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Les géomembranes

S. Lambert

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S. Lambert. Les géomembranes. Ingénieries - E A T, IRSTEA édition 1997, p. 27 - p. 40. �hal-
00461031�

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Les géomembranes

Les géomembranes
Stéphane Lambert

L
a protection de l’environnement, et tout Encadré 1
particulièrement de la ressource en eau, Géomembrane
nécessite souvent la mise en œuvre d’étan-
chéités fiables pour différentes sortes Selon la norme NF P 84 500, une géomembrane
d’ouvrages. Qu’il s’agisse d’ouvrages de stockage est un « produit adapté au génie civil, mince,
d’eau ou de déchets, cette étanchéité est de plus souple, continu, étanche au liquide même sous
en plus fréquemment assurée par des produits sim- les sollicitations en service ».
ples : les géomembranes.
Pourtant, derrière cette apparente simplicité, les Dans le premier cas on utilise des bitumes oxydés
géomembranes sont des produits très techniques ou des « bitumes polymères » (mélange homogène
possédant des caractéristiques particulières, que ni de bitume et de polymère). Le produit final résulte
le prescripteur, ni l’utilisateur ne doivent ignorer. de l’enduction-imprégnation d’un géotextile
Depuis les premières applications dans les années (produit textile synthétique sous forme de nappe
soixante pour des ouvrages hydrauliques, l’utili- perméable) par du bitume. De plus, une armature
sation des géomembranes s’est progressivement (fibre synthétique de renforcement) apporte la
étendue à la protection de l’environnement. Tou- résistance mécanique nécessaire.
tes applications confondues, 7 millions de mètres Dans le second cas, les polymères entrant dans la
carrés de géomembranes sont posés en France cha- composition des géomembranes sont des thermo-
que année. Ce chiffre croît d’environ 10 % par plastiques, des élastomères ou des alliages élasto-
an. Aux niveaux européen et mondial, la tendance mères-thermoplastiques.
est aussi à la croissance. La concurrence est donc
forte sur ce marché, ce qui se traduit par une baisse Les résines thermoplastiques les plus utilisées sont
du coût et par une diversification de l’offre. le polyéthylène haute densité (PEHD), le polypro-
pylène (PP), le polychlorure de vinyle (PVC) et le
Mais qu’est-ce qu’une polyéthylène basse densité (PEBD). Le principal
géomembrane ? polymère élastomère utilisé comme résine de base
Ingénieries – EAT – N°11
septembre 1997 – p 27 à 40

Par définition (encadré 1), les géomembranes sont pour la fabrication des géomembranes est l’éthy-
des produits utilisés en génie civil dont la seule fonc- lène-propylène-diène-monomère (EPDM).
tion est l’étanchéité. Elles sont manufacturées, avec Les alliages élastomères thermoplastiques, très peu
une épaisseur minimale de 1 mm et conditionnées utilisés, sont principalement des alliages à base de
en rouleau de largeur supérieure à 1,5 m. PVC. Stéphane
Lambert
Les grandes familles Ces produits synthétiques sont constitués de ré- Cemagref
de géomembranes et produits sine de base pour 30 à 98 %, d’adjuvants tels Parc de Tourvoie
apparentés qu’anti-UV ou anti-oxydants, et parfois d’un autre BP 121
Les géomembranes peuvent être bitumineuses ou polymère. Plusieurs polymères peuvent donc ren- 92185 Antony
de synthèse. trer dans la composition d’une géomembrane. Cedex
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Ainsi, les géomembranes en polypropylène sont sant, et l’état viscoélastique, où il est souple (état
constituées de 20 à 30 % de PP et de 70 à 80 % « normal ») et dont la valeur doit rester inférieure
d’EPR (en anglais : ethylen propylen rubber) ; ce à -30 °C ; d’autre part, la température de fusion
deuxième élément donne leur souplesse aux des géomembranes, qui est la limite entre l’état
géomembranes en PP. viscoélastique et l’état fondu, doit être bien supé-
rieure à 80 °C.
Le regroupement des géomembranes par familles
est donc délicat. Cette difficulté de classification La différence de composition entre les différents
va en grandissant, puisque des polymères de plus types de géomembranes se traduit par des com-
en plus divers sont utilisés comme résine de base. portements mécaniques très variables. Cette va-
La distinction entre une géomembrane PEHD et riabilité est bien mise en évidence par l’essai de
une géomembrane PEBD pose aussi un problème, traction unidirectionnelle (figure 1). L’épaisseur
car la limite entre les deux matériaux n’est pas initiale de la géomembrane n’a pas d’influence sur
unanimement fixée. Ces deux types de géomem- l’allure des courbes.
branes sont des produits à base de PE, et seul leur
mode de fabrication diffère, ce qui influe sur leur La résistance maximale à la traction unidirection-
cristallinité et par conséquent sur leur densité. nelle varie de 8 à 50 kN/m (les éprouvettes utili-
sées pour l’essai ont une largeur de 25 mm). Pour
Certains produits sont dits apparentés aux une géomembrane en PEHD, la valeur maximale
géomembranes parce qu’ils ont la même fonction de cette résistance est mobilisée pour une faible
d’étanchéité. C’est le cas des géosynthétiques déformation, alors que pour une géomembrane
bentonitiques (bentonite confinée par deux en PP, cette même valeur de résistance maximale
géotextiles) et des géofilms bentonitiques (argile est obtenue à la rupture.
collée sur un film synthétique).
Excepté pour les géomembranes en PVC-P (PVC
Les ordres de grandeur des plastifié) et bitumineuses, la rupture apparaît pour
caractéristiques des géomembranes un taux très élevé de déformation (> 400 %). La
La caractéristique fonctionnelle principale des rupture de la géomembrane bitumineuse corres-
géomembranes est l’étanchéité. Cependant, les pond en fait à la rupture de sa structure de ren-
caractéristiques dimensionnelles et les caractéris- forcement.
tiques mécaniques doivent aussi être prises en On constate qu’à faible déformation les géomem-
compte pour la conception et le dimensionnement branes en PEHD sont les plus « raides » et, à l’in-
des ouvrages. verse, les géomembranes en EPDM sont très
Les géomembranes ont une épaisseur comprise déformables.
entre 1 et 5 mm, et une largeur variant de 1,5 à Pour les géomembranes thermoplastiques, ces
4 mètres voire plus. différences de comportement reflètent surtout la
L’étanchéité du matériau est définie par mesure variabilité du taux de cristallinité. La géomembrane
de la perméabilité. La perméabilité aux liquides PEHD est cristalline (l’arrangement des macro-
peut être caractérisée par une mesure de flux entre molécules est principalement sous forme de cris-
les deux faces de la géomembrane sous gradient tal), alors que la géomembrane en PVC-P est
de pression. Pour l’ensemble des géomembranes amorphe (absence d’ordre moléculaire).
actuellement commercialisées, ce flux est inférieur
On exploite les essais de traction pour donner les
à 10-5 m3/m2.jour sous 100 kPa. Pour 1 mètre
valeurs de résistance et de déformation à la rup-
d’argile de perméabilité 10-9 m/s, et pour la même
ture et à la résistance maximale. Une grande im-
différence de pression, ce flux est de l’ordre de
portance est généralement accordée à la résistance
10-3 m3/m2.jour.
à la rupture qui ne peut être considérée comme
Les géomembranes sont assez stables pour les tem- une valeur fondamentale de dimensionnement,
pératures rencontrées sur sites. Deux températu- mais plutôt comme une caractéristique représen-
res extrêmes sont prises en compte : d’une part la tative d’un état extrême de déformation ne cor-
température de transition vitreuse, qui est la li- respondant pas aux conditions normales et
mite entre l’état vitreux, où le matériau est cas- optimales d’utilisation.
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Les géomembranes

Force F(N)
1200
+
1000 + : rupture
F
PEHD 2 MM
800

600 + L
PP 1,2 mm
+
400
PVC-P 1,2 mm F
200 + EPDM 1 mm
 Figure 1. –
+ Bitume élastomère 4 mm Essais de traction
0
0 100 200 300 400 500 600 700 unidirectionnelle sur
Déformation dL/L % différents types
de géomembranes.

A propos des déformations limites, précisons : concepteur doit en effet surtout prendre en compte
– qu'une géomembrane déformée à plus de 100 % le comportement du matériau pour obtenir un
est plus sensible aux perforations et qu'elle peut bon niveau de fiabilité avec des déformations de
ne plus être étanche ; l'odre de 15 à 20 %.
– qu'une géomembrane soumise à une contrainte Les avantages et les inconvénients
de traction peut être sensible aux effets de « stress- des différents types de géomembranes
cracking » (fissuration sous contrainte), qui, sous Ce paragraphe présente quelques points spécifi-
certaines conditions chimiques, entraîne sa fissu- ques à chacune des familles de géomembranes les
ration ; plus utilisées : géomembranes bitumineuses,
– qu'une grande déformation est donc fortement PEHD, PP, PVC et EPDM. Il n’est pas exhaustif,
défavorable à l’efficacité et à la durabilité des et ne constitue qu’un outil très partiel d’aide à la
géomembranes. Elles doivent donc être le moins sélection d’une géomembrane. En effet, chaque
possible sollicitées en traction. produit possède ses propres spécificités dues à sa
composition et il est nécessaire d’effectuer l’ana-
Les possibilités de déformation indiquées par les lyse au regard des sollicitations particulières ren-
caractéristiques à la traction ne doivent pas inter- contrées sur l’ouvrage.
venir dans le dimensionnement.
Dans la mesure où l’étanchéité des produits ac-
Toutefois, bien que la géomembrane ne soit pas à
tuellement commercialisés n’est pas à remettre en
considérer comme un élément renforçant ou ré-
cause, la comparaison des différents types de
sistant, même sur les talus, elle doit pouvoir se
géomembrane s’appuie essentiellement sur la ré-
déformer dans des proportions raisonnables sans
sistance physico-chimique et sur la facilité de mise
rompre, pour suivre d’éventuels tassements du
en œuvre.
support par exemple. C’est sur ce point que l’es-
sai de traction apporte des informations utiles au La résistance physico-chimique est le premier critère
dimensionnement puisqu’il permet d’orienter le à prendre en compte pour s’assurer de l’adéquation
concepteur vers tel ou tel type de matériau, en fonc- entre la géomembrane et l’application. Cette
tion d’éléments tels que la stabilité du support. Le résistance peut être estimée par rapport à l’action
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des rayons ultra-violets (UV) (dégradation mal à un contact prolongé avec les hydrocarbures
photolytique), de l’air (oxydation), de la tempé- et sont sensibles à la perforation racinaire.
rature (dégradation thermique) et de liquides tels
Les géomembranes élastomères (EPDM) sont fa-
que l’eau, les hydrocarbures, les acides... C’est ce
ciles à mettre en œuvre du fait de leur souplesse,
dernier facteur qui est le plus discriminant. Toutes
mais leur raccordement est plutôt difficile. On
les géomembranes sont sensibles, peu ou prou, à
manque de données sur leur résistance chimique
l’action des UV et de la température.
et leur durabilité par absence de retour d’expé-
La facilité de mise en œuvre a des répercussions riences en France.
sur le coût de l’ouvrage et sur la qualité de la pose.
Les géomembranes en PVC-P sont très faciles à
En effet, une mise en œuvre facile limite le risque
mettre en œuvre et à réparer. Elles sont d’une ré-
de défauts tels que plis ou surtensions de la
sistance chimique limitée et se rigidifient par perte
géomembrane. Elle dépend de la souplesse, du
de leurs plastifiants, en présence de solvants basi-
coefficient de dilatation thermique et de l’apti-
ques ou acides et d’hydrocarbures. Leur formula-
tude au raccordement entre lés du matériau. Les
tion chimique a une grande influence sur leur
géomembranes, une fois déroulées, se présentent
résistance, notamment face aux UV. Les proprié-
sous forme de bandes - les lés - que l’on raccorde
tés physico-chimiques des géomembranes à base
soit par soudage, soit par collage.
de PVC peuvent donc être très variables.
Une grande souplesse facilite le déroulement, la
Les géomembranes en PEHD présentent une
pose et la mise en forme le cas échéant.
grande inertie vis-à-vis de nombreux produits
Un faible coefficient de dilatation thermique li- chimiques. Elles sont cependant délicates à met-
mite d’une part les déformations dimensionnel- tre en œuvre du fait de leur manque de souplesse,
les de la géomembrane, qui nuisent au bon de leur forte dilatation thermique, et de la techni-
raccordement des lés, et, d’autre part, le risque cité de leur raccordement. De plus, elles sont sen-
d’arrachement des ancrages dû au retrait du ma- sibles au phénomène de fissuration sous contrainte.
tériau lors de son refroidissement.
Les géomembranes en PP sont d’utilisation assez
Enfin, un matériau présentant une bonne apti- récente et les recherches sur les propriétés de ce
tude au raccordement facilitera la réalisation de matériau sont en cours. Selon leurs producteurs,
joints résistants et étanches. elles doivent allier la souplesse des géomembranes
PVC-P et la bonne résistance chimique des
Les géomembranes bitumineuses (tableau 1) sont
géomembranes PEHD. La souplesse de ces pro-
faciles à mettre en œuvre, elles présentent une
duits est confirmée, mais leur résistance chimi-
bonne soudabilité. Par contre, elles résistent assez
que fait encore l’objet d’études.
Tableau 1. – Principaux points forts et points faibles des différents L’analyse de ces points propres à chaque famille de
types de géomembranes.  matériaux (encadré 2) permet de faire la distinc-
tion entre, d’une part, des matériaux faciles à met-
Points forts Points faibles tre en œuvre mais ayant des faiblesses au niveau de
l’inertie chimique (PVC-P, EPDM, bitumineuses)
Bitumineuse Soudabilité Sensibilité aux hydrocarbures et, d’autre part, des produits relativement inertes
et à la perforation racinaire chimiquement mais de mise en œuvre difficile
(PEHD). Ces propriétés définissent des domaines
EPDM Souplesse Durabilité ? d’utilisation pour les différents types de géo-
PVC-P Mise en œuvre Sensibilité aux hydrocarbures membranes. Ainsi, lorsque les contraintes d’ordre
et aux solvants acides chimique sont très importantes, on préférera une
ou basiques géomembrane en PEHD. Si ce n’est le cas, ou si
l’ouvrage nécessite un matériau souple, on préferera
PEHD Inertie chimique Mise en œuvre délicate un des autres types de matériaux.

PP Souplesse A l'étude Actuellement, la durabilité des géomembranes ne


Inertie chimique ? peut être appréciée précisément. En effet, les étu-

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Les géomembranes

des sur ce point essentiel sont longues et on man- Encadré 2


que pour l’instant de résultats d’expériences, en
laboratoire ou sur site. Le vieillissement des Comment faire la distinction
géomembranes est dû à de nombreux facteurs tels entre les différents types
que la température, le rayonnement UV, les pro- de géomembranes ?
duits chimiques, et les contraintes mécaniques, Les géomembranes en PVC-P sont souples et généralement de couleur
dont la prédominance varie considérablement d’un gris clair. Les géomembranes bitumineuses sont les plus épaisses (jus-
ouvrage à l’autre. De plus, la résistance à ces agents qu’à 5 mm d’épaisseur), une des deux faces est recouverte d’un film
vieillissants dépend à la fois du type et de la for- fin transparent et l’autre est très souvent sablée.
mulation (composition en polymères, adjuvants...) Les géomembranes en EPDM sont facilement identifiables puisqu’elles
de la géomembrane. Or, les producteurs amélio- ont souvent le même aspect que les chambres à air. Elles sont grises et
rent sans cesse leurs produits et font fréquemment souples. Les géomembranes en PEHD et les géomembranes en PP sont
évoluer cette formulation. toutes deux noires, leurs surfaces sont lisses. Les géomembranes en
PEHD sont les plus rigides.
Il est donc très délicat de faire une généralisation
par type de produit quant à la durée de vie des
géomembranes. Certes de nombreux ouvrages, hy-
drauliques notamment, ne présentent pas de si- Les dispositifs d’étanchéité
gnes de désordre après plus de 20 ans de service. par géomembrane
Quelques-uns ont cependant mis en évidence un La fonction étanchéité de la géomembrane doit
vieillissement inattendu de la géomembrane. Ces être assurée et préservée quel que soit l’environ-
contre-références sont principalement dues à la nement dans lequel celle-ci se trouve et quelles
mauvaise utilisation (adéquation ou mise en œuvre) que soient les sollicitations auxquelles elle est ex-
des géomembranes. posée. Aussi, pour de nombreux ouvrages, on est
amené à mettre en œuvre des dispositifs d’étan-
Le comportement mécanique n’a pas été retenu
chéité par géomembrane (DEG). Un DEG est
comme élément de comparaison, bien que ce soit
constitué d’une structure d’étanchéité, éventuel-
un critère prépondérant, pour les ouvrages
lement d’une structure support et d’une structure
hydrauliques notamment. En pratique, l'influence
de protection (figure 2).
de certaines contraintes mécaniques peut être
considérablement diminuée en prenant les L’influence des contraintes mécaniques extérieures
précautions adéquates. sur l’élément principal, c’est-à-dire la géomem-

 Figure 2. –
Composants et
exemple de DEG
(dispositif
Un ou plusieurs éléments Structure de d'étanchéité par
de protection protection géomembrane).
(éventuelle)
Une géomembrane Géotextile de protection
ou deux géomembranes avec Structure
couche drainante intermédiaire d'étanchéité Géomembrane
Géoespaceur
- couche support (drain synthétique)
- dispositif de drainage éventuel Structure support
(éventuelle) Géotextile de filtration
- couche de forme

Fond de forme Sol

Composants d'un DEG Exemple de DEG sous


un matériau granulaire

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Division DEAN, Cemagref Antony

ration du milieu environnant. Quelle que soit l’ap-


plication, l’objectif est de contenir, et la propriété
recherchée est l’étanchéité.
A
Les premières applications de géomembranes
datent des années soixante où elles étaient alors
principalement utilisées dans des ouvrages
B hydrauliques, en substitution ou en complément
de l’argile ou du béton, pour le transport et le
stockage de l’eau. Leur utilisation s’est progres-
sivement étendue à la protection de l’environ-
nement. Cette tendance s’est accrue à la faveur
C des contraintes législatives et notamment du fait
des arrêtés ministériels relatifs aux centres de
stockage de déchets de classe 1 et de classe 2 (sur
le point de paraître), et de la loi sur l’eau.
Les dernières applications originales pour les
 Photo 1. – géomembranes ne sont que des extensions des
brane, est limitée par utilisation de géotextiles dans
Exemple de DEG : pratiques habituelles à des ouvrages jusque là non
les structures de support et de protection (photo 1).
géomembrane concernés. Cette progression fait bien évidemment
Le géotextile peut avoir pour fonction de protéger
bitumineuse (A) évoluer les techniques relatives à l’utilisation des
la géomembrane de l’endommagement dû à des
protégée du sol géomembranes.
matériaux naturels de forte granulométrie ou à
support (C) par un
géotextile (B). des déchets. De plus, sur les talus de centres de
Quelques ouvrages classiques
stockage de déchets, le géotextile, ou produit
ou originaux
apparenté, peut être choisi pour reprendre les efforts
Les géomembranes et l’eau (photo 2)
de traction qui auraient pu être transmis à la
géomembrane par le frottement induit par le Les géomembranes peuvent assurer l’étanchéité de
tassement des déchets. nombreux ouvrages de stockage ou de transport
d’eau, potable ou non. Elles peuvent aussi être
utilisées pour restaurer l’étanchéité d’anciens ouvra-
Des ouvrages
ges en béton.
et des géomembranes
Aujourd’hui, on n’hésite plus à confier aux
Photo 2. – Canal du Les géomembranes ont leur utilité dans tout géomembranes la fonction d’étanchéité d’ouvra-
Niffer.  ouvrage nécessitant un confinement ou une sépa-
ges à hauts risques tels que les barrages (C.I.G.B.,
1991).
Les exemples de barrages pour l’irrigation, l’ali-
mentation en eau potable, l’hydroélectricité ou de
voies navigables étanchés par géomembranes sont
nombreux. La pose de celles-ci peut être prévue
dès la conception comme unique élément d’étan-
chéité, ou, pour des ouvrages plus anciens, elle
peut être ajoutée en étanchéité secondaire. Dans
ce dernier cas, la géomembrane a surtout pour
fonction de protéger le béton et d’y stopper les
D. Croissant, Cemagref Antony

circulations d’eau. Les contraintes, sur ces ouvra-


ges, sont mécaniques (action des vagues et du vent,
contraintes aux points de fixation et sur les an-
gles, poinçonnement par des objets flottants, mise
en traction due à la baisse de la température) et
physico-chimiques (exposition aux UV, extraction
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Les géomembranes

par l’eau des composés solubles de la géomem- Les géomembranes et la pollution


brane) (Girard, 1997). d’origine routière
Afin de préserver la ressource en eau dans des zones
L’utilisation des géomembranes sur les barrages a
sensibles, on peut être amené à limiter les effets
incontestablement favorisé leur développement.
de la pollution d’origine routière. Une géomem-
C’est dans ce domaine que le Cemagref a acquis
brane peut ainsi servir à étancher des fossés col-
ses premières compétences en matière d’étanchéité
lectant les eaux de ruissellement de routes à fort
artificielle.
trafic ou des terres agricoles. Ces eaux, chargées
A Rogliano, en Corse, une géomembrane a été en polluants (huiles, métaux, essence...) sont en-
mise en œuvre pour assurer le stockage hivernal suite rejetées hors de la zone sensible. C’est la so-
des eaux de ruissellement pour leur utilisation en lution qui a été retenue à Metz, où 2,8 km de fossés
eau potable pendant la saison touristique (Tisse- ont été traités pour isoler les eaux polluées de la
rand, 1995). L’originalité de cet ouvrage réside dans nappe (Ventolini, 1995).
l’emploi d’une géomembrane en couverture flot-
Lorsque la contrainte (en termes de conséquen-
tante qui, tout en suivant les variations de niveau
ces d’une pollution) est encore plus importante,
d’eau du réservoir, assure une protection optimale
on peut choisir d’étancher entièrement la route.
contre toutes sortes de pollutions. Cette techni-
C’est le cas de la déviation de Vittel, où une
que constitue une alternative économiquement
géomembrane assure l’étanchéité sous la chaussée
judicieuse aux réservoirs en béton. De plus,
et dans les fossés (Caquel, 1997).
l’ouvrage ne nécessite pas d’entretien particulier.
Plus classiquement, on utilise des géomembranes
Les stations de sport d’hiver s’équipent largement
pour les bassins de rétention routiers qui présen-
en matériel d’enneigement artificiel. Cette tech-
tent des sollicitations d’ordre physico-chimique
nique fortement consommatrice d’eau implique
très importantes.
de disposer de réservoirs d’altitude. Ces bassins
sont soumis à des conditions climatiques particu-
lièrement sévères (présence de glace, forte ampli-
Les géomembranes et les déchets
tude thermique, rayonnement UV) et à des cycles
solides (photo 3)
Les géomembranes sont largement utilisées pour
de vidange-remplissage plus fréquents que pour
le stockage de déchets solides. Leur utilisation dans
les ouvrages hydrauliques classiques. D’autre part,
ce domaine se généralise, que ce soit pour des dé-
ces bassins sont des ouvrages sensibles puisqu’ils
chets industriels ou pour des déchets ménagers. Photo 3. – Alvéoles
sont souvent réalisés sur pente avec constitution
En France, leurs premières utilisations dans ce de Centre de
d’un remblai avec les matériaux du site, de granu-
domaine datent du début des années 1980. Elles Stockage de
lométrie élevée. Les contraintes à prendre en
sont réglementairement imposées dans les centres Déchets (CSD). 
compte pour un tel ouvrage sont donc nombreu-
ses. Les conséquences d’éventuels désordres sont
limitées du point de vue de l’environnement, mais
se traduisent surtout par une perte financière im-
portante pour l’exploitant.
En zone forestière méridionale, les géomembranes
peuvent aussi entrer dans la constitution des ré-
servoirs d’eau pour la lutte contre les incendies.
Les géomembranes sont depuis longtemps utili-
sées pour assurer l’étanchéité des tunnels. Elles
protègent le béton de l’eau et empêchent les ve-
D. Croissant, Cemagref Antony

nues d’eau dans le tunnel. Les techniques de pose


et les géomembranes utilisées sont particulières à
ce type d’ouvrages. En effet, les étapes de la mise
en œuvre et les sollicitations, physico-chimiques
et mécaniques, sont très différentes de celles des
autres ouvrages.
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de stockage de déchets de classe 1, et le seront aussi de l’agressivité chimique des liquides contenus et
pour les centres de stockage de déchets de classe 2. les contraintes d’exploitation telles que le brassage
Sur ces ouvrages, elles sont utilisées à la fois en ou la reprise des effluents (Duquennoi, 1996). Les
fond et en couverture (CFGG, 1995). effluents de toutes les industries sont concernés
(chimique, pétrolière, agro-alimentaire...) de même
En fond, elles participent en tant que barrière « ac-
que les effluents d’élevage. Pour cette dernière
tive » en complément de la barrière « passive »
application, la taille des ouvrages reste modeste
formée par l’argile du site, ou remaniée. La bar-
mais l’utilisation de géomembranes s’avère être
rière active est en fait constituée d’un dispositif
particulièrement judicieuse, techniquement et
drainant posé sur une géomembrane. Ce disposi-
économiquement.
tif est dit actif car il est en permanence en contact
avec les « jus » de la décharge - les lixiviats - qui y Des lagunes de grandes dimensions servant au
circulent. L’intérêt de l’association drainage- traitement des effluents peuvent aussi être étan-
géomembrane est que chaque élément participe chées par géomembrane.
au bon fonctionnement de l’autre élément. Ainsi,
le dispositif drainant limite la charge hydraulique Quelques conclusions
sur la géomembrane et évite les surpressions loca- sur ces ouvrages
lisées, limitant de ce fait l’intensité d’éventuelles Le recours aux géomembranes présente donc de
fuites. La géomembrane, quant à elle, améliore le gros avantages lorsque :
drainage des lixiviats, et facilite leur évacuation
– les surfaces à étancher sont très grandes (stoc-
du massif de déchets puis leur traitement.
kage de déchets) ;
En couverture, la géomembrane sert d’une part – les exigences en matière d’étanchéité sont strictes ;
au captage des biogaz issus de la décomposition
– l’accès au chantier est limité ou difficile (bassin
des déchets et, d’autre part, à limiter les infiltra-
d’altitude) ;
tions d’eaux météoriques et, par conséquent, le
volume de lixiviats à traiter. – les délais de réalisation sont courts ;
– il n’existe pas à proximité de gisement de maté-
Les géomembranes et les effluents riau minéral d’étanchéité (argile) ;
(photo 4) – le sous-sol est susceptible de se tasser et qu’il
La plupart des effluents ou déchets liquides peu- impose de disposer d’un bassin souple ;
vent être stockés dans un bassin étanché par une
– les contraintes climatiques sont sévères.
géomembrane adaptée. Ce type d’ouvrage suit les
Photo 4. – Bassin de mêmes principes techniques que les ouvrages hy- Par rapport aux ouvrages en béton, les ouvrages
sucrerie.  drauliques classiques, avec cependant la contrainte étanchés par géomembrane présentent une
meilleure résistance chimique, sont de mise en
œuvre plus facile, sont modifiables et sont moins
coûteux. De plus, la géomembrane n’est pas un
matériau poreux comme le béton et présente donc
une meilleure garantie face à la percolation des
polluants. Par ailleurs, le coût minimum d’une
géomembrane seule, fournie-posée sur un bassin,
est de 35 F à 50 F le m2, et pour un DEG com-
plexe, ce coût peut atteindre, sur certains ouvra-
ges, 500 F le m2. L’intérêt financier dépend donc
de la complexité du DEG retenu. Mais, dans de
Division DEAN, Cemagref Antony

nombreux de cas, les DEG constitueront une al-


ternative économique par rapport au béton.
Cet éventail de réalisations, fréquentes ou margi-
nales, exprime bien la diversité des ouvrages sus-
ceptibles d’être étanchés par géomembranes. Cette
variété introduit, de fait, une large gamme de

34
Les géomembranes

contraintes auxquelles la géomembrane est sus- Encadré 3


ceptible d’être exposée, et dont il faut tenir compte Les contraintes à prendre en compte
pour la conception de l’ouvrage. pour la conception d’un ouvrage étanché
par géomembrane
De la conception à la gestion
de l’ouvrage (photo 5) – Géologie, hydrologie et météorologie du site : nature du substratum,
Certains ouvrages sont sensibles dans la mesure venues d’eau, amplitude thermique, exposition aux UV, effet du vent ou
où leur ruine aurait des répercussions environ- des vagues ...
nementales ou financières graves. Pour ces ouvrages, – Exécution : géométrie, étapes de la mise en oeuvre, ancrage...
des précautions aux niveaux de la conception, de – Exploitation de l’ouvrage : consistance et agressivité (mécanique et
la construction puis de l’entretien doivent être prises chimique) du contenu, variations de niveau pour les bassins, entretien...
afin de limiter ce risque.
– Points singuliers : raccordements à des ouvrages en béton ou à des
Au niveau de la conception, le choix d’une tuyaux, support présentant un angle marqué ...
géomembrane doit se faire sur la base d’un cahier – Législation : décrets ministériels, arrêtés préfectoraux...
des charges très précis, renseigné sur toutes les
contraintes de l’ouvrage (encadré 3). Certaines de
ces contraintes sont très importantes et inhabi- de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation,
tuelles pour les ouvrages de génie civil. Le choix 1996). En effet, la loi sur l’eau contraint les éle-
du produit est crucial pour la longévité de l’ouvrage veurs à s’équiper de fosses étanches. L’application
car il n’existe pas de matériau réellement polyvalent. progressive de cette loi fait croître le nombre de
ces ouvrages étanchés par géomembrane.
La mise en œuvre des DEG doit être l’objet d’un
Ce genre d’ouvrage est de petite taille et, de ce
plan d’assurance qualité détaillé, précisant notam-
fait, est rarement l’objet d’une étude approfon-
ment les modalités de contrôle interne et externe.
die. Pourtant, un grand nombre des contraintes
La conformité au Cahier des Clauses Techniques
rencontrées sur les autres ouvrages s'y appliquent
Particulières (CCTP) des géosynthétiques utili-
et c’est en cela qu’il constitue un exemple intéres-
sés doit être établie (CFGG, 1995).
sant.
La mise en œuvre (pose et soudure) doit être ri-
Les contraintes à prendre en compte sont, d’une
goureusement contrôlée. En effet, le moindre
part, les contraintes classiques rencontrées pour Photo 5. – Mise en
défaut dans une soudure ou la moindre perfora-
tout bassin et, d’autre part, celles spécifiques au œuvre de la couche
tion dans la géomembrane a de très grosses réper- granulaire de
stockage des effluents.
cussions sur la qualité de l’ouvrage. Sur une drainage en fond
soudure, un défaut peut apparaître s'il y a eu dé- Les contraintes classiques pour les bassins sont la d'alvéole de CSD
térioration du matériau (par exemple par sur- stabilité des talus et de la géomembrane, les re- sur un géotextile. 
chauffe) ou s'il n’y pas un assemblage parfait entre
les deux lés.
La gestion et l’entretien de l’ouvrage doivent avoir
été prises en compte lors de la conception. Des
règles tenant compte des contraintes d’exploita-
tion auront été établies pour l’entretien de l’ouvrage.
En effet, les contraintes liées à l’exploitation de
l’ouvrage peuvent être prédominantes et s’avérer
être les plus nuisibles à sa longévité, comme celles
présentées dans l’exemple qui suit.
Division DEAN, Cemagref Antony

Un exemple particulier : un bassin


de stockage d’effluents d’élevage
Le recours aux géomembranes pour des fosses de
type « bateau » destinées au stockage d’effluents
d’élevage est de plus en plus fréquent (ministère

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montées d’eau souterraine ou de gaz - dues soit à et les gaz, relié à un système de collecteurs et
la remontée de la nappe phréatique, soit à la fer- d’évents, peut être disposé sous la géomembrane
mentation de matière organique - et l’agressivité (photo 6). Le fond de la fosse doit présenter une
du substratum. On compte aussi parmi ces con- pente de 2 à 3 % dans le sens transversal et de 1
traintes les problèmes de géométrie de l’ouvrage à 2 % dans le sens longitudinal. Par ailleurs,
et de raccordement à des ouvrages en béton. Enfin, l’emprise de l’ouvrage doit être clôturée pour
la géomembrane est exposée au rayonnement UV. prévenir les chutes accidentelles d’animaux ou
de personnes. Enfin, la géomembrane choisie doit
Les contraintes plus spécifiques tiennent au contenu présenter une bonne protection contre les UV et,
et à l’exploitation de l’ouvrage. Les effluents éventuellement, elle pourra être protégée par un
d’élevage sont chargés en particules et peuvent être écran de ce rayonnement.
chimiquement agressifs. Le déversement de ces
effluents dans la fosse peut se faire soit gravi- Pour répondre aux contraintes spécifiques de ges-
tairement soit par bennage, ce qui peut causer des tion du stockage, l’ouvrage doit comprendre un
dommages à la géomembrane. Un malaxage des poste fixe pour l’agitation mécanique des effluents,
effluents peut aussi être nécessaire, ce qui peut une aire d’aspiration comprenant un quai joux-
entraîner la déformation puis la rupture de la tant la fosse, permettant l’approche des engins, et
géomembrane par entraînement. De plus, les un puisard pour le pompage des effluents.
effluents sont régulièrement pompés et le bassin Un dispositif de protection de la géomembrane
doit être curé, ce qui nécessite de disposer d’un doit être prévu, tout particulièrement dans la zone
accès à la fosse et d’une protection particulière de de déversement. Il peut s’agir de matériaux natu-
la géomembrane. rels (sable, gravier...), de matériaux liés (béton armé,
Ces contraintes imposent un certain nombre de enrobés) ou de dalles ou pavés autobloquants se-
précautions et nécessitent des équipements parti- lon le cas.
culiers (figure 3). Par ailleurs, le site, bien qu’il soit clos, est dangereux
car les talus sont très glissants si la géomembrane
Comme pour tout bassin étanché par géomem-
n’est pas recouverte, aussi est-il toujours fortement
brane, la mise en œuvre nécessite une tranchée
recommandé, pour ne pas dire obligatoire,
d’ancrage en tête de talus. Cet ancrage empêche
d’équiper la fosse d'au moins une échelle de corde
le glissement de la géomembrane et permet à celle-
de sécurité.
ci de résister aux efforts de soulèvement causés
par la dépression due au vent. Selon l’agressivité Comme pour tout ouvrage, l’utilisation de
du fond de forme, il est nécessaire de protéger la géomembranes pour le stockage des effluents
géomembrane avec un géotextile ancré, lui aussi, d'élevage s’avère judicieuse, à condition de s'assurer
en tête de talus. Un autre géotextile, ou produit que le concepteur et le poseur connaissent et
apparenté, faisant office de drain pour les eaux respectent les règles de l'art.

Figure 3. – Coupe
type de bassin de Gaz
stockage d'effluents
 Évent Protection Quai
d'élevage.

Tranchée d'ancrage

Aire d'aspiration
DEG
Pente

36
Les géomembranes

Connaissance et reconnaissance
des géomembranes
La recherche, la normalisation, la certification et
les actions de communication sont les bases de la
connaissance des produits et de leur reconnais-
sance par les utilisateurs pour des applications
techniques.

Connaissance : la recherche

D. Croissant, Cemagref Antony


Le Cemagref participe activement à la recherche
française sur les géosynthétiques. Les études sur
les géomembranes et les DEG en laboratoire ou
sur site menées par le Cemagref portent sur :
– le dimensionnement des DEG (tenue sur pente
et résistance aux poinçonnements) ;
 Photo 6. – Apparition d'une bulle suite à la décomposition de matière
– le vieillissement des produits (connaissance des
mécanismes de vieillissement) ; organique sous la géomembrane en l'absence d'un dispositif de
drainage des gaz.
– le transfert d’eau et de polluants à travers les
barrières d’étanchéité ; bénéficier du retour d’expériences d’ouvrages en
service, le Cemagref de Bordeaux a procédé à une
– le colmatage des géotextiles ;
enquête sur l’utilisation des géosynthétiques pour
– le suivi d’ouvrages existants. l’équipement rural et l’environnement dans le Sud-
Ouest de la France (Poussin, 1995). Ce bilan a
Le Cemagref travaille depuis plusieurs années sur
permis de recueillir des renseignements sur la
les géomembranes. Son activité a principalement
durabilité des géosynthétiques.
été concentrée sur la recherche pré-normative. Ce
travail, qui a pour but l’établissement de normes Le Cemagref d’Antony poursuit cette action sur
d’essai, a apporté aux équipes une grande con- la base d’expertises d’ouvrages comportant des
naissance des matériaux. géomembranes.
Par ailleurs, le Cemagref étudie le comportement De plus, à la demande de l’ADEME (Agence De
des géomembranes dans des situations réelles sur l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), une
site ou en laboratoire, par simulation des contrain- enquête sur la résistance des géomembranes aux
tes environnementales. En effet, les conditions diverses sollicitations dans les centres de stockage
d’utilisation ont une très grande influence sur l’ef- de déchets est en cours. Des prélèvements d’échan-
ficacité et la longévité du matériau. Le comporte- tillons sur ouvrages anciens sont en projet.
ment et le vieillissement des géomembranes sont
Parallèlement à ces études de comportement sur
très dépendants de leur environnement et il est
site, des travaux sont menés en laboratoire pour
important d’en tenir compte dans la définition
étudier le comportement des géomembranes en
des axes de recherche.
reproduisant des conditions d’utilisation. Ainsi,
Au Cemagref, une des plus anciennes expéri- une étude sur l’endommagement localisé des DEG,
mentations sur site, toujours en cours, est le suivi de a récemment été menée pour le compte de
l’efficacité des dispositifs d’étanchéité par géomem- l’ADEME. Cette étude a permis de définir les es-
branes dans deux casiers du centre de stockage de sais pertinents pour le dimensionnement des DEG
déchets de Montreuil sur Barse (Aube). Cette étude en tenant compte des types d’endommagements
porte sur la comparaison du fonctionnement de deux localisés auxquels il est exposé (ADEME, 1997).
types d’étanchéité (Berroir, 1997).
Par ailleurs, le transfert de contaminants à travers
Dans l’optique de la connaissance du comporte- les géomembranes et l’évaluation des débits de fuite
ment in-situ des géomembranes et dans le but de à travers les étanchéités composites argile-

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géomembrane font l’objet de deux thèses de doc- Ils ont abouti à un système relativement complet
torat au Cemagref d’Antony. pour la définition et la caractérisation des pro-
duits et ont permis de mettre sur pied la certifica-
D’autres équipes mènent des recherches sur le
tion des géomembranes.
comportement et le vieillissement des géomem-
branes. De nombreuses expériences en laboratoire Les professionnels français sont très présents au
et sur site sont en cours en France comme en niveau européen pour défendre leur point de vue
Europe. Ces expériences font l’objet de présen- et leur savoir-faire.
tations au cours des « Rencontres » organisées par
le CFG (Comité Français des Géosynthétiques) ... et la certification
ou lors de journées régionales d’information ou Souhaitée par les producteurs de géomembranes,
de colloques internationaux. la certification est effective depuis le 1er juillet 1997.
Cette certification est gérée par l’ASQUAL
Mises à part les publications scientifiques dans des
(ASsociation pour la promotion de la QUALité
revues et congrès, les principales publications sur
dans la filière habillement-textile), association cer-
les géomembranes sont celles du CFG, du Co-
tifiant par ailleurs les géotextiles depuis 1990.
mité International des Grands Barrages - CIGB-
et de l’ADEME. Les fascicules du CFG (CFGG, La certification désignera des produits aux carac-
1991 et CFGG, 1995) fournissent de précieux élé- téristiques reconnues et de qualité constante. Ainsi,
ments pour l’utilisation des géosynthétiques. la résistance à la traction et la résistance au poin-
çonnement statique ont été retenus comme ca-
Les avancées de la recherche sont incontestables.
ractéristiques certifiées, en plus des caractéristiques
Pourtant, ces matériaux dont la fonction princi-
d’identification. L’étanchéité, la largeur et l’épais-
pale est l’étanchéité, de manière durable et face à
seur seront comparées à des minima requis. Les
toutes sortes de sollicitations, sont encore incom-
caractéristiques chimiques ne seront pas certifiées
plètement connus, en particulier sur le plan de
mais elles permettront à l’ASQUAL de s’assurer
l’estimation de leur durée de vie réelle.
de la constance du produit. Les résultats de ces
analyses chimiques resteront confidentiels, afin de
Reconnaissance : la normalisation ... préserver l’exclusivité industrielle des formulations.
La normalisation est la première étape pour la
La famille du produit (PEHD, PP, PVC-P...) an-
reconnaissance des géomembranes, car elle per-
noncée par le producteur ne sera pas certifiée du
met de fixer les termes utilisés et de définir les mé-
fait de la difficulté de classer par familles certains
thodes de caractérisation des produits. Sans cela,
produits, tels que les alliages polymères.
il ne peut y avoir de reconnaissance par les utilisa-
teurs. La certification ne signifiera pas qu’un produit est
bon pour étancher tel ou tel type d’ouvrage, mais
En France, les travaux de normalisation (encadré 4)
que les caractéristiques annoncées par le produc-
sur les géomembranes ont commencé en 1990.
teur ont été préalablement contrôlées.
Encadré 4 L’avantage de la certification pour le producteur
de géomembranes est indéniable puisque son pro-
La normalisation
duit verra ses caractéristiques impartialement vé-
Au niveau français, les travaux de normalisation sont menés par la
rifiées et sera reconnu comme respectant certains
commission « Géotextiles, géomembranes et produits apparentés » du critères minimaux.
Bureau de Normalisation des Sols et Routes (BNSR). Cette commission La certification apportera à l’utilisateur une
est composée d’un ensemble représentatif du milieu professionnel : meilleure lisibilité de l’offre, et donc une transpa-
producteurs, prescripteurs, laboratoires de recherche... Elle élabore les rence du marché, par présentation homogène de
normes relatives aux divers essais sur géomembranes. Déjà 14 normes l’information. En effet, les mêmes caractéristiques
ont été publiées, deux sont à l’enquête publique et trois sont en projet. seront présentées par toutes les fiches techniques
Au niveau européen la normalisation est instruite par un groupe de de produits certifiés. De plus, le nombre des con-
travail crée en 1992, commun à deux comités techniques du CEN trôles sur chantier, à réception du produit, sera
(Comité Européen de Normalisation), le TC 189 « Géotextiles et produits moindre pour un produit certifié puisque la cons-
apparentés » et le TC 254 « Feuilles souples d’étanchéité ». tance de ses caractéristiques sera garantie.
38
Les géomembranes

Par ailleurs, les poseurs de géomembranes vont être gestion et d’entretien des ouvrages qui en sont
qualifiés par le même organisme. Cette qualifica- pourvus. Comme pour tous les produits de cons-
tion s’impose, car la technique et le savoir-faire des truction, et probablement plus que pour la plu-
poseurs sont primordiaux pour la qualité de l’ouvrage part des produits de construction, la mise en œuvre
fini. Il sera possible dès septembre 1997 de quali- des géomembranes doit être l’objet de la plus grande
fier les poseurs, les chefs de chantiers et, plus tard, attention de la part des maîtres d’ouvrage et des
les entreprises de pose elles-mêmes. maîtres d’œuvre.
Cet ensemble certification-qualification assurera L’état des techniques liées à la réalisation de dis-
la qualité du produit et de sa mise en œuvre et positifs d’étanchéité par géomembrane bénéficie
limitera les contre-références dues à l’incompétence maintenant de plusieurs dizaines d’années d’ex-
et au manque de sérieux de certaines entreprises. périence, tant dans le domaine de la recherche que
Il contribuera ainsi à la reconnaissance des dans celui des applications, grâce à de nombreu-
géomembranes et de leurs utilisations. ses références d’ouvrages.
Pourtant les géomembranes sont loin de leur âge
Conclusion adulte. En effet, la maîtrise des aptitudes de cha-
que type de géomembrane n’est pas parfaite et l’es-
Les caractéristiques des géomembranes (faible timation de leur comportement à long terme dans
perméabilité, faible épaisseur, souplesse) en font les différentes conditions d’utilisation est assez
un produit de construction particulièrement adapté délicate. De gros efforts de recherche et d’étude
aux applications dans les domaines de l’hydrauli- sont encore à fournir pour faciliter la sélection et
que et de la prévention des pollutions, et notam- le dimensionnement des dispositifs d’étanchéité
ment dans les ouvrages de stockage de déchets. par géomembrane.
Le succès de cette technique repose sur l’adéqua- La recherche, d’une part, et le système normatif
tion de la géomembrane (ou du DEG) avec et de certification, d’autre part, devraient appor-
l’ouvrage réalisé, sur la qualité de sa mise en œuvre, ter encore beaucoup pour la connaissance et la
et sur la connaissance des bonnes pratiques de reconnaissance des géomembranes. □

Résumé Abstract
Depuis les premières applications dans les années Since the first applications in the 1960s,
soixante, l’utilisation des géomembranes s’est pro- geomembranes have become progressively more
gressivement étendue à la protection de l’envi- widely used for the protection of the environment.
ronnement. Ces produits d’apparence simple sont Some users and consultants are still not familiar
encore assez mal connus par certains utilisateurs with these apparently simple membranes. The aim
et prescripteurs. Cet article s’attache donc à faire of this paper is to make geomembranes more widely
connaître les géomembranes. Ainsi, dans un pre- known, describing first of all the various types and
mier temps, les différents types de géomembranes their characteristics. Secondly, examples of appli-
et leurs caractéristiques sont présentés. Dans un cations are given and, a particular case of use for
second temps, des exemples d’applications sont storing effluent from animal husbandry is described
évoqués, et un cas particulier d’utilisation pour le in greater detail. Finally, there is an outline of current
stockage d’effluents d’élevage est abordé plus en projects for research, standardisation and certifi-
détail. Enfin, sont présentés les travaux de recher- cation. These projects, in which Cemagref is actively
che, de normalisation et de certification actuelle- participating, are essential for understanding and
ment menés, nécessaires à la connaissance et à accepting geomembranes.
la reconnaissance des géomembranes, et auxquels
le Cemagref participe activement.

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n°11 - septembre1997

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