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LE MAUVAIS ÉLÈVE ET L'HOMÉOPATHIE

Par le Dr Robert BOURGARIT

J'ai parfaitement conscience du côté sommaire de l'intitulé de ce chapitre, mais je


me suis trouvé très embarrassé pour définir en un seul terme l'ensemble des enfants
en difficulté à l'école.

S'ils ont tous des problèmes pour apprendre cela tient toujours à la fois à leur
propre constitution psychique, à leur caractère et à des circonstances qui ne
dépendent pas d'eux même.

L'expression que j'emploie : ".. MAUVAIS ÉLÈVE"... ne sous-entend donc pas


qu'ils sont seuls responsables de leur difficulté à apprendre, mais plutôt qu'ils la
traduisent par un certain comportement.

Souvent catalogués sommairement dans la catégorie des "PARESSEUX", ils ne le


sont pas en réalité.

Si on définit la paresse par le refus délibéré de travailler l'enfant doté d'une


intelligence moyenne ne refuse jamais d'apprendre pour une raison délibérée. Son
jugement de valeurs ne lui permet pas cette démarche avant un âge qui se situe
autour de la puberté. Auparavant la difficulté d'apprendre consiste en un
phénomène involontaire et inconscient.

Deux motivations existent pour expliquer le comportement normal de l'enfant


considère comme studieux : la curiosité de connaître son environnement, et le désir
de plaire et de faire plaisir à l'enseignant qui est la représentation de sa mère, à
l'école. Si l'une de ces deux motivations vient à lui manquer, il se produit un
phénomène d'inhibition de son attention et de sa capacité de mémoriser ce qui est
dit en classe.

Cette inhibition est donc explicable par deux raisons qui ne dépendent pas de lui:
ou bien il cesse de vouloir connaître son environnement, il perd sa curiosité
naturelle, ou bien il n'a plus de raison de faire plaisir à son maître ou à sa maîtresse.

La perte de sa curiosité naturelle n'a pas toujours la même origine. Dans certains
cas il a du mal à enregistrer les innombrables et difficiles données nouvelles que
comporte un programme scolaire en apparence élémentaire. Certains fixent mal
leur attention parce qu'ils ont une imagination débordante. Il faudrait constamment
les ramener à la réalité de la classe. Pour d'autres c'est un inintérêt pour tout,
souvent en rapport avec des difficultés affectives dans leur famille. Il y a refus
inconscient de s'intégrer dans la vie, comme si elle ne méritait plus d'être vécue.
Dans le refus de faire plaisir, on retrouve souvent les mêmes motivations affectives.
Mais elles viennent soit de la famille comme nous venons de l'envisager, soit de la
personnalité de l'enseignant. Si le comportement de celui-ci a affecté l'enfant par
son indifférence ou son hostilité, celui-ci refuse d'écouter. La encore rien n'est
délibéré ni réfléchi, mais il refuse ce que lui apporte le pédagogue parce qu'il ne se
sent pas aimé.

Les causalités de ce que l'on nomme PARESSE sont donc très imbriquées et très
nombreuses. Elles sont extrêmement difficiles à modifier et généralement
impossible à supprimer. l'idéal serait évidemment de mettre l'enfant dans des
conditions telles qu'il soit parfaitement épanoui; mais rien n'est plus difficile.

Tout au plus peut-on essayer de l'aider à s'adapter à des situations qui ne peuvent
pas être changées. C'est ce qu'on demande au médecin. S'il est homéopathe il doit
raisonner en terme de symptômes pour essayer de trouver le remède qui favorisera
cette adaptation. J'ai donc personnellement commencé par classer ces enfants en
différentes catégories fondées sur un premier symptôme qui est celui de leur
COMPORTEMENT GLOBAL ; je vois en eux :

- des PEUREUX,
- des TIMIDES,
- des DISTRAITS,
- des LENTS,
- des AGITÉS,
- des OPPOSANTS.

Nous allons passer en revue ces différents groupes; d'enfants, en essayant


d'analyser ces comportements pour déterminer quelques symptômes
complémentaires. A partir de ce groupe symptomatique un certain nombre de
remèdes seront choisis et nous essaierons de faire comprendre la façon de
reconnaître entre eux les remèdes qui correspondent le mieux à chaque cas.

1- LES ENFANTS PEUREUX :


Ils sont ainsi, souvent, par nature. Ce sont des hyperémotifs des hypersensibles qui
se trouvent dans un milieu hostile et qui ne le supportent pas. Souvent enfants
uniques ou surprotégés par une mère peureuse elle-même, ils se trouvent confrontés
avec la violence. Ce peut être dès l'arrivée en classe maternelle; peut être plus tard,
dans une classe ou le maître d'enfants crie trop fort se met en colère pour un rien,
frappe éventuellement ou punit trop. Il arrive aussi que ce soit par le fait de groupes
d'enfants agressifs qui pratiquent très tôt la tyrannie ou le racket. Dans de telles
conditions le pauvre petit PEUREUX est littéralement terrorisé, au point de ne plus
pouvoir rien entendre ni retenir de ce qui est dit et de ce qui est fait à l'école. A la
maison il est heureux.

Pour retrouver le groupe de remèdes qui pourrait correspondre à cet état, j'ai
comparé :

SUITE DE PEUR (fright complainte from, p. 41)

ENFANTS HYPERSENSIBLES (Sensitive children, p. 78)

SENSIBILITÉ A LA VIOLENCE (Sensitive rudeness, p. 79)

Les remèdes qui s'y trouvent valorisés et qui seraient adaptables à des cas
d'enfants sont :

ACONITUM, BELLADONNA, OPIUM, CALCAREA CARB., NATRUM MUR.,


PHOSPHORIC ACIDUM, PHOSPHORUS, PULSATILLA et STAPHYSAGRIA.

Le choix qu'il faudra faire entre eux dépend d'une part des modalités
complémentaires de chacun, mais surtout des symptômes qu'il sera possible de
découvrir chez l'enfant sur le plan général ou local.

Nous donnerons maintenant les caractéristiques et les indications essentielles des


trois premiers comme remèdes de début de traitement, destinés à atténuer
rapidement cette peur, les suivants venant après eux, si nécessaire.

ACONITUM : a une peur angoissante, presque physique, qui se lit sur le visage de
l'enfant; il a peur des autres comme il a peur de la foule, de la maladie, de la
douleur, de la mort. Sa sensibilité concerne également les bruits, la musique.

BELLADONNA: imagine surtout des choses effrayantes, il imagine la méchanceté


des gens et des bêtes, et il a tellement peur qu'il est prêt à s'enfuir de l'école (escape,
p. 39) Il réagit de façon violente : il frappe et hurle si sa peur devient trop forte.

OPIUM : est au contraire le peureux paralysé. Il perd tous ses moyens et passe
pour inintelligent alors qu'il ne l'est pas. Il reste dans un coin de la cour à observer
les jeux de ses camarades. Et c'est seulement dans son sommeil qu'il peut
participer, en rêves ou sous forme de cauchemars à des actions violentes.

CALCAREA CARBONICA : présente un peu le même genre de peur que


BELLADONNA, et il viendra bien après lui, si le tempérament frileux, transpirant
et indolent se retrouve associé à la peur.

NATRUM MURIATICUM : est l'enfant terrorisé par l'école parce qu'il a perdu la
protection familiale. Il se croit abandonné, trahi par sa mère qui l'a livré à un milieu
hostile. Incapable d'exprimer sa peur, il se replie sur lui même et ne veut rien dire
de ce qui se passe en classe. Les encouragements ou les conseils le rendent furieux.

PHOSPHORIC ACIDUM : est celui qui se trouve le plus près de la dépression


nerveuse et du désespoir. Il tombe dans un état d'indifférence à tout, refusant de
s'alimenter. Ce sera le remède des états les plus graves .

PHOSPHORUS : est celui qui a le plus de peurs, en dehors de celle de l'école.


Paradoxalement il a également terriblement peur d'être seul, surtout la nuit. Il a
peur particulièrement de l'eau et des orages. C'est aussi l'hypersensible, très
affectueux: il a besoin de marques d'affection et il rend à profusion caresses et
baisers.

PULSATILLA : est le peureux qui ne sait que pleurer. Pendant toute la durée de
l'école, il reste dans un coin à pleurnicher. Il voudrait bien se réfugier dans les bras
de sa maîtresse, car il sait que c'est là, seulement, qu'il serait bien, mais si elle ne
l'accepte pas il ne sait que pleurer.

STAPHYSAGRIA : a peur de voir fondre sur lui une punition ou une remontrance
qu'il ne mériterait pas. Il a remarqué que le maître ou la maîtresse est souvent
injuste. Il s'attend constamment à être la victime prochaine d'une sanction
imprévisible. Cette attitude lui attire d'ailleurs souvent les ennuis qu'il redoute. Il se
défoule après la classe et chez lui par de violentes colères.

2- LES ENFANTS TIMIDES :


Leur comportement est souvent très voisin de celui des enfants peureux que nous
venons de voir, mais en réalité le timide à plus peur de lui même que des autres. il a
peur d'être remarqué, il a peur qu'on se moque de lui, il a surtout peur de prendre la
parole et même tout simplement de se lever de son siège si on l'interroge. On dit
classiquement qu'il ne participe pas à la classe, Il le voudrait pourtant bien, mais
il est paralysé par le sentiment de sa propre incapacité. Il manque totalement de
confiance en lui. Le travail fait à la maison est correct, mais en classe il ne peut ni
ne sait plus rien exprimer.

C'est là un état constitutionnel souvent hérité de l'un des deux parents, donc
difficile à modifier. Les enseignants de ce type d'enfants doivent avoir des trésors
de patience et d'indulgence pour en tirer quelque chose.

Médicalement, si l'on peut essayer de les aider, ce sera en cherchant un remède


parmi ceux que l'on peut découvrir aux rubriques :

TIMIDITÉ : (Timidity, p. 80)


MANQUE DE CONFIANCE EN SOI (Confidence, want of self, p. 13)

AVERSION POUR RÉPONDRE (Answer. Aversion p. 3)

NE SUPPORTE PAS D'ÊTRE REGARDÉ (Looked at, cannot bear to p. 63)

Il n'est pas étonnant de constater que la plupart des remèdes qui conviennent aux
peureux peuvent être donnée également aux timides et ce seront souvent les
symptômes généraux ou locaux particuliers de chaque cas qui détermineront la
prescription.

je ne vais pas revenir ici sur les remèdes, de peureux que nous venons de voir :

CALCAREA CARBONICA
NATRUM MURIATICUM
PHOSPHORUS
PHOSPHORIC ACIDUM
PULSATILLA
STAPHYSAGRIA

Ils sont tout à fait indiqués pour les timides si les autres symptômes conviennent,
mais il faudra, peut-être, leur préférer certains médicaments qui sont également très
typiques de ces cas, comme :

BARYTA CARBONICA : qui est le timide irréductible, mais aussi un peu retardé
sur le plan intellectuel, il a généralement marché tard, parlé tard. Il a donc une
conscience vague de son état et il se cache littéralement derrière sa maîtresse ou
sous les bureaux de la classe. Il recherche la protection mais aussi l'affection de
l'adulte.

BARYTA MURIATICA : A tout à fait le même comportement et le même retard


mental ; mais, par son coté muriatique, il se montre plus introverti, refusant
encouragements et consolation. C'est lui qui va surtout sous les meubles et moins
vers sa maîtresse.

LYCOPODIUM : est aussi un grand timide, mais il domine mieux sa peur de mal
faire. Il redoute surtout ce qui est nouveau et inattendu et cela se traduit souvent par
des inversions de mots ou de syllabes en lisant ou en écrivant. il bafouille par
timidité alors qu'il est très capable de bien faire lorsque il est seul à la maison.

SILICEA : Est très voisin de lycopodium par sa mentalité et la différence sera faite
sur les symptômes généraux et les modalités organiques ou fonctionnelles plus que
sur le caractère.

ANACARDIUM : est de tous, celui qui a le plus grand manque de confiance en


lui. Il croit tellement peu qu'il est capable de faire un bon travail, une bonne dictée,
qu'il rature son premier brouillon pour introduire des fautes qu'il m'avait pas faites
primitivement. une volonté morbide l'oblige à mal faire parce qu'il est persuadé
qu'il n'est pas capable d'avoir bien réussi dans un premier temps.

RHUS TOXICODENDRON : Est le timide gesticulant, qui cache son émotion


sous des comportements bizarres et des gestes inconsidérés. Si on le regarde ou si
on l'interroge il est pris de mouvements involontaires et il est incapable de répondre
correctement. Il transpose dans une agitation motrice l'affolement de son esprit.

III - LES ENFANTS DISTRAITS :


Ce sont eux dont on dit qu'ils sont toujours perdus dans les nuages, qu'ils ne
participent pas à la classe, semblant ne trouver aucun intérêt à ce qui s'y passe. Il
faudrait que le professeur soit constamment à coté d'eux pour les ramener à la
réalité. A la maison ils ne font rien tout seul non plus : il faut que leur mère ou que
quelque autre personne soit à coté d'eux pour leur faire faire leur travail de classe.
Par eux-mêmes ils semblent incapables de rien, sauf de jouer. Mais encore perdent-
ils toutes leurs affaires, leurs jouets, comme leurs objets scolaires. Ils n'ont jamais
les textes exacts du travail à faire le soir pour le lendemain. Il faut presque toujours
téléphoner à l'un de leurs petits camarades pour être informé correctement.

Nous verrons plus tard le cas des ENFANTS LENTS, et ils se confondent
quelquefois, mais le distrait est lent parce qu'il perd son temps en rêveries, tandis
que le lent véritable l'est même s'il fixe bien son attention sur ce qu'il fait.

J'ai donc volontairement cherché mes remèdes dans des rubriques qui respectent
bien cet état de distraction avec :

DISTRACTION, MANQUE D'ATTENTION : (absent minded, p 1)

DIFFICULTÉ A SE CONCENTRER (Concentration active difficult p. 13)

IMAGINATION DÉBORDANTE (Fancies, exaltation of, p. 41)

Les deux premières rubriques sont très longues et comportent pratiquement tous les
remèdes que nous avons déjà passé en revue pour ces enfants nerveux et difficiles
que sont déjà les peureux et les timides. Mais je crois que c'est dans la troisième
que l'on trouve les remèdes les plus valables si la distraction n'est pas en rapport
avec un état constitutionnel, si elle est d'apparition récente et explicable par un
évènement particulier, scolaire ou familial.

Ceux qui me semblent le mieux convenir à ces enfants seront alors :


CANNABIS INDICA : pour ceux qui sont intoxiqués de télévision ou de bandes
dessinées. Ils revivent presque constamment les histoires qu'ils ont vues, ou qu'ils
imaginent et ce qui se dit et ne fait dans la classe leur échappe totalement.

A la maison c'est le même enfant qui n'en finit pas de s'habiller le matin, ni de
déjeuner, il faut que sa mère fasse tout à sa place si elle veut qu'il soit prêt au bon
moment pour partir à l'école.

HYOSCIAMUS : correspond également assez bien à cette image du distrait perdu


dans ses songes. Mais là, les songes sont franchement actifs : il parle seul, il semble
être constamment en compagnie d'un camarade imaginaire. Il fait tous les rôles de
l'histoire qu'il invente. En général ces imaginations sont plutôt violentes. Il se bat,
crie, court, ou quitte sa place pendant la classe, etc

LACHESIS : Est tout particulièrement distrait le matin, il a beaucoup de mal à


fixer son attention, alors que le soir et la nuit il est beaucoup plus lucide. Mais s'il
est endormi le matin, l'après-midi il ne fait que parier avec ses voisins. C'est le
bavard irréductible qu'aucune punition ne retient de parler. C'est aussi, bien
souvent, un jaloux qui se croit persécuté par le maître à qui il en veut de préférer
ses camarades.

NUX MOSCHATA : Se réfugie plutôt dans un rêve inconsistant, il a tout à fait


l'air de dormir, et il lui arrive même de s'endormir franchement derrière un écran de
livres. Il n'est pas lent pour autant, lorsqu'il sort de sa léthargie et au contraire
montre une humeur imprévisible, pleurant trop et riant trop pour des futilités.

IV - LES ENFANTS LENTS :


Beaucoup le sont parce qu'ils fixent mal leur attention sur ce qu'ils ont à faire. Ils se
distraient pour un rien et même sans aucune raison comme nous venons de le voir
pour les enfants du groupe précédent. Il faudra donc être vigilant pour classer
l'enfant LENT dans le groupe des distraits ou dans celui des véritables lents. Ces
derniers sont lents constitutionnellement : il leur est impossible d'aller vite : leurs
gestes sont lents, leur pensées sont lentes et ce n'est ni de leur faute, ni par manque
de volonté. Ils mettent deux fois plus de temps que les autres pour écrire, pour faire
un devoir sur table ou une interrogation écrite. Ils mettent deux fois plus de temps
pour apprendre leur leçons et ils n'ont jamais le temps de relever le texte du travail
à faire pour le lendemain. Ils sont mal notés sans être inintelligents. Ils sont trop
lents. Pour sélectionner les remèdes à essayer pour ces cas, j'ai considéré les
rubriques de :

CONCENTRATION INTELLECTUELLE DIFFICILE (Concentration p. 13)


LENTEUR INTELLECTUELLE (slowness, p. 8l)

ENGOURDISSEMENT CÉRÉBRAL (Dullness, Sluggishness, p. 37)

En tenant compte tout particulièrement des sous-rubriques concernant l'enfant et


tout spécialement le travail scolaire, j'ai retenu les remèdes suivants :

AETHUSIA CYNAPIUM : c'est tout spécialement le remède de l'enfant qui à du


mal à fixer son attention sur son travail d'école. Traditionnellement il était
considéré comme le DES ÉTUDIANTS" (Students/root). Personnellement, je l'ai
souvent prescrit pour ceux qui, à l'approche d'un examen, disent qu'ils ne pourront
jamais voir tout leur programme, et qui se désespèrent de ne pas travailler assez
vite.

BARYTA CARBONICA et

BARYTA MURIATICA ont déjà été envisagés pour le cas des enfants timides.
Mais ils ont aussi des capacités intellectuelles, plutôt diminuées. Ils sont lents parce
qu'ils assimilent difficilement et progressivement ce que les autres apprennent
rapidement à l'école. On dit d'eux qu'ils manquent de maturité. Ils feront peut-être
des études normales, voire brillantes plus tard, mais à un moment donné ils
présentent une certaine viscosité intellectuelle.

Tous deux sont par ailleurs presque toujours porteurs de végétations et de grosses
amygdales. l'insuffisance respiratoire qu'elles provoquent sont peut-être, en partie,
la cause de leurs difficultés.

Le CARBONICA est bien plus souvent indiqué que le MURIATICA chez l'enfant,
mais ce dernier agira peut être mieux chez les plus maigres et chez les moins
timides.

ANACARDIUM a lui aussi déjà été envisagé dans le cas de timidité. C'est son
manque de confiance en lui qui détermine sa lenteur. Il hésite constamment entre
deux solutions : il hésite dans la façon de prononcer les mots, de les écrire, de faire
des phrases, de donner une solution à un problème, et c'est ainsi qu'il perds du
temps.

CARBO VEGETABILIS : est physiquement diminué. Il est lent parce qu'il n'a
pas la force d'aller plus vite. Il aurait besoin de s'oxygéner, d'aller en récréation bien
plus souvent que les autres. L'air confiné de la classe l'endort véritablement Une
fenêtre ouverte, un peu d'air frais lui fait du bien, mais si la maîtresse est frileuse, il
n'est plus bon à rien. Il est souvent dans cet état à la suite d'une maladie dont il se
relève mal.
HELLEBORUS : est le lent qui semble intoxiqué, comme paralysé, comme s'il
avait été drogué. C'est celui qui ressemble le plus à ces enfants à qui on doit donner
de fortes doses de VALLIUM ou de GARDENAL.

PHOSPHORUS : est au contraire l'enfant intelligent mais anormalement fatigable.


Il ne peut soutenir aucun effort d'attention plus de 10 minutes. Après ce temps son
esprit s'échappe en histoires imaginaires. Nous en avons déjà parlé avec les
enfants distraits. C'est en effet son cas, mais sa distraction est provoquée par sa
fatigabilité exagérée, autant que par l'excès de son imagination.

PULSATILLA : Lui aussi peut être un distrait et un peureux, mais il lui arrive
également d'être lent seulement parce qu'il est arrêté par la moindre difficulté et
qu'il fonds en larmes chaque fois. Et chaque fois il faut le consoler et le rassurer. Il
n'est pas étonnant qu'il ait besoin de deux fois plus de temps que les autres pour
faire son travail d'école.

SEPIA : Rarement remède d'enfant, Peut cependant être indiqué dans des cas se
situant à la limite de la dépression nerveuse. L'enfant est paralysé
psychologiquement par un chagrin profond qu'il ne sait pas et refuse d'exprimer. Ce
peut être tout simplement le fait de se croire rejeté de la douceur du foyer familial ;
ce peut être à la suite du décès de quelque grand'mère. Il s'enfonce dans sa tristesse
(Dwells, p. 39) et il n'a plus de joie à vivre (Loathing life, p. 62.)

V - LES ENFANTS AGITÉS, INSTABLES :


Ce sont ceux qui ne peuvent pas tenir en place et qui troublent la classe par leur
comportement. Ils sont incapables de se fixer sur un travail un peu prolongé.

Les uns sont ainsi par un excès de vitalité : le rythme scolaire leur est insupportable
parce qu'ils ne peuvent physiquement pas accepter de rester une heure entière sans
bouger de leur banc.

Les autres le sont pour une raison psychologique : Ils ne peuvent pas fixer leur
attention sur quoi que ce soit pendant un temps aussi long que les autres. Mais, au
lieu de s'échapper dans un rêve comme les distraits que nous avons déjà vu ; au lieu
de ralentir simplement leur rythme de pensée comme les lents, ils ne peuvent que
s'échapper physiquement de leur place, ou bavarder, ou taquiner leur voisin.

Tous les enfants sont normalement instables. Ils ont tous besoin de changer
d'activité et d'alterner un effort mental avec une activité physique. Mais si l'un des
buts de l'école est de discipliner cette tendance, les INSTABLES que nous
envisageons ici, ne peuvent pas assimiler cette discipline. Si tant est qu'il soit
possible de faire médicalement quelque chose pour eux, il faudra choisir entre
d'assez nombreux remèdes.

j'en ai fait un choix à partir des rubriques suivantes du Kent :

AGITATION DE L'ENFANT : (Restlessness, children, p 13) rubrique un peu


trop courte.

IMPATIENCE : (impatience p. 53)

DIFFICULTÉ A SE CONCENTRER sur ses études : (Concentration. difficult,


studying, p. 13)

COMME DANS UN RÊVE (dream, as if in a, p. 31)

DÉSORDRE DANS SES PENSÉES : chaotic, p. 10)

De cet ensemble, il ressort que l'on peut avoir à donner deux groupes de remèdes,
selon qu'il s'agit plutôt d'agitation physique ou d'instabilité psychologique.

AGITATION PHYSIQUE : ce sera :

ACONITUM : qui est l'instable anxieux, celui qui ne trouve de repos que dans le
mouvement. Pour faire mieux, pour en savoir plus, il se retourne, quitte sa place,
interroge les autres et finalement se fait remarquer et punir. Sous prétexte de mieux
faire il devient le plus mauvais élève.

CHAMOMILLA : C'est l'agité bagarreur, violent, coléreux. Il aime la bagarre et


trouve toutes les occasions de provoquer et d'agresser ses voisins. En récréation
c'est lui qui hurle le plus fort, et qui s'attaque à tout le monde.

RHUS TOXICODENDRON : A un besoin physique de bouger quelque chose.


Faute de se lever de sa place, ce qu'il ne manque pas de faire avec ou sans raison, il
bouge en tout cas toujours une jambe ou un bras. Il n'est pas méchant, mais on
dirait presque qu'il a la danse de Saint-Guy.

TARENTULA HISPANIA : Combine l'agitation physique de RHUS avec: la


méchanceté de CHAMOMILLA. Il a des gestes involontaires un peu choréiques du
premier, mais aussi l'agressivité du second. une seule chose le calme tout à fait,
c'est la musique. Il n'est calme qu'en classe de musique ou de chant.

TUBERCULINUM : est encore un "affreux jojo" dont personne ne vient à bout.


Mais il est en même temps plus faible que les précédents. C'est le petit David qui
s'attaque volontiers aux Goliaths. S'il est aussi nerveux c'est parce qu'il manque
souvent la classe pour des maladies répétitives (rhino, angines, otites).
LES AGITÉS PSYCHIQUES : seront plutôt

LACHESIS : mous l'avons vu parmi les distraits parce que bavard. C'est en effet
ce besoin de parler avec les autres qui l'agite. S'il parle tant, c'est que tout peut être
sujet à commentaire, ou point de départ d'une histoire. Il prétend toujours en savoir
plus long que les autres.

ARSENICUM ALBUM : Est l'équivalent d'ACONITUM que nous avons classé


un peu arbitrairement dans les agitée physiques. Tous deux sont surtout des
inquiets, des anxieux. Et c'est cette anxiété qui les agite. Mais ARSENICUM
ressemble par sa fragilité, sa sensibilité au froid et aux refroidissements, à notre
TUBERCULINUM, alors qu' ACONIT est généralement un robuste.

NATRUM CARBONICUM : Est le véritable instable mental. Il ne peut pas fixer


son attention sur un sujet ou une activité plus de cinq à dix minutes. Si on veut
l'obliger à réfléchir, cela lui est très difficile et en tout cas il se plaint aussitôt de
maux de tête. L'effort mental le fatigue, comme le soleil en été.

MERCURIUS : Est le vif argent" classique. Il est aussi difficile à maîtriser qu'une
goutte de mercure sur une feuille de papier. Il ne sait pas non plus se maîtriser lui-
même. Il fait tout trop vite (Hurry, p. 52), tantôt pleure et tantôt rit (weeping altern
p. 13). Il a peu de mémoire (memory weakness, p. 64) et n'est jamais content
(discontented, p. 56).

PLANTAGO : est signalé comme un remède traditionnel de l'enfant agité, sans


autre caractère bien particulier. Il faudra y penser si l'enfant fait également pipi au
lit la nuit.

V I - LES ENFANTS OPPOSANTS :


Ce sont les élèves qui refusent systématiquement de faire ce qu'on leur propose ; ils
s'occupent autrement, ou bien ils dissipent la classe, ou bien ils ne font rien du tout.
Ils ont souvent la même attitude en famille car, à l'origine de ce comportement il
existe toujours une faute éducative ou une réaction affective à une situation refusée.

Ce sont des enfants qui ont une forte personnalité, ou tout au moins une conscience
aiguë de leur "moi", ce qui les rend. très susceptibles. Ils n'acceptent pas la moindre
contrainte. Elle passe, à leurs yeux pour une atteinte à leur liberté. Ils se vexent
pour un rien. Souvent enfants uniques ils ont été sur valorisés par leur famille qui a
également refusé de leur imposer quelque contrainte que ce soit. C'est "l'enfant roi"
dans ce qu'il a de pire. Il fait marcher toute sa famille pour obtenir, toujours, tout ce
qui lui convient et pour refuser ce qui ne lui plait pas. Il ne peut pas être différent à
l'école.
Dans d'autres cas le refus d'apprendre est motivé par une réaction contre l'attitude
d'un enseignant : s'il crie trop, s'il punit trop, s'il frappe éventuellement ou tout
simplement s'il se moque de lui devant toute la classe, ce genre d'enfant se replie
sur lui même et refuse de travailler.

Enfin certaine cessent de faire le moindre effort scolaire comme ils cessent,
inconsciemment, de croire à tout. Traumatisée par ce qui se passe entre leurs
parents qui s'entendent mal, ils ne ressentent plus guère de goût pour la vie. Il existe
chez eux une sorte de désespoir profond. A quoi bon travailler.

Les remèdes à ces situations sont bien rarement médicamenteux. Plutôt que de
donner une ordonnance, le pédiatre essaiera de faire comprendre aux familles et
aux enseignants les causes et les risques que représente l'attitude de ces enfants. Si
rien ne peut être changé, et s'il est encore possible qu'ils s'adaptent à ces situations
certains de nos remèdes seront peut être utiles.

Pour en dégager quelques unes, J'ai comparé les rubriques :

CONTRARIANT, OPPOSANT : (Contrary, p. 16)

CONTRADICTEUR : (Contradict, disposition to, p. 16)

FACILEMENT OFFENSÉ : (Offended easily, p. 69)

SUITES DE VEXATIONS : (Anger, with vexation, ailments from, p. 2)

DÉSESPOIR : (Despair, p. 35)

Les remèdes possibles sont alors :

ARNICA : C'est un de ceux qui a souffert d'un choc affectif et qui est devenu
méfiant (Suspicious, p. 85) et peureux (frightfull, p. 49) Il se replie sur lui même,
refusant de répondre (talk, indisposed, to, p. 86). Il transpose ses difficultés dans de
mauvais cauchemars. Ses nuits sont toujours agitées. Il se dit constamment fatigué.

AURUM : Est le plus désespéré des opposants. Même s'il ne sait pas le dire, son
comportement fait comprendre qu'il ne trouve plus aucun plaisir à vivre. Il est ainsi
soit après la perte de l'un de ses parents ou grands parents, soit parce que sa famille
se dissout.

CAUSTICUM : Est un peu voisin d'AURUM par son coté dépressif. Mais il le
traduit comme ARNICA par un sentiment de fatigue insurmontable. Hypersensible,
il l'est encore plus à la vue de la souffrance des autres. Il ressent comme si c'était lui
qui les subissait, les punitions des autres. L'attitude violente d'un maître est
ressentie même s'il n'en est pas la victime.
HEPAR SULFUR : Est un anxieux et un irritable. Il est hypersensible à tout les
types de douleurs et il a tendance à réagir par la violence. Son opposition est le seul
moyen, qu'il a trouvé pour imposer sa personnalité à l'école. A la maison il le fait
par des colères folles..

IGNATIA : Est le remède type des enfants qui ont eu un chagrin ou qui souffrent
d'une injustice. Ils ne font plus rien à l'école, mais en plus, ils ont un comportement
imprévisible : riant lorsqu'on les punit, pleurant si on s'intéresse à eux. Ils ont
souvent aussi un besoin impérieux de prendre de profondes respirations, comme
s'ils manquaient d'air. Ils soupirent à "fendre l'âme".

LACHESIS : Est l'opposant par jalousie. On dit tellement de bien de son frère
aîné, en famille, qu'il se replie sur lui même et travaille d'autant moins qu'il est
persuadé que personne ne saura le reconnaître. Au lieu de travailler, il bavarde
constamment et dissipe la classe.

LYCOPODIUM : Il a été un excellent élève, mais à la suite d'une vexation, il a


cessé de faire quoi que ce soit. Il prétend savoir tout avant tout le monde et pense
qu'il est inutile d'en savoir plus. Spécialement indiqué pour les jeunes qui avec leur
puberté, sont les plus opposants à l'école et en famille et sont tout prêts à adhérer
aux idées ANARCHISTES ou à partir à KATMANDOU.

MERCURIUS : Nous l'avons déjà vu trop lent et trop agité, mais c'est aussi dans
certains cas un méchant (mischievous p. 66) un malfaisant et qui le devient parce
qu'il est malade. C'est constitutionnellement un hépatique "hypocondriaque" faible,
toujours fatigué, un peu désespéré, lui aussi, mais pour des raisons physiques.

NUX VOMICA : Est tantôt un opposant qui prend tout en mauvaise part et en
particulier la contrainte scolaire ; c'est l'irritable par excellence ; hypocondriaque
comme MERCURIUS, mais à un degré beaucoup moins organique. C'est aussi
l'enfant qui en a trop fait, qui a trop travaillé et qui, tout d'un coup, ne peut plus
continuer :

il craque par surmenage et à partir de ce moment, refuse tout effort.

STAPHYSAGRIA : Est le prototype du sujet susceptible à l'excès qui refuse de


travailler parce qu'il a été vexé, ou indiqué par des remarques ou des punitions
imméritées, puisque son maître ou sa maîtresse est à ce point incapable de le juger à
sa juste valeur, Il est tout à fait inutile de continuer à faire le moindre effort.

Arrivé au terme de cette étude homéopathique des enfants CONSIDÉRÉS


COMME "MAUVAIS ÉLÈVES", je suis tout à fait conscient du peu que l'on peut
attendre d'une thérapeutique médicamenteuse.
Dans tous les cas, il existe, sous-jacent, un problème pédagogique ou familial qu'il
faudrait pouvoir résoudre avant de faire quoi que ce soit. Certaine diraient qu'il
vaudrait également mieux faire une psychothérapie, voire une psychanalyse de
l'enfant lui-même ou de ses parents. C'est peut être vrai dans certains cas.

Le plus souvent les causes de ces états persistant malgré tout ce que l'on peut dire,
l'enfant reste la victime d'une situation. Les médecins que nous sommes doivent
essayer de faire de leur mieux et ils auront très bien agi, s'ils ont permis, dans
certaine cas, à un enfant en difficulté de mieux s'adapter à cette situation.

Les indications que je me suis permis de donner pour chaque remède ne sont que
rarement valables si les seules caractéristiques psychologiques que j'y ai ajoutées
sont présentes. Il faut PRESQUE TOUJOURS compléter l'enquête symptomatique
pour faire "cadrer" l'ensemble des symptômes de chaque cas. Il m'était difficile de
revenir pour chaque remède sur sa description globale Mais ce sera le travail de
tout bon praticien de trouver d'autres symptômes qui lui feront accepter ou rejeter
tel ou tel remède.

Par ailleurs, si j'ai pris la peine d'indiquer les rubriques qui m'ont servi à faire un
thérapeutique. c'est pour s'y reporter éventuellement et pour y trouver le VRAI
REMÈDE parmi ceux que je n'ai pas sélectionné. D'autres rubriques peuvent être
consultées, que je n'ai pas mentionné ici.

Il se peut enfin que pour des cas semblables, l'ensemble symptomatique, révèle une
autre caractéristique générale, fonctionnelle, ou locale plus importante que le
comportement scolaire. C'est alors évidemment de cette caractéristique qu'il faudra
partir pour essayer de trouver la solution thérapeutique véritable, en ne faisant
entrer les symptômes psychiques que comme un élément secondaire de l'ensemble
du cas.

C'est à cette condition que la prescription homéopathique sera valable et aura


quelque chance de réussir.