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Peut-on être citoyen du monde ?

Can one be a citizen of the world ?

La règle du jeu consiste à défendre une thèse, un parti imposé, même si on ne la


partage pas personnellement, en cherchant tous les arguments susceptibles de
l'appuyer ou de la renforcer.
The game consists in defending a thesis, a point of view that has been imposed,
even though you may not share it yourself, and in trying to find all the arguments
that might support or back it up.

A/ Thèse : il n'est ni possible ni souhaitable que nous devenions citoyens


du monde.
It is neither possible nor desirable for us to become citizens of the world.

Pas possible :

. (argument de l'Etat) parce que la citoyenneté suppose, d'obéir aux mêmes lois,
de partager les mêmes droits et les mêmes devoirs (rights / duties), de payer les
mêmes impôts (taxes). Or (And yet) il n'existe pas d'Etat « fédéral » mondial (no
global federal state) qui puisse "faire respecter la loi" (enforce the law) , prélever
des impôts (levy taxes) , etc. Le pouvoir politique est généralement national.
D'autre part un tel Etat mondial serait impossible car trop étendu, donc ingérable
(unmanageable) , voire dangereux, car disposant d'un pouvoir gigantesque et
incontrôlable (huge power that the citizens would be unable to check / to keep in
check) par les simples citoyens ou par les peuples différents qui lui seraient soumis
: pas de balance of power (équilibre des pouvoirs) crédible, danger d'un Big
Brother tel que décrit par G. Orwell (1984).

. (argument de la démocratie) parce qu'il n'existe pas aujourd'hui de démocratie


mondiale, c'est-à-dire d'institution collective supranationale permettant aux
citoyens de voter pour choisir collectivement un gouvernement commun. Or, par
définition, un citoyen possède un droit de vote. A l'heure actuelle, les élections
sont presque partout nationales : la liberté politique, c'est-à-dire la "souveraineté"
(sovereignty) du peuple (le droit de faire les lois legislate , ou d'élire des
représentants elect representatives, des gouvernants rulers), s'exerce
essentiellement dans ce cadre limité. En outre, certains Etats et certaines
populations sont hostiles (hostile to) à la démocratie, ou n'ont pas la même
conception de la démocratie : comment partager avec ces derniers la citoyenneté ?

. (argument de l'identité culturelle) parce que la citoyenneté (citizenship)


entendue comme un comportement (behaviour) ou un état d'esprit,(state of mind)
c'est-à-dire le civisme (public spiritedness / acting for the public good) , le sens de
la solidarité (solidarity), suppose (requires / presupposes) sans doute certaines
ressemblances (similarities), certains traits communs (common traits / features) à
tous les citoyens. Sans cela, les gens ne peuvent se comprendre et n'ont pas le
sentiment d'être proches (do not feel close to each other), ne se sentent pas
concernés (do not feel concerned by/ involved in) par les affaires ou les problèmes
que rencontrent les autres, n'ont pas envie de payer des impôts pour la collectivité,
ni de "vivre ensemble". Par exemple une « identité » (identity) et une histoire
commune, une langue et des références partagées (littéraires, historiques,
religieuses, philosophiques, culturelles, etc), le sentiment commun d'appartenir à
la même nation (belonging to the same nation), d'avoir une « communauté de
destin » (shared / common fate) (cf. Ernest Renan : « la nation est un plébiscite de
tous les jours ») : sans cette « identité commune » ou ces ressemblances
culturelles, le sentiment de solidarité entre les membres de la même « cité » ne
peut pas apparaître, ou ne peut être aussi "fort". Sans une langue commune
permettant de se comprendre, le partage d'une culture permettant la
compréhension de la mentalité ou des valeurs d'autrui, le sentiment d'être des
"concitoyens" (fellow citizens) ne peut se développer.

. (argument du consensus moral) Etre ensemble citoyens d'un même Etat, cela
signifie jouir de la sécurité, (feeling secure) de la paix sociale (enjoying social
peace) , de certains droits communs, à égalité avec les autres (as well as the others
/ in unison with the others). Or la coexistence pacifique (peaceful coexistence) au
sein d' (within) une même collectivité (community / body) suppose un consensus
minimal (minimal consensus) sur certaines normes morales (moral standards) ou
certaines valeurs (values) (en Occident (the West) ce sera la laïcité (secularity /
secularism), le respect des droits fondamentaux de la personne humaine, ou de la
liberté des femmes, par exemple). Or il y aura nécessairement des conflits
insolubles (unsolvable conflicts) entre des communautés culturelles trop
différentes sur le plan moral (on the moral plane / morally speaking), voire entre
des peuples trop éloignés par leurs cultures (whose cultures are too dissimilar),
leurs niveaux de vie (standards of living) , pour partager les mêmes valeurs de
base (par exemple liberté individuelle, égale dignité (dignity) des hommes, égalité
homme-femme, refus des castes (refusal to accept / rejection of castes), égalité
devant la loi (equality before the law), etc), qui n'ont pas les mêmes conception de
la loi, du droit, et de la morale commune (common decency). Le consensus qui
permet de vivre ensemble finira par éclater, il ne sera pas possible d'en trouver un
autre qui puisse mettre fin au désaccord.

Pas souhaitable :

. (argument du patriotisme) Certains philosophes (philosophers), comme


Rousseau, pensent même que les citoyens d'une République idéale (ideal / perfect)
doivent être profondément patriotes (patriotic): s'identifier à (identifying with) leur
Etat et être prêts à le défendre (ready to defend it / to stand up in arms) si
nécessaire (morale républicaine). Mais peut-on s'identifier à l'humanité, aimer le
monde ou aimer toute l'humanité (love all humanity) comme on aime sa propre
patrie (particulière) (homeland / native country)?

ROUSSEAU:
" Il est certain que les plus grands prodiges de vertu ont été donnés par l'amour de
la patrie. " (Discours sur l'économie politique, article rédigé pour le tome V de
L'Encyclopédie de Diderot, 1755).

" L'amour de la patrie conduit nécessairement [à l'amour de la vertu] puisque nous


voulons volontiers ce que veulent ceux que nous aimons." (Fragments politiques,
XI]

" L'amour de l'humanité donne beaucoup de vertus, comme la douceur, l'équité, la


modération, la charité, l'indulgence, mais il n'inspire point le courage, ni la
fermeté, etc. : et ne leur donne point cette énergie qu'elles reçoivent de l'amour de
la patrie qui les élève jusqu'à l'héroïsme." [Idem]

. (argument du conflit des intérêts) Peut-on être soucieux de (concerned with)


l'intérêt ((general) interest) de tous les peuples (all peoples) à la fois, se dévouer
pour (devote / dedicate oneself to) l'humanité ? La recherche de l'intérêt général a
un sens au niveau national : mais peut-on se battre contre sa propre patrie au nom
de (in the name of / for the sake of) l'humanité ? D'ailleurs un intérêt commun à
tous les membres de l'humanité paraît difficile à identifier : certains peuples,
certains Etats, peuvent avoir des intérêts divergents (divergent / differing
interests) (territoires (territories), frontières, contrôle des ressources, etc).
D'ailleurs, les relations internationales ont rarement été pacifiques dans l'histoire :
les Etats se sont fait la guerre dans le passé, et les peuples entrent (enter (into))
parfois dans des rapports de violence (violent relations) ou de compétition (or
compete with each other) . Les conflits, la concurrence économique (economic
competition), l'hostilité (hostility) ou le rejet culturel (refusal of cultural
differences), l'ethnocentrisme (ethnocentrism) rendent impossible la constitution
d'une communauté civique mondiale cohérente.

B/ Antithèse : il est possible et même souhaitable d'agir et penser en


citoyens du monde.

Possible :

Nos consciences ne sont pas cloisonnées (partitioned / divided): l'horizon


(horizon / prospect) de la pensée, pour le citoyen moderne, dépasse (goes
beyond) les frontières de son pays ; nous accédons de multiples manières à
d'autres cultures, aux pensées et aux préoccupations (concerns) du reste
de l'humanité. C'est ce que le sociologue (sociologist) Ulrich Beck appelle
le « cosmopolitisme » (cosmopolitanism) moderne, d'après le philosophe
Emmanuel Kant qui évoquait le « point de vue cosmopolitique »
("Weltbürgerlicher Absicht" dans Entwurf zu einer allgemeinen Geschichte in
weltbürgerlicher Absicht, Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique, 1784).
Cela peut se faire au travers d'expériences somme toute assez banales
(commonplace / ordinary), comme :

. la littérature, le cinéma, la musique, qui ont popularisé (which have made … more
popular) l'intérêt pour les cultures étrangères.
. les voyages (s'ils ne sont pas "préformatés": trips / travelling, as long as they are
not unduly prearranged), le tourisme (à certaines conditions), l'apprentissage
d'une langue, qui peuvent développer l'intérêt (arouse interest for) pour une
civilisation différente, pour les conditions et les modes de vie étrangers, pour
d'autres histoires. La "quête de l'exotisme" (the search / quest for all that is
exotic), avec ses illusions, manifeste tout de même (shows nevertheless / all the
same) un début d'intérêt pour l'autre.
. les échanges scolaires (school exchanges) (séjour linguistique, correspondance)
(language courses, correspondence) ou universitaires (Erasmus), qui créent des
liens (act as a link with) avec des familles, des amitiés avec des personnes
étrangères, la curiosité pour une actualité différente (curiosity for unusual news).
. internet (the Internet): formation d'un média mondial (creation of a global
medium) , où les informations peuvent circuler (spread / circulate) d'un bout à
l'autre de la planète (all over the planet) et échapper plus facilement à la censure
des États (escape from the states' censorship all the more easily).
. la vie dans les « villes-mondes », ces grandes capitales cosmopolites (Paris,
Londres, New-York, Berlin, etc), nous amène à fréquenter et croiser (enables us to
encounter and meet) des modes de vie (ways of life) , des cultures, des cuisines,
des langues différentes dans notre propre pays.
. la « multi-appartenance » (multiple membership ???)de certains milieux sociaux :
ainsi, les "élites internationales" (international elites) travaillant pour des banques,
des multinationales (multinational companies) , certains hommes politiques (chefs
d'États heads of state, membres de l'ONU UNO members) etc, qui ont des
préoccupations, mais aussi un comportement, des modes de vie "internationaux"
(whose concerns, behaviours and ways of life are international) , mais également
les journalistes-reporters, les traducteurs, les sportifs, les commerçants, etc,
(reporters, translators, sportsmen, businessmen, etc) qui doivent par nécessité
vivre dans plusieurs pays.
. Le commerce (trade) , le travail, l'émigration, qui obligent à apprendre la langue
de l'autre (which make you learn the other's language) , à tolérer et s'habituer
(tolerate and get used to)aux différences culturelles, voire à les apprécier (or even
enjoy them). En particulier l'apprentissage des rudiments de la langue anglaise
(learning / getting basic knowledge of English) devient impératif (essential) pour
les échanges commerciaux (trade), le tourisme : 'l'anglais international" (Globish)
(ni spécifiquement (neither specifically ..) anglais, américain, australien : une
langue sans patrie ?) (a language without a nation) constitue ainsi un support
élémentaire de communication (thus constitutes an elementary medium for
communication).
. Des standard communs qui s'imposent (common standards which have become
the norm) , qui rapprochent les modes de vie (bring closer different ways of life)
(ou font connaître et adopter celui des autres) (or which help to get to knwo or
even adopt the others') : la société de consommation de masse (mass consumer
society), les centres commerciaux (shopping centers / malls) , la voiture, le
costume-cravate (suit and tie) , les marques américaines (American brands) , la
cuisine italienne, le "continental breakfast" dans les hôtels et les avions du monde
entier, etc.

Il existe d'ores et déjà des formes de solidarité des hommes à l'échelle de


la planète, par delà les différences nationales, et certaines prises de
conscience d'intérêts communs à l'humanité, par exemple (Already, there
exist forms of solidarity between men on a worldwide scale, beyond
national differences, and occasional awareness that some interests are
common to humanity, for instance) :

. Les catastrophes sanitaires (health / sanitary or humanitarian disasters) ou


humanitaires éveillent (arouse) la "compassion" (compassion) universelle des
citoyens informés par les médias (informed by the media). Celle-ci se traduit par
des dons (expressed through donations) , par l'aide fournie (through the help
provided by NGO) par des organisations non-gouvernementales humanitaires
comme Médecins Sans Frontières (such as Doctors Without Borders) , Médecins
du Monde, etc. Le philosophe anglais Jeremy Rifkin dans un livre récent, The Race
to Global Consciousness in a World in Crisis, parle d'émergence (evokes the
emergence of) d'une « conscience planétaire » (« global consciousness ») de la
compassion, d'une « civilisation de l'empathie » (empathy) , et de citoyens
compassionnels (« compassionate citizens »).
On retrouve d'ailleurs cette idée chez Rousseau, dans l'Emile (traité d'éducation),
qui va dans le même sens (along the same lines) : "C'est la faiblesse de l'homme
qui le rend sociable : ce sont nos misères communes qui portent nos coeurs à
l'humanité, nous ne lui devrions rien si nous n'étions pas hommes [...] Si nos
besoins communs nous unissent par intérêt, nos misères communes nous unissent
par affection" [liv. IV, Oeuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, t. IV, p. 503].

. un consensus de plus en plus fort et élargi (a consensus that gets always stronger
and broader) autour de la préservation de l'environnement et des ressources
naturelles (concerning the preservation of the environment and natural
ressources) , au nom des générations futures (in teh name of / for the sake of
future generations) , mais aussi parce que chaque pays y a intérêt à moyen ou long
terme (in the medium and long term): les marées noires (oil slicks), la pollution des
mers, des fleuves, des nappes phréatiques (the pollution of the oceans, rivers and
ground water), de l'air, etc, ne s'arrêtent pas plus que le nuage de Tchernobyl
(cloud from) (26 avril 1986) aux frontières de chaque État. Les poissons
fréquentent (The fish swim in) tous les océans du globe, et la sur-pêche d'espèces
menacées (the overfishing of endangered species) finit par pénaliser (affects all the
populations in the end) toutes les populations.

. certaines personnes choisissent de développer un mode de commerce plus juste


(fairer) , par souci global (motivated by the overall well-being and respect for the
dignity of the workers) du bien-être et du respect de la dignité des travailleurs : le
"commerce équitable" (fair trade), s'il est très minoritaire (even though it might
still be marginal), est tout de même le signe d'une "prise de conscience" (new
awareness of) et d'un souci pour (and concern for) des personnes étrangères,
appartenant à d'autres pays et d'autres cultures.

. un souci (encore faible, mais réel?) (a wish, still burgeoning but real / sincere) de
préserver l'équilibre économique des échanges (to preserve the balance of trade),
car des économies mondialisées (globalized economies) (intégrées à la
mondialisation part of globalization) sont de plus en plus interconnectées et donc
interdépendantes (interconnected and thus interdependent): les crise de la
demande (poor demand) ici détruit l'industrie là-bas ; la misère (poverty) ici
engendre (generates / causes) des migrations et des guerres ailleurs, les bas
salaires (low wages) ici engendrent chômage et délocalisation (lead to
unemployment and relocation) , là-bas etc.

Différentes institutions juridiques ou politiques témoignent de l'existence


d'un droit international, et d'un embryon d'autorité politique (Various
judicial or political institutions testify to the existence of international law,
and of an embryonic political power):

. L'Organisation des Nations Unies chargée de défendre et promouvoir le respect


des droits de l'être humain (déclaration de 1948).(UNO, in charge of defending and
promoting the rights of man)
. L'apparition, aux procès des criminels de Nuremberg, de la notion juridique
nouvelle de « crimes contre l'humanité »,, (the new notion of « crime against
humanity », first used at the Nuremberg trials) qui ne sont pas simplement des
« crimes de guerre » régis par la convention de Genève (different from the « war
crimes » defined by the Geneva Convention). De là (hence), la possibilité de
poursuivre des responsables politiques ou militaires (prosecute political or military
rulers) , par exemple, pour « génocide » (ex-Yougoslavie, Rwanda, Sierra Leone
etc). De là aussi, la création d'une Cour Pénale Internationale à La Haye
(International Criminal Court in The Hague), ou de Tribunaux pénaux
internationaux spécialisés dans le procès de certaines affaires (that specialize in
certain types of trials).
. L'Union Européenne, qui dispose de prérogatives réservées auparavant aux États
nationaux (which has prerogatives that used to be the privilege of nation states)
est le signe qu'une coopération voire un fédération d'États est possible (is the sign
that cooperation or even a federation of states) (sans parler d'emblée d'un État
fédéral not to mention straightaway a federal state) entre des peuples de langues,
de cultures, de législation différentes (between peoples whose languages, cultures,
legislations are different). L'Europe peut-elle être considérée comme un essai
préparatoire pour un État international (Can the European union be considered as
an attempt at an international state)?

Souhaitable :

Des philosophes ont montré la nécessité morale pour chacun d'entre nous
de se penser comme un « citoyen du monde », soucieux des intérêts de
l'humanité, ce qui suppose un mode particulier de pensée qu'on appellera
« pensée élargie » (à l'humanité). (Some philosophers have shown it is a
moral necessity for each of us to regard ourselves as « citizens of the
world », concerned with the interests of humanity, which presupposes a
particular way of thinking we shall call « widened / enlarged / broadened
thinking »)

. Les stoïciens développent (The Stoics develop) une conception particulière de


l'individu (the individual): l'homme s'intègre à (man becomes integrated into) un
Tout cosmique (a cosmic whole) dont il est solidaire, parce qu'il fait partie de la
communauté des êtres doués de raison (because he belongs to the community of
beings endowed with reason, rational and reasoning) (rationnels et raisonnables).
A partir de là, ils admettent (From this point on, they admit) que nous avons des
devoirs (duties) (officis) même à l'égard des étrangers, parce qu'ils sont comme
nous humains et donc, par la possession d'une raison (because they are endowed
with reason) , citoyens du monde capables d'en comprendre les règles, les devoirs
communs, les « lois naturelles et universelles » en quelque sorte (citizens of the
world who can understand its rules, shared duties, natural and universal laws, so
to speak). D'où (hence) la métaphore du monde comme une « grande cité ». L'idée
est que, si nous ne nous comportons pas en authentiques « bons citoyens » du
monde, si nous pratiquons l'injustice if we are unfair) à l'égard de nos semblables
(fellow men / fellow creatures) , nous transgressons (infringe / break) les lois non-
écrites (unwritten laws) de la morale universelle (of universal ethics) et nous
bouleversons (upset) l'ordre, l'harmonie du cosmos. Dans une cité où règnent
(rule) l'injustice et la violence, le sage (the wise man / sage) ne peut pas être
heureux : donc il ne peut pas non plus l'être dans la « cité qu'est le monde entier »
(Epictète) s'il ne se comporte pas en ami de la raison et de l'humanité. (if he does
not act in harmony with reason and humanity)

" Tu es citoyen du monde et partie de ce monde, non pas une de ses parties
subordonnées, mais une de ses parties dominantes, car tu es capable de
comprendre le gouvernement divin et de réfléchir à ses conséquences"
(Épictète, Entretiens, liv.II, ch.10) . "Le monde entier est comme une cité" écrit
aussi l'empereur Marc-Aurèle (Pensées,IV,4) ; "l'homme, ce citoyen de la plus
éminente cité, dont les autres cités sont comme les maisons" (III,11). "Ma
cité et ma patrie, en tant qu'Antonin, c'est Rome ; en tant qu'homme,
l'univers. En conséquence, les choses utiles à ces deux cités sont pour moi
les seuls biens"(VI,44 ; idem XII,36).
. Kant souligne la nécessité pour les États d'entrer entre eux dans des rapports de
droit et de justice (insists on the necessity for states to establish between them
legal and fair relationships) , exactement de la même façon qu'il est nécessaire
pour les individus, comme le démontre (shows) Hobbes dans le Léviathan, de
quitter « l'état de nature » où règnent violence, égoïsme et injustice (the state of
nature where violence, selfishness and injustice are the rule), pour entrer dans
l'état politique, régulé par le droit (regulated by the law), c'est-à-dire par des lois
civiles. Le philosophe pense donc qu'inévitablement, l'histoire conduira, à travers
les conflits épuisants et les guerres désastreuses sans doute (through devastating
conflicts and disastrous wars), à l'obligation d'inventer des règles de droit
universelles, c'est-à-dire valables universellement (universally valid) pour tous les
hommes quelle que soit leur nationalité. L'apparition d'un État cosmopolitique
(international), qui ne soit pas une simple « société des nations » (pour reprendre
l'expression empreinte d'idéalisme du président américain Woodrow Wilson en
1919) ne paraît donc pas être une simple utopie : c'est une réelle possibilité que
l'humanité sera un jour ou l'autre obligée d'envisager (will one day or another have
to contemplate) , et de mettre en place (and set up).