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Collège de la Sainte Famille 1ère secondaire (FE) Octobre 2013

Après avoir bien lu le texte, répondez aux questions avec des phrases personnelles. Pour le travail
de repérage (les relevés), n’indiquez pas seulement les numéros de lignes mais relevez aussi les
phrases.

La comédie des larmes


L'écrivain contemporain Michel Leiris (1901-1990) évoque l'un de ses comportements d'enfance
dans L'Âge d'homme, son premier récit autobiographique.

Il paraît que je fus un enfant docile1 et plutôt gai, mais je n'en


ai gardé presque aucun souvenir et, sans le témoignage formel de
ma mère et de ma sœur, je me refuserais aujourd'hui à y croire. Il
me semble que de très bonne heure, j'eus le goût des larmes, joint à
5. celui d'une certaine comédie. Il me serait à peu près impossible
de dire à quels moments, même très jeune, j'étais vraiment naturel,
à quels moments j'incarnais2 un personnage, non pas, en vérité,
dans un but concerté d'hypocrisie3 (car, bien souvent, j'étais ma
première dupe4) mais par besoin instinctif de me grandir aux yeux
10. des autres ou à mes propres yeux. Dans ma famille on
considérait volontiers la sensibilité comme une vertu particulière
aux membres de la maisonnée ; « de fines natures », des «
sensitifs », pensait-on plus ou moins de mes frères et de moi. Aussi
aimais-je m'abîmer dans les larmes ou encore m'adonner à des
15. manèges propres à mettre en évidence cette sensibilité, tels que
(ainsi que cela m'arriva une ou deux fois) me jeter exprès à bas de
mon lit, d'une part pour qu'on vînt tendrement m'y remettre,
d'autre part pour être plaint de mon sommeil agité. Lorsque mon
second frère — qui était réellement doué pour la musique — jouait
20. au violon quelque longue sonate ou autre morceau le plus
souvent classique, je me suggestionnais5 jusqu'à pleurer, afin de
m'acquérir une réputation de précoce6 mélomane7 et parce que je
trouvais dans ces pleurs une volupté8 positive. Vers le début de la
guerre, ma sœur — qu'on avait expédiée à Biarritz avec moi — me
25. trouva une nuit tout en larmes, la face enfouie dans l'oreiller ;
elle n'eut aucun mal à m'en faire avouer la raison : mon amour, à
moi qui n'avais guère plus de treize ans, pour une femme qui avait
dépassé la trentaine ; toutefois, dans ce cas particulier, je crois
pouvoir affirmer que mon chagrin n'était pas entièrement simulé
(feint / faux).
30. En règle générale, chaque fois que j'avais convenablement
sangloté, j'éprouvais un sentiment de calme, de détente, et je
m'endormais baigné d'une espèce d'euphorie9, comme si toutes
choses se trouvaient clarifiées et comme si (tant pis pour les grands
mots) mes pleurs m'avaient régénéré (10).

Michel LEIRIS, L'Âge d'homme, © Éditions Gallimard, 1939

Notes

1. Docile : qui obéit facilement.


2. Incarner : interpréter un personnage au point de s’identifier à lui.
3. Hypocrisie : manque de sincérité, qui conduit, par intérêt, à feindre d’avoir des qualités ou des
sentiments qu’on ne possède pas.
4. Dupe : personne qui se laisse facilement tromper
5. suggestionner : placer quelqu’un sous l’influence d’une suggestion (Influence exercée
sur notre comportement par une autre personne sans que nous en soyons conscients).
6. précoce : dont le développement physique ou intellectuel se produit plus tôt que chez les
autres enfants
7. mélomane : personne qui aime beaucoup la musique
8. volupté : vif plaisir des sens.
9. euphorie : sentiment de bien-être, associé à une confiance optimiste.
10. régénéré : revitaliser ; réactiver ; ranimer ; reconstituer (auquel on a redonné vie)

Questions de compréhension et d’analyse (23 pts)

I- Un récit autobiographique
1- En quoi cet extrait appartient-il au genre autobiographique ? Appuyez-vous sur le texte
et le hors-texte? (2pts)
- Le texte est autobiographique. L'auteur est le narrateur et le personnage principal dans ce récit
d'enfance. Dans la présentation du texte, il est mentionné « M ich el L eiris (1901-1990) évo qu e l'u n d e
ses co m p o rtem en ts d 'en fa n ce d a n s so n p rem ier récit a u to b io g ra p h iqu e » ; il u tilise le « Je »
2- Relevez et nommez les deux temps de base dans la première phrase. En quoi l’utilisation
de ces deux temps est-elle nécessaire ici ? (3pts)
- Il utilise le passé simple parce qu’il évoque un passé lointain ; le passé composé évoque
une action accomplie que l’on situe dans le passé mais qui n’est pas coupé du moment
pendant lequel on parle (le moment de l’énonciation).
Ces deux temps sont nécessaires dans ce texte parce que le narrateur parle d’un fait
lointain (complètement achevé), alors que le PC évoque un fait (le souvenir) passé mais qui
continue au moment où il parle.

3- Le pronom je dans le début du texte (lignes 1 à 5) renvoie-t-il au moment de l'écriture ou


au moment du souvenir ? Expliquez votre réponse. (2pts)
- Le « Je » renvoie au moment de l’écriture parce qu’il est lié au moment où il évoque son
passé (moment de l’évocation est le moment présent) ; il est directement lié au souvenir : (les
souvenirs reviennent dans le moment présent ; cette idée est appuyée par sa phrase « je me
refuserais aujourd'hui à y croire » et surtout l’adverbe de temps « aujourd'hui »

II- Le « goût des larmes »


1- Quels étaient les buts du narrateur en se jetant en bas de son lit ? Qu’est-ce que cela montre du
caractère du narrateur ? (3pts)
- pour qu'on vînt tendrement l'y remettre et aussi pour être plaint de son sommeil agité ;
cela montre qu’il est très sensible, mais surtout qu’il voulait montrer aux autres cette
sensibilité.
2- Pourquoi les expressions « de fines natures », des « sensitifs » (1ignes 12) sont-elles entre
guillemets ? Sont-elles présentées comme négatives ou positives (qualités ou défauts) ? Expliquez.
(3pts)
- C’est ce qui disent les membres de la famille qui sont cités ainsi (citer une personne ou un
autre suppose l’utilisation des guillemets) ; elles sont présentées comme positives, comme
des qualités ; le narrateur a déjà introduit cette idée en disant « Dans ma famille on
considérait volontiers la sensibilité comme une vertu particulière aux membres de la
maisonnée »
3- Expliquez l’expression « avoir le goût des larmes » (I. 4) D’après vous, pourquoi cette expression
est-elle inattendue ? (3pts)
- Aimer pleurer, expression inattendue parce que généralement les larmes marquent la
tristesse, le malheur…états d’âmes non appréciés et encore moins recherchés.
4- Citez et expliquez deux situations, de votre choix, dans lesquelles le narrateur utilise les larmes
(du début à la ligne 29). (3pts)
- Les situations : lorsque son frère jouait du violon ; lorsqu’à 13 ans il a aimé une femme
qui avait dépassé la trentaine ;
5- Dans le dernier paragraphe (lignes 30 à la fin), quelle valeur ont les larmes pour le narrateur ?
Relevez le mot qui résume cette valeur. (2pts)
- les larmes lui procuraient un sentiment de calme, de détente, de bien-être et l’aidaient à
dormir : « sentiment de calme, de détente » ; « baigné d'une espèce d'euphorie»
- Expliquez en quoi le narrateur a-t-il évolué (changé) dans son utilisation des larmes. (2pts)
- Les larmes n’étaient plus un moyen pour s’attirer la sympathie des autres (sa famille) et
attirer l’attention sur lui mais un moyen de trouver la paix intérieure.

III- Langue (11pts)


1- « Il paraît que ; Il me semble que ; » : pourquoi le narrateur utilise-t-il ces expressions
pour parler de ses souvenirs ? (1pt)

- Ce sont des modalisateurs (impersonnels) qui servent à atténuer ce qu’on dit et accentuer
l’incertitude (le degré de certitude de l’information) parce que le narrateur n’est pas très
sûr et rapporte ses souvenirs d’après ce qu’on lui a raconté.
2- « Il me serait à peu près impossible de dire… » : quel est le mode du verbe souligné ?
pourquoi le narrateur l’utilise-t-il ? (2pts)

- C’est le mode conditionnel (temps présent) / il l’utilise parce qu’il accentue l’incertitude,
le doute.
3- « Il paraît que je fus un enfant docile et plutôt gai, mais je n'en ai gardé presque aucun souvenir.
Il me semble que de très bonne heure, j'eus le goût des larmes».

Réécrivez le passage ci-dessus à l’imparfait en employant la première personne du


pluriel à la place de la première personne du singulier et en faisant les
transformations nécessaires (accords, terminaisons,…). (8pts)
Il paraît que nous étions des enfants dociles et plutôt gais, mais nous n’en avions gardé
presque aucun souvenir. Il nous semblait que de très bonne heure, nous avions le goût des
larmes.
IV- L’Histoire littéraire : (6pts)

Du Vème au XVème siècle : Le Moyen Age

1- Qu’est-ce que le Roman de Renart ? (Citez deux caractéristiques de cet écrit). Qui étaient
ses auteurs ? (3pts)
- C’est un ensemble de récits brefs écrits en roman (ancien français) et en octosyllabes (vers
de 8 syllabes) / Il se caractérise par la personnification des animaux et représente, à
travers les animaux, le monde féodal qu’il critique.
2- Pourquoi dit-on que le Roman de Renart est une œuvre de « dérision critique »? (3pts)
- C’est une œuvre de dérision critique parce que derrière la fiction animale il fait la satire
(la critique), de manière assez comique, de la société féodale et toutes les classes sociales
qui la composent.