le Britannique H a m m o n d pour tout ce qui touche au regain d'intérêt
du Portugal en Afrique à la fin de la monarchie et le grand défricheur qu'a été
l'Américain Duffy, sans oublier, naturellement, le grand maître de l'historio-
graphie de l'expansion portugaise dans le m o n d e , le Britannique Boxer.
Le nationalisme angolais est couvert par les Américains M a r c u m et
Wheeler et par le Français Pélissier, ce dernier étant également l'auteur d'un
travail sur la résistance et les révoltes en Angola aux xix e -xx e siècles qui, à
défaut de mérites plus visibles, a l'avantage de l'ampleur (3 volumes).
E n ce qui concerne le Mozambique, on trouve d'assez nombreux auteurs
étrangers traitant de la périphérie du territoire (tels qu'Abraham, les Africains
anglophones Bhila, Mudenge, etc.) ou des expéditions de Livingstone au
Mozambique, mais relativement peu de spécialistes du Mozambique en tant
que tels. A u x compilations déjà anciennes du Britannique M e Call Theal, il
convient d'ajouter les travaux originaux du Sud-Africain Axelson, de l'Aile-
54 René Pélissier

m a n d H o p p e sur l'administration au xviie siècle, de l'Américain Smith sur le


Sud-Mozambique, du germanophone Schebesta sur les missions, ainsi que les
études remarquables de l'Américain Alpers sur les Y a o et le commerce nor-
diste, du Britannique Newitt, de l'Américain Isaacman sur la Zambie et de
l'Américaine Hafkin sur les sultanats swahili, sans oublier la thèse de l'Alle-
m a n d Liesegang sur le Nguni du Gaza et les travaux de Randies sur le xvie siècle
et le M o n o m o t a p a .
O n regrettera en passant que le Mozambique ait été pratiquement omis
du volume V de la Cambridge History of Africa, alors que les spécialistes anglo-
phones du XIX e siècle au Mozambique sont nombreux. Citons également Jack-
son-Haight et Warhurst, travaillant en Afrique australe, qui ont étudié le
contexte diplomatique au xixe siècle. L a période de la décolonisation n ' a
rien offert jusqu'à présent de bien solide, sauf l'étude du Britannique Middlemas
sur Cabora Bassa.
Pour conclure ce bilan très lacunaire, qu'il nous soit permis de faire une
simple constatation et de formuler un v œ u . Il y a une dichotomie patente entre
l'historiographie, jusqu'à présent défensive, et souvent archaïque dans ses
techniques, des auteurs portugais, et celle plus scientifique — mais souvent
déséquilibrée par l'exaspération devant le triomphalisme de Lisbonne — des
auteurs étrangers. L a décolonisation étant maintenant achevée, il semble
souhaitable de laisser la hargne au vestiaire et de rattraper le retard accumulé
par les auteurs lusophones afin que les grands absents de ces joutes intellec-
tuelles puissent prendre la parole à leur tour. Il est temps, en effet, que les
Africains lusophones ne laissent plus aux autres le soin d'écrire leur passé.
Il est donc nécessaire et prioritaire de former des historiens angolais et m o z a m -
bicains qui nous diront c o m m e n t ils voient, eux, ce qu'ils lisent dans les livres
des autres.

Suggestions en vue de l'amélioration


de l'historiographie angolaise et mozambicaine

Programme minimal

Inventaire complet de tous les ouvrages d'intérêt historique, géographique,


économique, sociologique, etc., détenus par toutes les bibliothèques de l'Angola
et du Mozambique, et traitant de ces pays et de leur périphérie.
A partir de ce noyau et des bibliographies lacunaires préexistantes (voir
les tentatives intéressantes de la Sociedade de Geografía de Lisboa), compilation
de deux bibliographies nationales scientifiques incluant les textes publiés en
langues non portugaises. (Un inventaire conduit à partir de bibliothèques
non portugaises nous a permis de relever plus de 800 titres d'ouvrages étrangers
Remarques sur l'historiographie récente 55
de l'Angola et du Mozambique

dont 70 à 8 0 % ne figurent pas dans les bibliographies portugaises les plus


complètes sur l'Angola et le Mozambique.) C e travail doit être effectué en
tenant compte — entre autres — des fonds du British M u s e u m , de la Library
of Congress et de plusieurs autres institutions britanniques, américaines, fran-
çaises, néerlandaises, allemandes, italiennes, brésiliennes, soviétiques, etc.,
complétant les richesses bibliographiques portugaises.
Acquisition des ouvrages étrangers relatifs à l'Angola et au M o z a m b i q u e
introuvables sur place, et obtention des ouvrages portugais également absents
des bibliothèques locales. A défaut des ouvrages originaux, obtention de repro-
ductions, sous diverses formes, de ces ouvrages, ainsi que des articles pertinents.
Destruction du ghetto antérieur par une ouverture bibliographique sur
les autres pays africains. Exemple: acquisition des textes de base sur l'Afrique
anglophone et francophone, sur le Brésil et l'océan Indien, des revues spéciali-
sées dans ce domaine et des manuels historiques (histoire africaine, etc.).
Continuation et achèvement des inventaires des archives locales. Si
possible, installation de moyens de reproduction sur place, accessibles aux
lecteurs.
Etablissement en portugais d'un manuel provisoire d'histoire nationale
construit à partir des travaux les plus récents et délimitant les périodes et les
secteurs encore obscurs.
Adaptation de ce manuel à l'enseignement primaire et secondaire, et
développement de l'enseignement historique national.
Ouverture ou réouverture dans l'enseignement supérieur d'une o u
plusieurs chaires d'histoire africaine et nationale, en faisant appel aux spécia-
listes disponibles, où qu'ils se trouvent. Possibilité de stages de courte durée
desdits spécialistes enseignant à Luanda et M a p u t o .
Envoi d'étudiants avancés dans certains centres de recherches africaines
extérieurs.
Lancement d'un programme de recueil des traditions orales, tant à l'inté-
rieur qu'à la périphérie des deux territoires. Simultanément, recueil des m a n u s -
crits en langues africaines (voir missions, familles swahili, etc.).
Diffusion — dans la mesure du possible — des rapports administratifs
et autres établis pendant la période coloniale et présentant des éléments d'ethno-
histoire et de sociologie, introuvables ailleurs sous une forme écrite.
Création et/ou développement d'un musée d'histoire nationale à partir
des collections existantes. Possibilité d'ouvrir des musées spécialisés (exemple :
le Musée de la guerre de libération à M a p u t o ) .

Programme élargi

Etablissement d'un guide général des études luso-africaines permettant de


s'orienter rapidement (exemples: enumeration complète des archives, biblio-
56 René Pélissier

thèques, conditions d'accès, nature des fonds, liste des spécialistes, périodes
et questions à découvrir, ou à approfondir, etc.). Mise à jour périodique sur
l'état de la question.
Publication d'une revue internationale de haut niveau scientifique dans
laquelle les futurs spécialistes angolais et mozambicains pourraient publier
des articles en portugais, à côté de leurs collègues étrangers. L a création d'une
telle revue pourrait être u n pas décisif vers le démarrage de l'historiographie
luso-africaine en portugais sur une base solide.
Réédition et/ou traduction de certains textes fondamentaux par les insti-
tuts de recherches scientifiques, à partir des bibliographies établies et des acqui-
sitions prévues ci-dessus.
Mise en chantier d u volume Portugal de Y Histoire générale de V Afrique
patronnée par l'Unesco.
Etablissement d'un p r o g r a m m e cohérent de fouilles archéologiques à
partir des travaux antérieurs.
Préparation d'une histoire générale de l'Angola et du M o z a m b i q u e en
plusieurs volumes.
Deuxième partie
Recherche et enseignement
sur l'histoire
de l'Afrique australe
Les experts invités à la réunion ont été priés de fournir des informations précises
sur la situation de renseignement et de la recherche historique dans les divers
pays de VAfrique australe. Il est rappelé au lecteur que ces renseignements ont
été apportés en mars 1977, et que la situation a évolué au cours des dernières
années.
L a place de l'histoire
de l'Afrique australe
dans les programmes scolaires:
une synthèse
Balam Nyeko

Traditionnellement, l'Afrique australe comprend l'actuelle République


d'Afrique du Sud, la Namibie (Sud-Ouest africain), le Botswana, le Lesotho,
le Swaziland, le Mozambique et l'Angola. Pour en avoir une représentation
complète, cependant, sur le plan de l'histoire c o m m e sur celui des réalités
contemporaines, il apparaît nécessaire d'y ajouter le Zimbabwe (Rhodésie),
le Malawi et la Zambie. L'histoire de toute la région révèle une unité théma-
tique suffisamment marquée pour justifier le choix de cette seconde définition.
Depuis l'âge d u fer jusqu'à l'ère des mouvements de libération africains, les
thèmes c o m m u n s à toute la zone présentent une continuité remarquable. Les
premières migrations et implantations des Bantu, la révolution mfecane d u
xixe siècle au sein des communautés africaines, la révolution provoquée par
l'exploitation des mines et ses conséquences, l'impérialisme européen et la
réaction africaine au colonialisme (y compris les efforts des Africains pour
mettre fin à la domination blanche), tous ces événements historiques ont inté-
ressé l'ensemble de la région et nous obligent à la considérer c o m m e un tout.
O n peut en dire autant, semble-t-il, des problèmes que nous nous proposons
d'aborder dans la suite de cette étude et des grandes orientations de recherche
que nous voulons suggérer.
Pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'Afrique australe, le problème
de l'aménagement des programmes d'études, et en particulier de la place
accordée à l'enseignement de l'histoire, se pose depuis un certain temps. D a n s
un rapport adressé à ce qui était alors l'Université du Botswana, du Lesotho
et du Swaziland ( U B L S ) au sujet de la Conférence d'histoire tenue à G a b o -
rone, Botswana, du 3 au 6 septembre 1973, le professeur T h o m a s Tlou a mis
en relief, parmi les objectifs de cette réunion, la nécessité urgente de fournir
des données historiques permettant d'élaborer des programmes d'enseigne-
ment de l'histoire mieux adaptés et plus riches de sens pour les écoles de
l'Afrique australe. C e n'était ni la première fois ni la dernière que ce problème
était posé.
Selon certains, la tâche principale de l'historien devait être de fournir
ce type de données, tant par ses recherches personnelles que par l'interpréta-
tion des problèmes historiques qu'elles soulèvent, et de mettre à la portée d u
60 Balam Nyeko

public une synthèse des informations apportées par d'autres personnes 1 . O n


pourra objecter à cela que l'établissement des programmes scolaires ne con-
cerne absolument pas l'historien. Cependant, il est indéniable que les histo-
riens doivent signaler l'intérêt présenté par le sujet qu'ils étudient et justifier
ainsi son inclusion dans les programmes scolaires. N o u s consacrerons donc la
suite de cette étude à des questions c o m m e celles de la nature de l'histoire
africaine (dans le contexte de l'Afrique australe en particulier), des caractères
particuliers de l'historiographie de l'Afrique australe, des problèmes que pose
l'enseignement de l'histoire de l'Afrique australe dans les écoles et les univer-
sités, et de la difficulté d'africaniser cette histoire à la lumière de l'évolution
récente des travaux d'histoire africaine et de son enseignement dans les autres
parties d u continent. C e faisant, nous espérons n o n seulement démontrer
l'importance de l'histoire de l'Afrique australe c o m m e matière d'étude dans
les établissements d'enseignement, mais encore suggérer les directions dans
lesquelles pourraient s'engager les recherches futures pour contribuer à la réali-
sation d'un de nos objectifs, qui est de fournir des matériaux d'un contenu
plus pertinent.

Essai de définition de l'histoire africaine

D a n s le dernier quart du x x e siècle, il est manifestement anachronique de se


demander si l'histoire africaine existe ou non. Il y a maintenant plus de dix ans
que l'on a réfuté les arguments des détracteurs de l'histoire africaine, dont le
plus sévère était le professeur Trevor Roper, de l'Université d'Oxford. E n fait,
dès le milieu des années soixante, la majorité des spécialistes avaient admis,
pour reprendre les termes d'un eminent spécialiste de l'Afrique de l'Est, que
l'histoire africaine faisait partie intégrante de l'étude de l'humanité et que, sans
elle, aucune histoire mondiale ne pouvait être complète 2 . Mais ce qui semble
donner lieu à certaines controverses depuis quelques années, c'est la signifi-
cation exacte du terme « histoire africaine » et ce qu'il faut mettre au premier
plan quand o n traite ce sujet. Il s'agit de l'histoire d u continent qui « met
l'accent sur les activités africaines, les adaptations africaines, les choix afri-
cains, les inititatives africaines », etc.3. Quelle place ce type d'histoire doit-il
accorder à l'analyse de phénomènes tels que le rôle du facteur impérialiste
au cours de la période coloniale et les activités des communautés blanches qui
ont immigré dans certaines parties du continent?
L e problème de la définition de l'histoire africaine se pose de façon parti-
culièrement aiguë dans le cas de l'Afrique australe, où les choses sont encore
compliquées non seulement par le caractère pluraliste de la population, mais
aussi par les rudes réalités des problèmes politiques contemporains. E n effet,
nous nous trouvons ici devant une situation où l'expérience de la population
La place de l'histoire de l'Afrique australe 61
dans les programme scolaires

africaine — pourtant majoritaire — est restée très longtemps ignorée des spé-
cialistes qui étudiaient l'histoire de la région. Pour tenter de retrouver cet
aspect de l'histoire de l'Afrique australe — décrit par Leonard T h o m p s o n
c o m m e « le facteur oublié 4 » — une série d'ouvrages, c o m m e celui de T h o m p -
son lui-même, African societies in Southern Africa, et une récente Oxford
history of South Africa en deux volumes ont mis fortement l'accent sur le thème
de l'interaction et fait ressortir la dynamique de l'histoire interne des peuples
africains avant leurs contacts avec les Blancs. Il apparaît donc que le terme de
« facteur oublié », qui pourrait être interprété c o m m e une référence à l'histoire
de l'ensemble des populations non blanches d'Afrique du Sud, ne se rapporte
en fait qu'à l'étude des sociétés africaines de la région avant la conquête. Cela
ne constitue pas, et, selon nous, ne vise pas à constituer une définition satis-
faisante de l'histoire africaine, car il est bien évident que l'histoire africaine
s'est poursuivie au cours des périodes coloniale et post-coloniale.
Les tentatives faites pour africaniser l'histoire de l'Afrique australe n'ont
pas encore, semble-t-il, obtenu un grand succès. Si africaniser l'histoire de la
région signifie donner à la participation africaine la place qui lui revient dans
l'exercice de l'initiative historique, nous en s o m m e s apparemment encore
très loin. E n faisant cette observation, nous ne voulons pas dénigrer la contri-
bution très importante que nous devons à des spécialistes c o m m e O m e r -
Cooper, Shula M a r k s et d'autres, qui ont réellement placé les Africains au
centre des événements qu'ils relatent5. Mais, c o m m e H y a m l'a fait remarquer
récemment, les africanistes risquent, dans leur effort pour rétablir l'équilibre,
d'être tentés d'affirmer qu'une histoire de l'Afrique australe centrée sur les
Africains doit nier l'importance du facteur impérialiste dans toute l'histoire des
populations africaines de cette région 6. Il est toutefois évident qu'une telle
affirmation serait inacceptable, car elle ferait simplement écho à l'argumenta-
tion des détracteurs de l'histoire africaine, aujourd'hui discrédités. C o m m e le
souligne encore H y a m , la seule différence entre les deux argumentations est
que les historiens africanistes laisseraient entendre qu'il n'y a pas eu d'histoire
des activités européennes en Afrique, alors que les anciens adversaires de
l'histoire africaine affirmaient que l'Afrique n'avait pas eu d'histoire avant
l'arrivée des Européens 7. D ' u n autre côté, il paraît très difficilement justi-
fiable de considérer c o m m e centrés sur les Africains des travaux qui traitent,
ou affirment traiter, de l'interaction entre des peuples ayant des origines, des
langues et des technologies différentes, en tant que thème essentiel de l'histoire
d'une société.
D e u x spécialistes ont proposé récemment une définition combinant deux
éléments qui leur paraissent importants pour l'histoire africaine: le point de
vue géographique et le souci de centrer l'étude de l'Afrique sur les problèmes
locaux. Atmore et M a r k s ont écrit : « Par histoire africaine, nous entendons
l'histoire de toutes les sociétés d'Afrique, quelles soient noires ou blanches,
62 Balam Nyeko

faite d'après l'étude des sources locales et en se plaçant du point de vue des
habitants d u pays, plutôt que de celui de la métropole 8. »
Implicitement, cette définition attribue une place relativement secondaire
au facteur impérialiste — la métropole — dans l'évolution passée du continent.
Elle conviendrait certainement à beaucoup d'autres régions d'Afrique, mais il
est évident qu'elle s'applique parfaitement à l'Afrique australe, o ù le problème
des rapports entre Noirs et Blancs est particulièrement aigu. Cette définition
tient compte d u « facteur oublié » et nous semble être la plus appropriée pour
le m o m e n t . E n outre, sur u n plan plus général, elle ne paraît pas contredire la
proposition d'Ogot sur « la meilleure manière d'aborder l'histoire de
l'Afrique », qui consiste à essayer d'« étudier c o m m e n t les différentes entités
historiques d u continent ont évolué... et quelles phases de croissance il est
possible de définir dans le processus d'évolution » 9.

Les particularités de l'historiographie


de l'Afrique australe

D a n s l'introduction du premier volume de VOxford history of South Africa,


Monica Wilson et Leonard T h o m p s o n ont dégagé les traits qui distinguent
l'histoire de l'Afrique d u Sud de celle d u reste du continent10. L'analyse des
différents aspects de cette histoire a toujours été compliquée par la stratification
rigide de la société pluraliste de l'Afrique du Sud. Il en est résulté que l'atten-
tion accordée à u n groupe particulier a pesé lourd dans les ouvrages historiques
consacrés à l'Afrique d u Sud. C e qui aurait dû être l'histoire de l'ensemble
de la région et de sa population s'est réduit, dans la plupart des ouvrages, à
une défense partiale des points de vue d'un groupe vis-à-vis de ceux des autres.
Cela est particulièrement vrai pour les relations entre les Britanniques et les
Afrikaners au xixe siècle. D a n s les cas des Afrikaners, par exemple, o n a vu
apparaître une école de pensée pour laquelle les fermiers afrikaners étaient
des victimes, et les administrateurs britanniques des gens qui s'étaient immiscés
à tort dans les relations entre les Afrikaners et les Africains. A u contraire, les
apologistes de l'action britannique en Afrique du Sud soulignaient que les
Britanniques avaient eu une attitude purement humanitaire et avaient tenté
de rogner les ailes des Afrikaners11. Ces interprétations opposées de l'histoire
de l'Afrique du Sud n'ont généralement plus cours, mais la tendance persiste
à traiter d ' u n point de vue assez étroit les relations entre Britanniques et
Afrikaners, ce qui est probablement u n vestige des approches antérieures.
M ê m e dans les ouvrages les plus récents, o n ne prend guère en compte la
dimension africaine dans ces relations12.
Les directeurs de publication de V Oxford history déplorent également le
fait qu'eux-mêmes et leurs collaborateurs sont tous des Blancs dont le point
La place de l'histoire de l'Afrique australe 63
dans les programmes scolaires

de vue diffère de celui des Africains qui forment la majorité de la population


qu'ils étudient. O n peut évidemment faire remarquer que les Africains eux-
m ê m e s n'échappent pas au « particularisme de groupe » quand ils traitent de
l'histoire de l'Afrique australe. E u x aussi ont des griefs à formuler contre
l'ensemble de la population blanche; très souvent, la colère des Africains s'est
dirigée contre les Boers, considérés par certains groupes africains c o m m e
moins redoutables que les Britanniques13. Il reste donc difficile d'obtenir de
la population africaine locale un traitement impartial de son histoire. E n raison
des passions que les luttes politiques actuelles suscitent parmi cette population,
il ne serait guère réaliste de l'exiger. D'autres obstacles, tels que le m a n q u e
de moyens matériels et financiers, empêchent les Africains de se consacrer
aux recherches historiques.
Si les paragraphes qui précèdent concernent l'Afrique d u Sud plutôt
que l'Afrique australe, telle que nous l'avons définie au début de cette étude,
cela tient à la grande influence que la République exerce sur ses voisins. Cette
influence est elle-même u n des thèmes de l'histoire de l'Afrique australe qui
justifient le plus son enseignement dans les établissements scolaires et univer-
sitaires de la région. Il nous faut maintenant parler de la place qui doit être
reconnue à l'histoire de l'Afrique australe.

L'histoire de l'Afrique australe


dans les programmes scolaires et universitaires
Les buts de l'enseignement et de l'étude de l'histoire ont tous été exposés par
un certain nombre de spécialistes et nous n'avons pas l'intention d'y revenir
ici. Mais c o m m e , dans les Etats africains indépendants en particulier, o n s'est
parfois demandé s'il était justifié de consacrer des s o m m e s importantes à l'en-
seignement d'une matière « non productive » c o m m e l'histoire, alors que la
préoccupation essentielle y était le « développement » M , il n'est pas inutile
de dire quelques mots de l'intérêt présenté par l'histoire africaine. L'histoire
nous enseigne le passé, et, ce faisant, elle nous aide à comprendre le présent1S.
Bien entendu, elle n'apprend pas à éviter les erreurs commises antérieurement.
D a n s le cas particulier de l'Afrique contemporaine, l'enseignement de l'histoire
africaine se justifie par toute une série de raisons qui dépassent sa simple valeur
culturelle. Les gouvernements des Etats indépendants n'ont pas seulement mis
l'accent sur la nécessité de chercher des données sur le passé afin que l'Afrique
retrouve sa dignité dans la période post-coloniale; ils ont aussi voulu souligner
que l'histoire devait contribuer à l'édification nationale. Ainsi, à la fin des
années soixante, au m o m e n t o ù l'Afrique semblait submergée par le « triba-
lisme », les départements d'histoire insistaient sur des thèmes de l'histoire
africaine tels que la formation de l'Etat, la constitution de grandes entités
politiques, la création d'un sentiment d'unité, etc., tendances qui se sont parti-
64 Balam Nyeko

culièrement manifestées en Afrique au début du xixe siècle. O n mettait en relief


les exploits de Shaka dans le royaume Zulu, les méthodes de construction
nationale de M o s h w e s h u w e au Lesotho et de Sobhuza I et Mswati au Swaziland,
en reléguant au second plan les influences qui tendaient à diviser les sociétés
africaines16.
Autrefois, l'histoire africaine était avant tout une histoire politique:
les spécialistes de l'Afrique pré-coloniale s'intéressaient aux origines des peuples
ou des Etats et à l'évolution de leurs systèmes politiques; de leur côté, ceux qui
étudiaient la période coloniale s'attachaient à décrire les efforts des Africains
pour parvenir à une organisation politique moderne et la façon dont ils avaient
« arraché » leur indépendance politique aux gouvernements des métropoles.
D a n s bien des cas, l'histoire de l'Afrique pré-coloniale se réduisait presque
entièrement à une histoire des cours royales, car les données étaient fournies
par ces cours et concernaient les règnes des différents souverains. C e n'était
pas une histoire du peuple 17 . D ' u n autre côté, les études sur les mouvements
politiques modernes en Afrique pendant la période coloniale étaient entachées
d'élitisme et traitaient d'une poignée d'Africains instruits qui avaient acquis
une certaine notoriété grâce à leur éducation occidentale.
Depuis quelque temps, cependant, les historiens s'intéressent aux pro-
blèmes sociaux et économiques, et non plus uniquement à l'évolution politique.
D a n s le cas de l'Afrique australe telle que nous l'avons définie, par exemple,
un certain nombre d'études ont été consacrées dernièrement aux causes d u
sous-développement africain, aux facteurs qui expliquent l'apparition d'une
paysannerie africaine, aux bases socio-économiques de l'apartheid, aux origines
de la richesse, du pouvoir et des privilèges des Blancs, etc.
Si l'on adopte u n point de vue moderne — c'est-à-dire si l'on cherche à
comprendre le présent — ces études portent sur les aspects de l'histoire de
l'Afrique australe qui sont de loin les plus intéressants. Elles ont aussi le mérite
d'avoir une base plus large que les chroniques des cours royales.
E n outre, une discussion s'est ouverte sur l'importance de la période
coloniale dans l'ensemble de l'histoire africaine. C o m m e la plupart des c o m -
munautés africaines n'ont subi la domination coloniale que pendant soixante-
dix ans environ, certains historiens se sont demandé si on ne lui attribuait pas
une importance exagérée18. Cependant, la majorité d'entre eux reconnaissent
que, si la domination coloniale n'a été qu'un épisode dans la longue histoire
du continent, cet épisode a été important et ses conséquences se font encore
sentir de nos jours. Il semble pourtant peu justifié de le traiter séparément du
reste de l'histoire de l'Afrique. E n Afrique australe en particulier, où les contacts
entre Noirs et Blancs durent depuis plus de trois siècles et ont eu des répercus-
sions importantes pour les deux communautés, parler d'histoire africaine
« pré-coloniale » et d'histoire « coloniale » n'a guère de sens, car il n'y a pas
de rupture nette entre ces deux périodes19.
La place de l'histoire de l'Afrique australe 65
dans les programmes scolaires

L'intérêt que suscite actuellement l'Afrique australe tient à la montée


d'une c o m m u n a u t é blanche riche et puissante et, d'autre part, à celle d'une
majorité noire pauvre et sans pouvoir. Cette remarque est également valable
pour les relations entre l'actuelle République d'Afrique du Sud et ses voisins
— en particulier les Etats enclavés du Botswana, du Lesotho et d u Swaziland —
et les anciennes colonies portugaises, qui ont été pendant quelque soixante
ans des clients économiques de l'Afrique du Sud. Il serait donc utile que les
spécialistes se penchent sur l'évolution historique qui a abouti à cette situation.
E n outre, ils auraient apparemment intérêt à considérer la région c o m m e u n
ensemble intégré, ayant une histoire c o m m u n e .

Notes

1. Voir, à titre de comparaison, Roland Oliver, « Western historiography and its relevance
to Africa », dans T . O . Ranger (dir. de publ.), Emerging themes of African history,
p. 55, Nairobi, 1968.
2. B . A . Ogot, « S o m e approaches to African history », dans Ogot (dir. de publ.), Hadith I,
p. 2, Nairobi, 1968.
3. Terence Ranger, « Introduction », dans T . O . Ranger (dir. de publ.), Emerging themes
of African history, p. xxi, Londres, Heinemann Educational, 1969.
4. Leonard Thompson, « The forgotten factor in Southern African history », dans
L . Thompson (dir. de publ.), African societies in Southern Africa, p. 1-23, Londres,
1969.
5. J. D . Omer-Cooper, The Zulu aftermath (Londres, 1966), et Shula Marks, Reluctant
rebellion (Londres, 1969) constituent des jalons importants dans l'historiographie
de l'Afrique australe.
6. R . H y a m , « Are we any nearer an African history of South Africa ? » article paru
dans HistoricalJournal, X V I , 3, p. 616-626,1973.
7. Ibid.
8. A . Atmore et S. Marks, « The imperial factor in South Africa in the nineteenth century :
towards a reassessment », The Journal of Imperial and Commonwealth History, III,
1, p. 132, 1974.
9. Ogot, « S o m e approaches », op. cit.
10. M . Wilson et L . Thompson (dir. de publ.), The Oxford history of South Africa, vol. I,
préface, 1969.
11. Voir, à titre de comparaison, S. Marks, « Historians and South Africa », dans J. D .
Fage (dir. de publ.), Africa discovers her past, p. 83-89, Londres, 1970, et D . Denoon,
Southern Africa since 1800, p. 230-233, Londres, 1972.
12. S. Marks, «African and Afrikaner history», article paru dans le Journal of African
History, XI, 3, p. 435-447,1970.
13. Les recherches menées au Swaziland indiquent que les Swazi, dans leur ensemble,
considéraient les Britanniques c o m m e un moindre mal par rapport aux Boers.
14. Voir William Ochieng, « African history in post-colonial reconstruction », East African
Journal, vol. 9, n° 6, p. 14-17, juin 1972; cet article a été inclus par la suite dans le
recueil d'essais du m ê m e auteur intitulé Thefirstword: essays on Kenya history,
Nairobi, 1975.
66 Balam Nyeko

15. E . H . Carr, What is history, p. 26, Penguin Books, 1961, cité par Ochieng, op. cit.
16. M e m o r a n d u m du département d'histoire du comité d'inspection, Université de M a k e -
rere, 1970. Incidemment, le comité a déclaré par la suite dans ses recommandations
qu'une des matières qui ne devaient pas être enseignées à Makerere était l'histoire
de l'Afrique australe. Il ne donnait aucune raison pour justifier ce point de vue.
Voir le rapport du comité pour 1970.
17. L'expression est du professeur D . Denoon, dans Peoples' history, leçon inaugurale à
l'Université de Nouvelle-Guinée-Papouasie, 1973.
18. Il existe une abondante littérature sur l'ensemble de cette question, mais on aura
intérêt à lire en particulier J. F . A . Ajayi, «Colonialism: an episode in African
history », dans L . H . G a n n et Peter Duignan (dir. de publ.), Colonialism in Africa,
vol. I, Cambridge University Press, 1969.
19. Pour un point de vue intéressant sur ce thème, voir le compte rendu fait par S. Marks
de l'ouvrage de D . Denoon, Southern Africa since 1800 dans le Journal of African
History, X V , 3, p. 491-493, 1974, où elle écrit que les principaux défauts du livre
sont liés à la compréhension insuffisante qu'avait D e n o o n de la nature des sociétés
pré-coloniales d'Afrique australe.
La recherche au Botswana

A . C. Campbell

Avant 1950, le D r Weyland a recueilli sur le sol une importante collection


d'objets de pierre dans tout le Botswana. Cette collection a été examinée par
C . K . Cooke qui publiera sous peu une description détaillée d'un échantillon
de ces objets, avec des cartes indiquant leur répartition géographique.
J. Yellen et P . Draper ont fouillé un site dans une cuvette proche de la
frontière entre le nord-ouest du Botswana et la Namibie. Ils ont trouvé des
sites d'implantation permanente à la fin de l'âge de la pierre remontant à
6 000 ans avant notre époque et, immédiatement au-dessous, des niveaux de la
fin de l'âge de la pierre m o y e n . Parallèlement, ils ont entrepris de dresser une
carte des sites San occupés ou abandonnés dans le voisinage, et ils tentent
d'établir une correspondance entre cette carte et les résultats des fouilles.
E . Wilmsen fait des fouilles à une cinquantaine de kilomètres au sud
de Yellen, également dans une cuvette. Les objets étudiés sont répartis autour
du centre de la cuvette. II fait également des recherches sur le régime alimen-
taire local des San, etc., et tente d'établir des correspondances c o m m e ci-
dessus.
H . Esche travaille à K w e n e n g sur les San en général, et plus particulière-
ment sur l'histoire des brûlis dus, d'une part, aux San, d'autre part à des pas-
teurs, afin d'observer leurs effets sur la végétation et la faune sauvage.
R . Pahl a travaillé sur des sites de l'âge de la pierre, autour de Kanye
datant principalement des débuts de l'âge de la pierre m o y e n .
J. Ebert et R . Hitchcock ont surtout travaillé autour de Makgadikgadi,
sur les côtes et les plages anciennes, en utilisant la méthode des coupes. Ils ont
également étudié le climat et disposent d'une quantité considérable de données
concernant les peuplements de l'âge de la pierre (leurs effectifs?), leur m o d e
de vie, etc. Ils ont également procédé à des études écologiques sur les activités
des San le long du fleuve Nata à l'époque moderne.
M . Tamplin a fait une courte étude sur les sites préhistoriques de l'est
du Botswana (quarante sites environ) et il analyse actuellement les matériaux
recueillis, qui remontent pour la plupart à l'âge du fer.
M a s o n et G . Cohen ont fouillé un puits dans une mine de pierre spéculaire
au sud-est du Botswana. Revil M a s o n a également examiné les plans actuels des
68 A. C. Campbell

villages K w e n a et Kgalagadi, pour les comparer aux fouilles de l'âge de la


pierre de Broederstroom et Olifantspoort.
L . Lepionka a fouillé un vaste site au sommet d'une colline à l'est du
Botswana, où il a dégagé 250 000 restes d'animaux, qui fournissent de bonnes
indications sur le régime alimentaire entre ± 1 400 et 1650 de notre ère. Il se
propose de revenir et de procéder à des études sur l'âge du fer semblables à
celles de Huffnam en Rhodésie.
E . Hanisch travaille au confluent du Shashe et du Limpopo et a découvert
d'intéressantes poteries du type Leopard's Kopje K 2 et Zhiza; des poteries
analogues, quoique légèrement différentes, non encore localisées au Transvaal,
pourraient indiquer une migration en provenance de l'ouest.
R . Pahl a entrepris des fouilles sur l'âge du fer près de Kanye et a recueilli
beaucoup de données historiques orales auprès des Ngwaketse, qui revendiquent
la possession du site fouillé.
B . O ' C o n n o r recueille de la musique traditionnelle dans tout le Botswana.
Ses découvertes seront analysées par la Library of African Music du R o y a u m e -
Uni.
Richard Lee, Ide Vore, H . Harpending, M . Konner, M . Shustak et
d'autres chercheurs liés à l'Université Harvard étudient depuis dix ans la
culture San et en particulier le m o d e d'utilisation des ressources.
A u cours des sept dernières années, la Botswana Society a patronné trois
colloques sur les sujets suivants: Développement rural; Régularité de la pro-
duction dans les zones semi-arides; L'Okavango et son exploitation future.
L a Société a également patronné la recherche, dans la mesure de ses
moyens, en fournissant des crédits pour l'enregistrement des traditions orales,
l'étude de la musique traditionnelle et la recherche archéologique. Elle publie
une revue annuelle, Botswana notes and records, qui contient des articles scien-
tifiques, semi-scientifiques, etc.
L a promotion des études historiques
à l'Université nationale du Lesotho

Elleck K . Mashingaidze

Buts et objectifs généraux du Département d'histoire

Ces buts sont énoncés dans le prospectus du département The Department of


History 1976J77) et dans Y Annuaire de l'université. L e programme d'enseigne-
ment de l'histoire offre une grande variété de cours, qui ont été conçus pour
donner aux étudiants du premier cycle des connaissances générales sur l'histoire
de l'Afrique, en insistant particulièrement sur l'Afrique australe. D e s cours
sont également faits sur l'histoire de l'Europe, de la Russie et de la Chine
moderne, et des Etats-Unis d'Amérique depuis la révolution. Il existe en outre
un cours spécialement conçu pour familiariser les étudiants avec les problèmes
méthodologiques des études historiques.
Les étudiants de dernière année doivent rédiger des mémoires de
recherche. Ils suivent pour cela des séminaires et soumettent aux directeurs
d'études des notes sur l'état d'avancement de leur travail.
U n nouveau cours sur « Le Lesotho et l'Afrique australe » a été créé.
Il ne s'adresse actuellement qu'aux étudiants de première année, mais on espère
que cette matière deviendra obligatoire pour tous les étudiants en histoire.
Entre autres obligations, les étudiants de première année doivent participer à
des excursions historiques avec leurs professeurs. Ces excursions sont destinées
à familiariser les étudiants avec leur milieu ; ils visitent des lieux qui présentent
u n intérêt historique, en particulier des sites pouvant remonter à l'âge d u fer.
Il convient de souligner ici que, faute de crédits et de spécialistes, l'âge d u fer
n ' a pas encore fait l'objet de fouilles au Lesotho, bien que des sites prometteurs
aient été localisés. N o u s espérons que des travaux seront entrepris sur l'âge
du fer, peut-être avec l'aide de l'Unesco. E n fait, le nouveau cours sur l'histoire
du Lesotho et de l'Afrique australe ne prendra sa véritable signification qu'une
fois ces recherches accomplies.
70 Elleck K. Mashingaidze

L e programme d'enseignement de l'histoire

Programme général du B.A.

L'historien et la reconstitution d u passé:


le Lesotho et l'Afrique australe.
L'Europe: du xive au x v m e siècle.
L'Afrique jusqu'en 1800.
L'Afrique de 1800 à nos jours.
Historiographie et méthodologie.
Histoire régionale: a) Afrique orientale; b) Afrique occidentale; c) Afrique
centrale ; d) Afrique du Nord.
L'Europe de 1789 à 1917.
Grands thèmes de l'histoire du x x e siècle.
La Russie moderne.
Les Etats-Unis d'Amérique depuis la révolution.
L'Afrique australe de 1800 à 1890.
L'Afrique australe de 1890 à nos jours.
Dissertation ou mémoire. (Ce cours comprend des séminaires et la présentation
aux directeurs d'études de notes sur l'état d'avancement du travail.)
Les innovations religieuses en Afrique coloniale.
N . B . Tous ces cours ne sont pas donnés la m ê m e année.

B.A. Honours (neuf épreuves écrites)

lre année:
L'Afrique depuis 1800.
U n des sujets suivants: a) Histoire de l'Afrique occidentale; b) Histoire de
l'Afrique orientale; c) Histoire de l'Afrique d u N o r d ; d) Histoire de
l'Afrique centrale.
Histoire de l'Europe depuis 1760.
2 e année:
Trois des sujets suivants: a) L a traite négrière; b) Histoire économique de
l'Afrique; c) Histoire de l'Islam en Afrique; d) Le panafricanisme; e) Les
innovations religieuses en Afrique coloniale;/) Nationalisme et minorités;
g) L a littérature africaine et l'Afrique du Sud moderne; h) L a révolution
dans le m o n d e moderne.
3 e année :
Histoire du Lesotho et de l'Afrique du Sud moderne depuis 1800 (sujet spécial).
Historiographie et méthodologie historique.
La promotion des études historiques 71
à l'Université nationale du Lesotho

Dissertation
Il s'agit d'un travail de 1 500 mots au m a x i m u m , présentant soit des matériaux
nouveaux, soit une analyse nouvelle des matériaux existants. Le sujet est choisi
par l'étudiant en accord avec les professeurs.

Hautes études universitaires


Le Département compte un étudiant préparant le M . A . qui fait des recherches
sur l'histoire économique du Lesotho.

Recherche

Le Département comprend cinq enseignants qui se consacrent tous à la


recherche. Cela s'explique par de multiples raisons; je n'en mentionnerai que
quatre :
1. L a recherche est prévue dans notre contrat.
2. N o u s entreprenons des recherches pour faire progresser le savoir.
3. L a revue publiée par notre Département, Mohlomi, Journal of Southern
African historical studies, nous incite à faire des recherches.
4. Notre nouveau cours sur le Lesotho et l'Afrique australe ne pourra être
viable que si chacun de nous fait des recherches.

Travaux de recherche du personnel enseignant


Professeur et directeur du département: G . M . Haliburton, M . A . (Dal.),
B . E d . (Acad.), P h . D . (Londres). Sujets de recherche: Mouvements reli-
gieux, activités missionnaires en Afrique. Actuellement, s'intéresse en parti-
culier aux activités missionnaires au Lesotho.
Maîtres de conférences : S. I. Mudenge, B . A . (York, Royaume-Uni), Ph. D .
(Londres). Sujets de recherche: Histoire de l'empire Rozvi. C o m m e r c e et
politique dans le sud de l'Afrique centrale, le centre du Mozambique, le
sud-est de la Zambie et le Zimbabwe au xvu e et au x v m e siècle. Histoire
du M o n o m o t a p a au x v m e siècle. Histoire du Pius xn College. R o m a .
Chargés de cours : J. J. G u y , B . A . (Natal), Ph. D . (Londres). Sujets de recherche :
Histoire du Natal et du Zululand depuis les origines, et plus particulière-
ment au xixe et au x x e siècle. Les formations sociales précapitalistes en
Afrique australe, et en particulier les effets de l'environnement sur les sociétés
humaines. Réactions individuelles au processus de prolétarisation en
Afrique australe.
E . K . Mashingaidze, B . A . ( U B L S ) , D . Phil. (York, Royaume-Uni). Sujets
de recherche: Rapports entre l'impérialisme britannique et les missions chré-
tiennes en Afrique centrale. Activités missionnaires dans le Mashonaland.
Histoire africaine en Rhodésie du Sud. Innovations religieuses en Rhodésie
72 Elleck K. Mashingaidze

du Sud. Mouvements de résistance en Afrique centrale. Initiatives religieuses


africaines en Rhodésie du Sud.
L . B . J. Machobane, A . A . (Piney W o o d s ) , B . S. et M . Ed. (Tuskegee), M . A .
(Lehigh). M e m b r e du Département depuis juillet 1976. Sujets de recherche:
Histoire du Basotho. Le chef Motsoene et la politique du Lesotho. Histoire
du Leribe en tant que pays distinct. Les romans du Lesotho c o m m e moyens
d'enseigner l'histoire.

Séminaires

Le département organise régulièrement les séminaires suivants :


1. Séminaires du premier cycle.
2. Séminaires de niveau supérieur.
3. Séminaires Mohlomi — pour les enseignants permanents et invités.
Ces séminaires sont ouverts au public.

Conférences-stages d'études pratiques

U n stage d'études pratiques d'histoire sur les modes de production a eu lieu


au Département en juillet 1976. U n e conférence internationale sur l'histoire
de l'Afrique australe est en cours d'organisation et se tiendra du 1 e r au 7 août
1977. D e cinquante à soixante historiens, dont un certain nombre d'experts
présents à cette réunion de l'Unesco, y participeront.

Publication du Département

Le Département d'histoire de l'Université nationale du Lesotho publie une


revue, Mohlomi, journal of Southern African historical studies, dont je tiens un
certain nombre d'exemplaires à la disposition des intéressés. Toutes les contri-
butions à cette revue seront accueillies avec reconnaissance. Le Département
prévoit également de publier, après les avoir révisés, des mémoires d'étudiants.

Autres activités visant à promouvoir


les études historiques

Le Département accorde u n grand intérêt à la préservation des archives du


Lesotho. Je fais m o i - m ê m e partie, avec un de mes collègues, du Comité national
des archives. E n notre qualité de représentants de l'université au sein de ce
comité, nous sommes actuellement en pourparlers avec le gouvernement, dont
le siège est à Maseru, en vue du transfert des Archives nationales à l'Uni-
versité de R o m a .
La promotion des études historiques 73
à l'Université nationale du Lesotho

U n autre de m e s collègues fait partie du Comité de préservation, qui est


responsable de la protection des sites et des bâtiments présentant une valeur
historique. Je devrais peut-être signaler que ce comité a également récupéré une
grande quantité de documents précieux provenant de différents districts d u
Lesotho — une partie de cette documentation est maintenant conservée dans
des caisses à la bibliothèque de l'Université de R o m a .
U n e campagne est prévue pour recueillir les traditions orales.
Peut-être devrais-je également signaler ici que des plans relatifs à la
création d'un institut d'études de l'Afrique australe sont en cours d'exécution.
Cette entreprise intéresse beaucoup le Département d'histoire, mais je ne suis
pas en mesure actuellement de fournir de plus amples informations à ce sujet.
L a recherche historique au Malawi

J. B . Webster

Sauf circonstances imprévues, la domination des étrangers sur l'historiographie


du Malawi a pris fin; elle a atteint son point culminant juste avant le départ
de m o n prédécesseur, qui s'est accompagné d'un flot de publications. Contrai-
rement à lui, j'ai hérité d'un département entièrement africain; par ailleurs, je
ne suis pas spécialiste du Malawi et il est peu probable que je le devienne. M e s
collaborateurs ont le désir sain et naturel d'apporter au m o n d e une interpré-
tation malawienne de l'histoire du Malawi. Je considère que m o n rôle per-
sonnel à l'Université est d'encourager, de faciliter et de critiquer cette initiative
malawienne. Le Département d'histoire du Chancellor College organise chaque
semaine u n séminaire de recherche pendant toute l'année universitaire. N o s
étudiants de dernière année doivent présenter à ce séminaire un mémoire rédigé
à partir de matériaux originaux, oraux ou écrits. O n trouvera ci-dessous u n
résumé des recherches menées actuellement au Malawi.

Recherches historiques actuelles au Malawi

A . H . K . Bhila, Evolution du commerce précolonial en pays Shona, 1600-1900.


0 . J. Kalinga, Les Etats précoloniaux de Ngonde et Ulambya au nord du
Malawi, 1600-1900.
Kings Phiri, L'histoire précoloniale du peuple Chewa.
J. B . Webster, Etude approfondie de la chefferie Y a o de Kawinga.
Elias Mandai, Les Etats Kololo, dans la basse vallée du Shire, au xixe siècle.
Z . Kadzamira, L a planification du développement au Malawi à l'époque
moderne.
1. L a m b a , Le développement de l'éducation occidentale au Malawi.
G . Ngomezulu, Etude de soixante sites préhistoriques de l'âge de la pierre et
de l'âge du fer dans le district de Dedga.
R . Greenstein, Les ulémas musulmans du Malawi.
76 / . B. Webster

Le projet Zamba

Tous les membres du Département d'histoire de l'Université du Malawi exé-


cutent un projet collectif de recherche historique sous la direction de Z . Kadza-
mira. D e s professeurs, assistés par des étudiants de dernière année, vont
recueillir des traditions orales dans trois districts, Chiradzulu, Z a m b a et Kasupa.
Cette région présente une diversité ethnique inhabituelle — on y trouve des
Chewa, des Y a o , des Ngoni et des L o m w a — et le but du projet est de retracer
l'histoire de l'arrivée et de l'établissement de chacun de ces peuples.

M a n u e l pour les enseignants des écoles secondaires

Des membres du personnel enseignant présenteront d'avril à juillet 1977 des


mémoires de séminaire sur des thèmes de l'histoire d u Malawi. U n e fois exa-
minés et révisés, ces travaux seront soumis à une conférence de professeurs du
secondaire, pour former ensuite les chapitres d'un manuel d'enseignement de
l'histoire du Malawi.
L a recherche historique au Swaziland

N . M . Bhebe

Les recherches sur le Swaziland commencent à peine, de sorte qu'il n'existe


aucun matériel d'enseignement, pas plus pour les temps anciens que pour
l'époque contemporaine, dans les écoles primaires et secondaires c o m m e à
l'université. Les travaux effectués continuent à se présenter sous forme de
thèses.
Trois chercheurs ont travaillé ou travaillent encore à des thèses de
doctorat d'histoire portant sur le Swaziland: Philip Bonar a soutenu à l'Uni-
versité de Londres une thèse sur le Swaziland de 1820 à 1880; Balam N y e k o se
prépare à soutenir une thèse sur les concessions au Swaziland; Francis M a s -
hasha prépare un doctorat à Oxford sur l'histoire coloniale des Swazi.
Hild Kuper, le célèbre anthropologue, continue de s'intéresser au Swazi-
land; il a publié récemment une biographie de Sa Majesté le roi Sobura II.
L'Histoire du Swaziland due à un amateur, J. S. Matsebula, reste le seul
ouvrage utilisé au Swaziland à tous les niveaux de l'enseignement.
Les archives sont restées fermées au public pendant longtemps en raison
du manque de locaux et de personnel. Mais le bâtiment est maintenant terminé
et nous espérons que les archives seront ouvertes à la fin de l'année 1977.
Le travail muséographique est mené activement et le gouvernement
c o m m e le public collaborent à la collecte des objets culturels et des autres
aspects de la civilisation des Swazi et des peuples voisins.

Recherche archéologique

U n e équipe de l'Unesco, travaillant sous la direction du D r David Price-


Williams, du City University College de Londres, fera des recherches au Swazi-
land pendant les cinq années à venir. La coopération est parfaite entre le Dépar-
tement d'histoire et l'équipe de l'Unesco. Des étudiants en histoire sont mis à
la disposition de l'équipe et leurs dépenses sont remboursées par le Départe-
ment. Ces étudiants sont tenus de rédiger des mémoires sur les travaux qu'ils
réalisent avec elle. L'université a scellé cette coopération en n o m m a n t M . Price-
Williams directeur de recherche honoraire. A la demande du Département,
78 N. M. Bhebe

Price-Williams et son équipe donnent des cours publics et dirigent des sémi-
naires fondés sur leurs travaux.

L e Département

Pour encourager la recherche, le Département d'histoire a organisé un pro-


g r a m m e de préparation au M . A . fondé sur les cours et la recherche. La
recherche porte sur des thèmes de l'histoire des Swazi.
A u niveau du B . A . , les étudiants doivent rédiger des mémoires sur les
traditions orales. O n insiste plus sur les traditions elles-mêmes que sur leur
synthèse.

Personnel enseignant
r
Le D r H . W . Macmillan fait des recherches sur la période coloniale. Le D
W . N . Parsons étudie l'histoire de l'économie paysanne des Swazi.

Cours

Il existe plusieurs cours sur l'Afrique en général et le Swaziland en particulier:


1. Histoire du Swaziland.
2. Le Swaziland et les pays avoisinants.
3. L'Afrique australe de 1800 à nos jours.
4. L'Afrique des origines à 1800.
5. L'Afrique de 1800 à nos jours.
6. L a diaspora africaine.
7. L'Afrique et le m o n d e depuis 1945.
8. Les mouvements de résistance en Afrique.
9. L'impérialisme en Afrique.

Stage d'études pratiques

Enfin, le Département sollicite une aidefinancièrepour organiser un stage


d'études pratiques sur l'histoire des Swazi, afin d'élaborer un- manuel
d'enseignement.

Institut d'études africaines

L'université envisage sérieusement la création d'un tel institut pour que des
travaux soient effectués sur l'Afrique australe.
L'enseignement et la recherche
sur l'Afrique australe
au Royaume-Uni

S. Marks

Université de Londres

Quatre membres du corps enseignant s'intéressent à cette région: le professeur


Richard Gray et les docteurs Birmingham, Roberts et Marks.
L'histoire de l'Afrique australe est enseignée au niveau d u B . A . dans le
cadre des trois grands cours sur l'histoire africaine, qui sont ouverts aux étu-
diants préparant u n diplôme d'histoire régionale, aux étudiants ayant choisi
l'histoire c o m m e discipline secondaire, ou à ceux qui préparent un diplôme
mixte d'histoire et d'anthropologie, o u d'histoire et d'une langue africaine.
E n outre, u n cours à option intitulé « Classe, couleur et capital en Afrique
australe depuis 1970 » sera ouvert à tous les étudiants d'histoire de l'université
à partir d'octobre 1977 (voir ci-après). Il existe un autre cours à option sur le
christianisme et les religions indigènes en Afrique centrale et orientale de 1850
à nos jours.
A u niveau d u M . A . , il existe des cours d'une année sur le Mozambique
et l'Angola et l'Afrique australe (« Conflits et interdépendance en Afrique aus-
trale au xixe et au X X e siècle »).
Des étudiants préparent des thèses de doctorat sur l'histoire de l'Afrique
australe; actuellement, une dizaine d'étudiants travaillent sur l'histoire de
l'Afrique du Sud, et quatre ou cinq sur le Mozambique, le Zimbabwe et la
Zambie.
L'Institute of C o m m o n w e a l t h Studies organise tous les quinze jours un
séminaire post-universitaire sur les « sociétés d'Afrique australe au xixe et
au x x e siècle ». Les communications présentées à ce séminaire sont réunies et
publiées chaque année sous forme de photocopies, qu'il est possible de se
procurer auprès de l'institut. Six volumes sont déjà parus et le septième est
sous presse.

Recherche au-delà du doctorat

U n projet de recherche s'étendant sur trois ans a été entrepris afin d'étudier la
80 S. Marks

formation de la classe ouvrière africaine en Afrique du Sud au X X e siècle. Il


a été confié à deux chercheurs, un historien, le D r Charles van Onseleer, et u n
anthropologue, le D r Maurette Sebisi.
L'exécution d ' u n projet de trois ans pour la collecte de matériaux sur
l'histoire sociale, économique et politique de l'Afrique australe vient de prendre
fin. U n e liste de références complète doit être publiée prochainement sur la
documentation disponible à Londres au sujet de l'Afrique australe, y compris
les matériaux qui viennent d'être rassemblés (l'accent étant mis sur les matériaux
éphémères et les documents intéressant les personnalités et les organisations
politiques africaines qui risqueraient d'être perdus).

Autres centres du R o y a u m e - U n i

Le Centre d'études sur l'Afrique australe de l'Université de York organise un


cours d'une année sur l'Afrique australe pour la préparation au B . Phil. L e
Centre organise également des conférences annuelles pour les étudiants d'his-
toire d'Afrique australe et en publie le compte rendu. Il compte deux o u trois
étudiants qui préparent u n doctorat et a réuni pendant trois ans des matériaux
sur l'Afrique australe.
L'Université du Sussex ne semble plus organiser de cours magistraux
sur l'Afrique australe, mais un groupe très important d'étudiants de doctorat
(six) y travaille sur l'Afrique du Sud au x x e siècle dans une perspective princi-
palement marxiste. Ils s'intéressent surtout aux sciences politiques.
A l'Université de Warwick ( D r Legassick — Département de socio-
logie), à l'Université d'Oxford ( D r Trapido, Institute of Commonwealth
Studies) et à l'Université d'Essex (Département de sociologie, D r Harold
Wolpe), d'importants travaux sont en cours sur l'Afrique d u Sud au X X e
siècle.
U n e nouvelle revue (1974) publiée par l'Oxford University Press, le
Journal of Southern African studies, présente des travaux d'histoire et de
sciences sociales sur la région. Les rédacteurs en chef sont le D r S . Trapido
(Oxford), le D r C . van Onseleer (Londres) et le D r S. Cross (Norwich). L e
comité de rédaction est présidé par le professeur J. Ranger.

Ecoles secondaires

Le département extérieur de la School of Oriental and African Studies accorde


une grande attention à l'enseignement de l'histoire d u tiers m o n d e dans les
écoles anglaises. Ses membres participent à des conférences sur l'histoire de
l'Afrique et de l'Asie et les problèmes contemporains organisées pour les
L'enseignement et la recherche 81
sur l'Afrique australe au Royaume-Uni

élèves de sixième année et pour les enseignants. Depuis un ou deux ans, l'Afrique
australe est assez bien représentée dans ces conférences.
U n guide pédagogique pour l'enseignement de l'histoire mondiale et
des problèmes contemporains (Sharpeville) en sixième année est en préparation.
Ses auteurs espèrent qu'il fera prendre conscience aux élèves des problèmes de
méthodologie historique, et en particulier des problèmes posés par la défor-
mation des nouvelles dans la presse, et qu'il les renseignera sur quelques-unes
des composantes structurelles de la situation en Afrique australe.

Proposition concernant une nouvelle matière à option

Classe, couleur et capital en Afrique australe,


de 1810 à nos jours

L a School of Oriental and African Studies prévoit d'organiser un cours d ' u n


an sur cette matière destiné aux étudiants préparant le B . A . Honours degree
en histoire ou un diplôme mixte, ce cours pourra aussi constituer une unité
de valeur pour un grade moins élevé (dans ce cas, il ne sera pas normalement
ouvert aux étudiants de première année). L'enseignement devrait commencer
au début de l'année universitaire 1977-1978.
Il sera donné sous forme de séminaires et aura deux objectifs principaux :
examiner l'impact de l'industrialisation sur les économies de la région à la
fin du xixe siècle et étudier les rapports entre la classe et la couleur dans le
contexte social, politique et économique en pleine évolution du sous-continent.
Pour les besoins de ce cours, l'Afrique australe comprendra l'actuelle Répu-
blique d'Afrique du Sud, la Rhodésie, la Zambie, le sud du Mozambique, le
Malawi, la Namibie et les anciens protectorats, le Lesotho, le Botswana et le
Swaziland. Cependant, l'enseignement portera principalement sur l'Afrique
du Sud.
Les sujets traités seront les suivants :
1. L'économie politique de la région à la veille de la découverte des gisements
miniers de l'Afrique du Sud.
2. L'or et les diamants: nature des découvertes, investissements en capital
et processus de travail.
3. L'évolution des politiques de la main-d'œuvre sur les terrains diamanti-
fères et dans le Witwatersrand. Le système des migrations de travailleurs,
les camps et le rôle de l'Etat dans le contrôle de la main-d'œuvre.
4. L a classe ouvrière blanche. L e syndicalisme. L a discrimination fondée sur
la couleur — préjugé ou protection nécessaire ?
5. L a naissance d'une économie sous-régionale. L a compagnie B S A au nord
du Limpopo.
82 S. Marks

6. L e facteur impérialiste: la guerre sud-africaine et l'unification de l'Afrique


du Sud.
7. Le développement de l'agriculture capitaliste: Afrique d u Sud, Rhodésie
et Malawi. Propriétaires et squatters.
8. Paysans africains et « réserves » africaines. Les lois sur la répartition des
terres en Afrique australe.
9. L e développement des industries secondaires et l'urbanisation. L a forma-
tion de classes chez les Blancs et les Noirs. L a discussion sur le capital
« national » et « international ».
10. L'industrialisation, l'urbanisation et l'idéologie de la ségrégation: Afrique
du Sud, Rhodésie et Zambie.
11. Les découvertes de minerais dans le copperbelt et l'évolution des stratégies
de la main-d'œuvre dans cette région. Travailleurs migrants, prolétari-
sation et « stabilisation ».
12. L'impact de la seconde guerre mondiale.
13. L'essor des Afrikaners en Afrique d u Sud. L a victoire nationaliste de
1948 — de la ségrégation à l'apartheid.
14. L a fédération d'Afrique centrale et son éclatement — conséquences
économiques.
15. L'apparition d'une classe ouvrière africaine. (Ce sera l'une des lignes
directrices de l'ensemble d u cours, qui décrira les différentes formes de
prise de conscience des ouvriers africains à différentes époques et dans
différentes régions : par exemple, les premières formes de protestation par
absentéisme, et jusqu'aux formes d'organisation plus structurées, c o m m e
le syndicalisme.) Conscience de classe et conscience nationale.
Cette liste de sujets n'est absolument pas exhaustive, mais elle vise à
montrer le c h a m p très large que peut couvrir cet enseignement. D ' u n e manière
générale, la méthode appliquée combinera l'approche chronologique et l'ap-
proche thématique et si, pour faciliter notre exposé, nous avons énuméré sépa-
rément les sujets, ils s'inséreront tous en fait dans une perspective continue,
c o m m e dans le cas du point 15.
Les ouvrages sur le sujet sont très nombreux, et la bibliographie suivante
n'est évidemment pas exhaustive.

Bibliographie

LIVRES

A D A M , H . Modernizing racial domination, Berkeley, University of California Press, 1971.


A R R I G H I , G . The political economy of Southern Rhodesia.
L'enseignement et la recherche 83
sur VAfrique australe au Royaume-Uni

B E R G E R , E . Labour, race and colonial rule, Oxford, Clarendon Press, 1974.


EPSTEIN, A . L. Politics in an urban African community, Manchester, Manchester University
Press, 1958.
F R A N K E L , H . Capital investment in Africa.
G R A Y , R . The two Nations, Oxford, 1960, publié sous les auspices de l'Institute of Race
Relations.
G R E G O R Y , T . Ernest Oppenheimer and the economic development of South Africa, Le Cap,
Oxford University Press, 1962.
H O B A R T - H O U G H T O N , D . ; D A G U T , J. Source material on the South African economy, I860-
1970, 3 volumes.
H O R W I T Z , R . The political economy of South Africa, Londres, Weidenfeld and Nicolson,
1967.
H U N T E R , G . (ed.) Industrialisation and race relations, Oxford, 1965, publié sous les auspices
de l'Institute of Race Relations.
J O H N S T O N E , F . A . Class, race and gold, Londres, Routledge and Kegan Paul, 1976.
K U P E R , L . An African bourgeoisie. N e w Haven (Conn.), Londres, Yale University Press,
1965.
M A S O N , P . The birth of a dilemma, Londres, Oxford University Press, 1958.
M I T C H E L L , J. C . The Kalela dance, Manchester, Manchester University Press, 1956.
R A N G E R , T . The African voice in Southern Rhodesia, Londres, Heinemann Educational,
1970.
S I M O N S , H . J. Class and colour in South Africa, Harmondsworth, Penguin, 1969.
T H O M P S O N , L. ; W I L S O N , M . The Oxford history of South Africa, vol. II, Londres, Oxford
University Press.
V A N D E R H O R S T , S. Native labour in South Africa, Londres, Oxford University Press, 1942.
V A N O N S E L E N , C . Chibaro.
W A L S H E , P. The rise of African nationalism in South Africa, Londres, C . Hurst, 1970.
W A T S O N , W . Tribal cohesion and a money economy, Manchester, Manchester University
Press, 1959.
W I L S O N , F . Labour in the South African gold mines, 1911-1969, Londres, Cambridge
University Press, 1972.
W I L S O N , F . Migrant labour in South Africa, Londres, 1947.
W I L S O N , Godfrey, The economics of detribalization.

ARTICLES

A R R I G H I , G . « Labour supplies in historical perspective : a study of the proletarianization


of the African peasantry in Rhodesia », Jnl. of Devt. Studies, VI, 3, 1971.
B U N D Y , C . « The emergence and decline of a South African peasantry », African Affairs,
octobre, 1972.
Communications contenues dans les recueils consacrés aux Societies of Southern Africa,
7 vols. Institute of Commonwealth Studies, Londres.
JEEVES, A . « Labour on the gold mines, 1890-1905 », / . Southern African Studies, II, 1,1975.
J O H N S T O N E , F . « White prosperity and white supremacy in South Africa today », African
Affairs, 1 X I X , avril 1970.
L E G A S S I C K , M . « Capital accumulation and violence in South Africa », Economy and
Society, III, 1974.
. « Race, industrialization and social change in South Africa : the case of R . F .
Hoernle », African Affairs, avril, 1976.
. «South Africa: forced labour, industrialization and racial discrimination», dans
R . Harris (dir. de publ.) The Political Economy of Africa.
84 S. Marks

M A W B Y , A . « Capital, government and politics in the Transvaal, 1900-1907: a revision and


a reversion », The Historical Journal, XVII, 2, 1976.
M O R R I S , M . « The role of the state and agriculture in South Africa », Economy and Society,
1976.
PHIMISTER, I. R . « Peasant production in Southern Rhodesia », African Affairs, avril 1974.
R E X , J. « The plural society: the South African case », Race, XII, 4, 1971.
S L A T E R , H . «Land and labour in Natal: the Natal land colonization company, 1860-
1948», J AH, X I V , 1975.
T R A P I D O , S. « South Africa in a comparative study of industrialisation », Jul. of Devt.
Studies, VIII, 3, 1971.
V A N O N S E L E N , C . « African worker consciousness in the Rhodesian gold mines », J AH,
XII, 1972.
W O L P E , H . «The white working class in South Africa», Economy and Society, V , 2,1976.

THESES

B U N D Y , C . « The rise and decline of an African peasantry in South Africa », Oxford, 1975.
H E N D E R S O N , I. « Labour and politics in Northern Rhodesia, 1900-1953 », Edimbourg, 1973.
PERRINGS, C . « Black labour in the copper mines of the Belgian Congo and Northern
Rhodesia, 1911-1941», Londres, 1976.
PHIMISTER, I. R . « History of gold mining in Southern Rhodesia to 1953 », University
College of Rhodesia, 1975.
L a recherche historique
à l'Université de Zambie

B. S. Krishnamurthy

L'Université de Zambie exécute activement un programme de recherche histo-


rique. N o n seulement le Département d'histoire a son propre programme, mais
d'autres départements de l'Université, en particulier le Département d'études
africaines et l'Institut d'études africaines, travaillent sur des projets qui con-
cernent directement l'histoire des sociétés zambiennes. Les projets actuelle-
ment en cours d'exécution sont les suivants:

Projets d'étudiants
Les étudiants préparant le B . A . participent de diverses manières à des pro-
grammes de recherche. Les étudiants de dernière année qui ont choisi c o m m e
sujet spécial la terre et le travail en Afrique centrale rédigent des mémoires de
recherche sur les problèmes de la terre et du travail en Zambie. Ces mémoires,
fondés sur des travaux sur le terrain, ont été publiés dans trois volumes d'études
sur la terre et le travail.
U n projet de collecte des traditions orales par les étudiants, avec l'aide
financière de l'Université, a été lancé en 1975. Plusieurs étudiants ont recueilli,
dans les sociétés ceva, zumbuka, laie et lenje, des traditions orales qui sont
actuellement conservées dans la section des collections spéciales de l'Université
de Zambie.

Recherche au niveau du M . A .
U n e étudiante zambienne, M l l e M a u d M u n t e m b a , a fait des recherches sur les
systèmes politiques Lenje. Sa thèse est maintenant conservée à l'Université de
Zambie. U n e autre thèse de M . A . , portant sur le Conseil représentatif africain
en Zambie, a été rédigée par M l l e Dorothy Kent; elle est également disponible
à la bibliothèque de l'université. Les auteurs de ces deux thèses ont recueilli
un grand nombre de traditions orales.

Projets du personnel enseignant


A l'heure actuelle, malheureusement, le personnel du Département comprend
une majorité d'étrangers, depuis que M B r e M u t u m b a Bull a été appelée à servir
86 B. S. Krishnamurthy

la Zambie dans d'autres fonctions, ce qui a été une grande perte pour le Dépar-
tement. Celui-ci poursuit néanmoins une politique de zambianisation active.
Il compte actuellement deux maîtres de conférence zambiens, qui sont en
congé d'études pour terminer leurs thèses de doctorat, trois stagiaires qui ont
terminé leur M . A . ou sont sur le point de le faire, avant de commencer leur
doctorat, ainsi que deux étudiants qui ont obtenu cette année des bourses de
stagiaires.
Le personnel enseignant étudie divers aspects de l'histoire précoloniale et
coloniale de la Zambie. Les travaux sur le terrain ont fourni la matière de plu-
sieurs articles: le commerce et la politique chez les Z u m b u k e ( D r L . Veil);
l'influence de l'écologie sur le développement économique dans la province
orientale de la Zambie ( D r Veil); les formations sociales précoloniales dans la
région de Hezhi-kehi ( D r Keith Rennil); l'influence de la mission de Livingstone
sur l'apparition d'une élite instruite en Zambie ( D r John C o o k ) ; le sous-déve-
loppement dans les zones rurales kabuc ( M l l e M a u d M u n t e m b a ) ; l'économie
précoloniale dans la région de Luapula ( M . Musambochime); la pauvreté
rurale dans la région de L o m b e ( M . Luchembe).
Le personnel enseignant fait également des recherches sur les régions
voisines de la Zambie : D r Leroy Vail et M . White, Les plantations de canne
à sucre de Sena au Mozambique; D r Leroy Vail, Les chemins de fer du Nyassa-
land; D r B . S. Krishnamurthy, Le sous-développement au Malawi; D r Clarence
Smith, La formation des classes en Ovamboland; D r R . Palmer; Race et terre en
Rhodésie; D r Fay Gadsian, L a presse au Kenya.

L e Département d'études africaines

E n liaison avec d'autres départements de l'Ecole des lettres et des sciences


sociales, ce département a mis sur pied un projet pour étudier les conséquences
des transferts de technologie au cours des périodes coloniales et postcoloniales.

L'Institut d'études africaines

Sous la direction du professeur Kashoki, l'Institut a participé à divers projets


concernant l'histoire culturelle de la Zambie. M . M a p o m a et M . O m o n d i ont
rassemblé une importante collection de chants traditionnels, provenant en
particulier de la province du nord. M m e O m o n d i étudie les rapports entre la
linguistique et la culture. Actuellement, l'Institut prépare un projet de cons-
truction d'un centre artistique et d'un musée.
Troisième partie
Réunion d'experts
sur l'historiographie
de l'Afrique australe
Ouverture de la réunion

L a séance inaugurale a été présidée par S. Exe. K . P . Morake, ministre de


l'éducation d u Botswana.
Le D r Phinias M a k h u r a m e , vice-recteur de l'Université du Bostswana
et du Swaziland, a pris la parole le premier. Il a souligné l'importance que revêt
pour toute la population du Botswana, et plus largement pour tous les peuples
de l'Afrique australe, la redécouverte de leur passé; sans la connaissance de
son passé, a-t-il dit, aucun peuple n'a d'avenir. L u i - m ê m e , bien que n'étant
pas historien, accordait une grande importance à l'élaboration de l'histoire
africaine par les Noirs de cette partie du continent, après tant d'époques où
cette histoire n'a été écrite, de l'extérieur, que par des Blancs.
«... Les quelques cours d'histoire qui m'ont été donnés à l'école, a déclaré
le D r M a k h u r a m e , m'ont toujours présenté le passé de cette partie du m o n d e
du point de vue d'un étranger, ou, si l'on préfère, du point de vue d'un Blanc.
L a personnalité, la dignité, la culture et la mentalité tout entière des Africains
étaient totalement ignorées sous prétexte qu'il s'agissait de païens, de barbares,
d'esclaves, de simples outils entre les mains du maître blanc, incapables de
penser par eux-mêmes ou d'avoir un comportement rationnel. Toute la perspec-
tive était faussée, nos manuels nous présentaient les Africains adultes c o m m e
des êtres infantiles dont on n'avait pas à se soucier. Aujourd'hui, grâce aux
nouveaux historiens africains et à d'autres qui peuvent présenter le passé de
l'Afrique dans sa réalité et cherchent à voir l'Africain c o m m e il se voit lui-
m ê m e , les choses sont tout à fait différentes: l'Africain est reconnu dans sa
dignité, à laquelle il a droit. L a connaissance du passé, de ce passé que font
resurgir la tradition orale et d'autres méthodes qui ne laissent pas les préjugés
de race déformer la vérité... fera que les pays d'Afrique prendront leur place
parmi les nations du m o n d e —fiersde la contribution qu'ils ont apportée à
l'histoire de l ' h o m m e . . .
» E n ce qui concerne l'Afrique du Sud, il est tout à fait à propos que vous
soyez tous ici rassemblés pour vous pencher sur un passé qui a tant influé sur
les événements actuels dans cette partie troublée de notre continent. J'espère
que vous réussirez à découvrir dans le passé le m o m e n t où les choses ont vrai-
ment commencé à se gâter. Peut-être devrez-vous vous aventurer sur le terrain
90 Réunion d'experts sur l'historiographie
de l'Afrique australe

de la politique, mais la politique d'hier n'est-elle pas l'histoire que nos enfants
apprendront demain... »
D a n s sa réponse, le représentant du Directeur général de l'Unesco a
remercié le Botswana de l'hospitalité accordée à cette réunion, souhaitée par le
Comité scientifique international et qui s'inscrivait dans le cadre des études en
en cours au m o m e n t o ù sont rédigés les volumes de l'Histoire générale de
l'Afrique.
Le ministre de l'éducation d u Botswana a remercié l'Unesco d'avoir
accepté que la réunion se tienne dans son pays et souligné que toute la popu-
lation d u Botswana prêtait une grande attention aux travaux qui allaient se
dérouler.
L'histoire de cette partie d u continent, a-t-il dit, n'a été écrite jusqu'ici
que par des Blancs ou presque. L a réunion devrait permettre de faire un grand
pas en avant vers u n changement profond de cet état de choses. Il a appelé les
universités de cette région d'Afrique à accorder une priorité à la recherche sur
le passé et à recourir à toutes les techniques d'approche dont disposent aujour-
d'hui les historiens, afin de provoquer une réelle renaissance culturelle africaine.
La réunion a élu son bureau, qui était composé c o m m e suit: président,
le professeur L . D . Ngcongco; vice-présidents, les professeurs N . Bhebe et
J. B . Webster; rapporteur, le professeur J. Dévisse.
Résumé des débats

Les discussions ont été, de bout en bout, dominées par u n débat fondamental,
qui n'a donné lieu à aucun exposé d'ensemble systématique et qui n'a pas abouti,
dans tous les domaines évoqués ou traités, à un accord général.
U n e partie des participants a constamment manifesté un triple souci:
a) que l'histoire de l'Afrique méridionale soit abordée à l'aide d'une méthode
globale, pluridisciplinaire; b) que cette histoire vise à éclairer, par la redécou-
verte de l'évolution longue des sociétés concernées, la situation actuelle de ces
sociétés aux prises avec les problèmes que leur pose leur libération; c) que cette
histoire ne soit analysée ni c o m m e exclusivement « régionale », ni c o m m e
« spécifiquement africaine », mais c o m m e un cas, parmi d'autres, de l'évolution
historique mondiale. A ce titre, il ne saurait être suffisant, pour que cette
histoire soit réellement nouvelle par rapport à celles qui ont précédé, qu'elle
soit écrite par des historiens appartenant à la région d'Afrique considérée, si
ces historiens n'appliquent pas, dans leurs études, une méthode scientifique
globale.
C e souci méthodologique, fréquemment réaffirmé, a reçu une appro-
bation plus o u moins totale et suscité des réserves plus o u moins ouvertement
exprimées. Il a entraîné des développements dont l'analyse sera présentée à
propos de chacun des thèmes examinés.

Les mouvements de population et les structures du pouvoir,


le fer et l'agriculture dans l'évolution de l'Afrique australe

Les participants ont estimé qu'il était impossible de dissocier l'étude de ces
deux questions.
Ils considéraient tous que l'information progresse très vite dans ce
domaine c o m m e dans beaucoup d'autres et qu'elle modifie sans cesse les
tableaux synthétiques trop hâtivement dressés à partir de quelques découvertes;
les hypothèses sur le peuplement de cette région de l'Afrique ont beaucoup
changé depuis dix ans, et elles changent encore.
La nécessité a été soulignée de garder une attitude de prudence devant
92 Réunion d'experts sur l'historiographie
de l'Afrique australe

les constructions trop rapides alors que l'enquête archéologique systématique


ne fait que commencer et qu'elle apporte d'incessantes modifications aux
hypothèses antérieures.

Peuplement ancien de l'Afrique méridionale

Sans reprendre en détail les analyses faites sur les langues centre-soudanaises
(Central Sudanic languages) dans le centre-est de l'Afrique et leur possible
influence sur l'Afrique méridionale, sur les Khoi Khoi o u les San, la réunion
s'est bornée à enregistrer l'ancienneté, confirmée par l'archéologie, de l'occu-
pation humaine dans toute la partie méridionale du continent.
L'importance des découvertes archéologiques récentes, jusque dans la
région du Cap, montre qu'une grande consommation de moutons a été faite,
par exemple par les plus anciens occupants de cette région. L a « frontière d u
Limpopo » n ' a aucune signification historique ancienne. D'autre part, il est
arbitraire de séparer l'évolution des périodes Iithiques de celles où le fer est
présent.
Des découvertes datant du Premier âge du fer confirment la présence de
groupes de cultivateurs au sud d u Limpopo. L e site de Lydenberg, dans le
Transvaal oriental, a livré de belles têtes en céramique. Broederstroom, o ù
l'on a découvert des objets datant du v e siècle de notre ère, a été u n impor-
tant «berceau» de peuplement africain. D u matériel remontant aux m e et
IVe siècles a été retrouvé dans la région au sud d u Limpopo.
Pour des raisons qui apparaîtront par la suite, il n'a pas semblé très
important aux experts d'identifier par u n n o m les peuples alors installés au
sud d u Limpopo.

E x a m e n critique de la théorie relative aux


« migrations bantu »

Les participants n'ont pas jugé bon de conserver le schéma ancien. Il n'existe
guère de preuves d'une migration massive et continue d u nord au sud. L'idée
que ces « migrants » apportaient aux peuples parmi lesquels ils s'installaient
une langue structurée et des technologies avancées n'est plus reçue globalement,
sans nuances et sans examen détaillé. Il reste que, dans toute l'Afrique méri-
dionale c o m m e ailleurs, l'introduction des outils de fer dans l'agriculture
mérite d'être étudiée avec u n soin particulier parce qu'elle a engendré des
formes nouvelles de sédentarisation et u n accroissement des possibilités nutri-
tionnelles. Il faut simplement se garder, désormais, d'en faire une conséquence
automatique de « l'arrivée des Bantu ».
Compte rendu des débats 93

S'appuyant sur des découvertes archéologiques récentes en Afrique


centrale et méridionale et sur des exemples empruntés à d'autres régions
d'Afrique et à d'autres continents, les experts ont proposé à l'attention du
Comité scientifique international et aux rédacteurs de VHistoire générale de
VAfrique des thèmes d'analyse plus complexes:
a) S'il y a bien eu migrations, elles peuvent avoir déplacé, simultané-
ment ou non, des h o m m e s et des techniques. Il faut accueillir avec prudence
les datations de la présence du fer: les données du problème ont beaucoup
évolué en quelques années et elles évolueront encore. Les indices de présence
du fer au sud du Limpopo au m e siècle ne permettent pas encore de conclure
définitivement que toute cette région avait alors une civilisation reposant sur
l'utilisation de ce métal. Ces indices rendent cependant caduque l'idée du
« front-pionnier » de migration bantu apportant à la fois l'agriculture déve-
loppée et le fer. Elle remet aussi en question celle d'une direction linéaire unique
nord-sud d'éventuels mouvements migratoires. O n ne peut exclure la possi-
bilité d'autres mouvements ayant eu des directions très diverses.
Il devient dès lors fondamental d'étudier les causes possibles de ces
migrations. L'écologie (la famine, les sécheresses en particulier) a, selon cer-
tains auteurs, joué u n rôle important dans les déplacements des Sotho au
xive siècle, puis dans ceux d'autres peuples plus récemment. D'autres causes,
mal discernables au stade actuel de la recherche, ont probablement incité des
groupes plus ou moins nombreux, plus ou moins cohérents, à émigrer. D ' u n e
manière générale, les experts ont insisté sur l'idée que les facteurs écologiques
doivent être largement étudiés, spécialement pour les époques préindustrielles,
c o m m e explication des mouvements de peuples de toutes natures et de toute
portée.
b) D e m ê m e , la notion de déplacement de masses en migration a été
remise en cause par les experts. O n possède des chiffres précis, pour des exemples
étudiés, qui montrent que les migrants ne dépassent pas 10% du chiffre de la
population d'accueil. D'autres cas ont fait apparaître que si un groupe migrant
est cohérent dans son organisation socio-économique, ce pourcentage suffit
pour que le groupe d'accueil lui emprunte ses techniques et sa langue.
Il devient donc capital d'étudier les processus, les dates et les étapes des
intégrations socio-économiques que l'historien peut reconstituer, à partir
d'éléments très peu nombreux. Ces processus, probablement générateurs de
différenciations sociales et de pouvoirs, sont beaucoup plus importants que le
n o m des groupes en présence, si aucune tradition n'a conservé celui-ci. L a
réunion a estimé que, pour les périodes anciennes, il était assez vain de définir
les peuples par des caractéristiques ethniques et linguistiques tranchées. L'ins-
tallation généralisée des langues bantu correspondrait probablement à un long
et lent processus historique, et non à un mouvement organisé de migration du
nord au sud.
94 Réunion d'experts sur l'historiographie
de l'Afrique australe

O n aurait tort de renoncer totalement à une recherche d'identification


qui recule le plus loin possible vers le passé les traces et les preuves d'une diffé-
renciation historique entre peuples. Il ne faut cependant pas tomber dans le
piège de 1'« ethnisme » et donner pour principal objectif à l'histoire de la
région considérée de retrouver les origines lointaines de chacun des peuples qui
y vivent aujourd'hui. D'autant que ces peuples ont beaucoup plus de chance
d'être le produit de fusions successives que des ethnies demeurées « pures »
à travers le temps. Il y a là u n équilibre difficile à trouver, les experts en
étaient conscients.
U n m o y e n de parvenir, peut-être, à mieux connaître le passé de certains
groupes, consisterait à dresser des cartes de toponymes anciens, c o m m e l'a
recommandé le Comité scientifique. Ceux-ci risquent d'être difficiles à retrou-
ver, dans une région généralement bantouphone, plus difficile encore à inter-
préter, mais il ne convient pas de renoncer à retrouver certains de ces toponymes
anciens grâce aux traditions orales qui, en d'autres points du continent, en
conservent u n bon nombre.
c) L'idée que les migrations aient p u se produire lentement, peut-être
par segmentations, avec des avancées importantes suivies de reculs plus ou
moins définitifs, a été illustrée par des exemples. U n e autre idée séduisante est
que le commerce à longue distance a pu prendre parfois le relais des migrations
humaines, en déplaçant seulement les techniques et les langues. Les séductions
du diffusionisme ne sont pas loin, mais la réunion en a bien compris le risque.
Autre thème important évoqué par plusieurs participants: l'accueil aux arri-
vants et l'acceptation ou le refus des innovations dans les sociétés antérieures.
C e qui revient, dans une certaine mesure, à étudier les refus de fusion. L'exemple
de chevauchements linguistiques — emprunt de nombreux cliks par des zoulou-
phones au xixe siècle — montre une autre voie d'approche d u problème des
déplacements de groupes humains et de fusion.
C e cheminement a tout naturellement conduit les experts à considérer
que le problème des « origines » était moins intéressant que celui des processus
d'intégration et de fusion éventuellement repérables à tel o u tel point de la
chronologie, sous forme d'écosystème plus ou moins complexe, plus ou moins
diversifié socialement.
L'idée que les peuples doivent être désignés par les n o m s qu'ils ont eux-
m ê m e s choisis est bien entendu apparue à ce stade de la discussion. Si, par
exemple, les Khoi Khoi se désignent eux-mêmes c o m m e « les h o m m e s parmi les
h o m m e s », la pertinence d u mot San est moins évidente.
Lancée sur les sentiers de la sémantique, la réunion s'est interrogée sur
la signification à donner, dans cette région du continent, aux mots « migration,
mouvement de peuples »; aucune définition définitive n'a été proposée de ces
termes; leur étude précise, dans le contexte géographique et historique consi-
déré, vaudrait la peine d'être tentée.
Compte rendu des débats 95

d) E n tout état de cause, les experts ont recommandé que les études
soient menées, désormais, sur le thème des « migrations » par convergence des
résultats obtenus en appliquant toutes les techniques d'approche.
L'archéologie garde, bien entendu, une valeur décisive pour les périodes
anciennes. Encore faut-il que, renonçant à définir les phases de l'histoire à
l'aide de quelques données locales, fournies le plus souvent par des découvertes
faites au hasard sans recherche systématique, les archéologues acceptent de
travailler en étroite liaison avec les historiens et d'autres chercheurs. L'objectif
de l'archéologie devrait être désormais, en Afrique méridionale, c o m m e il
l'est en d'autres régions d u m o n d e , de retrouver le niveau de complexité des
cultures matérielles, les rapports des h o m m e s avec leur environnement et aussi,
pour autant que la chose soit possible, l'organisation économico-sociale d u
groupe dont les vestiges sont découverts. Sur ce dernier point, u n intéressant
exemple a été signalé aux experts à partir des dernières fouilles effectuées à
Zimbabwe.
Les traditions orales fournissent, à condition d'être critiquées scienti-
fiquement c o m m e toute autre source historique, des informations qui remontent
parfois bien au-delà du m o m e n t où elles ont étéfixéesparce que le besoin s'en
faisait sentir dans leur société de référence. Plusieurs experts ont insisté sur
la mise en relation des informations qu'elles apportent avec les résultats de
l'archéologie. Elles posent en tout cas d'intéressantes questions aux historiens,
c o m m e le montrent les exemples donnés par le professeur Ngcongco, dans son
étude, à propos des Sotho-Tswana.
é) Sans que le thème ait été exploité en tant que tel, la répétition des
allusions qui y ont été faites permet de dire que l'existence très ancienne d'agglo-
mérations importantes, par exemple chez les Tswana o u dans la région de
Broederstroom, pose aux historiens, c o m m e dans d'autres régions du continent,
le problème de l'ancienneté des villes, de leur aménagement de l'espace, de
l'éventuelle division d u travail en leur sein.

Approche méthodologique

A ce stade d u débat, u n désaccord s'est fait jour entre deux approches métho-
dologiques différentes de ce passé lointain. Pour une partie des experts, la
manière de travailler qui avait été jusque-là adoptée était déconcertante et peu
scientifique. Ils souhaitaient que l'étude des sociétés africaines anciennes fût
abordée c o m m e celle de toute autre société ancienne dans toute autre région
du m o n d e . Méthodologiquement, cette idée était parfaitement recevable m ê m e
si elle bousculait u n peu les habitudes d'esprit. Le désaccord est devenu plus
fort lorsqu'il est apparu que, pour certains de ces experts, l'étude de ces sociétés,
96 Réunion d'experts sur Vhistoriographie
de l'Afrique australe

« regardées d u X X e siècle », pourrait avoir pour but essentiel de discerner les


racines des situations actuelles. L'idée est séduisante, mais elle comporte le
risque de faire appliquer à ces sociétés anciennes, quitte à être arbitraires o u
déçus par les résultats, des schémas d'analyse contemporains qui ne sont pas
tous valables pour les sociétés passées, tant sont faibles les moyens d'approche
réelle dont nous disposons. Très excitante pour l'esprit, très imaginative, cette
méthode sociologique n'est probablement pas applicable à tous les cas anciens.
Il est d'ailleurs apparu souvent qu'elle n'était appliquée, dans les exemples
présentés, qu'à des sociétés postérieures au xive siècle, voire à des sociétés beau-
coup plus récentes.
L a crainte, exprimée par plusieurs experts, de voir appliquer de nouveaux
schémas mécaniques à l'histoire des sociétés anciennes, à la place de ceux qu'ils
étaient en train de critiquer et au m o m e n t m ê m e où ils faisaient un effort pour
les critiquer, a entraîné quelques difficultés, en particulier au niveau des défi-
nitions de base. Le président a chargé un petit groupe d'experts de préparer,
pour le soumettre à la réunion, u n texte clarifiant la notion qui avait suscité
le plus de débats et de réserves: la notion de m o d e de production. C e texte,
reproduit ci-dessous, a été adopté par les participants à l'unanimité.
« Lors du séminaire sur l'historiographie de l'Afrique du Sud, il a été dit
à plusieurs occasions que nous pourrions améliorer notre compréhension des
sociétés précoloniales, coloniales et postcoloniales si nous utilisions les travaux
des historiens qui ont c o m m e n c é à analyser les divers modes de production
dans différentes parties d'Afrique et à différentes époques.
» Par m o d e de production, on entend l'interaction des forces de produc-
tion (écologie, technologie, etc.) et les relations de production (c'est-à-dire la
manière dont le travail est divisé — dans le cadre du « pacte » familial, sur la
base de la réciprocité o u de la catégorie sociale — et dont les excédents sont
produits, extraits et distribués). D a n s cette interaction des forces et des relations
de production, ce sont ces dernières qui prédominent. Il est important de
reconnaître qu'un m o d e de production comporte des niveaux économique,
politique et idéologique et que, dans les sociétés précapitalistes en particulier,
la distinction entre ces niveaux n'est pas claire.
» D e fait, la reproduction des relations sociales dans ces sociétés peut fort
bien s'appuyer sur l'idéologie. E n se référant à ce cadre, on pourra approfondir
certaines questions fondamentales intéressant les sociétés africaines qui jus-
qu'ici sont restées ignorées.
» Sans prétendre fournir un superbe modèle abstrait du « m o d e africain
de production » et sans essayer de faire cadrer rapidement la société africaine
avec les typologies européocentriques, o n a estimé que, là o ù c'était possible,
les grandes catégories qui se sont révélées utiles pour d'autres parties du m o n d e
devraient être appliquées et testées de façon empirique dans des contextes afri-
cains spécifiques. »
Compte rendu des débats 97

II restait à tirer les conséquences positives d u débat difficile qui venait


d'avoir lieu. Ces conséquences sont évidentes.
à) L'intérêt des sociologues pour les informations que leur apporte
l'histoire les a peut-être conduits, dans un premier temps, à trop attendre des
méthodes d'approche accessibles aux historiens pour étudier les sociétés
anciennes. L a « provocation » n'en est pas moins féconde pour les historiens.
b) Sans doute l'accord aurait-il été moins facile si le débat ne s'était
pas engagé sur les problèmes de chronologie. Chacun a reconnu que, hors d'une
référence à u n temps authentiquement découpé, il n ' y avait pas d'histoire.
Tous les experts ont r e c o m m a n d é que l'on renonce à des découpages
arbitraires et prématurés en u n nombre croissant d'âges de la pierre o u de tel
ou tel métal, découpages qui satisfont les seuls auteurs des découvertes archéolo-
giques mais qui rompent arbitrairement les continuités sur lesquelles, cette
fois, tous les experts entendaient travailler. D a n s cette perspective « longue »,
la découverte de l'agriculture, antérieure dans certains cas à celle d u fer, est
probablement u n fait dont, jusqu'ici, les historiens n'ont pas suffisamment
souligné l'importance pour cette région. L e souci a été aussi unanimement
exprimé de confronter et de mettre en correspondance les chronologies diverses
d'origines scientifiques différentes actuellement établies pour l'histoire des
peuples de l'Afrique méridionale.
c) Finalement, les experts ont estimé qu'il était souhaitable de comparer
plusieurs sociétés à une m ê m e date pour apprécier leurs ressemblances et sur-
tout leurs différences, de comparer les états d'une m ê m e société à des dates
différentes et de ne pas dissocier ces analyses des comparaisons de l'étude de
l'évolution des sociétés dans les autres parties d u m o n d e .

L a formation des Etats

L a discussion sur « l'apparition des Etats » n ' a pas été aussi difficile, mais n ' a
pas permis de dégager des vues aussi intéressantes et aussi nouvelles que dans
les cas précédents.
U n e nouvelle fois, la sémantique a séparé ceux qui souhaitent abandonner
des termes c o m m e « Etat » au profit de termes choisis par les sociétés africaines
elles-mêmes pour définir leur pouvoir, et ceux que le m o t « Etat » ne gêne pas,
à condition cependant que l'usage en soit plus clairement et plus rigoureuse-
ment défini.
Le débat, plus profond, relatif aux conditions d'apparition de l'Etat
n'a pas porté tous ses fruits. Sans doute parce que, pour les partisans de l'ana-
lyse sociologique, cette apparition coïncide automatiquement avec l'analyse
du m o d e de production dominant à u n m o m e n t donné. L'idée qu'il existe
certainement de nombreuses conditions très différentes d'apparition de l'Etat
98 Réunion d'experts sur l'historiographie
de l'Afrique australe

a été avancée. Cette thèse est probablement plus prudente et plus sage, mais n'a
pas rendu caduc le souci de plus d ' u n participant, s'agissant des sociétés afri-
caines, d'améliorer l'analyse de ce problème. L a science politique peut ici
beaucoup aider les historiens, sans qu'ils renoncent aux analyses socio-écono-
miques, à étudier l'originalité des pouvoirs africains, à condition qu'ils se
refusent à tout mécanisme et à copier les schémas extérieurs. Sans aucun doute
aussi, la profonde différence de structuration institutionnelle entre les peuples
africains et les peuples blancs avec lesquels ils sont entrés en contact à divers
m o m e n t s expliquent plus d ' u n aspect de ces relations extérieures africaines.

Les interventions étrangères et leurs répercussions


sur l'évolution de la région

Bien plus que dans le cas précédent, et sans apporter autant de lumière, la
discussion sur ce point a fait apparaître des points de vue opposés qui n'ont pas
été systématiquement définis. L a recherche d'une méthode d'approche de la
question a pratiquement occupé toute une séance de travail.
Sans faire l'objet d'exposés systématiques, deux conceptions assez éloi-
gnées l'une de l'autre ont été esquissées.
a) Certains experts ont estimé qu'il fallait séparer l'étude des interventions
étrangères de celle des contrecoups internes qu'elles ont eus. L a cause essen-
tielle de l'intervention impérialiste est à rechercher au niveau de l'économie.
Tout a tourné, en Afrique méridionale, autour de l'oligarchie blanche qui, peu
à peu, depuis le C a p , a étendu son réseau d'influence vers l'intérieur de l'Afrique
à lafind u xixe siècle. Pour cette oligarchie, la recherche du profit immédiat
et sûr n'était évidemment pas négligeable mais l'occupation de vastes terri-
toires réservés pour l'avenir semble avoir été aussi importante. Les compagnies
étaient plus puissantes que le gouvernement; elles imposaient les solutions de
leur choix; elles faisaient de tous les Blancs présents des agents de l'impéria-
lisme.
Cette position a été considérée c o m m e trop étroite par beaucoup de
participants qui pensaient que bien d'autres facteurs sont entrés en jeu et qu'il
fallait étudier l'ensemble des causes de l'expansion blanche.
O n a dit aussi que cette manière de poser le problème ne rendait pas
compte de tous les éléments du dossier. Pour l'Angola, la traite a joué u n rôle
très différent et encore plus dramatique. L'étude des deux formes de la présence
hollandaise dans la région d u C a p et à l'intérieur de l'Afrique mérite de retenir
l'attention; l'exposé sur ce dernier point s'est appuyé sur des analyses détaillées
qui n'ont malheureusement pas été discutées. U n débat sur la responsabilité
des missionnaires a tourné court après u n échange de vues.
E n dehors de quelques informations bibliographiques complémentaires,
Compte rendu des débals 99

la discussion sur ce premier point de vue n'est guère allée au-delà de quelques
généralités.
b) A l'opposé, bon nombre d'experts ont déclaré que ce qui les intéressait
avant tout, c'étaient les répercussions des interventions extérieures sur les
sociétés africaines, et, peut-être plus encore, la situation de ces sociétés à la
veille de ces interventions.
U n cadre de réflexion a été proposé aux historiens qui distinguent quatre
périodes d u x v n e au xixe siècle, selon des méthodes d'approche qui n'ont
suscité qu'assez peu de réactions. U n expert a mis en garde, à l'aide d'exemples
précis et nuancés, contre toute globalisation trop rapide des analyses, en insis-
tant sur la juxtaposition, au m ê m e m o m e n t , de modes de production différents
dans u n espace régional assez restreint. Mais, là encore, le débat qui aurait p u
être très intéressant a tourné court.
Peut-être les experts, très absorbés par la discussion sur les deux premiers
points, n'ont-ils pas pu consacrer suffisamment de temps à l'examen de cette
question. Peut-être les divergences et les difficultés sont-elles dans ce domaine
trop importantes pour qu'il ait été possible de les aborder sérieusement en si
peu de temps. Peut-être aussi l'historiographie a-t-elle déjà fourni des information
de bonne qualité et n'est-il pas nécessaire de procéder à des révisions aussi
radicales que dans les cas précédents. D e toute façon, m ê m e si l'on dispose
déjà d'un stock important d'informations sur le xrxe siècle, il reste que le point
de vue de l'historiographie africaine sur l'impact du colonialisme est encore
insuffisamment exposé.

L a place réservée à l'enseignement de l'histoire


de l'Afrique, et en particulier de l'Afrique australe

Introduit par u n exposé du professeur Webster, le débat sur cette question a été
bref mais précis. Il a permis de dégager quelques idées importantes et abouti à
la formulation d'une recommandation.
Recherche et enseignement relatifs à l'histoire de l'Afrique australe:
les porte-parole des universités représentées à la réunion ont affirmé que
celles-ci accordaient, au niveau de l'enseignement, des examens, de la recherche,
une place importante à l'histoire de leur région. Ils ont souhaité que les autres
universités d'Afrique et sans doute aussi des universités ou instituts situés dans le
reste du m o n d e s'intéressent aussi à cette histoire, afin de la « désenclaver » 1 .
L a publication des résultats des recherches subit de longs délais et la
libre expression des auteurs rencontre des obstacles sérieux; les revues publiées
dans chaque université connaissent, c o m m e toutes les revues scientifiques du
m o n d e , des difficultés de financement. Aucune maison d'édition, dans cette
région de l'Afrique, n'est en mesure d'assurer une diffusion convenable aux
100 Réunion d'experts sur l'historiographie
de l'Afrique australe

travaux des chercheurs. O n m a n q u e de bons ouvrages de vulgarisation sur


l'histoire de cette région. A ce propos, le professeur Ogot a proposé d'aider à
la publication d ' u n o u deux volumes qui seraient mis au point, à partir des
travaux des chercheurs d'Afrique méridionale et sous leur impulsion, par eux-
m ê m e s et par des collaborateurs de leur choix.
Il semble qu'au niveau des études secondaires et primaires, u n gros effort
soit nécessaire pour africaniser les programmes et faire place à l'étude de la
région méridionale de l'Afrique. D a n s ce domaine, l'aide des autorités minis-
térielles est indispensable pour accélérer les transformations souhaitées par
tous les participants, m ê m e s'ils n'ont pas tous souhaité très exactement le
m ê m e type de transformations.
L a réunion s'est montrée intéressée par le projet q u ' a conçu le Comité
scientifique international de mettre à la disposition du public populaire afri-
cain des résumés importants des chapitres de Y Histoire générale de l'Afrique
préparée par I'Unesco, sous forme de cassettes utilisables par les radiodiffusions
nationales ou éventuellement vendables.

Définitions idéologiques; affrontements idéologiques


et problèmes concrets: indépendances, bantoustans, etc.

Le débat sur ces questions a permis de voir plus clairement que dans les cas
précédents sur quels points de la méthode historique et des conceptions globales
portaient les accords et les désaccords, plus o u moins forts et plus ou moins
exprimés, entre les experts.
A u niveau de la méthodologie, l'accord a été aisément réalisé sur la
nécessité d'une approche pluridisciplinaire des phénomènes historiques. D e ce
point de vue, plusieurs participants ont souhaité que des enquêtes tout à fait
nouvelles soient entreprises dans u n grand nombre de directions. Des exemples
concrets ont montré l'intérêt qu'auraient, en effet, des enquêtes pluridiscipli-
naires menées en milieu paysan, ouvrier et urbain, des enquêtes concernant
les rapports de groupes ou de classes sociales, les stratifications raciales et leurs
rapports avec les stratifications sociales, et des enquêtes faites parmi les réfugiés,
et dans les groupes de guérilla. D e m ê m e , lorsqu'une forme de libération a
échoué, il semble important d'étudier les causes de cet échec, en ne se conten-
tant pas d'explications théoriques générales: l'historien ne pratique pas seule-
ment le prophétisme des triomphes, il analyse aussi en profondeur les raisons
des insuccès.
Les historiens, a-t-on remarqué, ont peut-être trop tendance à s'enfermer
dans la spécificité de leurs méthodes d'approche et ne prêtent peut-être pas
suffisamment d'attention aux résultats obtenus par les chercheurs dans des
disciplines sœurs. Cependant, plus généralement, la recherche par les socio-
Compte rendu des débats 101

logues d'une dimension historique profonde correspond peut-être à u n désir


des historiens d'élargir le c h a m p de leurs enquêtes et de rénover certaines de
leurs méthodes. L a convergence est indéniable; elle ne fait que commencer à
produire ses effets. Mais, au fond, le débat sur ce point n'a pas été m e n é à son
terme, ce qui aurait peut-être permis d'opposer deux conceptions d u travail
de l'historien. L a raison en est que, pour la plupart des participants, il était
probablement déjà admis que l'une des deux conceptions était dominante et
nécessaire.
Selon l'une de ces conceptions, o n pourrait considérer que, tout en se
nourrissant des apports scientifiques, dans la méthode et sur le fond, des dis-
ciplines voisines, le métier de l'historien consiste à garder une certaine distance
par rapport aux éléments de l'enquête et à établir avec honnêteté et lucidité
un dossier sérieux et complet dont peuvent ensuite se servir les h o m m e s d'ac-
tion. L'autre conception mêle étroitement, dans la personne de l'historien,
l'analyse fondamentale d u passé et la pratique politique militante, en consi-
dérant que la distance observée dans le cas précédent constituerait u n refus
d'engagement idéologique. Bien entendu, selon cette deuxième conception,
il n'existe pas de spécificité de la méthode historique, qui n'est qu'un cas parti-
culier d'une méthode d'ensemble socio-économique o ù toutes les disciplines
se rejoignent.
U n débat plus fondamental n'a pas abouti à des conclusions toujours
explicites mais il n'en a pas moins revêtu un très grand intérêt. Déjà esquissé
au cours des discussions sur les deux premiers thèmes de discussion, il a donné
lieu à la formulation d'opinions apparemment contradictoires mais fondamen-
talement convergentes sur le fond.
Quelques participants ont soutenu que la méthode d'approche est insé-
parable de l'idéologie. A l'ancienne idéologie, réalisée sous des formes multiples
par l'évolution du m o n d e capitaliste et qui peut prolonger ses effets au-delà
des indépendances légales, doit être substituée une idéologie de rupture qui
permette à la fois d'affermir le regard sur le passé africain et la transformation
rapide des sociétés africaines. L a rupture doit être double : idéologique, elle rompt
avec l'explication fractionnée de l'histoire africaine en vigueur dans le m o n d e
capitaliste, en Afrique et hors d'Afrique; politique, elle assure une transfor-
mation radicale des rapports de classe au m o m e n t de la conquête de l'indépen-
dance réelle. Pour les participants, la lutte de libération nationale appartient
déjà au passé historique de l'Afrique méridionale ; elle n'est pas un objectif suffi-
sant ; la libération doit s'accompagner d'une transformation radicale de la société.
D'autres participants ne paraissaient pas convaincus que la rigueur d'une
analyse historique passée soit productrice d'une analyse politique actuelle
automatiquement exacte. Ils préféraient procéder plus empiriquement par
démarches successives dans leur recherche historique et dans leur conception
de l'indépendance, de la libération et de la construction d'une société nouvelle,
102 Réunion d'experts sur l'historiographie
de l'Afrique australe

différente à la fois de la société africaine ancienne, de celle du xixe siècle, de la


société sur laquelle a passé la colonisation et aussi de celle de l'époque postco-
loniale. Le caractère systématique de la conception plus radicale de leurs collè-
gues a semblé les inquiéter et ils préféraient donner la priorité à la lutte nationale
par rapport à la brutale transformation sociale.
Il est bien certain que ces analyses doivent beaucoup au contexte géogra-
phique et historique dans lequel s'est déroulée la réunion, contexte qui ne
pouvait laisser les historiens indifférents au sort des peuples de l'Afrique
méridionale.
D e u x conceptions, également importantes, d'une histoire militante et
génératrice d'une vie politique, économique et sociale nouvelle, se sont trouvées
confrontées, bien plus d'ailleurs qu'elles ne se sont affrontées. Les réticences
dues aux tempéraments, à l'âge, à des expériences personnelles diverses, à des
engagements sociaux différents, à des formations disciplinaires variées, ne
doivent pas masquer le désir c o m m u n d'assurer simultanément, m ê m e s'il y
a différence d'appréciation sur les méthodes et les étapes, l'indépendance et
la transformation sociale.
La référence constante à ce qui est ici considéré c o m m e l'échec des indé-
pendances formelles sans possibilité d'indépendance économique réelle et de
transformation sociale profonde a été l'un des éléments les plus frappants de
la discussion. A ce niveau, la différence a été explicitement constatée avec les
types d'indépendance des années soixante: les leaders ont alors cru, à tort selon
les experts, pouvoir se dispenser de réaliser des transformations économiques
et sociales profondes.
Au-delà de ces convergences, des divergences sont réapparues. Certains
experts redoutaient des phénomènes de recolonisation, d'autres ont insisté
sur l'importance écrasante du contexte économique et politique mondial dans
lequel les indépendances sont en cours de réalisation en Afrique méridionale.
Sans constituer en eux-mêmes une méthode d'approche toujours expli-
citée de l'histoire africaine, ces soucis idéologiques n'en ont pas moins éclairé
de manière décisive la démarche intellectuelle des participants africains à la
réunion.
Face à de telles analyses, les questions soulevées dans le document de tra-
vail préparé par le Secrétariat n'ont pas été largement discutées. Elles ont sem-
blé moins intéressantes et moins importantes que le débat fondamental qui
vient d'être résumé.
Il est parfaitement exact que, devant une analyse idéologique radicalisée
des situations en Afrique méridionale, le cas particulier des bantoustans, celui
de la participation aux débats des Nations Unies et celui du panafricanisme
ont une importance relative. Il a toutefois été souligné que l'analyse de la dyna-
mique des bantoustans vient d'être entamée par des historiens travaillant en
collaboration avec d'autres chercheurs en sciences sociales.
Compte rendu des débats 103

C e débat fondamental a été abordé avec lucidité et clarté par les parti-
cipants africains à la réunion. Ceux-ci avaient à la fois le désir de radicaliser
leur analyse des situations politiques actuelles, dans cette partie du continent
qui connaît une guerre plus o u moins ouverte, et aussi de rechercher les bases
et les méthodes qui permettraient d'assurer, sans copier des modèles extérieurs
à l'Afrique, la construction des sociétés nouvelles, intégrées au m o n d e contem-
porain et libérées des plus graves contraintes qui les maintiennent dans la dépen-
dance, en intégrant aussi leur propre passé c o m m e u n élément essentiel de
leur construction future.
Il s'agit là de contributions capitales n o n seulement à l'historiographie
de cette partie de l'Afrique, mais aussi aux travaux du Comité relatifs à la
rédaction du volume VIII de Y Histoire générale de V Afrique2.
U n essai de clarification de quelques concepts tels que celui de décolo-
nisation n ' a pas abouti à des résultats concrets très importants. Sans doute
presque tous les participants avaient-ils conscience que la discussion précédente
avait apporté de fructueux moyens d'analyse de cette question.
Quelques propositions d'enquête ont été faites au sujet des mouvements
de libération.
O n s'est d'abord accordé à constater que ces mouvements, d'abord dirigés
par des nationalistes bourgeois, avaient changé de signification et d'objectifs
idéologiques au fur et à mesure que se développait la lutte armée. D a n s certains
cas, ce changement s'est traduit par des affrontements plus o u moins ouverts
entre « chefs historiques » et nouveaux leaders.
Il serait donc utile d'analyser les raisons qui ont conduit ces mouvements
à cette radicalisation.
D e m ê m e , le v œ u a été formulé que ces mouvements de libération étudient
sérieusement les types de sociétés qu'ils peuvent être amenés à diriger après la
libération, afin de n'être pas « surpris par l'histoire ».
U n participant a souligné l'intérêt qu'avait, à ses yeux, l'étude des Afri-
cains des diasporas occidentale et orientale et de leur influence sur les situations
actuelles en Afrique méridionale.

Inventaire critique de la production scientifique


dans les différents pays de l'Afrique australe
et des moyens de l'améliorer

A la demande de l'Unesco, plusieurs participants ont présenté u n rapport sur


la situation de l'enseignement et de la recherche historique dans les différents
pays de l'Afrique australe; ces rapports sont reproduits dans la deuxième partie
du présent volume.
Diverses questions soulevées à l'occasion de leur présentation ont permis
d'obtenir des précisions supplémentaires.
104 Réunion d'experts sur l'historiographie
de l'Afrique australe

Swaziland: L'institut d'études africaines dont la création envisagée à l'Univer-


sité du Swaziland se consacrerait à l'étude de l'ensemble de l'Afrique
méridionale.
Malawi: L'Université du Malawi concentrait pour le m o m e n t ses recherches
sur la période précoloniale. Le professeur Webster, répondant aux ques-
tions qui lui étaient posées, a souligné la continuité de la vie des sociétés
avant, pendant et après la période coloniale. Et aussi le caractère c o m -
plexe de ces sociétés, o ù les relations inter-ethniques sont nombreuses.
Zambie: D u fait des besoins en cadres supérieurs, l'Université de Zambie
n'avait pu, jusqu'à une date récente, conserver les gradués en histoire
c o m m e enseignants. L a situation devait changer en 1978: quatre pro-
fesseurs zambiens allaient entrer en fonction cette année-là. Les résultats
d'un colloque tenu à Lusaka en 1973 sur les questions religieuses n'avaient
pas encore p u être publiés.
Lesotho: Il n'y avait pas encore eu de prospection archéologique dans ce pays.
U n relevé des sites historiques était en cours. La coopération entre l'Uni-
versité du Lesotho et les universités des Etats voisins s'améliorait.
Botswana: Les travaux archéologiques avaient donné des résultats intéressants.
Aucune carte archéologique n'avait encore été préparée, mais u n atlas
était en préparation en Californie.
Mozambique: L a recherche avait repris depuis l'Indépendance. Des archéo-
logues britanniques avaient entrepris des fouilles, en liaison étroite avec
l'Université de M a p u t o , sur des sites comparables à ceux du Zimbabwe.
L'Université, qui demandait le concours de savants étrangers, tentait
de mettre sur pied u n centre d'études africaines. D e s demandes de docu-
mentation historique et d'aide pour l'élaboration de manuels avaient été
adressées tant à l'Unesco qu'au R o y a u m e - U n i et à la France.
Angola: Ici au contraire, rien ne paraissait avoir été fait en matière de recherche
sur l'histoire africaine.
A u total, plusieurs obstacles semblaient gêner, sinon rendre à peu près impos-
sible, la recherche: a) l'absence d'une politique définie en ce qui concerne les
archives d'Etat; b) l'absence de possibilités de développer rapidement l'enquête
archéologique, sauf au Swaziland où l'aide de l'Unesco se révélait efficace;
c) l'absence d'instruments bibliographiques, m ê m e les plus élémentaires. Les
difficultés que connaissaient les universités de cette partie de l'Afrique étaient
sans c o m m u n e mesure avec celles des universités de toutes les autres régions
du continent.
Les experts ont considéré que les recherches sur la Namibie étaient très
insuffisantes. Ils ont tous estimé qu'il serait souhaitable qu'un chercheur nami-
bien soit attaché à l'Institut namibien de Lusaka; u n enseignant namibien
participait à la vie de cet Institut.
Les professeurs S. M a r k s (Royaume-Uni) et J. Dévisse (France) ont
Compte rendu des débats 105

apporté des informations sur l'enseignement et la recherche relatifs à l'Afrique


australe dans leurs pays respectifs. L e professeur S. M a r k s a répondu à des
questions posées par plusieurs experts concernant la formation des jeunes
chercheurs africains et l'information du public européen sur la situation dans
cette région d u continent et celle d u public africain sur les recherches menées
en Europe.
L a réunion a tenu à souligner que, du fait de la situation actuelle dans
cette région de l'Afrique, les universités connaissaient, dans l'organisation de
la recherche et de l'enseignement de l'histoire, des difficultés qui étaient sans
c o m m u n e mesure avec celles des autres universités d u continent africain.
Certes, cette situation, de totale pénurie parfois, était génératrice d'inno-
vations importantes, d'initiatives fécondes dans les méthodes d'enseignement.
Toutefois elle ne saurait se prolonger longtemps sans que se trouvât encore
aggravé le déséquilibre, souvent signalé par le Comité scientifique international,
entre cette région de l'Afrique et les autres. U n effort africain et international
exceptionnel était donc nécessaire pour sortir de la situation actuelle et per-
mettre le décollage de la recherche et d ' u n enseignement de qualité dans une
région o ù les chercheurs avaient le plus vif désir de travailler, d'innover et de
découvrir, mais se trouvaient démunis s'ils ne travaillaient pas dans des uni-
versités extra-africaines, des moyens et du temps nécessaires pour mener des
recherches de haut niveau.
Tout manquait souvent, à commencer par les bibliothèques. A l'autre
bout de la chaîne, il n'existait aucun manuel de bonne vulgarisation sur l'his-
toire de cette région et, presque partout, les manuels destinés à l'enseignement
secondaire étaient encore à écrire.

Etablissement d'un p r o g r a m m e de recherche à m o y e n terme

Les mesures à prendre pour améliorer, à m o y e n terme, la situation de la


recherche en Afrique méridionale ont été examinées. Elles concernaient d'abord,
probablement, les besoins des universités existantes, tels que les avaient définis
leurs représentants présents à la réunion.
Le Botswana, qui avait déjà entrepris des travaux sur les traditions orales
et l'archéologie, souhaitait que les efforts intégrés de recherche historique sur
le Botswana lui-même et l'Afrique méridionale fussent renforcés et encouragés
de l'extérieur.
Le Lesotho souhaitait que fût étendue à son territoire l'assistance tech-
nique accordée au Swaziland par I'Unesco dans le domaine archéologique.
Le Malawi, lui, souhaitait être associé étroitement au programme décen-
nal de I'Unesco sur les traditions orales.
106 Réunion d'experts sur l'historiographie
de l'Afrique australe

L a Namibie aurait probablement besoin d ' u n chercheur attaché à


l'Institut de Lusaka.
Le Swaziland souhaitait qu'une mission d'experts lui fût envoyée pendant
plusieurs mois, pour l'aider à établir des programmes de recherche, à dresser
la liste des livres dont le besoin se faisait sentir, et, enfin, à mettre en forme des
manuels de base indispensables.
Le représentant de l'Unesco a insisté sur la nécessité pour les Etats de
définir clairement leurs objectifs et de les faire connaître à l'Unesco. Les uni-
versités, a-t-il dit, devraient a) jouer un rôle d'incitation sur ce plan; b) s'efibrcer
d'harmoniser au m a x i m u m leurs plans de recherches; c) essayer de s'intégrer
le mieux possible aux structures souples de recherche dont l'Unesco a favorisé
l'apparition en Afrique centrale, orientale et méridionale, relativement aux
traditions orales et à l'archéologie.
L a question de la création du Centre régional de documentation histo-
rique, demandée par le Comité scientifique international lors de sa session
tenue à Lusaka en 1973, a été soulevée 3.
Le représentant de l'Unesco a insisté sur le fait que l'assistance de l'Orga-
nisation ne saurait se substituer à l'initiative et à la volonté de coopération
des Etats; il a souligné également la nécessité de ne pas créer de nouvelles
structures administratives coûteuses, mais de chercher, au contraire, à utiliser
tous les moyens déjà existants. A son avis, le grand obstacle que constitue le
désir de chaque Etat d'avoir, sur son territoire, un Institut de caractère régional
doté de moyens importants pourrait être contourné si l'on pratiquait la rotation
des conférences et des groupes de travail ou de recherches, de pays en pays.
Il a conseillé, surtout, de ne pas « enfermer la recherche » dans les fron-
tières nationales actuelles qui rompent parfois, ici c o m m e en d'autres régions
d'Afrique, d'importantes solidarités précoloniales.
L a création d'un bulletin de liaison entre toutes les universités de
l'Afrique australe a été envisagée. C e bulletin serait d'une grande utilité à
deux niveaux différents: a) interne: en tant qu'organe interne d'information,
il améliorerait considérablement les relations entre les universités, sans néces-
siter des investissements considérables; b) externe: à ce niveau, le bulletin
aurait pour but de permettre aux universités en question d'assurer la publica-
tion immédiate des travaux de recherche effectués sous leur égide. Il ne ferait
pas concurrence aux diverses revues qui existent déjà à peu près dans chaque
Etat et devrait faciliter les échanges avec les autres universités, africaines o u
non.
D a n s le deuxième cas, la création d'un tel bulletin nécessiterait de plus
grands investissements et devrait donc faire l'objet d'une concertation entre
toutes les universités concernées; celles-ci, si elles parvenaient à u n accord,
transmettraient leurs propositions c o m m u n e s à leurs gouvernements respectifs,
qui, à leur tour, les communiqueraient au Directeur général de l'Unesco.
Compte rendu des débats 107

Recommandations

A la séance de clôture, la réunion a adopté les recommandations ci-après,


adressées au Directeur général de l'Unesco.
Recommandation n° 1, pour diffusion auprès des Etats membres et de leurs
universités:
a) Chaque fois qu'un travail de recherche est m e n é à bien selon les méthodes
universitaires, chaque fois q u ' u n ouvrage qui concerne l'histoire de
l'Afrique méridionale, est publié, il est souhaitable qu'un exemplaire
en soit envoyé aux universités d'Afrique australe des Etats membres
de l'Unesco.
b) Les universités africaines des autres parties d u continent sont invitées à
accroître les échanges d'informations scientifiques avec les universités
des Etats d'Afrique australe membres de l'Unesco.
Recommandation n° 2, sur les toponymes et ethnonymes :
a) Toutes les organisations scientifiques, africaines et non africaines,
devraient être invitées à fournir aux universités d'Afrique australe appar-
tenant à des Etats membres de l'Unesco toutes les informations qu'elles
détiennent relativement aux toponymes et aux n o m s des groupes
ethniques, sociaux, familiaux, en Afrique méridionale.
b) Des chercheurs provenant des universités d'Afrique australe devraient
éventuellement être associés par l'Unesco à toute enquête internationale
portant sur ces points.
Recommandation n° 3, sur les langues africaines :
Par référence aux recommandations formulées par le Colloque du Caire 4 ,
la Conférence souhaite que les langues d'Afrique australe soient étudiées
dans les conditions définies par les experts du Caire et que des chercheurs
d'Afrique australe appartenant aux universités des Etats membres de
l'Unesco soient associés à tout colloque, séminaire d'experts o u groupe
de travail réuni sur ces questions.
Recommandation n° 4. L a Conférence souhaite que cette recommandation soit
portée à la connaissance des ministres responsables, dans les différents
Etats membres :
a) Q u ' u n e aide soit rapidement apportée à la publication des études ache-
vées, sur l'Afrique méridionale, par des chercheurs africains.
b) Si le besoin en est ressenti par les universités de la région, et après
qu'elles auront établi un plan concerté, présenté par leurs gouvernements
respectifs au Directeur général de l'Unesco, une aide sera apportée à la
publication d'une revue régionale spécialisée.
c) Aide de l'Unesco à la publication rapide d'un ou deux volumes, destinés
à un large public, sur l'histoire de l'Afrique australe.
d) Aide accordée par les Etats de l'Afrique australe, dans le cadre de la
108 Réunion d'experts sur l'historiographie
de l'Afrique australe

planification économique, à la recherche en sciences humaines, en parti-


culier à la recherche en histoire.
e) Aide internationale à l'équipement des instituts et laboratoires de
recherche, des bibliothèques scientifiques des universités d'Afrique
australe, en fonction des programmes détaillés établis par chacune de
ces universités et présentés par leurs gouvernements respectifs à l'Unesco.
/) Intégration aux programmes soutenus en Afrique par l'Unesco dans
différents secteurs de la recherche (archéologie, traditions orales, sciences
sociales, etc.) des recherches planifiées par diverses universités et pré-
sentées à l'Unesco par leur gouvernement.

Notes

1. A ce titre, le présent rapport a été envoyé, après la réunion, aux différentes universités
africaines.
2. Le volume VIII de l'Histoire générale de l'Afrique porte sur l'Afrique depuis 1935.
3. Les pays intéressés sont en pourparlers au sujet de la possibilité de créer ce centre,
probablement au Lesotho.
4. Voir Le peuplement de l'Egypte ancienne et le déchiffrement de l'écriture mérottique. Paris,
Unesco, 1978 (Histoire générale de l'Afrique. Etudes et documents 1).
Annexes
1. Liste des participants à la réunion

N . M . B . Bhebe, University of Botswana & Swaziland, P / B Kwaluseni, Swaziland.


H . H . K . Bhila, University of Malawi, P. O . Box 280, Z o m b a , Malawi.
D . Chanaiwa, 22243 Cass Avenue, Woodland Hills, California 91364, Etats-Unis.
J. Dévisse, 14, avenue de la Porte-de-Vincennes, 75012 Paris, France.
B . S. Krishnamurthy, University of Zambia, P. O . Box 2379, Lusaka, Zambie.
Shula Marks, « Cypress Tree House », Dulwich C o m m o n , London SE21, Royaume-
Uni.
E . K . Mashingaidze, National University of Lesotho, R o m a , Lesotho.
L . D . Ngongco, Department of History, University of Botswana and Swaziland,
Private Bag 22, Gaborone, Botswana.
B . A . Ogot, Department of History, University of Nairobi, P . O . Box 30197, Nairobi,
Kenya.
J. D . Omer-Cooper, University of Otago, P . O . Box 65, Dunedin, Nouvelle-Zélande.
R . Pélissier, route des Alluets, 78630 Orgeval, France.
J. B . Webster, Department of History, Chancellor College, P . O . Box 280, Z o m b a ,
Malawi.
R . T . Zwinoira, P . O . Box 983, Manzini, Swaziland.

Représentants de l'Unesco

M . A . Gatera, spécialiste du programme, Division des études des cultures.


M U e M . - F . Lengue, Division des études des cultures.
2. Bibliographie

L A FIN D E L ' Â G E D E LA PIERRE ET L ' Â G E D U FER


EN A F R I Q U E D U S U D

Articles: archéologie

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Livres et chapitres de livres récents

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bridge History of Africa, vol. 3 (1000-1600 ap. J . - C ) .
; G R A Y R . Southern Africa and Madagascar. Dans R . Gray (dir. publ.), Cambridge
History of Africa, vol. 4 (1600-1790).
(Voir également les bibliographies à lafinde chaque volume.)
Annexes 113

Monographies spécialisées: âge du fer

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Sommaire: Cartes du Lesotho et des régions avoisinantes, 1779-1828, par David
P. Ambrose; Attitudes africaines à l'égard du savoir, par Ernest A . Rouch; Les domi-
nicains à Z u m b o : un aspect des missions dans la vallée du Zambèze, 1726-1836; Edward
Lion du Lesotho, par Gordon M . Haliburton; Le christianisme et le culte mhondoro.
Une étude sur les religions africaines: initiative et soumission dans la région de la vallée
du Mozoe au Mashonaland; La répartition de la main-d'œuvre au Lesotho, par Larry
S. Covley; Les territoires de la Haute-Commission 1908-1964: une bibliographie. G . Neil
Parsons.
C H A N A I W A , D . S. (dir. publ.). Profiles of self-determination: African responses to
European colonialism in Southern Africa, 1652-present. Environ 400 pages; cartes,
schémas, diagrammes, index et bibliographie.
Table des matières. Introduction: Les sociétés de l'Afrique australe à la veille de la
colonisation. / : Réactions au partage et à la conquête. Nouvelles orientations de
l'étude de la résistance africaine, par Allen Isaacman; L'émergence d'un Etat
griqua: une réaction africaine au colonialisme et au christianisme, par William
F . Lye; Les réactions des Herero: la période précoloniale, la période allemande
et la période sud-africaine, par W a d e Pendleton; L a guerre de 100 ans: réflexions
sur la résistance africaine à la frontière orientale de la province du C a p , par Chris-
topher Saunders; L'abattage du bétail des Xhosa, 1856-1857: le facteur messia-
nique dans la résistance africaine, par Richard Ralston; L a rébellion Barwe en
1917: l'émergence d'une conscience pan-zambésienne, par Allen et Barbara Isaac-
m a n ; Tradition et résistance armée dans l'Afrique coloniale: les Ndebele et les
Shona, 1896-1900, par David Chanaiwa. / / : Réactions à radministration coloniale.
Le nationalisme africain dans un environnement de colons, par Antony N g u b o ;
Le mouvement religieux apostolico-prophétique au Zimbabwe, par Micah Tso-
m o n d o ; John Langalibalele D u b e , Booker T . Washington et les origines de la
pensée nationaliste sud-africaine, 1896-1899, par Manning Marable; L e facteur
afro-américain dans l'éthiopisme sud-africain, 1890-1906, par J. Mutero Chirenje;
Les points de vue zambiens et malawiens sur l'évolution politique en Afrique aus-
trale, par Douglas G . Anglin. Le Zimbabwe, détente et néo-colonialisme en Afrique
australe, par Agrippah M u g o m b a . Résumé et conclusions.
[A. 22] C C . 79/XXX. 4/F