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UFR Littérature, Linguistique, Didactique

Département Didactique du Français Langue Étrangère

La mythologie grecque en
littérature de jeunesse
Utilisation en contexte FLES

ANDRIANTSEHENOHARINALA Mierina | Littérature de jeunesse et FLES | M2 DDL

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Sommaire

Note d’intention.......................................................................................................................... 2
1. La transposition des récits mythologiques en littérature de jeunesse ................................. 3
1.1 Présentation du corpus ................................................................................................. 3
1.2 Analyse ........................................................................................................................ 5
2. Intérêts et enjeux de la mythologie : insertion dans l’économie du livre de jeunesse ........ 7
3. Utilisation en FLES ............................................................................................................. 9
Conclusion ................................................................................................................................ 10

Déclaration sur l’honneur

Je, soussignée ANDRIANTSEHENOHARINALA Mierina, déclare avoir rédigé ce travail sans


aides extérieures ni sources autres que celles qui sont citées. Toutes les utilisations de textes
préexistants, publiés ou non, y compris en version électronique, sont signalées comme telles.
Ce travail n’a été soumis à aucun autre jury d’examen sous une forme identique ou similaire,
que ce soit en France ou à l’étranger, à l’université ou dans une autre institution, par moi-même
ou par autrui.

Le 18/12/2018

Mierina Andriantsehenoharinala

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Note d’intention

Dans le cadre de ce cours sur la littérature de jeunesse et son utilisation en FLES, j’ai choisi de
travailler sur l’adaptation de récits de la mythologie grecque par des auteurs de littérature de
jeunesse. Ce thème est incontournable de la littérature de jeunesse, et est présenté sous des
formes diverses : romans, dictionnaires, albums, bandes dessinées.

Ce que l’on remarque de prime abord, et les auteurs l’indiquent clairement, est que ces textes
sont des adaptations des mythes grecs. En effet, il n’existe pas de texte originel relatant un
mythe du début jusqu’à la fin ; le mythe est fragmentaire, se retrouvant çà et là et de manière
épisodique chez différents auteurs. Les aventures mythologiques sont ainsi évoquées chez
Hésiode, Ovide, Homère, Apollodore, Plaute, Plutarque, Euripide ou encore Virgile. Sont
également utilisés par les auteurs les peintures sur les vases, les sculptures, et tous les arts
figuratifs qui ont pour motif des récits mythologiques. Nous étudierons ainsi ce corpus à travers
un questionnement en trois points.

La première question qui se pose est celle de la transposition de ces récits en littérature de
jeunesse. Quels sont les éléments textuels, linguistiques et typographiques qui font de ces textes
de la littérature de jeunesse ? Afin de répondre à cette question, nous analyserons notre corpus.

Cette interrogation fondamentale induit par ailleurs la question sous-jacente de la réception de


ces textes. En effet, la littérature de jeunesse est par essence destinée à un public bien précis. Il
est donc légitime de se demander quels sont les intérêts et les enjeux de la mythologie grecque
pour la littérature de jeunesse. Pour cela, nous nous intéresserons plus précisément à l’insertion
du thème de la mythologie grecque dans l’économie du livre de jeunesse.

Enfin, l’intérêt que l’on peut avoir en tant que didacticien est de s’interroger sur l’utilisation de
ce corpus dans le champ du FLES. Nous proposerons ainsi quelques éléments de réflexion pour
une utilisation pédagogique de ces textes.

Ce que nous voulons proposer ici est ainsi non seulement une étude sur les livres de récits
mythologiques en littérature de jeunesse, mais aussi une enquête qui puisse proposer un corpus
et des pistes d’exploitation en contexte FLE/S.

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1. La transposition des récits mythologiques en littérature de jeunesse
1.1 Présentation du corpus

L’offre d’ouvrages en littérature de jeunesse ayant la mythologie grecque pour thème est
foisonnante ; ainsi, le corpus que nous avons constitué n’est pas complètement représentatif
(par exemple, nous n’avons pas inclus de bande dessinée) mais il est assez diversifié pour
donner quelques idées d’utilisation. Il est composé de trois catégories : romans, albums et
anthologies.

Romans

Les ouvrages d’Hélène Montardre pour la collection « petites histoires de la Mythologie » :


Dans le ventre du cheval de Troie, Achille le guerrier, la belle Hélène, Les douze travaux
d’Hercule, Ulysse et le cyclope. Editions : Nathan.

3
Le Feuilleton d’Ulysse de Murielle Szac. Editions : Bayard jeunesse.

Albums

Le Voyage d’Ulysse, adaptation de Nicolas Cauchy et illustrations de Morgan. Editions :


Gautier-Languereau.

La Pythie de Delphes, texte de Agnès Aziza et illustrations de Marie-Noëlle Pichard. Editions :


Oskar jeunesse.

4
Anthologies

12 récits de l’Illiade et l’Odyssée, Homère adapté par Michel Laporte. Editions : Castor Poche
Flammarion.

Récits fabuleux de la mythologie, Michel Piquemal et illustrations de Séverin Millet. Editions :


Albin Michel.

1.2 Analyse

L’objectif de cette analyse n’est pas de procéder à une étude stylistique et exhaustive de tous
les ouvrages du corpus, mais d’évaluer la pertinence d’une utilisation didactique à travers des
éléments linguistiques, typographiques et thématiques.

Intéressons-nous dans un premier temps aux livres d’Hélène Montardre. Chaque ouvrage relate
l’histoire d’un personnage en une cinquantaine de pages. Le récit est découpé en chapitres, et
comportent à chaque fois une seule illustration en page pleine. Nous pouvons observer plusieurs
points intéressants sur le plan linguistique. Tout d’abord, les livres d’Hélène Montardre
comportent une part importante d’oralité, matérialisée par les nombreuses onomatopées :
« pouf ! han ! vlan ! oups ! chut ! ping ! bom ! et hop ! rrrr ! burp ». A cela est associé l’emploi
massif et diversifié de verbes de paroles : approuve, bougonne, commence, s’exclame, clame,
interrompt, assure, ricane, réclame, lance, grommelle, rugit, grogne, réplique, annonce,
confirme, interroge. L’emploi de ces verbes permet non seulement de faire appel à une certaine
oralité, mais aussi d’enrichir le vocabulaire de l’apprenant, tout en participant au rythme du
texte. Nous pouvons également relever l’utilisation d’adverbes et de modalisateurs qui
permettent de nuancer le discours. On recense : « parfois, souvent, un peu trop, pas loin de

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penser, pas tout à fait tort, ont l’air de penser, comme si, il doit bien y avoir ». Toutes ces
marques linguistiques et stylistiques témoignent du travail d’adaptation de l’auteur, qui écrit à
destination du public jeune. Cette utilisation particulièrement importante du dialogue et de
l’oralité a pour effet de captiver le lecteur et de faciliter sa lecture. Elle peut également être
exploitée pour travailler la compétence de lecture, la compétence orthoépique et la prosodie. Le
récit est au présent : le lecteur est alors dans le vif de l’action et ses émotions sont
immédiatement convoquées, ce qui peut être intéressant à exploiter. Ainsi, les ouvrages
d’Hélène Montardre semblent particulièrement adaptés à un exercice théâtral.

L’ouvrage d’Agnès Aziza, La Pythie de Delphes est également découpé en courts chapitres, ce
qui facilite sa lecture pour un jeune lecteur ou un apprenant de niveau débutant. Par ses
illustrations et sa typographie, il se rapproche davantage du format de l’album. Les phrases sont
courtes et rédigées au présent. Les verbes de parole sont beaucoup plus simples, moins
diversifiés et moins utilisés de manière générale que dans les livres d’Hélène Montardre. Il a
également été convenu que les mots inconnus seraient explicités en notes de bas de page, ce qui
facilite considérablement la lecture et l’exploitation du texte. L’ouvrage appartient à la
collection « Personnages de l’Histoire » et dispose d’un dossier documentaire sur la Pythie de
Delphes en fin de livre. Cette dimension historique donne un contexte au récit et permet
d’autonomiser le lecteur. D’autre part, l’histoire n’est pas menée par un héros, un dieu ou une
créature mythologique, mais par deux jeunes garçons grecs, Takis et Yourgo, ce qui peut
éventuellement permettre au lecteur de s’y identifier. De même, ce procédé ancre l’histoire dans
un référentiel commun, ce qui peut constituer une introduction aux récits mythologiques.

L’album de Nicolas Cauchy, Le Voyage d’Ulysse, exploite les aventures d’Ulysse sous forme
d’épisodes. Chaque épisode s’étale sur deux à trois pages. Ce qui est remarquable dans cet
ouvrage est sa mise en page : le papier est cartonné, la couleur des pages est vieillie, les
illustrations créent un effet d’art primitif dessiné à la craie. La dimension historique du thème
et du récit est donc, à l’instar de l’album d’Agnès Aziza, principalement visuelle. Cet effet
constitue ainsi un des intérêts majeurs de cet ouvrage, bien qu’il nuise par la même occasion
légèrement à la lisibilité du texte. Un autre intérêt est que le livre relate les aventures d’Ulysse
en une cinquantaine de pages illustrées, ce qui peut convenir à une lecture intégrale. Ce livre
pourrait donc être proposé en comparaison avec Le Feuilleton d’Ulysse, dont nous allons parler
dès à présent.

Intéressons-nous pour finir aux deux anthologies. De tous les livres du corpus, celui de Michel
Laporte est le plus dense. Divisé en deux parties (« L’Iliade » et « L’Odyssée »), il s’étend sur
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plus deux 240 pages et les héros et les dieux sont décrits dans un glossaire en fin de livre. Il
s’adresse donc en lecture intégrale d’avantage à un public de niveau avancé, ce qui en fait un
ouvrage intéressant à exploiter. Le livre de Michel Piquemal rassemble quant à lui vingt-huit
mythes, divisés en deux catégories : des héros et des monstres et amours, ruses et jalousie. Les
mythes s’étendent sur trois à quatre pages et sont à chaque fois suivis d’un petit rebond
philosophique écrit par l’auteur. De plus, les références des textes originaux sont citées.

2. Intérêts et enjeux de la mythologie : insertion dans l’économie du livre


de jeunesse

Il faut tout d’abord noter que depuis la loi n° 49-956 du 16 juillet 1949, toute publication
explicitement destinée au public jeunesse est contrôlée. Cette loi précise :

Les publications […] ne doivent comporter aucune illustration, aucun récit, aucune
chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le
banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes
qualifiés crimes ou délits ou de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse, ou à inspirer
ou entretenir des préjugés ethniques ou sexistes. (Source : Legifrance)

La littérature de jeunesse en France s’inscrit donc dans un cadre juridique bien précis et soumis
à des valeurs morales et éthiques. Cette mainmise juridique exerce une influence sur
l’orientation des livres de jeunesse, dont on attend que le contenu réponde aux besoins et aux
intérêts de l’enfant. La littérature de jeunesse n’est donc pas innocente en ce qu’elle est
fortement normée et contrôlée.

Les enjeux autour de la littérature de jeunesse sont multiples. Il s’agit tout d’abord d’une
économie florissante : en 2014, un quart des livres vendus en France sont des ouvrages de
littérature de jeunesse1. Le livre de jeunesse est devenu un véritable objet économique, et son
développement est intimement lié aux décisions des maisons d’édition. En effet, ces dernières
s’appuient sur les demandes des parents, qui considèrent le livre comme un objet culturel et
pédagogique idéal pour l’éducation et le développement de l’enfant. Cela explique pourquoi
nous pouvons également qualifier le livre de jeunesse d’objet culturel et scolaire. Il semblerait
qu’il favorise d’ailleurs à ce titre l’acquisition de la lecture. Le Ministère de l’Education

1
Source : ActuaLitte.

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Nationale rappelle ainsi que « la maîtrise de la lecture est essentielle à la réussite de la
scolarité »2. Le livre peut également revêtir une fonction éthique en ce qu’il permettrait «
d'acquérir des valeurs (respect de la liberté, de la justice, de soi et respect d'autrui) essentielles
à l'accomplissement humain »3. Des ouvrages traitant de la mythologie sont d’ailleurs présentés
dans les sélections officielles de lectures pour les collégiens, dont on peut trouver les listes sur
le site éduscol. Enfin, c’est aussi un objet de divertissement, qui suscite des émotions chez le
lecteur et fait référence à son imaginaire. En résumé, les enjeux de la littérature et du livre de
jeunesse que nous retenons sont les enjeux économique, culturel, scolaire, éthique et récréatif.

Comment la mythologie grecque a-t-elle su répondre à ces prérequis pour occuper une place de
choix dans la littérature de jeunesse ?

Il semblerait que la mythologie grecque s’adapte parfaitement aux exigences de la littérature de


jeunesse. Tout d’abord, et Michel Piquemal le rappelle en citant en préface Jean-Pierre Vernant,
« la mythologie n’enseigne pas une morale de l’interdit, du péché et de la culpabilité mais une
morale des valeurs ». Il y a donc une forte dimension éthique essentielle à ces textes, qui est
intéressante pour les éditeurs en ce qu’elle répond à la fois aux besoins des parents et des
instances scolaires. De même, le lecteur a la possibilité de s’approprier lui-même ces
enseignements par le biais de sa lecture.

Le thème de la mythologie grecque en littérature de jeunesse pose également la question de la


fonction du mythe. Dans notre cas, le mythe grec a pour fonction de relater l’origine du monde
et son organisation. La richesse des thèmes traités avec des héros, des monstres, et des dieux
permettent de composer des histoires terribles et violentes, à l’inverse du conte de fée. La
mythologie pose alors des questions essentielles et se constitue en réel miroir du monde
d’aujourd’hui.

Enfin, les mythes grecs jouent sur la représentation de la figure du héros et des dieux. En effet,
les mythes grecs sont des récits fantastiques qui intriguent et fascinent tout autant qu’ils
divertissent les lecteurs. Le héros traverse une ou plusieurs péripéties, au cours desquelles il est
confronté à toute sorte de créatures ou de monstres et est aidé – ou non – des dieux. La
mythologie grecque remplit ainsi parfaitement la fonction de delectatio recherchée en
littérature, et convoque en même temps l’imaginaire du lecteur. De même, ces récits d’aventure

2
et 3 : Source : education.gouv.fr

8
confèrent au héros et aux dieux des caractéristiques uniques, qui deviennent de véritables
allégories.

3. Utilisation en FLES

Intéressons-nous pour clore ce dossier à l’utilisation que l’on pourrait faire de ce corpus en
cours de FLES. Tout d’abord, nous pouvons observer que le format de l’ouvrage de Michel
Piquemal est particulièrement adapté si l’on souhaite exploiter un texte intégral. En effet, les
récits ne s’étendent que sur quelques pages, ce qui permet aux apprenants de pouvoir lire le
texte intégralement au cours de la séance, et de l’exploiter. De plus, les textes sont indépendants,
ce qui permet à l’enseignant de procéder à une sélection personnalisée et adaptée au niveau et
aux besoins des apprenants. D’autre part, les petits rebonds présents à la fin de chaque texte
propose des pistes de réflexion intéressantes pour les apprenants.

Il serait également intéressant de travailler sur les expressions françaises issus des mythes. En
effet, il s’agit d’expressions constitutives de la langue française auxquelles les apprenants
pourraient être confrontés. La connaissance des mythes à l’origine de ces expressions pourrait
ainsi leur en faciliter la compréhension. Les expressions que l’on peut relever sont multiples :
supplice de Tantale, boîte de Pandore, talon d’Achille, cheval de Troie, être médusé, un travail
de Titan, être dans les bras de Morphée. Il y a également quelques adjectifs : prométhéen,
hérculéen, narcissique, oedipien, mnémotechnique.

Pour travailler la lecture et la compétence orthoépique, Le feuilleton d’Ulysse de Murielle Szac


pourrait être intéressant. Il est très utilisé dans les classes, notamment avec de jeunes enfants,
c’est d’ailleurs l’un des objectifs de cet ouvrage. En effet, le thème de la mythologie n’est
abordé qu’à partir du collège. Murielle Szac a donc essayé de rédiger de manière à ce que le
récit soit abordable pour de jeunes enfants. Certains enseignants utilisent le format du livre,
découpé en cents épisodes, et proposent un questionnaire à la fin de chaque lecture afin de
vérifier la compréhension du texte.

C'est que les livres mettant la mythologie à hauteur des jeunes enfants sont rares, voire
inexistants. Or c'était précisément le pari que s'était lancé Murielle Szac: « À l'époque, on
racontait surtout la mythologie à partir de la sixième. Et, quand elle était destinée aux plus
jeunes, elle était édulcorée. » Pour « happer » les petits, elle a eu l'idée du feuilleton, qui permet
à la fois de rythmer la lecture grâce aux cent épisodes, et de maintenir le suspense de l’histoire.

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Enfin, afin de travailler sur la compétence orale, nous pouvons imaginer une utilisation des
mythes à travers la réalisation de pièces de théâtre.

Conclusion

La mythologie grecque constitue un thème majeur de la littérature de jeunesse et est représentée


sous toutes les formes d’ouvrage existantes : roman, albums, bande-dessinée, dictionnaires. Elle
divertit aussi bien qu’elle enseigne des valeurs. En cela, la mythologie présente un répertoire
d’ouvrages inépuisable pour l’enseignant de FLE/S, qui y verra également à la fois un intérêt
historique, culturel, philosophique, littéraire, linguistique et didactique. Les ouvrages de
mythologie constituent ainsi un support pertinent pour une utilisation en FLE/S et permettront
de travailler les différentes compétences du CECR. Si son intérêt pour un public enfant est
justifié par son importante représentation en littérature de jeunesse, la mythologie grecque peut
également nous intéresser pour une utilisation en FLE/S auprès d’un public adulte en ce qu’elle
convoque des repères et des valeurs dont les adultes pourront débattre. De même, l’intérêt
culturel de ce thème sera apprécié.

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