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Nakano Takeko, cheffe de l’ « armée des

femmes »
Nakano Takeko (1847-1868) est une onna-bugeisha (femme combattante) japonaise, qui
mène une unité de femmes au combat durant la guerre de Boshin.

La guerre de Boshin

Fille de Nakano Heina, fonctionnaire d’Aizu (dans la région de Tōhoku, au nord-est de l’île
de Honshū, l’île principale du Japon), Nakano Takeko nait à Edo (Tokyo). Formée aux arts
littéraires et martiaux, elle est par la suite adoptée par son professeur, Akaoka Daisuke, auprès de
qui elle travaille en tant qu’instructrice d’arts martiaux.

En janvier 1868, la guerre de Boshin (littéralement « guerre du dragon »), guerre civile
japonaise, éclate et Nakano Takeko prend part aux combats. Pendant la bataille d’Aizu, à partir
d’octobre 1868, elle commande une unité de femmes (surnommée « l’armée des femmes ») qui
combattent indépendamment de l’armée officielle, car elles n’ont pas été autorisées à la
rejoindre. Elle-même combat avec une naginata, une longue arme à lame courbe.

Une fin précoce


Lors d’une charge contre l’armée impériale japonaise, Nakano Takeko reçoit une balle dans la
poitrine. Pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi, elle demande à sa sœur Yūko de
l’achever. Nakano Takeko meurt sur le champ de bataille, à l’âge de 21 ans. Son corps est
emmené par sa soeur et enterré sous un pin dans le domaine d’Aizu. Un monument à sa mémoire
sera par la suite érigé près de sa tombe.

Nakano Takeko, femme samouraï


Par Pascal Fritsch

Oeuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 28 novembre 2016 à 22h35

Dernière modification : 7 octobre 2017 à 17h26

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Nakano Takeko, femme samouraï


(Biographie d’un modèle pour toutes les filles écolières d’arts martiaux du Japon qui la vénèrent
encore aujourd’hui)

Qui ne connaît pas les samouraïs, fiers guerriers immortalisés par les films d’Akira Kurosawa
( Les sept samouraïs, Ran, Kagemusha) ?

Mais qui sait que les samouraïs ne furent pas que des hommes, et que le film « Ishi, la femme
samouraï », de Fumihiko Sori, ne fut pas qu’un simple fantasme destiné à complaire à un public
féminin ?

Une femme. Une jeune femme de 21 ans, est là pour nous prouver que l’exercice des armes et la
bravoure guerrière ne furent nullement l’apanage des seuls hommes, qui voulurent monopoliser
l’honneur de combattre et de vaincre.

Le patronyme de cette jeune femme était Nakano. Comme au Japon, le nom de famille précède le
prénom, comme en Allemagne, comme en Hongrie, et contrairement à la langue française. Donc
Takeko fut son prénom. Et elle vécut au crépuscule du Japon ancestral, avant le grand
bouleversement que constitua la modernisation forcée de ce pays au XIX° siècle.

En effet, née en 1847 et morte en 1868, elle vécut cette époque que, du point de vue de son clan
féodal, elle ne pouvait considérer que comme la fin de son monde. Dans cette période
tourmentée qui vit le Japon passer brutalement d’une société à une autre, elle fut l’une des
dernières femmes combattantes qui offrit sa vie pour la cause d’un univers condamné à la mort.

Elle ne fut pas un cas isolé, mais le fruit d’une longue tradition. Dans le Japon médiéval, il
existait déjà des femmes combattantes issues de la haute société, en l’occurrence les épouses des
samouraïs. Connues sous le nom de onna-bugeisha, elles étaient membres de la classe des
« bushis » (c ’est à dire « soldats ») et étaient formées aux armes dans le but de protéger leur
maison, leur famille et leur honneur en l’absence de leurs maris partis à la guerre.
L’une des héroïnes de cette époque servit de modèle à Takeko. Elle s’appelait Tomoe Gozen, et
se distingua par son courage au XII° siècle, durant l’ère médiévale dite de Kamakura. Nakano
Takeko, née à Edo (l’actuel Tokyo) était elle-même issue du clan Aizu, les plus fidèles serviteurs
du Shogun de la dynastie des Tokugawa. Son professeur, Akaoka Daisuke, l ’entraîna aux arts
martiaux et à la littérature. Dès l’âge de seize ans, elle devint elle-même instructrice d’arts
martiaux.

Son arme de prédilection n’était pas le « katana » (sabre) mais la « naginata », une longue lance
dotée d’une lame courbée à son sommet. Celle-ci, en raison précisément de sa longueur,
permettait à une femme de l’emporter sur un homme, même si ce dernier était plus grand et plus
fort qu’elle.

A six ans, elle vit arriver la flotte du commodore états-uniens Matthew Perry dans la rade de
Yokohama, prélude à une lente invasion de l’archipel par les nations occidentales. Depuis deux
siècles et demi, les shoguns Tokugawa avaient isolé le Japon du reste du monde. Nul étranger
n’avait le droit d’y débarquer sous peine de mort, et si un Japonais fuyait ce système figé dans le
temps, il subissait le même sort s’il avait la stupidité de vouloir y revenir.

Mais, à force de nier ce qui se déroulait autour d’eux, les Japonais en vinrent à être rattrapés par
la réalité des faits. Ils s’étaient retiré du monde lorsque, après 1600 de l’ère chrétienne, ils
avaient manqué une occasion unique de s’ouvrir à lui grâce au commerce avec les navigateurs
portugais.

Ces derniers étaient accompagnés de missionnaires, jésuites ou autres, et un début prometteur


dans l’île de Shikoku aurait pu faire du christianisme l’une des principales religions du pays.
Mais Tokugawa Ieyasu, décidé à transformer le Japon en domaine carcéral sur lesquels lui et ses
descendants régneraient d’une main de fer, avait compris que pour atteindre ses fins, il lui fallait
exterminer, à coup de persécutions et de mises à mort atroces, cette religion à la fois apportée par
des étrangers et trop subversive.

Un simple agriculteur dans sa rizière ne pouvait être égal en aucune manière à un daymio (un
seigneur), et à fortiori à un shogun, même si cette égalité était non sociale, mais purement
théologique, ce Dieu chrétien vouant un amour identique à tous les objets de sa Création. Et les
tyrans ne sauraient supporter que l’ordre social dont ils bénéficient pourrait être remis en cause.
Mais les siècles passèrent. Et maintenant, les « Barbares aux cheveux roux » faisaient la loi
devant un shogun se pliant à toutes leurs exigences. Aussi, des clans conservateurs choisirent
l’empereur Mutsuhito qui détrôna le shogun en place à la guerre civile de Boshin (1868-1869).

Or, après sa victoire, il devint le « Meiji » (le Réformateur) et, trahissant ses propres partisans, fit
passer le Japon, pour son bonheur ou son malheur, du stade médiéval à celui aussi évolué qu’une
société occidentale de son époque.

Le clan des Aizus qui avaient pris parti pour le shogun ne l’entendit pas de cette oreille – et
Nakato Takeko non plus. Elle rejoignit le fief des Aizus, au château d’Aizuwakamatsu, au nord
du Japon, sous le commandement de la princesse Teru Matsudaira, nonne bouddhiste qui
participa à la défense du manoir, notamment en confectionnant les balles et les canons
nécessaires aux défenseurs.

Takeko était belle. Elle aurait pu se marier, engendrer des enfants, et vivre une vie paisible. Mais
elle était une femme de tête, fidèle à son clan. Sa mère ne lui avait-elle pas offert un « kaiken »,
petit sabre que les femmes de samouraïs portaient soit dans les manches de leur kimono, soit
passé dans leur obi ? Un kaiken qui devait lui permettre de se suicider par perforation de la
carotide si leur mari était contraint de commettre le « seppuku » (le hara-kiri) afin de préserver
son propre honneur ?

Sa mère ne lui avait-elle pas enseigné la posture adéquate dans un cas semblable, afin que, même
dans une mort atroce, la femme ou la fille d’un samouraï conserve sa grâce et son élégance ?

Ainsi éclata le conflit entre les partisans de l’empereur et ceux du shogun. Très vite, la jeune
armée impériale l’emporta, notamment à la bataille de Toba-Fushimi, bénéficiant de fusils et
d’artillerie moderne contre les Aizus seulement équipés d’armes blanches ou d’armes à feux
rudimentaires du XVI° siècle fournies par les Portugais.

À la suite de ces défaites, le shogun dut fuir Edo. Les femmes Aizus voulurent se joindre ensuite
aux hommes, mais les 3 000 samouraïs ne voulurent pas d’elles. Aussi, Takeko prit-elle la tête
d’un groupe de 20 à 30 femmes guerrières, toutes armées de naginatas, se battant de manière
autonome sous le nom de « Joshigun » ou « armée femelle ».

Cette jeune fille combattit ainsi à la bataille d ’Ogaki avec des armes blanches. Sur son ordre,
elle attendit que les militaires de l’armée impériale eurent tiré leur salve pour charger l’ennemi,
et causa nombre de ravages parmi ce dernier. Mais elle reçut une balle en pleine poitrine.

Afin que sa tête ne fut pas récupérée en guise de trophée par les impériaux selon la coutume
japonaise, elle demanda à sa sœur Yuko, âgée de deux ans de moins qu’elle, de l’aider au rituel
du seppuku en la décapitant. L’intégralité de son corps fut emmené au temple Hokaiji, dans la
province de Fukushima, et enterrée sous un pin.

Après cette bataille sans espoir, le château et la princesse Teru durent se rendre après deux mois
de bombardements intenses.

Mutsuhito dissout la classe des samouraïs dont la population fut envoyée dans des camps de
prisonniers de guerre, à l’exception des 200 femmes Aizus qui avaient choisi le suicide pour ne
pas être violées et préserver leur honneur. Un chapitre séculaire du Japon venait de se clore dans
le sang et les larmes.

Pourtant, encore aujourd’hui, Takeko n’est pas réellement morte, du moins dans le cœur de
nombre de jeunes femmes qui vénèrent son héroïsme. Ainsi, au cours du festival annuel d’Aizu
en automne, un groupe de jeunes filles célèbrent sa mémoire, portant le hakama (pantalon large
plissé muni d’un dosseret rigide, traditionnellement porté par les nobles du Japon médiéval).

Elles serrent aussi autour de leur tête le bandeau blanc (le « Hachimaki Ichiban ») exprimant
l’esprit guerrier. Dans plusieurs écoles d’obédience shintoïstes, les jeunes filles y étudient le
« naginatajutsu », à savoir le maniement de la naginata. Elles sont très loin de leurs compagnes
infantilisées par les mangas et la culture pop, incarnant la « Kawaii » (mignonnes).

Une autre femme samouraï se distingua à cette occasion, et connut un sort plus heureux. Ce fut
Yamamoto Yaeko. Elle-même fut réputée pour sa maîtrise du mousquet et prit part à la défense
du château d ’Aizu. Après la chute de ce dernier, elle alla vivre à Kyoto et devint chrétienne en
1870. Elle devint infirmière pendant la guerre Russo-japonaise de 1905 et la guerre Sino-
japonaise de 1937.

Des fouilles archéologiques établirent que, durant les batailles livrées au XVI° siècle, elles ne
participaient pas à la seule défense du manoir. Environ un tiers des combattants lors de
glorieuses batailles étaient des femmes.

Nakano Takeko dût, selon la tradition samouraï, écrire un haïku avant de partir au combat. Nul
ne sait ce qu’elle écrit, mais nous pouvons aisément l’imaginer au regard de sa personnalité
(sachant que Shinigami signifie textuellement « kami de la mort » :

« Les chrysanthèmes se fanent,

Ma sœur et moi partons

Embrasser Shinigami. »

3. NAKANO TAKEKO, THE WOMAN WARRIOR

Martial Arts Instructor of Aizu Domain. Took up arms to defend her homeland during the Boshin
War in 1868, and was killed in the Battle of Aizu. The following death poem was tied to her
naginata's handle.

Mononofu no
Tateki kokoro ni kurabureba
kazu nimo iranu
wagami nagaramo

When compared to the ranks


of warriors’ stalwart hearts;
I cannot enter into their number,
despite this body of mine.

-Source and more information on Nakano Takeko via Dr. Nyri Bakkalian

ETA: A looser popular translation for clarity's sake, "I would not dare to count myself among all
the famous warriors - even though I share the same brave heart"