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Les secrets perdus del'Arche d'alliance

Du même auteur :

Le Graal et la Lignée Royale du Christ

Éditions Dervy, Paris, 1999.

Le Royaume des Seigneurs de L'Anneau

Éditions Dervy, Paris, 2003.

La descendance de Marie Madeleine au delà du code Da Vinci

Guy Trédaniel Éditeur, 2006

L'Ombre de Salomon, le dernier Secret des Franc-Maçons

Guy Trédaniel Éditeur, 2006

Titre original :

Lost Secrets of the Sacred ark, amazing revelations of the incredible power of gold

©Laurence Gardner, 2003

© Guy Trédaniel Éditeur, 2007 pour la traduction en français

www.tredaniel-courrier.com

info@guytredaniel.fr

ISBN : 978-2-84445-688-5

Laurence Gardner

Les secrets perdus

de l'Arche d'alliance

Le mystère de l'Arche d'alliance et les fantastiques pouvoirs de l'or L'énigme de l'alchimie résolue.

Traduit de l'anglais par Arnaud Seiffert

Guy TRÉDANIEL ÉDITEUR

19, rue Saint-Séverin 75005 Paris

A mon épouse Angela Mon Amour.

Notre pierre n'est rien d'autre que de l'or assimilé au plus haut degré de pureté et de fixation subtile. Il est fixé et incombustible comme une pierre, mais son apparence est celle d'une poudre très belle.

Irénée Philalèthe (Eirenaeus Philalethes)t - La Pierre des philosophes, 1967.

Sommaire

Liste des illustrations hors-texte

12

Liste des cartes et illustrations dans le texte

11

Remerciements

13

Introduction

15

PREMIÈRE PARTIE

1. La maison de l'Or

21

La montagne sacrée

21

Le champ du Béni

26

Le Grand

29

Le but ultime

32

2.

La pierre du Paradis

36

Dispensateur de vie

36

Lepain quotidien La manne sacrée

40

43

3.

Lumière et perfection

48

Le mystère des joyaux

48

L'étrange spirale

51

Le merveilleux rubis

54

L'anneau du témoignage

56

Une nouvelle dynastie

61

4.

Hors d'Égypte

63

Les enfants d'Israël

63

Le buisson ardent

65

Droit de succession

73

Aimée de Khiba

76

7

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

5. L'arche d'Alliance

81

Les contradictions du Deutéronome

81

Origine de la Bible

85

La demeure de l'Arche

87

Chars et chérubins

88

Une essence divine

95

6. La puissance de l'Or

99

L'abondance

99

Une brève histoire de l'or

102

Le jour de l'Arche

104

La Toison d'Or

107

La Table d'émeraude

109

 

DEUXIÈME PARTIE

7.

Electrikus

117

Le jugement de l'Archonte

117

Le feu de saint Elme

120

Batteries antiques

122

L'or des dieux

124

Feu de l'Arche, flamme de l'arc

129

8.

La sphère de lumière

133

Maîtres de la pierre de feu

133

Le plan de Shar-On

138

Le royaume des génies

142

Au-delà de zéro

148

9. Le secret du roi Salomon

151

Génération royale

151

La conquête de l'Arche

153

Le cantique de Déborah

159

La cité du roi David

161

La pierre de feu

164

10. Dans l'obscurité

168

Kebra Nagast

168

La reine de Saba

172

Gardiens de la destinée

173

Après la captivité

180

8

TROISIÈME PARTIE

11.

Une dimension parallèle

187

Les dossiers Hudson

187

Défier la gravité

191

Supraconducteurs

194

Atomes furtifs et espace-temps

196

Le jour du Jugement

200

12.

Le protocole quantique

204

Éléments de transition

204

Lévitation et téléportation

206

La science sacrée

209

Retour à Dendérah

212

Rite de passage

214

13.

Du feu dans le désert

217

L'énigme du Graal

217

La maison d 'Asmon

220

Gardiens de l'Alliance

223

14.

Les Desposynes

228

Le paradoxe de la Nativité

228

Fils de Dieu - fils de l'homme

234

La Vierge et le charpentier

236

Brûler la preuve

237

Le voyage de la Madeleine

239

Un noble artisan

242

 

QUATRIÈME PARTIE

15. La Renaissance hermétique

247

Les chevaliers du Temple

247

Le concile de l'Arche

251

Notre-Dame

252

L'inquisition

257

9

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

16. Le parchemin caché

260

La persécution des Templiers

260

Le troisième degré

265

La flamme de l'innocence

267

17.

Le réveil du phénix

271

Sous le mont du Temple

271

L'Arche royale

274

Une nouvelle philosophie

277

La négation des secrets

280

L'art d'Hermès

282

Le seigneur de Lumière

284

18.

L'ultime demeure

288

Le rosaire des Philosophes

288

L'enlèvement de l'Arche

291

L'ultime représentation

294

La porte

300

 

ANNEXES

1

L'énigme des tombes

305

II

L'Exode

308

III

Or à vendre

310

IV

Amenemope et le Livre des Proverbes

313

V

Vers le point limite

315

VI

Thésée et le Minotaure

321

Crédits iconographiques

325

Bibliographie

327

Notes

345

10

Liste des illustrations hors-texte

1

Les Israélites et l'Arche d'Alliance devant les murs de Jéricho

2

Adoration du Veau d'or par les Israélites au Sinaï:

3

Ruines du temple de la montagne d'Hathor à Serâbît el Khâdim.

4

Entrée de la grotte du mont Horeb dans le temple de Serâbît el Khâdim.

5

La vision d'Ézéchiel - Les chérubins et le trône céleste.

6

L'ascension du Phénix.

7

Thoutmosis III à la bataille d'Armaggedon.

8

Le caducée d'Hermès et ses deux serpents.

9

Le Baptême de jésus.

10

La Peste d'Ashdod - Les Philistins et l'Arche d'Alliance.

11

Isis ailé sur le tombeau doré de Toutankhamon.

12

L'arche égyptienne de Toutankhamon.

13

Médecins Apkallus mésopotamiens vêtus en poissons.

14

Mystérieux reliefs du temple d'Hathor à Dendérah.

15

Apkallu assyrien - Le génie à la pomme de pin et le roi.

16

Le motif du labyrinthe de Chartres, d'après un document grec du ne siècle.

17

Le roi Salomon et le récipient embrasé.

18

Citerne souterraine de Bahr el Khabeer sous le temple de Jérusalem.

19

La Société royale de Londres.

20

Représentation maçonnique de l'Arche royale.

21

Destinée de la Maison de l'Or.

22

Le labyrinthe dans la cathédrale de Chartres.

23

La Dompna del Aquae - Marie-Madeleine arrive en

Provence.

24

L'Exécution de Jacques de Molay.

25

Chevaliers templiers dans la maison du chapitre de Paris, 22 avril 1147.

11

Liste des cartes et illustrations dans le texte

1. Le trésorier Sobekhotep porte le shem-an-na conique.

31

2. Le pharaon présente à Anubis un cône de la pierre précieuse.

 

34

3. Le serpent de sagesse et de guérison.

52

4. Le premier laser rubis de Maiman.

56

5. Carte : L'Égypte

et le Sinaï - terres de

l'Exode.

70

6. L'Arche d'Alliance.

 

90

7. Le serpent crucifié de Nicolas Flamel.

 

113

8. La batterie de Bagdad.

123

9. Mystérieux relief du temple d'Hathor à Dendérah.

126

10. Condensateur à arc du XIXe siècle.

 

130

11. Le Caducée d'Hermès au double serpent

147.

12. Carte: Le Voyage de l'Arche.

 

155

13. Carte

: Les

royaumes de Juda et d'Israël.

157

14. Carte : Les pays bibliques de l'Ancien Testament.

178

15. Les bras djed à Dendérah.

 

213

16. Chambre souterraine sous le Temple de Jérusalem.

273

17. Armoiries de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

286

18. Symboles de la plaque de l'Arche royale et de la Pierre philosophale.

289

19. Le labyrinthe de Chartres.

 

295

12

Remerciements

Pour l'aide inestimable qu'ils m'ont apportée et qui a facilité mes recherches pour ce livre, je suis redevable envers de nombreux archivistes, bibliothécaires et conservateurs, et notamment ceux de la British Library ; du British Museum ; de la Bibliothèque Nationale de France ; de la bibliothèque de Bordeaux ; du musée du Louvres ; du musée de l'Institut oriental ; de l'université de Chicago ; de l'Ashmolean Museum, d'Oxford ; de l'institut Warburg, de Londres ; de l'Académie royale irlandaise de Dublin ; de la Bibliothèque nationale d'Écosse ; de la Bibliothèque centrale de Birmingham ; et de la bibliothèque du comté du Devon. Concernant certains domaines scientifiques et spécialisés, je suis également reconnaissant pour l'aide directe ou indirecte qu'ont pu m'apporter le Conseil Mondial de l'Or/World Gold Council, le Platinum Metals Congress, la Science of the Spirit Foundation, l'Argonne National Laboratories, l'American Physical Society, la Patrick Foundation et l'Egypt Exploration Society. A cet égard, je dois adresser des remerciements tout parti- culiers à un physicien, le Dr Daniel Sewell Ward, pour son aide professionnelle généreuse. Je veux également exprimer toute ma gratitude à Son Altesse royale le Prince Michael d'Albany pour m'avoir accordé un accès privilégié aux documents privés de la maison royale des Stewart/Stuart et de sa chevalerie, ainsi qu'à ceux des Chevaliers templiers de Saint-Antoine. En outre, je remercie mon épouse Angela, dont les efforts infatigables ont permis à ce livre d'aboutir, et mon fils James pour ses encouragements au cours de ma quête. Je n'oublie pas, parmi tous ces remerciements, mon agent Andrew Lownie, mon agent chargé de mes droits étrangers Scarlett Nunn, mon éditeur Matthew Cory, et tous ceux qui, chez Élément et HarperCollins se sont occupés de cet ouvrage jusqu'à sa publica- tion. Je suis redevable envers Sir Peter Robson pour sa précieuse

13

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

collaboration artistique - en particulier pour la peinture qu'il a réalisée spécialement à l'occasion de cet ouvrage, Destiny of the

House of Gold [Destinée de la Maison de /'Or] - et de la même

manière envers l'artiste Andrew Jones pour sa collaboration enthousiaste. Par ailleurs, je suis reconnaissant envers tous ces nombreux amis qui, par leur investissement, m'ont facilité les choses d'une manière ou d'une autre - en particulier le chev. David Roy Stewart, le chev. Jack Robertson, le rev. David Cuthbert Stalker, Sandra Hamblett, Tony Skiens, Jaz Coleman, Shaun Pettigrew, Barry Carter de Subtle Energies, Nigel Blair du Wessex Research Group, et Edmund Marriage du Golden Age Project. Quand il s'est agi pour moi de travailler internationalement, certains m'ont généreusement soutenu et aidé. Pour cela, je remercie tout particulièrement Karen Lyster de Kiwis Graphies, Eleanor et Steve Robson du Peter Robson Studio, Duncan Roads, Ruth Parnell, Marcus et Robyn Allen, Jeffrey Williams et Tom Bosco de Nexus, Adriano Forgione de Hera, J. Z. Knight et tout

le monde à la Ramtha's School of Enlightenment [École de Sagesse

de Ramtha]. Je remercie également Christina Zohs du Golden Thread, Nancy et Mike Simms d'Entropic Fine Art, Laura Lee, Whitley et Ann Strieber, Nancy Lee, le Dr Robert Ghost Wolf et Shoshanna de la Wolf Lodge Foundation, et tout le monde à l'Association internationale pour la Nouvelle Science

(International Association for New Science).

Finalement, je dois adresser toute ma gratitude à mes lecteurs qui ont soutenu et encouragé mon travail année après année - particulièrement les nombreux lecteurs qui m'ont écrit quantité de commentaires et de contributions utiles.

Laurence Gardner

14

Introduction

Tout au long du dernier siècle, et particulièrement depuis l'époque d'Albert Einstein, les scientifiques ont recherché le Saint Graal de la physique moderne, qu'ils appellent la « théorie unifiée du Tout». Cette quête a conduit à quelques découvertes fasci- nantes et à l'apparition d'un tout nouveau langage, où l'on retrouve des termes comme supercordes/superstrings, quarks et supraconductivité, mais également à une conscience de niveaux d'existence - jusque-là inconnus - situés au-delà de notre espace- temps familier. Dans le domaine de la physique quantique, les scientifiques ont récemment confirmé que la matière pouvait réellement se trouver en deux endroits simultanément. Il est maintenant établi que, à travers l'enchevêtrement de quanta, des particules séparées par des années-lumière peuvent être connectées sans contact physique. On peut désormais manipuler l'espace-temps. La téléportation devient une réalité. Dans le secteur des transports aériens, on annonce l'arrivée de matériaux pouvant résister à la gravité, et la science virtuelle nous offre une plus grande compréhension des environ- nements hyperdimensionnels. En traitant des attributs de l'or et des platines monoatomiques dans Genesis of the Grail Kings, j'ai fait remarquer qu'il ne se passerait guère de temps avant que le potentiel de ces métaux nobles soit utilisé pour la fabrication de piles à combustible [fuel cells] respectueuses de l'environnement. Celles-ci, ai-je suggéré, allaient remplacer les carburants fossiles dans le transport et d'au- tres secteurs industriels. Dans le même temps, j'ai évoqué leur future utilisation dans le domaine médical, et en particulier dans le traitement du cancer. Plus spécifiquement, nous avons étudié les qualités anti-gravitationnelles de ces substances exotiques et leurs capacités à « supraconduire » [les flux électriques] et à, littérale- ment, plier l'espace-temps. Si ces remarques furent brèves et

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LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

presque accessoires, elles ont suscité plus d'intérêt de la part des lecteurs et davantage d'interviews avec les médias qu'aucun autre sujet que j'ai pu évoquer dans mes ouvrages. Par conséquent, j'ai estimé que ce sujet méritait un livre à lui tout seul. Le fait le plus étonnant concernant l'énigmatique poudre blanche d'or et de métaux du groupe platine à spin2 élevé, c'est qu'il ne s'agit en réalité pas d'une découverte nouvelle. Dès l'Antiquité, les Mésopotamiens l'appelaient shem-an-na et les Égyptiens mfkzt, alors que les Alexandrins et les chimistes posté- rieurs tels que Nicolas Flamel la vénéraient comme un « don du Paradis » et l'avaient baptisé « pierre des philosophes » ou plus couramment « pierre philosophale ». À tous les stades de son histoire, cette « poudre de projection » sacrée a été reconnue pour avoir des pouvoirs extraordinaires : notamment de lévitation, de transmutation ou de téléportation. On a pu dire qu'elle produisait une vive lumière et qu'elle projetait des rayons mortels, tout en se révélant simultanément une clé pour prolonger la longévité physique. Dans le monde d'aujourd'hui, l'Institute of Advanced Studies (L'Institut des Études avancées) décrit cette substance comme une « matière exotique ». De son côté, le Center for Advanced Study (Centre des Études avancées) a présenté ses pouvoirs supraconducteurs comme « la propriété physique la plus remarquable dans tout l'univers ». Quoi qu'il en soit, au regard des témoignages documentés des temps anciens, il est clair que ces qualités de supraconductivité et de résistance à la gravitation étaient identifiées - à défaut d'être comprises - dans le monde lointain où l'on pratiquait la lévitation sacerdotale, la communication divine et où l'on connaissait la puissance phénoménale de l'electrikus. Dans la mythologie grecque, la quête du secret de cette substance était au cœur de la légende de la Toison d'or, tandis qu'en termes bibliques, elle s'en- veloppait dans la symbolique mystique de l'Arche d'Alliance - ce coffre d'or que Moïse ramena du Sinaï et qui fut plus tard placé dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem. En ce qui concerne la recherche approfondie que j'ai voulu accomplir sur cette poudre blanche et ses propriétés, il m'a semblé que cette Arche d'Alliance était le meilleur catalyseur pour raconter cette histoire, dans la mesure où sa propre épopée y est intrinsèquement liée. Cependant, le présent ouvrage ne se limite

16

INTRODUCTION

pas à une quête de l'Arche - bien qu'il traite par nécessité de ce sujet pour déterminer ses probables localisations. Plus précisé- ment, cet ouvrage parle des fonctions et des modes opératoires de l'Arche de l'époque mosaïque à celle des Templiers, pour prolonger jusqu'à la redécouverte de sa science sacrée au cours de ces dernières années, en s'appuyant sur les commentaires afférents des plus hautes institutions scientifiques du monde.

Laurence Gardner Exeter, juillet 2002

1

La Maison de l'Or

La montagne sacrée

Notre histoire commence au début du siècle dernier, en mars 1904. Le roi Edouard VII régnait alors en Grande-Bretagne et Théodore Roosevelt présidait aux destinées des États-Unis d'Amérique. On ignorait encore que la Grande Guerre (1914- 1918) arrivait dans un futur relativement proche et, pour tout dire, c'était une époque enthousiaste d'aventure et d'exploration. Le capitaine Robert Scott et son équipage du Discovery quittaient l'Antarctique pour regagner l'Angleterre, tandis que dans le même temps, un archéologue britannique, Sir W.M. Flinders Petrie, et son équipe arpentaient un plateau rocheux battu par les vents dans le désert du Sinaï. L'expédition de Petrie avait été financée par le jeune Egypt

Exploration Fund (devenu depuis l'Egypt Exploration Society).

Son but était d'étudier toute cette région de la péninsule du Sinaï, où l'on extrayait jadis le cuivre et la turquoise, entre les golfes de Suez et d'Aqaba, au-dessus de la mer Rouge à l'est de l'Égypte. C'était là que se dressait la vieille montagne biblique de Moïse, que le livre vétérotestamentaire de l'Exode appelle le mont Horeb3, dans les éditions courantes modernes (notamment la Bible anglaise officielle du roi Jacques). Mais la Bible des Septante (IIIe siècle AEC) 4 y fait référence sous une appellation plus correcte de mont Choreb. Loin d'être de pures dénominations, les mots choreb et horeb avaient une grande importance à l'époque de Moïse, comme nous le découvrirons.s

21

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

Avant l'expédition de Petrie, il avait été difficile de déterminer la position exacte du mont Horeb, d'abord parce que la chaîne du Sinaï occupait une vaste superficie et ensuite parce que les autoch- tones - même lorsqu'ils se souciaient de l'histoire ancienne - connaissaient très mal le haut pays. Au IVe siècle EC, un ordre de moines chrétiens avait fondé la mission du monastère sainte Catherine sur une montagne sise dans le sud du Sinaï. Ils avaient baptisé l'endroit Gebel Musa (la montagne de Moïse). Cependant, il était clair qu'il ne s'agissait que d'un postulat imprécis dans la mesure où cette localisation ne correspondait pas aux données géographiques tirées de la Bible. Le livre de l'Exode retrace la route empruntée par Moïse et les Israélites vers 1330 AEC. Ils quittèrent la région égyptienne de Gochen, dans le delta du Nil, traversèrent la mer Rouge, puis le pays de Madian, pour gagner le nord de l'actuelle Jordanie. En suivant cette direction, à travers les régions désertiques de Chour et de Paran, on croise la sainte montagne de Moïse que l'on voit se dresser sur un haut plateau granito-porphyrique à plus de 2 600 mètres au-dessus de la plaine de Paran. Aujourd'hui, on la connaît sous le nom de Serâbît el Khâdim (la proéminence du Khâdim). L'expédition Petrie fit l'as- cension de cet affleurement rocheux. Ils n'avaient aucune idée préconçue ni aucune espérance spécifique concernant la montagne qu'ils escaladaient. Elle faisait simplement partie du secteur qu'ils avaient à étudier. C'est dans cet état d'esprit qu'ils se hissèrent vers le sommet où, à leur grand étonnement, ils firent une découverte littéralement monumentale. Là-haut, ils tombèrent sur les ruines d'un édifice de quelques 230 pieds (environ 70 mètres), qui paraissait jaillir d'une grotte creusée par la main de l'homme. Il s'agissait ostensiblement des vestiges d'un vieux temple. Des inscriptions le faisaient remonter à l'époque du pharaon de la JVe dynastie, Snéfrou, qui régna vers 2 600 AEC.6 Petrie devait écrire ultérieurement: «Tout avait été enterré et personne n'en avait eu connaissance avant que nous ayons dégagé le site. »7 Il n'aurait peut-être pas été étonné de trouver une pierre d'autel sémitique ou quelque autre repère ritua- liste, mais, ici, il s'agissait bel et bien d'un vaste temple égyptien, et au surplus, d'un temple ayant une importance ostensible. Quand j'ai pour la première fois évoqué cette expédition il y a quelques annéess, je n'imaginais pas l'intérêt qu'elle allait faire

22

LA MAISON DE L'OR

naître dans la tête de nouveaux aventuriers. Depuis lors, de nombreux lecteurs m'ont écrit après avoir accompli l'ascension pénible, pour me raconter leurs visites et m'envoyer de merveil- leuses photographies de leurs exploits. A cet égard, bien que personne n'ait mentionné ce fait dans leur correspondance, je dois peut-être clarifié un détail : si les ruines du temple sont toujours accessibles et impressionnantes de par leur localisation singulière, la plupart des objets et vestiges spécifiques apparaissant sur les photographies de Petrie ou dans ses écrits ne sont plus là. C'était une pratique malheureuse mais courante des archéolo- gues de piller les sites antiques des pays étrangers visités. Ils rame- naient alors leurs trophées dans les musées de l'Occident. Et je ne parle pas ici de simples objets aisément manipulables, mais de grandes statues, d'obélisques, et même de portions entières de murs provenant de sites égyptiens, assyriens ou babyloniens. Les musées de Grande-Bretagne, d'Europe et d'Amérique et leurs réserves sont remplis de tels articles. En décrivant certaines des découvertes les plus importantes de Petrie sur le mont Serâbît, il aurait pu sembler logique que j'indique où l'on pouvait les voir aujourd'hui. Cependant, le fait est que le trésor de Serâbît n'est pas facile à localiser parce que, si certains objets se retrouvèrent dans des galeries ouvertes au public, beaucoup furent stratégique- ment occultés et cachés aux yeux aiguisés des curieux. Je peux toutefois maintenant révéler avec plaisir que je suis parvenu à en retrouver une bonne partie9. Si bon nombre des objets cassés recensés par Petrie ne furent pas récupérés par des musées officiels après l'expédition de 1904, ils furent dérobés par d'autres dès que les détails de ce site furent connus. Par conséquent, ils n'étaient plus là, en 1935, pour être vus par une nouvelle expédition, montée cette fois par l'université de Harvard. La raison pour laquelle nombre des premiers objets furent dissi- mulés dans des réserves est simple: à l'époque, la découverte de Petrie fut regardée d'un très mauvais œil. Elle venait en effet contredire la représentation traditionnelle que l'on se faisait des événements de l'Exode survenus autour de la montagne sacrée. C'était ici, disait-on, que Moïse avait vu le buisson ardent. C'était également là qu'il avait parlé à Yahvé, détruit le veau d'or et reçu les tables des dix commandements. A dire vrai, le récit de Petrie ne renversait en rien celui de la Bible. En revanche, il remettait en

23

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

question l'interprétation que l'Église catholique faisait de cette histoire et son enseignement. Et surtout, cette découverte contre- venait aux règlements de l'Egypt Exploration Fund, qui avait financé l'expédition. En effet, les statuts de cette association

1991)

établissaient que son objet incluait « la promotion des études et des fouilles ayant pour but l'éclaircissement ou l'illustration des récits de l'Ancien Testament »10. Naturellement, il fallait entendre ici l'Ancien Testament tel qu'il était traditionnellement interprété,

et non tel qu'il était écrit. À la mort de la reine Victoria (survenue en 1901), l'impéria- lisme britannique était au faîte de sa gloire et, quand Petrie fit sa découverte en 1904, les valeurs victoriennes continuaient de tout régenter. Ces valeurs qui s'imposaient à la société pourraient être vues aujourd'hui comme des moyens de pression de et sur la haute société plutôt que comme de véritables principes éthiques et il fallut attendre les rigueurs et la brutalité de la Première Guerre mondiale (10 ans plus tard) pour que la rigidité victorienne commence à s'atténuer. Quoi qu'il en soit, Petrie avait beau être l'archéologue le plus remarquable de son époque, il subit de plein fouet le poids de la désapprobation autoritaire de l'establishment. Ayant décidé de publier le résultat de ses découvertes à son retour, il se vit immédiatement supprimer le patronage de l'Egypt Exploration Fund, jusque-là indiscuté. Dans son compte-rendu, il nota : « Il me fut donc nécessaire, de confier mon avenir l'Egyptian Research Account [Fonds de recherche égyptien] et à la British School of Archeology [École britannique d'archéologie]. » Les notes de Petrie furent rassemblées par ses soins dans un ouvrage assez substantiel intitulé Recherches dans le Sinaï [Researches in Sinaï]. Il fut édité par John Murray de Londres en 1906. Mais il n'eut qu'une durée de vie très courte et il est aujourd'hui extrêmement difficile d'en trouver un exemplaire.

Beaucoup plus tard, en 1955, l'Egypt Exploration Society (EES,

beaucoup plus inspirée que l'Egypt Exploration Fund dont elle venait de prendre la suite en changeant de dénomination) publia - avec l'aide de la maison d'éditions Oxford University Press - son propre ouvrage sur les reliefs et inscriptions du Sinaï.lt Ce livre en deux volumes traitait, dans sa première partie, des trouvailles de Petrie, mais sa seconde partie se concentrait sur les manuscrits

(Memorandum and Articles of Association, datant de

à

24

LA MAISON DE L'OR

afférents de deux égyptologues de premier plan, Alan H. Gardiner et T. Eric Peet. Ils avaient étudié le travail de Petrie pour le compte de l'EES, transcrivant, comparant et discutant des hiéroglyphes et des gravures. Mais où se trouvaient les pièces originelles de Serâbît el Khâdim ? Où étaient tous ces objets que Petrie et les autres décrivaient ? Encore une fois, il s'est avéré que, depuis 1906, un grand nombre avait été mis en sûreté derrière des portes closes; très peu, finalement, ont été présentés au public. Ce que l'on peut dire avec une quasi-certitude aujourd'hui, c'est que 463 objets ont été offi- ciellement ramenés du temple de la montagne, ce qui va de grandes obélisques et de stèles à des bols et à de petites baguettes. Heureusement, une nouvelle génération est maintenant respon- sable de ces objets. Quand ils en découvrent l'existence (mainte- nant que les contraintes victoriennes n'existent plus), les conserva- teurs montrent un enthousiasme certain à l'endroit de ces découvertes. Actuellement, j'ai accès à une base de données de musée listant environ 114 articles provenant du mont Serâbît. Bien que scrupu- leusement et iildividuellement répertoriées, numérotées et décrites, toutes ces reliques sont restées dans des caisses depuis des décen- nies. Elles sont recensées de la manière suivante: « Lieu de décou- verte : Égypte, Sinaï, Serâbît el Khâdim ». La liste inclut des tables à offrandes, des statues, des stèles, un autel, des vases, des amulettes, des plaques, des baguettes et divers outils. Les diffé- rents cartouches et inscriptions pharaoniques couvrent un inter- valle de temps assez important allant de la IVe dynastie jusqu'à l'ère ramesside (culminant avec la xxe dynastie), en traversant tout le Moyen Empire (avec un accent particulier mis sur la XIIme dynastie), le Nouvel Empire (particulièrement la XVIIIe dynastie, correspondant à l'époque de Moïse). Cela signifie que le temple fut utilisé pendant environ 1 500 ans. Dédié à la déesse Hathor au cours de toute cette période, le temple de Serâbît paraît avoir cessé toute activité au XIIe siècle AEC, quand l'Égypte connut un déclin économique majeur et qu'elle tomba sous l'influence de puissances étrangères, qui, fina- lement, amenèrent le règne des Ptolémées grecs. Il faut toutefois remarquer qu'il fut totalement opérationnel bien avant la construction des pyramides de Gizeh et qu'il poursuivit ses acti-

25

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

vités bien après Pépoque de Toutankhamon et de Ramsès le Grand - c'est-à-dire tout au long des magnifiques périodes des Mangeurs de Lotus12 et des Rois-dieux. Mais il faut se poser une question:

Pourquoi un temple égyptien aussi important fut-il construit à des centaines de kilomètres des centres pharaoniques, de l'autre côté de la mer Rouge, au sommet d'une montagne désolée ?

Le champ du Béni

Au risque de paraître me répéter pour ceux qui ont lu Genesis of the Crai/ Kings [Genèse des rois du Graal, inédit en français], il me semble utile de rappeler quelques-uns des aspects clés de la découverte de Petrie, tout en ajoutant quelques détails supplémen- taires issus du débat qui s'ensuivit en Occident. La partie extérieure du temple a été construite en granit extrait de la montagne. Structurellement, l'édifice est composé d'une série contiguë de halls, de sanctuaires, de cours, d'antichambres et de chambres, l'ensemble s'intégrant à l'intérieur d'un mur d'enceinte. Les parties exhumées les plus significatives sont la salle de Hathor, le grand sanctuaire, le sanctuaire des rois et la cour du portique. Tout autour, les piliers et les stèles évoquaient le souvenir des rois égyptiens de toutes les époques. Certains comme, Thoutmôsis III, apparaissaient de nombreuses fois sur des pierres levées et des reliefs muraux. Après avoir dégagé le site, Petrie écrivit : « Il n'existe pas d'autres monuments connus qui nous fasse autant regretter qu'il ne soit pas dans un meilleur état de conserva- tion. »13 La caverne de Hathor avait été taillée dans la roche. On avait soigneusement aplani ses murs intérieurs. En son centre se dressait un gros pilier de Aménemhet III (vers1841-1797 AEC). Son grand chambellan, Khenemesou, et son porte-sceaux, Ameny-senb, étaient également représentés. Plus loin dans la caverne, Petrie découvrit une stèle calcaire du pharaon Ramsès Ier. Curieusement, sur ce bloc, le souverain se présente comme « le Seigneur de tout ce qu'Aton embrasse »14, alors que les égyptologues considèrent traditionnellement que Ramsès fut un adversaire du culte mono- théiste du dieu Aton. En outre, il fut découvert une tête sculptée

26

LA MAISON DE L'OR

amarnienne de la mère d'Akhenaton, la reme Tiye, dont le cartouchetS était intégré à la couronne. Dans les cours et les salles du temple extérieur, on trouvait de nombreux réservoirs rectangulaires et bassins circulaires taillés dans la pierre, à côté de toute une série d'étranges autels bas - quasiment en forme de bancs - aux formes curieuses avec un avant enfoncé et des surfaces à deux niveaux. On rencontrait également des tables rondes, des plateaux et des soucoupes, ainsi que des vases et des coupes d'albâtre, dont beaucoup avaient la forme de fleurs de lotus. En outre, les salles abritaient une collec- tion de plaques vernissées, de cartouches, de scarabées et d'orne- ments sacrés, avec des motifs de spirales, de losanges et de quadril- lages. Il y avait également des baguettes faites dans une matière dure non identifiée et deux pierres coniques - hautes d'environ 15 cm (6 pouces) pour l'une et d'environ 22,5 cm (9 pouces) pour l'autre - dans le portique. A dire vrai, les explorateurs furent assez déroutés par toutes ces trouvailles, mais ils devaient être encore plus déconcertés par la découverte d'un creuset de métallurgiste et d'une quantité considérable de poudre blanche pure dissimulée sous des dalles soigneusement ajustées. Pourquoi pouvait-on avoir besoin d'un creuset dans un temple ? Suite à cette découverte, les égyptologues se sont mis à débattre de cette question, tout en discutant de ce que pouvait être cette mystérieuse substance appelée mfkzt (parfois prononcée

« mufkuzt » ), dont on trouve des dizaines de mentions sur les inscriptions des murs et des stèles de Serâbît.16 Certains pensaient que le mfkzt pouvait être du cuivre, tandis que beaucoup incli- naient plutôt pour de la turquoise, dès lors que l'un comme l'autre avaient été notoirement extraits dans la région entourant la montagne. D'autres ont supposé qu'il pouvait s'agir de malachite. Mais dans tous les cas, il ne s'agissait que de conjectures que rien ne venait corroborer et, sur le site même, il n'y avait aucune trace de l'une ou l'autre de ces matières. Si l'exploitation de la turquoise avait été une fonction primordiale des maîtres de temple au long de tant de dynasties, on aurait dû logiquement en trouver des pierres non seulement sur place, à Serâbît, mais également en abondance dans les tombes d'Égypte. Or ce n'est pas le cas. Au cours du débat, il fut confirmé que des recherches sur ce qu'avait pu être le mfkzt avaient commencé bien avant, à l'initia-

27

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

tive du philologue allemand Karl Richard Lepsius, qui avait découvert le mot en Égypte en 1845. En réalité, la question avait même été posée encore plus tôt par le scientifique français Jean François Champollion qui, en 1822, avait trouvé la clef pour déchiffrer la pierre de Rosette, permettant ainsi de commencer à comprendre l'art des hiéroglyphes égyptiens.17 En fait, avant même l'expédition de Petrie, il avait été estimé que le mfkzt n'était ni de la turquoise, ni du cuivre, ni de la malachite. Cependant, on était convaincu que le mot désignait une forme de « pierre » d'une extrême valeur, mais qui, d'une certaine manière, était considérée comme instable. Le mfzkt figurait dans les nombreuses listes de substances que les Égyptiens estimaient précieuses, et, au regard, des autres gemmes, minerais et métaux qui étaient nommés dans ces mêmes énumérations, on peut procéder par élimination et comprendre qu'aucun de ceux-ci n'est le mfkzt. Après plus de cent ans de recherche, en 1955, l'étude des listes pouvait au mieux permettre aux égyptologues de déterminer que le « mfkzt était un produit minéral de valeur »ts. Quoi qu'il en soit, la plus ancienne mention historique du mfkzt hors du Sinaï est probablement la plus révélatrice de toutes. Il apparaît sous une forme très différente et sans doute beaucoup plus descriptive dans les Textes des Pyramides - les inscriptions sacrées décorant l'intérieur de la pyramide funéraire du roi Ounas à Saqqara et dépeignant sa résurrection dans l'après-vie. On y décrit l'endroit où le roi défunt est censé vivre à jamais au milieu des dieux et celui-ci est appelé le Champ de Mfkzt. Toujours dans les Textes des pyramides, on parle d'un autre endroit éthérique qui est désigné sous le nom de Champ d'Iaru - la Dimension du Béni. Mais en réalité, il semble y avoir beaucoup de traits communs entre les deux lieux, pour ne pas dire qu'ils ne feraient qu'un. Au regard de ces données, on peut conclure que le mfkzt n'était pas simplement une substance terrestre de valeur, parfois classifiée comme une « pierre »,mais qu'il était aussi la clé d'un « Champ » indéfinissable et insaisissable - un état dimensionnel alternatif de l'être. Le mot « champ » est également utilisé pour décrire des régions où des forces comme la gravité et le magnétisme sont actives. Nous reviendrons ultérieurement sur ce point.

28

LA MAISON DE L'OR

Le Grand

Au cours des recherches, les scientifiques furent confrontés à d'autres causes d'étonnement : notamment les innombrables inscriptions faisant référence au « pain » que l'on trouvait à Serâbît et la récurrence du hiéroglyphe traditionnel désignant la « lumière » (un point dans un cercle) dans le sanctuaire des rois. Et naturellement, il y avait cette mystérieuse poudre blanche - dont on en découvrit des tonnes sur place, d'après le compte- rendu de Petrie. Selon certains, la poudre aurait pu être un résidu de la fonte du cuivre. Mais, comme Petrie n'a pas manqué de le signaler, la fusion du cuivre n'a jamais produit de poudre blanche, mais elle laisse des scories noires. Au demeurant, il n'y avait pas la moindre réserve de minerai de cuivre à proximité du temple. En toute occurrence, la fonte du cuivre était effectuée dans des vallées loin- taines. D'autres ont supposé que la poudre pouvait être de la cendre de plantes brûlées pour produire de l'alcali. Mais il n'y avait par ailleurs pas le moindre résidu de plantes. A défaut d'autre explication, on considéra que la poudre blanche et les pierres coniques étaient probablement associées à quelque forme de rite sacrificiel.19 Seulement, nous avions ici affaire à un temple égyptien, or les sacrifices d'animaux ne furent pas en usage en Égypte avant l'époque des Ptolémées. D'ailleurs, on ne trouva aucun reste d'os ni même d'une quelconque matière étrangère mélangée à la poudre découverte dans les réserves. La poudre blanche était parfaitement propre et pour ainsi dire pure. Petrie indiqua dans son récit : « Des dizaines de fois, j'ai méticu- leusement fouillé ces cendres en les passant au crible fin, mais je n'ai jamais trouvé le moindre fragment d'os, ni quoi que ce soit d'autre. »20 Dès lors que la poudre blanche et le mfkzt étaient l'un et l'autre aussi indéfinissables tout en ayant manifestement une grande importance, il est fort possible qu'ils n'aient été qu'une seule et même chose. Seulement, comment une poudre aurait-elle pu être décrite comme une « pierre » et comment pouvait-elle être une clé donnant accès à un espace situé dans l'Autre monde ? En outre, que ce soit la poudre ou le mfkzt, que pouvaient-ils avoir affaire avec le pain et la lumière ?

29

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

À ce stade de la recherche, une autre substance de valeur liée au temple de Serâbît s'est glissée dans l'équation : c'est l'or. Sur l'une des tablettes de pierre située près de l'entrée de la caverne de Hathor, on a trouvé une représentation de Touthmôsis IV en compagnie de cette déesse. Devant le pharaon, on voit deux tables d'offrande sur lesquelles se trouvent des fleurs de lotus, tandis que derrière lui, un homme porte un objet conique présenté comme un « pain blanc ». Une autre stèle montre le maçon Ankhib offrant deux pains coniques au roi. Et ailleurs dans le complexe du temple, on trouve encore d'autres représentations similaires. Sur l'une des plus significatives, on reconnaît Hathor et Aménophis [en égyptien Amenhotep] III. La déesse est coiffée de ses cornes de vaches et de son disque solaire traditionnels. Elle tient un collier dans une main, tout en offrant de l'autre au pharaon le symbole de la vie et de l'autorité.21 Derrière elle, le trésorier Sobekhotep brandit un cône de « pain blanc. » Il faut ici signaler un détail qui a son importance : différentes inscriptions du temple décrivent cet homme comme celui qui « apporte la noble Pierre précieuse à sa majesté. »22 En outre, il est dit qu'il est le « vrai familier des rois » et qu'il est « le grand homme qui détient les secrets de la Maison de l'Or ». Bien que la raison soit difficile à comprendre, le trésorier royal de la XVIIIe dynastie était donc représenté en train de brandir des objets coniques décrits comme du « pain blanc », tout en étant désigné comme le prestigieux gardien de la Maison de l'Or. Pourtant, d'après les récits qu'il en a fait, Petrie n'a pas davantage trouvé d'or dans le temple de Serâbît du mont Horeb. En fait, comme les rédacteurs de l'Egypt Exploration Society n'ont pas manqué de l'indiquer dans leurs écrits, on n'a jamais découvert la moindre preuve laissant entendre que de l'or avait été extrait dans le Sinaï - ce qui ne prouve pas pour autant qu'il n'en fut jamais amené. Et il est plus que probable que si de l'or a pu être aban- donné dans le temple en des temps éloignés, il aura été pillé par les bédouins des siècles avant l'arrivée de Petrie, comme le furent les tombes d'Égypte avant la venue des archéologues. A ce propos, il est intéressant de remarquer que les Égyptiens n'appelaient pas Sinaï la péninsule que l'on connaît aujourd'hui sous ce nom, mais Bia. Et ainsi, le puzzle commence à s'assembler. En se rappelant que le temple était consacré à la déesse Hathor et

30

LA

MAISON

DE

L'OR

Le trésorier Sobekhotep porte le

shem-an-na

conique.

Lui et la déesse Hathor présentent leurs objets

à Aménophis III.

que le trésorier de la Maison de l'Or était surnommé le«

nous pouvons maintenant considérer la

du vice-trésorier

de

j'ai visité Bia

(Dans les

traductions de l'inscription,

on place traditionnellement un point

les

traducteurs ne sont pas totalement certains de la signification du

d'interrogation après le

Grand

»,

stèle du

British Museum

du

Moyen

Empire

Si-Hathor. L'inscription

cette pierre

dit ceci

[c'est Si-Hathor

qui parle] :

«

étant enfant

; j'ai contraint les

grands

à

laver l'or.

»

2

3

mot

« laver

»,

ce

qui indique

que

hiéroglyphe

que les

ou tout au moins qu'ils ne savaient pas vraiment ce

» faisaient avec l'or).

«

grands

31

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

Le but ultime

En dépit du fait que l'or ne soit pas un produit traditionnel du Sinaï, on trouve des références importantes liant cette région - et spécifiquement le mont Horeb (la montagne du Khâdim) - à l'or dans l'Ancien Testament. En outre, l'un des récits bibliques associe l'or à une poudre mystérieuse et mentionne également l'eau, non pas pour laver l'or, mais pour l'immerger. Dans le livre de l'Exode, Moïse et les Israélites arrivent au mont Horeb, après avoir traversé la mer Rouge pour quitter l'Égypte. Moïse gravit la montagne pour aller s'entretenir avec El Shaddai, le seigneur de la montagne (que l'on appellera ultérieurement Jéhovah ou Yahvé). Celui-ci lui dit qu'il est dorénavant leur dieu et qu'ils ne doivent plus utiliser leur or pour créer des idoles et des statues déiformes.24 Mais pendant ce temps, au pied de la montagne, les Israélites s'impatientent. Croyant que Moïse est perdu - car son absence s'éternise-, ils ôtent les anneaux d'or qui pendent à leurs oreilles. Apparemment, ils sont des milliers à le faire puisque la Bible dit que « tout le peuple le fit ». Puis ils confient ces bijoux à Aaron, le propre frère de Moïse. Sans que cela suscite le moindre problème, il fond les anneaux et fait une statue de veau d'or qui doit leur servir d'idole pour la suite du périple. Peu après, Moïse redescend de la montagne. Il entre dans une rage folle en découvrant que son peuple danse autour de la statue. Alors, il va procéder à une opération extraordinaire. L'Exode 32 : 20 nous explique ceci : « Il prit le veau qu'ils avaient fabriqué, le brûla au feu, le moulut en poudre fine, et en saupoudra la surface de l'eau qu'il fit boire aux enfants d'Israël. » Dans la pratique, cela ressemble davantage à un rituel qu'à une punition, même si c'est sous cette dernière acception que l'on nous présente l'histoire. Aaron avait déjà fondu l'or des anneaux sur le feu pour mouler le veau d'or. Mais ce qu'accomplit Moïse était incontestablement différent, parce que chauffer de l'or le trans- forme normalement en liquide et non en poudre. La Bible des Septante est encore plus explicite quand elle dit que Moïse a « consumé l'or dans le feu », ce qui suggère un processus plus extrême que celui de la fusion. Si l'on ouvre un dictionnaire, on constate que le mot « consumer » signifie « réduire en infimes particules ou jusqu'à complète destruction ». Alors quel est ce

32

LA MAISON DE L'OR

processus qui, en utilisant le feu, peut réduire de l'or en poudre ? Et pourquoi Moïse « en saupoudre-t-il la surface de l'eau » avant de la faire boire à ses fidèles ? Ici encore la Bible des Septante diffère légèrement, et sans doute de manière significative, quand elle dit que Moïse « sema » la poudre dans l'eau. Dans tous les cas, cela nous fournit assurément une indication concernant le texte de Si-Hathor en nous éclairant sur le sens du hiéroglyphe déconcertant que les traducteurs ont restitué par « laver ». Dès lors que les processus mystérieux relatifs à l'or ont une résonance alchimique, examinons les écrits de l'alchimiste du XVIIe siècle Irénée Philalèthe. Ce philosophe britannique renommé, respecté par Isaac Newton, Robert Boyle, Elias Ashmole, et d'autres éminents personnages de son temps, a publié en 1667 un ouvrage intitulé Les Secrets révélés. Dans ce traité, il discuta de la nature de la pierre des philosophes, dont on pensait communément qu'elle servait à transmuter des métaux vils en or.2s Clairement, Philalèthe déclara que la pierre elle-même était faite d'or et que l'art alchimique visait à perfectionner ce processus. Il écrivit ainsi : « Notre pierre n'est rien d'autre que de l'or digéré au

plus haut degré de pureté et de fixation subtile

n'a plus rien de vulgaire - est le but ultime de la Nature. » Dans un autre traité intitulé Préparation du rubis céleste26, Philalèthe dit encore : « Elle est appelée pierre en vertu de sa nature fixe ; elle résiste à l'action du feu aussi efficacement qu'une

Notre or - qui

pierre. Mais substantiellement, c'est de l'or, plus pur que le plus pur. Il est fixe et incombustible comme une pierre, mais son appa- rence est celle d'une poudre très fine. » Philalèthe écrivait donc que l'or était « digéré », mot que l'on peut rapprocher dans son acception originelle de « consommé » ou« consumé » (comme dans l'histoire de Moïse) - dans ces diffé- rents cas, cela signifie réduire en particules ou en une structure suffisamment infime pour être opportunément assimilée physique- ment, mentalement ou chimiquement. Comme je l'ai déjà mentionné, les inscriptions égyptiennes identifiaient le mfkzt à une pierre. A l'instar de la pierre philosophale de l'alchimie, Moïse a consumé/digéré le veau d'or avec le feu et l'a transformé en poudre. Le temple de l'Horeb à Serâbît el Khâdim fut construit pour la « Grande Maison »27 des rois : les dynasties de la Maison royale de l'or. Pourtant aucun or - sous sa forme métallique - ne

33

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

2. Le Pharaon présente à Anubis un cône de la pierre précieuse, d'après un relief de la XIXe dynastie dans le temple d'Abydos.

fut découvert sur place : seulement une grande quantité d'une énigmatique poudre blanche qui était conservée là. Au regard des Textes des pyramides et de leurs références au champ de Mfkzt présenté comme une dimension de l'Après-vie des rois, il est pertinent de noter que les miches de pain blanc étaient également associées en Égypte au dieu-chacal Anubis. C'était lui qui présidait aux rites funéraires et qui conduisait le défunt dans l'Autre monde. On l'appelait le Gardien du Secret2s. Un relief de la XIXe dynastie à Abydos représente Anubis assis sur une arche, tandis que le pharaon lui présente un cône de la pierre précieuse. En ce qui concerne cette Pierre précieuse justement (c'est-à-dire, le mfkzt), deux stèles à sommet circulaire de Serâbît datant des règnes de Touthmôsis III et Aménophis III (deux pharaons de la XVIIIe dynastie) ont une importance particulière. La première montre Thoutmosis présentant un pain conique au dieu Amon-Ré. L'inscription se déchiffre ainsi : « La présentation d'un pain blanc

34

LA MAISON DE L'OR

pour que la vie puisse lui être donnée » . Sur la seconde, on voit Aménophis offrant un autre pain conique au dieu Sopdu. Le texte dit cette fois : « Il donna l'or de la récompense; les bouches se réjouirent. » A partir de ces deux exemples, il est clair que le pain de poudre blanche était perçu comme un dispensateur de vie, un principe nourricier, et qu'il était bien créé à partir de l'or.

2

La Pierre du Paradis

Dispensateur de vie

Dès les premiers jours de l'histoire dynastique égyptienne, le Sinaï ne fut pas une entité géographique séparée, mais bien une partie intégrante de l'Égypte. S'il n'y avait dans cette région ni garnison militaire ni gouverneur résident, elle était sous le contrôle direct du pharaon. Sous la XVIIIe dynastie (celle d'Akhenaton et de Toutankhamon), l'époque de Moïse, la péninsule du Sinaï péninsulaire était dans les faits supervisée par deux fonctionnaires : le chancelier royal et le messager royal pour les territoires étran- gers. Sous les règnes des prédécesseurs immédiats d'Akhenaton, Touthmôsis N et Aménophis III, le messager royal s'appelait Neby. Il fut aussi le maire et le commandant des troupes de Zaru dans la région deltaïque de Goshèn (ou de Gesem, selon la Bible des Septante), où les Israélites (descendants de Jacob-Israël, pour les distinguer des Hébreux de Canaan) vivaient depuis de nombreuses générations, depuis l'époque d'Abraham. La fonction de chancelier royal était traditionnellement détenue par la famille hyksos de Pa-Nehas29, et Akhenaton avait nommé un de leurs descendants appelé Panahesy (Phinehas dans le livre de l'Exode) pour administrer le Sinaï. Pour cette raison, Moïse savait que le Sinaï serait un refuge sûr quand lui et les Israélites auraient entre- pris leur exode après avoir quitté le delta égyptien - un refuge où se trouvait un temple opératif égyptien sur le mont Horeb. Ce que Sir W.M. Flinders découvrit en 1904, ce fut tout simple- ment l'atelier alchimique d'Akhenaton et des générations de

36

LA PIERRE DU PARADIS

pharaons avant lui. C'était là que, jadis, les fours grondaient et fumaient pour produire le mfkzt sacré: l'énigmatique poudre d'or blanche. Ingérée sous la forme de pains coniques ou par immer- sion dans l'eau, on la présentait comme « dispensatrice de vie » ou

« nourricière » pour les rois de la Maison de l'Or, et simultané- ment, elle permettait l'entrée dans le mystérieux champ supradi- mensionnel de l'Après-Vie. Au vu de cela, la présence d'un creuset de métallurgiste à Serâbît ne semble plus incongrue. Et dès lors qu'on le considère à la lumière de cet éclairage neuf, le sens de ce passage de l'Exode commence à s'éclaircir : « Or la montagne du Sinaï était toute fumante parce que le Seigneur y était descendu dans le feu; et la fumée s'en élevait comme d'une fournaise et toute la montagne tremblait violemment. » (Exode 19 : 18.) Si, de prime abord, il peut sembler curieux qu'un temple possède ce type de laboratoire opératif plutôt qu'une configura- tion cultuelle au sens ordinaire, il apparaît nettement qu'en termes historiques cette anomalie n'existe pas. En réalité, c'est notre acception du mot « culte » qui est erronée selon les époques. Le mot sémitique originel qui fut restitué ultérieurement par « culte » était avôd, ce qui signifie simplement « travail ».3o Dans les temples, les anciens ne faisaient pas que vénérer les dieux, ils y travaillaient aussi pour eux. À cet égard, /'Oxford Word Library explique que la racine étymologique du mot anglais pour

« culte », worship (qui vient du vieil anglais weorc) est weorchipe,

autrement dit work-ship, le « vaisseau - ou véhicule - du travail. Ainsi, dans ces temps anciens, il était normal que les temples soient ou accueillent, sous une forme ou une autre, des ateliers, et leurs administrateurs étaient appelés « artisans » [en anglais craftsmen]. Mais la nature de leur « art » [en anglais, craft] (comme celui de la franc-maçonnerie moderne) était largement lié à une connaissance ésotérique particulière que l'on appelle kynning (dans les langues anglo-saxonnes anciennes). Les déten- teurs de ces secrets étaient dit « ingénieux » [en anglais, crafty] ou

« astucieux » [en anglais, cunning]. Dans le Nouveau Testament, Joseph, le père de Jésus, était simplement décrit comme un « artisan » (araméen, naggar; grec : ho tekton), mais, du fait d'une mauvaise compréhension des anciennes pratiques au XVIIe,

on a fini par le traduire de manière

erronée par « charpentier ».3 1

37

LES

SECRETS

PERDUS

DE

L'ARCHE

D'ALLIANCE

Apparemment, le

mfkzt

fut considéré comme un

«

dispensateur

de vie » pour deux raisons.

D'abord,

sous sa forme

de substance

ingérée, il avait une importance pour faire durer activement la vie

il était le véhicule qui permettait

de l'Après-Vie. Il

il n'était pas infaillible, puisque

des rois.

est manifeste

leur préservation

Ensuite,

après la mort,

dans

le

champ

qu'au moins dans le premier cas,

les rois mouraient de mort naturelle ou au combat. Cependant, il

semble

tout

aussi clair

que

le

mfkzt

améliorait leur

vie

d'une

manière

ou

d'une autre

et

il allongeait

très probablement

leur

durée

de vie potentielle au-delà de la norme. De ce point de vue,

on peut le rapprocher de la Fontaine de Jouvence de la littérature

médiévale populaire. Une fois ce concept mis en évidence, la logique de l'association de Hathor avec le temple de Serâbît devient évidente, parce que la

déesse

fut

elle-même

considérée

comme

«

nourricière

»

ou

«

dispensatrice

de vie

».

Pour les

Égyptiens,

Hathor était l'incar-

nation de la déesse babylonienne Ishtar et elle avait les attributs de

la maternité et en particulier d'une mère nourricière, semblables à

ceux

d'Isis, la

Grande

Mère32.

Hathor

fut considérée

comme

ou

la

Reine

de l'Ouest33

et

la

maîtresse

du

monde souterrain

du

royaume des morts, dans lequel, disait-on, elle emmenait ceux qui connaissaient les bons charmes.34 Elle était la protectrice vénérée

des

la dame de

turquoise, la déesse

pensait que

qui leur permettait de devenir des dieux de plein droit.

rois de

qu'ils avaient

lait d'Hathor,

femmes

et de

les

la féminité,

de

la dame

du

sycomore,

l'amour,

des tombeaux et des chants.

du

On

pharaons

été nourris

tenaient leur divinité

du

On disait

les

lait d'Hathor, comme

Babylone l'avaient

été

par

celui d'Ishtar.

Dès lors

que l'on

sait

aujourd'hui que le

lait

d'une

mère ordinaire contient l'enzyme

télomérase (que l'on a récemment baptisée

lité »), on peut penser que le

permettait d'accroître d'une manière ou d'une autre la production de cette enzyme. Or les scientifiques modernes décrivent la télomé-

rase comme la

mais également

dans différents comptes rendus

dans ceux du Centre médical sud-ouest de l'université du Texas, il

a été déterminé que la télomérase a

ment exceptionnelles. Des cellules humaines saines sont program-

« l'enzyme d'immorta-

mfkzt

(le lait symbolique de Hathor)

« Fontaine de Jouvence ».3s

Comme on peut le lire dans la revue

ScienceJ6,

d'études d'entreprises privées

ou

des propriétés anti-vieillisse-

38

LA PIERRE DU PARADIS

mées pour se diviser de nombreuses fois au cours d'une vie, mais ce processus de division et de réplication est limité, si bien qu'à terme on atteint un stade où la division n'est plus possible. Le potentiel de division est commandé par des capuchons à l'extré- mité des molécules d'ADN (un peu comme les bouts en plastique des lacets); ces capuchons sont les télomères. Chaque fois qu'une cellule se divise, un morceau de télomère est perdu et le processus de division cesse quand la taille des télomères a atteint un point critique. Dès lors, il n'y a plus de réplication de nouvelles cellules et le processus qui suit est la détérioration, autrement dit le vieil- lissement. Des expériences de laboratoire sur des échantillons de tissu ont démontré que l'application de l'enzyme génétique télomérase pouvait empêcher le raccourcissement des télomères lors des divi- sions et des réplications de cellules. De ce fait, les cellules du corps peuvent continuer à se diviser bien au-delà de leur programmation naturelle restreinte (exactement comme le font activement les cellules cancéreuses qui atteignent ainsi une forme d'immortalité). La télomérase ne se manifeste généralement pas dans les tissus corporels normaux, mais, en dehors de sa présence dans des tumeurs malignes, elle apparaît aussi dans les cellules reproduc- trices mâles matures et féminines en développement.37 Par consé- quent, il semble que quelque part dans notre structure ADN (probablement dans ce que l'on appelle communément l' « ADN- poubelle3s » [junk DNA]) se niche la capacité génétique de produire cette enzyme anti-vieillissement, mais le potentiel a d'une manière ou d'une autre été désactivé. Comme l'a récemment mentionné Robert F. Newbold, du département de biologie et de biochimie de l'université Brunel de Londres, l' « isolation (le clonage moléculaire) de ce gène permettra de déterminer sa parfaite intégrité structurelle dans une grande variété de maux humains et, par conséquent, de révéler son rôle important dans l'inactivation du développement cancéreux chez l'homme. »39 Des scientifiques ont déjà suggéré que si la télomérase pouvait offrir l'immortalité à des tumeurs malignes, son introduction dans des cellules humaines normales pouvait fort bien avoir pour effet de prolonger leur durée de vie. De nombreux chercheurs en géné- tique ont convenu que « la capacité de prolonger la durée de vie des cellules (tout en conservant l'état diploïde4o, les caractéristi-

39

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

ques de croissance et le schéma-type de manifestation du gène des jeunes cellules normales) a des implications importantes pour la recherche biologique, l'industrie pharmaceutique et la méde- cine. » 4 1 De tout ceci, on peut légitimement supposer que si le mfkzt tient ses promesses (telles qu'elles sont exprimées dans les vieux textes égyptiens), il devrait avoir: 1. des vertus anti-cancéreuses et la capacité de combattre la déformation des cellules en réparant les molécules d'ADN mal formées ; 2. le potentiel de stimuler certaines fonctions hormonales du système endocrinien; et 3. des propriétés qui peuvent d'une certaine manière activer un champ d'existence physique au-delà de celui de notre dimension fami- lière. Comme nous allons le voir, la poudre blanche de mfkzt a précisément ces qualités.

Le pain quotidien

Plus loin, nous examinerons le mfkzt dans le contexte scienti- fico-expérimental moderne - pour vérifier ce qu'il est, comment il est fait et comment il fonctionne. Mais auparavant, il nous faut étudier sa représentation biblique afin de découvrir la signification spécifique du mfkzt pour Moïse, les Israélites et les rois de Juda. En tant que branches des dynasties babyloniennes et égyptiennes, ils montèrent sur le trône comme des successeurs de la Maison de l'Or. Nous sommes maintenant partis sur la piste d'une substance magique qui : 1. au début est de l'or ; 2. se transmute par le feu en une poudre blanche; 3. peut être transformée en pain; et 4. est qualifiée de « pierre » - nous constatons que les références à celles-ci sont nombreuses tout au long des différentes époques. En termes bibliques, elle fait sa première apparition environ 600 ans avant Moïse dans la Genèse 14: 18. Dans ce passage, nous appre- nons que Melchisédech, roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut, présente à Abraham du pain et du vin - c'est la première mention dans la Bible d'un acte rituel qui, ultérieurement, sera enveloppé dans la cérémonie de la communion. Au moment où il rencontre Melchisédech, Abraham vient d'achever une campagne militaire dans le pays de Canaan. Il a

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LA PIERRE DU PARADIS

mené victorieusement son armée contre les troupes d'une poignée de rois turbulents. Le dieu auquel il est fait allusion plus haut est plus spécifiquement nommé dans les anciens textes El Shaddaï, le Seigneur de la Montagne 4 2 - c'est le même titre qui désignera le Seigneur qui parlera à Moïse sur le mont Horeb dans le Sinaï. Ce n'est que lors de la mise par écrit des événements que le terme Yahvé fut introduit à partir de la racine hébraïque YHWH : « Je suis celui qui est» (Exode 3 : 14). C'était censé être la réponse à une question de Moïse qui demandait au Seigneur quelle était son identité, alors que cela s'apparente plutôt à un refus de donner son nom: «Je suis celui qui est » ressemble à «Mon nom n'a aucune importance ».En revanche, quand le Seigneur dit à Moïse qu'il est le dieu d'Abraham et qu'il lui est apparu sous le nom d'El Shaddaï (Exode 6 : 3), cette remarque est beaucoup plus signifiante. Originellement, dans les textes les plus anciens, le dieu d'Abraham était appelé El Shaddaï (Genèse 17 : 1), mais dans la plupart des versions modernes de la Bible, ce nom est traduit improprement par « Dieu Tout Puissant ». Utilisé dans les textes hébreux et conservé dans la Vulgate (version latine de la Bible)43, El Shaddaï était un terme sémitique, synonyme du dieu mésopotamien Enlil, qui était appelé le Ilu Kur-gal: le Grand Seigneur de la Montagne. (Beaucoup plus tard, en 1518, Yahvé fut transformé sous la forme hybride moderne, Jéhovah.)44 Melchisédech était donc un prêtre du Seigneur de la Montagne et c'est dans l'exécution de cet office qu'il présenta le pain et le vin à Abraham. Cependant, quand on regarde la statue de Melchisédech à la porte nord de la cathédrale de Chartres, la porte des Initiés, nous le voyons présenter une pierre dans un calice, ce qui permet de représenter le « pain-pierre » et le vin simultané- ment. Conçue par les chevaliers templiers, la construction de la cathédrale de Chartres fut entamée en 1194 par une guilde de maçons appelée les Enfants de Salomon.4s Ils avaient acquis une connaissance maçonnique unique des anciennes coutumes, à la suite du retour des Templiers en Europe, en 1127. Ceux-ci rame- naient en effet des trésors et des documents qui provenaient des fouilles qu'ils avaient entreprises sur le site de l'ancien Temple de Salomon à Jérusalem. Le nom Melchisédech est issu de deux mots hébreux : melek (roi) et tsedeq (rectitude). Par conséquent, il était le roi de

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LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

Rectitude ou, comme le désigne la Genèse, le roi de Paix (Salem - shalom, que l'on retrouve dans Jérusalem: la Cité de la Paix). Des fragments du Document du Prince Melchisédech, qui fait partie des Manuscrits de la Mer morte, indiquent que Melchisédech et l'archange Michel ne faisaient qu'un. Les rouleaux de manuscrits (découverts en 1947 à Qumrân, Murabba'at et Mird dans le désert de Judée près de la mer Morte près de Jéricho) sont aujourd'hui des sources inestimables pour comprendre la culture de Judée avant l'époque des Évangiles. Dans ces vieux parchemins, Melchisédech (Michel-Zadok) est appelé le Céleste et le Prince de Lumière46, et c'est lui, avec sa présentation archaïque du pain et du vin, qui est considéré comme l'instigateur du sacrement de l'Eucharistie. Dans toute l'histoire de l'émergence des religions judéo-chré- tiennes, le pain a conservé une position prééminente - de l'histoire de Melchisédech à la prière familière du Notre Père qui dit « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour ».Quant à la ville natale de roi David et de Jésus, on dit qu'il s'agit de Bethléem (Beth-le-hem, c'est-à-dire la « Maison du Pain »).47 A propos du Notre Père, il faut d'ailleurs relever un fait intéressant : si cette prière apparaît dans le Nouveau Testament (chez Matthieu 6: 9- 13 et Luc 11 : 2-4, qui fournissent au demeurant des version en réalité différentes), ce texte est en réalité transposé d'une invoca- tion égyptienne au dieu de l'État qui commençait ainsi: « Amen [Amon], Amen, qui es aux cieux ». Traditionnellement, dans la version chrétienne, le mot Amen a été rejeté en fin d'oraison, pratique qui s'est généralisée à d'autres prières et hymnes chrétiens. Mais si nous revenons à Moïse et à la montagne, nous décou- vrons quel est le pain bien réel auquel le Notre Père et Beth-le-hem font référence. Il apparaît dans l'Exode 25 : 30, où il est appelé «pain d'oblation » ou « pain d'offrande ».4s En anglais, le mot utilisé est « shew-bread » et le préfixe shew n'est rien d'autre qu'une forme obsolète du verbe show, «montrer, présenter». La description originelle du pain a hérité de cette précision de William Tyndale, le traducteur anglais de la Bible, au XVIe siècle. Il notait : « Il s'agit d'un pain d'oblation [shew-bread] parce qu'il apparaît en présence et sous les yeux du Seigneur ».En réalité, une meilleure traduction aurait été « pain de présence » 49 , qui est

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LA PIERRE DU PARADIS

d'ailleurs la forme donnée avec justesse par la Bible des Septante (1 Rois/1 Samuel 21 : 6)50, Dans l'Ancien Testament, l'Exode 25 : 29-31 rapporte que le pain d'oblation fut fait sur le mont Horeb par Beçaléel, le fils d'Uri Ben Hur. Il est dit (Exode 35 : 31) qu'il fut comblé de sagesse, d'habileté, d'intelligence et de savoir. On nous apprend également que Beçaléel était un orfèvre et un artisan capable d'exécuter toutes les sortes d'œuvres d'art (Exode 35 : 31 - 33). Il fut chargé de construire l'Arche d'Alliance et le Tabernacle. Quand le texte détaille comment Beçaléel doit fabriquer différents bols, anneaux, couronnes, et un candélabre, tous en or pur, le pain d'oblation est inséré dans la liste des objets précieux. Puis, sans explication complémentaire, on apprend que le processus est achevé et que les objets ont été réalisés (Exode 39: 37). On retrouve cet énoncé dans le Nouveau Testament, précisément dans l'Épître aux Hébreux (9: 1-2), qui rapporte que, lors de la première alliance sur le Sinaï, il y avait, dans le Saint51 du Tabernacle, un chandelier et une table avec le pain d'oblation. Le livre vétérotestamentaire du Lévitique (24 : 5-7) revient sur le sujet de Beçaléel et du pain d'oblation. On y apprend notam- ment que les pains étaient passés à l'encens pur. Mais, comme l'a finement remarqué un psychiatre juif russe, le Dr Emmanuel Velikovsky, dans les années 50, le « pain d'oblation n'était pas fait de farine, mais d'argent ou d'or »52. En faisant cette observation, il attirait particulièrement l'attention sur les trésors égyptiens du pharaon Touthmôsis, tels qu'un bas-relief du temple de Karnak les montre. Dans la partie des objets de métal (décrits comme des « ouvrages d'art »),on en voit un certain nombre en forme de cône. Il nous est expliqué qu'ils sont faits de la manière suivante : un cône d'argent et trente d'or, et ils sont décrits comme étant du « pain blanc ».

La manne sacrée

Toujours avec Moïse et les Israélites sur le mont Horeb, nous découvrons d'autres références bibliques ·à une mystérieuse subs- tance blanche. L'Exode 16 : 15 déclare: « Lorsque les enfants d'Israël virent cela, ils se dirent les uns aux autres : " Qu'est-ce que

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LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

cette mannes3 ? " car ils ne savaient pas ce que c'était. Et Moïse leur dit: " Cela, c'est le pain que Yahvé vous a donné à manger. " » Plus loin, la manne est décrite comme étant blanche, ressem- blant à une graine de coriandre et avec un goût de miel. (Exode 16: 31.) Si nous nous tournons maintenant vers les Antiquités judaï- ques, compilées par l'historien juif Flavius Josèphe au Jer siècle, on constate que l'auteur nous explique que la manne a d'abord été remarquée éparpillée sur le sol : « Le peuple ne savait pas ce que c'était et pensait qu'il avait neigé. » Il continue : « Il s'agissait

Les Hébreux appe-

laient maintenant cette nourriture manne ; car, dans notre langue, la particule man (rattachée à man-hu, prononcée « manna »)pose la question : « Qu'est-ce que c'est ? »54 Certains des témoignages bibliques et non-bibliques les plus importants ont été préservés dans les écrits de Flavius Josèphe, qui a écrit ses Antiquités judaï- ques et sa Guerre des juifs en adoptant un point de vue personnel. Il était le gouverneur militaire de Galilée au cours de la révolte juive contre les forces d'occupation de la Rome impériale, dans les années 60 EC. La substance blanche au goût sucré, qui était apparue autour de la montagne au matin et que Moïse avait qualifié de «pain »,fut donc appelée Manne (Qu'est-ce que c'est?) en raison de son origine inconnue.ss On trouve la même question dans Le Livre des morts égyptien - le plus vieux livre complet du monde - connu également sous le nom de Papyrus d'Ani (du nom d'un scribe royal). Ce rouleau abondamment illustré provenant de Thèbes et datant de la XVIIIe dynastie (acquis par le British Museum en 1888) fait environ 76 pieds (plus de 23 m) de long.s6 Dans cet antique ouvrage rituel, le « pain de la présence » s'appelle « shefa » (littéralement « nourriture ») et, à chaque stade de son périple, le pharaon cherchant l'illumination ultime de l'Après-Vie ne cesse de poser la question : « Qu'est-ce que c'est ? » D'autres Livres des morts (bien que fragmentaires et incom- plets) datent du IIIe millénaire AEC. En outre, les reliefs de Serâbît montrent clairement que, au moins dès 2180 AEC environ, les rois égyptiens ingéraient la manne d'or blanche. Cependant, seuls les adeptes métallurgistes des écoles de mystère (les artisans habiles et avisés) connaissaient les secrets de sa fabrication. Ces adeptes

d'une nourriture si divine et merveilleuse

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LA PIERRE DU PARADIS

étaient des prêtres opératifs et le Grand Prêtre de Memphis portaient le titre de Grand Orfèvre ou Grand Artisan.s7 Dans la vie, comme dans la mort, l'illumination ultime fut un

objet de quête permanent. A l'instar d'un corps physique, il était considéré que nous possédions un« corps de lumière »,qui devait être pareillement nourri pour s'entretenir et croître. Celui-ci était appelé le Ka et, bien qu'il fût pour l'essentiel un aspect intangible de la vie, on disait qu'il demeurait actif dans l'Après-Vie. La nour- riture du Ka était la Lumière - ce qui, par conséquent, engendrait l'illumination, ou comme les Grecs l'appelaient, la gnose [gnosis, littéralement « connaissance »], le symbole hiéroglyphique même trouvé dans le sanctuaire des rois à Serâbît el Khâdim. Au cours du rituel d'initiation au premier degré de la franc-maçonnerie, le candidat apprenti dont les yeux sont bandés se voit demander ce qu'il désire le plus. Et la réponse cérémonielle est: la « Lumière ». Dans l'ancienne Syro-Phénicie, ce royaume de l'illumination supé- rieure était appelé le Plan de Shar-On (la Dimension de !'Orbite de Lumière), un terme qui fut ultérieurement altéré et appliqué de manière erronée à la plaine côtière de Sharon, qui s'étend entre Haïfa et Tel-Aviv, en Israël. Dans la science alchimique des anciennes écoles de mystère égyptiennes, le processus permettant d'atteindre l'illumination de la conscience était d'une extrême importance. Pour faciliter ce processus, les philosophes des temples préparaient une « poudre de projection » miraculeuse, grâce à laquelle il était possible de transmuter l'ignorance humaine fondamentale en un lingot d'or spiritueI.ss Cette « poudre de projection » était encore une fois le mfkzt, la manne, la blanche poudre d'or - ou pour utiliser le nom sous lequel elle est devenue plus spécifiquement et alchimiquement connue, la pierre des philosophes ou pierre philosophale. Pour reprendre les mots d'Irénée Philalèthe : « Notre pierre n'est rien d'autre que de l'or digéré au plus haut degré de pureté

et de fixation subtile

que le plus pur ; il est fixe et incombustible comme une pierre, mais son apparence est celle d'une poudre très fine et très belle. »s9 Dans le Nouveau Testament (1 Corinthiens 10 : 3), la manne est présentée comme une nourriture spirituelle, mais elle désigne aussi le vrai pain de !'Eucharistie (Jean 6: 31-41). Par conséquent, le pain du sacrement, qui accompagne le vin de la communion, est

En espèce, c'est de l'or, mais un or plus pur

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LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

cette même hostie cérémonielle apportée par le Saint Graal dans le

roman du XIIe siècle, Perceval ou Le Conte du Graal, de Chrétien

de Troyes. Ce récit est apparu vers 1180, juste avant le début de la construction de la cathédrale de Chartres. Il est spécifiquement né dans un environnement templier. Les comtes d'Alsace, de Champagne et du Léon (avec lesquels Chrétien de Troyes était intimement lié) étaient tous affiliés à l'ordre chevaleresque de Jérusalem. La statue de Melchisédech à Chartres, avec sa pierre de pain dans un calice, représentait parfaitement le service graalique de la manne sacrée. Dans le Nouveau Testament, Saint Paul explique que Jésus était Grand Prêtre dans l'Ordre de Melchisédech (Hébreux 5 : 6, 6 :

20). C'est ainsi qu'il acquit le droit d'offrir le pain et le vin sacra- mentel lors de la Cène, son dernier repas. Paul ajoute qu'il s'agis- sait d'un tel privilège que la loi dût être formellement modifiée pour permettre à Jésus d'y accéder (Hébreux 7 : 11-17), car il était né dans la maison davidique de Juda, qui avait des droits à la royauté, mais pas à la prêtrise. Dans le livre néo-testamentaire de l'Apocalypse (2 : 17), il est dit : « Au vainqueur, je donnerai de la manne cachée et je lui donnerai aussi une pierre blanche, une pierre portant gravé un nouveau nom, que nul homme ne connaît, hormis celui qui la reçoit. » On voit encore une fois ici, que du début de la Bible jusqu'à son ultime chapitre, la manne sacrée conserve son impor- tance, tout en restant constamment associée à une pierre blanche. Une représentation très semblable apparaît dans la tradition médiévale - donc bien ultérieure - du Saint Graal. Dans le roman de Parzival, du chevalier bavarois Wolfram von Eschenbach, nous lisons : « Sur le bord supérieur de la pierre, une mystérieuse inscription donne le nom et la lignée de ceux qui, filles ou garçons, sont appelés à accomplir le voyage vers le Graal. Personne n'a besoin de gratter cette inscription, car dès qu'elle est lue, elle disparaît »60. Il était dit que la pierre dont il est question ici était la « perfection du paradis terrestre » et qu'elle avait de remarqua- bles vertus curatives et des propriétés anti-vieillissement. On l'ap- pelait la Lapis Elixis61, c'est-à-dire une variante de Lapis Elixir, la pierre philosophale alchimique. Le texte d'Eschenbach continue :

« Par la puissance de cette pierre, le Phénix se consume aux cendres, mais celles-ci se reconstituent rapidement pour lui rendre

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LA PIERRE DU PARADIS

vie. Ainsi, le Phénix se métamorphose et accomplit sa mue pour resplendir aussitôt aussi beau qu'auparavant. » La clef allégorique de Parzival repose dans l'ancien récit mytho- logique du Phénix - semblable à l' « oiseau benou » en Égypte, qui était réduit en cendres dans le temple d'Héliopolis, cendres d'où procédait la grande illumination. Héliopolis (qui s'appelait origi- nellement On en égyptien, ce qui la reliait à la lumière du dieu- soleil62) était un centre de la Grande Fraternité Blanche - la confrérie des maîtres artisans de Touthmôsis III (vers 1450 AEC). Le Haut Conseil de Karnak comptait 39 membres63 et le nom de la Fraternité provenait de son intérêt pour une mystérieuse poudre blanche. Une autre pierre de ce genre se manifeste dans l'Iter Alexandri ad Paradisium - une vieille parabole sur le voyage d'Alexandre le Grand vers le Paradis (le royaume de Pairi Daize qui, dans la vieille langue zend avestique64, était celui d'Ahura Mazda, le dieu persan de la Lumière). Ce conte présente la pierre enchantée du Paradis, qui redonne la jeunesse aux vieillards6s et qui, disait-on, pesait plus lourd que sa propre quantité d'or, alors qu'une simple plume suffisait pourtant à faire basculer la balance de son côté ! Dans la suite, nous allons voir que la Pierre de Paradis (plus lourde que l'or, mais plus légère qu'une plume) n'est pas qu'un mythe d'un lointain passé. Elle occupe aujourd'hui une position primordiale dans le monde de la physique moderne ; ses ratios pondéraux déconcertants étant parfaitement explicités comme un fait scientifique. Semblablement, le Phénix lui-même se retrouve dans un environnement scientifique, puisque le secret de sa résur- rection par la Lumière joue un rôle majeur dans la technologie actuelle. En fait, dès lors qu'il est transmuté en poudre (cendres), le Phénix n'est rien d'autre que la Pierre de Paradis - la pierre philosophale, qui est à la fois la manne de Moïse et le mfkzt des maîtres artisans du temple de Serâbît: les « Grands » de la Maison de l'Or.

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Lumière et perfection

Le mystère des joyaux

À côté de la Pierre de Paradis alchimique sous ses formes vétéro- et néotestamentaires, on rencontre d'autres pierres de grande importance dans le livre de l'Exode. Celles qui viennent immédiatement à l'esprit sont naturellement les tables qui portent le Témoignage et les dix commandements. On les imagine souvent comme une paire de lourdes tablettes - les artistes les représentent traditionnellement sous la forme de deux plaques à peine porta- bles par Moïse, qui dut pourtant les redescendre à pied de la montagne. Cependant, l'Exode ne fournit pas la moindre indica- tion quant à la taille et à la forme de ces pierres, tandis que, dans la stricte tradition juive de la Kabbale, il est dit que la Table du Témoignage est un saphir divin appelé le Schethiyâ66, que Moïse pouvait tenir dans la paume de sa main. La tradition kabbalistique de la lumière et de la connaissance émane de l'époque d'Abraham (600 ans environ avant Moïse), qui aurait reçu le « testament d'une civilisation perdue ». Dans la Genèse (11 : 28 ; 15 : 7), on nous dit que son lieu de naissance était la ville d'Ur en Chaldée (une ancienne cité de la Mésopotamie sumérienne), mais les Kabbalistes ajoutent que son héritage culturel provenait des Aur Kasdeems, ce qui signifie la « Lumière des magiciens »67. La tablette d'Abraham aurait contenu « tout ce que l'homme avait jamais connu » et « tout ce que l'homme connaîtrait jamais ». Les anciens Sumériens désignaient cette composition sous le nom de Table de la Destinée. On disait qu'elle

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LUMIÈRE ET PERFECTION

avait été donnée par les dieux Enlil et Enki (fils du grand dieu céleste annunaki, Anu)68. Et dans les textes pré-bibliques concer- nant le dieu babylonien Mardouk, on la dit portée contre la

poitrine.69

La doctrine kabbalistique rapporte que la Table de la Destinée était un saphir, dont Moïse hérita et qui plus tard passa sous la protection du roi Salomon de Juda. Il s'ensuit que les représenta- tions des artistes ultérieurs sont erronées et que la Table du Témoignage de l'Exode n'était pas une plaque de pierre ordinaire, mais quelque chose de beaucoup plus précieux.70 En dépit des traductions modernes de la Kabbale, le terme originellement utilisé dans les vieux textes était sappir, alors que le mot que l'on restitue généralement par « saphir » dans les écrits bibliques était

leshem.71

Le principal ouvrage de la Kabbale est le Se(er ha Zohar (Le Livre de la Splendeur)n - près d'un million de mots de philosophie scripturaire appliquée fondée sur les anciennes traditions juives et pour l'essentiel écrit dans une forme d'araméen. 7 3 Cette dernière était la langue des Araméens, un peuple établi en Mésopotamie au XIIIe siècle AEC et qui se répandit plus tard en Syrie et en Palestine. À partir de 500 AEC environ, l'araméen devint la langue officielle de l'empire perse et il éclipsa l'hébreu comme langue des juifs pendant près de mille ans. Le contenu du Zohar est attribué au rabbin palestinien du IIe siècle EC, Siméon bar Yohai74, mais le texte lui-même fut composé en 1286 par Moïse ben Shem Tov de Léon, de Castille en Espagne. Fondamentalement, c'est un commentaire exégétique de la Torah - les cinq livres de Moïse (également appelés Pentateuque) qui constituent la loi juive. Conjointement au Talmud, cet ouvrage a continué d'être vénéré dans les pays orientaux, africains et euro- péens de la Diaspora. 75 La Schethiyâ, une pierre du roi Salomon, n'apparaît pas seule- ment dans la tradition kabbalistique, mais également dans les enseignements de la franc-maçonnerie de l'Arche Royale [Royal Arch]. Le Talmud juif (un commentaire des textes hébreux philo- sophique)76 explique que la Schethiyâ était appelée la « Pierre de Fondation » . Elle servait apparemment de moyen de levage, ou plus précisément de lévitation, dans le Saint des Saints (le Sanctum Sanctorum) du temple de Jérusalem, et permettait à l'Arche

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LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

d'Alliance de ne pas être en contact avec la terre. Elle aurait ainsi plané à « trois doigts » au-dessus du sol.n Du fait de cette capa- cité à maintenir l'Arche dans une parfaite position d'équilibre, elle fut en outre appelée « Pierre de Perfection ». D'autres pierres furent associées à Salomon. C'est notamment le cas de la Schamir- la «Pierre de Foudre. » Le Talmud rapporte comment le roi l'utilisait pour rendre parfaites les pierres du temple.7s On disait que la Schamir coupait et transperçait la roche, silencieusement, grâce à son magnifique rai de lumière fulgurante. On considérait que Moïse avait possédé tant la Schethiyâ que cette Schamir projetant un terrifiant rayon et que, dit-on, Salomon aurait par la suite inséré dans son anneau.79 Maintenant que nous avons établi les attributs ésotériques de la Pierre de Perfection et de la Pierre de Foudre, nous pouvons retourner à la Bible pour constater qu'elles sont mentionnées en de nombreuses occasions. Elles apparaissent pour la première fois dans le livre de l'Exode, lorsque Moïse monte sur l'Horeb. L'épisode décrit la fabrication d'un pectoral d'or (l'essen) destiné à son frère, Aaron. Celui-ci devait la porter dans sa fonction de Grand Prêtre, gardien de l'Arche d'Alliance. L'Exode 28 : 30 dit ainsi: «Tu joindras dans le pectoral du jugement l'Urim et la Thummim. Et ils seront sur le cœur d'Aaron quand il se présen- tera devant le Seigneur. » Les mots U'rim et Thum'mim signifient Lumière et Perfection.so De ce fait, la Schamir (la « Pierre de Foudre ») et la Schethiyâ (la « Pierre de Perfection ») du Talmud sont des synonymes de l'Urim et de la Thummim de l'Exode. À aucun moment dans l'Ancien Testament, on ne trouve la moindre question quant à la nature de l' Urim et de la Thummim. On ne parle ni de leur forme, ni de leur taille, ni de leur couleur, ni de leur poids. On considère simplement qu'il s'agit de deux objets familiers pour Moïse. Cependant, nous avons bien affaire ici à deux pierres magiques. L'une est un joyau rayonnant, capable d'émettre une charge de lumière transperçant la pierre, tandis que l'autre possède un pouvoir de lévitation. Finalement, les bijoux sont passés d'Aaron à son fils Éléazar, qui lui succéda comme Grand Prêtre (Nombres 20: 28). On esti- mait qu'ils dégageaient tant d'énergie qu'ils représentaient la présence même de Dieu - que l'on appelle la « Grande Lumière » dans la cérémonie maçonnique de deuxième grade, la réception au

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LUMIÈRE ET PERFECTION

degré de Compagnon. Les livres vétérotestamentaires d'Esdras 2 :

63 et de Néhémie 7 : 65 confirment que les pierres étaient les prérogatives des Grandes Prêtres lévites, et qu'ils avaient conservé la garde de celles-ci et de l'Arche tant dans le Tabernacle du Sinaï que dans la demeure permanente du Temple de Jérusalem. En dehors de l'essen (pectoral), le Grand Prêtre portait un autre vêtement spécifique : une tunique sans manche, maintenue par une ceinture et des bretelles, et avec une sorte de bavette, appelée éphod.si Ultérieurement, ce vêtement devint un insigne des gardiens lévites de l'Arche. Sa bavette était dépliée par-dessus la ceinture pour former un petit tablier.si Aujourd'hui, fait de lin blanc, on le retrouve sous la forme du petit tablier du costume maçonnique. Dans le deuxième livre de Samuel 6: 13-15, le roi David est « ceint d'un pagne (ephod) de lin » quand il danse devant l'Arche.

L'étrange spirale

Le livre des Nombres 27: 21 indique que l'Urim était utilisé par le Grand Prêtre quand il voulait obtenir un conseil de Yahvé. Cette sagesse divine émanait d'entre les deux chérubins d'or qui surmontaient l'Arche d'alliance (Exode 25 : 22). Le livre des Juges 20: 27-28 explique ensuite que se tenir debout devant l'Arche était considéré comme se tenir devant Dieu lui-même. Dès lors que l'Urim et la Thummim devaient être présents pour que l'Arche puisse transmettre la parole de Dieu, certains ont suggéré qu'ils aient pu être des sortes de dés ou d'objets oraculaires. Mais la caractéristique-clé de l'Urim, quand il se trouvait en présence de l'Arche, était sa lumière rayonnante. Or la Bible dit que « Dieu est Lumière »s3. Donc, selon ce précepte, l'arche de lumière de l'Urim était une manifestation perceptible de Dieu. Mais alors, qu'était cet Urim-Schamir si fondamental pour manifester le pouvoir de l'Arche ? Jusqu'à présent, nous avons acquis la certitude qu'il s'agissait d'une pierre précieuse : une gemme de cristal pouvant, sous certaines conditions, émettre un rayon de lumière capable de découper la pierre avec précision. Ceci peut sembler invraisemblable à cette époque de l'ancien Empire égyptien théoriquement non-technologique. Cependant,

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LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

3. Le serpent de sagesse et de guérison.

comme nous allons le voir à propos de la Pierre de Paradis du mfkzt, la science a très récemment prouvé que les anciens connais- saient un nombre considérable de choses qui auraient été parfaite- ment incompréhensibles pour les chercheurs il y a seulement cinquante ans. Qu'il soit lié à l'Urim-Schamir ou à d'autres sources de juge- ment divin, le symbole graphique de la sagesse est resté le même depuis les plus anciens temps de la Mésopotamie (aujourd'hui l'Irak). C'était l'emblème du dieu sumérien Enki, Seigneur de l'Œil sacrés4 - un serpent s'enroulant en spirale autour d'une baguette ou d'une tige centrale. En Égypte, la Fraternité Blanche de Karnak était composée des prêtres-artisans de l'ordre des Thérapeutes, dont le travail avec le mfkzt comportait une partie curative. Ainsi, sagesse et guérison devinrent synonymes et le même emblème serpentin fut adopté. Dans la tradition de la Grèce antique, le père primordial de la médecine s'appelait Asclépios de Thessalie (vers 1200 AEC), que

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LUMIÈRE ET PERFECTION

les Romains appelaient Esculape [Aesculapius]. Sa statue (datant de 200 AEC environ) au musée Capodimonte, de Naples, présente également le serpent enroulé autour d'un bâton. À la suite d'Asclépios est venu le médecin grec Hippocrate (né en 460 AEC), dont le fameux serment est toujours prêté aujourd'hui par tous les médecins. Encore aujourd'hui, le serpent s'enroulant en spirales autour d'un axe demeure l'emblème des professions médicales de nombreux pays (y compris les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Australie et la France) et de !'Association médicale mondiale (World Medical Association). Mais une question se pose alors:

Pourquoi ? Pourquoi un serpent lové est-il à ce point lié à une médecine et une sagesse issue du pouvoir de certaines pierres sacrées ? Mais avant de répondre à cette question, il faut prendre conscience d'une autre constante dans cette affaire : c'est le fait que la Sagesse a, depuis des temps immémoriaux, été associée à la lumière, de telle manière que l'acquisition de savoir ou de connais- sance a été définie comme une illumination ou que l'on parle d'une personne éclairée pour désigner un sage. Même dans l'histoire du Sinaï, cet emblème est clairement associé à la guérison des israélites, quand le Seigneur dit à Moïse :

«Façonne-toi un serpent et place-le sur un bâton » (Nombres, 21 : 8). (Dans les Bibles modernes, en particulier anglo-saxonnes, on utilise généralement les expressions « serpent d'airain » [brazen serpent] et « hampe » [pole], mais dans la Bible originelle des Septante en grec, on ne parle que d'un « serpent » et d'un « bâton».) Nous avons ici une anomalie particulièrement décon- certante qui est exactement la même irrégularité que celle que l'on retrouve avec les chérubins d'or de l'Arche d'Alliance. On nous explique que l'instruction de créer tant ce serpent que les deux chérubins émane directement de Dieu. Pourtant, ce dernier a clai- rement ordonné: « Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, là-haut, ou sur la terre, ici- bas, ou dans les eaux, au-dessous de la terre ». (Exode 20: 4). Ainsi, un moment, nous avons Moïse conspuant Aaron et les israélites pour avoir créé le veau d'or, et l'instant suivant, le même Moïse entreprend de fondre un serpent et des chérubins ! On peut penser qu'au regard d'un interdit aussi radical et inviolable - l'in- terdiction de créer des images-, il est absolument inenvisageable que Dieu ait demandé à Moïse de fabriquer des formes de vie

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figuratives. Par conséquent, il est probable que le serpent n'ait pas été un serpent en tant que tel et que, contrairement à ce que l'on peut imaginer, les chérubins n'étaient pas des anges.ss En parlant des Esséniens de Qoumrân, au Jer siècle EC, Flavius Josèphe nous explique que ces héritiers en robe blanche des Thérapeutes égyptiens avaient acquis leur connaissance des pierres médicinales des anciens.s6 Nous allons découvrir plus loin que le mfkzt avait bien lui aussi une telle vertu curative - mais pour le moment, nous nous concentrons sur la gemme ayant le pouvoir de trancher le roc, autrement dit l'Urim-Schamir - la « pierre de foudre ». L'Exode 28 : 17-20 décrit le pectoral du Grand Prêtre (dans une petite poche duquel l'Urim et la Thummim étaient cérémonielle- ment placés) et nous dit que 12 pierres précieuses l'ornaient. On précise qu'il s'agit de sardoine (cornaline), topaze, escarboucle (grenat), émeraude, saphir, diamant, hyacinthe (ambre), agate, améthyste, béryl, onyx et jaspe. Une absence saute immédiatement aux yeux: le rubis. Pourtant, tant Job 28 : 18 que les Proverbes 8 : 11 comparent la sagesse au rubis.

Le merveilleux rubis

Quittons momentanément les sables du Sinaï et projetons-nous, il y a quelques décennies en arrière, dans la Californie de 1960. Le physicien Theodore Maiman travaille alors pour Hugues Aircraft Research à Malibu. Il découvre un article intéressant dans la Physical Review (décembre 1958) - le journal de la société améri- caine de Physique [American Physical Society]. Il y est rapporté qu'un professeur et un chercheur de l'université de Columbia se sont associés pour faire des recherches sur l'amplification de la lumière dans le cadre des laboratoires Bell. Ils s'appelaient Charles Townes et Arthur Schawlow et leur spécialité était le domaine de la spectroscopie micro-ondes, qui traitait des caractéristiques intrigantes de différentes molécules. Ils savaient déjà que plus la longueur d'onde de rayonnement micro-ondes se rétrécissait, plus ses interactions avec les molécules se renforçaient. De ce fait, cela en faisait un puissant outil spectroscopique pour examiner les différents stades de réfraction lumineuse. En fait, ce qu'ils

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LUMIÈRE ET PERFECTION

voulaient obtenir, c'était la maîtrise de longueurs d'onde plus courtes que les micro-ondes - les longueurs d'onde des lumières infrarouge et optique. Ils commencèrent par faire se réfléchir et rebondir la lumière avec des miroirs, puis ils publièrent leur article dans Physical Review, dans lequel ils expliquaient comment ils étaient parvenus à mettre au point une fréquence amplifiée dans le spectre visible. En revanche, ce qu'ils n'avaient pas réalisé, c'était une application pratique de la découverte. Et finalement, leur découverte ressemblait à une « invention cherchant application ». Fasciné par cette recherche, Theodore Maiman, travaillant indépendamment de Townes et de Schawlow, examina les longueurs d'onde des couleurs et leurs puissances énergétiques corrélatives. Il découvrit que des atomes de chrome absorbent la lumière verte et bleue, en ne laissant passer que le rouge, qui a un fort pouvoir de pénétration. Le cristal vibrant, qui apparaît rouge grâce aux atomes de chrome, est le rubis. Maiman constata que les électrons de ces atomes pouvaient être amenés à un plus haut degré d'énergie grâce à une intense lumière blanche. Il prit un rubis en forme de baguette puis en couvrit les extrémités avec de l'argent volatile, condensé (un peu moins réfléchissant que l'autre). Puis il enroula un tube de flash au quartz autour de la pierre. Photopompée par des flashes rapides, la tige de rubis émit un puissant faisceau de lumière rouge. Maiman publia les résultats de son expérience dans le journal Nature (6 août 1960). Par la suite, les laboratoires Bell remplacèrent le flash par une lampe à arc pour produire une lumière de grande puissance continue - un rayon cohérent plus d'un million de fois plus lumineux que le soleil. Dès sa mise au point, ce faisceau devenait si fin qu'il pouvait couper l'acier avec précision, tel un couteau tranchant du

beurre. Le processus fut appelé Light Amplification by Stimulated

Emission of Radiation [Amplification de la lumière par l'émission d'un rayonnement stimulé], que l'on abrégea rapidement en « Laser »8 7 • Ainsi, à quoi ressemblait donc ce qui fut théoriquement le premier laser au monde, il y a plus de quarante ans ? Précisément à un serpent lové autour d'une tige - exactement comme l'emblème d'Enki et d'Asclépios. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le laser trouvait rapidement une utilisation en médecine en se substituant aux scalpels dans le domaine de la microchirurgie. Si l' Urim-

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LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

4. Le premier laser à rubis de Maiman l'échelle).

Schamir était bien un rubis cylindrique, autour duquel s'enroulait une gaine hélicoïdale de cristal idoine, tout ce qu'il lui aurait fallu pour devenir opératif, c'était une alimentation en énergie.

L'anneau du témoignage

Les artistes du passé ont représenté Moïse tenant des tables de la Loi ressemblant à des pierres tombales, faisant jusqu'à trois pieds de haut, rien que pour accueillir les dix commandements. Par contraste, les tablettes de l'ancienne Mésopotamie qui ont été exhumées contiennent proportionnellement de grandes quantités d'informations inscrites sur quelques pouces d'argile. Il est difficile de déterminer la nature exacte de la Table de la Destinée sumérienne originelle, mais son histoire est beaucoup plus ancienne que n'importe quelle référence biblique. On la

56

LUMI!RE ET PERFECTION

trouve mentionnée pour la première fois dans les sept tablettes de

l'Enûma elish (signifiant littéralement « Lorsque en haut

») : un

récit de la Création antérieur à la Genèse, composé il y a environ 3 500 ans.88 Quand elle arrive dans les mains d'Abraham, vers

1960 AEC, la Table, disait-on, aurait contenu « tout ce que

l'homme avait jamais connu » et « tout ce que l'homme connaî- trait jamais ». (Il n'était fait mention d'aucune sorte d'inscription

- il est simplement dit que la Table « contenait » cette informa-

tion.) Si, comme l'explique la Kabbale, Moïse a hérité de ce même objet, il s'agit alors probablement de cette pierre que les scribes de l'Exode ont présentée comme le Témoignage. Cependant elle est parfaitement distincte des dix commandements, comme le texte de l'Ancien Testament l'explicite clairement. Dans l'Exode (chapitres 20-23), on nous raconte que les dix commandements furent donnés par Yahvé à Moïse et à son peuple sur le. mont Horeb et ce Décalogue était accompagné par toute une série de prescriptions orales. Puis Moïse « mit par écrit toutes les paroles de Yahvé » (Exode 24: 4) et il « en fit la lecture aux israé- lites » en le leur présentant comme leur nouveau Livre de

l'Alliance (24: 7). On ne nous dit ni avec quoi ni sur quoi Moïse inscrivit ces prescriptions. Il est encore une fois simplement relaté que cela prit la forme d'un « livre » (pas d'une table ou d'une tablette). Quand ce livre eut été lu, le Seigneur dit à Moïse:

« Monte vers moi sur la montagne et demeure là : et je te donnerai les tables de pierre, la loi et des commandements que j'ai écrits pour que tu puisses les instruire. » (24 : 12). Plus tard, l'Exode toujours rapporte que le Seigneur dit : « Tu mettras dans l'Arche le Témoignage que je te donnerai. » (25 :16). Et plus loin: « Il remit à Moïse les deux Tables du Témoignage, des tables de pierre écrites du doigt de Dieu. » (31 : 18) Mais alors, en redescendant les tables de la montagne, Moïse vit les

israélites en train de danser et, de colère, il « jeta de sa main les

tables et les brisa

les tables étaient cassables et, par conséquent, en cette occasion, il est clair que leur matière n'était pas le sappir magique. Et l'histoire des tables ne s'achève pas là. De nouvelles tables vont être créées, mais le texte de la Bible nous en donne une description quelque peu différente de ce que l'exégèse biblique

nous présente généralement. Ainsi Yahvé dit à Moïse: «Taille

» (32: 19). Ce passage nous apprend donc que

57

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

deux tables de pierre semblables aux premières: et j'écrirai sur ces tables les paroles qui étaient sur les premières tables que tu as brisées. » (34 :1). Mais rien de ce qui suit ne va aller dans ce sens. En réalité, on va voir Yahvé réitérer oralement les diverses pres- criptions qu'il avait déjà données à Moïse, mais il lui en ajoute une : « Mets par écrit ces paroles »,ce sur quoi Moïse « écrivit les paroles de l'Alliance, les dix commandements» (34 : 27-28) et il redescendit de la montagne les tables qu'il avait lui-même écrites.

(34: 29).

Quelle que soit la manière de lire ce passage de l'Ancien Testament (et cela aussi bien dans la Bible des Septante, que dans le texte hébreu massorétique, la Bible du roi Jacques ou toute autre édition), un fait demeure intangible: Moïse ne ramène au bout du compte rien d'écrit directement de la main de Dieu, contrairement à ce que l'on représente ou enseigne généralement. Il redescend de la montagne avec le Livre del'Alliance (qu'il a écrit lui-même) et les dix commandements (qu'il a pareillement gravé tout seul). Alors qu'est-il arrivé au Témoignage de la main même de Dieu, censé être placé dans l'Arche d'Alliance ? À cet égard, l'Exode 40 : 20 nous dit que Moïse « mit le Témoignage dans l'Arche » et on considère traditionnellement qu'il s'agit des Tables portant les dix commandements. Mais celles-ci n'avaient rien de particulier. Ce n'étaient que quelques règles brèves rédigées par Moïse lui-même. Elles ne justifiaient assurément pas la construction d'un coffre d'or richement décoré de quatre pieds de long (environ 1,22 m). Elles n'avaient même rien de secret, puisque tous ceux qui étaient présents alors les connaissaient comme tout le monde aujourd'hui. Et le Livre de l'Alliance que Moïse plaça dans l'Arche ne l'était pas davantage, puisqu'il ne s'agissait que d'une série de décisions et de comman- dements d'ordre judiciaire - en somme un ouvrage de référence pour tous ceux qui avaient en charge l'administration judiciaro- civile.s9 Sa raison d'être était de rester accessible et sûrement pas d'être caché ou mis de côté. Cependant, pour quelque raison, l'Arche était étroitement gardée par les prêtres lévites et, une fois transportée à Jérusalem, elle devait être conservée dans un envi- ronnement aussi consacré qu'isolé. Dans le contexte ecclésiastique moderne, pour ajouter du poids au contenu théorique de l'Arche, on enseigne couramment que, en

58

LUMIÈRE ET PERFECTION

plus des dix commandements, celle-ci renfermait également un vase de manne et le bâton d'amandier d'Aaron après qu'il a eu fleuri et donné des fruits. Mais dans l'Ancien Testament, on ne trouve aucune mention du dépôt dans l'Arche de ces différents articles. Ils n'apparaissent que beaucoup plus tard en relation avec l'Arche, dans un contexte chrétien. C'est dans !'Épître aux Hébreux de Saint Paul que l'on rencontre leur première mention (9: 4)9o. Mais alors, qu'était réellement ce fameux

« Témoignage » que Moïse plaça dans l'Arche ? La réponse se trouve dans le Second livre des Rois 11 : 12, qui traite de l'installation sacerdotale du roi Joas de Juda (vers 839 AEC) : « Et il fit sortir le fils du roi, il lui imposa le diadème et lui remit le Témoignage; on le fit roi et on lui donna l'onction. » Ce «Témoignage » était un insigne royal important de l'époque9t - un talisman royal, qui était en l'occurrence un anneau lové devant attester et témoigner de la qualité de son porteur. L'Exode 35 : 22 énumère une partie des bijoux que les Israélites apportèrent à Moïse pour fournir la matière première de l'ameu- blement du Tabernacle. Le verset dit (version de la Bible du roi

et apportèrent

des bracelets et des anneaux d'oreille, des bagues et des tablettes,

Jacques) : « Les hommes et les femmes vinrent

et toutes sortes d'objets d'or. » La version révisée de l'Ancien Testament (Revised Old Testament) de 1885, à la place des

« tablettes », parle plus directement de « bracelets » et la Bible massorétique de « sceaux [anneaux pour sceller] ». Le mot sémi- tique originel est tabba'ats ce qui, comme le note avec justesse la Bible des Septante, désigne des « anneaux de doigt ». De ce fait, l'anneau talismanique du roi Joas était lui-même une «tablette (tabba'at) de témoignage », antérieurement identifiée comme un

sappir.

Plus haut, nous avons vu que le roi Salomon avait inséré sa «pierre de Foudre » (la Schamir) dans son anneau afin de découper les pierres destinées au temple, et les rois de sa lignée, jusqu'à son septième successeur, le roi Joas, héritèrent de cet insigne royal-l'anneau-tablette du Témoignage. Mais l'anneau de Salomon aurait été en métal précieux (comme les anneaux d'or du Sinaï), alors que la tablette de sappir était identifiée comme une pierre ! Comme nous en avons acquis la certitude, le mfkzt était de l'or, mais il fut appelé « pierre » dans une perspective

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LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

alchimique. De la même manière, la Schethiyâ - un magnifique cristal hélicoïdal - fut, comme nous allons le voir, créée à partir d'iridium par les maîtres-artisans. Cette remarquable substance ressemblant au verre était connue des forgerons des anciens temples de Mésopotamie et ils l'appelèrent Anna: la pierre de feu, tandis que la poudre de mfkzt était nommée Shem-an-na: la pierre de feu transcendante. Alors que l'Urim (la pierre mâle) était perçue comme une mani- festation divine, la Thummim féminine représentait la Reine des cieux, que les Cananéens appelaient Anath. En Phénicie, elle était Barat Anna (la royale Anna). Et son culte finit même par arriver dans l'ancienne Bretagne tribale (le territoire de l'actuelle Grande- Bretagne) où elle prit le nom de Britannia.92 Le «Témoignage» que Moïse rapporta de la montagne et plaça dans l'arche (Exode 40: 20) était très probablement la noble spirale de cristal dans laquelle était inséré l' Urim-Schamir - le joyau même pour lequel Salomon fit construire le temple de Jérusalem et en fit une demeure sacrée. Moïse le tenait d'El Shaddaï (le Seigneur de la Montagne). Et de ce point de vue, la doctrine kabbalistique selon laquelle la tablette était un sappir que Moïse tenait dans sa paume prend beaucoup plus de sens. Ce que nous avions là, c'était l'autre partie de l'équation de la lance de lumière - la Schethiyâ spiralée ou, pour utiliser le nom que lui donnaient les grands prêtres Aaron et Éléazar, la Thummim. Il est particulièrement significatif de noter que, tout au long du livre de l'Exode, l'Arche est spécifiquement appelée Arche du Témoignage. Ce n'est qu'au verset 10: 33 du livre des Nombres (lorsque les Israélites poursuivent leur route pour quitter le Sinaï) que l'Arche est reconsidérée comme une marque d'allégeance au divin et qu'elle devient spécifiquement l'Arche d'Alliance. Dès lors que l' Urim et la Thummim (identifiés distinctement dans la Bible) sont des dispositifs fonctionnant ensemble, il n'est pas totalement aberrant de les représenter, comme le fait la tradi- tion des mormons, sous la forme d'un unique objet opératif :

l'Urim-Thummim.93 Ils représentaient les principes mâle et femelle et, réunis dans l'Arche, ils manifestaient leurs principes de Lumière et de Perfection unifiés. Cependant, seule la Thummim- Schethiyâ était une substance active ayant des pouvoirs de lévita- tion, comme le décrit la tradition kabbalistique.

60

LUMIÈRE ET PERFECTION

Une nouvelle dynastie

Ainsi, au regard de tout ce que nous avons vu jusqu'à présent, nous pouvons dire que le temple de Serâbît el Khâdim sur le Mont Horeb, dans le désert du Sinaï a été en activité à partir de 2600 AEC environ, soit l'époque de la dynastie de Snéfrou. C'était aussi celle des pharaons Khoufou (Chéops), Khafre (Chéphren) et Menkaure (Mykérinos), auxquels sont attribuées les trois grandes pyramides de Gizeh. À Serâbît, les « Grands » créaient à partir de l'or une mystérieuse « poudre de projection » blanche appelée m(kzt, à propos de laquelle les Israélites s'interrogèrent et qu'ils dénommèrent par conséquent manne (manna, c'est-à-dire littéra- lement « Qu'est-ce que c'est ? » ). Le mfkzt était façonné en forme de pains coniques (désignés sous le nom de « pains blancs ») et donné aux rois de la Maison de l'Or pour les nourrir. Apparemment, il augmentait leurs aptitudes royales et il était également lié à un énigmatique « champ » de l'Après-Vie dans lequel les souverains défunts étaient emmenés - le Champ de

Mfkzt.

Le temple de Serâbît cessa de fonctionner comme atelier·alchi- mique sous l'ère ramesside (vers 1330 AEC), quand le Seigneur de la Montagne transmit les secrets de la Maison de l'Or à un nouvel ordre de prêtres aaronites. Le temps des dynasties égyptiennes légitimes était passé et de nouvelles influences venant d'ailleurs apparaissaient sur la scène. Ramsès Ier (à partir de 1335 AEC environ) n'était pas d'ascendance royale. Si son épouse Sitre appartenait à une ligne pharaonique collatérale, elle était toutefois trop éloignée pour pouvoir être considérée comme une héritière valide. À la suite de la mort prématurée du jeune roi Toutankhamon et de la fin de la XVIIIe dynastie, il était temps pour la lignée royale de réagir. La sœur de Toutankhamon avait épousé un Israélite. Dès lors que la royauté égyptienne s'inscrivait dans une tradition strictement matrilinéaire, elle était la véritable héritière des vieilles dynasties et elle se trouvait dans le Sinaï avec son époux et Moïse. Les trésors de la maison de l'Or (l'Urim-Schamir et la Thummim-Schetiyâ) étaient confiés aux soins de Moïse et des nouveaux prêtres israélites, qui furent chargés dans le Sinaï d'éta- blir une dynastie susceptible de régner sur la Terre Promise. À

61

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

terme, ces rois (descendant donc de la XVIIIe dynastie d'Égypte) devaient devenir la Maison royale de Juda - la lignée de David, Salomon, et, finalement, Jésus. Cependant, il fallait d'abord péné- trer en Terre Promise, la traverser et la conquérir avant que la nouvelle monarchie puisse s'établir à Jérusalem.

62

~

Hors d'Egypte

Les enfants d'Israël

A l'époque de Moïse, il y avait une nette différence entre les Israélites et les Hébreux - ce que n'explicite pas clairement la Bible. La désignation « hébreu » vient du patriarche mésopota- mien Eber (Heber/Abhâr, vers 2480 AEC)94, soit six générations avant Abraham.9s Le terme « israélite » vient quant à lui du nouveau nom que l'on donna à Jacob, le petit-fils d'Abraham, à savoir Israël (Genèse 35 : 10-12). Au cours de leur séjour égyptien (à partir de 1790 AEC environ), ses descendants finirent par être connus sous le nom d'israélites ou enfants d'Israël. Les traductions divergent en ce qui concerne ce dernier terme. Pour certains, Israël signifie « soldat de El », pour d'autres, Ysra-el veut dire « El gouverne »,et d'autres encore le traduisent par « El lutte » 96 . Lûz, le lieu où Jacob reçut son nouveau nom, fut lui-même rebaptisé Beth-el (Genèse 28 : 19), signifiant « Maison de El ». L'ancien terme cananéen El fut utilisé pour identifier un grand seigneur ou un être supérieur - comme dans El Shaddai, le Seigneur de la Montagne, dont Moïse reçut les tables dans le Sinaï. Le vieux texte hébreu de l'Exode 6: 3 explique qu'El Shaddai était un terme déjà utilisé à l'époque d'Abraham. Ce terme « El Shaddai » fut conservé dans la Vulgate, la Bible latine (rédigée à partir de 385 EC environ)97 et on le trouve 48 fois dans le canon. Mais depuis 1611, les Bibles anglo-saxonnes officielles l'ont systé- matiquement traduit par «Tout-Puissant» [Almighty]. Dans la tradition mésopotamienne antérieure, le terme équivalent était Ilu

63

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

Kurga/, qui signifiait le « Grand Seigneur de la Montagne »9s, tandis que dans la langue sumérienne, El était plus spécifiquement rattaché à un être « brillant »99. Il en va de même du terme « juif». Celui-ci dérive de « judéen » - il ne désignait donc que les Israélites et les Hébreux vivant en Judée dans le sud de Canaan. Ce n'est que plus tard qu'il finit par désigner tous les membres de la communauté Israélites-Hébreux. (La Judée était la forme romanisée de Juda). Au nord de la Judée, il y avait la Samarie, et encore au-dessus la Galilée. Des générations d'israélites avaient vécu en Égypte avant l'Exode de Moïse. Ils n'avaient donc plus grand-chose à voir avec leurs cousins hébreux ancestraux de Canaan: une tribu que les Égyptiens appelaient Habiru. Cependant, vers 1330 AEC, les Israélites d'Égypte se retrouvèrent dans le Sinaï, en route vers le pays des Hébreux, pour se retrouver réunis à eux après des siècles de séparation. Ce fut pour cette raison que El Shaddai s'empressa de fournir aux Israélites les lois, coutumes et obligations de leur nouvel environnement. Dans les faits, ils apprirent la culture des Hébreux au moyen des décrets (commandements) reçus sur le mont Horeb - concrétisant leur allégeance à une sorte de docu- ment constitutionnel appelé le Livre de l'Alliance. Les dix commandements couvraient une tout autre matière. Ils étaient des rappels des grands préceptes de la tradition égyptienne des Israélites. Ces commandements délivrés au chapitre 20 de l'Exode n'étaient pas des codes de conduite originaux, mais de nouvelles formulations des anciennes confessions pharaoniques que l'on trouve dans le chapitre 125 du Livre des Morts égyptien. Par exemple, la confession « Je n'ai pas tué » devint l'ordre : « Tu ne tueras point » ; «Je n'ai pas menti » se transforma en « Tu ne porteras pas de témoignage mensonger » ; et ainsi de suite.100 Et qu'en est-il de Moïse ? On le considère généralement comme un juif à une époque où il n'en existait pourtant pas. On le prend souvent aussi pour un Hébreu, alors qu'il est sorti d'Égypte avec les Israélites et non les Hébreux (qui vivaient en Canaan). Certains pensent qu'il était un Israélite de premier plan. Pourtant, en dépit de toutes ces idées communément partagées, l'Ancien Testament rend parfaitement clair que Moïse n'était ni un Hébreu, ni un Israélite. L'Exode 2: 19 le désigne même spécifiquement comme un « Égyptien ». L'Exode 4: 10 explique en outre que Moïse s'in-

64

HORS

D'ÉGYPTE

quiétait de sa capacité à s'adresser aux Israélites d'Égypte (comme

lui avait

« n'était pas doué

étaient « pesantes » -

sa langue

autrement dit, il peinait à s'exprimer dans la

langue israélite.

confessant qu'il

il

le

été demandé dans

pour

la

Exode 3

car

:12),

parole »

sa bouche

et

Le Buisson ardent

(un

conseiller du pharaon Ptolémée Ier autour de

Flavius

Josèphe, l'historien juif ultérieur (Ier siècle EC) réfute cette affirma-

tion de Manéthon comme

tien102, mais lui-même, dans ses

Moïse avait été

contre l'ÉthiopietoJ.

même

présenté

Dans

/'Histoire

comme

d'Égypte

un

prêtre

[Aegyptiaca]

égyptien

de

Manéthon

300 AEC), Moïse est

d'Héliopolis.101

quoi Moïse aurait été un prêtre égyp-

Antiquités judaïques,

affirme que

l'armée égyptienne dans

la guerre

se trouve dans son nom:

un général de

de Moïse

La clé

de l'identité

devenu Moshé en d'origine hébraïque.

que « Moïse

cet élément nous conduit à penser que

était un très

hébreu, celui-ci n'est

Associé

au fait

ni d'origine

11

:

israélite

ni

3 nous dit

que l'Exode

grand personnage

au pays d'Égypte »,

son nom avait une racine

égyptienne. Comme l'ont rapporté

Sigmund Freud, James

Henry

Breasted, Ahmed

Osman,

et

d'autres qui

ont étudié son

étymo-

logie, le nom Moïse dérive

en fait

du mot égyptien

mose

(grec

:

mosis},

qui se

rapportait à

l'idée

de « progéniture » ou d' « héri-

tier »to4,

comme dans

Tuthmose (Touthmôsis) :

« né

de

Thoth »

ou Amenmose (Amenmôsis) :

vient du mot

Selon le

récit traditionnel, ce

pharaon qui l'aurait trouvée dans un panier d'osier dérivant sur le

égyp-

tienne ait eu des connaissances en matière d'étymologie hébraïque,

d'autant qu'après

breu n'était même plus la langue des Israélites d'Égypte. Il est bien

évident que

lui aurait

«né d'Amon.

»

Mosheh

ou

On prétend que le nom hébreu

qui signifie

Or

il

Moshé

mosche,

« celui qui fait sortir

nom

[des eaux]

»1os.

la

été donné

par

fille

du

fleuve.106

est déjà

très improbable qu'une

princesse

400 ans de présence dans le delta du Nil, l'hé-

femme aurait choisi

un nom

égyptien pour

la jeune

l'enfant qu'elle adoptait. Ensuite, Moïse n'est pas « celui qui fait

65

LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

sortir [des eaux] » (le mosche), mais « celui qui fut sorti », ce qui en hébreu donnerait moschiu.10? L'histoire originelle ayant inspiré ce récit d'un garçon trouvé dans un panier au milieu des roseaux n'est pas difficile à retrouver. On la rencontre dans les textes que les Israélites ultérieurs, retenus en captivité à Babylone par Nabuchodonosor (vers 586-536 AEC), n'ont sans doute pas manqué de lire avec intérêt parce qu'ils réveillaient un écho ancestral. Dans les bibliothèques de Mésopotamie, ils ont pu trouver le récit originel de la Création, l'Enûma elish, ainsi que l'Épopée de Gilgamesh, qui décrivait le Déluge, et l'Adapta, qui détaillait l'histoire du premier homme d'essence royale, l'Adâma.10s Dans ces textes écrits sur des tablettes d'argile (et déjà anciens au VIe siècle AEC), on trouvait le prototype de l'arche de joncs dans la Légende de Sharru-kîn, qui devint Sargon le Grand, roi d'Akkad (2371-2316 AEC). Un texte assyrien sur ce dernier dit ainsi : « Ma mère m'a conçu ; en secret, elle m'a porté. Elle m'a placé dans un panier de joncs et avec de la poix, elle en a scellé le couvercle. Elle m'a déposé sur l'eau d'une

La rivière m'a emporté· et m'a

conduit jusqu'à Akki, le puiseur d'eau. »109 Qui était donc le bébé égyptien (devenu homme) que l'on appe- lait Moïse - le personnage légendaire qui trouva sa fameuse mission sur le mont Horeb et qui accomplit sa destinée en tant que patriarche de la Loi juive ? Avant cet ouvrage, j'ai déjà parlé de l'héritage de Moïse, tant dans Bloodline of the Ho/y Grail [Le Graal et la lignée royale du Christ] que dans Genesis of the Grail Kings [inédit en français]. Le temps est venu de rassembler les pièces au moment où nous nous apprêtons à entreprendre un long voyage avec l'arche d'Alliance, un voyage de 1 300 ans qui nous emmènera du Sinaï jusqu'à l'époque des Évangiles et au-delà. Je vais évoquer ici des éléments qui peuvent paraître familiers, mais ce rappel est nécessaire pour mettre en place le décor de l'histoire - et ça l'est particulièrement pour les lecteurs qui n'auraient pas lu d'autres ouvrages de cette série. Au cours d'un débat radiophonique à la BBC, un théologien de l'université d'Oxford me faisait remarquer qu'il n'existait aucune preuve historique que des personnages comme Abraham, Moïse, David ou Salomon aient jamais existé. Ils n'apparaissent, disait-il, que dans des textes hébreux étrangers ! Mais clarifions la nature

rivière, qui ne m'a pas englouti.

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HORS D'ÉGYPTE

de l' « Histoire » qui est, selon toute définition légitime, un « récit ou une relation chronologique d'actions ou d'évènements passés, importants et publics ». L'Histoire est donc la relation d'évène- ments, mais pas les évènements eux-mêmes. Il n'y a aucune loi, où que ce soit, qui énonce que seuls les récits et les chroniques de Grande-Bretagne, de France ou des nations chrétiennes devraient être considérés comme l' « Histoire », comme le sous-entendait le professeur. De ce point de vue, l'ancienne littérature hébraïque provenant de l'environnement moyen-oriental est aussi valide historiquement que les textes de n'importe quel autre peuple du monde. Tous doivent être pris en considération afin d'obtenir la meilleure image possible. Naturellement, à ces époques reculées, ces personnages lointains des vieux textes juifs ne peuvent appa- raître dans l'histoire des nations qui n'appartiennent pas à leur sphère géographique (pas plus que les Celtes Boadicée ou Vercingétorix n'ont de raison d'apparaître dans les chroniques moyen-orientales). Mais ils ne se manifestent pas pour autant exclusivement dans la Bible. Avant le XXe siècle, on ne savait pas grand-chose des anciennes traditions cananéennes. Mais à partir de 1929, un grand nombre de textes - datés de 1400 AEC environ pour les plus vieux - furent découverts à Ras Shamra (la vieille cité d'Ugarit), dans le nord- ouest de l'actuelle Syrie.110 Très récemment encore, en 1975, d'au- tres tablettes furent exhumées près de Tel Mardikh (l'ancienne cité d'Ebla). Des personnages qui, jusque-là, avaient été considérés comme exclusivement bibliques se voyaient soudain justifiés par l'archéologie - citons notamment E-sa-um (Esaü), Ab-ra-mu (Abraham), Is-ra-ilu (Israël) et Ib-num (Eber). Ces découvertes, corrélativement à d'autres trouvailles similaires en Mésopotamie, en Égypte et ailleurs, prouvent indubitablement que nous ne pouvons limiter l'Histoire aux documents conservés dans des archives à un quelconque moment donné. Il y a plus d'Histoire dormant sous les océans ou balayé par les vents des déserts que tout ce que nous ne pourrons jamais trouver. Le livre de l'Exode rapporte que la vie du bébé Moïse était menacée sous prétexte que le pharaon avait décrété que tous les nouveau-nés mâles israélites devaient être mis à mort. Cette sentence aurait été prononcée, affirme-t-on, parce que les Israélites seraient « devenus de plus en plus nombreux et puissants, au point

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LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

que le pays en fut rempli. » (Exode 1 : 7). Il fut ordonné : « Tout

- et ainsi une femme de la

maison de Lévi aurait placé son fils de trois mois dans un panier de papyrus enduit de poix, et elle l'aurait laissé dériver au milieu des roseaux. C'est alors que l'histoire devient quelque peu invraisemblable. Car surgit alors la fille du pharaon qui se soucie apparemment peu des décrets de son père. Elle découvre le bébé et se met à discuter avec la sœur de l'enfant qui se trouvait opportunément dans les parages. Le petit est alors rendu à sa mère qui est payée par la princesse pour servir de nourrice à l'enfant. Donc, quasiment sans interruption, l'enfant se retrouve à son point de départ, au milieu de la communauté israélite, mais, cette fois, il semble que toute crainte de persécution pharaonique contre un bébé mâle soit oubliée ! Et finalement, la fille du souverain va adopter le garçon comme le sien propre et lui donner le nom de Moïse, sans que personne ne s'interroge sur l'identité de ses parents biologiques. Voilà tout ce que la Bible nous dit de l'enfance de Moïse et, dès le verset suivant (Exode 2 : 11 ), Moïse est présenté comme un homme mûr. Le linguiste et historien cairote Ahmed Osman a accompli des recherches poussées sur l'identité de Moïse et les coutumes de son temps. Indépendamment de l'existence évidente d'une filiation avec la Légende de Sharru-kîn, Osman fait remarquer que, selon les lois de l'époque, il était éminemment improbable qu' une prin- cesse égyptienne célibataire ait pu être autorisée à adopter un enfant.111 En s'appuyant sur les textes égyptiens, il explique aussi que le conte de l'arche de joncs avait aussi une base factuelle, mais avec des protagonistes et un déroulement beaucoup plus plausi- bles et compréhensibles. Un Israélite influent nommé Yusuf-Yuya (Joseph) avait été le premier ministre (vizir) des pharaons Touthmôsis IV et de son fils Aménophis III. Quand Touthmôsis mourut, Aménophis épousa sa jeune soeur Sitamun (comme le voulait la tradition royale) afin de pouvoir hériter du trône conformément à la succession matrili- néaire.112 Peu après, désireux d'avoir aussi une épouse adulte, Aménophis se maria également avec Tiye (ou Teyé), la fille de Yusuf-Yuya. Cependant, il fut décrété qu'aucun fils né de cette dernière ne pourrait accéder au trône. En raison de la longueur du

fils qui naîtra, jetez-le au fleuve »

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HORS D'ÉGYPTE

règne de son père, la crainte de voir les parents israélites de la reine acquérir trop de puissance en Égypte était très répandue dans la population. En outre, comme Tiye n'était pas l'héritière légitime, elle ne pouvait pas représenter le dieu d'État Amen (Amon).113 Alors, quand Tiye fut enceinte, il se trouva un certain nombre d'officiels du palais pour penser que son enfant devrait être tué dès la naissance s'il s'agissait d'un fils.114 De ce fait, on trouva des accords avec ses parents israélites qui vivaient à Goshen dans le delta du Nil. Près de là, à Zaru115, Tiye possédait un palais d'été. C'est là qu'elle se rendit pour accoucher de son fils. Dès la nais- sance, les sages-femmes s'arrangèrent pour que l'enfant soit allaité par la belle-sœur de Tiye, Tey de la maison de Lévi. Le garçon, lui aussi nommé Aménophis (né vers 1394 AEC) fut ensuite éduqué à Héliopolis par les prêtres égyptiens de Ra (comme l'explique Manéthon à propos de Moïse). Au cours de ses années d'adolescence, il partit vivre à Thèbes. A cette époque, sa mère, Tiye, était devenue plus influente que la reine, Sitamun, qui n'avait jamais donné de fils et donc d'héritier au pharaon, mais seulement une fille, Néfertiti.tt6 Le pharaon Aménophis III tomba alors malade. Et comme la maison royale n'avait pas d'héritier mâle, on se résolut à pousser en avant le jeune Aménophis. Il épousa sa demi-sœur, Néfertiti, afin de régner comme co-régent au cours de cette période difficile - et quand leur père mourut, il lui succéda sous le nom d'Aménophis IV (ou Amenhotep en égyp- tien) m. Dans l'ancienne Égypte, il était coutumier de voir les pharaons épouser leurs sœurs afin d'accéder au trône en ligne féminine. En réalité, ces épouses étaient souvent des demi-sœurs, nées de leur mère mais de pères différents.11s En étudiant les tableaux généalo- giques de l'époque, on constate que, si l'Égypte connut de nombreuses dynasties royales successives, ces maisons n'étaient renommées et renumérotées que lorsque le pharaon mourait sans héritier mâle. Ce qui importait, c'était que sa reine ait une héri- tière. C'était le mariage de cette dernière avec une autre lignée mâle qui faisait naître une nouvelle dynastie. Il est aussi manifeste que de nombreux pharaons eurent des épouses choisies pour des raisons « stratégiques » et principale- ment dans différentes branches de la famille royale originelle de Mésopotamie dont étaient issues elles-mêmes les premières

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LES

SECRETS

PERDUS

DE

L'ARCHE

D'ALLIANCE

MER MËDITERRANËE

BASSE ËGYPTE

El Faiyum

Désert

DÉSERT

(LYBYEN)

OCCIDENTAL

HAUTE ËGYPTE

•EIAmama

DËSERT ORIENTAL

Abydos•

(NUBIEN)

Nag Hammadi •

Vallée des rois

NUBIE

de

Désert

de

Paran

Chour

SINAI

L'Égypte et le Sinaï, les terres de l'Exode.

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HORS D'ÉGYPTE

dynasties égyptiennes. Dans de tels cas, les princes héritiers épou- saient les filles des secondes épouses de leur père, perpétuant de ce fait un semblant de descendance patrilinéaire, alors qu'en réalité, ils ne faisaient que renforcer le sang féminin de leur lignée au gré des générations successives. En raison de son éducation en partie israélite, Aménophis IV ne pouvait accepter les divinités égyptiennes et leurs myriades d'idoles. Il développa donc la notion d'Aton - un dieu omnipotent sans image, représenté simplement par un disque solaire dont les rayons partaient exclusivement vers le bas (bien distinct donc de Râ, le dieu-soleil égyptien).119 Le nom Aton était l'équivalent de l'Adon hébreu - un titre emprunté au phénicien et signifiant « seigneur »-,que l'on retrouve dans le nom bien connu, Adonaï~ qui veut dire « Mon Seigneur ».i20 Simultanément, Aménophis (Amon est content) changea son nom en Akhénaton (L'esprit glorieux d'Aton)t21. Il fit fermer tous les temples des dieux égyp- tiens, ce qui le rendit très impopulaire, particulièrement auprès des prêtres de Râ et de ceux de l'ancienne divinité nationale, Amon. Avec son épouse Néfertiti, Akhenaton eut six filles. L'organisation de sa maison était extraordinairement bien disci- plinée. Moyennant quoi, il dut affronter des complots contre sa vie et des menaces d'insurrection armée s'il n'autorisait pas le retour du culte des dieux traditionnels à côté de son Aton sans visage. Naturellement, il refusa et fut contraint d'abdiquer en faveur de son cousin Semenkharêt22. Celui-ci céda sa place très rapidement à Toutankhaton (le fils qu'Akhenaton avait eu d'une épouse de second rang, Kiya). En montant sur le trône à l'âge de 11 ans, Toutankhaton se vit obligé de changer son nom en Toutankhamon - traduisant par là une allégeance restaurée à Amon, plutôt qu'à Aton. Mais il ne devait régner que neuf ou dix ansl23. Pendant ce temps, Akhenaton avait été banni d'Égypte depuis 1361 AEC environ.124 Mais ses partisans continuaient de le considérer comme le monarque légi- time. Pour eux, il était l'héritier vivant du trône de son père et ils le voyaient toujours comme le Mose royal (grec: mosis).12s À partir du moment de son exil, Akhenaton (que l'on doit désormais confondre avec Moïse) va accomplir deux périples dans le Sinaï, pour ne revenir que brièvement en Égypte entre les deux, comme l'explique le livre de l'Exode. Le grand exode israélite

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LES SECRETS PERDUS DE L'ARCHE D'ALLIANCE

proprement dit, qu'il dirigea, intervint à l'occasion de son second voyage, vers 1330 AEC. Le culte d'Aton continua un moment après la mort de Toutankhamon. À ce dernier succéda Aï, son grand-oncle, qui était aussi l'époux de Tey, celle-là même qui avait été la mère nourricière tant d'Akhenaton que de sa demi-sœur Néfertiti. Tey était la « Glorieuse » - la Yokâbar, que la Bible appelle Jochebed (ou Yokébed). Après le bref règne de Aï, son gendre, le général Horemheb de beau-fils, monta sur le trône. Celui-ci abolit le culte d'Aton, proscrivit la mention du nom d'Akhenaton, et supprima les rois d'Amarna de la liste officielle des Pharaons. Il fit également détruire de nombreux monuments de l'ère amarnienne 12 6. C'est pour cette raison notamment que la découverte de la tombe de Toutankhamon en novembre 1922 apparut comme une heureuse surprise car, jusque-là, on ne connaissait que très peu de choses de lui. t27 Initialement, comme le raconte l'Exode 2: 15-3 : 1, Moïse s'en- fuit vers le pays de Madiân, dans l'est de la péninsule du Sinaï. Sa première reine, Néfertiti, semble être morte peu avant cet épisode. Bien que ses restes n'aient pas été découverts, un cartouche portant son nom fut trouvé dans les années 1930 dans la tombe royale d'Amarna.12s En Madiân, Moïse prit une autre épouse, Çippora, la fille du seigneur Jethro. Elle lui donna deux fils, Gershom et Eliezer (Exode 2: 22; 18 : 4). Vhistoire évoque ensuite l'épisode du « buisson ardent » sur le mont Horeb dans le Sinaï. Le buisson était embrasé, mais il ne se consumait pas (Exode 3 : 2 - 4) et du centre de celui-ci apparut un ange. Puis le Seigneur, El Shaddai, se manifesta en personne. Il déclara à Moïse qu'il était appelé «Je suis celui qui est» (Exode 3: 14) - YHWH: Yahvé ou Jéhovah. Ensuite, le Seigneur donna à Moïse des instructions pour qu'il retourne en Égypte et libère les Israélites oppressés par le nouveau pouvoir impitoyable. À cette date, le règne de Horemheb s'était achevé et un nouveau régime s'était installé en Égypte: la XIXe dynastie, fondée par le pharaon Ramsès Ier. Ayant quitté l'Égypte depuis des années, Moïse demande naturellement au Seigneur comment il pourrait se faire reconnaître des Israélites et prouver son identité. Ce sur quoi, El Shaddaï lui fournit trois instructions. Celles-ci ont toujours embarrassé les théologiens parce que si la Bible s'oppose à toutes

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formes de magie,

le

HORS

D'ÉGYPTE

Seigneur demande bel et bien à Moïse d'exé-

cuter

trois

tours de

magie. Généralement,

quand

on

évoque de

telles

actions, on

les

désigne

sous

le

nom

de

«

miracles

»,

de

manière

toujours aux actions des hommes. Mais dans ce cas, il semble clair

lui

permettre de convaincre les Israélites égyptiens qu'il était bien leur

roi déposé (Exode 4

D'abord, Dieu dit à Moïse de jeter son bâton sur le sol. Celui-

de redevenir

relevé. Ensuite,

Moïse dut mettre sa main dans son sein. Lorsqu'il la ressortit, elle

bâton

substituent

à

ce

que