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SERVICE PUBLIC G É O T H E R M I E

AGENCE FRANÇAISE BUREAU DE RECHERCHES


POUR LA MAÎTRISE DE LÉTJERGJE GÉOLOGIQUES ET MINIÈRES
A.EM.E. B.R.G.M.

PRODUCTION D'ETHANOL ET DE METHANOL


EN UTILISANT LA GÉOTHERMIE BASSE ÉNERGIE

B, R. G , M \
17.GCT.1904

SERVICE PUBLIC GÉOTHERMIE

Rapport du B . R . G . M .

84 SGN 262 SPG


SERVICE PUBLIC GÉOTHERMIE

AGENCE FRANÇAISE B U R E A U DE RECHERCHES


FOUR LA MAfTKBE DE L'ENERGIE GÉOLOGIQUES ET MINIÈRES
A. F M.E. B.R.G.M.

PRODUCTION D'ETHANOL ET DE METHANOL


EN UTILISANT LA GÉOTHERMIE BASSE ÉNERGIE
par

Philippe DAVID

SERVICE PUBLIC GÉOTHERMIE

Rapport du B . R . G . M .

84 SGIM 262 SPG


Réalisation : Département Applications Graphiques
AVANT - PROPOS

Dans le cadre des stages de fin de deuxième année de l'Ecole Supérieure de


l'Energie et des Matériaux, il a été réalisé une préétude comDortant l'ana-
lyse bibliographique et une approche technico-économique de l'intérêt de
l'utilisation de la géothermie basse énergie dans le cadre de la production
d'éthanol et de méthanol.

Le stage s'est déroulé au Service Public Géothermie avec la collaboration


de 1' A.F.M.E et d'industriels concernés.
- 1-

REMERCIEWENTS

A l'issue de cette étude je tiens à remercier tous les membres du Service Public
Géothermie pour l'aide qu'ils ont pu me fournir et pour la sympathie témoignée
à mon égard. Je remercie tout particulièrement Monsieur COUDERT sans qui ce sta-
ge n'aurait pu se réaliser.

Je remercie également les personnes du milieu industriel qui ont bien voulu me
communiquer de précieux renseignements. Je pense tout particulièrement à Monsieur
DEVEAU de l'A.F.M.E. et Monsieur GAUSSENT de la Société SPEICHIM.
- 2 -

SOMMAIRE

CHAPITRE 1 - LA GEOTHERMIE
1.1. - Introduction
1.2. - Géothermie haute énergie
1.3. - Géothermie basse énergie - Cas de la France

CHAPITRE 2 - UTILISATION DE LA BIOMASSE


2.1. - Présentation
2.1.1. - Cas du méthanol-
2.1.2. - Cas de l'éthanol
2.1.3. - Cas de 1'acétone-butanol
2.1.4. - Comparaison entre les alcools d'origine biomasse et ceux
d'origine classique
2.2. - Utilisation des alcools

CHAPITRE 3 - PRODUCTION PF. .METHANOL


3.1. - Introduction
3.2. - Formation du gaz de synthèse
3.3. - Préparation du gaz en vue de la synthèse
3.4. - Synthèse du méthanol et distillation
- 3 -

CHAPITRE 4 - PRODUCTION D'ETHANOL


4.1. - Idée générale

4.2. - Choix de la matière première

4.3. - Procédé de fabrication

4.3.1. - Schéma d'une usine de production


4.3.2. - Stockage et préparation des récoltes
4.3.3. - Cuisson et saccharification
4.3.4. - Fermentation
4.3.5. - Distillation
4.3.6. - Déshydratation
4.3.7. - Traitement des coproduits
4.3.8. - Traitement de l'eau
4.3.9. - Production de vapeur

CHAPITRE .5 - UTILISATION DE LA GEOTHERMIE BASSE «ENERGIE

5 . 1 . - Cas du méthanol

5 . 2 . - Cas de l'éthanol

5 . 2 . 1 . - Utilisation de la géothermie basse énergie


5 . 2 . 2 . - Calcul de production
5 . 2 . 3 . • - Etude économique

BIBLIOGRAPHIE
- h-

INTRODLJCTI ON

Les différents chocs pétroliers qui se sont succédés depuis 1973 nous ont
fait cruellement ressentir notre dépendance énergétique. De nombreux progrès ont
été faits deDuis lors afin de produire une "énergie nationale". L'important pro-
gramme électro-nucléaire mené par E.D.F. ne doit pas nous faire oublier le dévelop-
pement, d'autres domaines regroupés sous le nom "d'énergies nouvelles", en parti-
culier celui de la géothermie et de la biomasse qui devraient produire 8 - 9 M teo
en 1990 et 10 - 16 M tep en l'an 2000.

Dans l'étude qui va suivre, après une présentation rapide de la géothermie


et de la biomasse, on analysera les procédés de fabrication de l'éthanol et du
méthanol à partir de la biomasse. On étudiera ensuite les possibilités d'utilisa-
tion de la géothermie dans les différents processus afin de diminuer la consomma-
tion d'énergies fossiles. En dernier lieu on procédera à une étude économique
pour juger de la rentabilité d'une telle opération.
- 5 -
CHAPITRE I - LA GEOTHERMIE

1.1 - INTRODUCTION

Du grec "gé" (terre) et "therme" (chaleur), le mot géothermie désigne la


chaleur de la terre. Pour bien comprendre d'où vient cette chaleur, il faut étudier
la structure de la terre. On considère que le globe terrestre est constitué de cinq
sphères concentriques distinctes (fig. 1.1.). La terre peut être considérée comme
une planète très chaude, isolée efficacement par une fine croûte à faible conducti-
vité thermique. Plus on s'enfonce dans le sol plus la température augmente d'où la

Forages les
plus proionds
-- 10 km

Figure 1.1. : STRUCTURE DE LA TERRE

notion de gradient thermique. Le gradient thermique est de l'ordre de 3°C pour


100 m dans les zones stables du globe mais même dans ces zones il peut varier H ans
de grandes proportions.
Hans le cas de formation aquifère la chaleur contenue dans le sol peut être
véhiculée jusqu'à la surface par l'eau contenue dans les roches poreuses et perméa-
bles et qui est portée à la température régnant à ces profondeurs. En l'absence de
formation aquifère on peut injecter de l'eau dans les roches au contact desquelles
e M e va se réchauffer. Il suffit alors de la pomper en surface. Ceci ne peut se fai-
re que dans les zones où le gradient thermique est élevé (zone instable du globe).

On a l'habitude de séparer la géothermie en deux domaines suivant la tempéra-


ture du fluide capté. Au dessus de 150°C on parle de géothermie haute énergie, en
dessous de 150°C on emploie le terme de basse énergie.

1.2. - GEOTHERMIE HAUTE ENERGIE

Les gisements (champs géothermiques) se rencontrent sur ou à proximité de


la ceinture sismique, zone particulièrement instable du globe où le manteau affleure
à la surface de la terre (limite des plaques de la croûte terrestre). L'eau sort
directement sous forme de vapeur soit sèche soit humide et doit être traitée avant
AUTRICHE TCHECOSLOVAQUIE HONGRIE ROUMANIE
(1) \ (21) Ofibi (2.':)

' '-^Guadeloupe
Ste-Lucie
GUATEMALA'
SALVADOR

é?
HAUTE ENERGIE BASSE ENERGIE Etat en 1981-82
Zone à flux géothermique élevé Bassins sédimentaire renfermant de l'eau chaude.
A Centrale électrique en servicejiproduction en MW)\ Installations de chauffage par géothermie pour l'habitat,
Champ géothermique en cours de valorisation l'agriculture et l'industrie ¡crcducuon en MW)
Sources thermales exclues.

Figure 1.2. : LA GEOTHERMIE DANS LE MONDE


RESSOURCES GEOTHERMIQUES EN FRANCE

Echelle 1/5 000 000

• : ; : : X | : Massifs anciens

^ S ï > S Chaînes récenles

í$$¿2í Massifs volcaniques récents ou actuels

GEOTHERMIE <• BASSE ENERGIE »


Ressource a pius de 30-
A source thermale à plus de 50°
Réservoirs continus :
ressource prouvée ou probable GEOTHERMIE « H A U T E ENERGIE >
L- A ressource possible
E3 C h a m p géothermique reconnu
Réservoir discontinus :
D Site géothermique en cours d'étude
ressource aléatoire
• - — l,miie ¡ndélerminable A Micro-centrale sur source chaude

Figure 1.3. : LA GEOTHERMIE EN FRANCE


- 8-

utilisation. De tels gisements sont directement exploitables pour la production


d'électricité. Les principaux producteurs d'électricité d'origine géothermique
sont : les U.S.A., les Philippines, l'Italie, la Nouvelle-Zélande et le Japon.
En France seuls les D.O.M. sont concernés par la géothermie haute énergie (cen-
trale de Bouillante à la Guadeloupe, projet de la réunion).

1.3. - GEOTHERMIE BASSE ENERGIE - CAS DE LA FRANCE

Si la France ne possède pas de champ géothermique haute énergie, en revan-


che elle présente en géothermie basse énergie une richesse remarquable. \'u les simi-
litudes qui existent entre la prospection d'un champ pétrolifère et celle d'un
champ géothermique (recherche de roches poreuses, e t c — ) , il est compréhensible
que la recherche pétrolière a permis de découvrir la plupart des champs géothermi-
ques. Ils sont localisés principalement dans les bassins parisien et aquitain, en
Alsace, dans la Limagne, la Bresse, le Couloir rhodanien et le Roussillon.
En France la géothermie basse température est principalement utilisée pour
le chauffage de locaux et de serres. L'emploi de pompes à chaleur peut s'avérer
nécessaire lorsque la température du fluide capté n'est pas jugée suffisante. Les
ressources géothermiques de basse énergie ce sont aussi les sources thermales bien
que, dans la plupart des cas, on ne puisse les utiliser pour le chauffage en rai-
son de leur faible débit. On peut tout de même citer le cas de Chaudes Aiguës, dans
le Massif Central (16 m3/h d'une eau à 80° C) qui est actuellement équipée d'une
microcentrale électrique pilote.

L'exploitation de l'eau chaude se fait par forage. L'originalité de la France


dans ce domaine est le grand nombre de réalisations selon la technique du "doublet
géothermique". Dans les autres pays où la géothermie basse énergie est très dévelop-
pée (Hongrie, Islande) on ne procède qu'à un seul forage pour pomper l'eau de la
formation aquifère. On la rejette ensuite à la surface. En france, dans le cas où
l'eau est saumâtre on procède à un deuxième forage afin de la réinjecter dans la
formation aquifère après usage (fig. I.4.). Ceci permet de maintenir la pression

Figure 1.4. PRINCIPE DU DOUBLET GEOTHERMIQUE


- 9 -

du gisement pendant toute la durée de l'exploitation afin de conserver le débit


initial- Dans ce cas des calculs doivent être menés afin de déterminer la distan-
ce nécessaire entre les deux puits pour que, la zone froide qui se crée dans l'aqui-
fère autour du puits de réinjection n'atteigne pas le puit de production avant
que la durée de vie de l'installation ne soit écoulée (20 à 30 ans).

La France possède avec la géothermie une énergie qui ne demande qu'à être
exploitée. Malheureusement son emploi se limite au chauffage de locaux et de ser-
res. De nombreuses industries pourraient dès maintenant utiliser cette énergie qui
ne coûte que le prix de l'installation. On verra plus loin si cela peut être.le
cas de la production de méthanol et d'éthanol à partir de la biomasse.

Temperature
20 30 40 50 60 100 120 130 140 150 160 170 180*C

BASSE ENERGIE
INDUSTRIE

AGRICULTURE
procède basaè-températijre
ALIMENTAIRE
'Chauftacje de serre
par le sot par tuyaux i
Champignonniere
I
Pisciculture
Aquaculture

HABITAT

Panneaux radiants
Plancners chauffants
Eau chaude sanitaire
Chautfaoe avec pompes • chaleur
Climatisation

Figure ).5. PRINCIPALES UTILISATIONS DE LA GEOTHERMIE


- 10 -

CHAPITRE 2 : UTILISATION DE LA BIOMASSE

2.1. - PRESENTATION

La biomasse apparaît comme l'énergie idéale de remplacement car c'est une


énergie renouvelable et nationale. Une exploitation rationnelle de la biomasse
végétale et des sous produits organiques de certaines activités humaines apporte-
raient dans les pays industrialisés une contribution non marginale aux besoins crois-
sants en énergie.

Les principales matières exploitables sont :


- certains végétaux dits bio-énergétiques
- les résidus d'industries de transformation du bois
- les déchets agricoles et d'élevage
- les déchets agro-alimentaires
- les déchets domestiques
II existe deux grands types de conversion de la biomasse (fig. 2.1.) :
- thermochimiques,liées à certaines conditions physiques de traitements
et parfois à l'addition de produits catalyseurs
- biochimiques,liées a l'action de microorganismes
Les produits obtenus sont : - chaleur
- gaz (gaz de synthèse, méthane, hydrogène)
- alcools (méthanol, éthanol, mélange butanol-
acétone - éthanol : A.B.E.)
- huiles
- essences
- charbons
Nous nous intéresserons plus particulièrement, par la suite, aux alcools.
Afin de comparer les coûts de production des alcools par voies classiques
à ceux obtenus à partir de la biomasse, il nous faut introduire quelques défini-
tions.
Le contenu énergétique du produit recherché est égal à la somme du conte-
nu énergétique des matières premières, transport inclus et du contenu énergétique
de l'apport énergétique :

Matière première Procédé de Produit recherché


CE
EM transformation

Apport énergétique
E
CE = EM + EE E
- 11 -

Les filières en énergie solaire, biomasse, énergie finale (P.A. Jayet)

énergie solaire

T
biomasse photolyse de l'eau hydrogène
î '
collecte

transport > chaleur haute température force motrice mobile

r
conditionnement
chaleur basse température force motrice fixe

électricité spécifique

combustibles liquides et gazeux. combustibles solides, liquides et gazeux

Figure 2 . 1 . : LES DIFFE3EM7ES UTILISATICNS DE LA BIPASSE


- 12 -

Le coefficient de performance est égal au rapport du P.C.I. (Pouvoir


Calorifique Inférieur) sur le C E .

p= PCI
CË~

2.1.1. - CAS DU METHANOL(ÇH 3 -OH)

Sa synthèse est réalisée par réaction de l'hydrogène sur les oxydes de


carbones

CO + 2 H 2 > CH3-OH

L'ensemble hydrogène, oxyde de carbone constitue le gaz de synthèse. Ce


gaz de synthèse provient soit du gaz naturel (le plus employé), soit du charbon,
soit des résidus pétroliers, soit de la biomasse.

2.1.2. - CAS D E L'ETHANOL (C2H5OH)


Les procédés de synthèse utilisent l'éthylène (origine pétrolière) comme
matière première. L'éthylène est estérifié par l'acide sulfurique.

3 C2h\ + 2 H2S0li > C2h15HSÜ\ + (C 2 H 5 ) 2

Les esters formés sont ensuite hydrolyses par contact avec l'eau :
C 2 H 5 HSCK+ (C 2 H 5 ) 2 SG\+ H 2 0 » 3 C 2 H 5 0H + 2 H2SG\

L'obtention de l'éthanol à partir de la biomasse se fait par fermentation


du sucre contenu dans la matière première.

2.1.3. - CAS DE L'ACETONE - BUTANOL (C2HeCO * CH9OH)

L'acétone est obtenuepar distillation sèche de l'acétate de calcium tan-


dis que le butanol provient de la réaction d'hydroformylation du propylène sur le
gaz de synthèse provenant des résidus pétroliers, l'aldéhyde obtenu étant hydro-
géné. Le mélange acétone-butanol peut être produit par fermentation des sucres
contenus dans la biomasse.
- 13 -

2.1.4. - COMPARAISON ENTRE LES ALCOOLS D'ORIGINE BIOMASSE ET CEUX


D'ORIGINE CLASSIQUE

La figure 2 . 2 . permet de comprendre l'intérêt que peut susciter la bio-


masse pour la production d'alcool. Il est donc possible que la production d'alcool

Contenu énergétique (tep/t) Coefficient de performance


Produit!
1 liiére fossile l'Illère biomasse Filière fossile Filière blomasse
Methanol 0.81 0.20 0.S9 2,38
Ltlmnol 1.094 0,21-0,58 0^8 3.05-0 ¿ K O
n-butanol 1,073 0.327-0.919 0,74 2,434.87c)
(1) ex topinambour.

Origine de la matière première Gain énergétique


Produit de la filière biomasse
Filière fossile Filière blomasse (tep par t de produits)
Methanol Gaz naturel Bois 0,60
Ethanol (96 %) Ethylène (pétiole) Betterave sucrière 0.73
Topinambour 0,88
Mais (grains) 0,65
n-butanol Propylène (pétrole) Betterave sucrière 0,10
Topinambour 0,75
Paille de blé 0,80
Acétone*') Propylène (pétiole) Betterave suoière 0,80
Topinambour 1,45
Paille de blé 1,51
(1) Coproduit de la fabrication du phénol par oxydation du cumène . contenu énergétique égal à
1,78 tep/tonne.

Figure 2.2. : COvP^RAISCN DES FILIERES FOSSILE ET BIOMASSE


d'origine biomasse remplace la filière fossile dans les prochaines années.

2.2. - UTILISATION DES ALCOOLS


Jusqu'à présent les alcools étaient surtout utilisés dans l'industrie
chimique et pharmaceutique. Ils sont principalement employés comme solvant, antigel
et comme produits intermédiaires dans la synthèse de nombreux produits organiques.
L'application la plus intéressante de ces alcools est sûrement leur emploi en tant
que carburant. Il convient de préciser la politique Française dans ce domaine.
- 14 -

La production d'éthanol apparaît comme un moyen d'utiliser les excédents


agricoles. La rentabilité de l'opération passe par la valorisation des co-produits
obtenus. L'éthanol est surtout destiné à augmenter l'indice d'octane de l'essence
(10 % d'Ethanol + 90 % d'Essence).
En revanche de plus grandes perspectives s'offrent au méthanol. La percée
du méthanol en tant que carburant est prévue en deux étapes. Dans un premier stade
il va être utilisé dans les moteurs diesel et, sous forme de mélange (5 à 7 %)
dans les moteurs à essence sans avoir à les modifier. Il faut toutefois prévoir
l'emploi d'un tiers-solvant tel que l'A.B.E.. Dans un avenir plus lointain il
pourrait même remplacer l'essence ce qui impliquerait une modification des mo-
teurs. On peut également citer le procédé Mobil qui peut ouvrir de nouvelles
perspectives. C'est un procédé de synthèse, à partir du méthanol, d'un carburant
directement utilisable dans les véhicules.
- 15 -

Propriétés chimiques Essence Methanol Ethanol

Formule CH,0H CaHsOH


Poids d'une mole variable 32,04 46,1
% carbone (en poids) 6 5 - 8 8 38,7 52,1
% hydrogeneC ") 12-15 V m
°/o oxygène (" ") indéfini 516 34,7
Rapport C / H 5,6-7,4 3,0 ^0
I Rapport stœchbmetri- 14,2-15,1 6,45 9,0
qje air-carburant

Propriétés physiques Essence Methanol Ethanol

Densité Q7O-Q78 Q79 Q79


Masse volumjqueftyj 700-780 790 790
Temperature debullit ion 27-227 65 78
Temper ature de fusion -57 -133 -114

Propriétés thermiques Essence Methanol Ethanol

PCI [hl/^) 43 960 21088 26X9


P C S (w/h,) 47125 23860 29773
Chaleur latente de
1177 921
vaporisation (fcT/t^) 349
tndice doctane 97-99 106 106-108
C h aleur spécifique^ 0,62 0775
Temperature d auto- 221-260 363
inflammation (°c)

fig 23:Propriétés de l'essence,dumethanol et de l'ethanol


- 16 -

CHAPITRE 3 - PRŒXCTICN DE f^THANDL

3.1. - INTRODUCTION

Le processus de fabrication du méthanol comporte trois étapes essen-


tielles :
- la formation du gaz de synthèse à partir des matières premières. Ce
gaz est composé essentiellement de monoxyde de carbone (CO), d'hydro-
gène (H2), de dioxyde de carbone (UO2) et de méthane (CHU) en pro-
portion variable suivant la température et la pression. Il contient
également des sous-produits (goudrons, charbons, cendres),

- la préparation du gaz de synthèse. Il s'agit ici d'établir les condi-


tions stœchiométriques de la réaction de synthèse et d'éliminer l'oxy-
de de carbone et les traces de sulfure d'hydrogène (H2S) du gaz de
synthèse,
- la synthèse du méthanol. Le méthanol est obtenu par réaction entre
l'oxyde de carbone et l'hydrogène contenu dans le gaz de synthèse.

CO + 2 H 2 > CH3OH

3.2. - FORMATION DU GAZ DE SYNTHESE

Le gaz de synthèse est obtenu par gazéification de la matière première


qui peut être soit du charbon soit du bois. Cette gazéification se produit
dans un réacteur en présence de vapeur d'eau et de d'oxygène. On préférera
l'oxygène à l'air afin d'éviter la présence d'azote dans le gaz de synthèse.
On distingue trois types de réacteur : - les réacteurs à lit fixe
- les réacteurs à lit fluidizé
- les réacteurs a lit entraîné
Dans un réacteur à lit fixe, la matière est supportée par une grille
qui descend lentement à l'intérieur du réacteur, à contre courant de la vapeur
et de l'oxygène. La gazéification se produit et les gaz s'échappent par le
sommet du système tandis que l'on retire les cendres au fond du réacteur. Le
procédé le plus connu utilisant cette technique est le procédé Lurgi où la ga-
zéification se produit à 1400° C sous une pression de 10 à 30 bars.
Dans un réacteur à lit fluidizé, la vitesse du gaz est accrue jusqu'à
ce que les particules de matière première soient suspendues. Ceci améliore
les contacts entre les particules et le fluide avec lequel elles doivent réa-
gir. Le procédé le plus connu utilisant ce système est le procédé Winkler où
la réaction se passe à pression atmosphérique et à des températures avoisinant
les 1000° C.
- 17 -

Dans un réacteur à lit entraîne, les particules de matière première


sont transportées par le fluide. Du fait de la faible quantité de matière pre-
mière contenue dans le réacteur, la production de gaz de synthèse est peu impor-
tante. Le procédé le plus employé est le procédé Kopper Totzek (pression atmos-
phérique, 1900° C ) .

La plupart des procédés cités sont assez anciens. Ils sont tous initiale-
ment prévus pour la gazéification du charbon mais certain d'entre eux peuvent
s'adapter au bois. De nouveaux procédés voient actuellement le jour (Creusot-
Loire, Texaco,, Battelle, etc...).

3.3. - PREPARATION DU GAZ EN VUE DE LA SYNTHESE

Les conditions stœchiométriquesde la synthèse sont réalisées lorsqu'il


y a deux fois plus de mole d'hydrogène que de mole d'oxyde de carbone. Il faut
donc obtenir un gaz contenant uniquement de l'hydrogène et de l'oxyde de car-
bone dans les proportions de 2_, _1. Il est nécessaire d'oter le sulfure d'hydro-
3 3
gène du gaz de synthèse car il pourrait gêner par la suite l'action du cataly-
seur. La proportion d'oxyde de carbone étant plus importante que celle de l'hy-
drogène, il faut soit rajouter de l'hydrogène soit transformer une partie du
CO en CO2. C'est la deuxième solution qui est la plus couramment employée Le
gaz carbonique est également oté du gaz de synthèse.

3.4. - SYNTHESE DU METHANOL ET DISTILLATION

La synthèse du méthanol se produit grâce à un catalyseur pouvant conte-


nir Ni, Cr, Ag, Fe, Co, Cu. Cette réaction est exothermique, il faut donc éli-
miner la chaleur de réaction afin de conserver un bon rendement de conversion.
Les deux procédés les plus utilisés sont les procédés I.C.I, (réacteur à lits
fixes) et Lurgi (réacteur turbulaire). La réaction de synthèse se produit à
des températures et des pressions assez élevées.

Procédé Catalyseur Pression Température Type de réacteur


(atm) (° C)

I.C.I. Cu-Zn-Al 50-100 220-290 Lits fixes

Lurgi Cu 30-50 235-280 Turbulaire

Figure 3.1. : COMPARAISON ENTRE LES PROCEDES DE SYNTHESE I.C.I. ET LURGI


- 18 -

©
on Rícrc.t

GA: DE

SVN THESE
I
Ó
y 0)

METHANOL
BUJT

(î COMPRESSE'JR DU O A : DE SYNTHESE
(î_. aEACTEJO » JTi FJXES
(t) SEPARATEJR DE M E T H A S O L BKJI
0 uwPSESSEuf ou ; * : RECULE

fig32:Procede IJCI
- 19 -

IMPURE T - S A
'-í Tt>V=£í¿ r
D'ESUuLlTiON

VAPEuR PjB

¡I-JUBETES AU»
TEMPERATURES
D'EBJLLITION
ELEVEES

(r :oi^p¿SEEjRO» G A : DE S / '^6, CO^PBESSE'JP OU &A2 RECYCLE


(T, ÏCH.AN&S'JR vj T ~ COLONUE DE CIETIL.ATION
Q REACTEUR T'Jfi-J'.AK (&, î"**ÎAL0NNE DE DISTILLATION
(¿. PEBCJILLEJB
(T; SciA^A'E'JE DE M E T H A N O L BSJT ^- REStUiLLEUR

fig 3.3:Procede Lixgi et distillation


- 20 -

Le méthanol ainsi produit est ensuite condensé. On obtient alors du mé-


thanol brut contenant des gaz non condensés, de l'eau, du diméthyle d'éther, des
huiles de fusel et des hydrocarbures. Le méthanol brut est alors distillé en deux
fois. La première colonne sert à la séparation des impuretés ayant une température
de fusion basse (diméthyle d'éther) tandis que la seconde colonne achève la distil-
lation.
- 21 -

CHAPITRE 4 - PRODUCTION D'ETHANOL

4.1. - IDEE GENERALE

La matière organique contient du sucre (C6H12O6) sous forme d'hydrate


de carbone (CeHioOs) . Une hydrolyse permet la restitution de ce sucre :

(CeHioOs) + chaleur + H 2 0 » (C6Hi0us) + C6Hi206


n ni
Cette réaction se produit à une température assez élevée en présence
d'enzymes. Les principaux hydrates de carbone sont la cellulose et l'amidon. La
cellulose est beaucoup plus difficile à hydrolyser que l'amidon et les processus
pour y parvenir sont encore expérimentaux.
Une fois l'hydrolyse achevée on laisse fermenter le sirop de sucre obte-
nu en présence de levure :
C 6 H 1 2 0 6 + levure ,2C2H50H + 2C0 2 + chaleur

II ne reste plus alors qu'à distiller la solution obtenue pour en sous-


traire l'éthanol.

4.2. -CHOIX DE LA MATIERE PREMIERE

On distingue couramment trois catégories de plantes pouvant servir à


la fabrication de l'éthanol. Les plantes contenant du sucre, celles contenant de
l'amidon et celles contenant de la cellulose. Dans la première catégorie on peut
compter la canne à sucre, la betterave sucrière, la betterave fouragère, les
fruits et le sorgho sucrier. La deuxième catégorie contient essentiellement des
céréales (maïs, blé, orge, etc..) et des tubercules (pommes de terre, topinam-
bours). Dans la troisième catégorie on range le bois, la paille et les déchets
végétaux.

Aux Etats-Unis l'éthanol est principalement produit à partir du maïs


alors qu'en France on utilise plus le blé et les rebuts des sucreries (mélasses),
- 22 -

4.3. - PROCEDE DE FABRICATION

4. 3 . 1 . - Schéma d'une usine de production

Une usine de production d'éthanol peut se décomposa- en plusieurs unités


de production comme l'indique le schéma suivant :

Usine de production
d'éthanol

Stockage et prépara- Cuisson


1 2
tion des récoltes et mixage

Fermentation 3 4 Distillation

Traitement Traitement de
5 6
des co-produits l'eau usagée

Production
de vapeur 7
- 23 -

4.3.2. - STOCKAGE ET PREPARATION DES RECOLTES

Les conditions de stockage dépendent du type de matière première


employé. Les graines de céréales doivent être tenues au sec, les pommes de
terre doivent être conservées au frais et dans l'obscurité, etc.... Les plan-
tes contenant du sucre doivent être déshydratées ou alors il faut en extraire
le sirop immédiatement. Les graines de céréales et les tubercules contenant
de l'amidon doivent être broyés finement afin de favoriser l'hydrolyse de
1'amidon.

4.3.3. - CUISSON ET SACCHARIFICAT ION

Après avoir été broyée la matière première est diluée dans de l'eau
chaude (60° C) à l'aide d'un agitateur. Ceci permet "l'éclatement" des cellu-
les contenant de l'amidon. On introduit ensuite des enzymes ot-amylase gui pro-
voguent la dépolymérisation des molécules d'amidon. On obtient alors des molé-
cules de dextrine (C 6 H 10 05) de taille plus petite, gui sont solubles dans
l'eau. Durant cette transformation le mélange est chauffé progressivement par
injection de vapeur jusgu'à ce gue les molécules d'amidon commencent à se gé-
latiniser (80° C ) . Le mélange est alors maintenu à cette température tant gue
sa viscosité n'a pas diminué suffisamment. Ensuite il peut être porté à la
température gui donne un rendement optimum pour l'activité enzymatigue (pour
l'enzyme TAKATHERM : 95° C ) . On préfère porter le mélange à ebullition, ceci
permet de tuer la plupart des microbes présents dans le mélange. Cette tempé-
rature est maintenue tant gue le taux de conversion espéré n'est cas atteint.
Ensuite le mélange est refroidi à 80° C, on réinjecte alors des enzymes a-amy-
lase et de l'eau pour terminer la liguéfàction . Une fois ceci fait la temoé-
rature du mélange est portée à 60° C et on introduit des enzymes gluco-amylase
destinés à convertir les molécules de dextrine en molécules de glucose (sucre).
Pendant toutes les opérations décrites précédemment le mélange doit être cons-
tamment agité. La valeur du pH doit être soigneusement contrôlée par addition
de soude (Na OH) ou d'acide chlorhydriaue (HCl) afin de maintenir l'activité
enzymatique à son meilleur rendement.

Pour un fonctionnement en mode discontinu toutes les opérations décri-


tes plus haut se font dans un même réservoir : le réservoir de cuisson. Pour un
fonctionnement en mode continu toutes ces opérations se produisent simultané-
ment (fig. 4.I.). Le mélange est réchauffé à l'aide d' éjecteurs alimentés en
vapeur (réchauffeurs).

4.3.4. - FERMENTATION
Après saccharification le mélange est refroidit jusgu'à 30°C. Il
est ensuite entreposé dans une cuve de fermentation. La fermentation s'accom-
plit alors en présence de levure. Pour ne pas entraver l'action de la levure,
la température ne doit pas dépasser 33°C. La réaction engendrée durant la
fermentation étant exothermigue, il est nécessaire de refroidir le mélange
durant l'opération. Le pH doit être maintenu inférieur à 5 afin d'éviter la
formation d'acide lactigue. Pendant la fermentation la conversion des molé-
cules de dextrine en moléculesde glucose se poursuit. Le glucose, sous l'ac-
tion de la levure se transforme alors en sucre :
C 6 H 1 2 0 6 + levure > 2 C 2 H 5 0H + 2C0 2 + chaleur
- 24 -

Une grande quantité de gaz carbonique est aussi produite par cette
réaction. Il faut donc prévoir son extraction. La fermentation dure en moyen-
ne 60 heures pour les céréales et 30 heures pour les mélasses. La solution
fermentée contient dans le meilleur des cas 10 à 14 % d'éthanol. Elle con-
tient également des aldéhydes et des alcools supérieurs qui seront soutirés
pendant la distillation.

4.3.5. - DISTILLATION

Sous une pression d'une atmosphère, les températures d'ebullition


de l'éthanol (78,4° C) et de l'eau (100° C) sont très différentes. Si l'on
porte à ebullition un mélange d'éthanol et d'eau la vapeur obtenue sera plus
riche en éthanol que le mélange. Condensons maintenant cette vapeur, on obtient
un nouvel équilibre liquide-vapeur où la vapeur est plus riche en éthanol
que la précédente. On voit donc qu'en procédant à une série de. vaporisation
et de condensation le mélange s'enrichit en éthanol (fig. 4.I.). Il ne pour-
ra pas contenir plus de 95 % d'éthanol (en poids) car à ce pourcentage l'eau
et l'éthanol forment un mélange azéotropique.

Le procédé décrit précédemment est celui de la distillation fraction-


née. Une colonne de distillation fractionnée (fig. 4.2.) est composéede plu-
sieurs plateaux submergés de liauide de D I U S en d u s riche en éthanol au fur
et a mesure aue l'on s'élève. La vaoeur issue du plateau orécédent passe h
travers le plateau considéré et se condense au contact du liauide. La chaleur
fournie par la condensation permet la vaporisation du liquide qui libère une
vaoeur nlus riche que la Drécédente en éthanol. Le processus est le même oour
rhaoue plateau. Pour se faire, il faut que chaque plateau soit submergé y com-
oris~le'dernÍRr. Il est donc nécessaire de condenser la vapeur obtenue en tête
de colonne et de réinjecter une partie du liauide (le "reflux") au niveau du
dernier olateau.

La (fig. 4.3.) nous montre le schéma d'une installation permettant de


diminuer les besoins énergétiques du processus de distillation. La solution
fermentée passe par une série de trois préchauffeurs avant d'entrer dans la
colonne de distillation. Le oremier oréchauffeur est alimenté pair les produits
de tête de la colonne de déshydratation, le deuxième par la solution à 95 %
d'éthanol sortant de la colonne de distillation et le troisième par les rési-
dus (vinasses) de la colonne de distillation. En sortant de la colonne de
distillation la solution à 95 % d'éthanol se condense dans le deuxième préchauf-
feur. On peut récupérer les aldéhydes et les alcools supérieurs. Le pied de
colonne est chauffé à 110° C par l'intermédiaire d'un rebouilli alimenté par
de la vapeur à 125° C. La distillation fournit unesolution à 95 % d'éthanol.
Pour enrichir ce mélange il faut procéder à une déshydratation.

4.3.¿. - DESHYDRATATION
Pour enrichir la solution obtenue après distillation on procède géné-
ralement à une distillation azéotropique. Le principe en est simple. Il s'agit
d'ajouter à la solution un composé qui augmente la volatilité de l'eau pour
la rendre supérieure à celle de l'éthanol. On peut utiliser soit du cyclohé-
xane soit du benzène. C'est ce dernier qui est le plus couramment utilisé.
La figure 4.5. présente le schéma d'une installation de déshydratation. Le
mélange benzène-éthanol-eau est chauffé (83° C) dans la colonne de déshy-
dratation à un rebouilleur. L'eau devenue plus volatile que l'éthanol se va-
porise en même temps que le benzène. La totalité de l'eau et du benzène plus
- 25 -

A.IMEN'A^N

VAPEUR A W C

DciJC3 SOLUTION

CJVE DE

r
V:ÎE

63-C

fig41:Cu'S£on et saccharif ication


220

215

210

VAPEUR

185

180

175

I i
1701
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
'/. PONDERALE D'ETHANOL

fig42 .Representation d e la distillation

f ig43:Colonne de distillation fractionnée


- 27 -

AUEHYDES
AiCOOLS

SUPER1EJÎS

SOLUTION 1
SEPARATEUR

PROD'JT OS TETE DE LA COLONNE


DE DESHYDRATATION

O, EAU FSOCE

BE5CU

fiçA4.:DistllGtion
- 28 -

© SO'.UTION FESMENTEE

(D EAU FROIDE

fig45:Deshydrototion
- 29 -

une partie de l'éthanol quitte le sommet de la colonne de déshydratation sous


forme de gaz. En pied de colonne on récupère l'éthanol déshydraté. Le rebouilleur
est alimenté par une partie de la solution à 95 % d'éthanol sortant du condenseur.
Le gaz sortant de la colonne de déshydratation est condensé puis envoyé dans un
séparateur. Dans la partie supérieur de celui-ci on trouve une solution de benzè-
ne et d'éthanol. Dans la partie inférieure on trouve une solution de benzène,
d'eau et d'éthanol. Le liquide de la partie supérieure est renvoyé dans la colonne
de déshydratation (reflux). Le liquide de la partie inférieure pénètre dans la
colonne de récupération du benzène. Cette colonne est directement chauffée par
de l'eau provenant des résidus de distillation. Le benzène étant plus volatile
que l'eau, il s'échappe par le haut de la colonne sous forme gazeuse en entrai-
nant les vapeurs d'éthanol. L'eau récupérée en pied de colonne est envoyée dans
le centre de traitement. Le mélange benzène et éthanol est condensé ouis réin-
jecté dans la colonne de déshydratation.

4.3.7. - TRAITEMENT DES CO-PRODUITS

En pied de colonne de distillation on obtient des résidus (vinasses) ri-


ches en eau et en protéines. Par centrifugation on extrait de cette vinasse les
drèches qui après séchage pourront servir de fourrage protéique. Le reste de vi-
nasse passe par une série d'évaporateur. Le produit résultant est alors séché en
même temps que les drèches. Ce séchage est assuré par de l'air préalablement chauf-
fé à 300° C. Durant le processus de production d'éthanol on obtient également du
gaz carbonique (fermentation), des aldéhydes et des alcools supérieurs (distilla-
tion). La rentabilité d'une usine de production d'éthanol dépend en grande par-
tie de l'existence de marchés pour ces co-produits.

4.3.8. - TRAITEMENT DE L'EAU

Le traitement de l'eau est très important vu qu'une partie de cette eau


sera injectée sous forme de vapeur dans le mélange au moment de la cuisson. L'eau
à traiter comporte une grande quantité de matière organique soit dissout soit en
suspension et des matières toxiques. De plus elle est relativement acide. Le
traitement consiste tout d'abord à laisser reposer l'eau dans un bassin de décan-
tation afin d'éliminer les particules en suspension. Ensuite il faut remonter la
valeur du pH puis procéder à un traitement des boues pour éliminer les polluants
organiques. Il faut également prévoir la sulfonation des matières toxiques afin
de les rendre inoffensives.

4.3.9. - PRODUCTION DE VAPEUR

La production de vapeur est assurée par une chaudière à gaz, à fuel ou


à chaleur. La quantité de chaleur à fournir pour obtenir une tonne de vapeur à
110° C ast estimée à 650 thermies, soit 2,7 GJ. La cuisson et la saccharification
consomment 30 % de la vapeur produite tandis que la distillation en consomme
60 %. On voit donc que si l'on veut réaliser des économies d'énergie c'est sur
ces deux processus qu'il faut agir. La géothermie apparaît comme un moyen d'ef-
fectuer ces économies d'énergie.
- 30 -

CHAPITRE 5 - UTILISATION DE LA GEOTHERMIE

5.1. - CAS DE LA PRODUCTION DE METHANOL

Les températures mises en jeu dans les procédés de gazéification et de


synthèse interdisent tout espoir de pouvoir utiliser la géothermie dans la fabri-
cation du méthanol. De plus ces réactions étant fortement exothermiques elles
contribuent à l'apport de chaleur nécessaire pour la distillation et l'élimina-
tion du sulfure d'hydrogène et du gaz carbonique au gaz de synthèse.

5.2. - CAS DE LA PRODUCTION D'ETHANOL


5.2.1. - Utilisation de la géothermie basse énergie

L'utilisation de la géothermie basse énergie pour fournir la chaleur né-


cessaire à la cuisson n'aooaraît quère oossible. La cuisson nécessite l'injection
de vapeur pour chauffer le mélange à 80 puis à 100° C. Pour obtenir la quantité
de chaleur produite par la vapeur lors de sa condensation il faudrait injecter
une grosse quantité d'eau dont la température serait supérieure à 110° C. En
France on ne peut trouver un gisement fournissant de l'eau a une telle tempéra-
ture tout en étant capable d'assurer un débit suffisant. De plus cela nécessi-
terait des installations de taille beaucoup plus importante.

On peut par contre utiliser la géothermie dans le processus de distilla-


tion. Il faut, pour cela, diminuer les températures de fonctionnement de l'instal-
lation. La distillation sous vide le permet. La diminution de la pression dans
les diverses colonnes abaisse les températures d'ébullition des différents compo-
sés. La colonne de distillation fonctionne maintenant sous une pression de 0,55
bar ce qui permet d'abaisser la température du pied de colonne de 110 à 79° C.
La colonne de déshydratation fonctionne sous pression atmosohèriaue et la tempé-
rature de pied de colonne doit être de 82° C. La colonne de récupération du ben-
zène fonctionne sous une pression de 0,55 bar, la température de pied de colon-
ne devant être égale à 79° C.
Diminuer davantage la pression dans les colonnes pourrait poser des pro-
blèmes. Avec une pression de 0,55 bar la température de tête de la colonne de
distillation est de l'ordre de 54° C. Si l'on diminue encore cette température
on risque d'avoir de sérieux problèmes pour condenser les vapeurs d'éthanol sor-
tant de la colonne de distillation.
La distillation sous vide implique quelques modifications de l'installa-
tion. Du fait de l'abaissement des températures dans la colonne de distillation,
il n'est plus possible de chauffer les pieds de colonne de déshydratation et de
récupération du benzène avec respectivement les produits de tête et de pied de
la colonne de distillation. Il est donc nécessaire de prévoir ce chauffage par
l'intermédiaire de rebouilleurs (voir fig. 5.I.).
- 31 -

DESHYDRATE

0 SOLUTION FE3MENTEE © EAU * 1CC-C

© EAU FROIDE 0 E * U A Í5»C

f¡g5.1:Deshydratalion sous vide


- 32 -

Les températures à atteindre en pied des diverses colonnes devant être de


l'ordre de 80° C le fluide devant assurer le chauffage de ces colonnes doit péné-
trer dans les rebouilleurs à une température avoisinant les 100° C. Une seule
région en France possède des formations aquifères capable de fournir de l'eau
à J00° C, c'est l'Alsace. Il semble donc que ce soit la seule région en France
capable d'accueillir une usine de production d'éthanol utilisant la géothermie
afin d'économiser les énergies fossiles.

5.2.2. - Calcul de production

La distillation et la déshydratation nécessitent 720 000 KJ par hectolitre


d'éthanol produit. Si l'on considère que l'eau entre dans les rebouilleurs à
100° C et en ressort à 85° C la consommation d'eau pour 100 litres d'éthanol
produit sera de :

720000
11483 Kg/ i n n soit 115 kg/,
1001 2
5)

On peut compter qu'un forage géothermique en Alsace nous fournira un dé-


bit de 200 m3/h soit 200 Tonnes/h. La production d'éthanol par puife de forage
sera donc de :

200000 x 24
Q = = 42000 1 / .
jour
115
En considérant que l'usine fonctionne 333 jours par an on aura donc une
production annuelle de 140000 ni • On peut bien sûr augmenter le nombre de forage
si la production d'éthanol n'est pas jugée suffisante.

5.2.3. - Etude économique

Dans cette étude on prendra le cas d'une installation ayant une produc-
tion de 84000 1/jour soit 280000 ]/an. Ceci nécessite deux forages géothermiques.
Le prix de revient de l'installation géothermique est estimé à 72 millions de
francs.

L'installation de distillation et de déshydratation telle qu'elle est


décrite dans le chapitre 4 consomme 2 80 kg de vapeur pour un hectolitre d'étha-
nol produit. Cette installation consommerait donc 78,4 M Kg de vapeur par an.
Il faut compter 650 thermies pour produire une tonne de vapeur, l'économie réa-
lisée est donc de 51 M thermies par an soit 5360 tonnes de fuel lourd (PCI du
fuel lourd = 9520 thermies/kg).

Il faut maintenant calculer le temps de retour N de l'investissement


réalisé. Soit E|\j les économies réalisées au bout du temps N et I l'investissement
réalisé. Nous avons alors l'égalité :

E
N= (1)
- 33 -

Déterminons maintenant E„. Soit E l'économie qui serait réalisai en un an


au prix courant du fuel E^ effectivement réalisée en tenant compte de la hausse
du fuel.

E-, = E (1 + i) où i représente l'inflation.

Nous avons e;_jite E2= Ei + E¡(1 + i) = E (1 + i) [1 + (l+i)]etc...

et donc E N = E Q (1+i) [1 + (1+i) + (l+i)2+ + (l+i^"1

(2)
soit

De l'équation (1) on tire

(1+i)
I = . [1 -

il
d'où (l+i)N = 1+

Log il
E (1+i
i
o
d'où N =
Log (1+i )

Calculons maintenant E en prenant le prix du fuel égale à 1600 francs


la tonne. °
E = 1600 x 5360 : 8,6 H F

On prendre i = 7 %
I = 72 M F

on trouve alors N = 6,5 ans


Le temps d'amortissement de l'installation est donc supérieur à la limi-
te que se fixe habituellement les industriels (5 ans). Mais nous n'avons pas
tenu compte du fait qu'il ressort du processus de distillation et de déshydrata-
tion une eau à 85° C (400 m3/h) qui peut être utilisée pour le chauffage des lo-
caux de l'usine, e t c . . La rentabilité de l'opération dépendra de l'emploi qui
sera fait de cette eau.
- 35 -

BIBLIOGRAPHIE

CHAPITRE 1
. La géothermie. Une énergie directement utilisable pour le chauffage
mai 1983.

. La géothermie. Exploration forage exploitation par H. CHRISTOPHER et


H. ARMSTEAD. Traduction du B.R.G.M. fin 1981.

CHAPITRE 2

. Valorisation énergétique de la biomasse : perspectives par F. MUZZOLINI.


Revue de l'énergie - N° 353 - avril 1983.
. Contenu énergétique des alcools d'origine fossile ou biomasse par
J.P. ARLIC.
Revue de l'Institut Français du pétrole - Vol. 38 - N° 2 - mars-avril
1983.
. Carburants de substitution ex-biomasse : des progrès très encourageants.
Energie plus - N° 28 - décembre 1983.
. Carburants de substitution : développement actuel du programme français
par M. CARRE.
Exposé - Innova 8?.

CHAPITRE 3

. Technical - Economie assessment of the production of methanol from bio-


mass by Edward I. WHAN - John A. SIMMONS - Joseph D. PRICE - Fien D.
NGUYEN U.S. Department of energy - juillet 1979.

CHAPITRE 4

. A learning guide for alcohol fuel production - juillet 1979.


. A guide to commercial - scale ethanol production and financing.
Solar Energy Research Institute - mars 1981.