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Université des Sciences et Technologies de Lille U.F.R. de Mathématiques Pures et Appliquées

M310 : Calcul différentiel avancé

Notes de cours par Clément Boulonne

L3 Mathématiques

2008 - 2009

Table des matières

1 Différentielle d’une fonction

 

3

1.1 Quelques définitions

 

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3

1.2 Exemples

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6

1.2.1 Application affine

 

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6

1.2.2 Un exemple en dimension finie

 

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7

1.3 Différentielles partielles

 

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7

1.3.1 Différentiabilité dans une "direction"

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7

1.3.2 Dérivées partielles et matrice jacobienne

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8

1.3.3 Dérivées partielles d’ordre k

 

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1.4 Opérations élémentaires

 

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11

1.4.1 Combinaison linéaire et composition

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11

1.4.2 Applications bilinéaires et produits

 

12

1.4.3 Inverse

 

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12

2 Théorème des accroissements finis et applications de classe C 1

 

14

2.1 Théorème des accroissements finis

 

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14

2.2 Applications de classe C 1

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17

3 Théorème d’inversion locale - Théorème de fonctions implicites

 

21

3.1 Introduction

 

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21

3.2 Théorème d’inversion locale

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21

3.3 Théorème des fonctions implicites

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25

3.4 Applications géométriques

 

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27

3.4.1 Sous-variétés de R n

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27

3.4.2 Espace tangent à une sous-variété en un point

 

31

4 Différentielles d’ordre supérieur

 

34

4.1 Différentielle seconde

 

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34

4.1.1 Définition

 

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34

4.1.2 Lemme de Schwarz

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35

4.1.3 Dérivées partielles secondes

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36

4.2 Fonctions de classe C p

 

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37

4.3 Formule de Taylor

 

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5 Points critiques et extrema

 

41

5.1 Premières définitions

 

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41

5.2 Etude du cas libre

 

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41

5.3 Conditions à l’ordre 2

 

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42

5.4 Extremum liés

 

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43

 

2

3

6

Equations différentielles

 

47

6.1 Equations différentielles du premier ordre

 

47

6.2 Théorèmes d’existence et d’unicité de solutions

 

48

6.3 Théorie globale

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53

 

6.3.1 Unicité globale

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53

6.3.2 Solutions maximales

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53

6.3.3 Solutions globales

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55

A Équations différentielles linéaires affines

 

56

A.1 Équations non autonomes

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A.1.1

. Équations homogènes

 

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57

Chapitre 1 Différentielle d’une fonction

1.1 Quelques définitions

Rappel. I R, I =]a, b[, a < b. Soit x 0 I, f : I R. f est dérivable en x 0 si et seulement si :

f

(x 0 ) = lim

xx 0

f(x) f(x 0 )

x x 0

existe

x → x 0 f ( x ) − f ( x 0 ) x −

Reformulation. f est dérivable en x 0 ⇔ ∃ε : V x 0 R (où V x 0 désigne un voisinage de x 0 ) tel que lim 0 ε(x) = 0 et :

xx

f(x) = f(x 0 )+(x x 0 )f (x 0 )+(x x 0 )ε(x)

() peut se reécrire :

tel que :

ε(x) = f(x) f(x 0 ) x x 0

f (x 0 )

f(x 0 + h) = f(x 0 )+ f (x 0 )h

+

1 (h)

h0 ε 1 (h) = 0 et x = x 0 + h

lim

()

4

Chapitre 1. Différentielle d’une fonction

5

L’application :

 

:

R

R

 

h

f (x 0 )h

est linéaire.

Définition 1.1.1. Soient E, F espaces vectoriels normés, U E ouvert, f : U E, a U . f est différentiable en a si et seulement si Df : E F application linéaire continue et une fonction ε : U F , lim ε(x) = 0 tel que :

f (a + h) f (a) = Df (a).h + h ε(a + h)

()

h E tel que a + h U . Df (a) ∈ L C (E, F ) est appelée la différentielle de f en a.

Notation. La différentielle de f en a peut se noter :

Df(a), Df a , df(a), df a , f (a)

Proposition 1.1.1. Si f est différentiable en a, l’application linéaire Df a ∈ L C (E, F ) vérifiant () est unique.

Lemme 1.1.2. Soit E, F des espaces vectoriels normés et u ∈ L C (E, F ) vérifiant :

lim

h0

u(h)

h

= 0 alors u = 0

Démonstration de la Proposition 1.1.1. Supposons u 1 , u 2 ∈ L C (E, F ) tel que :

f(a + h) f(a) = u 1 .h + h ε 1 (h) = u 2 .h + h ε 2 (h) (u 1 u 2 )h = h (ε 2 (h) ε 1 (h))

= 0, (u 1 u 2 )(h)

h

⇒ ∀h

= ε 2 (h) ε 1 (h) −−→ 0

h0

u 1 u 2 = 0.

Démonstration du Lemme 1.1.2. Rappel. u ∈ L(E, F ), u est continue si et seulement si :

sup 1 u(h) = sup

h

h

=1 u(h) < +

On pose u = sup =1 u(h) qui est une norme sur L(E, F ) :

h

h E, u(h) u h

Soit ε(h) tel que :

u(h) = h ε(h) et

lim

h0 ε(h) = 0

Soit η > 0, α > 0, h tel que h α alors |ε(h)| ≤ η. Soit h E, h = 1, αh = α h = α. Donc :

ε(ah) = u(αh) ah

= u(h)

h

= ε(h) η

η > 0, h E, h = 1, ε(h) η. Donc : h E, h = 1, ε(h) = 0 u(h) = 0 u = 0.

6

Chapitre 1. Différentielle d’une fonction

Remarque. (E, · E ), (F, · F ) sont des espaces vectoriels normés. Que se passe-t-il si on change

de

norme ? Si · E est équivalent à · E et · F est équivalent à · F , f est différentiable

en

a pour (E, · E ) et (F, · F ) f différentiable en a pour (E, · E ) et (F, · F ).

Rappel. · E

· E ⇔ ∃C, D > 0 tel que :

h E, C h E h E D h E

Si · E · E

f(a + h) f(a) = Df(a)h + h E ε(h) , h0 lim ε(h) = 0

h E ε (h)

h0 ε(h) = 0 lim

, lim

h0 ε (h) = 0 :

ε (h) =

h h ε(h), ε (h)

1

C ε(h)

En particulier dans les espaces vectoriels normés de dimension finie, toutes les normes sont équivalentes.

Contre-exemple (en dimension infinie). E = C ([0, 1]) = {f : [0, 1] R, n N, f (n) continue}. Soit f E, on rappelle :

et on définit :

f = sup

x[0,1] |f(x)|

f = f + f

On a · et · ∞ ne sont pas équivalents. On considère E = (C
On
a · et · ∞ ne sont pas équivalents.
On
considère E = (C ∞ ([0, 1]), · ) et F = (C ∞ ([0, 1]), · ∞ ). On défniit :

f, h E :

H

:

E

F

 

f

f 2

+ f

H(f + h) H(f) = h +(f + h) 2 f 2 = h + 2fh +h 2

u

est-elle continue ?

u(h)

u(h) (1 + 2 f ) h

u continue

Chapitre 1. Différentielle d’une fonction

7

Conclusion :

H(f + h) = H(h) = uh + h ε(h), lim

h0 ε(h) = 0

En effet, h 2 = h ε(h) :

h 2 h 2 = h ε(h) ε(h) h

Proposition 1.1.3 (Cas d’un produit d’espaces).

Soit F = F 1 ×

× F p tel que j ∈ {1,

,

p},

F j espace vectoriel normé. Soit k F , k = (k 1 ,

,

k p ) et :

k = sup

1jp k j F j

Soit E un espace vectoriel normé, U E :

f : U F = F 1 ×

× F p

f = (f 1 ,

, f p ), f j = U F j

Soit a U , f différentiable en a ⇔ ∀j, f j différentiable en a. De plus, si c’est le cas :

Démonstration.

()

Df(a) = (Df 1 (a),

, Df p (a))

Df(a) : E

F 1 ×

× F p

p

j

F j

f(a + h) g(a) = Df(a)h + h ε(h) ⇒ ∀j, 1 j p, f j (a + h) f j (a) = (p j Df (a)) .h + h p j (ε(h))

() j, 1 j p :

p j (ε(h)) = ε j (h) −−→ 0

h0

∈L(E,F )

(p j continue)

f j (a + h) f j (a) = Df j (a)h + h ε j (h), lim

h0 ε j (h) = 0

f(a + h) f(a) = (Df 1 (a),

,

Df p (a))h + h (ε 1 (h),

,

ε p (h)) , h0 lim ε(h) = 0

ε(h)

ε p ( h )) , h → 0 lim ε ( h ) = 0

1.2 Exemples

1.2.1 Application affine

Une application affine A : E F

est de la forme A(x) = b + u(x) b F

application linéaire de E dans F . Pour a, x E :

A(x) A(a) = u(x) u(a) = u(x a)

(1)

et u est une

par linéarité. Donc A est continue en a si et seulement si u est continue en 0, donc, puisque u est linéaire, en tout point. Dans ce cas la formule (1) montre que A est différentiable en tout point de E et que, pour tout a E :

DA(a) = u

La différentielle d’une application affine est donc indépendante de a. En particulier, si u est linéaire continue, pour tout x E, Du(x) = u.

8

Chapitre 1. Différentielle d’une fonction

1.2.2 Un exemple en dimension finie

Soit f : R 2 R 2 l’application définie par f (x, y) = (x + y, xy). Soit (a, b) R 2 . Pour (h, k) R 2 , on a :

f (a + h, b + k) f (a, b) = (h + k, hb + ka + hk) = u(h, k) + ϕ(h, k)

u(h, k) = (h + k, hb + ka) et ϕ(h, k) = (0, hk). L’application u est linéaire continue (on est en dimension finie). Sa matrice dans les bases canoniques est :

Jf (a, b)

=

=

1

b

1

a

Choisissons sur R 2 la norme :

(h, k) = max(|h|, |k|)

La fonction

ϕ(h, k) vérifie : ϕ(h, k) = |hk| ≤ (h, k) 2 . Donc :

lim

(h,k)0

ϕ(h, k)

(h, k) = 0

ce qui montre que l’application f est différentiable en (a, b), sa différentielle en (a, b) étant l’application linéaire de R 2 dans R 2 de matrice Jf (a, b).

1.3 Différentielles partielles

1.3.1 Différentiabilité dans une "direction"

a U E, E, F des espaces vectoriels normés. f : U F , E 1 sous-espace vectoriel de E. Si f est différentiable en a :

f (a + h) f (a) = Df (a).h + h ε(h), h E 1 E, a + h U

()

Définition 1.3.1. On dit que f admet une différentielle partielle dans la direction E 1 si D E 1 f(a) : E 1 F, h E 1 tel que a + h E, () est vérifié.

f est différentiable en a f admet une différentielle partielle dans la direction E 1 , E 1 E.

Exemple 1.3.1. E =