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Merci beaucoup à vous tous pour être

ici, à ceux qui verront la conférence en différé et


aux étudiants de l’Université autonome de
Madrid (en particulier, ceux d’Histoire). Je
voudrais vous rappeler la célèbre phrase de
Cicéron qui définit l’histoire comme «le témoin
des temps, la lumière de la vérité, la vie de la
mémoire, l’école de la vie, le message de
l’antiquité» (1). Je voudrais de même remercier à
La Morada de Podemos pour avoir accueilli cette
conférence, laquelle ne serait pas possible sans
cet espace. On commence la conférence en
citant à Alain de Benoist, l’«illustré» de la
nouvelle droite, lequel dans son livre Vu de
droite (2) disait: «Sans théorie précise, pas
d’action efficace. On ne peut pas faire l’économie
d’une Idée. Et surtout, on ne peut pas mettre la
charrue avant les bœufs. Toutes les grandes
révolutions de l’histoire n’ont fait que transposer
dans les faits une évolution déjà réalisée, de
façon sous-jacente, dans les esprits. On ne peut
pas avoir un Lénine avant d’avoir eu un Marx»
(3)
. La droite française —et aussi une certaine
gauche espagnole— se dit «léniniste» sans avoir
lu à Lénine, mais elle n’a pas contemplé à
Gramsci, ni à la menace constante du pouvoir
culturel aux apparats de l’État.

1
J’espère que cette conférence sera
compréhensible et non pédante. À ce sujet, je ne
prononcerai pas les noms étrangers d’une façon
récréative —je ne dirai pas par exemple
«Descartes» mais «Deskártes»—. Je vais traiter
les différences idéologiques et philosophiques
entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen (4).
Cette conférence suit à une autre que j’ai donné
à Mexico D. F., Les fondements philosophiques
de Donald Trump (ils constitueraient un livre
analytique-critique qui se publiera en octobre ou
décembre de cette année), qui parle sur la
nouvelle droite actuellement, et sur la différence
entre la «droite» et la «gauche» à nos jours.

2
Dans une entrevue concédée en 2016,
Jean-Marie résumait sa philosophie avec la
phrase suivante: «Ma philosophie est le
survivalisme, car la vie est un combat, un
match permanent contre l'adversité, avec plus
ou moins de chance. Il est plus agréable de
rester dans un fauteuil que de marcher sous le
soleil, mais la seule assurance de garder son
indépendance est de ne pas rester dans le
fauteuil. Au fond, je peux exprimer ma
philosophie de l'action à partir d'une devise d'un
régiment parachutiste: “Être et durer”» (5).

L’expression n’était pas une coïncidence


en termes biographiques, parce qu’en fait Jean-
Marie fut un parachutiste de la Légion
Étrangère (LE), laquelle avait commise une série
de crimes de guerre pendant l’indépendance de
[la Guerre d’] Indochine et l’indépendance de [la
Guerre d’] Algérie. Ce parachutiste serait député
de la IVe République et deviendra, en 1972, en
l’agglutineur de l’extrême droite française, qui
était dispersée et qui, à ce moment-là, était sous
l’hégémonie du parti néo-fasciste Ordre
Nouveau (ON) —ce qui constituait une
contestation au centre-droit français gaulliste—.

3
Un parti qui s’était installé dans
presque tous les pays où le fascisme avait été
vaincu. Pas à l’Espagne, la Grèce ou le Portugal,
mais si, par exemple, à l’Italie, avec l’Ordre
Nouveau et le mouvement Bobards d’Or, qui
étaient deux partis d’extrême droite néo-fasciste
influencés par le supra-fascisme de Julius
Evola: dans lesquels on trouvait catholiques,
intégristes et collaborationnistes, tout comme
nostalgiques de l’Algérie française, des figures
nationales-révolutionnaires (c’est-a-dire, des
païens), des néo-national-socialistes, etc. Ceci
permet la fondation du Front National en 1972,
lequel réunissait figures de l’extrême droite
[néanmoins] très opposées. Il se constituait
principalement en deux [trois] choses (6): la
constitution de la Ve République par De Gaulle,
l’Indépendance de l’Algérie (et l’impossibilité de
retourner à ce passé mythique colonial français)
et surtout Mai 68. Avec Mai 68, dans la même
année, il se créait le Groupement de Recherche
et d’Études pour la Civilisation Européenne
(GRECE), où se forge l’origine de la nouvelle
droite.

4
C’est par ailleurs important de
remarquer que «nouvelle droite» est un
qualificatif qu'elle-même ne s'applique pas. En
fait, il ne s’utilise qu’à partir des années 80,
avec la terminologie «Troisième Positionniste»,
qui signifiait ne pas être ni de gauche ni de
droite (7). Nonobstant le qualificatif fut attribué
par les médias pour les relier ou les homologuer
à la New Left anglo-germanique —qui s’articule,
par exemple, à travers du mouvement anti-
bombes nucléaires—. Par ailleurs, les
[dénommés] Nouveaux Philosophes qui se
prononcent à partir des années 70, et après la
publication en français de L’Archipel du Goulag
[1918-1956, Essai d’Investigation Littéraire]
d’Alexandre Soljenitsyne, commencent à
réfléchir -on sait bien que la plupart de ces
philosophes appartenaient au Parti Communiste
[PCF], ou au [Parti] Marxiste-Léniniste [PCMLF],
par exemple A. Lévy, ou [aux] tendances
anarchistes) et à écrire des nouveaux livres,
contraires à l’expérience staliniste en faisant des
comparaisons entre Marx et Staline; et en
procurant les bases pour une interprétation du
Marxisme. Marxisme qui est toujours en vigueur
à nos jours dans certains mouvements pseudo-
libertaires et libertaires-donaltrumpistes, qui
parlent tout le temps d’une espèce de «Marxisme
Culturel» et Social Justice Warriors, comme
guerriers pour la justice sociale selon Gramsci
—bien que sans avoir lu une seule page, je
pense, [des écrits] de cet auteur— et de la même
façon selon l’École de Frankfurt, et surtout Mai
5
’68.

6
La nouvelle droite qui surgit commence
à faire un travail de reformulation du néo-
fascisme, surtout dans les années 70. Le plus
célèbre inspirateur et instigateur de ce nouveau
mouvement philosophique est Alain de Benoist,
un penseur d’un grand talent qui a publié (si je
me souviens bien) 90 livres et 2000 articles. Il a
la bibliothèque la plus grande de France, avec
200.000 exemplaires, et il est par ailleurs très
reconnu et considéré par l’intellectualisme
français comme une pensée qui réunit (ou
s’approprie d’une certaine conception de droite)
auteurs de diverse classification : Renan,
Gramsci, Nietzsche, Heidegger, Smith, Marcuse
et l’École de Frankfurt, évidement ; Pareto,
Maffesoli et Monnerot; Eliade ou Cioran, bien
sûr. Désormais ce qualificatif (néo-fascisme)
s’utilisera pour se référer aux «gramsciens de
droite». Il y a une célèbre phrase d’Alain de
Benoist qui disait plus o moins que «la droite
française était la plus stupide du monde parce
que, dans un pays par essence républicain, elle
défendait des évocations de “trône” et d’ “autel”
quand la restitution de la Monarchie savourait
impossible» 7. Et il y a d’autres significatifs qu’il
utilise pour se réapproprier des idées, qui
constituaient son objectif de disputer
l’hégémonie culturelle, surtout de Mai 68*. Je ne
vais pas m’étendre sur la question de la nouvelle
droite parce que j’ai l’intention de traiter
spécifiquement les fondements philosophiques
de Marine Le Pen.

7
Il est intéressant de remarquer que
Marine a seulement des fondements
philosophiques, en admettant qu’on entend
«philosophie» bien comme une «cosmovision» 8
ou «idéologie». Ça puisqu’elle n’a pas
précisément aucun fondement scientifique (ce
que par contre aurait voulu son père). Je veux
ajouter seulement quelques détails à propos de
la différence essentielle entre la nouvelle droite
et le FN. Si le FN dans les années 70 s’était
approprié des euphémismes de la nouvelle
droite, on doit remarquer que la nouvelle droite,
depuis sa création [jusqu’à nos jours] (et ceci
avait était précisément la cause de beaucoup
des discussions internes dans beaucoup
d’organisations et revues), elle chercherait une
alternative à long terme, qu’elle dénommerait la
«Méta-politique». À ce sujet, si vous cherchez des
choses plus ou moins fascistes, vous trouverez
la «Metapédia». La «Metapédia» se réfère à ce-ci
(c’est une copie de la Wikipédia mais avec un
caractère pronazi, qui se publie en Suède). La
Metapédia lui fait la paraphrase, en disputant le
contenu politique, avec le secret espoir de
procurer la possibilité d’une «évolution des
consciences» pour une postérieure Révolution
Conservatrice. Ainsi, un des premiers buts de
Benoist était celui de réhabiliter la pensée de ce
qu’on appelait la «Révolution conservatrice».
Celle-ci était conformée par des penseurs de la
République de Weimar, dans laquelle il y avait
des positions plus o moins fascistes, comme
dans le cas de Heidegger (lesquels s’éloignaient
8
du Nazisme à cause de sa «vulgarité»), ou dans
le cas d’Oswald Spengler, qui avait dit d’Hitler
qu’il était «un homme vulgaire parce qu’il ne
prenait pas soin de ses ongles». De même, Alain
de Benoist, qui était un représentant de
l’extrême droite, ne voulait pas savoir de toutes
ces sottises. Ainsi il se prononçait contraire au
FN, car plusieurs de ses disciples allaient et
venaient de temps en temps.

9
La principale différence, au-delà de la
question métapolitique entre la nouvelle droite
et le FN, c’est la religion. Comme nous savons,
le FN, tout au moins à l’époque de Le Pen, était
un parti intégriste catholique (on verra après les
différences qu’il avait avec sa fille), alors que
l’autre droite préférerait un «paganisme
reconstruit» sur des bases nietzschéennes, mais
aussi avec certains éléments de la pensée
d’Evola, de Guénon, et de la Philosophie Pérenne
de Huxley (ce qui consisterait en une [théologie
qui affirmerait la] traverse des cosmovisions pré-
monothéistes). À ce sujet, Benoist écrivait dans
les années 80 un livre titré Comment peut-on
être païen? 9, où il faisait allusion surtout à la
critique nietzschéenne et à «l’esprit du troupeau
et des esprits libres», etc. La revendication
principale était celle de rétablir ce qui unifié
l’Europe (ce qui n’aurait rien à avoir avec le
«génie du Christianisme» —comme dirait Novalis
— mais le «génie du Paganisme». De telle façon
que chaque peuple européen (entendu dans le
contexte régional) chercherait sa propre
mythologie en tant qu’une articulation entendue
comme la «terre» et le «sang». Il y a eu des
disciples de Dumézil (célèbre anthropologue) qui
affirmaient que ce qu’avait caractérisé les
religions indo-européennes c’était la structure
tripartite de la société. C’est-à-dire, une
structure que l’on trouve, par exemple, chez
Platon dans sa République avec la partition
entre les rois philosophes, la caste de soldats et,
ensuite, les artisans; partition laquelle on trouve
10
au Moyen-Âge de la même façon avec [la devise]
«oratores, velatores et laboratores», ainsi que
toutes les mythologies et articulations
linguistiques indo-européennes. Ce sont donc
des points fondamentaux qu’on trouve plus ou
moins chez toute la nouvelle droite (dans le cas
espagnol, Antonio Escohotado), avec
l’expression «Le Christianisme est le
Bolchevisme de l’Antiquité», phrase qu’avait dit
d’abord Louis Rougier, qui était le principal
antichrétien de la nouvelle droite. À ce sujet,
Alain de Benoist a nuancé sa position par
rapport au Christianisme. Ainsi, il a fait une
déclaration qui dit comme suit: «Le
Christianisme ce n’est pas un bloc unitaire,
Francisco d’Assis et Torquemada avaient donné
des «faces» différentes à l’Église. Il n’y pas de
mal à préférer le premier. J’ai écrit un livre titré
Comment peut-on être païen?, et ceci m’a mis en
garde pour ne pas apprécier des auteurs
catholiques comme: Leon Bloy, Charles Péguy,
Georges Bernanos et Gustave Thibon; ou d’être
d’accord avec certains aspects des
enseignements sociaux de l’Église». De là la
distance considérable entre Marie Le Pen et
Marine que je vais indiquer. Marine réclame un
certain christianisme laïc pour servir à
combattre à l’Islam. Elle a déclaré le suivant
message immédiatement après avoir obtenu la
présidence du FN, [dirigé] à l’hebdomadaire La
Vie: «Je suis absolument croyante, mais je suis
un peu fâchée avec l’Église. Du coup, je suis
une catholique de parvis. Je ne dois pas être la
11
seule en France. Je vais à l’église pour des
grandes occasions, mariages, baptêmes, Noël et
Pâques». Depuis cette perspective, on entend le
Christianisme comme une religion
exclusivement civile. [Donc] Marine s’appuie sur
la tradition absolutiste, c’est–à–dire sur
l’indépendance du Royaume de France à
l’époque du Saint Empire Romain Germanique
(ce qu’à nos jours serait incarné par la Troïka en
Allemagne).

12
Donc, il n’est pas du tout une
coïncidence qu’en 2012, quand les intégristes
catholiques organisaient la Manif pour tous
(laquelle consista à une contestation très
belligérante, comme dans le cas des mariages
homosexuels) Marine ne participait pas, au
contraire que Marion, sa nièce (à l’âge de vingt
ans, elle est la députée la plus jeune de l’histoire
républicaine de France) et Louis Aliot, aussi
membre du FN. Ainsi le FN a un élément
«absolutiste français» qui réclame une certaine
autonomie souveraine nationale face aux
pouvoirs, à la manière italo–allemand. D’autre
part, il y a des éléments préalables à cette
époque d’intégrisme catholique (1972). Voici une
des différences entre la pensée philosophique de
Marie et Marine Le Pen. Ils ont en commun
(quoiqu’il semble être très étonnant) leur
républicanisme exacerbé par la «foi du converti
tardif». [En fait,] quand il fonde le parti en 1972,
on voit des présences monarchiques chez
groupes de cette nature, par exemple Action
française, etc. Néanmoins, à la campagne de
2007, Marine a fait un détournement
républicain, avec un connu discours qui avait
pour titre Discours de Valmy, en faisant allusion
à l’événement qui se produit lors de la bataille
pour l’indépendance, grâce à la RF, contre les
puissances centrales. Dans le livre on trouve
pour la première fois l’expression «¡Vive la
nation!», (en détriment de l’autre [expression]
«¡Vive le Roy!») et c’est là où il s’était forgé de la
même façon la conception de «nation» en sens
13
politique, puisqu’avant [de cet événement] il
s’agissait d’un sens purement ethnique et
biographique. Ceci c’est un point que j’ai déjà
traité dans mes classes, par exemple par
rapport à Oxford, à l’époque du Moyen-Âge, où il
y avait de l’ordre de vingt écoles nationales: au
nord jusqu’à la rivière Tamise il s’agissait de dix
nations; mais «nations» non pas ici un sens
[Latin Classique] de «nascor» (c’est–à–dire «lieu
de naissance») […] mais cette autre conception
de «nation» au sens du mouvement romantique
allemand Sturm und Drang, ou bien au sens
d’une certaine pensée illustrée aussi allemande.
Donc: la conception de «nation», en sens
politique, l’association de l’État à la nation et la
conception de la souveraineté ne se forgent pas
jusqu'à ce discours.

14
Par rapport à ce républicanisme, en
2007, elle deviendrait plus-que républicaine. En
fait, l’auteur que Marine cite toujours dans ses
discours n’est autre que Jules Ferry (le très
connu Ministre d’Éducation de la Troisième
République qui avait établit la Loi du Laïcisme,
en 1905). En fait, elle n’argumente sinon qu’en
appelant toujours aux valeurs du
républicanisme (Liberté, Égalité et Fraternité),
mais ceci en ayant fait ses propres
investigations ; c’est–à–dire, en les prenant
comme des valeurs «propres» d’un Christianisme
sécularisé (comme ils affirment également
certains auteurs, comme Escohotado et Carl
Scmitt). Donc elle utilise comme argument de
poids, la conception du «laïcisme»,
anticléricalisme comme dans le cas de la
Troisième République, pour interdire ou
supprimer dans les espaces publiques, la
démonstration de signes religieux.

15
Alors cette conception du
«Christianisme» n’est pas catholique mais
calviniste, c’est–à–dire ce qu’elle se réfère à une
religion privée et individuelle, laquelle ne
s’articule pas à travers de l’État. C’est une
excuse pour la négation des autres religions, car
à son point de vue il ne convient pas de les
promouvoir. Ainsi Marine utilise constamment
une terminologie républicaine pour attaquer ses
adversaires. Elle critique de même le
«mondialisme» que le «Nouveau Ancien Régime»,
et elle taxe de «féodalités financières» les paradis
fiscaux ; elle se prononce contraire à ceux qui
en français on dit «communautarisme», avec
l’intention de récupérer ces strates
intermédiaires qui empêchent la distanciation
entre l’État et le citoyen. En vérité, c’est une des
idées principales de Rousseau et d’une grande
part des jacobins qui a été déjà traité, tout
comme l’élimination des strates linguistiques
entre l’État et l’individu par le Contrat Social.
Elle dit le suivant dans un connu discours de
2011: «C’est l’État fort lequel a su à travers des
siècles unifier la Nation, maintenir les féodalités
et les communautarismes, anéantir la
tribalisassions, développer notre territoire, et de
nous offrir à tous une éducation, une santé, une
sécurité et services publique de qualité».
Néanmoins, il faut avertir que Marine a fait une
confession, une promesse de décentraliser la
France («déparisianisation», certainement),
même en faveur d’une démocratie directe, avec
l’intention d’une perte de contrôle de l’État.
16
Quand elle fut interrogée à propos de Nietzsche
dans une entrevue de 2016 (ce qui sera le sujet
principal) elle répondit: «Je n’ai pas une grande
facilité de contact avec les philosophes
allemands. Je reconnais la valeur et la force
d’un certain nombre de leurs propositions, mais
je ne me sens pas à l’aise dans leur pensée ni
dans leur expression». […] Et elle dirait d’autres
choses à la fin, avec l’expression de que son
modèle philosophique ne serait autre que le
concert pour violine Opus 61 de Bethoveen. Très
intéressant la référence puisqu’il n’était pas un
musicien à la française sinon le musicien par
excellence du Napoléonisme.

17
D’autre part il n’y a aucun philosophe
d’influence pour Le Pen (père); ce sont des
auteurs proscrits de la tradition littéraire
française (par exemple, Céline et ses Bagatelles
pour un massacre, où il réclame à Hitler la
destruction de Paris, ou bien Robert Brasillach,
un connu poète collaborationniste) et par
ailleurs (quand il était le président du FN) il cite
des historiens comme Pierre Gaxotte, secrétaire
de Charles Maurras (le fondateur d’AF). Il y a
une autre différence [avec sa fille]: la stratégie
de la «dédiabolisation du FN» (comme Marine
dit) avec laquelle elle fait référence à des auteurs
«politiquement corrects», par exemple Paul–
Marie Coûteaux, qui avait déclaré en 2012 qu’il
avait essayé de lui donner des leçons
philosophiques, parce qu’elle n’avait rien lu. De
même, il se considère comme un «génie du
Christianisme» (c’est-à-dire, cette idée d’une
Europe religieusement unifiée mais
politiquement «désagrégé») en prenant, bien sûr,
la force de cette unité culturelle comme liée à la
dissociation politique, une chose qui existait
déjà dans la Grèce Classique. C’est–à–dire, cette
idée d’un pouvoir philosophique–intellectuel
comme à l’époque des jeux panhelléniques, où il
y avait une religion commune, mais au même
temps ils n’existaient pas des règlements ou des
lois politiques. Cet auteur lui avait recommandé
la liste suivante de lectures quand sa
candidature à l’héritage de son père pour le FN
a été annoncée en septembre 2010. La liste est
très amusante, on peut la trouver sur internet,
18
elle contient des noms comme Platon (dû à la
hiérarchie tripartite indo-européenne) mais
aussi -et ça c’est la principale nouveauté- des
auteurs qui sont, en tout cas, anti-
révolutionnaires, par exemple Chateaubriand.
Là on trouve aussi auteurs de gauche, en fait le
forgeur de l’expression «intellectuel de gauche»
était Émile Zola. Je vous recommanderai les
œuvres d’Emile Zola, comme Germinal, pour
comprendre la conscience de la classe ouvrière
(laquelle dans les années 80 jusqu’à l’année 95
est la principale raison des votes, pas comme
maintenant) et Le Paradis des Dames pour
comprendre l’autre période de votes (1955-2017)
en faisant référence à la «petite bourgeoisie».
D’autre part, parmi ces auteurs il y a plusieurs
intellectuels, philosophes et scientifiques, et des
intellectuels juifs anti-totalitaristes comme, par
exemple, Einstein et Hannah Arendt; aussi des
sociologues libéraux, comme par exemple
Weber, des poètes communistes et surréalistes
come Élouard ou René Chart, d’artistes
homosexuels, comme Cocteau ou Visconti, et
des philosophes et historiens de gauche (même
de la Résistance) comme March Bloch ou
Camus. Quant aux auteurs contemporains, ce
qui est le plus intéressant: l’essayeur anti-
moderne Philippe Muray (lequel est un auteur
qui est un des nombreux détachés ennemis des
appelés «bobos» (les «bourgeois-bohèmes», qui
serait plus ou moins comme les «pijos progres»
espagnols). [Et aussi bien] un des principaux
auteurs contre le «monde de la
19
surconsommation et du capitalisme» (tout
comme dans les années 80); il recommandait le
livre de Michel Houellebecq Les Particules
élémentaires, lequel est le plus important livre
contre la tradition de Mai 68, et qu’il
recommandé aussi à Marine, avec la suivante
annotation: «(ce livre représente) la part la plus
glauque de la modernité, la fadeur du plaisir
facile, la mort du désir, le relativisme, la
grisaille, la beauftitude générale». Et finalement,
le journal intime de Renaud Camus (un auteur
qui a la très connue théorie de la grande
substitution et le rempli, celle qui affirme qu’il y
a une grande conspiration mondiale qui veut
substituer les villages européens par des
immigrants. Bien, celles-ci sont les principales
recommandations qu’il lui donnait. Donc, on ne
sait pas combien de lectures avait lu Marine,
néanmoins ceux qui lui écrivaient ses discours
en citant ces auteurs (elle n’a écrit pas ses
discours, bien sûr).

20
Une autre différence d’importance entre
Jean-Marie et Marine c’est quand, à la fondation
du FN en ’72 comme une droite «nationale,
populaire et sociale», il était en contre d’une
gauche «communiste, socialiste, radicale,
maçonne». Évidemment ceci change rapidement,
ce que plusieurs auteurs ont appelé le «virement
à gauche» de la nouvelle droite et du FN dans les
années 80. Un premier virement se produit à
l’année ’81 depuis la victoire de Mitterrand, à
cause de l’impossibilité qu’il trouve pour
d’introduire dans son programme général la
nationalisation des secteurs importants et la
création d’une banque publique, ainsi que les
changements dans les années ’82 et
l’avertissement qu’il lui fait à Felipe González de
faire «n’importe quoi» [ce qui enfin explique le
changement néolibéral de l’Espagne à partir de
cette année]. Dans ce contexte, Alain de Benoist
et même des membres du FN se rendent compte
que la gauche n’est pas la principale force
d’influence [à ses arguments] et que, aussi bien
s’ils gagnent ou s’ils perdent, il’ y aurait
toujours un traître ou une «balle perdue» qui
pourrait devenir en intellectuel de la nouvelle
droite. Ainsi en ’81, plusieurs communistes, qui
n’étaient pas d’accord avec certains points de
vue du Parti Communiste et du Parti Socialiste,
commençaient à s’approcher légèrement à la
nouvelle droite. Cette approche avait été plus
accusé à partir de l’année ’85, quand Alain de
Benoist s’éloigne du FN et fonde en ’88 la Revue
Crise, laquelle il a définie comme une revue «de
21
droite, de gauche, du fonds des choses et du
centre du monde», et dans laquelle il y avait des
collaborateurs (presque jusqu’à nos jours) de
divers pensé, lesquelles avaient en commun
«metapolitiquement» l’idée de la «Révolution des
consciences». Ainsi, un très connu numéro de
l’année ’95, plus ou moins, si je ne me trompe
(chaque numéro de la revue Crise traitait une
seule thématique et cette fois la thématique était
très polémique) articulait un débat d’art
contemporaine (sur «l’art et le non–art») dans
laquelle avaient participé Baudrillard et autres,
ainsi que des auteurs presque post-
structuralistes ou des anciennes castristes
comme Régis Debray (lesquels étaient devenus
des gaullistes un peu bizarres), de telle sorte
qu’ils convergeaient avec l’extrême droite en
matière de politique extérieure; mais aussi avec
des auteurs de gauche antilibérale (c’est–à–dire
économiquement) Bernard Langlois ou (plus
connue en l’Espagne) Ignacio Ramonet.

22
Pendant la campagne de l’année ’74, Le
Pen refuse la catégorie d’«extrême droite», mais il
se présente avec un programme politique, à la
manière d’une nouvelle droite anglo-saxonne,
mais en fait ils sont trotskistes presque new-
yorkais avec un héritage juif convertis a Milton
Friedmann et L’École autrichienne. Et ce qui
défendait le programme c’était comme suit, je
cite textuellement: «(contraire à) l’étatisation
d’une économie implacablement dirigée vers le
collectivisme (on réclame) l’allègement des
tâches de l’État par restitution progressive de
ses activités économiques au secteur privé». De
fait il se déclarait dans son programme électoral
de ‘74: anti-communiste, libéral, pro-
américaine. Ce changement rapide se produit en
’82 quand ils découvrent que le FN n’avait pas
obtenu plus d’un 13% des votes aux cantons
ouvriers classiques du parti communiste, par
exemple la Grande-Synthe au Nord–Pas–de–
Calais, et par conséquence ils commencent à
utiliser la divise: «Pas de droite et pas de
gauche», dont Samuel Maréchal avait eu la
première idée, (lequel était le beau-frère de
Marine, père de Marion Maréchal Le Pen). Ainsi
ils se somment au parti [du FN] des anciens
membres de gauche du Parti Communiste, par
exemple Florian Philippot, Bertrand Dutheil de
La Rochère, et cetera. En fait, dans le pamphlet
du programme de Marine LP Pour que vive la
France, publiée en 2012, on cite tout le temps a
Karl Marx et George Orwell, en défense du «sens
commun» de la minorité, des «petits» contre les
23
«grands», et elle utilise la métaphore de David
contre Goliat ; elle parle presque en termes
benjaminiens: «les défaites», «les oubliés», «les
jetés à la décharge de l’Histoire», et cetera. Ainsi
elle maintient dans ce pamphlet: «la gauche a
chutée programmatiquement après l’abandon de
Mai 68, (on voit l’influence de Houellebecq), et le
refus de ses valeurs, c’est-à-dire: la nation,
l’église, l’armée, l’école, la famille et les
traditions». Le principal intellectuel de gauche
au FN à l’actualité c’est Jean–Claude Michéa,
lequel a articulé depuis sa position les
importants sujets du républicanisme, laïcisme,
et la sortie de l’euro. Son modèle est, on
pourrait dire (bien qu’en termes
historiographiques), que le FN n’est pas à nos
jours sinon qu’un mouvement «boulangiste».
L’origine de ce terme vient d’un militaire appelé
Boulanges, lequel était impliqué dans une trame
d’espionnage en l’Allemagne et qui obtenait le
soutien des secteurs qui voulaient prendre la
revanche contre l’Empire allemand, d’après la
déroute franco-prussienne en ’71, et qui avait
forgé la terminologie «socialisme nationaliste».
Ce terme se forge [officiellement] en 1888 par
l’appelé «prince de la jeunesse» (on savait bien
qu’une des principales caractéristiques de
l’extrême droite avait été toujours le «culte à la
vie, la «philosophie de la jeunesse face à la
vieillesse» ; en fait c’est la principale raison par
laquelle les Avant-gardes avaient embrasée le
nationalisme et le fascisme, comme dans le cas
du Futurisme en Italie. Donc c’était l’élément
24
révolutionnaire de la Révolution Conservatrice.
Ainsi, Maurice Barrès, quand il avait 30 ans,
avec ce terme de «socialisme nationaliste», fait
allusion à une harmonisation des classes
ouvrière et capitaliste, non marxiste, mais dans
un contexte d’État colonialiste et
expansionniste. C’est le modèle sur lequel
s’articule principalement le Parti Populaire
Français, fondé par Gabriel Le Roy Ladurie (père
de l’historien) et Jacques Doriot, un ancien
dirigeant du Parti Communiste à Saint–Denis,
lequel devenait collaborationniste pendant
l’Occupation allemande). Ainsi Marine
s’approprie de la tradition de gauche,
exclusivement antilibéral, et elle dit qu’elle «ne
s’engage pas avec la débauche»–c’est–à–dire à la
liberté (in stricto sensu) – qu’elle identifiait avec
la «liberté» des anciens. Ici on trouve un
problème depuis la Révolution française [jusqu’à
nos jours] par la distinction entre la liberté
négative et la liberté positive (c’est–à–dire la
liberté comme «l’absence de la coercition», et la
liberté telle que «l’habilité effective assurée
matériellement pour pouvoir faire quoi que ce
soit» [respectivement]. Selon certains, surtout
depuis la Chute du Mur de Berlin, ce qui
distinguerait la droite de la gauche serait que la
première défendrait l’absence de la coercition
telle que «liberté négative», c’est–à–dire, une
espèce d’espace privée pour que chacun puisse
développer [toutes] ses activités, pendant que la
«liberté» des anciens, mais aussi de la gauche
(depuis les jacobins et postérieurement) est une
25
liberté qu’il consisterait en «l’existence de
possibilités matérielles pour développer certains
projets vitaux», mais surtout sous la condition
d’être dans un État souverain. Pour les Grecs,
on pourrait dire qu’«être libre» consisterait à
vivre dans une cité qui ne serait pas un
protectorat de l’un envers l’autre. Ils étaient
libres, par exemple, à Sparte (le cas par
excellence), où il n’y avait aucun régime de
liberté; en fait il n’y avait même pas de monnaie,
et ça c’est la raison pour laquelle il n’y avait
qu’une grande monnaie impossible de
transporter, […] et c’est aussi la raison pour
laquelle ils ne pouvaient pas participer aux Jeux
Olympiques, parce que les athéniens savaient
déjà cela, [pour avoir des avantages].*

26
Donc Marine se déclare (quant à cette
liberté des anciens) contraire à ce qu’elle
entendait par les «deux formes du Totalitarisme
Moderne», c’est–à–dire: l’Islamisme (qui est un
«totalitarisme» parce qu’il réclame que «tout soit
religion») aussi bien que le Mondialisme (lequel
réclame que tout «soit du commerce»). Dans ses
discours on voit, cependant, une «lecture
identitaire» de Les Origines du Totalitarisme de
Hannah Arendt, livre lequel se cite
constamment, dans lequel la propre Arendt
disait: «Les totalitaristes actuels ne sont pas les
héros propres du Fascisme, bien les défenseurs
d’un État fort, c’est–à–dire de la Guerre Totale
en 1943; mais les totalitaristes avaient été, ceux
qui à nos jours seraient, les responsables des
conditions sociologiques et économiques
similaires à celles de la République de Weimar,
dans laquelle émergerait le Nazisme. Ainsi, il
s’agirait d’une justification des théories,
grandiloquentes, avec une pauvre base
empirique de la Sociologie au début de siècle
(par exemple: l’anémie de Durkheim, le
désenchantement de Weber, l’atomisation, le
concept d’art dégénérée, etc.) pour qualifier de
«totalitaristes» les libéraux, parce que les
libéraux étaient, en train d’établir un régime de
marché et en permettant des obscénités, comme
L’urinaire de Duchamp; seraient aussi
[lesquelles] en train de créer des conditions des
possibilités d’une réaction de la classe basse,
avec ses vieilles coutumes, et sa «peur aux arts
abstraits».
27
Ici on trouve un des premiers éléments,
le plus intéressant, propres de Marine. Je n’ai
jamais vu cette expression que dans ses
discours philosophiques, parce qu’elle est
capable de combiner les propositions d’un
changement très radical [en contre] du statu
quo, par exemple la sortie de l’Union
Européenne et l’abandon de l’euro, avec un
discours «euphémique», «modéré» et
«dédiabolisé». Comment fait-elle pour articuler
ces deux sujets à la fois? En premier lieu, en
disant qu’elle «n’est pas en contre d’une réalité»
c’est-à-dire contre l’Islam ou la Mondialisation,
bien qu’à ce sujet il’ y a une difficulté
terminologique : […] si est-ce qu’on dit
«mondialisation» ou «globalisation». Les puristes
latinistes diraient qu’il faudrait dire
«mondialisation» parce que «globalisation» serait
un concept anglo-saxon. Mais les deux concepts
sont incongrus, parce que «mundus» en latin
classique veut dire «coffre de la fiancée». [...]
Donc, le «monde» serait «L’ensemble du cosmos
ordonné où dieu aurait déposée ses bijoux». Une
conception ambiguë parce qu’elle définit le globe
planétaire. Et comme ils disent: «on ne vit pas
dans un globe, mais dedans une pangea (une
espèce de derme, en comparaison avec le globe
même)». […] Elle combine alors le radicalisme
des idées avec la modération des faits (une
position habituelle ultra-rationaliste) en disant
qu’elle n’est pas en contre d’une réalité in
concreto, par exemple une religion [déterminé],
mais contre une idéologie extrémiste. Et elle
28
forge tout le temps des «ismes» […] (une chose
très française, qui a déjà disparu et qui était
très drôle dans les années 70 avec, disons, le
post-structuralisme). Elle-même utilise comme
son père cette idée du «survivalisme». Bien, elle
affirme la suivante phrase, je cite textuellement:
«Le mondialisme c’est une idéologie qui marche
au-delà de la simple [idée de la]
“mondialisation”, et qui a pour but d’uniformiser
des cultures, inciter au nomadisme, la
circulation permanente des hommes déracinés
d’un continent à l’autre, les faire
interchangeables, en somme, en les convertir en
anonymes». Ainsi contre l’euro, et en faveur du
nommé «Frexit» (referendum de permanence à
L’Union Européenne) et finalement, sévère: «Le
monstre européiste, qu’il s’est en train de
construire à Bruxelles, que comme imposture
sémantique il se présente comme «Europe» n’est
outre que un conglomérat sous [un] protectorat
américaine, l’antichambre d’un État total,
global, mondial». La première affirmation est
complètement vraie, c’est-à-dire qu’il n’y a pas
aucun État qui n’aille pas fait partie de l’Union
Européenne sans avoir accédé avant à l’OTAN,
(même avec un jour de différence, […] parce que
l’Europe avait eu des intérêts d’expansion
depuis la Guerre Froide pour aller à l’Est […].
[Mais après] Elle mélange une pseudo-
terminologie philosophique avec ce «nomadisme»
(une expression «deleuzienne») ou
l’«uniformisation des cultures», ou la «circulation
permanente des hommes», avec une tendance
29
très typique de l’extrême droite, depuis [la
publication de] Les Protocoles des Sages de Sion,
c’est-à-dire la «conspiranoia» [conspiration]:
l’Union Européenne n’est autre que la première
démarche pour la construction d’un État «Total,
Mondial et Global». En fait, Marine cite comme
seule évidence empirique pour cette
conspiranoia le délirant [essai] Une brève histoire
de l’avenir qui avait été écrite par Jacques
Attali, un intellectuel engagé avec la partie la
plus droitiste du Parti Socialiste Français, dans
lequel […] il parle même de la possibilité d’un
«hyper empire» [qui serait] dirigé par des «hyper-
nomades». Avec cette conspiranoia, (bien que
justifié à partir des idées grandiloquentes et non
pas empiriques), à son tour, Marine fait une
chose intéressante, qui consiste à transformer
l’euro en une espèce de religion et aussi à ne
pas disputer les bénéfices ou désavantages de la
sortie de l’euro en termes «économiques» –où elle
savait qu’elle ne pourrait pas se défendre–, mais
aussi en termes «rhétoriques» surtout. Ainsi elle
parle du «dogme de l’euro», en homologuant la
politique monétaire avec le «fanatisme religieux».

30
Elle parle de certaines européistes qui auraient
converti la devise (ceci explique la
méconnaissance de Marine par rapport à la
politique monétaire, avec l’idée de la monnaie
comme «instrument») en un Veau d’or qui
exigerait l’autruicide des peuples. Ainsi, devant
ce «cauchemar kafkaïen» elle se revendique une
liberté contre la «nouvelle Union soviétique». Ce
qui était une terminologie utilisée par Marie Le
Pen, mais qu’après s’était étendu jusqu’au
gauche antisystème, lors des manifestations de
2011, pour qualifier la Banque Centrale
Européenne, le Fonds Monétaire International et
la Commission Européenne de «Troïka» (c’était la
terminologie pour se référer aux «pouvoirs
factuels» à l’Union soviétique). De même ces
alliés avec la «nouvelle Troïka» seraient les
«nouveaux ruses». En fait, on sait que Marine
est une des principales politiques pro–Putin en
Europe. Parce qu’on sait que le Kremlin finance
les partis extrémistes en Europe, par exemple la
Grèce avec Syriza et Aubé Dorée; ils reçoivent
des financements presque clandestins du
Kremlin. PODEMOS en Espagne est une
exception qui n’a rien reçu; ou le parti qui avait
promu le «Brexit» en Grande-Bretagne;
cependant les autres sont plus ou moins
financés par Putin (qui est un nihiliste classique
ruse, bien qu’à la manière dostoïevskienne, qui
veut tout détruire, le chaos absolu). De même,
plusieurs des idéologues du FN sont en train de
chercher des alliances avec le fondateur du Parti
National–Bolchevique (PNB), Aleksandr Dugin, le
31
promoteur d’une dénommée «quatrième théorie
politique», qui revendique la constitution d’une
«croisade religieuse» contre le «siècle américain»
(c’est une idée qu’on trouve dans le texte des
années ’70 par Alain de Benoist et Giorgio
Locchi titré Il Male Americano) et qui est en
contre de cette espèce d’«uniformisation»
promue par le monde de la surconsommation et
l’industrie culturel yankee, pour défendre les
«vielles puissances continentales». [A savoir,]
Une espèce d’«Eurasie» unifié par des
fédérations, mais avec un respect des
différences ethniques, de telle façon qu’il soit
possible la comparaison entre les puissances
terrestres et maritimes (alors que les auteurs à
ce sujet sont: Carl Schmitt, avec son célèbre
texte Terre et Mer, et Mackinder, avec sa théorie
complètement délirante, géopolitique, à propos
de Heartland, etc. […]).

32
De même, Marine Le Pen, à propos de
cette espèce d’alliance eurasiatique revendique
ce qu’elle appelle les «valeurs antérieures à la
Libération» (une chose qui était dans le discours
de son père) c’est–à–dire: «travail, famille et
patrie». Un patriotisme de «la terre, des
ressources, de l’Histoire, l’identité, la projection
historique de la communauté nationale, bien
sûr francophone». Bien. Ce projet avait été au
début anti-gaulliste, au sens que De Gaulle
aurait été celui qui aurait promu la Libération
française contre l’Occupation allemande et, par
conséquent, aurait signé l’acte de décès de
l’Algérie française, [ainsi] en fondant la 5 ème
République française. Donc la différence entre le
père et la fille serait que Marine n’est pas
seulement anti-gaulliste. Dans son premier
discours officiel, comme présidente du FN le 1
du mai 2011, dédié à Jeanne d’Arc, elle cite à
De Gaulle et essai de «républicaniser» à Jeanne
d’Arc (laquelle avait été une des références des
auteurs nostalgiques de la monarchie française).
Ainsi elle homologue (en utilisant une
métaphore qu’on trouve déjà en Jules Michelet,
le connu historien français hégélien) Jeanne
d’Arc avec La Liberté guidant le peuple. Ainsi, il y
aurait une espèce de figure féministe qui
traverserait l’Histoire de la France et qui va
s’incarner dans la présidente [Marine]
(Conception «féministe» dans la pensée de
Marine). Ainsi cette «éternelle France»
traverserait l’Histoire de la France, sans avertir
la division entre la «gauche» et la «droite», depuis
33
Jeanne d’Arc jusqu’au Référendum raté lors de
la Constitution Européenne en 2005 grâce aux
votes français. Où pour la première fois la
gauche radicale s’était alliée tactiquement avec
l’extrême droite, pour éviter le projet
d’unification politique pan-européenne.

Ces constantes références aux auteurs


et politiques de gauche, qui auparavant avait été
de l’extrême droite, n’avaient jamais étaient cités
seulement par Marine (même pas par Sarkozy),
par exemple: Jules Ferry, Georges Clemenceau,
Jean Jaurès (le très connu défenseur social-
démocrate, anti-ouvrier, [qui était] contre le I ère
Guerre Mondiale). Dont la phrase que cite
Marine: «Un peu d’Internationalisme éloigne de
la patrie, beaucoup d’internationalisme y
ramène». Ainsi Marine «serait devenue une
experte» à l’heure de justifier les contradictions
de l’Histoire de la France, sous l’expression:
«Qui aime bien châtie bien». L’Histoire française
ne se développe pas par une narrative des
«vainqueurs et vaincus» mais par une sorte
d’identité préétablie*.

34
On voit d’autres différences entre Jean-
Marie et Marine, dans le discours, à savoir:
Jean-Marie voulait fonder sa vision du monde
(celle du FN), dans une espèce de «conseil
scientifique», c’est-à-dire une espèce d’«organe
consulteur» (qui s’appelle comme ça: «Conseille
Scientifique du FN») par rapport aux sciences
susceptibles d’être interprétées ou déformées
par la droite; mais pas la droite «classique» du
20ème siècle, dans lequel principalement on
savait utiliser la Biologie darwiniste (interprétée
de façon presque sociologique), l’Anthropologie
Coloniale et d’ailleurs la Linguistique (à propos
de la théorie de [l’origine] indo-européenne).
Tout ça en rendant compte de que [au 21ème
siècle] on savait utiliser d’autres sciences, à
savoir: la Psychologie, l’Économie et la
Démographie. Et si est ce qu’on peut on peut
dénommer cette dernière comme «science»: c’est
pour cela que Jean-Marie parlait souvent d’un
«collapse démographique français», lequel serait
forgé comme une «Théorie du Remplacement».
Devant cette espèce de prétention de créer ou
fonder un programme politique sans aucun type
de base empirique ou scientifique, le discours de
Marine est d’une certaine façon révolutionnaire,
ce qui existait déjà dans les idées «gramsciennes
de droite», qui disaient que la politique c’est un
espace où la vérité et le mensonge
n’interviennent pas, et que c’est pour cela qu’il
faudrait défendre une politique «post-vérité»,
laquelle ne se fonderait pas par des faits mais
par les croyances, sentiments et identités. De
35
même, Marine appelle souvent au «droit à la
différence». Une expression forgée dans les
années 70, en dépit du post-structuralisme
français. Alain de Benoist […], pour sa vision de
«nouvelle droite» en 79, se justifie par [des
auteurs, par exemple comme] Derrida, Deleuze,
Bataille (et le débat à propos du
Communautarisme), Blanche, Nancy, Agamben,
etc.; pour transformer ces influences en une
espèce le «fédéralisme européen» où les régions
auraient le «droit à la différence». Et avec cette
appellation au «droit à la différence» on appelle,
de la même façon, en termes traditionnels, le
«droit à l’identité». Ce concept s’introduit dans la
sphère politique française grâce au Club de
l’Horloge, fondé par des gens qui s’étaient
séparés de la nouvelle droite dans les années ’80
et qui avaient assumé une politique
friedmannienne pour démanteler la politique de
l’État de Bien-être. Mais avec cette politique
économique ils revendiquaient aussi
l’importance d’établir des valeurs de la sphère
privée, c’est-a-dire [l’idéologie de] la famille,
l’église, la prison, le psychiatrique, etc. (dont les
avait attaché Foucault). Ainsi, Sarkozy, à l’an
2007, en observant les différences entre
plusieurs membres du Club de l’Horloge, fondait
le Ministère de l’Immigration, de l’intégration de
l’Identité nationale et du Développement
Solidaire. Marine, à ce sujet, a cité pour la
récente campagne le livre d’Alain Finkielkraut,
qui était membre des Nouveaux Philosophes
dans les années 70. Le titre du livre, de 2013,
36
fait référence au célèbre passage d L’Identité
malheureuse de la Phénoménologie de l’Esprit où
Hegel, simplement, se moque de ceux moralistes
qui veulent trouver l’Esprit du Temps, c'est-à-
dire, qui sont contre l’astuce de l’Histoire. Ainsi,
à partir de cette œuvre d’Alain Finkielkraut, on
retrouve la base d’une politique moraliste qui
veut lutter contre le faible taux de natalité
européenne. Alain Finkielkraut affirme: «En
l’Europe il s’agit de construire une identité auto-
sadomasochiste, d’un point de vue ethnique, dû
au faible taux de natalité des natifs face à la
natalité des immigrants, ce qui les rend
“interchangeables”». Ici le terme
«interchangeable» n’est absolument pas
arbitraire, puisqu’il procède d’une figure propre
de la gauche néo-centriste française, c’est-a-
dire, Charles Péguy, qui après avoir lu Le
Capital de Karl Marx a développé le concept
d’«Interchangeabilité universelle» (qui dit que le
Capitalisme surtout a une influence culturelle,
en rendant les individus purement
«interchangeables», c’est–à–dire en termes
propres de produit et consommation). Ceci
s’articule donc sous l’idée de la Théorie du
Remplacement, en termes politiques, qu’on
trouve dans les écrites de Renaud Camus ; cette
idée d’une conspiranoia exige de s’interroger sur
sa responsabilité en l’intromission de
l’immigrant pour collapser le système d’État de
Bien-être, ou le contraire (il’ y a beaucoup de
versions). Mais on sait que ces théories sont
fausses, il’ y a des faits qui prouvent au XXe
37
siècle un faible taux fixe de 0.3 % de population
immigrante, c’est-à-dire autour de 200.000
immigrants légaux, étaient entré au pays depuis
la Guerre Civile (s’étaient des algériens et
d’espagnols, ce qui fait que ¼ d’eux soient
immigrants, fils/filles d’immigrant). Donc, avec
cette espèce de délire de concepts de
l’Interchangeabilité universelle, le nomadisme,
etc., Marine seulement peut nous offrir de la
philosophie. Et c’est pour ça que je ne suis pas
ici pour vous parler des fondements
scientifiques et technocratiques […]. Je parlerai
de la philosophie de Marine, parce qu’elle se
base sur des lectures littéraires et
philosophiques, par exemple La carte et le
territoire, de Houellebecq. Par exemple dans un
discours de 2014 elle disait «Je ne veux pas non
plus que la France devienne un parc à touristes
[mais qui a dit que la France deviendrait un
parc à touristes? Un romancier ou un
philosophe?] les quelques semaines d’été. Je ne
veux pas qu’elle devienne un vaste Disneyland
pour amuser des enfants esbaudis devant une
nature soi-disant préservée. Je ne veux pas
qu’elle devienne une réserve d’Indiens où les
derniers paysans seraient devenus les jardiniers
des paysages. Le sol fécondé par le travail de
nos ancêtres, les villes construites par des
siècles d’efforts méritent mieux que ce destin
vers des musées glacés, figés, pétrifiés». Donc on
pourrait dire que Marine justifie la droite
deleuzienne et la gauche lacanienne. Par
exemple, on voit dans son discours autour Jean
38
Baudrillard: «Je serai la présidente du retour au
réel! Enfermée dans sa bulle, qui comme les
bulles spéculatives devront bien finir par
éclater, la Caste (c’est important de remarquer
ce mot, puisque nous sommes en 2011) a perdu
tout contact avec le réel. Le monde qu’elle nous
impose, qui est le sien, n’a plus rien à voir avec
le nôtre, avec le réel. Son monde est virtuel». Je
ne vais pas expliquer la notion de «virtuel» ou la
notion de «réalité» parce que ce n’est pas le lieu.
Mais le sujet se comprend plus ou moins […].

39
La partie la plus importante du discours
est celle-ci. Le champ de bataille se présente
comme ça. Avec cette théorie il y a aussi une
théorie de l’Histoire qui fait référence à certains
auteurs. Dans le cas de Jean-Marie la théorie
était décadentiste, avec certaine influence de
l’âge d’Or. Jean-Marie parlait dans sa campagne
présidentielle de 74 d’une Décadence d’Occident
(donc il faisait référence au livre d’Oswald
Spengler) et d’une chute des valeurs religieuses
depuis le IIe Concile du Vatican. C’est-à-dire que
celle-ci avait conduit à l’Europe et à l’Occident
en général à une dépression démographique due
à la promotion professionnelle de la femme hors
de la famille. Je cite: «Bien que l’homme et la
femme soient profondément différents, que la
nature ait programmé la femme pour assurer la
reproduction de l’espèce comme sa tâche
essentielle, la féminisation de la société a
entraîné la promotion de l’indépendance sociale
de la femme et son éloignement de sa fonction
vitale de reproduction». Donc le paradoxe est
que le parti est dirigé par une femme (sa fille
Marine); d’autre part, l’opposition du parti est
menée par une autre femme, sa nièce Marion
Maréchal Le Pen. En fait Marine, par
contraposition à son père, se définit «féministe»
et «réaliste», en considérant les problèmes
propres du féminisme qui ne sont autre que
l’Islam (et non pas ceux de micro–machisme et
du mansplaining). En fait, elle cite souvent le
livre de Susan Okin Le multiculturalisme nuit il
aux femmes? La réponse de Marine est bien
40
affirmative. Quand elle est interrogée sur les
modèles féministes, elle répond: «Jeanne d’Arc»;
et aussi un mélange des féministes de La
Première Vague avec des femmes qui avaient de
succès professionnel dans sa vie, comme, par
exemple: Geneviève, Clotilde, Olympique de
Gouges, Camille Claudel ou Marie Curie.

41
Je vous montre un résumé de la pensée
de Marine, par rapport à ce qu’elle entend au
sujet du «Féminisme Réaliste» les féministes
réalistes son celles qui «jonglent en permanence
entre le boulot, les courses, les enfants et ce
fichu sentiment de culpabilité planté dans le
cœur de toute mère qui chaque matin doit
résoudre l’équation suivante : «Pour les élever, il
faut que je gagne ma vie —pour gagner ma vie, il
faut que je travaille— si je travaille, c’est
quelqu’un d’autre que moi qui va les élever».
Bien, on pourrait dénommer ce féminisme,
d’une façon ironique, féminisme «zambranienne»
(si on se souvient de Zambrano, la pauvre! Elle
disait que la vierge Marie fut la première
féministe, et qu’il y a une espèce de féminisme
maternelle) […] et cette vision du féminisme
comme «devoir». C’est donc pour cela que Jean-
Marie est fâché, et qu’il croit que le FN ira à la
dérive. En fait, depuis la victoire de Donald
Trump*, il dit dans une interview en 2016: «J’ai
dirigé un mouvement pendant quarante ans et
je me trouve, fait extraordinaire dans la vie
politique, exclu de mon propre parti par ma fille
qui est mon successeur, au moment même où la
programmation de l’accroissement des forces se
réalise telle que je l’avais envisagée». On trouve
à la fin la plus grande différence entre Jean-
Marie et Marine, à savoir: l’antisémitisme. Ceci
était endogamique à la pensée de la droite
française depuis la publication en 1886 de La
France Juive, par Édouard Drumont (un livre un
peu manipulé), dans lequel on accusait les
42
banquiers et l’industrie juive de se faire avec le
pouvoir économique à l’ombre. Une autre
conspiranoia qui se mondialisera depuis la
publication en russe des Protocoles de Sages de
Sion (ce qui s’avérera être la base de tout pour
les Illuminati, etc.). L’antisémitisme de Jean-
Marie est une constante dans toute sa
trajectoire politique. Je vais énumérer les
moments les plus «sanglants». En octobre de
1985 il a fait une liste des journalistes menteurs
et persécuteurs lesquelles avaient précisément
et seulement en commun le nom juif: Jean-
François Kahn, Jean Daniel, Ivan Levaï,
Elkabbach. C’est en septembre de 1987 quand
se forge, par Herny Rousso, le terme
«négationnisme», dû à la polémique des
historiens (à l’époque de l’Historikerstreit) autour
de la IIe Guerre Mondiale en Allemagne; mais
aussi dans le cas du négationniste Henry
Roques, lequel fut un académique qui aurait par
la suite écrit une thèse qui disait que toutes les
données sur les chambres à gaz avaient été
falsifiées. Ce contexte se compose d’une grande
sensibilité politique, il disait que ceci était «Un
problème de détail en l’Histoire de la IIème
Guerre Mondiale». En septembre 1988 il fait un
jeu de mots antisémite avec le nom du ministre
de la Fonction Publique: «Durafond–crématoire»
[…]. En janvier 2005 il affirmait que
«l’Occupation allemande n’avait pas été
particulièrement inhumaine». En juillet 2014
(plus récemment) il disait que le chanteur juif
Patrick Buel (qui était un affilié du FN) «au lieu
43
de faire une tournée, il devrait faire une
fournée». Ce cas fut très polémique parce que
Marine avait le management du FN et elle faisait
des déclarations, dans lesquelles elle disait: «Le
FN peine de manière la plus ferme, toute forme
d’antisémitisme provienne d’où elle provienne».
La première chose que fait Marine après avoir
obtenu la présidence du FN, au début 2011, est
de concéder une entrevue au journal israélien
Haaretz en se présentant à soi–même de «pro-
sioniste». Permettez-moi de faire une précision à
propos de ça [que nous allons expliquer à
continuation]. Dans une rencontre en Italie elle
affirmait l’importance de changer la terminologie
de la question antisémite. De cette façon, c’est
intéressant de voir des auteurs purement
antisémites. Par exemple Alain Soral, un
membre […] de la nouvelle droite qui deviendra
ce qu’on appelle dès nos jours le Mouvement
Identitaire; de même façon il y avait formé parti
du Parti Communiste. C’est lui qui, dans son
livre Comprendre l’Empire, parle souvent de la
«Banque» —mais avec «B» majuscule— pour se
référer à ce que l’antisémitisme traditionnel
appelait la «Banque Juive». De plus, il y a une
certaine coïncidence entre le connu pamphlet
Pour que vive la France quand elle se déclare
«pro-sioniste», parce que les seuls noms et
prénoms qu’elle cite par rapport aux
[dénommées] «portes giratoires», c’est à dire
dans les cas des mass media (des grandes
corporations avec pouvoir politique), sont juifs
[par exemple]: Pierre Moscovici, Dominique
44
Strauss–Kahn, Édouard de Rothschild, Matthieu
Pigasse. Je ne vais pas m’étendre dans la
question juive. Cependant, pour comprendre
cette coïncidence, il faut dire que
l’antisémitisme de Marine ne prétend pas se
brouiller aux pouvoirs factuels juifs mais
promouvoir un nouvel antisémitisme contre
l’Islam (pas en termes religieux plutôt
qu’ethniques). Ainsi par exemple Jean-Marie,
quand il était parachutiste pendant la Guerre
d’Algérie, était d’accord avec l’intégration des
algériens dans la communauté nationale
française, —et de ce point de vue on voit une
autre différence avec la politique traditionnelle
du FN— alors que Marine ne l’est pas. Mais il y
a des nuances qu’on pourrait considérer
presque «sanglantes» [étonnantes]. Elle s’est
prononcée la plupart du temps en faveur de
l’appelée «Théorie du Choc des Civilisations» (v.
Le Choc des civilisations, de Samuel
Huntington), parce qu’elle ne croit pas que le
Christianisme et l’Islam soient antagoniques par
eux–mêmes, mais parce qu’ils ont été poussé à
la confrontation par des forces externes. À
savoir, je cite, une «mondialisation sauvage qui
veut le choc des civilisations, abrutissant les
individus avec des idéologies extrémistes,
fondamentalistes et meurtrières, pour qu’ils
oublient leur conscience politique et leur
humanisme». C’est la même pensée d’Alain de
Benoist […]. La plupart de ces auteurs et
penseurs politiques ne se disent pas
«suprématistes», ils ne veulent pas qu’une
45
ethnie ou religion soit supérieure l’une à l’autre
mais qu’ils soient identitaires, c’est-à-dire qu’ils
réclament pour leur propre territoire «Un
territoire, une religion, un Roy», ou «une
présidente». Alain de Benoist dit dans un texte
des années 90 «Je suis pour un monde
pluraliste, qui reconstruise le monde à partir
d’un certain nombre de grands blocs
continentaux. Uniquement l’arrivée d’un monde
multipolaire préservera la diversité humaine et
culturelle et réglera la globalisation d’une façon
pas forcement favorable aux intérêts d’un seul
pouvoir dominant. Je ne crois pas en la thèse
du choc des civilisations de Huntington: les
civilisations ne sont pas des blocs homogènes
ou unitaires, et ni un miracle pourrait les
transformer en principaux agents des relations
internationales». Ainsi, Marine affirme qu’elle
n’est pas en contre de l’Islam, mais contre
l’Islamisme (on voit la transformation en «isme»
de l’Islam), et que la seule religion compatible
avec le Libéralisme, la Tolérance, le Laïcisme, la
Séparation entre le trône et l’autel c’est le
Christianisme. On connaît la célèbre phrase des
Évangiles: «à César ce qui est à César et
à Dieu ce qui est à Dieu». Ainsi Marine récupère
la théorie du laïcisme de la 3 ème République
française, pour être en contre de la possibilité de
porter le voile. La définition qu’elle nous offre de
l’Islamisme ce celle qu’elle appelle «la loi de
l’Islam radical» (c’est un discours de l’année
dernière): «l’interdiction que des jeunes filles ou
des femmes essaient de sortir de leur immeuble
46
sans porter le voile, que des réputés musulmans
ne respectent pas le ramadan, que de la viande
de porc soit proposée à la cantine, que la
nourriture ne soit pas halal, que des
collégiennes ou des lycéennes veuillent faire de
l’éducation physique, que des hommes et des
femmes pataugent ensemble dans la piscine
municipale, que des hommes médecins
prétendent soigner les patientes, que des jeunes
femmes refusent d’épouser celui qu’on leur a
trouvé». Son but est de réduire en 5 ans le
nombre d’immigrant illégaux qui rentrent dans
le pays, de 200.000 (0.3 % de la population) à
10.000, en limitant le droit d’asile, en imposant
des conditions strictes de naturalisation sous
prétexte: «être français n’est pas un droit mais
un honneur».

47
Je termine la conférence. On voit
l’intention de s’approprier de l’hégémonie à
partir d’un discours «politiquement correct», —
ce qui à partir de 2013 se dénomme la
«dédiabolisation du FN»— (une espèce de
discours d’euphémisme sous euphémisme).
Ainsi, dans les années 80 le FN, au lieu
d’utiliser la terminologie d’«hostilité» par rapport
à l’immigrant elle s’appuie sur le travail de
Bruno Mégret et Jean-Yves Le Gallou, qui
forgeaient le concept de «préférence nationale»
(ce qui veut dire: nous ne sommes pas en contre
de l’immigrant mais nous avons nos
préférences). Comme ce concept était
malsonnant, Marine le transforma par
«patriotisme social», «protectionnisme social», et
«priorité nationale». Donc elle voulait utiliser des
expressions habituelles, propres de l’hégémonie
culturelle. Ainsi qu’une «Écologie patriotique»,
incarné par la figure du chasseur […]. Dans un
discours du 11 octobre 2016 Marine avait
associé la «protection animale» avec la «dignité
de l’homme» et le «respect à la vie, jusqu’à la
mort». Un discours presque kantien, c’est-à-
dire, que c’est nécessaire d’avoir un respect
désintéressé avec les animaux, sans critère
d’utilité, etc. {v. l’impérative catégorique : La
Paix Perpétue} et ceci appliqué aux êtres
humains. Même commentaire qu’il utilise le
Pape Francisco I pour sa première Encyclique
Écologique. De telle façon qu’il y a une
désidéologisation du FN pour le transformer en
une «machine de bataille électorale». Le FN s’est
48
même dépourvu d’organe de presse, par exemple
le National Hebdo n’existe plus, ni le Rivarol (qui
était un autre organe de presse, identifié comme
l’idéologie du père). De telle façon —ceci nous
rappel à Donald Trump— que le seul soutien
qu’il a c’est ce qu’on appelle la «fachospshère»:
une série de blogs et think tanks dans internet,
par exemple Boulevard Voltaire et FdeSouche
(qui sont des réseaux sociaux très connus), ont
créé haine par rapport aux mensonges des mass
média en contre du «politiquement correct». Et
un prix qui se donne chaque année par le think
tank digital d’extrême droite Polémia —lequel
avait été fondé par Le Gallou, le forgeur du
concept «préférence nationale»—.

49
Ceci est le point dans lequel nous nous
trouvons à nos jours. On calcule qu’il y a un
secteur de la population qui est très sûr sur
quel sera son vote. Ceux qui sont les plus
décidés sont les vieux (75%) —à cause de cette
espèce de «lutte générationnelle»— pendant
qu’un 62 % des travailleurs enquêtés ne le sont
pas. [D’autre part] Plus ou moine le 78% de la
population française a la croyance de que le
débat politique est dépourvu des idées [fondées];
et presqu’un 9/10 des votants considèrent que
les politiques uniquement jouent un rôle. De
telle façon qu’un 80% des enquêtés disent qu’ils
voteraient mais, au même temps, qu’un 59%
d’eux pourraient changer leur vote. Le FN n’est
pas le parti de la classe ouvrière: la classe
ouvrière a le parti de l’«abstention». De telle
façon que 1/3 de la population (c’est-à-dire, le
36%) sont des votants qui savent quel parti ils
voteraient. Les sondés montrent des
contradictions parce qu’un 56% de la population
croient que Marine et le FN sont des menaces
pour la nation française, mais [on pourrait
discuter cette affirmation] ça a été le même cas
que pour Donald Trump. Il faudrait être vigilant.
Par rapport à la question hongroise et
espagnole, je n’y vais pas la traiter maintenant.

50
Je voudrais finir avec ce débat télévisé
qu’avait eu lieu il y a jusqu’une semaine, dans
lequel c’était la première fois qu’il n’y avait pas
eu un deuxième tour avec les candidats les plus
votés sinon avec ceux qui n’avaient obtenu
qu’un 10% des votes: Marine Le Pen, Emmanuel
Macron —l’européiste néolibéral—, François
Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon.
Quelles avaient été les idées principales de leur
discours? Fillon faisait la promise de libérer la
France des «excessives réglementations» et ça en
notant (à son avis) trois menaces qui mettraient
en danger la souveraineté nationale française, à
savoir: un président des États-Unis
imprédictible [Donald Trump], la puissance
commerciale de Chine et l’Islamisme djihadiste.
D’après lui, Mélenchon, —le candidat par
excellence de la gauche classique, si vous me
permettez l’expression— se présentait tel qu’un
président social et écologiste, avec un
programme de refondation —bien que ce terme
«refondation» est un terme habituellement
gauchiste— de la république de la base sociale
qui se prononçait contraire à l’énergie nucléaire
(une chose très bizarre) et à l’OTAN avec une
affirmation pour la sécurité européenne (depuis
Lisbonne à l’Oural) avec un discours qui nous
rappelle à Putin. Devant cette pensée, Macron
était le seul des quatre qui se prononçait
orgueilleux d’appartenir à l’Union Européenne,
de maintenir les engagements européens relatifs
à la Troïka; il même défendait son identité
comme banquier (en appelant à cette idée du
51
«savoir-faire») parce qu’il était «une personne qui
sait faire des choses utiles et croit que la ligne
de séparation classique entre la droite et la
gauche n’a rien résolu et qu’il sert à rien». À ce
moment-là, la highlight de Marine Le Pen
consistait à affirmer qu’elle ne voulait pas être la
vice-chancelière de Merkel, mais qu’elle voulait
rétablir les droits des Français à décider par
eux-mêmes, en faveur d’un réarmement contre
la mondialisation pour stopper toute
immigration.

52
En outre, je vous avais promis certaines
analyses à propos de notre présent par rapport
aux années 30. On verra si je pourrai le faire.
Puisqu’on en parle de temps en temps et on
récupère certains auteurs pour [se justifier en]
ce qu’on appelle la «révolte conservatrice», qui
reste à nos jours. À mon avis, une époque
[notre présent] bien différent par rapport à
l’antagonisme1 idéologique propre des années
30. Parce que nous nous trouvons dans un
certain équilibre2, semblable à celui de l’après-
guerre de la IIe Guerre Mondiale: avec des partis
radicaux au lieu des modérés, par exemple dans
le cas italien ou français. Quant au cas français,
le parti fort n’était pas le PCF sinon le FN. Un
cas similaire à nos jours et à l’Europe, avec la
création de partis qui fusionneront les droites
hégémoniquement, radicales comme dans le cas
autrichien et néerlandais avec les FPÖ et PVV,
respectivement; et par rapport au cas français,
le FN à l’hégémonie culturelle, cependant que sa
propre structure économique et sociale (à la
manière de Washington) l’empêche de
gouverner, devant refaire ce programme
politique pour obtenir la victoire. Parce que c’est
impossible supprimer l’immigration, c’est
simple, on ne peut pas la réduire de 200.000 à
10.000 en cinq ans ; c’est aussi utopique que
rétablir la peseta et prétendre de n’affronter les
hautes inflations.

53
Alors, pourquoi est-ce qu’à l’Espagne ne s’était
pas articulée une nouvelle droite sous la forme
d’un nouvel parti comme le FN, avec ses
scissions identitaires, radicales et néo-nazies?
Bien qu’il y ait d’influences d’extrême droite
française en Espagne, avec nombreux cas,
l’«antichauvinisme» espagnol ou le «chauvinisme
inverti» 3 ne le permettrait pas. Mais aussi, c’est
à cause de trois raisons, lesquelles expliquent
qu’un auteur, par ailleurs appelé Quentin
Meillasoux, en Espagne [par contre] s’appelle
«Fernández Liria» (et je ne suis pas précisément
un «liriste» 4). De plus, dans les années 70 et au
Franquisme on commence à réceptionner les
œuvres d’Alain de Benoist, qui sont publiés, par
exemple, dans la revue El Alcázar, (quelques
écrits); mais surtout dans la revue [Futuro
Presente], dirigée par l’écrivain hispano-roumain
Vintilă Horia. Cependant, cette influence serait
plus suggestive en termes politiques; pendant
les élections [espagnoles] en 82, Jorge
Verstrynge et Manuel Fraga (v. Alianza Popular)
décident de créer une «nouvelle droite», en
incitant les jeunes intellectuels comme, par
exemple Esparza (aussi Javier Saavedra, Ignacio
Iglesias, Mª Marta Pastor, etc.), qui avaient lu
ces textes. Le 16 décembre 77, Alain de Benoist,
pour sa conférence à Madrid et à travers de
Manuel Fraga et le leader d’AP, considérait ce
livre qu’avait été récompensé par l’académie
française, Vu de droite, en le traitant d’un « livre
important, écrit sous un nouvel point de vue»
mais aussi: «une somme des matériaux et
54
suggestions fondamentaux pour comprendre le
monde où nous vivons» tout comme «un livre
indispensable pour quelconque perspective» 5.
D’après le discours, il ajoutait qu’il était
d’accord avec la conception de la droite telle que
«diversité» [par rapport à la phrase de Manuel
Fraga]: «La droite, comme conception principale,
doit concevoir le monde comme “diversité”, en
soient positives ou nécessaires certaines
inégalités; et impossibles ou négatives les
attitudes pour la totale homogénéisation». 6

55
Cela se mènerait à bien, avec plus ou
moins de succès, dans les années 90, avec la
revue Hespérides, une revue qui parlait à propos
de la «Fin de l’Histoire» et le «Dernier Homme» de
[Le Fin de l’Histoire et le Dernier Homme 6]
Fukuyama; et elle se prononçait en contre de:
l’individualisme, l’égalitarisme, le progressisme
et le cosmopolitisme, parce que la revue croyait
qu’ils n’étaient qu’un simple vernis de l’idéologie
du marché libre, c’est-à-dire une sorte de
solidarité organique, résurrection du sens du
sacré, politiques écologiques et patriotiques, et
un nouvel système et une nouvelle conception
de la «nation espagnole». C’est le cas, par
exemple, d’Esparza, qui fut le premier
intellectuel de ce nouveau mouvement: dans ses
textes il critiquait des auteurs comme Pöpper,
Touraine, Luhmann ou Habermas, en
s’identifiant avec Carl Schmitt et Julien Freund
avec leur «retour au politique» (v. le «retour au
réel») à travers duquel on revendique
l’importance de l’État (fait avec lequel
s’identifient certains buenistes avec peu de
succès 7) en cherchent la repolitisation de l’État
et en consolidant l’autorité des instances
souveraines de la nation face aux intérêts des
partis. En termes bien qu’économiques, ce
[«retour…»] s’articule comme une sorte de
«keynésianisme de droites», puisque Keynes
l’avait écrit pour le prologue de la 2ème édition de
son livre Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt
et de la monnaie, où il faisait des références à
[l’économie dans] l’Allemagne Nazi 8 (en fait, on
56
connaît la liaison entre le keynésianisme et les
politiques socialistes-fascistes et nazis). [Par
rapport à ça] Il y a un économiste espagnol,
Manuel Funes, qui critique le néo-libéralisme
économique avec l’expression de «keynésianisme
des peuples» […]. Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas
une extrême droite en Espagne, comme c’est le
cas en France ou chez autres pays de nôtre
entourage? Il y a trois causes, et je vais les
exposer scolastiquement: la cause immédiate est
PODEMOS, le parti qui canalise le «populisme»
et les «tristes émotions» 9; la cause médiate, le
Franquisme, avec son Movimiento Nacional et
ses phalangistes (on savait que les camisas
pardas avaient abandonné le Franquisme, et
qu’ils seraient par la suite anti-franquistes,
comme, par exemple, Dionisio Ridruejo ou
Manuel Sacristán); et la cause la plus décisive
serait (bien dans le cas espagnol, mais aussi
l’hispano-américain, avec l’exception de
l’Argentine, où il y a eu une réception plus
suggestive […]) c’est le Catholicisme, ce qui
explique que le fascisme soit presque populiste
de droite en Amérique Latine.

57
Finalement, il faudrait se demander: «Que
faire?». Bien que nous soyons devant
d’historiens la question est celle-ci, «¿Que
faire?». C’est la question qu’avaient posé
Tchernychevski10 et ensuite Lénine11, et qu’on se
pose souvent dans les conférences. Donc je
voudrais me définir, mais négativement 12, à
savoir: je crois que la position principale qu’il ne
faut pas assumer par rapport à la nouvelle
droite, et en général dans ce type des
mouvements comme le FN, c’est la position que
les intellectuels de gauche avaient assumé après
la Chute du Mur de Berlin, qui est négationniste
et pseudo-paramilitaire. Pendant l’Été de 93, Le
Monde permettait l’articulation d’une campagne
presqu’à titre continental contre la nouvelle
droite, avec la publication d’un manifeste signé
par 400 intellectuels, la plupart d’eux de
gauche, [lesquels étaient] en contre de ce qu’ils
appelaient «la banalisation de la nouvelle droite».
À ce manifeste en faveur de la belligérance il
s’ajoute un article d’opinion de Roger-Pol Droite,
La confusion des idées 13, dans lequel il critique
l’influence du laissez-dire et du laissez-faire du
cynisme [propre] des années 80, en faisant un
«Appel à la Surveillance», c’est-à-dire en contre
de la vie intellectuelle française, ce qui Deleuze
avait déjà traité14 avec animadversion (il disait
que les Nouveaux Philosophes étaient tout le
temps à la télévision et pas à l’écriture, que ses
écrits étaient presque des «cartes de
présentation»), au contraire de Foucault15.
Roger-Pol Droit se montre contre toute cette
58
espèce de tolérance qui dit que c’est important
de discuter toutes les idées avec honnêteté
intellectuelle […]. On peut lire certains passages
de l’Appel à la Surveillance, pour que vous
sachiez quel est mon point de vue [...]. Il dit
dans un commentaire en contre de Pierre-André
Taguieff […]: «Ils mènent pour cela une large
opération de séduction visant des personnalités
démocrates et des intellectuels, dont certains
connus pour être de gauche. Mal informés de
cette activité et de ces réseaux, ou les ignorants
tout à fait, ceux-ci ont accepté de signer des
articles dans des revues dirigées par ces
idéologues» 16. Voici cette belligérance, bien qu’à
partir d’un «troisième-positionnisme» (qui était
à la mode après la Chute de Mur de Berlin) et
avec des expressions comme «la fin des
idéologies» et «l’indiscernabilité de la gauche et
la droite»)[…]. Il dit aussi: «À la faveur de ces
complicités involontaires, nous craignons de
voir prochainement se banaliser dans notre vie
intellectuelle la présence de discours qui doivent
être combattus parce qu’ils menacent tout à la
fois la démocratie et les vies humaines. Nous ne
pouvons en effet oublier que les propos de
l’extrême-droite ne sont pas simplement des
idées parmi d’autres, mais des incitations à
l’exclusion, à la violence, et au crime» 17.

59
Javier Martínez: Vous avez fait référence
à l’habilité qu’avaient tous ces mouvements
pour faire des propositions de changement
radical, par exemple dans le cas de la sortie de
l’euro et autres; avec un discours bien
euphémistique. On avait vu un éclecticisme
d’auteur presque rhétorique ou vrai, mais avec
l’habilité pour comprendre la débâcle gauchiste,
et l’adoption des différents discours qu’a fait la
droite. Où est-ce qu’on peut trouver un point de
connexion entre eux? Il s’agit d’un aspect propre
de l’extrême droite à travers de la métapolitique,
ou est-ce qu’il s’agit d’une chose exclusive d’un
néo-capitalisme?

60
Ernesto Castro: Certainement. C’est
habituel le changement des gauchistes qui se
rendraient compte de certaines choses,
devenant en figures d’extrême droite, comme
nous raconte dans son livre Jorge Verstrynge.
Par exemple, la gauche trotskiste qui était en
contre du Stalinisme se transformerait après en
collaborationniste, et ainsi dans un certain
capitalisme. Bien que cette tendance a changé
un petit peu. Par exemple, Georges Orwell
écrivait une lettre où il reconnaissait quelle était
l’identité de certains membres du parti ou des
affiliés au Parti Maccarthiste, et aussi des
figures actuelles qui se disaient trotskistes mais
qui maintenant préféreraient un État de
Bienêtre, un protectionnisme social. Ce qui
nous rappelle ce pseudo-marxisme kautskinien
qui défendait l’idée pro-capitaliste qui permettait
d’obtenir la généralité, etc. Donc oui, c’est une
réaction qui a eu lieu nombreuses fois depuis le
XXe siècle jusqu’à nos jours, aussi sous l’idée
utopique mais réelle qui dit: «Si vous n’êtes pas
de gauche avec moins de 35 ans vous n’avez pas
de cœur, et si vous n’êtes pas de droite avec
plus de 35 ans vous n’avez pas de cerveau». Je
ne sais pas pourquoi mais c’est comme ça. Il
serait très bizarre l’inverse (dans le cas de
Verstrynge, par exemple). C’est curieux aussi
d’observer comme ces gramsciens de droite
avaient commencé avec la position d’un racisme
biologique et se transformeraient par la suite en
un racisme culturel. Par exemple, Alain de
Benoist avait écrit un texte dans les années 90
61
en contre de toute façon de racisme titrée Les
Animaux et les Personnes. C’est pour ça que
nous devons nous questionner l’efficacité de ce
que nous entendons quand on parle de la
«droite» et de la «gauche». Donc, échapper de
toutes ces acceptions électoralistes et
propagandistes en retournant aux origines de
ces conceptions à partir de la Révolution
française, c’est-à-dire ceux qui définissent
vraiment, en termes politiques, ce que sont les
deux, en lieu d’en termes presque culturels-
idéologiques (une chose qui nous rappelle donc
à Gramsci; tout le monde veut être gramscien).
Ou, pour le dire d’une façon etic et pas d’une
façon privée [emic], ce qui définit qu’est-ce que
c’est la gauche par rapport à la droite (et à
partir de cette définition je me dis gauchiste)
c’est que la gauche se définit comme
«holisation», c’est-à-dire, pour la destruction des
différences entre êtres humains. Donc la grande
holisation est celle qui s’est effectuée dans la
Révolution française, où tous les membres de
diverses strates sociaux furent transformés en
citoyens. Cette théorie de l’holisation a été
démontrée scientifiquement par des bases
linguistiques, éthologiques, etc. C’est pour ça
que la gauche se définit comme anti-spéciste,
parce que l’anti-spécisme cherche l’holisation à
partir d’ensembles d’individus qui sont classifiés
en fonction à de critères d’espèce (ces qui ne
sont pas le cas dans la morale ou dans la
politique). Donc, le spécisme devrait se
supprimer. Cela serait une différence
62
extrinsèque à ce qui se dit en relation à la droite
et la gauche, mais qui est vrai pour une
conception correcte des deux. Les différences
sont délirantes, divagantes, etc. Parce qu’une
grande partie de la droite actuelle se dise
gramscienne de droite et ce n’est pas le cas, car
elle est complètement gramscienne.

63
Víctor Núñez: Merci beaucoup Ernesto,
pour cette conférence. Je voudrais te demander
deux sujets. La première est par rapport aux
relations entre les intellectuels de gauche avec
ceux de droites, concrètement cette expression
de «populisme de gauche» et aussi «populisme de
droite». Jorge Alemán disait une fois qu’il n’y
avait populisme de droite parce que ce serait
«fascisme». Je me souviens d’une entrevue qui a
donné récemment Íñigo Errejón, critiqué par El
Mundo, où il se demandait s’il y avait une
relation quelconque entre Podemos et le FN. Et
concernant à ça, je dirais qu’à mon avis il n’y a
pas de relation entre eux, mais que ce sentiment
de la patrie et la communauté c’est commun
pour les deux. Et pour la deuxième intervention,
je pense qu’il aurait été nécessaire [pour la
conférence] de parler encore des fondements
politiques un peu plus. On pourrait parler du
trilemme qui posé D. Rodrik par rapport à cette
question: la souveraineté nationale, les
politiques démocratiques et l’intervention
économique mondiale. Je crois que c’est
intéressant pour la question de la nouvelle
droite en faisant la comparaison avec le cas de
Donald Trump, parce que, par rapport à lui, il
n’y aurait pas une préférence pour la
souveraineté nationale (et par ailleurs
l’utilisation de politiques démocratiques comme
politiques de masse) mais une préférence
économique, donc capitaliste. Mais c’est un cas
très similaire avec ce qui fait Marine, qui veut le
même en restreignant ceux de la souveraineté
64
nationale et les politiques démocratiques. Donc,
qu’est-ce que vous pensiez de celui-ci?

65
Ernesto Castro: Je vous réponds depuis
la dernière intervention, ce trilemme à propos de
la «souveraineté nationale», les «politiques
démocratiques» et l’«intervention économique
mondial». En parlant du cas de Donald Trump,
bien sûr qu’il ne contemple pas les «politiques
démocratiques», dû en premier lieu au modèle
politique américain, lequel on ne pourra pas
dire qui soit précisément démocratique. Soudain
se dit que les États-Unis représentent par
excellence le cas politique d’une démocratie
traditionnelle, cependant ils se créent comme
une «république de messieurs», une expression
qui sert pour se référer à ce qu’on entend par
une morale propre des esclaves, ce qui nous
rappelle à la retourne des valeurs spartiates, où
la chose la plus important était la possession
des esclaves, non plus qu’une droite de vote. En
fait, à USA le vote d’un esclave constituait 1/3
la valeur du vote blanche, et la Guerre de
Sécession c’est passé pour cette raison. Donc, le
cas français veut combiner la souveraineté
nationale (ce qui explique la limite ou
l’animadversion pour les immigrants en
rendrant le droit à être français en honneur) et
avec une politique qui se dit démocratique à
travers d’un référendum. Donc le modèle de
Marine ce n’est pas français, et également c’est
le cas pour la droite Tory. On sait que les Tories
depuis le XIXe siècle étaient lesquelles
procuraient l’expansion économique du suffrage
universel, avec telle fortune que le suffrage
masculin avait provoqué la débauche de son
66
parti. En fait, quand il s’approuve le suffrage
universel à l’époque de la Ie Guerre Mondiale,
les premiers partis qu’avaient déchu étaient
précisément libéraux, ou bien conservatrices,
par exemple les Tories, parce qu’ils utilisaient
l’argument du referendum et pour cela il y avait
des archaïques contre eux par cette raison,
comme David Cameron. Marine croit qu’elle
peut manipuler l’opinion publique avec ça sans
aucun imprévu, ce qui nous rappelle au cas
espagnol avec le refuse à l’entrée à l’OTAN.
D’autre part, je ne crois pas que cette trilemme
soit pas effectif, parce qu’on pourrait impulser
une souveraineté nationale qui fusse militaire,
et aussi par rapport aux politiques
démocratiques, avec déterminés sphères
d’action et une intégration économique, par
exemple, en pays petites comme la Suisse
(laquelle on cite souvent), où la souveraineté
nationale avec les politiques démocratiques
s’exerce à travers de référendum et d’une
intégration économique détaché; mais ce cas est
l’exception quand on veut l’appliquer aux pays
plus grands. De plus, ils sont beaucoup les pays
qui veulent appliquer celui-ci où le marché
interne est très grand, donc plusieurs de
compagnies américaines peuvent se priver bien
de l’exportation, c’est-à-dire les principales. Je
voudrais dire qu’il ne faut pas concevoir l’État
comme il le concevra une certaine théorie
libéral, c’est-à-dire comme une structure de
collecte de rente privée à travers des impôts,
mais en notant que la propriété est définie par
67
l’État. Malgré que l’on aille prétendu définir [la
propriété privée] comme «propriété privée sans
État», comme dans le cas du Far West, ce fils de
fer propre des libéraux où les droits se
concèdent et se reconnaissent dans un contexte
d’État-Nation. Donc, l’État devrait se conformer
par des couches: basales, conjonctives et
corticales [v. théorie du corps politique], selon la
théorie de Gustavo Bueno, que je ne vais pas
expliquer parce ça serait trop long. Dans le cas
espagnol, lequel voudrait développer un État de
Bien-être keynésien, ça serait impossible parce
que ça mènerait en bénéfices pour les
entreprises allemandes. Il faut concevoir l’État
et la Politique en termes plus amples. Il y a eu
une réflexion sur le formalisme politique quant
au niveau de la participation. Tous les partis
disent que la démocratie ne consiste pas en
voter pour 4 ans, mais qu’il faut aller aux
manifestations et aussi s’informer
constamment, c’est-à-dire, la démocratie
libératoire perpétuelle, et non pas en un
populisme des nouveaux «caudillos».

68
Au sujet du populisme de droite,
prenons par exemple le Péronisme, qui n’était
pas de gauche précisément […]. Comment vous
savez bien, Francisco Franco n’avait pas eu des
appuis extérieurs à l’époque où l’Espagne avait
été rejetée par la Société Internationale, et son
principal appui fut l’Argentine de Perón. En fait,
lors de son retour dans les années 70 en
Argentine, il y a eu une altercation entre gens
d’extrême droite et d’extrême gauche. En fait il
était presque maoïste parce qu’il laissait que des
contradictions se produisaient dans le propre
parti, de telle façon que la faction plus forte se
fasse avec le manage et avec la direction du
parti. Ce qui représenterait un cas de
populisme, comme, par exemple, corrigez-moi si
je me trompe, Podemos, avec cette prolifération
de contradictions internes mais avec
l’immutabilité des symboles ou des emblèmes :
dans le cas chinois c’était Mao, dans le cas
argentin c’était Perón, dans le cas espagnol
c’était Iglesias. Et ceci est le populisme tel
comme il le définissait Ernesto Laclau, c’est-à-
dire, la réappropriation des signifiants vides liés
avec l’hégémonie culturelle, et la construction
d’une identité future qui provoque un
antagonisme avec un «autre» qui reste en dehors
de la communauté politique. Bien, cette «autre»
dans le cas français serait les immigrants, dans
le cas espagnol (après une époque «d’urgence»)
étaient les «errejonistes». En fait une de choses
que dit Laclau en La Raison Populiste c’est que
ce qu’il faut faire c’est de surpasser la
69
démonisation du fascisme, parce qu’il faut aussi
expliquer la réalité effective qui l’avait donné
lieu, au lieu d’appeler aux discours moraux à
propos de la méchanceté. Et c’est ça ce que je
pense. Au lieu de ce prêchi-prêcha il faut
l’analyser froidement, et voir quelles sont les
tendances de nôtre temps; parce que je ne suis
pas un hégélien et je ne contemple pas l’historie
avec une seule ligne d’évolution, ou que le futur
soit écrit, mais qu’il y a une confluence de
diverses points de vue qui opèrent
individuellement et collectivement.

70