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Absorption en traitement d’air

par Michel ROUSTAN


Ingénieur INSA, Docteur ès sciences
Professeur de génie des procédés
Laboratoire d’ingénierie des procédés de l’environnement à l’INSA de Toulouse

1. Différents types de contacteur gaz-liquide ...................................... G 1 750 – 2


1.1 Colonnes à garnissage ................................................................................ — 3
1.1.1 Garnissages......................................................................................... — 3
1.1.2 Diamètre de la colonne ...................................................................... — 3
1.2 Réacteurs à pulvérisation ........................................................................... — 3
2. Solubilité des gaz dans les liquides.................................................... — 3
3. Modélisation du transfert de matière ................................................ — 5
3.1 Absorption physique (sans réaction) ......................................................... — 5
3.1.1 Paramètres de choix d’un contacteur gaz-liquide ............................ — 5
3.1.2 Remarque ............................................................................................ — 5
3.2 Absorption avec réaction chimique .......................................................... — 6
3.2.1 Identification des divers régimes.
Choix des contacteurs gaz-liquide .................................................... — 6
3.2.2 Exemples d’absorption avec réaction chimique .............................. — 6
4. Caractéristiques des échangeurs gaz-liquide .................................. — 8
5. Absorption physique : dimensionnement du contacteur ............. — 9
5.1 Phases en écoulement « piston » à contre-courant.................................. — 9
5.2 Relations de dimensionnement pour les autres types d’écoulement..... — 11
6. Absorption avec réaction chimique :
dimensionnement du contacteur ........................................................ — 11
6.1 Réaction instantanée de surface, phase gaz « piston » à contre-courant — 12
6.2 Réaction rapide, écoulement piston
pour les deux phases, contre-courant ....................................................... — 12
7. Exemples d’applications ........................................................................ — 12
7.1 Absorption d’acétone par de l’eau en colonne à garnissage................... — 13
7.2 Absorption d’ammoniac NH3 ..................................................................... — 13
7.3 Absorption de CO2 par une solution de monoéthanolamine (MEA)....... — 14
7.4 Absorption de SO2 dans une colonne à pulvérisation type pluie ........... — 14
7.5 Traitement des odeurs par absorption
dans des colonnes à garnissage placées en série .................................... — 15
Références bibliographiques ......................................................................... — 15

armi les procédés de traitement de l’air chargé en polluants, l’opération


P unitaire – absorption – réalisée au sein de contacteurs gaz-liquide, entre
dans la catégorie des procédés basés sur un transfert avec récupération directe
et est comparable à l’adsorption gaz-solide ou à la condensation [11]. Il s’agit
en effet de proposer des solutions pour le traitement d’effluents gazeux
contaminés tels que :
— des atmosphères contenant des composés organiques volatils (COV) de
type composés oxygénés : acides gras volatils, alcools, cétones, dérivés chlorés.

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Les émetteurs de COV sont essentiellement les transports et les industries utili-
satrices de solvants [12] ;
— les fumées de combustion issues des incinérateurs contenant NOx , SO2 , HCl ;
— les gaz acides à base de HCl, HF, H2 S et CO2 ;
— des effluents contenant des composés odorants de type soufrés (H2 S,
CH3 SH), azotés (NH3 , CH3 NH2 ) ou oxygénés (acétone, acide acétique). Les
principales sources sont les stations d’épuration d’eaux usées, les industries
agroalimentaires (conserveries, équarrissages), les papeteries et les industries
chimiques.
Au sens où nous l’entendons dans cet article, l’absorption est l’opération uni-
taire dont le principe est basé sur le passage d’un ou de plusieurs constituants
d’une phase gazeuse dans une phase liquide. Il s’opère des échanges (ou trans-
ferts) de matière entre une phase gazeuse et une phase liquide dont les
compositions chimiques sont différentes. Ce transfert de matière mis en jeu
s’effectue au sein de contacteurs (ou réacteurs) gaz-liquide dans lesquels les
deux phases sont mises en contact pour favoriser les échanges de matière.
Le dimensionnement de ces appareils repose sur un certain nombre de
concepts fondamentaux qu’il est indispensable de rappeler ici, sans toutefois
entrer dans les détails de certaines démonstrations qui ont fait par ailleurs
l’objet de nombreuses publications.
Les points suivants seront ainsi abordés :
— les différents types de contacteurs gaz-liquide ;
— les concepts de base du transfert de matière gaz-liquide ;
— les principes du dimensionnement des absorbeurs ;
— la mise en œuvre des absorbeurs à travers des études de cas.
Nous supposerons que :
— les concentrations des constituants présents dans la phase gazeuse et sus-
ceptibles d’être absorbés au sein de la phase liquide sont relativement faibles ;
— les phases se comportent comme des solutions diluées ;
— le liquide est non volatil ;
— le gaz vecteur est insoluble dans le liquide et se comporte comme un inerte ;
— l’absorption se déroule de façon isotherme ;
— les débits des phases gazeuse et liquide peuvent être considérés comme
constants entre l’entrée et la sortie de l’absorbeur.

1. Différents types Tableau 1 – Liste des principaux contacteurs gaz-liquide


de contacteur gaz-liquide Dispersion sous forme Dispersion sous forme
de bulles de gouttes et de film
Il existe sur le marché industriel un grand nombre d’appareils de
mise en contact d’un gaz et d’un liquide. L’ensemble de ces Colonne à dispersion de bulles Colonne à garnissage
contacteurs peut être classé en deux grandes catégories, selon le
mode de dispersion des phases et selon le type d’inclusions (bulles, Gazosiphon ou Airlift Colonne à plateaux perforés
gouttes, film) présentes dans les contacteurs. Dans le tableau 1 sont
rassemblés les principaux contacteurs : Réacteur agité mécaniquement Colonne à pulvérisation
— les contacteurs dans lesquels le gaz est dispersé sous forme
Lit fixe triphasique Éjecteur et venturi
de bulles ;
— les contacteurs dans lesquels le liquide est dispersé sous
Mélangeur statique Colonne à film tombant
forme de gouttes et de film.
(0)

Le choix d’une technologie plutôt qu’une autre est basé sur Hydroéjecteur Aérateur mécanique de surface
l’application d’un certain nombre de concepts concernant les
aspects hydrodynamique, réaction chimique et transfert de matière.
Le dimensionnement de ces contacteurs repose sur l’utilisation — aux notions de coefficient de transfert (locaux et globaux) ;
d’un certain nombre de concepts qui font appel : — au couplage entre les phénomènes de transport par diffusion
— aux équilibres thermodynamiques aux interfaces gaz-liquide, et les cinétiques de réaction chimique (constante de vitesse, ordre
à savoir les solubilités des gaz au sein des liquides ; de la réaction) ;
— aux mécanismes et lois associées du transport des espèces — aux caractéristiques hydrodynamiques des inclusions pré-
au sein des phases ; sentes au sein des contacteurs.

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C’est le « mélange » de tous ces concepts qui va permettre de dis-


poser des outils nécessaires au dimensionnement des absorbeurs. Tableau 2 – Caractéristiques de quelques garnissages
en vrac
Dans le cas particulier du traitement des effluents gazeux contami-
nés, les débits volumiques sont en général très importants (plusieurs Facteur
centaines voire plusieurs milliers de mètres cubes par heure). Aussi Aire
Types Diamètre Porosité de
la liste des contacteurs gaz-liquide réellement utilisés est plus petite interfaciale
de garnissages garnissage
que celle donnée dans le tableau 1 et se limite, la plupart du temps,
aux colonnes à garnissages ou à plateaux et aux réacteurs à pulvéri-
(mm) (m2 · m–3) (%) (m2 · m–3 )
sation (colonnes à pulvérisation et venturis- éjecteurs). 25 184 86 449
Anneaux Raschig
acier 38 128 90 272
1.1 Colonnes à garnissage 51 95 92 187
25 171 90 207
Une colonne à garnissage est composée d’un corps cylindrique Anneaux Pall
comportant une entrée de gaz, un garnissage réparti en une ou plu- plastique 38 131 91 128
sieurs sections, une grille support de garnissage, un dévésiculeur 51 102 92 102
placé en sortie qui permet d’arrêter les gouttes de liquide entraînées
par le gaz. L’écoulement des phases s’effectue en général à contre- 25 250 68 360
courant. Selles de Berl
céramique 38 151 71 215
51 105 72 148
1.1.1 Garnissages
Les garnissages sont de forme variable et peuvent être classés
en deux grandes familles : 1.1.2 Diamètre de la colonne
— vrac : par exemple, anneaux Raschig, anneaux Pall, selles de Le diamètre de la colonne dépend des débits des deux phases en
Berl... en métal, en céramique ou matière plastique ; présence et se calcule à partir des considérations hydrodynamiques
— structuré (ou ordonné), par exemple Sulzer BX, Montz B1-100, liées à la perte de charge et aux conditions d’engorgement. La
Mellapack® 250 Y, Kerapk®. méthode de calcul, soit pour les garnissages en vrac, soit pour les
Ils doivent produire une surface de contact la plus grande possi- garnissages structurés, est bien connue et se trouve dans plusieurs
ble entre le liquide et le gaz, être inertes vis-à-vis des réactifs, créer ouvrages de référence [2] [3] [5] [6]. La vitesse d’écoulement de la
une perte de charge raisonnable et être bon marché. phase gazeuse est en général comprise entre 0,7 et 2 m · s–1. Dès
que la hauteur dépasse 3 à 4 m, il est recommandé d’installer plu-
■ Garnissages en vrac sieurs zones de garnissages avec, entre elles, des recentreurs pour
éviter les passages préférentiels du liquide.
Les garnissages en vrac sont caractérisés par plusieurs grandeurs
liées à leur géométrie :
— le diamètre d p (m) ; 1.2 Réacteurs à pulvérisation
— l’aire interfaciale a * (m2 · m–3 ) ;
— la porosité ε ; Une population de gouttes générées par des buses d’atomisation
— le facteur de garnissage F (m2 · m–3 ). est projetée dans une enceinte vide dans laquelle circule le gaz à
Pour le transfert de matière, c’est l’aire interfaciale réellement traiter. Il existe quatre grandes familles de réacteurs à pulvérisation :
mouillée a 0 (m2 · m–3 ) par le liquide qui doit être prise en compte. — les réacteurs à pluie ;
Pour des systèmes air-eau, le rapport a 0/a * varie entre 0,4 et 0,7. — les réacteurs à pulvérisation transverse ;
Pour éviter des écoulements préférentiels dans la colonne, le rap- — les réacteurs à colonnes de gouttes ou venturi ;
port entre le diamètre de la colonne D et le diamètre du garnissage — les réacteurs évaporateurs.
doit être compris dans l’intervalle 10 à 80. Le tableau 2 rassemble les Une description complète de ces technologies ainsi qu’une étude
caractéristiques géométriques de quelques garnissages. Des don- comparative se trouve dans la référence [3].
nées complémentaires se trouvent dans les références [1] [2] [3] [4]
[5] [6] ainsi que dans les documentations techniques des fournisseurs
de garnissages. La surface d’échange diminue avec l’augmentation
de la dimension du garnissage. Les colonnes industrielles fonction- 2. Solubilité des gaz
nent avec une perte de charge variant autour de 400 Pa/m.
(0) dans les liquides
■ Garnissages structurés
La connaissance de la solubilité d’un gaz dans un liquide est
Les garnissages structurés sont constitués de lamelles plissées essentielle pour le choix et le dimensionnement du contacteur. Pour
selon un certain angle et empilées de manière à former des canaux un composé donné, les conditions thermodynamiques d’équilibre
ouverts. Ils sont construits en général sous forme de cylindres dont le sont obtenues lorsque les potentiels chimiques (et donc les fugaci-
diamètre est égal à celui de la colonne et dont la hauteur est comprise tés) sont les mêmes dans les deux phases. En partant d’hypothèses
entre 0,15 et 0,30 m. Les valeurs des aires interfaciales sont impor- simplificatrices (phase vapeur parfaite, phase liquide idéale), l’équi-
tantes et indépendantes de la dimension du garnissage, contraire- libre entre phases est décrit par la loi de Henry :
ment aux garnissages en vrac dont a* diminue avec l’augmentation
de la taille. Ils sont en métal, en céramique, en matière plastique ou xi H i = yi P soit yi = xi Hi /P (1)
bien encore en tissu synthétique, ou en tissu métallique.
avec xi fraction molaire du composé i dans le liquide,
Exemple : l’aire interfaciale du garnissage Mellapak® est de yi fraction molaire du composé i dans la phase gaz,
250 m2 · m–3 pour un type donné mais peut être de 500, 350 ou 125
pour d’autres types selon la façon de réaliser les lamelles. Les pertes P pression de travail (Pa),
de charge varient entre 100 et 300 Pa/m de hauteur de colonne. Hi constante de Henry pour le composé i (Pa).

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Il existe d’autres façons d’exprimer la solubilité d’un gaz dans un


liquide selon les unités utilisées pour calculer les « concentrations » Calcul des diverses expressions de la constante
des composés i. de Henry pour le CO2 dans l’eau (1)
● yi = m xi avec m = Hi /P (équation (1)).
■ Données
● CG = He C *L Sachant que la valeur de Hi (équation (1)) est 1,474 × 108 Pa à
20 oC, calculer les valeurs de m, He , He ′ , He ′ ′ et α dans les
avec CG concentration dans la phase gazeuse, conditions suivantes : pression atmosphérique et phase liquide
idéale (solubilité faible).
C* L concentration à l’équilibre dans le liquide.
Les deux concentrations s’expriment dans la même unité ■ Solution
(kg · m–3 ou mol · m–3). ● La pression de travail étant la pression atmosphérique, soit

1,0135 × 105 Pa, la formule (1) donne : m = 1 454.


● C*
L = α CG
● La pression partielle : pi = yi P , l’équation (1) conduit à :
avec α rapport de solubilité, concentration dans la phase liquide pi = H i xi
divisée par la concentration dans la phase gazeuse.
Pour des solutions diluées, la fraction molaire :
Les deux concentrations s’expriment dans la même unité
(kg · m–3 ou mol · m–3). x i = C *L M S / ρ S

● p i = He′ C *
L
soit :
Hi MS *
avec pi pression partielle de i dans la phase gaz (Pa), p i = -----------------
-CL
ρS
C *L concentration à l’équilibre dans le liquide (mol · m–3) ;
● L’expression de He ′ devient donc :
● p i = He′′C *L
Hi MS
He ′ = -----------------
-
avec pi pression partielle de i dans la phase gaz (Pa), ρS
C *L concentration à l’équilibre dans le liquide (kg · m–3).
Pour des solutions aqueuses diluées
Hi , He , He ′ et He ′′ sont diverses expressions possibles de la
constante de Henry. He ′ = (1,474 × 108 × 0,018015) / 998,2
= 2,66 × 103 (Pa · m3 · mol–1)
Un exemple de passage d’une unité à l’autre pour l’expression
de la constante de Henry est présenté dans le cas de la dissolution ● He ′′ se déduit de He ′ par la relation :
du CO2 dans de l’eau (valable uniquement pour des pH inférieurs
à 6) (cf. encadré). He ′′ = He ′/44 = 60,6 (Pa · m3 · g–1)
● La pression partielle peut être reliée à la concentration
(0)
C G (mol · m–3) dans la phase gazeuse par la relation :
pi = CG R T
Tableau 3 – Valeurs des constantes de Henry
de composés dans l’eau soit :
C G RT = H i C *L M S / ρ S = He′C *L
Composé Hi (Pa) He
Soit encore :
Oxygène O2 40 500 × 105 29,91
C G = C *L × He′ /RT
Dioxyde de carbone CO2 1 474 × 105 1,09
● L’expression de He devient alors :
Sulfure d’hydrogène H2S 498 × 105 0,368
He = He ′/(RT ) = 2 660/(8,3145 × 293,15) = 1,094
Trichloroéthylène 474 × 105 0,350 ● Le coefficient de solubilité α = 1/He = 0,914
Benzène 251 × 105 0,185
(1) Masse molaire de l’eau : M S = 18,015 g · mol–1.
Masse volumique de l’eau à 20 oC : ρ S = 998,2 kg · m–3.
Méthylmercaptan 239 × 105 0,176

Chloroforme 173 × 105 0,128


Dans le tableau 3 sont rassemblées les valeurs de la constante
Dioxyde de soufre 41,4 × 105 0,0305 de Henry pour plusieurs constituants en contact avec de l’eau à
20 oC. Elles sont exprimées sous les deux formes habituellement
Bromoforme 30,1 × 105 0,0222 rencontrées, Hi (Pa) et He (sans unité).
Ces valeurs ne sont valables que dans le cas d’un solvant pur (ici
Acétone 1,67 × 105 0,00123 l’eau). La présence de molécules autres que celles du solvant a
pour effet de modifier les coefficients d’activité du soluté i et donc
Ammoniac 0,793 × 105 0,00059 la valeur de la solubilité. Cet écart à l’idéalité est exprimé en géné-
ral par le rapport entre la solubilité du gaz dans le solvant pur et
Éthanol 0,245 × 105 0,000181 celle dans la solution réelle. Des corrélations existent pour prédire
la valeur de la solubilité d’un gaz dans des solutions aqueuses
Méthanol 0,193 × 105 0,000142 5 diverses, ioniques ou non [3] [7].

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3. Modélisation
du transfert de matière CG C*
Interface

Le but final de la modélisation est de disposer d’outils fiables kL


Phase gazeuse CGi Phase liquide
permettant de calculer les dimensions des contacteurs mis en
œuvre pour une opération donnée de traitement d’effluent gazeux. kG
Le point le plus important est la description des phénomènes au CLi CL C*
G
niveau de l’interface gaz-liquide, où deux régions (films) de faible
épaisseur coexistent d’un côté et de l’autre de cette interface. Dans
ces deux films sont localisées les résistances au transfert de Film gazeux Film liquide
matière. Le modèle le plus simple et le plus facile à utiliser est le z
modèle du double film de Lewis et Whitman (1924) [3] [4] [5] [6] [7].
Ce modèle peut s’appliquer à la fois dans le cas d’un transfert
Figure 1 – Modèle du double film
sans réaction chimique et dans le cas d’un transfert avec présence
d’une réaction chimique totale ou partielle au sein du film liquide.

La combinaison des équations (2) et (3) permet de relier les coef-


3.1 Absorption physique (sans réaction) ficients globaux de transfert aux coefficients de transfert du côté
film :
Le modèle du double film (figure 1) est basé sur les hypothèses
1 1 1
suivantes : --------- = -------- + ------------------ (4)
KL k L He k G
— entre les deux phases, il existe une interface sans épaisseur ;
— dans chacun des films immobiles, adjacents à l’interface, le
transport du composé A se fait par diffusion moléculaire ; 1 1 He
--------- = -------- + --------- (5)
— l’épaisseur de chaque film dépend des conditions d’écoule- KG kG k L
ment de chaque phase ;
— à l’interface, les concentrations dans les deux phases sont en L’inverse des coefficients de transfert est assimilé à une résis-
équilibre ; tance de transfert. Le double film se comporte donc comme s’il
— chaque film est caractérisé par un coefficient de transfert k G était constitué de deux résistances en série, une dans chaque film.
et k L ; L’ordre de grandeur des coefficients de transfert est de :
— à l’extérieur des deux films, la turbulence est telle que les
concentrations sont uniformes dans tout ou partie du volume des
● ≈ 10–4 m · s–1 pour k L
phases ; ● ≈ 10–2 m · s–1 pour k G
— il n’y a pas de résistance au transfert interfacial ;
— le déplacement des molécules s’effectue en régime permanent.
3.1.1 Paramètres de choix
D’après la figure 1, les profils de concentration au sein des deux
films sont linéaires et les expressions des flux de matière transfé- d’un contacteur gaz-liquide
rés s’écrivent de quatre façons différentes :
Deux situations se rencontrent :
NA *)
= k G ( C G – C Gi ) = K G ( C G – C G — le composé A est peu soluble dans l’eau (par exemple O2 ou
(2) CO2) ; He est relativement grand et l’équation (4) se réduit à :
= k L ( C Li – C L ) = K L( C *
L – CL) K L ≈ k L . La résistance globale est localisée au sein du film liquide.
Il faudra donc favoriser la turbulence de la phase liquide pour dimi-
avec NA flux transféré par unité d’aire d’échange
nuer l’épaisseur du film liquide et donc augmenter k L ;
(kmol · m–2 · s–1),
— le composé A est très soluble dans l’eau (par exemple, NH3) ;
kL coefficient de transfert du côté film liquide (m · s–1), He est relativement petit et l’équation (5) se réduit à : K G ≈ k G . La
kG coefficient de transfert du côté film gazeux (m · s–1), résistance globale est localisée au sein du film gazeux. Il faudra
donc favoriser la turbulence de la phase gazeuse pour diminuer
KL coefficient global de transfert du côté liquide (m · s–1),
l’épaisseur du film gazeux et donc augmenter k G .
KG coefficient global de transfert du côté gazeux (m · s–1),
CG concentration du composé A au sein du gaz
(kmol · m–3), 3.1.2 Remarque
CL concentration du composé A au sein du liquide Tous les composés hydrosolubles peuvent être absorbés dans de
(kmol · m–3), l’eau. Cependant, pour les composés peu solubles, le transfert de
C Gi concentration du composé A au sein du gaz au niveau matière est relativement faible et il est alors recommandé de tra-
de l’interface (kmol · m–3), vailler sous pression afin d’augmenter le terme potentiel d’échange.
C Li concentration du composé A au sein du liquide au Lorsque les composés sont très peu ou pas du tout solubles
niveau de l’interface (kmol · m–3). dans l’eau, il faut procéder à une absorption dans des solvants
À l’interface, les concentrations sont à l’équilibre et suivent la loi organiques (alcools, aldéhydes, éthylèneglycol), huiles (de sili-
de Henry (cf. § 2), à savoir qu’il y a proportionnalité entre la cone) ou hydrocarbures (homologues du benzène, C9 à C11). Ces
concentration du composé A dans la phase gazeuse et la solvants sont ensuite régénérés par une technique physique
concentration de A dissous dans la phase liquide : (détente, chauffage) ou physico-chimique (dégradation par oxyda-
tion du polluant absorbé) et enfin recyclés dans l’installation
C Gi = He C Li (3) d’absorption [1] [10].

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3.2 Absorption avec réaction chimique C’est la valeur du nombre de Hatta qui va fixer les différents régi-
mes possibles. Pour affiner la description des différents régimes,
Considérons la situation suivante : le composé A, qui est passé on peut utiliser les autres expressions citées ci-dessus.
de la phase gazeuse au sein de la phase liquide, réagit de façon De plus, elle va également orienter le choix du contacteur gaz-
irréversible avec un composé B dissous dans la phase liquide selon liquide à mettre en œuvre. Le tableau 4 indique les critères de
la réaction d’ordre 2 (de constante de vitesse k 2) : choix du contacteur à partir du nombre de Hatta et des caractéris-
tiques du régime.
A+bB=P (6)
Les expressions des vitesses de réaction s’écrivent :
3.2.2 Exemples d’absorption
r A = k2 CA CB avec réaction chimique
r B = b k 2 CA CB
Dans le domaine du traitement des effluents gazeux, il existe plu-
avec r A et r B vitesses des réactions (m3 · kmol–1 · s–1 ou sieurs procédés basés sur le principe d’une absorption en présence
L · mol–1 · s–1), d’une réaction chimique afin d’accélérer le transfert d’un composé
A présent dans une phase gazeuse et ainsi de diminuer les dimen-
C A et C B concentrations en composés A ou B (kmol · m–3 sions du contacteur. Le choix des réactifs liquides constituant les
ou mol · L–1). solutions de lavage dépend de la nature des composés gazeux pré-
sents dans l’effluent.
Il existe plusieurs situations possibles selon la compétition entre
diffusion moléculaire au sein du film et vitesse de réaction chimi-
que. Il faut donc savoir où a lieu la réaction chimique, au sein du ■ Absorption du dioxyde de carbone CO2
liquide, en partie au sein du liquide et en partie dans le film liquide, Les réactifs liquides sont, soit des solutions alcalines (soude,
dans le film liquide ou bien au niveau de l’interface ? potasse), soit des solutions d’amines (mono-, di- ou triéthanola-
En général, par rapport à l’absorption physique, les profils des mine). Les réactions sont du premier ordre par rapport à CO2 et par
concentrations des espèces A et B ne sont plus linéaires et le flux rapport à l’amine ou à l’ion hydroxyle OH–. Elles s’écrivent :
de matière transférée (calculé au niveau de l’interface) peut être
nettement supérieur à celui obtenu précédemment. L’approche r CO2 = k 2 [CO2] [OH–]
théorique a fait l’objet de nombreux travaux [3] [5] [7] [8].
r CO2 = k 2 [CO2] [amine]

3.2.1 Identification des divers régimes. avec k2 constante de vitesse de la réaction dépendant essentiel-
Choix des contacteurs gaz-liquide lement de la température de travail (m3 · kmol–1 · s–1).

Pour identifier les divers régimes (qui sont au nombre de six), on Les valeurs de ces constantes de vitesse sont rassemblées dans
utilise des nombres sans dimension dont les expressions sont défi- le tableau 5. La gamme des concentrations des solutions de soude
nies ci-dessous. varie entre 0,2 et 2 kmol · m –3 et celle des amines entre 1 et
k 2 C BS D AL 2 kmol · m–3.
● Nombre de Hatta : Ha = ----------------------------------
(0)

- (0)

kL

avec C BS concentration du composé B dans la solution liquide Exemple : identifier les régimes réactionnels et calculer les fac-
(kmol · m–3), teurs d’accélération E dans le cas des cinq solutions basiques de
lavage du tableau 5 dont les concentrations sont de 1 kmol · m–3. Les
DAL coefficient de diffusion du composé A en phase liquide autres données sont :
(m2 · s–1) ;
— concentration de CO2 dans l’air : 5 % en volume ;
D BL C BS — coefficient de transfert de film k L = 2 × 10–4 m · s–1 ;
● Nombre Z : Z = ---------------------------
-
b D AL C Ai — C Ai = 1,8 × 10–3 kmol · m–3 ;
— D AL = 1,8 × 10–9 m2 · s–1 ;
avec D BL coefficient de diffusion de B en phase liquide — D BL = 3,2 × 10–9 m2 · s–1 pour OH– ;
(m2 · s–1),
— D BL = 0,9 × 10–9 m2 · s–1 pour les amines.
C Ai concentration du composé A à l’interface i (kmol · m–3) ;
Les grandeurs Ha, E AL sont calculées à partir des relations du
● Facteur d’accélération limite : E AL = 1 + Z paragraphe 3.2.1. L’ensemble des résultats est rassemblé dans le
tableau 6.
k 2 C BS
● R = --------------------
- L’examen du tableau 6 met en évidence les comportements des dif-
k La
férentes solutions de lavage.
avec a aire interfaciale volumique d’une dispersion (m2 · m–3) ; Les nombres de Hatta étant supérieurs à 3 pour les 4 premières
● Nombre de Damköhler : Da = k L a τ solutions de lavage, les réactions ont lieu au sein du film liquide
(cf. tableau 4). Les valeurs des facteurs d’accélération limite E AL sont
avec τ temps de séjour de la phase liquide. telles que la réaction est considérée comme du pseudo-premier ordre
et donc E A = Ha. Des facteurs d’accélération de 17 sont atteints, ce qui
● Facteur d’accélération : veut dire que la quantité transférée de la phase gazeuse vers la phase
liquide sera 17 fois plus importante qu’en présence d’une simple
Flux de matière transférée à l′interface avec réaction chimique
E A = --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- absorption physique. Cela aura pour conséquence de réduire la dimen-
Flux de matière transférée à l′interface sans réaction chimique sion des installations pour un même débit d’air à traiter.
Flux transféré à x = 0
● Rapport des flux  = -------------------------------------------------------------- Avec la triéthanolamine le facteur E A est d’environ 1,5. Cette valeur
Flux transféré à x = e est nettement inférieure à celles trouvées pour les autres solutions de
avec e épaisseur du film. lavage.

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Tableau 4 – Caractéristiques des différents régimes et choix des contacteurs gaz-liquide


à partir de la détermination du nombre de Hatta
Caractéristiques
Nombre de Hatta Caractéristiques du régime Type de contacteur
du contacteur

La réaction est très lente et a lieu uniquement au sein du liquide.


Ha < 0,3 À forte rétention liquide Colonne à bulles
Le profil de concentration de A dans le film est linéaire (E A = 1)

La réaction est considérée comme lente et a lieu au sein du liquide.


Si (R + 1/Da) > 10, alors elle peut être assez rapide pour maintenir À rétention liquide Contacteur à bulles,
Ha < 0,3 et R + 1/Da > 10 une concentration en composé dissous A proche de zéro au sein et à aire interfaciale cuve agitée
du fluide (E A = 1). mécaniquement
C’est le transfert à travers le film qui contrôle le processus.

La réaction est modérément rapide. À rétention liquide Cuve agitée


0,3 < Ha < 3 Elle a lieu en partie dans le film et en partie au sein du liquide. et à aire interfaciale mécaniquement
Le facteur d’accélération est supérieur à 1 (E A > 1). importante

La réaction est rapide et le composé A réagit exclusivement


dans le film liquide.
Le facteur d’accélération est supérieur à 1 (E A > 1). Beaucoup de surface Colonne à garnissage
Ha > 3
Si la condition E AL > 2 Ha est remplie, alors la réaction du second d’échange Colonne à plateaux
ordre peut être considérée comme du pseudo-premier ordre
(large excès de B) et le facteur d’accélération E A = Ha.

La réaction peut être considérée comme instantanée, Si la réaction instantanée


Ha très grand a lieu sur un plan du film, Mélangeur statique
se produisant sur un plan de réaction localisé au sein du film.
et Ha > 10 E AL il faut créer de la surface Éjecteur
Le facteur d’accélération E A = E AL. d’échange
La résistance de transfert côté film gazeux peut devenir limi- Colonne à garnissage
tante (K G ≈ k G) ; alors la réaction peut être considérée comme À turbulence
Ha très grand en phase gazeuse Venturi
instantanée de surface car elle a lieu sur le plan de l’interface
gaz-liquide. et à aire d’échange Colonne à gouttes

(0)

Tableau 5 – Constantes de vitesse k 2 Tableau 6 – Résultats comparatifs pour l’absorption du CO2


dans différentes solutions de lavage
Valeurs
Solution Expression de k 2 de k 2 à 20 oC k2
Solution E AL EA
de lavage Ha
(m3 · kmol–1 · s–1) de lavage (m3 · kmol–1 · s–1)

2 850 Soude 6 472 17,1 495 17,1


log 10 k 2 = 13,4 – --------------- + 0,133 I
Soude T 5 303 (1)
Potasse 7 047 17,8 495 17,8
(3)
2 850 MEA 4 561 14,3 140 14,3
Potasse log 10 k 2 = 13,4 – ---------------- + 0,17 I 5 464 (2)
T
DEA 491 4,70 140 4,7
MEA 2 152
(mono- log 10 k 2 = 11 – ----------------- 4 561 TEA 35,5 1,26 279 1,6
T
éthanolamine)
DEA 2 274,5
(diéthanol- log 10 k 2 = 10,45 – --------------------- 491
T
amine) ■ Absorption du sulfure d’hydrogène H2S
TEA (4) 2 688 Pour l’élimination du sulfure d’hydrogène, on utilise des solu-
(triéthanol- log 10 k 2 = 10,72 – ---------------- 35,5
T tions alcalines (type soude, potasse), des solutions d’amines ou
amine)
bien des solutions de carbonates (K2CO3). Avec les amines, les
(1) k 2 est calculée pour une concentration en soude de 0,35 kmol · m–3. réactions sont considérées comme très rapides et les constantes
(2) k 2 est calculée pour une concentration en potasse de 0,35 kmol · m–3. de vitesse sont supérieures à 109 m3 · kmol–1 · s–1.
(3) I représente la force ionique de la solution

1 2 ■ Absorption du dioxyde de soufre SO2


I = --- ∑ C i z i
2
Le dioxyde de soufre est éliminé par absorption avec des solu-
avec Ci concentration de l’ion et zi valence. tions alcalines (soude, lait de chaux, NaClO2, Na2SO3). Avec les solu-
(4) Le coefficient de stœchiométrie b (cf. équation (6)) vaut 2 pour la soude, tions de soude, la constante de vitesse k 2 est de l’ordre de
la potasse, MEA et DEA et 1 pour TEA. 3 × 106 m3 · kmol–1 · s–1. La réaction peut être considérée comme
instantanée de surface et c’est la diffusion à travers le film gazeux

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qui contrôle l‘ensemble du phénomène. La réaction génère des ions ■ Vitesse de déplacement des inclusions
sulfite qui sont ensuite oxydés en sulfate par de l’oxygène dissous. Pour le calcul de la vitesse de déplacement U g des gouttes
Dans le cas d’utilisation de lait de chaux [Ca(OH)2], il se forme du (en m · s–1) tombant sous l’effet de la gravité dans une phase gaz,
sulfate de calcium (CaSO 4 ) qui, dans le cas des réacteur s- il faut utiliser les relations générales suivantes :
évaporateurs, va se retrouver sous forme solide à la sortie de
l’absorbeur. 4 ∆ ρ gd g
Ug = ------------------------
-
3 ρG C D
■ Absorption de l’ammoniac NH3
Les solutions de lavage de l’ammoniac sont des solutions acides, avec CD coefficient de traînée,
à base d’acide chlorhydrique ou sulfurique. Elles mettent en jeu
∆ρ différence des masses volumiques des phases
des réactions dont les vitesses sont extrêmement rapides et qui
(kg · m–3),
sont donc considérées comme instantanées de surface.
dg diamètre de l’inclusion (m),
■ Absorption du chlore Cl2 ρG masse volumique de la phase gazeuse (kg · m–3) ;
L’absorption de chlore gazeux peut être réalisée en présence soit
 
d’eau, soit de solutions de carbonate-bicarbonate de sodium, soit 24 0,0175
et C D = --------- 1 + 0,15 Re 0,687 + -----------------------------------------------------------
de solutions de soude. La réaction est considérée comme instan- Re 1 + 4,25 × 10 4 Re –1,16
tanée de surface.

■ Absorption de l’acide chlorhydrique HCl et de l’acide fluor-


avec
Ug dg ρG
Re nombre de Reynolds de l’inclusion Re = ---------------------------
µG
- ,  
hydrique HF
µG viscosité dynamique de la phase gazeuse (Pa · s).
L’élimination d’acide chlorhydrique ou d’acide fluorhydrique peut
être réalisée avec les réactifs suivants : Exemple : la vitesse de chute dans de l’air, à 20 oC, d’une goutte
d’eau de 1 mm de diamètre est de 4,2 m · s–1.
— la soude, qui conduit à la formation de solutions salines ;
— le lait de chaux dispersé sous forme de gouttes fines, qui ■ Rétention de phase
conduit à la production de chlorure (CaCl2) ou de fluorure de cal-
cium (CaF2). ● La rétention de gaz représente le rapport entre le volume
occupé par la phase gazeuse (V G) et le volume total du contacteur
■ Absorption des oxydes d’azote NOx (V T ) :
Le terme NOx englobe les espèces NO, NO2 , N2 O3 , etc. On peut VG
ε G = --------
utiliser soit de l’eau, soit des solutions alcalines. Avec ces dernières, VT
les systèmes sont contrôlés par le film gazeux.
● La rétention de liquide représente le rapport entre le volume
■ Absorption des composés odorants occupé par la phase liquide (V L) et le volume total du contacteur
Les émissions odorantes, issues par exemple des stations d’épu- (V T) :
ration d’eaux usées, sont constituées d’un mélange de composés VL
soufrés, azotés ou oxygénés. La désodorisation est réalisée par des
ε L = --------
VT
lavages acido-basiques souvent combinés avec des oxydations
(peroxyde d’hydrogène H2 O2 , eau de javel NaOCl, ozone O3) ayant
■ Aire interfaciale volumique d’échange a
pour but de régénérer les solutions de lavage ou bien d’améliorer
l’absorption de certains polluants [1] [10]. Cette grandeur représente la surface d’échange S rapportée à
Compte-tenu de la grande variété de ces effluents odorants, il est l’unité de volume de la phase liquide ou du contacteur. Elle
nécessaire de mettre en série un certain nombre de laveurs, en s’exprime en m2 · m–3 :
général au nombre de 3 ou 4 : un laveur acide (H2SO4) pour le S
a 0 = --------
piégeage de l’ammoniac et de ses dérivés, un laveur basique VT
(soude) pour la rétention des composés acides (H2S, mercaptans,
acides gras volatils), un laveur oxydant (eau de javel, eau ozonée, et
peroxyde d’hydrogène) pour les composés organiques résiduels. S
a = --------
VL
avec a0 = a ε L
4. Caractéristiques Dans le cas d’une dispersion d’une phase liquide dans un gaz,
des échangeurs gaz-liquide l’aire interfaciale volumique s’exprime par :

6
a = --------
Les performances d’absorption dépendent des caractéristiques dg
hydrodynamiques liées à l’écoulement des phases au sein des
contacteurs. Un certain nombre de grandeurs sont nécessaires pour
■ Calcul des coefficients de transfert de film k L , k G
mieux dimensionner un échangeur gaz-liquide.
Ces coefficients permettent de caractériser la facilité de transfert
■ Diamètre des inclusions : bulles (d B) et gouttes (d g ) au niveau de l’interface gaz-liquide. Dans le cas de l’absorption
Le diamètre des inclusions (bulles et gouttes) dépend du type de d’un gaz par un liquide, l’ordre de grandeur de k G est 10–2 m · s–1,
distributeur de gaz ou de liquide et des propriétés physico- et celui de k L est 10–4 m · s–1, soit un rapport d’environ 100 entre
chimiques des phases en présence. Le diamètre des bulles varie les deux valeurs.
entre 1 et 5 mm avec une valeur moyenne autour de 3 à 4 mm pour Le tableau 7 rassemble les principales corrélations pour le calcul
des systèmes aqueux ne contenant pas d’électrolyte. Le diamètre des coefficients de transfert dans le cas des colonnes à garnissage
des gouttes varie dans une gamme de 0,4 à 2 mm. et des contacteurs à gouttes. (0)

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Tableau 7 – Corrélations pour le calcul des coefficients de transfert


Type d’inclusion Coefficients de transfert Corrélations (1)

0,50 0,33
Sh G = 2 + 0,6 Re g Sc G
Coefficient de transfert fluide-goutte k G k G dg Ug dg ρG
équation de Frössling Sh G = ---------------
- ; Re g = ---------------------
-
D AG µG

Coefficient de transfert k L au sein de la goutte :


Gouttes
• goutte rigide (Reg < 1)........................................ Sh L = 6,58
• goutte à circulation laminaire (Re g = 1) ........... Sh L = 15
• goutte à circulation turbulente (Reg > 100) ...... k L de l’ordre de 1 à 2 × 10–2 m · s–1
k L dg
Sh L = ---------------
-
D AL

µ Lg 0,33 – 0,66

  a0
 
0,66 –0,50
k L = 0,0051 -----------
- ( a* d p ) –0,27 --------- × Re L Sc L
ρL a*
Coefficient de transfert de film k L
U LS d p ρ L
Re L = -------------------------
-
µL

0,70 0,33
Sh G = 5,23 ( a*d p ) –1,70 Re G Sc G
Films
(colonnes à garnissage) avec
kG dp
Coefficient de transfert de film k G Sh G = --------------
D AG

U GS d p ρ G
Re G = -----------------------------
-
µG

(1) Sh nombre de Sherwood. D AG coefficient de diffusion de A en phase gazeuse (m2 · s–1).


Sc nombre de Schmidt. D AL coefficient de diffusion de A en phase liquide (m2 · s–1).
U LS vitesse du liquide en fût vide (m · s–1). dp diamètre du garnissage (m).
U GS vitesse du gaz en fût vide (m · s–1). dg diamètre d’une goutte (m).
D coefficient de diffusion (m2 · s–1).

5. Absorption physique : cas des solutions diluées (un effluent gazeux contenant un très
faible pourcentage en composé indésirable, pour fixer une idée,
dimensionnement inférieur à 10 % en volume). Pour cela, le dimensionnement fait
appel aux concepts de hauteur d’unité de transfert (HUT ) et de
du contacteur nombre d’unité de transfert (NUT ) [3] [4] [5] [6].

De façon générale, le dimensionnement des contacteurs gaz-


liquide en présence d’une simple absorption physique repose sur : 5.1 Phases en écoulement « piston »
— la connaissance de l’écoulement des deux phases au sein de à contre-courant
l’absorbeur. Les comportements des écoulements des phases
peuvent être du type « piston », « parfaitement agité » ou « quel- Le principe consiste à écrire les bilans de matière sur les deux
conque », les deux phases n’ayant pas automatiquement les mêmes phases en considérant une hauteur dz de l’échangeur (figure 2).
comportements ;
L’ensemble des équations du bilan matière s’écrit :
— l’écriture des bilans de matière qui sera différente pour chacun
des comportements hydrodynamiques, d’où la difficulté de dispo-
ser d’un modèle unique couvrant l’ensemble des échangeurs de – Q G dC G = k G a 0 Ω dz ( C G – C Gi ) = K G a 0 Ω dz C G – C *
G  (7)
matière ;
— la résolution de l‘ensemble des équations liées à l’hydro- Q L dC L = k L a 0 Ω dz (C Li – C L ) = K L a 0 Ω dz ( C *L – C L ) (8)
dynamique et au transfert de matière, afin d’en déduire les dimen-
sions caractéristiques de l’absorbeur (en général le diamètre et la avec QG débit volumique de la phase gazeuse (m3 · s–1),
hauteur).
QL débit volumique de la phase liquide (m3 · s–1),
Cependant, il est possible de proposer des méthodologies pour
des situations particulières mais qui, en réalité, correspondent à de C Gi concentration du composé A à l’interface gaz-liquide,
nombreuses situations réelles. Sera traité dans ce paragraphe le côté gazeux (kmol · m–3),

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Tableau 8 – Bases du dimensionnement


QG ,CGs QL ,CLe
(NUT et HUT ) (1)
Z = NUTL × HUT L = NUT OL × HUTOL = NUTG × HUTG = NUT OG × HUTOG
CG + dCG CL + dCL
QL
HUT L = --------------------
0
z + dz kL a Ω
Z
z
QG
HUT G = ---------------------
0
CG CL kG a Ω

QL
- = HUT L +  × HUT G
HUT OL = ----------------------
QG ,CGe QL ,CLs KL a0 Ω

QG HUT L
Figure 2 – Bilan matière sur une tranche dz d’un contacteur HUT OG = ----------------------
- = HUT G + -----------------
-
KG a 0 Ω 
à contre-courant et à écoulement piston

1 1 A – EG
NUT OL = ------ × NUT OG = ---------------- ln ----------------------------
-
 –1 A ( 1 – EG )
C Li concentration du composé A à l’interface gaz-liquide,
côté liquide (kmol · m–3), (1) NUT G : nombre d’unité de transfert (film gazeux).
NUT L : nombre d’unité de transfert (film liquide).
Ω section droite de l’échangeur (m2). HUT G : hauteur d’une unité de transfert (film gazeux).
En définissant le taux d’absorption  et l’efficacité d’absorption HUT L : hauteur d’une unité de transfert (film liquide).
E G par : NUT OG : nombre d’unité de transfert (global gaz).
HUT OL : hauteur d’une unité de transfert (global liquide).
1 L
 = ------- × -----
-
m G molaire

C Ge – C Gs KG a 0 Ω Z (  – 1 ) –1
E G = ---------------------------- avec α = ------------------------------------------------
- = -------------- × NUT OG
C Ge  QG 

avec m forme de la constante de Henry (cf. § 2), EG


Si le taux d’absorption  est égal à 1, alors NUT OG = -----------------
-
1 – EG
L /G )molaire rapport des débits molaires liquide et gazeux
(kmol · s–1 ou mol · s–1), Si le taux d’absorption  est inférieur à 1, E G est obligatoire-
C Ge et C Gs concentrations à l’entrée et à la sortie du ment inférieur ou égal à  .
composé absorbé,

EG efficacité d’absorption désirée, Les autres façons d’exprimer la hauteur Z sont données dans le
tableau 8 qui rassemble les relations entre HUT globales et HUT de
en considérant des solutions diluées et en supposant que la film.
concentration en soluté est nulle dans la phase liquide à l’entrée de
l’échangeur, une des façons d’exprimer la hauteur totale Z du ■ Pour les colonnes à garnissage, il suffit de calculer tout d’abord le
contacteur est donnée par l’équation : diamètre de la colonne à partir des considérations des conditions
d’engorgement définies dans les références [1] [2] [3] [4] [5] [6],
QG  – EG ensuite la valeur de l’aire réellement mouillée a 0 du garnissage et

Z = ----------------------- × ---------------- ln ---------------------------
- (9) enfin celle du coefficient de transfert k G (cf. tableau 8). La hauteur Z
KG a 0 Ω  – 1  ( 1 – EG ) est déduite de l’équation (9). Si la hauteur de la colonne est fixée,
l’efficacité de l’absorption est calculée avec l’équation (10).
avec
D’un point de vue pratique, la gamme recommandée pour le
QG taux d’absorption  est comprise entre 1,2 et 2. Des valeurs
----------------------- = HUT OG hauteur d’une unité de autour de 1,4 à 1,5 sont courantes.
KG a 0 Ω transfert global gaz,
■ Pour les colonnes à pulvérisation (à pluie), dans ce type d’échan-
  – EG geur, les gouttes sont générées par des pulvérisateurs à cône plein.
-------------- ln ------------------------------
–1  (1 – E G )
- = NUT OG nombre d’unité de transfert Ces gouttes, de diamètre compris entre 400 et 1 600 µm, chutent par
global gaz. gravité dans une enceinte avec une vitesse U g (cf. § 4), la phase gaz
s’écoulant à contre-courant avec une vitesse en fût vide U GS .
(0)
Si Q L désigne le débit volumique du liquide, l’aire interfaciale
L’expression générale de l’efficacité d’absorption E G s’écrit, d’échange s’exprime par la relation :
d’après (9) :
 ( 1 – e–α ) 6 QL τ
E G = ------------------------------- (10) a 0 = ------------------ (11)
 – e–α d g ΩZ

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Le temps de séjour τ de la goutte est donné par la relation :


6. Absorption
U g – U GS
Z
τ = --------------------------
- (12) avec réaction chimique :
Une vitesse U GS de l’ordre de 50 % de la vitesse de chute en
dimensionnement
milieu calme est en général retenue. La hauteur ou l’efficacité de du contacteur
la colonne se calculent à partir des relations (9) (10) (11) (12).
La présence d’une réaction chimique modifie le transfert de
matière au niveau de l’interface. Compte tenu qu’il existe d’une
5.2 Relations de dimensionnement part 6 régimes différents et d’autre part plusieurs types d’écoule-
pour les autres types d’écoulement ment des phases, le nombre de cas à étudier est très grand.
En présence d’une réaction chimique dans le liquide, les
Sont présentées dans le tableau 9, les expressions des NUT OG
équations (2) (4) et (5) s’écrivent de façon générale :
pour les autres types d’écoulement des phases :
— piston et cocourant pour les deux phases ;
N A = k G ( C G – C Gi ) = K G ( C G – C *
G ) = E A k L ( C Li – C L ) ⎫
— phase liquide parfaitement mélangée et phase gaz piston ; ⎪
— phases gaz et liquide parfaitement mélangées. ⎪
= K L ( C *L – C L ) ⎪
Dans le premier cas (écoulement à cocourant) si le terme β > 4, ⎪
alors l’efficacité tend vers  ( + 1 ). Cette condition est obtenue dès ⎪
1 1 1 ⎬ (13)
que la hauteur Z devient trop grande. Cela se traduit par le fait que --------- = ----------------- + ------------------ ⎪
les phases sont en équilibre et que, au-delà d’une certaine hauteur, KL E A k L He k G ⎪
il n’y a donc plus d’échange entre les deux phases. ⎪
1 1 He ⎪
(0) ---------- = --------- + ----------------- ⎪
KG kG EA kL ⎭
Tableau 9 – Éléments de dimensionnement d’une colonne
d’absorption pour différents types d’écoulement avec NA flux de matière transférée (kmol · m–2 · s–1).

Type d’écoulement Il faut examiner chacun des 6 régimes particuliers et en déduire


Expressions le devenir des équations (13).
des phases

  ■ Ha < 0,3 : E A = 1 ; rien n’est modifié par rapport à un transfert


NUT OG = -------------- ln ------------------------------------------- purement physique.
+1  (1 – E G ) – E G
QG  
Z = ----------------------- × ---------------- ln ------------------------------------------- ■ Ha < 0,3 et R + 1/Da > 10 : E A = 1 ; la concentration C L est égale à
KG a 0 Ω  + 1  ( 1 – EG ) – EG zéro et l’équation (13) devient alors :
Phases 
E G = ---------------- ( 1 – e – β ) N A = k G (C G – C Gi ) = K G C G = k L C Li = K L C *L
en écoulement +1
piston à cocourant
Si la résistance est localisée côté liquide, K L ≈ k L
KG a 0 Ω Z (  + 1 ) Z
β = ------------------------------------------------------
- ■ 0,3 < Ha < 3 : le facteur d’accélération est supérieur à 1 (E A > 1) et
avec  QG
+1 l’équation (13) devient :
= -------------- × NUT OG

N A = k G (C G – C Gi ) = K G C G = E A k L C Li = KL C *L
 – EG
NUT OG = ln ------------------------------------------
 ( 1 – EG ) – EG
- Si la résistance est localisée côté liquide, K L ≈ E A k L

Phase liquide QG  – EG ■ Ha > 3 : pour une réaction du 1er ordre ou du pseudo-premier


Z = ----------------------- × ln ----------------------------------------
- ordre, E A = Ha d’où :
parfaitement KG a 0 Ω  ( 1 – EG ) – EG
mélangée
et phase gaz en  ( 1 – e–γ ) N A = k G (C G – C Gi) = KG C G = H a k L C Li = K L C *L
écoulement piston E G = -------------------------------
1 +  – e–γ
Si la résistance est localisée côté liquide, K L ≈ H a k L
KG a 0 Ω Z
avec γ = --------------------------
- = NUT OG
QG ■ Ha > 3 et Ha > 10 E AL : pour une réaction instantanée (plan de
réaction), E A = E AL d’où :
 × EG
NUT OG = ----------------------------------------
-
 ( 1 – EG ) – EG NA = k G (CG – C Gi) = K G C G = E AL k L C Li = K L C *L
QG  × EG
Z = ----------------------- × ------------------------------------------
- Si la résistance est localisée côté liquide, K L ≈ EAL k L
Phases KG a 0 Ω  ( 1 – EG ) – EG
parfaitement ■ Si la résistance est localisée côté gazeux, réaction instantanée de
agitées γ surface, la concentration C Li est égale à zéro ainsi que C Gi, K G ≈ k G ,
EG = ------------------------------ d’où N A = k G C G .
 + γ + γ
KG a 0 Ω Z Ces équations de base sont ensuite utilisées pour l’écriture des
avec γ = ----------------------------
- = NUT OG bilans de matière en prenant en compte les écoulements des deux
QG
phases gaz et liquide. Par rapport aux relations données dans le

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tableau 8, le seul changement provient de la définition de HUT L L’intégration de cette équation conduit à :
qui s’exprime par l’équation :
1 QG
QL Z = ln ------------------ × ----------------------- (18)
HUT L = -------------------------------
- 1 – EG K G a 0 Ω
EA kL a0 Ω

Du fait de la présence d’une réaction chimique, HUT L sera plus


petite qu’en simple absorption physique, d’où un contacteur de 1
avec ln ------------------- = NUT OG
hauteur plus petite pour une même efficacité. 1 – EG

QG
----------------------- = HUT OG
6.1 Réaction instantanée de surface, KG a 0 Ω
phase gaz « piston » à contre-courant
Le coefficient de transfert K G est calculé à partir de la relation (13),
Dans ces conditions de fonctionnement, l’équation (7) devient : ce qui nécessite la valeur du nombre de Hatta (Ha ). En général, la
valeur de K G est plus petite que celle de k G .
– Q G dC G = k G a 0 Ω dz C G (14)
L’efficacité de l’absorption E G s’exprime alors par la relation :
soit après intégration :
KG a 0 Ω Z
1 QG
Z = ln ------------------- × ----------------------
1 – EG kG a0 Ω
- (15) 
E G = 1 – exp – ----------------------------
QG
-
 = 1–e –NUT OG
(19)

1 ■ Pour les colonnes à garnissage, le calcul de K G s’effectue à l’aide


avec NUT G = ln ------------------
1 – EG de la relation (19). Cependant, il faudra s’assurer que le facteur
d’accélération E A reste bien constant entre l’entrée et la sortie de la
QG colonne. En effet, le nombre de Hatta peut être considéré comme
HUT G = ----------------------
-
kG a0 Ω constant si la concentration du réactif B ne varie pas trop entre
l’entrée et la sortie ; par contre le terme E AL (cf. § 3.2.1) dépend de la
L’efficacité de l’absorption s’exprime alors par la relation : teneur de la phase gaz. Dans ces conditions, le facteur E A peut varier
et il est conseillé alors de prendre une valeur moyennée sur toute la
k G a 0 ΩZ colonne.

E G = 1 – exp – ---------------------------
QG  = 1–e –NUT G
(16)
■ Pour une colonne à pluie, le raisonnement est identique à celui
effectué ci-dessus pour la colonne à garnissage. L’efficacité
■ Pour les colonnes à garnissage, il suffit de calculer tout d’abord le
s’exprime par :
diamètre de la colonne à partir des considérations des conditions
d’engorgement, ensuite la valeur de l’aire réellement mouillée a 0 du 6 KG QL Z
garnissage et enfin celle du coefficient de transfert k G (cf. tableau 7). - × ---------- × ------------------------------ = 1 – e –NUTOG
E G = 1 – exp – ------------- (20)
La hauteur Z est déduite de l’équation (15). Si la hauteur de la dg Q G U g – U GS 
colonne est fixée, l’efficacité de l’absorption est calculée à l’aide de
l’équation (16). Les remarques sur K G sont les mêmes que pour les colonnes à
garnissage ci-dessus.
■ Pour les colonnes à pulvérisation à « pluie », la combinaison des
équations (11) (12) (15) et (16) permet de calculer la hauteur Z ou
l’efficacité E G : Comparaison des deux régimes
(rapide et instantané de surface)

  = 1–e
6 kG Q L Z – NUT G
- × ----------- × -------------------------------
E G = 1 – exp – ----------- Les équations sont similaires et ne se différencient que par le
dg Q G  U g – U GS 
coefficient de transfert côté gaz :
Cette équation met en évidence les paramètres importants qui — k G pour le régime instantané de surface ;
conditionnent l’efficacité de cet échangeur : — K G pour le régime de réaction rapide.
— le rapport Q L / Q G dont la valeur est, en général, comprise
entre 0,5 × 10–3 et 10 × 10–3 ;
— le rapport k G /d g qui, d’après l’équation de Frössling
(tableau 7) évolue proportionnellement à d g
–1,5
, ce qui signifie qu’il
7. Exemples d’applications
faut travailler avec des gouttes les plus fines possibles sans toute-
fois atteindre des valeurs trop basses à cause de la formation De nombreux polluants présents en phase gazeuse sont suscep-
d’aérosols. tibles d’être traités par un lavage avec de l’eau. Il s’agit des
composés hydrosolubles tels que les cétones, les alcools ou le tétra-
hydrofurane, par exemple. S’agissant de composés relativement
solubles, la valeur des constantes de Henry (cf. § 2) implique le
6.2 Réaction rapide, écoulement piston contrôle du transfert de matière par le film gazeux. Le contacteur
pour les deux phases, contre-courant le mieux adapté est alors la colonne à garnissage en vrac ou
structuré.
Le nombre de Hatta étant supérieur à 3, toute la réaction a lieu Si les composés présents dans l’effluent gazeux sont peu solubles
à l’intérieur du film. Un bilan de matière (phase gaz) sur le dans l’eau, il est possible de réaliser l’absorption :
composé absorbé s’écrit d’après l’équation (13) :
— soit sous pression pour augmenter le potentiel d’échange ;
– Q G dC G = k G a 0 Ω dz (C G – C Gi ) = K G a 0 Ω dz C G (17) — soit en utilisant des solvants organiques lourds.

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Afin de réduire les dimensions des contacteurs gaz-liquide, le La hauteur de la colonne est relativement importante. La surface
transfert du polluant peut s’effectuer en présence d’une réaction réelle d’échange des garnissages en vrac utilisés (métallique de
chimique avec diverses solutions de lavage (acide, basique ou 38 mm de diamètre) est relativement faible (55 m2 · m–3). Il faudra
autres). peut-être s’orienter vers des garnissages structurés dont la surface
Les données de base sont en général réduites, à savoir le débit d’échange est beaucoup plus importante, autour de 250 m2 · m–3. La
de l’effluent gazeux à traiter, le type de polluant à éliminer et l’effi- valeur de la HUT OG serait alors voisine de 0,20 à 0,30 m, ce qui
cacité souhaitée d’élimination. À partir de ces données, il faut arri- aurait pour conséquence de diminuer fortement la hauteur de la
ver à dimensionner le contacteur gaz-liquide. Plusieurs exemples colonne (environ 2 m). Une étude économique doit être impérati-
sont présentés ci-dessous. vement réalisée car le prix des deux garnissages présente des dif-
férences importantes (plus cher pour le structuré).

7.1 Absorption d’acétone par de l’eau


en colonne à garnissage 7.2 Absorption d’ammoniac NH 3

Un air chargé en acétone (1 %) dont le débit gazeux (essentielle- ■ Par de l’eau en colonne à garnissage
ment constitué d’air) est de 1,39 m3 · s–1 passe à travers une colonne
à garnissage dans laquelle est réalisée l’absorption par l’eau de ce Soit à traiter un effluent gazeux contenant 3 % de NH3 et 97 %
composé volatil. La colonne fonctionne dans les conditions norma- d’air. Le débit est de 1 000 m3 · h–1 et l’efficacité désirée est de
les de travail (20 oC et pression atmosphérique) et l’efficacité 96,7 %.
demandée est de 95 %. La constante de Henry vaut m = 1,67. L’absorption est effectuée dans une colonne à garnissage rem-
Pour mener le calcul, il est nécessaire de faire des choix plie d’anneaux Raschig en céramique (diamètre 51 mm) et opérant
concernant : à la température ambiante (20 oC) et à la pression atmosphérique.
— le type de garnissage (Raschig acier) ; Le taux d’absorption choisi est  = 1,50. Les résultats des calculs
— le taux d’absorption  (1,70) qui permet de calculer le débit sont rassemblés dans le tableau 11.
d’eau nécessaire.
■ Par une solution acide en colonne à garnissage
En réalité, le dimensionnement définitif de la colonne nécessite
de réaliser plusieurs calculs complets afin d’étudier l’influence de On travaille dans les mêmes conditions que pour l’absorption par
certains paramètres, par exemple la nature et le diamètre du de l’eau en colonne à garnissage ; par contre, la solution de lavage
garnissage ou bien le taux d’absorption , sur le diamètre ou la est désormais une solution aqueuse d’un acide fort (HCl ou H2SO4).
hauteur de la colonne. Dans le tableau 10 n’est présentée qu’une La réaction est considérée comme instantanée de surface. C’est le
des solutions possibles. film gazeux qui contrôle le transfert. Les résultats sont rassemblés
(0) dans le tableau 12.

Tableau 10 – Paramètres de fonctionnement et données (0)


de dimensionnement d’une colonne d’absorption
d’acétone par de l’eau
Tableau 11 – Paramètres de fonctionnement et données
Valeurs données de dimensionnement d’une colonne d’absorption
Grandeurs
ou calculées d’ammoniac par de l’eau
Diamètre du garnissage Raschig acier 0,038 m Grandeurs Valeurs données ou calculées

Aire interfaciale du garnissage sec a* 128 m2 · m–3 Diamètre du garnissage 50,8 mm

Débit gazeux massique 1,66 kg · s–1 Débit gazeux massique 0,33 kg · s–1

Taux d’absorption  1,70 Taux d’absorption 1,5

Débit d’eau 2,94 kg · s–1 Débit d’eau 0,25 kg· s–1

Diamètre colonne 1,2 m Diamètre colonne 0,44 m

Aire interfaciale effective a 0 55 m2 · m–3 Aire interfaciale effective a 0 39 m2 · m–3

kG 0,034 m · s–1 kG 0,066 m · s–1

kL 0,80 × 10–4 m · s–1 kL 1,1 × 10–4 m · s–1

KG 0,022 m · s–1 KG 0,049 m · s–1

HUT L 0,58 m HUT L 0,37 m

HUT G 0,65 m HUT G 0,70 m

HUTOG 1,00 m HUT OG 0,94 m

NUT OG 5,30 NUT OG 7,1

Hauteur Z 5,30 m Hauteur Z 6,7 m

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(0)

Tableau 12 – Paramètres de fonctionnement et données Tableau 13 – Données de dimensionnement de la colonne


de dimensionnement d’une colonne d’absorption d’absorption de CO2 par une solution de MEA
d’ammoniac par une solution acide
Valeurs données
Grandeurs Valeurs données ou calculées Grandeurs
ou calculées

Débit gazeux massique 0,33 kg · s–1 Diamètre du garnissage Raschig acier 0,038 m

Débit de solution acide 0,25 kg · s–1 Aire interfaciale du garnissage a* 128 m2 · m–3

Taux d’absorption 1,5 Débit gazeux massique 0,58 kg · s–1

Diamètre colonne 0,44 m Débit de la solution de MEA 8,3 kg · s–1

kG 0,063 m · s–1 Diamètre colonne 1m

HUT OG = HUTG 0,43 m Aire interfaciale effective a0 (63 %) 81 m2 · m–3

NUT OG 3,4 kG 0,027 m · s–1

Hauteur Z 1,5 m kL 2,2 × 10–4 m · s–1

KG 0,0024 m · s–1
La hauteur de la colonne est de 1,5 m alors qu’elle était de 6,7 m HUT OG 3,1 m
pour une absorption avec de l’eau seule.
Cet exemple démontre parfaitement le rôle et l’intérêt de la pré- NUT OG 3
sence d’une absorption couplée avec une réaction chimique dans
le dimensionnement de la colonne. Hauteur Z 9,3 m

7.3 Absorption de CO2 par une solution conduit à K G ≈ 0,0026 m · s–1 et HUT OG = 3,1 m, soit une hauteur
de monoéthanolamine (MEA) de colonne de 9,3 m.
L’ensemble des valeurs des grandeurs est rassemblé dans le
Soit un effluent (débit 0,48 m3 · s–1) contenant de l’air et du CO2 tableau 13.
dont la teneur est de 1 % en volume. On souhaite ramener la
teneur en CO2 à la valeur 0,05 %, soit une efficacité de 95 %. Cette hauteur peut paraître excessive mais, en réalité, le CO2 est
un composé qui est considéré comme peu soluble dans l’eau.
Pour ce faire, une solution de MEA (C BL = 1 kmol · circule à m–3) L’introduction d’une réaction chimique permet de réduire les dimen-
contre-courant dans une colonne à garnissage (anneaux Raschig sions de la colonne par rapport à une simple absorption physique
en acier de 0,038 m). Le débit de la solution est calculé pour que à l’eau. Pour réduire encore la dimension des colonnes d’absorp-
la concentration en MEA ne varie pas de façon significative entre tion, on peut agir sur deux paramètres :
l’entrée et la sortie de la colonne. De toute façon, la solution est
— disposer de garnissage ayant des surfaces d’échange plus
régénérée et ensuite renvoyée dans la colonne. Le débit choisi est
importantes (les garnissages structurés peuvent répondre à ce
de 8,3 kg · s–1.
critère) ;
Les données sont les suivantes : — réaliser l’absorption sous pression afin d’augmenter la solu-
— constante de vitesse k 2 = 4 561 (m3 · kmol–1 · s–1) (cf. tableaux 5 bilité du CO2 : le terme HUTOG diminue fortement de 3,1 à 0,2 m.
et 6) ;
— coefficient de diffusion du CO2 dans la phase liquide :
D CO2/L = 1,83 × 10–9 m2 · s–1 ; 7.4 Absorption de SO2 dans une colonne
— coefficient de diffusion de la MEA dans la phase liquide : à pulvérisation type pluie
D MEA/L = 0,94 × 10–9 m2 · s–1.
Le nombre de Hatta est de 13,1, ce qui signifie que la réaction est Un effluent gazeux, dont le débit est de 30 m3 · s–1 (température
rapide et a lieu au sein du film liquide. De plus, la valeur du facteur de 20 oC et pression atmosphérique) contient du SO2 dont on veut
d’accélération limite E AL est de 677, à l’entrée de la colonne pour réduire la teneur de 99,5 %.
la phase gazeuse. La réaction est donc du pseudo-premier ordre, La hauteur utile du laveur à gouttes est de 5 m. Le diamètre des
avec E A = Ha = 13,1. gouttes produites est de 1 mm. La vitesse de chute des gouttes est
L’équation (13) (3e) devient : de 4,2 m · s–1. À l’intérieur du laveur, le gaz s’écoule à contre-cou-
rant des gouttes avec une vitesse U GS de l’ordre de 50 % de la
1 1 He vitesse de chute, soit une valeur U GS = 2 m · s–1. La section droite
--------- = --------- + -------------------------------------- (21)
KG kG k D C 2 AL BL 30
et le diamètre valent donc : Ω = -------- = 15 m 2 et D C = 4,4 m.
(0)
2
1 La vitesse de la goutte par rapport à la phase gaz est :
Le terme -------- = 37 est petit par rapport au terme
kG 2 + 4,2 = 6,2 m · s–1, ce qui correspond à un nombre de Reynolds
He 1 He de la goutte égal à 413. L’application de la relation de Frössling
-------------------------------------- = 380 . Cela signifie que --------- ≈ ----------------------------------
- , ce qui (cf. tableau 7) permet d’en déduire le coefficient de transfert k G ,
k 2 D AL C BL KG k 2 D AL C BL soit k G = 0,2 m · s–1.

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L’équation (20) permet de calculer le rapport des débits Q L /Q G , Exemple : pour des effluents gazeux issus de station d’épuration
soit 2 × 10–3. Le débit de la solution basique sera d’au moins de traitement des eaux usées urbaines et contenant différents
216 m3 · h–1, un coefficient de sécurité de 20 % donnera un débit de composés aminés, soufrés et oxygénés, Manéro, dans [1], propose
260 m3 · h–1 qu’il faudra pulvériser par des cônes pleins en tête de une station de désodorisation constituée de trois tours de lavage en
laveur. série : la première traite les composés azotés (lavage acide avec
H2SO4), la deuxième les composés soufrés ou acides (lavage basique
à la soude) et la troisième les composés oxygénés et autres (lavage
oxydant au NaOCl).
7.5 Traitement des odeurs par absorption
dans des colonnes à garnissage Compte-tenu de la complexité de l’effluent, le dimensionnement
est beaucoup plus difficile à faire ; aussi pour un débit de
placées en série 85 000 m3 · h–1, les ordres de grandeur des colonnes à garnissages
sont :
Le traitement des nuisances olfactives [1] [10] est résolu la plu- — hauteur, environ 3 m ;
part du temps par des lavages acido-basiques chimiques. — diamètre 3,5 m.

Références bibliographiques

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Thèses récentes
http://www.sudoc.abes.fr

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