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L’entrepreneuriat social au Maroc, Perception et pistes de développement.

L’entrepreneuriat social au Maroc, Perception et pistes de


développement

ASLI AMINA
Enseignante chercheur, ENCG, Université Hassan 1er, Settat.
Amina_asli@yahoo.fr
EL IDRISSI SLITINE ABDELALI
Enseignant chercheur, ENCG, Université Hassan 1er, Settat.
a.slitine@hotmail.com

Résumé : Abstract :
L’entrepreneuriat social, concept en Social entrepreneurship arouses a great
construction, suscite un grand intérêt ces interest in recent years and is the subject of
dernières années et fait l’objet de plusieurs several studies and research. It looks like
études et recherches. Il se présente comme another innovative way to make the economy
une autre voie innovante pour agir au service more humanistic and create social value in
d’activités ayant du sens, rendant l’économie diverse fields (health, education, employment,
plus humaniste et créant de la valeur sociale finance…). However, social entrepreneurship
dans différents domaines (santé, éducation, and its answers to society pressing problems
emploi, finance,…). L’entrepreneuriat social become poorly knowing, its potential sub-
et ses solutions restent toutefois, peu connus, used and the conditions of its expansion still
son potentiel sous utilisé et les conditions de insufficiently met.
son essor encore insuffisamment réunies.
This paper focuses on the specificities of
Cet article s’intéresse aux spécificités social entrepreneurship and the avenues to
de l’entrepreneuriat social et aux pistes de develop this promising sector.
développement de ce secteur aux retombées
très prometteuses.

Mots clés : Entrepreneuriat social,


Key words: Social entrepreneurship,
perception, développement, innovation
perception, development, social innovation.
sociale.

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ASLI AMINA EL IDRISSI / SLITINE ABDELALI

Introduction :
L’entrepreneuriat social est un thème qui suscite un intérêt croissant ces dernières années. Il
fait l’objet de plusieurs recherches et études ainsi qu’une large médiatisation.
Les entrepreneurs sociaux cherchent à apporter des réponses innovantes aux problèmes
pressants de la société mal ou peu satisfaits ou encore en apparence insolubles. Leur motivation
première est de créer de la valeur sociale pour une plus grande justice, tout en assurant la viabilité
économique de leurs projets. La rentabilité financière n’est plus une fin en soi, contrairement aux
entreprises classiques, mais plutôt un moyen.
L’entrepreneuriat social se présente dès lors comme une incarnation concrète d’une autre
voie possible, professionnelle et crédible, pour agir au quotidien au service d’activités qui ont
du sens (Barthélémy A. et Slitine R. 2011, p.11). Une autre voie pour rendre l’économie plus
humaniste et plus noble. Le message de l’entrepreneuriat social selon COFIDES (2007) est simple :
« « l’économique» ne doit pas être l’exploitation, l’inégalité ou l’égoïsme, mais un moyen efficace
et puissant à mettre au service de l’homme et de son épanouissement. De même, le « social »
ne doit pas être le ‘ghetto’, le ‘misérabilisme’ ou les ‘bonnes œuvres’, mais ce qui crée du lien,
de la solidarité et du collectif ». Les entrepreneurs sociaux pourront ainsi jouer, un rôle essentiel
dans la lutte contre la précarité et toute forme d’exclusion, la valorisation et le développement
de territoires, la création d’emplois, la préservation de l’environnement et le renforcement de la
cohésion sociale.
Des entrepreneurs comme Bill DRAYTON, un ancien de McKinsey et fondateur d’Ashoka,
association internationale de promotion de l’entrepreneuriat social opérant actuellement dans
près de 70 pays ; Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank, qui a rendu le recours au
financement accessible à des populations pauvres ou encore David GREEN, fondateur du projet
Impact qui s’est intéressé au problème de la cataracte dans les pays en développement ainsi qu’à
d’autre problèmes de santé, sont devenues des figures emblématiques en matière d’entrepreneuriat
social et des exemples à méditer et à suivre.
Toutefois, selon le mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves, France), l’entrepreneuriat
social et ses solutions restent méconnus, son potentiel sous utilisé et les conditions de son essor
encore insuffisamment réunies.
Au Maroc, l’intérêt pour l’entrepreneuriat social ne se dément pas et se manifeste
progressivement. En atteste les différentes conférences, journées d’études et colloques organisés
à cet effet.
Qu’est ce que l’entrepreneuriat social ? Qu’est ce qui distingue l’entreprise sociale de
l’entreprise classique ? Comment est perçu l’entrepreneuriat social au Maroc? Et quelles sont les
pistes de développement pour ce nouveau « modèle de production économique » ? C’est à ces
différentes questions que nous tenterons de répondre dans cette recherche exploratoire.
Notre méthodologie de recherche consiste d’une part en une revue de la littérature qui nous
permettrait d’apporter des éléments de réponse surtout aux deux premières questions et d’autre part
en une enquête terrain auprès de deux cibles différentes. La première composée d’étudiants afin de
voir comme est perçu l’entrepreneuriat social et la seconde d’activistes opérant dans le domaine
associatif surtout pour détecter les difficultés rencontrées et les pistes de développement.

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L’entrepreneuriat social au Maroc, Perception et pistes de développement.

Ce travail s’articule autour de trois parties. Dans la première, nous aborderons, le concept
d’entrepreneuriat social ainsi que les spécificités des entreprises sociales. Nous présenterons
ensuite, les résultats de l’étude empirique et finalement, nous explorerons les différentes pistes
possibles pour développer ce secteur.

I- L’entrepreneuriat social : Définition, émergence et spécificités


1.1- L’entrepreneuriat social : Essai de définition
L’entrepreneuriat social est un concept jeune qui n’a émergé qu’à partir des années 90 des
deux côtés de l’Atlantique. En Europe, sous l’impulsion de l’Italie qui créa en 1991 un statut
spécifique de coopératives sociales afin de répondre à des besoins non ou mal satisfaits par les
services publics et aux Etats Unis, avec notamment la « Social Entreprise Initiative » lancée en
1993 par la Harvard Business School (CODES, 2007).
C’est un concept en construction pour lequel il n’y a pas à présent de définition universelle,
il est utilisé par différents acteurs, avec des significations différentes. On distingue généralement
deux grandes approches. L’approche américaine qui met davantage l’accent sur la figure de
l’entrepreneur, et l’approche européenne qui se focalise plutôt sur certaines spécificités de
l’entreprise sociale. Ci-après une présentation de quelques définitions largement médiatisées.
Ashoka, fondation américaine, considère que : « Les entrepreneurs sociaux sont des
individus qui proposent des solutions innovantes aux problèmes sociaux les plus cruciaux de
notre société. Ils sont ambitieux, persévérants, s’attaquent à des questions sociales majeures
et proposent des idées neuves capables de provoquer des changements à grande échelle »
Comme on peut le constater aisément, cette définition attache beaucoup d’importance au
potentiel de changement et d’innovation de l’entrepreneur considéré comme un ‘Changemaker’, un
individu exceptionnel motivé par le changement de situations insatisfaisantes, capable d’apporter
des solutions pragmatiques, efficientes et durables.
L’innovation a pour objectif premier, l’amélioration des conditions de vie d’une certaine
catégorie de personnes. Elle se manifeste de différentes manières : un nouveau produit ou un
nouveau service ; rendre certains produits ou services, habituellement réservés aux consommateurs
solvables, accessibles à des populations pauvres, ce qui constitue le principe du Bottom of the
pyramid (BOP) ; un nouveau modèle de gestion des ressources, un nouveau moyen de financement,
etc.
Hewitt P. (cité in Defourny 2011), ancienne secrétaire au commerce et à l’industrie du
gouvernement Britannique (2002) a proposé la définition suivante : « une entreprise sociale
est une activité commerciale (business) ayant essentiellement des objectifs sociaux et dont les
surplus sont principalement réinvestis en fonction de ces finalités dans cette activité ou dans la
communauté, plutôt que d’être guidés par le besoin de maximiser les profits pour des actionnaires
ou des propriétaires.»
Le Collectif pour le développement de l’entrepreneuriat social (CODES) opte pour la définition
suivante : « Entreprises à finalité sociale, sociétale ou environnementale et à lucrativité limitée.
Elles cherchent à associer leurs parties prenantes à leur gouvernance.»
Pour Barthélémy A. et Slitine R. (2011), «L’entrepreneuriat social recouvre l’ensemble
des initiatives économiques dont la finalité principale est sociale ou environnementale et qui

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réinvestissent la majorité de leurs bénéfices au profit de cette mission.»


L’examen de ces trois définitions qui présentent certains points communs et se complètent aide
à faire ressortir les caractéristiques les plus marquantes de l’entreprise sociale, à savoir :
Une organisation indépendante, initiée par une ou plusieurs personnes ;
A
A Ayant une mission principale sociétale ou environnementale (que nous engloberons désor-
mais sous le terme sociale);
La finalité sociale est au moins égale à la finalité économique ;
A
S’inscrit dans une approche volontariste de développement durable ;
A
A Socialisation des bénéfices engendrés par l’activité productive, soit peu ou pas de bénéfices
distribués, réinvestis plutôt au profit de sa mission ;
La rentabilité n’est qu’un moyen et non une fin en soi ;
A
Se basant sur l’innovation sociale ;
A
Optant pour un mode de gouvernance participatif, non fondé sur la propriété du capital.
A
Notons par ailleurs, que le réseau de chercheurs EMES (émergence des entreprises sociales
en Europe), qui s’est attelé dès 1996 à définir des critères communs afin de repérer des réalités
susceptibles d’être baptisées « entreprises sociales », propose plutôt un cadre méthodologique qui
se base sur un certains nombre de critères. Neuf critères sont retenus, quatre de nature économique
et cinq de nature sociale. Le tableau suivant reprend ce faisceau d’indicateurs.
Tableau 1 : Cadre méthodologique proposé par le réseau EMES

Critères économiques Critères sociaux


• Une activité continue de production de • Une initiative portée par un groupe de
biens et/ ou services ; citoyens ;
• Un degré élevé d’autonomie ; • Un objectif explicite de service à la
• Un niveau significatif de prise de risque ; communauté ;
• Un niveau minimum d’emploi rémunéré. • Un pouvoir de décision non fondé sur la
détention du capital ;
• Une dynamique participative associant
les différentes parties concernées par
l’activité ;
• Une distribution limitée des bénéfices.
Repris et adapté de Defourny (2011)
Toutefois, ces critères ne constituent pas des conditions indispensables pour qu’une entreprise
soit qualifiée d’entreprise sociale. Ils permettent plutôt selon Defourny J. et Nyssens M. (2011) de
situer un « idéal type », c›est-à-dire un modèle abstrait synthétisant les caractéristiques principales
du nouvel entrepreneuriat observées au sein de l’économie sociale et solidaire, par rapport auquel
chaque entreprise sociale peut analyser ses pratiques et ses spécificités.

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En définitive, on peut dire que l’entrepreneuriat social est toute initiative privée, portée par
une ou plusieurs personnes militant pour le changement, associant efficacité économique et
impacts sociétaux positifs, innovant à plusieurs titres, distribuant peu de bénéfices et réinvestissant
dans la mission sociétale.
L’entrepreneuriat social renvoie à une réalité plurielle et une diversité de pratiques, de statuts
(associations, fondations, coopératives, mutuelles, sociétés, etc.), de taille et d’enjeux. Les domaines
d’intervention restent aussi nombreux : éducation, emploi, santé, logement, environnement,
handicap, commerce équitable, finance, etc.
Fait-elle partie de l’économie sociale et solidaire ?

1.2- Economie sociale et solidaire, responsabilité sociale et en-


trepreneuriat social, quelles différences ?
Dans plusieurs pays, les termes d’économie sociale et d’économie solidaire sont parfois,
utilisé séparément mais désignent des réalités relativement similaires difficilement différenciables.
Aussi, nous avons fait le choix d’utiliser l’expression économie sociale et solidaire (désormais
ESS). L’ESS peut être définie comme l’ensemble des actions, des activités et des politiques
visant principalement à répondre aux besoins sociaux de la collectivité dans son ensemble et
plus particulièrement à ceux des personnes défavorisées ou vulnérables. Elle est appréhendée
comme un « Tiers secteur » distinct des pouvoirs publics et des entreprises privées à but lucratif,
et reste multiforme. Elle regroupe historiquement, les associations, les coopératives, les mutuelles,
les fondations avec plus récemment le secteur de l’entrepreneuriat social qui revendique son
appartenance à cette grande famille selon Vercamer F., député français (2010).
Quoique diverses dans leurs réalités, ces organisations partagent néanmoins des caractéristiques
essentielles : une finalité d’utilité sociale s’inscrivant dans un projet économique, une gouvernance
démocratique et une gestion éthique ainsi qu’une dynamique de développement s’appuyant sur un
ancrage territorial et une mobilisation citoyenne (Alphandéry et al 2009).
Selon le CODES (2007), l’ESS d’un côté et l’entrepreneuriat social de l’autre constituent
deux niveaux distincts et complémentaires d’observation du même phénomène : celui d’une autre
façon de penser et de vivre l’entreprise et l’économie. En effet, si l’économie sociale et l’économie
solidaire reflètent une vision davantage historique, politique et institutionnelle, l’entrepreneuriat
social privilégie plutôt une lecture plus concrète, plus pragmatique et plus centrée sur les initiatives
et ceux ou celles qui les portent. Les deux partagent cette façon d’entreprendre autrement au
service d’une communauté sans que le profit ne soit la priorité première mais plutôt l’impact social.
La responsabilité sociale quant à elle, reflète surtout l’engagement volontaire de l’entreprise à
prendre en considération les droits, les intérêts et les attentes de ses parties prenantes et à en rendre
compte. Si le dépassement de l’horizon de maximisation des profits à court terme constitue une
caractéristique principale, il n’en demeure pas moins que la finalité économique reste dominante.
Les entreprises sociales diffèrent donc, fondamentalement des entreprises socialement responsables
pour qui la finalité sociale et/ou encore le mode de gouvernance participatif constitue plutôt des
exigences à intégrer progressivement dans la marche normale de l’activité. (CODES, 2007)
Terminons cette première partie par une comparaison entre l’entreprise classique et l’entreprise
sociale afin de mieux faire ressortir les éléments de divergence et les spécificités de cette dernière.

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1.3- Comparaison entreprise classique, entreprise sociale


Si les deux « modèles » d’entreprise partagent la nécessité d’un projet économique viable, ils
se distinguent nettement au moins par leur finalité, leur logique et la mesure de leur performance.
La motivation principale d’un entrepreneur social n’est pas patrimoniale/ financière comme
c’est le cas pour un entrepreneur classique, elle est davantage sociale. L’entrepreneur social est
mû par une grande justice sociale, une sorte de révolte contre la précarité et l’exclusion sociale
ainsi qu’une volonté de changer une situation insatisfaisante. La finalité sociale est un moins aussi
importante que la finalité économique.
Une entreprise classique se positionne dans une logique concurrentielle. Elle doit être capable
d’assurer sa survie dans un environnement généralement dynamique et doit constamment chercher
des avantages compétitifs. Toutes les actions mises en place sont orientées marché et visent à
maintenir voire augmenter ses parts de marché. Une entreprise sociale se positionne avant tout dans
une logique de partenariat et de complémentarité. Notons aussi que cette dernière a la possibilité de
tirer profit de volontaires et de bénévoles, ce qui constitue une sorte de ressource de financement
pour elle, mais reste toutefois confrontée aux mêmes enjeux de gestion des ressources humaines :
attirer, mobiliser et fidéliser.
La mesure de la performance se fera également sur des bases plus étendues pour l’entreprise
sociale. Au-delà de la rentabilité financière, il s’agit également d’évaluer l’impact social.
Le tableau ci-après, fournit une comparaison entre l’entreprise classique et l’entreprise sociale
sur la base de plusieurs critères.
Tableau 2 : Comparaison entre l’entreprise classique et l’entreprise sociale

Critère Entreprise classique Entreprise sociale


Conception d’un produit/ service
Opérer un changement social afin de
afin de répondre à des besoins
Idée de départ répondre à des besoins non couverts
rentables
Finalité Économique Sociale, environnementale, sociétale
Partenariat, complémentarité et
Logique Concurrentielle
éventuellement concurrentielle
Entreprise individuelle Association, coopérative, mutuelle,
Forme juridique
Société fondation, société, etc.
Ressources Salariés Salariés, bénévoles, volontaires
humaines
Capitaux propres, endettement, Capitaux propres, subventions, dons,
Financement subventions endettement, réinvestissement des
bénéfices
Critères de Profit Impact social, viabilité économique
performance
Repris et adapté de Chalencon G.et al (2010)

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II- L’étude empirique :


Nous présenterons dans un premier temps la méthodologie de l’étude avant d’exposer les
résultats de cette étude exploratoire sur l’entrepreneuriat social au Maroc.

2.1- Méthodologie de l’étude :


Contexte de l’étude :
La mondialisation, au-delà des avantages qu’elle peut présenter, a contribué d’une manière
directe à la déstabilisation des systèmes économiques et à l’amplification des problèmes sociaux,
sociétaux et environnementaux (pauvreté, chômage, exclusion sociale, etc.). L’entrepreneuriat
social qui apparaît comme un nouveau modèle favorisant une économie à finalité sociale, ayant du
cœur et promouvant des affaires éthiques mérite alors, une attention particulière.
Objectifs de l’étude:
Deux objectifs essentiels ont motivé cette enquête terrain :
• Connaître comment est perçu l’entrepreneuriat social au Maroc ;
• Identifier des pistes de réflexion sur le développement de cette dernière.
Cible et méthode d’approche :
Nous avons fait le choix de s’adresser à deux cibles différentes. La première composée
d’étudiants de différentes universités marocaines. Le questionnaire a été lancé en ligne sur la
période allant du 7 au 15 Mai 2012. La seconde cible comprend des activistes et militants du tissu
associatif marocain. Ils ont été approchés directement par téléphone (la liste est fournie à l’annexe 1)
Echantillon :
161 questionnaires ont été valablement renseignés par les étudiants et 50 questionnaires par
les activistes. Ci après les résultats du dépouillement.
Structure des questionnaires :
Le questionnaire adressé aux étudiants comprend trois rubriques. La première porte sur la
perception de l’entrepreneuriat social, la seconde sur les acteurs et formation et la dernière sur la
fiche signalétique.
Quant aux rubriques du questionnaire adressé aux activistes, elles sont comme suit : la
première concerne toujours la perception de l’entrepreneuriat social, la seconde est relative à l’état
des lieux et aux perspectives de développement et la dernière aux caractéristiques des répondants
(fiche signalétique).
Notons enfin que cette étude exploratoire sur l’entrepreneuriat social présente des limites que
nous essayerons de dépasser dans nos recherches futures.

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2.2- Résultats de l’étude :

2.2.1- Enquête auprès des étudiants :


La ventilation de l’échantillon par sexe se présente comme suit : 55,9% de femmes et 44,1%
d’hommes. Quant à l’âge, ils sont 96,9% a avoir moins de 25 ans.
Contrairement à nos présomptions, les étudiants répondants définissent correctement le concept
d’entrepreneuriat social. En effet, 76% considèrent l’entreprise sociale comme une entreprise
alliant viabilité économique et impact social.

Environ 57% situent la différence entre l’entrepreneuriat social et l’entrepreneuriat classique


au niveau de la finalité, 20% au niveau du cœur du métier et 19% au niveau du caractère de
l’entrepreneur.

55,9% considèrent que l’entrepreneuriat social fait partie de l’économie sociale et solidaire ;
18% trouvent que les concepts d’économie sociale, d’économie solidaire et d’entrepreneuriat social
sont complètement différents alors que 7,5% ne font aucune différence entre eux.
Plus des ¾ des étudiants déclarent ne connaître aucune entreprise sociale et ceux qui trouvent
en connaître, identifient plutôt des entreprises philanthropes.
Enfin, environ 74% des étudiants interrogés ont exprimé leur intérêt pour un module de
formation en entrepreneuriat social.

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2.2.2- Enquête auprès des activistes :


Les répondants au nombre de 50 présentent les caractéristiques suivantes : 60% d’hommes et
40% de femmes. 82% ont moins de 35 ans et 64% ont un niveau d’études Master et plus.
82% des répondants considèrent l’entreprise sociale comme une entreprise alliant viabilité
économique et impact social, contre 10% qui définissent celle-ci comme une entreprise classique
à responsabilité sociale.

Par ailleurs, ils sont 72% à considérer l’entrepreneuriat social comme faisant partie de
l’économie sociale et solidaire, contre 16% pour qui le cadre général est le même avec toutefois,
quelques différences. Ceux qui déclarent connaître des entreprises sociales ont du mal à en citer des
exemples ou bien citent des entreprises classiques comme la centrale laitière, Coca-cola ou encore
Maroc Télécom, mais qui en parallèle financent des actions sociales, ce qui atteste d’une large
confusion entre l’entreprise sociale, la philanthropie et la responsabilité sociale des entreprises. La
grande majorité des répondants affirme ne pas connaître de programmes d’appui et de financement
de l’entrepreneuriat social, les rares activistes ayant déclaré en connaître, citent Ashoka, l’Initiative
nationale pour le Développement Humain (INDH), MEDA USAID et les banques.
Les principales difficultés liées à la création d’entreprises sociales selon les répondants, restent
le manque d’encadrement des entrepreneurs sociaux pour 70%, le financement pour 64% et dans
une moindre mesure la prise de risque pour 30%.
La création d’un réseau marocain d’entrepreneurs sociaux serait un atout pour pratiquement
la totalité des répondants. De plus 68% estiment que l’entreprise sociale à besoin d’un cadre
juridique spécifique. Les propositions dans se sens sont diverses, voici quelques unes : « quelque
chose entre la coopérative, l’association et l’entreprise », « statut similaire aux associations
d’utilité publique », «statut juridique qui régit la création, le financement, l’audit ainsi que les
champs d’interventions », « SARL ou SA plus quelques spécificités au niveau de l’objet social »
avec l’exonération fiscale ou système fiscal spécifique et des caisses pour le financement.
Enfin, pour promouvoir le secteur de l’entrepreneuriat social et comme le montre le graphique
ci-dessous, les répondants restent plus favorables au lancement de formations académiques
reconnues, à des actions de sensibilisation et à la création d’incubateurs. Certains suggèrent aussi
le soutien des pouvoirs publics par la facilitation de l’accès aux marchés publics, des financements
spécifiques et des mesures fiscales encourageantes.
Dans la dernière partie de cette recherche, nous continuerons sur le développement de
l’entrepreneuriat social avec la présentation de quelques pistes de réflexion.

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III- Développement de l’entrepreneuriat social au Maroc, pistes


de réflexion
Le potentiel de développement de cette façon d’entreprendre autrement reste très important et
porteur d’une véritable conscience des défis actuels et futurs. La promotion de l’entrepreneuriat
social au Maroc nécessite la mise en place de plusieurs actions et la mobilisation de plusieurs acteurs
afin de favoriser la création d’organisations socialement utiles et économiquement pérennes.
Sensibiliser et informer sur l’entrepreneuriat social : l’entrepreneuriat social reste un
domaine jeune, peu mature et peu connu. Il s’avère dès lors nécessaire d’organiser des actions
de sensibilisation à l’esprit d’entreprise d’une manière générale et à l’entrepreneuriat social en
particulier : conférences, tables rondes, séminaires, social workshops, favoriseraient certainement
la prise de conscience de l’intérêt et des enjeux que présente l’entrepreneuriat social.
Mettre en place des structures d’accompagnement : L’accompagnement tout au long du
processus entrepreneurial est très important et permet, selon plusieurs recherches et professionnels,
d’augmenter les chances de pérennité d’une entreprise nouvellement créée. En effet, livrés à eux
seuls, les porteurs de projets sont généralement déboussolés et manquent de l’expérience requise
pour faire le montage de leurs projets. L’omission de certains éléments lors de la préparation du
projet telle l’estimation du besoin en fond de roulement à titre d’exemple, risque de compromettre
la survie de l’entité après création. Une aide adaptée aux besoins des entrepreneurs et une
disponibilité de personnes ressources compétentes durant la phase de préparation notamment pour
l’élaboration du Business plan social serait d’une grande utilité.
L’accompagnement doit également se poursuivre après la création jusqu’à ce que le porteur
du projet arrive à dépasser la phase critique de lancement et assurer la montée en régime de son
entreprise.
L’accompagnement peut également prendre la forme d’un appui logistique (mise à disposition
de locaux ainsi que de certains moyens d’exploitation au début) ou encore d’organisation de
formations sur mesure compte tenu des besoins identifiés chez le promoteur du projet social.
Cet accompagnement peut être assuré par des instances étatiques ou par des fondations affiliées
au secteur privé ou semi public. La création d’incubateurs ou de pépinières dédiées exclusivement
aux entreprises sociales serait vivement recommandable.
Mettre en place des moyens de financement spécifiques : Les entrepreneurs sociaux n’ont
pas pour priorité la maximisation du profit, ils sont davantage motivés par l’impact social, la
satisfaction de besoins propres à une catégorie de personnes que l’Etat prend mal ou pas du tout
en charge. Nous estimons dès lors qu’il est légitime qu’un appui financier sur mesure soit accordé
à cette catégorie d’entrepreneurs. Des lignes de financement dédiées aux entrepreneurs sociaux
peuvent être imaginées. Des taux d’intérêts préférentiels ainsi que des modalités de remboursement
souples doivent être privilégiés. La mise en place de fonds d’amorçage philanthropique à l’instar
d’ANTROPIA en France, serait également d’une grande utilité. Le principal avantage de ce genre
de fonds c’est qu’il assure un soutien financier sous forme de bourses ou de prêt d’honneur sans
garanties et non productif d’intérêts.
Exploiter toutes les opportunités offertes par des initiatives internationales en vue de
promouvoir cette dynamique. A titre d’exemple, les fondations Edmond de Rothschild soutiennent
des programmes de formation/accompagnement d’entrepreneurs sociaux par leur expertise, leurs
réseaux et des financements un peu partout dans le monde ; la fondation Ashoka, le plus grand réseau

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d’entrepreneurs sociaux dans le monde qui peut apporter aux entrepreneurs sociaux sélectionnés,
un soutien financier et professionnel afin qu’ils puissent démultiplier leur impact sur la société et
diffuser leurs idées et bonnes pratiques ou encore les fondations Schwab et Skoll qui restent de
grands acteurs de l’entrepreneuriat social.
Mettre à contribution l’Université marocaine : Des modules de formation, voire même des
formations entièrement dédiées à l’entrepreneuriat social permettraient sans doute de favoriser
l’émergence d’entrepreneurs sociaux. 74% des étudiants et 92% des activistes de notre enquête
ont d’ailleurs exprimé leur intérêt pour une telle démarche. Actuellement à l’étranger, la plus
part des grandes écoles de gestion proposent des programmes de formation dans le domaine.
Il en est ainsi par exemple à la Harvard Business School, pionnière en la matière, Cambridge
business School, HEC Liège ou encore à l’ESSEC Paris, via son institut de l’innovation et de
l’entrepreneuriat social. Au Maroc, certaines formations sont lancées mais ne sont pas spécifiques
à l’entrepreneuriat social, il en est ainsi du master en économie sociale et solidaire des universités
Hassan 1er Settat et Mohammed 1er Oujda ainsi que du Master spécialisé en management des
organisations sociales de l’université de Fès.
Démultiplier les compétitions relatives à l’innovation sociale et à l’esprit d’entreprise au
niveau local: Ce genre d’initiatives permet de valoriser les meilleures idées d’innovation sociale,
de soutenir leurs promoteurs ainsi que de créer une certaine émulation entre compétiteurs. Au
niveau international, la Global Social Venture Competition (GSVC) constitue l’unique compétition
(à notre connaissance) de business plans qui permet aux participants, étudiants et jeunes diplômés,
d’être coachés par des professionnels, de rencontrer des investisseurs intéressés par des projets
d’entrepreneuriat social et pour les vainqueurs de gagner des prix allant de 5.000 à 20.000 dollars
américains. Au Maroc, des initiatives à l’instar de Challenger, Fikra.ma sont à encourager et
démultiplier.
Créer un réseau d’entrepreneurs sociaux : Se mobiliser en réseau, permet avant tout de créer
plus de synergie afin de mieux se faire connaître et reconnaître. Notons qu’un réseau marocain de
l’économie sociale et solidaire (REMESS) existe depuis 2006, mais ne constitue pas à notre sens,
le réseau adapté et spécifiques aux entrepreneurs sociaux.

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Conclusion :
L’entrepreneuriat social suscite un grand intérêt un peu partout dans le monde. L’intérêt
qui lui porté s’explique par son approche innovante réconciliant l’économique, le social et
l’environnemental. Le profit n’est plus une fin en soi comme pour une entreprise classique, mais
plutôt un moyen pour créer de la valeur sociale et lutter contre la précarité, l’injustice et toute forme
d’exclusion sociale.
L’étude empirique réalisée auprès d’étudiants et d’activistes sociaux a révélé que même si le
concept est globalement bien défini, il reste néanmoins quelques confusions avec d’autres concepts
tels la responsabilité sociale des entreprises et la philanthropie ainsi que la difficulté à identifier des
entreprises sociales. Le secteur connait aussi quelques difficultés selon les activistes et qui portent
principalement sur le manque d’encadrement et le financement.
Promouvoir et développer l’entrepreneuriat social comme voie « d’entreprendre autrement »
s’avère dès lors capital et exige la mobilisation de plusieurs acteurs : pouvoirs publics, secteur
privé, philanthropes, militants sociaux et universitaires.

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L’entrepreneuriat social au Maroc, Perception et pistes de développement.

Bibliographie

• Alphandéry et al. (2009) : « L’économie sociale et solidaire : une réponse entrepreneuriale


et politique à la crise » (Document de travail)
• Barthélémy A. et Slitine R. (2011) : « Entrepreneuriat social, innover au service de l’intérêt
général » Edition Vuibert.
• Defourny J. et Nyssens M. (2011) : « Approches européenne et américaine de l’entreprise
sociale, une perspective comparative » Revue internationale de l’économie sociale, volume
319, pp : 18-35.
• Defourny J. (2011) : « L’émergence et le développement du concept d’entreprise sociale »,
In Amadio N. : « Les dynamiques de l’entrepreneuriat social » Edition Néothèque, pp : 21-
44.
• Huybrechts B. (2012) : « L’économie sociale et solidaire » In Blanchet V. : « Dictionnaire
du commerce équitable » Edition Quae.
• CODES (2007): « Pour une approche partagée de l’entrepreneuriat social et de son
développement », La note du Codès N° 1 téléchargeable à l’adresse électronique:
• http://www.idies.org/public/fichiers%20joints/2007-03-01_note_codes_1.pdf
• Chalencon G, Pache A.C., Sibieude Th., et Trellu-Kane M. (2010) : « Business Plan
social, guide méthodologique », ESSEC.
• Vercamer F. et al. (2010): « L’économie sociale et solidaire, entreprendre autrement pour
la croissance et l’emploi ». Rapport sur le secteur de l’ESS français. Disponible à l’adresse
électronique :
• http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/104000206/0000.pdf
• http://www.actavista.fr/La-fondation-ASHOKA

Revue Marocaine de Recherche en Management et Marketing N°8, Juillet-Décembre 2013 247


ASLI AMINA EL IDRISSI / SLITINE ABDELALI

Annexe 1 : Liste d’acteurs sociaux ayant répondu à l’enquête


Prénom Nom Fonction Organisation - Association

Jeune Chambre Internationale -


Mohamed MAKKAOUI Formateur international
JCI Maroc
Adnane ADDIOUI Président JCI Rabat
Sarah NAJID Membre Terre et Humanisme
IDRISSI
Salma Project executive Zeva Consulting
BOUTAYBI
Chouaib MOUANNISSI Sales Manager Zeva Consulting
Nezha LEBYED Présidente JCI Casa Impact
Jamal EL AMRANI Membre JCI Casa Impact
Club Etudiant Entrepreneur de
Omar ALAMI Secrétaire Général
Demain - CEED
Manal ELATIR Fondatrice Anarouz Social entreprise
Hamza EL FASIKI Auteur uPublish.info
Ilyas BENAROUIA Chef de projet Association Anoual
Confédération Marocaine de
Abdellah ELFERGUI Président
TPE-PME
Sidi Mhamed DJAMII Membre JCI Casablanca
Touria BENFELLAH Chef de projet PNUD
Amine CHAKOUF Secrétaire Général JCI Casablanca
Yassine BOUGHABA VP exécutif JCI Rabat
Maha ECH-CHEFAA VP Formation JCI Rabat
Mouna BOUJMAL Cadre technique NOVEC
Zineb RAJI Manager SA&AA Consulting
Ismail BENALI Membre ROTARACT
Rajae TAJRY Membre Terre et Humanisme
Amine EL YOUSFI Fondateur Softhink
Ismail ALAOUI Social Média Manager Fikra.ma
EL
Marwane Fondateur Fikra.ma
MOUTAWAKIL
Rachid TABIT Vice président JCI Casa Impact

Redouane Moukkadim Président Association A better tomorrow

Ismail CHAAOUF Chef de projet Elève Innovateur Social


Hamid LATIF Responsable RH ANAPEC
Abdelouahed ECHCHETBI Professeur FST Settat

248 Revue Marocaine de Recherche en Management et Marketing N°8, Juillet-Décembre 2013


L’entrepreneuriat social au Maroc, Perception et pistes de développement.

Touria DAHAK Doctorant Université de Nice


Ichrac MARMRI VP External Relations AIESEC
Responsable Relations
Salah Eddine BELTALBA Infotech.ma
publiques
Yassine JAOUAD Chef de division Ministère de la jeunesse
Hafida EL BAZ Directrice Solidarité féminine
Redouane MAY VP Exécutif JCI AGADIR
Hassan ABNAOU Membre YAANI
Administrateur
El Mokhtar HIJAZI CCIS
principal , coordinateur
Omar MADI Président AIESEC Anfa
Zineb ANBAR VP - income exchange AIESEC
Mohamed social Project
EL AFRANI AIESEC
Mehdi Responsable
Abdelilah Abdellaoui Membre AMEJ
Assistante
Meryama EL YAACOUBI Terre et Humanisme
administrative
Le cercle des jeunes
Hamza AYAD Membre
démocrates
Imad MSIYEH Formateur COACH ME
Najoua SAOUDI Manager SIFE

Hazim SEBBATA Président Centre des Jeunes Dirigeants

Yassir MEZOUARI Président JCI Maroc


Nour MAHMOUDI Membre Opération SMILE
Kawtar ROSSI Commercial HP
Yassine BENHAJJAM Secrétaire Général JCI Maroc

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