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http://books.google.com
,
82221
пес г ; .
X *,<Л W

Peuecal It ©allots.

DEUxlÈME PARТ1Е :

LE POÈME

DE

et 3» Ш eoutimuteuu

b'aprit U manustrit bt illone.

TOME tt.
00rüte

bes ßtbliopljtUe Mges,

séant à Jflons,
fûiu. à 200 eoxmpî&vwb 'bctAmcb au coiwiwetce.

Ce jpre'stomt,

Ce Serretaire,
|3er rtoal le ©allots

ou

le €onte bu Uraal.

T0ME lH.
«««ai U ЩйШх*

, ou
le Conte im tf5reml

ri'BLlÉ d'APRÉS LES MANISCRlTS ORlGlNAUx.

par

CH. P0TVlN.

DEUxlÈME PARTlE : LE POÈME.

Mans
rtKQÜfiS.XE - lASOniLUSB, imprimeur de la Soeiété des Bibliophiles.
M DCCC LXV1.
ínsi íomt t6ûun>aine íiet ou lit br la mtrotllt1.

tant fors del palès se mist , Coment uiitire


G. i'aMst el lit
Et mesire Gauwains s'assist de la merveille.
E1 lii si armés eom il fu , Mpl.
Qu'il ot à son eol son eseu ;
En l'asseoir que il a fnit,
Les eordes jelent . i. grant brait
Et toutes les eanpanes sonent,
Si que tout le palais estounent ,
Et toutes les fenestres oevrent
Et les mervelles se deseuevrent
Et li eneantement aperçut :
Et par les fenestres volèrent
Quariel et sajaites argans,
S'en férirent plus de v eens

* La miniature dont nous donnons une reproduelion exiele se trouve dans


ee volume à la mcme plaee qu'elle oeeupe dans lu manuserit. Elle a surtout de
remarquable que l'éeu de Gauvain porte le lion de Flandre, ee qui fail supposer
que ee manuserit a été eopié . eomme le poème a été rédigé . pour un eomte de
Flandre.
T. H. l.
Coment mesire Gau- 9205 Monsignor Gauwain en l'eseu ;
wains se eoueha au lit
perillieus, l'eseu au eol Mais il ne sot k i lot féru.
et eomment on traioit Li eneantemens teus estoit
à li saiètes qu'il ne sa-
voit dont il venoient. Et Que nus véoir ne le pooit
estoientfiehiées en son De quel part li queriel venoient
eseu. Et après ee , . i »
lyon issi d'une ehambre 10 Ne li areier qui les traioient.
ù qui il se eombati, et A ee poés-vos bien entendre
tant avint que le lyon
fu oeis , et demeura Que grant deserois ol au destendre
» i » de ses piés dehors Des arbalestres et des ars;
l'eseu et l'autre par de
dans. 12577. N'i vosist estre por м » mars
Gauvain détruit les IS Mesire Gauwains à eele eure ;
enehantemi.ntsdeKlins-
ehor, ee qui lui permet Mais les fenestres, sans demeure,
de délivrer du eerele Reelosent que nus nés bota ;
magique M0 reines et
400 jeunes filles. Et mesire Gauwains osta
W. v. П. Les quariaus ki féru estoient
20 En son eseu et si l'avoient
En pluseurs lius féru el eors
Si que li sans en issoit lors.
Coment Gauvains Ains qu'il les éust tous ostés ,
eoppa la teste au lyon
el palais aventureuz. Li refu sours . i. autres plés;
1453. 25 C'uns vilains, u i pel, féri
En i buis et li huis ouvri,
Et uns lions moult mervelleus,
Fors et fiers et moult famelleus,
Par l'uis fors d'une eambre saut ,
30 Qui monsigneur Gauwain assaut
Par grant fierté et par grant ire,
Et , tout ausi eom parmi eire,
Trestous ses ongles li embat
En son eseu , et si l'abat
35 Si qu'à genous venir le fait ;
Mais il saut sus tantos et trait
Fors del fuere la boine espée
Et fiert si qu'il li a eopée
La tieste et ambesdeus les piés ;
9240 Lors fu mesire Gauwains liés,
Car li pié remesent pendu
Par les ongles à son eseu ,
Si que li uns paru dedens
Et li autres remest pendans.
49 fkuant il ot le lion hons ,
Si se r'est sor le lit assis ;
Li notoniers, od lie eière,
Sen retorne el palais arriére ,
Si le trova el lit séant
50 Et dist : « Sire, je vos eréant
Que vous n'avés mais nule dote ;
Ostés vostre arméure toute;
Que les mervelles dou palais
Sont remeses à tos jors mais
û5 Par vous ki estes ehi venus ;
Et des jouenes et des kenus
Serés servis et honourés
Çaiens , dont Diex soit aourés. »
Atant vinrent varlet à flotes ,
60 En eors et bien vestu de eotes ,
Si se metent tuit à genous
Et dient : « Biaus eiers sire dous
No serviee vos prometomes
Come à eelui que nos avomes
65 Moult atendu et desiré;
Que moult vous avés demoré
Avoee nostre oes, ee nos est vis.
Maintenant li uns d'eus l'a pris,
_ 4 —

Si le eomenee à désarmer ,
9270 Et li autre vont establer
Son eeval qui defors estoit ;
Et , que que il se désarmoit ,
Une pueele entre laians
Qui moult estoit bien avenans ;
75 Sor son eief ot » i » eerele d'or
Et furent si kevel moult sor ;
Autant eome li eors u plus1 ,
La faee ot blanee par desus ;
Enluminée lot nature
80 D'une eolor vermelle et pure.
La pueele fu moult adroite,
Bele et bien fete , longe et droite ;
Et après li vinrent pueeles
Autres asses , gentes et beles,
85 Et uns tous seus varlés i vint
Qui une reube en sa main tint
Et eote et mantiel et soureot ;
Penne d'ermine el mantel ot
Et sebelin noir eome moure ,
90 Et la eouverture desoure
Fu d'une esearlate vermelle.
Mesire Gauwains s'esmervelle
Des pueièles qu'il voit venir,
N'il ne se puet mie tenir
95 K'eneontre eles ne salle en piés,
Et dist : « Pueeles , bien vigniés ! »
Et la première li eneline
Et dist : i Ma dame la roïne ,

1 Var : Moult sor, — Autretanl eome or ou plus ; Mpl.


Biaus sire eiers , salus vos mande
9300 Et à toutes eestes eonmande
Que por lor droit senior vos tiennent
Et que toutes servir vos viengnent.
Je vos promee le mien serviee
Toute première , sans faintise ,
5 Et ees pueièles qui ehi v¡enent
Toutes por lor signor vous tienent ,
Que moult desiré vous avoient ,
Si grant joie ont de ee que voient
Le mellor de tos les preudommes.
10 Sire , or n'i a plus que nos sommes
De vos servir aparellies. »
À ee mot, sont ajenellies
Trestoutes et si li enelinent Comment mesire G.
Come eeles ki se destinent relieve les dumoixeles
i|iii sont ù genoz devant
15 À lui siervir ethonourer. lui. «pl.
Et il les fait, sans demorer,
Relever et puis asséoir ;
Que moult li plaisent à véoir,
Auques pour çou que beles sont
20 Et pour içou que elles font
De lui lor prinee et lor signor;
Joie a, e'onques mais n'ot gregnor;
De l'honor que Diex li a faite.
Lors s'est la pueele avant traite
2o Et dist : « Ma dame vos envoie
À viestir, àins qu'ele vos voie ,
Ceste reube , ear ele quide
Come eele qui n'est pas wyde
De eourtoisie ne de sens,
30 Que graus travaus et grans ahens
Et grans ;muis éus aves ;
Assayés-le, si le vestés,
S'ele est boine à vostre mesure.
Après le eaut, de la froidure
9335 Se gardent eil ki sage sont,
Por oel maint sane muet en sont.
Por eou ma dame la roïne
Vos envoie reube d'ermine ,
Que froidure mal ne vos faee.
40 Ausi eom leve devient glaee ,
Nereist li sans et prent ensamble
Apries le eaut quant on en tramble.
Et mesire Gauwaius respont
Come li plus eortois del mont :
45 « Ma dame la roïne saut
Cil sires eui nus biens ne faut ,
Et vous eome la bien parlans ,
Et la eortoise et l'avenans !
Moult est , ee eroi , la dame sage
50 Quant si eortois sont si mesage ,
Qu'ele set bien qu'ele a mestier
Quanqu'il eovient à ebevalier
Quant elle, la soie mierehi ,
Reube d'ermine envoie ei ;
55 Miereiiés-le moult de par moi. »
« Si ferai-ge , gel vos otroi ,
Fait la pueièle , volentiers ;
Et vous porés cndementiers
Monter et esgarder les estrés
60 De ee pais par ees feniestres ;
Et porés , s'il vos plest , monter
En eele tour por esgarder
— 7 —

Foriès et plagnes et rivières ,


Tant que nos revenrons arrières. »
9365 Atant la pueièle s'en torne ;
Et mesire Gauwainss'atorne
De la reube qui moult fu riee
À son eol, d'une noire afiee
Qui pendoit à se keveçalle.
70 Puis a talent que véoir alle
Les estres qui en la tor sont ;
Entre lui et son oste en vont.
Si entrèrent en i postis
Eneoste le palais votis,
75 Tant qu'il vinrent en son la tor.
Et voient le païs entour
Plus biel que on ne poroit dire.
Mesire Gauwains tout remire
Le païs et les tières plaines
80 Et les forès de bestes plaines ;
S'en a son oste regardé,
Si li a dist : « Ostes, par Dé,
Ci me plaist moult à eonverser
Por aler eaeier et berser
85 En ees forès ei devant nous. •
« Sire, de cou vos poés-vous,
Fait li notoniers , bien retraire ;
Car j'ai oï sovent retraire
Que eil que Dex tant ameroit
90 Que l'aventure aeieveroit,
Ert maistre establi , par verte ',
ll est establi et voé

• Var : Q»« l'en eeanz te elnmeruit


Me»lre et seignoret uvoe. Mpl.
Que jà muis de eeste maison
N'istroit, u fust tors u raison;
9395 Por eou ne vos eovient parler
Ne de kaeier ne de berser,
Que eaiens arés boin séjor
Ne jamais n'en istrés nul jor. »
« Ostes, fait-il , taisiés-vos en ;
»400 Jà me gieteriés del sen ,
Se plus dire le vos ooie ;
Ce saeiés bien, je ne poroie
Jusqu'à vu . jors estre çaians
Nient plus que jusqu'à vu.xx. ans,
5 Por oee que jou ne m'en ississe
Toutes les fois que je vosisse. »
Atant en est jus avalés ,
Si s'en est el palais entrés ,
Moult eoureeiés et moult pensis ;
10 Si se r'est sor le lit assis,
À eière moult dolente et morne ,
Tant que la pueièle retorne
Qui devant estet i avoit.
Quant mesire Gauwains le voit ,
15 Si s'est eneontre li dreeiés ,
Si eom il estoit eoureeiés ;
Si l'a maintenant saluée
Et eele vit qu'il ot muée
Sa parole et sa eontenanee ;
20 Et paru bien à sa samblanee
Qu'il iert iriés d'aueune ehose ;
Mais samblant faire ne li ose
Et dist : « Sire, quant vos plaira ,
Ma dame véoir vos venra
— 9 —

942î> Et li mengiers est atornes.


Si mengerés , se vous volés
U là aval , u rà amont. »
Et mesire Gauwains respont :
« Bièle , je n'ai de mangier eure ;
30 Li miens eors ait male aventure ,
Que mangerai ne n'arai joie
Tant que g'autres noveles oie ,
Dont je me puisse resjoir ;
Car j'ai grant mestier de l'oïr. »
35 J a pueièle moult esmaïe

Et la roïne à soi l'apièle,


Se li demande : « Quel novele?
Bièle nièee, fait la roïne;
40 De quel estre, de quel eovine
Avés le ehevalier trové,
Que Diex nos a ça amené ? »
« lla ! dame roïne honerée ,
De duel sui morte et aeorée ;
45 Que nus n'en puet parole traire ,
Del boin signor , del débonaire ,
Qui ne soit de eourous et d'ire ;
Et le por eoi, ne| vos sai dire,
Qu'il nel me dist, ne je nel sai,
50 Ne demander ne li osai ;
Mais bien vos puis dire de lui
Que la première fois je hui
Le trovai si bien afailié,
Si bien parlant et ensengnié

« Var : Tant que je tiex noveles oie. Mpl.


— 10 —

9455 C'on ne se pooit saouler


De ses paroles eseouter
Ne de véoir sa bièle eière.
Or est si tos d'autre manière
Qu'il vorroit estre mors, je quit,
60 Qu'il ne voit riens ne li anuit. »
« Nièee, or ne vos en esmaiés,
Car il sera tost rapaiés
Maintenant que il me verra;
Jà si grant duel au euer n'aura
65 Que tos ne l'en aie fors mis
Et joie en lui maintenant mis. •
Lors s'est la roïne esméue ,
Si s'en est el palais venue
Et l'autre roïne avoee li ,
70 Cui li alers moult abiéli ;
Et si menèrent apriès eles
Bien c. et eiunquante pueeles,
Et autretant varlés au mains.
Tantos eom mesire Gauwains
75 Vit la roïne ki venoit
Et l'autre par la main tenoit,
Si li dist ses euers et devine
Que e'estoit li autre roïne
Dont il avoit oï parler ;
80 Mais il ne le pot deviner 1
À çou qu'il vit les treees blanees
Qui li pendoient sor les hanees,
Et fu d'un diaspre vestue
Blane à flour d'or d'uevre menue.

• Var : Mi's nssez le puel deviner. M|it.


— 11 —

9485 /'iuant mesire Gauwains l'esgarde,


\£ D'aler eneontre ne se tarde,
Si le salue et elle lui ;
Si li a dit : • Sire, jou sui
Dame apriès vous de ee palais ;
90 La signorie vos en lais,
Car moult l'avés bien déservie.
Mais estes-vous de la maisnie
Le roi Artu? » — «Dame , oïl, voir. •
« Et estes-vous , jel voel savoir,
95 De eiaus de la Table Réonde
Qui sont li plus prosié del monde 1 ? •
« Dame , dit-il , jou n'oseroie
Dire que des plus prisiés soie ,
Ne me fae mie des mellors,
9500 Ne ne quie estre des piours. »
Et ele li respont : « Biaus sire,
Grant eourtoisie vos oe dire
Que en vous ne metes le pris
Del mius ne del blasme le pis ;
5 Mais or me dites del roi Lot :
De sa fame quans enfans ot ? •
• Dame, iin..i — « Or, le mes nommés. »
« Dame, Gauwains est li ainnés,

* Var : Et estes-vos, gel vueil savoir,


Des ehevaliers de l'esehaugmie 1 !
Qui ont mainte proeee fete? о
a Dame, Deuil. « — "Bien vos en eroi ;
Et estes-vous , dites-le moi ,
De eeus de la Table Réonde
Qui sont les plus proisiez du monde ?
« Dame, dit-it, ge n'oseroie, etc. Mpl.
I t530 Лit . le ehevalier к la ehareUr.
— 12 —

Et li seeons est Agrevains,


9510 Li orguelleus as dures mains ;
Galeréis et Gariès 1
Ont nom li autre dui après. »
Et la roïne li a dit :
« Sire, se Damledex m'aït,
15 1ssi ont-il nom, ee me samble.
Car pléust Diu que tuit ensamble
Fuseent or ei avoeeques nous.
Or me dites , eonissiés-vous
Le roi Uriien? » — «Dame, oïl. »
20 « Et a-il à la eourt nul fil ? •
« Dame, oïl , h . de grant renom ;
Li uns mesire Yvains a nom,
Li eortois, li bien affaitiés;
Tout le jor en sui plus haitiés
25 Quant au matin véoir le puis ,
Tant sage et tant eortois le trais.
Et li autres a nom Outrains,
Li orguelleus as dures mains ;
Pour çou l'apele-on Aoutre
30 Que il tous les ehevaliers outre
Qui batalle prendent à lui.
Cil sont à la eourt ambedui,
Moult preu, moult sage, moult eortois. »
« Biaus sire , fait-ele , li rois
35 Artus, eoment se eontient ore?»
« Mius qu'il ne fist onques eneore ,
Plus sains, plus sages et plus fors. »
« Par foi , sire ee n'est pas tors ,

• Vur : Gaheriï's et fiaraès. Mpl. — Gaheriet et Guerbés. 1550.


— 13 —

Qu'il estenfes, li roi Artus,


9540 S'il a с. ans, n'a mie plus1,
Ne plus n'en puet-il pas avoir.
Mais eneor voel de vos savoir
Que vous me dites seulement
De l'iestre et del eontènement
45 La roïne, s'il ne vos poise. »
f « Dame , voir ele est tant eortoise
Et tant est preus et tant est sage,
D'ome privé ne de sauvage ,
Dès que Dex fist première fame,
50 Ne trovast-on si fi anee dame ;
Ne de la eoste Adan fourmée
Ne fu dame si renomée ;
Et elle le doit moult bien estre :
Tout ausi eom li sages mestre
55 Le pelit enfant adoelrine ,
Ausi ma dame la roïne
Tout le monde ensagne et aprent ;
Car de li tous li biens deseent
Et de li vient et de li muet;
60 De ma dame partir ne puet
Nus ki deseonselliés s'en aut ;
Qu'ele set bien que easeuns vaut
Et que on doit por easeun faire ,
Por ee tpie il li doie plaire.
65 Nus bom n'a en eort tant bien fait
Qui de ma dame apris ne l'ait ;
Jà nus n'est tant désatirés
Qui de ma dame parte irés. »
1 Yar: S'il a .xxx. ans, il n'a pas plus. Mpl. — 1530 dit eomme Mous
Cent ans.
— 14 —

t Non ferés-vous, sire , de moi. »


9570 « Dame , fait-il , je vos en eroi ;
Car, ainçois que je vos véisee,
Ne me ealoit que je féisee ,
Tant ere-jou mas et dolens ;
Or sui si liés et si joiens
75 Que jou ne poroie plus estre. »
« Sire, par Dieu qui me fist nestre ,
Fait la roïne as blanees treees ,
Eneor dobleront vos léeees
Et eroistra vostre joie adès ,
80 Et ee ne vos faurra jà mes ;
Et, quant vous estes baus et liés ,
Li mangiers est aparelliés ,
Si mangés quant bon vous sera ,
1ei ou là, où vos plaira.
85 S'il vos plaist, lassus mangerois
Et, s'il vos plaist, vos en venrois
En mes eambres laiens mangier. »
a Dame , je ne quier jà eangier
Por nule eambre ee palais 1 ;
90 Car on me dist que onques mais
Chevaliers n'i manga ne sist. »
« Non , sire , qui vis en issist ,
Ne ki vis i demorast mie
Une liuée et demie. »
95 « Dame , dont i mangerai-gié ,
Se vous m'en donés le eongié. »
« Jel vos doins , sire , volentiers ;
Et vous serés tous li premiers

I « Je ne quiers jà ehanger por mile ehambre eetle salle. 1530.


— 15 —

Chevaliers ki i mangera. »
9600 Atant la roïne s'en va,
Si li laisse de ses pueièles
»C. et eiunquante des plus beles
Qui el palais lés lui mangièrent,
Sel servirent et losengièrent
5 Dequanqu'il li vint à talent.
Varlet servirent plus de с
Au mangier, dont li un estoient
Tuit blane et li autre melloient
De kaainnes, li autre non;
t0 Li autre barbe ne grenon
N'avoient et de eeus li dui
À genellons sont devant lui ;
Si le siert li uns de tallier,
Et li autres del vin ballier.
15 Mesire Gauwains eoste à eoste
Fist dalés lui seoir son oste ;
Et li mangiers ne fu pas eours,
Qui dura plus que .i. des jors
Entor Nativité ne dure 1 ;
20 Qu'il fu nuis siérie et oseure
Et moult i ot ars grans tort is
Ains que li mangiers fust finis ;
Sor le mangier ot moult paroles ,
Et moult i ot baus et earoles s ,
25 Après mangier, ains qu'il eoçassent;
De faire joie tuit se lassent

1 Nativité : la Noël. — Var : le Pasquerez.


* Baus : bals, danses. — Var : Moult i ot danees et quaroles. Mpl. — Esbate-
mens et danees. 1530.
— 16 —

Por lor signor que moult ont eier.


Quant il durent aler eoueier ,
Si vot el lit de la mervello;
9630 Г orellier desous s'orelle
Une damoisièlc li mist,
Qui ilueques dormir le fist.
Et lendemain, à l'esvellier,
Li ot-on fait aparellier
35 Reube d'ermine et de samit ;
Li notonniers, devant son lit ,
Vint au matin , sel fist lever
Et vestir et ses mains laver.
A son lever fu Clarissans ,
40 Li preus, li sages, li vallan?,
La bièle, la bien enparlée;
S'en est en la eambre ralée ,
Devant la roïne ajenole ,
Se li demande et si l'aeole :
45 « Nièee, foi que vous m'i devés,
Est vostre sire eneor levés? »
t Dame, oïl, voir, moult a grant pièee. »
t Et où est-il , ma douee nièee? »
t Dame, en la tor lassus monta ;
50 Ne sai se puis en avala. »
« Nièee , je voel aler à lui ,
Et, se Diu plaist, n'ara mais hui
Se bien non et joie et léeee. »
Tantost la roïne s'adreee ,
55 Que talent a que elle i aut ;
Tant va k'ele le trueve en haut
As feniestres d'une tornièle
Ù esgardoil une pueièle ,
— 17 —

Et un ehevalier vil armé


9660 Qui venoit tout aval » i pré,
Là ù ¡1 ert en son esgnrt.
Atant es-vous de l'autre part
Les . il . roïnnes eoste à eoste ;
Monsigneur Gauwain et son oste
65 Ont as il fenestres troves,
t Sire , bien soiés-vous levés ,
Font les roïnes ambesdeus ;
Cis jours vos soit liés et joieus ;
Ce doinst ieis gloriens père
70 Qui de la Virgene list sa mère1 ! •
« Dame, grant joie vos doinst eil
Qui en tière envoia son fil
Pour essaueier erestienté!
Et, s'il vos vient à volenti'..
T.i Venés jusqu'à eeste fenestre
Et si me dites que puet estre
Une pueièle qui vient ehi,
S'a un ehevalier avoee li
Qui porte .i» eseu de quartiers. »
80 « Jel vos dirai moult volentiers ,
Fait la roïne ki l'esgarde ;
Ce est eele que maufus arde
Qui ersoir vos amena çà ;
Mais or ne vos en ealle-il jà ,
85 Que trop est estoute et vilaine ;
Del ehevalier que elle maine
Vous pri que il ne vos en ealle ,
Qu'il est bien , le saeiés sans falle ,

1 Virgene , eomme orfene , ordene , angele , se prononee en deux syllabes.


T. ll . 2.
— 18 —

Sour tous ehevaliers eorageus ;


9690 Sa batalle n'est mie à geus ;
Car maint ehevalier, à ee port,
A devant moi eonquis et mort. •
« pvame, fait-il , g'i voel aler
U À la damoisièle parler,
95 Se vous m'en donés le eongié. »
« Sire, ne plaee Dieu que gié
De vostre mal eongié vos doigne !
Laissiés aler en sa besoingne
Cele damoisièle enviouse ;
9700 Jà , se Diu plest , por tel wj souse ,
N'istrés fors de vostre palais ;
Vous n'en devés issir jamais
Se vous tort ne nos volés faire. »
« Avoi , roïne débounaire ,
5 Or m'avés-vos moult esmaié ;
Je me tenroie à mau paié ,
Del palais se jou n'en issoie ;
Ne plaee Dieu que jou i soie
Ensi longement prisoniers ! »
10 « Ha , dame , fait li notoniers ,
Jà nel retenés maugré suen ,
Laissiés-li faire tot son boin ;
Qu'il en poroit de duel morir. »
« Et jou l'en laisserai issir,
15 Fait la roïne , par eovent
Que, se Dex de mort le desfent,
Que il reviengne eneore anuit. •
• Dame , fait-il , ne vos anuit;
Que jou revenrai se je puis ;
20 Mais i don vos demane et ruis,
— l!I —

S'il vos plaist , et vos eomandés


Que jà men nom ne demandés
Devant vu jors, se ne vos griet. »
« Et je, sire, puisqu'il vos siet,
1.i725 M'en souferrai , fait la roïne ;
C'avoir ne voel vostre haïne ;
Si fust-ee la eose première
Dont je vos fesisee proière
Que vostre nom me déissiés
30 Se desfendu nel m'éussiés , •

Et uns varlés vient, si li rent


Ses armes por armer son eors,
Et son eeval li traient fors, ment Gauvain deseonfit
leehevallierqui gardoït
35 Et il i monte tous armés ; le passaige. 1530.
Si s'en est jusqu'a! poi l alés
Et li notoniers avoee lui ;
Si s'en entrent el bae andui ,
Et si nagièrent tant et riment
40 Que à l'autre rive s'en vinrent1;
Et mesire Gauwains s'en ist ;
Et li autres rhevaliers dist
À la pueièle sans merei :
«Amie, eel ehevalier ehi
45 Qui vient armés eneontre nous,
Dites-moi , eonissiés-le vous? »
Et la pueièle dist : • Xenil ;
Mais jou sai bien que ee est eil
K'ier m'amena de eeste part. •
50 Et il respont : « Se Dex me gart,
1 Var : Et si nagièrent tant abrive Mpl. et 1Ш.
Que il resont outre à la rive. Пл.". Que il vinrent à l'aune rive. Mpl.
— 20 —

Autrui n'aloie-jou querant ;


Paour en ai éu moult grant
Que il ne me fust eseapes ;
Car ehevaliers de mère nés
975ti Ne passa les pors de Galvoie,
Se tant avient que je le voie
Et que devant moi le truisse ,
Que jà aillors vanter se puisse
Qu'il soit en ee païs venus,
60 Cis est bien pris et retenus
Dès que lIiex véoir le me laisse. »
Tantos li ehevaliers s'eslaisse
Sans desfianee et sans manaee,
Le eeval point, l'eseu embraee ;
65 Et mesire Gauwains s'adraiee
Viers lui , sel fiert si qu'il le bleee
El brae et el eosté moult fort,
Mais ne fu pas navrés à mort ,
Car si bien se tint li haubers
70 Que n'i pot pas passer li fers
Tors que de la pointe el somet ,
Plain doi dedens le eors li met;
Sel porte arière et eil reliéve
Et voit le sane dont moult li griève,
75 Qui par le brae et par le flane
Li raioit sor le haubere blane;
Se li eeurt à l'espée seure,
Mais lassés fu en petit d'eure
Si qu'il ne se pot retenir ,
80 Ains l'estuet à merei venir.
Et mesire Gauwains en prent
La fianee et puis si le rent
— 21 —

Au notonnier ki l'atendoit ;
Et la pueièle male estoit
978j De son palefroi deseendue ;
ll vint à li , si le salue,
Et dist : « Remontés , bele amie ,
Que ei nevos lairai-je mie ,
Ains vos en venrés avoee moi
90 Outre eele ève ù passer iloi. «
« Ahi , fait-ele , ehevaliers , Coment Gauvuinsahati
Moult vos faites or beubeueiers ; le ehev;tlier et en mena
m,ii iiiniv aveeques lui.
Vous éussiés batalle assés 1453.
Se mes amis ne fust lassés
95 Des grans paines qu'il a éues ;
Moult fuseent vos bordes kéues,
N'en éussiés mie tant gangle1,
Plus fussiés mas que eos en angle ;
Mais or me reeonnissiés voir ;
9800 Quidiés-vos mius que lui valoir
Pour çou que abatu l'avés ?
Sovent avient , bien le saves ,
Que li foibles abat le fors .
Mais , se vous laissïés ee port
j Et ensamble od moi veniiés
Vers eel arbre et vos féissiés
Une ehose que mes amis
Que vos avés en la nef mis
Faisoit por moi quant je voloie ,
10 Adont por voir tesmogneroie
Que vos vaurriés mius que il ;
Ne ne vos auroie plus vil. •

Gangte, jangte : raillerie. — « Et n'eussiez pas laut penade. » Шu.


— 22 —

« Por aler , fait-il , jusques là ,


Pueièle , ne lairai-jou jà
981 5 Que vostre volenté ne faee. »
Et ele dist : « Jà Dieu ne plaee
Que jou retorner vos en voie ! »
Atant se metent à la voie ,
Cele devant et eil apriès.
20 Et les pueièles del palais
Si se depièeent et deseirent ,
Et les dames lor keviaus tirent
Et dient : « Ha! lasses! eailives!
Or mais por eoi somes-nos vives
25 Quant nos véons aler eelui
A sa mort et à son anui
Qui nostre sires devoitestre?
La male pueièle l'adestre,
Si l'en maine , la députaire ,
30 Là dont ehevaliers ne repaire.
Lasses ! eom somes aeorées ,
Qui si bien estiens honerées ,
Que Diex envoié nos avoit
Celui ki tous les biens savoit !
35 À lui ne faloit nule rien ,
Ne hardemens ne autres bien. »
Issi eeles lor duel faisoient
Por lor signor qu'eles véoient
Sivir la male damoisièle ;
40 Sous l'arbre vient et eil et eele
Et, quant il furent venu là,
Mesire Gauwains l'apela :
« Pueièle , fait-il , or me dites
Se je puis eneor estre quites
— 20 —

9845 Se il vos plaist que je plus faee ;


Ains que je perge vostre grasee ,
Le ferai se je onques puis. •
Et la pueièle li dist puis :
50 « Véés-vous là ее gué parfont
Dont les rives hautes en sont,
Mes amis passer i soloit
Quant jou voloie, si m'aloit
Quellirde ees flours que véés
55 A ees arbres et à ees prés. •
• Pueièle , eoment i passoit?
Je ne sai pas qués li gués soit ;
L'ève est parfonde, ee redout,
Et la rive haute partout
60 Si e'on n'i poroit avaler. »
« Vous n'i oseriiés entrer,
Fait la pueièle, bien le sai ;
Onques eertes ne l'apensai ,
Que vous tant de euer éussiés
65 Que vous passer i osissiés ;
Que ee est li gués perelleus
U nus, se moult n'est eorageus ,
N'ose passer por nule paine. •
Tantos jusqu'à la rive maiue
70 Mesire Gauwains sou eeval ,
Et voit l'ève parfonde aval ,
Et la rive eontremont droite,
Et la rivière si estroite.
Quant mesire Gauwains le voit,
Si dist que ses eevaus avoit
Maint plus grant fosset tressallit,
El pense qu'il avoil oït
Dire et eonter en plusors leus
Que eil qui del gué perelleus
9880 Porroit passer l'ève parfonde
Qu'il aroit tout le pris del monde ;
Puis s'eslonge de la rivière
Et vient par moult grant sens arrière
Pour sallir outre , mais il faut ,
85 Car ne prist mie bien son saut ,
Ains sali droit emmi le gué;
Et ses ehevaus a tant noé
Qu'il prist tière des nu. piés,
Si s'est por salir aftieiés ,
00 Si se lanee si que il saut
Sor la rive qui moult fu haut ;
Et quant il fu del gués issus ,
Si s'est em pais iluee tenus ,
Onques ne se pot removoir;
95 Ainçois eovint par estavoir
Deseendre monsigneur Gauwain ,
Car moult trova son eeval vain,
Et il est deseendus tantost
Et s'a talent qne il li ost
9900 La sele et il li a ostée
Et pour essuer l'a frotée ;
Quant li poitraus li fu ostés ,
L'ève del dos et des eostés
Et des jambes li abat jus ,
li Puis met la sele et monte sus ,
Si s'en vait le passet petit
Tant que i. seul ehevalier vit
Qui gibeçoit d'un esprevier ;
El pré devant le ehevalier ,
— 2:) —

9910 Avoit in eiennes et oisiaus 1 ;


Li ehevaliers estoit moult biaus
Plus e'on ne poet dire de bouee ;
Quant mesire Gauwains l'aprouee,
Sel salua et si li dist :
15 • Biaus sire, ieil De* qui vos fist
Biel sor toute autre eréature,
1l vos doinst hui bone aventure ! »
Et eil fu de respondre isniaus :
• Tu ies li bons, tu ies li biaus ;
20 Mais di moi, si ne te dessie,
Coment tu as eele laissie
La male pueièle de là ;
Sa eompagnie où en ala ? »
« Sire, fait-il, uns ehevaliers
25 Qui porte i » eseu de quartiers
L'amenoit quant je l'eneontrai. •
« Et qu'en féis?» — t D'armes l'outrai. »
« Et que devint li ehevaliers V »
• Mené l'en a i notonniers
30 Qui dist qu'il le devoit avoir. •
» Certes, sire, il vos dist voir ;
Et la pueièle fu m'amie ;
Mais ensi ne fu ele mie
Qu'ele onques me vosist amer,
35 N'ami ne me dagna elamer,
N'onques ne fist rien de mon buen ;
Car jou l'amoie maugré suen,
Et i sien ami li toli
Qu'ele soloit mener od li ;

i Var : Avoit .un. ehiens à oismus. Mpl.


— 26 —

9940 Si üoeis et si l'enmenai


Et de li siervir me pènai ;
Mes serviees mestier n'i ot,
Car, au plus tost qu'ele onques pot,
De moi laissier oeoisou quist,
45 Et de eelui son ami fist
Que orendroit tolut li as,
Qui ehevaliers n'est mie à gas,
Ains est moult preus, si m'aït Dés,
Et si ne fu il onques tés
50 Que il onques venir osast
En liu là ù il me quidast ;
Mais tu as hui faite tel eose
Que ehevaliers faire n'en ose,
Mais , pour eou que faire l'osas ,
55 Le pris del mont et le los as ;
Pour çou as tout le pris eonquis
Que el gué perelleus sallis,
Moult te vint de grant hardement ;
Et saees bien veraiement
60 C'onques ehevaliers n'en issi. »
« Sire, fait-il, dont m'a menti
La damoisièle ki medist
Et por voir aeroire me fist
C'une fois i passoit le jor
65 Ses amis por la soie amor. «
« Ce dist-elle, la renoïe ?
Et ear fust-elle ore noïe ,
Qui moult est plaine de dyable,
Quant ele vos dist tele fable !
70 Elle vos het, nel puis noier ,
Si vos voloit faire noier
— 27 —

En l'ère bruiant et parfonde


Li dyable que Dex eonfoiule.
Mais or me done ça ta foi ,
9975 Et si te dirai bien por eoi ,
Se tu rien demander me vius ,
U soit ma joie, u soit mes dex,
Que jà pour rien n'en eélerai
La vérité, se jou le sai ;
80 Et tu ausi me rediras
Que por rien ne le eeleras
Tout quanque je vorrai savoir,
Se tu me ses dire le voir. »
Fait ont andui eeste fianee,
85 Et mesire Gauwains eomanee
A demander premièrement :
« Sire, fait-il, je vos demant
D'une ehité queje voi là,
Cui elle est et quel nom ele a. »
90 « Amis, fait-il, de la ehité
Vos dirai jou la vérité ;
Que elle est si quitement moie
Qu'il n'est nus hom qui rien en doie ;
Si a Oreanelens à nom ; 1
95 Je ne le tieng se de Diu non. »
« Et vos, eoment ?» — « Guiromelans. •
» Sire, moult preus et moult vallans
Estes, que bien l'ai oï dire,
Et de moult grant tière estes sire.
10000 Et eoment a nom la pueele
De qui nule bone novele

1 0reanelens , var : Ceorquans, 1530.


— 28 —

N'est eoutée ne près ne loing? »


« Si eom l'en porte les tiesmoing ,
Je puis bien, fait-il, tesmognier
10005 Qu'ele fait moult à resougnier
Car trop est male et desdagnose ;
Por eou a nom li Orguellouse
De Logres où elle fu née ;
Si en fu petite aportée. »
10 « Et ses amis, eoment a nom,
Qui est alés, u voelle u non,
En la prison au notonnier ? »
« Sire, saeiés del ehevalier
Qu'il est ehevaliers mervelleus
1u Et s'a à nom li Orguelleus
De la roee en l'estroite voie ,
Qui garde les pors de Gauvoie. •
i Et eoment a nom li eastiaus
Qui tant par est eortois et biaus
20 De là outre dont je ving hui ?
Si i mangai ersoiret bui. »
ieest mot, Guiromelans
A S'en est tornés eome dolans,
Si s'en eoumença à aler
25 Et eil le prist à rapiéler :
« Sire, sire, parlés à moi,
Ramembre-vos de votre foi. »
Et li Guiromelans s'arrieste,
Se li torne en travers la Ueste ! ,
30 Et dist : « L'eure que jou te vi
Et que jou ma foi te plévi

1 Var : Qu'eie fel bien à esloigner. M pl. — « D'ele se faiel bon garder. » 1530.
1 « Tournant la teste de travers. » 1530.
— 29 —

Soit lahonie et la maudite !


Va-t'ent, je te elaim ma foi quite
Et tu me requites la moie,
10035 Car de là outre te quidoie
Novieles demander aueune ;
Mais tu ses autant de la lune
Com tu sès del eastel, je quit. »
« Sire, fait-il, g'i giue amiit
40 Et giue el lit de la mervelle
À qui nus lis ne s'aparelle,
Onques hum ne vit son parel. >
« Par foi, fait-il, moult me mervel
Des noveles que tu me dis ;
45 Or m'est-il solas et delis
De tes meneognes eseouter,
K'ensi oroie-jou eonter
l'n jongléor eom je Гaс toi.
Tu iès jouglères, bien le voi 1 ;
50 Mais jou quidoie que tu fusses
Chevaliers et que tu eusses
Delà fait aueun vasselage,
Mais ne quide or , me refai sage
Se nule proeee i féis
55 Et quele eose tu i vis. »
Et mesire Gauwains li d i^t :
« Sire, quant je m'assis el lit ,
El palais ot moult grant tormente ;
N'ai talent que je vos en meute,

• « Var : l'n fableçur eom jе faz toi ,


Tu es jugtéeur, bien le voi. Slpl.
'. Tu es batelleur, j'en sais seur. » 1530. Ces vers sont un lrait de plus ii ajou
ter aux nombreux passages où les trouvères jettent le mépris sur les jongleurs.
— 30 —

l0060 Car les eordes del lit erièrent


Et unes eampanes semèrent
Qui as eordes del lit pendoient ,
Et les feniestres qui estoient
Closes, tout par eles ovrirent ;
65 En mon eseu me reférirent
Quariel et saiaites assés ;
Et si sont li ongles remès
D'un lion moult fier et rresté
Qui longement avoit esté
70 En une eambre eneaïnés ;
Li lyons me fu amenés,
C'uns vilains aler le laissa ;
Li lions vers moi s'eslaissa
Et si féri en mon eseu
75 Qu'as ongles retenus i fu,
Si que il ne s'en pot retraire ;
Se vos quidiés que il n'i paire,
Véés eneor les ongles ehi ;
Car la tieste, la Diu merei,
80 Li trençai, et les piés ensamble;
De ees ensagnes que vos samble ? •
Li Guiromelans, à ee mot,
Vint au plus tost qu'il onques pot,
Si s'agenolle et ses mains joint,
85 Se li prie qu'il li pardoinst
La folie qu'il li a dite.
« Je vos en elaim, fet-il, tot quite ;
Mais remontés. » Et eil remonte 1
Qui de la folie a grand honte,

1 « Remontés : relevez-vous. — « Et puis le faiet relever. ,, 1530.


— 3l —

10090 Et dist : « Sire, se Dex me gart,


Jou quidoie que nule part,
Ne près ne loing, estre déust
Jusqu'à с ans eil ki éust
L'onor ki vos est avenue ;
95 Mais de la roïne ehenue
Me dites se vous le véistes
Et se vous point li enquesistes
Que elle est et dont elle vint. »
« Onques, fait-il, ne m'en sovint,
10100 Mais jou le vi et si parlai. »
« Et je, fait-il, le vos dirai
Qu'ele est mère le roi Arta. •
< Foi que doi Dieu et sa vertu ,
Li rois Artus , si eom je pans
5 N'ot mère passet a с » ans ;
Qu'il a bien lx. ans passés,
Si eom je pens et plus assés. »
« Si est voir, sire, elle est sa mère;
Que au tans Pandragon son père
10 Fu mis en tière et si avint
Que la roïne Ugierne i vint
En eest pays, si aporta
Tout son trésor et si frema
Sor eele roee ee eastiel
15 Et palais si riee et si biel
Com deviser oï vous ai ;
Et si véistes, bien le sai,
L'autre roïne, l'autre dame,
La bele, la grant, qui fu fame
20 Le roi Lot et mère eelui
Qui males voies tiengne nui ,
Mère Gauvain, i — « Gauwain, biausire,
Conois-je bien et si puis dire-,
Bien a passé xx ans au mains
1 Que il n'ot mère, eil Gauwains. »
« Si a sire , nel doutés jà;
Avoee sa mère s'en vint ça
Eneargie de vif enfant,
De la très bièle, de la grant
30 Damoisièle qui est m'amie,
Et suer, ne vos eélerai mie ,
Celui eui Dex grant honte doinst;
Car, voir, il n'en porteroit point
De la tieste , se jel tenoie
35 Et jou au desus en venoie
Si eom je tieng vos ei aluès ;
Car jou li treneeroie luès,
Jà ne li aiderait sa suer
Que ne li trençasse le euer
40 Del ventre, à mes mains, tant le hae ! »
« Vous n'amés pas si eom je tae ,
Faitmesire Gauwains. Par m'arme,
Se j'amoie pueele u dame,
Por la soie amor ameroie
45 Toi son lingnage et serviroie. »
• ¥rous avés droit , bien m'i aeort ,
* Mais, quant de Gauwain me reeort ,
Coment ses père oeist le mien ,
Je ne li puis voloirnul bien ;
50 Et il méismes, à ses mains,
Oeist de mes eosins germains
.Vil. ehevaliers vallans et preus;
N'onques ne pot venir en leus
De vengier les, en nule guise.
10t jj Sluis s'or me faites г sepviee
Que vous r'alés en ee eastel
El si porterés eel aniel
A m'amie, se li balliés ;
Por moi voel que vos i alliés ,
С0 Se li dites que je m'afli
Eteroi tant en l'aвюr de li
Qu'ele vorroit mius que ses frère
Gauwains fust moi s de mort amère
Que je eusse nés bleeié
0:) Le plus petit doit de mon pié ;
M'amie me saluerés
Et eest aniel li porterés
De par moi qui sui ses amis. »
Dont a mesire Gauwains mis
70 L'anel en son plus petit doi ,
Et dist : « Sire , foi que vous doi ,
Amie avés eortoise et sage,
Gentil dame de haut parage,
Et bièle et gente et débonaire
75 Se ele otroie ensi l'afaire
Com vous le m'avés ei eonté. »
Et eil dist : « Sire , grant bonté
Me feriés, jel vous eréant,
Se vous mon anel en présant
80 Me portés à m'amie eière ;
Car je l'aim moult de grant manière
Et je| vos guerredounerai ;
Car de eest eastiel vos dirai
Le nom eom demandé l'avés ;
85 Li iastiaus, se vos nel savés ,
A nom la Reee de sanguin 1 ;
Maint bon drap vermel et sanguin
1 taint-on et mainte esearlate ,
S'en i vent-on maint et aeate.
10190 Or vous ai di ee que vos plot,
Ne menti ne vos ai de mot ,
Et vous me r'avés dit moult bien,
Ne demanderés-vos plus rien? »
« Nenil, sire, se eongié non. »
95 Et eil dist : » Sire, vostre nom
Me dites , se il ne vos poise ,
Ains que de moi partir vos loise. »
Et mesire Gauwains Ii dist :
« Sire , se Damledex m'aït ,
10200 Mes noms ne vos ert jà eélés;
Je sui eil que vous tant haés ;
Voire li niés le roi Artu,
Voire Gauwain. » — « Gauwain es-tu
Par foi, dont es-tu moult hardis
5 Et moult fols qui ton nom desis ,
Si ses que je te hae de mort ;
Si m'en anuie et poise fort
Que je n'ai mon elme laeié
Et l'eseu au eol embraeié ;
10 Car, se je fusee armés ausi
Com tu iès , ee saees de fi ,
La teste orendroil te trançasse
Que jà por rien ne le laissasse ;
Mais, se tu m'osoies atendre,
15 Jou iroie mes armes prendre,

La rnebе de Haultgain. » 15.40.


Si me venroie à toi eombat re ;
S'amenroie homes » ni u iv
Por esgarder nostre batalle,
Et, se tu vius e'autrement alle,
10220 Que jusqu'à vu . jors atendrons
Et au sïème revetieons
Trestout en eeste plaee armé ,
Et tu aies le roi mandé
Et la roïne el sa gent toute
25 Et je r'arai la moie toute
De partout mon palés mandée;
Ne viue mie faire en emblée
Notre batalle , ains le veront
Tuit eil ki véoir le vorront ;
30 Que batalle de si preudomes
Si que l'on dit que nos doi somes
Ne doit-on pas faire en agait ;
Ains est bien drois que il i ait
Dames et pueièles assés ;
35 Car, quant li uns sera lassés
Et tous li mondes le sara ,
Mil tant plus d'onor i aura
Li vainquières que il n'aroit
Se nus fors li ne le savoit. •
40 « nire, fait mesire Gauwains,
O Volentiers m'en fesisee à mains,
S'il péust estre et vos pléust
Que jà batalle n'i éust ;
Et, se jou rien meffet vos ai,
45 Moult volentiers l'amenderai
Par vos amis et par les miens,
Si îpie il soit raisons et biens. »
Et eil dist : « Je ne puis savoir
Quele raison i doit avoir
1 0250 S'à moi eombat re ne t'en oses ;
Jou t'ai elii devisé n. eoses,
Si fui lequel que tu vorras ;
Se tu oses, ehi m'atendras
Et jou irai mes armes querre,
55 U tu manderas en ta terre
Tout ton pooir jusqu'à » vu » jors ,
Que à Penteeouste ert la eors
Le roi Artu en Oreanie,
Bien en ai la novele oïe;
60 Se n'i a mès que il » jornées ;
Le roi et ses gens atornées
1 pora trover tes mesages;
. Envoie i , si feras que sages ;
Uns jors de respit с м . vaut. »
65 Et il respont : • Se Dex me saut ,
Là est la eours sans nule dote,
La vérité en savés toute ,
Et je vos plévi de ma main
Que g'i envoierai demain
70 U ains que je dorme de l'uel. •
« Gauwain , fait-il , et jou te voel
Mener au mellor port del monde ;
Ceste ève est si roie et parfonde
Que passer n'i puet riens qui vive,
75 Ne sallir jusqu'à l'autre rive. »
Et mesire Gauwains respont :
« Jà n'i querrai ne gué ne pont
Por rien nule qui m'en aviegne ;
Ains e'à mauvaistié le me tiengne
— 37 —

10280 La dumoisièle félenesee ,


Li renderai-ge sa promesse,
Si m'en irai tout droit à li. »
Dont point, et ses eevaux salli
Outre le gué délivrement ;
85 Onques n'i ot arriestement.
Quunt devers li salir le voit
La pueièle ki tant l'avoit
De sa parole fourmené,
Si a son eeval arresné
90 À l'arbre et vint à lui à pié ;
Si a euer et talent eangié ,
Et tout maintenant le salue
Et dist qu'ele li est venue
Merei erier de son meffet,
95 Que pour li a grant paine tret :
« Biaus sire, fait-ele, or eseote
Por eoi g'ai esté si estoute
Vers tous les ehevaliers del mont
Qui avoee euls menée m'ont ;
10300 Te voel dire si ne t'anuie :
Cil ehevaliers eui Diex destruie
Qui de là outre à toi parla
S'amor en moi mal emploia ,
Qu'il m'aima et jou haï lui,
5 Car il me list si grant anu i
Qu'il oeist, nel eèlerai mie,
Celui à qui g'estoie amie ;
Qu'il me quida tant d'onor faire
K'à s'amor me quida atiaire ;
10 Mais onques rien ne li valut,
Car, au plus tost que il me lut 1,
* « Pareeque si toust qu'il me eust amenée, seerètement de lui me emblai. » 1530 .
_ 38 —

De sa eompagnie m'emblai
Et au ehevalier m'assemblai
Que tu m'as ore iehi tolu ,
10315 Dont il ne m'est gaires ealu :
Mais de mon premerain ami ,
Quant mors de lui me départi,
Ai si longement esté fole,
Et de si estoute parole,
20 Et si vilaine et si musarde
Que jou ne me prendoie garde
Se jou m'aloie humeliant ;
Ains le faisoie à ensiant
Por çou que trover en vosisee
25 1 . si irié que jel fesisee
À moi irier et eoureeier
Pour moi trestoute dépeeier ;
Car piéça vosisse estre oeise.
Biaus sire, or fai de moi justiee
30 Tel que jà mais nule pueele
Qui saee de moi la novele
Ost dire à nul ehevalier honte. »
« Bele, dist-il, à moi que monte
Que jou de vos justiee faee ?
35 Jà le fil Damlediu ne plaee
Que vos par moi anui aiés !
Mais or montés, ne délaiés,
S'irons jusqu'à eel eastel fort ;
Je voi le notonier au port
40 Qui nos atent por passer outre. »
« Vostre volenté, d'outre en outre,
Ferai, sire, » fait la pueele.
Lors est montée sor la sele


— 39 —

D'un pelit palefroi grenu ;


l03i.i Si sont au notonnier venu
Qui outre l'ève les enmui ne ,
Ains ne li fu travaos ne paine.
Et les dames venir le voient,
Qui por lui grant duel démenoient,
50 Et tout li varlet dou palais
Orent joie tel eonques mais
Ne fu nule si grans emprise ;
Devant le palais fu assise
La roïne por lui atendre,
55 Et ot let ses pueeles prendre
Main à main totes por dander
Et por grant joie eomeneier ;
Contre lui grant joie eommeneent, r.omnieiit 1rs damoi-
Gantent et earolent et dansent ; seles limit les quarolеs
eneoiilr? messire Uаu-
60 Et il vient, si deseent entreles ; vvuin. Mpl.
Les dames et les damoiseles
Et les ir roïnes l'aeolent
Et de grant joie à lui parolent ;
Se le désarment, à grant feste ,
65 Gambes et bras et pié et tieste ;
De eeli qu'il ot ramenée
Ont moult grant joie démenée ;
Por ee les autres le servirent,
Por lui, ear rien por li nel firent.
70 De grant joie el palais s'en vont,
Par laiens tuit assis se sont ;
Et mesire Gauwains a prise
Sa seror et si l'a assise
Lès lui el lit de la mervelle ,
75 Se li dist en bas el eonsel le :
*~ 40 —

« Damoisièle , je vos aport


Un anelet, d'outre ee port,
Dont l'esmeraude moult verdoie ;
Uns ehevaliers le vos envoie
10380 Par amors et si vos salue
Et di.st. que vous estes sa drue. »
» Sire, fait-elle, jel eroi bien,
Mais, «e jou l'aim de nule rien ,
C'est de lone que s'amie sui ;
85 C'onques ne me vit ne je lui ,
S'outre eele ève ne le vi ;
Mais il m'a, la soie merei,
S'amor donee, grant piéea ;
Si ne vint onques par deçà ;
t,I0 Mais si mesage m'ont proie
Tant que jou li ai otroïe
M'amor, n'en mentiroie mie ;
De plus ne sui eneor s'amie. »
« lla , bièle , il s'est jà vantés
95 Que vous vorrïés mius assés
Que mors fust mesire Gauwains
Qui est vostre frère germains,
Qu'il éust mal en son ortel. »
« Avoi , sire , moult m'esmervel
10400 Coment il dist si grant folie;
Certes jou ne quidoie mie
Que il fust si mal affiaitiés ;
Or si est il moult mal gaitiés
Que eeste eose m'a mandée.
5 Lasse, il ne set se je sui née
Mes frères, onques ne me vit.
Li Guiromelans a mesdit,
— 41 —

Que, par m'arme, je ne vorroie


Plus sa pesonee que la moie. »
10410 Aue k'entr'aus il issi parloient
Et les dames les esgardoient,
La vielle roïne qui sist
Delès sa fille, se li dist :
« Bele fille, que vos ert vis
l5 De ee signor qui est assis
Lèsvostre fille et lès ma nièee 1
Conselliet a à li grant pièee,
Ne sai de quoi, mès moult me siet. »
< Dame, n'est pas drois que vos griet,
20 Que de grant hauteee li vient
Que à la plus bièlese tient
Et la plus sage qui i soit
En eest palais, et si a droit.
Pléust à Dieu que il l'éust
25 Espousée et tant li plénst
Com plot Amas la fille Avne 1 . »
« Ahi, fille, fait la roïne ,
Dex li doinst si metre son euer
Qu'il soient eome frère et suer !
30 Que il l'aint tant et elle lui
Que soient une ehose andui ! »
En la priière entent la dame
Qu'il l'aint et qu'il l'ait pris à fame ,
Qu'ele ne eonoist pas son fil.
35 Car eome frère et suer sont il,
Car autre amor jà n'i aura ;
Quant li uns de l'autre saura

• ■ Come Paris fist jadis Heleine. »1530.


— 42 —

QuV'le est sa suer et il ses frère,


Si en ara joie la mère
10440 Autre que elle n'en atant.
Et mesire Gauwains a tant
Parlet à sa seror la bièle
Que il se liève et si apièle
Un varlet que il voit à destre,
45 Celui qui plus li sambloit eslre
Vistes et preus et servitables
Et plus sages et plus resnables
De tos les varlés de la sale ;
En une eambre s'en avale
50 Et li varlés seus avoee lui ;
Quant il furent ensamble andui,
Se li dist : » Varlet, jou te quit
Moult preu, moult sage et moult bien duit;
Se jou . i. mien eonsel te di ,
55 Del eéler moult bien te east.i ,
Pour çou que tu i aies preu ;
K'envoier te voel en i leu
U grant joie te sera faite. »
« Sire, mius vorroie avoir traite
60 La langue par desous la gole
C'une parole toute sole
M'en fust de la bouee eoulée,
Que vosissiés que fust eélée. »
« Amis, fait-il, dont iras-tu
65 A mon onele le roi Artu ;
Que jou sui Gauwains , li siens niés ;
La voie n'est longe ne griés ,
Car en la ehité d'Oreanie
A li rois sa eourt establie
10470 À tenir à la Penteeouste,
Et, se la voie riens ne eoste,
Desi là si t'en tien à moi ;
Quant tu venras devant le roi,
Moult eoureeié le trouveras ;
75 Et, quant tu le salueras
De par moi , moult ara grant joie
Jà n'i ara . i seul ki oie
La novele, ki liés n'en soit;
Se li diras, foi qu'il me doit ,
80 Qu'il est mes sire et je ses hom ,
Qu'il ne laist por nule oeoison
Que je letruis à ee quint jor
De la fieste sous reste tour
Logié aval la praërie,
85 Et si amaint tel eompagnie
Com à sa eourt ara venue ,
De haute gent et de menue ;
Que j'ai une batalle emprise
Vers »i» ehevalier qui ne prise
90 Ne moi ne lui qui gaires valle ;
C'est li tïriomelans sans falle,
Qui le het de mortel haïne.
Autel diras à la roïne
Qu'ele i viegne por la grant foi
95 Qui doit estre entre li et moi ,
Car elle est ma dame et m'amie ;
Et elle ne laissera mie
Puis qu'ele sara les noveles ;
Et les dames et les pueièles
10500 Qui seront à la eourt le jor
l venront por la soie amor.
_ U —

Mais d'une ehose ai grant paor


Que tu n'aies tel eaeéour
Qui tost te porte jusques là. »
1 0505 Et il li respont que il l'a
Grant et isniel et fort et buen ,
Que il menra eome le suen :
« Ce, fait-il , ne lairai-je pas. •
Et li varlés , en es le pas ,
10 Envers une estable s'en va,
Si en trait fors et en mena
»li . eaeéours fors séjornés,
Dont li uns lu teus atornes
Por eevaueier et por errer,
15 Qu'il l'ot fait tle novel ferrer ,
Ne n'i faloit sièle ne frains.
« Par foi , fait mesire Gauwains ,
Varlet, tu iès bien à harnois.
Or va , que li sires des rois
20 Te laist bien aler et v enir
Et la droite voie tenir ! »
Ensi le varlet en envoie
Et jusqu'à l'ève le eonvoie
Et il eomande au notonier
25 Que il le faee outre nagier.
Li notoniers le fait passer ,
Que ains ne li eovint lasser
Que il ne voist assés à aise ;
Li varlés ensi outre passe
30 Et vers la ehité d'Oreanie
A la droite voie aqueillie;
tlar qui set voie demander
Partout le monde puel aler.
— 45 —

Mesire Gauwains s'en retorne


En son palais ù il séjorne
À grant joie et à grant déduit ;
Car il l'aiment et servent tuit.
Et la roïne fistestuves,
Eve eaufer en vc. euves ;
40 S'i list tous les varlés entrer
Por bagnier et por estuver,
Et on leur a reubes tallies ;
Si lor furent aparellies
Quand il furent des bains issu ;
45 Li drap furent à or eousu
Et les panes furent d'ermines ;
Au mostier, jusqu'après matines,
Li varleten estant vellièrent,
N'onques ne s'i agenollièrent.
50 Au matin, mesire Gauwains
Cauça à easeun, de ses mains,
L'esporon destre et eainst l'espée,
Et si lor donna la eolée ;
Lors ut il eompagnie itaus
55 De v eens ehevaliers noviaus.
Et li varlés a tant alé
Comment l'esenyer
Qu'il est venu à la ehité que monseigneur Gau-
D'Oreanie ù li rois tenoit vain ;ivuil envoyé un
Hoy Artus son onele
Court teleeom ileovenoit arriva à Oreanye, et
60 Comte de signourie grant ; romment il esjuoyt le
Roy la royneel toute la
Et li varlet vont regardant, roint du dii Roy Artus
Dient qu'il vient à grant besoing : des bonnes nouvelles
de monseigneur Gau-
« Je quie qu'il aporte de loing ^ain que l'on euidoit
Gries noveles à eeste eourt ; estee moit. tj30.
65 Mais moult trovera mu et sourt
Le roi, lel ehose puet-il dire;
Qu'il est moult plains de duel et d'ire
Et qui ert or qui en sara
Conse! doner quant il ara
10570 Oï que li messages kiert? »
i Diva, fait l'autre, à vos e'afiert
À parler del eonsel le roi ?
Vos déussiés estre en effroi
Et esmaris et espierdu
75 Quant nos avons eelui perdu
Qui por Dieu tous nos maintenoit
Et de qui tous li biens venoit
Par aumosne et par earité. »
Ensi, par toute la ehité,
80 Mesire Gau wain regrettaient
Lespoures gens qui moult l'amoient.
Et li varlés outre s'en va ;
Tant a alet que il trova
Le roi. ù ert en son palais ;
85 Entour lui e . eontes palais
Et xx. dus et xx. rois asis.
Li rois fu mornes et pensis
Quant il vit si grant baronie
Et de son neveu ne vit mie ,
90 Et eliiel pasmés par grant destreee ;
Au relever fu sans pereee
Cil ki ançois i pot venir,
Car tuit le keurent sostenir.
Comment Ii rois Madame Lore se séoit
Arta se pasma entre ses
barons por la dolor de 95 En une loge, si véoit
mesire Gauvain. Mpl Le duel e'on fist ens en la sale;
Coment dame Lore
fn rsbahie pour le duel De la sale jus s'en avale,
— 47 —

S'e>t à la roïne venue


Ansi eome toute esperdue ;
10600 Et , quant la roïne le voit ,
Se li demande qu'ele avoit 1

1 Après ee vers, au milieu d'une phrase, le MS. 7!H eoupe en deux le


poème parees mots : Ex|ityeyl Pereeval te viet. Le MS. de Berne n.' 334 s'arrête
là : Explieit li romans de Pereevat. C'est aussi après ee même vers, que les
manuserits eommeneent à différer entièrement. Jusque là, sauf quelques
variantes, et sauf l'introduetion, le 1 ." ehapitre et un fragment de 5t14 vers. pp.
171-178 du 1." volume , qui n'appartiennent qu'au manuserit de Mons, tous les
manuserits suivent le même texte. Mais , à partir de ee vers, on trouve deux
rédaetions tout à fait différentes des mêmes épisodes Le réeit est tantôt eon
eise, tantôt allongé ; quelquefois un ou quelques vers reproduisent la même
version, puis la rédaelion reprend ses allures diverses pendant des eentaines
et quelquefois des milliers de vers. Quatre manuserits (Londres, Edimbourg,
Beene 354 et Paris 1450, ne vont pas jusque là. Celui de Kerne n.° 113 eom
menee beaueoup plus loin. Les sept manuserits qui restent semblent se partager
les deux rédaelions : Quatre (Mous, Paris 7!i 1, 1 153, et 12576) suivent l'une,
sauf quelques variantes ou interpositions ; trois suivent l'autre : (Montpellier,
Ш77 et 1429). 12577 mêle quelquefois l'une et l'autre. La traduelion de 1530
est eonforme à eette dernière rédaelion.
Celte eireonstanee ouvre le ehamp à bien des suppositions. 0n pourra penser
que là s'arrêtait l'œuvre qu'on dit inaehevée deChrestien de Troyes, ou bien que
leseopistes ont suivi un vieux manuserit qui n'allait pas plus loin et dont ils res
peetèrent le texte, antérieur à tous les autres. Cependant, il arrive un moment
où tous les manuserits reprennent avee le même respeet un texte unique, et l'on
remarque que e'est dans les épisodes inutiles au sujet et ineonnus de Wolfram
von Esehenbaeli que les eopistes se donnent earrière
Ce qu'on peut inférer presque à eoup sûr, e'est que toute eette partie du
milieu du poème où l'on trouve quelquefois un épisode répété deux fois dans
le même manuserit, est eelle où les interpolations ont pris toute lieenee.
Je dois suivre le manuserit de Mons; l'autre version s'étend si loin qu'il fau
drait plus d'un volume pour la reproduire en notes ; j'en donnerai quelques
exemples. En voiei le début :
Se ti demande qu'ete aroit.
1 " Bele, fet.ele, dites moi El einçois qu'il fust deseendus,
Por qu'estes en si graut esmoi Chai li rois tonz estandiu
Etporquoi si te desronfortes ? » Mans pasmes entre ses genz ;
« l)ame,orendroit parmi ees portes. 10 Si vides barons, ne sai quaiiz,
5 Vi venir on vallet errant, AIiees lui a terre ehéoir :
De sor .I. ehaseeur ferrant ; Soïïrir ne porrnt ne venir
— 18 —

Et ki l'a si espoentée.
« Ha! frailee roïne honerée,
lliens ne me puet asouagier,
1060.i Car j'ai véu un messagier
Qui est ens ou palais entrés,
Ains mais ne vi si effréés
Tant ehevaliers ne tantes gens ;
Li messages, si eom je pens,
10 Lor a tel novele aportée
Qui le eourt a deseonfortée ;
Li rois méismes s'est pasmés ;
Je erieng que d'aus ne soit blasmes.
Trestoute humaine iréature
15 Tes puetestre li aventure;
Si ert elle, ne puet remaindre. •
La roïne prent à estaindre
Et eiet pasmée el pavement ;
Là véissiés grant mariment ;

Le duet que li rois déinenoit. « Vint, qui fesoil pesante ehère;


Quant la roïne le roi voit Sel salua en tel manière :
15 Qui s'est pasmés, lors se repasme, 35 « Cil l)ex qui maint u eiel eu baut
Et ai n i dut mie av oir blasme Et partot puet et partot vaut
S'ele s'estoit por lui pasinée. El toi governe par vertu
l.ors i refust grant l'asemhlée Saut et gart le bon roi Artu ,
De dames et de dainoiseles ; De par le mellor ehevalier
20 Lors eommeneent »I» duel entretes 40 Qu'onques moutast en destrier
Com si granz ne fu entenduz. ¡Ne qui portast lanee n'eseu!
Lors à primes est deseenduz ; Tant a, la merei Dieu, veseu
Cil eui en ot vén venir ; Qu'il a le pris de toul le monde;
Si fist son ehaeéeur tenir Tant eon) il dure à la réonde ,
25 A . i » nain aumi le palés. 45 Ge ne euit qu'il fust pus trouvez
La parole du duel vos lés . l » ehevalier si esprouvez
Que démenoient eil et eeles ; Comme eelui à eui ge sui. »
Si vos eonteré des noveles « Diex bènéie vos et lui,
Le vallet monseignor Gauvain let li rois, qutqu'il iimpies soit î
30 Qui à son mantel misi la main, 50 Btés saehiez bien que moutt eovoit
Si le baitla au nain priès soi ; A oïr et l'estre et le nom
Tout deffublé devant le roi , [lu ehevalier de tel renon ;
— 49 —

Durement erient les pueeles;


10620 ' Les dames et les damoseK.s
Rompent lor dras et lor eevels ;
Ains mais ne fu véus tel dels.
Li rois de pasmison revient ;
Et li varlés devant lui vient :
25 « Rois , fait-il, Dex vos bénéie
Et vostre gente eompagnie!
Salus vos mande eom à roi
Gauwains li vostre niés par moi. »
Li rois l'entent , si saut en piés ,
30 Ains mais ne fu de rien si liés ;

Dites-le moi, biax dolz amis. » Quant it est alez jusque là


« Sire, eil qui ra m'a tramis Oùonques ebevaliers n'ai a
55 A nom Gauvains, filz le roi Lulh, 75 Qui de eeste terre fust neis
Qui desert bien que l'en le lot , Qui puis rentrast en eest païs.
Car il n'est pas de euer failliz > Moult a bien esploilié sa voie ,
Lors est li rois en piez sailliz , Passe a les porz de Gauvoie ,
S'aeole le vallel et bese, Que nus fors lui les i passast
60 Qu'il n'a riens dit qui ne li plese 80 Que son eors destruit n'i lessast ;
Et à toz les autres ensamble. Mes par son sens les a passez
Tote la eoet lez lui s'asenble Si bien e'onques n i fu lassez ,
Qu'aillorsne velt nusarester; N'onques n i ul paine ne mal.
Tuit s'en viennent vers lui ester, Si a l'orgueillex du regal 1
65 Petit et grant et fol et sage. 85 Outré d'armes qui l'asailli ;
Et li rois enquiertdu mesage S'a le gué perilleux saitli
Se ses niés est sains et heliez ; Où maint ehevaliers s'est noiez ;
Et il respont, eome afétiez : Moult a bien ses pas enploii.z
« Sire, oil voir, bien le puis dire Que le los a por soi eonquis
70 Que sains et beliez est mesire ; 90 Que maint bon ehevaliers a quis
Si a eonquise tel anor Por leur proesees esprouver ;
Qu'ainz mès ebeva liers n'ul gregnor , N'onques mùs nus nu pot trover
I Unе erreur de ehiffre a été faite à la page 23 et s'est eontinuée jusqu'iei :
le vers 9849 a été marqué 9850 el tous les suivants ont subi eelle fause numé
ration. Pour réparer l'erreur et rétablir les eliiffres exaels, nous avons dû laisser
6 vers entre le vers marqué 10615, p. 48, et qui n'est en réalité que le 10614"
et le ehiffre prèsent : 10620.
* var : * L'orguiileus du rouer . 1530. »
T H, 4.
— 50 —

Entre ses bras le varlet prent ,


À soi le trait isnèlement
Del eaeéour ù il séoit ;
Toute la eours qui eou véoit
10635 Désire moult à savoir l'uevre
Que li varlés au roi deseuevre.
Li rois Artus parole et dist :
« Amis, se Damledex t'aït,
Et saut et gart Gauwain et toi !
40 Lui n'aim-je mie mains de moi.
Mais di-moi verte de Gauwain ,
S'il a le eors delivre et sain. »
Gauwain invite le roi « Sire , se Dex me faee lié ,
Artus et toute la Table
Ronde à paraitre à son Jou le laissai sain et haitié,
duel avee Gramoflanz. 45 Moultlone de ei, en i eastiel
W. v. E.
Qu'il a eonquis , et bon et biel ;
N'a mius séant en tout le mont ;
Par moi vos mande il et semont,
Comme à son onele et son signor,
50 Seeours li faeiès et honor ;

Qui de son eors péustjoïr. » 110 Cil qui ei sont à eoil venu
Moult plot aus barons à oir. Si que nus ailleurs ne s'en aille ;
95 Tout quanque il leur a retret ; Qu'il a empris une bataille
Quar il dit que Gauwains a fet vers » I . ehevalier plain d'annui
Tant proeees que il meisme Qui het de mort et vos et lui ;
N'en saurait pas dire la disme. 15 Si a nom li Guiremelanz
« De lui ne sé plus que vous die Qui moult est iriez et dolanz
100 Fors que de toute vilenie De son père qu'il li oeist. »
S'est si et netoiez et res Et li rois tot maintenant dist
Que il ne l'en est point remes. Qu'il nu leroit porCoenoaille
Ains est moult plain d'afèlemenl; 20 Que il ne fust à la bataille,
Si mande vos et votre gent Si menra si grant aimée
5 Quevosveigniezjusqu'au quare jor Quant la gent ert bien assembtée
Es praëries soz la tor De pré, de terre et de rivière;
D'un sien ehastel où il séjoene ; Tendront une gi ant liue entière,
Si soient o vos tuit , a orne , 23 Li tref et les tentes de soie.
Juene et petit, grant et ehanu, N'i a eelui qui ne l'otroie, ete.
— 51 —

Qu'il a empris une batalle ;


Si vos mande, sans nule falle,
Que vous le venés garandir.
1l s'est vanté de lui honir;
10655 Vous ne Gauwains ne vostre ami
N'avés nul pieur anemi.
Au besoinp pert qui est amis 1 ;
Au grant besoinp, m'a ei transmis
À eelui ki les besoingneus
C0 Maintient eontre les oiseleurs *. »
Cours ne fu mais si esjoïe
De la novele e'ont oie ;
Or n'ont-il mais de rien envie
Quant il sèvent eelui en vie
65 Qui eortoisie lor faisoit ,
Sor tote rien perdue estoit.
Dont oïssiés eourt aiiner ,
Harpes tentir et sons soner,
Et viéler et faire lais ;
70 Tout en resoune li palais s.

' Le MS. 12577 qui a eommeneé par suivre la rédaelion, différente de Mons
et semblable à eelle de Mpl et autres MS. dèsignès plus baut, l'abandonne un
instant après le vers 120 de la note Que il ne fust à ta bataitle, pour interealer iei
le texte de Mons et le suivre jusqu'au vers 10770, p. 55: l.ibons, li biaus, H preus,
li sages ; alors , il fait une transition qui remplaee les 5 avant derniers vers
eités en note, p. 50, pour reprendre la version de Mpl. au vers qui est le dernier
du fragment publié p. 50 : Ni a eelui qui ne l'oelroie.
* 0iseteurs. Var : 0rgilleus. 12576 et 12577.
s 1530 amplifie : « Lors eussiez veu haulxbois et eornetz aeeoupler, barpes
prendre, fleutes et tabours, psallerions, relieelz, vielles, modulisant et organi
sant doulz et armonieux ehans en layz et en virelayz tellement que de eeste
armonie estoit le palais si douleement sonorant qu'il n'est qui le puist
exprimer. >
— 52 —

N'est hom vivans qui pas vos die


Com il font doee mélodie ;
Grant joie font trestot à tire,
Nus n'i fait rien s'il n'a mestire,
10675 Et il ont le melleur del mont ;
Joie et amours les en semont,
C'est grans matère de joïr ,
Nule mellor n'i puis véir.
adame Ysaune de Kahais 1
80 M' Ot le grant joie del palais ;
D'une loge où elle estoit ,
À la roïne vient tout droit
Et dist : « Dame, si eom je pens,
Boine novele orés par tens ;
85 Li rois eongot moult le mesage
Qui moult l'aliège et assouage ;
De Gauwain orés jà noveles ,
Se Diu plaist, qui moult seront beles ,
Si eom dient li estrument
90 Qui laiens sonent doeement
Et mes euers qui bien le devine,
Que par tans arons joie fine
De Gauwain le neveut le roi. »
« Bele, Dex vos en oie et moi,
95 Et ees dames et ees pueièles
Et nos envoit boines noveles ! «
1' a roïne en estant se met
Si que onques ne s'entremet

1 L'épisode qui eommenee iei pour s'arrêter au vers 10744, p. 54, se ltouvr
dans 12576, mais manque daus Mpl., dans Ш9 et même dans 12577 et 1530
qui depuis le vers 10657 ont repris le texte de Mons.
— S3 —

D'affubler, ains ne li sovint,


10700 Por la joie e'au euer li tint ;
Vers le palais en est alée
Ensi toute desaffublée;
Et n'i a nule damoisièle
Ne nule dame ne pueele
5 Qui ne giet jus sa fulléure,
Et vont après grant aléure ;
Dames de eambres mais n'issirent
À tel derroi eom eestes firent ;
Ensi n'entrèrent onques mais
10 Dames, pueièles en palais.
Li rois vers le varlet s'aeline :
< Amis, fait-il, à la roïne,
T'en va mouD. tos et si li di
Ce dont tu m'as moult esbaudi ;
i5 Mius voel que l'oie de par toi
Que par nul autre ne par moi. •
Et eil s'en va sans dire plus
Et dist : < Cil Dex qui maint lassus
Et tout a fait par son esgart ,
20 De par Gauwain vos saut et gart
Et vostre eompagnie ehière ! •
Et la roïne, à bièle ebière
Respont et dist : » Cil Dex le saut
Et si le faee et liet et baut !
25 Est-il delivres et tous sains? »
• Oïl, dame, et de joie plains
Comme vostre nom et vostre amis ;
Et, par moi qu'il a ehi tramis,
Mande que vos le seeourés
30 Par le grant foi que li devés ;
— 54 —

Menés-i toutes vos pueeles,


Les dames et les ilamoseles
Qui sont à eeste eourt venues
Trestoutes soient retenues.
10735 N'est mie amis qui est oïs ,
Samblans fausfais soit li bonis ;
Ains mais ne sot , or le saura
Se besoingneux nul ami a ;
Car nus ne set s'il aime seus
40 Se eius non qui est besongneus ;
Car amis ne se puet eéler
Quant l'uns voit l'autre mal ester1 ;
Ne puet savoir, eui rien ne faut,
S'on l'aime u bet , se Dex me saut. »
45 Quant Kex li seneseaus l'entent
Si a parlé eourtoisement;
Si l'avoit sovent ranprosné
Et de sa proeee envié ;
Mais , je quie , tés est envieus
50 Qui au besoing en revaut deus ,
Et tés resbaudist par eostume
Qui anaintist eom fait eseume*.
« Signor , ee dist li seneseaus ,
Or vos alège moult vos maus
55 Quani vis est mesire Gauwains ;
S'en tendons tot vers Diu nos mains;
Plus estiens nos vers Diu iré
Et esmari et empiré

1 Mal ester. Var : mesmener. 12576.


! Var : Qui anienlist eome l'eseume. 12576.— « Mais telle est la nature
d'ung haineux, quant blandir veult et il oyt son ennemi louer, que plus de
bien il en dira que ne sauraient deux aultres faire. » tä.TO.
Que lid de tout le remanant 1 ;
10760 Bien l'a Dex fait par son eommant.
Or puet-on savoir le eonquest
Que eil akiert qui preudom est;
Que, seulement de le doutanee
Qu'il ne fust mors par mesquéanee,
65 Estièmes-nos or fors de joie.
Voir dist qui dist , se Dex me voie :
Nus ne set que nus preudom vaut
Jusqu'à eele heure que il faut.
Moult a Dex faite grant honor
70 A la roïne, à no signour
Et à nous tous, si eom moi samble ,
Quant nos estièmes ei ensamble
Bien xxx м. irié et mourne ;
Or nous eselareist et ajorne
75 Quant eius est haitiés et en vie
Qui sire est de ehevalerie.
Ains ne fumes si angoisseus ,
Ne nos fesist liés et joieus
Li boins, li biaus, li preus, li sages,
80 Qui tant est plains de boins usages
Que nus el mont ne set son per *. »
1 graille ont fait atant soner,
Dont véissiés ees damoisiaus
Si bien vestus de gens bliaus ,
85 Blanees touailes à lor eols ;
Là n'ot mestier vilains ne elos 3
1 « Meilleure oeeasion et raison nous estoit de nous doulloir et atrister de sa
personne absente que de nous resjouir de la prèsenee de touz les aultres. » 1530.
» Ce long diseours du sénéehal n'est pas dans Mpl. ; il semble que ee soit
pour le donner que 12577 et 1530 ont repris le texte de Mons.V. p. 51, note i.
3 Clos, Var : fols, 1Í576.
— 56 —

Qui ne séust de eoi siervir ;


Bien vos puis dire sans mentir :
Li baein valent » i . trésor ,
10790 Que li pluisor sont de fin or
Et li autre de fin argent ,
Dont il servent et bien et gent.
Assis se sont par le palais ,
Tant i ot mes que jou m'en tais;
95 Onques mangier de si grant pris
Ne dura mains , ne ne fu pris
À si grant joie , à nule eort ;
Ne nus ne vit mais ausi eort :
L'amors de Gauwain les ensoingne ,
10800 Qui ot tost fait tant maint besoingne.
Qui dont véist tout demanois
Ces mules qui sont espanois ,
Tant boin eeval et palefroi ;
Ensamble tuit sont en effroi
5 Que il n'aient torset à tans ;
Onques mangiers, si eom je pans ,
D'errer ne fisent si bel offre;
Cornent li eseuier et Tante male et tant riee eoffre
li vallet troussent lor
harnais. Mpl. < 1 véissiés torser , le jour.
10 Li rois n'i fist plus lone séjour,
Ains monte et ist fors de la vile ;
De ehevaliers bien xxx. mile
Et .xv. mile de pueièles
Que dames que de damoisièles ;

1 Je mettrai les rubriques en italiques ehaque fois que le texte du ms. au


quel elles appartiennent sera différent de eelui de Mons.
108 1 5 A ins ne vit nus tele ost banie
Qu'est eele ki ist d'Oreanie;
Moult par i ot riee eonroi
Por mener la viande au roi ,
Lor tentes et lor pavellons ,
20 Mervelles dure et moult est lons ,
Les rotes sont aval ees plains ;
Et si eovinrent daerrains
À une loge herbregier ;
De là dont vinrent li premier
25 Sor une rive ens en .i» plain,
Et murent matin au demain
A moult grant joie et à déduit;
Li varlés adiès les eonduist
Droit au eastel que Gauwains tint.
30 Li rois au sième jor i vint
Et li varlés li prent à dire :
« Véés-ei le eastel , biaus sire ,
Que li vostre niés a eonquis. »
Li rois a pié à terre mis ;
35 Dont véissiés barons deseendre ;
Et très et pavelons font tendre,
Et eil galois qui duit en sont
Mainte loge galesee font ;
Si ont faite mainte ramée
40 De la forest e'ont entamée
Et déeopée et despoullie;
Si ont faite mainte foillie
À lor ehevaus, à lor affaire,
Qui en refont quisine faire ,
45 De la ramée et del mairien.
Yvains li fius roi Uriien
— m —

Et Giflès li Doi fils i vienent;


Et la roïne à qui se tienent
Ot le eompagne des pueeles,
10850 Des dames et des damoisièles ;
Vinrent ni . mile ehevalier,
N'iot/i. seul n'éust destrier.
Apriès revint li grans earois,
Jà mais nul si grant ne verrais ,
55 Et moult grant plenté de viandes.
Parmi plaingnes et parmi landes,
Devant le tente au roi tendue ,
Ont la roïne deseendue.
Comment eeulx du Ygène la roïne estoit
eheuteau furent esbahit
et espoueentez quant 60 As estres del palais, et voit
Hz véirent leа tentes et
pavillons du roy Artus Cele grant ost parmi la prée ,
avee l ost assiz prés Si en est forment effraée,
dudit ehasteau. 1530.
S'en a le euer tremblant et vain ;
Sa fille a prise par la main :
65 « Fille, dist-ele, or esgardés,
Or avomes veseu assés ;
Ensamble ne vi tant d'armés,
Ne tant ehevaliers adoubés ;
Vés que de lanees et d'espées.
70 Sont-çou ore dames if fées ?
Ne sai, mais nule damoisele
Ne nule dame ne pueièle
Ne vi jou mais si ostoier
Ne esmuevre ost ne guerroier ;
75 Moult durement me griève al euer. »
Mesire Gauwains et sa suer
S'en issent de la eambre atant,
Et la roïne, maintenant
— 59 —

Qu'ele le vil vers li venir,


10880 Si ne se pot mie tenir,
Ainçois li dist : < Biaus dos amis,
Véés quel gent vos ont assis ;
Caseuns n'en a se dame non
Et damoisièle. Sire, . i . don
85 Me requesistes par amor
Quejon desi au sième jor
Nule demande ne fesisee ,
De vostre nom ne m'enquesisee ;
Vous savez bien, s'est vérités,
90 Que Ii sièmes jors est passés ;
Or voel-jou vostre nom savoir. •
• Roïne, je vous dirai voir ;
Onques mes noms ne fu eelés ;
Dame, Gauwain sui apelés. »
95 Quant ele lot, lues si l'enbraee,
Baise li les iols et la faee ;
Et sa fille tenir ne puet ,
Li euers li saut del ventre et muet ,
Qui n'ot talent desomellier
10900 L'eure qu'il nasquit de mollier ;
Les iols li baise et la poitrine.
« Biaus dons amis, fait la roïne,
Foi que doi Dieu et sa vertu
Jou sui mère le roi Artu ;
5 Vés-ei ma fille qu'est ta mère. »
Et Clarisse qui illuee ère, Coment Ctarifiant
Li suer Gauwain, quant elle sot, ehet de son lit pautinée
à terre. Mpl.
Rentrer en la eambre se volt ;
1lluee eommenee duel à faire
10 Quant ses frères set son affaire
— 60 —

Que aime le Guiromelant


Qui si le va eontraloiant 1 .
« Biaus sire niés, dit la roïne ,
Vous saves bien tout le eovine ;
1091 5 Assis vos ont, ee véons-nous,
Et qués eonrois sera de nous ? »
« N'i avons, dame, nul péril,
Vés-là le roi Artu, » fait-il.
« Est-ee vretés ?» — « Madame, oïl.
20 N'en doutés mie, ee est il. »
« Or, m'est-il moult tart que jel voie ,
Ainsmais n'oe autresi grant joie. •

1 Toutes ees seènes : — l'entrée du messager, sa visite à la reine, l'appel du


roi à ses ehevaliers, Enumeration des rois et seigneurs qui sont à sa table, tes
préparatifs des éeuyers, la messe que eliante le ehapelain, le départ, la ehevau
ehée, l'arrivée, le souper, les lentes dressées pour la nuit, le eongé donné par
le roi au messager de Gauvain, le départ de ee messager qui passe l'eau et
rentre au ehâteau merveilleux, le eompte de son message qu'il rend en seeret
à Gauvain, la peur des reines et des femmes du ehâteau, la nouvelle que Gau
vain leur donne el qui les rassure, le trouble que eette nouvelle eause à Clarts-
saut qui se retire dans sa ehambre et en y arrivant tombe pâmée, l'offre de
Gauvain à la reine d'aller lui ehereher le roi Arlur, — sont raeontées plus en
détail dans l'autre version. Je donne iei la variante de la eourte seène de Cla-
rissant :
i La ptus iriée est moult joieuse ; 15 Fors que Clarissant seulement
L'une ne l'autre n'est oiseuse Qui de la tor s'en ist plorant
De lui bésier et eonjoïr. Et est en une ehambre entrée ,
Mès ne plest guères à с* El, quant ele vint à l'entrée
3 Clarissont ee que il eonta , Du lit où ele dut seoir,
Ou.ir envers lui grant honte a 20 Sise lessa paumé ehéoir.
De ee que il eontè li ot p nsi se pausme Clarissanz ,
Que li Guiromelans l'amot ^ Que ses eiiers n'est mie rianr ;
Et ele lui ; s'en a tel duel Tret ses eheveux, detort ses mains.
10 Qu'ele moréust lors son vuel, Et lors dit mesire Gauvains
Tant l'en poise que il le set , 25 Qui les roïnes festéoit :
Que li méismes blasme et het ; « Dame, se vo plésir estoit,
Avis li est que morir duie. Fet-il, por eroistre nostre joie,
Et totes les autres font joie l.e roi Artus vos amenroie, ete. Mpl.
— 61 —

Gauwains li dist : « Je voel passer


Outre eele ève à lui parler,
10925 Roïne dame, s'il vos plaist. »
Dont ne puet muer qu'il nel baist ;
Maint baisier ot li fius son père ' ,
Et de s'aneièle et de sa mère.
Des dames départi moult biel,
30 Et monte en un eeval isniel ;
Uns ehevaliers preus et senés
Est outre l'aige o lui passés ;
Et Kex li seneseaus le voit,
Qui del tref le roi deseendoit ;
35 Au pavellon le roi Artu,
Le eeval point, par grant vertu ;
Au roi en vient, si prist à dire :
« 1ehi vient vostre niés, biaus sire. •
Atant deseent devant le roi,
40 Et li rois monte el palefroi,
Que trop li targast à atendre ;
Si tos eom li eevaus puet rendre,
Eneontre son neveu ala,
Et maintenant qu'il l'eneontra,
45 Le baisa ainçois que il pot
»Xx. fois ainçois qu'il desist mot,
Et en la bouee et en la faee ;
Si grant joie a, ne set qu'il faee * ,
De son neveut quant il le vit.
50 Mesire Gauwains li a dit :
« Sire, grans joie vos atent
Car vostre mère moult entent

« Var : Maint baisier ot sans ire amère. 12576.


» Var : Ne quidez pas qu'il li desplare 12576.
— C2 —

À vous esgarder et véoir


Et d'à vous parler se pooir. »
109;i') Li rois sorrist au ehevalier,
Et dist : « Biaus dos niés, amis eier,
Par la foi queje doi mon père,
Trente ans a, je quie, que n'oi mère. »
« Sauve votre parole, sire,
60 Si avés, por voir vous puis dire.
Quant Uter Pandragon fini
Ygène s'en ala et fui,
De son trésor moult emporta,
Tant par les tières eemina
65 Que tant fu ehi et eonversa ;
Del grant avoir qu'ele amena
Fonda eest eastiel et fist sueti,
N'en sai nul mellor ne si buen.
Quant li rois Lot perdi la vie,
70 Mes pères qui tint Oreanie,
Ma mère manda, ele i vint
À eel eastiel et puis se tint
lluee ma mère o la vostre ;
Toute la tière qui est nostre
75 Querpi, ensi s'en essilla ;
Grosse remest, une fille a
Qui lassus est bien faite et bele,
Moult i a gente damosele.»
I i rois et tout eil ki là sont
80
Et la roïne ensement;
Baise Gauwains moult doueement

1 Fini. Var : mori. 12576.


— 63 —

Dames el paeièles de pris ;


De mains buisiers qu'il i a pris
i 0985 Se fust-il moult bien eonsirés ;
Mais quant li bom est désirés
Caseuns en prent à son talent,
Plus qu'il ne viut, ear nel desfent ;
Tote l'os moult grant joie en maine.
90 Mais de la mère au roi demaine
Qui lassus el eastiel estait ;
À l'anoneier dirai que fait :
Elleavoit od li el eastiel
V. eens adoubés de nouviel ;
î)5 Lor armes qui sont mervelloses,
Plaines de piéres présiouses ,
A fait portendre par lor estres
Et environ par lor fenestres,
Si que les pières de viertu
1 1000 Donent en l'ost le roi A it u
Une tel elarté, ee vos di,
Com s'il fust à plain midi ;
Esbahi sont por le elarté,
Si quident estre enfantomé.
5 1 i roi de rien ne s'est vantés,

De Gauvain reerient durement


Qu'il soit tous plains d'eneantement ;
Mais Gauvains a tant dit et fait
10 Que le roi samble qu'il s'en vait
À nu de ses eompagnons
Que privéement a semons ;
Et la roïne ensement
A ni . pueièles sagement ;
— 64 —

i 1015 Jusqu'al eastel ne s'arestèrent,


Au gué vinrent, si i pasèrent ;
Et la roïne del eastiel
A reehiut son fil bien et biel ;
Grant joie font estrangement ;
20 Et de la roïne ensement
Refait Ygiène la roïne
Moult grant fieste. Mais le eovine
Vos voel dire de eiaus de l'ost ;
Car Kex, li seneseaus, si tost
25 Come li rois en fu tornés,
11 ot les keus tos assamblés,
Por eonsellier priveement ;
À aus a dit moult erramment
Qu'il ne trueve en son tref le roi ;
.50 S'en sont ensamble en grant effroi.
Revolés oïr des pueièles ,
Des dames et des damoseles :
La roïne ont quise en sa tente,
N'i a nule ne soit dolente
35 Quant lor dame ne sèvent mie ;
L'ost en est si tost estormie
Que nus n'oï ains duel gregnor ;
Cil plaint le duel de son signor ;
Ceste, sa dame e'a pierdue,
40 K'ains ne fu mais si espierdue ;
Jà n'i éust pluslone séjour
Se autresi fust eontre jour
Com il estoit eontre le nuit ;
Sans falle alet s'enfuseent tuit,
45 Come gent mate et deseonfie,
Car mainte broingne à or sartie
1 véissiés giéter i's dos ;
N'i a si hardi ne si os
Qu'il ne s'armast sans demorer ;
i 1 050 Ne se sèvent de eui garder ;
Crièment l'os ne soit estormie.
Au matinet, ot messe oïe
Li rois Artus quant il eselaire,
Puis est montés, si s'en repaire.
55 A v . eens ehevaliers noviaus
Moult estoit garnis li eastiaus,
Et maine od li vc. pueièles
Que dames que de damoseles ;
La rivière ont passé moult tost.
f)0 Moult s'esmervellent eil de l'ost
Quant il se sont apierehéu
Del roi Artu qu'il ont véu ;
Se plus demorast tant ne quant,
Si eompagnon et li auquant
65 Et tout ensemble s'esméussent
Et le fu en l'ost mis éussent.
Moult par sont liet de sa venue, Giumiin se rend pom
peusement nu lieu du
S'en est toute l'os reméue rombat : il eonduit au
As très qu'il ont riees et buens ; roi Artus sa mère et sa
sœur. \V. v. E.
70 Deseent easeuns d'iaus el sist ens ;
La roïne à la soie tente
Deseent et mainte dame gente ;
N'i remaint pueele à deseendre.
Mesire Gauvains sans atendre
75 A dite sa eonfiession
À » 1 » évesque Salemon 1 ;

La version différente de eelle de Mens eontient quelquefois des vers eon-


T 11,5.
— 66 —

Et li évesques li a dit
Moult bel sermon et moult bel dit ;
Moult le eastie doueement.
11080 Mesire Gauvains simplement
Tous ses péeiés li a jehis ;
Quant li sains hom les a oïs
Et voit et ot qu'il se repent,
Si l'a assos moult doueement
85 De Dieu et de sainte Marie
Et de la douee eompagnie :
Puisque il est vei ais eonfiés
Ne doit avoir paor jà mais,
Car Diex partout le sauvera
90 Quant de bon euer l'apièlera.
Atant ont lor raison finee.
Tout maintenant, sans demorée,
Ne remest en l'ost boin eeval
Qui li pléust n'amont n'aval
95 C'on ne li alast présenter ;
Bien se repuet de eou vanter
Qu'en toute l'ost n'a bone Vspée
Qui lues ne li fust présentée,
Et eil ki boine lanee avoit
11100 Ne boin elme, li présentoit.
Gauwains son Gringalet esgarde
Que Yonès avoit en garde ;

formes à eeux de Mons. Je ne pourrai les indiquer tous ; en voiei un exemple


Deseent Mesire Gauvain sanz atendre
La roine à la seu(e) tente, A dite sa eonfession
Qui rooult est et eourtoise et gente ; A l'évesqne de Carlion. Mpl.
№ remest pueele a deseendre,
79i, ШЗ et 1530 disent aussi : l'éveque de Carlion. 12576 dit : Salemon.
— t¡7 —

Sor lui fist nu tre son atonr


Et eiaus qui moult li vont entour
1 1 1 05 Ni misent autre eovreture ;
Boins ert à tournoi par nature.
Sour i. eendal menu freté,
Ont monsigneur Gauvain armé 1 ;
Et eil ki moult fu eoragous,
10 Tot droit vers le gué pérelloib
Regarde, si voit ehevaliers
Venir desi à ni milliers,
De toutes lor armes armés ;
Puis en a autretant esmés
15 Qui portent espius et gisarmes ;
Moult bien sont armé de teus armes.
À l'arbre, priès de l'ost au roi,
Sont deseendu li » ltt. eonroi ;
Gauwains les voit, biel se eontint,
20 Et hardemens li eroist et vint ;
Car une tel eoustume avoit
Que, là ù le tort en avoit ,
Jà si foible home n'iéust
Que il de rien li sourquerust ,

1 lei prend plaee dans Mpl. une nouvelle eonfession de Gauvain en 8 vers ; il
la fait à son ehapelain eette fois ; puis vient une seène de lamentations des
femmes du ehâteau et de la sœur de Gauvain, où l'on trouve ees beaux vers :
Amors la requiert et semont, Que du duel doit estre aehoison
Qui maint annui fet et porehaee, Li preuz, li biaux, li bons liauvains,
Qu'ele por son ami duel faee, Quar il est ses frères germains,
Et rvsons et droit sens i treuve. El ele r'est sa suer germaine.
Nature d'autre part li preuve D'une part et d'autre est en paine,
El montre grant droit et reson Por son frère et por son ami. Mpl.
La eonfession n'est pas dans 1330 ; mais les plaintes de Clarissanl s'y trou
vent
— 68 —

i 1 1 25 Tous estoit ausi eome pris ;


Et pour ehou si eroissoit ses pris ,
Moult erémoit toustans vilonie,
Vers home plain de félonie
Et reneonier et orguellous
30 Estoit moult fiers et eoragous ;
Envers frans homes, pius et dous;
Contre orguelleus, fiers et estous.
Li troi eonroi qui sont venu
Furent à l'arbre deseendu ;
05 Là se sont trait tout i et un ;
Maint boin eheval et bai et brun,
Et maint vassal de grant pooir
Péussiés à l'arbre véoir ;
Mais, priès de l'ost le roi Artu,
40 Por iestre à pais et aséur,
Refist li rois des siens armer
»Xv. mile pour s'ost garder,
Qui tout sont ehevalier de pris.
Mesire Gauwains, ee m'est vis,
45 Regarde aval devers le gué
Et voit venir, tout arrouté,
»1. eonroi de in . mil pueièles,
De dames et de damoisièles ;
En la lande verde et florie ,
50 Deseent ieelle eompagnie
Là ù la batalle sera,
Si que easeune le vera,
Se il li plaist, tout à loisir,
Et se li euers li puet souffrir.
55 Gauwains apièle, et fait moult bien ,
Yvain le l¡l roi Urien
— 69 —

Et Giri le fil Do avoee ;


Mius emparlés n'avoit ¡luee ;
Et dist : « Signor, vous en irés
11160 À Guiromelant, si dires
Près sui d'aquiter ma fianee ,
En lui soit de la desfianee ;
En eel eonroi est premerain,
Ne vos travelliés mie en vain
65 De demander liqués çou est ;
Mais au plus biel, sans nul arriest,
De eele ost et au plus adroit
Alés, signor, mostrés mon droit
Tout ensi eom je vos ai dit. »
70 Tot maintenant, sans eontredit,
Sont li mesage andui monté,
Quant lor eeval sont apresté
Qui moult ont riee afeutréure ;
Et vont le petite ambléure,
75 Tant qu'il vinrent en l'ost eeli
Qui Gauwain tint à anemi ;
Ne l'ont mie trop seul trové,
Qu'il n'ot ehevalier renomé
En toutes les ¡lles de mer
80 Qui péust en eeval monter,
Qui le roi Artu guerroiast
Et qui le Guigrenon n'aidast;
Tout furent [en sa eompagnie]
Cil ki Artu n'amoient mie.
85 Li mesage vienent à lost,
Guigrenon trovèrent tantost,
Car bien sèvent, sans nul arest ,
Sans demander, liqués çou ert ;
— 70 —

Sor une keute riee et eointe


1 1 190 D'un frès samit vermel et pointe,
Fu en estant li ehevaliers,
Ses » il » bras sour . il . eseuiers
Qui l'amoient moult durement,
Se s'i akeute noblement.
95 Les » il » mesages voit li sire ;
Ains que mot li péuseent dire
Ne que il fuseent deseendu,
Lor dist : « Bien soiés-vos venu ! »
If esire Yuwains, eome senés,
i 1200 1T1 Li dist : « Avaneiés nos avés ;
Mesagier somes voirement ;
Si déussiens premièrement
Vous saluer; or m'est ensi,
Gauwains vos mande, jel vos di ,
5 Près est d'aquiter sa fianee. »
« Et jou ausi, sans demoranee,
Fait li sires, et si estuet
Faire easeun au mius qu'il puet. »
Puis dist : « Amis, ne me eelés,
10 Coment estes-vous apiélés ? »
« Sire, ne sui pas renomés 1 ;
Mais, ee saeiés, je sui només
Yuwains, fius le roi Uriien. »
« Amis, se Dexvosdoinstgrantbien !
15 Et vostre eompains, qui est-il ? »
« Giflès, fius le roi Do est il.
Ensi somes-nous apiélé ;
Ne vous en avons mot'eelé. »
1 Au passage eorrespondani, re beau vers est remplaeé par le lieu eommun :
Jà ses noms ne li ert eetés. Mpl.
— Riau sire ehier , je suis nomes. U53.
— Biau sire, pe sui apelei. 7!Ц.
— 71 —

« Ywains, fait-il, ains mais m l soi ;


1 1 220 Mais or le sai moult bien et voi
Que eou est voirs e'on dist de lui,
Moult est eortois quant il d'autrui
' Ne m'a tramia pour eou noneier.
Si me puisse Diex avaneier,
25 Contre Gauwain me prest vertu !
Qu'en la eompagne au roi Artu
N'a baron de si haut pooir
Que tant désirasse à véoir
Com vous k'il a ei tramis;
30 Se Dex m'avoit grant bien promis,
S'en seroie-je bien paiés
S'il m'avoit ees il. envoiés,
Por le bien e'ai oï de vous ;
Et, par ee Dieu qui maint sor nous,
35 Je vos flane, mesire Yuwain,
La moie foi en vostre main
Que Gauwains n'a tant eier ami
Que plus ne m'ait à anemi,
Et, s'au deseure en puis venir,
40 Riens nule nel porroit garir
Qu'il ne me laist la teste en gage ;
Jà и i aurai pior ostage ;
Puis li trairai le euer del ventre,
S'il n'est faés k'aeiers n'i entre
45 Par eele main dont je vos tieng ;
Ensi iert s'au deseure en vieng*. »

• «S'iln'ert si faye (féei que mon glaive en son eorps ne puist entrer » 1530.
S'il n'est si durs que feu n'i antre. 794.
* Au lieu de eette eruelle menaee. Guiromelant, dans Mpl., fait des éloges à
Gauvain eomme à ses messagers : « Et moutt m'est biet qit? rssaier. — M'estwst
— 72 —

« Jà Diex, biaus sire, nel eonsente ,


Fait Ywains, k'il tant preu vous sente !
Trop nos aroit Dex damages
i 1250 S'il soffroit qu'il tant fust bléeiés ;
Li sièeles plus i pierderoit
Que li remanans ne vauroit. »
« Ywains, cnsi prie qui l'aime !
Mais, par eelui que on Diu elaime,
55 Se tous li sièeles le haoit
Tant eom je fae, poi viveroit ;
Par tans en serièmes délivre. »
Ywains respont tout à délivre :
« Sire, nus hom qui soit en vie,
60 Ne par ire, ne par envie,
De lui ne dirait tant d'anui
Qu'il n'ait mil tans de bien en lui. »
« Yuwains, moult par vos tieng à sage ;
N'i trametrai autre mesage
65 Fors vous ; dites-lui de par moi
Que près sui d'aquiterma foi. »
« Volentiers, » fait-il. Or s'en vont,
En l'ost Artu revenu sont ;
Truevent Gauwain, sans nule falle,
70 Devant son tref , prest de batalle.
Mesire Ywains dist : « Sire eiers ,
Goromelans qui moult est fiers
Vos mande et fait par moi mostrer
Sa foi est venus aquiter. »
75 < Etjou la moieausi, signor ;
Diex, se lui plest, m'en doinst onor ! »

au meitleur ehevalier, ete. — 1530, toujours eonforme à 12577, après ees


éloges de Mpl., ajoute la menaee du ms. de Mons.
À eest mot respondirent mil :
» Biaus sireeiers, ensi soit-il !»
Ne fait autre délaiement,
11280 El eeval monte, l'eseu prent
Que li tendent si home lige,
Et il le reçoit par la guige,
Si l'a au eol vistement mis ;
Varlés avoit là jusqu'à x. ;
8a Et saeiés que il m'est avis
Que easeuns ot en sa main mis
Une fort glave, sans dotanee ;
Eneor èrent tout en balanee
Laquele il vorra mius avoir,
90 Par tans le poront bien savoir ;
Yonés, fius le roi Yder,
Qui servi l'ot par maint yver ,
L'en balle une moult roide et fort
Dont il ot maint ehevalier mort ;
95 Li fiers en fu trençans d'aeier
Et l'anste róide de pumier ;
Une ensagne i ot bien brodée ,
De ses armes toute fresée,
1 fremèrent à elaus d'or fin;
1 1 300 Se vous volés savoir la fin
Dont elle vint , de druerie,
Si fu de soie d'Aumarie,
tËnei rom meeire ОЗauшaше ее tombûtt .
à ©oromelant le fier.
Woult fu la lande nete et bele1. . , Coment c.
,Jti\ juste a .i . ehevaher,
1 \ Д Gauwains vers eelui qui l'apele Npi.

1 W. v. E. fait rentrer iei Pereeval en seène : Gauwain , pour essayer ses


forees, fait une sortie matinale avant le eombat, il reeontre Pereeval qui eherehe
— 71 —
Coment Gauuiai'ii se ) ( 300 S'en est issus de l'ost de çrt,
eombat eontre Giróme'
lant devant le ehastel Et eil s'en ist de l'ost de ht ;
perilleHSy enmi la prat- L'eseu au eol moult fu apers ,
rie. Et y estoit le roy
Artus et la royne et une Et ses ehevaus estoit eouvers
grant quantité de sa D'une si eointe eouvreture ,
gent avee lui. El de
t 'autre partie une grant 10 Vermellc et gausne la tainture ;
partie de la gent de Gi- Sa lanee estoit et grosse et fors ;
romelant 12377.
Coment Gauvain se En sa grant foree ert ses eonfors.
eombattit eontre Giro- N'i ot autre délaiement,
melant qui l'avoit ae
euse de trvhison et Ne il n'i fisent sairement,
eomment la bataille de
meura par le moyen de 15 Mais eil ki furent duit des armes,
Clarissant seur du dit Prendent les eseus as enarmes
t,iUi ПИП. 1530.
Et puis hurtent des esporons ;
Voiant le roi et ses barons,
Se donèrent si ruistes eops
20 Sor les eseus qu'il ont as eols
Que parmi font paser les fers
Et que fausèrent les lumbers ;
Les bliaus treneent près des eors
Si que li sans en raie fors.
Ne se sont pas arriestéu,
Ains se hurtent par tel vertu
Des eors et des eevaus ensamble
Ka la ticre vont, ee me samble,
Trestout andoi délivrement ;
30 Mais sus resalent erramment

leGraal etse mesure à lui. Gramoflauz (Giromelanl) remet au lendemain son


duel avee Gauwain. La Table Ronde aeeueille Pereeval avee joie. Le héros veut
eombattre en seeret à la plaee de Gauwain, arrive avant lui au lieu du rendez-
vous, y trouve Gramoflanz; eelui-ei est presque vaineu par Pereeval quand Artus
et Gauwain suspendent le eombat. Le duel est eneor remis au lendemain.
— 75 —

Li ehevalier ; es-vous la guerre !


Caseuns le sien eseu desserre,
Des lanees sont pièees volées,
Puis metent les mains as espées ;
H335 Et easeuns a pris, par vertu,
Par lesenarmes son eseu,
Et vont ensamble fièrement ;
1luee ot dur aeointement ,
Que sus les elmes eops se donent,
40 Tout estordissent et estonent ;
Sour les eseus vont avalant
Li brane qui sont eler et luisant,
Que tous les treneent et eselatent,
Et que grans pièees en abatent ;
45 Requièrent soi si fièrement
Que l'uns tolt l'autre estal sovent ;
Ensi usent lor matinée.
Desi que tieree fu sonée,
Gauwains fu sages ehevaliers,
50 Ains ne eombati volentiers
Fors dont quant on le sorqueroit 1 ;
Dont ert férus qui il féroit,
Puis le mattoit d'eskiès de fierge' ;
Puis que passoit eure de tieree,
55 Li doubloit hardemens et ire * ;
Assés orés que vos voel dire

• Sorqueroit. Var : Requeroit. 794.


* Fierge, fieree : la Reine du jeu d'éehees.
1 La bataille est plus eourte dans la rédaelion de Mpl., qui passe aussitôt à
la seène de Clarissant. Mais le prèsent détail n'est pas oublié :
El , dès que miedis trespasse , Qiiar sa eoustume tele estoit
A Gauwain eroist sa foree et double Dès e'onques li midis passoit
El que il est plus fort à double i Tresfont adès desi a none. Mpl.
— 76 —

Ensi eom il se repasoit


Et ses hardemens li eroissoit ;
Nus ne vit mais si fort bataille.
H360 L'espée Gauwain trenee et talle,
Et la eelui moult durement ;
Si s'entrefierent aigrement
Et, puis que tieree fu sonée,
Par esforça si la mellee
65 Et si dur assaut s'entrefont ,
Ce voient eil ki entor sont,
C'est mervelle que riens i dure,
Jà tant ne soit ne fors ne dure.
De çaus d'entor vos puis bien dire
70 Que il sont dolant et plain d'ire
Et del mellor et del mains buen,
Caseuns aïwe adiès le suen,
Plusi. mauvais qui à lui monte
C'un autre s'il valoit i. eonte ;
75 Nel di por aus, bien les eseus,
Carl'uns vautmius et l'autres plus.
De grant pité fondent et ardent
Li euer de eiaus qui les esgardent
Et à eombatre et à tirer ;
80 Or n'estuet mie demander
Se li rois a ne duel ne ire ,
Que mot ne dist ne n'ose dire,
Et voit en tel point son neveu ,
N'est riens dont il ne fesist veu
85 Par si que li plais fust finis
Que eil ne eil ne fust bonnis
Et que ses niés éust l'onour
Et eil n'i éust déshounour ;
— 77 —

Moult vorroit que il fust ensi


11390 Sauve l'onor à son ami.
Li rois ne haï tant malis>e
Por rien qui tourt â mauvais visse
Ne eonvoitise ne boisdie ;
Ne tant n'ama nus eortoisie,
95 Et s'il son euer en bien mesist.
Qui fust iluee sovent véist
Remuer ansdeus lor eevaus
Et tolir plaees et estaus ;
Tant vont que jusqu'à midi dure ;
1 1 400 Nule ears d'ome, tant soit dure,
N'est qui ne déust estre lasse ;
Tant se fièrent que midis passe.
À Goromelant sa vigor
Ara moult duret toute jor,
!i Sa proaiee et ses hardemens
Et euers et ire et mautalens ;
Et au neveut le roi Artu
Croist hardemens et grans vertu
Et foree issi eome ele sot ;
10 Moult l'en est biel et moult li plot ;
Se li eeurt sus au brane d'aeier
Hardiement et sans tender ;
Et eil li revient maintenant
Hardiement, el piling le brane,
i5 Et parmi les elmes se fièrent
Que les eiereles en détreneièrent ;
Sor les eseus sont deseendu
Li brane qui furent esmoulu,
Tout déeopent quanqu'il ataingnent :
20 Car eil de férir ne se faingnent,
— 78 —

Qu'il se béent eome de mort ;


Li haubere sont tenant et fort,
Nes peurent fauser tant ne quant
Li eop si dur et si pesant,
i 1 425 Que si les eargent durement
Que tout en sont pers et sanglant
Ambedui desor les haubers ;
Tout ont desrompu euir et ners ;
Lor cimes ont tos enbarés
30 Et lor eseus tous déeopés,
Que easeuns n'en tient mie .i. pié,
Tout sont en pièees détreneié,
Sovent se tollent lor estaus.
Dex, eom grans dius de tex vassaus 1
35 Eneontre »t. eop que eil le fiert
Ne que il onques le rekiert,
L'en fiert mesire Gauwains deus,
Qui de férir est eovoiteus.
Les damoisièles qui eou voient
40 En l'ost le roi moult s'en esjoient,
Et les dames joiousement
Dient qu'il vainera voirement.
Si vos di bien qu'en l'ost eelui
Ont les pueièles grant anui ,
45 Qui toute jour ont joie eue.
Clarisse en est si esméue
Que bien vos puis par vreté dire
Qu'ele a double duel et doble ire :
S'ele voit son frère hounir,
50 Dont le eovient enfin morir,
Et s'ele voit son ami mort,
Dont n'ara joie ne eonfort
— 79 —

Ne seeours en toute sa vie ;


De paor est si esbahie
i 1 455 Que tous li euers li faut et sière ;
À genellons se mist à tière
Devant son onele et pleure el prie ,
Et en plorant merei li erie
Et li dist : « Biaus oneles, biaus sire,
60 Jà sai-jou bien par oïr dire
C'aine nus n'ala fallis de toi ;
Se jou i fal, pèsera moi ;
Bons rois à qui nus n'ot ains falle,
Otroiés-moi eeste batalle ;
65 Si me fai, sire, tele honor
Que tu me doinses à segnor
Guiromelant qui m'a amée
Et jou li ai m'amor donée 1 ;
Ne te requis onques mais rien ;
70 1çou me fai, si feras bien. •
* « Nièee, fait li rois, nel puis faire,
Tant ai plus anui et eontraire
Et si en doi moult dolans estre ;
Puis e'a eaueié el pié senestre
7!) Mes niés l'esporon por eombatre,
Ne me doi pas sor lui embatre.
Nièee, se Diex me doinst honor,
Moult par ariiés boin signor,
Et moult m'en tenroie à gari
80 Se vous le prendiés à mari ;

1 791 et 14b3 ajoutent iei deux vers :


Et il moi, biaiix sire, la soe;
iîentix rois, eeste nièee toe
Ne le requist , elr.
— 80 —

Et bien le m'ont reeonéut


Cil ki désarmé l'ont véut
Que moult est biaus ; va tost de ebi
À ton frère et erie merei
i l 485 Que fin de la batalle faee
Por Dieu et por la soie graee 1 .
Moult avenroit la eompagnie
Entr'aus, se Dex me bénéie*. »
Or entendés de Clarissant
Com elle fist hardement grant,
Et si li vint de gentil euer ;
Que son mantiel a giété puer
Et voiant tous s'est desfublée ,
Et voiant tous en est alée
95 À son frère mierei erier
Et à genellons lui prier ,
Si eom il l'aime de euer fin,
De la batalle faehe fin,
Et Guiromelant à segnor
1 1500 Li doinst. Fait il à sa seror :
« Amie franee, douee suer,
Vous me deseouvrés vostre euer;

1 794 el 1453 ajoutent iei deux vers :


Requier-li à seigoor eelui.
Si l'аint désomies et il lui.
* Le refus du roi est plus motivé dans Mpl. :
Rele nièee , n'est pas en moi. Fère don ne desassemblee ,
Quar ge ne puis, ne ge ne doi Puisque ma eort est assemblée;
De bataille, de traison, Qu'il seroit eontre la eouronne.
Se fère ne vueil mesprison ,
« La raison est bien apparente par ee que je ne puis ne doy desassembter
une batalle qui de lrabison est sommée, » dit 1530. L'entretien se prolonge ensuite
dans la traduelion, et leroi, après avoir eonseillé à Clarisse d'aller implorer son
frère, répète eneore : « Car je ne m'en pourroye entremeelre que ne soit eontre
l'iionneur de la eouronne. »
— 81 —

Mais le voloir au ehevalier


Ne sai pas, mais moult le trui . lier ;
i 1 505 Et si ne vos mentirai mie
Que mainte pueièle est amie
Là elle n'est gaires amée,
Ainz est deehéue et gabée 1. »
« Chevaliers sire, fait se il Coment Clarisse prie
à son frère que il li
« 0 Avés oit ?» — Biaus sire, oïl. » doinst le Guiromelant.
« Dont dites que il vos est vis MB.
Par l'entremise du
De eou que ma suer a ei quis. » roi , Orgueilleuse re
« Sire , se Dex me bénéie , nonee a sa haine eontre
Gramoflanz, eelui.ei se
Que volés-vos que je vos die? désiste de son duel avee
• 5 Combatut somes jusqu'à ore, i¿iiuvuiu. W. v. E.
Et bien me eombatrai eneore;
Mais se vostre suer me donés
Jà n'en serés deshonourés

* La seène est tout autre dans la version Mpl. Gauwain refuse tout arrange
ment si son adversaire ne retire son aeeusation :
Cil (Gauwain) respont :« Bele, par ma foi, Que il veut bien , sauve s'anor.
Ce don ne vos donrë-je jà Qu'il ait à fame sa seror. »
Devant ee qu'il se desdira Et eil desdire ne se veult.
De l'outrage qu'il me met sus. » • De ee tot le mien euer se deuil1 ;
Et li rois ne demora plus , Si relaz demain sa vrntaitle
Ainz est alez après su nièee: El si reviegne à sa bataille
Li parlemenz dura grant pièee O tiex armes eom il a ei. »
Et Clarissans toz jors plora; Chaseuns d'eus le eréante ainsi ,
Etmesire Gauwainslor a I.tue n i ul dit ne plus ne mains.
Créante que, s'il sedesdit Atant s'en est partiz Gauwains.
De l'outrage qu'il li a dit ,
1530 mêle les deux versions: aprôs \ eondition de se desdire imposée à
Guiromelant par Gauvain tomme dans Mpl., Gauvain ajoute, avee Mons:
« Et toutes vois je ne seny pas la voullenté du ehevalier, ear telle pueelle est
amie que depuis à lnrd s'en repent par tant que moquee est de eelluy du quel
elte euyde estre aymée, » ete. Puis le roi intervient eomme dans Mpl.
I C'est te roi q'ii jnde iei.
T. H, G.
— 82 —

Ne vostre suer deslionerée ;


11520 De vu. ehités sera douée1. »
Dont a mesire Gauwain dit :
« Guiromelant , se Dex m'aït ,
S'ui matin le m eussiés quise ,
Fait en fust tout à vo devise;
25 Espoir vous l'ayés fait de gret,
C'on doit monter plus haut degret
En boine amor e'on doit joïr;
Se Damlediex le viut sofrir,
Vous seus en ares le doeeur ,
30 Et le délit de ma sereur
Qui moult est bele et avenans;
Cou est la bièle Clarissans
Que jou moult aim eomme ma suer,
Cou saeiés-vous, et de bon euer;
35 Vous iestes li miudre à droiture
Qui soit tant eom li sièeles dure. »
Et Guiromelans, sans noisier
Et sans ire et sans reproeier,
Li respont : e Sire , avoi , avoi ,
40 Se ehi n'avoit mellor de moi
Ne mius vallant, ee saeiés-vous,
Ce vos di-je bien à estrous,
Abaissies seroit vostre pris;
Mais , merei Dieu , il m'en est pis ,
45 Si m'iert torné à grant honor
Quant me sui tenus au mellor
Qui soit el mont tant longement ;
Et si vos merei hautement

1 1530 mêle eneore iei le texte de Mons à eelui de Mpl.


— 83 —

Del honor qu'il vos plaist à dire,


1 1 üü0 Et endroit vostre seror, sire ,
Que vous me donés, sire eiers. »
Gauwains respont : « Mais volentiers ,
Car bien l'emploi, ee m'est avis ;
Chevaliers iestes de haut pris. •
5S Par aus in départ la mellée
Et ont l'aeorde porparlée.
Li eonroi ki les esgardèrent
1snièlement se désarmèrent ;
Ensamble poingnent les » 11 . os ;
60 Bien virent Guiromelant tos .
Que la pais fu de la batalle ,
Нom devenir au roi sans falle
Et sa tière reeiut de lui.
Li rois honeure tant eelui
65 Qui tant estoit preus et hardis.
Et si estoit amanevis
Que il sa nièee Ii otroie ;
Gauwains le viut et si l'en proie.
ÇjCgnor, e'est fine vérités : Granoflani épouse la
70 sieur de Gauvain et le
roi fait deux autres
L'une en Wales, Dinadaron, mariages. W. v. E. 1
Ensi l'apièlent li baron ;
L'autre Notinguentans sor mer,
Ensi les oï apieler ;

1 lei W. v. E. reprend les aventures de Pereeval pour ne plus les aban


donner et terminer brièvement le poème : —« Pendantlesfêtes de la triple noee,
il reste un malheureux , e'est Pereeval. Le dèsir qu'il a de revoir sa femme
elle Graal le pousse à se lever au point du jour pour reprendre le eours de
ses voyages. » — Cette transition nous transporte aussitôt à la fin du poème.
D'iei là, nous avons la eontinuation allemande, dont nous donnerons les ru
briques d'après deux manuserits, relui de Rome (ft) et eelui de Donaues-
eUiniren tD;.
— 84 —

1 157!) Et fortereees jusqu'à xxx ,


Assés lor donra bele rente.
Elios qui tient Dynadire
Et maint autre , ee vos puis dire ,
Refont au roi Artu homage.
80 Une nièee de jouene t'age
Avoit li rois, moult gente etbele;
Nomée estoil la damoisele
Paunontangréel la petite;
De toutes biautés fu parfite ;
85 Guigambresil eesti dona,
Moult hautement le maria 1 ;

• Non seulement la rédaelion, mais l'aventure eontinue à ditlérer eomplète


ment : Le lendemain de grand matin, le roi marie les deux amants à l'insu
de Gauvain , qui s'en irrite et abandonne la eour :
« Comment m'a done mon onele fet Sanz mon los el sanz mon otroi )
Si grant honte et si grant melTet Or poez bien dire le roi
Et si vitaine mesprison ? Que jamès à li ne serai,
A eelui qui de li aïson .Ne jamès ne retoenerai
31'apele, a ma seror donnée En son païs ne en sa terre
Et si qu'il l'a jà espousee Devant ee qu'ilmeviegue querre,Mpl.
1530 suit eelte version.
Kex alors prend le malin plaisir d'aller annoneer eelte mauvaise nouvelle
au roi, qui ее ренте, ainsi que Genievre, Ygène, Clarissanl et toute la eour.
Revenu à lui, Artbur se déeide à suivre Gauvain ; les trois reines, /; Guiro
metans et sa femme, et de nombreux ehevaliers et pueeUes raeeompagnent :
N'onques mës nus, si eom moi semble ,
Ne vit tel baronnie ensemble
Por aler » i » ehevalier querre.
Le poëte suit Gauvain el iei vient se plaeer l'arrivée de Gauvain elie?, le roi
Pêeheur; le héros voit la lanee, le Graal et le eereueil; il demande l'expliea
tion du mystère; le roi Pêeheur le soumet à une première épreuve : Gauvain
ne peut resouder l'épée, le roi le déelare indiIrne de eonnaitre ees seerets et le
ehevalier s'endort profondément: l'aventure est manquee. Celle seène qui se
retrouve plus loin, rédigée autrement dans la version de Mons, se répète
une seeonde fois dans la version différente, et au même endroit que dans Mons,
mais non dans les mêmes termes.
Лс le péust mius marier
Ne à plus haut home doner;
Нom redevint le roi iltier,
1 l:i'J0 Et maint autre baron avoer ,

Gauvain ayant ainsi éehoué dans h reeherehe du Graal , se souvient du


répit d'un an qui lui a été aeeordé par Guigamhresil ù la eondiliun qu'il
poursuivit eette aventure périlleuse ivoy. lome l, p. 250i; il se hâte de se
rendre au rendez-vous du eombat. En roule, il est provoqué par un ehevalier
nommé Dynadares , qui, après avoir rompu une lanee , remet le eombat à leur
première entrevue a la eour. Arrivé ehez le roi d Eseavalou, Gauvain se
trouve en prèsenee de deux adversaires qui réelament sa promesse. La eour
déeide qu'il doit se battre seul eontre les deux barons de si haut pris.
Le roi Arthur, prévenu à temps, aeeourt, empêehe le eombat, réeoneilie les
ehevaliers et donne deux de ses nièees à Guigambresil et à Dynadares.
Le MS. de Mons néglige de suivie l'aventure de Gauvain avee Guigambresil
et la tranehe après le mariage par quelques vers. (11599 et suiv. p. 87).
12577 et 1530 different eneore de Mons et de M pl. lls donnent eomme dans
Mpl. le mariage de Clarissant, le départ de Gauvain, l'aventure ehez le roi
Pêeheur, le duel avee Dynadares, le retour do Gauvain à la eour d'Avalon, son
eombat eontre deux ehevaliers, et l'intervention du roi Arthur. Mais ils inter
ealent de longues seènes : d'abord entre le départ de Gauvain et son arrivée
ehez le roi Péeheur, ensuite entre son éehee à la eour du Graal et sa reneontre
avee Dynadares.
Voiei les rubriques de 12577, de 1530, de Mpl. de Rome et de Donaues-
ehingen. qui ne eoïneident pas avee le réeit de Mons et qui n'ont pu prendre
plaeeen marge du texte :
« Comment messire Gauvain fort eourroueé se départist de l'ost du Roy Artus
pour ee que le Roy Artus avoit donné Clarissant sa seur en mariage sans son
eonsentement. 1530.
a Gawan se sépare en eolère du roi Artus, paree qu'il a donné sa sœur
eomme épouse à Gramozlanze, sans qu'il en fût informé. 11 fait serment de ne
plus jamais reparaitre à la eour du roi Artus Le roi Artus rassemble mille
ehevallers, eomme eela se trouve déerit dans le Pereeval wallon, qui esl iei tra
duit en Thiois. Et quand il apprit que son neveu Gawan était parti en eolère, il
déelara solennellement qu'il voulait le reehereher avee tout son entourage, et
il le fil. — lei nous nous taisons du roi Artus et dirons eomment Gawan vint la
première fois auprès du Graal. C'est aussi traduit du wallon en Thiois. t.'est le
— 86 —

De lui retienent quanqu'il tienent ,


Et si liège home toi devienent ;
En toutes les illes de mer
N'a baron qui faee à noumer

vieux Pareifal Thiois fait depuis longtemps, et lout ее qui se trouve déerit ei-
après est aussi de Pareifal et traduit également du wallon en Thiois. Cela s'est
tait quand on eomptait de la naissanee de Dieu 1300 et 30 ans, dans la sixième
année. — lei finit l'aneien Pareifal, eopié ei-dessus (eelui de Wolfram). lei
eommenee le nouveau Pareifal. D
« Comment li rois Artus etla roïne ehevauehent pensant. (En suivant Gau-
vain.I Mpl.
« Comment Iiauvain la nuit de son département souffnst moult de griefz,
pluye, gresle et tonnoire. 1530.
« Comment pendant le temps que Gauvain mengeoit arriva ung ehevalier
le quel osta le eor à la damoiselle qui avoitléans Gauvain amené. 1550.
» Comment messire Gauvain fut grandement blasmé du Nain eontrefaiet pour
ee qu'il n'avoit tenue promesse touehant la délivranee d'ugne damoiselle. 1530.
» Comment Gauvain allant pour délivrer la damoyselle du puis trouva dedans
ung pavillon ung ehevallier mort qui eommença à seigner pour la prèsenee
du dit Gauvain et eomment ledit Gauvain fust suyvi par quatre ehevaliers et
en oeeist les trois et le quart se rendit a luy. 1530.
» Comment mesire Gauvain se eombat eneontre . mi. ehevaliers, dont il en
oeist les trois et le quart se rendi à li à fère sa volenté. 12577.
» Comment Gauvain semist en voie en delaissant Clarion eteomment il arriva
de plaine nuieten un ehastel où il netrouva homme ne femme jusques ad ee
qu'il eust repeu, puis s'apparust à luy ung ehevallier auquel il eonquist et vain-
quist. 1530.
» Comment mesire Gauvain vit la lanee qui seinnoil et le St Graal. Mpl.
» Comment Gauvain après avoir délivré les pueelles se mist en ehemin et
tant erra quil vint ehez le Roy Pesehor et après avoir repeu luy fust apportée
l'espée rompue pour la ressoudre, ee qu'il ne peult faire. 1530.
» Comment Gauvain estoit à la table le Roy pesehéeur et aportoit on pardevant
la lanee qui saingne et après une pueele qui aportoit le saint Graal. Et après
venoient hommes qui portoient une bière et une espée desus. 12577.
» Comment Gauvain fu au ehastel de Mont-Eselaire après eequ'il ot eonquis
tes .ni. ehevaliers qui avoient assiégé le ehastel et eomment il demanda l'es
pée aux estranges renges et eomment il l'ala querre où elle pendoit. 12577.
» Comment après eongiépris de la pueelledeMont Eselaire, Gauvain ehevauleha
— 87 —

1 1 595Ne devenist ses hom le jor,


U par foree u par amor 1 ,
Fors seulement Brun de Branlant 1 ,
Sor eui il va tout maintenant ;
Mais bien vos sai dire sans falle
1 1600 Qu'il firent pais de la batalle Comment leroy Artus
À Guigambresil , ee m'est vis, fiat assembler let raus
et ehevalliers à luisub-
Et de Gauwain qui s'estoit mis jeetz pour aller eom
El roi Artu trestot de plain. battre eontre Brun tie
Branlant lequel [u*î
Li rois est meus el demain assiégédedeni son ehas-
h Et toute l'os , la matinée ; tel. 1530
1.1 rui Artns veut as
Droit vers Branlant, sans demorée, siéger Bruns Je MMml.
Leur jornées tant eevaueièrent lt.
le «ai Artus, veut
Que la ehité moult aproeiérent. Buin vun Oreilaii. 1)

par plusieurs journées, puys reneontra ungehevallier (Diiiailarei lequel luy voul-
loit mal de mort et eombattirent ensemble et fnst le dit ehevallier vaineu. 1530.
» Comment li rois Artus f1st la puis de mesire Gauvainet de Guiguembresil et
Dynadare. JJpl.
Gauvain eombat avee Diuasdares. R.
lei Gawan rombat avee Dynasdamres. D.
Deux (ehevaliers; provoquent Gauvain au eombat à Kavaln (Cavalon). R.
lei Gawam s'engage pour un eombat singulier à Kavalun. D
» Comment li rois Artus fu assisau menfrier entre ses rois et ses eontes. Mpl.
» Ces rubriques se plaeent entre eelles imprimées en marge pp. 74 et 87 pour
1330 ; pp. 73 et !»j pour 12577 ; et pp. 73 et 123 pour Mpl.
1 1450 s'arrête iei. Je l'ai eonfondu, p. 47, note 1, avee les manuseritsqui ne
vont pas au delà du Pereerai le vieit. La vérité est qu'il suit jusqu'iei, sauf va
riantes, bien entendu, la redaelion de Mons. C'est un einquième manuserit à
ajouter aux quatre autres.
* Après les seènes toutes différentes, signalées en notes, Mpl. -«prend iei
le même sujet :
Fors que » i » seul, Brun de Bruiant ;
Mais ee vers de transition est le seul qui ressemble à notre texte. La rédaelion
de Mpl. est iei beaueoup plus étendue ; le poète y fait notamment I'émunéra
tion des rois, des prineipaux ehevaliers et dames , réunis à la eour du roi
Cil jouene ehevalier novel
H610 Qui d'armes aiment le revel

Arthur, avant que l'armée se mette en marehe, 330 traduit ee passage avee
plusieurs variantes. Voiei le texte de Mpl. :
Oreseoutez el premier ehief Qui moult estoit bons ehevaliers ;
Liquet baron i sont venu : Carados Brebraz i estoit
Li rois Mars (Mare) premerain i fu 15 Quien la iorbon lien avoit ;
Et puis après , Loth d'Oreanie , Tristan qui one ne rist i est ,
5 Celui n'oublieré.ge mie; El après Tors li lilz Arest,
Et i fu li Guiremelanz El Sagreiuors li desreez
Qui moult est et preuz et vaillanz ; Qui one ne fu d'armes lassez ,
De Goinnee i fu li rois , 50 Li druz à la sore pueele ,
Et Broe qui moult estoit eortois j De la blanehe forest la bele ;
10 Li rois Cormadan de Coenaise Li sires de la blanehe lande
Qui volentiers jeue et envoise; Vint a la eort sanz grant demande ;
Et d'lrlande i fu Meraguins, Nommez vos ai , ee m'est avis ,
. l. rois qui ne fu pas frarins ; 55 Trestouz les homes du pais
Li rois Conder et Caridoe Qui à la eort furent venu.
15 Qui miex aimme l'auber que froe , S'a moult au roi Artu pléu.
Et li rois Guion d'Éveline Celes qui furent en la ehambre
Qui mout amoit bele voisine La roïne , si eom moi semble ,
Et Marbruns de Bonbrainlande : 60 vorai-ge partie eonter;
Qu'onques ne quiert pès ne demande; Nes voil pas totes meseonter
S0 S'i fu li rois Meriadès, Que de plusors ne nom les noms
Et après, lirois Moradès; Ausi eoin g'é fet des barons ;
Et si i fu Loth d'Orlenois La pueele de Mont Eselère ,
Et Genoblieor des Marois. 65 Et ieele de Biau Repère.
Or sont li roi trestuit nommé Les » mi . des elères fontenelles
Qui à la eort sont assemblé , l sont , qui moult estoient beles.
Foi s seulement d'Eseavalon, Et s'i est la sore 'pueele
Li rois qui tant par est prodom, Qui moult est avenans et bele ;
Que ge dui ore trespasser , 70 De Carados (Carahais) madame Ysuine
Mès ne le doi pas oublier. Qui moult est avenans et sage ,
30 Après ieeus i vint Gauwains El madamoisele Guimer
Qui de toutes bontés est plains , Qui moult refesoit à prisier,
Et si i fu mesire Yvains, El puis o la mamele d'or
Son père ot nom roi Uriens , 75 Qui suer estoit au bel Cador
Etaveeeuls li quens Guinable Qui sire estoitdeCoenoaille;
35 Et Boeder, li eonnoistable, Ce vos di bien sanz devinaille ,
Et Guerrehès as armes bises , l .mie fu Carados Brebraz ;
ll ne portoit autres devises ; Moult en i a de grant soulaz;
El si i estoit Agravains , 80 Mès ge n'en veil ore plus dire,
Li orgueilleus as dures mains; Car plus n'en truis en ma matire
10 Et s'i est Kex, li senesehaux , Que vous avez ii i oi.
Qui de bouehe est trop desléaux ;
Si fu Liieans li bouteilliers
— 8!I —

Et à faire ehevalerie,
Caseuns por le pris de s'amie,
Tout ki ains ains, toutderréé,1
Sont venu devant la ehité ;
11615 Mais fièrement sont reeéu,
Car eil dedens sont fors issu
Trestout rengié devant la vile,
Si furent bien plus de ill mile ,
Et eil lor sont seure eouru ;
20 Là ot maint ehevalier féru
Et mainte lanee grosse fraite
Et mainte joste dure faite ;
Maint eseu fort frait et pereiet ,
Maint eheval mort et gaégniet ;
25 Mais de lost i vint si grans gens
Qui à foree les mirent ens;
Si sont assis tout environ ;
Maint riee tref , maint pavellon
Ont estendu par la eampagne ;
30 N'i remest mons ne vaus ne plagne ,
Que maintenant n'aient logies ;
Qui n'ont tentes si font fuellies.
Quant les grans gens sont deseendues
Et les tentes furent tendues ,
35 Mervelles sont en i. tenant;
Ains mais itant destrier eorant,
Tant eseu ne tante banière,
Ne tante riee tente ehière ,
Ne tant espius ne tante lanee
40 Ne tante espée qui bien tranee ,

1 äi ains ains : à qui mieux mieux.


— 90 —

Ne vit nus hom en une plaee.


Or ne quie mie que moult plaee
Ceste venue à eiaus dedens.
Moult se fu bien porquis de gens
1 16i3 Bruns de Branlant, ee m'est avis ^
Tous ses homes et ses amis
Ot mis laiens por lui aidier ;
Bien furent vu . mil ehevalier
Et trestous ses arbalestriers
50 Et ses serjans et ses areiers;
Garnis esloit au mius qu'il potr
En tant eom il loisir en ot.
Li rois a la ehité assise ,
Mais ne l'a mie eneore prise ;
55 Ains i sist-il vu. ans adès
Qu'il le tenist .ni » ans em pès,.
Fors e'apriès aoust s'en partoit
Et toute li os s'en aloit
Por séjorner, ee m'est avis,
60 Apriès Penteeouste . vin . dis ;
Quant il avoit sa eort tenue ,
Et sa grans os ert revenue ,
Arrière au siège revenoit I
Et tout lor blet lor destruisoit ;

1 Ce détail se trouve aussi dans l'autre version et dans 1530 :


Longuement sist ainsi li rois Et qui bien les gailent par nuit.
Qu'ainz n'i forfist vaillant » i » pois De l ost se partent einsi tuit
. vu . anz , si eom trouvé avons Fors eit qui le eliasiel gardoient ;
Es livres que léuz avons ; As huitiemes dont retoenoienl
Chaseun karesme, s'en partoit De Penteeouste droi! à l'ost,
Li rois , fors tant que il faisoit Li rois i revenoit moult tost. Mpl.
Remanoir eens qui l'ost gardoient
Et les eliastiaus que il uvuient
— 91 —

Por seul itant les quidoil prend


Si que li fains les fesist rendre.

L'une estoit Lore de Branlant,


70 Ains ne vit-on si avenant ,
Plus sage ne mius aflaitie ,
Plus rians ne mius envoisie ;
L'autre , Ysaune de Curabais ,
Plus gente ne verés jamais.
75 Quant il estoient enserré
Et dedens la vile affamé ,
Demandoient le preu Guuwain
Et avoee monsigneur lvain;
ll i aloient maintenant
80 Desous la tor en i pré grant ;
1luee as pueièles parloient
Et eles moult se déplaingnoient
De lor destreee, de lor fains,
Dont ont eu 1rs euers si vains ;
85 Quant li ehevalier les ooient,
Moult grant pitié d'eles avoient,
Si venoient en l'ost arrière ,
Ail roi faisoient grant prière,
Qu'anvoiast viande as pueeles ,
90 Qui tant par sout gentes et beles ;
Li rois, qui moult estoit eortois
Vers totes gens, à toutes lois ,

1 Les deux seènes semblables qui eommeneent iei sont réduites dans Mpl.
à une seène très - eoneise de 6.1 vers. 12577 et 1530 eonservent les deux
seènes en mêtant les deux textes.
— 92 —

Gentius et frans et envoisiés


Et larges, n'ert pas esmaiés
1 1 795 Quant il oi eeste nouvele
De easeune qui tant ert bele ;
Si lor envoie à grant fuison
Car freske, oisiaus et venison ,
Et pain et vin, à grant plenté ;
1 1700 Et par çou tinrent la ehité
» 1n. ans que tenu ne l'eussent ,
Saeiés deli , s'eles ne fuseent.
Tant que li rois lor desfendi
Que mais n'i ait nul tant hardi
5 Qui jamais à lui en parlast
Qu'il viande lor envoiast ;
Ains puis n'en osa nus parler.
Ses grans pierrières list gieter
Li rois as murs de la ehité
10 Tant qu'en maint liu furent traué ;
Moult les destraint d'estrange guise ,
Car si priès ot la vile assise
Que nus n'en pot issir n'entrer;
Trois jours les eovintgéuner
15 Que eles n'orent que mangier,
Ne se sèvent ù eonsellier ;
Les pueièles sont moult irées
Et por lor grant faim empirées,
Car in jours orent géunés.
20 Mesire Yvains fu lors montés
Sour i . eeval moult biel et grant;
Por déduire al avesprement,
S'aloit véoir la vile entor,
Tant que il vint desous la tor,
— 9." —

1 t"ilj Si s'ariesta el pré flori


Por les pueièles qu'il oï;
Lassus amont furent as estres,
Apoïes à . il • feniestres,
Si ploroient moult tenrement
30 Et plaingnoient piteusement
De lor faim qui si les destraint
Que toutes les eolors estaint
Et noireist et fait empalir.
Mesire Yvains gète » l » souspir
35 Quant il entent lor grant destreee ;
Lsuèlenieut et sans pereee
En vient, ausi eom à desroi,
Tant que il vint devant le roi ;
Et maintenant est deseendus ,
40 Si est en l'entente venus ,
Devant le roi s'agenella ,
Et le pié destre li baisa.
Li rois s'en est moult mervelliés
Et . un . fois s'en est sainiés,
45 Si l'en a lev é par la main :
« Avoi, fait-il, mesire Yvain,
C'avés-vous? dites-le moi tost;
ll n'a ehevalier en eeste ost,
S'il vos u fait mal ne anui,
50 Bien le saeiés, qu'eneor aneui ,
Tout ausi eom il vos plaira,
Voiant nous tous l'amendera ,
Ne jà tés dons ne pora estre
Se vous le me volés requerre
55 Que vous ne l'aiés maintenant. »
« Ha, gentius rois, de Dieu le grant
— 94 —

En aiés-vous grés et mereis !


Or sui-je dont del tout garis ;
Dont vos pri-jou moult et requier
i 1 7G0 Que vous envoiés à mangier
As pueièles ki laiens sont,
Car de faim tés angoisses ont
Que mais ne le pueent soufrir ;
Ains les eonvenra à morir
65 Se moult tos ne les seeorés. »
Et li rois dist eome senés :
« Jou le vos ai aeréanté ,
Si en ferai vo volenté ,
Car de ehose que rois a dite ,
70 Quels qu'ele soit , grans ou petite ,
N'est mie loiaus s'il en ment ;
Et tant saeiés veraiement
Qu'il n'a en eeste ost ehevalier
Fors vous qui m'en osast prier ,
75 Que jamais puis bien li féisee
Ne de maisnie nel tenisse. •
Kex apièle , se li demande
Qu'il faee de eière viande
Cargier i . somier, si l'envoit
80 À la ehité, à grant esploit,
As pueièles qui laiens sont
Qui grant sofraite de bien ont.
Et Kex nel mist mie en obli ;
Si vos raeont por voir et di
85 C'onques mais en jor de sa vie
Ne fist Kex si grant eortoisie ;
Saves quel eortoisie il fist?
»X. varlés toi maintenant prist
Et si a fait querre moult tost
l 1 7U0 Tot le plus fort somier de lost ;
Si fait enbanter maintenant
1n bars qui ne sont pas pesant ;
Une some de vin i misent,
L'autre de pain légier qu'il kisent
95 La tieree fu de venison,
D'oisiaus, de fruit et de poisson
Et de trestoute ¡eele rien
Qui à mangier puet faire bien.
Et eil de lost qui l'ont véu
1 1 800 A moult grant bien li ont tenu ,
Grant pris reeiut de eeste eose.
Et li soumeliers ne repose,
Le somier vers la eité maine,
Le petit pas, à moult grant paine ;
5 Car si fu eargiés li eevaus,
Ainçois qu'il venist as portaus ,
Li ereva li euers , si ebaï.
Et eil qui moult sont afloibli ,
Cil de laiens i sont venu
10 Et à grant joie reebéu ;
S'en ont assés in jors entiers.
Bruns de Branlant fu ehevaliers
Vallans et preus et de haut euer ,
Si ne se vot ains à nul fuer
15 Por nule destreee esmaier;
À . i » matin , sans délaier,
Ensieom il dut ajorner,
A fait toute sa gent armer,
Si eomanda la porte ovrir
20 À ehiaus qui vorrent fors issir ;
— 96 —

Les autres a fait eomander


Que le vile voisent garder,
Et il, à ni . rens eompagnons,
S'en va poingnant as pavellons,
l 1 825 Si sont à foree en l'ost entré ;
Cil ki sont nu et désarmé
Ne se pueent vers aus desfendre,
Et eil n'entendent fors au prendre
Vitalle dont orent mestier;
30 Torser en lisent maint somier
De tel viande eom aus plot ,
Tant que easeuns assés en ot.
Et li eris est levés par l'ost ,
Coment Gamvains et Si salirent as armes tost;
Brun de Branlant julis- 35 Et eil ki ot son eskiee fait
lent ensemble. 12577.
Le sire Gawnn vient À la ehité arrière trait,
rheî la sœur de liran- Ses a tous fais entrer laiens ,
dalin et joute avee ee
lui-ei. D. ll remest fors à poi de gens.
Mesire C.auwains fu montés
Sour » i » eeval , tos désarmés ,
Et n'ot fors son eseu au eol 1 ;
Cel jor s'en dut tenir por fol ,
Et en sa main prist une lanee;
Sor son eeval qui tos s'eslanee
45 S'en issi, galopant sor frain,
De l'ost tant que il vint au plain

1 Les deux épisodes qui suivent : le eombat de Gauvain et de Brun, et la


seène entre Gauwain à peine guéri et le roi Artbur, manquent dans Mpl., qui
passe aussitôt à la eapitulation de la ville assiégée. lls se trouvent dans 12577
et dans 1530, qui, eomme toujours, semblent eombiner les deux versions.
Por demander ee que estoit;
Bruns de Branlant venir le voit,
Le eief de son eeval guenei
1850 Et point moult tos eneontre lui.
Mesire Gauwains, sans pereee,
Qu'il le voit, envers lui s'adreee
Plus tost que nus esmerellons;
Andoi hurtent des esporons,
55 Si ont les lanees empuignies
Et les enarmes aslongies,
Les eseus as poitrines goins ;
A eiaus qui les voient de loins
Resamble qu'il doient voler,
60 Si tost font les eevaus aler
Qui tant furent eorant et fort ;
Diex les gart ambesdeusde mort!
Car li mains preus est moult vallans;
À la ravine des eourans,
65 S'entreeontrt rent ambedui ;
Mesire Gauwains fieri eelui ,
En son venir, de tel vertu,
Parmi la bouele del eseu,
Toute sa lanee i éust mise
70 Quant moult près del arestuel brise;
Bruns de Branlant mie ne faut;
Par le penne del eseu haut
Et par l'espaulle, sans fallanee,
Li mist le moitié de sa lanee ;
75 Tout ensi ofierte li lait
Et vers la ehité s'en revait ;
Laiens se mist isnèlement
Parmi la porte avoee sa gent;

T. ll
— 98 —

Et eil de l'ost i sont venu ,


i i 880 Si sont à » i fais deseendu
Environ monsigneur Gauwain ;
Quant l'ont trové et pale et vain ,
Plusour s'en sont de duel pasmé ,
Quant il le virent si navré,
85 Moult souavet l'ont deseendu,
Si l'ont eoueié en son eseu,
La lanee n'ont pas traite fors,
Mais à plaine ausne de son eors
D'ambesdeus pars la li eolperent ;
90 À sa tente l'en aportèrent ;
Li rois i ert venus poingnant
Et se pasme tout maintenant ;
Et la roïne et ses pueièles ,
Quant moult tos seurent les noveles,
95 Si s'eserient à moult haus eris ;
Ains mais tés dels ne fu oïs
Que li rois maine et eil de l'ost ;
Ses mires fist venir tantost ;
Lues maintenant qu'il fu eonfès,
i 1 900 Tout souavet et tout empès
Le gros tronçon li ont trait fors
De la lanee k'avoit el eors ;
Puis li ont sa plaie lavée
Et d'un bliaut moult bien bendée,
5 Et, quant il l'orent bien eierkie ,
Et del sane toute nétoïe,
Si dient tot qu'il garra bien,
Que jà ne s'esmaient de rien ;
Le roi ont moult reeonforté.
10 Entr'aus se sont puis tant pené
K'ains que venist li uuemes jors
Li alègent si ses dolors
Qu'il est à garison tornes.
Li rois n'est mie asséurés,
i i 915 Ains fait ses perrières geter
As murs qu'il voloit estroer.
De moult grande s'est eseapés
Li niés le roi, e'est vérités ,
Li hardis mesire Gauwains ;
20 Mais il giut bien u . mois tous plains.
Tant qu'à i matin se gisoit Comment Gauwains
Emmi son lit et si velloit, s* partist de l'ost du roi
Artus sans avoir pris
Si vit venir »t» sien varlet eonpt? ne du roy ne
Qui amenoit son gringalet d'aultreet eomment le
roy enpersonne lesuy-
25 De l'aiguë ù il avoit béu ; vist , l'ataiguist et ÍM
Tout maintenant qu'il l'ot véu, proinrelre audit Gau.
vain brief retourner, ee
En son séant el lit leva, qor ledit Gauvain n'en.
Son varlet à lui apiela, tendoil faire. 1530.
S'a unes braies demandées ;
50 Cil keurt, si li a aportées
Unes braies d'un blane eainsil
Qui n'estoit mie de gros fil ;
Et puis est eaueiés et vestus,
Si est fors de son lit issus,
35 Si a le varlet eomandé
Qui son eeval ot abevré,
Que la sièle moult tost mesist
Desus et moult bien l estrainsist ;
Cil a fait son eomandement,
40 Et il s'arma isnièlement,
Si est sor son eeval montés ;
Ensi s'en va trestous armés.
— 100 —

Kex li seneseaus qui le voit


Vint au roi et si li disoit :
H945 « Vostre neveu avés perdu. »
Et, quant li rois l'a entendu ,
Saut sus et erie hautement :
« Sainte Marie, et jo eoment ,
Seneseaus, dites-le moi tost. »
50 « Tos armés, s'en va parmi l'ost
Là fors por eaeier aventure ;
Ne doute mais sa bléeéure ;
Tos quide estre garis et sains ;
Puis qu'il sera là fors as plains,
55 Se il trueve aueun ehevalier
Qui le voelle eontraloier,
Tantost à lui se eombatra,
La ears novele desrompra,
Si morra iluee maintenant. »
60 Li rois sour son eeval ferrant
Sali et fiert des esporons ;
À l'issue des pavellons
A son neveu aeonséu :
« Biaus niés, fait-il, e'avés éu ?
69 1ee que est que volés faire ? »
» « Ha, gentius rois et débonaire,
Ne quidiés pas que soie armés
Ne desor mon eeval montés
Por errer ne por moi eombatre ;
70 Ains me voel déduire et esbatre,
Car géu ai moult longement,
Endormi et tornie me sent 1 ,
Var: Que dormi ei roide. 1433. — Tont engourdi et moulin. 1530.
— 101 —

Si voel fors de eeste ost issir


Pour assaier et pour sentir
1 1978 Se d'armes me poroie aidier
Se j'en avoie auques mestier. »
< Biaus niés, de çou sui-je moult liés ;
Or vos pri que tost reviengniés. »
« Volentiers, sire. » Atant le lait ,
80 Et mesire Gauvains s'en vait
Toute une praerie bièle.
1ehi reeomenee novele :
Par une ève outre s'en passa,
Viers une lande s'adreça
85 A » i » bruellet qu'il ot véu
Mervelles bel et bien fuellu. »
<£i oient li tontee à tfrauoain, tnei tome il fu
garis 1.
BGauvaiii vient près de
Ont TU 11 tans biaus, ClerS et nés, |a sauT d„ Brandalis «
Li bruelles fu plains d'oiselés combat aveefcwWlf.
Qui eantent eler et doeement ;
90 Mesire Gauwains les entent,
S'arestut por oir les sons
Et les dous eans des oisellons

1 Ce long épisode est réduit à 36 vers dans Mpl., le poète revient sur ses pas
pour le raeonter après eoup et eomme s'il l'avait oublié :
Des ehevaliers li souverains, Aineois que la eité fust prise,
Ce saehiez , mesire Gauvains , Avoit » i. jor la voie emprise
For ses aventures eerehier, Qui avoit à oum Brandelis ;
Tant qu'il trouva »I» ehevalier Bien fist semblant qu'il fust marriz
Qui ert moult prruz et moult hardiz, De ee que mesire Gauvains
S'avoit nom Melianz de Liz : Avoit son frère (père) à sея .ii. mains
Celui oeist el puis son frère; Et sou frère oeis en batalle.
Atant es-vos le segont frère
lls eombattent : Gauvain est blessé et transporté à Panerist (voy. vers 1 2421).
Apres relte sorte de parenthèse, le poète de Mpl. reprend les suites de la
— 102 —

Et, quant un poi les ot ois,


Ses euers en fu moult esjoïs ;
i 1 995 H point et fist 1 grant eslès,
Lanee levée, tout adès;
Puis s'ariesta emmi le plain ,
Si se trova et fort et sain,
Que de nule rien ne s'esmaie ;
12000 Garis quideestre de sa plaie ;
Mais la plaie est eneor moult tern e ;
Tout maintenant, sans plus atendre,
Passa avant, grant aléure,
. Г bruel fuelli à desmesure,
a Et puis le tiere et puis le quart 1 ;
Ançois qu'il s'en presist regart ,
N'a talent de venir arrière,
Ains pense qu'en nule manière
Arrière en l'ost ne tornera
10 Tant e'aueune novièle ora
Que il aît trovet aventure.
Que qu'il pense et vait l'ambléure,
Si voit en une lande plaine,
Tendu dalès une fontaine
15 Un si très riee pavellon,
Dont tout li pan et li grenon
Èrent de divierses eolours,
De boins pales ovrés à flours
Et à biestes de mainte guise ;
20 Une aigle d'or a sus assise

eapitulation, eomme dans la version de Mous, mais en variant toujours lu forme.


12577 et 1530 donnent tout l'épisode, eomme Mons.
1 Après eeste plaine passée, entra en mig petit bois, et eonsequamment en
ung autre, et puis au quart ». 1530.
— 103 —

Sor le pumiel qui eler luisoit,


De fin or à pières estoit ;
Et li très goneiés par deuYns.
Et dist em bas, entre ses dens,
12025 Que jà nul liu n'arriestera
Tant que el pavellon sera.
Là vint moult tost et si deseent,
À » i kaisne son eseu pent
Et son eheval i aresna ;
50 Dedens le pavellon entra
Par l'uis que il trova overt ;
Laiens avoit »i. lit eovert
D'une eoute de frès samit ;
Une pueièle sbt el lit,
3'i Qui de moult grant biauté estoit ;
Quant mesire Gauwains le voit,
Si li dist moult eortoisement :
« Li rois des rois qui pas ne ment
Vous gart, ma doee dame eière ! »
40 Cele embronça aval sa eière ,
Ne respondi ne ne dist mot.
Mesire Gauwains moult tost sot
Quant il dist: Dame, qu'il mesdist 1 ;
Cortoisement et biau li dist :
45 t Cil Diex vos saut et gart, pueele,
Qui vos fist issi gente et bièle ! »
< Sire, iei l qui fist soir et main
Saut et gart monsignour Gauwain,

• « Et quant Gauvain eust un? pelit pensé, eonsidéra que rien n'avoit la
pueelle respondu pareequ'il l'avoit appellée Dame : pourquoi humblement la
ressatua си disant : Pueelle. » 1530.— Qu'il mentit. 1153.
— l (И — ,

Et vous en apriés bénéie ! »


12050 « Pueele gente, doee amie,
Dites-moi que vous entendés
En eel salu que vous rendés
Monsigneur Gauwain ainsque moi ;
Moult désir à hoïr poureoi,
55 Se il vous venoit à plaisir. »
< Sire , jà ne m'en quier taisir :
Tout ensi respon-je ma mère
Com je fae vous et à mon père ;
Que moult est vallans ehevaliers. »
60 « Douee amie , moult volentiers
En sauroie la vérité
Que Gauwain avés salué. »
« Q ire, bien a .il. ans passés,

65 C'oï primes de lui parler ,


Et si grans biens de lui eonter
Qu'en lui a plus sens et proèee,
Biauté , eortoisie et largèee
Qu'il n'a en ehevalier vivant ;
70 Por ee li rene salus avant
Que à mon père ne autrui. »
< Franee pueièle, ains à nului
Mes noms onques ne lu eelés ,
Poroee qu'il me fust demandés. »
75 » Dont vos pri-jou par eortoisie
Que vos nommés. » — « Ma douee amie ,
J'ai nom Gauwain. » — « Gauwain, fait-ele,
Si nel eroi pas. • — < Amie bele ,
Si sui , e'est fine vérités. »
80 « Sire , donques , vos désarmés ,
— 10Ii —

Je sarai se e'est vous u non ,


Quant jou verai vostre façon. »
« Pueièle, fait-il, volentiers. »
1l se désarme endementiers.
12085 « Sire, l. petit laiens irai
En ma eambre, tost revenrai ,
Et vos sarai moult bien à dire
Se vous estes Gauwains, biaus sire. »
1l li otroie et eele en vait ,
90 -1. riee bort sousliève et trait ,
Qui le eambre ot avironnée ,
Si est par desous ens entrée ;
Laiens ot une sarrasine
Qui est des eambres la roïne 1 ;
'.';, Gynmarte ot nom, moult fu eortoise ;
»1. bort d'oevre sarrasinoise*
Ot eele fait, ear moult fu sage;
Si avoit portraite l'ymage
Monsigneur Gauwain en eel bort ;
12100 Nel fist mie boçu ne tort,
Mais tout autel eom il estoit
Quant il s'armoit et désarmoit;
Ses bones teees, ses bontés,
Ses eourtoisies , ses biautés ,
5 1 portraist si biel et si bien
Qu'il resamble sor tote rien
Monsigneur Gauwain de faiture ;
Tous est autés eom sa nature.

« La reine des ehambres, ou la première ehambrière. 1530 n'a pas eomprts,


il dit : « qui auparavant avoit esté fille de ehambre à la Royne Chambres. »
» 1530 dit : Laquelle avoit pourtraiet subtitlement en brodeure la semblanee
et la figure deGauvain en ung tableau. »
— 10« —

Quant la pueièle l'ot véue,


Si est fors de la eambre issue ,
S'a le ehevalier esgardé,
Qui son eief avoit désarmé ;
Au vis et au eontènement ,
Set bien e'est il tout vraiement ;
i *i À lui vient moult tost , si l'embraee ,
Baise lui les iols et la faee
Plus de xx. fois en i. randon :
«Amis, fait-elle, à bandon
Vos mee mon eors, et vos présent
20 M'amour à tous jors loiaument. »
« Et jel retieng, ma doee amie,
Liés et joians , sans vilonie,
Cest présent et eest guerredon ;
La moie amor vos abandon
25 Et doins et rene sans déeevoir ,
S'il le vos plaist à reeevoir. »
Par »i. baisier l'en a saisie; 1
D'amours, de droit, deeortoisie,
Ont puis ensamble tant parlé
30 Et boinement ris et jué
Qu'ele a pierda nom de pueele ;
Sel nomme amie et damosele ;
Ains que de li se départist,
Le terme li noma et dist
3ü Que il requerre le venra
Et ensamble od lui l'enmenra ;
Puis prent eongié , s'en est tornés ;
De li s'en part, si est montés,

1 1830 a eonservé eette belle expression. « Et allors la saysit Gau vain d'un
baiser. »
— 107 —

Si s'en va petite ambléure.


121 40 Nores de Lis, prant aléure 1 ,
Li pères à la damosièle,
Vint en la tente et dist : «Pueele,
Li vrais Dex il vos gart Pt saut ,
Qui lassus maint el eiel en haut ! »
45 Cele enbroneha aval son vis;
Ne respont mie , ee m'est vis,
Ses pères li respont au quart :
« Ma bièle fille, Dex vos gart ! »
« Biaus pères, eius vos bénéie
50 Qui vous fist, et maintiegne en vie!
Vostre fille sui, n'est pas gas ;
Mais pueièle ne sui-je pas. »
< Ha, ma fille, ki a çou fait ? »
t Mesire Gauvains ki s'en vait ,
55 N'a gaires qu'il torna de ehi,
Men pueelage emporte od lui.
Piéça je vous avoic dit
Que il l'aroit sans eontredit. »
^i tos eom li pères l'oï,
60
Si s'en ist fors del pavellon
Apriès Gauwain à esporon,
Tous les eselos que il trova ,
Si durement esporonna ,
65 Contre i bruellet, emmi i plain,
Consivi monsigneur Gauvain
Qui s'en va pensant de s'amie ;
Si tost eom il le voit, l'eserie :

1 « Le roy de Lys. » 1530.


— 108 —

« Traîtres, n'en poés aler ;


12170 Hui vos deffi del c ief eoper
Por mon frère que m'oeesis
Et puis tel honte me fesis
Que ma fille as despueelée. »
Monsigneur Gauwain pas n'agrée
75 La parole que eil li dist ;
À soi méismes en sorrist,
Si li respont : « Chevaliers sire,
Vous poriés assés mius dire ;
K'ains ne vos fis honte ne lait,
80 Et, se jel vous avoie fait,
Tout sui près que droit vous en faee
Tel amende eom il vos plaee
Que li vostre ami et li mien
Teoront hui reste eose à bien ;
85 Mais de traïson me desfent. »
Son eeval point, la lanee prent,
Met son eseu devant son pis,
Et eil li vient tous engrarnis 1 ,
Tout à eslais pour lui férir ;
90 Si tost eom il porent venir ,
Se sont andui entreféru ;
Nores l'empoint de tel vertu
Que sa lanee toute péehoie ;
Eselat en volent sor l'erboie ;
95 Mesire Gauwains le rel¡ert,
Qui par grant ire le rekiert ;
Parmi l'eseu, parmi l'auber,
Li fist el eors » i moult lait mier \

1 Var : Qui est marris. 14Ö3.


* Hier : marque
— 109 —

Car il l'a navré mortelment ;


12200 Si l'empoint vigereusement
Qu'il l'emporte envers tière aval
Parmi la erupe del eheval.
1reus et pensis s'en retorne ;
Environ lui plus ne séjorne.
5 À eel point revint Brandelis, Coment Brandelia ist
Uns ehevaliers preus et hardis, du pavrillon et s'en
voit après monseigneur
Li frères à la damoisièle , Gauvuin. lÍS3.
Au pavellon et dist : < Pueele,
Diex vos otroit honor et bien ! »
iO Et elle ne respondi rien.
Et il li dist : • Ma douee suer,
Dex vos meee joie en vo euer
1tel eom je voel et désire ! •
Ele respont : « Ciers frères sire,
15 Vostre suer sui-jevoii ement,
Mais saeiés bien veraiement
Que pueièle ne sui-jon pas. »
« Dites-le vous, fait-il, à gas î »
t Ainçois le vos di par vreté. »
20 i Suer, ki vos toli easteé ? »
« Biaus frère, mesire Gauwains. •
Cil fu mas et d'ire tos plains,
S'a le eief del eeval estors
Et del pavellon issi fors ;
25 Si va apriès esporonnant,
Le bruellet passe maintenant
Et va poingnant tot une lande ;
Son père voit, se li demande
Qui l'avoit mortelment navré.
30 . Biaus fins, fait-il, j'ai eneontré
— 110 —

N'a eneor guaires ei Gauwain


Qui m'abati emmi eest plain ;
Va tost, si me quier moneeval,
Sel m'amaine, ear je n'ai mal. »
1223o t Biaus pères, fait-il, nou ferai ;
Apriès le traïtour irai,
La honte ma seror vengier ,
Lé duel de vous e'avoie eier. »
A tant s'en torne les grans saus ;
Parmi landes et parmi vaus ,
Tant ala ses eselos et tint
K'à l'issue d'un bruellet vint
Monsigneur Gauwain ataingnant ;
Se li eseria maintenant :
45 « Traïtres morteus , n'en irés ,
Le mort mon onele eomperrés
Que vous oeéistes à tort;
Mon 4)ère avés navré à mort
Et ma serour despuehelée ;
50 Mar le véistes onques née, 1
Car à morir vos en eovient. »
Cil li respont, si se retient :
« Avoi, biaus sire ehevalier,
Si me sauve Dex d'eneonbrier ;
55 Vos porïés plus biau parler,
Car tous sui près del amender
S'ains vos fis honte ne damage
Ne d'ami ne de puehelage,
Au los de trestons vos amis,
60 Mais que n'i perde honor ne pris,

1 « Dont mieux vous fust ne l'avoir vostre vivant véue. » l'Siti.


— lll —

Ne mi ami ifi aient honte ;


Mais orendroit , sans autre eonte,
De traïson mon eors desfent. »
Tantost, sans plus de parlement,
12265 Ont les fors lanees eslongies,
Et les enarmes enpuignies,
Si se eouvrirent des blasons;
Andoi des trançans esporons
Vont lor eevaus si angoissant
70 Qui moult sont fort et bien eorant
Que riens ne s'i péust tenir;
Toute la lande font frémir
Et des eaillaus le fu voler ;
Si droit et tos les font aler,
75 Ce n'est pas jouste d'aproeier ,
Ains est de lone bien eslaissier,
Et easeuns vient lanee baissie;
Moult i avoit fière arramie,
Car li mains preus est moult vallans ;
80 En la ravine des eourans,
Se sont andui entreféru
Si que piereié sont lor eseu ;
Outre misent les agus fers;
Sor les malles de lor haubers
85 Font les lanees si arçoier,
Que il les eovint péçoier;
Li tronçon moult baut en volèrent ;
Et li eeval ne s'arriestèrent ,
Et li ehevalier qui sus furent
90 Ne se ploièrent, ne se murent,
Ains s'eneontrent par de devant
Si durement en trespassant,
Des eors et des eseus ensamble
K'à la tière , si eom moi samble,
12295 Emporte И uns l'autre aval
Parmi la erupe del eeval ;
Cel eneontre fu si estons
C'ansdeus les senestres genons]] ]
S'eseoreièrent desi e'au vif ;
i 2300 Si estounet et si eaitif
Sont andui à tière gisant
Qu'il ne font esme ne samblant
Qu'il jamais puissent relever ;
Mais n'ont talent de demorer,
3 Plus tost qu'il porent se levèrent
Et des tronçons s'entrehurtèrent
Qu'il orent parmi les eseus ;
Si ont trais andoi les brans nus.
Brandelis fu jouenes et biaus ,
iO Demi pié ert li damoisiaus
Graindres de monsigneur Gauwain ;
Lor espées nues en main
S'entrelièrent iréement ;
Si se fièrent moult durement,
15 Parmi les iaumes reluisans,
Uns eops si durs et si pesans
Que les eiereles à or eopèrent,
Et moult parfont les enbarèrent ;
Li eop eontreval deseendirent
20 Sor les eseus si qu'il fendirent
Et euir et ais, quanqu'il ataingnent;
Car au bien férir ne se faingnent.

Deseie'au vif. Var : El partie du visaige » 1530.


— H3 —

La plaie monsigneur Gauw ain


De sane li emplist tout le sain,
1 2325 Tains et vermaus, que fors l'en raie ;
Quant il le sent, moult s'en esmaie,
Bien set, s'uimais l'estor maintient,
Que morir illuee li eovient ;
Brandelis voit que pas ne saine,
30 Ains a la ear entire et saine,
Fors tant qu'il est si estonés
Des eops qu'il a pris et donés
Qu'à mervelles est las et vains,
t Amis, fait mesire Gauwains,
35 Si t'aït Diex, ear te porpense
En ton assaut de ma desfense,
Si laisse ton apiel em pais. »
« Sire Gauwains, nel dites mais ;
Mon père et mon onele aves mort
40 Par vostreorguel et par vo tort,
Et ma serour despueelastes
Huimain quant seule le trovastrs ;
Por çou me eombae ei à vous
Tant que morra li uns de nous ;
45 Et nequedent eeste batalle,
Jusqu'à .i. autre jor, sans falle,
S'il vos plaisoit, respiteroie
Par »t» eovent que vousdiroie :
C'au premier liu que vous serés,
50 U sans armes u tous armés,
1ssi sans plus ù vos trovrai ,
Tantos à vous me eombatrai
Que n'i ares ne plus ni mains. »
« Certes, fait mesire Gauwains.
T. ll, 8.
— 1U —

12355 Amis, tu as grant hardement ;


Ensi le eréant loiaument.
Grant vigor a en ton eorage
Quant tu n'as mie eneor l'éage
Que tu doies estour tenir,
60 Ne moi ne autrui envaïr.
La batalle respiterons ,
Mais ambedui eréanterons
K'en le semonse Brandelis
Rasemblerons, ee m'est avis. »
65 Atant départent, si s'en vont,
Quant ès eevaus remonté sont,
lïesire Gauwains tant ala
ill K'à »i» bruellet vint, si passa
Et, quant il vint fors à l'issue
70 Sous »i» kesniel à l'erbe drue,
1luee deseent , se désarma ,
De sa eote d'armes tranea
Une bende , si s'est faissiés
Estroit par deseur les braiés ,
75 Si que la plaie est restaneie ;
Puis remonta à grant heseie.
Et Brandelis s'est ramenbrés
De son père ki fu navrés ;
Cele part vient isnèlement,
80 Tout droit à pié sor lui deseent,
Mais il le trueve et roit et mort ;
Ncl viut laissier qu'il ne l'enport ;
Desor le eol de son eeval ,
Emporte le eors del vassal,
85 Tant qu'il vint en une abéie
Qui sist en une praerie,
— ш —

Lès le foriest en i pendant ;


Là l'enliérerent maintenant ,
Li moine ¡ font so sépulture
12390 Et son serviee et sa droiture.
Tehi remaint de Brandalis 1
l Et de sa seror au eler vis,
Mais ele est ençainte d'enfant.
Tout droit à l'ost, devant Brulant,
95 S'en revient mesire Gauwains,
Malades et pales et vains ;
Et de devant son tref deseent
Si se eouee hastéement.
Li eris en va par tote l'ost.
1 2400 Et li rois fist venir tantost
Ses mires por lui regarder;
Mais nus n'i set eonsel doner ;
Si est moult esmaiés li rois.
Puis giut il tot entir le mois,
5 De sa plaie ains qu'il fust sanés.
Li rois a . in . eastiaus fremés

« Avant de rèsumer en quelques vers le long episode qui finit iei, Mpl.
avait dit :
Seignor baron , bien est seu Et Bruns de Brиlent se midi
Du roi Artu , quiex hom il fu , Au roi Artu en sa mi.rei ;
El eom il sejorna » vu » anz Es-vos le sir^e départi
Au riehe siège de Branlanz, Diex .' tant fist li ruis riehes dons
As rois, as prinees , as barons ,
Que la eités fu afamée ete.
Puis, après le rèsumé de l'épisode de Gauvain (voy. p. 100), Mpl. reprend son
réeit : le roi a transporté Gauwain à Panelist, il se rend avee Brun de Brantant
à Quibati (Quiliny , 1530) et e'est là que Carados le trouve.
Le tradueleur de 1530, après l'épisode de Gauvain et des Brandalis, qu'il
donne tout entier eomme dans Mons, reprend la version de Mpl. au paragraphe
eité au eommeneement de eette note , mais il a soin de passer le résumé de
l'épisode de Gauvain.
— 1l6 —

Entor la ehité grans et fors,


Ses a si affamés et mors
Que il ne pueent plus atendre ;
1 2410 Li fains les fait à foree rendre.
En mierei fu de la ehité ;
À ses serjans a eomandé
Li rois que toute l'essilassent
Et tors et murs tot eraventassent ,
l S Et il si fisent maintenant ;
De eiaus ki furent ens manant
Pupla li rois ses ni . eastiaus
Qu'il avoit fremés tos noviaus ;
Si douna l'un à son neveu,
20 Celui ki sist el plus hiau leu,
Paneris ot nom, moultpar fu biaus.
Le gregnor après et plus biaus
Gyflet le fil d'Ore douna
Que il moult durement ama.
25 Le eastel del angarde après
Redonna Cor le fil Ares ;
Et li siège sont départi.
Artus s'en va à Carmeli,
Une ehité moult aaisie,
30 La nuit à privée maisnie ;
Et li bon ehevalier prisié
Qui furent las et travel lié
S'en ralèrent en lor païs ,
Por séjorner od lor amis
3j Qui lor font joie et grans honors ;
Li rois remest iluee .vit. jors.
Bruns de Branlant lors s'aeorda
Et il. ehites puis li douna:
— 117 —

Baradinel et Kumeli ;
12440 Cil le tienne en fié de li ;
Puis l'en rendi en guerridon
Maint bel serviee en sa maison ;
Et saeiés que Lore Brulant
Qui ot gent eors et avenant 1
45 Anm puis Kex le seneseal.
Mesire Gauwains de son mal
N'est mie eneore bien sanés ;
A son eastel s'en est tornés
Por reposer et aïsier
50 Tantk'il péustmius eevaueier.
Li rois remest en grant séjor *, Le roi Artut fait un
Et en grant pais fu puis maint jor; manage. И.
Comment le roy C.ara-
Entretant fist i. mariage doi Je Yaigne arriva
D'une meskine e'ot moult sage ; en la eourt du roy Ar
las pour luy demander
55 C'est Ysaune de Carabais, femmeet eummentleroy
Plus gente n'a jusqu'à Robais ; Artus luy aeeorda *a
niepee Ysene , et l'et-
Le roi Caraduel le donna , рouяa. Et eomment Ett.
De Nantes, qui grant joie en a ' ; aures la dereutet neust

• Sa suer, mademoiselle Lore,


Ya amie monsieur K,; Mpl.
« Et la pueele Lore, sa sœur, fust amye à Kex. » 1530.
2 Mpl. «'t les manuserits qui lui ressemblent, suivis par 1530, entrent iei
dans plus de détails. Carados vient à la eour demander femme au Roi :
El ditipi'il en seroit ançois Se te souverain des rois non ;
Sun* faine » xiin . anz ou plus De lui en veil avoir le don.
IJoe jà fame li donnast nus
Artus lui donne sa nièee, et mande tout son barnage à la noee :
Tant i avoit pueple ensemble
IJue 10Яe la riiez en tremble.
Avant d'arriver à l'enehanteur, eette version eontient 78 vers au lieu de 10.
S Carados avait nom d'On^uire, 1
Rois et sire eri de Cereure, Mpt.
». Carados de Vaigne qui estoit nommé roy et seigneur d'ieelle terre . 1530.
— 118 —

eharnellement par plu Si l'espousa sans atargier.


sieurs nuietz avee elle. . . nr.
1830. En la eourt ot l. ehevalier 1
lei eommenee te livrv Qui ot à nom Gahariés 1 ;
de Karados. D.
Teus eneantères n'ert jamais ,
Parens au seneseal estoit ;
La gente Ysaune tant amoit
65 Qu'il n'en savoit ù eonsellier ;
Quant Karadeus si dut eoeier
La première nuit o s'amie ,
Cil lu l'amoit ne dormoit mie ;
D'une lurièle que il prist 3
70 Une autre damoisièle fist ;
Cil retint s'amie au roi,
Si giut tote la nuit od soi
Et ot sa joie et son déduit ;
Et apriès, la seeonde nuit,
75 Li refist dont Gahariés,
Qui moult estoit vallans et brés ,
D'une estive une autre pueele *
Et par samblant autresi bele ;

1 Avant de raeonter eette aventure, Mpl. dit :


Autre ehose me сovient dire Qu'ele n'éust onques esté.
Dont ge ai moult le euer plein d'ire. Moult i auroie eouquesté,
Ge vorroie estre eu prison Quar moult auroienl menor blasme
Por osier eeste mi sprison Les dames que à tort on blasme.
Ce que ioiO traduit ainsi : « Aultre ehose vous eonvient dire que lel deuil à
réeiter me faiet que tous mes membres en frcmissent et bien voldrois que jamais
ne fust la ehose advenue, ear si fort ne seraient blusiuées les dames que à
grant tort on blasme. »
* 1530 nomme l'enehanteur : Eliaures, et la traduetion allemande : Elyafre.
' El toute eele nuit première
En son lit jut une levrière. Mpl.
' A l'autre nuit, dont moult m'anuie ,
Le fist gésir ù une truie.
— 119 —

Avoee le roi le reeoueha


1 2480 Qui sa fame tenir quida ;
La tieree nuit, d'une jument 1
Refist par son eneantement ,
Ce sambla une bièle dame ;
O le roi, ou liu de sa fame,
85 Le reeoueha et il i giut ;
Cil ot s'amie si eom diut.
La dameot i. fil, s'est ençainte,
Puis fu de eesti oevre atainte
Si eom le eontes li retrait.
90 Et l'endemain, au matinet,
Prist li rois Caraduel eongié
Del roi Artu, si l'a laissié,
En grant pais et en grant séjor ;
Tornés s'en est par grant honor,
95 Sa fame avoee lui enmena ;
Par ses journées tant ala
Qu'il est en son païs venus ;
À grant honor est reeéus ,
Et de lor dame moult lié sont
12500 Si home, moult grant joie font,
Car tant ert preus, eortoise, sage ,
Et née de si haut parage.
Li rois le fist moult bien servir ,
Mout se péna de li joïr ;
5 Li termes vint qu'ele enfanta
1 moult biau fil dont grant joie a ;

i A l» tieree nuit, sans mentir.


l.e list я une yve gésir.
1530 dit : Une jument.
— 120 —

Li rois et trestout li baron

Le jour ke il fu baptisiés,
12510 Moult fu li roisjoious et liés
De Karamicl ki estoit nés.
Quant vit qu'il ot .nii. ans passés,
Si le mist on à letre aprendre,
Et, quant il sot lire et entendre,
ls À son onele l'en envoia*
Qui mervelle grant joie en a,
Car moult estoit li damoisiaus
Gentius de euer et bons et biaus.
Comment le roy Artus |4i rois
rob Artus bien séjorna 3
alla ehasser an bon et
eomment en retouenant 20 an e'aine ne se remua

■ Mpl., plus eonforme à ee qui suit, dit :


El, por ее qu'il l'avoit tant ehier,
Li a fet son nom enposer :
Carados le fist apeler.
в Et pour ee qu'il avoit tant ehier luy a faiet son nom imposer. » 1530.
• Au lieu de eette simple mention du départ, Mpl. et 1530 raeontent la
demande du jeune prinee (Hater o les bons ehevaliers, les préparatifs du dépari,
et les adieux de la mère , adieux auxquels les aventures qui vont suivre donnent
une signifieation partieulière :
Cele qui plus le dut amer Qui plora tante larme amère ;
Le eonvoia dusqu'a la mer, Lors l'a bésié , si a plore.
Ce fu la roïne sa mère
lls se séparent, la mère le suit, le eonvoie, du regard :
De la dame n'obli-ge pas Ne velt arriers torner sa voie ;
Qui du port ne se muet plain pas, De sa véue les eonvoie.
Cette seène que prolonge le retour de la reine à Nantes , prend au poète
50 vers , au lieu des i vers du Ms. de Mons.
* Cette seène eomme les préeédentes est beaueoup plus détaillée dans Mpl.
et dans 1530. Le poète raeonte que le roi exeree son neveu à toute sorte de plai
sirs et de jeux et lui donne de bons eonseils :
Dames avoit et damoiseles As bons soit toz jors eompaignabtes
Et soitehampion as puedes Et as mauvès desaeointables ;
Car de mauves aeointement
Ne ja ne se vueille aeoiulier » jorra l'en ju longement.
A felon ne à losenpier ;
Apriès le siège ,le Uranlant ; de la ehaste яе debbera
de faire eélébrer eourt
L¡ proisié ehevalier vallant planiere à la jenthe.
Qui longemenl sont séjorné eoitxlr pour faire Cara
do* хiiн neveu ehevalier
Entr'ausont l. sort atorné uire pi isieurs atptrvs.
1 2525 C'au matinet, sans delaier, 1530.
lront od le roi tout eaeier
En une de ses grans forès ;
Tous ses levriers et ses brakes
1 fist li rois Artus mener
30 Por déduire et por déporter ;
Cel jor orent moult de déduit,
Et, quant ee vint eontre la nuit,
Si se misent el repairier ;
Li rois se trait à i. areier,
35 S'en vient derrière moult pensant ;
Si ehevalier s'en vont devant,
Parlant de lor envoiséures
Et raeontant lor aventures ;
Et à çou que li rois se tarde,
40 Messire Gauwains se regarde,
Sel vit tout seul pensant venir ;
Ses eompagnons fait retenir,
Si laissent lor envoiséure.
Li rois enforee s'aléure
45 Si tos eom les ot piereéus,
Les grans galos en est venus

Ce '|ue 1530 traduit ainsi : « Car eome dist 1« proverbe, de maulvais aeoin-
tement ne jouyra nul longuement. « — Le roi eontinue i
Et , quant il sera ehevaliers , El д l'ostel li plus lesanz ;
De ses faiI ne soit pinsmitiers ; Qiiar eil qni sa proeee jangle,
Au besoinI; soit li iniex fesanz l.e jangle l'ubat et estiangle.
Car eil qui sa proesse esvente, sa bonle abat et desaugment«. » 1530.
— 122 —

Tant qu'il est à aus ajoustés ;


Ses niés est vers lui aeouslés ,
Si li a dit tout en riant :
12550 « Sire, moult est mal avenant
Que vous ensi seus eevaueiés
Derrière , ne que vous pensiés 1
À riens nule fors à déduit;
Car ne puet iestre qu'il n'anuit
58 À ees boins ehevaliers prosiés ,
Car avoee aus vos déussiés
Déduire ausi eom vos soliés. «
Li rois ki fu preus et prosiés
Entent qu'il dist bien et raison ;
60 Tantos , sans plus d'arriestison ,
Desour le bras le fil Urist "
Son braesenestre li rois mist,
Tout en alant moult biel li dist
Et moult belement s'eseondist :
65 « Signeur ehevalier, se Diu voie,
Je vos dirai que je pensoie ;
J'ai demoré moult longement
Que ne ting eort, si m'en repent,
Car j'en doi estre moult blasmés ;
70 Si en esloit tés mes pensés

1 Dites por quoi estes pensis, Et si n'avez à la rooiule


Que avez iei vos amis Nul anemi eu tout le monde
Et tos homes ensemble o vous , Que nes aiez toiu abatuz ,
Si avez les euers devers touz ; Destraiz , matez et eonfondu!. Mpl
* l.i rois sorrist et met sa main
Sor le ehief monsigneur Yvain. Mpl.
« Allors le roy en soubzrianl se approeha de Gauvain et luv meist la main
sur l'espaule. ...» 1530.
— 123 —

C'à Penteeouste vorl tenir ,


La première qui doit venir ,
Court si grant et si honieste
C'ains nus hom ne vit si grant feste;
12575 Car tant i quie doner del mien
C'aine nus n'oï parler de rien
Que je féisee onques eneore
Se des dons non que donrai ore
As barons et as ehevaliers. »
80 Gauvains respondi tous premiers :
« À tort vous en a-on blasmé,
Car moult a ei noble pensé
Et tant par est et boins et biaus
Que eil seroit moult desloiaus
85 Qui metre vos en vorroit fors. »
Et li rois lor demande lors :
« Vorrés-vos dont que je le liengne
Et que ma gens ensamble i viegue
A Carduel en mes maistres sales,
90 Qui est en la maree de Gales
Et del roiaume d'Engletière 1 •
Li rois a fait mander et querrc ,
Partout son règne , ses barons ;
S'a tous ses ehevaliers semons
95 Des eontrées environ soi,
Que tout venissent sans anoi
À Carduel à la Penteeouste..
La grant ehevalerie ajouste 1 Coman и voit лниг
.... , fixt Carados ehevalier.
Au jour que 11 rois les manda M |
12600 Que il sa riee eort tenra;

1 Ce fu en mai el tens d'esté, ete.


Mpl. et les autres manuserits rlui lui ressemblent, donnent plus de développe
ment à eelte seène. 1530 suit toujours eette version.
— 124 —

Et voit Caradun son neveu 1


Si grant et si fort et si preu
Que bien puet mais armes ballier ;
En la nuit le fist ehevalier
12605 De sa fieste moult hautement
Et si bien et moult riehement
Que bien . l . damoisiaus
Fist od lui ehevaliers noviaus
Por le varlet plus honerer ;
10 Et l'endemain , sans demorer,
Fu li rois Artus eorones.
Quant li serviees fu finés *,
Si s'en revienent el palais,
Et bas et haut trestot em pais ;
15 Et, por l'usage qu'il voloient
Tenir ausi eom il soloient,
Kex s'en ist d'une eambre fors
Tos desfublés empur le eors ,
Si fu mervelles biaus et gens;
20 Parmi outre toutes les gens ,
Au dois devant le roi en vint,
En sa main une verge tint ,
Si s'agenelle belement,
Si dist au roi eortoisement :
25 « Sire, l'í've poés bien prendre
Quant vos plaira sans plus atendre ,

1 Il faudrait dans toute eette seène lire Karamiel au lieu de Carados. Les
eopistes sont sujets à ees inadvertanees.
1 Ce vers se trouve dans M pl. au milieu d'une rédaetion toute différente et
toujours plus détaillée.
— m -

Car lösrst près vost re mangiers. »


« Nou ferai, Kex, biaus amis n'ers;
Ne plaee Dieu que jà m'aviengne
12630 Que à tel liesteju eourt tiegne
Là j'aie eorone portée,
K'aigue soit prise ne donée
Devant ee k'estrange novele
U autre aventure moult bele
Zïi 1 soit voiant tous avenue ;
La eoustume ai ensi tenue
Toute ma vie jusques ehi. »
À çou qu'il parloient ensi
Et li autre fisent em pais ,
40 Parmi l'entrée dou pnlais
Voient entrer un ehevalier
Moult grant, sour i. fauve destrier,
Viestu d'un peliçon hermine
Qui jusqu'à ticre li traîne ;
45 En son eief ot . l » eapelet ,
À » l » eierele d'or de bounet ;
S'ot çainte une moult longe espée
Qui de fin or fu enheudée,
Et les renges d'un eier orfroi;
50 Tout à eeval vint jusqu'al doi
Et dist en haut moult gentement :
« Rois Artu , eil Dex qui ne ment
Vos gart et vos doinst longe vie ! »
« Chevalier, Diex vos bénéie! »
55 « Rois, fait-il, .i. don vos demane. »
« Amis, dont le dites avant;
Tés puet-il estre , vos l'aurés. »
Et eil a dit : « Vous le saurés.
— 126 —

Cornent Carados eospa Colée demanc,1 sans deeoivre,


la teite à VewktnUor 12660 Por un autre errant à reçoivre *
et eoment VenekenUor f Chevalier, quë me dites-vous? »
la mist après en son
Иен. «pl. « Rois , je vos di tout à estrous
Que , s'il a çaiens ehevalier
Qui la Ueste me puist treneier
65 À » i » seul сop de eeste espée ,
Et se repuis de le eolée
Apriès saner et regarir ,
Séurs puet estre, sans falir,
D'ui en i an d'ausi reprendre
70 La eolée, s'il l'ose atendré. »
Vu ehevalier se fait tant, sans plus dire, deseent,
abattre la teste. R. A' L'espée traite et si le tent ;
Iei Elyafre montre
ses enehantements. D. Mais n'i a nul qui l'ost ballier;
Ains dient li boin ehevalier
75 Que fols seroit qui eou feroit *,
Qu'en aventure se metroit,
Se n'i aroit pris ne honor.
« Ha , fait li ehevaliers, signor,
Etçou que est? n'en ferés plus?
M) Or puet véoir li rois Artus
Que sa eours n'est mie si riee
Comme easeuns dist et aliee;
N'i a nul ehevalier hardi ;
Por voir le vos tesmogne ei

i Rois , fet-it , ne vos voil deçoivre,


Le don est eolée reçoivre ,
Por un autre eolée prendre. Npl.
« Ce don que je vous demande est seulement eollée pour eollée, ou aultre-
ment pour une eollée reeepvoir pour une eollée rendre. » 1530.
* Kel Kex : « Ge nel feroie mie Sire ehevaliers, fox seroit
Por toi l'avoir de Normandie ; Qui eu tel manière ferroil . Mpl .
— 127 —

12685 Que jou dirai teles novièles


Qui n'ièrent ne plaisant ne beles. »
Aler s'en voloit aïtant ,
Quant Caradeus sali avant ,
Qui noviaus ehevaliers estoit ,
90 Si se desfuble iluee tot droit
Et giète à tière son mantel ;
Cui que soit let ne eui soit bel ,
Le ehevalier prent à l'espée,
Si li a del puing destre ostée 1 ;
95 Li rois le voit, forment l'en poise :
« Biausniés, fait-il, eeste mesproise
Poriés bien sans honte laissier ;
Çaiens a maint bon ehevalier
Qui ausi bien et mius ferroient
12700 Que vous, se faire le voloient;
Car moult preus ehevaliers est eist. »
Tel honte en ot , tous en rogist ,
Mais pour itant nel vot laissier ,
Ains se trait priès del ehevalier,
5 Por bien férir l'espée atorne;
Devers le dois eil se retorne,
Le eief baissié , le eol estent;
Caradeus fiert si durement
Que la tieste voler en list.
10 Desor le dois eil le reprist

* Quand Carados se prèsente , le eolloque suivant suivnnl s'engapte, dans


Mpl.:
— « Estes-voiis nu meillor estiz?
— « Certes, itennil , mès nu plus fol.
« Et le ehevallier luy demanda : Estes-vons , dist-il , pour ung des meilleurs
esteu? Non, faiet Carados , mais pour ung des plus folz » 1530.
— 128 -

Par les krviaus, à ses il . mains,


Ausi eom s'il fust trestous sains ;
Si le ragointe en es le pas 1 :
« Caradieu , fait-il , féru m'as ! »
i 27 1 5 « Voir, fait Caradeus, ne vous eaut ;
D'ui en . l . an, eoment qu'il aut,
Ne vorroie estre en son liu mis
Por trestout l'or de eest païs. •
« Caradieu, fait li ehevaliers,
20 D'ui en l. an, biausamis eiers,
Reserai ehi , ee saeiés bien ;
Si ne laissiés por nule rien
Queje ne vos truisse à eele eure. »
Atant s'en va , plus ne demeure ;
25 Et li rois tous pensius remaint ;
Avoee lui ot ehevalier maint
Qui sont dolant et esmari ;
La eours à grant duel départi ,
Comunaument tout s'en revont
30 Arrière ès tières dont il sont ;
Mais li rois fist ançois banir
Que la fieste déust venir
À Carduel resoit l'assamblée.
Sans plus de longe demorée
35 De Caradeus au roi son père
Et de la roïne sa mère
Qui en ont grant duel et grant ire ;
Mais del damoisiel vous puis dire

1 Si li a donne tei eolée ll'a li ejrs sa teste reprise,


Que jusques el dois est eoulée : ltasisel'aen son droit lieu.
Li ehies li vole non pas près Li ehevaliers saut anmi leu ,
Et li eors ti suit de si pres Devant le roi , et saus et sains.
Qii'ainsqne nusparde s'en soil prise Mpl.
— 12У -

Qu'il est si liés et si joiuns


1 2740 Qu'il n'est hom en eest mont vivans
Qui piereéust à son semblant
Qu'il s'esmaiast ne tant ne quant ;
Ains va querant les aventures
Et les ehevaleries dures.
45 rkuant li ans fu tous aeeomplis , Content li enehan-
tières dust eosper la
Au jour qui fu nomes et mis , teste à Carado». ftlpl.
N'i vot pas ses pères venir ; Carados rient à la
eourt et veut se faire
Car il nel puet véoir morir, abattre la tète. A.
Ne la mère ki le porta. Comment le ehevallier
fin' pert estoit de Cara
50 À Carduel la eours assambla dos I'inf au bout de l'an,
faignant voulloir eop
S¡ grans e'aine tele n'i ot mais per le ehefdu diet Ca
Ne rois ne dus ne quens palais ; rados son filz. 1 530.
La novele est moult tost alée,
Espandue par la eontrée ;
55 En tant eom li rois ot pooir ,
N'i pot il preudom remanoir
Qui ne venist à eele fiest с
Ù eil devoit perdre la tieste
Voiant le roi et les barons.
60 Après les grans poreiessions
Et apriès la messe demaine,
Les riees barons i amaine
Li rois en son palais arrière ;
Mais il font moult très pesme eière,
65 Si font li autre tout entais ; 1
A çou que séoient em pais,
Est eil entrés parmi la porte,
Qui mauvaise novele aporte ;
• Varkiule : toui adès. 1453.
T. ll. 9.
— 130 —

Tout à eheval , l'espée çainte,


70 Parmi la sale qui fu painte ,
En est venus devant le dois ;
Huee estoit Artus li rois ;
Sans dire mot à pié deseent ,
L'espée nue , isnièlement ,
i 2775 Et dist oiant le roi Artu :
« Caraduel, fait-il , ù es-tu 1 ?
« Véés me ei, » fait Caraduel.
« Dont vien avant, » repont iluee.
« Volentiers ! » Son mantel deslaee
80 Et vient desfublés en la plaee.
Li rois le voit, si est dolens ,
De parler ne fu mie lens ;
« Ha , fait-il , ehevalier, merei
De mon neveu , pas ne l'oei ;
85 Si grant raençon en auras
Com tu deviser le sauras ;
Dont dites eoi, tot le harnois
Et as vilains et as eortois
De eeste eourt en puès avoir ;
90 Ains mais autresi grant avoir
Por raençon ne dona nus. »
t Roi, poi i a; n'en donras plus? »
« Oïl , fait-il , tout le trésor
Et les vassiaus d'argent et d'or
95 Que il ont aporté çaiens. »
« Rois , fait-il , ee seroit noiens ;
Car trestout li avoir del mont
Ne ki jamais jour i seront

* Curados , je ne te voi mie ; Met me ei en presentia leste.


Men avant , si auras tel feste, Garge i mis autant la moie. Mpl.
— 131 —

Por lui ne prendroie en eseange. •


12800 Quant li rois lot, duel let estrange
Et li autre de toutes pars.
< Chevalier, moult par es eouars,
Fait Caraduel ; fai erramment '
Çou que tu dois. » Le eol estent,
:, Et eil hauen amont l'espée
Qui devoit férir la eolée ;
Li rois se pasme maintenant.
Et la roïne issi plorant
Des eambres, qui sot les noveles,
10 Et les dames et les pueièles;
Quant ele vit l'espée nue,
Tout li sans li fuit et remue ;
Moult piteusement li a dit :
t Biaus sireeiers, n'en oei mie,
1 5 Tien-toi , ehevalier , » i » petit ,
Avoir en poras-tu amie,
Qués qu'ele soit, dame u pueele,
De çaiens toute la plus bele,
U trestoutes , se il te plaist. »
20 « Dame, fait-il, ne vos desplaist ,
Toutes les dames de eest mont
Ne les pueièles ki i sont
Por soneief ne prendroie pas.
Ralés-vos ent plus que le pas
25 En vos eambres, ma eière dame,
Et si proiés à Dieu por l'arme,

* Carados li a dit par ire: Qui tant aësmés sans férir..


« Porquoi ne férez-vos, beau sire? , Moult vos en tiengoreaeouarl »
De .ii . maux me ferez morir Mpl.
1530 dit : De deux mors me faietes mourir, ete. »
— iô.2 —

Que il le meee en paradis. »


Comment te roi Ar- La roïne euevre son vis,
thus avee ses ehevattier! Si s'en est tornee fuiant,
dames et damoisetles
furent en grande tris- i ¡2830 Et les autres, grant duel faisant.
tesse pour la erainete
da jeune Carados, et Li ehevaliers hauee l'espée,
eomment te ehevallier S'aësme à férir la eolée,
enehanteur déelare an
diet CaraJos qu'il es tot i Et li plusor de la maison
son filz. 1530. En sont keu en pasmison ;
Karados apprend que
Elyafres est son père ; ЗУ Mais eil n'a del férir talent
e«pendant il veut res Fors que del plat moult doeement 1 :
ter le fils du ВЫ Ka
rados. D. « Caraduel, fait-il, liève sus !
Ne te voel ore férir plus ,
Car moult es vallans ehevaliers,
40 Et hardis et séurs et fiers.
Mais vieil ça, si parole à moi,
Privéement, vien lone del roi. •
Si vont andui à une part :
» Tu iès mes fius, se Dex me gart *,
4!) Fist se eil, por voir levos di. »
« Ciertes, vous i uvés menti,
Fait Caraduel, biaus sire eiers;
Devant tous ees boins ehevaliers,
Envers vous ma mère desfent. »
50 « Nou ferai, dirai toi eoment
1l fu, qu'ele le sot moult bien ;
Jà ne t'en mentirai de rien.
La nuit qu'ele fu espousée,
Quant la eambre fu délivrée

* Desus a sa teste eouehiée ; Du plat le Sert, néant nu grève.


Et eil a l'espee haneiée , « Carados, fet-it, or le Ueve. Mpl.
* « Tu es mon fill, ge sui ton père. >
« Certes , pe en deflent ma mère. Mpl.
« Seay lu , faiet-il , pourquoy je ne t'ay oeis , e'est pour tant que je suis ton
père et tu es mon filz naturel. . » 1530.
— i 33 —

12855 Et ses sire se dut eourier,


Si eom il dut, od sa mollier,
Par samblant fis une páсele
D'une lurele, autresi bele,
Si le eouçai dalès le roi
C0 Et ta mere giut dales moi.
D'une truie, la nuit après,
En refis une tout em pes,
Si le eouçai dejouste lui ;
Et, la tieree nuit autresi ,
65 D'une jument une en refis
Et od le roi eoueier le fis.
Et la roïne avee moi jut ;
La nuit emprengna et eoneiut
De toi , ensi fus engenrés. »
70 « Taisies, fait-il, vous i mentés
Enviers vous ma mère desfent
Orendroit iehi en présent,
Se vous mais dire le volés. »
Li ehevaliers s'en est tornés
75 Grant aléure, si s'en vait ;
Voiant trestous ensi le lait.
Ains si grans joie ne fu mais
Qu'il en lisent trestout adès
Quant eelui virent en l'aler.
80 Et tout maintenant, por laver ,
Sonent li graille la menée ;
Si ont moult tost l'aige donée ;
Et sont assis tout au mangier
Li rois et tout si ehevalier ,
85 À grant joie et à grant loisir ;
Et , quant la eours doit départir,
- 134 —

Li rois dona ses riees dons


As ehevaliers et as barons
Qui tout s'en partent liement,.
12890 Caradeus à tous eongié prent,
C'aler s'en voet au roi son père
Et à la roïne sa mère ;
À Nantes est venus tot droit
U ses péres¿li rois manoit
95 Qui en fait une joie grant,
Que il le baise en i. tenant
Plus de » с » fois, tant par l'a eier.
« Sire, bien me devés baisier,
K'el mont n'a nule rien vivant
1 2900 Qui plus de moi vous aint niant ;
Mais vostre fius ne sui jou pas. »
• Si jeá nou sui, dis-tu à gas ? »
» Biaussire, ains vosdi vérité '. »
Dont li a mot à mot eonté
5 Tout si eom eil l'avoit traï
Et eom faitement l'ot boni.
Coment la royne (a Li rois en fu moult angoisseus ,
enfermée deJens une Si eoureeiés, si dolereus,
grant tour. 1453. Que pour l'angoisse tous tressue.
10 Et la roïne est lues venue
Contre son fil por lui baisier.
« Dame, fait-il , eeler nel kier,
Ne vous aim pas , faire nel doi. »
« Ciersfius, por eoi? dites-le moi. »

1 La rédaetion de M pl. eontinue à différer entièrement, tout en suivant le


même réeit. Le poète répète iei l'histoire de l'enehantement des trois nuits et il
fait ajouter an jeune Carados :
Et si ne di-ge pas pour ее
Qu'il n'a home el monde que ge
Aime autnnt eom le vostre eors. »
— 135 —

1 29 1 5 « Dame , bien l'avés désiervi ;


Ves-ei le roi, fuiés de ehi. »
Cele s'en est tornée tost,
Laiens en ses eambres s'enelost,
Si pleure et fait . l. duel moult grant;
20 Et li rois dit , tout en plorant :
« Biaus dous amis , eonseilles-moi
Si eom tu sès , en boine foi ,
De la roïne k'en ferai ,
Et eoment jou m'en vengerai. »
25 « Sire, eomment qu'il soit del père,
La roïne si est ma mère,
Si ne vos doi pas pas eonsellier
D'oeire ne de méhagnier 1 ; Comment Cador filz
do roi de Coenuaille
Mais metés-le en une tor , avee sa sear Guymier
Si le faites garder entor se mirent à eheminer
pour тenir ù la eourt et
Qu'ele n'ait mais point de pooir ; planiere feste du roy
Dont, s'ele avient que ele ait oir, Artus et oomment Л1-
lardin eonquist la diete
Si n'en serés en soupeçon , Guymer eontre le diet
Qu'il soit d'autrui se de vous non. » Cador. 1530.
Karados, Alardin et
35 Quant fu enelose la roïne * Katlor , arrivent avee
À Nantes en la tor perrine', leurs sœurs à un tour
noi à la eour du Roi
Caradeus n'i fait demorée Arlus 1I.
Qu'il n'alle à la eourt honerée
Son onele le bon roi Artu ;
40 De lui miudres rois nus ne fu

* Sire , Carados li respont , Où me dame eust point de mal ,


Se vorroie por toi le mont Car toute voie est-el ma mére.
Estre el lieu ne en Costal Mpl.
* lei Mpl. et les autres manuserits ainsi que 1530 reprennent la rédaelion
eommune à tous les manuserits.
s 1330 tfil : La tour perriere.
— 136 —

Emprès Diu , en trestot le monde ,


N'en qui si grans proeee habonde.
Cou saeiés de voir, Carados
Que il n'a loisir ne repos ,
12945 D'armes viut tosjors travellier
Et dist : « C'est drois à ehevalier
Que il ne soit jà reposes,
Ne jà ne doit estre lassés;
Car ne se puet pas aloser
50 Chevaliers à lui reposer. »
Tés en ses euers et ses pensés ,
En Engletière r'est passés
Caradeusplus fiers d'un lion.
Li Rois avoit à Carlion
55 Par messages sa eort banie,
En mai quant rose est espanie,
K'à la Penteeouste venissent
Tout eil et eeles qui tenissent
De lui et li doivent homage,
60 U soit par tière, u soit par nage,
Et delà mer et deçà mer,
Viegnent por sa eort honerer.
N'i a pueièle ki n'i alle ;
Cadors i vint de Cornualle ,
65 Uns damoisiaus de grand valor ;
Od soi amena sa serour,
La preus, la bien sage Guimer,
Qui moult par faisoit à amer ;
Et saeiés qu'aine ne s'entremist
70 De metre çou que Dex n'i mist ;
Qu'ele est tant bele eréature
Que vu. ans éust mis nature
— 137 —

En li foarnier, ne li séust
Plus doner biauté qu'elle éust ;
12975 Et, od çou qu'ele ot tant biauté,
Avoit ele plus loiauté ;
C'est ele ki ains ne geta
Vers boin, ne mal ne refusa
Ne vos en voel lone eonte faire ;
80 Kanque en pueièle doit plaire
Deeief, d'ious, de bouee et de eors,
Tout ot, sans riens metre defors.
Cadors qui ses frères estoit
Chevaliers boins et biaus estoit ;
85 Mors fu lor père en erl esté,
S'ot rois de Cornualle esté ;
À la eourt le roi en venoient,
Car de lui lor teres tenoient.
N'i vint que ees il seulement ;
S0 Plus aloient soutivement
Les pueièles à eel tans lores
Que elles ne feroient ores.
Et, si qu'il erroient ensi,
D'une vallée lors issi
95 Uns ehevaliers moult bien armés ;
Cadors ne r'est pas désarmés,
Fors itant qu'il avoit osté
Son elme , si l'avoit geté
Sour ses espaules,ear li eaus
13000 Ert grans, n'il ne eremoit assaus;
Et eil ki venoit tant broça ,
Le ehevalier tant aproça

Variante : C'est eele qui oinz ne trietia


Vers bone amor, ne sr fauxu. Mpl.
- 138 —

Et, quant esgarda la pueièle,


Lors eonut bien k'ele fu eele
13005 Qui d'amor l'avoit eseondit.
Si ne vos ai eneor pas dit
Coment ee fu, si eom moi samble ;
Car ne puis pas tot dire ensemble
L'un dire après l'autre eovient ,
10 Biaus reeonters moult i avient.
Сis ehevaliers dont vos oés
Aalardins ert apielés
Del lae, en la soie eontrée;
La pueièle avoit tant amée,
15 Requise l'avoit à son père
Ains qu'il fust mors et à son frère,
Que il le voloit prendre à fame ,
Et de son règne faire dame ;
Ele dist que ne vorroit mie
20 Estre sa femme ne s'amie ,
Ne il ne li venist à euer
Qu'ele le présist à nul fuer,
Non pas poroee que il ne fust
Moult biaus et plus proeee éust
25 Que ehevaliers de son païs ;
Tant ot esté pour li baubis ,
K'ainçois que ses père fust mors ,
Fist son pooir et ses effors
De li eonquerre par proière
30 Et par autre mainte manière;
Mais onques rien n'i esploita.
Quant il les vit, s'esperonna,
Broee le eeval sor qu'il sist
Et à Cador son frère dist :
— 139 —

1 303.'> « Chevaliers, par la vostre foi ,


Vostre seror laissiés-le moi ;
Car or estes venus à point
Et vous avant n'enmenrés point ,
Et , se vous nel volés leseier ,
40 Vers vous me verés eslessier;
Vostre eief à armer vous lo,
U je vos ferrai , par S1 Clo 1 ,
Là ù vous esteres plus haus » .
Cador ne refu pas mains baus,
45 Ains li respont isnièlement :
« Or, vous hastés tout belement !
Certes, çou li a dit Cador,
N'avenroit por vostre pois d'or
Que jou vers vos tant m'abaisasee
'M Que jou ma serour vos donasee ,
Dont mar l'aie-jou tant amée. »
À ee mot, a sa teste armée
Cador, et maintenant s'esloingnent,
L'uns vers l'autre maintenant poingnent,
55 O les lanees s'en tredefl¡ eut ;
Toutes les fendent et esmient ;
Li eheval tel oire les portent
Que à la tière s'entreportent ;
Chevalier et eeval eaïrent,
60 Tout en u . mons s'entrabatirent.
Mais à Cador tant meskaï
Que ses eevaus sour lui kaï
Et il desous trestous envers ,
La gambe li brise en travers,

1 Mpl. et 15577 disent : S'-Po (Paul) au lieu de : S1.Clo.


— 140 —

13065 Ensi que li arçon derrière


Le eonsivi en tel manière
Et en itel liu qu'il se pasme,
Que il n'i doit pas avoir blasme ;
Si grans angoisse en euer li toee
70 Qu'il ne se muet plus e'une eoee ;
Et, quant Aalardins le vit,
Par félounie li a dit :
t Sire Cador, tot maugré vostre,
Sera or vostre serours nostre,
75 À moi et à mes eompagnons ;
Faite lor en ert livrisons.
Certes, grant folie désistes
Quant vous aine le m'eseondésistes
Car, se le m'éussiés douée,
80 M'onors li fust abandonée
Et à femme l'éusee prise 1 ,
Et dame de moi le féisee;
Or en somes à tans venu *
Que il m'en est mius avenu
8b' Que je ne séusee penser. »
El eevalsaut, sans plus parler,
Puis a la pueièle saisie ;
Si ne sai que plus vos en die,
Mais tout à foree l'enmenoit ;
90 Et la pueièle l. duel faisoit
Si grant e'aine tés ne fu oïs.
Cadors remest tous esbahis
Très emmi la voie gisant,
Sen eors, sa vie desprisant;

Var: A feinfi espouse la préisee. И pl.


A tans, Var: Alant.
— Hl —

1 3091» Asses poés ore savoir


Que il devoit grantduel avoir
Quant il en son eonduit enmaine,
Voiant lui, sa seror demaine ,
Ne soi ne li ne puet a idier ;
13100 Qui lors li oïst soushaidier
La mort, qu'ele li reehéust i,
Fel fust se pitié n'en éust.
Et de l'autre part la meseine
Se fiert et pleure et esgratine,
5 Sovent se pasme et sovent erie :
« Ha ! Diex , bele sainte Marie ,
Ma douee mère que fera
Quant ¡eeste novele ora?
Quant eeste novele ora dire
10 Tant sera li siens euers plains d'ire ;
La mors li a tolu mon père,
Et d'autre part moi et mon frère
Li a tolu eis aversiers ,
Certes que pas n'est ehevaliers ;
15 Qui par foree fame eovoite
1l fait vilounie revoite. »
A çou qu'ele aloit si eriant , Comment Carados
Estes-vous Carados errant vint a poingnant por
seeourra la pueele que
Qui à la eourt son onele aloit; Aalardins amenoit a
20 Parmi i. tiertre tressaloit, foree, après que il li ot
son frère navré à muri.
Trestous armés sor son eeval ; 12577.
Si regarda parmi le val
Cele part ù il ot hoïs
De la pueièle les haus eris;

1 Var : La mort qu'ele lereeéust. Mpl.


— 142 —

13125 Si l'a eoisie , n'est pas loing ,


Et bien sot qu'ele avoit besoing ;
1snièlement le eeval broee,
Au plus tost que il puet, l'aproee;
Tout maintenant qu'ele le vit,
30 Oiés ore qu'ele li dist :
« Ahi, frans ehevaliers vallans,
Por Dieu , ear me soiés aidans
Vers ee dyable, eest maufé
Qui a mon frère mort geté
33 Chi de devant et or m'emporte.
Certes, mius vorroie estre morte,
Arse et pierdue et mauballie
Que il m'éust en sa baillie
À faire cou que il vorroit.
40 Unshom ki à lui me torroit,
Certes , m'aroit toute eonquise ;
Sire ehevaliers , par franeise ,
Car vos pragne de moi pitiés ,
Por l'amor Dieu , et si m'aidiés ,
45 Que ne me maine plus avant. »
Carados li saut par devant :
« Amis, fait-il, laissiés-le moi
« La pueièle, en la vostre foi »
« Je le vos laisse, estes-vous fols?
50 Dehait ait donques li miens eors
Ne je pas , s'ensi li vos lais !
N'alés pas querant votre pais ,
Et e'avès-vous de li à faire ?
Mais alés querant vostre afaire. »
55 Mesire Carados respont :
« Ce ne seroit por tot le mont
— l1j —

Que je vous ensi le laissasee,


Ne que joù jà tant m'abaisasee ,
Puisqn'ele m'a erié merei,
iZiCO Que vous l'en enmenés issi. »
Puis l'a saisie par le frain,
Sa lanee tenoit en sa main ;
Et Alardins tenoit l'espée;
Priès ne li a la main eopée,
65 Celi ù il tenoit la lanee;
De l'espée tel eop li lanee
Que la lanee el puing li trença;
Et Carados tel li douna
Del remanant parmi la teste
70 Que il en la siele n'arrieste,
Del eeval ehiet, jambes levées ;
Ensi eomeneent les mellées.
« Sire vassaus, fait Carados,
Honte faites que vostre dos
75 Nos mostrés ensi en présent. »
Carados del eeval deseent ;
Cil ot honte, sus est salis,
Fièrement se sont assallis;
As trençans espées d'aeier,
80 S'entrefièrent sans maneeier.
Qui leur véist eops départir
N'éust talent d'aus départir ;
Là véissiés , par aatie ,
Geter de boins eops d'eseremie ,
85 Doner sor aus d'espées traites ,
Soventen getent à retraites,
Tous destreneièrent lor eseus
Et lor elmes, as brans molus;
— 144 —

Cil ki plus puet férir , si fiert


13190 Li plus vallant l'autre requiert;
Laneent, saeent, fièrent et boutent,
De grant manière s'entreboutent ,
Li uns sor l'autre f¡ert et malle .
Moult fu par fière la bataille
95 Et moult fu longe la mellée ,
Tant a easeuns sa main menée
Que, ains que l'assaus premiers falle,
Vosdi-jou bien sans nule falle,
Lor eseus ont tès eonréés
13200 Que tous les ont deseonréés;
Ne lor valoient H. festus;
Et li haubere qu'il ont vestus
Ains si fort ne furent mal lié
Qu'il ne les aient desmallié
5 Et qu'il n'aient de lor sane trait
De lor eors, ançois que retrait
Se fuseent del premier assaut.
Et Alardins arriere saut,
Et eil ne li fist plus assaus ,
10 Car il méismes est trop eaus
Del grant traval et de la paine
Qu'il ont soffcrte et, quant alaine
Fu as il. vassaus revenue,
Caseuns a s'espée tenue ,
15 Si s'entredonent si grans eops
Parmi Uestes et parmi eols
Et partout là ù il s'ataignent,
De sane vermel la tière taignent ;
Tous ont desrompus lor baubers
20 Del sane estoil vermaus li fiers .
— 145 —

Qui d'eus eoroil à grant mervelle ;


L'erbe en devint toute vermelle
Qui parmi les malles boulonne ' ;
Carados i . tel eolp li done ,
1 322!) Se n eust guenei Alardins ,
1lluee fust faite de lui fins ;
Qu'il le féri de sourpontée,
S'en la main ne tornast l'espée ,
Et, se eil fust del gueneir lens ,
30 Porfendu l'éust jusqu'ès dens ;
Et od tout eou que il guenei ,
N'a pas Caradious falli
Que toute la diestre partie
De l'elme n'en ait départie ;
55 Sor Alardin en fu la perte
Car sa teste en fu deseoverte
Fors de la eoiffe seulement;
Si vous di jou bien vraiement,
Se eou ne fust que moult l'empire,
40 1l ne fust de gaires li pire,
Et si est sans nul eontrestor
Moult bien eontenus à l'estour
Ne jà vers lui ne déeaïst
Eneor s'il ne lui meskaït ;
45 Et Alardins fu mout iriés,
Moult li fu li euers empiriés,
De lui vengier ne se faint mie,
Au puing li gete une eserémie;
Mais teus quide son duel vengier
50 Qui aeroist son grant eneombrier,

1 Variante : Boillonе. Mpl


T. H. 10.
— U6 —

Ù il s'en entremet en vain ;


Car entre le euer et la main
Rès à rès l'espée passa,
Que onques la main ne touça '
1~32iî5 Lors par fu aeréus li deus,
Car s'espée li vele en deus ;
Sor l'une espée l'autre brise.
Adont est la eose si prise
Que Alardins à lui se rent;
(¡O Le gros de l'espée li rent 1
Come eil ki bien voit et pense
Que poi li vaut mais sa deffense
« Sire, fait-il , jou me rene ehi
À vous, en la vostre merei ,
€5 Si eom au mellor ehevalier
Qui onques montast sor destrier;
Jou me rene en vostre prison ;
Dites-moi, sire, vostre nom,
Qui si m'avés battu les os. »
70 « Sire . j'ai à nom Carados.
Et si sui niés Artu le roi.
Le vostre nom, dites-le moi. »
« Sire, jà mes nom n'ert eélés,
Sire, Alardins sui apiélés
75 De lone en la moie eontrée ;
La pueièle avoie eneontrée ,
Qui desdagnié m'avoit d'amor ;
Si le voloie de m'onor
Faire dame et de ma terre ;
80 Vers son père en oe tos jors guerre

La eroiz de l'espée. Mpl.


— H7 —

Come eil ki riees bom ère;


Or l'avoie tolu son frère ;
Certes à vos le retosisee
Se plus de vous le foree euisse ;
i 3285 Mais tant estes plains de bonté
Que d'armes m'avés sormonté
Et tant avons fait entre nous,
Sire , queje me rene à vous. »
Amis, Carados li a dit,
Alés donques, sans eontredit.
À la pneièle vous rendés. •
« Sire, quand vous le eomandés,
Je m'i rendrai moult volentiers. »
« Ha ! Carados , biaus amis eiers ,
95 La gentius pueièle respont,
Cou n'avenroit por tot le mont ;
Ne pui trover en mon eorage
Que jou li pardoinse l'outrage,
De mon frère k'il m'a toloit,
1 3300 Se sain et sauf ne le rendoil ,
Et apriès çou je nel prendroie
À segnor, ainçois me pendroie. »
• Pueele, fait Aalardins,
Jel vos rendrai , ee est la lins ,
5 Tout sain et sauf denviin tot prest ,
Mais que tant vos di se vis est » .
Sor les eevaus sont remonté,
Tant vont que son frère ont trové
En eel liu ù moult près dejoste
10 U avoient faite la jouste ;
1luee gisoit, moult fu grévés ,
Jà mais par lui ne fust levés,
— U8 —

Qu'il n'en issoit fus ne alaine


Se petit non , à qui que paine.
13313 Tant ont li vassal esploitié,
Qui del sainier èrent eangié
Et del travail e'orent éu ,
Que de la tière l'ont méu
Et l'ont monté sor » i » eeval ;
20 Lors s'en tornent parmi » i » val ,
Et Carados ensamble od lui ;
Sor » i » eheval èrent andui ,
Car eis tenir ne se péust
Se d'autrui aïde n'éust.
25 Mais Carados soëf l'enmaine,
Et la pueièle grant duel maine,
Si grant n'est se mervelle non.
Atant truevent » i » pavellon
Portendu sour une rivière ;
30 Moult ert riees de grant manière;
Tant i avoit d'or et d'argent,
Ne m'en kerroient pas la gent
Se jou bien dire le voloie ;
La praërie entor verdoie
35 Et la rivière ert bele et gente ;
À Carados moult atalente
Cil lius qui moult ert bons et biaus,
Et li grans déduis des oisiaus
Qu'il ot eanter par le boseage,
40 Trestous li maus li rasouage :
« He, Dex , fait-il , biaus rois eélestre ,
Com par fait ore ei biel estre ,
Et tant par est de Diu amés
Cil qui en est sire elamés ! »
— 149 —

13345 En iou qu'il ot dit la parole,


Ès-vous qu'il ot une earole
De pueeles moult bien eantan*
Et de lor amis démenane ,
Et une grant mervelle oï,
50 Dont eneor plus s'en esjoï
Et ù il plus torna s'entente :
Car à l'issue de la tente
Estoient par eneantement
»H ymages d'or et d'argent ;
55 Del pavellon li uns fermoit
L'uis, et l'autres le desfermoit ;
Jà n'i éust autre portier;
Et eneore d'autre mestier
Servoient, ear l'une est manière 1
60 De bien harper à grant manière ;
L'autre ymage del autre part
Ens en sa main tenoit un dart ,
Jà n'i véist entrer vilain
Ne le férist trestout à plain ;
65 Et l'autre ymage qui tenoit
La harpe une eostume avoit :
Pueièle ne s'i puet eéler
Qui ensi se faee apiéler
Por oee que soit despueelée,
70 Tantos eome vient à l'entrée,
La harpe sone la deseorde ,
De la harpe ront une eorde.
Lors ert joneiés le pavellons
De fresee herbe et de vers gons

1 Haairr, manière, adjeetif . habitue, exereé, ayant la main faite.


— 150

i 3375 De flours despeses por l'odor 1


Rafreseir eontre lor signor.
Tant ot ou pavellon biautés ,
Nel pueton pas dire d'assés.
/^arados ot le grant déduit
80
Cil ki el pavellon estoient ;
Chevalier et dames eantoient
Et eil varlet et ees pueièles
Dont il avoient moult de beles
85 Se déduisoient par eel pré ;
Lors a Carados demandé
À Alardin se il savoit
Cui si biaus pavellóns estoit.
« Sire , ee respont Alardins,
90 Je sui li plus proçains voisins ;
Car sires sui del pavellon ,
N'il n'i a segnor se moi non ;
Et tout devoir saeiés vous bien
Que jou vos amain eom au mien ;
95 Cil ki ee eant vont démenant
Sont tout mi home et mi tenant ;
Quant el pavellon enterrés,
Mainte grant rikeee i verrés
Et si i verés ma serour
1 3400 À eui Dex doinst joie et honor
Cui jou aim autant eom mon eors. »
Del pavellon sont issu fors
Tot et toutes por faire honor
À lor signor, grant et menor ;

1 De flors despieeees. M pl.


— ш —

13405 La pueièle si tint l'estrier


À deseendre le ehevalier
Qui ert malades, tant li font
Que bièlement deseendu l'ont
Et el pavellon l'ont porté ;
lu Tout sont de lui reeonforté ;
Car tantos eom il ot oie
De la harpe la mélodie,
De çou s'est easeuns mervelliés
Que il s'est ausi esvelliés
15 Com s'il s'esvellast d'un griés songe ;
Or nel tenés mie à mençogne :
Si grant joie a de la doçour
Ne li membre de la dolour.
I tant Aalardins apele
20 IX Son serour qui moult estoit bele ,
La pueièle del pavellon ,
Ains de li n'oï autre nom.
« Douee suer, fait-il , je vos pri
De ees ehevaliers ki sont ehi ,
25 Et si vous di , ma douee suer ,
Autretant eome de mon euer,
De la pueièle que véés,
Et d'aus garir, et s'i métés
Et vostre euer et vostre entente
30 Que li votre frère s'en tente
Jou méismes ki sui bléeiés
Moult très durement, or m'aidiés. »
Ensi a sa serour proïe ;
Sa proière est bien emploïe ,
En aus garir tant entendi ,
Dedens . vil » jors sains les rendi.
— ш —

Ct ment li (antre a la putitlt bel panetllon


rt à ^Harbin eon frert.

Por eoi garirent li baron ;


.40 La pueele del pavellon
Tant onora de grant manière
La bièle Guimère, et ot eière,
C'ainçois seroie tous lassés
Que jou éusee dit d'assés
45 La joie e'ont fait, ees » vin » jors ;
De mains plus aniens séjors
Avés oï par maintes fois.
1luee se plévirent lor fois
Carados et Aalardins
50 Et Cador , tés en fu la fins,
Que se tenroient eompagnie
A trestous les jors de lor vie ;
Et à la pueièle fist droit
De çou qu'efforeie l'avoit.
b'5 Lors sont empris , si eom moi samble,
Que il en iront tout ensamble
Comment après que L'endemain, sans demorer plus,
Cador fu gary, luy et sa À la eourt le boin roi Artus.
eompagnie se mirent
au ehemin pour aller Moult se furent bien atorné,
en la eourt du roy Ar- 60 Tot ensamble s'en sont torné;
thusoùleroy Cadolant
et le roy Rys avoient Tout lor eemin tinrent à destre ;
entrepris un tournoy Et Carados s'amie adestre
l'ung eontre l'aultre.
lS30. Guimer à la bièle façon ;
La pueièle del pavellon
1 3465 Celi vail Cador adestrant ;
Aventures vont reeontant.
Carados ert de grant valor,
Desfublés est por la ealor,
Moult par est biaus et de biaus geus ;
70 D'amours estoit espris li feus
El euer à la bièle Guimer ;
Vers lui n'osoit del oel gluinier
Si l'amoit el plus que son eors.
Mais ne li osoit metre fors,
75 Car ee n'est pas resnable eose
Que la pueièle soit si ose
(Ju'ele die à home première
Qu'ele l'aint en itel manière.
Orendroit atant vos en lais,
80 Or eevaueent à grant eslais.

Iji roisavoitsa eort tenue*


A Carlion oà ot venue
fient de tante loingtiene terre ,
De Normandie et d'Engleterre,
85 Tantes dames, tant ehevaliers ;
Onques Alixandres d'Aliers 3
N'en asembla tant en sa vie;
Au départir, ont par envie
1. merveillex tornoi empris
90 Li roi Cordovalan et Ris ;

• Torner. Mpl.
1 lei eommenee un long épisode qui manque dans le manuserit de Mons
Je l'ai distingué du texte de Mons par une impression plus eompaele. Evidem
ment il y a une laeune au ms. de Mous, je l'ai eomblée d'après le ms de
Montpellier. 12577 donne à peu de variantes près la même version et 1530 la
traduit. 0n remarquera que l'orthographe ehange singulièrement; le texte de
Mpl. est souvent fautif, je l'ai imprimé aussi exaelement que possible.
3 Alixandre d'Aliers. — d'Alier, 12Y77. — t!e surnom est donné it Alexandre-
Codoalan ert ro:s d'1rlande ,
Et Ris de Vole» ; une lande
Lez Carlion , de bois enelose,
A eele Penteeoste ot elose.
1349Ü A bon point venrent à lor ores
Quar li eonrois assembloit lores 1 ;
Etdedenz eel bois avoit eharmes;
Desoz destrossèrent lor armes,
Sor biaux tapiz les estandirent
13500 Et à eulx armer entendirent;
Lors ont ehauees de fer ehaueiées,
Aubers vestuz , eoiffes laeiées,
Brans d'aeier eeinz, hiaumes laeiez,
Et lor forz eseus enbraeiez,
5 Et lor ehevax eouvers de fer,
»1 sor, i . bai et le tiers ner * ;
Desor sont monté li baron,
Chaseun a lanee et gonfanon
Enson les lanees fers moluz 3 ;
10 Or si vos dirai des eseuz
Que il avoient à lor eox ;
. 1 » eseu d'or ot Carados
À orléure elère et fine ,
Tout le país en enlumine,
lj Ets'i avoit il . lioneiaus
Rempanz, de sinople, moult biau\ ;

le-Grand par toutle moyen-àge Le Roman d'Alixandre par Lambert li tors et


Alexandre de Bernay, publié par M. Henri Miehelant, après avoir raeonté une
vietoire de la jeunesse du héros dam les ptaignes d'At¡ers, ajoute :
En la tièred'Alier, de eoiol lisornom, (p. 16, vers 36).
Le tradueteur de 1530 évite eomme toujours la diffieulté. ll dit : « Que de
longtemps n'en furent tant véues pour ung jour en une eompaignie assembtez . »
1 « Cadolant esloit roy d'lrlande et Rys de Valeu , en la lande près de
Carlion qui de beau bois estoit enelose. » 1530.
A bon point vinrent a lors oeus,
Que li touenois assembla lues. 12977.
2 Mpl. porte: Et le lierz noir. J'ai préféré pour la rime l'orthographe de 1K77.
s Au bout des lanees fers agus. 12577.
— 155 —

Et Alardins ot i. eseu
Qui de gueules vermeilles fu
A i aigle d'ermine blane
13520 Qui de voler fesoit semblant.
Savez quel eseu ot Cndor,
De sinople o tot le ehief d'or.
Ensi armé, ont ehevauehié
Tant qu'au lieu se sont aproehié,
25 Où li tornoiemenz assemble;
Et les dames, si eom moi semble, 1
Sont en . i » destor assemblées ;
Fêtes lor ont beles ramées.
Ensi se partent des pueeles,
30 H ehevaliers lessent o eles v
Et assez autre eompaignie
Qui estoient de la mesnie.
Aalardin et si tenant
Lors remontèrent maintenant;
35 Li troi , sans plus de morement* ,
Broehent lor ehevax durement.
Quant véu orent li baron 3
Du ehastel la lière façon,
Esgardé ont, ee est la lins,
40 Que premiers voist Aalardins
1llee où li tornois ajoste ,
Por fère la première joste.
Aalardins d'euls se départ,
Vet s'en par devers eele part
45 Où puisse plus estroitement
Mostrer soi et plus soutiment 1 ,
Tant qu'à la eort s'est aeostez
Endroit . 1 . des plus biax rostes.

* Les pueelles amdeus ensemble. 12577.


* Morement, du latin mora, retard. La langue d'oil emploie plus genérale
ment : demore, demor, demour, demorée, demoranee, demoremenl, aujourd'hui
demeure (mettre en demeure). La forme direele, morement, est très rare.
» Et ehevauehent a esperon.
Taut que il voient le donjon. l2.',77.
1530 suit iei 12577.
* Où pulst plus apertement
Montrer soi et son harpeinent. 13377.
— i 1)6 —

Une pueele de bel estre


13j30 Ert ¡(lee à une lVnestre
Qui la eort plus mbelissoit
Qu'autre ehose qui bele i soil ;
Ses eulz a tornez eontreval ;
Le ehevalier seur son eheval
'à'j Vit, qui luee estoit arestez ,
Ne li a pas ses eulz prestez,
Einçois li a du tout donnez 1 ;
Bien fu par li aresonnez :
« Sire ehevalier, Dex. vous saut ! »
60 Li ehevaliers regarde en haut :
« Pueele, Diexvous bénéie !
Or ne soiez pas effréïe
Quant vos iei m'avez véu. »
« Sire, quant s?e auré seu
65 Comment vos fêtes apeler,
Et qui vos estes sans eéler
Me dites, et gel eélerai ,
Saehiez à nuli nu dirai ;
Si me dites, se le savez,
70 Porquoi tant esté i avez. »
« Pueele, tout ee vous dirai ,
Que jà ne vos en mentirai ;
Que jà por la vostre aсointanee,
Se Dieu plest, n'auré destorbanee.
7.'¡ Aalardin du Lae ai nom ;
Si ne ving ei se por ee non
Que ge vueil aler tornoier.
Or si nu vos quier jà noier ,
Car se ge puis ensi irai
80 Que jà eonnéus n'i serai. »
« 1rez-i-vos sans eompaingnie ? »
« Oïl, dame, n'en doutez mie. »
Puis li demande franehement :
« Pueele, à eel tornoiement
88 Savez-vous se mesire Yvains
1 ert et mesire Gauvains? »

1 Ençois li a habandonnez Ш77. — « Ne lui a pas ses yeulx preslez, mais


les y a habandonnez. » 1530.
— 157 —

• « Oïl . eertes, il i seront ,


Li meillor ehevalier du mont. »
Aalanlin moult bel estoit ' ,
13590 Son eheval porsaillant aloit ,
Moult par plesoit à la pueelle ;
Le euer el ventre li sautele
De la joie que ele en a ;
Par druerie li donna
95 Sa manehe d'un eher siglaton
Dont il a fet i . gonfanon ;
Par son droit nom l'a apelé :
« Or, ne vos ert jà plus eélé ,
Sire, par Dieu le roi du mont ,
13600 Vous estes i . de eeus du mont
De eui plus aeointie soie
Et que plus aeointier vorroie ,
Quar vos estes de eest païs;
Li rois Ris est à moi baïs ' ,
li Si est li rois Cadoalans,
Mès eneore n'est pas lianz
Entre/ que je por nul avoir
Vueille nul de ees . il avoir ;
Por ee vos di que ge vos aim
10 Et de ees » il » à vos me rlaim :
Si vneil que soit apareéu,
Amis , que ge vos ai véu ;
Par lor orgueill et par desroi 3
Ont ei empris, devant le roi
15 Et devant moi, hui, eest estor
Que je jà au meillor m'ator;

« Aalardins moult bel estoil Moull souvent palit et tressue,


De ee qu'ele li raeontoit Moult souvent la eouleur li mue
De eeux qui sont ainsi vaillant ; Pour le ehevalier qu'ele v„it.
Son eheval aloit poursaitlant, Son euer, quanque elleenavoit.
Si plaisoit moult a la pueelle. Donné et ultroié li a,
l.i euers en ventre li sautelle ; Que petit relenu en a.
(12577 traduit par 1530.)
s Baïs, Baïf, même raeine que le verbe baër, bayer. Ce verbe s'emploie 1res
fréquemment au figuré dans le sens detendre, pretendre, aspirer ; ainsi, bais
prend iei la signifieation de pretendant, aspirant.
3 Mpl porte : Par ee orgueil. Ost évidemment une faute de eopiste.
Se l'orgueil estoit abatuz
Si seroit mes euers seeoruz
Du grant eorrouz que g'é éu 1.»
136i0 Lors a Aalardin véu
Que eil ehevalier sont eu plaee :
« Pueele,fet-il , or vos plaee
Que vos me dites vostre nom,
Se il puet estre, autrement non. •
25 « Sire , mon nom, sanz nul trestor,
Est qu'en m'apele Guigenor,
Et si sui nièee au roi Artu ;
Et ma mère sa nièee fu
Etfu suer Monseignor Gauwain.
30 Mon père a nom Guilomelain ,
Ma mère ot à nom Clarissant.
Por lui fu li aeordement
De la bataille qu'endui firent
Où moult forment s'entrelédirent.
35 Or, vos ai dit tout de mon estre ;
Or, pri ù Dieu qui me fist nestre
Qu'eneor me doinst véoir le jor
Qu'à m oi parlez plus à séjor. »

« lP ueele, fel Aalardins ,


40 Tout sui vostre, ee est la fins. *
A ieest mot, de lui se part
Et a véu à autre part
l haut home de grant afère ;
Uien fel senblant que vueille fère
45 La première jouste à l'estor ;
Grant eompaignie et haut ator
Et arméure ot riehe et bele * ;
Et vet par devant la pueele
Por grant outrage qu'il démaine
50 Fère la jouste primeraine.
Savez ore eom il fu fet ;
Li rois Ris avoit son reeet,
1 G'é, pour j'ai. 0n trouvera auré et aurai. Mpl. mêle les deux orthographes.
Avoir me euidenl par orgueil
Mes nul d'eus .h. avoir ne vueil. 12577.
"Montpellier est évidemment fantif iei; il dit : El arméure moult riehe ot
bele. Je l'ai eorrigé d'après 12577.
— 159 —

H el tuil eil tle son ator,


Dedenz la tentr de l:i tor 1 ;
43655 Li rois Cardoalan d'1rlande
D'une partie de la lande
Avoit lessié le remanant ;
Si vos dirai eom fetement
La lande est elose d'un fossé,
60 Grant et parfont et haut levé ;
Passage i avoit por passer ;
Si m'en veil| outre trespasser
As . u » rois que ge hui vos dis
Qui le tornoienu.nt ont pris ;
65 Et li rois, de devant la porte,
Trestous armés, moult bel se porte * ;
Car joster velt premièrement.
Aalardins isnèlement
Le eheval broehe, avant se lanee
70 Et la manehe porte en la lanee
Que li ot donné la mesehine;
Puis s'entrevinrent de ravine ,
Par aïr broehent les destriers,
Et s'i s'afiehent ès estriers ;
75 Chaseun broeha sor l'eseu paint,
Al asembler ehaseun s'empaint ;
Li rois Ris fiert Aalardin, Ci devise eoument
Si que sa lanee i prit fin. Aalardin vint au tour-
Aalardin le reférot , noieinent et eoum*nt il
80 Ainz eil si garder ne s'i sot abati le roy Cailoalant
et tout plain des autres
Que lui et le blane Lioneel rompaingnons de la
N'ait abatu en » i . moneel ; table reonde. 12577
Ensi avoit nom sesehevax.
Moult par fu li rois Ris vassa:
85 Aalardins sor lui repère,
Jà eouvendra que il i père
Lequel se eontenra plus lent.
Mes li rois i a plus de gent

1 Demenz l'enrainte dela tor. 12577. ^- L'enelos de la lour. 1530.


* Mpl et 12577 éerivent malgré la grammaire : le roi. Mpl. dit : lrestnit
armé, mais 12577 rétablit l'ortbograpbe dans ee seeond vers el dit : lous
armés
— 160 —

Qui bien li eutdent sormonter ;


13690 Li rois Ris voloit remonter
Sor son eheval quant eil li vient,
S'espée nue en sa main, tient,
Tel li donna desus son hiaume
Qu'ainz ne lessa por son réaume
9S Qu'à 1ère ne l'ait abatu ;
Tant qu'entre eux se sont abatu
Xx ehevaliers, à grant desroi,
Por fère remonter le roi ,
Et vont Aalardin requerre ;
13700 Or est mal partie la guerre
D'un seul ehevalier eontre xx ;
Mes nequedent bien li avint
Que, por efïorz que il euissent
Ne por pooir que il peuissent,
ä Ne le porent tant sormonter
Que le roi puissent remonter
Se n'i éast » i » grant seeors
Qui du ehastel est le roi sors
Mes, ainz que plus m'oiez eonter ,
iO Vos vueil neporee deviser
Des prisiez ehevaliers du monde,
De eens de la table réonde.
Mès li eontes ei vos départ .
Qu'il en a de ehaseune part :
i 'i Devers le roi Cordoalanz
Qui i a m des plus vaillant ;
Quar ee est mesire Gauwains
Et ses eompainz mesire Yvains.
Mesire Kex li senesehaux
20 1 fu, qui moult estoit vassaux ;
Si fu Lueans li bouteillers
Et des autres plusors milliers
Dont ge ne me vueil eneombrer
Ne de lor noms nes • ! » nommer.
"2;i D'autre part li rois Ris de gales
Ot avee soi le Destregales,

1 Mpl. porte : se neféust I. srranl seeors. — Sors est le partieipe passé de


sorti re.
— m —

Li Riehes Soudoiers i fu ,
F.l le filz Yder, lr lill Nu';
Si ot tant autres ehevaliers .
13730 Ne sai les .с., ne les milliers,
Mès, por la bone sorvenue
Qui d'autre part lor est venue
De Alardjn qu'il ne eonnoissent,
De lui seeorre moult s'angoissent ;
33 Des mors i a , des mehaigniez ;
Lors à primes est engigniez
Sor Aalardin li estors.
Or saehiez que bon fu li jors ,
Qu'il i a moult de los eonquis ;
40 De totes parz l'ont entrepris,
Moult lor a randu grant estor,
Tant qu'il vit par devers la tor
Cador son eompaignon venir ;
Or péust lui moult bien tenir
45 Cil qui vendra vers lui premiers ;
Ce est li Riehes Soudoiers
Qui vers lui vient joste querrant ;
Si durement se vont ferrant,
La lanee au Riehe Soudoier
50 Brisa, quant plus ne pot ploier.
Cador r'a si jousté à lui
Qu'à terre trébuehent andui,
ll et son eheval en i mont;
Cador de rendre le semont ,
55 Mès il nes a talent du rendre
Qu'ainçois eher ne se vueille vendre.
Lors a ehaseun l'espée trete,
Jà féist l'un à l'autre entrète,
Quant Sagremors li desréez,
60 De riehes armes eonréez,
Ensemble o lui grant eompagnie ,
Point à Cador, lanee enpoignie;
De totes parz l'ont à bandon
Féru de muete et de randon ;

1 Kl de ta partie n rny tle ltys de Giilb s y rust premierement le my Des-


irrsales et y fust Ydier le filz Nu el d'aultres ehevalliers plusieurs. 1530.
T 11 11
— 162 —

13765 Tuit ensemble l'ont eonséu,


Mes du eheval ne l'ont méu.
Qui lor véist eom se eontient,
L'espée nue en sa main tient,
Qu'entor soi fiert de toutes parz ,
70 Plus fiers que tygres ne liéparz;
Là véïssiez i ehapléiz
Si fort et i . tel feréiz,
Et lui si durement desfendre,
Tot portrenehier et tout porfendre ,
75 L'un l'ère mane, l'autre esehaeier;
La presse part au brane d'aeier 1 ,
Le plus hardi fet tot dolant ;
Mestoutevoies nequedent
Au Riche Soudoier bonté
80 Font qu'à foree l'ont remonté.

f
\jador Aalardin regarde
À eui Cadoalanz trop tarde,
Mes ne se velt plus atargier
Qu'il n'i aille pour lui aidier,
85 Et, quant li eompaignon assemblent,
Tuit li autre de paor tremblent,
Car trop lor rendent grand estor.
Mais les pueeles de la tor
Se merveillent que ee puet estre,
90 Fors que eele de la fenestre
À eui Aalardins parla ,
Cele pas ne se merveilla ,
Car autre fois véu l'avoit;
Mès autresi preus ne savoit
95 S'el l'a véu, ne li desplest
Qu'aneor n'i voit qui plus li plest ;
Biau l'a véu, or le voit bon ;
Ne li a plus presté du son
Fors ses euz à lui esgarder,
1 3800 Et sa bele bouehe esgarder ,
Et son euer à penser à lui,
Et son eors que n'i porte autrui.

I La presse part, e'est à dire : il fend la presse. Voir plus loin , vers U008
Qui a disparitc la presse.
Aalardin de l'autre part
Li donne, lejor, maint rrgart,
lÔ805 Qui en l'estor muint eop départ ;
En lieu se met qu'ele les gart;
En son euer li frans homs devise
Que dame Dieu por sa franehise
Doint bien entendre á lui garder ;
iO Tant eom met à lui esgarder,
Cador vet moult bien regardant,
Mès il ne set eneor noiant ,
Ne dont il est, ne de quel ère,
Qui fu son père ne sa mère ;
i5 Une pueele bele et gente
À eui Cador moult atalente
En grant paine est, moult est dolante ,
Quant el ne set toute s'entente
Mès en demander qui il est,
20 Quar à merveille le voit prest
De сox donner et de bien rendre.
De bien férir et de desfendre;
Nus hons ne le péust miex fère;
Ce qu'il fet n'est mie à refère ;
23 Ses еu1г et son euer en lui fiehe,
Et soi méimes en afiehe
Qu'ele très grant joie n'aura
lïesi à tant qu'ele saura
Qui il est, por voir le vous di ;
50 Ele ert suer au plus esbaudi ' ,
Cousine Carados germaine,
Et estoit née de Bretaigne ,
Cousine monseignor Yvain,
Et avoil nom la bele Ydein ;
35 Vint à la bele Guigenor
Por parler à li de Cador :
« Ha ! damoisele, véez-vos
Là il . ehevaliers merveillos
Entre ees autres ehaploier
40 Et lor hardement rmploier ;

« Et eell«1 pueelle queje dys estoit sueur au preux Quabardy, eousine ger
maine à Carados et pareillement il Gauvain, et estoit née de llretaigne, laquelle
fusl Ydain nommée. 1530.
— 164 —

VèistfcS-en-vous one tiex deux ,


S'il périssent, dont fust tiex deuls
Coment de ees n. avenroit?1
Vez eom bien le fet orendroit
13845 Cil à l'eseu o lr ehief d'or
Qui siet desus eel eheval sor;
Véez eoment il se eontient ;
C'est eil à qui mon euer se tient. •
« Certes, preus est, font les mesehines,
50 Mès eelui à l'aigle d'ermines
À l'eseu de gueules vermeilles
S'i reeontient bien à merveilles;
C'est eil qui le miex i fera ,
Qui les autres deseonf¡ra. »
55 Ainsi loe ehaseun le son ,
Mes n'en osent dire lor bon ,
Ne n'osent dire lor penser,
Ne tout dire, ne tout eéler.
En ee qu'aloient si parlant,
60 Es-vos venuCadoalant,
Ensemble o lui monsignor Kë,
Et si vos di de vérité ,
Que o lui vint li bons vassaux
Et li bons galois Pereevaux
Et la plus bele eompaignie
Qui onques fust, jor de lor vie ,
En tornoi menée par roi ;
Maint gentil home ot u tornoi ,
Et, quand ee vint al asembler,
70 Qui lors véist terre trembler,
Lanees brisier, pereier eseus,
Granz сox férir d'espiez molus ,
L'un ehéoir, l'autre relever ,
Et as fors les foibles gréver,
75 Par terre gésir ehevaliers ,
Et ehevax aler estraiers, 1

* Je eroy que jamais deuxaultres vous ne véistes pour lesquelz ondeust


un si grand duel mener eome en debvrait pour eeulx iey faire. 1530.
• Estraiers. Adjeetif, au régime pluriel, errant çà et là, vaguant. Le verbe
se trouve plus souvent. Il répond au provençal estradier, de strada. (Voy. Diez.
l, 287.) 1530 traduit : Et ehevaux fuyr sans eonduite.
— f65 —

Kien péust dire qu'il véist


Que mal eonverser i féist;
Et qui ne se péust desfendre
1 3880 Par tens l'estéust à deseendre ;
Jà n'i éust estrier tenu ;
Li mauvès i sont malvenu :
Si vos di bien que li eouart
N'osent aproeher eele part.
85 D'1rlande rois Cadoalanz
.Ne se eontint pas eome lenz ;
Que le premier qu'il eneontra
Saehiez qu'en lui male eneontre a,
Qu'au joster l'abati envers ;
90 Et si i fu li rois Yders ;
Mesire Kex li senesehaux
S'i reeontint eomme vassaux ,
Qu'au premier poindre que il list
Vous di de voir que il se prist
Vd Du tout au plus eontralieux ,
Ce fu Agravains l'orgueillex ;
Micx assembler ne poïst nus ,
Se li uns enfle, l'autre plus ;
Moult sont eontralieus andui,
13900 Plains de ramposnes et d'anui.
1l se muevent par grant eontrete
Tant eom eheval lor puéent trère ;
Féru se sont par grant vertu
Qu'amedui se sont abatu ;
5 D'euls relever ne m'entremet ;
Fox est qui entre deux se met.
Li bons Pereevaux li galois
À . i. sol poindre en abat .ni.,
Qu'il abati premiers Cligès
10 Et après, Tor le fill Arès ;
Savez ore qui li tierz fu,
Ce refu Yder le Ii Iz Nu ;
Tuit li autre de son eonroi
Chaseun le fit bien endroit soi.
15 Mes trop seroie debatuz
Ainz qu'abatanz et abatuZ
Vos eusse touz aeontés.
Moult par furent de granz bonté*
— 166 —

Eneore li du¡ eompainsnon


20 Qu'ont tant esté en trépaignon, 1
N'ont guères éu de repox ,
Sor toz les autres ont grant lox ,
Et il le doivent bien avoir;
Quar , par foree et par estouvoir,
13!I25 Ont si le roi His amusé
Que toutes ses genz ont usé.
Onques si riehe soudoier
Ne Sagremor, ne Degevier
Ne tuit li antre ehevalier
30 Ne se sorent tant traveiller
Queil li puissent rebaillier *
Le blane Lioneel son destrier;
El, se ne fust li biax , li bons,
1l méismes, mmigréles sons,
35 1 fust tout pris et reten uz ;
Quar li seeorre i est venuz
Et moult grant gent de son eonroi,
Si grant honor ont fet au roi,
Sor »i» autre l'ont fet monter.
40 Or ne vos porroit nus eonter
La grant angoisse , la destreee,
Le hardement et la proeee
D'Aalardin et de Cador ;
À terre orent Sagremor
45 Quant l'a remonté Bleheris ;
Lors les seeorut le roi Ris ,
Sor les il . eompaignons loiaux,
Quant vint mesire Pereevaux
Et a féru le bel , le bon ,
50 Si que dolant en sont li son ;
Vers son eop ne se puet tenir
Qu'à terre nu faee venir ;
Quant eestui ot à terre mis ,
Que ne s'en rie Bleheris ,
55 Revet de lui autretant fère ,
Moult redoutent tuit son repère ,

Qui tant ont esté au deslour. » Í530.


Mpl. dit : Que il puissent rebaillier.
— Î67 —

Qnor il n'otaint à eop nului


Que il ne soit tout fet de lui.
AalardinvU Pereeval
{39tHI Si bien aidrerdu bon eheval
Qu'il a por proeee eonquis.
A tant dementiers » trumis
Par son bon eompaignon Cador
À damoisele Guigenor ;
65 Ainz qu'il du tornoi soit parti
1 a maint сop de départi ;
Cador en vint soz la fenestre :
« Pueele, Diex qui vous fist nestre
Vous saut et gart et bénéie ,
70 Et vostre bele eonpaignie !
De par le vostre ehevalier
Que vous véez là ehevauehier,
A l'eseu de gueules vermeilles,
Qui a hui fet maintes merveilles,
75 Cil que vous ei oreinz véistes,
A qui le gonfanon féistes
De vostre manehe bele et gente ,
De eest eheval vos fet présente
Par moi, que il a hui eonquis
80 De vostre anemi le roi Ris ;
C'est son gaaing eertainement
Le premier du tornoiement. »
« Sire, la pueele respont ,
Diex qui trestoute riens espont ,
80 Qui eria toute eriature ,
Li otroit grant bone aventure
Come au ehevalier que ge saehe
Que mes euers plus vers sa main saehe.
Bien me sui hui apereéue
90 Que n'é pas esté déeéue
Des granz biens que g'en é oïz ;
Moult s'en est mes euers esjoïz ,
Car eneor i voi plus bonté
Assez que ne m'en fu eonté;
95 Bien est dignes d'avoir amie ;
Certes et il n'i faudra mie ;
Quar il a jà de son présent
Fet à moi le présentement,
— 1t»8 —

Et dites-li que ge li mant


14000 Queje sui seue à son talant
Et si seré toute ma vie ;
Si nu tenez à vilenie
Se ge vous demant vostre nom,
Et se vos estes eonpaignon ;
5 Quai. moult avez grant vasselage
Et bien semblez de haut parage. »
< Pueele, ge vos di sonz faille,
J'ai nom Cadorde Cornoaille;
Compaignon sommes Ii et gié;
10 Or m'en vois à vostre eongié ;
Tart m'est que ge arrière soie. »
Une lanee à penon de soie
La bele Ydein li a baillie,
Qui pors'amorfu travaille ;
15 Puis lia dit: « Sire, tenez
Ceste lanee et si m'amenez
Cel ehevalier à eel eheval
Que ge voi aler par ee val
Tot droit vers le tornoiement ;
20 C'est . i » hom de grant hardement ;
S'est apelez Ginguibrasil 1
Et de vos anemis est il. »
Cador n'i vost plus demorer
Por son hardement esprover;
25 Par tel aïr vers lui ehevauehe
Que au monter le desehevauehe ;
Bien a fet le eomandement
À la pueele justement,
Quar, tout par foree, vueille ou non ,
30 L'a envoié en sa prison ;
Onques por ee ne fisl retor,
Ainz est venuz droit à la tor.
La lanee tenoit en sa main
Que li dona la bele Ydein ;
35 Le premerain que il ataint,
A terre tot envers l'enpaint ;

Guigambresil. 1530.
— 169 —

Son brane i ra si emploie


Après l'autre l'a envoié ;
Dont la bele Ydein a grant joie ;
H040 Souvant a dit, à sa voizquoie,
Que son ami pas ne l'oublie ,
Tant fel por lui ehevalerie ;
La moitié ne la tieree part
N'en feroit nus, néis le quart ;
45 Et dit que voit venir le roi
De Trigale o le sien eonroi ; 1
Aalardins tint une lanee
Moult fort et roide et de nuisanee ;
De tel aïr vers lui s'eslesse
;Ю Que li rois le eheval li lesse ;
Après i est sa gent venue
Qui fièrement s'est eontenue
Tant qu'il le r'ont mis à eheval.
Es-vos que vinrent ni . vassal,
55 Wesire Gyflet le lil Den ,
Lugant et mesire Madeu ,
O eulsPereevaus le galois,
Cadors, Cadoalanz li rois ;
Que si bien les ont reeueilliz
60 Qu'à ehaeier les ont aeueilliz ;
Des bras lor vont tiex eopx offrir
Qu'il ne les porent pas soufrir ;
Et li baron nouvel venu
1 lièrent souvant et menu ,
С5 Chaseuns o l'espée molue,
Tant que la proie i ont tolue ;
Wès Aalardin ne ve!l pas
Guerpir le roi en es le pas ;
Tant ont entreus il eserémi ,
70 Si home se fièrent anmi
Qui le roi li vienent reseorre;
Mès Pereevaus le vint seeorre
Qui a départie la presse;
Aalardin du roi s'apresse

• Le roy de Rys d'Estregalle 1530.


— 170 —

1 4075 Et a regardée s'amie


Puis li dist : « Ne la garrez mie
Se il à lui ne la veult rendre. •
Mès eil se euide bien desfendre
Et esehaper tout maugré son;
80 Mès trop li furent loing li son ,
À eui li galois Pereevaux
Peree eorées et ehevaux ,
Et Cadoalanz et Cadors,
Tant que Alardin se trest hors,
85 Loing de ses genz tel eop li done
Parmi la teste, mot ne sonne,
Ainz ehiet à terre tout pasmez ,
Et, quant il se r'est relevez,
En la merei Aalardin
!I0 S'est du tot mis à la parfin ;
Puis n'i ot plus eonte eonté,
Aalardins l'a remonté ,
Par eovenant eil li afie
Que il s'ira rendre à s'amie
95 À la fenestre de la tor ;
Ensi départent de l'estor ;
Aalardins ot son prison.
Atant ès-vos le bel, le bon,
O lui le Riehe Soudoier;
1 4100 Moult bien se euident jà loier
Et saoler d'autrui avoir ;
Aalardin euident avoir
Bien entrepris sans avoir pis ,
Mès eux méismes s'i sont pris ,
8 Quant sor lui se sont embatu;
La verge dont il sont batu
Ont bien à lor il . mains eueillie.
Lors a droit li rois aeueillie
Sa voie , droit vers la fenestre
iO Où la pueele avoit son estre ;
Puis la salue bonement,
À lui se randi franehement ;
Et ele l'a bien reeéu.
Et Aalardin remés fu
15 O eeus qui gaires ne l'ont ehier ,
Ainz se vorroient moult vengier
- 171 -

Des иnuiz qu'il leur ;t lnn fez ;


1l ¡ vienent o les brans trez
Com eil qui ont vers lui grant ire ,
H12U Puis lièrent à tas el à tire,
L'un le houte, l'autre le tire ,
De lui féissent ^rant martire
S'il péussent, moult volentiers ;
Mes ses hiaumes est toz entiers,
25 Eneor est sa foree moulurant
Et moult par trenehe bien son brane ,
Et s'amie voit à ses eulz ,
Si saehiez que il en vault mielz ;
Si très fièrement se desfent
30 Que au Riehe Soudoier lent
Son hiaume, et sa eoiffe li trenehe ;
Nu féri pas de main eselenehe ,
Quar le brane n'i fist one arest
Jusqu'il ot entamé le test
.'55 Desi qu'es près de la eervele
Et eil fet la lorne-boèle.
, Lors est remés li biaus, li buens ,
Toz seus sanz aïde des suens ;
Et de l'aïde au Soudoier
40 Ne se puest mès puis eointoier ,
Qu'il est navrez et maubailliz.
Durement se sont assailliz ;
Que vos diroie ? Au ehief du tor,
Veineu a Alardin l'estor
4!i Des . lt . vassaux qui l'asaillirent ,
Si que de par li se rendirent
À s'amie, à la pueele
Qui moult estoit eortoise et bele ;
Ele les reçut franehement.
Ь0 Estes-vos le tornoiement
Deseonfit devers le roi Ris ;
Quar au foïr se sont tuit pris;
Le roi Cadoalant d'lrlande
Les a puis mis hors de la lande ,
Et il li ont torné le dos.
Atant estes-vos Carados,
Se fiert entr'eus toz abrivez ;
Mès n'estoient pas ses privez,
— 172 —

Ne il nes sot où aler querre ;


l 'y l t¡0 Convoitons est de pris eonquerre ;
Tant eom elrevax le puet porter,
Vet les fuianz reeonforter,
Qnar or euide il avoir pris
S'il aïde au plus entrepris,
6a Et il lor aïde moult bien;
Quar de voir vous di une rieir
Que el premerain front devant
Lor abati Cadoalant ,
Et après monseignor Madeu
70 Et le tiers Girflet le filz Den ;
Ces .ni. leurabatidu poindre;
Mesire Kex velt à lui joindre
Et Carados l'a bien eonnu ;
Mes si vos diré eom il fu :
Iii Mesire Kex fu moult hardiz,
Mes souvant disoit de fox diz 1,
Sovant par son fol hardement
Li mesehéoit moult malement;
Si malement li mesehaï,
80 Quar il jousta et si ehaï
Et eontre terre s'apuia
Si que la main li desloa ;
Et Carados sor lui repasse
Tant l'afole que tout le quasse :
83 « Ha! Kex, fet-il, par le mien eol,
Ore estes-vos tenu por fol
Moult plus que ge ne sui assez ;
Eneor n'a pas in . anz passez,
En la eort mon onele à Carduel ,
90 Dontge é eneore grant duel ,
Moult laidement me foloiasles
Et assez me eontral iastes
Et déistes vostre plaisir ;
Si vos en venist mieux tésir,
9Ü Certes, et or que fox feistes
Quant vous à moi joste préistes ;

1 Robert de Borron, dans le roman de Merlin, dit de ee défiint de Км; « Oete


teee dont le eonte dist que Kex avoit , prist il en sa nouriee qui l'alaita , ear il
ne le tenoit pas de sa mère. Ms. de Turin.
— 17." —

Je euit que ln morl i prendrez;


Et tout or1 udrnit vtins rendrez . »
« Sire, et ge volentiers me rent. »
i 4200 Carados la lianee prent
Par eouvenant qu'il li a dit
Que, sanz terme et sans eontredit ,.
Sans ranposner, sans rrehignier ,
S'aut rendre à la bele Guimer
5 S'amie, el bois, à la fueillie.
Tantost a sa voie eueillie
Mesire Kex à aler s'en ,
Tant qu'il i vint et par nsen
A la pueele et se randi
10 De par Carados son ami ;
Et l'a franehement reeéu
Et , quant ele l'a eonnéu ,
Lors s'en esjoï ele mou lI
Por ee qu'en le tient à estout 1.
i :i Moult est forz li tornoiemenz ,
Moult i est Carados tornenz
Et moult i fiert de ses déliz.
Es-vos nwnseignor Brnndeliz ,
Ensemble o lui maint eonpaignon ,
20 Mès ee n'est se merveille non
Com le tornoiement enforee ;
Mes Carados a plus grant foree
Et plus hardement endroit soi
Que nus des autres du tornoi;
25 Si vos di bien qu'au ehaploier
Les a fet si affebloier,
Et tant i a fet Carados
Que il a fet torner les dos
D'1rlande au roi Cardoalant
30 Et à toute la seue gent,
Fors Aalardin et Cadors,
Entretant eom en traient hors,
O dant Pereeval le Galois 1 ,
Moult très nobles ehevaliers trois,
• « Et quant eust eongneu que e'estwl le senesehal, grandement en fust
resjouye , pour ee que reputé et tenu estoil pour ung mrdisant. » 1530.
* Dans, Danl : monseigneur.
— 174 —

1 4235 Dr eeus qu'estoient au roi Ris ;


Enmaine il par foree pris
Mrs ire Pereeval, Clisés ;
Et avee Tor, le fils Arés,
En ramenoit Aalardins
40 Qui moult estoit et forz et fins ;
Et Sagremor le desréé
R'avoit Cador deseonreé
Qu'à sa pueele, ou vueille ou non ,
L'envéoit rendre en sa prison ;
45 Cil troi einsi eom je vos di
Avoit ehaseun le sien sési ;
Aalardins à Guigenor
Moine le sien et de Cador
Vous di de voir que de sa main
50 Rent le sien à s'amie Yvain.
Mes le bon Perceval n'a mie
1lleques pris la seue amie,
Mès moult en ovra hautement,
Si vos dirai eom faitemenL
35 Bien avez les moz entenduz
Com faitement Kex s'est renduz
En merei à une pueele ,
La eortoise Guimer la bele .
A qui Carados ses amis
60 Pour soi rendre l'avoit tramis;
Quant reeéu l'ot franehement ,
Novele du tornoiement
Lors à demander li a quist
Li quiex greignor los i aquist.
65 « Pueele, fit mesire Ké ,
Je vos di bien, par vérité,
Que eil qui çà m'envoia pris
A vous , i a le greignor pris ,
Et moult par a il grant bonté
70 Quant il einsi m'a sormonté;
Qu'ainz mes ne me sonnonta nus
D'armes, devant le roi Artus. •
Quant la pueele ensi oï
Kex parler , moult s'en esjoï;
75 De son ami a grant liesee,
Quant de lui ot si grant proesee;
— 175 —

Talent a que ele le voie ;


Maintenant se met à la voie
Qu'el n'i prent per ne eonpaignon,
H280 Fors sol eele du paveillon ,
La preuz , la bien fête , la bele ,
Qui tant par est eortoise et bele;
Et eles il . ont demandé,
Ce saehiez, à monseignor Ké
85 Se le tornoiement est loing :
« Par foi, fet-il, s'avez besoing
D'aler, si alez tout adès,
Quar il est d'iei assez près. »
Atant lessent monseignor Ké
00 En lor loge, et ont tant alé
Que la lande et le riehe ator
Voient tout de plain etla tor ;
En » i . bel ombre se sont mises 1
Etesgardent eez ademises,
95 Que font ehevalier et vassal.
Mes de monseignor Pereeval
Vos voil eonter iei endroit
Qui as pueeles vint tot droit ,
Quar bien les ot apereéues ;
i 4300 Нес où il les ot véues ,
Vient apoingnant à esporon
Et si ameine son prison ;
La pueele du paveillon
Mist premièrement à reson :
5 « Jhesus vos saut, fet-il, pueele,
Et vostre eompaignie bele ! »
« Biau sire, Dex vos bénéie
Vos et la vostre eompaignie! »
« Pueele, fit soi Pereevaux ,
10 Par ees bosehages, par ees vaux ,
Quel fortune vos i eonduit ? »
« Biau sire ehier , por le déduit
De eest tornoiement véoir
Somes ei venues seoir. »

1 « Se arrestani dessoubz quelque belle umbre. » 1530.


— 176 —

1 i3 1 5 F.n ee qu'aloient si parlant,


Es-vos .i» ehevalier errant,
Lueans, leeortois bouteiller ;
Devant la pueele Grimer
S'agenoille et à lui se rent :
20 « Pueele , fet-il gentement ,
Vos salue li vostre amis
Qui iei m'a à vos tramis;
Ce est li ehevaliers vaillanz
Qui a les . in. lions rampanz
25 En son eseu qu'est de fin or ,
Si l'apele l'en Carador ;
De par eelui , sanz mesprison ,
Me rent en la vostre prison ,
À faire ee que vos pléra. »
30 La pueele reeéu l'a
Moult franehement en sa merei :
« Sire, fet-ele, séez.ei,
Quar, por ee que eil vosa pris
À qui Diex doint honor et pris,
35 Vos rendré-ge moult volentiers. •
Et Pereeval endementiers
S'est de la pueele aeointiez,
Du paveillon ; par amistiez
A fet à lui son prison rendre;
40 Or a Cligès à eui entendre
Et à qui il puet eonsellier;
Qu'il a Luean le bouteillier
De eompaignie ensemble o lui ,
Et moult se merveillent andui
45 De la biauté aus » il. pueeles.
Tant ont parlé ensemble o elrs
Et déduit li bons Pereevaux
Qu'il a véuz les il. vassaux
Qui lor prisons orent leissiez,
30 A lor pueeles eslessiez ;
Vers eus viennent plus que le pas
Quar eneore ne sèven t pas
Qui les il. damoiselles sont
Qui aus il. ehevaliers s'estont,
'.Г.) Et, quant à euls sont parvenu ,
À grant merveilles sont tenu
— 177 —

De lor serrur qu'il ont ¡llee


Si trouvées, el neporee ,
Quant il sorent la vérité
H3fi0 Dela prison monseignor Ké
Et de Luean le bouteillier ,
Tout ont lessié lor merveillier ;
Vers le tornoi se vuelent trère.
De Pereeval vos voil retrère,
65 Que de s'amor li a fel don
La pueele du paveillon,
Et il i envoia , le jor,
»X . ehevaliers pris de l'estor.
Or ne vos soit pas mesprisons
70 Se ge ne vos nom les prisons
Que Carados a , le jor, pris ;
Que tost i auroie mespris;
Mes , tout de voir , que ne vos mente ,
Vos di qu'il en prist xx ou xxx ,
75 Et à s'amie eom amis
Les a en sa prison tramis.
1ei nos lerons des pueeles;
Li troi vassal se partent d'eles
Et Alardins et Pereevaux
80 Et Cador broehent les ehevaux ,
Metent soi el tornoiement;
Mes moult trovèrent autrement
Lor eompaignons qu'il nes lessièrent;
Les plus forz les foibles plessièrent ,
85 Et ehaeent tout à lor talant
Rois Ris et rois Cadoalant;
Et si n'en a il point de los,
Quar ee fesoit tout Carados ,
ll et mesire Brandelis,
90 Qui moult i font de lor déliz
Et moult i font lor oes eil ber,
Ne nus ne se puet d'eus gaber
Que bien ne l'aient fet, le jor ;
Des or a éu trop séjor
95 Cil qui n'ert ne fox ne vilains;
Ce saehiez, mesire Gauvains ,
Quant ses eompaignons voit loir,
D'ire eommença à rougir
1 ■ Com menee ;'i nnireyr de dueil »1530. T. ll 12
— 178 —

Ne puet soflrir plus longuement .


1 4.400 Es le vos au tornoiement.
Si vint mesire Yvains o lui ,
Moult estoient vaillant andui ;
Le premerain que il ataint,
Jus envis à terre l'enpaint ;
5 Li ehevalier qui o lui vienent
Moult très fièrement se eontienent,
Quar ehaseuns le sien abati
Au mains, tant qu'entr'eus s'enbati
Carados , si que trestout plat
i 0 Monseignor Yvein i abat
Très devant Monseignor Gauvain ;
Puis vet férir trestout de plain
Le Let Hardi, sor son eseu,
Que puis qu'il n'a assez veseu
i 5 Tost pasmé ehiet de son eheval ;
Puis revet férir Pereeval ;
Et Pereevaus si le reçoit
Que de riens nulc nu doutoit ;
S'il l'a bouté, il le reboute;
20 Ge vos di bien, sanz nule doute,
Que ainz ne sorent s'i tenir
Qu'à terre nel estuet venir ,
Chevaliers et ehevaux ensemble ;
Mès tost remontent , ee me semble ;
25 L'un ot nom sire Brandeliz
Qui est bons ehevaliers esliz ,
Et l'autre, mesire Gauvains.
Pereevaus fu moult d'ire plains
De Carados qu'abatu l'a ,
30 Tant l'a porsuï çà et là
Que une autre joste refirent
Et que à terre s'abatirent
Ceus et lor ehevax en . i » mont ;
Mès n'i a nul tost ne remont,
35 Quar moult est ehaseuns d'eus vaillanz ;
Moult sont lor espées taillanz ;
Jà i éusteox départiz,
Quant les autres les ont partiz
Et dessevrez et neporquant
40 Ont Carados ne tant ne quant,
— 17!l —

Por ee ne se vost reposer


Le plus hardi vet oposrr;
Le jor, fet mainte oсыoil
Dont one n'ot absolueion ;
14445 Le plus fort veult si enpledier
Qu'il ne se péust esploilier
Et qu'il les a si atornez
Qu'à la fuie les a tornez ;
Mès poist au roi Cadoalant
50 S'ont il tenu au mielz paiant ;
Mesire Brandeliz les ehasee,
Si grant pris eonquiert en la plaee
Que il a si féru Cador
Qu'il l'abati du eheval sor,
Ii5 Et, se lors nu seeoréust
Pereevaus, retenu l'éust ;
Monseignor Brandeliz en poise
De Pereeval qui si s'envoise
Que Cador li a tret des mains,
60 Oevre du plus pis est des mains,
Si fiert monseignor Pereeval
Qu'il l'enporte jus du eheval ;
Mesire Pereevaus fiert lui
Qu'à terre ehaïrent andui;
65 Jà s'entrebatissent les os ,
Quant i est venuz Carados
Et d'autre part tant ehevalier ,
Qu'à ehaseun rendent son destrier ;
Moult est Pereeval iraseuz
70 Que tant a esté abaluz
De Carados privéement ;
Se vengeroit amèrement
Se il en avoit la poissanee ;
En sa main avoit une lanee
75 Et s'est tout droit tret eele part
Où Carados ses сox départ ;
Quant Carados venir le voit
D'aler eneontre s'aprestoit,
Et il l'a moult bien porvéu
80 Et si fièrement reeéu
Qu'au joster ne set en le piee
Ле le mellor des u . eslire;
— 180 —

Et , se il bien se vuelenl querre,


L'un puet l'autre trover à terre ,
14485 Qu'ainz ne se priseent as estriers
Au deseendre de lor destriers.
Pereeval en a moult grant ire ,
L'espée fors du fuerre tire ,
1l se euida moult bien vangier
90 De Carados, sans nul dangier;
Mès Carados guères nu doute;
Arière de sor soi le boute
Et r'a trete la soie espée ;
Lors reeommenee une mellée
95 Entr'eus il , si fort et si fière ;
Moult se grièvent de grant manière
Lor eseuz ont touz destranehiez
Et lor lumbers touz desmailliez
Et lor hiaumes toz dequassez ;
14500 Li plus forz d'els est toz lassez ;
Jà fust honniz li uns des il .
Et ee fust domages et deuls,
Quant i sorvint Aalardins
Et Cador , sor le luaume enelins ;
5. Quant Carados a ee véu ,
Moult grant paor en a éu
Que Pereeval ne li éust
Riens fet dont honte avoir déust.
N'est merveille se joie fet
10 Que eil ne li a riens meffet ;
Qu'ainz que d'ilee se soit partiz
Les a en en . il . départiz ;
Mès Carados pas ne repose .
Sovant respont , sovant opose ,
15 Sovant est féruz, sovant fiert ,
Sovant requis, sovant requiert.
Or, ne sé que plus en déisse
Ne que plus lone eonte en féisse
De sa proesee deviser;
20 Mais tant saehiez que réuser
A fait Cadoalant le roi,
Et ovee eeus qu'il a o soi ,
Et, que ge ne vos mente mie,
À la bele Guimer s'amie
— m —

14525 A anvoié plusors prisons


Dont je ne sai dire les noms ,
Se vos éusse dénomez
Mesire li seneseliax Kex ,
Lueans li bouteillers eortois
30 Et des autres bien » xxxltt » ;
Done ge ne me veil entremetre ,
N'en lor noms dire paine metre ,
Car tiex i seroit jà nommez
Qui en seroit mal renommez ;
35 Sel vueil metre hors de mon eonte,
Qu'au nommer ne li faee honte ;
Mes, se li eontes n'est faillanz,
1l i ot pris des miex vaillanz
De la meson le roi Artu ;
40 Moult a Carados grant vertu ;
Conquis i a , le jor, grant pris
Des ehevaliers que il a pris
Et du roi qu'a mis à la fuie.
Monsignor Gauvain en enuie
45 Et dist e'or a il trop souffert
Quant ses eonpaignons einsi pert
Voiant ses eulz , et nes seeort ;
A Carados , iriez , aeort ,
Quar bien l'a , le jor, eonnéu
50 El tornoi et bien l'a vén
As granz proeees que il a ;
Certes de jouster l'ennuia ,
Puis jostèrent ni . fois ou » мм »
Qu'ainz li uns ne pot l'autre abatre,
55 Que moult avoient andui foree.
Li rois Cardoalan s'efforee ;
Tant a, il et li sien, ouvré
Que par foree ont reeouvré,
Si vos dirai eom ee avint :
60 Sor Carados Pereeval vint
Et si i vint mesire Yvains
Et après mesire Gauvains ;
Chaseuns s'i velt premiers enbatre,
Que ehaseuns le voloit abatre
65 Por ee qu'il le voient si preu ,
Ne penser guères de son preu.
— 182 —

De in. parz se sont ailemis


Et tant qu'il l'ont par terre mis
1lee où l'orent aterré ;
l4,'¡70 A Cadoalanz reeouvré
Sor le roi Ris moult malement,
Mes Carados isnèlement
S'est de la terre redreeiez ;
Vers Perceval s'est adreeiez,
78
Le sien r'oeist à Pereeval
Sor soi desfendant, n'en pot mès ,
Quar il li aloit trop de près I ;
Si fesoit mesire Gauvains,
80 Ce saehiez, et mesire Yvains,
Chaseuns erioit qu'il se randist,
Que vers els ne se desfendist,
Quar tant sèvent en lui de bien
Nel vorroient bleeié por rien.
85 Mesire Gauvains franehement
Le semont de rendre sovant ,
Que eneor ne le eonnoist pas ;
Mès Carados isnel le pas
Li dist que jà ne se randra,
it0 À son pooirse desfendra ;
Moult par avoit grant hardement,
Moult emprenoit desfendement
Eneontre tiex . in . ehevaliers
Que el monde n'en a plus fiers ;
1.i j Moult longuement se desfendi
Et moult grant estor lor rendi ,
Si s'est bien vers eux eontenuz ,
Toz lor eseuz lor a fenduz ;
Si vistement eops lor départ
14600 Qu'il nu puéent de nule part
Aus poinz bailler neatraper;
Cui ehaut, ne péust esehaper *

* « Et bien voit que perdu a son eheval lequel Pereeval oeeis avoit dessoubz
luy en se defendant, de quoy pourtant il n'eu peult mais, ear de trop près
estoit ehassé. » 1530.
1 « Et toutesvoies n'y eust il seeu resister. » 1530.
— 183 —

Qu'il ne l'éussent mort ou pris,


Quant li vint li quens Cabaldis
1 4605 Et saehiez bien que o lui fu
Li vaillanz Yder, li fils Nu,
Li Lez Hardiz, li Biax Coarz;
Ce m'est avis, i fu li quarz ,
Si fu mesire Brande! iz
10 Qui ert bons ehevaliers esliz.
Là où Carados ont véu,
Moult noblement l'ont seeoru ;
Si vous di bien qu'à li seeorre
Véissiezc. ehevaliers eorre,
15 Qui tuitsont devers le roi Ris,
Et nu tienent n a geu n'à ris ,
Dient que perdu ont lor pris
S'einsi l'en lessent mener pris;
Miex vuelent tot por lui doner
20 Que nul sanz lui emprisonner 1 :
« Se lui avons , assez avon
Et sanz lui, noient ne savon. »
Ce sont lor dit et e'est lor oevre.
La vérité tant en deseuevre
25 Qu'à lui reseorre sont venu ;
Chaseuns a en sa main tenu
Son brane d'aeier moult bien trenehant ;
Sire Brandeliz point avant
Tot droit vers monseignor Gauvain ;
30 L'espée nue ot en sa main.
« Sire, fet-il , eel prisonnier
Vos sui-ge venuz ehalangier ;
Ne vos annuit, n'enmenrez mie
Que il n'i ait jà fet folie. »
35 « Certes, ne vos ert jà renduz ,
Ainçois vos ert bien desfenduz. »
Là véissiez done assembler
Chevaliers , et terre trembler,
Brisier lanees , férir d'espées,
40 Tans piez et tantes mains eopees,

« Lesquelz lous dirent que mieulx leur valluit habaudonner que Carado?
Uisser enprisonner. » 1330.
— l8'i —

Pereer hiaumes , fausser haubers ;


Parmi outrepassoit Ii fers
Et ees hiaumes gemés font fendre
Et ehevaliers par terre estandre,
14645 Les uns navrez, les autres mon;
Afoibliez fu li plus forz.
Por Carados ont embraeie
Tele oevre qui n'iert mes leissie
Qu'il n'en i ait de touz dolanz ;
a0 Si vos di que Cadoalanz ,
Qui qui gaaint, i a perdu ;
Car Carados li ont tolu 1
De sa bataille et de sa main ;
Ce poise monseignor Gauvain
55 Que à foree l'enmainent pris ;
De totes parz l'ont si sorpris
Et tant l'ont départiz de eops
Que totevoies l'ont reseous ;
Mes bien saehiez eerteinement
60 Que Carados nomméement
Comne pour soi s'i aïdoit ,
Que de noiant nes mesnadoit * ;
0 le seeors qu'il voit qu'il a
0 les brans si les menaça
65 Que n'est pas si enehéénez
Que d'elsne soit bien esehapez ;
Moult en fu mesire Gauvains
Dolanz, si fu mesire Yvains ;
Moult en fu iriez Pereevaux
70 Qu'il leur esehape, et lor ehevaux
Lors a à euls m . toz oeis,
1l et mesire Guibrasis.
De tout ee, ne set mot Cadors .
Ne Alardins, qui por lor eors
75 Font merveille de l'autre part ;
Cadors de Alardin se part,
Qui en i lieu orent esté
Où orent assez eonquesté

• Mpl. répète la rime : i a perdu ; j'ai eorrigé d'après 1530.


1 Mesnadoit : manaider , menaier , mesnader : ménager.
— m —

Hounor et vassela^e et pris ,


14680 Et ont assez rhevaliers pris
A lor pueeles envoies ;
L'un s'est de l'autre desvoiez ,
Quar ehaseun velt premiers venir
Là où il voient maintenir
85 Sor Carados la pesant frape 1,
Et, quant il voient qu'il esehape,
Moult lor poise de l'esehaper.
Or le euident bien atraper
Comme eil qu'eneor nu eonnoissent ;
il0 De lui retenir moult s'angoissent,
Que il avoit ehangié eseu
Por le sien qu'il avoit perdu ,
Ne son eheval ne r'ot il mie,
Ainz en avoit . i. de Hongrie
ii5 Que il tenoil à moult très buen
Que il ot ehangié por le suen :
En sa main tint une fort lanee;
Cador premiers vers lui se lanee
Et si li vint lanee dreeiée
l 1"00 Et il r'a la seue empoingniée ;
Si vos di bien qu'il s'entrevienent
Et des forz lanees que il tienent
S'enpoingnent si al asenbler
Que Cador péust en embler
5 Que jà nus éust son eheval
Qu'il ehiet la teste eontreval
Et les jambes eneontremont ;
Qui li donnas! trestot le mont
Ne péust-il son estre dire ;
10 Aalardins en a grant ire,
Poise li de son eoupai ngnon
Qu'il vit ventreiller el sablon * ;
Mes pou proisera sa vaillanee
Se maintenant n'en prent vanjanee ;
15 11 sist seur le eorant destrier
Et tint la lanee de pommier,

' - Désirant le premier venir là où ilz voient la plus grande presse. » 1530.
i . Qu'il voit au sablon travailler. » 1530,
— 186 —

Et Carados r'a lui véu


Qui moult très bien l'a eonéu ;
Mes jà por ee s'il le eonnoist
1 4720 Ne lera que vers lui ne voist ;
Tiex est eoustume de tornoi
Que l'en n'i porte à autre foi
Por parenté, por eonnoissanee,
Qu'il ne l'aut férir de sa lanee ;
2u Cil s'entrevienent à eontrère
Si eom il dui se vuelent fère
Qu'il s'entrevienent de ravine ,
Hurtent de euer et de poitrine
Si roidement qu'il s'entrabatent,
30 Puis relièvent, si se eombatent ,
Chaseun s'aïre au brane molu ,
L'un à l'autre a du sane tolu
Et entamé et ehar et os ;
Li mieudres en est Carados
35 Que Alardin tenoit as mains ;
Quant il vil mesire Gauvains
Envers Carados d'ire espris ,
Moult le euide bien avoir pris
À ieeste foiée d'ore ,
40 Mes non aura, ee n'ert eneore ;
Quar tant a en li hardement
Qu'il se desfent hardiement.
Mesire Gauvains l'a requis,
Qui bien le euide avoir eonquis ,
i'à De l'espée tel eop li donne
Parmi le hiaume, tot l estone ;
Aalardins si le refiert
Qui de l'autre part le requiert ,
Que pou s'en faut qu'il n'est ehéuz
50 O les il . eops qu'a reeéuz
Et, se reeouvrer i péussent,
Je euit que abatu l'éussent.
Mesire Brandeliz i vient,
Qui à moult bon point i sorvient,
Ъо À Carados por lui aidier ,
Ne vint pas por lui sorhaidier,
Aalardin vet eonsuiant;
De sa bonne espée trenehant
— 187 —

Parmi le hiuume tel li donne


1 1760 Que l'un aeier sor l'autre sone;
.1. autre eop i fiert après
Si que il l'abati moult près;
Son iierz eop a si emploié
Que son hiaume li a ploié,
6î) Que dusqu'en la teste embatu
Au quart eop l'éust abutu
Se il férir le li léust
Et Carados ne li l'éust
Moult bien et moult bel trestorné ;
70 Mes ee eop li a destorné 1
Et au eop qu'il li destorna
Si li avint que il torna
A monseignor Gauvain son dos;
Gauvains a féru Carados ,
75 A ee qu'il le vit retorner,
Qu'à paines se pot destorner
Qu'à terre nu eouvint ehaïr ;
Carados saut sus par aïr ,
Et monseignor Gauvain féri
80 Si que très bien le li méri ;
Parmi le hiaume tel li paie,
Bien repuet tel eop prendre en paie ;
Puis reeommenee la mellée
Que ne puet estre desmellée
85 Tant qu'il en aient pris d'assez ;
Li plus liers dels est toz lassez ,
Quar il se fièrent, sanz els faindre ,
Là où il se pueent ataindre
Et sormontent et entrelièrent
90 Et de granz eops s'entregietèrent 1 ,
Souvant saehent et souvant boutent,
La grant foree de lor eors doutent ,
De merveillex eops i despendent s
Et de lor sane moult i espandent;

1 « El de l'autre l'eust abatu se il eust asséné à plain; mais Carados luy a le


eoup destourne. » 1530.
5 Mpl. porte: Et de moult grans eops s'entregiètent. «J'ai eorrigé la rime,
d après 1530.
5 Le mol eops manque dans Mpl. — 1530 dit : Armes merveilleuses.
— 188 —

1 4795 Toz ont lor haubers desmailliez


Et lor eseuz toz détailliez ;
Et lor hiaumes sont tuit fandu ,
Tuit sont lasse et eonfondu.
Onques mes mesire Gauvains
1 4800 Por nul travail ne fu si vains ,
Conques mes éust en sa vie ;
Mes du savoir a grant envie
Dont eil ehevaliers est venuz,
Qui tant s'est eontre lui tenuz ,
5 Et non pas tenuz solement,
Einçois l'a grevé durement;
Savoir vorroit eom il se nomme ,
Quar onques mès par i. sol homme
Ne fu si malement mené ,
10 Si travaillié, ne si péné ;
De ses eompagnons nul n'atent ,
Qu'assez a ehaseuns où s'entent ;
Chaseuns se eovient à desfendre
Ou morir ou à merei randre.
15 Cil qui sont devers le roi Ris
1 ont le greignor los eonquis ;
Mès Carados nomméement
Ot le pris du tornoiement;
Nus des autres tant n'i ovra
20 Ne tant de pris n'i reeouvra
Come Carados fist, le jor ;
Ne porent avoir plus séjor,
Quar la nuit les fist départir,
Bien s'entrepaient au partir,
25 O les bons brans et o les poinz;
Mès le pis parti en ees poinz
Orent et sont li miex vaillant
Es vos le roi Cadoalant.
Mesire Gauvains savoit bien
30 Que Carados ne doute rien
Et bien voit que e'est ehose aperte
Sor ses eompagnons est la perte :
« Sire ehevaliers , dites-moi ,
Fet se il , en la vostre foi ,
35 Dont vos estes , eom avez nom. »
Cil ne li dist ne o ne non ,
— 189 —

Ne veult pas qu'eneor le eonnoisse.


Et mesire Gauvains l'engoisse
Et li prie moult franehement :
14840 « Sire, frans hom, moult bonement
Vos pri que vostre nom me dites
Et que vos pas nu m eseondites ;
Tenu vos iert à mesprison. »
t Biau sire, Carados ai nom,
4*i Et saehiez, nez sui de Bretaigne ;
Or ne euidiez pas que remaigne
En nule fin, por nul avoir,
Que ge ne revueille savoir
Comment vos fêtes apeler. »
50 « Certes, jà nu vos quier eéler ,
Amis, Gauvain sui apelez ;
Onques mes noms ne fu eélez. »
« Certes que je bien le savoie ,
Fet Carados , mes ge voloie
55 De vos essaier le eorage
Et por véoir le vasselage
Qui de vos ert partout oïz. »
■ Merveilles s'en est esjoïz
Mesire Gauvains, moult en s'ame :
60 « Amis , fet-il, la bele Ysame
Qui est nièee le roi Artu ,
Li es-tu riens? eonnois-la-tu ? »
« Oïl, ge la eonnois einsi
Qu'ele est ma mère, gel vos di. »
65 « Biaux Carados, es-tu done eé 1
Or à primes te eonnois-gé
Que tu es ehevaliers bardiz
Et mes eousins à ieez diz. »
Lores ontgitéz lor eseuz
70 À terre et lor branz esmoluz ,
Et lor hiaumes font deslaeier ;
Forment estraindre et embraeier
Les véissiez par grant amor ,
Et o joie démainent plor :
75 Plor por ee qu'il se sont grevé ,
Joie puisqu'il se sont trouvé ;
Ainsi se eonnurent li dui
Qui grant annui se sont fel lui î ,
— 190 —

i 4880 Et , de tant eom plus se mesfirent ,


De lant or greignor joie firent,
Et moult a ehaseun grant liesee
De ee que l'autre a tant proesee;
Tuit li autre ont grant joie éu
85 Quant Carados ont eonéu ;
Aalardins nomméement,
Cador ses eompainz ensement ,
llee où Carados eonnurent ,
Grant joie en ont, avoir le durent,
90 Et moult se merveillent andui
Qu'il ne le eonnurent mes hni ;
Ses en a touz désavisiez,
Que il s'ert, le jor, desguisiez
D'autrui armes, plusors foiées ,
95 Et ses armes a desvoiées ;
Ne voloit que, par eonnoissanee,
Redoutast ehaseuns sa poissanee
Au monter, s'à greinor l'éust
De lui puisqu'il le eonnéust ;
i 4900 Dès ore en est atant venuz
Que il est au meillor tenuz
De trestot le tornoiement,
Que n'i afiert nul noiement ,
Ne il ne le pueent eéler;
fi Qui lors véist atropeler
Environ lui ees ehevaliers ,
À c . , à xx . et à milliers;
Por la joie que li a fet
Vers sire Gauvain se sont tret ,
10 Et por ee que savoir i vuellent
Qui eelui est de eui se duellent
Et qui a si les uns grevez
Et les autres tant alevez.
Cadoalant vint d'une part
1!) Et Ris qui de lui ne se part,
Por la grant joie qu'il en ont ;
Le tornoiement partir font.
Si vos di qu'au département
Qu'il ont fet du tornoiement,
20 Dona mesire Artus Ii rois
A Aalurdin le eourtois
— 101 —

Sa bele nièee Guigenor


Et la bele Ydein à Cador;
Ce sont eeles de la fenestre
14925 Qu'à la tor avoient lor estre;
La pueele du paveillon
De eeli a le roi fet don ,
Por le plesir Aalardin
Et por le sien, au bon mesehin,
30 Au bon Pereeval le galois;
Or sont asséuré eez trois.
Et Carados n'i failli mie ,
La bele Guimer fu s'amie ;
Tant vos en dist d'eux assener ,
35 Mès ge ne vos sai pas nommer ,
Ne ne me donne nes eorage
Que ge devis le mariage,
Les liex , ne les tens , ne les jorz ;
Ne nel mo done mès séjorz,
40 Quar g'é moult autre ehose à fère.
Chaseun s'en vet en son repère ;
Li tornoiemenz est partiz
Et lor gaainz ont départiz1
Entre Aalardin et Cador
45 Et son eompagnon Carador.
Ensi se sont entrajousté,
Com je vous ai dit et eonté ,
Fianehé se sont et plévi
K'à tous jors mais seront ami ;
THI Quant se furent entrebaisié
Au roi vont por prendre eongié,
Mais il set en aus taut de bien,
Congié ne lor donroit por rien ;
Od soi les a fait séjorner
55 Moult longement sans aus doner

* Iei s'arrête le passage enprunte nMpl., et nous reprenons le lexle du Ms.


ile Mons.
— 192 —

Congié. ; à joie et à deduit


Séjornèrent » i » an je quit ;
Le rois fu en séjor grant pièee.
Comment , après que
Ysenne fusl enfermée Et madame Ysaune sa nièee
en la tour par le14960 La mère au vallant Carados
eommandement dn roy
Camdos son époux , Ne puis plus metre arrière d'os.
F.liaures l'enehanteur De li ne me puis plus eéler
eontinua tous jours
d'aller visiter et bailter Qu'il ne m'en eoviegne parler
la diete Ysenne, et Tel eose qui moult me desplaist ;
eomment le diet roy
Carados en fust averti, 68 Car n'est pas eourtois qui il plaist
puis envoya en la eourt Oïr eelui ki eonte et dit
du roy Arthus quérir
son fils Carados lequel Qui de franee dame mesdit :
surprint le diet enehan
teur en la diete tour Car, se aueune fait folie,
avee sa mère Ysenne. Pour çou n'est pas drois que on die
l:i30.
lei le touenoi finit, 70 Toutes les autres soient teus ;
el nous voulons parler Car eles ne sont pas tireus ; 1
de la mère à Karados.
D. S'une en fait mal, » vu » en font bien ;
Mais moi griève sor toute rien
Çou que d'une me eovient dire ;
75 Pléust à Dieu que ma matire
Péusee ei endroit laissier,
Sans mon eonte trop empirier ;
Mais tout içou me reeonforte,
S'un poi de blasme lor aporte
80 Del eonte li eomeneemens ,
Boins en est li définemens,
Avee lor oes, quar une sole
Tot le blasme rmbat et defole.
C'est la preus, la bele Grimer.
8u Ne voel pas ei endroit eonter

1 Qu'eles ne sont pas eomunirx. Mpl. — Toutes femmes ne sont pn'; sembla
bles. 1530.
— l!)3 —

Mais ça avant ¡ toueerai


Là ù liuet tans troverai.
À mon eonte voel revenir
Et ma matère maintenir
14990 D'iluee ù orains le laissai ;
Moi est avis que dit vos ai
De madame Ysaune la eose
Et l'uevre por eoi fu enelose
A Nantes en la haute tor ;
98 Mais tant i ala près entor
Li auresiers, li eneantères1
Qui à Caradot estoit pères ;
Come ee que bien aparu
Qu'ele pour lui enelose fu ,
1îi000 Ne prise gaires le desroi.
Bien poist à Carados le roi ,
Et à tous eeux de sa eontrée
Que li va poreaeier entrée
Chou que il aime d'une part
.i Et avoee çou que set tant d'art ;
Li font tant querre et poreaeier
Que çou ne s'osast embraeier
À faire home d'amor soupris ;
Et eil ki avoit tant apris
ItI Et qui del art de ningremanee
S'avoit trestoute la fianee ,
Mervelle fust s'il n'en présist
A faire tel eose et féist
Par eoi s'aproeast de s'amie :
il) Si fist il, ne demora mie

1 Li ehevaliers C|u'iert enehanlierre. Mpl


T. ll 13
— 194 —

Que il dedens la tort se mist


Et d'une ehose s'entremist
Dont il li avint malement ;
Que il , par son eneantement ,
15020 Harper i faisoit harpéors
Et viéleurs et jougléors,
Et les baleresses baler
Et les tumeresses tumer ;
C'estoit sa vie qu'il menoit
23 Toutes les eures qu'il venoit.
À Carados prist volentés
D'aler, à ses autres ehités
Et par sa tière, soi déduire ;
Avis li estoit que nus nuire
30 Ne li péust ne riens meffaire ;
Quant li rois ert à son afaire,
Ensi servirent longement ,
Tant que li voisin voirement
Caseune nuit se relevoient
35 Et de grant fin s'esmervelloient
Dont la gent en la tor venoient
Qui tel déduit i demenoient.
Dès que li rois s'en ert tornés ,
Lor messages ont atornés
Par eoi il ont mandé le roi
40 Privéement et en seeroi ;
Quant li rois l'ot , duel ot et ire
Et del parfont del euer sospire ;
Longement fist la tor gaitier ,
Mais ains n'i pot riens esploitier,
45 Que ains i péust entreprendre
Riens de eoi péust à eief prendre.
— 195 —

Pour la joie, pour le déduit


Que on ¡ ot easeune nuit
En la tor, et por les joglois,
15050 Fu ele apielée Bufois
Et eneore en est apielée
Li Bufois en eele eontrée.
Li rois ooit à ses orelles
Le grant déduit et les mervelles
58 Que li eneantères faisoit ;
Saeiés que moult li desploisoit.
Por Carados son fil envoie;
Li mes tost se met à la voie ;
Tant a ses drois eemins tenus
60 Que en Engletière est venus
Et trueve à la eort honerée
Le roi Artu, sans demorée ;
Carados a tant demandé
Que il Гa à la eort trouvé ;
65 De par son père le salue
Et le grant besoing qui l'argue
Li a tout maintenant noneié.
Del roi Artu a pris eongié
Et à son onele se deseuevre
70 Tout son besoing et tote l'uevre ;
Li rois li a eonfié douné
Par eovenant, quant atorné
Aura son besoing, qu'il reviegne ,
Que riens nulene le retiegne.
75 Ensamble od liu , ee est la fins ,
A pris eongié Aalardins
Del roi . et lor eompañía Cadors ;
El il lor a fait ses trésors
— 196 —

Tout ovrir et abandoner ,


15080 Et tant lor en a fait doner
Com il plus en voloient prendre ;
Et puis n'i vorrent plus atendre,
À lor eompagnons eongié prendent
Et maintenant lor oire emprendent.
85 Mesire Gauwains les eonvoie
Et mesire Yvains , longe voie,
Et tant qu'il vinrent au eemin
Ù Carador et Alardin
Trova la pueele menant,
90 Guimer , la bele , l'avenant ;
1luee truevent voie eertaine
Qui easeun en son païs maine ;
Et, quant eou vint au désevrer ,
Si eomeneièrent à plorer ;
95 De lor ehevaus sont deseendu
Et puis n'i ont plus arriestu,
Li uns de l'autre prent eongié ;
Et puis se sont entrebaisié ,
Et sor lor eevaus sont monté
l.')100 Li ehevalier plain de bonté.
Ce saeiés , mesire Gauwains
Et ses eompains , mesire Yvains ,
Carador ont tant eonvoié
Que en la mer l'ont envoié 1
5 En une nef moult riee et fort ;
Por lui sont en grant deseonfort ,
Et en grant pensé les a mis
Li més qui vint de lor païs.

1 Avoié. Mpl. — Qu'ilz l'embarquèrent. 1530.


— 4)7 —

A la eourt s'en sont retorné ,


15110 Od le roi se sont séjourné ;
Cador s'en va en Cornualle ,
O lui la bièle 1gain , sans falle,
Et la bièle Guimer, sa suer ;
Car Carados , à nesun fuer ,
15 Ne le viut mener en Bretagne ,
Ains viut e'o son frère remngne ;
Si très durement larmioit ,
S'o lui alast, que il erémoit
Que de sa mère oïst noveles
20 Teus qui ne li fuseent pas beles.
Mais je vos di, quel part qu'il alle,
O li remaint en Cornualle
Ses euers et toute sa pensée.
Et, quant il ot la mer passée,
25 Si vos puis bien dire por voir ,
Que son euer avoit en manoir ;
Et saeiés qu'il aront grant ire,
Ce vos puis je por voir bien dire,
Aneois qu'il s'entrevoient mais.
30 Carados eevauee à eslais ;
Quant de la mer fu fors issus ,
D'un drap de soie à or tissus
Moult très rieement atornés ,
S'est vers Nantes aeeminés ;
35 Hueques a trové le roi
Son signor en moult grant effroi ;
Li rois le voit, grant joie en a
Et grant léeee en démena ;
Moult rieement l'a reehéu.
i0 Quant mangié orent et béu,
— 198 -

Puis si li a toute aeontée


L'uevre si eom ele est alée ;
carados prend son Carados garde ne se prist
pere Elyalir. R. '
Tant que une nuit entreprist
15145 L'eneantéor qui ert ses père
En la tor ensamble sa mère.
Si vos di bien qu'il li ot fait
Et assés de honte et de lait 1;
Car li rois por soi bien vengier
50 L'a fait tout à foree eoueier
À une lisee earnelment
Et à une truie ensement ,
Et à l'autre fois vraiement
Li fait salir une gument.
55 Quant od la lisee se eouça
Г grant levrier i engenra
Qui fu apielés Guinalos ,
Cil fu frères à Carados ;
Et en la truie » i » grent sengler
60 Que en a fait Costans nomer* ;
En la jument, » i » polain sor
Qu'il apielèrent Lueanor3 ;
Et iehil troi si furent frère
Caradot briement de par père.
65 Cil ot duel et estrange honte ;
Si tost eom il puet, s'en remonte
En la tour parler à s'amie ;
La roïne qui nel het mie

1 Assez de honte et de laidure. 1530.


» Après ee vers eommenee dans le ms. de Mpl. une rédaetion toute différente
et beaueoup plus détaillée du même sujet. 1530 suit Mpl. Après le long épisode
du tournoi , on doit savoir gré au ms. de Mons de eoneiser un peu.
3 Mpl. appelle ee poulain : Lorzagor. — Loriagor. 1530.
— 199 —

Dist que jà mais ne Camera


15170 Devant que vengiés s'en sera
De son fil ki l'avoit traï
Et si morteusement honi :
« Dame, fait-il, s'il ne vous poise1, Elyares et la mèie
Une ventanee moult eortoise de Karados font que
Karados est attaque
75 Prendrai de lui proeainement, d'un serpent. D.
Ce vous di-je bien vraiement ;
Je ferai vivre, à no voloir,
» l » serpent et orible et noir
Et félon et de mal affaire ;
80 Voel-le laiens en eel aumaire ;
Quant vostre Uus venra easus ,
Gardés ne vos atargiés plus ,
Ains li dites qu'en l'aumaire aut
Et vostre miréour vous baut ;
85 Tantos eom ln main i tendra
Et b sierpens le saisira
As bras , tout entor a réote ;
La ears devenra morne et morte ,
Que tout le sane li sueera,
90 Que .il - ans vivre ne pora'».
Le serpent poreaça et prist, Elyatir fait eontre
son fils un dragon. R.
Dedens l'aumaire si le mist , Comment l'enehan
Puis s'en torna bastivement. teur fatt vengé de Ca-
radot et le tourmenta
Ne demora mie grammant grand tempi. 1530.

1 Dans la version de Mpt. le père hèsite à se venger de son fils :


Dame , moult seroit granz péeuiés
Et trop grant eruauté feroie
Se ge mon enfant oeeioie.
- Mpl. eontinue à donner à l'enehanteur des sentiments moins dénaturés. Le
serpent le vengera, mais le ehatiment, loin d'aboutir à la mort, sera limité à
deux ans et demi :
Que devant » и » anz et demi
l.i puisse le serpent oster.
— 200 —

15195 Que Carados en la tour vint


Véoir sa mère, qui lors tint
»1 . pine et séoit en » i » lit ;
Si tos eom la mère le vit,
Li dist que à l'aumaire alast ,
1 5200 Son miréour li aportast ;
Comenl li serpent Et eil i vait grant aleure ;
qui estoit en i'anmaire
s'aerdi au bras Cara Li serpens, de male aventure ,
dos. Mpl. Quant Carados mist ens sa main ,
S'i lanee à lui trestout de plain ,
Ь Au brae tout environ se laee ;
Cil saut arrière emmi la plaee
Et erie en haut moult durement ;
La roïne li dist briement :
Comment Ysenne mère « Or as cou que as désiervi ;
de Carados le jeune se
resjouist de l'afflietion 10 De ton père ki m'a boni,
de son filz et eomment Par toi sui-je mise en prison ;
le roy Arthus en fust
informe et du dueil qu'il Or en auras ton guerredon
en /to. 1530. 1tel eom tu le dois avoir.
Va-t-ent, ear jou tedi por voir ,
15 Tu ne vivras mais que .il» ans;
Soies eonfès et repentans
Del mal que tu as fait ton père
Et moi ki estoie ta mère 1 . »
Carados de la tour deseent ,
20 A Damledieu s'otroie et rent ;
Si s'est tous seus mis à la voie ,
Que hom ne fame nel eonvoie,

1 La mère dans Mpl. feint d'abord de s'effrayer et de se lamenler du malheur


arrivé à son fils. C'est à moi que le serpent eût dû s'attaquer, dit-etle. Quar de
vivre n'éusse eure. Puis elle attribue la vengeanee à Dieu et engage son fils à
se faire eonfès. Enfin, sa joie et ses reproehes éelatent. ,
Parmi forès, parmi boseages;
Sovent demandoit hermitages
15225 Pour dire sa eontiession ;
ll ne laisse relegion,
Herbegage ne abeie
li prudome ait de bone vie ,
Que il ne voist à lui parler
30 Et tout plorant merei erier
Del grant anui et del grant lait
Que il à père et mère a fait ;
Moult en suefre grief pétutanee.
La novele sans demoranee
35 Au roi Artu son onele en vait ,
Qui moult grant duel en maine et fail ;
Si font tout li boin ehevalier ,
Car mervelles l'avoient eier.
Mais sor tous les autres, sans falle,
40 L'amoit Cador de Cornualle 1 ,
Que par foi èrent eompagnon ;
Plain pié et demi de baston

1 lei Mpl. met en seène l'amie de Carados qui se pàme, s'arraehe les ehe
veux et se lamente en deux diseours :
Haï : haï î guivre serpent, Quar me menez à Curador
Du braz mon ami te despent Savoir se veoir le porroie
Du brai mon ami te destaee Ainz qu'il mornst, et puis morroie
El vien au mien et si l'i laee. Ensemble od lui
Haï, biausdouz frères Cador,
Cador amène alors sa sœur avee lui :
« Comment, Guimer , l'amie de Carados, sreul testât dudiet Carwlus ' t lt'
tourment que souffroit par la serpente et eomment ele se mist en voie |юиr le
venir visiter, » 1530.
Carados voudrait et n'ose pas revoir son amie. ll se eaehe dans un hermitage.
Guimer l'appelle partout et frappe à sa porte avee de doux reproehes.
Que vous sans mui voulez mourir ete., ete.
Enfui, Cador laisse sa sœur en Cornouaille et eherehe longtemps Carados.
— 20-2 —

Prist Cador, ses eauees trenea ,


Nus piés et en langes s'en va ;
!4a Jà mais , ee dis! , ne mangeroit ,
En nule vile ne giroit
C'une nuit, tant qu'il ait trové
Caradot que tant a amé.
Par maint païs le va querant,
50 Tant qu'il vint, à .i« avesprant,

Qui siet en une praerie ;


Kador trouve Ka Dedens a Caradot trové ,
rados. D.
De pitié, de joie, a ploré ;
55 Quant il le voit, moult par est liés,
Mais il estoit si empiriés
C'à peine se pot soustenir :
« Compains , sel pooie sofrir ,
Fait-il , eel serpent oeiroie
60 Qui vos oeist et mangeroie. »
Dist Carados : t Por nule rien ,
Nel souferroie , ains vos di bien
Que , tant ne quant i toueeroit ,
Li euers tantost me partirait. •
La reine enseigne 65 i ndoi s'en lornent an matin
eomment on peut se
eourir son fils. R.
Comment Cadorpour Tant ont alé que il vint là.
ehassa envert la royne Cador en la ehité entra ,
Ysenne de «avoji te
moyen de ehâtier la Si a son eompagnon laissié
ierpente du bras de
Carados et eomment le 70 De fors la vile , en » i » plaissié ,
le dit Carados fat par En l'ostel à » 1 » vavassour ;
le moyen de samie Giii-
mierguary. 1530. Cador s'en monta en la tour
Comment le roy Ca Et, quant la roïne le vit,
rados, Cador et Gui'
mer, lesquels il trouva Pasmée eaï en » i » lit ,
— 203 —

Et il entre ses bras le prent , jhrux ikermilr tt aprtt


grande joye fatete ,
Si l'en leva moult doeement ; t 'en retournèrent à Cor-
Baisier le vot, il nen ot eure, nouaiUe où ttz furent
rrfieeuz à grande tielie
Ains le laidiät à desmesure : tant del gram que del
« Vostre fil , fait-il , avés mort pe/ú.tS30.
80 En traïson et à grant tort 1 . »
« Cador, dist-elle , tu dis voir ;
Je n'ai mais foree ne pooir ,
Je sui por sen mal adolée. »
À ieel mot, reeiet pasmée ;
85 Cador entre ses bras le tient
Tant que de pasmison revient ,
Puis li a dit : « Roïne dame ,
A-il el mont home ne fame
Ne méeine ne nule rien
îI0 Qu'el garesist ne fesist bien 1 »
i Demain, fait-ele, le sarés
Si tos eom à mi revenrés. •
La nuit revint Eliaurès
Si eom soloit venir adès
95 À s'amie en la tor amont :
« Sire, fait-el , por riens del mont
Ne puis avoir bien ne eonfort :
Mon fil et le vostre avés mort ;
Par engien et par traïson ,
1 5300 Li avons fait grant mesproison ;
Trestos li mons nos en honist ,
Por lui qui à honte languist. »

1 Ce diseours est plus long dans Mpl. Cador parle des devoirs d'uuemere
qui même quand elle ehatie doit montrer son eœur maternel :
Et après le ehastiemenl
Le doit retrere doueement, ete.
— 204 —

« Dame, par grant ire le fis. »


« Or me dites, fait-ele, amis ,
1 Ü305 Poroit li nule riens aidier ? •
« Oïl, voir; mes, au mien quidier,
Nule riens del mont ne feroit
La méeine qu'el gariroit. •
« Hé, dous amis, dites-le moi. »
10 « Dame , s'il trovoit endroit soi
Une autresi gentil pueele ,
Et ausi fust gentius et bele
Et ki si loiaument l'amast
Qu'ele fesist quan qu'il rovast;
i5 1eele l'en poroit garir ;
Si fesist euves emplir,
L'une de lait , l'autre de vin
Qui moult fust aigres de grant fin ,
Le mellor e'on poroit trover ,
20 La pueièle fesist entrer
El lait et il el vin entrast ;
Sor l'eur de la euve mostrast
Au félon serpent sa mamele ;
S'el eonjurast la damosele,
25 De Dieu ki ne faut ne ne ment,
Qu'il guerpesist isnèlement
Caradot, tantost le lairoit,
Car l'aisil soufrir ne poroit,
Del lait sentiroit la doeor
30 Et de l'autre part la dolour ;
Le brae ki est et ses et pers ,
H n'a fors les os et les ners ,
Tout maintenant le guerpiroil
Et à la mamele en iroil ;
— 205 —

iliHô'.i Si poroil votre liusgarir


Qui vostre fil a fait languir. »
diivfü'mer délivre son
eher karados dn ser
pent ipii s'était riieoulr
Et ele li dist la méeine autour de sou bras. D.
Curados est délivré
40 Qui moult est bone et vraie el fine ; du serpent. R.
Cador part de li, si le lait
Et à Caradot s'en revait ,
Si l'en mena en son païs ;
Une suer ot, ee m'est av is,
45 Cador , moult bele et avenant ,
Ke Carados par ama tant
Que rien ne pooit plus amer ;
En . i » mostier fu por orer,
Si prioit Dieu por son ami
50 Et por le sien frt're autresi ;
Guinor avoit nom la pueele ;
Et Cador entre en la eapele
Et, tantos eom sa suer le vit,
S'el keurt baisier et si li dist :
55 « Biaus dous amis, amis dous frère ,
Foi ke dois moi et nostre mère ,
Oïstes-vous ains puis noveles
De Caradot, boines ne beles? »
t Por kel demandés , bele suer?
60 Amés-le vous point de bon euer ? •
« Frère, en ee mont, fors vous, n'a ri
Que tant aime, ee vos di bien ;
S'il ert ei en » i » fu ardant,
Ja ne m'iroie eouardant
lj36j Que tantos n'i entrasse od lui ;
Je n'aim mie mius vus de lui. »
— 206 —

Cador respont : « Cou qu'avés dit


Me siet moult bien , se Dex m'aït ;
Se vous l'amés , or i parra. »
15370 Lors li eonte que il garra
S'ele viut la paine soffrir.
« Ciers frères , faites tost emplir
Les euves et le baing temprer ,
Toute sui près dedens entrer.1 »
75 Li baing sont fait , les euves prises ,
Et en tele manière assises
Come Cador le devisa ;
Et easeuns en sa euve entra ;

1 Certes, dit.elle, ge metrai Quar il me membre eneore bien


Mon eors et lui delivrerai ; Que il mist le sien pour le mien. Mpl.
Mpl. qui est déjà entré dans de longues réflexions sur l'amour et la femme,
les reprend eneore à ee propos :
Quar fame est foible ehose et tendre Mais eeste n'avoit en soi rien
Por tel ehose eom mort atendre. De fame , . . . .
Suivent de longs détails : l'arrivée au moustier, l'entrevue des deux amanls,
leurs diseours, ele,, ete. C'est alors seulement que l'on arrive au réeitde l'a
venture de la euve.
Voiei les rubriques de t530 qui se rapportent à ee long réeit eoneise dans le
ms. de Mons
Comment le roy Arthur se meist sur mer pour venir visiter son nepveu ta
jeune Carados et eomment il eust vent eontraire.
Comment Carados se mist en ehemin pour atler à un hermitage auquel il
parvint et déelarer à l'ermite son eas et à lui se eonfessa et y feist sa demouranee
pour ung temps, luy et ung sien seeret seeret seeret serviteur.
Comment le roy Arthus arriva assez près de Nantes où estoit le roi Carados
espérant te visiter et tejeune Carados pour tes eonsoler et diminuer leur ennuy
qu'it avoient pour le serpent qui travailloit diet jeune Carados.
Comment après que Cador eust par diverses régions et pays eherehé Carados
et ne le peust trouver tant qu'it fust retourné assez prés de l'hermitage auquel
it trouva le diet Carados.
Comment Cador trouva Carados en l'hermitage et eomment its devisèrent
tonguement ensemble et dist Carados à Cador ta eause de son partement.
— 207 —

Tout maintenant mist la nueele Comеm KaraiIo< sе


15380 Sort le bort sa destre mamele baigne m une euve
«л » moult
Qui i. ert. ■bele
i et, vi
blanee et. tenre,
. 't *na amie
е| en une autre
,. rhrnlim m
Et dist : « Serpens, sès-tu entendre? *rрял mor le brae.
Lai Caradot, jel te eomant rommem Cando» ni
De par Jhesu le tout-poisant ,lu «"T*оt 4"1 i«
85 Qui fist quanqu ,..il vot, sus et jus.
. 1• lenuit цaufUbras,
mM1, mis elrn eom
Uue.
Li serpens ne vol sofrir plus r"ve " la м"r Гл,|iir
lonie nue en une autre.
Por le vin aigre qu'il destraint, w,-.
Moult tost se desloie et desçaint
D'entor le brae, quant il le sent,
90 À la blanee ear que il sent
S'eslanee , si prent la pueele
Au soumeron de la mamele ;
Cador tint s'espée en sa main
Et quida férir, tout de plain ,
95 Le serpent , si fiert sa seror
Si que li trenee desor l'our
De la euve, le boutelet ,
De la mamele le somet *;

1 Voiei le diseours de Guimer dans


Esgarde, distet, mes mamelles. Par toi d'ilee , lu feras sen.
Com etes sont tendres et beles ; Vien çà a moi , et si te pren ;
Esgarde eom blanehe poitrine Ge te eonjiur , diva , serpent ,
Qu'est plus blanehe que flor d'espine ; De par le rui omnipotent.
Esgarde eom ee vin est aigre , Du braz mon ami te despent
La rie Carados est mègre Et Л ma mamele te pent ;
Si que n'a mes en lui que prendre ; Quarje sui moult et blanehe et tendre :
Ne te lai a eelui sospendre , Bien te porras a moi entendre.
* Après le diseours de Guimer, Mpl. eontinue :
De l'antre part le saint hermile lleeques font grant oraison
La messe du S1 Esperile A Dieu , que, sans demoroison ,
Ot dite à grant devoeion ; Le felon serpent s'i dettruise
О ehasse et o proeession , Que l'un n'a l'autre plus ne nuise ;
Sont venu là où la pueele I i serpenz est de l'autre part
Le serpent eonjure et apele ; t'ni le vinaire euist el art ,
— 208 —

Arière eaï li serpens ,


1 '¡400 Le soumeçon entre ses dens ;
Et Cador l'a tout détreneié ,
Si a son eompagnon vengié.
Puis fait garir sa suer la bele
Moult gentement de sa mamele ;
Ii Et Carados bagne et séjorne ,
Tant que à garison l'atorne
De son mal et de sa mesaise ,
Moult en amende et asouage;
Mais tous tans i fu l'enfléure.
10 Entretant avint aventure
Que li rois Carados morut ;
Li roiaumes, si eom il dut,
À Caradot son fil revint;
En bone pais l'ot puis et tint.
Le mariage de Cara- 15 GllillOn s'amie prist à fame, 1
do, rt de .'«*,>. Mpl. ^ suer ) ,Q fame .

Le let voit et la damoisele LYspée nue en sa main ;


Qui si le eonjure et apele, Le serpent féri tot de plain ,
Ne netreuve ines quesneier. Si que la teste li eoupa;
En Carados a destaeïer A sa seror , à eel сop , a
S'aqueult de luiet fet .I» saut, Le ehief de la tele eope
Par la destre mamele assaut Que le serpent ot engouté.
La pueele qui illee ère ; Atout la leste serpentine.
Mèsdelei luiestoil son frère, Copa te ehief de la tetine. ete.
1 Les deux épisodes qui suivent le mariage et la ehasse , sont raeontès avee
de longs détails dans Mpl. — 1530 avant de les raeonter, ajoute :
« 0 nobles dames qui dietes aymer, je vous prie de prendre exemple à eeste
notable pueelle, laquelle n'a erainet la mort endurer pour son amy saulver du
mal que luy avoit une aullre dame proeuré, qui le pensoit faire mourir en lan
gueur. Si que tant est la pueelle à louer qui répare la faulte d'ugne aultre de
son sexe ; pour ee, mesdames, myrez-vous à eestebistoire et soiez réparatriees du
déshonneur des aultres. Je puis bien dire que moult de maux sont par femmes
advenus, mais aussi puis-je bien eertifier que plusieurs ont les faillies des aul
tres réparées et reeouvertes , eomme la bonne Guimier a faiel, de laquelle est
bien deu perpétuelle mémoire faire. «
— 209 —

A Nantes se fist eoroner


Et la roïnne o lui saerer,
Car il l'nmoit sor tote rien;
15420 Mais puis ne pot garir si bien
Del brae que ne l'eust plus gros
De l'autre; apriès, bien dire l'os,
S'ot nom Carados Brisié-Bras.
Moult fu tostans de grant solas
25 Et preus et larges et eortois.
» 1 . jour ala el bos li rois , l.a ehoee d'un »o«-
Plusours brakes i fist mener glier. Mpl.
Por eorre au eierf et au sengler ; Comment te roy Ar"
thut tint eourt planiere
Li vénéour tos deseouplèrent à Cnrtion où il délibéra
30 Après .i, grant eerf qu'il trovèrent aller ehasser en la
fitreit où il trouvèrent
Qui en plaine trasse estoit lors. nug merveilleux tan
gher lequel ne peurent
Li rois oï le vois des eors , prendre. l5.T0.
Couru tous sens en une sente ;
Et maintenant une tormente
35 Et plaine et grans iteus leva
Que li rois en fuies torna
A .I. grant kesneespés fuel ln
Qui envers 1ère aelinés fu;
Por eseonser ilueques vint ;
40 De la roïne li souvint.
Si qu'il estoit en eel pensé , Carados arrive prés
Si vit une moult grant clarté du roi Alanlin et voit
hraiieoiip de belles
Qui parmi la foriest venoit ehoses. R.
Tout droit vers lui à grant esploit, 1.е roi Karados arrive
auprès d'Alardin dans
45 Et ot l eant ki trop fu biaus son rhuleou. l),
De toutes manières d'oisiaus
Qui venoient od la elarté ,
Ausi eom ens el tans d'esté;
T. H. 11.
— 210 —

Et easeuns des oisiaus eantoit


VôiliO En son latin, si eom il doit,
Lone se manière doeément.
Li rois moult ententivement
La elarté qu'il vit esgarda
Et de lui moult priès s'aproça ;
55 H se tint eois , s'a regardé
Et vit emmi eele elarté
1 . grant ehevalier ki venoit
Et une puehièle amenoit
Sor une mule tote blanee ;
60 Li oisellon, de branee en branee ,
Par desor lui vont saletant
Et vont si doueement eantant
C'aine nus plus doe eant n'eseota ;
Par devant Carados passa
65 À la longour bien d'une espée ;
Et li rois dist, sans demorée :
« Chevalier sire, Diex vous saut !
H nerespont ne bas ne haut,
Ains s'en va outre isnèlement ;
70 Et li rois, moult 1res vistement,
Hurte apriès lui des esporons ;
En la elarté et ès dous sons
Des oisiaus ki le vont sivant,
[Li ehevaliers vait se hastant]
75 Tant qu'il vint fors de la forest,
Et eil apriès , sans nul arriest,
S'en entre en une grant eaueie
Qui moult fu large et bien haueie
Car d'ambes pars fu leve grans
80 Et noire et parfonde et brnians ;
— 211 —

Au eief de la kaueie avuit


Une sale ki grans estoit
Par lière, trestote de fust,
Le mius ouvrée qui ains fust ;
i 5485 Dedens ot bien с ehevaliers,
Par tière assis as eskekiers ;
As eskiès juent et as tables
Et à autres gius délitables.
Ii ehevaliers est deseendus
J Et si est tout riant venus
Contre le roi sans demorer ;
Car il le viout mult honerer ;
« Carador, fait-il, bien vigniés ! »
« Sire, boine aventure aiés,
95 Mais eertes, moult m'avés lassé. »
i Par mon eief, fait-il, bien le sai ;
Mais ça vos voloie amener,
Por çou ne voe à vos parler
C'autrement n'en venisse à eief. »
.15500 Et varlet keurent à l'estrief :
• Caradot, font-il, deseendés. «
« Biaus sire, se vos eomandés ,
Vostre nom ançois me dires. »
t Certes, moult par tans le sarés,
5 Biaus sire eiers , Aalardin
Del Lae m'apièlent li voisin.
Or deseendés moult volentiers,
Car vous estes li ehevaliers
Que plus désiroie à véoir. •
10 11 deseent, si le fait seoir,
Et dui varlet l'ont deshousé,
Devestu et désafublé ;
— 212 —

Vestir le fist moult rieement


Aalardins , et puis le prent
I55 l 5 Par le main, ès eambres l'en maine,
De lui honerer moult se paine;
Laiens ot dames et pueeles
À grant plenté qui moult sont beles
Et, si tos eom il ens entra ,
20 Caseune eontre lui leva ;
Salus lor dist si eom il doit.
Une trop bele en i avoit,
Et sage estoità grant mervelle ;
Une hermine reube vermelle
25 D'un eier samit estoit vestue ;
Cele est vers Caradot venue ,
Entre ses bras moult tos le prent,
S'el baise et dist moult belement :
« Caradot, bien soiés venans ! »
30 « Dame, li Dex de tous poissans
Vos doinst grant joie et grant onor !
Sour i . eier palie de eolor ,
Jouste la dame s'est assis.
• Hé , Caradot , fait-elle , amis ,
35 La roïne Guinon que fait?
De sa mamele eomment vait?
Por vous en perdi » i » petit. »
« Dame, fait-il , voir avés dit;
Moult en fist que loiaus amie;
40 À tous les jours mais de ma vie
L'en amerai sour tote rien. »
« Caradot , sire , jel sai bien
Que vous l'amés , s'el devés faire ,
Car ele est' franee et débonaire. »
213 —

1 55 ', : i
Ensamble ont parlé et déduit,
Tant qu'il vient priès de mienuit,
Que Alardins laiens revint,
Et une verge en sa main tint
Etdist: • Carados, sus levés,
50 Car li mangiers est atornés. »
4 tant de la eambre l'enmaine

De ehevaliers et d'autres gens ;


Li mangiers fu et biaus et gens ,
55 Si mangièrent à grant loisir,
Moult rieement les fist servir
Et, quant ee vint apriés mangier,
Les lis ont fait apparellier.
Li rois Carados est eoueiés,
60 Qui las estoit et travelliés;
Si dormi jusqu'al endemain.
Si tos eom vit le jor au main ,
Se eauee et vest eteongié prent,
Et Alardins li dist briément:
65 « Caradot , bien saeiés de voir
Qu'il n'a déduit ne nul avoir
El mont dont çaiens n'ait planté ;
S'est tout à vostre volenté ;
De toutes manières d'oisiaus
70 la, moult gentius et de biaus ;
S'en prendés tant eom vos plaira
Et eertes moult biel me sera. »
Lors fait aporter »t. eseu,
D'or fin à une bende fu
75 D'asur qui aloit à travers,
La guimple en fu d'un bon drap pers :
— 214

« Carador, eest eseu aurés,


Jamais ovrier ne troverés
Qui la bouele en pu ist eontrefaire;
la!)80 Si a tel rien qui vos doit plaire,
C'autant eom ors vaut plus d'argent ,
Vaut plus li ors, mien ensient,
De la bouele de eest eseu ;
Jou di qu'ele a si grant vertu :
85 S'uns ehevaliers avoit treneié
Del nés trestoute la moitié,
De l'or i mesist autretant ,
Temprès et trestot maintenant
Seroit garis et respasés.1
90 L'eseu , se vous plaist , retenés. »
« La bouele , fait-il , en prendrai ,
Ne plus od moi n'emporterai;
Si vos en rene vc. mereis. »
« Caradot, fait-il , moult bien dis;
9d Bien sai ù elle aura mestier. * »
La bouele fait lues esragier
Et à Caradot le balla ;
Congié prent et puis s'en torna ,

• « 0restoitl'or de eeste bouele de telle dignité ou nature que ung homme


qui eust perdu l'oreille ou le nez que moyennant que la bouele dessus on touehast
que ineontinent se reprenoit et rejoignoit si que il ne apparesoit en nen qu'il y
eust eu ineision. » 1530 traduit ainsi Mpl.
« Au lieu de ee vers faisant allusion a la blessure de Guimer, Mpl. fait
dire, par Alardin à Carados :
En dit que la belle Guimer Sor la mamele le melez
vostre fame qui tant est bele De plus ne vos entremetez.
N'a point de ehief en sa mamelle, Quar vous verrez que s'i join*dra
Quar ses frères la lI lreneha l.i Ur» et que il s'i prendra
Quant de la guivre la veneha. Autresi eome se nature
Or ne le tenez pas à prief , l eust mis toute sa eure.
De la bouele prenez le ehief ,
— ш —

Et ses gens moult grant joie font


1Ü600 De lor signor, quant trové l'ont.
I i rois s'en vient à la roïne* ;

En une eambre l'en mena :


« Dame, fait-il, monstrés-moi ça
La mamele ù fustes treneie. »
Et li moustra , joians et lie;
Carados suëf le regarde
Et maintenant que plus ne tarde ,
De la bouele le pumel prist
10 Et sour la mamele l'assist ,
Et li ors s'i joint maintenant
Et fu tout d'aultetel samblant
Come l'autre mamele estoit.
Quant li rois Carados le voit ,
lb En son euer moult grant joie en a :
« Dame , tant que on ne saura
Que vous avés d'or la mamele ,
Tant saurai jou , amie bele ,
Que vous ne m'arés forfait rien ;
Mais , por voir vos di une rien ,
Se nus autres hom le savoit,
Mes euers mès tos tans vous haroit ,
Car dont ariés-vous passé
Mon eomant et ma volenté. •
4li « Sire, fait-elle, dites-moi ,
Je vos em pri en vostre foi ,
Com faitement m'en garderai. »
« Dame, fait-il, jel vos dirai ;

lei, sauf quelques variantes, le texte de Mpl. est pareil à eelui de Mons.
— 216 —

Parmi le pis vos faisserés


i 5650 D'une bende que vous ferés,
Que jà mestresse ne pueele
Que vos aiés ne damosele
Ne vos voie por rien bender
Ne au eoder ne au lever;
35 Je vos desfeseerai la nuit
À grant joie et à grant déduit ,
Et rebenderai au matin
Par bone amor et de euer fin. »
La roïne merei l'en rent.
40 Or vos dirons ei en présent
Del roi Artu ki envoia
A Caraheu, se li manda
C'à eourt sans nul essoigne alast
Et la roïne od lui menast ;
45 Les ehevaliers et les barons
De son roiaume a tous semons
C'à lui fuseent àPenteeouste.
La riee baronnie ajouste
À ieel jour à Charlyon ;
50 Apriès la grant poreession
Et apriès la messe demaine,
En la grant sale qui fu plaine
De ehevaliers et de pueièles
Et de dames vallans et beles ,
55 Li rois ki fu preus et eortois
Se fu assis au maistre dois ;
Et Kex est d'une eambre issus ,
Tous desafublés est venus

* Hefesserai. Mpl. — Fesserez ou lierez, dit 1530.


— 217 —

Devant le roi et se li dist :


15660 « Sire, se Damledex m'oit,
Les grailles feroie soner,
S'il vos plaisoit, sans demorer ;
Car tous est près vostre mangiers. *
< Nou feré», Kex, biaus amis eiers,
65 D'aige prendre ne parlés jà',
Ma eoustume savés piéça :
ll ne m'avint onques eneore
Ne ne sera, se je puis, ore,
Que mangaee à eourt que tenisse
70 Devant que venir i véisse
Novele estrange ou aventure. »
Que que çou dist, grant aléure
Est laiens en la sale entrés ,
Sour . l. grant eeval affublés,
75 Uns ehevaliers s'espée ehainte ;
D'une esearlate en vermel tainte
Estoit vestus moult gentement
Et bien et aeesméement ;
À son eol ot pendu » i eor
80 D'ivoire à » un . bendes d'or ,
Plaines de pières présiouses ,
Coment li eors fu pre
Moult elères et moult vertuouses 1 ; sentez na Roy Artus de
Devant le roi en est venus, vant ses barons. 143Ô.
Le ehevalier vient A
S'esta pié moult tos deseendus, la eour avee la eorne
85 Et dist voiant tous hautement : merveilleux1. R.
Ceei est l'aventure de
« Boins rois Artus, je vos présent la eoene, quand on y
Ce eor ki Bounef a à nom* ; muait de l'eau, il se
ehangeait en exeellent
Boins est et d'uevre et de façon ; vin. I).

1 Moull beles et mouHgraeieuses. M pl..—Fort vertueuses et fort bounes. 1550.


* Bounef. Beneis. Mpl — Benoist. 1530.
— 218 —

Monl l est plus ders que autre rien.


15690 Por voir vos di eertes moult bien ,
Faites-le emplir de fontaine
\ U d'aige qui soit elère et saine ,
Si devenra maintenant vins
Tous li plus eiers et li plus fins
95 Qui onques fust venus el mont ;
Et trestout eil qui çaiens sont
1 poront boire près à priès,
Et tout aront del vin adès. »
« Par ieel Signor qui ne ment!
i 5700 Fait Kex , ei a riee présent. »
« Sire rois, fait li ehevaliers,
Savez k'en est, biaus sire eiers :
Jà nus ehevaliers qui soit jà
Jà à ee eor ne bavera
5 Se sa fame li a boisié
U s'amie d'amor treeié1,
Que li vins n'espange sor lui.
A maint home a fait grant anui. »
« Ostés! fait Kex li seneseaus;
10 Si m'aït Dex. sire vassaus ,
Or empire vostre présens. »
Li rois , voiant totes ses gens ,
Fist le eor de fontaine emplir.
Genuèvre ne se pot tenir
15 Que au roi oiant tous ne die :
t Sire, sire, n'i bevés mie ,

1 « Jà nul ehevallier ni bevra qui aura triehé son amye ou que s'amie l'ait
triehé, que le vin sur lui ne respandit. » 1530. — 0n reeonnait iei la eoupe en
ehantée de l'Arioste et de la Fontaine.
Сar e'est aueuns eneantemens
Por faire honte as boines gens. 1 »
« Si ferai, Dame, fait li rois ;
15720 Jà n'en kerrai vostre defois. »
t Dont proi-je Dieu, faii la roïue,
S'onques à messe n'à matine
Li fis orisons ne proière
Que il amast ne tenist eière,
25 Se vous à boire i assaiés ,
Que voiant tos soiés molliés. «
L¡ rois eП vot boire à itant , Comment li rois Artiis
Mais li vins tlesor lui respant ; but au eor iiierveitlеii*.
Иp|.
« Par foi, dist Kex, or estsordois ! »
30 « Seneseaus, çou a dit li rois ,
Or ensaiés et si bevés ,
Que jou n'i soie empuisonés,
Bevés après. » Le eors li tent
Et Kex, eertes dolans, le prent,
35 Envers sa bouee le tendi ,
Mais li vins sor lui respandi *.
Li rois s'en rist et le eor prent ,
Si apiela tout erramment
Yonet et le eor li balle,
40 Se li eomande que il alle

1 Ne nus sages hom n'i doit boivre, Li rois en riant li respont :


Que moult tost i porroit déçoivre , u Dam*?, foi que doi tot le mont ,
Ou soi meflere ou autrui , G'essaierai trestoz premiers. M pl.
Et aroit bonte et anui »
1 Mpl. ajoute à eette seène de nombreux détails : Gauvain et Yvain font l'es
sai de la eoupe merveilleuse, ils éprouvent la même déeonvenue que le roi et le
sénéebal, au milieu des risées de la eour. Ce n'est qu'après avoir passé par les
; de tous les ehevaliers que la eoupe vient aux mains de Carados.
Puis n'i ul ehevalier si noble Ou vosissent ou ne daignassent.
En toute la réonde table Tant ala le eor que it vint
0ui n'i essait,ee n'est pas fable; A Carados
Que il lrestout ne se moillassent ,
— 220 —
Comment le eor fust Au roi Caradot, ne laist mie
essaye par te roy Ar-
thus et tous Us eheval Que il n'i boive, ee li die.
liers de la table ronde Cil prent le eor, atout va là,
et eomment sor ehusenn
d'eux le vin s'espendil, Droit devant lui s'agenella,
fors sur Carados. 1530.'■ ,15745 À ses il » mains le eor li rent
Et si li dist eortoisement :
t Biaus sire, li rois vos envoie
Par moi eest eor et si vos proie
Que vous apriès lui i bevés,
50 Que il n'i soit empuisonés. »
Carados le prent, si douta ,
Et sa femme le regarda ,
Se li a dit séurement :
« Bevés !» Et il boit sagement,
55 Ne tant ne quant n'en respandi ;
Tout si l'asaient apriès li ,
Mais n'i ot nul ki ne mollast,
À qui durement ne pesast ,
Fors Carados, je vos affi.
60 « Dame , fait-il , vostre merei Í
Ains mais nule dame à segnor
Ne fist en eort plus grand honor. »
De ee est Guinuèvre dolente ,
Si est mainte autre dame gente ,
65 En tel haïne l'ont quellie
Et si li portent tele envie
Qu'eles ne héent riens itant.
Li graille sonent à itant ,
L'aiguë prendent, se sont assis
70 En la sale e'a » v ., e'à sis ;
Si furent servi rieement
Par grant loisir et liement.
— 221 —

I к im 1 1 1 la eours ot xX jors dun. ,


'J Li rois Artus a !ant doné
15775 As ehevaliers or et argent,
Chevaus et palefrois eorent ,
Cières çaintures et esmaus,
Ailiers d'or , eiens etoisiaus,
K'à grant joie départi sont.
80 Li rois remaint et il s'en vont;
Mais Caradot retint od li,
Son eier neveu , son bon ami ;
Guimer sa femme en renvoia
Avoee eeus que il amena ;
85 Car il voit bien que la roïne
A envers li moult grant haïne,
Pour çou que dist séurement.
Li rois fu puis moult longement
En grant séjour et en grant pais.
90 Par ses mellours forés d'Ardais ,
Séjorna tout l'iver entier Comment le roy Ar
thus prenoit son dé-
Por déduire et por aesier; duiet ès ehasses des
boys avee ses eheval
Et , quant ee vint au tans novel, liers et privez et en
Que doeement eantent oisel, retouenant déelara a
Gauwain et aultres ses
95 S'en fu i jor el bos alés ; prinees qu'il vouloit
De ses eompagnons plus privés tenir eourt la plus riehe
que il éust de son
Mena od lui moult grant partie vivant tenue. 1530.
Por soulas et por eompagnie , Arthus ehevauehe
pensif et médite de
Car ains n'ama à estre seus , réunir sa eour pour ln
i 5800 Si eom font or li orgueilleus. Penteeoste. R.
lei le livre de Kara.
Le soir , quant vint au repairier , dos est fini ; nous par
Vinrent parlant si ehevalier, lerons du roi Artus,
eomment il veut déli
Li . 1 . od les autres avant ; vrer le sire Gyflès , em-
|ieisonne au ehâteau
Sour i grant eaeéor ferrant , dOrgalus, D.
— 222 —

1 5805 Sist li rois, desfublés estoit


Et une verde eote avoit,
Moult bien séant de grant manière ,
Et vint tous seus pensant derrière.
Mesire Gauwains le regarde
l0 Et voit que de venir se tarde ,
Bien à dis ehevaliers se tint
Tant que li rois eneontre vint,
Vers lui s'aeoste et tent sa main ,
Sel prent erramment par le frain
15 Et li dist : « Sire, dites-nous ,
Por amor Dieu, que pensés-vos ?
Ne devés penser fors au bien ,
Car il n'a prinee tierrien
En ee mont, de si grant valor,
20 Com vos, ne qui tant aitd'onor ;
Si en devés estre moultliés. »
« Segnor, fait li rois, or oiés,
Je vos dirai que je pensoie
Que lone tans a que je n'avoie
25 Les serviees guerredounés
À eiaus dont je fui honerés
Et ensaueies et en haut pris.
Or l'ai si ens en mon euer pris
K'à Penteeouste tenir voel
30 Moult plus grant eort queje ne suel,
Et tant easeun doner et faire
Que à trestous doie moult plaire
Et que en soit liés et joians
Et à tous tans mès bien voellans.»
35 t Bénéois soit ieis pensers ! »
Respont easeuns. t U me loés
— 22.» —

Que jou eeste riee eort tiegne ? »


• Sire, à Caraheut, et là viegne
Trestoute la ehevalerie ;
15840 K'en vostre roiaume n'a mie
Plus biau liu ne plus beles sales ;
Si est en la maree de Gales
Et de la tiгre de Bretagne. »
Li rois à toute sa eompagne
45 S'en est venus moult liement ;
1eele nuit méismement,
A li rois Artur eomandé
Que par letres soient mandé
Li ehevalier et li baron
50 Par trestoute sa région :
Que il soient à Penteeouste
La ehevalerie i ajouste.
Au jour ki fu només et dis ;
Ha, Dex ! de tans lointains païs
55 Li proisié ehevalier joustèrent
A eeste eourt et assamblèrent ;
Venu i furent eil d'1rlande,
Et tuit eil de Nohonberlande,
Cil de Gales et de Gauvoie,
С0 D'une tière ù mains hom desvoie,
De Logres et de Cavalon ,
Et li normant et li breton ,
Li danois et eil d'Oreanie;
Ains mais si grans ehevalerie
65 A une feste n'assambla
Com li rois Artus ajosta '.

I La seène qui eommenee iei est très réduite dans Mpl. et dans 1330.
— 22'«. —

e jour de la fieste honerée ,


ILJ Quant il ot eorone portée
À la haute poureession ,
i 5870 Li ehevalier et li baron
L'en demainent moult liement
En son palais, eterramment
Kex li seneseaus fistsoner
Le graille por l'aige doner;
75 Si lava tout avant li rois ,
Et en apries , au mestre dois ,
S'est alés en haut asseoir
Que tout le porent bien véoir
Cil ki laiens sont au mengier;
80 Et bien . xtt » vint ehevalier
Qui sont de la table réonde
S'assistent tuità la réonde;
Si sont assis li xxx. per1 ;
Li rene n'estoient mie eler
85 Des autres ehevaliers ki furent
Assis par tout, si eom il durent,
Au dois et as tables par tière ;
Et Kex li seneseaus vait querre
Le premier mes isnèlement ,
90 Si en servi moult liement
Partout, ensi eom il devoit ;
Et, à çou que li rois mangoit,
Vers la table réonde esgarde
Com eil qui de tot se prent garde ;

' Et li .xII. xx » ehevalier El en après à la seeonde


.in . meins à la table réonde, Resont assis li .xxx. per. Mpl.
« Furent ee jour assis à part les douze-vingt ehevalliers de la table ronde,
trois moins. Et puis après à la seeonde se sonl les douze pers assis • 1530.
— 225 —

15895 Par aventure voit le leu


D'un ehevalier vallant et preu,
Qui wys estoil et sans segnor ;
Pitié en a et grant tenror ,
Que les larmes tot maintenant
151l00 1.i vont del euer as ex montant
Que fors les en eovient issir ;
De parfont euer fist i sospir
Quant del ehevalier li sovient ;
»1 . eoutiel prent k'1onés tient,
5 Qui niés le roi 1der estoit ,
Devant le roi treneer devoit ;
Son vis enbronee, si pensa,
Et tait en pensant s'apuia ,
Del eoutiel qu'il tint , sor » i pain ,
10 Tant qu'à .i» des dois de sa main
S'est de la pointe .t» poi navrés ;
ll voit son sane, s'est ramenbrés,
Le eoutiel lait, si empuingna
La nape, si envolepa
15 Sa main moult tos que eil nel voient
Qui en la grant sale mangoient ;
Puis embronça aval son ehief ;
El pensé rentre de reehief ;
Et tout adiés en son penser
20 Le véissiés des ex larmer.
Quant mesire Gauwains le voit,
Moult s'esmervelle, si a droit ;
Car à folie le tenoient
Tout eil qui en la sale estoient.
25 1 sien varlet qu'il ot nouri
Apièle à soi et mostre li :
— 226 —

« Va lassus, fait-il, de par moi


Parole à monsigneur le roi
Et de par tous ses eompagnons ,
15930 Li di : moult nos esmervellons
Dont nos le véons tant penser
À Penteeouste, à son disner.
1l voit çaiens de ses amis
Tant que n'en sai dire le pris ;
35 Foree et erieme les fist venir
À sa eourt por lui obéir;
Por çou di au roi monsignor :
Çaiens sont outre lor volor,
Que pour eus faire desmarir
40 Se devroit il plus esbaudir ;
S'ire et sa grant dolor verroient
Si anemi , se il pooient ;
Moult doit à grant joie disner,
Por çou li voel jou demander
45 Savoir por eoi il a pensé ;
Ne nos doit mie estre eélé. »
Cil s'en torne tot droit el dois ;
Quant vint, eneor pensoit li rois,
Si ne li osoit mot soner
50 Devant qu'il fina son penser ;
Et, quant li rois amont leva ,
Li varlés moult bien dit li a
Tout çou que mesire Gauwains
Li mandoit , ne dist plus ne mains.
55 Li rois l'eseouta franeement,
Puis li distdébonairement :
« Jou pensoie à lor félonies,
C'ains si grans ne furent oies
— 227 —

Et por la traïson aperte


1 5960 Qui lone tans a esté eou.rte ;
Cou lor diras, nel çoile mie,
Car moult ferois grant félonie;
Ce saees que mar m'atendroies
Se tout ensi ne lor disoies. »
ft5 Li varlés l'ot , si s'en torna,
À monsigneur Gauwain eonta
Et dist : < C'est li briés et Ii lons
Que il pense à vos traisons
Et à vos félonies grans
70 C'avés aeovertes lone tans. »

1 Cis mos est à nostre oes vilains!1 •


« Voire , eou dient li pluisor ;
Ne jà Dex ne li dornst onor
75 Qui à lui jà mais pais aura
Desi que de vreté saura
De eoi nos somes traïtor !
Trop feroit li rois grant folor
De traïtours à soustenir !
80 Si nos en devons tot haïr. •
Et por eoi vos en mentiroie?
Jà se mesissent à la voie
Et del mangier to! se levassent
Et en lor tire s'en alassent ,
85 Quant Yder li rois en parla
Qui sagement araisona :
« Segnor, se li rois a falli ,
N'en irons pas por ee ensi ;
• Dans Mpl , Gauvain va parler au roi el répond à son areusation par les
peux mêmes vers. — J'en dis autant d'Yvain et de vous tous, réplique le roi et il
s'explique aussitôt : Voyez page 233, vers 16, 175.
— 228 —

Metons à raison no segnor,


15990 Et puis, s'il ne nos fait honor,
Tout ensamble le desflons ,
Et ensamble le guerpissons..
Une riens saee sans desdit :
C'est uns guerredons qui mar vit. »
95 Trestout dient eomunement
Qu'il feront tout son loement.
Tant demorèrent au parler
Que li rois eomande à oster ;
En estant est levés li rois,
1 6000 Si est jus avalés del dois
U il avoit longement sis ;
Onques mais ne fu si pensis
Com il a esté au mangier;
Et il n'a eure d'atargier ;
5 Mais parmi la sale s'en va
C'onques à home ne parla ,
N'à ehevalier ne à baron.
À seniestre xle la maison ,
Une bele loge i avoit ;
iO Par desous, une aige eoroit ;
Là se vait li rois apoier ,
Et a bien fait l'uis verellier.
Toute la eours s'esmervela,
Li uns à l'autre demanda
15 De eoi li rois est trespensés :
« Di-le moi , eompains, se tu sés ? »
Ne puet estre eélés eis fais ,
Ains à tous est dis et retrais
Que li rois n'avoit eompagnon
20 Qu'il ne retast de traïson.
— 229 —

Or saeiés que eeste novele


Est à ses anemis mou 1t bele,
Si en a grant joie el palais,
Et dient trestout à un fais
16025 Que afforee l'uis briseront ,
À eou que dist, eontrediront;
S'en prisent lor eonsel briément
D'araisner le roi fièrement ;
A ehou fu lor eonsaus assis
30 Que li rois Yder , ee mest vis ,
1ra o monsegneur Gauwain
Et li biaus fius le roi Yvain ;
Ensi ont entr'aus devisé;
Mais tout i alassent lor gré.
35 Mesire Gauwains ne laissa ,
Ançois lor dist et demostra
Que paour aroil de tençon,
Si n'i ira se il troi non.
Et ai ramaisneront le roi ;
40 Et easeuns l'otroie endroit soi.
Saeiés que eil troi i alèrent,
A l'uis des loges apelèrent ,
Mais eil ki l'uis devoit garder
N'en i laissa nesun entrer.
45 Mesire Gauwains s'esmari :
« Par foi, fait-il, ains mais ne vi
Que on me véast à nul jor
L'uis de la eambre mon signor » .
1l fu eoureeiés, si bouta
50 Si fort que tout le débrisa ;
Si entrent ens sans eontredit
kil troi queje vos ai dit,
— 230 —

En sont devant le roi alé


Que il trovèrent moult iré
1 6055 De son huis e'on a débrisié ,
Enmi la loge trébueié ;
Mais ains eil troi de eel meffet
Ne tinrent à eele eure plait;
D'un autre afaire l'aparlèrent;
60 1tant saeiés que il eontèrent
Le message moult fièrement
Et li dient privéement
Que grans blasmes l'en avenra
Por ses eompagnons que perdra ,
65 Si les a elamés traïtours;
Bien dient que çou est dolors,
Si en pora venir tés guerre
Dont il perdra honor et terre ;
Ne jà mais à lui ne seront
70 Jusqu'al terme que il saront
Ù il ont fait la traïson
Que il lor met sus à bandon.
Li rois a dit : « Segnor , pour Dé ,
Or vous ai grant pièee eseouté !
75 Se mi eompagnon sont mari,
Saeiés por voir, ee poise mi ;
Mais jà pour eus n'eseondirai
La vérité que jou bien sai ;
Ne les lairai em pais ester ,
80 Ains les en ferai tos reter ,
L'un avant l'autre , u tos ensamble. »
De mautalent et d'ire tramble.
Messire Gauwains li respont
Privéement : « Saeiés adont ,
— 231 —

16085 Ne seroil pas ehose légière


À esprouver en tel manière ;
El monde n'a tant de si buens ,
S'ont tant de euer eom a i quens,
Et si s'en vorrent tout aler ;
90 À qui le ferés aprouver ? »
• À qui ? li rois li respondit ;
Fols s'esmaie dont prodom vil ! »
Dist Yder : « 1eil fait folie
Qui plus sage de lui eastie !
95 Mesire a dit tout son plaisir .
Si le doivent li autre oïr ;
R'alons à aus, si lor disons
Çou que nous ei trové avons. •
De la loge sont avalé
Iii 100 Etas eompagnons sont alé.
Ains qu'il éussent lor mesage
Conté eom eil qui moult sont sage ,
Si montèrent délivrement
Es loges maint eomunalment,
5 Si que les loges en emplirent ,
Si grant fole et tel presse firent,
Tant i ot ehevaliers et gent
Qui vorrent oïr le eontent
Et dont li rois les apeloil ;
10 Tés s'i fiee, tés reouroit,
Ains que tout i fussent entré
Qu'il fuseent arrière lor gré.
En eelui estre ot voirement
Une riee table dormant
15 U li rois estoit apoiés ;
El pensa que mou 1t fu iriés,
— 23'J —

Sour la table sovent feroit


D'un bastonet que il tenoit ;
N'i ot si hardi eompagnon
16120 Qui le vosist metre à raison.
À la table roonde avoit
Coustume que nus n'i estoit
Se il n'avoit plaie en la eière ;
Si avoient de grant manière
25 Les eières moult plus effraées,
Plus fières et plus redoutées.
Li Lais Hardis s'est mis avant ,
Saeiés que jà parlast avant.
Quant li rois son pensé fina ,
30 Sour la table ù il s'apoia,
S'asist et voit environ soi
Tant baron, tant eonte et tant roi
« Signor, fait-il, ear vous séés
Et dites por eoi vous venés. »
35 Et eil n'osèrent mot soner,
Et li rois dist : « Faites eonter
Cui vous plaira vostre raison. »
Li Lais Hardis tint i . baston,
Se li a mis en son présent :
40 « Sire, fait-il, je me desfent,
Cou saeiés bien, de traïson ;
Diex me gart de tel mesproison !
Li rois a dit : Je ne voel mie
C'on vous en doinst l'avoërie. •
45 t Sire, jou me desfene par moi ;
Caseuns se desfenge endroit soi !
Çou li respont li Lais Hardis;
Mais par moi serés bien devis
— 233 —

De traïson, de félounie ;
16150 Certes que jou n'en Ks ains mie. »
Li rois li dist : • Laissiés ester ;
Vilonie est de tant parler.
Tant boin ehevalier voi-je ei,
Ains mais en nul liu tant ne vi ;
55 . 1 poi vous estes trop hastés
Quant devant tos vos desandés ;
En ma eourt a tel ehevalier
À qui le ferai desraisnier. »
Et li Lais Hardis li respont :
60 « Foi que je doi à tout le mont,
Je quie qu'il vos ont tot guerpi ;
N'en ares .i. seul ne demi. •
Et li rois dist hastivement :
t Dont m'iroit il moult nullement;
65 Mais jou en quie i. tost trover
À qui le ferai esprover.
Eneore vit li rois Artus ,
Certes, ki vaut autant u plus. »
Li sages rois Yder respont :
70 « Si n'a tel ehevalier el mont ,
Nous l'avons bien piéça prové.
Biaus sire , dites-nous vreté
De eoi nos somes traïtour ;
Si nos arés mis fors d'iror. »
75 Li rois dist : • Quant vos le volés
Jel vous dirai, si eseoutés.
Vous savés trestout vraiement
Que l'autre an ranna une gent'

1 lei Mpl. reprend la version eommune au ms. de Mous, sauf de nom


breuses variantes qui prennent quelquefois plusieurs vers.
5 Hégna. Mpl.
— 234 —

Qui fisent eastiaus et ehités,


16l80 Tours et viles et fremetés
Et les grans eastiaus orguellos ;
Çou fisent il eneontre nos.
Quant vous en oïstes parler,
Ains ne m'i laissastes aler
85 Dès que vous i fustes alé ;
Quant g'i alai, de vérité,
G'i perdi le mius de ma gent;
Eneor en ai mon euer dolent ;
Mort furent plusor et oeis ;
90 Et li auquant i furent pris ;
1l prisent i mien eompagnon;
.1U1 . ans a esté en prison,
Ains erestiens ne vit mellor
Chevalier qu'il est à nul jor ,
95 Et si est biaus à desmesure
Et de biaus ex et de faiture,
Et, por eonsel doner, moult sages,
Moult estoit bons ses vaselages ;
Si i fu uns autres hoeis ,
16200 Cis i remestseus et soutis I ;
S'en ai le euer mari et noir
Quant ne le voi lés vous séoir ;
Puet vos eneore ramembrer ,
G'el soloie moult bien nomer :
5 11 a nom Giffés, li fius Den,
Li eortois , li sage , li preu ;
Ains nus de vous nel ramenbra ;
Si me eonsaut Dex , . uti . ans a

1 Sontis sontil : subtil, fin, détourné, et aussi : eaehé, eelé, tenu au seeret.
prisonnier.
— 235 —

Que ses eors n'issi de la tour ;


16210 Si en estes tout traïtour
De vostre eompagnon laissier
. 1H1 . ans, sans querre et sans eierkier.
De çou prouverai le mellor,
Que j'en ai au euer grant iror;
15 Et en apriés en fae » i , veu
Queje ne girai en .i . leu
C'une nuit, tant que je sarai
S'il est mors, et si le r'aurai. »
Tuit respondent eomunement :
20 « Or ait dehait qui se desfent ,
Sire , de eeste traïson !
Car vous avés droit et raison.
Alonsau eastel orguellous;
Grant joie avés mis entre nous,
25 Car en trop grant obli laissames
Que nous onques puis n'i alames. »
1 iroisdist: «Je movrai demain,
J J Par la foi que je doi Gauwain ' !
Par grant sens aler m'i eovient ,
30 Nule foree n'i vauroit nient. »
« Voirs est, fait mesire Gauwains,
Biaus oneles, je sui tos eertains
Que li roeal sont perellous
Desi au eastel orguellous;
35 Si a moult bien . xv journées ,
Ains gregnors ne furent alées ;
La vretet vos en doit on dire ;
Et , quant vous venrés là , biaus sire ,

« Mes foi que ge doi S1 Ci l main. Mpl. — « l'ar la foi que vous doi à tous. »
1330.
— 236 —

Si arés easeun jor batalle. ,


10240 Et tant huant, sans nule falle 1,
»1. pour » i » mil et .i. por eent
En troveriés veraiement ;
S'aiés bon eonsel al aler
Quele gent vos vorrés mener *« .
43 U ois Uriens parla premiers,

« Ne vous a mestier, sire rois ,


À mener lone trop grant harnois ;
Menés . 1 . poi de bone gent ,
50 Si vaurra mius, mon ensient',
Et saverons ains de prison
Gyflet votre boin eompagnon]
Menés les ehevaliers mellors,
Si vos sera moult grans honors ;
55 Seus à seus droit i eombatés,
Ses averés ançois matés;
Car saeiés , tés kerra des lor *
Qui vous fera quite le jor
Le vallant et le preu Giefloi ;
60 Jà mar en serès en effroi.
Je ne vos sai plus que loer,
Mais сo mandés tost atorner
Ciaus ki iront ensamble o vous. •
Et dist li rois : « K'en loés-vos,
6!i Segnor? e'à vos eonsel m'atent s,
Certes, plus k'à nule autre gent. »

• Alant, quar bien le sai sanz falle. Mpl.


5 Mpl. ajoute iei 16 vers, traduits dans 1530 : Segnor, or mengiez, fei li rois.
s 1K30 ajoute : Souvent grant nombre sert d'eneombre.
1 Tiex i eharra Mpl.
s « Mais j'enlens, ee respond le roy, que vous aultres y advisez, ear à vous
mon eonseit s'aient. » 1530.
— 237 —

Li rois Yder li a dit : • Siró,


Nus ne vos doit loer ne dire
Se le mius non que il saura,
16270 Et dehait ail qui vos donra
Consel il aiés deshonor !
Jou sai moult bien que li plusor
Vorroient volentiers aler,
Et, se vous les volés mener,
75 Certes vos ne ferés pas bien ;
Mais eréés le roi Uriien
Qui vos a bien asoldéé 1 ,
Ce saeies bien de vérité. »
• Voire, dist mesire Gauwains,
80 Cis seroit musars et vilains
Qui autre eonsel vos donroit. »
Caseuns dist : t A1 buen le roi soit' !
Mener puet qués que lui plaira
Et les autres em pais laira. »
85 • Vous dites bien, ee dist li rois;
Alés as ostaus demanois ,
Apareilliés-vos por errer,
Et je vos ferai présenter
Caseun l. gonfanon de soie
90 À eeus que menrai en la voie. •
Li baron maintenant s'en tornent
À leur osteus et si s'atornent ,
Et li rois envoié lor a
Les gonfanons que devis a.
95 Et, que vos iroie eontant?
L'endemain, à solel levant,

• m Bon eonseil donne. » Mpl.


* Au gré le roi soitî Mpl. — « Au bonvouloir du Roi en soit '. » 1530.
— 238 —

Furent li ehevalier armé,


Aparellié etatourné,
Cil ki orent les gonfanons ;
\ 6300 Or en poés oïr les noms :
L'uns en fu mesire Gauwains,
Li rois Yder et Gassonains ,
Kex el Lueans li boutellier,
Tors li fius Arest, Beduier,
5 Et li biaus fins le roi Urain
Que on apiéloit Mabounain.
» V1H » en ai només, ee sai bien ;
Et au fil le roi Uriien
Fu » ix ., ear por voir eil i fu ;
10 Et x. à Yder le fil Nu;
Le Lait Hardi eompagnon sai,
0 le eonte Doon de Glai ,
Sont xil., ear moult est eortois,
Et Galerans dis li Galois
15 Fu eil ki onques ne fu las,
О le roi Caradot bris-bras ;
Saeiés bien que . xilil . sont ;
Li boins Toulars de Rogemont
Estoit sans falle li quinsains ;
20 Tant estoient, ne plus ne mains.
Devant la sale armé estoient ;
En eou que illuee atendoient,
1ssi li rois , moult bien armés ,
De la sale trestous montés ,
25 C'onques nus rois, mien ensient,
Ne fu armés plus rieement ;
Tous li mons l'aloit regarder.
Si eorn il s'en durent aler,
— 239 —

Trestote ln eors le eonvoie ;


16330 Et li rois tint sa droite voie.
À ll . liues de ln ehité
S'arresta li rois en i » pré ;
Si eonvoiant s'en retornèrent ;
Et li rois et li xV. errèrent
35 Et trespassèrent le païs
De Bretagne, ee m'est avis ;
Moult leur faisoit mal eevaueier :
1l furent l . jor, sans mangier;
1ssu d'une moult grant forest,
40 En une lande de genest;
Li solaus fu elers et ardans,
Et la laste fu fors et grans 1 ;
Li eaus ot le roi si maté ,
Pourçou qu'il avoit géuné,
45 Que de repos mestier éust
Se r biau liu trover péust;
Par aventure si trovèrent
. l » arbre , desous s'arestèrent ;
Sous l'arbre avoit une fontaine ;
50 Pour la ealor eh por la paine,
Maintenant lor eiés désarmèrent ,
Lor vis et lor bouee lavèrent
Et volentiers mangiet éuseent,
Moult volentiers, se il l'éuseent.
55 Et mesire Gauwains garda
Emmi la lande , si mostra
Monsigneur Kex une maison
Tout entor fremée environ :

. Laste, lasté : lassitude. Mpl. dil : la lande.


— 240 —

« Kex, fait-il, au mien ensient


i K'en eel ostel que voi a gent. »
• Voire , fait Kex, g'i voel aler
Savoir se poroie trover
Vitalle , et vous m'atendés ei ;
Jou venrai jà votre merei 1 . •

tÊnet com f\n alo qutrrt a mangier.

l'n ehevalier frappe


Kew avee un paonroli. <ä^r Une vielle laiens trova,
Kew est batu avee un Mès de ee que il i queroit
paon rati. D. N'i trova riens , que n'i estoit ;
Et la vielle li eonte et dist
70 Que, se Damledex li aït,
1l n'a se gastes landes non
À » Xx liues ehi environ ,
Dex moie eope, fors que tant
Que li rois de Meyolant
75 A ei près fremé, se vosplest,
Une maison en la forest;
llueques vient assez souvent
O ses muetes privéement:
« Je vous di , se vous le trovés ,
80 Moult bien herbegié i serés;
De eel grant arbre là devant
Voit-on la maison en pendant. •
Mesire Kex ala tout droit
Là ù li vielle li disoit;

mrai , jel vos afi. 1Ы.


; du ms. est déehirée iei ; j'ai pris la (in des vers dans Mpl. et 794.
— 241 —

lC38!, Voit le reeet ki fu fremés


De bos , de vingnes et de prés ,
De molins fais et de treneiers ,
De boins palis et de viviers;
Et el miliu ot une tour ,
00 Jà mar demandissiez mellor.
Onques desi là ne fina
Mesire Kex et trespassa
Les eaaeies et les postis;
Par asson . n . pons tornéis ,
!)5 Al pié de la tour deseendit,
Ains home ne fame n'i vit,
Et de (ou moult s'esmervella ;
En une sale s'en entra
Qui moult fu grans et large et lée ;
1 6400 À une moult grant eeminee
Voit.t . moult grant fu alumé;
Ne voit home de mère né ,
Fors tant que uns nains rostissoil 1
»l paon qui moult eras estoit;
5 Ains miudres ne fu esgardés,
Et si estoit bien atournés
En . i . grant espoi de pumier*;
Moult le sot bien aparellier
Li nains, ear il l'ot felsovent
10 Et del torner ne se fait lent ;

• Fors .I» seul naiu qui rotissoit. 794.


* Mons et Mpl. disent : espoi; soit, espiet , espiol : épieu, broehe. 794 dit :
haste , qui a le même sens. — « Lequel estoit enbasté en une broehe de pom
mier. » 1530.

T. H. 16.
— 242 —

Mesire Kex se Irait avant ,


Mais li nains li fait let semblant.
« Nains , fet mesire Kex , di moi
Est-il eéans home fors toi ? »
16415 Li nains ne li viut mot soner ,
Et Kex por poi l'ala tuer,
Mais il ne digna por viutés,
Ains dist : « Mauvais nains boeetés ,
Ne voi home en eeste maison
20 Ne mais que toi et ee paon
Que à mon disner mangerai
Et eil o moi eui en donrai.
Cist eouples est moult eontrefais,
Car il est biaus et tu ies lais. 1 »
25 ¥ i nains fu fel , si respondit :
lj « Jà Damledex ne li ait
Qui à bouee le vos metra !
Miudres de vous le mangera.
La sale vous loe délivrer,
30 U je vous en ferai jeter ,
Ce saeiés-vous , moult malement. * »
De çou pesa Kex durement,
S'el fiert si qu'il le fist hurter
Moult durement à » i » piler
35 Qui sostenoit la eeminée ;
Si en est tote ensanglentée ;

1 Ces 16 derniers vers se trouvent au verso do la page dont la marge est


déehirée; j'ai rétabli le eommeneement de ehaque vers en eombinant le sens
indiqué par Mpl. et 79i, dont le texte varie un peu, avee ee qui en reste
dans le ms. de Mons.
ч Ja du poon ne mangerez
Ne autrui n'en départirez ;
Cest hostel vos loe a vuidier,
- 243 —

Pour la ealor del fu sauna


Moult durement et si eria,
Car grant paor a de morir ;
1С440 Dont oï à senestre ovrir
.Г huis qui flati durement;
Mesire Kex hastivement
En vit issir » i » ehevalier
Qui moult fu grans , hardis et fier
45 Et moult ruistes et eombalans ;
Si pooit bien avoir xxx ans;
D'un drap de soie avoit bliaut ,
Fouré d'ermine por le eaut;
N'est pas lons , mais lés est par pans ,
50 Si estoient moult bien séans ,
Et eaueiés estoit eointement ,
Ce saeiés-vos bien vraiement ;
Cainture ot bone à membres d'or,
Ains n'ot mellor en nul trésor.
55 Ensi vint tous desafublés,
En samblant qu'il fust moult irés;
» 1. eoler de soie tenoit
D'un lanier k'aprés lui venoit 1
Et, quant il vit son nain sainier,
60 Si a dit : « Sire ehevalier.
Vous ki çassus estes montés
En eele sale tos armés ,
Por e'avés mon serjant tué ? »
« 1eis serjans ait maudehé!
65 Kex li seneseaus li respont ,
Car n'a si lait en tot le mont ,

« D'un levrier, ete. Mpl.— « Et tenoil un laz de soie verd par lequel il
menoit un levrier après luy. » 1330.
— 244 —

Si boueeté ne si petit »
Li ehevaliers li respondit:
« Par tous sains, je vos oi mesdire. »
16470 « Donques vos en elamés, biaus sire,
Çou a dit К ex li seneseaus ;
J'ai véut mains nobles vasaus
Autresi nobles eome vous ;
Vilains estes et anious ;
75 Se j'ai féru vostre garçon
Pour çou que je pris ee paon,
Si en parlés si noblement. »
Li ehevaliers dist franeement :
« Or m'avés moult estoutéé ;
80 Dites-moi vostre nom, por Dé. »
« Certes, fait Rex, moult volentiers ;
À v. eens mellours ehevaliers
De vous , ai-je mon nom nomé ;
Saeiés que on m'apièle Ké. »
85 t Par tous sains, fait-il, jel eroi bien
Que vous ne me mentés de rien ;
À vostre franeement parler,
Le puet on bien eroire et esmer.
Li gars vous véa le paon ,
90 N'est pas eoustume en ma maison *;
Vous en arés, se Dex me gart ,
Moult volentiers la vostre part. »

i Que il n'a plus félon el mont ,


Ne si mal fet, ne si petit. Mpl.
* Mpl. ajoute
Qu'en i doive véer viande
A nuli, puisqu'il te demande.
— 245 —

Puis prent le paon et l'espoi ,


S'el liève en haut eneontre soi ,
1649') De grant foree et de grant vertu
En a monsigneur Ké féru
Si que por poi ne le tua ;
Savés or eoment l'aséna :
El eol, si que eaïr le fist:
16500 A i ns n'ot pié qui le sostenist ;
Li sains del paon li eoula
Si que il parti et ereva
Parmi les malles del aubere ;
Saeiés el eol en ot » i » mier ,
5 Puis à tous les jors de sa vie ,
Mesire Kex, jouste l'oïe.
Et puis giéta li ehevaliers
Le paon à » il siens levriers
Et dist : f Sire Kex, levés sus ,
10 C'est vostre pars, n'en nrés plus ;
Por Dieu, fuiés de devant moi ,
Trop sui maris quant je vos voi. »
Admit vinrent moult bien armé
Doi serjant ki l'en ont mené ;
15 El eeval monte, si s'en va ,
Le pont et les planees passa
Et si est là tout droit venus
Ù il estoit moult atendus ;
Si eompagnon ont demandé
20 Savoir s'il avoit rien trové,
Et il lor dist : « Naie, noient ;
Si nous esta moult malement ,
C'ains que trovomes à mangier
Nos eovenra moult ehevaueier ,
— 246 —

i 652o Si e'on le m'a eonté et dit ,


Bien xx. liues sanseontredit. 1»
« Certes, eil ki parla à vous
A à mangier, ee quidons-nous*,
Ne sans vitalle n'est-il mie
30 En ieeste lande en ermie. »
« Par trestous sains, eou a dit Kex,
Voire, mais ausi , m'aït Dex ,
1l ne tient pas . m. nois de nous ;
C'est .l. ehevaliers orguellous
35 Qui ne nous herbegera mie
Pour nule rien que on li die. »
Li rois dist : « Dont est moult vilain
Jou loe bien que ivoist Gauwains.
Biaus dous niés, fait-il, alés-i,
40 Et nous vos atendrons iei. »
Et, que vous iroie eontant ?
Mesire Gauwains monte atant,
Au reeet est venus tout droit,
Et, quant li ehevaliers le voit ,
45 Mervellouse joie li fist,
Son nom demanda et enquist ;
Et mesire Gauwains li dist
Tot maintenant, sans nul respit ,
Que Gauwain partout l'apiéloient
50 Trestout eil ki le eonnissoient ;
Apriès , li eonta son besoing :
Que li rois Artus n'est pas loing,
O lui voet venir herbegier ;
Et eou plaist moult au ehevalier ,

Gauvains l'eseoule et si lidit. Mpl.


Vit de mangier si eome nous. Mpl.
— 247 —

16555 Si li a dist : « Biaus sire, alés


Pour le roi et si l'amenés. 1»
Mesire Gauwains s'en torna
Au roi, à lostel l'amena ;
Mais, ains qu'il fuseent ostelé ,
60 Furent tout en estant trové;
Por joie et por honor , au roi
Fist li ehevaliers grant eonroi ;
Moult le reeiut à grant honor,
Si le mena sus en la tor.
ü5 Si levrier en la sale estoient
Qui le ear del paon tenoient;
Li rois a regardé Talas
Et dist : « Par le eors S1 Tumas ,
Cil doi levrier sont asasé 1
70 Moult plus que nous n'avons esté.
Li ehevaliers l'ot , si s'en rist ,
Kex le vit bien et mot ne dist.
Ilnsi sont en la sale entré
j Et , quant tout furent désarmé
7» Si fu li mangiers aprestés ;
Touailes blanees et pastés
Fist li ehevaliers aporter;
Apriès le disner, fist laver
Lor eors et lor piés et lor eiés
80 K'il avoient tous kamosiés ;
Sor kiutes de pale, en blans lis,
Se eoueièrent par lor délis

. . . : . Biaus sire , alons


Por k' i ui et h l'amenons. Mpl.
Cist dui levrier sonl miex disne. Mpl.
— 248 —

Et eomeneièrent à dormir
Jusqu'al vespre sans nul espir.
1 6585 Endroit vespre , sont resvellié ,
Le souper ont aparellié
Li keut, à moult grande planté 1.
L'ostes de boine volenti
Les fait assir moult rieement,
90 Et furent servi liement
De plusours més; anuis seroit
Qui tous les vos aeonteroit.
De l'arsure monsigneur Ké
Ont moult entr'aus ris et gabe ,
95 Car li nains ne le vot eéler,
Ains en eomença à parler ;
Jà mais par Kex ne fust séu
S'il ne l'éust ramentéu ;
Se Kex le eéloit plus que nus ,
i tÍ600 Li ehevaliers eneore plus.
Por ieel eop dont je vos di
Qui tous tans li paru ensi,
Vos di por voir, tot à estrous,
Disoit on que il est tinous * ;
5 Car tant ai oï de lui dire
C'on n'en doit avoir duel ne ire
S'on le disoit por eel affaire,
Car moult est fel et députaire.
De lui lairai ; assés parlèrent
10 Tant qu'en la fin eoder alèrent.

1 Li hostes à moult grant planté. Mpl.


* « Pour l'arseure que vous ai dist que elairement apparaissait , disoit
que Keux fust tigneux » 1530.
— 249 —

L'endemain, a l'aube du jour,


Leva li rois, ear de séjour
N'avoit eure ; ains s'arouta
Et le ehevalier merehia
1 1;*V l ;> Del biel ostel qu'il li ot fait.
Que vous en feroie lone pla¡t?
Li rois li dist : « Ne me eélés
Coment estes vous apelés. »
Cil dist : « G'ai nom Yder li biaus,
20 Et si est miens ieis eastiaus. •
Puis pria bonement le roi ,
Pour Dieu, qu'il le menast o soi;
Et li rois dist que ne pooit
Mener fors eiaus que il avoit.
25 1 ors en maine ses eompagnons.
J J Desor est li romans trop lons ,
Mais je le vos voel abréger.
»H. jours errèrent sans mangier
C'onques ne peurent liu trover
30 U il dussent » i » disner
Jusqu'el vergier des sépoutures Comment le roi Ar-
U on trueve les aventures ; lhus après estre party
Là mangièrent avoee enelus I du verger mix sépul
tures envoya Gauvain
Dont ¡1 i avoit xXx . u plus. pour ehereher où ils
pourroient loger et re
35 La mervelle del eimentire pulstón les merveilles
Ne me loist ore mie dire , que Gauvain trouva et
annonça au Roy Arthus
Dont les sepoutures estoient lequel y alla liement,
N'establissement qu'il travoient * 1530.

, 0 les reelus. Mpl. — « Avee les reelus. » 1530.


» Ne l'usage que il tenoient. Mpl. — « Ne quelle vie ou usaige y tenuieut
tes rerlus. > 1530.
— 250 —

Des enelus, ear trop longement


16640 1 metroie, mon ensient;
Mais, tant saeiés en vérité,
Quant li rois i ot séjorné
. 1 . jour au mangier esgarder,
Si s'en ala apriès disner.
45 L'endemain, quant il fu meus,
A tant alé qu'il est venus
Et entré en si bièle tière
Qu'il n'estéust plus bele querre ,
De prés, de forès, de rivières,
50 D'arbres portans fruis de manières ;
Par la forest estoit eréue
Li erbe si vers et si drue
Ke jusqu'au ventre des eevaus
Lor venoit et jusqu'as poitraus ;
55 Sour une roee defoulée ,
S'embatirent, eele vesprée ;
Li erbe i estoit si eréue, '
S'ert eontre aus trestote abatue ,
Que li eevaus ont demarehie 1;
60 H ont une route eoisie ,
Que devant aus aler véoient
»M. ehevaliers, tant lesesmoient.
Mesire Gauwains dist au roi :
« Biaus sire, dist-il, sivés-moi ,
65 Et la route de notre gent ;
Jou irai là premièrement

1 « 0ù l'herbe trouvèrent balue el eheule en lerre por le pétylis (piélinc-


meul) des ehevaulx. » 1530.
— 2j1 —

Por ruquerre el por demander ;


Jusque me verés retorner,
Sire, por Dieu, ne laisiés mie
KÍ670 La route que que nus vos die. »
À ee eonte, s'en parti lors ,
Çou saeiés, bien les grans galos ,
La route siut hastivement ;
N'ot pas eevuueié longement
75 Que fors de la foriest issi ;
En i pui devant lui eoisi
Les gens à eeval que sivoit ;
Plus de . v. eens ehevaliers voit
Parmi le eastiel behorder 1,
80 Dont se hasta moult del aler
Le val aval , le pui monta * ,
Onques i. home u'i trova,
Garde avant et voit » i eastiel ,
Ains mais n'avoit véu si bel,
8э Sor une grant rivière assis ;
Ne sai que plus vos en devis ,
Car anuit aeonté n'aroie
La façon, nejou ne poroie;
Mais tant vos en dirai sans plus ,
90 Si riee eastel ne vit nus,
Et, quant mesire Gauwains voit
La route ki là va tot droit,
Si qu'el eastiel les vit entrer,
Les daerrains le pont passer ,

• m Lesquelz se esbatoieut et behourdoient sur le tertre. » 1530.


* Le vai avale el puis monta. Mpl. « Uug val deseent , puis remonta. »
1530.
— 252 —

l 6095 Le val avale, vinfà plain ;


Ли eief del pont, à destre main,
Entre . ilu . riprès avoit
Une fontaine ki eouloit;
lluee avoit il damoseles
l (Í700 En bliaus de porpres moult beles ;
»lT. justes de fin or tenoient, •
|l de l'ève puisie avoicnt.
Mesire Gauwains dist en haut :
t Pueièles, Dameldex vous saut! »
5 Eles respondent ambesdous :
« Chevaliers , sire , Dex saut vous ! »
« Or me dites , ne me eélés ,
De ees gustes que vous tenés. »
« Sire , ne vos devons noier ,
10' Ne à mentir ne vos en quier :
Qu'el sont au plus frane ehevalier
Qui soit ore deça la mer :
Si en lavera jà ses mains. »
« C'est bien fait , ee li dist Gauwains,
Moult l'avés belement nomé. »
Fait l'une : « Vos dites vreté ,
Ains ne vi si boin ne si biel ;
Vés eom il entre en ee eastel. »
Mesire Gauwains se hasta ,
Ains à elles plus ne parla ,
Ançois est el eastel entrés ,
Ains si biaus ne fu esgardés ;
Les rues sont engordinées
De riees keutes eoulourées.

a Juste qui vault à dire eruehe » 1530.


— 253 —

16725 Tout ensi eom ¡1 trespassn,


Estrangement s'esmervella :
Palès avoit tout environ,
Caseun de diverse faehon;
De lone en lone, parmi ees rues,
30 A mesire Gauwains véues
Riees tables et eangéors
Sor tapis de maintes eolors ,
Et voit vasslaus d'argent et d'or ,
N'ot plus riehes en nul trésor ;
35 Coupes, hanas et eseuièles ,
Ains mais n'avoit véu si beles;
Estrelins porpres et besans
Coulegnois, deniers aufrieans ,
De maintes monoies i voit
40 Tant qu'à mervelle li tenoit 1 .
Par les osteus voit vair et gris
Tant que n'en sai nomer le pris,
Et vit tous les huis desfremés.
Moult durement s'est porpensés
45 De çou qu'il n'a home trové;
À soi méisme en a pensé :
• Cil vont eonvoier lor signor
Au petit eastiel, par nmor,
Qui estoit en la vile entrés » .
50 O la route que vos oés,
Droit au petit eastiel ala ;
En une riee sale entra ,

• 1330 évite l'énumération des monnaies : « Tant de monnaye y avoil que


tout esbahy en estoit. »
— 254 —

Moult estoit large, longe et lée ,


Bien duroit une arbalestrée;
i 6755 Touailes avoit sor les dois ,
Ains n'esgarda ne quens ne rois
Dobliers si rieement ovrés1;
Li mangiers fu tous aprestés ,
Mais n'i vit nule rien vivant ;
60 Et en . i . estre là devant
Vit en grailles d'argent ester *
Plus de c. tiestes de sangler
Tous près et tous eseuélés ,
Et li poivres estait dalés *.
tí5 Mesire Gauwains esgarda,
Leva sa main, si se sainna * ;
Adont eomença à penser;
Car il n'i voit à qui parler;
Parmi le eastel s'en torna ,
70 Au eief del pont trover quida
Les pueièles qui samblent fées ,
Mais n'en i a nule trovées ;
Moult li pesa quant il nes vit;
En soi méisme pense et dist
75 Qu'eles lui eussent eonté
Tout del eastiel la vérité;

Ains ne menjn ne quens ne rois


Sor dobliers ausi bien ouvrez. Mpl.
« Sur tables ne sur napes si bien ouvrées. » 1530.
1 Vit sor platiaus d'argent ester, rte. Mpl —
3 a Plus de eent bures de senglers mises dedens des platz d'argent [rseué/és)
€l la poudre de poivre par dessus. » 1530.
* De quoy Сauvain tant s'en esmerveilla qu'il s'en prit à signer la eroix. «
1530.
— 255 —

En soi meisme se repent


Qu'il n'i parla plus longement;
1l n'i fait mie lone séjour,
Wi780 Ains ala eontre son signor,
Ains ses frains ne fu retenus ;
Si fu à Ja route venus ,
Ses niés le salue et il lui :
• Biaus niés, fait-il, ne mangai hui. • и пы лшшз v¡mi
85 « Por Dieu , ne vos en dementés , ZJ^tí.
Car par tans aneui mangei'és. »
Ce li dist mesire Gauwains.
Dist Kex : « Cis mos n'est pas vilains;
Et jou ferai hastivement
90 Le sien mes premerainement. »
a Kex, mesire Gauwains respont,
Vous ne kerriés, por tot le mont,
La mervelle que j'ai véue. •
Lors a l'aventure esméue
95 Tout ensi eom il la trova ,
Desi qu'el eastiel les mena ;
Lors entrent ens parmi les rues;
Des rieoises qu'il ont véues
S'esmervelle forment li rois ;
16800 De çou fist moult Kex que eortois :
« Castiaus, ki vos péust gengier,
Jà ne vos déust-on eangier. 1»
Droit à la sale sont alé,
Tout à eheval sont eus entré ;

Et dont dist kex . i » mot eortois :


« Chaste| , qui porter vous vorroit (porrjil)
Jà là , voir , lessier ne elevroit. Mpl.
« Ckasteau , fait-il , qui garder vous peult , jamais il ne vous doibl laisser. »
1530.
— 256 —

1 0805 Estrangement s'esmervellerent


C'ome ne fame n'i trovèrent;
Si n'ont que doner as eevaus ,
Et dient : « Moult seroit grans maus
Des ehevaux laissier géuner. »
10 Et dist li rois : « Apriès disner ,
Nous en irons , se vos volés,
Là fors en i . de ees biaus prés. »
Tout ensamble s'i aeordèrent,
Lor mains et lor eiés désarmèrent;
i5 Quant lor eevaus ont aresnés,
Moult tost se fu easeuns lavés
Et puis sont au mangier assis ;
Kex a le premier més assis ,
Devant le roi fait aporter
20 Une eaboehe de sangler,
Et easeun la soie douna ;
Puis a dit : « Qui or s'en plaindra ?
Si en ara moult grant plenté ;
Li mangiers ne m'a rien eosté ;
25 Se eheval péuseent mangier
Testes de sengler, sans dangier,
Cis osteus ne fust hui laisiés ;
Car moult i sont grant li daintiés
Et çou qui est moult grans délis,
30 Car je voi çaiens assés lis
En une eambre, bien eovers. »
Giuivain s'arme pour Parmi i. huis ki fu ouvers,
lu table d'Arthus. R. A mesire Gauwains véu
À une kieville .i» eseu,
Ты Et, quant il l'a bien avisé*
Baisse son eief, si a pensé , .
— 257 —

Jus gete . i . eotel qu'il tenoit,


Del mangier liève à grant exploit ,
Son eeval a moult bien eenglé,
1f)8i0 Puis a moult tost son eief armé ;
Sour l. bane del dois a assis
Son eseu et dalés lui mis;
Trestout esgardent qu'il fera ,
Li uns à l'autre eonsella :
45 ' Ha, Dex! e'a mesire Gauwaiiis? •
Caseuns vosist estre eertains
Por eoi il est si tos armés;
Paour orent ne fust torblés 1
En son venir por la ealor ,
50 Car moult ot fait grant eaut le jor.
Trestout en furent moult mari ,
Car n'orent véu ne oï
Rien por eoi se déust armer,
N'il ne savoient deviner.
55 Lors li dist li rois franeement :
t Gauwains, ne me eelés nient,
Por e'avésguerpi le mangier?
Moult nos en faites mervellier ;
Por eoi estes armés ensi?
60 Dites-le-nous, je vos en pri ,
Se vous avés rien se bien non. »
« Certes, fait-il , sire, je non ,
Fors tant de tost mangier vos proi ,
Se le volés faire por moi. »

d. explique ainsi ee vers :


Trestuit euident, e'est variiez, El esméuz pour la ehalor
Por ee que péuné avoil. Qu'il ot fete trestout ee jor.
Que le eervel troublé li soit ,
— 258 —

16865 « Coment, ee dist li rois, et vous ?


N'avés géuné eome nous ?
Mangiers nul bien ne nous feroit. »
« Por Dieu , jà n'avés mie droit,
Mesire Gauwains li respont,
70 Car, por nule eose del mont,
Çou saeiés-vos , n'i mangeroie,
Ne liés ne joians n'i seroie ;
Car l'estage de çaiens hé.
Si mangiés , mesire , por Dé. •
75 Li rois jura son sairement
Moult grant, saeiés à essient,
Que il dira ançois vreté
Por eoi avoit son eief armé
Lors a dit mesire Gauwains :
80 — « Sire, moult seroie vilains
Se, por ieeste oevre eonter,
Vos faisoie ore plus juner.
Si m'aït Dex, je vos dirai
La vérité, se jou le sai.
85 'I Tous savés bien, or a v ans,
V Une Penteeoste , à Branlans ,
Fu rieement par vos tenue ;
En plusors teres fu séue.
Sire, quant la eours départi,
90 En la lande du Mont Garni
Fésistes venir bien armés
Tous les boins ehevaliers dotés
Qui onques i vorrent venir ;
Rois , là lor fésistes plévir

Que il ptus riens ne mangera De ehiefen ehief, la vérité '


Devant iee que il saura , Porquoi il a sou ehief armé. Mpl .
— 2'¡9 —

1 6895 D'estre trois mois sans tornoier


Por les aventures eerkier;
Ensi fu li termes empris
C'au eief de . ni . mois aeomplis ,
Fuseent en la plaee trové
16900 Cil ki seroient eseapé;
Et easeuns y tint son eemin.
De moi dirai à la parfin
Que jou ne fui pas retorné*
À eel terme qui est passés ;
.i Rois, à Kraut mal me fu tenu;
Se j'eue ensoigne, or ert séu ,
Jusqu'à moult poi sera oïs;
Onques , par foi , puis ne fu dis.
Moult estiés biaus et joious
10 Au jour que me parti de vous,
Et lors eevauçai tote jor,
Çou saeiés, plains de grant error;
Car je fui sans mangier » il jors ,
N'estoit mie boins li séjors;
ili Car k i . il. jors est sans mangier
Moult en puet bien afoibloier.
^ u lier jor, levai au matin ,
l\ Si pris à destre mon eemin
Et vie iluee i. hermitage;
20 Voir , g'i alai , par boin eorage ,
Çou saeiés bien, la messe oir ;
Là me list li premlum venir,
Quant il ot la messe eantée ;
Ueseuit et eidre et pain d'orgée,
25 Me dona il moult volentiers
Çou qu'il avoit, sans nul dangiers.
Sire, si tost eom j'oi mangié,
— 260 —

Au saint hermite pris eongié;


Li jors fu moult et biaus et elers ,
i 6930 Ains puis ne fu véus ses pers ,
Et la foriès fu verdoians
Des erbes si suëf flairans;
Jà n'i oïssiés riens erier
Fors touses et eoulons eanter ;
35 O le matin, à la verdour,
Dona le foriès grant odour;
Moult me fist au euer joie et bien.
De vreté vous di-je une rien
C'aine nus ne vit plus bel boseage
40 Com il avoit à l'ermitage.
O la messe que j'oe oïe ,
Me prist une si grant envie,
Sire, de ma vie eangier1;
Nus ne m'en péust estaneier
45 Se li buens euers m'éust duré ;
Mais moult me fu tost remué
En vanité, en destourbier,
Com vous m'oés ei anoneier.
En ieel pensé que jou di ,
50 Fui jou jusques à miedi
Et, endroit eele eure de jor,
Me féri une resplendor
Emmi la eière de devant ;
Là me retournai à itant,
55 Si vie à destre . i. pavellon
Qui fu de trop gente façon,

1 « Pour la messe que ouy avoie, bonne envie me print de ma vie elianper. »
1830.
Wert pas grans, mes il ert ovrés
Mius que nus que jà mais verés ,
Cordes de soie et biaus paissons
16960 D'ivoire à tenir les giérous ,
Et furent si entor féru
О les pans por ealor qui fu '
Levée , et li huis fu fremés
D'un drap de Pisse bien ovrés.
ti5 Jou alai droit au pavellon,
Por mius remirer la façon ;
A l'uis ving, si le destendi ,
Mon eief baissai, là dedens vi
lH. lis aparelliés moull bien ,
70 Et se n'i falli nule rien ,
Ains n'ot mellor ne quens ne dus ;
»H1 . feutres de paleotdesus,
Sor l'un avoit i eovertor ,
Aine rois n'ot si boin ne mellor,
75 D'une grant porpre alixandrine.
Et si estoit fourés d'ermine.
Desous gisoit une pueele
Qui moult ert avenans et bele ,
Que de sa biauté m'esbabi ;
80 Rois, de mon eeval deseendi
Et ça fors à l'uis l'aresnai ;
Dedens le pavellon entrai
Ù ot bones erbes assés,
Dont ert joneiés et atornes ;
85 Apriès m'assis devant le lit
Íl eele giut dont vos ai dit ;

1 Cordes de soye et de fil d'or y eust pur les girons ou fiehes qui lors fiehès
furent en terre et les pentes ubatues ii eause de la ehalleur.... .. 1530.
— 262

Car jà nus hom de mère nés


Ne poroit dire ses biautés ,
Son eler vis, sa bièle façon,
16990 Sa bièle bouee , son menton ;
N'ot en li rien mesavenant ;
Tant le vie simple et avenant
Que plus que nule rien l'amai;
Saeiés que mon eief désarmai
95 Et fui tout issus del eorage
Que jou avoie à l'ermitage;
Lors regardai en son devant
Com ele se tint simplement ;
Onques ne le voe esvellier
17000 Tant le erémoie à travellier,
Et esgarder tant le voloie,
Que tout mon sens perdu avoie,
Et tant fui de s'amor soupris
Que n'en sai dire mon avis.
5 Et que vous iroie eontant ?
Por le baisier me mis avant ,
Si très doeement le baisai ,
Çou saeiés, e'ains ne l'esvellai
Fors tant que, sans les ex ovrir,
10 Dist : « Frère, laissiés-moi dormir.»
— Signor, à ee mot arriesta
Son eonte, que plus ne eonta
À ee mot mesire Gauwains ,
Et tendi vers le roi ses mains
15 Et dist : « Biaus sire , ear mangiés ,
Car moult seroie travelliés
à
Del eonte, se tout le disoie;
Et toute gent anuieroie ;
— 2С3 —

Çou saeiés-vous , biaus sire rois ,


1 7020 Que li eos eanteroit ançois
Que jou l'éusee tout eonté,
Et si saeiés de vérité
Que nous serommes tout mari
Ançois que nous partons de elii. »
2j Et li rois dist : « De parjurer,
Biaus niés, nos deveriés garder;
N'est pas li mos dis ne eontés
Por eoi vostre eief fu armés ;
Saeiés que jà ne mangerai
30 Desi adont que jel saurai,
Car voir je me parjuerroie
Se la vérité n'en savoie. »
Mesire Gauwains li respont ;
— «Sire, par tous les sains del mont,
3j Li eontes eontés vous sera ,
Mais je quie que maus en venra.
Devant le lit à la pueele
Qui tant fu avenans et bele ,
Fui grant pièee , e'aine ne m'en niui ;
40 De sa biauté tant soupris fui ,
Ne me poс tenir d'aeoler
Celi que tant pooie amer,
Et, si vos di eertainement,
Moult le baisoie doeement;
45 Et pour le baisier s'esvella
Les ex ouvri et si garda
Et dist : « Dex ! qui est-ee lés moi ?
Ce n'est pas mes frères , par foi. »
Par foi , sire, et jou li dis :
50 « Dame , mais çou est vostre amis. ■
— ш —

Elle sagement respondi


C'onques n'avoit eu ami
Et grant vilounie feroit
Qui d'amistié l'aparleroit;
i 7055 Autres biens li doive venir
Se Dex le voloit eonsentir.
Puis me dist : » Fuiés-vous de elii ,
Biaus sire , par vostre merei ;
Car jà seres tous detreneiés
(¡0 Se moult tos ne vos enfuiés.
Certes, li miudre ehevalier
Que on doive amer ne prisier,
Ce sont ambedui li mien frère,
Et li tiers est eertes mes pères ;
63 Ains miudres ehevaliers ne fa,
Si est eneor de grant vertu;
Moult ert maris, s'aura raison,
S'il vos trueve en son pavellon. •
Biaus sire, ensi me eongéoit
70 La riens que mes euers tant amoit ;
Moult me pria , moult m'a requis' ,
Tant qu'à la fin mon nom lidis,
Et , quant mon nom m oï nomer ,
Si dist : « J'ai bien oï parler
75 Mes frères d'un neveu le roi ;
Mais n'est pas si vilains , je eroi ,
Qu'il s'en alast tant que mi frère 1
Fuseent venu et li miens père ;
Car, s'il estoient repairié,
80 H l'aroient tost herbegié ;

1 Qu'il ne s'arest tant que mon père, ete. Mpl. — « Qu'il s'arrestast. » li>3o.
— 265 —

Car plains sont de toutes bontés. »


Sire, ne seroit bui eontés
Li eontes, qui tout le dirait.
Por li fui jou en tel eflroit 1
17085 Que sempres m'estut désarmer
Poreeli que tant poi amer;
Si m'alai eoueieren son lit
Et, por faire tout mon délit ,
Les ex li baisai et le vis
90 Qui fu blans eome flors de lis ,
Et puis sa bouee et puis sa faee ;
Ains ne me remue de la plaee
Ù jou me fui iluee assis;
Sire , si grant outrage fis
95 Qu'à foree le despueelai ,
Cains por son plorer nel laissai;
Ele faisoit i- duel si grant
C'onques à nule rien vivant
Tel vie ne vit nus mener ;
17100 Et jou quidai vis forsener,
Sire, d'angoisse et de dolor :
La rien que j'amoie d'amor
liant sovent pasmer véoie,
A poi que de duel ne moroie;
5 Ains ne le poс eonforter, sire,
Por rien que li péusee dire ;
Entre mes bras pasmée estoit.
Et, en eel duel k'ele menoit,
Vint » i » ehevaliers tos armés ,
10 Ains plusbiaus de lui ne fu nés ;

' En tel destroit. Mpl.


— 206 —

Et dist itant, ee saeiés-vous :


» Ma suer, ki est çaiens o vous ?
À estrange hom est ei eevaus ;
Trop a esté nobles vassaus 1
17115 De mon pavellon peçoier
Sor vous, moult m'en doit aunier.
Cele l'entent, en haut eria
Et dist : « lla Diex, ki m'oeira
Cel ehevalier ki m'a honie ?
20 Frère, ne vos eélerai mie ,
Jà mais ne me verés nul jor
Que au euer n'en aie dolor ;
N'a soussiel tière ne eontrée
U jou soie mains honerée.
25 Biaus doits frère, or est alés
Li biens ki m'estoit destinés ;
Hui départist la grant amor
De vous et de vostre serour. »
Et quant li ehevaliers l'oï,
30 De rien nule ne s'esjoï,
S'espée trait, del pavellon
Par ire trenea i giéron ,
Et luès erramment ens entra
Tout à eeval, si m'esgarda ;
35 Et jou fui lues si esmaris
C'onques neseue que je me lis.
Or si vos voloie proier »
Que il vous pléust à mangier ;

' Trop par est nutrageux vassal. Mpl. — Nobles est iei synonyme de fier,
insolent. Voir aussi au vers 1G177 t. п. p. 244.
s Mpl. ajoute iei :
Por ee qiie pe avoie tort,
^ Ere bonteas , ti m'en reçoit.
— 2С7 —

Que je ne vous os plus eonter ,


17140 Car » grant mal poroit torner. « —
Et li rois dist : • Por Dieu, eontés,
Le eonte et ne demores. »
« rtii*'1» dist mesire Gauwa¡ns,
l3 Li ehevaliers tint à il . mains
45 S'espée et vint moult fièrement,
Et dist moult orguellosement :
• Sire Diex, eoment oeeirai
Cest mauvais home? Car bien sai
Que, se jou l'oei désarmé,
b0 Tous jours me sera reprove. »
Et dist : t Mauvais hom envious,
Et qués menestreus estes-vous? 1 •
Sire, je li dis que j'estoie
Vostre niés et qu'à nom j'avoie
55 Gauwains, mais il ne eréi mie,
Ançois dist : « Jà jor de sa vie
Mesire Gauwains ne fera
Tel vilonie, ne dira ;
N'estes pas çou ; or vous en hé,
(ДО Del desdire aiés maudehé ! '
Estes-vous doneques ehevaliers 1
Certes nenil , mais pautonniers;
Car ki fait oevre de garçon 3,
S'est gars par droit et par raison ;

1 Qués menestriex estes-vous? Mpl. — 1530 traduit : « Quel malheureux


еi mesehanl estes-vous? » Le nom de menestrel avait eessé d'être employé
eomme une injure.
De sol itant qu'avez pensse
Aiez vous hore iniihlehi: î
s N'estes pas ehevaliers , ainçois estes garçon. (Henamtde Montauban).
— 268 —

17165 Vous avez fait pautonerie


Qui par foree avés ehi honie
Le plus bele ki ains fust ilес ,
Le mellor et la plus senée;
Se li avés tolu, pour voir,
70 L'onor k'ele devoit avoir ;
Ne le faites mie afiester,
Je vous irai le eief eoper ;
Mervelle est que tant estes vis
Que pièça ne vos ai hoeis. •
75 Biaus sire, à ee mot, s'eslaissa
Por moi férir, puis s'ariesta
Et dist : « Je vos loe tost armer.
1re me puet tant sorporter,
Oeeirai vous tot désarmé 1.
80 Par les sains Diu, e'estroit vilté. «
Par mon eief, sire, quant jel vi
Tant eoureeié et esmari ,
Si m'armai, ne li soe que dire ,
Par tous sains, puis alai, mesire,
85 Jusque devant la damosele
Et se li dis : « Amie bele ,
Vostre frères ne me eroit mie ,
Por rien nule que jou li die,
Que je soie li niés Artus ;
90 Sossiel n'a home qu'il aint plus ;
Et si vous di bien et otroi :
Autre signour n'aurés que moi ;
Se vous le volés otroier ,
Je sui tous près de fianeier.

! « Caryre, faiet-il, me pourrait transporter si fort que désarmé vous oe-


eiroye. » 1530.
— 261I —

í 7 1 91» Por Dieu, si priiés vo>tre frire


Qu'il atenge tant que vos père
Viengne ça, jou ferai vo gré
A plaisir et à volenté. »
« Sire , moult parlés sagement
17200 Et moult amesuréement. »
Et dist : « Mes dous frère, por Di ,
Sor toutes autres riens vos pri
Que me laissiés eangier ma vie ,
Car au monde sui je honie. »
î, Cil dist : t Douee suer, nou ferai;
Certes ains vous marierai
Rieement, jà ne remanra
Por rest mauvais qui jà morra. •
Biaus sire , eil me desprisoit,
10 Si m'ait Dex , et voir disoit ;
Nus ne poroit eonter et dire
1.a honte que il me dist , sire.
Et il m'en dist poi et assés
Tant que il en fu tos lassés;
15 Sa bièle suer li respondi :
« Biaus très dous frère, or est ensi ,
Se vous volés que jà mais jor
Doive avoir mari ne signor ,
Monsigneur Gauwain vos rekier ;
20 S'il est çou, nel puet il noier,
Que jou fesisee ains en ma vie
Ne mauvestié ne vilonie,
Si nel voel por autrui eannier ,
Car bien me poroie enpirier 1. »
Que trisse onques folie t'n autre me rrprnveroit
Ле
i4e mauvestir ne vilenie v mauvestié
Ma . . , si aurait droit.
A nul home fors sol ù lui Si nu voil por autre leissier. Mpl.
Dont ai eu hunteel anui :
— 270 —

1 722;> Maus do us sire, ensi me loa ;


Et li ehevaliers eseouta,
Et, saeiés bien, moult s'esmari ,
Dolans fu el si respondi :
.« Par loi , moult très tos est tornes
30 Corages de feme et mués.
Cou n'est pas mesire Gauwains ,
Jou l'oeirai jà à mes mains. »
Lors s'eslaissa , si me iéri
À poi que il ne m'abati ,
35 Et puis me dist : « Dans gars , montés ,
Se vous fuseiés or désarmés
À ee eop vos eusse hoeis. »
Biaus sire rois, oés que fis :
Au plus tos que poс, me montai ,
40 Se li dis forment et proiai,
Por Dieu, qu'il me laissast aler ;
Mais ne me vot ains eseoter ;
Ançois me dist : « Je vos deffi !
N'avés si mortel anemi
45 Com moi, se Dameldex me gart. »
Emmi la lande, à une part,
Fui; que vous poroie eonter?
A lui me eovintà jouster;
Une braeie me passa
50 De sa lanee que me froisça
Lés le eosté, si m'abati ;
Saeiés roidement me féri ;
Jou féri lui si durement
Qu'eneor en ai mon euer dolent;
55 En l'eseu et parmi le eors
Passai del anste une ausne fors ;
— 271 —

Plnine ma buee, l'emportai


Jus àtière del eeval bai,
Car ne poi mon eop atenir.
17260 Pesa moi quant le vi morir ;
Dont refu eomeneiés li diex
Si mortes et si angoisseus
Que la damoisele faisoit
Por son frère, si avoit droit ;
65 Et fu tant longement pasmée
Que sembloit qu'ele en fust alée.
Biaus sire, mon eief désarmai
Et d'aige son vis arosai :
Entre mes bras souvent le pris ;
70 Pour i petit que ne m'oeis ;
Si m'aït Dex, ne le guerpisse
Por tout l'or que onques véisse;
S'avoie paor d'estre hoeis,
Ne quidoie pas durer vis
75 Que ne fusee lues detreneiés
A espées, içou saeiés.
e demora pas longement,
Par selone le mien ensient,
C'uns ehevaliers armés revint ;
80 Un gonfanon en sa main tint ,
En une grosse lanee estoil ;
Mais à mervelle se plaingnoit,
S'avoit nom Mêlians de Lis :
< Ha ! biaus dous fils, biaus dos amis,
85 Par tous sains , eil ki vos a mort
M'a douné dolereus eonfort;
Ne jà plus vivre ne pourroie
Fors tant que vengiés en seroie. »
— 272 —

Ains sor le eors ne s'ariesta ,


17290 Ains vint avant, si m'araisna
Et si dist : « Vassal , mort avés
Mon fil et puis ehi demores ,
Et ma tente m'avés brisie;
Ma fille qui tant est prisie
95 Ne sai s'avés despueelée,
Mais moult m'est griés eeste asamblée ;
Certes moult bae vostre soulas
Dont vous le tenez en vos bras. »
Ia demoiselle s'esperi
J Maintenant, quant son père oï ,
Se li a l'affaire eonté
Tout ensi eom il a alé ;
Quant eil l'ot, à poi n'en marist,
Et savés que li prodoms fist :
5 Tout à foree , voeisee u non ,
Me fist armer en i. randon ;
Et jou maintes fois li offri,
Mais eertes ains ne m'en oï,
Que Gauvains vostre niés estoie
10 Et sa fille à femme prendroie ;
Saeiés que pas ne l'otria ,
Tout mainteant me deffia ;
Et que vous iroie eontant
Ne le eonte plus aslongant ?
15 Autretant eom je fis del frère ,
Si m'ait Dex , fis jou del père,
Ensi l'oeis , ee fu péeies,
Toutans mais en serai iriés ;
Biau sire , ensi n'amenda mie
20 Li dious à ma très doee amie,
— 27." —

Pasmee fu san* revenir ,


Ne onques ne le voe guerpir,
Car plus l'amoie que mon euer ;
Ne me peue tenir à nul fuer
17325 De plorer quant il m'en souvient ;
l'ne si grans dolors me vient
Endroit mon euer, ki m'oeira.
Sire, ne vos mentirai jà ,
Le eonte ne voel aslongier ;
30 Mais, sour . i grandisme destrier ,
Vint l ehevaliers tous armés,
Fors et grans et desmesures ;
Si très dolerous dol faisoil ,
Certes, k'à mervelle m'estoit ,
35 Et si fort regretoit son père
Qu'il ot trové mort et son frère :
« 1eis dious me traira à fin,
Sire Dièx, fait-il; fer matin,
Les laissai jou laiens tos sains.
40 Las! que ne m'oei à mes mains
Quant je les ai ei mors trovés?
Biaus siee Diex , ù est alés
Cil ki eest damage m'a fait? •
A ees paroles, le eors lait
45 Et dist : « Jà mais joie n'arai
Desi que vengiés en serai. »
Sire, jou m'estoie apoiés
À 1 lit , moult estoiegriés;
Sor mesgenous, i. orellier,
50 Celi ki tant fait à prosier,
Tenoie entre mes bras pasmée,
Si sambloit qu'ele fust finée.
T. H 18.
— 274 —

Rois, li ehevaliers vint avant,


1riés et plains de mautalant
17355 Et me dist : « Biaus sire, por Dé,
Ne me doit pas estreeélé
Oui eest grant damage m'a fail;
Onques nus hom ne vit plus lait'.
Cele k i est en vo devant
60 Rest , je quit , morte ensemant ;
Dites com les avés trovés
Et eom ei iestes arriestés ;
Se vous savés qui les a mors,
Dites-le moi , si m'iert eonlbrs
65 Et Dex vos en sara bon gré
Quant le voir m'en arés eonté. »
Biaus sire rois , quant çou oï ,
A poi li euers ne me parti ,
Et me prist au euer tel tenror
70 Que pasmés eaï de dolour;
Onques puis ne fu en ma vie
Pasmés, nel vous eélerai mie.
Li ehevaliers, quant m'esgarda ,
Estrangement s'esmervella
75 Et, quant reving depasmison,
Erramment me mist à raison
Et me demanda ki g'estoie
Qui si grant dolor démenoie ;
Et, par foi, sire, je li dis
80 Que g'ere li plus fors anemis
Qu'il éust en erestienté ,
Car j'avoie mort, par vreté,

Ai'nz mes nus n'en reçut si let. Mpl.


— 275 —

Cou séust-il por voir, son frère


À mes il . mains et puis son pi re.
i 7385 Et eil dist : « Sire Diex, eoment ?
Vos aves fait grant hardement
De remanoir après lor mort ;
Mais vos estes en vostre tort ;
Mais, si m'aït Dex, ne eroi mie
90 Que fait éussiés tel folie ;
Mais dites-moi quis a hoeis. •
Par foi, sire, et jou li dis
La vérité eoment ala.
Et li ehevaliers eseouta
95 Et, quant il ot le voir oï ,
De rien nule ne s'esjoï.
Sire, gaires ne demora
Que sa suer à lui reparla ;
Se li eonta la vérité.
17400 Que le voir avoie eonté.
Sire, apriès , li eriai merei
Et c. homages li offri,
Et с. moines et c. nonnains,
Sire, à ensaueier de mes mains,
5 C. eonverses, tout en .i» jor.
Apriès, li dis que sa serour
A fame, s'il voloit, prendroie,
Tout ensi eovent li tenroie.
Sire, il respondi sagement
10 Et moult amesuréement
Et dist : « Je sui venus derniers;
Certes, se fusee li premiers
Venus avant, el liu mon frère,
Eneor ne fust pas mors, mes père
— 27t¡ —

1 7.41 Ti Ne fust pas mors en tel manière ;


Je vous di, suer, amie ehière,
Mon père et mon frère avés mort
Par tous sains, à droit ne à tort,
Nul aeordement n'en feroie;
20 Car tous tans mais bonis seroie.
Mius voel ensamble o aus morir
К'en eest mont à honte languir. •
Atant me eomanda armer
Et ilist : « Ne vos puis esgarder ,
25 Cou saeiés , ançois vous deffi. «
Rois , de fine vreté vos di
Que jou m'armai sans demorer;
Ains , nul jor, ne peue tant doter
Un ehevalier, je vos afli;
30 Car sage et preudome le vi ;
Et il se mist, se Dex me gart ,
Emmi la voie à une part,
Et jou fui ensus eslongiés ,
Dolans et pensis et iriés ,
35 Et si méumes por jouster;
Au quel que il déust eoster ,
Des eors et des eevaus jostasmes
Si que à tière nos portasmes ;
Les mains mesimes à espées ,
40 Si nos donasnes grans eolées
Sor les elmes , sans espargnier ,
Si qu'il les eovint dépeeier ;
À grant mervelle nos lassames
Si que nos eseus dépeçames \

Ces t derniers vers manquent dans Mpl.


— 277 —

17445 Certes, sire, plus me greva


Que jou lui , n'en mentirui jà;
No elme furent dépeeié;
Et no eseu tout détreneié ;
Li sans nos eouloit par le vis.
50 Certes, jou avoie le pis,
Quant d'un engien me porpensai
Que orendroit vos eonterai ,
Car jou li demandai son nom ;
1l me dist à franee raison
55 Et dist : « Mes noms vos ert jà dis ,
Saeiés e'ai à nom Brandalis 1 ;
Morre de Lis ot nom mes frères
Et Mélians de Lis mes pères ;
Ce jor, quant vous m'arés oeis,
00 S'arés les » ш . mellors ronquis
Que on séust en nule terre ;
Mais ne vos faut eneore guerre ;
Se Dex me voet i poi aidier ,
Jou lesporai moult bien vengier;
65 Tant somes mat , las et sanglant ,
Neduerra pas longement
La bataille , cou saeiés vos ;
L'un eovient morir de nos dons. »
Et jou, biaus sire , respondi :
70 « Por Dieu, ne faisons pas ensi,
Car, se vos m'aviés vaineu,
11 seroit à niens séu *;

i Ydier Hramlelis. 1ГЙП.


» A ainiui eréa. Mpl.
— 278 —

Fors est à erère en eeste terre


Que nus hom me péust eonquerre ' ;
i 7475 Ore si fust mius avenant
Que nous fussiens devant tel gent
Qui bien péuseent garandir
Qui mius aroit au départir;
A demain, en vostre maison,
80 De la bataille vous en son,
U en la eort le roi Artu. »
Que vous en diroie-je plus ?
Mais il me dist qu'il le prendroit
Par l . eovent que il diroit;
85 Li eovenant furent parlet
Que, s'il me trovoit désarmet
El premier liu ù me veroit ,
Ensi eom il me troveroit
Désarmés, me eombateroie
90 U tout ensi eom jou seroie.
Jou li plévi et il à moi.
Par tele foi eom je vos doi
Qui estes mes onele et mesire,
De fine vreté vos puis dire
95 C'ains puis de lui n'oï parler
En liu où jou péusee aler.
Nostre batalle départi
Par tel engien eom je vos di ,
S'au eombatre là atissoie,
17500 Mais, eou saeiés, trop en avoie *.

1 « A prand peine en serez eréu; fort est à eroire en ceste terre qu'unp
homme seul matter me puist. » 1530.
* Ces deux vers manquent dans Mpl.
— 279 —

Par ees paroles eseapai ;


Âins puis eu nul liu nel trovai.
Sire , quant au mander m'assis ,
Dont levai tristres et pensis ,
17j05 Saeiés volentiers m'aaisasse
Se péussse rt jou osaehe ;
Mais savés que m'est avenu :
ltele manière d'eseu
K'avoit mesire Brandelis
10 Au jour que la mellée fis
Vi en la eambre là devant
A une kieville pendant,
Et si i vi son gonfanon
Et les elaus qui sont environ 1 .
1:, Par foi, sire, ce m'est avis
Que il repaire en eest païs.
Quant jou vi laiens son eseu,
Car il est de moult grant vert u ,
Si en fui maris ri ires ;
20 Por çou sui del mangier levés ,
Que paour ai d'iestre grevés
U empiries ; or le savés ,
Jou le doue moult plus que ne di ;
Aine si boin ehevalier ne vi.
25 tlomiiи'iil îîouv:tin
iiepveu du roy Arthns,
aprс* qu'il éiist eompté
Si ne me devés plus enquerre. l;v verité à son onele,
luy priu que tost ilz
Certes, por tote eeste terre , ih'p;ielissent pe ee lieu

* • Y puis bien voir un mini gnnfanon pendant au tronron d'ugne lain:


que je rompis en eest eseu. » 1530.
— 280 —

pour la lennnete qu'il Ne vorroie désarmés estre ;


avoit que BrandelU ne -, . . .
le trouvai en eelle ,7tw0 Mius me vemst que fusse an estre.
plaee où iiz estoient ; Biausdous sire, por çou vos pri
ee que le roy ne vout- „ . ,. .
lui aeeepter; de quoy °-ue ,le n0s remuons de ehl «J
grand mal îuyeneuyda Car, qui que il déust grever,
venir. 1Ы50. .
Le mangier poroie aeater. » —
35 Adont si li a dit li rois :
« Or vos alés séir au dois,
Tout aséur, j'à n'avenra
Li ehevaliers, ne doutés jà. »
Mesire Gauvains respont : t Sire ,
40 Por rien quo me péussiés dire,
Si m'aït Diex, ne mangeroie. •
« Por droit nient vos prieroie,
Tait li rois, k'en nule manière
Ne feriés rien por ma proière. * •
45 Lors mangièrent eomunalment
Li ehevalier et vistement.
Ne demora e'un petitet ,
Estes lor venu i braket 3
Qui par Puis d'une eambre issi
50 Et vint devant le roi issi,
Qui i grant loien traïnot
Et »i» boin eoletd'or fin ol
U avoit mainte bone pière ,
Vermelle et vert eom fuele d'ière.
55 Li brakés fu blans eome nois
Et plus que n'est nus eignes frois ;
1 Que nos nos remuons de ei Mpl. — Celle version semille préférable. —
u Et pour ee, sire , je vous prie que lost mengez etd'iey nous partons. » 1530.
* « Abus est done de vous en plus prier, dist le Дoу , ear vostre opinion est
raisonnable attendu que fort l'avez offensé; pour ee, tenez vous sur vos gardes.»
1530.
* « Braehel , e'est â dire ung petit braque ou ehien . » 1530.
— 281 —

Monlt estoit de bièle fae!ion ;


Si l'esgardoient li baron
Et mout le eovoite li rois ;
17à60 Li brakés les nbaie au dois ,
Pas n**s eonissoit , je vos di ;
Kex li senesebuus le eoisi
Et dist : « Sire, jou reteuroie
Ce bruket et si l'enmenroie ;
65 Saurois berser à eompagnon
Se vous m'en doniés le don. »
Et li rois dist : • Dont le prendés,
Seneseaus , si l'en amenés. »
Atant li brakes s'en retorne,
70 Et mesire Kex ne séjourne,
Ains vail après, sel quide prendre,
C'à son signor le voloit rendre;
Et si s'en entre en une eambre
, Qui lambruisie estoit de l'ambre 1;
75 Et li loiens qui moult fu lons
Hurtoit Kex soventas tulons,
Qui moult l'amast à retenir;
Mais ne pot à lui avenir;
Se il l'éust , moult l'éust eier,
80 N'ains ne pot le loien saeier*;
Car ensi l'éust retenu.
De çou li est mal avenu :
De eambre en eambre s'en ala
Et tant que v . en trespassa ,
85 Puis est entrés en . i • jardins
Tous plains d'oliviers et de pins
Me.s li ltniehez mi vost aU'Utlre,
Wnr. s'en fuil parmi une ehambre, ete M|d
Sur le lien ne puet marehier. Mpl.
— 282 —

Ù avoit plus gent ajousté


Qu'il n'avoit en une ehité.
Cele gent grant joie faisoient
17590 De plusours gius se déduisoient ;
Ei ki les vorroit aeonter ,
Anuis seroit dou deviser ;
Feste orent eel jor eélébrée
D'un saint ki fu en la eontrée.
Comment Keux lese- ^J Desous l'ombre d'un olivier
nesehal du roy Artus, Qui £u droit emmi le vergier ,
après qu'il fust entré
au j a ri 1 i ii où estaient Se désarmoit uns ehevaliers ,
lous lesehevalliers, fust Grans et hardis et fors et fier» ;
prins et mené a Bran-
delis qui estoit le sei- Cil ki tant le porent amer
gneur du enastea,,, Estoient à son désarmer;
auquel il dist que le
roy Artbus et Gauvain Et li brakés ke Kex eaea
estoientdedensla grand Onques jusqu'à lui ne lina ,
salle du dit seigneur
assisàtable pour pren- Entre ses jambes s'enfuï ,
drcleurréfeelion. 1530. Celui abaie kel sivi.
5 Kex s'ariesta, moult esfréis,
Et pour la gent est esmaris ;
Arrière s'en voloit torner ,
N'ot là eure de demorer.
Li ehevaliers son eief leva
10 Et dist : « Segnor, entre nous a
Estrange home, qués que il soit.
Viers la eambre garde, si voit
Kex ki s'en aloit vistemant:
« Vés-le là , fait-il à sa gent;
1э Alés tos, si le m'amenés ,
Et dou retenir vous penés. »

A ses gens dist : Entendez çà. Mpl.


— 283 —

Et il i >si ront vistement,


Si li amuinent en présent.
¥ ¡ ehevaliers, quant il le vit,

t Amis, bien soiés vous venus


Come mes amis et mes drus !
Г est vostre sires li rois ? »
« Sire, laiens est à eel dois
25 Et n'a mie eneore mangié;
О lui maint ehevalier prosié. *
« Et i est mesire t¡auwains?
Moult en vorroie estre eertains. »
Et Kex li senesehaus respont :
30 < Li miudres ehevaliers del mont
Est o le roi , se Dex me «art ;
1l n'iroit sans lui nule part. •
Et, quant il oï la parole,
S'a tel joie , à poi qu'il ne vole;
35 1ssi armés eom il estoit ,
Est salis en estant tot droit,
Que pour la joie que il a
Ains désarmer ne se laissa
Fors de eou qu'il avoit osté ;
40 D'un mantiel l'omit afuble
Mais , pour rien e'on dire li suee,
Ne vot metre à son eol ataee;
Tant s'esjoïst et tant fu liés;
Et saeiés bien , l'un de ses piés
45 Une eauee de fier avoit
Qui jusqu'as piés li traïnoit ,
Et il oster nel laissa mie
Que drslaeie estoit demie.
— 284 —

Vers le sale keurt à esploil ,


17650 Et sa maisnie, quant le voit ,
Keurt apriès lui grant aléure ,
Car véie voelenl l'aventure.
Et il entre délivrement
En la sale et od lui sa gent;
55 À grant mervelle s'esmari
Li rois, quant tant de gens eoisi ;
Li ehevaliers ala avant
Qui voloit avoir son eomant ,
Le roi gentement salua
60 Et à ses homes eomanda
Moult de eierges à alumer;
Nuis estoit, ne faisoit pas eler;
Et autres mes refait venir,
Et on fait tout à son plaisir ;
65 Moult bien fu servis eome rois
Artus li preus et li eortois.
I i ehevaliers fu moult joious ,
i À Au roi a dit : t Sire, de vous
M'a Damledex fait grant onor;
70 Onques mais ne vos vi nul jor ;
Si en sui moult joians et liés
Quant çaiens estes herbegiés,
Salué vos ai bonement ,
Sans point de mal entendement,
7;i Et toute eeste eompagnie ,
Fors » i. , mais je ne le voi mie. •
À iees paroles , entrèrent
Cil ki les eierges aportèrent
Et les eandoiles en la sale
«S0 Qui devant fu oseure et pale ,
— 285 —

Et ore est plus bele el plus elère ;


La maisnie ki laiens ère
Sout venu le roi esgarder,
Dont moult orent oï parler,
1 7685 Et font tel presse à lui véoir
Que il n'avoient à séoir,
Et n'i paroil se testes non ,
Par tout le palais environ.
Li ehevaliers en fu maris;
!l0 1- baston réont de garis 1 ,
Court et pesant, tint en sa main ;
Duel ot de monsigneur tîauvain
Que pas n'ot eneore véu,
Car il ne savoit ù il fu.
95 Si durement l'ont eseaufé
Que plus est iriés d'un maule ;
Adont eommença à lérir
Sa maisnie por départir ;
Sor les dois, sor les fenestraus,
i 7700 Sor aléoirs et sour muraus ,
Les fist tous à foree monter,
C'ains de laiens nes pol jeter;
Et, quant mesire Gauwain vit,
Que la presse se départit,
5 Délivrement , sans atargier ,
S'en est montés sor son destrier.
Adont le vit premièrement
Li ehevaliers, ki durement
En fu iriés quant désarmé
10 Ne l'avoit véu ne trové ;
* Un baston eornu de jarriz. Mpl. Garrtes, ehêne ; jarion, branehe de ehêne.
(Roquefort).
— 286 —

De l'ire qu'il ot s'enbronça


Et son baston qu'il ot giéta ,
Et, quant il ot i. poi pensé,
Si a amont son eief levé,
17715 Puis vait à monsigneur Gauvain
Et si le saisi par le fraio
Et ilist : « Biaus sire, or m'eseotés
Le eonvenant k'à moi avés
Tenrés-me vos? itant me dites.
20 Poise moi qu'en estes si quites;
Car ne vos ai mie trouvé ,
Si eom vosisee, désarmé ;
Jou voeisee bien estre hoeis,
Mais que vous en fussiés eonquis;
25 Bien sai que je vos oeesisse
Adont, se plus me eombatisse;
Or duerra trop longement
La batalle, mien ensient ».
Mesire Gauwain li otroie
La batalle, et puis envoie
Li ehevaliers pour des eandoiles ,
Car jà luisoient les estoiles;
S'en i a faitassés venir
Et si les balla à tenir
35 A ses gens, por le miusvéoir,
Et puis s'est alés asséoir
Ens emmi la sale tout droit
Sour . i. tapi ki boins estoit;
Et moult tost aporté li a
40 Uns varlés qui il le pria
Tout içou qu'il avoit mestier
A bien armer i . ehevalier.
— 2S7 —

Cil ki désire la batalle


Plus que rien , sans nesune falle ,
17745 D'une eauee de fer s'arma ,
La desea ueie reeaueha ,
Si qu'il fu à sa volentê;
1 gant d'or fin a demandé ,
1l méismes, quant lui plaisoit,
50 Entor son brae le keust estroit;
Et, si tost eon lesa eousus,
Devant le roi en est venus
Et dist : • Mangiés hastivement,
Rois, ne soiés si mornement; Comment Rrandelis
est armez et dist que il
55 Vés eom je sni et fors et fiers se veut eombatre.
Et hardis et fors et légers; lei eombattent Gau-
vain et Braшlelis. R. et
Votre niés est de l'autre part D.
Autresi sains, se Dex me gart ;
Si eonvenra l'un à morir
i¡0 Ains que puissiemes départir.
Si ne sai s'il vos a eontée
L'aventure eom est alée ,
Mais fort fust à eroire hui matin
Que li uns si tost presist fin. »
65 Au roi en larmient li oel ;
Et eil li a dit par orguel :
« Certes, rois, ne vos pris pas tant
Come jou faisoie devant1;
Duel faites , ne saves poreoi ;
70 De lasque euer estes, par foi ! »

1 Après quelques variantes aux premiers vers de re diseours, Mpl. ajoute :


Por toi les sainz que l'en deprie , Ainz de mes eulz tel hom ne vi
Vous resenblez le ehien qui erie Oui plorast, je ne sei porqimi ;
Ainçois qu'il ait le eop seiili : lie lasehe euer vous vient . par foi. ,»
- 288 —

Ne vos en voel plus aeon 1er ,


Li ehevaliers s'ala armer,
De toutes armes bien s'arma
Et , quant lu armés, si monta ;
17775 De c. lanees fist aportar
Le mellor e'on i pot trover,
Puis pent à son eol son eseu
Par la guige qui d'orfroit fu ;
Sor les fors estriers s'apoia ,
80 Monsigneur Gauwain apiéla
El lui dist : « J'ai la signourie
De çaiens , par aneisserie ;
Por eou n'i ferai nul otrage,
N'i voel avoir point d'avantage;
85 Ançois vous di et vos semon
Que vous prendes de la maison
De eele part que vous volés,
Por garder eoment vos ferés. »
Mesire Gauwains l'eseouta ,
90 Bien fist k'ains ne se remua 1 ;
À ees paroles, s'eslongièrent,
Par moult grant ire se requièrent ,
C'ausi eom eonte l'aventure,
Ens en la plus grant aléure
95 Qu'il puéent avoir des eevaus,
Fiert li uns l'autre des vassaus
Si durement sor les eseus
Qu'il les ont quassés et fendus;
Comment mesire Gau- j¡ |ier trençant parmi pasèrent ,
vains et Rrandelis se " ,
eomi.aient.tteomn.ent 17800 De sor les haubers saresterent,

i Fors tant e'un petit s'eloigna. Mpl.


— 289 —

Les lanees ploient et areoient; la suer BranJelis met


rntr'eus .il' l'enfant
Au retraire parmi péçoient, qu*ele«тoit eu de Gau-
Des eors et des ehevaus heurtèrent vain. 1 2577.
Si que à poi ne se tuèrent ,
17805 À la tière s'entr'abatirent
Et li eheval sor aus eaïrent;
Et li vassal délivrement
Resalent sus el pavement ,
Si metent les mains as espées,
10 Si s'entredonent grans eolées ;
Ains ne fu si dure mellée
De il . ehevaliers renommée;
Tous lor eseus se déeopèrent
Et les hiaumes esquartelèrent ,
15 Grans assaus font sans traire arières ;
Tout droit à l'eneontre des eières,
Se gètent felons eols mortaus ;
Tant fu li uns l'autre grevaus
Que onques ne vorent laissier,
20 Cou saeiés , lor assaut premier ;
Le vis ot l'uns l'autres sanglant,
Li eaus lorgriève duremant,
Ses fist foree et lasse suer
Pour lor alaines reeovrer;
25 Saeiés , ne vos mentirai mie,
Moult estoil laide et resougnie
La batalle pour eus grever.
Li rois ne les puet esgarder,
Ains mais n'avoit éu , nul jor ,
30j De son neveu paor gregnor.
Al entrer de la eambre avoit
»Г dois ki jusqu'à lui venoit;
T. lt. to.
— 290 —

Ne demora que »i» petit


Que eel huis moult tost ovrir vit;
i 7835 Une damoisele issi fors ,
Bien faite de vis et de eors ,
PTot plus bele en erestienté;
D'un riee bliaut d'or broudé
Fu ses eors rieement vestus ,
40 Qui bien fu tall iés et eousus;
La damoisele fu moult grans ,
Et si n'ot pas eneor xx » ans ;
Ains si bele riens ne fu née;
Si vos di en vreté provee
45 Que tout eil ki ilucc le virent
De sa biauté tout s'esjoïrent.
Sour le eief del dois s'apuia,
Les il ehevaliers remira
Si eom il se voelent oeirre ;
50 Orgious et mautalent et ire
Lor faisoient lor mors haster;
Ne péuseent longes durer,
Car lor eseu sont détreneié
Et lor elme tout defroissié ;
55 Parmi les eières lor eoloit
Li sans vermaus qui deseendoit
Jusques desor le pavement ;
N'ala pas li gius ingaument,
Car mesire Gauwains li prous 1
60 Ot les las de son elme rous,
1ssi qu'el ehief n'en avoit mie
Fors la eoife de fer blaneie;

Quar mesire Gauvains ul touz


Les laz de son hianme derouz. Mpl.
— 291 —

Et saeiés bien qu'il desfendoil


Son eief au mius que il pooit ;
i 7865 Del eseu eou qu'il puet se euevre,
Сar tous e>toit apris de l'oevre 1 ;
Et ses anemis le requiert
Et menu et souvent le fiert;
Mesire Gauwains se traioit
70 Plus priès de lui que il pooit*.
Lors les véissiés estaiier ,
Bouter et férir et saeier;
O les eseus s'entrehurtoient ,
Angoisseusement se batoient,
75 Liques péust l'antre ruser;
Moult fort les véissiés eapler ,
Car fort estoient et erual;
Auques fu li gius parinsal
Se mesire Gauwains éust
80 Son elme ensi eome il déust.
<2net rome Öranbflie et tombât л moneigntur
ttDauœam Ir nies 3rtur.

« Come eil qui bien sol de l'uevre. M pl.


* Mpl. explique pourquoi Gauvain se tennit près de son adversaire :
— 292 —

i 7885 Mais premiers l'ataint en l'eseu ;


S'il l'euist à plain eonséu ,
Bien vos di sans nesune falle
Que lues fust fins de la batalle;
Le ventalle li abatit
90 Et en après se li a dit :
« Tenés iee eop por mon frère ;
. 1 . autre en arés por mon père,
Se Diu plaist , ki sera mortaus. »
Jusqu'as piés eoroit li ruissiaus
95 Del sane de monsigneur Gauwain ,
Et tenoit s'espée en sa main;
Mais li sans grant mal li faisoit ,
Qui eontreval son vis eaoit.
Mesire Gauwains se quida
17900 Traire arrière ; lors se hasta
Li ehevaliers moult durement,
Et mesire Gauwains li rent
Dur estor , mais moult fu grevés ,
U voele u non, rest aüsés *.
5 A tant eouru la damoisele
Д. Que je vous di, qui tant est bele,
En ses eambres moult vistement ;
Ne se targa pas longement
Que elle aporta i . enfant,
10 Sour le dois le mist en estant;
D'une vert porpre avoit bliaut,
Fouret d'ermine por le eaut ,
Si fu talliés à sa mesure;
Onques plus bièle eréature

1 0u voille ou non, est réusé. Mpl. — « Fort navré. » 1530.


17915 De son grant ne fu esgardée ;
La eière avoit asprète et lée
Les iols vairs et elers et rians ;
Saeiés moult estoit biaus et grans
De l'éage que il avoit
20 . V » ans aeomplis et tout droit ;
Trop par est rieement vestus,
Bien paroit qu'il est eier tenus.
S'estoit là ù se eombatoient
Qui à lor pooir entendoient
25 De lor eors grever et oeirre ;
Tout eil orent pitié et ire
C'au eombatre les esgardoient;
Grans eols morteus s'entredonoient
Brandelis adont misa
30 Monsigneur Gauwain et greva
Si fort que en nule manière
Ne pooit eskiver sa eière ;
De lui grever pas ne se faint,
Moult le hurte, boute et empaint ;
35 Onques nus eols de ehevalier,
Del daerrain jusqu'al premier,
Ne li fist mes si grant paour;
S'en ot li rois moult grant dolor.
Adont prist la dame l'enfant
40 Qui sour le dois fu en estant,
Se li a dit : < Biaus sire fils ,
Vés la monsignor Brandelis,
C'est vostre oneles , je su ¡ sa suer;
Certes moult ai anui au euer

La rbière avoit el longue el lée. Mpl


— 294 —

i 7945 Qu'il oeira jA vostre père.


Je vous pri , ki sui vostre mere ,
Laissiés vous eaïr à ses piés,
Biaus dous fias, et si li baisiés
Et , pour Dieu, li querés la vie
50 Vostre père , qu'il ne l'oeie. »
Atant à la tière se met
L'enfes , et de son braeelet
Parmi les gambes embraça 1
Son onele et les piés li baisa.
55 ¥l dist : « Oneles, ee dist ma mère
1 Que vous n'oeiés pas mon père 1
Li enfes içou li disoit
Et les piés moult fort li baisoit
Si que grant pitié en avoient
60 Trestuit eil ki l'enfant véoient.
Lors dist mesire Brandelis
Que vilains, mais il ert maris;
L'enfant fil à putain elama,
Arrière le trait et tira
65 Son piet à lui , par grant aïr 3
Si que l'enfant a fait kaïr
Sour sa eiére moult durement;
Sor les pières dou pavement,
Sa bouehe et son nez eseorça
70 Si que moult durement sanna ;

1 A la desire jambe pris a. Mpl.


* Mpl. qui donne dix ans à l'enfant, lui fait ajouter:
Biaus douz onele, par Dieu amor , Sire, se vous l'oeiiez. »
Que ele moroit de doulor ,
s Mpl. fait parler Brandelis, mais non moins durement :
« Fui-toi de ei, ЛИ à putain ! »
Son pié li tret fors de la main
L'enfnnroiniet, de tel air...
295 —

Plus d'une liue giut pasmes1.


Del dois est erramment levés Comment li rois Ar
tus plora quant il vit
Li rois et si a l'enfant pris , l'enfant que Brandelis
Si li essue et bouehe et vis, féri. lÍ.Í3.
**ri. 1453.
17975 Puis l'a baisié plus de с fois;
Mais au euer estoit si destrois
Qu'il ne se tenist de plorer
Por tot l'ore'on péust nombrer;
Sa bouee et ses iols li baisa ,
80 Onques puis l'enfant ne laisa ,
Forment l'amoit de grant amor,
Tant quidoit avoir de retor
Et solas de segneur Gauwain ,
Vl quidoit jà mais avoir sain ;
85 Lors a dist : « Sire Brandelis, r, c™1t ' T'."" '
«ilz de üauvain et nep-
Moult est biaus eis enfes pet is, veu de Brandelis , fut
envoyé p;ie sa mere
Onques mais si grant vilonie entre teadiett deux ehe
Ne fesistes en vostre vie valliers pour y mettre
paix, ee qu'il ne peust,
De si très biel enfant tuer; muisfustpiieledit Bran
90 Jà ne li déussiés véer delis son onele rebouté
et laidinigr, dont le roi
Çou qu'il vos avoit demandé ; Aribn> rl Unis ses ba
Vilains fustes , foi que doi Dé. rons furent fort des-
plaisans. l.'ÍM.
Ne voel por rien que il soit mors ,
Car e'est ma joie et mes eonfers. »
95 « Dites-moi , fait-il , sire rois ,
Vous n'estes mie si eortois
Que j'ai oï toustans eonter ;
Que rois ne doit mie plorer-
Quant por »i. tout seul ehevalier,
18000 Faites tel duel, nel quier noier ,

1 El jiut à la terre paumez. Mpl.


— 296 —

Ploret avés et duel mené,


Foible euer avés , par eel Dé
Qui jou pri qu'il me laist oeire
Celui dont vos avés grant ire. »
18805 Que que li ehevaliers parla ,
Et mesire Gauwains osta
Le sane k'estoit devant sa eière
Quel destorboit de grant manière;
En çou qu'il pot, se reposa,
10 Saeiés que la plaie estança.
¥ i rois qui moult sages estoit
ÏJ Contoit au plus que il pooit
Por son neveu plus rafresehir.
Hardement et foree et aïr
15 Doubla à monsigneur Gauwain ;
Son euer senti délivre et sain
Quant le roi et sa mie voit
Et la gent ki si l'esgardoit ,
S'ot honte, ains n'ot nul jor greignor;
20 Adont requiert par tel vigor
Le ehevalier et assalli ,
Et saeiés que eil l'atendi ,
Puis li dist : < Grant onor avés
En çou que vous me requeres. »
25 Adont véissiés départir
Grans eols , par foree et par aïr ;
Bras â bras moult fort se tenoient ,
Si que por poi ne trébuçoient.

1 Mpl. traduit par 1530, raeonte iei que la foree de Gauvain renaissait
après minuit jusqu'à midi :
Tous leus lele eostume avoit lCl lors jusqu'al jor li doubloit
Que, quant la mienuit passoit, * Et tnutensi trèsqu'a midi
El sa foree lors li doublnit Li redoubloit, je le vos di...
— 297 —

Mesire Brandelis geta


18030 . 1 eoup moult grant , et bien quida
Haut parmi la teste férir,
Et eil qui bien se sot eovrir
Eneontre geta son eseu ,
Et eil i a si bien féru
35 Que très parmi le trenee et fent ;
Entresque sour le pavement ,
Glaça li eols moult durement ;
Et, en tant eom il se reprent,
Fu mesire Gauwains si près ,
40 Del elme li trença les très
Que trestous jus les envoia ,
Et emmi la sale vola
L'iaumes, et li eies remest nus.
Ains qu'il s'en fust apereéus,
45 Le féri il , sans nule fale ,
Grant eop deseure la ventalle,
Qu'il l'agenella erramment;
Adont furent il ingaument.
L'uns se haste de l'autre oeire ,
50 Ne puet on le mellor eslire ,
Car li uns kcurt à l'autre seure.
Etvéissiés en moult poi d'eure
Chevaliers et dames sainier ;
Cou puet as plusors anuier ;
55 K'estrange pitié en avoient
Trestout'eil ki les esgardoient ,
( Et volontiers les départissent
[ S'il osassent et s'il peuissent ,
AJonques véissiés aidier
60 Si bien le gentil ehevalier
— 298 —

Qui avo'it ofers maintes fois


Bienfais et aumosnes et drois.
Tout le fort eseu détrença
Son anemi, que il troua ;
18065 Sans nesune falle vos di
Que il maintes fois le féri ;
1l le vait durement harter
Si qu'il le fait tout ehaneeler
À foree de eors et d'eseu
70 Si qua poi ne l'a abatu ;
Lors fiert et fiert , si l'a basté
Que sour .t. dois l'a aseoste.
La damoisele. quant ee voit,
A l'enfant que li rois tenoit
75 Va, si li a des puins toin,
Et keurt à foree et à vertu ,
En la batalle s'est fieie
A poi que ne l'ont detreneie,
Et dist : « Fius , proiés vostre père
80 Qu'il ait merei de vostre mère
Et qye, por Dieu, qu'il ne m'oeie
Mon frère, plus l'aim de ma vie. »
Li enfes ains mot ne sona ,
Vers les espées esgarda;
85 Quant vit reluire la elarté ,
Lors rit; tout eil en ont pité
Qui l'avoient véu sanglant,
Et or si rit si durement.
Dont se trait arrière premiers
00 Mesire Gauwains volentiers ;
Et eil , trestous issi grevés,
Li keurt seure, eome bom irés,
— 2lI1J —

Si que por poi ne le bleça


Por ee que pas ne s'en garda
18005 Cele fois mesire Gauwains.
Et eele reeiut en ses mains
L'enfnnt, si l'a mis au plus droit
As espées.quVlle pooit ,
Puis lor a dit : « ür i paпa
18100 Liquésdevous il l'oeira,
Car ains sera tous detreneiés
C'arrière soit par moi saeies. •
Ciaus qui tant se portent haïr
Coy i nt lors eols à retenir
5 Et des espées s'entresmoient , La mère qui lient
Mais nesun mal ne se faisoient 1 ; 50n
' *ii. ehevaliers qui se
Savés que li en fes faisoil : eombattent. Mpi.
Son ombre véoit, si guoit,
Et, quant regardoil les espées,
10 Ses mains a eneontre getées
Et, quant vers lui les voit venir,
A son ombre quidoit salir ;
Jà si ne trençast li aeiers
Qu'il ne les présist volentiers.
il) Sa mère li mostroitau doi,
Puis retraioil sa main à soi.

* Mpl., suivi par 1530, rédige ainsi petite seène qui suit :
Ne autre mnl ne se faisoient ; Pur son onele que il véoit
fte puel l'un a l'autre avenir, El sa mère le mostre au doit ,
Por l'enfant qu'il euident férir IJuniil envers soi les vjit venir ,
Et por eele qui le tenoit ; Eneontre voloit lor saillir ;
Et l'enfant durement rioit ; Jà si ne trunehast li aeiers
Contre la elarté des espées Oaie il nu preist volontiers.
Avoit amirus les mains levées, Maint home list la nuit plorer , rte.
— 300 —

Maint home fist, la nuit, plorer.


Adont li oïssiés erier
Par toute la sale, à i » bruit :
18120 « Dans rois, nos nos trairomes tuit
À la batalle départir ;
Car nus ne le doit mais sofrir. »
Comment la pais se
feist entre messyre Gau-
vain et Brandelis, par
la supplieation du Roi 25 La batalle vait desevrer
Arthus et res prinees
et le pet it enfant estant Et trestout li keurent aider,
entre eulx. 1330. Si les a li rois départis
U volentiers u à envis ;
Et li rois dist au ehevalier
30 Que tant m'avés oï prisier :
« Sire , eel offre ki fu fais
Prenderés, qui n'est mie lais,
Et je vous di eertainement
Tant i metrai d'amendement
35 Et si grant honor vos ferai
Que vostre hom lige en devenrai. »
Tout s'eserient à une vois :
t Sire , por Dieu et por sa erois ,
Çou ne devés pas refuser ;
40 Car li rois a dit moult que ber. »
1ssi fu la pais porparlée
Et d'ambes pars asséurée ,
Et mesire Brandelis fist
Que sages d'une rien qu'il dist :
45 « Sire rois , dist-il , n'ert pas drois
Que vous jà mes hom devenois ;
Ançois vos ferai jou homage ;
Si seres vers moi en estage
— S0l —

Des pers de la table réonde


18150 Car çou sont li mellor del monde.
1ssi fu dit et eréanté
Qu'il li feroient féeuté;
D'autres bienfais i ot parlés
Que il ont fais et devises,
55 D'alx's , de nones, de nonains,
En franeirent .с. à lor mains' ;
Et li rois dist : • Saeiés de voir,
Ce ferai jou de mon avoir. •
Lors a fait bomage le roi
60 Et fu l'uns à l'autre par foi.
Adont amenèrent avant
Monsigneur Gauwain à itant
Et il s'est tant humeliiés
C'à ses piés s'est ajenolliés
05 Si li pria moult doueement
Qu'il li pardoinst son mautalent,
Et eil l'en liève par le main,
Si li a dit : « Sire Gauwain,
Tous mautalens vos pardonrai Comment la bataille
remest de monseigneur
70 Et d'ore en avant vous serai Gauvain el de
Amis de foi et de eorage , delis. ШЗ.
Jà n'en |airai por nul damage. »
Del sane qu'il avoient perdu,
Lor est falie la viertu ,

• \ ers moi en seront li ostagr.


l.i per de la table rronde. Mpl.
* Et franehir .c serfs de nos mains. Mpl.— « Et que Brandelis pourroit
de sa maison serf* afranehir. ,. 1530.
— 302 —

18175 Si que por poi jus ne kéoient,


Li ehevalier les soustenoient.
Brandelis li preus otria
Kanque li rois li devisa ;
Ses hom liges fu de ses mains,
80 Ce saeiés, mesire Gauwains
Et tout si eompagnon après.
1ssi fu faite entr'aus la pès;
La batalle ensi départi ,
Signor, que vos avés oï.
85 Adonques furent li navré
Kn une eambre andoi porté ;
Onques ehevaliers ne pueele,
Mien ensiant, ne vit plus bele;
Et , si saehiés par vérité ,
90 N'a bone erbe en erestienté
Dont la eambre ne fu joneie ;
Rieement fu aparellie 1;
.lU1 » eierges i ot espris
Et si furent en lel lin mis
95 C'ains mal ne lor fist la elartes.
Li mires les a resgardés ,
Si dist : « Ne vos esmaiés mie,
Que il ne sont si plaiet mie
Que jou ansdeus nes faee sains
18200 Jusqu'à » i » mois , à tout le mains.»
ЦТ ouït sont liet de lor garison

El eastiel de Lis séjornèrent


»XV. jours, ains ne s'en tornèrent;

1 1530 ajoute iei : « Et estoit toute painete à or. à asur, eomme Trove fu
prise, et eomment Taris Héleine ravist, et généralement toute l'hystoim de
eestedestruelion que moult il faisoil bel veoir en ceste ehambre. »
— 303 —

1 8205 N'ot soussiel oisel ne poisçon ,


Fruit ne daintier ne venison
Dont il n'eussent à planté;
Moult bien i furent ostelé.
Del eastiel le signor de Lis
10 Se tornoit li rois moult envis 1,
Car moult volentiers eseotoil
Les eontes que eil li disoit
L'estre del eastel Orguellous.
Etdist : « Nos menronsavee nous
15 De easeun mestier il serjans ;
Mes pavellons est bons et grans ,
Par foi , si l'en ferons porter;
Muetes de eiens ferons mener
Les mellours que nos troverons ,
20 Car moult a forés environs
U nostre gent poront aler,
Tant eom il vorront , séjorner*. »
À monsigneur Gauwain n'estoit
Gaires de çou que il ooil,
25 Moult se délitoit en s'amie ;
1eele n'oublioit il mie 3,
Car toutes eures qu'il voloit
Л son serviee preste estoit;
1tel joie sans vilonie
30 En a voit, si nel haoit mie,
Et son fil baisoit il sovent;
Séjorner vosist longement.

Se partoit li rois à en viz. Mpl.


Où nos poronz aler ehaeier
Quant nos plera a arehoier. Mpl.
El eele ne l'oublioit mie. Mpl.
Qui eertes ne l'oublia mie. » 1530.
— 304 —

Segnor, ne vos esmervelliés ,


Il n'estoit pas. mesaaisiés ;
18235 Et eil ki a quan que il voet,
Çou m'ert avis , à tort se doet.
Lor oire fisent atorner,
Qu'il n'i vorrent plus demorer;
l.e roi Artus vient Bien sai k'à » i mardi matin
devant le ebatean d'Or.
galns. R. et D. 40 Se mirent trestout au eemin
Et par jornées tant alèrent
Que maintes forès trespasèrent.
Quant il furent au plain venu,
Si ont devant lor exvéu
45 Le riee eastel Orguellous,
Dont moult estoient désirous.
En l. bos d'oliviers ramus,
Là fu li très au roi tendus,
Là s'alèrent tout reposer ;
50 Nus hom n'osoit avant aler
Qui vosist faire eleastel guerre;
Bien estoitséur en la terre.
N'i orent gaires séjornet
Qu'el eastel ot i » saint sonet,
55 Grans fu, ains hom n'oï gregnor ;
De v liues grandes entor
Le pooit on oïr soner ;
Lors eomença à eseouter 1
Cil qui tous les estres savoit,
60 Del saint, por eoi si grans estoit,
Et lor dist partout la eontrée
Savoit on la vreté provée

Li rois eommenee à demander, ete. Mpl.


— 305 —

Que assiégiés est li eastiaus ;


As murs en tour et as portaus
i 82C5 Eseu ne lanee nus n'ara
Dès que li sains souné aura 1.
Iln ehou eom lor aloit eontant,
J Virent sourdre lot maintenant
Plus de ni mile gonfanons ,
70 Tissus de divierses façons ;
Et s'i ot autretant eseus
As erestiatis del eastiel pendus;
Et si véissiés ehevaliers
Sor palefrois et sor diestriers
75 Parmi la eontrée venir
Et fors des grans forès issir ;
El Castiel Orguellous entroient;
Et volentiers les esgardoient
Li rois et tout si eompagnon.
80 Ne voel deviser la façon ;
Ains puisque li fius Diu fu nés ,
Ne fu si riehes esgardés
De sales et de fors maisons ,
De haus murs et de fors dognons.
85 El pavellon fu aprestés
Li mangiers, adont est alés
Souper li rois à grant déduit ;
Par le pavellon dient tuit
Que pour eiaus defors travellier
90 Sont ens el eastiel ehevalier ;
Si se déduient au eonter
De eiaus del eastiel à parler.

• Tant que le saint sone sera. Mpl.


T. ll 20.
— 306 —

Au souper fu li rois assis ;


Lueans li Botelliers a mis
En une eoupe d'or le vin ,
Puis li dist : « Sire, à le matin ,
La première joste vos quier,
Car e'est li drois à mon mestier.1 »
« Jà li premiers dons qui m'iert quis,
18500 Lors dist li rois, en eest païs,
Ne sera de moi eseondis. «
« C'est bien ! » dist li sire de Lis.
Lors dist li rois : « Alés mangier
O segneur Gauvain, Boutellier. »
5 Lors mangièrent hastivement
Et si vous di eertainement,
Si tost que il furent levé *,
Que maintenant ont demandé
Lor armes, on lor fait venir;
10 De rien ne vos en quier mentir;
Lors véissiés, por essaier,
Mainte eauee de fer laeier ,
Cambes estendre et piés fléeir ;
Lors péussiés véir tenir
15 Tous les haubers por esgarder
Et eoroies metre et oster ;
N'onques issi hastie gent
Ne vit nus hom , mon ensient;
Avoee le roi tout dégaboient
20 Par lor eillois que démenoient

I Car ù eause de mon offiee гас appartient. » 1530.


* Si lost eom il oi'ent lavé. Mpl.
— 307 —

Qu'il nïesist à easeun son jor ,


Si les aroit mis forsd'iror'.
« |\ar foi, fait li rois, nou ferai,
I En eeste paour vos tenrai. »
18325 Et quant assés se sont déduit,
Boivent et puis se eoeent tait.
Et l'endemain moult main levèrent ,
À une eapele en alèrent
En l'eur del bois, emmi .i. pret;
30 1lluee estoient entiéret
Trestout li ehevalier hoeis ,
Li estrange et eil del païs;
Quant li serviee orent finé ,
Si sont arrière retourné ;
35 Li rois lève, si est disnés,
Car li mangiers fu aprestes,
Et li autre font ensement.
Quant orent mangié longement,
Si sont tout levé del mangier ,
40 Si ont armé le Boutellier,
Moult par l'armèrent rieement ;
D'une porpre de Bonivent
Broudée à or ses bliaus fu
Qu'il ot sor son haubere vestu ;
45 Son eeval li ont amené
Et son eseu ont aporté ;
Li gonfanons li fu balliés,
Puis est montés li Boutelliers;
Del roi et de ses eompagnons
50 S'en part et fiert des esporons;

О le roi trrstoul se jooient Qn'aséist à eliaseun son jor,


El par gabois li demamloieiil Qu'il les aroit mis horf J'iror. Mpl.
— 308 —

Ains ne fina, sans nule falle,


Si fu el pré de la batalle ;
À trestout eil se eombatoient
Qui au eastel guerre movoient 1.
18355 N'i ot pas longement esté
La moitié d'une nuit d'esté ,
Atant ès-vous » i » ehevalier ,
Trestout armé sour i. destrier;
Ambedui prendent lor eseus,
60 S'est l'uns envers l'autre venus ;
.tt. ehevaliez qui Li ehevaliers premièrement
jostent devant .I» pa- Fiert le Boutellier durement ,
veilloo. Mpl.
Sa lanee brise en son eseu ;
Li Boutelliers r'a lui féru
65 Si durement qu'il l'a porté
Plaine sa lanee emmi le pré;
Le eeval prent , puis s'en torna ,
Emmi le pré eelui laissa;
Tout à pié eil vint liement
70 El pavellon , atant deseent.
Dont dist mesire Brandelis :
* Par foi, eis sièges fust finis,
Boutelliers, se pris l'éussiés;
Jà mais plus n'i travellissiés ;
75 Trestout éussiés aeievée
L'oevre qui tant nos a pénee ;
Eneor hui nos fust envoiés
Mesire Gyflès aquitiés ;

1 Mpl. ajoute iei 8 vers explieatifs :


Signor, aus . mi . eors du pré La borne des -un. oliviers.
Orent » 11ii » oliviers ramé , Puis que il est dedenz entrez,
Por mostrer du eamp la devise ; Lneans qui fu moult bien armez
Done lienent à reeréandise N'i a pas longement esté, ete.
Celui qui trespassa premiers (Voyez vers 18G08-10.)
— 309 —

Сar eis est trop boins ehevaliers,


18380 Hardis et eorageus et fiers ;
Sans plus faire , nel quier noier ,
L'en r'éust-on moult volentier. I »
Quant mesire Lueans l'oï ,
De nule rien ne s'esjoï ,
85 El pavellon plus ne séjorne,
Le eeval lait, el pré retorne ,
Onques por le roi nel laissa
Qui maintes fois le rapiéla;
Dont vint » i ehevaliers armés ,
90 Moult très noblement atornés.
L'uns point vers l'autre par vertu
Et si se sont entreféru
Si que la lanee au Boutellier
Covint par foree peçoier;
95 L'autres ehevaliers Luean fiert
De sa lanee, qui moult forte ert
Si que à tière le porta ;
Li Boutelliers se releva
Et si quida le trone oster
18400 C'ot el bu, lofs laissa hurter
Le ehevalier moult durement
Et li Bouteillers se desfent ;
De sa lanee e'ot aporté
Li a si ruiste eop doné
;i Qu'à la tière le reporta.
Li Boutelliers se redreça
Qui moult fu durement grevés ;
Par çou que il estoit navrés ,

1 Mpl. au lieu de ees i derniers vers n'en a que deux :


Car eil est si bons ebevüliers
Que l'en le rendist volentiers.
— 310 —

Fu foible sa desfension
18410 Et dist : « Je me rene en prison.
De niant feroie semblant,
Car au eombatre n'ai niant. •
L'espée rent et eil l'enmaine,
Mais ains le defiera à paine
15 Et d'une bende l'a liiet
Moult bien, si qu'il l'a estaneiet.
De çou fu li rois eoureeiés ,
Quant voit que eis n'est repairiés.
Adont dist mesire Gauwains :
20 < Se li Boutelliers estoit sains ,
Ceste prisons bel me seroit ,
Car jou quie, jou aroie droit. 1
Ç\ yflès, li fius Do le vallant

25 Orra jà noveles de nous ;


Si en sera liés et joious ;
Ses eompains fu li Boutelliers.
Sovent avient que ehevaliers
Ciet à tière, ains qu'il soit armés ;
30 Jà de çou n'ert par moi blasmés. »
C'a dit mesire Brandeli?
« Se mesire Lueans ehaï ,
1l a abatu i. des lour ,
Je n'i sai guaires nul mellor,
35 Plus de vi . mille ehevaliers
A laiens estre sodoiers. »

1 Noire ma. dit : Ieente prisons me seroit, ete. Mpl. garde ee vers et ajoute :
Certes moult bel, ear orendroit, etla phrase eontinue eomme dans Mons, mais
sans alinéa Pour eonserver l'alinéa du vers suivant, j'ai ehangé le premier vers
d'après une indieation du seeond vers de Mpl.
— jll —

C'a dit mesire Brandelis,


Mais qu'il estoit .i» pui maris
Del Boutellier qu'il ut blasmet
18440 Que il n'ut eelui amend;
Ce li est en son euer avis
Que il n'est por autre rien pris;
Admit lait mesire Gauwain;
La jouste kiert à l'endemain ,
4ü Si en fait au rui grant proière.
« Par fui, fait-il, de grant manière
Seroie tristres et pensis,
Biaus eiers sire, biaus dous ami* ,
Se je vous avoie pierdu ;
50 Trop vos seroit mesa venu. 1 »
1l dist : « Sire, laissiés ester;
Nus ne doit mal avant porter ;
Jà, se Dieu plaist, n'en a ven ra
Ceste ehose, ne doutés jà.
55 Liement me donés le don
Dont nous orendroit vous prion. •
Et li rois a dit : « Vostre grés
Sera fais, puisque le volés. •
Lors vont au pavellon mangier ,
t50 Mais n'i a point de boutellier.

Gyflès, li dus Do le vallant,


Là le menèrent erramment ;
t¡j Et Gyflès, quand il l'a veu ,
Ne l'a mie deseounéu ;

la30 explique pourquoi : « Paree qu'en ее pais auroie шon eonseil perdu. »
— 312 —

Eneontre vait , si le baisa ;


Quant baisié l'ot, si demanda :
« Dites-moi, Ii miens dous amis,
18470 En quel tière fustes-vous pris ? »
Et Lueans li a tout eonté
De l'affaire la vérité ,
Et eom li rois a assegié
Le eastiel defors batellié,
75 Et dist : « Jà mais ne se movra
Del siège tant qu'il vos ara. •
Gyflès en a joie moult grant,
Se li demande maintenant :
« Sire Lueans , moult par désir
80 Voires novièles à oïr
Des pers de la Table Réonde
Qui sont tout li mellor del monde;
Moult a long tans que jou nes vi ;
Diex, sont-il eneore tout vi? »
85 « Nenil, fait mesire Lueans ,
Maint en sont mort en ees » v. ans.
Biaus sire eiers , eil fu hoeis
Et eil est mors et eil est vis ;
Saeiés k'en lor Mus a venus
!I0 Boins ehevaliers et eounéus. »
« Eh Diex ! eom est amenuisie !
La moitié n'en eonois-je mie. »
Et dist Lueans : « Saeiés de voir
Que moult vos vorroient r'avoir;
95 Jà mais nule joie n'aront
Jusqu'à çou que il vos r'auront. »
À ees paroles lor portèrent
À mangier eil qui les gardèrent.
— 313 —

A tel joie et à tel déduit


18500 Passèrent issi eele nuit.
La nuit n'ot mie grant durée,
Car Penteeouste estoit pasée
Et fu devant le St Jehan
Que plus est eourte de tout l'an.
li Д l'endemain, quand fu matins ,

Li rois s'esvelle au pavellon ,


Si «svella son eompagnon ;
La première ehose qu'il firent,
10 Çou saeiés que la messe oïrent,
Puis fu li mangiers atornés,
Car matin mangiers est santés 1 ;
Et il mangièrent liemant
Çou que on lor mist de devant,
15 Pisson de mer et venison ,
Et de çou orent à fuison ;
Et, quant il se furent disné,
Et li eambrelens a armé
Biel et bien le segnor de Lis.
S0 Tout en séant , sour il tapis ,
Li eors au roi, sans nule falle ' ,
Li a laehie la ventalle ; .
Puis est montés, son eseu prent,
Et à son eol moult bel le pent.:
25 Lanee prent et vert gonfanon ,
Puis a hurté del esporon

* Blpl. gale ee vers-proverbe en ajoutant :


A eens qui ont foible eervvl, He.
* Et le rois méismes, sanz faille Mpl.
— 314 —

Droit el puis, ear bien le savoit.


Par la porte del eastel voit
1ssir grant oire . i. ehevalier,
18530 Moult bien armé sor i » destrier;
El pui vint ù Brandelis fu;
Si tost eom il se sont véu,
Poignirent moult isnèlement;
Mais, je vous di eertainement,
35 Sor les eseus grans eols se fièrent
Des lanees que toutes froseièrent
Comment le roy Ar À l'assembler de grant vertu 1
tus est devant le Cbas-
tel Orgueilleux qu'il a Si qu'es prés se sont abatu ;
assis pour ee que le Mais en piés salent vistement ,
sire du ehastel lient
Gryllet le fils Do en 40 Si se requièrent asprement ,
prison. 12577. Si que as trençans des espées
S'entredonèrent grans eolées.
Li ehevaliers fu moult grevés,
Del eastel , qu'il estoit navrés ,
45 Et Brandelis tous sains estoit
Et délivres, sel requéroit
Si qu'il ne! laissoit reposer ;
À foree le fist aeouster
Et li fait prison fianeier ;
50 Cil' ne s'en fait gaires proier ;
Puis le prent, en prison l'emmaine
Au pavellon le roi demaine ;
Le roi le done et il le prent ;
Si l'en mereie durement ;
55 Puis a fait faire une ramée
De fuelles qui fu atornée ,

Des lanees que touz les pereièrent


El taut lièrent de grant vertu. 12577.
— 3la —

Dedens eoeent le ehevalier


Qui de reposer a mestier.
A joie passèrent le jor;
La nuit, au vent, à la froidor,
S'en alèrent esbanoier
Desos l'ombre d'un olivier;
Les paites oient qui eornoient
Et buisines qui fresteloient ;
65 Ains Diex nul estrument ne fist
K'à nule gaite eovenist
K.'e1 eastiel n'oïssiés eorner
Et moult grant joie démener ;
Plus en velloit li rois la nuit ,
70 Car moult li plaisent li déduit.
Delés Brandelis se séoit
Kex ki les gaites eseoutoit ,
Si dist : < La jouste est obliée
Qu'ele ne fu la nuit donée ;
75 Nous n'avons eompagnon ne per
Qui ait eure de demander. »
« Par ma foi, ee dist li rois, Kex,
Vous l'aies quant parlet avés. 1 »
Et Kex respont : « Par S1-Martin ,
80 J'amasee mius , à le matin ,
Cne haste de fort aigret",
Mais, dans rois, puisque il vos plest,
Si ferai la jouste demain ;
Mais bien poist monsigneur Gauvain. »

> ll n'en ont ore nul besoing. »


« Kex, fel li rois, je la vous doing. ,, Mpl.
* « Sire, fiiiet Keux, eroiez devray que mieulx le matin aimeroie ung bon
gras poussin al aigrel, que vostre bataille ne feroie... » lj30.
— 316 —

18585 Li ehevalier forment en risent,


Et puis el eovenir le misent ;
Et la nuit trespassent issi.
Et l'endemain, quant eselarei,
Ançois que prime fu sonée ,
90 A li rois la messe eseoutée,
Et , quant il furent tout disné ,
S'ont Kex le seneseal armé.
Onques si tost ne fu ès prés
C'uns ehevaliers , moult bien armés ,
95 Vint là tot droit ù estoit Kex ;
De eombatre ert entalentés ;
Ès fors eseus s'entreférirent
Si qu'à tière s'entr'abatirent ;
En piés salent , si se requièrent ;
18600 Parmi les elmes s'entrefièrent ;
Li ehevaliers moult durement
Le hurte et fiert, et eil l'atent;
Et une fois l'a Kex féru
Parmi la penne de l'eseu,
5 Son eop estort , son bras brisa
Et li ehevaliers se hasta ,
Tant l'a féru et tant mené
Que Kex a le bousne passé
Que li uns oliviers tenoit
10 K'as . nii. eors del pré estoit ;
Là s'arriesta li ehevaliers
Desous le pin et ses diestriers ;
1l vint à lui et s'est montés ,
Car plains est de toutes bontés ;
15 Le eeval Kex prent sans déduit ,
Si l'amena , ear boin le vit.
— 317 —

Rex est arriére repairiés ,


 Ne seut pas eom fu engigniés,
Le eamp quida avoir eonquis.
18620 Cil s'en torne k'en a le pris.
Au roi dient si eompagnon :
« Et por Dieu, sire, ear alon
Eneontre Kex, por lui gaber,
Moult le feroit jà boin gengler. : »
25 Tout l'otroient, eneontre vont;
Trestous premerains le semont
De parler, ei saeiés, li rois,
Qui moult fu sages et eortois.
« Kex, fait-il , venés-vous de loing ?
30 Vous avés, ee m'est vis, besoing. »
Et Kex ki se fu arriestés,
De mal dire tous apriestés,
Li dist : « Sire, laissiés ester ;
Ne me devés pas ramprosner;
35 J'ai l. de eiaus de là vaineu,
Mais il m'a mon eevaltolu;
Li eans est miens, doner le puis
»1. preudome, se jou le truis. * »
Caseuns se taist que ne rist mie :
40 « Sire , avés-vous mestier d'aïe? •
Cou li dist Cor li fius Ares.
Li autre li ont dit après :
• Sire Kex, estes-vos bleeiés? •
« 1l m'est avis que vos sainiés, »
45 Çou li dist mesire Gauwains.
Adont a dit mesire Yvains :

I Trop le feroit bien desjugler. Mpl.


* Le ehamp est mien, ge l'ai eonquis,
Cil s'en ala qui ot le pis. Mpl.
— 318 —

« Kex, ear me baillies vostre ese«;


Bien avés le eamp maintenu ;
Mervellous eols férir vos vi;
18650 Bien l'avés fait, la Dé merei! »
Kex li balle, et eil le prent;
Par la guimple à son eol le pent;
Caseuns le gäbe à son pooir,
Et Kex le set bien tout de voir,
55 Lors dist à monsigneur Yvain :
« Sire, je vos doing à demain 1
Tout çou que j'ai bui eonquesté ,
La joste del pui e'ai trové ,
Por mon eseu que vous portés ;
60 Bien faites ki si m'onorés;
Saeiés je vos reservirai
De eest mestier quant je porai. «
Cil ki çou li oïrent dire
Ne se pueent tenir de rire ;
fi5 Ensi s'en sont riant alé,
Au pavellon l'ont désarmé ,
Et mesire Brandelis dist :
« Certes, sire Kex, sans desdit,
Par samblant pasastes premiers
70 Le bousne des » nu » oliviers ;
Cel ki s'en ist premièrement,
Claiment el eastel reeréant. •
Kex dist : « Se vos avés l'entrée,
Par foi, l'issue moult m'agrée ;
75 Ensi va, li un en istront,
Sovent li autre remanront. »

< Je prie à Dieu qu'il vous doinst demain » ete 1330.


— 311I —

Atant sonèrent as nostiers


El eastiel, por tous 1rs ebeiers ;
» 1 . glai oïssiés si très grant
18680 C on n i oïst pas Diu touant.
Li rois enquist et demanda
Savoir par eoi li filais sona ;
Li sires de Lis li u dit :
« Vous le sarés jusqu'à petit ;
85 Biaus sire, il est hui samedis ,
Jà, puis que passe miedis,
El eastiel n'ara jà rien fait,
U faee biel, u faee lait.
La mère Dieu est bonerée
90 Ens el eastiel et eélébrée
Plus qu'en liu de erestienté,
Et je vous di en vérité
Jà verés aкт as mostiers
Les dames et les ehevaliers,
95 Les bourgoises et l'autre genl,
Apareillies rieement ,
Et vont les Vespres nseoter
Por la mère Diu honerer ;
1ssi font easeun samedi
18700 Tout jusqu'à prime del lundi '.
fkuant par le eastel ont sonées
\¿ Toutes les messes et eantées ,
Adont eomeneent lor labors;
Car manestreus i a plusors.
5 Desi là n'arés mais batalle ,
Bien le saeiés sans nule falle ,

. Dusqu'a la lieree du midi. Mpl.


— 320 —

Ains porés demain, s'il vos plest ,


Aler kaeier en la forest. »
Li rois l'otroie, issi estèrent
18710 Jusqu'al matin qu'el bos alèrent 1 ;
1ssi eaeièrent toute jour
Par la forest li venéour.
Mesire Gauwains s'eslaissa
Apries »li« eiens, tant s'eslonga
ili Ne se set eoment retorner ;
Adonl se hasta de l'aler,
Son eerf ataint, puis l'eseorça,
Le droiture as eiens en dona 1 ;
Ains point ne vot o soi porter
20 Fors les eostes et l'eseimer * ;
Li eiens se sont mis devant lui ,
À joie s'en vont ambedui.
Ne demora e'un seul peti
Que mesire Gauwains oï
25 -1« ostoir erier durement ;
Mervellesoi quant il l'entent,
Cele part vet grant aléure,
Si a trové, par aventure,
Au pié d'un arbre » i » ehevalier ,
30 A mervelles fist à prosier ;
Et vit fremetés et dognons,
U il avoit beles maisons ;
Et li ehevaliers se séoit
Sous » i » arbre k'iluee estoit ;

1 lee plest au roi durement, Très qu'au demain qu'il se levèrent


La nuit manderent liement Et tout ensembleau bois nièrent , Mpl.
* As eiens laeurée donna. Mpl. — • Les entrailles. » 1530.
3 Et l'eseliiner. Mpl. « Le train de derrière. » Ш0.
— 321 —

\ 873'i Ains mais nus si grans ehevaliers


Ne fu vêus, ne ausi fiers ;
Et s'estoil assis sour . l » palle
Qui fu aportés de Tresale ,
» 1 » auqueton vestu avoit.
40 Quant mesire Gauwains le voit,
De sa grandor s'esmervella ;
Cis fu tous embrons, si pensa ;
Lors le salua moult en haut :
« Chevaliers, Damledexvous saut ! •
'i'\ Et eil mot ne li respondit.
Et mesire Gauwains r'a dit :
« Chevaliers, Diex vous hénéie '. •
Et eil ne li respondi mie.
La tieree fois le salua,
!;0 Et eil onques mot ne sona.
Dont s'en vait devant lui toi droit,
Mais, par foi, eil n'ot ne ne voit.
« He ! Diex, fait mesire Gauwains,
Qui formas home de tes mains,
55 À eoi faire fu eis formés ?
Ains mais si hiaus hom ne fu nés,
ll n'est pas menres d'un gaiant,
Si est sours et mus par samblant.
Certes , se arme éusee o moi ,
60 Volentiers l'en menasee au roi ,
K'à mervelle fust rsgardés. »
» Oiés dont il s'est porpensés :
Que avoee lui l'emportera
Sour son eeval , si deseendra
65 Tant qu'il le vera esvellié ,
Et si ira lès lui à pié.
— 3-22 —

Avant sor l'arçon poi se pent,


Par les assièles eelui prent,
Contre son eeval l'a levé;
18770 Cil a mis se main au eosté
Et sali em piés vistement,
Si li a dit grant hardement :
« C'avés fait? por poi nevos tu
À eest poing , ke m'avés tenu 1 ;
75 Saeiés, se j'éusse m'espée,
Jà fust de vous ensanglentée.
De ehi vos eomane à fuïr;
Por Dieu , si me laisiés morir. »
Atant se r'est à tière assis
80 Et lors refu ausi pensis ,
Çou saeiés , eome le trova
Mesire Gauwains l'esgarda,
Desous l'arbre prist son errer ,
Apriès si s'est pris à aler.
85 îyj'ot pas plus d'une liue alé,
Il Si a devant soi eneontré
A eeval une damosele
Qui moult fu avenans et bele,
Sour » i blane palefroi morois ;
90 Ains miudre n'ot ne quens ne rois ;
Le lorain ne la siéléure ,
Le poitral ne la fautréure s,
Ne péustnus hom aeater;
Mais moi ne l'orés deviser.

1 0 le poinz, quant m'avez lolu - la mort, se g'éusse m'espée, ete. Mpl.


— « Car tolu m'as mon penser » 1530.
1 Com il ert quant il l« trouva. Mpl.
• Son lorein ne sa eouverture ,
Son poitrail ne sa feutreure. Mpt.
- 325 —

l8"9'¡ Cele rstoit rieement>estue


D'une vert porpre à or batue ;
Кil sa mni u ut une eorgie ,
D'or et d'argent ert ensignie 1 ;
Son palefroi feroil sovent
i 8800 De l'eseorgie durement ;
Lès monsigneur Gauwain passa
Que onques mut ne li sonn ;
Li palefrois tost s'en ambloit.
Estrangement s'esmervelloit
», Mesire Gau wains quant il toit
Que eele mot ne li disoil ;
ll vait apriès, si li a dit :
« Estés, damosièle, .i. petit. »
Et eele ne vot mot soner,
10 A ins se hasta d'esporoner.
Mesire Gauwains s'aeosta
Priès de li, si li demanda :
« Ha! douee damoisele, estés,
Si medites ù vous alés. •
ili Cele dist : « Sire ehevalier,
Ne me faites pas atargier,
Por Dieu ; que j'ai mort par vreté
Le mellour de erestienté,
Et le mellor et le plus bel
20 Qui fust en vile ne eastiel. »
- Coment? fait mesire Gauwains,
Avés-le-vos mort à vos mains? »
t Oie, sire, jà n'iert eélé,
Car jou li avoie posé

' Mpl ajoute :


Les boutons nvoieiit termor
Dr fine >oie ii [HMidaiu d'or.
— 324 —

i 8825 D'cstre à lierme de miedi ,


De eovenant li ai falli,
El monde n'avoil nul mellor;
H m'atendoità une tour
Çà devant, li miens dos amis. »
30 « Par foi, damoisièle, il est vis, 1 »
Çou li dist mesire Gauwains.
« Biaus sire, estes-vous point eertains
Se il estoit auques pensis? 1 »
« Pueele, oïl, et si est vis. »
35 « Or saeiés dont, sans nul quidier,
De demorer n'est pas mestier. »
Son palefroi fiert durement
Et il s'en vait moult vistement.
Mesire Gauwains l'esgarda,
40 Mais à mervelles li pesa
Qu'il ne lui avoit demandé
Del ehevalier la vérité
Ne de li , de quel tière estoit,
Ne ù aloit ne dont venait;
45 N'en set eomeneement ne fin ;
Et il s'en entre en son ehemin.
Cil eemins où il assena
Devant le eastiel l'emmena ,
Si que il vit le pavellon
50 Ù esloient si eompagnon
Qui grant tans atendu l'avoient s ;
Moult furent lié quand il le voient.

1 Mpl. ajoute :
Por voir le vos lesmoing rl di , Va eneor guères de son poing ;
A por » i . pou ne me féri Or n'alez mie a tel besoing. «
* S'il estoil ire ou pensif. » l530.
3 Qni luit por lui dolant estoient. Mpl.

4
— 325 —

Tout á ehrval s'en est venus ,


Au pavellon s'est deseendus,
18855 Et, maintenant qu'il deseendit,
S'aventure eonta et dit ;
Por lor solas, por lor délis ,
Lor dist mesire Brandelis
Et aeonta as ehevaliers :
60 « Cou est li Riees Sodoiers
Qui maintient la nobile amie
Qui tant est bele et envoisie,
Et la damoisièle tant aime
Que sa dame tostans le elaime ;
65 Si dient tout qu'il en morra
Por s'amor, que jà n'en garra. •
Que qu'il aloient si parlant,
Virent une porrière grant
Par devers la forest lever ,
70 Et moult grant gent emmi aler ;
Car n'ot bourgoise ne enfant ,
El eastiel , ne petit ne grant ,
Qui d'aleréust poesté ,
Qu'il n'alle eneontre, de son gré,
75 Fors la forest, priés fu de nuit * ;
Ains qu'il en fueent issu tuit *,
Lor a enquis et demandé
Li rois c on li die vreté
Savoir quel part eele gent vont.
80 Mesire Brandelis respont :
« Sire , il vont eontre lor signor ,
Se li feront jà grant honor ;

1 Vers la forest. Mpl.


* Ainz que fussent ens entré luit. Mpl.
— 326 —

Car ains mais s'amie ne íu


En eel eastiel e'avés véu ;
i 8885 Et easeuns de ses sodoiers
Fera ni . noviaus ehevaliers
Eneore anuit, ee saeiés vos,
Dedcns le Castel Orguellous ;
lssi ert pieça devisé;
90 Moult par lor en saura bon ¡516
Cil ki les a à maintenir ;
Pieea qu'il le list establir. »
Et que vos iroie eontant?
Une joie la nuit ot grant
95 Tel que nus hom ne le puet dire ;
Et de luminaire et de eire
Ès tours, ès maisons, ès eeliers ,
Sor murs, sor aloirs, sor soliers,
Que li eastiaus qui moult ert grans
i 8900 Sambloit que il fu tos ardans ;
S'oïssiés eanter tote nuit
Et démener moult grant déduit.
Atant s'ala roneier li rois ;
Au matin fist moult que eortois ,
5 Que mesire Yvains desraisna
Por le don ke Kex li dona
De jouster, ains nel eontredist.
Apriès la messe, armer se fist;
Si tost eom il se fu armés ,
10 Si fu ses ehevaus ensiélés,
Et il monta sans demoranee ;
Quant il ot pris eseu et lanee,
El pui isnèlement s'en vint,
Onques son règne ne retint.
— 327 —

1891 ', I 1ns ehevaliers vint del eastel


U Sor » i destrier forment isnel ,
Moult bien armés; son eeval point
Et à monsigneur Y vain goint;
Sa lanee brise, je vos di ;
20 Et mesire Y*wains le féri
Si qu'emmi le pré le porta
Tant eom sa lanee Ii dura ;
Puis met la main al brane d'aeier ;
O le eors et o le diestrier,
25 Le hurte et boute durement,
Et li ehevaliers se desfent ;
Mais au lone ne pot eontrester,
El pui l'abat al bien hurter;
Et si li fait prison tenir
30 Et puis l'еnuыilи' sans mentir
Au pavellon et si le rent
Au roi son signor qui eoment.
Teus fu li jornaus d'ieel jor.1
Et saeiés ki fu eil des lor :
35 Cefu »i» nouviaus ehevaliers,
N'ert pas des riees sodoiers.
Quant li rois le vit désarmé
Et qu'il estoit de jouene aé,
Se li a demandé : « Amis,
40 Dont estes-vous ? de quel païs ? »
« Sire, fait-il, d'1rlande sui ;
Fius au eonte Baudigant sui.
Rois, içou est queje vos di;
S'ai tous tans par armes servi

* Tel fu le gaaingdeeel jor. Blpl.


— 328 —

18945 L'amie au Riehe Sodoier ,


Devant li me faisoit treneier ;
Et mesires, por soie honor ,
Me list ehevalier ier el jor;
Por mon serviee me dona
50 Lajouste, n'en mentirai jà ;
Pôr mil mars d'or ne fust parlé
Ne ne m'éust eel don doné 1 ;
Moult a laiens boins ehevaliers
Hardis et eorageus et fiers. »
55 Lors li dist mesire Gauwains :
« Amis, estes-vous point eertains
Qui le vorra demain avoir? »
« Sire, je lequie bien savoir ;
Saeiés li Riehes Soudoiers
60 Vem a demain e| pui premiers ;
Et si vos dirai bien eoment :
Laiens a establishment,
Quant matin lièvent lespueeles,
Les dames et les damoseles ,
05 Cele ki voit premiers el pré
Estre le ehevalier armé ,
Si s'en vait ses amis armer
Que que il li doive eouster;
Ersoir issi le eomanda
70 Ma damosele, lor manda
k'cles li laissassent aler
Demain as murs por esgarder ;
Or si porra bien estre issi
De la jouste, eom je vos di. »

Mi s por rien ne lu m'otroiast


Se madame ne l'en priast. Mpl
— 329 —

18975 A itant se liève en estant


Mesire Gauwains luit avant,
Puis vaitau roi, si ii requist
La jostr, mais il li desdist
Et li a dit : < Sire Gauwain,
80 O moi qui serai daerrain,
1res ; laissiés aler premiers
Assés des autres ehevaliers
Et tous nos autres eompagnons. »
« Sire , quant je m'en sui semons ,
85 Estranges hontes me seroit,
Jà puis Diex joie ne m'otroit,
Quant eeste me sera véée,
Se jà mais en eeste eontrffe
Fae jouste , ançois m'en irai sous. »
90 Et dist li rois : « Dont l'arés vous. ■
Et il respont : t Vostre mierehi ! »
La nuit trespassèrent issi ,
Et l'endemain , à l'ajornée,
Parut sor l'erbe la rosée,
95 Et adone se leva Gauwains
Et avoee lui mesire Yvains
Savés qués estoitli matins,
Si biaus et si elers et si lins
Com se il fust fais pour juer;
19000 En la rosée ala laver
Son vis et en apriès ses mains
Cil ki n'estoit fols ne vilains;
Puis repaira au pavellon
Et demanda son auqueton ;
5 Li eambrelens l'ot aporté,
De porpre et de samit broudé;
— 330 —

Mesire Gauwaios le vesti ,


A son brae sa manee eousi ,
Et , ains que il fust atornés ,
19010 Saeiés que li rois fu levés ,
Au mostier vient et , quant fu dite
La messe del saint esperite,
Au pavellon sont retorné,
Et . quant il se furent disné ,
15 Si fist ses armes aporter ,
Ce saeiés, por son eors armer
Mesire Gauwains, si s'asist
Sor » i » tapi que on li mist
Sor l'erbe emmi le pavellon
20 Qui tioult fu de noble faehon ;
Tant vos puis por voir afieier
K'el pavellon n'ot ehevalier
Ne fu.st en estant desfublés ,
Tant que il fu trestos armés ;
25 Et li rois méismes tenoit
Ses eauees que on li eauçoit;
Puis a » i » fort haubere vestu
Sour le riee pale ù il fu ;
D'un samit vermel laeéis
30 A . ni . boutons d'or giétéis
Estoit li bliaus qu'il vesti ;
Ains mais ausi riee ne vi,
Çou saeiés bien, en i. trésor;
Parmi les las des boutons d'or
35 Paroient biestes et oisiaus;
Trop par estoit et elers et biaus ;
Caseuns entent à son pooir
À lui armer sans déeevoir ;
— 331 —

Moult sainement l'oni ntorné;1


19040 Son elme li ont apol té,
Pur foi , mesire Gononins
Li mist el eief à ses .n. mains;
Et ses diestriers fu amenés,
Moult bien et moult bit;| aeesmés. 1
i'i Eselariboure, sa boune espée,
Li a li rois Artus prestée
Et il méismes li a eeint,
Tout à eheval, ains ne se faint ;
Ains si biel eors de ehevalier
50 Ne pot nule dame embraeier.
Son eseu et sa lanee prent ,
Puis se part d'aus moult liement
Et puis s'en vait grand aléure.
Ce dit et eonte l'aventure :
55 K'i ot mie esté longement
Qu'el eastiel souna elèrement
.Г eor emmi la maistre tor,
Si que la tière toute entor
Frémi une liue environ ,
60 Tant dona li eors ruiste son.

tßnet rom mesiit OranMie '

Verous le Riehe Sodoier


Venir el pré esbanoier;

• Ces vingt derniers vers de détails oiseux, sont réduits a dix, dans Mpl.
* Cette rubrique est illisible dans le manuserit.
— 332 —

1 9068 Jà eis eors sones ne sera


Jusqu'adont que il s'armera.
Jon sai bien au ton qui fu Ions
Qu'il a eaueiés ses esporons. »
Lors a le seeont mot soné,
70 Et il lor a dit et eonté :
« Si m'aït Dex, or a eaueies
Ses eauees de fer et laeies. »
Dont fusans soner longement;
Puis resona si durement
75 Li eors que la tière en frémist,
Et mesire rirandelis dist :
« Rois , or a son haubere vestu
Li Soudoiers , ee saees-tu. »
Li quars mos fu moult effréis.
80 Lors dist mesire Brandelis :
« Par foi , or a sa tieste armée
Li sires de eeste eontrée.
Si n'iert huimais li eors sonés
Puis qu'il ert el eheval montés.
85 1ssi loKa dit et eouté
Li sires de Lis la vreté.
La vile fu moult effreie;
Cil ki en ot la signorie
Vint parmi la rue poingnant;
90 Apriès le siut tel bruit de genl
Que bien les oïïent movoir
Cil del pavellon sans véoir;
Jusqu'à la porte le eonvoient
Et il s'en ist, nos gens le voient
95 De samit et de siglaton
Ert eovers jusqu'à l'esporon ;
v

— 333 —

Grant aléure, se mist fors,


Son rieegonfanon destors,
Et véissiés as murs monter
19100 Si grant pule, por esgarder
Par tout le eastel environ ,
Que n'estoit se mervelle non.
Cil vient el pré moult fièrement
U mesire Gauwains l'atent;
5 Quant il le voit , s'a l'eseu pris
Et si s'est à l'eneontre mis
Les galos et il lait aler
Plus droit que il puet por joster.
Andoi es eseus s'entrel¡èrent
10 Si que les lanees péehoièrent;
Moult i avoit nobles vassaus;
Od les eors et od les ehevaus,
Sour les elmes od les blasons,
1lurtent, tant eom easeuns fu lons,
i5 S'entr'abatent emmi le pré ,
Li eheval sont sor eus versé,
Et salent em pies vistement,
Car plain sont de grand hardement;
Puis lièrent parmi les eseus
20 De lor brans d'aeier esmoulus.
Là véissiés dure mêlée ,
De mainte gent fu esgardée ;
Parmi les hiaumes s'entredonent
Si très grans eols que tot s'estonent.
25 Li rois a de Gauwain paour ;
Cil del eastel , de lor signor ;
Et font andui une proière
Que sain et sauf viegnent arrière.
Adont fiert i eop issi grant
i 9 Í 30 Li Soudoiers del riee brane ;
Mesire Gauwains se deflent
Et li rekeurtseure sovent.
Et saeiés bien k'en ieel jor
Fist une si très grant ealor ;
35 Ains puis eel terme ne avant
Ne fist si eaut ne si argant;
Si lor greva moult la ealor
Et moult perdirent lor valor.
Hardemens et foree doubloit
40 Toustans puis ke midis passoit,
Por voir, à monsignor Gauwain ,
Tout en devons estre eertain ;
Quant la elartés del jor faloit
1eelle foree tresaloit
45 Et de miedi en avant
Li reeroissoit tot autretant
Çou li ot en maint liu mestier,
Cou saeiés . au boin ehevalier
Qui eontre le signor de Lis
50 Fu en batalle jà par dis.
Saeiés, ne m'en eréussiés mie
Se vous ne l'éussies oïe
La batalle eonter ne dire
Ù il ot tant eorous et ire.
Ci devise ln bataille
du Riehe Soudoieret de
monseingneur Gauvain,
et eoment monsein Que jà estoit passés midis
gneur Gauvain le eon
quist, et eoment i¡iilbl N'out l'unssor l'autre riens eonquis;

« Mpl. a déjà donné ee détail, voy. t. h, p. 296, noie 1", mais avee une va
riante d'idée qu'il eonserve iei, Voyez aussi noire version tome il, p. 75, v.
11351.-5.
— "Г.) —

Lors le véissiés aïrer * Luean le ЬouЫШеr


furent délivrei et eo-
11M60 Contre le Riee SodOier, ment le Riehe Soudnier
Moult crans eols le fiert et sovent ; f" livr" a" ro>' Artus
Et li Soudoiers ensement
Rekiert lui à moult grant vigor;
Ne puet nus eoisir le mellor ;
Ci Toute la gens s'esmervelloit
Coment easeuns tant i duroit
Que il n'estoient mort andui
De la ealor del eaut el pui. '
Si en a parlé de premiers
70 D'aus il . li Riees Sodoiers
Ne puet la grant ealor sofrir;
À poi que ne l'estuet morir,
Car une soif trnp grans li prist,
Et mesire t¡auwains, que fist?
75 Quant il ee vit, moult le hasta ,
Et li Sodoiers eaneela,
H l'a si durement hurté
C'andoi eaïrent ens el pré.
Mesire Gauvains vassaument
80 Sali en piés premièrement,
Puis dist : « Vassal, rendés-vos pris ,
Que jou ne vos faee assés pis.' »
Li Sodoiers fu si eonquis *
Qu'il ne desist mot por Paris

1 Qo'il n'èrent mort et reemi


Por la elialur qui si gniiit fu. Mpl.
• Est reeréiins li Soudoiers,
Trest soi arriers trestout premiers. Mpl.
s Eineois que vous soiez oeis. Mpl.
1 Mès eil par ertsi estordis. Mpl.
— 336 —

1918a Et , quant ee vint que il parla,


Si dist : » lía, Dex! ki m'oehira? »
Puis dist : » Ele est morte et finie,
Si ne m'en eaut mès qu'il m'oeie. 1 •
Moult s'esmervella qu'il votdire
90 Mesire Gauwains, si le tire
Par le nasal, quant il ee vit
Qu'il ne parole, se li dist :
« Sire ehevalier, rendés-vous ! •
Cil dist : t Ele est morte à estrous ! »
05 Quant mesire Gauwains entent
Que eil ne respontde nient
À l'uevre dont il Taparla ,
Les las del elme li trenea ,
Et saeiés de voir qu'il tenoit
19200 Les iols elos, tant pasmes estoit
De duel et de la grant dolor* ,
S'avoit pierdue sa eolor
Tant que moult estoit afoiblis
Mesire Gauwains fu maris
5 Que ne le puet faire parler ,
Tant nel set férir ne bouter;
N'oeire nel voloit il mie
Ne laissier par rerréandie;
Ains porpense , s'il l'oeesist ,
10 Que tout a perdu sans desdit
Et, s'il vait jusqu'au pavellon,
Por querre aïe à son prison ,

1 Puisque eele est morte et feiiie,


Si ne me ehuut més de ma vie. Mpl.
* Delfi soif et de la elialor. Mpl.
s Qu'il se pisoit touz espamiz. Mpl.
- 7.37 -

Portés en iert quant revenra,


Que pas el pré nel trouvera,
19215 Tost serait el eastel ravis;
Ains nus hom nr fu si maris.
Adnnt a son eief désarmé ,
Si s'asiet delés lui el pré,
Eselaribour a enfuerée ,
20 Puis est saisis de l'autre espée. 1
On. ml i il revint, si l'esgarda,
El puis apriés , li demanda
Son nom , et il tost dit li ot ,
Et, quant li ehevaliers ehou ot
25 Que e'estoit mesire Gauwains :
« Par foi , fait-il , or sui eertains
Que vous iestes de tout le monde
Li hom ú graindres biens habonde. •
Atant se taist, plus ne parla.
30 Mesire Gauwains souspira
Et il respont : • Biaus très dos sire ,
Une rien vos puis-je bien dire ,
Ne vous devés de rien marir ;
Se vous volés od moi venir
35 A ee pavellon jusqu'a! roi ,
1l reeevra bien vostre foi. »
Cil li respont : « J'ai une amie,
Certes que plus aim de ma vie ;
S'ele est morte, por li morrai
40 1ssi tost eom dire l'orrai ;

■ Esealibor en sauf a mise,


Et l'espée ù eelui a prise. Mpl.
Esealibour est le nom de l'épée du roi prêtée à Gauvain. Voyez vers 190.Ш-6.
T. ll 22.
— 338 —

Or si vos pri por gentileee ,


Por bien , por honor , por proeee , 1
Me rendés ma vie sans mort,
Par tel eovent n'à droit n a tort
i 9245 Ne ferai mais rien eontre vous
Ne nom del eastel Orguellous,
Se vous volés faire , biaus sire,
Por moi ee que je vos voel dire :
Je vous ostégerai, par foi,
50 De faire tout au gré le roi ;
Se n'i aura jà sodoiier
À qui ne le faee otroier.
Certes, se m'amie savoit,
Je vos dis bien moult tost moroit;
55 Car ele ne poroit pas eroire
Que nus me matast, e'est la voire. *
Biaus dos sire, par gentelisse,
Por Dieu, por honor, por franeise,
Venrés jusqu'à ma mestre tor,
60 Si me ferés moult grant honor,
lluee vos agenellerés
Devant li et si vos rendrés
Del tout en tout en sa prison * ,
Ceste parolle et si fait don *
65 Si dites que je vos ai pris
Tout à foree et en eamp eonquis;
Sire, issi me rendrés la vie ,
Çou saeiés, en ma douee amie.

* Si vos requier, pargaranlise,


Por bien, por honor, por franehise. Mpl.
* Que me vainquissiez, e'est la voire. Mpl.
s De moie part en sa prison. Mpt.
* Cele parole 1i faindron. Mpl.
— 339 -

Se vous nel volés faire issi.


19270 Por Dieu, si m'oeiés issi. •
A monsigneur Gauwain membra
Del pensé ù il le trouva
Quant sa damoisicle venoit
Qui li eonti) que mors estoit
75 En la foriest devant la tor,
Et set que de si graut amor
Aime eeli qu'il se moroit
Asses tos et se houniroit;
S'a en soi méisme pensé
80 Que moult seroit grant eruauté
D'un si boin ehevalier hoeirre,
Se li a dit : • Biaus gentius sire,
Certes, g'irai laiensovous
Dedens le Castel Orgnellous,
85 Et me rendrai en la prison ;
Jà nel lairai por soupeçon ;
Vous me porïés bien traïr,
Mais, si j'en devoie morir,
Ne vous ne li vostre, biaus sire ,
90 N'arés por moi dolor ne ire. »
Ii Sodoiers dist franeement :
J < Sire, vos hom sui voirement. 1 •
1ssi eom il l'a renonehié,
L'a li Sodiers ostagié
95 Que il fera le gré au roi ,
Car il a en prison sa foi.
Si montèrent sor les diestriers
Que il trovèrent estraiers

I Ligemenl. Mpl
— 340 —

Et au eastel tot droit s'en vont.


i 9300 À poi d'ire li rois ne font
Quant son neveu en voit mener,
Si dist : t Bien devroie derver. * »
Tous maris, dolans et iriés,
A ses eompagnons aresniés :
li « Coment, segnor, est mes niés pris? »
« Sire, oïl voir, ee m'est avis*.
Ains mais si grant male aventure
Ne pot esgarder eréature ;
Car ains que eil se fust dreeiés
10 Fu il, ee quidons-nous, bleeiés. »
Ne le pot plus oï'r li rois,
De duel s'ala eoueier manois,
De son mantiel son eief eovri ;
Ains mais hom ne vi si mari.
15 f\r a assés à doulouser,
Comment le grant Vf Çou li est vis, en son penser.
ehevallier du Chastel
Orgueilleux s'en retour Cil del eastel, vers lor signor
na à son ehastel avee
messire Gauvain, pour Ketieent à joie et à baudor,
s'amye eonsoler et ayns Qu'il quidoient avoir pierdu.
s'en vinrent aux tentes
pour informer le roy 20 Lors sont à s'amie venu
Arthus de la vietoire de Qui d'ire et de duel se moroit,
Gauvain eontre le diet
ehevallier. 1530. Se li ont eonté qu'il venoit
Et qu'il amenoit par le frain
Trestout pris monsigneur Gauwuin.

1 Mpl. ajoute :
Quant léanz est mes niés menez,
Ore i sera emprisonnez.
■ Mpl. ajoute :
Més estrange merveille avons Que il avoit eelui eonquis
De lui, quar tout de voir savon Et tout à foree sos lui mit
— 341 —

19325 À ees paroles sont venu;


Devant la tor est deseendu
Mesire Gauwains, maintenant Comment mesire Cou
vain rent s'espée à une
À la damoisele se rant damoisele. Mpl.
Et dist : « Dame, tenes m'espée ; Coment Gauvain se
rendi en prison de son
30 Saeiés, e'est vérité provée, gré au paveilloo lt da
Que par sa foree m'a eonquis moisele. 1453.
Li boins ehevaliers vostre amis. »
Ains si grant joie ne véistes
Puis eele eure que vos nasquistes
35 Come la damoisele fist.
Li Riees Sodoiers li dist :
• Madame, au eastel de Dübliers
1rés od vous с . ehevaliers,
Car illuee me vueil séjorner ;
40 Faites les eambres alorner,
Jou quide demain estre o vous ;
N'i ara pas grant gent o nous ;
Moult me duel, moult sui travelliés
Por Dieu, ne vos esmervelliés. »
48 Cele respont : « Bien avés dit.
Li eastiaus est de grant délit. >
i ees paroles est montée,

Savés por eoi l'en fist mener :


50 Que n'oïst dire ne eonter
Coment li plais estoit alés;
Et, quant, il s'en fu délivrés,
Si fu apriès moult tost séu,
Parmi le eastiel eonté fu,
55 Ses prisons a fait desloier ,
Le fil Do et le Boutellier;
— 342 —

Si fu tos fait sans eontredit.


Quant mesire Gauwains les vit,
S'est à Gyflet moult tost alés,
1 Э300 Dont fu baisiés et aeolés,
Mervellouse joie li Ost ;
Sour i . bane joste lui s'asist;
1lueques ot assés eonté.
Quant il se furent désarmé,
6î) Si ont boines reubes vestues,
Ains mellors ne furont véues,
De riees dras emperiaus ;
Et fist venir . lin . ehevaus
Au perron et il i montèrent,
70 Parmi la rue s'en alèrent,
Et si s'en vont au pavellon;
Mais n'i ala s'il » un . non.
Li eompagnon le roi les virent
Si tost eom de la porte issirent.
75 « Par foi, j'en voi .Ml. venir,
Fait mesire Yvains, sans mentir ;
Si samblent moult bien ehevalier,
Car easeuns siet sor boin destrier. »
Kex respont : « Ausi les voi-gié. •
80 Et il en sont tant aproeié
Del pavellon e'on les eonut.
Mesire Yvains au roi eorut
Et tant doueement li a dit :
« Sire, se Damledex m'aït,
85 Venir voi monsigneur Gauvain ;
Lés lui eevaueent main à main
Li flus Do et li Boutelliers,
Lés aus uns autres ehevaliers. »
— 343 —

Li rois, quant la novele oï,


19390 Par samblant point ne s'esjoï,
C'ains de lui ne se remua ,
Fors que plus belement esta,
Ce saeiés, qu'il ne fist devant;
A ses eompagnons dist, joiant :
95 « Segnor, n'estes pas mornement,
Mais soiés au plus belement
Que vous onques poés ester.
Cil nos vienent dire et eonter,
Au mien quidier, que en alon
19400 Laians o aus en la prison ;
Mais ains i serai essaiés
Que li sièges soit si laissiés. 1 «
il ki ont assés ehevaueié

5 Et sont devant le roi venu ;


Tel joie ains véue ne fu
Com de Gyflet a fait li rois,
Qui moult estoil dolans .niçois ;
Mais or sent son euer plein de joie.
10 Et por eoi vos en mentiroie ?
Li Sodoiers li raeonta
Com mesire Gauwains l'outra,
Et eom il a rendu la vie
Et lui et sa tres-douee amie 1 ,

1 Mpl , suivi par 1530, dit :


Mais de ei ge ne me movrai
Deviiiit qu'essaie/ me serai,
On mes r0in|iiiiU/. :iUrai luz quites, м
Chnsrun respont : « Sire, bien dites. »
ä Les 20 vers qui suivent man'|ueut dans Mpl.
— ш —

19415 Par la bonté qu'il li a faite


Qui toustans mais sera retraite.
Toute l'uevre li a eontée,
Puis s'agenelle et trait l'espée,
Pris se rent en la main le roi ,
20 Sans dire plus ne çou ne eoi ,
Et li a juré sairement :
Mais ne li melfera nient
À nesun jor que il soit vis.
Et en apriès, ee m'est avis,
25 Envoie por les ehevaliers
En son eastiel li Sodoiers ,
Si lor fait otroier et dire
Qu'il serviront le roi sans ire ,
Et de faire sa volenté
30 Seront tous jours entalenté.
Ceste oevre au roi bien atalente,
L'alianee ear moult ert gente;
Ains à nul jor tant ne eonquist,
1ssi eom Brandelis li dist;
35 Se li orent puis grant mestier.
Atant le voel iei laissier;
Mais tant vos di, moult doit amer
Et eier tenir et honourer
Celui qui par s'onor eonquiert
40 Si grant honor eom il afiert.
Or me tairai , nel voel plus dire
Mais e'or est li rois de tot sire 1
Et del eastiel et de la terre;
Et li Sodoiers li fait querre

Fors tant que li rois, ete., Mpl.


— 345 —

19445 Tout rou que il viut л devise,


Саr ensi ert la eose emprise.
E1 eastiel li rois demora Artus retouene à son
. XV . jors , et puis s i n torna pays. R.
Le roi Arias part da
Vers Bretaigne, la droite voie, ehateau d'Orgalus où
50 Et toute la gent le eonvoie 1 ; il я aeeompli entière
ment sa voloute. D.
Et , quant l'orent assés eonduit,
Si retornent arrière tuit
Fors que li Riees Sodoiers
Qui le eonvoie volentiers;
55 De lui départir ne se voet ,
O lui toute sn voie akoelt.
Et tant esploitent lor jornées
Qu'il ont à grant traval alées
Qu'il vinrent au eastel de Lis ;
60 Mais moult fu poures lor délis :
ll ont oïes tés noveles
Qui ne lor sont mie trop beles.
Si eom li rois fu deseendus
En la riee sale à lambrus ,
65 Si li a une dame dit
Que son biel neveu le petit
Qui tant estoit et biaus et gens
. Li ont emblé ne sai qués gens :
« Defors la ville el grant eemin ,
70 S'ert alésjuer hui matin *
Od les enfans si eom soloit ,
Mais ne savoumes ù endroit ;
Ensi en ont porté l'enfant.
Ains ne véistes duel si grant

• Ces deux vers, empruntés au manuserit de Montpellier, manquent au ma


nuserit de Mons. lls semblent néeessaires eomme transition.
* Juer »i« matin. Mpl.
— 346 —

i 9475 Com on en fait aval la vile;


Plus en sont pasmé de .x. mile. •
/4este novele à tous desplaist,
\J Li rois méismes ne se taist,
Ains a tous premerains empris
80 Qu'il le querra par le pars;
De ses eompagnons i menra
Tant avoee lui eom li plara.
Mesire Brandelis promet,
Com eil qui moult grant duel en fet,
85 Qu'il i metra toute sa forehe
Ains que de prison ne l'estorge.
Dont dist Ii Riees Sodoiers
Qu'il i menra м ehevaliers
U . il . mile, u plus, tant qu'il soit
90 Trouvés , en quel liu que il soit;
Et de querre nus ne se faint,
Mais ne truevenl qui lorensaint.
« Sempres quant nos arons mangié,
Sera mius dit et deresnié , »
95 Faisoit mesire Brandelis.
Kex dist : « JA n'en serai desdis. »
Au roi dient li ehevalier :
ч Kex fait semblant que aut mangier. •
Li rois s'en rist et donques prent
19500 Le roi Yder moult franeement,
Gyflet et monsigneur Yvain ;
L'amie monsigneur Gauwain
Ala véoir et eonforter
Qui toute s'oeist de plorer;
5 Et autres gens i vont assés
Que je ne vos ai pas nomes;
— 3i7 —

Li Riees Sodoiers i fu ;
Et, quant sont devant li venu,
Si dist Artus : » Amie, estés
19510 En pais, ne vos destonfortés,
Que mon neveu bien troverons,
Se Dieu plaist, tant le rerquerons. »
Cele dit : • Jou ne m'esmai mie
De lui, plus estoie marie
15 De vos , ear j'avoie oï dire
Que trop en avïés grant ire ;
Estrange eruauté ferait
Qui si biel enfant oeirroit 1 ,
Nus sages hom nel doit quidier;
20 Del bien querre vos voel proier
Por Dieu, eome mon droit signor;
Si en a rés monlt grant honor. »
Et dist li rois : < Bien avés dit
Mius que nous tuit, se Dex m'aït. •
25 En la sale s'en retornerent
Et apries mangier devisèrent
Com il eerkeront l'endemain
Le biau fil monsignor Gauwain ;
Mais Kex a dit et fianeié
30 Que jà n'i portera son pié ,
Qu'il ne set, ee dist, querre enfant.
« Rois , au vrai eors Diu vos eomant ;
S'en Bretagne volés mander
Riens nule, à moi poés parler. »
35 vresire Gauwains li respont :
Л « Toi que jou doi à tout le monl ,

• Qui à tel enfant mal feroil. Mpl.


Sire Kex , je m'en vois od vous ,
Car musars seroie à estrous
S'aloie querre eel enfant;
19540 À ses il . oneles le eomant. »
Et li rois dist : « Niés , je l'otroi.
Menés-en monsigneur Gyfloi ,
Car moult se diutde ses prisons. 1
En Bretagne nos le querrons.
45 La roïne me salués
De moie part, se li dirés '
Que d'ui en l. mois me r'ara,
Sans falle, mar en doutera.
En la lande des .ni. foriès,
50 À . un . piés des ni., feriés*
lluee tendre son pavellon s ,
Car d'ui en » i » mois i seron.
Faites par les forès eaeier ,
Que nous aions moult à mangier.
55 Se mes niés n'est trovés au jor ,
Dont n'i ara point de séjor
Que il ne soit partout eerkiés,
Et par foriès et par plaisiés ,
Des pers de ma table réonde;
60 Sel querra on par tout le monde. «
Cele nuit issi trespaserent,
Et l'endemain matin s'armèrent

* » Lequel eneore de la prison se deuil et pour ee n'a besoingque de repos.


1530.
* En la linule des nuarrefors
Au » un » puis des » in . serors. 79^. — id. 1530.
* Faee tendre son pavillon. Mpl.
— 349 —
Et vont eerkant par le pais I
Si eom il avoient promis.
19565 Mesire Gauwains fist sa gent Comment, après que
te Ruy Arlhus et le
Atorner au plus rieement Riehe Soudoyer avee
Que ne pot onques atorner, leur eompagnie se
furent mis en queste
Et n'a t ure de séjorner; pour le petit lilz deines-
A ins s'en vet, en maine s'amie; sire Gauvain trouver ,
messire Gauv:iiu , Keux
70 Le bon Girflet n'oblia mie, et Girflet s'en vindrenl
Et Kex et autres ehevaliers en la «rumie Bretuigne
vers la royne. 1530.
Ennmine avee lui tous premiers ;
Gyflès enmaine par le frain
L'amie monsigneur Gauwain,
75 Si bièle et si bien atornée
C'ains plus bele riens ne fu née ;
Li vallame du palefroi
Ne vos ert jà dite par moi,
Car à paines nus m'en ereroit ;
80 L'ensiéléure qu'ele avoit
Fu d'un dyaspre et li frains
Estoit de fin or tot le mains.

Tant que la eourt moult aproeèrent


U la roïne et sa gens fu ;
À i . juesdi i sont venu.
Elle ert au eastiel des Ormiaus
Qui moult estoit riees et biaus.
Mais ne me voel ei ariester
!»0 À la grant joie deviser

4 La page du manuserit, qui eommenre par ee vers, est déehirée et


endommagée , elle n'a été réparée qu'au bas de la page et d'une éeriture
plus moderne. J'ai eombiné le texte de 794 et de Mpl. avee ee qui reste dans le
ms. de Mons pour rétablir le texte le plus eonforme que possible avee ee
deenier.
— 3э0 —

Que la roïne eontre aus fist.


Cil ki la novele l'en dist
Li eonte de la damosele
Qui tant est avenans et bele ;
1 9Íi95 Adont les véisssiés pinier
Par eest eastel etaplamier,
Ces dames et ees damoiseles
La roïnne et les pueeles.
L'une faisoit son eief treeier;
19600 Et l'autre son eosté laeier;
La tieree dist : e Sour, suis-je bien?
» A vous, fait-ele, ne faut rien ;
Et à moi, eomenten est pris? »
« Vos iestes bien, ee m'est avis. •
5 Li quarte si dist d'autre part :
« Damoisele, se Diex vous gart ,
Sui-jou ore bien eoulouréeî »
« Oïl , plus que riens qui soit née. »
Seignor, tot eel ator estoit
iO Por eele dame qui venoit;
Et en eest apareillement ,
Très devant la sale deseent
Cele qui ot les с . biautés;
Chevaliers ot o li assés ;
15 La roïne et les dames font
Grant joie et eneontre li vont;
A grant joie l'ont reeéue
Et, quant les dames l'ont véue
Si gente et de si grant biauté,
20 Moult en ont entreles parlé ;
La roïne lors l'amena
En sa ehambre et moult l'onora
— 351 —

Por eelui eui ele ert amie;


Leans ot plus grant seiguorir.
i !t625 Or avés , ee quie , bien oï
Qu'en tel puise que je vos di
Vint l'amie au boin ehevalier
A eort , ee poés tesmoignier
À eeus qui par lor jugement
30 Dient qu'ele vint autrement;
Et, Dex grant joie vos tramete,
Cele avoit à nom t¡loriete 1 .
Par Bretagne fu tos eonté
Que li rois avoit aeievé
35 Son afaire et qu'il s'en venoit
Au jour que devisé avoit.
Emmi la lande , au quarrefours ,
Le sien pavellon et pluisors
1 fist la roïne porter;
40 1luee s'en ala séjorner
Et dist que ne se movera
Tant que li rois Artus venra.
Moult i ot très et pavellons;
Ducs et eontes et haus barons ,
45 lluee atendent lor signour.
Droit à eosté le quarefour,
Estoit li pavellons le roi;
Moult bon ehevalier ot o soi
La roïne , si atendoit
50 Son segnor qui venir devoit * ;
Moult estoient en bel séjour.
Par les forès li vénéour

« Guielete. Mpl. — Guinalorete. 1530.


« Le roi si eorne ele devoit. 794.
— 352 —

Moult prenoient Liestes sauvages ,


Car moult en avoit ès boseages.
19655 À tel séjor eom je vous di,
Fist moult bel vesprer » i » mardi ;
La roïne as tables juoit,
Car e'ert » i . gius que moult amoit,
O le bel fil le roi Enrain , 1
С0 Droit devant monsignor Gauwain ;
Moult i ot autres ehevaliers :
Giflès et Kex et Beduiers ,
Qui le giu vorrent esgarder.
Jà eomençoit à avesprer
65 Quant il virent . i. ehevalier
Tout droit armé sor i . destrier,
Et par devant aus trespassa
C'onques à aus mot ne parla.
La roïne fu moult irie,
70 Si dist : t Moult m'a petit prisie
Cis ehevaliers, ains ne torna
Vers moi. He Dex ! qui me dira
Com a à nom? De duel moroie,
Certes, se son nom ne savoie. •
75 |"|uis dist : « Kex, alés vos armer
Pour le ehevalier amener. «
Segnor, li seneseaus faisoit,
Toustans au plus que il pooit,
Le eomandement la roïne.
80 D'une eourte penne d'hermine
S'est desvestus, puis s'est armés;
Si est isnélement montés

* 0 le joene roi L'rien. Mpl. — La roïne jooit as tables. — An » I . Jeu qui est
delitables. 794.
— 353 —

Et vail après grant aleare,


t9685 Si le eonstat par aventare
Et de li si près s'a prora
Qu'il li dist : t Vasal, estés là !
Folie fu de trespasser
Le pavellon sans demander
90 De la roïne et de sa pent.
Tornes arrière isnèlement. »
Et li ehevaliers li a dit :
« Biaus sire eiers, se Dex m'aït,
Onques por orguel nel laissai,
95 Mais li graus besoins ke jou ai
Seroit tropgrièsà aeonter;
Si ne puis mie retorner. »
Kex dist : « Se Dnmledex me saut,
Quanque me dites riens ne vaut ;
19700 Se vous ne retornes, vassal,
Jou oeirrai jà vo eheval. »
Et li ehevaliers respondi :
« Trop m'averiiés avilli '
5 Et mon oire trop aseoureie,
Car jou ne sai aler à pié.
Mais tant vos voel prier et dire
Que me laissiés aler, biaus sire;
Et, voir, quant jou retornerai ,
10 À la roïne parlerai ,
Si me metrai en sa merei
De tant que ne parlai à li. »
De tout içou n'en a Kex eure ,
Qui moult fu de male nature;

1 Trop m'auri« avilrni. Mpl.

T. H.
— 354 —

19715 Arrière trait por lui férir ;


Li ehevaliers le voit venir,
Si s'aparelle pour jouster ;
Si l'ot si à les eneontrer
Que par sour l'arçon de la sele
20 A fait Kex la torne-bouièle,
A poi que li eols ne li ront ;
Si le trébueha en » i » mont ;
Le eheval prent, ne séjorna
Et Kex arrière retorna
25 À la roïne tout à pié ;
Moult en furent joious et lié
Tel eent qui n'osent mot soner 1;
Et il eomenee à raeonter
Grant losenge qu'il ot trovée
30 Qui ains n'avoit eslé sounee :
« Dame, fait-il, eil ehevaliers
Par ert moult orguellos et fiers
Et dist de vous moult grant folie
C'ains mais tele ne fu oïe. •
35 Ttiresire Gauwains li respont :
LTl « Foi que je doi à tout le mont ,
Jà nus preudom ne mesdira
De ma dame, nel doutés jà ;
Laissiés ester le ehevaher
40 Qui enmaine vostre diestrier ;
Ne dites pas de lui folie ,
Car eou seroit grans vilonie. »
La roïnne dist : « Alés-i
Et si le m'amenés ichi. »

i Tiex .e. qui n'en osent parler. Mpl.— « De quoy furent plus de eent ehe
valliers inoull joyeulx qui ung seul mot n'en osent sonner. » Ш0.
— 355 -

l 9745 « Dame, fait-il, moult volentiers. •


Jà fu amenés ses diestriers,
ll monta sus, tous désarmés,
D'un mantel d'ermine affublés ;
Une verge en sa main tenoit ;
50 Le ehevalier siut à esploit,
Priès fu de nuit quant il l'ataint ,
Del biel saluer ne se faint,
Car il le fet avenamment ;
Et eil s'arrieste boinement ,
j5 Puis dist : « La roïne vos mande,
Л eui Bretagne et tote lrlande
A pent, que vous à li venés ;
Si ferés que bien aprnsés. «
Li ehevaliers li respondit :
00 « Sire, ne puis, se Diex m'aït ;
Mais dite>-moi, ne me eélés,
Coment vous iestes apelés. »
Amis, fait-il, j'ai nom Gauwains. »
« Uians sire dos, soiés eertains
fi'> Que, se jou retorner peuisse,
Volentiers por vos le féisse ;
Mais l'uevre que j'ai pris à faire
Ne puis sans men honte retraire ;
Et, que vos diroie-jou plus ?
70 Aeiever ne le poroil nus,
Cou saeiés, fors le eors de moi ;
Et nonporquant bien quit et eroi
Que vous moult bien l'aeieveriés ,
Mais moult grant paine i averiés. »
75 • Sire, fi.'t mesire Gauwains,
Por Dieu vos proie à jointes mains
— 356 —

Que vous arrière retournés ;


Por l'amor Diu, n'i demores ;
Car por vilain et orguellous
i 9780 Vous fait tenir, ee saeiés-vous ,
Mesire Kex as pavellons ; .
S'en ai esté en grans tençons
Et moult l'en ai, eertes, blasmé. »
Cil respont : « Ne me eaut de Ké
85 Ne de rien ke il puisse dire ,
Mais por vos, eertes, biaus dos sire ,
Ferai tout çou qu'il vos plaira ;
Mais tous eis oires remaindra. •
« Sire, Dex vos en saee gré !
90 Nous serons jà ei retorné
Et je vous en avaneerai
De tout iehou queje porai.
S'il n'avoit el monde que moi ,
Si vous otroi jou, sor ma foi ,
9b Que jou furnirai eest mesage ;
N'i poroie avoir nul damage. »
« Tjiaus dous sire, en vo atendanee,
Jj Certes, ai-jou moultgrantfianee;
Véés-moi tout prest de l'aler
i 9800 Là ù vous me vorrés mener. »
Vers le pavellon est tornés
Et eil a laissié de son grés
Le eeval Ké tout estraier 1.
Or ne vos voel plus délaier ;
5 Tant ont ensamble eeminé
Qu'il sont el pavellon entré ;

1 « Et laissa le ehevallier le eheval de Kenx aller, que plus avant ne le daigna


mener. .. 1530.
— 357 —

Adont se plaint moult t l sorsaut1 In ehevalier est tué


Li ehevaliers et erie en haut : à la suile de Gauvain.
K. H D.
« Ha, sire Gauwain, je sui mors !
19810 Par Dieu, çou est pitiés et tors ,
Hoeis sui en vostre eonduit.
Se Dieu plaist, si ferés, je quit ,
Cou que m'avés en eovenant ;
Véés iehi tout maintenant
i5 Ces armes por vo eors armer
Et eest eeval por vos porter ;
Et saeiés bien ke vous menra
À grant besoing, jà n'i faurra *.
Sire Dex, por eoi m'ont hoeis ?
20 Certes, onques rien n'i mesfis. »
Mesire Gauwains l'esgarda ,
Estrangement sVsmervella
De çou qu'il se plaingnoit ensi ,
Qu'il n'avoit véu ne oï
25 Qui l'éust féru n'adesé ;
Lors le vit eaïr tout pasmé
Desor le eol de son diestrier
Et moult forment le vit sainier,
Car féru fu parmi le eors,
30 Si que li fiers en paru fors,
D'un gaverlot tout en lançant 3 ;
Et mesire Gauwains plorant
Li dist : « Sire, bien m'a boni
Cil ki vos a navré issi. «

• Gela KeK »I» eop enlresaut. Mpl.


3 Si airs là où il (lr eheval) voudra
Giinlez ni. le liTstoriiez jà. Mpl.
s D'un javelol eler et luisant. Mpl. — « Fori lrrnehant. » 1530.
— 358 —

19835 Et eil eiet mors, ains ne parla ,


Que nus hom ne li demanda
Son nom ne quels hom il estoit ,
Ne ù ala ne dont venoit.
De toutes pars la gens aüne ,
40 Entr'aus est moult grans la murmune 1
Qui l'a mort ne qui l'a tué ;
Kex en ont li auquant nomé ,
Mais il le noie et moult le plaint.
De mautalent et d'ire taint
45 Mesire Gauwains , si l'ala
Hurter que tout le dequassa
Et del eheval le defoula,
Traïtour etfel le elama !
Et dist : « Eneor serés rétés
50 De sa mort, traïtres proves ;
Tous en sui séurs et eertains
Que vous l'avés mort de vos mains. »
Kex s'en ist au plus vistement
Qu'il onques puet d'entre la gent ;
55 Le eors prent mesire Gauwains
Et tout li autre à lor mains ,
Sel portèrent à la roïne ;
Parfondément dist et eneline :
• Dame, le ehevalier véés
60 Qui vous devoit estre amenés ;
A vous venoit sans eontredit,
Qu'il n'i ot fet grant ne petit.

l n poi d*ore i ul mont de gent,


Oui mont se pleigiieiil durement. MpI.
Par plnsors fois li fist marehier.
Par desear le eors le destrier. Mpl.
— 359 —

Or est mors en vostre eonduit,


Si vous en doil peser, je quit ;
1 0861> Vés-ei le eors, eou est damages ,
Car moult estoil eourtois et sages
Et jou en quille estre honis ;
Ains ne ln véus ne oïs
Hom ki reeéust deshonor
70 Si grant eom g ai fait hui eest jor,
Qu'il samble que l'aie traï.
Par ma foi , vérité se di. » *
1 itant le font désarmer, »
l\ Si le vont grant gent esgarder ;
75 Son eors plaingnent et sa façon
Tout eil ki sont el pavellon :
« Sire Dex, font-il, dont est nés
Cis hom qui tant avoit biautés? »
Onques home ne le eount,
80 Ne ne sot de quel tière il fut.
Que vous iroie ueontant ?
Mesire Gauwains maintenant
S'est de ses armes adoubés,
Puis est en son eheval montés ;
85 Et la roine demanda ,
Qui d'ire et de pitié ploura :
• K'est-ee, fait-ele, hiaus dous sire ?
J;'i il est nuis, que volés dire ? * »
« Dame, si m'aït li eors Dé ,
!I0 Ne vos en sai dire vreté.

Mais à nul jor ne m'esehaï. Mpl.


Qu'est-ee sire? que devez 1ère .
Ян me devez eeter ne 1ère. Mpl.
— 360 —

Ceste oevre me eonvient íurnir ,


Se jou i devoie morir ,
C'au ehevalier l'ai eovenant ;
Ne vos en sai plus dire avant ,
19895 Mais eis eevaus mener m'i doit
La voie et le ehemin tot droit,
Ne sai ù ne en quele tière
Ne le besoing queje vois querre
Ne l'eure que jou revenrai ,
19900 Mais à nul jour joie n'aurai
Desi que l'averai vengié. »
À ice mot, a pris eongié,
Ains ne vot en nule manière
Remaindre por nule proière ;
ü Moult en pleurent li ehevalier ,
Varlet, serjant et eseuier ;
Les dames et les damoiseles,
La roïne et ses pueièles
Tout demainent moult grant dolor
i0 Por le boin neveu lor signor;
Ne sèvent dire ne eonter 1
En quel païs il doit aler.
Lors oirre mesire dan wains ;
Cil remest mors entre lor mains,
Coment Gauvain en Si eom raeonte l'aventure.
tra en une ehapele ou 1eele nuis fu moult oseure,
il trouva » i . eierge
desus l'autcl et une Et mesire Gauwains erra
main noire ipii l'estéint. Si eom li ehevaus le mena ,
12577.
Tant qu'il trova une eapele
20 En » i » grant qoarefour, moult bele ;

1 Ne penser. Mpl.
— 361 —

En la eapièle vit elarté ; Comment , après que


Si entre dedens por l'osté , le ehevallier que i¡au-
vaiiimeiioii pourparler
Car forment ventoit et plovoit , à la rouie eust esté
D'eures à autres espartoit. oeris au eoiiduiet pe
Gauvain, le diet Gau-
19925 Par .i. trau, desous » i. autel, vaiu se arшa des armes
Vit une noire main entrer 1 du diel îIi ii uni i eomine
il lui uvoit promis et
Qui toute la elarté estaint , s'en ala au iouЛii iei du
Puis ot une vois ki se plaint , eheval du diet deffunet.
Et li elievaus mout esfréa ;
30 De la сupièle s'en ala
Li niés Artu o son diestrier.
Si eomença à ehevaueier,
Mais la mervelle qu'il trova
Dont maintes fois s'espoenta
ù'j Ne doit nus nom eonter ne dire ;
Cil ki le dist en a grant ire ;
Car e'est li singues del Graal ;
S'en puet avoir et paine et mal *
Cil qui s'entremet del eonter
40 Fors ensi eom il doit aler.
ж i esire Gauwains eevauça
Toute la nuit, ains ne fina ,
En duel , en ire et en paour ,
Tant qu'il vint au matin au jor,

• Cette rime rst mauvaise; Mpl., traduit par Ш0, donne


variante qm l'évite :
Leans n'avuil plus de elarté
Si tust eum il fu enz entrez , Fors de ee eierge sulement.
Devant l'autel en est alez; !Ne demora mie grammenl
. l » ehandelier desús avoit Que inesire Gauvaiiis garda
t.lui » i • grant eierge sostenoit , Et vit une main qui entra, Ce, ete.
Ce m'est avis , tout embrasé ;
2 Li fel grant |icebiù et graiil mal Mpl
— ш —

19045 Et adont, quant il esgarda


La tière, moult s'esmervella
Com il avoit si eslongie
Bretagne et toute Normendie.
En une grant foriest entra 1
50 Que très u matin li dura
Deei au vespre qu'il fu nuis;
Si li puet estre grans anuis ,
Car, quant fu nuis, la mer trova ;
N'est merveille s'il li pesa,
55 Carla nuit devant ot vellié
Et le jor assés travellié ,
Sor lui reversé et pléu ;
N'il u'ot mangié n'il n'ot beu ;
Si ot tel talent de dormir
60 C'à paines se pot sostenir.
Li ehevaus amble et tire al frain,
Et il li lasque » i » poi sa main ,
Si le laisse aler à son gré,
Et il oirre, tout à soué,
65 Tant qu'il trova une eaueie
De moult riees gimples plaissie *;
Les branees desos séjornoient
Si ke les eaueies eovroient ;
Moult i fist malaisiule errer 3,
70 Car il n'i faisoil mie eler.

* Qui dès le matin eommença. Mpl. — « Qui drès le matin luy dura te tong
du jour jusques au vespres. » 1530.
* « Et le long dе la ehaussée qui large n'estoit, furent beaux pins eiprés et
lauriers plantez si que toute la t'haussée estoit toute eouverte par dessus des
branehes et des rineeaux des arbres qui pendoient, ete. 1530.
3 Mès moult i fçl hideus entrer. Mpl.
Mesire Gauwains s'abaiseha ,
Parmi le eaueie esgarda ,
Si vit moult lone une elarti*
Com s on éust fu alumé.
1!HI75 Li ehevaus eus entrer voloit
Mais il entrer ne li laissoit;
Moult faisoil là mal séjorner
Et dist qu'il |aira ajourner;
Et li ehevaus prendoit ès tlens
80 Son frain et voloit entrer ens ,
Sor les piés derrier se dreçoit ,
Une si fort vie menoit
C'ains mais teus ne fu regardée.
].a e.uieie ki fu moult lée
85 Douta Gauwains moult durement,
Ce saeiés vous eertainement ;
Kl li ehevaus l'a dont porté
Trestout em pais et tout soué.
Jusqu'à mienuit eevauça ,
90 Onques la elarté ne trava .;
Lors se haste de eevaueier Comment Gaiivain ,
Tant qu'il le prist à aproeier, pour sa promesse ne-
euinplir, sе inyst en
Et, tout errant, eel eemin tient vove en la eomluieledu
Tant qu'en une grant sale vient; eheval du ehevallier
oeeis el eomment il
95 Assamblée i vit moult grant gent, arriva an lieu dont le
Et si vos di eertainement dist ehevallier oeeis
e>luit seigneur. 1530.
K'à grant honor fu reeéus,
Si tost eom il fu deseendus,
El si dient la gent menue :
20000 « Biaus sire , la vostre venue ,
Font-il , nos a Dex amenée,
Qur moult a esté désirée. »
- 36t —

Devant » i » grant fu l'ont menú


Et , quant il l'orent désarmé ,
20005 1. mantiel vert li aportèrent,
A ses espaules li giétèrent
Et, quant ot une pièee sis
Au fu de busee bien espris,
Si l'esgardent à grant mervelle,
10 L'uns à l'autre dist et eonselle :
« Dex, ki eou ert? Ce n'est il mie. »
Atant ont la sale laissie,
C'nn tout seul remés n'en i a.
lçou forment lÍ an nia ,
i5 Et çou qu'il les vit eonsellier
Mout anuia au ebevalier.
La sale est de gens eswydie,
Qui ains mais n'ot esté emplie :
Mais or en i ot tant venu ;
20 N'i remest jouene ni ehenu
Qui ne soit tos venus laiens ;
Or i vint tout bloiseus et lens
En eeste sale longe et lée
Dont la gens en est tote alée
25 Et bloisie soutivement,
Dire le voel iei briément.
Emmi lin avoit une bière
Qui longe estoit à grant manière ;
Mesire Gauwains l'esgarda ,
30 Sa main liève, si se sainna
Et fu plains d'ire et de dolor.
Sor le eors avoit par honor
» l » grant samit verme! grigois
Et une erois riee d'orfrois '
Une eroix faiete d'orfaverie. 1530,
— 36j —

2003?) Et ennui la erois une espée ,


Parmi la maison dequasée 1 ,
La moitié n'en i avoit plns,
Devant la pointe de desus ;
Et . un » eierges embrasés
40 Ot au eief et as piés posés
Et . nu » moult grans eandeliers.
D'or et d'argent » un » eneensiers
Que li eandeler soustenoient,
Et dedens trestot plain estoient ;
45 Onques tel fumée ne vi,
Trestoute la sale en empli.
Mesire Gauwains atendi ;
Si faitement eom je vos di,
Laiens fu en la sale seus,
50 Forment maris et angoisseus ;
Ne set que dire ne que faire ,
Car trop a anui et eontraire ;
De la bière moult s'esmarist
Et del ehevalier qui ens gist.
Uli r\n eel pensé que il avoit,
Hi 1lauee son eief et venir voit
Une moult riee erois d'argent
En » l » baston moult noblement ;
Tant i avoit pières et or
60 Que bien valoient . l » trésor ;
» l » grans e!ers la erois soustenoit,
Qui forment eargiés en estoit;
S'ot vestu une keute noble
D'un pale de Constantinoble ;

< Maison , mmon : miliju. — Rompue du oosté devers le plumbeau. 1530.


— Ö66 —

20065 Après vint grans poreession


De eanones tout environ ,
Dont tous li pluspoures avoit
Cape de pale à son endroit ;
Moult par furent bien atorné
70 À faire le siervice Dé ;
Vegille des mors eommeneièrent
Et d'eneens la bière eneensièrent
0 les grans eneensiers d'argent.
Dont empli la sale de gent ,
75 Onques si grant duel n'en Oistes
Puis eele eure que vos naquistes
Com avoit environ la bière.
Mesire Gauwains fist proière
À Dieu qu'il le giet de balanee 1 ,
80 Si fist moult bele eontenanee.
Quant li mestiers fu defines ,
Si tost eom il fu aeievés,
Si pendirent les eneensiers
Arrière as «un. eandeliers.
85 I i dious s'en vait, li eors remaint
Jj Ne puet muer qu'il ne se saint
Mesire Gauwains, quant il voit
La mervelle qui avenoit;
Adont s'asist tonten pensant ,
00 Moult avoit esté en estant,
Devant sa eière met ses mains ,
Dont oï mesire Gauwains
Une grant tormente venir,
1l leva son eief por oïr

1 A Dieu qu'il le gart de pesanee. Mpl.


— ЗГ,7 —

2tЮ!Н, Et voit eu la sale la gent


Que il trova premièrement;
» XX » serjans qui portent dobliers
Vit vers le doi venir premiers ;
Quant les dobliers orent mis jus,
201 00 S'est par l'uis d'une eambre issus
Uns ehevaliers, noble personne,
Et en son eief portoit eorone
Toute de fin or esmeré ;
N'avoit en la erestienté
5 Si biel home ne si eortois.
Lors dient : « L'aige viut li rois. »
En i baein d'or a lavé ;
Adont a moult tos eomandé
Doner à monsigneur t¡auwain
10 Leve , puis le prist par le main
Et, tout belement, sans dangier,
L'assist delés lui au mangier;
Samblant fait de lui honorer.
Lors vit parmi la sale aler
1 !i Le riee Gréail ki servoit
Et mist le pain à grant esploit
Partout devant les ehevaliers.
Li mestiers dont li botelliers
Devoit siervir, ee fu de vin;
20 S'en mist ès grans hanas d'or lin ;
Puis en a les tables garnies;
Si tos eom il les ot servies,
Si r'a l'autre mangier assis;
Bien omit des mes plus de dis;
25 En grans eseuièles d'argent
Moult furent servi rieement.
— 368 —

Saeiés que moult s'esmervella


Mesire Gauwains, esgarda
Le Graal k¡ si le servoit;
20130 Nul autre seneseal n'i voit
Ne nul varlet ne nul serjant;
Si s'esmervelle duremant.
Quant del premier mes ont mangié ,
Tant eom li rois vint à daintié,
3a Si fu desor la table ostés
Et li seeons fu aportés ;
Trestous lor mes lor aporta ,
Saeiés, ne vos mentirai jà,
Car estrange anuis vos feroit
40 Qui tous les vos aeonteroit;
Moult mangièrent à grant loisir ;
Adonques véissiés servir
Le Gréail moult honestement
Et bien et moult delivrement.
45 Quant li rois eommande à oster ,
Esvanuis est dou souper;
Mesire Gamvains remest seus ,
201 48 Puisdist: « Aidiés-me , sire Dieus. »
lb

0n a vu, pa(ге84,tЦ1с plusieurs manuserits, eontrairement au notre, répètent


deux fois l'aventure de Gauvaineliez le roi Pêeheur el son éehee auprès du Graal ;
on ne lira pas sans intérêt eelle première seène, dont voiei le passage le plus
important d'après le ms. de Montpellier :

(Comment mretrt (бailoaта oh la lonrt qui etmnott tt It ettnt ©mol

Quant ou mengier farent atsis ,


Vi orriil mie gramment sis
Quant issir virent d'une ehambre
» l » vallel , onques ne me membre
5 C'unques nus hom plus bel véist ;
Qui bien l'esgardafl, il deist
Que ее fust le plus bel du monde,
t'ne blanehe lanee réonde
Tenoit li vatlrz en sa main ;
10 Par devant Mon>ignor Gauvain,
Passa parmi la voir plaine ,
F.t le fer de la lanee saine,
Aim de saignier ne se lassa.
Parmi la sale trespassa
IS l.i valiez; Gauvains revit puis
D'une ehambre issir parmi l ui»
t:ne pueelle beleet gente ;
En li esgarder mist s'entente
t'.aiivain- et durement li plot ;
S0 El la pueele si portot
.l. petit tail léor d'argent ;
Par devant trestule la gent.
S'en passa outre après la lanee.
Après ee , revit sans doutanee
25 tt. valiez mesire Gauvains ,
Qui portoient ehandeliers plains
De ehandelles totites ardanz;
Moult estoil engrès el ardanz
Mesire liaiivains de l'enquerre
30 Quel gent ee sont el de quel lerre ;
Qiian que Gauvains ainsi pensoit,
Après les valiez venir voit
Parmi la sale une pueele
Qui moult estoit et gente et hele,
35 Mès moull plore el se deseonforte;
Entre ses mains hautement porte
»l* graal trestout deseovert.
tiauvains le vit tout en apert.
Si s'en merveille durement ,
Í0 Por qu'ele ptore si forment ,
T. ll, U.
— 370 —

Et où el vu et qu'ele porte ;
De ee qu'ele ne se eonforte.
Et que de plorer ne se lasse
Seinervelle , et eele s*en passe
45 Pur devant eux grant aléure ,
En une ehambre entre à droiture
Et , quant ele fu ens entree,
» HU. valtei ont aportée
Une hiere après le Graal ,
50 Couverte d'un paile roial;
Si ul dedenz la bière » i » eors ,
Et , sor le paile par defors ,
Avoit une efpée eonehiée
Qui par mileu estoit brisiëe ;
55 Mes jà ne fust apereeue.
Se la ehose ne fust sene,
Que l'espée ne fust entière.
M .ПИ' qui portent la bière
Sont parmi la sale passé ;
60 Cil qui estoient amassé
De mile riens ne s'arésonnent ,
Ne eil .I» sol mut ne lor sonnent.
Gauvains durement se merveille
Quant vén ot eele merveille ,
65 Si a grant talent de l'enquerre
Qui il sont et qu'il viennent querre
Et dont viennent et où il vont.
El eit o lu bière s'en vont ,
Tuit » nu » en une ehambre entré ;
70 N'i ont pas gramment uresté
.Ne fète longue demoranee ,
Quant li valiez la blanehe lanee
Raporte, dont la pointe saine,
Et si n'i u ne ehar ne veine ;
75 Puis revint par devant lu gent
Cele o le taillée ur d'argent ;
Après s'en vinrent par derriers
l.i dui vallet as ehandeliers ,
Et après revint li Graaux ,
80 Toz pluins de pierres préeiaux ;
Sel porte la bele qui plore.
Et après eelui ne demore
La bière se moult petit non ;
En tel guise , se moult poi non ,
85 .111. foiées i trespassèreni,
Et toit eil qui en l'ostel èrent
Le véoient aperlement ;
Mesire Gauvains ensement
Avee les autres le véoit
!Ю Et de ei1 moult se Bierveilloit.
Lora se pеши el set им doutauee
I.lue e'est li Gruau* et ln lame
IJu'il ilevuit цтттe. еVu la iiin—е '
Lors se trrl plus près du prudoiur,
100 Si enquiert lu fine fianee
El du Graal rt de la lanee
El porquoi la pneele plore ;
Après ee, requiert sanz drmorr
Porquoi en porte einsi la bière,
S S'estre puet en nule maniere,
Ce vrlt que li sires li die ,
El porquoi l'espеe fur Ьи.
Estoit desus la biere mise ;
El eit qui ert plains de franehise
M l.i respont qu'il l'en dira voir
Se it est dignes du savoir.
Lors a li sires apelez
» lHl. valiez, si dist : • Alei ,
Si m'aportez ma bone espée. •
lS Cil eorent , si l'ont aportée ;
Mes ele eri parmi péçoiée.
Et li dui vallrt l'ont baillée
A lor seignor totes par pièees ;
El saehiez qu'une de ses nièees
20 Li ul l'espée peçoiée
Par inoidl grant amor envoiée.
L'espée prent et si la baille
Au ehevaber qui se travaille
D'enquerre et de eerehier la ehose ;
2j Lors li dit li sires : s'il ose
Et s'il fet l'espée reprendre ,
El l'un arier à l'autre prendre
Si qu'ele soit saine et entière.
Lors porroiz savoir de la bière
50 Et du Graal et de la lanee
Le voir et la sénélianee ;
El porquoi la puede plore.
Les pièees, sanz plus de demore ,
Prent Gauvains et si lesassenble
35 Les pièees avindrrnt ensemble
Come eeles qui d'un estoient.
El trestuit ieil qui la voient
Cuident qu'ele resoit rejointe ;
Lors dil li sires : « Par la pointe
M Prenez l'espée et si saehiez ;
Se l'un de l'autre n'arraehiez ,
ilonques sauroiz vous sans doutanee
Et du Graal el de la lanee
El de la bière l'aventure
Í5 El tonte la vérité pure. •
— 372 —

Lors prent Gauvains l'épée et saehe,


Et Tun aeier Je l'autre arrache
Et desjoint au premerain tret.
« Vous n'avez pas eneor tant fet
50 D'armes que vous doiez savoir
De eette aventure le voir ;
Quareil qui le voir en saura
Le los et tout le pris aura ,
Fet li sires , bien le vos di.
155 Bien il porroit bien estre einsi
Que vos eneor le sauriez ,
Et lores eonquis auriez
Du mont, par vos ehevalerie,
Tout le pris et la seingnorie. »
60 Quanqu'einsi li sires parloit ,
Mesire Gauvains eseoutoit ,
S'enlendi tant a la parole
El as ehoses dont il parole
Qu'il s'endormi desor la table ,
65 El ee ne tenez mie a fable
Ce que de li vos eonterai ,
Que jà de mot ne mentirai
Que je saehe , au mien eseiant ;
Cele nuit dormi fièrement
70 Jusqu'au demain qu'il s'esveilla ,
Et de ee moult semerveilla
Qu'il se trouva en » i » marois ,
El ees armes et son harnois
Et son eheval vit ataehié
75 A i. arbre, lez » 1 . plessié.
Quant el marois se fu trove* ;
Moult fu pensis et abosmez ,
El moult li poise et forment het
Quant il l'aventure ne set
80 Que tant desiroit a savoir ;
Si ne vosist por nul avoir
Que il l'éust einsi perdue ;
De 1'ire fremist et tressue ,
Ses armes prent et si s'en arme ,
85 Quant armez fu , si vint a l'arbre
Où son eheval fu ataehié,
Maintenant est desús pui¿
, Et si s'en est tornez pensant,
Et si vos di qu'il pensa tant
90 Que de sa fianee li membre
S'a tel ire que tuit li innmbre
Li fremissent de fine angoisse,
Si ne euide mie qu'il puisse
venir a tans ù sa bataille , ttr.
— 373 —

TlXTI DU 4v DE M0IS. 011 Л ¿Til REIPLACE DAJS l'iMPRISslU* PAR DIs


tlHiIMb DES ГШ. DK MulTPtLl 1ER ET 4BTIE1 '

P. 4. vers. 9295. Et disl : pueele, ete.


P. 5, v. 9300. Et à toutes si nos eomande.
P. 5, v. 9315. A vous siervir, rte
P. 5, v. 9322. Joie e onques mais n'ol gregnor.
P. 6, v. 934t. Pelis li sans, rte.
P. 7, v. 9389. Que eil qui, cU.
P. 9, v. 9431. Tant que mangerai n'arai joie.
P. 9, v. 9447. Qu'il estoit, ete.
P. 9, v. 9452. La première fois que je hui.
P. 10, v. 9468. Après ee vers, Mous ajoute : Et maintes dames avoee li,
ee qui fait trois rimes en li. Après la troisième rime (v.
1>470), le ms. laisse pour la 4e une ligne en blane que je
n'ai pu remplir. J'ai retranehé d'après Mpl. ee vers inutile.
P. 11, v. 9503. Del mini ne del blame le pri$.
P. 14, v. 9583. Si mangerès qnant vous sera.
P. 16, v. 9626 Si ot, ete.
P. 17, v. 9682 Ce est eele qui, rte.
P. 19, v. 9723. Si ne vos griet.
P. 20, v. 9757 et 58. Et que devant moi le véisee,
Que je avant dire le puisse.
P. 22, v. 9816. Après ee vers, Mons ajoute une 3« rime : Qui estira et mer
et glaee, et laisse en blane la 4e rime. J'ui supprimé ee
vers inutile . d'après Mpl.
P. 24, v, 9888. De . lui » piès.
P. 24, v. 9890 et 91 . Ces 2 vers sont de Mpl. ; ils manquent à Mons.
P. 30, v. 10074-5. Et si furent en mon eseu
. lNl . ongle, retenu i fu.
P. 32, v. 10131. Et si ne vos, ete.
P. 32, v. 101 43. Se j'avoie pueele, ete.
1». 34, v. 10212. La teste orendroit me laissasse.
P. 35, v. 10237. Mil tant d onor eil n'i aura.
P. 37, v. 10301. Les deux premiers mots du verssont restès en blanea Mons,
P. 38, v. 10335. Jà li dus, ete.
P. 41, v. 10416 Lès ma fille, ete.
P. 43, v, 10477-8. Jà n'i ara »■. seul ki l'oie
La novele moult liés n'en soit.
P. 45 et 46, v. 10565-6. Moult movera anuis et sourt — au roi, ete.

» Chaque fois quа le me. d'аprès lequei la eorreetion est fаitt n'eаl paI ¡"dique, e'eft Mjl. qui J «
- 374 —
1». tO, v. 10376. Qui por Dieu lous nos revestoit.
P. .10, v. 10580-7. El xx. dus el .xx. rois ausi.
1Л rois fu moenes ut pensi.
P. 55, v. 10759. Que liet en sont le remanant.
P. 58, v. 10859. Genoivre la roïne, ete.
P. 65, v 11052. Au malinet ont, ete.
P. 07, v. 11105 et 6 Boinsert a torner par nature,
lie ne set autre eoverture.
Ni misent du vers 11105 m'est fourni par 12576.
P. 68, v. M 136. Maint ehevalier et bai et brun. J'ai suivi 794.
P. 68, v. 11145 etiO. Le guès. — tous aroustès. J'ai suivi 1453.
P. 70, v. 11192. Sour » il . ehevaliers. — Corrigé d'après 1453, 791 et
12576.
P. 73, v. 1128t. Jusqu'à .XV. . — Corrigé d'après 1453 et 794.
P. 73, v. 11299. Li fremèrent. — Corrigé d'après 1453.
P. 74, v. 11319. A la rime : Cols.
P. 75, v. 11339. Teus se douent. — 794 dit : tiex se donent.
P. 80, v. 1 1493. Et votant tous en est alée.
P. 105, v. 12108. Tous est autès eom sa faiteure. Corrigé d'après 1453.
P. 107, v. 12145. Ce vers est laissé en blane dans Mons. Je l'ai trouvé dans
1453.
P. 118. v. 12471. Cil retint s'amie od soi.
P. 136, v. 12956. En main quant la eors fu banie.
P. 130, v. 12964. Carados, ete.
P. 137, v. 12974. Plus doner bianté ne pèust.
P. 137, v. 12980. Kanque à pueièle, ete.
P. 137, v. 12983 Carados qui ses frère estoil.
P. 137, v. 12989. N'i vint plus ees seulement.
P. 138, v. 13004. Lors eonut bien k'elo fu bele.
P. 138, v. 13028. Fist sa proière, ete.
P. 138, v. 13034. A Carados, ete.
P. 139, v. 13061 Mais Carados tant meskaï.
P. 139, v. 13063. Trestous travers.
P. 141, v. 13113 et 14. Mons porte à la rime : Aversier et ehevalier.
P. 142, v. 13138. Que il m'éust si maubaltie.
P. 144, v. 13189 et 90. Ci< ki plus puet férir si fière
Et li plus valiant le rentiere.
P. Ш, v. 13217. U il l'ateignent.
P. 145, v. 13233. Que tout la, ete.
P. 147, v. 13307. Ce vers manque à Mons, il est de Mpl.
P. 147, v. 13310. Après ee vers, Mons ajoute une 3e rime : Qui moutt avait
esté estoute,
P. 148, v. 13325 Mais Carados moult se demaine.— J'ai préféré la version
de Mpl.
P. 148, v. 13343. De Dieu elames.
P. 119. v. 1Ш. L'autre barpe eostume avoit.
P. 159, v. 13663. Le nis. de Mpl. qui nous a servi pour ee passage porle :
As -xll » ruis. J'ai eorrige d'après 12577.
P. 1*i, v. 13882. Mpl. porte : it sont.
P. 192, v. 11982-3. Sovent avient par une foie
Blasme esiniiel pur mnnlt poi ,le rose.
P. 193, v. 11993. Et les vers par eoi, ete.
P. 191, v. 15019-20. Queilprisriilrnenntemeiii
Har|M'ret faisoit harpéors.
P. 195, v. 15077-8. Mous porte à la rime : Ca lor el trésor.
P. 196. v. 15088. Et Carador. et':
P. 198, v. 15142. A la rime : Alé.
P. 211, v. 15494. Apres ee vers, Mons en ajoute un autre de même rime qui
n'est pas dans Mpl : Quant vous de moi vous a|тмч'ёч.
Notrems laisse ensuite en blane une ligne pour la .l' rime.
P. 216, v. 15643-4. C'a sa eourt venist sans delai
El sa feme od soi sans délai.
P. 216, v. 15651. Et après la priesse demaine.
P. 221, v. 15784. Avee eeusù il l'amena.
P 221, v. 15792. Por déduire et por eaeier.
P. 222. v. 15835. Bénéois ieis pensers. — J'ai ajouté le pied qui manquait
à ee vers, d'après Mpl.
P. 222, v. 15836 llespont iaseuns : « Or me loès. — Mpl dont la version
diffcre indique la eorreelion de ee vers :
Nirs, dites.moi sans deinorer
Où vos loez que ma eurt tienne.
P. 223. v. 15854. Ha, Kex, ete.
P 225, v. 15900. Li vont del euer as ex devant.
P. 225 v, 15917-18. Puis enbroneha aval son vis.
El pеnм: rentre, ee m'e*l vis.
P. 228, v. 16003. Com elle a esté, ete.
P. 228, v. 16012. Après ee vers, le ms de Mons ajoute un vers inutile, qui
n'est pas dans Mpl et qui n'a point de rime : Après tui
bien elore et fremer.
P. 228, v. 16018. Ains a à tous dis et retrais.
P. 229, v. 16030. Que li rois, ee m'est vis.
P. 230, v. 16084. Après ee vers, Mous en ajoute un autre qui n'est pas dans
Mpl. et qu'il laisse sans rime : Siont de eoudroit etraison.
P. 233, v. 16178. Après ee vers, notre ms. ajoute : Saeies moutt efforeie-
ment , puis il laisse une ligne en blane pour la rime. Ce
vers ne se trouve pas dans Mpl.
P. 236, v. 16242. En troveriez eneontre eent.
P. 245. v 16517. Et si est là moutt droit venus.
— 376 —

P. 248, V. 16603. 1. Del paon que il estoit glos


El j'oi qne di tout à estrous.
P. 249, v. 16631. Jusqu'al vergier deseure trulles.
P. 250, v. 16659. Ce vers manque à notre ms. Je l'ai trouvé dans Mpl.
P. 252, v. 16702. De la fontaine pris avoient.
P. 252, v. 1671 1 . Fontaine à boire ehevalier.
P. 252, v. 16712 Ce vers manque à Mons. Je l'ai trouvé dans Mpl.
P. 253, v. 16734. Mons répète la même rime : Eseuieles, boins aniaus d'or.
P. 254, v. 16773. Moult li pesa quant il les vit.
P. 255, v. 16795. Tout ensi eom il les trova.
P. 258, v. 16865. Coment, ee dist li rois, sauron
Si aurjs june eome non.
P. 258, v. 16872. C'est li eours que vos en diroie.
P. 262, v. 17009. Fors tant qu'en vi les dens ovrir.
P. 263, v. 17042. Celi qui, ete.
P. 267, v. 17160. Nes del desdire aies maudehé.
P. 271, v. 17284. Biaus dous frères, ete.
P. 274, v. 17380. Que li plus morleus anemis.
P. 275, v. 17414 Eneor ne fust pas mors mes frère.
P. 280, v. 17538. Le ehevalier, ete.
P. 281, v. 17583. Des eambres les huis trespassa.
P. 286, v. 17734. Et si les balle à tenir.
P. 296, v. 18813. A eelui de eà pour tenir.
P. 297, v. 18035. Que tout l'a treneié et fendu. — Mons a iei trois rimes en
u, suivies de trois rimes en ent.
P. 297, v. 18037. Glaça li glos, ete.
P. 299, v. 18094. Par foi, que il ne s'en garda.
P. 311, v. 18443 Adont vint, ete.
P. 311, v. 18445. Et si en fait moult grand proière.
P 314, v. 18536. Des lanees si que toutes froseièrent.
P. 318, v. 18653. Caseuns l'esgarde, ete.
P. 331, v. 19047. Et tout à eeval li a eaint.
P. 346, v. 19491-94. Les deux premiers de ees quatre vers manquent dans
Mpl.; ils sontéerits, sans donte par erreur, après les deux
derniers dans notre ms.
P 348, v. 19543-4 Le premier vers iei imprimé est plaeé après l'autre dans
notre ms.
P. 352, v. 19664. Jà eomeneent à avesprer.
P. 353, v. 19688 Folie fu sans trespasser.
P. 356, v. 19803. Le eheval Que, ete.
P. 362. v. 19949-50 . Le premier de ees deux vers est plaeé avant l'autre
dans notre ms.
P. 305, v. 20062. Qui forment eangiès, ete.
P. 367. v. 20098. Après ee vers noire ms. ajoute : ßj'aus ei apiers, jouenes
et fiers. Ce qui fait trois rimes en iers.
Soiiété

bes ßiblioplIiles ßelgee,

seant à Möns.
¿ 200 eœetitpfaiteô deétútéó au. commence.

Ce Jprfsiîrmt,

Ce Srrrétoire,
3e-

Jîerreual le ©allots

•л;

le î£onte îm €>riml.

TOME lv.
J£««t.aí U pcaííoi

ou

le Conte ou töraal
publié d'après les manuscrits originaux

par

CH. P0TV1N.

DEUxlÈME PARTlE : LE POÈME.

Jïtons,
DEQICSNE-MASQUll1ER , imprimeur de la Soeiété des Bibliophiles.
M DCCC LXVH1.
IP er ret) a l le ©allots.

DEUxlÈME PARTlE :

LE POÈME

l)F.

tuiuxi ta Щхъ^ъ$

tt Je Ш eoutiuuaUut*

ù'uprrs le manuscrit ht ilbne.

TOME ltt.
(Enei iame mteirt tбоuюaшо fu à la rourt le ritl)r
roi JJfCf rour rt il i fu bruant la bitrr .

-j ele sale ert en tel manière


I Qu'il n'i avoit rien fors la bière ,
Et puis si vit, en » ■» hanstier ,
Une lanee forment sainier
Dedens une eope d'argent ,
Lu eel vassiel fu droitement,
Tjute fu sanglente environ,
Li sans eouroit à grand randon
I Del fier jusques â l'arestuel ;
I Ptr foi, mentir ne vos en voel ,
A En eel vassiel d'argent eaoit,
20 l60 Par »i« tuiel d'or en issoit,
Puis eeurt parmi » i » ealemel
D'argent, jà mais ne verez tel.
De la mervelle s'esbahit; (ma «>»<
Parmi l uis d'une eanbre vit ET
fou ''»pтч du
65 1ssir le roi, et tint l'espée t7roe/. r.
Qu'il ot en la sale aportée;
Ce fu l'espée au ehevalier
Dont vos m'avés oï traitier
Qui fu hoeis au pavellon.
70 Adont mist li rois à raison
Monsigneur Gauvain, si le fist
Sus lever de là ù il sist;
Lors vint li rois devant la bière ;
* Qu'il regretoit de grant manière
T. Ill. l.
20175 Le eors ki là ilcdens gisoit ;
Larmoiant et plorant, disoit :
« Li grans damages que ei gist
Dont tote la tière languist !
Diex doinst que vos soiés vengiés,
80 Dont li règnes soit apaiiés ! »
Adonques trait li rois s'espée,
Parmi le moilon ert quassée;
À monsigneur Gauwain le tent,
Et li boins ehevaliers le prent.
85 Signor, l'autre moitiés estoit
As piés del mort, tot au plus droit
Li rois le prist entre ses mains,
Lès lui fu mesire Gauwains :
« Biaus sire, fait-il, eeste espée
90 Ert par vos, se Diu plaist, sodée ;
Ajoustés-le à l'autre moitié,
Voions que Dex en a jugié. »
Lors la prist li boins ehevaliers ,
Ensamble mist les » n » aeiers ;
95 Onques tant ne les peut joster
Que l'espée péust solder.
Dont a pris li rois par le main
Son oste, monsigneur Gauwain;
En une eambre l'enmena,
20200 Chevaliers et gent i trova,
Cou saeiés, à moult grant plenté.
Sour » i » riee paile roé,
S'estoit assis devant » i » lit ;
Adonques li a li rois dit :
5 « Biaus sire dos, ne vos poist mie
De nule rien que je vos die ; *
1.i besoins por eoi vos venes
¡Vierl mie par vos aeievés,
!çou vos di-je bien por voir,
20210 Moult vos eovenroit plus valoir;
Mais, se Dex avaneoit itant
Vostre proaiee or en avant
Que eà vos laisast retorner,
Bien le poriés aeiever.
15 N'avés pas l'espée soldée ;
Je vos di, par vreté provée,
Que nus ne le puet aeiever
Se l'espée ne puet solder.
Sire, eius ki l'avoit em pris
20 Ert remès en vostre païs,
Je ne sai ki l'a retenu ,
Mais moult l'aviiens atendu ;
Saeiés a moult grand hardement.
Venistes-vous ei voirement
25 Se nul bien avoir volés querre
Que nous aions en eeste terre;
Certes, vos l'arés volentiers,
Ce saeiés-vos, sans nul dangiers ;
Et des mervelles que véés
30 À vos plaisir demanderés,
Certes et nous vos en dirons
Trestout çou que nous en savons.»
Il I esire Gauwains ot vellié Comment Gauvain se
essaya à ressouderl'es-
ill Si eom j'ai dit, et travellié, pée rompue, ee que ne
35 S'ot moult grant talent de dormir; peult faire, et eomment
il s'enquUlau roipour-
Mais moult ot plus grant del oïr quoy ne a quelle eause
Les mervelles, si s'esforça la lanee seignoit inees
samment, ee que le roy
De vellier et si demanda : luy aeeorda. 1530.
« Sire, en la sale vi sainier
20240 1 fier de lanee en » i » hanstier;
Si me dites , por l'amor Dé,
Dont li sans vient si à planté ;
Et de l'espée et de la bière
Qui là fors est en tel manière
45 Vos demane, si le voel savoir;
Si m'en dites, por Diu , le voir. »
Li rois dist : • Sire ehevalier,
A ins mais homs n'osa eneerkier
Çou que vous avés demandé;
50 Si ne vos iert mie eélé ;
La vérité vos dirai toute,
Çou saeiés bien , sans nule doute.
Premiers , vos voel-je aeointier
De la lanee qu'est el hanstier,
li'j Le grant damage et le dolor
Qu'il avint, et le grant honor
Que Damledex a establi
Dont seromes trestot gari :
C'est la lanee demainement
60 Dont li tins Diu fu voirement
Férus très parmi le eosté ;
S'a puis adès issi sanné
Et sainera durablement
Desi au jour del jugement.
6S 1eelui e'on a devisé,
L'a Damledex mis et posé
Desi au terme que jou di
Et sainera toustans issi ;
Moult porront avoir grant paor
70 Cil ki verront Nostre Signor 1
1 Li juïs et li péehéor. Mpl.
Sainier, mais nos i gaengnons;
Li sans est nostre raençons ;
Cis eols nos a gaengnié, sire ,
Tant que n'en puis la moitié dire; ,
20275 Et li autres nous a tolu
Tant que le tout avons perdu :
Cis ki fu fais de eeste espée ,
Qui à male eure fu fondée 1,
Onques si grans eols ne si lais
80 Ne fu mais d'une espée fais ,
Qui a mis à destrueion
Maint prinee, maint roi , maint baron,
Mainte dame et mainte pueele
Et mainte gente damoisele.
85 Bien avés hoï longement
Parler del grant destruiement
Par eoi nos somes ei venu ;
Li roiaumes de Logres fu
Destruis et toute la eontrée
90 Par le eop que fist eeste espée ;
Et si ne vous eélerai mie
Cel ki lu ki perdi la vie
Ne eel ki fu ki le féri.
Ains nus tel mervelle n'oï. »
95 Atant eomença à plorer
Et, en plorant, à raeonter ' , Comment mesireGau
Et, en çou que li rois eontoit wain «'endormi a la
table devant le riehe
L'aventure eom ele aloit, pesehéor. Mpl.
• Qui one ne pot estre soudée. Mpl.
* Au lieu de ees deux vers, plusieurs manuserits, eomme 794, 1429, 12577
et Mpl., interealent iei l'histoire de Joseph d'Arimathie, tandis que d'autres,
eomme 12576 et 1435, ainsi que 1530, sont eonformes au ms. de Mons. Voyez les
notes à la fin du volume.
— 6 —

Vit monsigneur Gauvain dormir.


20300 Et, quant il le vit esperir \
Si n'en vot onques plus eonter ;
Ançois le laissa reposer.
Mesire Gauwains reposa
Jusqu'al matin qu'il se trova
5 Lès la fuellie de la mer ;
Ses armes vit lès lui ester ;
Tout son harnois et son destrier
Voit deles lui moult estraier;
Estrangement s'esmervella
10 De ee que lès lui ne trova
Castel ne borde ne maisons ,
Sale ne murs, tors ne dognons;
Lors se eomenee à atorner
Et dist : « Ci fait mal demorer. »
15 Moult se tint à aviloni
De rou que il avoit dormi ,
Car perdu ot , par son dormir ,
Les grans mervelles à oïr.
Ains nus hom ne fu si hardis ,
20 Si avoit droit se fu maris,
Qu'il n'avoit le serviee enquis
Qui devoit pupler le païs ;
Moult en avoit son euer dolent.
« Ha 1 Diex ! fait-il, si franeement
25 Me raeontoit li gentius rois,
Li preus, li sages, li eortois,
Tout le serviee et le seeroi !
Jou m'endormi, ee poise-moi. »

1 Nel vost mie fère esperir. Mpl.


Apriés dist qu'il se pèneroit lei eommenee l'avan.
Tant d'armes qu'il se grèveroit ture du eygne , qui
eonduisit le ehevalier
Que, se Diex li donoit trover rouge, dans un navire
Le eourt qu'il aloit demander, car la mer , a Glamor.
кan. D.
Le seeré et tout le serviee
Enquerroit-il en itel guise ;
35 Et dist mais ne retornera
En Bretagne tant qu'il sara
Moult plus d'armes qu'il ne savoit ;
Et dist forment se pèneroit.
Lors s'en torna par la eontrée ;
40 Onques teus ne fu esgardée
Tière ki si bien fust garnie
D'aigue, de bos, de praerie :
C'estoit li roiaumes destruis.
N'estoit pas plus que mienuis ,
45 Le soir devant, que Dex avoit *
Rendu issi eom il devoit
As aiges lor eors el païs ;
Et tout li bos, ee m'est avis,
Refurent en verdor trové ,
50 Si tos eom il ot demandé
Por eoi si sainnoit en l'anstier
La lanee ; si devoit puplier
Li règnes ; mais plus ne pupla
Por tant que plus ne demanda.
55 Toutes les gens qui le véoient
Trespaser le bénéissoient :

1 Qui de toz biens ert nuz et vuiz,


La nuit devant, mès Diex avoit, ele. Mpl.
<. Mais seullemenl depuis la minuieldu soir passée, avoit Dieu rendu aux
caues leurs eours, si furent les bois en verdure. • 1530.
« Sire , mors nous as et garis ,
Tu dois estre liés et maris ;
Car grant aise nos as doné ,
20360 S'en devons tout mereier Dé;
Et si te devons moult haïr
Pour çou que nel vosis bïr
Le Gréail, por eoi il servoit,
Ne de la joie ki devoit
65 Là venir ne poroit nus dire,
Si en doit avoir duel et ire. »
Li frans ehevaliers trespasa
Par le païs et se péna
D'armes , et erra longement ,
70 Saeiés le bien séurement ,
Ançois que il vosist aler
En Bretagne ne retorner.
Les batalles qu'il aeievoit,
Les merveilles que il véoit
75 Ne vorrai mie raeonter ;
Si orrés jà del baeeler
Qui el pavellon fu hoeis ;
Dont il fu nés, de quel païs,
Ne de la venue le roi,
80 Ne m'orés jà parler , par foi ,
Ne de monsigneur Brandelis
Qui de son neveu fu maris;
El, saeiés bien en vérités,
Onques par aus ne fu trovés.
85 Por çou qu'il me eovient entendre
À le grant matère porprendre ,
Si ne m'orés jà parler ehi
Qui l'enbla ne ki le nourri ,
Ne de eelui ki l'adouba ,
20390 ¡Ve eoment il Ii ensegna
Sor tote rien à tenir eier
Et ses armes et son destrier ;
Ne de la pueièle esgarée
Qui le détint en sa eontrée
95 Quant ele le vit el eanin,
Ne voel ore dire la fin ,
Ne des soties qu'il disoit
Ne des bontés que il faisoit.
Entre la damoisièle et lui, Comment, après que
Cevauçoient » i . jour andui , Gauvain, |K,urson dor
mir , faillit ft oujr
Tout seul , si virent trespaser eompter au roy les eau
Ens en la lande . i » baeeler ; ses pour lesquelles le
Graal s'apparai>,oit, se
La damoisièle l'apiéla , reputoit malheureux et
Droit au ehevalier l'envoia : proposa de tant faire
qu'il péust seavoir ee
5 • Biaus amis dous, fait-ele , alés ft quoy il avoit failly.
1530.
Au ehevalier ke là véés,
Si me saeiés dire son nom ,
Tout à foree, u il voelle u non ,
Et dont il vient ne là il vait ,
10 À itant l'averés bien fait. »
t'.il respont : « Et s'il se desfenl? •
• Si le férés hardiement. »
« Coment? fait-il, mostrés-le moi. »
< Volentiers, fait-ele, par foi :
15 En tel sens, fait-ele, poingniés,
Et en itel sens brandissiés
La lanee , et tornés vostre eseu
En l'autre main par grant vertu. »
Par les enarmes li balla
20 L'esen que ains ne li laissa ,
- 10 —

Et eliil dist : < Jel tenrai moult bien ,


Jà nel laisseroie por rien ;
Coment qu'il voist ne le porvoie,
Jà mais issi ne le prendroie. »
20425 La damoisièle s'en a ris
Et dist : « C'est bien, mes dous amis. »
Ains ne vot son eseu gerpir ,
N'i quidoit jà mais avenir
À prendre , et adonques hurta
30 Parmi la lande et trespassa
Tout droitement au ehevalier.
Que vaut eontes à aslongier ?
Ains eil ne li vot son nom dire ,
Ce nos raeonte la matire ,
35 Cil l'a à la jouste abatu ,
A la tière mort estendu;
Li ehevaliers le referi ,
Parmi l'eseu l'a assenti
Si que une ausne outrepasa
40 De sa lanee que débrisa ;
Cil torna sor lui roidement
Et dist : » Proieroie-vous-ent ,
Mais or me dites vostre nom
À foree, u vos voellés u non. »
45 Mais eil » i » mot ne li souna.
« Maudehait ait ki le quida!
Jel sarai jà sans eontredit
Vostre nom. • Adont deseendit ;
Ains mais nul mort véu n'avoit ;
50 Li ehevaliers ne li pooit
Mot soner , ne me merveil mie ,
Car l'arme s'en esloit partie.
— 11 —

« Biaus dous sire, fait-il, venes


À ma dame , >e li dires
20455 Vostre nom; alés jusqu'à li. •
Et eil » l » mot ne respondi ;
Cil s'en tient pour avilonis :
« Diext fait-il, est-il endormis? »
Eneontre son pis le leva,
60 Doueement li dist et proia :
« Biaus amis, ear vos esvelliés ,
Anquenuit par nuit somelliés. ■
Li ehevaliers armés pensoit;
La pueièle s'esmerveilloit
65 De eelui ki demoroit tant.
Dont se leva eil en estant,
Si vit la damoisièle ester
En la lande sans remuer ;
Sor son eeval ert tos montés,
70 S'a dit à lui : « Or vos donnés,
Comment le fllz de
Ne m'avés pas vostre nom dit, (.hu..in. lequel ovuit
Si m'en poise, se Dex m'aït ; esté emble , eomme ey
devant avez ouy , se
Ma dame m'en saura maugré. • tenoit avee la pueelle
Dont point, son frain abandonné. envoysie , et fut par
elle envoyé tout armé
7îi I a pueièle li dit : « Alon ! » et & eheval monté pour
Ii « Dame, jou ne sai eom a nom sçavoir le nom d'ung
ehevallier trespassant,
Si m'aït Dex, li ehevaliers. » et eomment le diet ehe
vallier fut par l'en
« Ne puet ealoir, dos amis eiers , fant mis à mort a la
Ostés ee trone de vostre eseu. • première jouste. 1530.
Gauvain retrouve son
80 Lors tire à foree et à viertu fils. R.

1 Et eele li dist : « Or orron î


Cil di»t : « Ne sai eoment a nom. Mpl.
» Doulx amy, faiel-elle, avez-vous seeu eomme li ehevallier a nom ? » Et
il respond : « Dame, nenny et n'ay seeu seavoir qui il est... » 1530.
— 12 —

À soi si que le trone osta ;


Signor, quant eil le regarda,
Si vit son eseu pertruisié,
Et li vassaus a eommeneié
20485 1 . duel dont moult s'esmervelloit
La pueièle ki l'esgardoit,
Si li dist : « Estes-vos bléeiés?
Biaus dous amis, nel me noiés. »
« Par foi, fait-il, ançois sui mors ;
90 Trop par est granz mes deseonfors.
Cil qui eest eseu me dona
Sor totes riens me eommanda,
Dame, que moult tenisse ehier
Et mes armes et mon diestrier ;
95 Or est piereiés, jou sai de voir,
Si que bien puis parmi véoir.
Ensi ai gardé malement,
Par ma foi, son eomandement ;
Si m'aït Dex, il disoit bien
20500 Que jou ne vaurroie jà rien
Se jou n'amoie le mestier
Qui apiertient à ehevalier. »
Lors ot eel duel, ne set que dire ,
La pueièle li dist : « Biaus sire,
5 Mes dous amis, or vos taisiés
Et vostre duel entrelaissiés ;
Par la grant foi que moi deves,
Moult iert plus biaus miudres assés
Li eseus que je vos donrai. »
10 « Par foi, fait-il, dame, ne sai,
Mais, quant vous le m'arezdoné,
S'en sara on la vérité. »
— 13 —

Segnor, la pueièle rioit


De la folie qu'il disoit ;
20515 Le jour misent à eevaueier.
Or ne vos voel mais délaier,
Ne voel la matière fauser.
À l'anuitier, virent passer,
Sour » i » eeval bauçant gaseon,
20 . 1. ehevalier à esporons,
Et la pueièle a dit : < Alés
Au ehevalier, sel m'amenes,
Prendés vostre eseu par vigor ,
Saeiés que plus fort et mellor
25 Vos donrai jou, biaus dos amis. »
• Dame, ains que vos l'éussiés quis,
Seroit li miens trestous gastés ;
Avoee » i » autre le gardés. »
Lors point et de li s'est partis,
30 Moult par fu iriés et maris ;
O le eosté torna viers soi 1
L'ese u, onques n'en prist eonroi ;
Del eors ala ançois joster
À eelui qu'il viout eneontrer,
35 Qui ne viut pas por lui venir
À sa dame, ains l'ala férir
Si durement qu'il l'emporta
Jus à la tière, ains ne parla ;
Et ains qu'il fust outre pasés,
40 Caï à la tière pasmes ;
Car li ehevaliers l'ot féru
À plain sor l'aubere e'ot vestu.

• En son eesté porta lez soi. Mpl.


La damoisièle ki l'ama
Vint à lui, si le releva
20545 Et, quant eele le vit sainier,
Si l'a monté sor son destrier,
Si dist qu'il ne s'esmait de rien,
De sa plaie qu'il garra bien.
« Amis, fait-ele, or vos gardés,
50 Se vos ne tant ne quant m'amés,
Que vous n'alliés jà mais joster
Contre nul eors de baeeler
Que vous ne tingniés l'eseu pris ;
Ne fussiés pas bléeiés, amis,
55 Se vous l'éussiés devant vos. »
Cil respont , ki fu angoissous :
t Par ma foi, dame, mes eseus
Fust trestos quasés et fendus
Se eist éust feru desus,
60 Or i éust autre pertrus ,
Tant le poroie pertruisier
Qu'il ne vaurroit mie » i . denier;
Ma douee amie, jou garrai ,
Se Dieu plaist, et respasserai ;
65 Li eseus ne garesist mie,
Si fustassés plus grant folie. »
¥ a pueièle li ottria
Jj Et li plévi et li jura
Qu'ele li donroit » i » eseu
70 Mellor e'onques li siens ne fu ;
Et j se ore me lénst dire
Trestot li eonte et le matire
Del riee eseu d'ivoire et d'or,
Com il fu getés d'un trésor
— m —

20575 As noees le roi d'Abernal ; 1


Ains nus ne vil si der vassal ;
Cel eseu gaegnier devoit
Qui tant fors et tant preus seroit* ,
Et, s'il séust à droit jouster
80 Qu'il le péust à ajouster,
L'eseu au brac, le brae au eors,
Le riee eseu aroit eil lors;
Nus ne 1 eust ja autrement ;
Si fu eil de grant bardement
85 Qui le gaaingna et eonquist ;
Et nostre jouenes ki le fist,
Par eele foi que je vous doi ,
Si plaint l'eseu plus que le roi,
Car tout le brae li perçoia,
90 Por voir, au jor qu'à lui josta.
Mais ne me loist mie arrester
De eeste aventure eonter
Ne des autres dont mout i a ,
Si eorn la sale délivra ,
95 Ne l'abatement del planeier
U on le dut jus trébueier,
Ne ke il tensoit sor le pont
Ciaus ki furent monté amont,
Ne le hardement des degrés
20600 Que il fist quant il fu armés,
Dont li pules s'esmervella,
Et li rois quant il l'esgarda,

« Roi Bramleval. Mpl. — Dambreval. 1530.


s Li bons eseus fust gaaingnirz
n<- ",mnsignеiir finimiin. Mp1.
Car moult fu jouenes ses éages;
En la eambre à l'ome sauvages
20605 S'en entroit et moult estoit biaus ,
Et si avoit nom Yoniaus 1.
À sa fin vos voel amener
Ceste oevre me fait sorparler
Que la pueiéle l'enmena ,
10 Et saeiés que tant eevauça
Qu'au pavellon , lés » i . vergier
Dont li pan furent d'or handier *,
Deseendirent et herbégièrent ;
Varlés et serjans i trovèrent
15 Qui furent mis au tref garder.
Mais je ne voel mie aeonter
Les grans batalles qu'il i flst
Et les ehevaliers qu'il eonquist.
1 un jour, li avint issi
20 samedi 3
Et çou li puet moult anuier
Qu'il n'ot véu nul ehevalier
Le jour parmi le gué paser;
Si en dut d'ire forsener.
25 Tout droit entor none sonant,
En vit venir » i » eevauçant ,
Et vint au gué tout le eemin ,
Trestout pensant le eief enelin,
Car bien avoit » il » ans passé
30 Qu'il n'ot en son païs esté ;

Dont depuis fu Lyoneel appelé. 1530.


Au pavrillon dejouste . I . gué
Dont li pan tarent d'or bandé. Mpl.
Qu'il fu au gué jusqu'à midi. "94.
— M —

C'estoit voii's ; que vos en diroie


Ne por eoi vous alongrroie?
Ensemble les eoviut joster ,
Aulremenl ne h lui pnsser.
2067Î5 Par foi , li vaillant ehevalier
À ln teste de lor destrier
S'n bal i rent sans nule faille;
Puis romeneièrent ln bataille
Si fort et si fière et si dure
40 C'ains ne pot véoir eréature
Si grans eols , si durs , si mortaus,
Férir ambesdeus les vassaus.
Je vous sai de vreté eonter Comment moire Gau.
vain jonsta a sun 01?,
La matère sans detnorer; inés il ne euidnii pas
Mi Por eoi vos voel dire les noms : que er feust il, et roin-
meut il le eonnut et, il
Par foi , e'est li briés et li lons1 , l rumi na olui a eourt.
Car e'estoit mesire t¡auwains 1S577.
Et ses fius, bien soiés eertains.
Et là s'entrabatirent lors
50 Li père et li fius, eors à eors;
Onques elmes n'i espargnièrent,
Car trestous jus les dépeeièrent ,
Et, quant mesire Gauwains voit
Que on à lui se eonbatoit
55 Souvent , si s'est esmervelliés :
i Biaus dous amis, em pais soiés;
Moult vos voi jouene par samblant ,
Si voi que vostre eors vaut tant

Li juenes avoit nom Lion*


Li autres moire Gauvains. 794.
т. ni. a.
— 18 —

Que nus hom ne puet plus valoir;


¡20660 Por çou voel vostre nom savoir. »
< Foi que jou doi à tot le mont ,
Fait li varlés quant il respont,
Biaus sire , vous m'aparlerés
En itel sens eom vous vorrés ;
65 Car de mon nom mie ne sai
Fors itant eom jà vos dirai :
En la eourt où je fu noris,
En la riehe sale du lis,
Soi, de voir, que tuit m'apeloient
70 Parmi le eastel et nommoient
Le neveu son onele, et messire
Me faisoit issi à tous dire ;
Maintes fois me eonta ma mère
Qu'ele ne sot nomer mon père
75 El eastel, por le grant damage
Qu'il avoit fait de son lignage. »
Dont sot là mesire Gauwains
En es le pas, et fu eertains
Que çou fu ses fius voirement;
80 Moult fu liés del grant hardement
Qu'il viten lui, si l'apiéla,
En maintes guises l'asaia ;
Et li dist qu'il se rendist pris.
Cil dist qu'il ne seroit pas vis
8!i À eel terme qu'il se rendrait,
Que jà jour puis ne viveroit
S'il ne se metoit en prison
À la pueièle au pavellon ;
Ensi l'affrema et li dist,
90 Et mesire Gauwains le fist,
— 19 —

Qu'il l'amoit tиnt eomme son euer.


Pour çou nel vosist, à nul fuer,
Ce saeiés-vos de voir, navrer,
Car paour ot de l'engrever,
20695 Quil véoit son eief dé-armé;
Si list toute sa volenté
Et dist : « Biaus très dous sire, alou
A vostre dame, au pavellon ;
Volent iers me renderai pris. »
20700 « Ensi serés vous mes amis,
l'ait eil, se ma dame l'otroie. »
Adont se misent à la voie,
Au pavellon vinrent tot droit
Là ù la damoisicle estoit.
5 Segnor, la pueelle esgarda
Monsigneur Gauwain et pensa,
Puis li dist : t Sire, or me dires :
Vos n'estes mie trop grevés,
Par samblant, de eeste batalle. •
10 « Vos dites voir, sans nule falle,
Fait eil, çou saeiés voirement ;
Mais en vostre prison me rent. •
« Sire, fait-ele, en ma prison
Vous tieng, dites-moi vostre nom.
15 Jel voel moult volentiers savoir. »
t Dame, j'el vos dirai por voir,
Mon nom ne vos eélerai plus ;
Je sui Gauwains , le niés Artus. »
t Gauwains ! » fait eil, si s'emhronça ,
20 Puis respondi et si parla :
« Par la foi que je doi ma mère,
Gauwain avoit à nom mes père ;
— 20 —

Jel sai moult bien, e'est vérités,


Qu'il estoit issi apiélés. »
20725 T a damoisièle li respont :
Jj « Biaus sire, il n'a en tout le mont,
Par foi, si riee emperéour
Qui n'éust de vos grant honor. •
Puis les fist ansdeus désarmer
30 Et , que vous poroie eonter?
Quant ele les vit désarmés,
S'a dit : « Par foi , e'est vérités
C'ains ne vit nule riens vivans
. 11 . homes issi resamblans. »
35 » Dame, fait mesire Gauwains,
Se jou ne sanbloie vilains ,
Jou diroie : e'est vérité. »
Dont li a l'affaire eonté
Tout en quel guise il l'engenra
40 Et de sa mère qu'il trouva ;
Saeiés que la vreté li dist
De ses -il* oneles qu'il oeist.
Ne poroit pas estre eontée
La grans joie ne devisee
45 Qui fu la nuit el pavellon.
Ne vos voel faire lone sermon;
Car au jor murent l'endemain ,
Li fius o monsigneur Gauwain
Que il trova et la pueele
50 Qui à grant mervelle estoit bele,
1ssi faitement l'enmena,
Vers Bretagne s'en retourna,
ACarlion avoit li rois
Artus bien demoret » i » mois ;
— 21 —

20755 Mesire (¡au wains ot erré ,


Dex , par tant maint lnntain regné
Ançois que péust retorner,
Que nus ne vos poroit eonter
Comen l èrent en grand dolor
60 À la eort por lui, easeun jor;
Bien quidoient qu'il fust perdus,
Mors u hoeis u retenus ;
Por çou ne puet estre eontée
La joie ki fu démenée
65 Quant il entra en Carlion ;
Çou n'estoit se mervelle non
De la gent qui sor lui venoient
Si qu'à poi qu'il ne l'estingnoient ;
De son fil ne de la pueele
70 Ne tinrent ains nule novele,
Que nus ne savoit vérité
De çou qu'il l'éuseent trové,
i i rois fu assis au mangier,

75 Que mesire Gauvains venoit.


« Dont sai-jou que Dex m'ameroit ! »
Fait-il, si saut moult tos em piés
De la joie, si véissiés
Hanas et eoupes reverser
80 Si eom il salent del disner,
Nus n'atent per ne eonpagnon ;
Dont véissiés par le maison
Venir dames et damoisièles
Et la roïne et ses pueièles ;
85 L'une i eeurt tote eseiévelée,
L'autre toute desafublée.
— 22 —

Mesire Gauwains ot osté


Son elme, et son eief désarmé ;
Entr'ausbaisier ne aeoler
20790 Ne se pueent ne saoler
De la grant joie qu'il avoient.
Entrues que lor joie menoient,
Uns hom, ki ains ne fu eonnus,
En la sale est errant venus,
95 Les armes prent et le destrier ,
Atout s'en ist por repairier.
Mesire Gauwains l'esgarda,
Cou saeiés forment li pesa
Qu'il n'ot le eeval ne l'espée,
20800 Ne nule riens qui ains fust née
N'éust au ehevalier esté ;
S'en a son euer forment iré
Que il ne sot que eil devint,
Por voir , ne quel eemin il tint.
çye or me léust arriester
k5 À la grant joie démener
Qu'il eriut, cou saeiés, et dobla
Quant li rois Artus demanda
A monsigneur Gauwain vreté,
10 En quel tière il avoit esté
Et qui eil ehevaliers estoit
Si très biaus que plus ne pooit.
Mesire Gauwains li eonta
L'aventure, eom il trova
Son fil , lors i fu bien venus ,
À la eourt quant fu eonnéus ;
Tous li mondes le goïssoit
Pour le prendome ki l'avoit
— 23 -

Engenré, ee saeiés-vos bien;


20820 De vreté vous di une rien,
Sans mentir au mien ensient,
Que à iel jour demainemenl
Fu esléus de eortoisie
. De la boine eheva lerie
25 Mesire Yvains au plus eortois ;
Pourçou li eomanda li rois
Son neveu el qu'il lVusegnast
Et d'afaitemenl li mostrast;
Tresore por lui ensegnier
30 De çou li voloil moult prier ;
Cil en fist son eouiuudemeut.
Lors lor eonta moult lïaneemrnt
Mesire Gauwains et moustra
Des grans mervelles qu'il trova,
35 De la lanee lor dist vreté ;
Moult en sout tuit espoenté.
Et del Graail qui les servoil ,
Mais nule autre rien n'i savoit ;
Et de l'espée et de la bière,
40 Lor eonta toute la manière ,
Com il pierdi par son dormir
Les gran s mervelles à oïr.
Et, quant il lor a tout eonté,
Si a enquis et demandé
45 De Kaharès, quel part il fil ,
Et del preu Yder le fil Nu.
Li rois dist : « Par tote la terre
Del monde, vos sont alé querre,
1l et maint autre ehevalier,
»,0 Que nous en aviens desirier ,
- и —

Trop estièmes mari de vos. »


« Dex ! fait-il, amenés-les-nos !
Moult fu mesire Gauwains las ;
Certes je ne m'esmorvel pas.
20855 Nuis fu, à Tostel s'en ala,
Quant il i vint, si se eoueha.
Comment le Roy Ar- A eele nuit que je vos di,
thus, en unenuiel, non
ayant le povoir de dor Plut et touna et esparti,
mir et reposer, se leva Li airs fu por la grant ealor
de son liet et alla avee
deux de ses ehanber- C0 Comméus en grant ténébror,
lans sur le rivaige do
la mer pour passer Et si ne post li rois dormir ;
temps et se raffresehir, Si fist deus eambrelens venir
et eomment il veist ar
river près de luy ung Devant son lit, si demanda
ehalanl auquel avoit Une eape, si l'affubla
ung ehevallier mort , ri
ehement aeoustréetde 65 D'esearlate et de eisemus ;
la plus belle stature que Ses braies eauee et nient plus,
le Royeustonques viiu.
lÜ30. Entor ses jambes fist loicr
Les tivius pour estre légier ;
Uns estivuus fourés d'ermine
70 Cauça desous, por la ealine 1 ;
Devant se fist à aus porter
En .i. iestre desour la mer',
En est alés véoir le tans.
Je vos di issi eon je pans
75 Que on poroit d'iluee aler
Par une posterne à la mer.
Li rois as iestres s'apoia,
Le mal tans vit et esgarda ;

1 Et ehauea por la grant elialine, ele. 794.


J Cierges f1st devant lui porter
En une loge , sor la mer. Mpl.
— 25 —

N'i ut pus loиgement esté


20880 Qu'il a véu une elarté
Qui une estoile resambloit;
Et de ehou que moult s'aproismoit
S'esmervelle et si le mostra
As eambrelens el demanda :
85 o Véés-vous rien en eele mer? »
• Sire, nel vos devons eeler,
Une elartes s'est uproismie
Que nous avons piéça eoisie. »
« Voire, fait li rois, vés-le là Comment un ei.^ne
У0 Priès de ei ; Dex, que eou sera ? » vint l'.umi une ynue et
amaine une nef où il y
Tant vint priès qu'il l'a eonéu, a . i » ehevalier mort
drdruz, ri le ruis Artus
Tot por voir, » i » biaus ealans fu, i vrt veair lui ei sa gent
De riees porpres portendus et le regardent. tSü77.
Coment ti rois ala
Et tous engordinés desus; veoir ta nef que li
95 N'i virent nule rien vivant eygnes avuit oinenée
au port. IÍ53.
Fors un eisne qui vint avant; Lu eygne amène a la
Sor les estres est arrivés. eour du roi Artus un
v.ii-seju avee uu elie-
Moult fu li rois espoentés. vjliermort. R.
Li eisnes eomenee ;i erier
20900 Et fiert des elles en la mer;
Estrangement s'esmervella
Li rois, adonques eomanda
La posterne tost desfremer
Et dist au ealant viout aler.
5 Cil ont fail son eomaudement,
Et il vu là tout erramment
Pour savoir k'en la nef avoit.
Ens est entrés, adonques voit
As » il » eiés . il . eierges urduns,
10 Ains mais n'nvoit véu si gruns;
— 26 —

Sous la gordine s'abaisça


Et ens с mini la nef trova
Et voit un eier pale roé,
Tout à fin or fait et ouvré;
2091 5 Par desous le pale gisoit
Estendus, qui trop biatts estoit,
Uns ehevaliers grans et membrus ,
Qui parmi le eors ert férus
Haut a l'entrer de la poitrine 1 ;
20 D'un riee eovertoir d'ermine
Estoit bien eovers tos li eors
Trese'au trone qui paroit defors.
Li rois le voit, s'en ot dolor,
C'ains mais n'avoit véu nul jor
25 Nul si très bel mort ehevalier.
Lors va avant sans atargier,
Tout le eouvretoir li osta
Et sa grant biauté regarda.
Cil avoit un porpoint vestu
30 D'un eier samit à or batu *
Et d'un siglaton mi-parti.
€ 1le Dex, fait-il, ains mais ne vi
Si biel home en erestienté,
Ne si rieement adoubé ;
35 Trop li siet bien eis auquetons
Vés eom a riees esporons,
De fin or sont, ee m'est avis;
Dex ! tant mar fu que il n'est vis ,

• Haut el landrun de la poitrine. 794 et Mpl.


* ll ot vestu un au'|Ueton
De samit el de eiglatoa. 7!)i et Mpl.
3 Li gaïubesons. Mpl,
— 27 —

Que trop portoit riees goiaus;


20940 Ves eom estoit et gens et biaus!
Certes, s'ert riee à desmesure,
De grant rikeee ert sa çainture,
Si vous di bien de l'aumosnière
Qu', le estoit moult et bele et eière. >
45 Por la grant bonté que il vil
Ensi eome li eontes dit,
Vait avant li rois, si le prent
Pог unes letres que il sent;
Tout maintenant ouverte l'a,
50 Les letres prent, les desploia
Et les pourlist de eief en eief.
Oés que dist el premier eief :
Les letres le roi saluoient
Et moult franeement li prioient :
55 « Rois, eis eors lu rois qui ei gist,
Avant qu'il fust mors te requist
Que tu le laissasses ester
En ta sale, sans remuer
Le trone qu'il a parmi le eors ,
60 Quant le lier en aras trait fors,
À si grant honte soit bonis
De son eors et avil louis
Ke fu Kabarès el vergier,
Qui le trone vorra esragier,
65 Se eelui n'en fiert, autresi
Parmi le eors, ki le féri ,
Et par ieel lui droitement,
Et de eel lier demainement.
Rois, en » 1 » sareu le metés ;
70 Si rieement est enbausmés
— 28 —

Que un an u plus i sera,


Jà saeiés, ses eors ne pura ;
Se li trons ne li ert ostes
Ançois que Ii ans fust pasés,
20975 Si le devés faire entiérer,
Que jà plus n'en orez parler ;
S'il ert vengiés, bien ert séu
Parmi la eort qués hom ee fu,
De quel tière et de quel païs
80 Et eom il fu à tort hoeis. •
Adont ploia li rois arrière
Le brief et mist en s'aumosnière ,
Devers le eief, le prist li rois
As . M . eors del pale grigois ;
85 Puis le metent hors de la né,
En la sale l'en ont porté ;
Tout issi eom il le trovèrent
Dedans le ealant, l'atornèrent ,
Desor son eief son orellier,
90 Sambloit qu'il vosist somellier;
Le eouvertoir tout ensement
Com il estoit premièrement;
A priès, l¡st li rois son desfens
À ambesdeus ses eambrelens :
95 « Gardés que jà ne soit séu
Rien que vous i aiés véu. »
Puis s'en torna, le eisne oï,
Qui erie et braioit et féri
Forment des elles en la mer,
21000 Et si eoumeneha à tourner
Son ealant moult isnëlement,
A une eaïne d'argent ;
— 29 —

. 1 » aniel d'or el eol avoil


Qui à la eaïne tenoit 1 ;
21005 Li eierge estaignent lor elarté
Et tout tourna en obseurté.
Si démenoit por son signor
Li eisnes si tres grant dolor ;
De çou s'est mervelliés li rois.
iO En son lit s'est eoueiés manois,
Toute nuit vella, je vos di,
Jusqu'a! matin qu'il s'endormi.

15Mesire Gauwains se leva,


Si se viesti et atorna ;
Matin ot apris à lever ,
Caseun jor, por le tempre errer* ;
Assés ot od lui ehevaliers ;
20 Et saeiés ee fu li premiers,
Le jour, ki en la sale entra ;
Estrangement s'esmervella
Et tout eil ki o lui estoient
Del ehevalier, quant il le voient.
25 Premiers quidièrent qu'il dormist :
« Dex, fait-il, ki est qui là gist? •
Et, quant il en sont près venu ,
Si ont la vérité séu
Que e'est uns ehevaliers hoeis :
30 Damages est quant il n'est vis!

Atout so ehaine d'argent


Qui tmi la nef soudée estuil
El entoi' le eol li aloit. Mpl.
* Pour l:i messe iiïr. 1530. — Qnaraux matines vell aler. Mpl.
— 30 —

Ains nus hom eelui ne eonut


Ne ne sot de quel tière il mut;
Adont l'oïssiés regreter
Et sa grant biaute deviser;
21035 Grant noise en font par la eité ;
Et bien saeiés de vérité
Que, pour la mervelle esgarder,
1 véissiés grant gent aкт.
Mesire Gauwains le laissa
40 Tout issi eom il le trova
Et dist qu'il n'iert jà remués
Tant que li rois sera levés;
Puis vait en la eambre tout droit;
La grant mervelle qui estoit
45 En la sale, a le roi eontée ;
H méismes, ki l'ot trovée,
Fist semblant, tout à essient,
A u si qu'il n'en séust noient.
1l s'est isnièlement levés
50 Et, quant moult bien fu atornés
Com à eors de tel home apent,
Si vint en la sale erramment ;
Mout avoit gens devant le dois
Quant est venus devant li rois,
55 Lors esgarda le ehevalier,
Le eouvertoir et l'orellier
Et le palie sour eoi gisoit
Et l'auqueton que il avoit;
Del eouvretoir le deseovri :
60 « Dex! fait li rois, ains mes ne vi
Si biel home en erestienté;
Certes, il me fait grant pité.
Dex ! qués bras et eom beles mains !
Et qués dois si gros et si plains !
2l065 Vés eom biel eors, eom est mollés!
Onques si biaus hom ne fu nés.
Dex ! tant est riee sa rainture,
Trop est bièle à desmesure ! »
Et puis regarda l'aumosnière,
70 Bien savoit toute la manière
D'unrs letres que il trouva ;
Li rois les prist, dedens garda;
Dont li a easeuns demandé :
« Sire, que dist eis briés? por Dé! •
75 « Il dist, ne vos eélerai mie,
J. En talent ai que je vos die :
Cis eors a moult grant atendanee,
Ce dist li briés, en la venjanee
De eiaus de la Table Réonde ;
80 Plus s'i fie qu'en tot le monde.
Cis trens ki est parmi le eors
Vorroit moult , ee dist, qu'il fust for*
Ains bom ne li osa oster;
Çaiens sont si boin baeeler,
8;i Se Dieu plaisi, ki li osteront,
Trestous les en proie et semont ;
Cis briés dist que eis eors fu rois ;
. l » an et un jour et . i . mois,
Viout-il estre sans entiérer
У0 Se le trone n'en puet nus oster;
De eou me fail mout grant prière
Et j'en sai lonie la manière.
Cis eors est moult de baute gent,
Bien pert à son atornement.
— 32 —

21095 Autres paroles dist après


Sor eoi torne li gregnors íes :
À si grant honte soit honis
De son eors et envilonis
Ke fu Kaharès el vergier,
21 100 Qui le trone vorra esragier,
S'il ne fiert eelui, autresi
Parmi le eors, ki le feri,
Et par ieel liu droitement
Et de eel fier demainement 1. »
5 rFors, li fius Arès li respont :
JL < Foi que jou doi à tout le mont,
Cil eors ne set qu'il a requis ;
Soussiel n'a tière ne païs
U on le saee aler vengier;
10 Qui eonnoistra le ehevalier
Qui l'a mort, dites-nos vreté,
Puise'on ne l'a iluee trové 1 ? •
• Ne sai, fait mesire Gauwains,
Mais vos entendés bien au mains
15 Qu'il nos eomanda autresi
Férir eelui ki le féri
Et par ieel endroit el eors
Et de ee| fier qui tant est fors ;
Ce ne poroit iestre aeievé
20 Par nul home de mère né ;
Grant tans puet el tombel ester,
Je quie, sans le tronçon oster.
Certes, grant hardement fera
Chevaliers ki li ostera. »
25 Ensi remest là, dont fu quis
1 . biaus tombians de marbre bis;
1 Quant en ne Га rl brief trové. M pl.
Dedens ее tombiel fu posés
Li eors et i ill bien atornes,
El dist li rois : « Qui li fera
211,"0 Cou que il requist el proia? »
De çou que li briés ot eonté
Ne savoit nus hom la vreté
De la grant honte del vergier ,
Coment devoit nuire et aidier.
35 Hf esire Karaheus quéroit Comment Geresebés,
quérant um frère mes-
1*1 Son frère si eom il devoit; sirr t»aiivain, arriva ea
iing ehisteau dе mer
1 . jour eevauçoit, je vous di, veilleuse heaulte auquel
Apriès tieree devant midi ; y avoit riehesses et
pierreries sans nombre.
Trois jours et plus avoit erré 1530.
40 Qu'il n'avoit nul home trové; Gahariès honni. R.
Comment Gaherièd
Dont vint en une praerie, fut dé>honoré dans un
A ins n'avoit véu en sa vie jardin. D.
Si très biel pui de sa manière;
Sor l'eur d'une moult grant rivière,
45 Vit . i » eastel moult biel assis,
Et voit les murs de marbre bis,
Tous fais de marbre et de lios
Et de roial yvoire et d'os ;
Avoit entuillié environ
50 Uestes de moult gente façon ;
Touretes assés près à près;
La façon nlant vos eu lès,
Car moi ne la loist deviser;
Et eil désiroit eus entrer
55 Qui la grant biauté eovoitot, 1
El eastel vint plus tos qu'il pot,

Guerebès qui moult grant faim ot. Mpl.


T. 111 :i.
— 34 —

Et parmi les rues passa ;


Ains tel mervelle n'esgarda
De rikeee et de biauté ;
2H60 Mais il n'i a nului trové;
Au petit eastel vint errant,
Si n'i trova home vivant ;
Moult furent bel li mandement
Dedens la grant sale d'argent;
65 Puis est en une eambre entrés,
»H1 . moult biaus lis i a troves
D'or et d'yvoire gietéis,
Covers de moult riees tapis;
Son eeval apriès lui tira
70 Au piéeoul del lit l'ataça;
Sour » i » antre lit est assis
Et son eseu a lés lui mis ;
Apriès a son ehief désarmé,
Qu'il fait tant eaut eom en esté.
7э Si saeiés de voir que la eambre
Fu painte desor vaute à l'ambre1,
D le jor ot moult bone odor;
Moult fu plaine de grant froidor*.
Dont dist mesire Carahès :
80 « Cambre, se jou huimais vos lés,
Se tant non que je mangié aie,
Jà puis le saint paradis n'aie ! »
Sor destre a gardé, vit » i » hus,
Et il que fait? il Iieve sus,

1 Riehement painle et noblement voultee. 1530


* Si ot léans moult grant froidor
Por l'erbe fresehe qui le jor
Ert jonehiee nouvelemeut
Toute la ehambre espessement. Mpl.
— 3j —

2118a Son elme prist par eontenanee


Entre ses . il » mains en balanee,
A l'uis vait, si le desfrema,
Гil une gentil eambre entra,
Plus le vil riee et noble et grant
90 Que n'estoit eele de devant,
Dois i trova et nient plus,
Riees pales avoit desus ,
ll l'esgarda, puis si a dit :
• Se Damledex, fait-il, m'aït,
!l5 Tout verai quanque çou sera,
Que jà rien n'i demoerra. »
Parmi le liere buis trespassa
Л une eambre bien ouvrée ;
Onques d'elx ne fu remirée
21200 Si bele eambre que entire
Ne poroit eserire ne dire ;
Moult estoit de bele grandor;
l lit, ains bom ne vit gregnor,
Ol en la eambre seulement,
5 Moult fu de noble atornement;
La kioutepointe lisent Mor,
D'un vert dyaspre à bestes d'or 1 ;
En la eambre n'avoit elarté,
Çou saeiés, fors de l'or musé;
10 Une grant fenestre a trovée;
Quant l'ot overte et desfremée,
Si se eomenee à mervellier
Et garde, si vit » i » vergier ;

* A bandes d'or. Mpl


Parmi 1e vergier esgarda,
2l215 À la fenestre s'apoia,
»H . pavellons i vit tendus
De dras de soie à or batus,
Riees pumiaus avoit desus,
Ains nus mellors ne fa véus;
20 Del pavellon plus grant issi
1 nains, ains nul menor ne vi,
Et fu vestus moult rieement
Et tint » i » grant hanap d'argent
En sa main destre et nient plus,
25 Une touaile avoit desus;
En l'autre pavellon entra.
Comment . l . eheva [ esire Carahès le voit,
lier deseent par une
fenetlre en » l . jardin Lors sot de voir, et si ot droit,
devant . 1 » paveillon. K'en eel pavellon avoit gent;
Mpl.
30 Parmi la fenestre deseent,
Qu'il n'i trova nule autre entrée;
La fenestre fu grans et lée,
Et il s'en entre en eel vergier,
Tous armés nès del brane d'aeier ,
35 Fors de son elme qu'il tenoit.
Vers le pavellon va tot droit,
Entre ens et vit premièrement,
Sour .i» grant faudestuel d'argent,
Une si simple damoisele
40 Seoir, ains hom ne vit tant bele;
Devant le faudestuel estoit
Uns lis, et sour le lit avoit
. 1 . moult riee palie roé;
Ains hom ne vit drap mius ovré.
— 37 —

21245 Uns ehevaliers, grans et eorsus,


Qui fu moult ricement vestus
D'une porpre alixandrine
Qui toute ert fourée d'ermine,
El lit gisoit, si fu navrés;
50 Moult par fu, par samblant, grevés;
Une jupe de porpre avoit ;
Entre ses bras le sostenoit
»1. varlés trestout en estant,
Et li nains li tenoil devant
55 Le banap qu'il avoit porté
Qui lons fu plains, par vérité ,
De lait d'amande avoeques pain ;
La damoisele de sa main
Tint . i » eulier d'or esmeré
60 Qu'ele ot ilueeques aporté,
Dont ele son ami paissoit;
Et eil au mius que il pooit
Mangoit. Adont le salua
Carabes qui laiens entra :
65 « Sire, Jhésus vous bénéie
Et le varlet et vostre amie ! «
Cil l'esgarde, si s'esmarist
Et s'amie le banap prist 1
Si que tout le lait fist verser,
70 Et dist : « Dex ! qui porra oster
Cest ehevalier? » Lors se torna ;
À l'ire qu'il ot, s'eseerva
Sa plaie moult très durement,
Tout li drap en furent sanglent.

* Le banup de sa main féri. Mpl.


— 38 —

21275 Mesire Carabès li dist :


« Sire, se Damledex m'aït,
Moi poise que g'i sui entrés,
Quant vous en estes si irés ;
Mais ne savoie deviner.
80 Or sui tout près de retorner. »
Li ehevaliers dist : « Diu merei !
Mors sui, ostés-le moi de ei '. »
Lors li a li varlés loé :
« Biaus sires, ne faites, por Dé !
85 Li petis ehevaliers venra
Qui moult bien vos en vengera. »
Oignor, la damoisele estoit
О Tot en pais et eou eseoutoit.
Atant entre li ehevaliers
90 Qui petis fu, et ses diestriers
Estoit petis à sa mesure ;
1çou sambloit une faiture.
N'estoit mie fais eomme nains ;
Piés et jambes et bras et mains
95 Et teste et nés et elx et vis
Ot bien estans, ee m'est avis;
Uns biaus petis ehevaliers ère,
Ne vos puis dire la matère ;
Savés qu'il avoit sor l'arçon
21300 Demi pié de bu et plus non;
Eseu ot point et bien burni
Et petite lanee autresi,
Et moult avoit riee auqueton
Et portoit petit gonfanon ;

1 Mors sui se nu m'osiez de ei. Mpl.


— .19 —

2130!)Et estoit, trestos abriévés,


Dedens le |iavelloa entrés,
Çou saeiés de voir, toi d'aïr,
Bien faisait samblant de marir.
« Ha, Dex! dist-il, ù est alés
10 Li mauvais ehevaliers proves? »
Si tost eom Karahet ehoissi •
lllee avant , si le féri
De son espiel, en galopant,
Tout si eom il venoit bruiant,
15 Puis dist : « Pi es ne vos fae voler
Leeief; moult tost vos loe armer! »
Li grans ehevaliers respondi :
« Desi que vous l'aies boni,
Nel laissiés del vergier issir;
20 Grant orgue! fist de ei venir. »
Mesire Karabès l'entent,
Si s'en issi isnèlement
Et vil son eseu el vergier
Et d'autre part vit son destrier
25 C'uns varlés li ot amené ;
Lors a moult tost son eief armé,
El eeval monte, l'eseu prent
Et sa lanee que eil li tent,
Puis dist : « Biaus sire, or m'en iroie
50 Se vos m'ensaingniés la voie. »
Li petis nains li respondi :
« Ançois ke vous partés de ei,
Çou saeiés, vous serés hon is,
Dans mauvais ehevaliers fallis!
35 Mar i entrastes el vergier,
Gage vos i eovient laissier;
— 40 —

À moi vos eovient a