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Des oiseaux dans la tourmente

Des Oiseaux dans la tourmente


Episode 1 L’impasse, la crise mondiale de l’endettement

Les « Early birds » ne chantent plus. Inquiets des nuages menaçants, et du silence
anormal de la foret, ils décident de consulter les médecins. Dr FMI, tout préoccupé à
son plumage, ne répond pas à leurs inquiétudes. Ils rendent alors visite à Dr Hélico ben
et au Dr Trichet.

« Dites 13 ! » dit Dr Hélico ben à US, l’aigle, et à UK, le macareux. « Je vois .Prenez 2
cuillères de QE »
Dites AAAh ! dit Dr Trichet aux étourneaux. « Je refuse de prescrire le QE. Les oiseaux
du bassin méditerranéen sont drogués au QE, et tous dépendants. Alors une prescription
sévère tombe : « cure d’amaigrissement de - 5% pour tous les fonctionnaires »

L’ensemble du monde occidental a vécu à crédit, sur un train de vie supérieur à sa


production (subprime aux US, 27 ans de retraite à la SNCF, emprunts de la Grèce sur les
10 prochaines années de subvention de l’Union européenne …). Contrairement à une
idée répandue, ce ne sont pas nos enfants qui paieront les dettes. Cela n’est jamais arrivé
dans l’Histoire .Nos excès ont été financés à crédit par les « non résidents, » avec la
complicité des traders. Et aujourd’hui les prêteurs prennent peur pour leurs avoirs et leur
retraites (assurances vie par capitalisation), dans un examen bénéfice/risque .Les trois
événements déclenchants ayant été :
- l’abaissement de l’age de la retraite des fonctionnaires grecs à 50 ans, financés par
les allemands qui passaient alors à 67 .(La presse allemande s’est déchaînée)
- le transfert des créances sous forme électronique (titrisation des subprimes,
foreclosure gate…)
- une compétitivité accrue des pays émergents, suite à la baisse des taux avec des
rendements su r investissements de 15% contre 2,5% pour nos dettes

Les emprunts publics répondent aux mêmes critères, que les emprunts personnels pour
acheter votre maison ou les crédits à la consommation. Les banques regardent le montant
de l’emprunt annuel en % de vos ressources et votre apport personnel.

Beaucoup de pays ont des déficits très importants .Certains pays font appel presque
exclusivement aux non résidents (Portugal à hauteur de 99%, Grèce 78%).D’autres
empruntent à leurs concitoyens avec un complément de participation faible des non
résidents (US 28 %, UK 35%, Japon 6%).

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Les deficits annuels financés par les non-résidents


Part des non (maj 22 oct 10 ) © Hemve 31
résidents (% )
100% Portugal

Pays Bas Irlande


80%
Grèce
Allemagne France
Espagne
60%
Italie
Belgique
40%
UK
USA
20%

Japon
Chine
0%
0 2 4 6 8 10 12 14 16
Deficit publique annuel ( % PIB)

L’Europe continentale a la particularité de faire appel fortement aux non résidents pour
payer 70% de ses excès. Un tiers est hors zone euro. Et la France, avec un déficit
important de 7,5% du PIB, est financé à 71% par les non résidents. Elle est le plus gros
emprunteur européen avec 400 milliards par an .Un milliard par jour
C’est là où vous me dites : Il n’ y a pas de différence avec les US. Les prêteurs allemands
et les italiens sont dans la zone euro. Nous avons donc seulement 30% des investisseurs,
hors zone euro. Eh bien si il y a une différence! Les prêteurs allemands et les italiens ne
sont pas soumis au système fiscal, social français Et ils ne paieront pas les augmentations
d’impôts que les français vont payer et seront les seuls à payer pour combler les dettes!

Sans une réduction rapide, avant 2012, et forte de ses déficits et une réduction de la
participation des non résidents, la France quittera le club des « AAA ».ce qui la
condamnerait immédiatement à des taux plus élevés : un certain nombre de fonds
souverains, de par leurs statuts, ne peuvent pas souscrire les fonds n’ayant pas AAA. La
France est donc condamnée à demander un effort supplémentaire aux résidents et à
réduire drastiquement son train de vie, très rapidement pour éviter l’abaissement
de sa note .Elle est clairement tête de liste, du prochain pays susceptibles d’être dégradé,
d’autant que les Pays bas s’engagent sur un plan de réduction drastique

Les marchés sont ils efficients ?


Efficients peut être pas ; mais réalistes et à leurs valeurs oui. Les marchés demandent un
intérêt fonction du déficit annuel financé par les non résidents (taux de déficit x
participation des non résidents),

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le taux d'interet demandé par les non-résidents


Taux d'emprunt (maj 22 oct 10 ) © Hemve 31
10ans (% )
10
Grèce

6 Irlande
Portugal

4 Espagne
Italie
Belgique
UK France
USA Pays Bas
2 Allemagne

Japon
0
0 2 4 6 8 10 12 14
Deficit publique annuel financé par les non résidents ( % PIB)

La France bénéficie d’un taux plutôt bon, grâce à nos traders qui négocient 0,5% de
moins sur notre endettement. L’Espagne, malgré son niveau d’endettement, bénéficie
d’un traitement favorable, grâce aux gages donnés (réduction de 5% des salaires des
fonctionnaires, retraite à 65 ans …) Il est probable que si la France perdait le AAA, les
taux demandés augmenteraient au niveau de l’Espagne, dans un premier temps , puis
beaucoup plus ensuite en l’absence de gages sur le redressement ; L’Irlande et la Grèce
n’empruntent plus sur longue durée, et font appel uniquement à des emprunts courts ; ce
qui fragilise encore plus leur situation.
Par ailleurs les taux sont actuellement anormalement bas, grâce au quantitative easing
américain .Mais ils risquent de remonter dès que l’inflation va se propager, que les
surplus commerciaux du Japon vont se réduire, et que les autres pays auront réduit leurs
déficits. La situation peut vite devenir insupportable.

Quels efforts doivent être mis en oeuvre pour revenir aux 3% en 2013 ?

La seule issue possible hors défaut de paiement. requiert un taux de croissance nominal
du PIB supérieur au taux d’intérêt. Ce qui en clair signifie une augmentation sensible de
l’activité accompagnée d’une inflation soutenue. Une concertation internationale sous la
houlette du FMI aurait été indispensable. Ce n’est pas la voie choisie .Le monde est parti
dans la voie du « chacun pour soi »

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Retour à un deficit de 3%,en 2013, sans aide supplémentaire des non


résidents (maj 15 oct 10 ) © Hemve 31

Réduction dépenses
15
ou Prélèvement
supplémentaire
(% PIB )
Irlande
Grèce
10

UK
USA Espagne

Japon
5
France
Portugal
Belgique
Italie
Pays Bas
Chine
0
Allemagne
0 2 4 6 8 10 12 14 16
Deficit publique annuel ( % PIB)

L’effort demandé est entre 3 et 8% du PIB, pour la plupart des pays, Les US, UK Japon
utilisent l’arme de la dévaluation pour réduire les sacrifices. Plusieurs conclusions sautent
aux yeux :
- l’ensemble des pays occidentaux entrent en récession, avec un chômage plus
important, à cause de la simultanéité des réductions massives des dépenses
publiques. La France exportant 1/3 de sa production sera touchée
- La chine et les pays émergents sont toujours en croissance forte
- Le quantitative easing aux US, UK, Japon diminue l’ajustement demandé, en
créant une inflation forte. Il est indispensable, mais dangereux
- Les pays qui dévaluent auront une croissance plus forte, réduisant d’autant les
sacrifices nécessaires, mais en faisant supporter la dévaluation du capital des
dettes anciennes aux non résidents, et une réduction du niveau de vie pour les
résidents (comme le Canada et la Suède en 1990)
- L’Allemagne est en surchauffe, et commence à avoir une inflation trop forte
- Les pays de la zone euro, ne peuvent dévaluer le capital des anciennes dettes, de
par leur appartenance à l’€, Ils vont donc réduire les dépenses publiques, les
salaires et les retraites, sans toucher aux prix, Ils vont payer un prix fort, avec un
chômage fort (comme en 1993),
- L’euro a été un poison violent pour les pays méditerranéens en leur permettant de
s’endetter à taux faible dans les années 2000, sans aucun garde fou, sans pression
sur les taux et le change .Ils doivent rembourser « l’avantage obtenu par l’€, au
plus mauvais moment, avec une réduction des excès sociaux, à des niveaux
insupportable socialement. L’Europe devra choisir entre l’ harmonisation
budgétaire fiscale et sociale ou l’éclatement Ce sont nos « partenaires » de la
zone euro qui demandent l’effort, faute d’accepter des transferts sociaux en
Europe et refusent financer des particularités sociales qu’ils ne comprennent pas
et que personne ne peut justifier.

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- la Grèce et l’Irlande ont une contrainte de réduction à plus de 10% du PIB


impossible à tenir. Elles seront obligées de renégocier leurs dettes .Une nouvelle
crise est inévitable dès que l’€/yen sera stabilisé, ou baissera de nouveau. La seule
vraie question aurait été : comment restaurer leur compétitivité ?
- les surplus commerciaux du Japon réduits, impacteront les financements de la
dette en Europe et au US
- l’interconnexion des dettes européennes est forte et peut créer un effet domino.
La France (essentiellement les assurances) a souscrit 26% de la dette portugaise,
13% de la dette grecque, 13% de la dette irlandaise
- le quantitative easing peut être détourné de son objectif, et échouer si les liquidités
vont s’investir dans les pays émergents, sauf si ces derniers dévaluent eux aussi.

Pour la France la posologie sera celle de la zone €. Aucun gouvernement, aussi malin
soit il, ne peut y échapper. Pas plus que nos voisins. Le gouvernement devra appliquer
une réduction des dépenses publiques de 5% et une augmentation des impôts de 5 %
Comme l’Espagne, le Portugal les Pays bas, L’Irlande ,sans parler du Royaume uni
(l’austérité juste)… le sacrifice est énorme. Ou bien il faut demander à l’ensemble de la
population de travailler 2 ans de plus d’ici 2013(ou repasser à 39h). Certains rêvent de
« faire payer les » riches », pour s’affranchir de tout effort. Il faudrait que tout le capital
possédé par les résidents rapporte chaque année 12%, taxé intégralement ! Impossible
d’obtenir de tels rendements ; ce qui de plus serait obtenu au détriment de tous les
salaires et ferait fuir le peu de capital restant sauf à placer l'ensemble de nos avoirs en
Inde et fermer les entreprises en France Il faut bien se rendre à l’évidence et il n’ y a plus
de riches en France. On tourne en rond. C’est l’impasse. Ni la croissance, ni les dettes
ne peuvent continuer de financer les « acquis » sociaux. C’est la première fois que la
génération suivante n’aura pas les acquis précédents.

La France est le pays qui travaille le moins (550 heures /habitant)


heures travaillées ( source eurostat, maj 21 oct 10 ) © Hemve 31
annuellement

2000

1900 Grèce

1800 Espagne USA


Japon
1700 Portugal
Irlande
1600 Italie Belgique UK

1500
France
Allemagne
1400

Pays Bas
1300
36% 41% 46% 51% 56%
Population active ( %)

Population active 40%, 10% de chômage, travail annuel effectif 1450 h =550h/habitant

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Les actifs ne peuvent plus supporter une telle masse d’inactifs .Les français actifs sont
plus performants que ceux des autres pays, mais épuisés, ils ne rêvent que de rejoindre
les 64% d’inactifs, préoccupés par leurs vacances, même par temps de grève.
2/3 d’inactifs regardent travailler 1/3 de nos concitoyens, les plus productifs au Monde et
les plus rapides (1450h / 1750h) Leur taux horaire est devenu invendable.

la France est le pays le moins compétitif


avec le plus fort taux d'exclusion
taux horaire (maj 21 oct 10 ) © Hemve 31
( €/h)
70

Irlande
France
60

Belgique Pays Bas


50
Italie
Allemagne USA

40
Espagne
UK
Grèce
Japon

30

Portugal
20
500 600 700 800 900

heures travaillées par habitant ( total des heures travaillées/ population)

Paradoxalement, il n’ y a dans les manifs que des «cheveux blancs », des jeunes, et très
peu d’actifs. Ce n’est pas un hasard .Manifestent les exclus du système ;Les jeunes ont
une productivité plus faible que les 30-55 ; les sexagénaires des salaires supérieurs .Les
deux sont encore moins compétitifs sur le plan mondial , que la classe 30-55 ,qui ne l’est
plus non plus , compte tenu du nombre d’inactifs (la trappe à exclusion se referme).Mais
depuis 20 ans il n’ y a eu aucune réflexion sur l’employabilité de nos jeunes , face à la
compétition mondiale ; ni sur l’emploi à temps partiel des sexagénaires, hors retrait brutal
du marché du travail
La pression des marchés,les non résidents qui financent 71% de nos déficits n’ont pas
été expliqués .Elle s’accroît chaque année et encore plus avec la baisse des rendements à
2%, dû au quantitative easing US ,et des rendements bien meilleurs dans les pays
émergents. Il n’y a plus de temps pour les tergiversations. Si les non résidents, prenant
peur, cessent brutalement de souscrire le milliard par jour, nécessaire pour boucler nos
fins de mois, l’ajustement serait d’une brutalité inouïe, une faillite en quelques
semaines imposant 10% en moins pour tous (salaires, retraites, maladie, capitaux…) ou
une augmentation de tous les impôts de 40%( IR, TVA à 28%, essence à 2€…).Je ne
parle même pas de retrait de capitaux, mais de simplement le fait de ne pas souscrire
aux nouveaux emprunts.

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Des oiseaux dans la tourmente

La France accepte d’autant moins la posologie qu’elle est le seul pays se réformant si
tard, et donc obligée de le faire dans un délai si court ; c’est la seule à vivre dans un tel
déni de réalité depuis 30 ans : « Justice » française (semaine de 35h, retraite à 60 ans, 1/3
d’actifs paient les 2/3 inactifs ; 38 régimes différents) opposée au pragmatisme anglo-
saxon. Le réveil sera plus dur que pour les autres pays , par manque de courage politique
de l’ensemble de la classe politique .Courage qu’ont eu l’Italie , la Belgique,
l’Allemagne, l’Irlande,la Finlande, Hong Kong ,en augmentant leur population active,il y
a 3 ans déjà ,et en les formant .

Plus on travaille, plus on a de revenus , plus on consomme, plus il


y a d'activités, et moins il y a de chomages ( Keynes ,le multiplicateur)
taux de chomage (maj 22 oct 10 ) © Hemve 31
(% )
20 Espagne

15
Irlande

Grèce Portugal
10 France USA
Belgique
Italie
UK
Allemagne
5 Pays Bas Japon

0
500 600 700 800 900
heures travaillées par habitant ( total des heures travaillées/ population)

Il n’ y a pas d’autres solutions que d’augmenter le pourcentage de population


active, la rendre compétitive avec le reste du Monde, repartir la charge des inactifs sur
une population plus grande. Les inactifs doivent prendre leur part de sacrifice, ou
retravailler à temps partiel. . Ce que font tous les autres pays. Les pays émergents ne
veulent pas et ne peuvent pas payer notre système social. L’effort d’ajustement est aussi
considérable pour la plupart des grandes puissances .Nous sommes face à une crise
mondiale synchrone

A suivre.
Episode 2 la globalisation mondiale des finances, le VIX, la volatilité les traders
A la semaine prochaine !

Hemve31

Episode 1 7/7 18/10/10