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LE "PHILOSOPHE" DU XVIIIe SIECLE

La philosophie des Lumières

Le nom « Lumières » désigne métaphoriquement le mouvement intellectuel qui naît en Europe au


XVIII°siècle. La métaphore évoque le passage de l’obscurité de la nuit à la lumière d’un jour nouveau,
c’est-à-dire d’une société qui repose sur la tradition et la référence aux textes sacrés à une société
qui privilégie la connaissance rationnelle et l’esprit critique.(cf « Aie le courage de te servir de ton
propre entendement. Voilà la devise des Lumières » E Kant)
La philosophie des Lumières ne constitue pas un système de pensée élaboré par un seul auteur de
référence mais un mouvement qui regroupe des intellectuels de formations diverses et partageant des
valeurs communes.
Les collaborateurs de l’Encyclopédie viennent de tous les horizons : d’Alembert est mathématicien,
Buffon biologiste, Montesquieu juriste, Voltaire, Diderot sont avant tout des écrivains.
Tous partagent les mêmes convictions fondamentales mais chacun a une personnalité marquée : en
matière de religion Voltaire est déiste, Diderot et Helvétius sont matérialistes (proches de l’athéisme). Le
plus connu pour son engagement est Voltaire (affaire Calas), mais tous sont, à leur façon, des militants.

Qu’est-ce qu’un « philosophe » au XVIII° siècle ? :

Du Marsais dans l’article « philosophe » de l’Encyclopédie le définit ainsi :


 Intellectuellement c’est un homme qui ne se fie qu’à sa raison
« La raison est à l’égard du philosophe ce que la grâce est à l’égard du chrétien. »
« L’esprit philosophique est […] un esprit d’observation et de justesse, qui rapporte tout à ses véritables
principes ».
 Socialement c’est un homme qui aime vivre en société.
« …un honnête homme qui veut plaire et se rendre utile »
 Moralement c’est un homme honnête et responsable, conscient de ses devoirs envers la société.
« …le philosophe est jaloux de tout ce qui s’appelle honneur et probité. La société civile est, pour ainsi
dire, une divinité pour lui sur la terre.»

Les valeurs communes aux philosophes des Lumières.

 Le rejet du despotisme et de l’Eglise qui imposent des préjugés aux peuples pour mieux les
soumettre à leur pouvoir.
Ils sont favorables à une monarchie « éclairée », constitutionnelle.( Le peuple est jugé trop ignorant
pour participer au pouvoir. Seul Rousseau développe l’idée de la souveraineté populaire.)
Ils combattent en faveur de la tolérance et pour la liberté de culte en matière de religion.

 La confiance en la raison humaine.


Les philosophes cherchent à développer par tous les moyens l’esprit critique de leurs
contemporains : contes philosophiques de Voltaire ou articles de l’Encyclopédie où le lecteur doit
savoir déchiffrer les idées subversives que cachent certains articles apparemment anodins. (ex. article
« nommer » reproduit p230 du manuel)
Ils condamnent la censure et affirment le droit à la liberté d’expression, facteur de progrès social.

 La foi dans le progrès de l’humanité.


Les philosophes des Lumières croient en effet au progrès : l’homme, pensent-ils, a son avenir entre
ses mains. (Voltaire : Candide « Il faut cultiver notre jardin. ».) L’amélioration de la condition
humaine dépend donc de la diffusion des idées philosophiques dans la société et du développement
d’une économie libérale à visage humain( refus de l’esclavage).

 Le droit au bonheur.
Les philosophes reconnaissent à l’être humain le droit à un bonheur immédiat, conforme à la nature,
qui est un épanouissement à la fois individuel et collectif. Ils réhabilitent le plaisir. Leurs idées vont
donc à l’encontre de la religion chrétienne qui voit dans la vie terrestre une épreuve et une
purification par la souffrance.

I. UN STYLE DE VIE : ACTION ET SOCIETE

 Au XVIII° siècle, c'est un homme pratique, soucieux de la réalité quotidienne, guidé par trois principes
essentiels : être utile, être sociable, être cosmopolite

1) Etre UTILE, et donc collaborer au progrès de la civilisation ; agriculture ou commerce sont parfois
qualifiés de "philosophiques"... Le philosophe est capable d'analyser les problèmes socio-culturels de son
temps

Les philosophes défendent les techniques et métiers manuels

- Voltaire, Lettre à Damilaville,


"(Le penchant) d'un philosophe n'est pas de plaindre les malheureux, c'est de les servir. (...) Le vrai
philosophe défriche les champs incultes, augmente le nombre des charrues, et par conséquent des
habitants ; occupe le pauvre et l'enrichit, encourage les mariages, établit l'orphelin, ne murmure point
contre des impôts nécessaires, et met le cultivateur en état de les payer avec allégresse. Il n'attend rien
des hommes, et il leur fait tout le bien dont il est capable. Il a l'hypocrite en horreur, mais il plaint le
superstitieux ; enfin il sait être ami."

Voltaire oppose "héros" et "grands hommes" : "Il ne reste plus rien que le nom de ceux qui ont
conduit des bataillons et des escadrons ; il ne revient rien au genre humain de cent batailles données ;
mais les grands hommes dont je vous parle ont préparé des plaisirs purs et durables aux hommes qui ne
sont pas encore nés. Une écluse du canal qui joint les deux mers, un tableau de Poussin, une belle
tragédie, une vérité découverte sont des choses mille fois précieuses que toutes les relations de campagne
; vous savez que chez moi les grands hommes sont les premiers et les héros les derniers ; j'appelle grands
hommes tous ceux qui ont excellé dans l'utile ou dans l'agréable. Les saccageurs de provinces ne sont que
des héros." (Lettre à Thieriot, 1 juillet 1735)

2) Etre SOCIABLE, et donc vivre dans la cité des hommes :


-

Dumarsais, art. "Philosophe" dans l'Encyclopédie


Le philosophe est "un honnête homme qui veut plaire et se rendre utile"...

Les autres hommes sont déterminés à agir sans sentir ni connaître les causes qui les font
mouvoir, sans même songer qu'il y en ait. Le philosophe au contraire démêle les causes autant
qu'il est en lui, et souvent même les prévient, et se livre à elles avec connaissance: c'est une
horloge qui se monte, pour ainsi dire, quelquefois elle-même. Ainsi il évite les objets qui
peuvent lui causer des sentiments qui ne conviennent ni au bien-être, ni à l'être raisonnable, et
cherche ceux qui peuvent exciter en lui des affections convenables à l'état où il se trouve. La
raison est à l'égard du philosophe ce que la grâce est à l'égard du chrétien. La grâce détermine le
chrétien à agir; la raison détermine le philosophe.
Les autres hommes sont emportés par leurs passions, sans que les actions qu'ils font soient
précédées de la réflexion : ce sont des hommes qui marchent dans les ténèbres; au lieu que le
philosophe, dans ses passions mêmes, n'agit qu'après la réflexion; il marche la nuit, mais il est
précédé d'un flambeau.
La vérité n'est pas pour le philosophe une maîtresse qui corrompe son imagination, et qu'il
croie trouver partout; il se contente de la pouvoir démêler où il peut l'apercevoir. Il ne la
confond point avec la vraisemblance; il prend pour vrai ce qui est vrai, pour faux ce qui est faux,
pour douteux ce qui est douteux, et pour vraisemblance ce qui n'est que vraisemblance. Il fait
plus, et c'est ici une grande perfection du philosophe, c'est que lorsqu'il n'a point de motif pour
juger, il sait demeurer indéterminé [...]
L'esprit philosophique est donc un esprit d'observation et de justesse, qui rapporte tout à ses
véritables principes ; mais ce n'est pas l'esprit seul que le philosophe cultive, il porte plus loin
son attention et ses soins.
L'homme n'est point un monstre qui ne doive vivre que dans les abîmes de la mer ou dans le
fond d'une forêt : les seules nécessités de la vie lui rendent le commerce des autres nécessaire et
dans quelqu'état où il puisse se trouver, ses besoins et le bien-être l'engagent à vivre en société.
Ainsi la raison exige de lui qu'il connaisse, qu'il étudie, et qu'il travaille à acquérir les qualités
sociables.
Notre philosophe ne se croit pas en exil dans ce monde ; il ne croit point être en pays
ennemi; il veut jouir en sage économe des biens que la nature lui offre; il veut trouver du plaisir
avec les autres; et pour en trouver, il faut en faire ainsi il cherche à convenir à ceux avec qui le
hasard ou son choix le font vivre et il trouve en même temps ce qui lui convient: c'est un
honnête homme qui veut plaire et se rendre utile […]
Le vrai philosophe est donc un honnête homme qui agit en tout par raison, et qui joint à un
esprit de réflexion et de justesse les mœurs et les qualités sociales. Entez un souverain sur un
philosophe d’une telle trempe, et vous aurez un souverain parfait.

César Chesneau Dumarsais - Article de L'Encyclopédie

Introduction
César Chesneau Dumarsais (1676-1756) est un grammairien. Il est surtout connu pour un Traité des
tropes, c’est à dire une théorie des figures de style, un ouvrage de rhétorique. Ami de Diderot, et de
d’Alembert, maîtres d’œuvres deL’Encyclopédie, il est chargé par eux de rédiger pour cet ouvrage
l’article « Philosophe » qui reflète l’idéal de tout un mouvement littéraire : le mouvement dit des
« Lumières ».

Il s’agit à l’évidence moins d’un article de dictionnaire au sens classique du terme que d’un texte
argumentatif défendant une certaine conception de la philosophie. Nous montrerons que ce texte illustre
son titre de façon ordonnée, systématique, et systématiquement polémique : il définit de façon engagée,
personnelle, ce que doit être pour l’auteur un philosophe, et ce qu’il doit éviter.
I. Le portrait du philosophe

1) Effets de récurrence

- 8 fois « philosophe » différent de « les autres hommes »


- 3 fois « raison » : préside la « réflexion »
- « raison » différent de « passion »
- « esprit » : importance de la vie intellectuelle
2) Les caractéristiques du philosophe

- Etymologie grecque : philosophos : ami de la sagesse


- Capacité à se corriger : métaphore de l’horloge (« c'est une horloge qui se monte, pour ainsi dire,
quelquefois elle-même »)
- Foi en la raison différent de religion : superstitions
=> philosophe = être raisonnable, réfléchi, vertueux

II. Le philosophe par rapport aux autres hommes

- Négations et affirmations + constructions d’opposition : le savoir différent de l’ignorance


- Besoin réciproque de l’un et des autres
- « flambeau » = raison : symbole : lumière qui guide le philosophe
=> Le philosophe est guidé par la raison et la réflexion et guide les autres hommes.

III. Un texte représentatif de l’esprit des Lumières

1) A travers le raisonnement scientifique

2) L’idée des Lumières

- Esprit de Fontenelle
- Champ lexical de la lumière
- « honnête homme » : esprit cultivé de l’époque classique + « se rendre utile » = Encyclopédie

Conclusion

Cet article dégage bien l’idéal intellectuel qui est celui des « philosophes » des Lumières : il valorise
l’esprit scientifique, la méthode expérimentale (le souci des faits, de l’observation), il condamne les
préjugés (notamment religieux). Il insiste corrélativement sur la fonction sociale du philosophe : c’est
pour la société, pour les autres que celui-ci se consacre à la réflexion scientifique, morale ou politique.
Cet article, éminemment polémique, qui ne cesse d'opposer le philosophe aux "autres hommes", au
chrétien, au théologien, au faux philosophe (Rousseau), témoigne aussi de la nature profonde de la
littérature du XVIIIème siècle : une littérature engagée, de combat, même quand elle se cache derrière
l’apparence faussement objective d’un article de dictionnaire. Dans ce sens, il se rattache tout autant au
genre de l'essai qu'à celui annoncé par le titre de l'ouvrage auquel il appartient : L'Encyclopédie.

a) Importance des lieux de réunions (clubs, cafés, salons, académies….)

b) Force de l'opinion publique


- cf. son utilisation par Voltaire dans l'affaire Calas
c) Mode des journaux et périodiques :

3) Etre COSMOPOLITE, et donc former une sorte d'"Internationale des esprits", éclairée par les
"lumières".

D'où les enquêtes et voyages des philosophes :

II. UN INSTRUMENT : LA RAISON

Au XVII° siècle, le terme "raison" évoque une "sagesse équilibrée" ;


mais au XVIII° , elle est "audace critique"

Déjà, au XVII°, Descartes et son "rationalisme cartésien" avait préparé les esprits :

Au XVIII°, on refuse les traditions :

Le droit de critique, l'esprit d'examen s'étend à tous les domaines, en vue de construire un monde
éclairé.

L'Encyclopédie va jouer un rôle important :

A. Une critique qui s'étend à tous les domaines.


Loin d'être uniquement négative, cette critique fait de nombreuses propositions, toutes fondées sur la
raison.

1) Domaine des sciences : la méthode expérimentale est le critère de toute pensée juste.

- Fontenelle, De l'origine des fables, 1684


Histoire des oracles (1686), épisode de la Dent d'or

Fontenelle, Histoire des oracles, Première dissertation, chapitre IV (1687).

Assurons-nous bien du fait, avant que de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode
est bien lente pour la plupart des gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité
du fait, mais enfin nous éviterons le ridicule d'avoir trouvé la cause de ce qui n'est point.
Ce malheur arriva si plaisamment sur la fin du siècle passé à quelques savants d'Allemagne, que je
ne puis m'empêcher d'en parler ici.

En 1593, le bruit courut que les dents étant tombées à un enfant de Silésie, âgé de sept ans, il lui en
était venu une d'or, à la place d'une de ses grosses dents. Horstius, professeur en médecine dans
l’Université de Helmstad, écrivit en 1595 l'histoire de cette dent, et prétendit qu'elle était en partie
naturelle, en partie miraculeuse, et qu'elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant pour consoler les
Chrétiens affligés par les Turcs. Figurez-vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux
Chrétiens, ni aux Turcs. En la même année, afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens,
Rullandus en écrit encore l'histoire. Deux ans après, Ingolsteterus, autre savant, écrit contre le sentiment
que Rullandus avait de la dent d'or, et Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique. Un autre grand
homme nommé Libavius ramasse tout ce qui avait été dit de la dent et y ajoute son sentiment particulier.
Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu'il fût vrai que la dent était d'or. Quand un
orfèvre l'eut examinée, il se trouva que c'était une feuille d'or appliquée à la dent avec beaucoup d'adresse;
mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre.
Rien n'est plus naturel que d'en faire autant sur toutes sortes de matières. Je ne suis pas si convaincu
de notre ignorance par les choses qui sont, et dont la raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont
point, et dont nous trouvons la raison. Cela veut dire que non seulement nous n'avons pas les principes qui
mènent au vrai, mais que nous en avons d'autres qui s'accommodent très bien avec le faux.

Bernard Le Bovier de Fontenelle : 1657-1757

Fontenelle fut un philosophe et un poète français.


Né à Rouen en 1657. Il est le neveu de l'auteur tragique Corneille. Bon esprit, fréquentant salons prend
partie des modernes, Fontenelle s'adonne sans succès à la composition dramatique.
Originalité par ses 24 dialogues des morts (1683) développant de brillants paradoxes vers ou
philosophiques. -entretiens sur la pluralité des mondes (1686) = vulgarisation scientifique.
Elu à l'Académie française en 1691 puis à l'académie des sciences en 1697. Audience considérable.
Lecteurs mondains.
Professe sa foi dans le progrès , Fontenelle fut un précurseur des philosophes du XVIIIème siècle.
Histoire des Oracles est une œuvre de vulgarisation, véritable exemple de sa précocité envers le
XVIIIème siècle.

Etude méthodique

I. La structure du texte

A. Lignes 1 à 6
entrée en matière ; présente l'idée
pose la problématique " tout cela est de bien fait ? "
l 3 : impératif " assurons-nous "
C'est une recommandation mais Fontenelle s'inclut dedans. Rapide analyse = ordre.
ton dogmatique il ordonne quelque chose, enseigne quelque chose.
1er paragraphe = mini argumentation : thèse l. 3
une objection " il est vrai que " et l'on répond " mais enfin " (= conclusion)
dégressive rapidité de tous les conclusions sans vérifier laisser = critiquer comportement irrationnel des
gens qui vont trop vite " passe par-dessus "
allusion à la première règle de la méthode (Descartes) " éviter, toute prévention et précipitation. "
l. 6 aboutissement = " le ridicule "

B. Lignes 7 à 8
introduit l'anecdote
" malheur " l. 7 reprend " le ridicule " l.6
c'est en Allemagne = dépaysement pour éviter les critiques
il y a aussi = fin du siècle passé = spatiaux temporels
tonalité annoncée " plaisamment " l. 7
l. 8 " parler " = oral. Prise de position de l'auteur il annonce un exemple pour conforter sa thèse.

C. Lignes 9 à 23
texte construit en plusieurs étapes et chaque étape insiste sur les savants (1 par étape)
structures temporelles précises.
Sont-ils réellement des savants ? Ils écrivent, mais n'ont rien vérifié = insistance sur leurs fausses idées.
Chaque savant écrit la même histoire mais contre l'autre (= eux le mieux…) acharnement.
" une belle et docte réplique " l. 18
" écrit encore l'histoire " l. 16

D. Lignes 24 à 28 (fin)
Généralisation :
" toutes sortes de matière " l. 24
Il va étendre sa réflexion sur l'ensemble des domaines du savoir = enseignements pour des choses plus
sérieuse.
1er phrase : impersonnelle indéfinie
2ème : pas à la première personne =son idée, puis " nous " " notre " l. 25
idée centrale : définit l'ignorance.
3ème : " vrai " contre " faux "
bilan : ce paragraphe = une généralisation : une définition de l'ignorance ; une conclusion pessimiste entre
la relation sur l'homme le faux.

II. analyse de l'anecdote


A. la précision sur les faits
1ère phrase (ligne 9) : précision âge/lieu/quoi ?
présentés en 2 étapes : " étant tombé " = idée de cause
le reste de la phrase = le résultat.
Précision portait sur protagoniste : enfant âgé de 7 ans.
Nature de la dent " une de ses grosses dents " l. 10
Précision s/ étape des études et personnages. " 1595 " l. 11 ; " même année " l.9 ; " deux ans après " l.16
" aussitôt " l.18, à chaque étape = un personnage différent.
Noms des différents personnages = ironie car faux noms savants.
L'accumulation de titres, de dates, de noms donne une impression d'une intense activité intellectuelle (=
ironie). Souligne le ridicule.

B. les explications pseudo scientifiques


l.9/10 = un fait.
Explications apparaissent après le reste de l'événement
Fontenelle utilise la bonne méthode dans son récit
Commence par l.11 " Horstuis ". (il manquait rien logique quelconque avant Horstuis qui marque l'idée de
la précipitation.)
A partir de la l.11 = ironie, on fait semblant admirer rentrer dans le jeu de l'autre -> accumulation de titres
de nom, l.19 " grand homme "
Les noms finissent par " us " -> latinisés pour effet sérieux, savant.
Ridicule par opposition " miraculeuse " / " naturelle "
Horstuis 1er savant : explication miraculeuse, souligne ridicule avec " en partie ", comble du ridicule ->
politique/religieuse
Rullondus 2e : notion d'écrire l'histoire de cette dent par un historien = ironie + ridicule
Répétition : " historiens " " histoire "
Ironie souligné par litote " ne manquât pas d'historiens " l.16
Ingloteterus 3e : polémiques entre eux," belle et docte réplique " l.18," contre[…]Rullandus "
Ironie dans opposition pour l'orfèvre à trouver une solution et le nombre d'années pour savants ->
orfèvre : tout simple, pas savant.

C. Les interventions du narrateur

l.14 à 15 " figurez-vous […] turs "


interpellation direct aux lecteurs pour souligner l'absurdité de cette conclusion
But : séduire le lecteur et en faire un complice
l.20 à 21 " il ne […] était d'or "
tonalité ironique " les beaux ouvrages "
construction impersonnelle
conclusion ironique montre incohérence
l.23 " on commençât par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre " , -> incohérence chronologique.
Tournure pour montrer erreur et ridicule pas de tournure ironique dans la fin.

III. Bilan, la généralisation du dernier paragraphe

Tournure impersonnelle indéfinie


Généralisation " toutes sortes " l.24
Changement de ton dogmatique/doctorale
Il affirme quelque chose
Dénonce les dangers de cette méthode
1er phrase : affirmation, s'appuyer sur des rumeurs : risque de conséquence morale, sur la justice les
scènes
2e phrase : sous forme d'une définition de l'ignorance.
Formule très concise reposant sur des antithèses, opposition ; négation, réaffirmation.
Montrent qu'il y a deux formes d'ignorance :
1er partie : définition normale
2e : définition particulière, sur la 2ème ignorance, relève de l'erreur, c'est justement ce qu'il dénonce,
ignorance la plus dangereuse qui s'appuie sur l'imagination et la fantaisie.
3ème phrase : 3ème contact important, antithèse vrai/faux -> difficultés pour accéder au vrai, mises en
valeur par " non seulement/vrai " ; " vrai/faux "
-> cantonale montre la faiblesse humaine et la paresse intellectuelle
" nous " = partagent la faiblesse humaine, il en a conscience et veut mettre en garde les autres.

Conclusion :

La Dent d'or est un texte argumentatif avec structure rigoureuse.


Démonstration depuis énoncé de la thèse jusqu'à leçon finale -> forme d'un prologue, originalité
Place importante de la narration, rôle essentiel.
Passages narratifs séduisant par vivacité et parvient à convaincre davantage.
Moyen le plus efficace pour établir une complicité avec lecteur, c'est l'ironie qui permet de condamner les
faux savants.
Deuxième aspect : dénonciation des préjugés et défense de l'esprit d'examen.
Dénonce 2 formes crédulité, l'accord et la pluralité, et explications trop faciles par intervention du
surnaturel.
Il essaie de montrer que dans ces conditions aucun progrès scientifique n'est possible.
L'Encyclopédie sera l'épanouissement de cette méthode.

- Montesquieu, Préface de l'Esprit des Lois (1748), : "Je n'ai point tiré mes principes de mes préjugés,
mais de la nature des choses. Ici, bien des vérités ne se feront sentir qu'après qu'on aura vu la chaîne qui
les lie à d'autres."

2) Domaine de l'Histoire : divers types d'explications sont proposés, mais accord pour refuser de voir
dans l'histoire la réalisation des desseins de Dieu, la manifestation de la Providence

3) Domaine de la politique : tout régime est admis par les philosophes, sous certaines conditions :

a) si on peut en définir logiquement les principes :


- Montesquieu, De l'Esprit des Lois, : les types de gouvernements.
Principe de la séparation des pouvoirs : "Lorsque dans la même personne ou dans le même corps de
magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n'y a point de liberté ; parce
qu'on peut craindre que le même monarque ou le même sénat ne fasse des lois tyranniques pour les
exécuter tyranniquement.
Il n'y a point encore de liberté, si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législatrice et
de l'exécutrice."

b) si on peut en justifier rationnellement les contraintes :


- J.J. Rousseau, Du Contrat social, : " "Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la
force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous
n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant." Tel est le problème fondamental
dont le contrat social donne la solution".

c) mais condamnation de l'absolutisme reposant sur le droit divin, car cette autorité ne se justifie pas
par la raison :
- Diderot, art. "Droit naturel",;
art. "Autorité politique" de l'Encyclopédie
Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du ciel, et
chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. Si la nature a
établi quelque autorité, c’est la puissance paternelle ; mais la puissance paternelle a ses bornes ; et dans
l’état de nature elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. Toute
autre autorité vient d’une autre origine que la nature. Qu’on examine bien, et on la fera toujours remonter
à l’une de ces deux sources : ou la force et la violence de celui qui s’en est emparé, ou le consentement de
ceux qui s’y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux, et celui à qui ils ont déféré l’autorité.
La puissance qui s’acquiert par la violence n’est qu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de
celui qui commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent ; en sorte que si ces derniers deviennent à
leur tour les plus forts, et qu’ils secouent le joug1, ils le font avec autant de droit et de justice que l’autre
qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l’autorité la défait alors : c’est la loi du plus fort.
Quelquefois l’autorité qui s’établit par la violence change de nature ; c’est lorsqu’elle continue et se
maintient du consentement exprès de ceux qu’on a soumis ; mais elle rentre par là dans la seconde espèce
dont je vais parler ; et celui qui se l’était arrogée devenant alors prince cesse d’être tyran.
La puissance qui vient du consentement des peuples suppose nécessairement des conditions qui en
rendent l’usage légitime utile à la société, avantageux à la république2, et qui la fixent et la restreignent
entre des limites ; car l’homme ne peut ni ne doit se donner entièrement et sans réserve à un autre homme,
parce qu’il a un maître supérieur au-dessus de tout, à qui il appartient tout entier. C’est Dieu dont le
pouvoir est toujours immédiat sur la créature, maître aussi jaloux qu’absolu, qui ne perd jamais de ses
droits et ne les communique point. Il permet pour le bien commun et le maintien de la société que les
hommes établissent entre eux un ordre de subordination, qu’ils obéissent à l’un d’eux ; mais il veut que ce
soit par raison et avec mesure, et non pas aveuglément et sans réserve, afin que la créature ne s’arroge pas
les droits du créateur. […]
Denis DIDEROT (1713-1784), Encyclopédie, article « Autorité politique » (extrait).

 AUTEUR : Denis Diderot (1713-1784) est un des philosophes des Lumières à l’origine et
directeur de l’Encyclopédie. Il a élaboré le drame au théâtre. Il a été condamné par le parlement pour
impiété. Il a écrit : Le rêve de d’Alembert, Lettres sur les aveugles et Paradoxe sur le comédien entre
autres.
 ŒUVRE : L’Encyclopédie est un ouvrage de 28 volumes dans lequel est rassemblé toutes les
idées nouvelles du 18ème Siècle . Les hommes les plus compétents dans chaque domaine y on
travaillé dont ses fondateurs : Diderot et d’Alembert mais aussi Holbach, Rousseau ou Voltaire. Le
but de L’Encyclopédie est de permettre à l’homme de se libérer des préjugés, de l’autorité et des peurs
diverses.
 EXTRAIT : C’est un article qui conteste, s’interroge sur la notion d’autorité et qui met en cause la
monarchie absolue de droit divin en France. Le texte est bâti comme une démonstration, très logique,
il part de la notion d’autorité pour en arriver à une critique du pouvoir royal

Ligne 1 à 8 : définitions des différentes autorités : autorité paternelle : naturelle

: autres autorités : non naturelles

Ligne 9 à 13 : autorité par la force.

Ligne 14 à 16 : transition entre l’autorité par la force et celle par le consentement


Ligne 17 à 34 : autorité par le consentement des peuples

EXPLICATION LINEAIRE

1er paragraphe Lignes 1 à 8

Ligne 1 à 5 :La notion d’autorité n’appartient pas à la nature, ton très affirmatif voir péremptoire du texte
: " aucun homme ", " chaque homme a le droit "Ligne 2, " toute autre autorité " Ligne 5. La répétition du
mot droit Lignes 1 et 2 souligne l’idée que l’autorité n’est pas naturelle. Il y a une marque de concession
dans cette affirmation " si la nature (...) paternelle " Lignes 1,2 et 3. Cependant cette autorité a des limites
: " mais " Ligne 4, " bornes " Ligne 5, " elle finirait aussitôt que " Ligne 5. L’emploi de " quelques "
Ligne 3 minimise l’importance de cette autorité : Diderot pense en effet que l’autorité naturelle n’existe
pas.

Ligne 5 à 8 : Il est question de l’autorité non naturelle qui est de deux sortes :

la violence et la force

le consentement du peuple

Le ton est toujours péremptoire avec le subjonctif à valeur d’ordre : " qu’on examine bien " Ligne 5 "
toujours ".

2éme paragraphe : Lignes 9 à 14

L’autorité par la violence : champ de la violence " violence ", " force ", " les plus forts ". Mise en
évidence d’un rapport de force entre l’individu qui domine tous les autres et ceux qui sont dominés : "
celui qui " s’oppose à " ceux qui ", " ces divers ", " ils "

Pour Diderot cette autorité est contestable : " usurpation " Ligne 9, " joug " (poids) Ligne 11, " n’est
qu’une.. et ne dure autant que " pouvoir arbitraire, illégitime qui renvoit au mot " tyran " Ligne 16. Cette
autorité a des limites qui découlent de sa nature même, c'est à dire de la force Ligne 10 à 13. Le rapport
de force peut s’inverser. Diderot évoque une situation de renversement politique.

3ème paragraphe : Ligne 14 à 16

Ces lignes servent de transition : termes qui renvoient à l’autorité par la violence : " violence " Ligne 14, "
ceux qu’on a soumis " Ligne 15, " tyrans " Ligne 16 ; termes qui renvoient à l’autorité par consentement :
" change de nature " Ligne 14, " consentement exprès " Ligne 15, " prince " Ligne 16

On passe d’un pouvoir autoritaire à un pouvoir accepté par le peuple.

4ème paragraphe : Ligne 17 à fin

Ce dernier paragraphe est consacré à l’autorité avec le consentement des peuples. Cette autorité est celle à
laquelle Diderot donne le plus d’importance.

Ligne 17 à 21 : l’origine de cette autorité est le consentement Ligne 17. Il faut qu‘elle ait une certaine
utilité : " utile à la société ", " avantageux à la République " Ligne 18 (République = chose publique) et
des limites pour qu’elle puisse fonctionner " qui la fixent et la restreignent entre des limites " Lignes 18-
19, " nécessairement " Ligne 17 indique que ces conditions sont indispensables. " car l’homme... " Lignes
19 et 21 sert à justifier les limites de l’autorité par le consentement : justification de type religieux : on ne
peut pas se soumettre entièrement à un autre homme car seul Dieu a le droit de recevoir cette soumission
Ligne 19 : " se donner entièrement et sans réserve " est une attitude que condamne Diderot dans cette
forme d’autorité. Logique du passage avec l’expression : " suppose nécessairement " Ligne 17, " car "
Ligne 19 et " parce que " Ligne 20

Ligne 22 à 26 : Ce passage définit l’attitude qu’on doit avoir face à Dieu d’une part et face à l’homme qui
exerce l’autorité d’autre part.

DIEU : " pouvoir toujours absolu sur la créature ", " maître absolu toujours " Ligne 21, " ne perd jamais
ses droits " Ligne 22, " aveuglément et sans réserve " Ligne 24

L’antithèse Ligne 25 montre cette séparation entre la créature et le créateur.

HOMME QUI A AUTORITE : " par raison et avec mesure " Ligne 24, " véritable crime de l’idolâtrie "
Ligne 26, la soumission totale à une personne est en fait une injure faite à Dieu.

A la Ligne 22 " il permet (...) mais " est une concession : Dieu autorise l’autorité parmi les hommes à
condition qu’elle ne se transforme pas en idolâtrie.

Ligne 26 à 34 : Ce dernier passage est l’illustration par l’exemple de l’idolâtrie que condamne Diderot :
attitude physique (prosternation) qu’on a devant le roi qui est une double condamnation : l’attitude devrait
être réservée à Dieu et pas à l’homme, de plus, même pour lui, Dieu ne souhaite pas ces signes de
soumission (sans importance) : " n’est qu’une cérémonie extérieure " Ligne 27. Ici Diderot critique très
fortement l’étiquette (le cérémonial) de la cour qui était en vigueur à l’époque. " Un anglais... " Ligne 31
est une nouvelle concession avec une allusion à l’Angleterre. Le fait de fléchir le genou en Angleterre
devant le roi est acceptable parce que ce n’est qu’un " cérémonial " Ligne 31 ce qui s’oppose au crime de
" lèse majesté " Ligne 34 en France. Le régime monarchique parlementaire qui protège les individus est
prise en exemple.
CONCLUSION :

C'est un article de L’Encyclopédie qui définit l’autorité mais qui est aussi une critique de la monarchie
absolue de droits divins. Le postulat de Diderot est que l’autorité n’est pas naturelle. Il existe deux sortes
d’autorité : celle qui émane de la force et celle qui émane du consentement. C’est à cette dernière que
Diderot donne le plus d’importance de manière à critiquer la monarchie française de l’époque. Cet article
est construit très rigoureusement.

CONCLUSION :

C'est un article de L’Encyclopédie qui définit l’autorité mais qui est aussi une critique de la monarchie
absolue de droits divins. Le postulat de Diderot est que l’autorité n’est pas naturelle. Il existe deux sortes
d’autorité : celle qui émane de la force et celle qui émane du consentement. C’est à cette dernière que
Diderot donne le plus d’importance de manière à critiquer la monarchie française de l’époque. Cet article
est construit très rigoureusement.

d) Admiration pour le régime parlementaire et le "despotisme éclairé"


- Voltaire, Lettres philosophiques (1734),
- Exemples de Voltaire avec Frédéric II de Prusse et de Diderot avec Catherine de Russie.

e) mais refus d'une société égalitaire. Tous se défient du peuple. Pour Montesquieu, "le bas-peuple est
le tyran le plus insolent qu'on puisse avoir". Voltaire ne prêche pas pour l'instruction populaire. Même
Rousseau prend bien soin de distinguer le "peuple" proprement dit de la "populace" ignorante et
croupissant dans le vice.

4) Domaine de la réflexion sur l'homme : Au XVII° siècle, on cherche l'homme universel, éternel et on
cherche à l'expliquer par des dogmes théologiques. Au XVIII°, on ne se pose plus la question de la nature
éternelle de l'homme, car on est convaincu que cette nature est relative ; c'est là une conception très
moderne.
5) Domaine de la religion : Du déisme enthousiaste de Rousseau au matérialisme athée de Diderot, les
opinions sont variées. En général, les philosophes refusent la religion révélée, les dogmes, la
métaphysique ; tous sont anticléricaux et opposés au fanatisme : on prône une religion naturelle, un
déisme, qui fasse l'union de tous les hommes au lieu de les diviser (Montesquieu, Voltaire, d'Alembert,
Condorcet).
Mais la raison reconnaît le plus souvent un ordre du monde où Dieu est présent.

a) J.J.Rousseau,
"Conscience, conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix, guide assuré d'un être ignorant
et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l'homme semblable à Dieu
; c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi
qui m'élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m'égarer d'erreurs en erreurs à l'aide d'un
entendement sans règle, et d'une raison sans principe."

b) Voltaire,
déisme et fraternité

croyance évangélique et rationaliste :


"Il est vrai, j'ai raillé Saint-Médard et la bulle, / Mais j'ai sur la nature encor quelque scrupule.
L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer / Que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger."

 .
Prière à Dieu
Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de
tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans
l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi
qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en
pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités.
Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que
nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les
petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages
insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos
opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales
devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne
soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein
midi pour te célébrer supporte ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui
couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui
disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un
jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit
est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce
monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil
de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais
qu’il n’y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s’enorgueillir.

Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la
tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force
le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous
haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons
l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu'à la
Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

Voltaire, Traité sur la tolérance, Chapitre XXIII

INTRODUCTION :
 AUTEUR : Voltaire (1694-1778) exilé en Angleterre (censure). Un des philosophes les plus actifs
de son temps. Il a fréquenté Frédérique 2, roi de Prusse. Ses cendres sont au Panthéon. Principales
oeuvres : Zadig, Candide, Micromégas pour les contes philosophiques et des essais tels que essai sur
les moeurs.
 ŒUVRE : Traité sur la tolérance est un essai philosophique (1763) où Voltaire développe ses
idées contre le fanatisme et la persécution.
EXTRAIT : C’est un extrait du chapitre 23. Ce texte présente la forme d’une prière en apparence, sachant
que Voltaire est déiste cette prière est détournée et s’adresse, non pas à Dieu, mais aux hommes. C’est un
appel à la tolérance entre les hommes. Il montre que les pratiques ou les rites religieux sont des sources de
conflits entre les hommes. Voltaire appelle à la liberté dans la pratique de la religion ce qui rejoint son
déisme

STRUCTURE DU TEXTE

Ligne 1 à 5 : adresse de la prière à Dieu (en apparence)


Ligne 5 à 19 : contenu de la prière avec énumération des différents aspects de l’intolérance en matière de
religion.

Ligne 20 à 25 : appel aux hommes pour la paix et pour une union entre eux.

1/ Une apparence de prière

2/ Une prière adressée aux hommes

3/ Un manifeste déisme

EXPLICATION THEMATIQUE DU TEXTE

1/ Une apparence de prière

a/ Présence de Dieu

- L’adresse de la prière à Dieu (ligne 1).

- Il est interpellé à la 2ème personne du singulier : " à toi " Ligne 1, " tu " Ligne 5, " devant toi " Ligne 10,
" t’aimer " Ligne 13, " t’adorer " Ligne 14, " tu sais " Ligne 18

- L’insistance sur les qualités de Dieu et sur l’infériorité des Hommes :

- Qualités de Dieu : son universalité : " Dieu de ... " Ligne 1, sa générosité absolue : " à toi qui a
tout donné " Ligne 3, sa puissance et son éternité " dont les décrets sont immuables comme
éternels "Lignes 4 et 5, sa bonté : " ta bonté " Ligne 24, son omniscience : " car tu sais "Ligne 18.
- Infériorité des hommes : la faiblesse : " faibles créatures " Ligne 2, " imperceptibles " Ligne 2, "
nos débiles corps " Ligne 7, " les atomes appelés hommes " Ligne 10.

b/ Une demande

- Demande constante d’aide : " fais que " Ligne 6, " daigne " à l’impératif. L’expression " fais que " est
suivie de plusieurs subordonnées au subjonctif Lignes 6 à 18

- Le contenu de la demande est propre à une prière puisqu’il renvoie à la compréhension, la tolérance
entre les hommes et la fin des guerres.

- Demande humble qui souligne la soumission de l’homme devant dieu : " " s’il est permis à de faibles
créatures " Ligne 2, " oser te demander " Ligne 3, " daigne " Ligne 4

- Le rythme du texte est très ample : phrases très longues : Ligne 1 à 5, Ligne 5 à 19, Ligne 22 à 25.

2/ Une prière en réalité adressée aux hommes.

- Il y a une contradiction apparente entre ce destinataire et la forme qu’il a donné à ce texte. En réalité ce
texte n’est pas une vraie prière qui s’adresse à Dieu, c’est en fait un texte qui s’adresse aux hommes.
- Evolution dans l’utilisation des pronoms : de " toi ", " tu ", " te " (l’adresse à Dieu) Ligne 1 à 5 à " nos ",
" nous " Ligne 5 à 19 qu’on voit apparaître à plusieurs reprises (Voltaire et les autres hommes) puis "
ceux qui " Lignes 12 et 15 et enfin dans la dernière partie du texte, il ne s’adresse plus qu’aux hommes : "
puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères " Ligne 20 : La présence de Dieu disparaît peu à
peu pour laisser place aux hommes.

- Il y a une insistance sur le comportement destructeur des hommes. Voltaire s’adresse donc bien aux
hommes à qui ces comportements sont spécifiques : " haine et persécution " Ligne 11, " haïr et égorger "
Ligne 5 et 6, " nos lois imparfaites " Ligne 8 , " vanité " Ligne 18, " la tyrannie " Ligne 20, " le
brigandage " Ligne 21, " les fléaux de la guerre " Ligne 22

- L’adresse qui est faite à Dieu est peu marquée il n’y a que 2 verbes " daigne " et " fais que ". En
revanche le contenu de la demande est très importante : " Ligne 5 à 19 " mais comme " fais que " n’est
pas répété, on a l’impression que la demande est faite directement aux hommes à travers " ceux que " etc.

- L’expression : " tu ne nous a point donné un cœur pour nous haïr et des mains pour nous égorger "
écarte la responsabilité divine pour mettre en avant celle des hommes. Dieu a donné des capacités aux
hommes mais eux les utilisent mal.

Voltaire met en cause dans le texte la responsabilité des hommes dans leur manière de vivre entre eux.

3/ Un manifeste déiste.

a/ La condamnation des rites.

- La critique de la hiérarchie religieuse est très présente L ; 15 à 17. Voltaire reproche aux ecclésiastiques
leur goût pour l’argent, la fortune et le pouvoir. Il utilise des périphrases pour désigner cette hiérarchie
ecclésiastiques qui sont une manière de la refuser : " ceux dont l’habit est teint en violet " (évêques), "
ceux dont l’habit est teint en rouge " (cardinaux), " quelques fragments arrondis d’un certain métal "
(argent), " un jargon formé d’une ancienne langue " (latin) Lignes 14-15. Ces périphrases de plus,
dévalorisent ce dont il est question : " jargon " Ligne 14, " petit tas de la boue " Ligne 16.

- Critique des rites multiples qui sont source de conflits entre les hommes : " ...lumière... "Ligne 11, "
...leur robe....manteau .... " Ligne 17 à 19, différence de vêtement, de langue Lignes 14 et 15. Toutes ces
différences sont susceptibles d’engendrer la haine entre les hommes. L’idée de division et d’intolérance
entre les hommes est mise en relief est mise en relief par la structure des phrases : " ceux qui.... ceux qui...
" " haïr " Ligne 5 renvoie à l’intolérance ainsi que " haine et persécution "Ligne11, " supportent " Ligne
12 et " ne détestent pas " Ligne 13. Selon Voltaire ces différences de rites sont insignifiantes : " ces petites
nuances " Ligne 10

b/ Un Dieu indéterminé et universel

Voltaire ne s’adresse pas au Dieu des chrétiens mais au Dieu de tous les hommes : " Dieu de tous les
êtres, de tous les mondes, de tous les temps " Lignes 1 et 2 répétition de tous., " à bénir également en
1000 langages divers " Ligne 24.

c/ Une exigence de compréhension entre les hommes

Pour Voltaire, la compréhension et la tolérance se situe sur un plan religieux mais aussi sur un plan social
: " brigandage " Ligne 21, " guerre " Ligne 22. Voltaire voudrait que les hommes aboutissent à : " la paix
" Ligne 23, " ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas " Ligne 22, " que nous nous aidions
mutuellement " Ligne 6, " qu’ils ne détestent pas " Ligne 13, " qu’ils supportent " Ligne 12
Le déisme de Voltaire c’est la reconnaissance d’une divinité, le fait qu’il faut dépasser des pratiques
rituelles, le rejet de toutes les formes de violence aussi bien sur le plan religieux que social.

CONCLUSION :

Le texte a la forme d’une prière en apparence, en réalité le contenu de la demande du texte est adressé aux
hommes. Le but de Voltaire est d’amener les hommes à une tolérance mutuelle sur le plan religieux et
social. C’est un appel à la fraternité entre les hommes. C’est un texte qui développe également le déisme
de Voltaire : condamnation de la hiérarchie et des pratiques religieuses qui divisent les hommes.

Ce texte fait parti du combat qu’ont mené au 18ème Siècle les philosophes pour la tolérance et le respect
entre les hommes.

c) Diderot, Lettre sur les Aveugles à l'usage de ceux qui voient : selon Diderot, tout s'explique par la
matière et le mouvement, toutes nos idées morales et métaphysiques viennent de nos sens et tout serait
donc relatif.

d) L'Encyclopédie et les attaques contre la religion :

6) Domaine de la morale : Selon les philosophes, il faut tourner le dos à l'austérité chrétienne,
considérée comme anti-naturelle, faire confiance aux instincts et aux grandes passions qui sont des
ressorts de l'activité humaine
juger un homme sur sa valeur sociale plutôt que sur sa valeur personnelle.

B. Mais une critique qui s'impose des limites.

Les philosophes refusent de s'attarder sur des discussions jugées vaines car touchant au spéculatif ou au
théorique. Ils refusent le dilettantisme ou le scepticisme auxquels l'emploi abusif d'une raison sans
entraves pourraient aboutir ; s'il va trop loin, l'esprit critique peut, en effet, mener à la paralysie complète
devant l'action.

Or, il y a dans la philosophie du XVIII° un certain optimisme de base, représenté par le mythe du
bon sauvage. Sans croire que l'homme est parfait, on est persuadé qu'il n'a pas un fond méchant.

"Le présent est affreux, s'il n'est point d'avenir, / Si la nuit du tombeau détruit l'être qui pense. /
Un jour tout sera bien, voilà notre espérance ; / Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion."

2) Diderot, Pensées sur l'interprétation de la nature, : Diderot tient à la collaboration entre les savants et
les techniciens ; il y voit le moyen d'améliorer le destin de l'homme

3) Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité (1755)


: le sauvage est bon et heureux ;
- (blâme de l'argent) : les méfaits de la propriété.

C. Cette attitude critique fait de la littérature "une arme plus qu'un art"
(Le mot est de Mme de Staël).
La littérature est engagée dans la vie quotidienne, elle est surtout jugée en fonction de son utilité,
de son efficacité pratique. Les notions d'absolu et de poésie seront tout à fait méconnues au XVIII° siècle.
Les philosophes adaptent les genres littéraires existants comme les lettres ou les essais, et en
créent de nouveaux comme les dictionnaires : cf. L'Encyclopédie,
Le français était au XVIII° siècle la langue de l'élite internationale, ce qui a largement contribué à la
diffusion des idées des philosophes en Europe

III DES OBJECTIFS : DE GRANDES REVENDICATIONS HUMAINES

Aucune doctrine générale n'est arrêtée, mais il y a accord autour d'objectifs de combat allant dans le sens
de l'HUMANITE et de la FRATERNITÉ.

1) Combat pour l'égalité et...contre l'arrogance des nobles, les inégalités sociales, les privilèges

En 1715 : Un demi-million de nobles pour ...25 millions de "sujets". Tous les philosophes contestent la
hiérarchie de trois ordres héritée du Moyen Age (noblesse, clergé, tiers état)

2) Combat pour la justice et ... contre l'arbitraire

Emergence de la notion de "droit" ; transformation du mot "sujet" en "citoyen"

3) Combat pour le respect de la personne humaine

a) Droit de la personne à être reconnue au-delà des différences superficielles de pays , de race.

- Marivaux, L'île des esclaves (1725),


- Montesquieu, De l'esprit de Lois, (1748), sur l'esclavage de nègres

- Voltaire, Candide (1759), chap. 19, le nègre de Surinam

- Diderot, Supplément au voyage de Bougainville (1772)

b) droit à la liberté d'expression

- Sur la censure au XVIII°,


- Sur les persécutions contre les écrivains au XVIII°,
4) Combat contre toute violence inutile, en particulier la guerre et la torture

- Voltaire, Dictionnaire philosophique portatif,


art. "Guerre",
art. "Torture"
- Voltaire, Candide, chap. 3.

5) Combat pour la tolérance, surtout religieuse et ...lutte sans merci contre les fanatismes

A la suite d'une confiance aveugle en ses principes, le fanatique veut obliger les autres à les accepter
(surtout dans le domaine religieux).
- Voltaire,

Lettre à Damilaville du 1° mars 1765 :"Je sais avec quelle fureur le fanatisme s'élève contre la
philosophie. Elle a deux filles qu'il voudrait faire périr comme Calas, ce sont la Vérité et la Tolérance :
tandis que la philosophie ne veut que désarmer les enfants du fanatisme, le Mensonge et la Persécution."

Candide, chap. 6, Comment on fit un bel autodafé


CONCLUSION

On appelle "philosophes du XVIII°" des écrivains qui ont mis, avec optimisme, leur plume au service
des "Lumières" contre l'obscurantisme, en particulier dans les domaines de la morale, de la politique et
de la religion.
Préoccupés du bonheur et du bien-être des hommes, soucieux de s'inscrire dans la réalité de leur
temps, ils se sont battus avec les armes de l'observation scientifique, de l'esprit critique, de la logique
et de la Raison contre les préjugés, les explications surnaturelles, les superstitions et toutes les
formes de fanatisme, d'oppression et de persécution, ont œuvré, par l'audace de leurs écrits, pour le
progrès de la civilisation, la liberté de conscience et d'expression et ont défendu les valeurs
d'humanité, d'égalité et de fraternité.

La lumière est "ce qui éclaire l'esprit dans la recherche de la vérité"

"Prolongeant l'idéal humaniste de la Renaissance, les Lumières nous ont appris que la source de la vérité
n'est ni unique ni divine, mais qu'elle peut être conquise par une multitude d'êtres pensants.".
On peut parler, à leur propos, d' "humanisme", au sens moderne : le bonheur de l'homme est la fin ultime.
Malgré la Raison, la sensibilité, déjà sous-jacente avec Voltaire, éclate avec Rousseau et Diderot.
La littérature "philosophique" du XVIII° siècle est donc un bel exemple de littérature engagée :
caractérisée par la contestation, la littérature d'idées du XVIII° siècle l'est aussi par un souci d'adaptation
des genres à une efficacité polémique. Très diversifiée, elle témoigne d'une réflexion et du souci
d'innover en réformant et au nom de l'homme, non plus sujet soumis, mais bientôt citoyen responsable.

Dissertation:
« Philosopher, c’est secouer le joug de l’autorité »
En quoi cette définition éclaire-t-elle sur la littérature des lumières ?

Analyse du sujet.

 Philosopher : raisonner, argumenter sur un sujet quel q’il soit. Réflexion sur l’homme, la nature,
la société, la morale, la liberté, etc.

La réflexion se fonde sur la raison, l’observation de faits et non plus sur la croyance : on se libère donc de
la religion.
Idée de droit naturel : les hommes sont par nature libres et égaux. Un gouvernement éclairé doit trouver
une organisation sociale et politique qui garantisse ces droits. Le fanatisme est opposé aux droits
naturels : confiance aveugle en ses propres croyances et désir de les imposer.
Au XVIII° siècle, le philosophe s’intéresse au développement de la société, aux respect des droits
naturels, à l’idée de bonheur.
Attachement au savoir et à sa diffusion : Encyclopédie.
 Joug : contrainte matérielle ou morale.
Œuvres censurées :
L’Encyclopédie.
Manon Lescaut, Abbé Prévost : histoire d’un amour impossible entre Manon et le chevalier des Grieux,
prêt à entrer en religion. La fatalité d’acharne contre eux et le lecteur est amené à condamner l’ordre
social et à revendiquer le droit au bonheur. Le roman fait scandale pour cause de violence contre le
pouvoir et absence de moralité.

 Autorité : celui ou ceux qui commandent, prennent les décisions, se font obéïr. Au XVIII°, il y a
deux formes d’autorité remarquables : l’autorité politique et l’autorité religieuse, autrement dit, le
roi et l’église.
 Autorité religieuse : gouverne les âmes, la morale, dit le bien et le mal, la façon de mener sa vie,
dicte aussi ce qui est vrai, et ce qui ne l’est pas.
Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J'ai vu des
convulsionnaires (6) qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s'échauffaient par degrés malgré
eux: leurs yeux s'enflammaient, leurs membres tremblaient, la fureur défigurait leur visage, et ils
auraient tués quiconque les eût contredits.
Il n'y a d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique, qui, répandu de
proche en proche, adoucit enfin les moeurs des hommes, et qui prévient les accès du mal; car, dès que
ce mal fait des progrès, il faut fuir, et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent
pas contre la peste des âmes; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en
poison dans les cerveaux infectés.
Voltaire, Fanatisme in Dictionnaire philosophique portatif.

Cf De l’horrible danger de la lecture, Voltaire.


1759 : le pape Clément II condamne l’Encyclopédie. Le conseil du roi ordonne l’arrêt de la
publication. Elle se poursuivra de manière plus ou moins clandestine.
 Autorité politique : la monarchie absolue. Imposée ou résultat d’un accord entre l’autorité et
un peuple.
Cf Diderot, article Autorité politique.
L’autorité politique s’appuie sur la religion : roi de droit divin. Ceci est remis en cause par les
philosophes.
Nous considérons comme absolues ces vérités:
que les hommes sont créés égaux, qu'ils sont investis par leur Créateur de certains droits
inaliénables parmi lesquels figurent la vie, la liberté et l'aspiration au bonheur;
que, pour assurer ces droits, sont institués parmi les hommes des gouvernements qui tiennent
leurs justes pouvoirs du consentement de ceux qu'ils gouvernent;
que, chaque fois qu'une forme de pouvoir va à l'encontre de ces fins humaines, les peuples ont
le droit de changer ou d'abolir leur gouvernement, d'instituer un nouveau régime sur des bases et
avec une constitution telles que leur sécurité et leur bonheur futurs semblent assurés avec le plus
de probabilité.
Thomas Jefferson, Déclaration d’indépendance des états unis d’amérique.1776

L’autorité politique doit être un instrument dont le rôle est de garantir la liberté, l’égalité et le droit
au bonheur. D’autre part, un gouvernement qui ne remplirait pas ce rôle doit être aboli : remise en
cause du « joug » de l’autorité.
 En quoi : Pourquoi, dans quelle mesure, de quelle manière peut-on dire que…
 Problématique : Il convient de montrer dans quelle mesure les philosophes des lumières
se libèrent des autorités politiques et religieuses, en d’autre termes, de quelle manière ils
remettent en cause la perte de liberté imposée par la religion et la monarchie.

II . Les idées.

Rechercher dans vos connaissances, des idées qui vous permettront de répondre à la question
posée. Exemples précis.

III . Le plan.

 le plan dialectique vous demande d'examiner un jugement, d'en montrer les limites
voire de le réfuter. C'est le fameux plan "thèse/antithèse/synthèse".
On reconnaît aussi ce type de plan au libellé du sujet : les questions "Pensez-vous
que...", "Dans quelle mesure peut-on dire que...", "Partagez-vous ce point de vue"
etc. sont sans ambiguïté. Il vous faudra confronter les thèses avant d'exprimer
nettement un avis personnel.
 le plan thématique s'apparente au contraire à l'exposé. Il ne vous demande pas de
discuter une thèse mais plutôt de l'étayer, c'est-à-dire de fournir un certain nombre
d'arguments organisés capables de valider le jugement ou de répondre à la question
qu'on vous a proposés.
On reconnaît ce type de plan au libellé du sujet : ce peut être une question ("Qu'est-
ce qu'un grand roman ?"; "Qu'est-ce qu'une œuvre engagée ?") ou une invitation à
vérifier une affirmation ("En quoi a-t-on raison d'affirmer que...", "Montrez,
commentez ou justifiez ceci...").

I . Dans quelle mesure la philosophie des lumière constitue une remise en cause de l’autorité ?

1) Remise en cause de l’obscurantisme religieux.

 La religion qui refuse l’accès des gens à la réflexion et les maintien en son pouvoir grâce à
la superstition ex : Voltaire, De l’horrible danger de la lecture.
 La religion comme source de violence et d’intolérance Ex : Voltaire, article Fanatisme

2) Remise en cause de l’absolutisme.

 Définition de l’absolutisme (voir texte de Louis XV dans les textes complémentaires.)


 Montesquieu critique Louis XIV dans la lettre XXVII des Lettres Persanes et nous montre
un tyran égocentrique.
 Diderot repense les fondements de l’autorité et prône la mise en place d’une autorité
résultant d’un contrat entre un peuple et un gouvernement : il pose ici les premiers
principes de la démocratie. Article Autorité politique. Encyclopédie.

3) Remise en cause d’un ordre social fondé sur l’absence de liberté.

 La censure d’œuvres telles que l’Encyclopédie, Manon Lescaut.


 Absence de liberté de la presse.
 Les lettres de cachet : Voltaire, Diderot….

Article Encyclopédie.

II . Dans quelle mesure, les philosophes des lumières restent-ils attachés à une certaine
tradition ?

1) Le théïsme.

 La présence d’un dieu universel : article Théïsme, dictionnaire philosophique portatif.


Voltaire
 Un dieu universel et le détachement des religions : garantie de paix. Cf Prière à dieu dans
Traité sur la tolérance.

2) La nécessité d’une autorité politique et le refus du désordre.

 Montesquieu, L’esprit des lois : contre l’anarchie. Favorable à une monarchie


constitutionnelle.

III . Vers un nouvel ordre social.

1) La diffusion du savoir et liberté intellectuelle.


2) Un ordre social rationnel, garantissant la liberté et l’égalité : un pouvoir éclairé.
3) Une aspiration légitime au bonheur.
IV . Rédiger une introduction.

1) Introduire le sujet :
2) Recopier la citation (ou la résumer si elle est trop longue.).
3) L’analyser rapidement pour obtenir une problématique.
4) Annonce du plan.

(1)Les philosophes des lumières s’intéressent particulièrement à l’homme, ses droits naturels.
Ils s’appuient sur la raison afin de repenser les fondements de la morale et de la société. Ainsi
vont-ils remettre en cause l’organisation et les valeurs sociales, politiques et religieuses du XVIII°
siècle.

(2) Madame du Deffand déclare alors que « philosopher, c’est secouer le joug de l’autorité. »,
(3) c’est-à-dire, se libérer des contraintes imposées par les deux principales formes d’autorité de
cette époque : la monarchie et la religion. On peut donc se demander s’il est possible de définir la
philosophie des lumières de cette façon.

Thèse (4) Tout d’abord, nous verrons dans quelle


mesure cette affirmation se révèle juste,

puis, dans quelle mesure les philosophes des


Limites de la thèse lumières restent attachés à des « traditions ».

Dépassement du problème. et enfin, nous nous demanderons si les


philosophes dépassent cette simple remise en
question pour proposer une nouvelle organisation
sociale.

V. Rédiger une conclusion.

1) Bilan de votre réflexion ;


2) Elargissement de votre réflexion à un autre constat, un autre problème.

La définition de Madame du Deffand est quelque peu réductrice. Certes, les philosophes des
lumières remettent en cause les autorités politiques et religieuses telles qu’elles sont envisagées dans la
société du XVIII° siècle, mais, ils en acceptent les bienfaits. On voit qu’ils tiennent, pour la plupart, à la
croyance en un dieu, et qu’ils ne rejettent pas la nécessité d’une autorité politique. On peut dire qu’ils
s’opposent bien davantage aux abus de l’autorité qu’à l’autorité elle-même. D’autre part, ils ne remettent
pas en cause certains principes de la société, uniquement dans le but d’affirmer une liberté intellectuelle,
mais dans celui de permettre une évolution de l’humanité vers une société qui respecterait ses droits
fondamentaux et lui garantirait la recherche du bonheur.
Les philosophes des lumières ont poussé les gens à réfléchir à ce que doit être une société
favorable à l’épanouissement de tous. Ils sont donc à la source des idées révolutionnaires de 1789. Leur
influence sur la société française restera longtemps et permettra son évolution vers une véritable
démocratie, soucieuse du respect de chacun.
Philosophe

Les autres hommes sont déterminés à agir sans sentir, ni connaître les causes qui les font mouvoir,
sans même songer qu’il y en ait. Le philosophe au contraire démêle les causes autant qu’il est en lui, et
souvent même les prévient, et se livre à elles avec connaissance : c’est une horloge qui se monte, pour
ainsi dire, quelquefois elle-même. Ainsi il évite les objets qui peuvent lui causer des sentiments qui ne
conviennent ni au bien-être, ni à l’être raisonnable, et cherche ceux qui peuvent exciter en lui des
affections convenables à l’état où il se trouve. La raison est à l’égard du philosophe ce que la grâce est à
l’égard du chrétien. La grâce détermine le chrétien à agir ; la raison détermine le philosophe.
Les autres hommes sont emportés par leurs passions, sans que les actions qu’ils font soient
précédées de la réflexion ; ce sont des hommes qui marchent dans les ténèbres ; au lieu que le philosophe,
dans ses passions mêmes, n’agit qu’après la réflexion ; il marche la nuit, mais il est précédé d’un
flambeau.
La vérité n’est pas pour le philosophe une maîtresse qui corrompe son imagination, et qu’il croie
trouver partout ; il se contente de la pouvoir démêler où il peut l’apercevoir ; il ne la confond point
avec la vraisemblance ; il prend pour vrai ce qui est vrai, pour faux ce qui est faux, pour douteux ce
qui est douteux, et pour vraisemblance ce qui n’est que vraisemblance. Il fait plus, et c’est ici une
grande perfection du philosophe, c’est que lorsqu’il n’a point de motif pour juger, il sait demeurer
indéterminé. (…)
L’homme n’est pas un monstre qui ne doive vivre que dans les abîmes de la mer ou dans le fond d’une
forêt : les seules nécessités de la vie lui rendent le commerce des autres nécessaire ; et dans quelque
état où il puisse se trouver, ses besoins et le bien-être l’engagent à vivre en société. Ainsi la raison
exige de lui qu’il connaisse, qu’il étudie, et qu’il travaille à acquérir les qualités sociables.
Notre philosophe ne se croit pas en exil dans ce monde ; il ne se croit pas en pays ennemi ; il veut
jouir en sage économe des biens que la nature lui offre ; il veut trouver du plaisir avec les autres ; et
pour en trouver, il faut en faire : ainsi il cherche à convenir à ceux avec qui le hasard ou son choix le
font vivre ; et il trouve en même temps ce qui lui convient : c’est un honnête homme qui veut plaire et
se rendre utile.
(…)Dumarsais, Encyclopédie, article « Philosophe ».

Article « Philosophe »
Il est signé par Dumarsais, grammairien et philosophe qui a contribué à de nombreux articles sur le
langage.

Questions posées aux élèves :

1. A qui s’oppose le philosophe ? Relevez toutes les occurrences de ces oppositions.


2. Sur quels aspects le philosophe est-il différent ?
3. Relevez et interprétez quelques images qui mettent en évidence cette différence du philosophe.
4. Relevez une image du texte qui illustre la métaphore du « siècle des lumières ».
5. Les qualités du philosophe concernent deux grands aspects de la vie : lesquels ?
6. Quel est le degré d’implication du rédacteur de cet article ? quel mot vous paraît mieux convenir :
subjectivité ou objectivité?
7. Peut-on dire que l’image donnée du philosophe est une image humaine ?

Type de plan possible


Intro :
 Présenter brièvement l’Encyclopédie. Indiquer que cet article, comme certains articles de
l’Encyclopédie, est signé (ici Dumarsais, grammairien et philosophe lui-même).
 Lire le texte
 Donner l’image type du philosophe (rêveur, qui ne s’intéresse qu’aux idées, à l’abstrait, et non à la
vie, au concret…) et annoncer votre plan par rapport à cette image préconçue.
1. D’emblée le texte semble opposer le philosophe aux autres hommes :
 on remarque en effet de nombreuses structures d’opposition faisant ressortir cette différence (les
relever)
 Même dans le troisième paragraphe l’opposition est implicitement marquée par la forme négative.

2. Domaines dans lequel le philosophe s’oppose aux autres hommes (étudier au fur et à mesure les
effets par lesquels l’auteur fait ressentir cette différence)
Autres hommes Philosophe
Ne sentent pas les causes Homme de la logique (horloge)
Ignorance Homme du savoir
Hommes de l’excès Homme du juste milieu
Déterminisme( religion) Liberté (raison)
Hommes de passions Homme de raison
Règne de l’imagination Règne de la vérité

3. Pourtant, le philosophe est quelqu’un qui est intégré à notre monde


 C’est un être social
 C’est un homme qui veut profiter de la vie (sans excès)
 C’est un honnête homme

Conclusion : le philosophe n’apparaît pas comme un être inhumain. Ce n’est pas un être froid et solitaire
qui domine les autres du haut de ses pensées abstraites. Le philosophe, tel qu’il est défini ici, c’est tout
homme ordinaire qui ne se laisserait pas emporter par ses passions, ni son imagination, qui n’aurait pas de
désirs extravagants, qui refuserait d’admettre ce que sa raison refuse, et qui vivrait aimablement dans la
compagnie de ses semblables, en profitant sans excès des biens matériels mis à sa disposition. Cf.
Voltaire