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Comité de Conservation des

Monuments de l'Art Arabe

Les jardins du Caire à l'époque ottomane


Edmond Pauty, Marqus Simaykah, Robert Hyde Greg, John Home, Pierre Lacau, Kamil
Osman Ghalib, Ali Hasan Ahmad, Bashiruddin Mahmud Ahmad

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Pauty Edmond, Simaykah Marqus, Greg Robert Hyde, Home John, Lacau Pierre, Ghalib Kamil Osman, Ahmad Ali Hasan,
Ahmad Bashiruddin Mahmud. Les jardins du Caire à l'époque ottomane. In: Comité de Conservation des Monuments de l'Art
Arabe. Fascicule 37, exercice 1933-1935, 1940. pp. 401-414;

doi : https://doi.org/10.3406/ccmaa.1940.13099

https://www.persee.fr/doc/ccmaa_1110-6824_1940_num_1933_37_13099

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— 40 L —

Annexe au 713e Rapport

Les Jardins du Caire à l'Époque Ottomane.

Au début du XIXe siècle, après les grands travaux de


Muhammad 'Ali, les jardins le long du Nil constituaient
l'une des grandes attractions du Caire. V. Schœlcher
pouvait écrire en 1845 : " un luxe fort recherché en Egypte
est celui des jardins .........
Au Caire et surtout à Alexandrie
tous les hommes riches ont un jardin " (l'Egypte en 1845).
Hélas, nous n'en dirions pas autant aujourd'hui.
Le long du Nil, entre Bùlàk et le Vieux-Caire, Ibrahim
Pàshà entretenait les plantations d'un vaste terrain cultivé
qu'on traversait en suivant au pas de promenade une avenue
large et ombragée pour aboutir, au temps où Gérard
de Nerval séjournait au Caire, à l'île de Rawda, devenue,
grâce aux soins d' Ibrahim, le kir din des plantes du Caire.
("Voyage en Orient", p. 202). Sur ce vaste terrain, jadis
encombré de décombres, Muhammad c Ali avait fait exécuter
des travaux d'assainissement et de nivellement. Les jardins
(avant 1881, époque à laquelle les dommages commencent)
'" bordaient autrefois le Nil sur une longueur de 3 kilomètres.
Des massifs de superbes dattiers, de sycomores, d'accacias,
etc., se dressaient au milieu de belles prairies où le promeneur
trouvait de frais ombrages en toute saison. C'était la
campagne, presque la forêt à la porte même de la ville. "
(Guide E. Isambert, Orient 1881). Mais déjà en 1881,
le jardin
des villas. était massacré pour l'organisation du quartier

Le jardin qui jouissait de la plus forte réputation était


celui de Shubra, situé au nord de la ville ; elle n'était
pas contestée. "Un des plus beaux jardins au Caire est
naturellement celui de Muhammad 'Ali, à Shubra, écrit encore
Schœlcher (p. 175). Il est peut-être tiré au cordeau, mais
il présente d'épaisses et luxuriantes masses de verdure
vraiment superbes ; l'œil y plonge avec délices. "
L'enchantement des visiteurs commençait au départ de
— 402 —

végétation " ; des casinos, des cafés l'entouraient.


l'on s'engageait a ors sous l'ombrage de l'avenue de Shu
" la plus belle qu'il y ait au monde assurément " estim
Gérard de Nerval, bordée d'une double rangée d'énor
arbres séculaires, figuiers de pharaon dont le tronc a
parfois cinquante pieds de circonférence (Léon Hugo
"En Egypte," 1883). Gérard de Nerval la décrit {voir
très belle photographie de l'Album de Béchard et A.
mieri, 1887) lui-même avec enthousiasme : " Les sycom
et les ébéniers qui l'ombragent sur une étendue d'une l
sont tous d'une grosseur énorme, e la voûte que form
leurs branches est tellement touffue qu'il règne sur tou
chemin une sorte d'obscurité, relevée au loin par la li
ardente du désert qui brille à droite, au-delà des te
cultivées. A gauche, c'est le Nil qui côtoie dévastés jar
pendant une demie-lieue, jusqu'à ce qu'il vienne bo
l'allée elle-même et l'éclaircir du ierlet pourp é de ses ea
(p. 219). Il y avait à mi-chemin de Shubra, un
et des fontaines ; des maisons de plaisance, tout au
de l'avenue, s'égrenaient parmi les champs de maïs e
canne à sucre. Cette avenue de sycomores, " qui ont v
ans à peine " écrivait Madame de Gasparin en 1847 (" Voy
au Levant," t. I, p. 217) était la promenade de prédilec
des habitants du Caire. Chaque soir, avant le couche
soleil, on y rencontrait toute une jeunesse dorée, des brill
équipages et, si l'on en croit Léon Hugonet, des princ
aux éblouissants visages, des gracieuses amazones,
s'y promenaient escortées d'horribles eunuques no
Le jardin de Shubra (d'une étendue de cinquante

feddans,
vaste étendue
calculée
; le sur
domaine
les plans)
étaitentourait
situé au les
bord
palais
du Nii
sur

fallait le contourner pour retrouver au-delà, venant


Bùlàk, la rive du fleuve (Léon Hugonet), Une r
végétation, composée d'espèces nombreuses d'arbres
tiers, d'arbres étrangers, de plantes odoriférantes (
Bey, "Aperçu sur l'Egypte," p. 72 et ss.), composait
ensemble agréable et varié.
En -Egypte " où les fleurs sont très rares et partant
précieuses " (Ch. Didier, " Les Nuits du Caire," pp. 387,
— 403 —

splendide n'avait nullement un caractère oriental ; il


dessiné par un jardinier européen, peut-être allem
(Ch. Didier). " Ce sont des allées droites, comme il y
a dans tous nos jardins et dont quelques-unes, ce qui
pis, sont pavées de cailloux en mosaïques" (Ch. Didi
Ces allées, " pour lesquelles on avait un goût particulie
composaient des dessins simples et variés au moyen
pierres noires se détachant sur un fond blanc. " La ch
était jolie à la vue, mais un peu dure aux pieds " (Scœleh
p. 175). D'après Ch. Didier, les haies étaient de myrtes,
jasmins
tout entière.
et il se trouvait là plus de roses que dans l'Egy

" Le bananier, dit-il, s'y marie à l'oranger ; le narc


d'or y éclate au soleil ; la tubéreuse du Mexique retrouv
ici le climat de sa patrie, embaume l'air de ses sente
voluptueuses mê ées au parfum non moins enivrant

le
citronniers
murmure en fleurs,
cristallin
et il fait
y a partout
rêver ......
des eaux
" Avec
courantes
le mêd

enthousiasme, C.R. Scott vers 1834, enumère avec plus


détails encore les espèces nombreuses de ce jardin encha
(" Rambles in Egypt and Candia. " Palace at Shub
p. 203 et ss.).
La résidence de Shubra ne fut d'abord qu'une f
modeste maison de campagne. Si l'on en croit Lynant
Bellefonds ("Mémoire sur les principaux travaux d'uti
publique exécutés en Egypte ", pp. 380-81), Muhammad
vers 1819, y logeait sans luxe, avec peu de salons de réc
tion, recevait sur d'indigents divans. Le soir " l'éclair
consistait, chez lui, en deux gros cierges de cire placés d
des chandeliers en argent posés à terre. " cependant q
ses premiers secrétaires se contentaient d'une lampe
huile. C'est dans ces modestes locaux que " la co
les poètes, les interprètes etc. se tenaient Muhamm
cAli n'y était guère installé et lorsqu'il quittait son har
de l'Esbékiya ou celui de la Citadelle qu'il fit bâtir
transportait avec lui " tout son train de maison, son
ses tapis, sa cuisine, etc. "
— 404 —

à des palais, il fit de Shubra une demeure d'été de


lection. Linant de Bellefonds signale que le p
véritable palais qui fut construit sous son règne fu
de Ras el-Tîn, à Alexandrie. " C'est la seule constr
dit-il, qui de son temps ressemblât à un palais

résidences
générateur etde" l'Egypte
a surtout était
fait construire
peu soucieux
des établisse
de ses p

utiles ajoute-t-il encore.


Le jardin fut donc enrichi de plantations nouve
" au milieu de ce labyrinthe odorant " fut élevé un
kiosque octogonal, meublé à l'européenne avec des
de couleur, des rideaux jaunes, etc. "et, ajoute Ch.
(pp. 387-8)
mille écus..." "
ce colifichet n'en a pas moins coûté cin

Les visiteurs qui purent voir en son temps la ré


de Muhammad ? Ali, furent frappés par le contraste en
pièces occupées par le pàshà lui-même, dans les

figuraient
Pour atteindre
les locaux
unede
salle
réception,
d'audiences,
et le harem.
au sol couv

nattes, garnie de coussins de satin, l'on pénétrait p


porte sans apparat qui ouvrait sur le palier supérieu
escalier droit. L'on trouvait presque de suite la
d'audiences. Une petite porte dont il fallait en
le cadre donnait dans une petite pièce ccntiguë ; qu
coussins, un sofa posé à même le sol constituaient le m
de la salle à coucher du pàshà. " Surely, never m
had so little luxury or state. " constatait J. A. S
("Gardens of Shoubra", p. 242).
Le harem, dans lequel on pénétrait tout aussitôt, f
une suite d'appartements splendides. J. A. St-John
renseigne sur l'habitation de la dame principale

trois
harem dedont
ses côtés
le salon
des central
niches entièrement
était octogonal
revêtues
et posséd
de m

Quatre portes ouvraient sur des pièces où l'on aper


des coussins de velours ou dcrés. Des salles de bain
plétaient ce logis élégant. Le décor y était abo
les plafonds exécutés par un artiste grec recevaient su
voûtes des représentations diverses rehaussées de
dorés ; des paysages (landscapes), des palais à colon
— 405 —

de la sultane, dit Mrs Lushington qui renseigna St-John,


était encore plus somptueux. Les plafonds étaient tout
illustrés d'images, de palais où le souci d'une perspective
savante frappait l'observateur.

Tous ces locaux étaient surélevés ; dans le haut soubasse¬


ment une salle fraîche, au milieu de laquelle une fontaine
projetait ses eaux, recevait Muhammad fAli les jours de
forte chaleur. Elle était entourée d'inscriptions de bien¬
venue ou chargée d'allusions " Une heure de justice vaut
soixante dix jours de prières. "

On peut voir encore aujourd'hui, très proches du Nil,


les vestiges de ce pavillon, souvent remanié, repeint, ayant
perdu sa forme octogonale. Le salon central, à niches
demi-circulaires, avec son plafond rehaussé d'or, est tout
ce qui subsiste de l'époque de Muhammad çAli. A. St-John
ne nous dit pas que ce petit kiosque était monté sur le
dernier plateau d'une sorte de jardin suspendu quadrangu-
laire, à quatre larges gradins fleuris. Des escaliers droits
assez étroits, franchissent encore les degrés verdoyants,
par deux faces opposées.

Non loin, environné de jardins, on éleva ce qu'on appelle


le grand kiosque, conçu comme une nymphée, et dont le
bassin central " de marbre blanc où quatre lions , assis aux
quatre coins et aussi de marbre blanc, versent une eau
limpide toujours renouvelée (Ch. Didier), a souvent mis
en route l'imagination des visiteurs.

La nymphée de Shubra appartient presque à la légende.


Des écrivains ou des poètes ont chanté ou violemment
critiqué son objet et son art théâtral. A Shubra, écrit
Arthur Rhoné, hostile à toute manifestation d'esprit ottoman,
" on nous fait voir avec orgueil ce fameux lac de marbre
blanc, délices de Méhémet Ali, dont l'imagination se formait
une idée digne des sérails rêvés par Lord Byron. "

" In marble pav'd pavillion, where a spring,

" Of living water from the centre rose,


- 406 —

<f Ali reclui'd, a man of war and Wœs. " *

(Lord Byron, child Harold, II, p. 62)

Arthur Rhoné marque sa déception avec sa fo


tuelle, devant " ce que le mauvais goût italien
puéril et de plus tourmenté ". Il se plaît cep
évoquer le temps où les odalisques se baignaient
paient sur l'ilot central de marbre " d'où l'eau vi
chait en cascade. " Il les imagine aussi se lança
pour remorquer " avec des cris joyeux le long des
de marbre, la nacelle d'or qui porte le vieux M
pensif, et caressant sa longue barbe blanche."
Rhoné-L'Egypte à petites journées, p. 164-65).
Le palais de Shubra constitue aujourd'hui un
précieux sur les monuments de l'époque de Muham
car ceux-ci sont devenus rares. La mosquée de la
est, au point de vue religieux, le seul monumentq
le règne. Le palais voisin qui fut assez considérab
due est, en grande partie ruiné et-la fraction d
aujourd'hui dénommée " palais du Bijou "ne saura
la richesse grandiloquente des constructions de
L'édifice le plus représentatif de cet art reste don
d'été de Shubra construit au début du règne (v
Le plan, conçu avec une ampleur harmonieus
autour de la nymphée dont l'îlot central est le poi
tif, des portiques profonds. (" In centre of t
dit J. A. St-
John, are the baths of the harem,
marble, and adorned with sculptured figures of cro
Aux angles du bassin, qui est de forme quadra
et au milieu des côtés, des lieux de repos, aussi
les portiques, saillent en pans coupés et en ava
Le fond des portiques laisse apercevoir par
fenêtres le parc environnant et aux angles, d
d'apparat ou de réunion débordent le plan com
par des locaux fermés, les dispositions tout en

de la nymphée.
dience, est demeurée
L'uneintacte.
de ces pièces,
Elle nous
à usage
fournit
de s
407 —

unique d'une pièce d'apparat dans le style du temps, traitée


luxueusement avec de beaux matériaux de revêtement.

Une ordonnance classique, à pilastres et chapiteaux


doriques, à baies arquées, à grands panneaux à glace,
entoure la pièce à forme rectangulaire. Au dessus de la
corniche à modillons un plafond à compartiments et à
caissons polygonaux soutient un lustre, rutilant de verre¬
ries multicolores étince:ant parmi les chevaux ailés et les
couronnes de cuivre superposées. Les glaces et les cre¬
dences sont particulièrement curieuses par l'ampleur donnée
aux éléments qui composent les cadres et les supports. Sur
des rinceaux engraissés et développés s'applique, sans réti¬
cence, une dorure vive de ton. Des appliques débordantes
de tulipes de verres ajoutent au scintillement de la pièce.
Le travail de marqueterie des lambris et du parquet, fait
d'un jeu de motifs géométriques, dans le goût empire, est
remarquable.
Cette étrange construction qui apparaît comme une
fantaisie de monarque aurait été conçue par Drovetti,
consul-général de France. " The great wonder of the
place is an immense marble reservoir, ornamented with
" jets d'eau " (en français), foutains, etc designed by Signor
Drovetti late consul-
général of France. It is a tasteles
affair, and cost an immense sum of money, five times as
much as the Vice-Roy intended to expend upon it." (St-
John. )
Les contemporains ont quelque peine à expliquer com¬
ment Mohammad Ali, connu pour sa simplicité, a pu donner
son agrément à la réalisation de cet ouvrage. Accessoirs
de harem disons-nous que seul le désir de procurer quelque
amusement à ses femmes peut justifier. St-
John le compare

evident,
à un jouet.
was got
" In
upfact,
by the
dit-il,
Pashatherather
wholetoaffair,
dazzleit
the
is Turks
quite

than to suit his own tastes, which are exceedingly plain •


and he has now grown tired , of the toy " (Egypt and Nubia,
ch. XIX, p. 242 et ss. 1832-34) (Voir encore :> Egypt and
- 408 -

Les résidences princières élevées sur les bords du Bo


exerçaient une attraction invincible sur les maît
l'Egypte du XVIIIe et XIXe siècles. En ces d
temps encore, nombreux étaient les dignitaires et le
bles qui possédaient une propriété en Turquie, où l'o
passer quelques mois d'été.
Le Bosphore était célèbre dans l'Antiquité, on le s
comme possédant les rives les plus enchanteresses du
Les pachas ne manquèrent pas de le peupler de leu

tueuses
sortie de constructions,
Péra elles étiraient
entre leurs
rives terrasses
et parcs. dans
Dep

du canal. " D'un village à l'autre, écrivait Th


Gautier, règne comme un quai non interrompu de
et de résidences d'été. La sultane Validé (mère du
régnant en 1861), les sœurs du sultan, les vizir»?, le
tres, les pachas, les grands personnages, se sont tou
truit des habitations charmantes avec une enten
faite du confortable oriental. Ces palais sont de
de planches, à l'exception des colonnes, taillées or

ment
à des dans
débrisun
d'anciennes
seul bloc constructions.
de marbre de Marmara,
Mais ils n'
e

pas moins élégants dans leur grâce passagère, ave


étages en surplomb, leurs saillies et leurs retraite
kiosques à toits chinois, leurs pavillons à vases, et leu
coloriages renouvelés sans cesse. Au milieu des g
en baguettes de bois de cèdre, qui se croisent s
fenêtres des appartements réservés aux femmes, s'
des trous ronds pareils à ceux pratiqués dans les rid
théâtre, et par lesquels les acteurs inspectent la
les opérateurs ; c'est par là qu'assises sur des .carre
belles nonchalantes regardent passer sans être vu
vaisseaux, les bateaux à vapeur et les kâyiks. Un étr
de granit, formant chemin de halage, sépare ce
habitations de la mer. " (Cité par Yoanne et Isa
Guide 1861, p. 390) (Th. Gautier, Constantinople-Pari
— 409 —

de l'eau le décor verdoyant des coteaux. C'est le palais de


Dolma Baghtché reconstruit pour le sultan c Abdul Medjid
en
" le 1853
Béchiktache
sur l'emplacement
Sérail d'un ancien sérail de bois

Ce palais se compose d'un alignement de bâtiments en


pavillons, en étages et à terrasses, reliés pai des portiques.
Un grand pavillon central domine l'ensemble. Une archi¬
tecture de goût méditerranéen, à grand renfort de colonnes,

marque
Cette richesse,
par sa grandiloquence
ce luxe se retrouvent
une forte
à l'intérieur
intention d'étonner.
dans l'im¬

mense salle du trône, l'enfilade des salons dorés. L'abondance


des marbres, de l'albâtre, des cristaux, des lustres et des

appliques,
murs créent
lesunpeintures
milieu àeneffet.
panneaux
Les lourdeurs
des plafonds
et l'artifice
et des

qu'il implique ont souvent été jugés sévèrement par les


voyageurs, plus amateurs de bon goût que de pittoresque.
Ces palais frappent cependant par leur ampleur, un
certain goût de l'espace, l'aisance obtenue par les jardins
et les parcs qui gravissaient les coteaux. Ainsi, le palais
de même goût italien, construit par un arménien,, en 1874,
sous 'Abdel 'Azïz, " le palais de Tchiragan , "d'un luxe
orienta! inouï, construit tout en marbre" (Guide Hamboury).
Lui aussi remplaçait un palais plus ancien qu'on pouvait
encore voir en 1860 édifié pour Ahmed III. C'était "un
vaste édifice en bois ....
.....
présentant une colonnade sur
la mer avec un fronton corinthien au centre. Ce palais
(dit le guide de 1861), d'un goût médiocre, n'a de remar¬
quable que ses grandes dimensions ; l'escalier qui descend
jusqu'à la mer fait pourtant un bel effet. Derrière on
aperçoit de beaux jardins; à l'extrémité s'élève une tour
analogue à celle de Top Hané ". (Guide Joanne 1861,
p. 390). Incendié en 1910, ce palais présente aujourd'hui
l'aspect lamentable de ses murs calcinés.

On signalait à l'attention, jadis, le palais de Biza pacha >


à Ortakey, petite résidence, et, plus au nord, celui de Méhé-
met Ali pacha (beau-frère du sultan Abdul Medjid), palais
à pavillons très saillants. D'autres palais s'égrenaient parmi
— 410 —

On signale encore aujourd'hui, le palais situé sur la r


d'Asie, construit en 1865 pour 'Abdul fAziz, "le palais
Beylerbey Ses grands appartements en enfilade,
architecture cossue " d'une grande richesse et d'une r
élégance " (Mamboury, p. 380), firent les délices de l'Im
ratrice
tion duEugénie,
Canal dequi
Suez.
l'occupa en 1869, date de l'inaugu

Après ce coup d'œil jeté sur les installations ottoma


du Bosphore, l'on comprend mieux le tournant brus
qui a pu s'opérer en Egypte, dans le domaine des constr
tions palatiales, à l'aurore du XIXe siècle.
Peu soucieux de luxe pour lui-même, Muhammad
fit édifier le long du Nil des demeures entourées de plan
tions dans lesquelles il établit sa famille. Celle d'Ibràh
son fils, la Muhammad
domaine. plus importante,
'Ali était
créa accompagnée
un nouveau d'un
boulev
va

qui la reliait à l'Ezbékiya, encore centre de la ville. Dep


lors, s'accrut le goût des résidences princières, noyées d
les jardins et jouissant de la vue du Nil, telles que les bo
du Bosphore en virent naître au cours des XVIIIe et XI
siècles. Pour ces travaux, il fut fait appel, comme l
n'y manquait pas à Constantinople, au génie constru
des européens. Muhammad Ali, qui voyait dans ce
collaboration un moyen puissant de glorifier son règ
" voyait avec plaisir les bâtiments grecs venir jeter l'an
dans les ports d'Alexandrie, de Rosette et de Damie
et y entretenir une activité dont le c ommerce du pach
se ressentait avantageusement. Pour les gens de ce
nation, il parut avoir un faible.... .....
Il les associa plus
moins directement aux diverses entreprises qui marquèr
les débuts de son règne ...... "(Auriant, ''Méhemet Ali
les Grecs", Rev. l'Acropole, 1927). De 1809 à 1811, on
trouve sur les chantiers de Suez où ils équipent des batea
" C'étaient des jardiniers grecs appelés de Chio, qu
Choubra, à l'aide de machines hydrauliques entretenai
la verdure et ménageaient pour la sieste de Méhemet
des berceaux tapissés de plantes grimpantes, en forme
coupole, et c'étaient encore des Grecs d'Albanie qui
construisaient ses palais dont les plafonds étaient pe
à la fresque par des Grecs de Constantinople. Une préfére
— 411 —

si marquée pour ces rayahs avait valu à Méhemet A


surnom de Djiaour Pacha, qu'on lui décernait à Const
nople ; mais il se moquait de ce que. pensait de sa cond
le Padichah et ses Ministres, ne s'inquiétant que d
intérêts, qui lui paraissaient placés en des mains habil
(Auriant, 1927).
C'est bien dans cette période, qui va de 1850 jus
l'inauguration du Canal de Suez, sous les Gouvernem
de 'Abbàs, de Sa'ïd et d'Isma'ïl que la ville du Caire
ce caractère de cité jardin qu'elle garda fort longtemps
faut examiner les plans de la ville du Caire de cette ép
(plan du Caire et de ses environs en 1868, repr
par Clerget, plan du Guide Joanne et Isambert, de 1
plan du Guide E. Isambert de 1881, plan de la ville de 1
pour comprendre l'agrément que prenaient les habit
et
Zamàlik
les visiteurs
et de Rawda.
à parcourir les bords du Nil, et les île

Déjà avant Bûlàk, en aval entre la route . de Sh


et les bans de sable du Nil, se. développaient dans
enceintes les domaines de Tùsùn et de Sa'ïd (le Kas
Nuzha), fils de Muhammad 'Ali, les vastes jardins d' Ah
Pâshâ, isolés en pleine campagne dans les prairies.
En remontant le fleuve, immédiatement après l'ag
mération industrieuse de Bûlâk, le port du Caire,

trouvait
et l'embouchure
l'ancien du
Kasr
Canal
de Bulàk
d'Ismailieh."
"pris entre
Leladomaine
rive du

prenait des plantations régulières encloses en une enc


quadrangulaire. Dès le canal franchi (aujourd'hui com
la féerie commençait. Un chapelet de châteaux s'égr
jusqu'au débouché du Khalïg, aux premières maison
Vieux-Caire. Entre les bords du Nil sur lesquels ils
gnaient et la ville, des plantations s'étendant sur
profondeur moyenne de mille à douze cents mètres isol
les résidences princières de tous les bruits de la cité.
Malheureusement, cette atmosphère de campagne d
rapidement disparaître, et déjà l'on note de gros domm
(déplorés avec amertume par A. Rhone entre autres)
les plans de 1868 où tout est intact et ceux de 1880 o
quartiers de villas gagnent sur les plantations, et o
— 412 —

Le chateau du Nil " le Kasr an-Nïl " par exemple


qu'aucun pont ne le reliait à Djazïrat Bûlàk, dével
des bâtiments en bordure du fleuve et possédait en p
deur des jardins dessinés, aux allées droites, reliés à l
kiya par une avenue bordée de grands arbres. Les
de 1880 portent un remaniement complet du lieu,
cation de casernes, un nouveau palais attenant p
Khédive, et non loin au-delà d'une route élargie cond
au nouveau pont du Kaer an-Nïl, un vaste ensemble
truit par le Khédive Isma'ïl, et dont il ne reste ce jou
l'enceinte. Ils portent aussi le palais tout en longue
Kaer ad-Dùbâra, en construction en 1880, palais to
avant-corps et en retraits, qui devait plus tard être o
puis remanié par les résidents anglais.

L'on atteignait ensuite le vaste domaine d'Ibrâhïm p


Il comprenait deux palais. Le mieux situé était ce
harem, très près de la rive, avec en arrière plan un
régulier qui l'isolait de l'avenue centrale du dom
Le palais proprement dit était plus vaste, il était édi
face la pointe nord de l'île de Kawda. Une large a
très profonde et bordée de plusieurs rangées de grands a
mettait le palais en contact avec le cœur même des "
tations " réservées au pacha. Ces plantations qui long
la vieille ville et le Khalïg finissaient en flèche, tout p
du Kaer a'-'Ayni, " où fut originairement installée un
écoles gratuites créées par Muhammad 'Ali et déjà por
les plans de 1860 comme hôpital. On voit sur les
de 1880 qu'on rogna sur l'avenue du palais d'Ibrâhïm
pour construire le Kaer al-'Ali, et aussi que dans le
encombré de petites bâtisses situées entre le Sal
d'Ibrâhïm pâshà et le Kar al-fAyni, on édifia le pala
" de la reine Mère " et ses dépendances.

L'île de Rawda, si facilement accessible, était comm


prolongement verdoyant du domaine d'Ibrâhïm.
cachait dans ses plantations des demeures d'agrément o
enclos fleuris. Il y avait un petit palais appartena
Ibràhïm pâshà sur la rive regardant Guizeh et l'on
encore dans le Guide de 1880, le jardin de Manya , cré
Ibràhïm pàshà comme étant l'un des plus beaux du C
— 413 —

Djazîrat Bulâk reçut elle-même sur la rive qui regardai


Bulâk diverses résidences d'été. Les plans de 186
portent un quadrilatère planté contenant une bâtisse d
forme rectangulaire, inscrit sous le titre de " Palais d
Muhammad Ali, palais du Yice-Eoi " et en face du harem
d'Ibràhïm pâshâ un autre grand jardin agrémenté de kios
que et bassin, auquel l'on devait facilement accéder e
barque en traversant droit devant soi.
Dans le Guide Joanne de 1880, on citait comme particu
lièrement attrayants les palais et les jardins privés d
Guezireh situés au nord de l'île. Ce sont ces propriétés qu
furent acquises il y a quelques années par la famille Lu
fallah. Avant que ce domaine ne soit subdivisé, il com
prenait un parc dont on signalait " la belle collection d'arbre
et de plantes utiles et d'ornements, appartenant aux pay
tropicaux " ; on y trouvait encore une ménagerie où l'o
pouvait admirer des éléphants de l'Inde et quelques speci
mens de bêtes fauves et en particulier de lions. Un
grande allée menait à un " kiosque " dont on appréciait
goût, ce qui lui conférait une certaine originalité. "
droite, en entrant, un petit salon à tentures jaunes précèd

la salle
Elle est àenmanger
forme de
destinée
croix, carrée
aux grands
sur l'une
dîners
de de
ses réception
branche

arrondie sur l'autre. " Au centre, on notait une fontain


au milieu de laquelle s'élevait une colonne gracieus
Il y avait un hammam. Sur le bord du Nil s'élevait le pala
proprement dit ; on y remarquait surtout une vaste sal
de fêtes. Le Gezireh Palace est porté sur un plan angla
datant de 1891. Si l'on compare ce plan à celui de 1868
l'on voit que'Ali
Muhammad ce tout
dernier
en conservant
palais s'édifia
l'unsur
deslebâtiments
domaine de

fer à cheval regardant Bulâk.


Il y eut d'autres palais bâtis sur la rive du Nil destin
à recevoir les fils du Khédive Muhammad Tawfïk (Guid
de 1881). C'étaient les résidences des princes Hasan

Husein
de Guizeh,
qu'on
la résidence
rencontrait
d'été
avant
du Khédive,
d'atteindre
vaste
prèsconstructio
du villag

quadrangulaire " sans caractère architectural remarquable


qui comprenait de nombreux locaux, mais dont on apprécia
surtout le jardin du harem avec ses nombreux kiosque
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ses treillages, sa rivière, ses petits lacs, ses grottes


cascades, et le fare du sélamlilc. (Guide E. Isambert,
L'atmosphère créée par les jardins qui bordaie
Nil et les îles devant le Caire, eut pour résultat de
miner à l'intérieur de la cité des domaines qui s'étab
sur d'anciennes " birkats " comblées, qu'on élargiss

besoin Les
sons. en démolissant
anciens canaux
autour des
eux-mêmes
quartiers devenaient
de vieilles

boulevards d'accès. C'est ainsi que les terrains qui entou


l'ancien palais d'Elfi bey reçurent des jardins ordonné
Kâmil pâshâ, qui en devint propriétaire, dans la
opposée à l'ancienne birkat de l'Ezbekiya convert
jardin (plan 1881). Un domaine plus important fo
comme une oasis dans les quartiers encombrés de la
ancienne, non loin de la mosquée de Kusûn : cel
Darb al-Gamàmïz construit par 'Abbâs ou Muham
Sa'îd pâshâ. Il était aménagé sur l'emplacement de
cienne Birkat al-Fïl, qui apparaît encore telle quell
le plan de 1861. On note sur le plan de 1868 un pr
palais en fer à cheval accompagné d'un vaste parc,
remaniement complet des lieux sur celui de 1881
l'adjonction de nouveaux terrains plantés allant jusqu
percée du Boulevard Muhammad cAli récemment
Dans le même esprit de résidence spacieuse on n
encore le palais de Mansur pâshâ, aujourd'hui sièg
Gouvernorat de la ville, enfin les constructions plus im
tantes accompagnées d'un parc splendide, qu'Isma'ïl p
avait fait élever à 'Abdïn en communication, par un
boulevard, avec le pont du Kasr el-Nïl et Guezireh
Aujourd'hui, la ville du Caire achève de perdre sa physi
mie de cité-
jardin. Les quelques îlots qui demeurent
la rive opposée ou dans les îles, sont lentement grign
L'esprit méditerranéen n'est plus seul, tant s'en f
à influencer l'aspect de la ville et de ses construct
Un art, venu des grandes villes européennes, de Lon
Berlin, Paris, fait pénétrer en Egypte des conceptions
caractère plus universel. On saisit déjà la pénétra
d'une esthétique venant de Moscou par le véhicule