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Le développement de la compétence textuelle chez les apprenants de

français langue étrangère


Dans l’article Le développement de la compétence textuelle à travers les stades
acquisitionnels en français L2 (2003), Bartning et Kirchmeyer mettent en relief les différentes
étapes de l’acquisition du français langue étrangère, et ce notamment grâce à l’analyse de la
compétence textuelle. Cette analyse gravite autour de trois pôles : la complexité syntaxique, qui
concerne la structure intra-énoncé, la complexité discursive, qui s’intéresse à la manière dont
les énoncés s’articulent dans le récit, et l’analyse fonctionnelle des propositions relatives.

La complexité syntaxique d’un énoncé est à analyser selon trois variables distinctes : le
degré d’empaquetage, le degré d’intégration et le degré d’ellipse (: 6). Le degré d’empaquetage
concerne le nombre de propositions présentes au sein d’un même énoncé. Bartning et
Kirchmeyer se sont rendu ainsi compte au cours de leur analyse que les apprenants en phase
d’acquisition du français L2 ont tendance à se cantonner à des phrases simples, c’est-à-dire ne
comportant qu’une seule proposition par énoncé. L’absence de seconde proposition dans les
énoncés des apprenants fait que « la structuration du récit est plus linéaire et analytique chez
les apprenants que chez les natifs, qui synthétisent plusieurs événements dans un seul énoncé
en hiérarchisant et nuançant l’information. » (: 6). Alors que le degré d’empaquetage
correspond à la « capacité de planification » (: 8) – c’est-à-dire la capacité à produire un énoncé
comportant deux ou plusieurs propositions – le degré d’intégration concerne la présence de
propositions infinitives et participiales. Bartning et Kirchmeyer ont d’ailleurs pu dégager dans
leur analyse que les apprenants de français utilisent rarement ces deux types de propositions.
Enfin, le degré d’ellipse s’intéresse à la progression de « structures avec des jonctions explicites
vers des structures où de plus en plus d’éléments sont omis. » (: 8), et correspond ainsi à ce que
Bartning et Kirchmeyer qualifient de « capacité d’abstraction » (: 8).

Afin d’étudier la complexité discursive, nous allons sortir de l’énoncé et nous focaliser sur
les connecteurs logiques et la liaison entre les énoncés. Bartning et Kirchmeyer définissent
ainsi la compétence discursive comme « la capacité de structurer et de hiérarchiser les énoncés
en des unités textuelles plus larges, c’est-à-dire au niveau macro-syntaxique ou textuel » (: 9).
Les connecteurs logiques permettent alors de scinder le discours et entraînent à ce titre une
certaine « hiérarchisation du discours » (: 9). L’utilisation de ces connecteurs, couplée à
l’emploi d’une syntaxe complexe, apparaît comme révélatrice de la progression dans
l’acquisition de la L2.

Enfin, dans leur analyse, Bartning et Kirchmeyer prennent le cas de la relative pour illustrer
l’analyse fonctionnelle. Bartning et Kirchmeyer distinguent deux types de relatives : la relative
descriptive, qui apporte une information descriptive ou commentative, et la relative
continuative, qui a pour fonction « d’exprimer des informations qui font avancer le récit »
(: 14). Les apprenants débutants auront ainsi tendance à utiliser des relatives descriptives
« relatant les informations d’arrière-plan » (: 15). Ce n’est qu’au fur et à mesure de l’acquisition
que les apprenants se tourneront vers des relatives continuatives, qui tendent à se focaliser sur
le fil du récit.

En conclusion, lors de l’apprentissage d’une L2, chaque étape du développement de la


compétence textuelle de l’apprenant se distingue par une complexification des énoncés et par
une meilleure hiérarchisation de ceux-ci dans le discours écrit. Ainsi, plus la structure d’un
énoncé et la hiérarchisation des énoncés sont complexes, plus la production de l’apprenant se
rapproche de celle d’un natif.