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Monuments et mémoires de la

Fondation Eugène Piot

Une tête inédite de Toutânkhamon


Monsieur Étienne Drioton

Citer ce document / Cite this document :

Drioton Étienne. Une tête inédite de Toutânkhamon. In: Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, tome 52,
fascicule 2, 1961. pp. 1-8;

doi : https://doi.org/10.3406/piot.1961.1495

https://www.persee.fr/doc/piot_1148-6023_1961_num_52_2_1495

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UNE TÊTE INÉDITE DE TOITANKHAMON

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MONUMENTS PIOT

par un serre-tête. Le sommet suit la configuration du crâne, mais il se relève


légèrement sur les côtés au départ des retombées latérales. La surface de ce qui
représente une étoffe rayée de deux couleurs est traversée par des bandes en
relief de 0m.15 de largeur, séparées par des creux de même dimension, au nombre

Fig. 1. — Tête inédite de Toutânkhamon, face.

de six sur le sommet de la tête et en même quantité sur la partie supérieure des
retombées. Celles-ci se terminent de chaque côté du cou par des pans plus
finement striés, bordés par une ganse vers l'intérieur. La queue qui terminait
ce cache-perruque à l'arrière a été cassée à coups de masse.
Un autre accessoire de bronze qui complète cette tête est l'uréus, ou serpent
royal, placé sur le devant de la coiffure ; le corps, jadis dressé au-dessus du front,
UNE TÊTE INÉDITE DE TOI TAN KH AMO N 3

a disparu ; mais il reste la queue qui, après avoir dessiné une boucle en S disposée
horizontalement, va se terminer après trois ondulations au sommet du crâne ;
l'extrémité en a disparu sur une longueur de 0m,35, mais sa trace reste visible
sur le calcaire.

Fig. ■■>. — Tète inédite de Toutânkhamon, de trois quarts à gauche.

Cette tête a été examinée en laboratoire aux rayons ultra-violets et au


microscope. Son authenticité est hors de doute. Ces investigations ont même
fait apparaître sur sa surface des traces de couleurs insoupçonnables à l'œil nu.
Une telle vérification n'était pas inutile. En effet, si magnifique qu'elle soit,
la tête n'en pose pas moins, au point de vue de l'art égyptien, un problème ardu.
En effet, son allure générale, en particulier la position trop élevée des
4 MONUMENTS PIOT

oreilles et le dessin de la bouche, ferait penser à première vue à une œuvre


du Moyen Empire, plus particulièrement de la période encore mal connue de
la XIIIe dynastie. Toutefois deux détails empêchent de s'en tenir à cette
impression : les stigmates aux oreilles ne se trouvent dans la statuaire royale que
d'Aménophis III (1) aux premiers Ramessides ; la ganse qui ourle vers l'intérieur
les pans retombants du némès n'apparaît, encore timidement, que sous Thout-
môsis IV et ne devient de règle qu'à la fin de la XVIIIe et sous la XIXe
dynastie (2). La tenue espacée des stries qui ornent ces retombants, comme ils se
présentent sur la coiffure de notre tête, n'apparaît pas avant le milieu
de la XVIIIe dynastie. Elle disparaît de la grande statuaire avec le début
de la XIXe (3).
Le problème se trouve donc nettement circonscrit, grâce à ces indices
archéologiques convergents. Il ne peut s'agir que d'Aménophis III (1408-
1370 av. J.-C), Akhnaton (1370-1352 av. J.-C), Toutânkhamon (1352-
1344 av. J.-C), Eyé (1344-1340 av. J.-G.) ou Horemhêb (1340-1320 av. J.-C).
Cette tête ne relevant pas de l'art amarnien, le seul qui ait été au service
de ces rois, on peut exclure dès l'abord Akhnaton et son corégent Smenkhkérê.
Il est également impossible qu'elle représente Aménophis III, dont
l'iconographie est bien connue ; ni Eyé, qui fut un vieillard ; ni Horemhêb, qui avait de
tout autres traits. Il ne reste comme probable que Toutânkhamon.
Mais on se heurte alors à un autre problème. Si les lignes du visage et son
air de jeunesse rappellent les statues connues de Toutânkhamon, en particulier
la statue en granit violacé n° 42091 du Musée du Caire (4), qui provient de la
cachette de Karnak, on sent toute certitude à ce sujet se diluer si l'on compare
trait pour trait notre tête à l'effigie la plus réaliste, et que l'on sent la plus véri-
dique, de Toutânkhamon : le masque en or trouvé sur sa momie même (5).
C'est que les anciens Égyptiens n'avaient, en ce qui concernait leurs
portraits, ni des conceptions, ni des exigences qui fussent les mêmes que les
nôtres. On s'en aperçoit vite dès qu'on réunit les documents iconographiques
d'un personnage déterminé. A côté de rares œuvres puissantes par leur réalisme,
qui sont les seuls véritables portraits, on se trouve alors en présence de toute une
gamme de stylisations qui vont jusqu'à l'expression impersonnelle de l'idéal
sculptural de l'époque. Les Égyptiens se contentaient pourtant de telles approxi-

(1) Cf. Hermann Kees, Aegyplen, Munich, 1933, p. 91.


(2) Hans Gerhard Evers, Staat aus dem Stein, Munich, 1929, vol. II, p. 13, n° 70.
(3) Ibid., n° 73.
(4) Georges Legrain, Statues et statuettes de rois et de particuliers (Catalogue général des Anliquilés
égyptiennes du Musée du Caire), vol. I, Le Caire, 1906, p. 53-54 et pi. LVII-LVIII.
(5) Penelope Fox, Tutankhamun's Treasure, Londres, 1951, pi. 32-33.
UNE TÊTE INÉDITE DE TOUTANKHAMON 5

mations dans la majorité des cas. L'effigie de Toutânkhamon, qu'on étudie ici,
est à situer à mi-hauteur sur l'échelle de l'idéalisation. Du Toutânkhamon réel,
elle a la disposition générale du visage, la forme du nez, quelque chose dans la
bouche et surtout l'aspect juvénile ; pour le reste, ce ne sont que des traits

Fie;. 'A. Tète inédite de Toutânkhamon, le profil.

purement idéaux, qu'on s'efforcerait en vain d'identifier avec ceux des portraits
authentiques.
Il n'est pas sans intérêt de relever les affinités que cette tête présente, au
premier abord, avec la sculpture royale de la fin du Moyen Empire. Elles font
saisir sur le vif un des moyens mis en œuvre par les sculpteurs du règne de
Toutânkhamon, pour ramener leur art dans les voies traditionnelles après la
réconciliation du roi avec Thèbes. Tandis que les artistes de la Cour royale,
b MONUMENTS PIOT

rapatriés d'El-Amarna, se contentaient d'assagir, en rentrant dans les cadres


de l'imagerie ancienne, l'art auquel ils étaient rompus, les autres s'efforçaient
d'élaborer de nouveaux types statuaires en s'inspirant des modèles antérieurs
au schisme d'Akhnaton qu'ils avaient sous les yeux.
Cette belle tête, qui ne peut être par ailleurs que de Toutânkhamon, témoigne
en définitive de ce second procédé.
f Etienne Drioton.

NOTES ADDITIONNELLES
Les lecteurs du précédent article sont certainement convaincus que la très belle
tête étudiée par le chanoine Drioton représente l'illustre Toutânkhamon. Tenant ce
diagnostic pour assuré, je voudrais essayer d'en déterminer la provenance. Il faut avoir
présent à l'esprit que Toutânkhaton, gendre et successeur d'Akhenaton, est demeuré à
peu près trois ans dans la capitale fondée par ce dernier avant de renoncer au culte d'Aton
et de s'installer, ayant légèrement modifié son nom en Toutânkhamon, à Thèbes où il
vécut encore six ans. Il fit de son mieux pour effacer les conséquences de l'hérésie, et
particulièrement renoua les relations avec Byblos afin de faire venir en Egypte le sapin
(âch) du pays de Negaou (1), nécessaire à la construction du vaisseau sacré d'Amon et des
barques fluviales. Ses efforts sont consignés dans une grande stèle, qui fut érigée à Karnak (2).
Comme il avait beaucoup à se faire pardonner, il fit graver sur une paroi du temple de
Louxor la grande procession d'Amon (3), et il érigea à Karnak des statues qui le
représentaient seul (4) ou avec Amon (5) ou avec Amon et Moût (6) ; ou encore qui représentaient
Amon seul (7), mais avec ses propres traits. A l'instar des souverains de la XVIIIe dynastie,
il entreprit d'édifier sur la rive gauche de Thèbes, non loin du grand édifice d'Amenhotep III,
un temple destiné à perpétuer son souvenir.
Quand il mourut, Ay, un vieux courtisan très laid, épousa sa veuve qui avait rêvé
d'une union plus brillante (8), et monta sur le trône d'Horus. Il déposa la momie et le
mobilier funéraire de son prédécesseur dans un tombeau assez modeste de la Vallée des
Rois. Comme le temple funéraire entrepris par Toutânkhamon était loin d'ôtre achevé,
il jugea bon de s'approprier ce qui était déjà fait ; mais à sa mort, qui ne tarda guère,
l'édifice n'était pas complètement terminé. Horemheb, qui recueillit sa succession, décida
de compter ses années de règne à partir de la mort d'Amenhotep III et puisqu'il considérait
les souverains qui avaient régné dans l'intervalle comme n'ayant pas existé, il usurpa leurs
monuments à commencer par la grande stèle de Toutânkhamon, la procession de Louxor,
les statues et finalement le temple funéraire d'Ay.
L'Institut oriental de Chicago a exploré à partir de 1930 les ruines de cet édifice,

(1) Montet, Le pays de Negaou et son dieu, Syria, IV, 181.


(2) Legrain, La grande stèle de Toutânkhamon, Ree. de trav., XXIX, et Lacau, Stèles du Nouvel
Empire, pi. 70.
(3) Wreszinski, Atlas, II, 69-70.
(4) Caire, 42091-42092. Ces deux statues ont été trouvées par Legrain dans la célèbre cachette.
(5) Louvre E. 11609.
(6) Caire, 42097.
(7) Très belle reproduction dans Jéquier, L'architecture et la décoration dans l'Ancienne Egypte, I.
pi. 78.
(8) Avec le fils du roi hittite Soubillouliouma.
TÊTE EN CALCAIRE INCRUSTÉE DE BRONZE ET DE CRISTAL DE ROCHE REPRÉSENTANT "OUTANKHAM
COLLECTION PRIVÉE.
LISTE DES GRAVURES
DANS r.K TEXTE
Reine Karomama. . . . . . . . 2l>
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UNE TETE INEDITE DE TOUTANKHAMON /
dont on peut prendre une idée très complète dans les rapports préliminaires (1) et dans la
publication définitive (2).
Parmi les découvertes mobilières faites sur ce terrain, il convient de signaler deux
grandes statues en quartzite de la montagne rouge près d' Héliopolis qui, entreprises sur Tordre
de Toutànkhamon, ont été complétées et inscrites par Ay, puis usurpées par Horemheb (3).

Fie. 1. — Fragments d'une statue de calcaire, d'après Holscher, op. cil., pi. 50 e et f.

Cette découverte éclaire singulièrement l'histoire de l'édifice. Puisque les statues


ont appartenu successivement à Toutànkhamon, Ay et Horemheb, il est évident que l'édifice
qui les contient a connu les mêmes avatars. Commencé par Toutànkhamon, il a été continué
par Ay et achevé par Horemheb.

(1) Chicago, Oriental Inslilule communications, nos 15 et 18.


(21 L'vo Hôlscuer, The temp'e of the eighteenth dynasty, Chicago, Or. Insl. publications, vol. XI. I.
(3) Or. Insl. C.omm.. n° 15, p. 5'2 n° 18, p. 115. Une de ces statues est au Caire (.1 59869'
Uvo Hôi.schkr, /. /.. pi. I. 44 et 45 ; l'autre à Chicairo. ibid., pi. 46 H et 47.
;

:
8 MONUMENTS PIOT

Ces remarques nous amènent à envisager trois hypothèses au sujet de la tête étudiée
dans ce volume.
Nous pouvons, si je ne m'abuse, éliminer l'origine amarnienne. Il est vrai que des
objets appartenant à Toutânkhamon et à sa femme ont été découverts à Tell el Amarna (1).
On admet généralement que la charmante tête bleue du Louvre représente le roi et date
de la période amarnienne (2). Mais il ne faut pas oublier que Toutânkhamon était encore
un enfant lorsqu'il a quitté sa première capitale. Or la tête que nous étudions est celle d'un
jeune homme, mais d'un jeune homme sorti de l'enfance.
J'éliminerais aussi Karnak parce que les statues du règne de Toutânkhamon, qui y
ont été trouvées, relèvent beaucoup plus de l'art officiel. Notre statue aurait surpris dans
un tel milieu, tandis qu'elle était tout à fait à sa place dans un édifice de la rive gauche
consacré au culte royal.
Cette solution s'impose d'autant plus à l'esprit que les savants de l'Institut oriental
de Chicago ont découvert sur l'emplacement du temple des trois Pharaons, non seulement
les deux grandes statues de quartzite, mais des fragments de la même matière que la tête,
le calcaire.
Deux de ces fragments méritent une attention spéciale. Ils sont reproduits dans
l'ouvrage d'Uvo Hôlscher, pi. 50 e et f, ci-dessus, flg. 1. Ils ont fait partie d'une statue
grandeur naturelle, f, de l'épaule gauche, e, de la partie haute du torse, côté droit. On y
reconnaît le coin inférieur du nemes, une portion d'un collier à quatre rangs, le nœud de la
jupe plissée.
Autant que l'on peut en juger d'après la publication, sans avoir vu les fragments,
rien n'empêche de les attribuer à la même statue que la tête. On observera que le fragment e
possède précisément une partie de l'extrémité du nemes, qui manque à la tête.
J'espère qu'il sera possible un jour de présenter un moulage de ces deux fragments
à côté de la tête. Si l'expérience est concluante, si le module des plis est identique, on aura
la preuve que la tête provient d'une statue destinée au temple funéraire des trois rois.
S'il était prouvé, au contraire, que la tête et les fragments proviennent de deux statues
différentes, les remarques que nous avons présentées garderaient leur valeur.
Pour nous, la tête qui fait l'objet de cet article provient de Thèbes rive gauche ; sa
place originale était l'édifice où les trois derniers rois de la XVIIIe dynastie ont
successivement laissé leurs traces.
Pierre Montet.
(1) Porter et Moss, Topographical bibliographe, IV, 206, 209, 232.
(2) Louvre E. 11658 : Vandier, Manuel, III, 359.

Ayant soumis des photographies de la tête de Toutankh Amon à M. John A. Wilson,


professeur d'égyptologie à l'Université de Chicago, pour qu'il les compare avec les fragments
publiés par Hôlscher (voir la note de M. Montet), il me répond par lettre du 12 juillet 1961 :
« Now cornes the embarrassment of an attempt to match thè head with thè two fragments
illustrated in U. Hôlscher. May I print out a difflculty ? PL 50 f., shows a left shoulder
which is preserved nearly to thè neck. Your piece shows a trace of the same shoulder.
Further, your piece shows a beard which should hâve descended to be visible on PL 50 e.
On the basis of photographs I doubt whether the pièces are the same. »
Donc après examen des photographies, M. Wilson doute que la tête de Toutankh
Amon fasse partie d'une des statues fragmentaires publiées par Hôlscher de Medinet Habu.
C. F. A. SCHAEFFER.
PL. Il

PORTRAIT D.UNE D'UGARIT.